Runaway Lullaby [Jade & Cillian]

 
  
MessageDim 18 Oct - 0:29
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 472Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
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Runaway Lullaby


Summit City ~ fin avril 2015

Un oiseau, un chat et un loup... Trois dessins tracés dans le sable par un taulard enfermé à tort. Trois personnes à trouver pour achever ce que sa capture l'empêche de faire. Je lui ai promis de les retrouver. Mais à ces trois dessins, j'en aurais ajouté un autre : un singe.

Assis au volant de ma voiture, alors que je parcours les derniers kilomètres jusqu'à Summit City, je me souviens de cette distance que j'ai toujours imposée à cette jeune femme et au Saïmiri perché sur son épaule. Elle était l'amour de Wyatt, l'intouchable, celle que je refusais d'approcher, bien plus encore que n'importe quel autre de ses proches. J'étais ce frère indigne, celui qu'il aurait voulu ne jamais revoir, et je faisais mon possible pour que ce soit le cas malgré notre dévouement commun à la même cause. J'évitais ainsi tous ses amis , et Jade plus que quiconque. Je sais pourtant que son regard s'est plusieurs fois posé sur moi, animé par cette question silencieuse cherchant à savoir pourquoi je la rejetais avant même le moindre mot. Elle n'était pour rien dans ce combat sourd qui faisait rage entre l'Irlandais et moi. Son seul crime a été de tomber amoureuse du mauvais rebelle... J'ai toujours su combien mon comportement était injuste, combien il pouvait la blesser, l'interroger tout du moins. Mais ma décision a été prise dès le moment où j'ai croisé le regard de Wyatt lors de mon arrivée chez les rebelles et jamais il ne m'a été permis de revenir dessus.

Jusqu'à aujourd'hui.

Il nous aura fallu six ans pour trouver la force de refermer nos anciennes plaies, six ans de colère et de haine pour tomber de fatigue face à tant de rancoeur et accepter enfin de mettre des mots sur nos déceptions pour cesser de les nourir. Et après tout cela, que nous reste-t-il ? Seulement des regrets devant tant de gâchis, le désir de se racheter et le besoin de répondre àà des milliers de questions. Mais si pour la plupart il me faudra attendre que Wyatt échappe à cette peine de mort qui menace au-dessus de sa tête, il en est certaines pour lesquelles je ne pourrai trouver mes réponses qu'auprès d'autres. Et Jade, en tout premier lieu. Avant tout, ce n'est pourtant pas ce désir que je souhaite combler, mais une toute autre envie que Wyatt n'a même pas suggérée : celle de faire passer à Jade un message qu'il n'aura peut-être jamais l'occasion de lui offrir.

Je me suis mis en tête de la retrouver au plus vite, tant que toutes les sensations de mes retrouvailles avec Wyatt étaient si prégnantes et que mes souvenirs de ses mots demeuraient intacts. Jamais, je crois, mes quelques années passées en tant qu'espion des rebelles ne m'ont autant servi. Mon enquête a ainsi duré plusieurs jours, entrecoupés par les missions que m'avait confié Wyatt à mi-mots dans la cour du centre pénitencier. Mais j'ai suivi sa trace de Merkeley à plusieurs villes du New-Jersey. J'ai écouté aux portes, espionné mes frères avec cette ouïe phénoménale, pour tirer quelques bribes d'informations capables de me mener jusqu'à elle. Jade a beaucoup voyagé, ce qui n'a nullement facilité mes recherches, et je ne compte plus depuis longtemps le nombre de kilomètres que j'ai avalés avant d'arriver ici.

Alors que je m'arrète doucement à un feu rouge, je me penche vers ma boîte à gants pour en sortir ma carte du New Jersey et trouver la page de Summit City. Après quelques secondes, je parviens à m'orienter alors que Sin émerge doucement de sa sieste, bercée par les ronflements du moteur :

- Arrivés ? demande-t-elle d'une voix encore embrumée.
- Quasiment.

Ses longues pattes avant frottent sa tête de phasme alors qu'elle grogne :

- Tu dois être le seul pignouf qui utilise encore des cartes papier en 2015...
- Et elles marchent aussi bien qu'il y a vingt ans, je réponds sans même lever les yeux. On doit être à deux minutes à peine.

Le feu repasse au vert et je réenclenche la première de mon vieux pick-up Ford pour m'engouffrer sur Morris Avenue avant de tourner sur Maple Street et de commencer à regarder les numéros.

- Qu'est-ce qu'on cherche ?
- Le 88.

Nous roulons ainsi au pas pendant quelques longues minutes et enfin, Sin m’arrête.

- Regarde Cil', c'est là.

Je reste un moment au point mort à observer la maison. J'ai appris que Jade louait des chambres chez l'habitant pour quelques dizaines de dollars le temps de trouver un nouveau petit boulot ailleurs et de continuer son périple. Typiquement américaine avec l'extérieur en faux lambris, la bâtisse ressemble à la demeure familiale classique de l'american dream. Il ne manque plus que la niche pour le chien dans un coin du jardin. Les murs extérieurs sont peints en un gris bleu rehaussé par la peinture blanche des palissades et des encadrements de portes et de fenêtre. A en juger par la taille de la maison, cela ne m'étonnerait pas qu'il reste une ou deux chambres d'ami inutilisées : le plan parfait pour une daemonienne discrète soucieuse de passer quelques temps loin de tous ceux qu'elle connaît. Je culpabilise presque à présent d'être celui qui la ramène un peu à la réalité sur le pas de sa porte.

Après un soupire, j'enclenche la marche arrière pour stationner mon pick-up dans l'allée du garage de la maison et sors immédiatement en passant une veste en cuir brun par-dessus ma chemise épaisse. Avril n'est pas le mois le plus chaud du New Jersey, et le vent qui s'infiltre sous mes vêtements m'arrache un frisson glacial. Je tends la main à Sin qui s'accroche pour se laisser porter jusqu'au col de ma veste où elle se cache docilement. Et enfin, je prends une dernière inspiration avant de me diriger vers la porte d'entrée.

Je monte les six marches qui me séparent de la terrasse et tape doucement trois coups sur le bois de la porte. Mais rien ne me répond hormis un triste silence. Pourtant, des gens marchent sur le parquet à l'intérieur : mon ouïe ne saurait mentir. Fronçant les sourcils, je frappe encore trois fois, un peu plus fort, et des pas se rapprochent alors de moi jusqu'à ce que quelqu'un fasse pivoter la porte sur ses gonds.

C'est une femme d'une quarantaine d'années qui ouvre, ses cheveux blonds retenus en arrière par un bandeau noir, une chemise beige rentrée dans une jupe droite noire qui lui descend jusqu'aux genoux, elle tient un torchon à la main et cligne plusieurs fois des yeux en découvrant ce drôle d'oiseau tatoué sur le pas de sa porte. C'est le genre de réaction que l'on s'habitue à susciter lorsque l'on décide de se graver un « 21 » sur le visage...

Elle me salue d'une voix détachée, son regard étonné fixé sur moi, et je lui réponds par un sourire timide avant de gronder d'une voix douce :

- Bonjour, madame. Excusez-moi de vous déranger... Je m'appelle Cillian O'Shea, je suis un ami de Jade Winchester. J'ai appris qu'elle pourrait peut-être habiter ici depuis quelques temps. Y aurait-il moyen de la voir ?

Ma question demeure en suspens quelques longues secondes, comme si cette femme était incapable de répondre, fascinée par cet énergumène qui se tient devant elle. Et pendant un instant, je crains de ne m'être engagé que sur une nouvelle fausse piste...
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MessageMer 21 Oct - 21:08
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∼ Cillian & Jade ∼

Le public, divisé en plusieurs groupes et disposé ci et là de la salle, bavarde sans s'intéresser à mon apparition. Mes efforts vestimentaires pour encourager les patrons à m'embaucher attirent à peine l'attention des clients ne daignant que par un miracle me remarquer. Mon dæmon pourrait être en mesure de modifier l'entière situation en jaillissant soudainement sur mon épaule. Mais d'un accord commun, difficilement conclu, nous avons convenus de rester discret. Je ne cherche pas à renier ce que je suis. Moins égoïstement, je dirais plutôt que je m'en protège. Si cela peut nous permettre, à mon dæmon et moi-même, de nous éviter des rencontres douteuses risquant de nous exposer au danger, je prends sur moi d'affronter la critique de mes semblables si l'un d'entre eux devait l'apprendre. Ici, ce n'est pas Merkeley. Les frontières de la ville ne sont plus là pour me protéger du ressentiment des humains à l'égard des dæmoniens. Ma vigilance est au summum de la paranoïa. Bien que j'évite d'apparaître en public, en dehors des contrats professionnels exigeant le contraire, je ne suis pas à l'abri d'une oreille indiscrète. Une ombre furtive suffit à me hérisser le poil. Je suis constamment envahie par le doute de ce que représente les regards posés sur moi. Et j'ai assez enduré de douleurs immorales pour mériter le droit d'exiger de ne plus en subir. Peut-être que je joue à l'autruche. Peut-être que je suis trop faible de caractère pour assumer en toute confiance ma différence. Est-ce que la réponse à une véritable importance ? Le fait est que ma méfiance me permet de garantir la sécurité de Agénor. Physiquement. Parce que psychologiquement, je le torture injustement quand mon esprit se permet des écarts de bonne conduite.

Prenant place sur le siège, je plonge le nez dans mes partitions pour évacuer mon stress parmi les notes de musique, mais également pour trier celles que je jouerais. Les choisies vont sur le porte partition. Puis, fermant les yeux, je prends une longue et profonde inspiration qui me coupe du monde un court instant. Agénor, caché dans un coin imperceptible en coulisse, me caresse mentalement d'une vague de bien-être. Mes doigts frôlent les touches du piano bien avant que je n'ouvre les yeux.
Et dire que plusieurs mois auparavant ma musique ne franchissait pas les murs de ma timidité. Aujourd'hui, je joue sans me laisser perturber par les tressaillement de mon appréhension à accueillir la critique.

La dernière note de musique s'achève dans un écho balayé par des applaudissements. Mon ego pourrait s'en flatter si les rares personnes à m'applaudir ne m'avaient pas préféré leurs amis et leur verre d'alcool la minute d'après. Me moquant de ma propre crédulité, je ris du nez. D'ici ce soir, ils seront rares à se rappeler que j'existe et d'aucuns ne seront qu'un jour, leur chemin a croisé celui d'un monstre.
Je rassemble mes affaires et, après m'être habillé d'un gilet quelconque par-dessus mon chemisier blanc à manche courte, ainsi que opté pour le confort des baskets plutôt que l'esthétique des ballerines, le patron me retrouve pour me remettre la somme promise lors de l'entretien. L'esquisse d'un sourire apparaît sur ses lèvres. La fatigue me crispant les traits, je lui rends difficilement la politesse avant de rejoindre la sortie.

Aujourd'hui est mon dernier jour à Summit City.

Louant une chambre chez l'habitant, cela fait deux semaines que je campe dans cette ville. La rue où je loge est agréablement calme en plus d'avoir un charme terriblement anglais. Je pourrais m'installer dans le coin. Mais ce ne sont pas les regrets qui manqueront de m'accabler si je devais passer les prochaines années à fuir Merkeley. Je lui ai promis que je ne le laisserais pas tomber. Pas encore une fois. Que vaut ma parole sans le respect de la promesse ? Il me faut juste encore un peu de temps avant de revenir. Et plus de renseignements. Je manque d'informations en ce qui concerne le Conseil. Je suis certaine que les fantômes ont plus d'identité que les membres de ce groupe qui se proclame les dirigeants des dæmoniens. Leur agissement dans l'ombre ne laisse pas la moindre trace et leur partenariat n'ont aucune identité fiable. Jusqu'à présent, je n'ai eu qu'affaire avec les petits ouvriers et tous ont été incapable de me livrer un élément qui pourrait se démarquer d'un autre.
Heureusement pour moi, l'un d'entre eux m'a, finalement, transmis un nom et un visage avant que ma patience ne m'abandonne au profit de mon défaitisme. Sauf que, parcourir la moitié des États-Unis avec seulement un nom en poche, s'avère chercher une aiguille dans une meule de foin. Ma filature tombait à l'eau avant d'avoir débuté. Et je ne m'imaginais pas quémander une aide extérieure. C'est le hasard, ou la chance, qui m'a permis de trouver le lieu où se cachait le concerné. Andreï Hopkins. Un cinquantenaire vêtu de jour comme de nuit d'un costard et d'une barbe taillée au millimètre près. Dans la hiérarchie que je me suis construire du Conseil, il endosse le rôle de responsable des ouvriers. Celui qui s'occupe de donner les ordres reçu par les patrons de l'étage du dessus. Mais il s'est avéré plus compliqué que prévu de l'atteindre. Je n'ai pas la moindre relation et mon statut dans la société ne me permet pas d'accéder à certains privilèges.

Je me suis longtemps demandé si rentrer à Merkeley ne serait pas une solution de facilité. Toutefois, c'est une petite ville. Tout se sait rapidement. Ceux qui œuvrent en faveur de l'institution du Conseil ne sont pas stupide. Je préfère m'intéresser aux plus négligeant. Ceux qui laissent des empreintes derrière eux.

Pour en revenir à ce Andreï, il a quitté la ville ce matin pour un voyage d'affaires à New-York. Là où siège le Conseil. Du moins, d'après les rumeurs. Et je devrais m'en tenir, à ces on-dits. Ce sont eux qui me poussent à continuer de poursuivre mon idée loufoque d'introduire ce réseau complexe. Je ne vante pas mes prouesses car elles sont tout ce qu'il y a de plus utopiques. Loin d'être la première à avoir tenté l'expérience, je ne peux, en plus, en aucun cas me targuer d'être celle parmi des centaines qui réussira. Cependant, qui pourrait me blâmer d'essayer ?

Agénor, lasse de se cacher, trottine à côté de moi. La rue que nous empruntons, sur le chemin du retour, est désertée à cause des températures hivernales s'étalant en longueur sur les mois printaniers. Nous abusons avec joie de ce moment d'intimité.
Tournant à l'angle de Ashland Road, je garde les yeux rivés vers mon dæmon pendant notre discussion évoquant avec légèreté tout ce qui nous traverse l'esprit. Je n'ai pas besoin de regarder où je vais par habitude de différencier un terrain de maison d'une autre. Toutefois, pour une fois, je n'ai pas d'autre choix que de briser cette coutume passagère lorsque j'entends mon prénom être prononcé par quelqu'un d'autre que mon dæmon.

[…] je suis un ami de Jade Winchester. J'ai appris qu'elle pourrait peut-être habiter ici depuis quelques temps. Y aurait-il moyen de la voir ?
Cillian ?

Je le dévisage avec une hébétude exacte à celle de madame Rivers, la dame chez qui je loge ces derniers temps. Celle-ci hausse les sourcils en comprenant que ce drôle d'individu est l'une de mes connaissances. Je me mets à leur hauteur en les rejoignant d'un pas rapide.

Merci madame Rivers, je m'en occupe.

La concernée plisse les yeux et dévisage une dernière fois du regard Cillian avant de rentrer, nous laissant sur le palier, suspicieuse. Elle me suspectait déjà de cacher quelque chose. Désormais, elle pourra s'inventer un scénario où je tiens le rôle d'une droguée qui fréquente des vermines tatoués. Si seulement elle savait…
Agénor bondit et s'accroche à mon bras qu'il escalade jusqu'à son perchoir personnel (mon épaule quoi...). Examinant du regard le jeune homme, une étincelle de défiance s'allume dans ses yeux pareils à deux billes noirs. Une question lui brûle les lèvres. La même qui taraude mon esprit. Qu'est-ce qu'il fait ici ? Cillian n'est plus ni moins l'inconnu qui a toujours érigé des barrières sociales entre nous, contrariant toutes mes tentatives de l'approcher. J'en ai donc déduis qu'il ne m'appréciait pas après une accumulation d'échec à lui arracher autre chose qu'un banal bonjour. Au début, j'ai pensé que les horreurs précédant notre venue au camp entachait les possibilités de créer une relation. Ma naïveté m'a joliment voilé la face. Son comportement m'a vraiment blessé, et pas dans la fierté. C'est ma personne qui a été offensé. Je ne pouvais pas l'affronter car il me fuyait comme la peste. Autrefois, j'aurais été ravi qu'il consent enfin à tenir une conversation avec moi. Aujourd'hui, seule la curiosité est de la partie.

Le vent s'engouffre sous mon gilet et mes bras se recouvrent de frissons désagréables. Je devrais lui claquer la porte au nez en prétextant une excuse à la hauteur de son attitude d'antan à mon égard. Pourtant, je ne m'y résous pas. Le doute s’immisce. Si Cillian me déteste depuis le premier regard, pourquoi s'être ennuyé à prendre la route jusqu'ici ?

Le devançant pour lui montrer le chemin, je l'invite à entrer au préalable. Mon dæmon baisse les oreilles en signe de mécontentement. Tant pis si je dois m'en mordre les doigts. Je dois savoir pour quelle raison le jeune homme à demander à me voir.

Madame Rivers porte l'habit de la commère en louchant dans notre direction lorsque nous dépassons la salle où elle se trouve. J'espère qu'elle ne va pas se glisser derrière la porte sur la pointe des pieds afin de se régaler des futurs potins de Summit City. La drogué qui invitait dans sa chambre les rejetons de la société à tester l'efficacité des matelas… Cette idée me fait sourire alors que je devrais m'en écœurer. Heureusement, demain je quitte la ville. Cela me permet de ne pas trop prendre à cœur ce qui se dira sur moi — si quelqu'un en a, évidemment, quelque chose à faire des détails d'une vie que personne ne connaît mais que tout le monde se permet d'inventer à partir des morceaux colportés par les rumeurs.

Je referme la porte derrière Cillian à qui je propose de s'asseoir où il veut, s'il le souhaite.

Je ne te garantie pas qu'on sera tranquille ici, mais c'est mieux que dehors.

Tout en parlant, je retire mon gilet que j'accroche au porte manteau fixé sur un mur tandis que Agénor file s'installer près de la fenêtre pour profiter du soleil et, surtout, garder à l’œil le jeune homme. Restant debout, je fais face à Cillian, les bras croisés sur la poitrine.

Maintenant. Qu'est-ce que tu fais ici Cillian ? Tu n'es certainement pas venu pour une visite de courtoisie. Alors… pourquoi ?

J'espère pour lui qu'il ne s'imaginait pas me voir l'accueillir à bras ouverts et grandes embrassades de retrouvailles. Il risque d'être déçu de constater que cette gentillesse qui m'est propre est un euphémisme lorsque la fatigue m'a complètement atteinte, physiquement et moralement. Merkeley n'est finalement pas si loin que ça. Cette ville me poursuit à des centaines de kilomètres de son emplacement. Pire. Elle m'envoie Cillian.

Si c'est ironique, je n'en ai pas saisi la subtilité.
  
MessageJeu 26 Nov - 0:16
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Summit City ~ fin avril 2015

- Cillian ?

Je tourne la tête immédiatement, détachant mon regard des prunelles juges de la propriétaire des lieux, et c’est alors que je redécouvre son visage après tout ce temps. La sensation qui m’étreint est plus forte que je ne l’aurais cru, entre la satisfaction d’être parvenu à la retrouver, l’impression d’enfin agir concrètement pour le bien de mon frère, et la peur de voir cette rencontre mal tourner. Car il est clair que je ne peux rien prévoir de la réaction de Jade. Dans le fond, nous ne nous connaissons que de vue et au travers des récits qu’ont pu nous faire nos connaissances communes. Et toutes ces années à la fuir ont pu créer en elle un certain mépris à mon égard que je serais bien incapable de blâmer. 

Je reste absolument pétrifié alors qu’elle nous rejoint sur le seuil de la porte, comme si j’avais perdu tous mes mots, et je la suis du regard jusqu’à ce qu’elle rassure la femme au bandeau – Madame Rivers semble-t-il – qui finit par accepter de nous laisser seuls. Mon regard croise celui de Jade un instant avant qu’elle n’entre sans un mot, laissant la porte ouverte derrière elle pour m’inviter à la suivre. Refusant de briser le silence lourd qui s’est installé, je lui emboite docilement le pas, prenant soin de refermer la porte d’entrée derrière moi et d’adresser un signe de tête poli à madame Rivers qui continue de nous dévisager tout en essuyant distraitement une assiette à dessert. Lorsque son visage disparaît derrière les murs d’un couloir, j’en tire cependant un certain soulagement et me reconcentre alors sur la raison de ma venue ici pendant que Jade parcourt les derniers pas qui nous séparent de la chambre qu’elle loue ici. 

L’endroit n’est pas dénué de charme malgré la décoration minimaliste certainement voulue par la propriétaire pour plaire à un maximum de locataires de passages comme Jade. La jeune daemonienne referme consciencieusement la porte avant de me proposer de m’asseoir. J’hésite un instant car j’aimerais rester debout, mais je ne veux pas avoir une position de dominant ici. Alors, après un bref coup d’œil, j’opte pour les pieds de son lit et me pose sur les couvertures. Jade reste bien droite face à moi. Je préfère nos positions ainsi. C’est elle qui doit mener la barque si je veux qu’elle accepte de me parler. Alors je me plie à son regard froid et sa position défensive, attendant l’occasion d’accomplir ce pour quoi je suis venu jusqu’ici. 

- Maintenant. Qu'est-ce que tu fais ici Cillian ? Tu n'es certainement pas venu pour une visite de courtoisie. Alors… pourquoi ?

Je ne pouvais pas espérer entrée en matière plus directe. J’en regretterais presque le manque de fioritures lorsque je sens les mots s’entrechoquer dans le fond de ma gorge. Qu’est-ce que tu fais là, Cillian ? Je viens pour Wyatt. Seulement ? J’hésite. Non. Je viens aussi pour moi.

Mes yeux restent ainsi baissés un instant pendant que je cherche des mots qui refusent obstinément de venir. Et finalement, toujours sans parvenir à lever mon regard vers elle, mes lèvres formulent les seuls termes qui me viennent :

- Je suis allé voir Wyatt.

Comme si cette simple phrase expliquait tout, comme si tout découlait d’elle. Comme une évidence. 

Je croise enfin le regard de Jade, me demandant ce qu’elle peut savoir de notre histoire jusqu’à aujourd’hui. Wyatt lui a-t-il déjà parlé de moi ? Sait-elle que quelque chose s’est brisée entre nous il y a six ans et que cette blessure a dicté tout notre comportement l’un envers l’autre depuis ? Que c’est cette déchirure qui a imposé mon comportement envers elle ? Son regard froid et impénétrable me fait croire qu’elle ne sait pas tout, loin de là, sans quoi elle serait sans doute moins intransigeante à mon égard. Mais tant de mystères entourent cette femme que je ne saurais avoir la moindre certitude quant aux opinions qui sont les siennes. J’avale ma salive, peinant à savoir quel comportement adopter. Finalement, je me permets un soupir, et je m’ouvre à elle.
 
- Je suis venu m’excuser, Jade.
 
Mes pupilles se remettent à lorgner le plancher alors que je force ma voix à continuer sur la même lancée.
 
- Je voulais que tu saches pourquoi… pourquoi c’est la première fois que j’ose t’adresser la parole. Pourquoi j’ai attendu jusqu’à aujourd’hui. Et je voulais m’excuser pour le mal que je t’ai fait en te rejetant depuis toutes ces années.  
 
C’est ce moment que choisit Sin pour sortir enfin de sa cachette dans le revers de mon col et grimper sur mon épaule, pour m’encourager à continuer. Je sens une vague d’ondes positives caresser mon esprit, et je respire calmement, profitant de l’appui de ma daemonne pour ne pas flancher.

- Je ne sais pas si Wyatt t'en déjà a parlé... Je ne sais même pas si tu as une quelconque idée du lien que nous partageons tous les deux. Alors... Je vais tout te raconter.

Discrètement, je me racle la gorge, profitant de ces dernières secondes de répit avant le grand saut. J'ai parcouru des centaines de kilomètres et passé des journées entières à chercher sa trace pour être enfin face à elle. Ce n'est pas aujourd'hui que je vais reculer. Doucement, je baisse les yeux et me mets à regarder mes mains d'un air distrait, retournant les tréfonds de ma mémoire pour remonter vingt ans en arrière et retrouver dans mon esprit l'image de la rue pavillonnaire où se trouve la maison de mes parents, la couleur du papier peint de ma chambre, l'odeur du café préféré de mon père au coin de la rue, la lumière des réverbères qui illuminaient les avenues lors de nos virées nocturnes avec Wyatt... Et lorsqu'enfin tout me semble revenu en mémoire, je commence mon récit que je confie pour la première fois.

- J'avais dix ans lorsque j'ai rencontré Wyatt. J'étais le daemonien gringalet qui attirait les ptits caïds, et lui le garçon un peu plus grand, un peu plus fort, qui a changé ma vie. C'était le seul daemonien que je connaissais dans tout Drogheda, la ville où on a grandi. Tu ne peux pas t'imaginer combien il a été important pour moi.

Je fais une pause le temps d'avaler ma salive, puis je continue.

- Rapidement, on ne s'est plus quitté. Nos deux familles sont devenues très proches et nous partagions tous les deux ce que seuls deux daemoniens peuvent comprendre. Rencontrer les parents de Wyatt, des gens comme moi, a été absolument salvateur : une manière de mieux me connaître et de mieux gérer ce qui faisait de moi quelqu'un de différent, comme lors de l'apparition de mon hyperacousie. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans eux. Mais les vies sans épreuves ne font pas les bonnes histoires, n'est-ce pas ?

Lentement, ma voix devient plus basse et je me renferme quelque peu alors que j'arrive à la partie la plus sombre de notre secret, celui que je n'ai partagé avec personne, pas même avec Bridget.

- J'avais vingt-et-un ans et j'étais une espèce de grande tige qui avait oublié de s'acheter des muscles et qui avait le don de s'attirer les emmerdes. Wyatt était le grand frère, celui qui prenait des coups pour me protéger et qui en donnait plus encore. J'ai arrêté de compter le nombre de rixes auquel nous avons participé bien avant d'avoir quinze ans. On gagnait souvent, grâce à lui bien plus qu'à moi. Mais deux daemoniens dans une petite ville portuaire, ça fait vite tâche. Et nos anciens camarades de classe ne nous ont jamais vraiment oubliés. Un jour, alors que je traînais près de Saint Lawrence Gate, j'ai entendu un groupe de mecs parler sur moi, disant qu'ils m'avaient reconnu et j'ai paniqué. Je suis allé voir Wyatt, persuadé qu'ils allaient nous tomber dessus à un moment ou à un autre. Mais il ne m'a pas cru. Avec le temps, j'ai fini par comprendre... Je me shootait au valium depuis déjà plusieurs années pour calmer mes crises d'angoisse, et c'était pas la première fois que je venais avec ce genre de craintes chez lui. Mais cette fois, j'ai eu raison...

Je déglutis encore, réalisant d'un coup tous les secrets que je livre à Jade : les origines de notre blessure avec Wyatt, ma dépendance au Valium, tout ce que qui m'a rongé des années durant, me faisant plonger dans les période les plus sombres de ma vie. A cet instant, je prie pour que Wyatt ne se soit pas trompé sur le compte de cette jeune daemonienne dont le saïmiri me dévisage avec intérêt, et que l'estime qu'il a pour elle est véritablement justifiée, de sorte que je puisse ainsi me confier en toute confiance.

 - Deux jours plus tard, ils nous ont attendu devant chez Wyatt et ils m'ont passé à tabac quand je suis sorti. Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Cinq contre un. Je ne pouvais rien faire. Et puis... Il y a eu ce moment où les coups ont cessé de pleuvoir. Ce temps d'arrêt inespéré... Je savais que je n'en aurai qu'un. Alors j'ai donné mes dernières forces pour bondir sur mes jambes et m'enfuir. Ce n'est qu'après que j'ai compris ce qui les avait distrait et il était déjà trop tard : Wyatt venait de sortir de chez lui.

Ma voix déraille de façon presque imperceptible alors que je m'arrête à nouveau, fixant les tatouages de mes mains sans les voir réellement. Dans mon esprit ne défilent que les images de cette nuit-là, toujours si nettes malgré les années qui ont passé. Sin continue de m'encourager en silence, adoucissant mes pensées à mesure qu'elle s'assombrissent. Et je continue, sachant pertinemment que si je m'arrête, je ne reprendrai pas.

 - J'ai jamais réussi à me retourner, à faire demi-tour, à trouver le courage de le tirer de là. Au moins d'aller l'aider. Je me suis juste enfui. Je l'entendais m'appeler, mais j'ai jamais trouvé la force de me relever. Je me suis effondré dans une ruelle à quelques mètres à peine, et je suis resté dans le noir, à l'entendre tomber dans leur piège sans être capable de rien faire. J'étais détruit, terrorisé, écœuré par mon impuissance, par ma lâcheté, et je suis resté là, jusqu'à ce que tout s'arrête, à me maudire d'être toujours ce petit frère trop faible, trop angoissé, trop facilement brisé... Je suis resté là, noyé dans le noir, à attendre le silence... je n'étais plus personne. Juste un traître ruiné.  

Le silence se fait et je lâche un profond soupire, sans savoir si je suis soulagé d'avoir enfin partagé cela avec elle. Le doute m'envahit une seconde, mais je le fais partir bien vite, bien décidé à aller au bout de mon récit.

 - Cette nuit-là, j'ai abandonné mon frère et il ne me l'a jamais pardonné. Et jamais je ne lui ai pardonné son rejet, le fait qu'il ne m'ait pas cru d'abord, puis qu'il ne m'ait pas compris ensuite. Trois jours plus tard, j'ai quitté l'Irlande, tout seul, persuadé que je ne le reverrai jamais. Nous nous étions fait nos adieux ce jour-là. Nous étions si proches que la haine qui en a découlé était terrible, destructrice, et ma seule solution a été la fuite, encore une fois. J'ai voyagé pendant deux ans, décidé à rencontrer des daemoniens capables de répondre à toutes ces questions qui continuaient de m'obnubiler l'esprit. Et puis, j'ai fini par entendre parler de Merkeley. Je suis venu ici, j'ai intégré la Rébellion. Et c'est là que je l'ai retrouvé, après tout ce temps...

Je trouve enfin le courage de lever les yeux vers Jade, car elle doit certainement commencer à comprendre tout ce qui a suivi ce jour-là. Je lui laisse quelques secondes, le temps d'assimiler toutes les informations que je viens de lui donner, et j'achève enfin :

 - Ce regard qu'il m'a lancé lorsque je suis arrivé... Aucun mot n'aurait été plus fort que cela. Les choses étaient claires : nous n'existions plus l'un pour l'autre. Nous n'avons plus fait que nous éviter, nous maudire du regard pendant quatre ans, et tout faire pour ne plus rien partager, pas même nos connaissances.  

Vois-tu où je veux en venir maintenant, Jade ? Vois-tu combien cette situation a tout dicté depuis le départ ? Combien tu étais impuissante face à tout cela ?

 - A ce moment-là tu étais son amour, Jade, l'intouchable. De tous ses proches, tu étais celle que je me refusais catégoriquement d'approcher. Il ne devait rien pouvoir me reprocher, et surtout pas de me rapprocher des mauvaises personnes. Alors je t'ai fuie comme je l'ai fui, lui.

Je plonge mon regard dans le sien, essayant de lui transmettre toute la sincérité qui m'anime. Tout n'est que la stricte vérité, la plus acide et la plus coupante. La plus honteuse aussi.

 - Et je suis sincèrement désolé pour tout cela, Jade.  

Car tu n'y as jamais été pour rien, et j'espère que maintenant, tu le comprends.
lumosmaxima
  
MessageSam 26 Déc - 22:44
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∼ Cillian & Jade ∼

J'aimerais que Cillian affronte mon regard, mais il se borne à le fuir. Son entêtement à déceler la vérité de son comportement irrite l'impassibilité que je m'efforce de conserver. Il ne me facilite pas la tâche. Cette attitude insaisissable me ramène plusieurs mois en arrière. Le camp semble loin derrière. Le souvenir est éphémère entre ces quatre murs. Seule la présence de Cillian lui redonne force et vigueur qui lui manquait dernièrement. Je ne regrette pas le temps passé au camp. Il ne fait pas partie de mon top dix des meilleurs moments vécus, toutefois c'est une aventure qui a exigé de prouver qu'être considéré en paria valait la peine de défendre nos idéaux. Ce que je fais encore aujourd'hui. Mon départ ne veut pas dire que j'ai cessé de croire en ce pourquoi les rebelles se battent. Ma position vis-à-vis d'eux demeure intacte. Cependant, j'ai eu le besoin de me détacher de la meute avant que mes ressentiments personnels ne soient perçus comme nuisible pour les projets de la rébellion. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le jeune jeune a décidé de venir ici. Il va se lancer dans un discours ponctué de critiques et réprimandes devant des manières aussi égocentrique que les miennes. Il va me jeter à la figure tout un lot de reproches en regard à ma conduite d'abandonner le chef des rebelles dès que les soucis sont devenus trop compliqués à gérer. Ma mâchoire se crispe.

Non.

Cillian n'est certainement pas venu pour ça. Se serait-il donné cette peine ? Pourquoi faire autant de route pour sommairement m'insulter ? Quelque chose d'autre doit l'amener ici, à Summit City. Moi, assurément. Mais qu'en est-il du véritable motif ?

Je suis allé voir Wyatt.

Les couleurs de mon visage s'effacent pour laisser place à une pâleur mortuaire.

Tant bien que mal, j'essaie de ne pas me soumettre à la douleur des blessures du cœur en gardant la tête droite. Ce serait pitoyable de m'offrir en spectacle devant Cillian. Mais il y a une telle affliction dans la voix du jeune homme que mes jambes en tremblent. Ainsi que le reste de mon corps. Mon estomac se tord et, subséquemment, se serre. Un instant ma colère flanche et elle se ravive la seconde après que l'abattement d'entendre le prénom de l'Irlandais a cessé de faire effet. Ma méfiance revient à la charge. Je doute beaucoup moins, tout à coup, de mes suppositions d'avant, quant à la présence de Cillian. Néanmoins, celui-ci se charge de balayer le doute de mes suspicions.

Je suis venu m’excuser, Jade.

Je ne sais plus quoi faire de mes bras qui voudraient le secouer. Je les lève et ils retombent, eux-mêmes désemparés. Ses excuses ont l'effet d'un tsunami sur l'incendie qui me titille les nerfs depuis que nous avons franchi le seuil de la chambre. À quoi bon ? La crédibilité de ma colère est ridicule. Si même Cillian est capable d'obtenir mon obligeance avec un simple regard empli de culpabilité, je me sais perdue d'avance dans cette bataille consistant à lui tenir tête. J'invoque des souvenirs refoulés pour ne pas perdre la face. La plupart concerne le jeune homme me traitant aussi misérablement qu'un grain de poussière. Grâce à cela je peux rester un tant soit peu droite sur mes jambes, sans que ma bonté naturelle ne les fasse tanguer. Je ne sais pas combien de temps je vais réussir à jouer la comédie jusqu'à ce que mes artifices soient révélés au grand jour. Avec de la chance, cela durera le temps qu'il expose plus implicitement ses excuses. Et, quand il en aura terminé, mes paroles auront peut-être suffisamment de cohérence par rapport aux expressions de mon visage pour le renvoyer sans qu'il ne décèle un mensonge.

J'inspire profondément et, expirant lentement, je restructure mon humeur. Pourquoi lorsqu'un élément du passé s'incruste parmi ceux du présent, ma susceptibilité est si réceptive ? Ne puis-je donc pas avoir la carrure d'une garce impassible face à des yeux océans ? Oh mais ce regard... Il est d'une telle complexité. Il me rappelle celui qui me toise tous les matins dans le miroir. Le même qui me renvoie l'image d'une gamine perdue sur une mer impassible. Cillian ne pouvait donc pas être un salopard de la pire espèce ? Non. Il fallait qu'il haut d'un mètre quatre-vingt de décence. Son comportement sur le camp m'a explicitement prouvé le contraire à maintes reprises, mon trouble n'en est que plus insupportable.

Je voulais que tu saches pourquoi… pourquoi c’est la première fois que j’ose t’adresser la parole.

Oser m'adresser la parole ? En vingt-trois ans d'existence, c'est bien la première fois que j'entends quelqu'un avouer qu'il manquait de courage pour me parler. J'ai toujours pensé que je dégageais une douceur innée dont profitaient certains tandis que d'autres m'en protégeaient pour éviter que j'en souffre. Cillian va donc devoir éclaircir cet aveu avare en limpidité et gourmand de mystères.

Je fais donc ce dont pour j'ai un talent infus : L'écoute. Je demande à mes problèmes de faire un peu de place à ceux du jeune homme. C'est un gros coup de balai grossier, ça manque de convivialité, mais c'est suffisant pour y ranger le récit de Cillian. Il ne lui faudra pas m'en demander davantage. Je sais que ma gentillesse est apte à étouffer ma douleur pour la masquer sous un sourire et beaucoup de bienveillance. Toutefois, ces derniers temps, je n'ai pas la force de prétendre au bonheur. Trop de choses sont encore désordonnées dans ma vie et le capharnaüm qui règne dans ma tête m'empêche de donner entièrement de ma personne à ceux qui en ont besoin.

Sachant qu'il y a moins de cinq minutes je désirais jeter une avalanche de fureur sur le jeune homme, c'est un bon début.

Je vais tout te raconter.

J'ai beaucoup de mal à dissimuler la surprise que sa narration fait naître sur mon visage par un haussement de sourcil, une bouche bée ou encore, pire, mon silence complet. Agénor se sent moins concerné, toutefois il écoute d'une oreille attentive. Sa curiosité est piquée. À aucun moment lui comme moi n'avions soupçonné le lien que les deux Irlandais entretenaient dans le feu d'une amertume que le passé et les erreurs ont embrasés.

Je serais un monstre de ne rien ressentir. Cillian étale son passé, et les sentiments qui en découlent, devant moi avec une confiance que je ne lui comprends pas. J'ai beaucoup de mal à former le puzzle divisé en une centaine de pièces. Mais, petit à petit, il se forme par lui-même. C'est comme une illumination. Ses regards fuyants, ses bonjours jetés à la dérobée pendant que les miens s'efforçaient de lui arracher un sourire... Sauf que la satisfaction est moindre face au pincement qui me serre le cœur. Son récit me prend aux tripes. Avec violence. Ça ne devrait pas être le cas. Alors pourquoi ça l'est ? Je jette un coup d’œil à Agénor qui considère poliment le jeune homme. Je viens d'entrée dans la quatrième dimension. Mon dæmon n'a aucune pensée acerbes pour Cillian. Le saïmiri tourne à peine la tête dans ma direction pour me faire comprendre qu'il n'ira pas non plus se jeter au cou du jeune homme.

Cillian est a l'opposé de l'image que son physique renvoie. Sans doute est-ce un cliché d'une absurdité totale, néanmoins les tatouages combinés à ce visage renfermé que je connais par cœur, me force à admettre que j'y ai cru en ce stéréotype. Alors qu'il n'en est rien. Qui est-il réellement ? C'est trop tôt pour le dire. Je viens de recevoir trop d'informations d'un coup pour dresser un portrait qu'il lui sera fidèle. Toutefois, il n'est pas celui que je croyais être. Le regard qu'il me lance, quand il en a terminé de révéler les parcelles d'ombre de son passé, me le certifie. Je reçois une gifle d'une force monumentale. C'est difficile de réaliser que mes certitudes ne sont qu'une illusion. Ce qui me semblait une évidence n'est finalement qu'un tour de prestidigitation résultant de sombres secrets. Mais, maintenant que la vérité s'est insinué parmis les entrailles de ma tête, ce qui me fait tomber des nues c'est de comprendre que Cillian ne me déteste pas. Ça n'a jamais été le cas. Ma relation avec Wyatt est celle qui a porté préjudice à la possibilité que Cillian et moi cultivions une amitié.

À quel point cette conclusion est désolante… ?

Et je suis sincèrement désolé pour tout cela, Jade.  

Je soupire en fermant les yeux. En les rouvrant, j'ai pour ainsi dire oublié pourquoi j'étais en colère contre le jeune homme. Le silence bourdonne dans mes oreilles et devient lourd à supporter pendant ce laps de temps où Cillian ne parle plus et celui où je ne trouve pas les mots pour prendre le relais. Une minute s'écoule, peut-être deux ou cinq, quand je bouge enfin. Je m'assieds sur la seule chaise de la pièce, placée face au jeune homme, pour que nos regards soient à hauteur équitable.

Cillian, ça me fait plaisir que tu te décides enfin à me parler. Vraiment. Rien ne t'y obligeait et pourtant, tu l'as fait. Mais… Est-ce que tu réalises qu'on aurait pu s'éviter tout ça ?

Mes mains font un mouvement circulaire pour globaliser le temps passé au camp, et la manière dont je l'ai accueilli. Je n'ai pas totalement abandonné l'idée de garder la tête froide, cependant je ne peux pas rester insensible à ce qu'il m'a livré. Cillian m'a apporté sur un plateau une part de lui-même avec une confiance qu'il ne me semble pas mériter. Aurais-je eu la moitié du cran qu'il a eu ? Je ne pense pas.

Je comprends pourquoi tu as agis ainsi, mais je ne le cautionne pas. C'est à moi, et à moi seule, de décider qui je fréquente.

Je suis une grande fille. Et je ne suis pas en sucre ! Avec les années, il me semble en avoir enduré bien assez pour définir si telle ou telle personne en vaut la peine. Mes erreurs me permettent au moins désormais cette qualité de reconnaître le total psychopathe du type à l'humeur grognon.

Mon caractère a beaucoup joué sur mes envies irrépréhensibles d'attirer l'attention de Cillian. Ne serait-ce que pour lui décrocher le murmure d'une salutation. Mais rien ! C'est une torture sans nom d'être dans l'impossibilité de décrypter le dédain d'une personne. À chaque fois que je le croisais et qu'il détournait le regard, j'étais rongé par un millier de doutes. Aurais-je dit ou fait quelque chose de mal ? Aurais-je commis une bavure ? Sans cesse, je rembobinais la bande mémorielle pour dénicher une preuve qui ferait de moi la coupable. Et comme je n'ai jamais rien trouvé, et que Cillian refusait la discussion, je n'avais plus que mes remords comme complices de ce crime dont m'accusait le jeune homme. Finalement, je n'étais pas moins qu'une sorte de victime inculpée par erreur judiciaire. La métaphore est fortement dosée, néanmoins c'est ce qui convient le mieux pour décrire le cafouillis de ce dossier que je peux enfin boucler. Je passe mes mains sur mon visage et entremêlent mes dix doigts en un poing que je colle contre mes lèvres.

Je n'avais pas deviné une miette de ce que vient de me raconter Cillian. Je me plains qu'il m'ait fui tout ce temps, alors que lui endurait depuis des années le fardeau de son comportement face à Wyatt. Dans un soupir exprimant ma fatigue, je me relève.

Reste là, je reviens.

Rapidement, une fois sortie de la chambre louée, je dévale les escaliers pour garnir un plateau d'une théière, deux tasses (et les coupelles sur recommandation d'un regard sévère de madame Rivers), du sucre, du lait et quelques gâteaux. Bien que je ne sois pas en appétit, je n'ai rien avalé depuis plusieurs heures. Et une boisson chaude est un remède réconfortant. Cillian pourrait en avoir besoin. Agénor marmonne des propos incompréhensibles à mon oreille. Je pense savoir ce que signifiait ce bafouillage mécontent.

Ce trop plein de gentillesse me perdra. D'ailleurs, je suis certaine qu'elle me tuera bien avant que je passe la trentaine. Où est passé cette colère qui devait être le fil conducteur de cette rencontre inattendue ? Oh elle est sûrement encore là. Quelque part. Seulement, elle laisse un peu de place au bénéfice du doute.

« S'il t'avait giflé, je suis sûr que tu aurais tendu l'autre joue. »

Je secoue la tête et remonte à l'étage. Ce voyage commence petit à petit à m'épuiser aussi bien physiquement que moralement. Je n'ai plus aucun repère. Plus rien n'est stable dans ma vie en ce moment. La présence de Cillian est le premier port que je rencontre depuis des mois à naviguer dans le noir.

Ça ne veut pas dire pour autant que je lui ai pardonné.

En entrant dans la pièce, je dépose le plateau sur la chaise sur laquelle j'étais précédemment assise et m'installe à côté du jeune homme.

C'est dommage que tu ais attendu que je ne sois plus intouchable pour m'adresser la parole.

Cillian m'a dit avoir rendu visite à Wyatt – et je me doute qu'il ne s'agisse pas d'une de courtoisie connaissant l'endroit où il se trouve. Cela, plus la situation de ma relation avec l'Irlandais, a du l'encourager à venir jusqu'ici. Un sourire triste étire mes lèvres afin d'accentuer le sens de mes phrases.

Tu aurais du me laisser le choix.

Sur cette phrase, détournant le regard, je me sers du thé dont j'avale une gorgée apaisante.

Je pensais te foutre à la porte en te balançant que je m'en moque de tes excuses une fois que tu en aurais terminé de me faire un résumé de ta situation avec Wyatt. Sauf que je n'en ai pas la force. Je ne t'accuse même pas d'essayer d'alléger ta conscience.

Le regard perdu sur un point invisible collé au mur blanc de la chambre, ma conscience se perd tout droit dans les bras de la défaite. En me confiant ainsi une partie de son âme, Cillian m'a inconsciemment convaincu qu'il ne méritait pas que je m'acharne sur lui.

Je bois une nouvelle gorgée de mon thé dont les saveurs se mélangent dans ma bouche. La cannelle se marie au poivre avec une exquise volupté. Derrière, je sens une pointe d'amertume qui appartient à la famille des fruits rouges. Le côté épicé fusionne avec l'amertume. J'attrape un petit gâteau et le sucré ajoute une note savoureuse. Je pense que je vais terminer ma vie de la sorte : en buvant du thé au coin de la cheminée et en lisant les poèmes en vogue du XIXème, ou en dévorant des livres britanniques de la même époque.

Comme une parfaite anglaise dont le sang qui coule dans les veines est purement canadien.
Étant donné que je me prédispose à mourir avant mes trente ans, ce devrait être une fin de vie plus qu'agréable.

Je tourne la tête vers Cillian pour briser le silence qui nous est témoin.

Je me suis souvent demandé à quoi ressemblerait notre conversation, si nous en avions une.

Conclusion ? Elle me fait plaisir et me blesse douloureusement. Il aura fallu que Wyatt soit derrière les barreaux, que nous ayons rompus et que je quitte Merkeley pour que le jeune homme vienne vers moi.

Je suis désolée pour ce qu'il s'est passé entre toi et lui. Aussi, que tu m’aie donné de l'importance dans votre histoire sans me demander mon avis.
  
MessageVen 22 Jan - 13:55
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 472Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
Runaway Lullaby


Summit City ~ fin avril 2015

Alors que les derniers mots s’échappent de ma bouche, formulant des excuses que je trouve mille fois trop justifiées, je me mure derrière un sombre mutisme, comme gêné d’avoir trop parlé. Jade n’a rien dit, pas un mot, respectant même les silences qui ont parsemé mon récit, de sorte que j’ai gardé jusqu’au bout le courage de continuer. Et maintenant que tout est dit, je me sens étrangement fatigué, comme frappé par un soulagement trop fort. Jade soupire, mais ne dit toujours rien et je baisse finalement les yeux, quittant ce regard que je crains de voir s’assombrir.

Pourtant, il n’en est rien.
Je l’entends tirer une chaise et s’asseoir en face de moi, se plaçant ainsi à ma hauteur, comme si aucun de nous ne devait plus avoir d’ascendant sur l’autre. Un poids lourd semble quitter ma nuque, je relève la tête, et alors que nos regards se recroisent, c’est elle qui met fin à ce silence.

- Cillian, ça me fait plaisir que tu te décides enfin à me parler. Vraiment. Rien ne t'y obligeait et pourtant, tu l'as fait. Mais… Est-ce que tu réalises qu'on aurait pu s'éviter tout ça ?

Je baisse les yeux comme un enfant. Tout ce qu'elle dit n'est que la stricte vérité. Mais comment aurais-je pu agir autrement ? Toute cette histoire, toute cette situation... Six ans gâchés par rancœur et lâcheté. Et pourtant, même aujourd'hui devant elle, je ne parviens pas à refaire l'histoire, à trouver comment tout cela aurait pu se faire autrement. Comment aurais-je pu aller lui parler alors que chaque regard que j'échangeais avec Wyatt ne faisait que nous rappeler à quel point nous étions mieux l'un sans l'autre ? A quel point nous ne partagions plus rien ?

-  Je comprends pourquoi tu as agis ainsi, mais je ne le cautionne pas. C'est à moi, et à moi seule, de décider qui je fréquente.

Je déglutis et murmure toujours sans lever les yeux :

- Et il a fallu que moi aussi je décide seul de qui je fréquente.

Je me force à revenir croiser son regard, pour lui faire comprendre combien je suis désolé d'avoir à lui dire une vérité aussi froide. Cette décision a été aussi injuste qu'inévitable, pour mon bien, mais aussi pour le sien. Qu'aurait-elle fait, prise entre deux feux, entre Wyatt, son amour, et moi, le petit nouveau avec sa gueule tatouée qu'il haïssait par de simples regards ? Comment leur relation à tous les deux aurait-elle pu ne pas en pâtir ? Et pourquoi aurait-elle pris la défense d'un pauvre mec qu'elle ne connaissait même pas ? Non. Elle aurait simplement eu de la pitié pour cet autre gars venu d'Irlande, sans comprendre pourquoi Wyatt ne pouvait pas l'encadrer. Elle se serait peut-être disputée avec lui plusieurs fois pour chercher à comprendre ce qu'il se passait avant d'abandonner, et m'en aurait peut-être même voulu finalement pour être responsable de ces tensions entre eux. Et Wyatt m'aurait détesté plus encore... Alors je te le demande, Jade, comment aurions-nous pu nous éviter tout cela sans nous enfoncer dans une situation pire encore ?

Elle s'absente un moment et je prends une seconde mon visage dans les mains alors qu'elle referme la porte derrière elle. Je soupire profondément quand mes doigts passent à l'arrière de ma tête. Sin bouge de mon épaule à mon bras pour que je puisse la voir, et j'entends sa voix aiguë me murmurer :

- Alors ? Soulagé ?
- Je ne sais pas, je réponds en me redressant. Oui et non. Tout va dépendre de la suite.
- Jade est quelqu'un de bien, tu le sais.

Ma daëmonne n'a cessé de me le répéter, sans que je ne l'écoute vraiment, trop obnubilé par mon désir de la fuir et de fuir Wyatt à travers elle. Cette discussion est le premier pas vers une sorte de rédemption. Il fallait qu'elle sache tout pour que nous puissions enfin repartir sur de bonnes bases.

- Fais lui confiance, Cil'.

Mais je garde le silence jusqu'à ce que Jade revienne. Lorsqu'elle rouvre la porte, je la découvre accompagnée d'une théière fumante, de deux tasses et de petits gâteaux. Sucre. Lait. Rien ne manque et pendant un temps, j'ai l'impression de me retrouver avec la vieille nounou galloise qui me gardait quand j'étais petit. « A chaque problème, sa tasse de thé ! » disait-elle, et elle parvenait à noyer tous mes chagrins dans une belle portion d'eau chaude. Il semblerait que Jade aussi ait dans ses veines quelques gouttes de sang du Royame-Uni. L'ombre d'un sourire se dessine sur mes lèvres alors qu'elle me rejoint sur son lit et se sert une tasse de thé.

- C'est dommage que tu ais attendu que je ne sois plus intouchable pour m'adresser la parole. Tu aurais du me laisser le choix.

J'évite une fois de plus son regard, préférant boire mon thé. Je ne peux pas la contredire, même si je suis toujours incapable de trouver une solution qui nous aurait évité tout cela.

- Je pensais te foutre à la porte en te balançant que je m'en moque de tes excuses une fois que tu en aurais terminé de me faire un résumé de ta situation avec Wyatt. Sauf que je n'en ai pas la force. Je ne t'accuse même pas d'essayer d'alléger ta conscience.
- Je ne t'en aurais pas voulu, dis-je avec un drôle de sourire.

Après tout, c'est moi qui lui ai imposé tout cela, et je ne peux pas nier avoir eu envie de tirer un trait aujourd'hui sur cette façon que j'ai eu de me comporter avec elle, avec tous les malentendus que cela a amenés. Bien sûr qu'il y a une part d'égoïsme là-dedans, et une belle part. La nature humaine est faite ainsi et je n'échappe pas à la règle. J'espère simplement que Jade tirera un peu de bon elle aussi de cet effort que j'ai fait pour laisser au passé ce jeu de masque que je lui ai imposé pendant quatre ans. Bon sang. Quatre ans...

- Je me suis souvent demandé à quoi ressemblerait notre conversation, si nous en avions une.
- Ce n'est pas exactement ce à quoi tu t'attendais ? lui dis-je avec un sourire timide.

Je ne veux pas que nous restions trop longtemps dans cette gêne ambiante qui pèse un peu trop dans l'atmosphère. Après tout, nous sommes déjà passés par pas mal de choses, même en échangeant trois mots en quatre ans. Alors autant éviter de se terrer dans le mutisme maintenant.

- Je suis désolée pour ce qu'il s'est passé entre toi et lui. Aussi, que tu m’aie donné de l'importance dans votre histoire sans me demander mon avis.

Je bois une gorgée de thé le temps de trouver les mots.

- Comment faire autrement, Jade ? On ne peut pas oublier la moitié de quelqu'un. A ce moment-là, tu étais sa moitié à lui.

Je m'arrête un instant et trouve son regard.

- Et tu l'es toujours.

Telle est la deuxième raison de ma venue, et alors qu'elle s'amorce, je comprends qu'elle est aussi la plus importante. Jade et Wyatt se sont séparés alors que le combat entre le Conseil et la Rébellion faisait toujours rage. Comme tous mes frères d'arme, j'ai assisté à cette rupture et n'ai pu qu'admirer le fait accompli sans vraiment comprendre toute la portée de ce geste. Qui étais-je pour savoir ce qu'il se passait entre eux ? Des couples se séparent tous les jours. Peut-être étaient-ils arrivés à la fin logique de leur histoire ? Ce n'est qu'après avoir retrouvé Wyatt au centre carcéral que j'ai compris ce qu'il en était vraiment...

Doucement, je viens reposer la tasse sur le plateau que Jade a laissé sur la chaise en face de nous et je plonge mon regard bien droit dans le sien.

- Ecoute, Jade. Je ne suis pas uniquement venu pour m'excuser de tout ce qu'il s'est passé avant aujourd'hui, même si j'ai été tout à fait sincère en te disant tout cela. C'est surtout pour lui que je suis venu te trouver...

Les mots de mon frère me reviennent en mémoire alors que je ne quitte pas Jade des yeux. Ce jour-là, alors que je ne le retrouvais que derrière un grillage, j'ai découvert un état d'esprit chez lui que je ne lui soupçonnais pas. Six ans sans échanger un mot, comment pouvait-il en être autrement ? Nous ne savions même plus décrypter nos attitudes. Je pensais ne trouver qu'un combattant genou à terre, certes blessé, certes fatigué... Mais c'est un homme déchiré que j'ai eu en face de moi, le cœur alourdi de doutes et de regrets. Et parmi cette souffrance que je voyais dans ses yeux, je sais que la perte de Jade était une des plus grandes. « - Te rends-tu compte de tout ce que j'ai perdu pour la Rébellion, de toutes les concessions que j'ai pu faire pour cette cause et pour l'intérêt des rebelles ? … Pour me retrouver ici, j'ai dû perdre Jade... Je ne sais même pas si tu peux t'imaginer ce que cela représente pour moi. Nos souvenirs pilonnent mon esprit et me font regretter tous les choix que j'ai pu faire pour en arriver là... » Les souvenirs de ses confidences dans la cour carcérale se répètent dans ma tête, continuant de me convaincre que j'ai raison de venir la voir, même si j'ai le sentiment d'outrepasser mon seul rôle de frère en agissant ainsi. Où se trouve la limite entre le conseil et l'abus de position ? Entre l'observation et le voyeurisme ?

- Je sais que tu dois certainement avoir envie de m'envoyer sur les roses, moi qui viens me mêler de vos histoires à tous les deux alors que j'ai refusé de t'adresser la paroles pendant quatre ans mais... avec ce qu'il s'est passé ce jour-là, quand je l'ai retrouvé après tout ce temps... Je ne peux pas rester là à rien faire. Il a besoin de toi, Jade.

Je la regarde, craignant sa réaction, craignant son refus de m'écouter et pire encore, son refus de l'aider.

- Je mentirais en disant que je connais votre histoire. Mais malgré tout le mal que l'on s'est fait, je connais Wyatt, et la place que tu as su gagner dans son cœur, il ne l'a jamais offerte à personne d'autre.

Je me tais un instant, cherchant à lire l'expression du visage de Jade, puis j'ajoute enfin :

- Tu lui manques, Jade, et je crois, plus que tu ne le penses.
lumosmaxima
  
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