From Dusk till Dawn [juillet 2015]

 
  
MessageJeu 26 Nov - 13:54
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Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6314Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †
BMW R 1200 GS. Une énorme moto. Je n’avais jamais fait apparaitre un truc aussi sophistiqué. C’était trop facile pour ne pas m’inquiéter. Tout se passait beaucoup trop facilement. La ville était de nouveau ouverte et le Conseil fraichement décédé. Il était temps de partir. Aaron ferait disparaitre le camp sous peu. De toute façon, il était déjà vide. À quelques exceptions près. Une grosse boule de poil puante par exemple.

- T’en as encore pour longtemps ? Bouge ton gros cul ! Faut pas trois heures pour écrire une putain de lettre !
- Ta gueule. J’ai fini.

Je pose la lettre sur l’un des lits de camp de ma tente, certaine qu’il la trouverait ici. Je sors de la tente à l’atmosphère étouffante. La chaleur du mois de juillet ne me dérange pas tant. Ce n’est pas pire que l’Italie. Mais je ne m’en souviens plus vraiment. Ça fait tellement longtemps. Trop longtemps.
Un bond sur la moto et nous disparaissons dans les ombres de la forêt.




Je sais que tu ne vas pas aimer ça. Je comprends maintenant ce besoin que tu as eu. Je peux seulement te dire que je reviendrai d’ici quelques mois. La vie en société ne m’a jamais réussi. J’ai utilisé mon pouvoir de tant de façon dans ce camp. J’ai besoin d’être seule quelques temps. Ash en a besoin aussi. Il a l’air normal devant tout le monde, mais je sais qu’il est bien plus marqué qu’on ne le pense. Il a toujours cru pouvoir faire ce qu’il voulait parce que sa taille le protégeait et que je serais toujours capable de tout réparer derrière lui. Mais cette histoire d’antidon lui a fait comprendre qu’on n’est pas invincible. Il lui a balancé sa faiblesse en pleine face.
Tu sais que je peux me débrouiller toute seule. On se reverra bientôt. En attendant, tu as surement beaucoup d’autres choses à faire de ta vie. Profites-en bien.
  
MessageDim 28 Fév - 22:51
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 6423Nombre de RP : 339Âge réel : 24Copyright : avatar Aki ♥Avatar daëmon : every colors in the air
Aaron Dwayne☷ ADMIN-BREIZH ☷
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Tempest in a Bottle



Petit bout de papier.
Lit vide.
Campement désert.

Quand il passa les portes grandes ouvertes c'est le silence du campement rebelle qui monta vers lui, le silence, et cette singulière sensation de vide et d'inutilité latente. Le souffle bas, Aaron s'arrêta, conscient de briser la quiétude toute nouvelle du camp en y entrant à nouveau. Cet endroit grouillait de vie peu de temps auparavant, et aujourd'hui plus rien, rien d'autre que ce silence de plomb. Morbide. Gaïa passait entre les arbres gauchement, frôlant les tentes à la recherche d'un dernier signe de vie, d'un feu mourant au détour d'une table ou d'une des chaises renversées. Personne n'était venu détruire le camp, tout le monde était simplement parti et avait laissé cette vie là derrière eux. Aaron avança doucement entre les toiles tendues, le pas plus lent et hésitant que d'habitude. Les anti-douleur qu'il prenait encore ne l'aidaient pas à retrouver toute sa vivacité mais c'était autre chose, une tension, un sentiment étrange qui le poussait à se faire tout petit dans ce qui avait été pendant quelques mois la chose la plus proche d'une maison. Une maison avec une famille, une très grande famille, qui s'était maintenant éparpillée dans les rues modernes d'une Merkeley nettoyée de tout signe de dictature. Au fur et à mesure qu'il s'approchait de sa propre tente, il sentit son pouls accélérer et dut s'arrêter un instant, brusquement à court de souffle. Appuyé contre l'un des battants d'une tente vide, il déglutit difficilement, tout à coup fébrile. Un battement d'aile familier retentit près de son oreille. Elle ne restait plus en l'air aussi longtemps, ça lui faisait mal.

Breathe, lui souffla doucement la voix de Gaïa.
I'm cold, répondit-il en grimaçant, conscient qu'il faisait près de vingt-cinq degrés à l'ombre des arbres.
You know what's in there, just take the bloody letter and let's go.

Elle était en colère, un peu. Triste, beaucoup. Et sentir la faiblesse qui habitait sa moitié la rendait nerveuse, agitée, quand Aaron avait besoin de temps et de douceur. L'homme inspira longuement, passa sa main sur son épaule qui n'avait pas fini de guérir et crispa ses mâchoires. Il détestait le souvenir que cette blessure ramenait au cours de ses pensées à chaque fois qu'elle se manifestait. D'une parce que sa présence signifiait que Kalhan n'était pas là pour le rabibocher, et de deux parce que chaque fois qu'il faisait un mouvement brusque l'éclair de douleur lui projetait l'image d'Ashkane se jetant sur lui, gueule béante, crocs acérés, menace à l'état pur. Il se redressa donc doucement en prenant soin de ne pas bouger son bras gauche outre mesure et recommença à marcher.

Trop de souvenirs dans ce campement, trop d'ombres flottantes entre les tentes abandonnées, trop d'éclats de voix disparaissant quand on tendait l'oreille. Aaron se figea une seconde devant sa tente et se força à continuer d'avancer, écartant la toile qui leur servait de porte d'un geste sec. Il savait ce qu'il allait trouver, Estelle avait été très claire à ce sujet. Mais quand ses yeux gris tombèrent sur le petit bout de papier abandonné sur ce lit désespérément vide, son coeur se brisa une fois encore et il eut l'impression de l'entendre tomber au sol et se ficher dans la terre battue à ses pieds. Milliers de petits bouts perdus, éparpillés, impossibles à réparer peut être. Il chercha à tâtons la chaise qu'il savait se trouver dans l'angle de la tente et s'assit, les yeux toujours rivés sur le petit bout de papier insignifiant qui trônait sur le lit. Gaïa quitta son épaule pour la commode et ils restèrent silencieux pendant plusieurs minutes.

... I can't read that.
Yes you can.
It wasn't a question, Gaï. I can't read that.
Yes you can, répéta l'oiseau sur le même ton posé. Certitude de celui qui sait. Aaron laissa s'écouler les secondes comme on compte les grains d'un chapelet, religieusement.
... what if...
Just fucking read it okay ? coupa le daëmon, agacée par les ronds de jambe de son humain.

Il cessa de dévisager le papier et tourna la tête vers elle, immensément triste de l'effet que le départ d'Ashkane avait eu sur elle. Elle était brisée, et pour compenser elle se faisait violence. Ignorant l'épaule meurtrie d'Aaron, elle volait. Ignorant son envie de rien, elle le forçait à sortir et à prendre le soleil. Ignorant ses silences, elle jurait à tout va et pestait contre le monde entier depuis quelques jours, terriblement irascible. Il tendit la main droite vers elle, sourcils inquiets.

Cm'here... murmura-t-il mais elle secoua la tête.

Il inclina légèrement son visage et laissa retomber son bras, retournant à son observation lointaine du petit bout de papier. Gaïa fulminait en silence, le bec serré à s'en faire péter les zygomatiques, foudroyant du regard et son humain immobile et cette toute petite lettre posée sur le lit vide. Cette toute petite lettre. Une putain de lettre minuscule qui tenait sur un tout petit bout de papier. Y'avait quoi sur cette lettre ? Trois mots ? Deux mots ? See you ? Un seul putain de mot ? Bye ? Arrivederci ? Ciao ? Qu'est ce qui pouvait être si important et tenir sur ce tout petit bout de papier ? D'un coup, Aaron se leva, franchit les trois pas qui le séparaient du lit, attrapa le papier entre ses doigts, s'assit sur le lit qui grinça sous son poids et ferma les yeux en serrant les dents. Lorsqu'il réalisa que la colère de Gaïa l'avait totalement submergé il se calma, secoua la tête doucement et déplia le papier sans le regarder. Promena ses yeux gris sur le vert tendre de la toile de tente, sur le porte-manteau, évita la commode où était toujours posée Gaïa, vit le sol vibrer d'énergie à l'endroit où il avait posé les pieds quelques secondes plus tôt, ses genoux, le bout de ses doigts, et l'écriture de Kalhan.

Out loud ? demanda-t-il à sa moitié avant de réellement commencer à lire les mots. Il avait déjà inconsciemment repéré le verbe "aimer", et n'aimait pas ça.
Aye, lâcha Gaïa qui restait résolument à sa place.
Je sais que tu ne vas pas aimer ça. Je comprends maintenant ce besoin que tu as eu... Bordel Gaïa viens là je peux pas faire ça !

Elle soupira lourdement mais s'envola néanmoins jusqu'à lui et atterrit sur la couverture alors qu'il déposait le petit bout de papier entre eux deux. Je peux seulement te dire que je reviendrai d’ici quelques mois. La vie en société ne m’a jamais réussi. J’ai utilisé mon pouvoir de tant de façon dans ce camp. J’ai besoin d’être seule quelques temps. Il hocha doucement de la tête et ignora le pincement dans sa poitrine. Ash en a besoin aussi. Il a l’air normal devant tout le monde, mais je sais qu’il est bien plus marqué qu’on ne le pense. Il a toujours cru pouvoir faire ce qu’il voulait parce que sa taille le protégeait et que je serais toujours capable de tout réparer derrière lui. Un petit rire mouillé s'échappa de la gorge de Gaïa. Mais cette histoire d’antidon lui a fait comprendre qu’on n’est pas invincible. Il lui a balancé sa faiblesse en pleine face. Entendre Gaïa murmurer le nom d'Ashkane avec tant de tristesse le fit passer une main sur ses yeux mais il se força à continuer. Tu sais que je peux me débrouiller toute seule. I know. On se reverra bientôt. Oh god... En attendant, tu as surement beaucoup d’autres choses à faire de ta vie. Profites-en bien.
Aaron lâcha le papier, porta sa main à sa bouche et pinça nerveusement sa lèvre inférieure, détournant le regard et fixant obstinément le plafond comme s'il pouvait lui apporter des réponses. Alors qu'il essayait tant bien que mal de calmer toutes les émotions qui refaisaient surface, il entendait Gaïa lire et relire et relire la lettre dans sa tête, inlassablement, comme si elle cherchait à graver les mots dans l'os de son crâne, comme si chaque relecture leur apportait plus de sens, comme si chaque relecture l'assurait de plus en plus que ce mot n'était pas le dernier que Kalhan avait écrit avant qu'Aaron plante une balle entre les deux yeux d'Ashkane, mais que c'était une simple note explicative en attendant la suite de l'aventure, et le retour triomphant des deux imbéciles qui étaient partis sans avoir pris le temps de leur dire au revoir en face.

Stop it. demanda-t-il une première fois, refusant de regarder le papier à nouveau, mais il entendait encore Gaïa relire l'écriture penchée de Kalhan. Stop it!! Le cri d'Aaron la fit sursauter, mais pas autant que le geste brusque qui envoya balader le petit bout de papier au pied du lit et réveilla la douleur dans leurs deux épaules.
Why the fuck would you do that for ?! explosa-t-elle, indignée.
I said stop it! I don't - I can't - would you just fucking stop it ?! Please ! Now ! Enough ! I said enough... ses cris s'éteignirent d'un coup et ils s'affrontèrent du regard, Gaïa folle de rage, Aaron hésitant entre la colère et une détresse absolue.
Fuck you. Fuck. You.

Et elle sauta à terre, saisit le papier dans son bec, voleta difficilement jusqu'à l'entrée et disparu derrière le pan de tissu, laissant un Aaron pantelant et la bouche ouverte derrière elle, sans aucun remord. Shit. Shit, shit, shit... Il remonta ses jambes sur le lit pour se mettre en tailleur et plongea sa tête entre ses mains, abasourdi par la première grosse dispute qu'il avait eu avec sa moitié depuis des années. Prostré, il fit mentalement la liste des choses qu'il savait vraies, et celles qu'il savait fausses. Il était vivant. Vrai. Il y avait eu des émeutes à Merkeley et on lui avait tiré dessus. Vrai. Wolf était mort. Faux. Il avait logé une balle entre les deux yeux d'Ashkane. Vrai. Il avait vu Wolf mort, allongé, sans pouls, flaque de sang, visage figé, yeux grands ouverts. Vrai. Kalhan lui avait laissé un mot pour le prévenir qu'elle partait. Vrai. Ashkane était parti en Poussière. Vrai. Il n'avait aucun moyen de vérifier si Kalhan était réellement vivante et partie en vadrouille. Vrai. Il n'avait aucun moyen de se persuader que le corps étendu et sans vie de Kalhan sur le béton de ce quartier mal famé de Perth Amboy n'était pas Kalhan. Vrai. Tout le monde lui répétait que la logique voulait que ça n'aie pas été elle. Vrai. Il emmerdait tout le monde avec leur logique à deux balles et refusait de nourrir tout espoir de la revoir un jour si il y avait une infime chance qu'il l'ait effectivement tuée.
Vrai.

Aaron se laissa glisser lentement sur le lit, passa sa main droite sur sa gorge en espérant la détendre et réussir à mieux respirer, mais la distance que lui imposait une Gaïa furieuse contre le monde entier ne l'aidait pas. Dehors, le petit oiseau relisait encore et encore la lettre, passant progressivement d'un état de compréhension totale (d'accord, Kalhan était partie avec Ash, ils allaient bien, ils voulaient juste prendre l'air) pour finalement construire une hargne monstrueuse contre chaque mot et chaque lettre de ce petit bout de papier ridicule qui n'apportait rien, absolument rien (qu'est ce que ça voulait dire ça, la vie en société, c'était pas bien d'avoir des gens sur qui compter, de rire au coin du feu, de faire des câlins, de se chamailler, de se sentir vivant et utile à quelque chose ? A une cause ? Non ? C'était pas assez peut être ? D'autre choses à faire de ta vie, ouais, bien sur, et quoi hein ? Et pourquoi le papier il disait tu et pas vous ? Pourquoi elle ne sentait pas une seule goutte d'Ashkane dans ce petit bout de papier ? Pourquoi il l'avait abandonnée ?). Gaïa piqua furieusement "ta vie", trouant le papier encore et encore jusqu'à ce que ces deux mots ne soient plus lisibles.

Ta vie ? TA vie ?! Et moi putain ?! ET MOI ? ET MOI ? elle ne remarqua pas Aaron qui sortait de la tente en toute hâte. Et moi putain...? Et moi... ? Sa voix s'éteignit dans un gémissement lorsque les deux yeux gris d'acier de son humain se mirent à son niveau. Elle le regarda enfin en secouant la tête, détruite. Et moi ? demanda-t-elle encore d'une voix si minuscule qu'Aaron se mit à pleurer. Arcanos ? Ashkane ? Tu vas vraiment tout m'enlever Aaron ? Tu vas vraiment tout m'enlever ?
Gaï, j'suis désolé... chuchota Aaron en se bouffant les lèvres. Il tendit une main vers elle mais elle coupa net son geste.
Non ! J'veux pas revivre ça, pas encore !
Gaï...
J'te déteste... lâcha-t-elle dans un souffle.
I know...

Tout les deux restèrent immobiles quelques secondes, encaissant chacun le choc. Et Gaïa se mit à pleurer à son tour et fondit vers les mains de sa moitié qui n'attendirent pas pour la porter contre lui et se recroqueviller autour d'elle dans l'espoir de lui apporter un peu de réconfort.


-


Le soleil baissait les bras sur les remparts qui entouraient toujours le campement, et un vent frais chassait enfin la chaleur de l'après-midi, calme, apaisant. Posée sur l'épaule d'Aaron, Gaïa n'avait plus prononcé un mot mais la colère dans sa tête s'était arrêtée, laissant place à une immense fatigue. Le petit bout de papier calé entre le manteau et le pull de l'homme était si léger qu'il avait presque oublié que c'était la seule chose qu'il emportait avec lui. Il avait jeté un œil à toutes les tentes, n'avait rien remarqué de précieux et était finalement sorti du campement sans dire un mot. Il ne restait plus rien ici. Ces murs ne protégeaient plus rien, il n'y avait plus rien à protéger. Lentement il leva les deux bras et fixa le mur fait de terre et de pierres mêlées, ce mur qui leur avait donné pendant si longtemps une impression de sûreté. Fausse impression de sûreté. Et pourtant personne n'avait tenté de passer outre leurs cinq mètres de hauteur. Il sentit le pouvoir affluer dans la terre sous ses pieds et remonter le long de ses jambes, le long de ses bras, vibrer dans son épaule meurtrie, électrique, puissant et redoutable. Le mur s'affaissa dans un roulement de terre sèche, et il écouta sans émotion les pierres s'entrechoquer jusqu'à ce qu'elles soient silencieuses. Et la terre revint à la terre. Il hésita à ensevelir les tentes et préféra les laisser intactes, si jamais quelqu'un passait par là et se sentait l'envie de prendre une table ou un lit de camp il pourrait le faire.
Eux n'avaient plus rien à faire ici.
Les yeux fatigués, ils se retournèrent et pénétrèrent lentement dans l'obscurité croissante des bois.

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