L'évangile selon Satan †

 
  
MessageDim 1 Aoû - 16:55
avatar
Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6307Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †

L'évangile selon Satan





Il n'est pas toujours bon de remuer le passé. Surtout le mien.
L'histoire que je vais vous raconter ne se trouve pas dans les livres. C'est l'histoire d'une vie, la mienne. Celle que je pensais ne jamais avoir. Le récit d'une longue chute dans les ténèbres. Vous pensez me connaitre ? Vous vous trompez. Je ne suis pas fière de ce que j'ai fait pendant mes quelques années sur cette terre. Mais si c'était à refaire, je n'hésiterais pas. Car cela fait partie de moi et sans cela vous ne seriez surement pas là. Je sais qu'un jour j'aurais un autre choix à faire. Un jour, ce sera le monde ou moi. Mais je serais prête.

Aux courageux qui continuent leur lecture, je souhaite la bienvenue en enfer.


  
MessageDim 1 Aoû - 16:56
avatar
Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6307Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †
Prélude


Est-ce qu'on a vraiment besoin de savoir à quel âge elle a fait ses premiers pas ? Quel a été son premier mot ? Ses notes à l'école ? Kalhan ne s'en souvient pas elle-même ! Mais il parait que l'histoire de notre vie ne commence pas au premier chamboulement. Si elle a perdu la mémoire, certaines bribes lui reviennent, alors elle vous en racontera une petite partie, elle ignore que je me souviens de tout. Pour le reste, c'est moi, Ashkane, qui serais votre narrateur jusqu'à ce fameux moment : le premier chamboulement. Je sais que vous me prenez pour un idiot et je fais tout pour que vous le pensiez. Après votre lecture, vous comprendrez peut-être mieux qui je suis et pourquoi j'agis ainsi.



Notre histoire commence le 29 novembre de l'année 1990. Si ça vous intéresse sachez que Kalhan et moi sommes du signe du Sagittaire ascendant Verseau, des signes à la fois très communs et très différents. Hum, ceci explique cela.... Bah ! Prenez-le comme vous voulez. Kalhan vit le jour dans une famille simple au fin fond de l'Italie quelque part aux alentours de Foggia dans la région des Pouilles. Autant vous dire que dans ce genre d'endroit on est très pieux. Ses grands-mères étaient de vraies "mama" italiennes avec des autels à la vierge dans leurs chambres. Kalhan avait aussi une petite statue prés de son lit et allait à la messe tous les dimanches. Ça vous choque de la savoir croyante ? Elle n'a pas toujours été le Néant, vous savez. C'était une enfant très gaie, très éveillée. Pas plus intelligente que la moyenne elle était très curieuse et avec une scolarité classique, pas de notes exceptionnelles, mais pas de quoi s'inquiéter pour son avenir. La famille était très modeste, Kalhan sait ce que signifie manquer d'argent. Enfant joyeuse et énergique, elle ne manquait jamais une occasion d'aider ses parents à divers travaux dans la maison. À cette époque, elle était vraiment généreuse. Moi-même, j'étais très heureux. Papa et maman étaient daemoniens, ils se sont parfaitement occupés de moi. Leurs daemons étaient deux buses magnifiques si proches physiquement que j'ai toujours eu du mal à les différencier. Ils avaient un pouvoir bien entendu. Maman pouvait guérir les blessures et l'utilisait très souvent sur sa fille turbulente. Papa possédait le don d'annulation, une chose qui se révéla très utile... Le pouvoir de Kalhan se manifesta très tôt. Son rire déclenchait des événements étranges. Papa en vint à utiliser son don quasiment en permanence sur sa fille qui ne se rendit compte de rien. On m'expliqua que je devais garder le secret, car Kalhan était si jeune et ce pouvoir si puissant qu'elle devait d’abord grandir avant de réussir à le contrôler. Ça vous épate ? Je n'ai pas toujours été un crétin. Pendant notre enfance j'étais même très mature et je l’empêchais souvent de faire de trop grosses bêtises ! Quand je ne l'encourageais pas à faire des petites. De parents pauvres, Kalhan n'allait jamais en vacances, ils vivaient très simplement et ne pouvaient voyager pour visiter la famille ni même les accueillir. Nous avons des cousins et des cousines, mais nous ne les avons jamais côtoyés. Les grands-parents eurent tous disparu une dizaine d'années après notre naissance.

Kalhan se transforma, passant d'une enfant joyeuse à une adolescente au caractère bien trempé. Ça, c'est sur, elle ne peut pas renier son sang. Parler avec les mains était une seconde nature. Moi j'étais un daemon très heureux. Mon humaine était plutôt précoce et ses premiers amoureux en firent les frais. L'enfant turbulente devint coquette et je me fis un devoir de l'aider à s'apprêter. Quand on l'admirait, j'étais le plus heureux du monde. Me cacher ne me posait aucun problème, on avait d'yeux que pour elle. Son assurance et son franc-parler lui valaient des admirateurs. Et ça attisait les jalousies. On commença à nous faire des petites vacheries. Kalhan n'avait jamais été doué pour les répliques acerbes. C'était une Italienne par les actes. Tu l'emmerdes, elle t'en colle une, c'est clair ? Dès qu'elle eut remis à leur place quelques petites idiotes, on lui ficha une paix royale.

Son pouvoir se manifesta autour de ses 13 ans. Il faisait un temps merveilleux et elle était enfermée dans une salle de classe. Je virevoltais sous une forme d'oiseau juste devant sa fenêtre. Elle désirait si fort être libre que son pouvoir franchit les barrières érigées par Papa. Son corps décolla de sa chaise de quelques centimètres. Je n'oublierais jamais le regard qu'elle me lança à ce moment-là. J'étais constamment dans sa tête, je savais tout ce à quoi elle pensait. Ce jour-là, elle avait été heureuse comme jamais et en même temps elle avait eu très peur. Parce qu'elle ne comprenait pas ce que c'était. Devant sa détresse, je lui avouais ce qu'avait fait son père. Comme toutes les adolescentes, elle fût très contrariée et décida de faire exactement l'inverse de ce qui était prévu. Elle commença à exercer son don dans le dos de ses parents. Au début, ça ne donna rien du tout, mais elle était déterminée. À force de concentration intense, elle réussit à faire léviter des stylos. Pendant tout ce temps, je l'encourageais en secret. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus malin à faire. Mais j'étais moi aussi entré dans l'adolescence et je commençais à me forger un sacré mauvais caractère. Je me fichais de tout.

C'est ici que je vous quitte. Il est temps de laisser les souvenirs de Kalhan prendre place. Mais je prendrais le temps de vous donner ma version des faits et vous raconter tout ce dont elle ne se rappelle pas.



Chapitre I



« Ferme les yeux et le monde devient celui que tu veux »


Ma chambre est assez petite en fait. Mais je l'adore. J'y pénètre comme dans un monde perdu qui n'appartient qu'à moi, un monde où je n'ai pas à me cacher. Ni des autres, ni de mes parents, un monde où Ash prend la forme qu'il veut. Tout ce monde tient en quelques mètres carrés. Un lit, une étagère, une armoire, un bureau... des tonnes de bouquins. Des livres de cours étalés sur le parquet, des feuilles un peu partout, des stylos. Une jeune fille étalée au milieu de ce bazar, la main tendue, les sourcils froncés. Concentrée à l'extrême pour faire le vide dans sa tête et ressentir le pouvoir tapi au fond de son être. Cette fille c'est moi, 14 ans et la découverte d'un pouvoir incroyable. Non seulement Ash est mon âme, mais en plus... je peux faire bouger les objets ! Vous vous rendez compte ? Ça fait presque un an que je m'entraine, mais c'est seulement maintenant que j'obtiens des résultats. Des résultats plutôt pitoyables. De longues minutes d'effort pour quelques secondes de lévitation. Le fin stylo qui vibre à quelques centimètres au-dessus du parquet.

« Kalhan ! À table Kali ! »

Le stylo explose en mille morceaux. Je sursaute. Oups. À force de jouer avec le feu, je risque de me bruler. Ce n'est peut-être pas que de la télékinésie.

______________________________________________________

Les daemons des parents me lancent de drôles de regards. Je ne me transforme plus en souris. Est-ce qu'ils se doutent de quelque chose ? Papa n'est pas content. Son pouvoir a du mal à contenir celui de sa fille. Il n'aime pas ça et s'inquiète beaucoup. Il aimerait commencer à l'entrainer, mais maman dit que ce n'est qu'une enfant, que c'est beaucoup trop tôt. On me demande de la surveiller sans savoir ce que je l'encourage à faire. Agir dans leur dos me ravit. La domination des parents n'a pas d'effet sur moi. C'est comme de faire une grosse bêtise sous leur nez.






« Personne ne peux savoir à l’avance quel jour sera
le plus important de sa vie »


« C'est la dernière fois que je vous demande de ne plus amener ce rat dans mon cours ! »
« Ouais. »
« Oui madame ! »
« Non, moi c'est mademoiselle, je ne suis pas mariée merci bien. »

Jour après jour, mon pouvoir se développe. Il est plus fort quand papa n'est pas là. À l'école, il commence à se manifester sans que je le veuille. J'ai trop tiré sur la corde. Mes stylos explosent en cours, les chaises craquent et parfois les vitres explosent. Il se passe des choses bizarres autour de moi et dans la campagne italienne il n'en faudrait pas plus pour faire parler les idiots. Mais pour l'instant, ça va. Je tiens le coup encore un peu. Alors que je sens cette horreur grandir en moi. J'avais cru que ce serait cool d'avoir un pouvoir. Que ça serait un truc géant, quelque chose dont je me servirais pour aider les autres, j'aurais voulu être guérisseuse comme maman. Mais je sais depuis longtemps que ce n'est pas ça. Ce n'est pas non plus de la télékinésie. C'est autre chose. Une entité propre qui se développe, grandit et se nourrit de moi. Je ne l'aime pas. Ça me fait peur.

______________________________________________________

Les jours passent. Je sens que quelque chose ne va pas. Comme une catastrophe imminente. Mon humaine a peur. Vraiment peur. Mais comment revenir en arrière ? Je ne peux pas le dire à papa sans avouer que j'ai trahi ma promesse. Il faut que Kalhan s'entraine. Mais elle ne veut plus. Elle n'aime plus ça. Les événements se déchainent, le temps lui file entre les deux. Et moi je ne fais rien.







« Chacun porte au fond de lui comme un petit cimetière
de ceux qu'il a aimés »


« Mademoiselle Xénia veuillez me suivre hors de la classe, prenez vos affaires. »
« Mais je n'emmène plus Ash' en cour ! C'est quoi cette fois ? Une colle pour une note en dessous de 15 ? »
« Ce sont vos parents. »

La porte claque. Le bruit de nos pas dans le couloir. Je ne pourrais jamais l'oublier.

______________________________________________________

Je survolais la salle de classe quand la nouvelle est tombée. Kalhan n'a eu aucune réaction. Son instinct avait repoussé ses sentiments, sans savoir que c'était moi qui les recevais de plein fouet. Je tombe sur le toit de l'école, suivant mentalement le trajet de ma petite humaine. Elle n'a pas encore tout compris, mais moi si. La barrière qui retenait le pouvoir de Kalhan n'existe plus. Pourtant rien ne se déchaine. Elle est vide et moi je suis une éponge. Je peux sentir sa puissance à travers notre lien. Je sais que si je lui rends ses émotions maintenant ça sera un carnage. Je dois la protéger. Encore un peu. Je l'avais promis. J'ai brisé cette promesse. Je suis un lâche.






« L'homme est né lorsque pour la première fois,
devant un cadavre, il a chuchoté : pourquoi ? »


J'aimerais crier, mais ma gorge ne laisse pas les sons sortir. Je voudrais pleurer, mais mes larmes refusent de couler. Je veux être seule, mais je fuis cette solitude autant que je fuis la compagnie. Je n'avais jamais pensé... je n'avais jamais pensé que ça pouvait arriver.
Ils ne sont plus là et pourtant j'ai toujours cette sensation de présence. Je sais qu'ils passeront la porte comme chaque soir. Qu'ils me diront de ranger ma chambre, de leur raconter ma journée. Non, ce n'est pas fini. Je ne le croyais pas, ne le croirais jamais.
Il y a beaucoup de mouvement autour de moi, une agitation inutile, des bruits dérisoires. Les mots me laissent indifférente. Toute cette agitation représente si bien les émotions qui m'animent. Pourtant je ne bouge pas. Je me sens vide. Silencieuse, immobile. Souvent, j'avais désiré être quelqu'un d'autre. Quelqu'un sans daemon et surtout sans pouvoir ! Mais jamais, jamais je ne l'avais ressenti avec autant de force ! Cette sensation... comme si on me vidait de mon sang. Tout vacille étrangement sous mes yeux. Je veux fuir, ne jamais me retourner, ne plus rien ressentir, que tout se termine, maintenant ! Et pourtant je reste là. Debout, figée. Dans cette pièce... on m'avait bien proposé une chaise... je crois. Mais je reste là, incapable de faire un pas de plus. Pas possible. Comment savoir de quelle façon je réagirais en apprenant ça ? Savoir ce que ça ferait... d'avoir le cadavre de ses parents sous les yeux ?

______________________________________________________

Je souffre beaucoup, mais ce n'est que justice. J'ai si honte de moi que parfois ce sentiment occulte tout le reste. On ne se parle plus depuis qu'elle est sortie de la classe. Elle fait comme si je n'existais pas. Je sais qu'elle ne le fait pas exprès. Elle ne le sait pas, mais elle est si en colère qu'elle n'arrive plus à vivre. Elle mange comme un robot, elle ne dort pas. On dit qu'elle est sous le choc. Je n'en suis pas certain. Je crois qu'elle réfléchit beaucoup. J'entends parfois ses pensées et elles ne me plaisent pas. Elle pense que c'est sa faute. Que d'une façon ou d'une autre elle est responsable. Parce qu'elle a désobéi. Parce qu'elle s’est entrainée en douce et qu'elle n'a rien dit. Ce pouvoir est une malédiction. C'est Dieu qui la punit. Elle en paiera le prix.






« Ce n'était pas la mort, car je me tenais debout
et tous les morts sont allongés »


Cette souffrance dans mon cœur. Pesante... intense. Cette digue qui refuse de céder. Ces gens qui défilent, qui pleurent, qui serrent ma main inerte et qui me présentent leurs condoléances. Mais qu'est ce que ça veut dire ? Ont-ils mal ? Qu'est ce qu'ils pleurent ? La mort ? Mais la mort n'est pas triste. Je ne pleure pas leur mort, mais leur disparition. Je sais maintenant, je sais maintenant qu'ils ne passeront plus la porte. Mais les larmes ne coulent pas. Pourquoi ?

Les heures passent, je me sens projetée au cimetière. Les gens me caressent les épaules, me serrent dans leurs bras, me tapotent le dos. Les gens. Et je reste là pendant qu'on descend les cercueils. Les plaques de bronzes scintillent au soleil. Leurs noms y sont gravés. Et je reste là, pendant qu'on referme la tombe, qu'on les surcharge de fleurs. Fleurs qui seront déjà desséchées demain, fleurs qu'on jettera et ne remplacera pas. Et tombe qui tombera à l'abandon.

Parce que je ne reviendrais pas.

______________________________________________________

Je n'arrive plus à retenir ses sentiments. J'ai de plus en plus de mal à la protéger. Peu à peu, je lui rends ce qui lui appartient. Il faut qu'elle pleure. Elle doit faire son deuil. Mais c'est trop tard. C'est elle qui se retient. Elle a accepté leur mort. Mais elle n'arrive plus à comprendre. J'aurais dû la laisser faire. C'était ma deuxième erreur.








« Ce qui ne peut danser au bord des lèvres
s'en va hurler au fond de l'âme »



J'étais dans ma chambre à présent. Rien n'avait bougé. Je devais faire mes cartons. Normalement. La porte claque. Seule. Le poids m'écrase. Tout ce que j'ai retenu depuis le moment où j'ai quitté ma salle de classe. Tout m'écrase et m'anéantit. Je disparais. Mon passé s'efface. Je n'existe plus. C'est terminé. Quelques pas seulement jusqu'à mon lit. Je m'y love comme un chat et j'explose. Des larmes qui me brulent les yeux dévalent le long de ses joues. Les sanglots que je retiens si vaillamment me déchirent les poumons. Je ne vois plus rien... Comment pourrais-je retourner en cours ? Rire avec mes amis ? Et leur cacher encore et toujours ce dont je suis capable. Comment pourrais-je encore vivre ! Je ne serais plus jamais moi !

______________________________________________________

Le temps a eu raison de moi. J'ai suivi Kalhan comme son ombre. Petite chose invisible sous le col de sa veste ou dans un recoin de sa poche. Je ne peux pas l'aider plus que ça. Parfois, un petit cri m'échappe sous l'effort. Kalhan est vide à cause de moi. Et je ne peux plus le contenir. Son père a disparu avec son pouvoir. Elle est livrée à elle même. Mais je n'en peux plus. Il faut que je me libère. Pardonne-moi Kali, de ne pas être plus fort.






« Qui n’est jamais tombé n’a pas une juste idée de l’effort
à faire pour se tenir debout »


En bas, dans le salon, je les entends. Ils sont encore là.

« Pauvre petite... »
« Elle n'a même pas 15 ans. »
« Que vont-ils en faire ? »
« Ils vont la mettre au foyer ? »
« C'est une bonne élève, elle s'en sortira. »
« Mais elle n'a pas dit un mot depuis la sortie de l'école... »

Quelqu'un monte dans ma chambre. Je ne pleure plus depuis longtemps. Je suis vide. Totalement vide.

« Mes condoléances, mon enfant. »
« ... »
« Si tu as besoin de quoi que ce soit... »
« Je n'ai que faire de votre pitié. »

______________________________________________________

Je devrais faire quelque chose. Je sens qu'elle sombre. Elle a si mal que sa douleur m'atteint malgré moi. Sous le lit où je me suis réfugié, je suis incapable de bouger. J'aimerais tant l'aider, mais je ne peux pas. Les objets ont tremblé dans la pièce, les livres sont tombés au sol. Ses précieux livres. Les pages sont déchirées. Le bureau tient à peine debout, la chaise est brisée. Au cours de ce désastre, l’incompréhension règne. Elle ne comprend pas, elle est en colère, elle leur en veut beaucoup. Elle a si mal qu'elle doute de pouvoir sourire un jour. Elle en veut au monde entier. Elle n'a pas assez pleuré, elle doit se retenir ou la chambre va partir en fumée. Mon rayon de soleil a disparu. Mon humaine a changé pour toujours. C'est ma faute. Si j'avais tenu ma promesse, si j'avais parlé à Papa. Il l'aurait aidé, elle aurait pu se contrôler et à présent elle pourrait faire son deuil et pleurer toute sa peine. Maintenant, je ne peux rien faire.

  
MessageDim 1 Aoû - 16:56
avatar
Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6307Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †
Chapitre II



« En ce qui concerne notre avenir, tout dépends de nous
et de nous seuls »


Le foyer. Ce qui pour certains ressemble à un refuge et qui pour d'autre signifie prison. Une grande maison, plutôt un genre d'immeuble. À Rome, loin de chez moi. Cette petite campagne tout en bas. Là où il fait bien chaud. Là où tu ne crains rien... et Rome, terre des gladiateurs. La ville. Les voitures, le bruit, les lumières... je n'aime rien ici. Toutes les filles sont regroupées dans l'immense dortoir. Aucune intimité. Des lits à barreaux de fer. Des armoires poussiéreuses. Des couvertures qui grattent... et tout le monde qui me répète « ne t'inquiète pas on est là, tu peux nous parler... » et mon cul c'est du poulet ? La parole n'a aucun pouvoir, c'est faux. Ça ne sert à rien. Pourquoi parler de la mort ? Ils ne sont plus là. C'est tout. Je n'ai pleuré qu'une fois. Une seule. Depuis, plus rien ne vient humidifier mes yeux. Plus rien ne me noue la gorge, ne me serre la poitrine. C'est comme si j'étais... morte.
Les phares des voitures défilent dans la rue, défilent devant mes yeux. Tout le monde dort. Pourquoi sont-elles ici celles-là ? Je m'en fou. Je m'en fou de tout. Pourquoi devrais-je leur obéir ? Je n'obéis qu'à mes parents, parce qu'ils m'ont donné la vie. Les autres...
La fenêtre s'ouvre sans grincer. * Ne fait pas ça ! * Essais de me retenir, vas-y, transforme-toi en grosse bébête en plein milieu de la nuit dans le pensionnat de jeune fille. Essaie si tu l'oses. Nous ne sommes qu'au premier étage... Ce n’est pas si haut que ça... * Suffisant pour te tuer ! * Mes jambes pendent déjà dans le vide. Je suis assise sur le rebord. Oui. Paré au décollage.

« Hé ! Qu'est-ce que tu fou ? »

Je regarde la jeune fille dans son lit qui me fixe. Regarde ma belle ! Mon sourire sadique ne la quittera pas de si tôt. Ash et moi prenons notre envol en même temps. Aussi silencieux qu'une nuit de campagne. Est-ce le début ou la fin ?

______________________________________________________

J'ai l'impression d'être un fantôme. Une ombre dans le noir. Je ne lui ai pas dit ce que je ressentais. Je ne lui ai plus jamais donné accès à mon esprit. Elle est coupée de moi, mais ne semble pas s'en rendre compte. Elle m'a reparlé après avoir pleuré. Comme si elle avait repris conscience de mon existence. Je suis heureux qu'elle ne me tienne plus loin de ses pensées. Mais quelque chose a changé. Quelque chose s’est brisé. Ce n'est plus une enfant joyeuse. Ce n'est plus une adolescente avec son petit caractère. Elle n'a plus d'âge. Elle est différente. Elle se fiche de tout. Rien n'a plus d'importance. Elle ne va plus à la messe, elle ne pense plus à Dieu. Elle a perdu la foi en la vie. Et moi, je l'observe impuissant. Au fond, qu'est-ce qui est important ? Je m'en fiche.






« Puisqu'il faut mourir, autant vivre à en crever »


« Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait ? Cet acte est intolérable ! »
« Sans blague ? »
« Ne jouez pas à la plus maligne avec moi ! Ceci est un foyer ! »
« J'avais remarqué. »
« Taisez-vous ! Il est strictement interdit de sortir du dortoir la nuit ! Vous avez été placée ici, mais si vous persistez... »
« Eh bien quoi ? J'irai en prison ? »

Je me penche par dessus le bureau en merisier de la directrice. Regarde moi dans les yeux !

« Essai pour voir. »


Tout le monde est en classe. Pas moi. Je suis assise au bord de la fontaine de Trévi. Je dois avouer que Rome est pas mal pour se planquer. * J'ai adoré la gueule du gros lourdaud d'hier * * Toi aussi ? * C'est tellement bon de rire... depuis notre première escapade, je me sens... euphorique. À quoi rime la vie si je ne peux pas en faire ce que je veux ? La vie c'est trop précieux pour être prise au sérieux. * On fait quoi ce soir ? * * Un tour au colisé ? * Ash' en doberman sourit de tous ses crocs, ce soir on va encore s'éclater... À nous deux, rien d'impossible.







« Si un homme veut être sûr de son chemin
qu'il ferme les yeux et marche dans l'obscurité »


« Tadam ta nouvelle maison ! »
« Bonjour Kalhan, bienvenue chez toi ! »

Pfff. Chez moi ? C'est où ça ? La maison d'un couple de bienheureux avec deux gamins souriants comme si ça allait tout arranger ? * Laisse-leur une chance... * Pas la peine.

« Voilà ta chambre. Je ne sais pas quelle couleur tu aimes alors j'ai choisis pour toi, mais on pourra changer si tu veux. »

* Une parole gentille... * Je veux protester. Ashkane me gonfle avec ses paroles larmoyantes... mais une coquille vide ne proteste pas. Bordel. Qu'est-ce que je fou là ? Je ne veux pas rester ici... je ne veux pas rester avec eux !

Toc toc...

« Kalhan ? Je peux entrer ? »
Nan dégage gamine, du balai !
« Ouais... »
Cette chambre ne me plait pas. Naples ne me plait pas. Je m'en fou.
« Alors on est des sœurs maintenant ? »
Dans tes rêves !
« On dirait bien. »
« J'ai toujours voulu une sœur. Mais j'ai que mon frère. Tu sais, je t'aime déjà beaucoup, je suis sure qu'on va bien s'amuser. »
« Mais t'as quel âge ? »
« 10 ans ! »
Tsss... super.
« Dis, pourquoi t'es en colère ? »
« Hein ? »
« Tu regardes tout le monde comme si tu voulais leur faire du mal. Tu vas le faire ? »






« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »


Les jours se suivent, je ne reste pas bien longtemps dans ma chambre, j’y suis le matin quand les « parents » passent me réveiller pour aller en cours. Mais je ne vais pas en cours. Je rentre à l’heure des devoirs, je ne passe pas prendre les petits. Et puis quoi encore ? Je ne suis pas une boniche ! Je descends diner et m’enfuis aussitôt après pour rentrer au petit matin. Je n’aime pas cette maison. Je n’aime rien ici, j’étouffe. J’en ai marre !

« Kalhan pourquoi fais-tu ça ? pourquoi ne vas-tu pas en cour ? C’est une excellente école et tu avais toujours eu de bonnes notes... Pourquoi te détruis-tu ainsi ? »
« Parce que c’est comme ça que ça doit se passer »

Ce n’est pas uniquement par plaisir que je passe mon temps dehors, que je ne vais plus à l’école. Ce n’est pas par caprice que je m’éloigne des autres. Je suis un danger ! Je le vois, chaque fois que je m’énerve il se passe quelque chose. Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je déclenché alors que je m’amusais simplement à faire léviter un stylo ? Je vois cette horreur grandir en moi. J’arrive encore à le tenir, mais pour combien de temps ?


Je m’étale sur le plancher de « ma chambre », c’est mon père qui m'a poussé.

« Mais qu’est-ce qui te prend Kalhan ? Nous faisons tout pour que tu te sentes bien, on t’offre une chambre, une famille, tu as une nouvelle école, on peut te payer n’importe quelles études et toi, tu passes ton temps dans la rue ! »

Il a mal, je l’ai déçu. Tant pis. Il y a des choses que tu ne peux pas comprendre. Je ne vous aime pas ! Je ne vous ai jamais rien demandé !

« Si c’est vraiment ma chambre, qui t’a permis d’entrer ? »

DEHORS. Le pauvre homme se trouve soudain projeter en arrière, passe l’ouverture de la porte et heurte le mur du couloir. Personne ne l’a touché. Merde, c’est encore moi.

______________________________________________________

Je vole, je suis libre. Cette nouvelle vie me convient. Je dois me cacher pour qu'on ne me remarque pas. Mais je fais ce que je veux. Tout irait très bien si... si Kalhan ne m'attirait pas dans le vide. Elle ne s'en toujours pas compte, mais quelque chose cloche. Je me demande si ça n'a pas un rapport avec son pouvoir. Elle a de plus en plus de mal à le retenir. Ce n'est plus seulement la colère ou la peur qui l'active. Même les émotions positives l'affectent. En s’allongeant sur un banc pour profiter du soleil elle se sentait si bien que ledit banc s’est enflammé. Je n'ai pas compris, mais j'ai senti le pouvoir s'activer. J'ai essayé de tirer dessus, mais ça n'a eu aucun effet. Depuis, Kalhan sombre de plus en plus profondément. Ce pouvoir est monstrueux. Ce n'est pas une bonne chose. Non, ça ne va pas du tout.







« Un printemps meurt, un autre nait.
Et tout change et tout est pareil »


5 : 30 Une ombre passe dans la rue, je rentre dormir un peu. Histoire d’avoir l’air un peu pâteuse au réveil... je finirais ma nuit comme d’habitude, dans le parc.

6 : 30 * Kalhan ! Réveille-toi hé ! AÏÏÏE ! * Non, attendez, ne partez pas, mes parents non, ne prenez pas la voiture ce matin, je veux vous voir revenir. N’allez pas travaillez, s’il vous plait... pitié ! * AAAAAHHHHH * BRAOUUUM. Quelque chose vient de briser mon rêve... mon cauchemar... * Ça va ? Kalhan, ça va ? * * Ash où es-tu ? * J’aurais juré que les lampadaires de la rue auraient éclairé ma chambre plus longtemps. Il est si tôt... pourtant seul le halo brillant de la lune passe à travers ma fenêtre... ma fenêtre ! OU EST MA FENÊTRE ! Le pan de mur qui aurait dû la contenir a disparu lui aussi. Je vois toute la rue. Mon dieu qu’est ce qu’il s’est passé ? * Il faut partir. C’est fini Kalhan, il est temps * * C’est moi qui ai fait ça Ash ? * * Oui... * C’est arrivé, ça y est. Je ne suis plus capable de me contenir. Je suis un danger, un fléau. Je dois partir, ne plus mettre personne en danger... Dans tout le quartier, des gens accourent, brandissant des lampes électriques. Il n’y a plus de lumière dans le coin excepté la lune et l’incendie. La maison est en feu. Dans le lointain, le bruit d’une sirène se fait entendre. Le temps presse. Je n’ai plus aucun vêtement, l’armoire a disparu avec le mur. Il ne me reste que la tenue du jour, préparée avec soin la veille... un jean, un tee-shirt, une veste, une paire de bottes... * Du monde accourt ! Vite, il faut y aller ! * Prestement, mon daemon prend la forme d’un oiseau et fonce en piquer jusqu’au sol où il prend l’apparence d’un rapide cheval. Habillée, mais couverte de suie, je saute sur son dos et nous nous enfuyons par les jardins. Je suis désolé... tellement désolée...

______________________________________________________

C'est une chose très étrange d'être plongé dans le rêve d'un autre. J'étais dans le rêve de Kalhan. J'ai ressenti les mêmes choses qu'elle. J’ai eu mal. Pour la première fois, son pouvoir s’est déclenché pendant qu'elle dormait. La maison flambe, j’entends les voix de la famille, consumée vivante. Ils nous maudiront depuis l'au-delà. Leurs cris brisent mon cœur. Comment un être humain peut-il produire un tel son ? J'ai mal, j'aimerais me rouler dans un coin et pleurer sur leur sort. Mais je ne peux pas. Je dois aider Kalhan. Autant que je le peux. J’ai promis de la protéger, c'est pour ça que vous me punissez ? Je ne supporte pas de la voir souffrir. Je ne supporte pas qu'elle se croie coupable. Ce n'est pas sa faute ! Ce n'est qu'une enfant innocente ! Punissez-moi par pitié, je paierai pour tout ce que vous voudrez ! Par pitié, libérez-la !







« Si tu veux pouvoir supporter la vie, sois prêt à accepter la mort ! »


* Kalhan ! Je t’en pris, réveille-toi ! Réponds-moi ! *J’ouvre les yeux. La demi-douzaine de voitures « garées » dans la ruelle retombe dans un bruit de tonnerre sur le bitume et les alarmes se déclenchent. Ma joue repose sur les pavés du trottoir, froid et humide. Il a plu toute la nuit, nous sommes trempés. J’ai mal à la tête, mes genoux sont écorchés. * Lève-toi ! viiiite ! * C’était ça. J’errai dans les rues depuis quelques semaines déjà et mon pouvoir ne faisait que grandir. Auparavant, il me fallait me concentrer pour ne faire bouger qu’un stylo. À présent, la moindre de mes pensées peut faire trembler un immeuble. Je ne le contrôle plus. Mais jusqu’où ira-t-il ? Puis-je réellement en mesurer la puissance ? Non. J’ai peur de tout à présent. Tout. Je ne suis plus rien. Rien. Je me fiche de ce qui pouvait m’arriver. Je me fiche de ma vie. Je me fiche de tout. Plus rien ne compte. J’ai mal, j’ai peur, j’ai froid, je ne sais plus rien. Ni où je suis, ni qui je suis. Je ne veux plus rien. Je ne sens plus rien. Rien d’autre que cette douleur, intense. Ce pouvoir qui grandit chaque minute, ce pouvoir qui peut détruire le monde. Et je suis le réceptacle de ce pouvoir. Mon Dieu, ayez pitié de mon âme, vous savez que je ne veux rien de tout ça ! Pourquoi m’infliger cette épreuve ? Je ne veux de mal à personne, vous le savez bien... Ce poids est bien trop lourd pour mes épaules, trop lourd pour moi. Pourquoi me l’avoir donné ? Moi qui ne suis rien ? * Viens ! Debout vite ! Ils arrivent, ils arrivent ! * Les larmes coulent lentement le long de mes joues, les pleurs déchirent ma poitrine. J’ai peur. Ash dit moi que tout va bien...

______________________________________________________

On a touché le fond, je crois. J'ai si mal pour elle ! Elle a recommencé à prier. Pour supplier le seigneur de l'aider. Lui demander encore et encore : pourquoi ? Ce n'est pas juste. Rien de tout ça n'est juste. Je pleure à chaque instant de ne rien pouvoir faire. Nous devons fuir pour ne plus blesser personne. Les morts nous hantent. Leurs cris résonnent encore à mes oreilles. Ils occupent mes pensées. Si seulement le seigneur voulait bien m'écouter. Je subirais mille morts pour elle !

  
MessageDim 1 Aoû - 16:57
avatar
Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6307Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †
Chapitre III




« Fermer les yeux devant le danger c'est se donner en proie
et renoncer à son libre arbitre »


* Viens ! Debout vite ! Ils arrivent, ils arrivent ! * Les larmes coulent lentement le long de mes joues, les pleurs déchirent ma poitrine. J’ai peur. Ash, dis-moi que tout va bien...
C’est trop tard. Ils sont là. Combien ? Je ne sais pas, les larmes brulent mes yeux. Ashkane, en énorme chien noir, aboie comme un fou. Arrête Ash, ce n'est pas la peine, rien ne sert de se battre. Si tu savais comme je m’en fou... * Ne me laisse pas Kalhan ! N’abandonne pas * 4, ils sont 4. En noir, avec leurs longs manteaux, avec de hauts cols et des chapeaux à larges bords. Merde, je me serais cru dans Van Helsing. Où est l’arbalète ? Allez, achevez-moi... L’un d’eux éclate de rire.

« Tiens, tiens, mais qui voilà ? La princesse des rues ! »
« Cette loque ? C’est qu’une clocharde, elle. »
« Tu serais étonné de ce que cette gamine peut faire, allons, nous avons un travail à accomplir... »

Oh ils vont me tuer ? Allez-y, je vous en pris, ne faites pas dans la dentelle. Je ne veux plus vivre. Je ne veux plus rien. Juste que tout s’arrête, que rien n’ai jamais eu lieu, que je n’ai jamais existé. Ça aurait été mieux pour tout le monde !

« Elle est dans un sale état, tu es sûr que c’est elle ? »
« Certain. Méfie-toi. »

* Kalhan ! * * Ne grogne pas Ash. Laisse les faire, ça ira vite... au revoir Ash mon amour * * Pas question ! Je veux vivre moi ! Tu n'as pas le droit ! Tu ne peux pas faire ça ! * Le condamner... quelle égoïste ! Je n’avais pensé qu’à moi, moi, moi, toujours moi et ma douleur. Mais il est mon âme, je n’ai pas le droit de le condamner à mort. Oh Ash pardonne-moi mon bel Ash. Le molosse se jette au cou du premier homme qui tente de me toucher. Sa gorge se vide de sang. Un de moins.

« Chope le clebs ! il le faut aussi ! »

Pourquoi ? Pourquoi Ash ? Laissez-le ! Un autre saisit mon chien par la peau du cou... Ash ne se fait pas prier, se débattant il se retourne et mord sauvagement la main de l’homme en question qui... ne hurle pas de douleur ? Une barre de fer s’abat sur Ashkane, qui s’écroule. Mon crâne explose, une douleur intense m’envahit. Heureusement, je ne perds pas connaissance. Pas encore. On soulève Ashkane du sol. Ne le touchez pas, ne lui faites pas de mal !

« À la gosse maintenant ! »

Je suis si faible, j’ai tellement mal... Je ne veux plus vous voir. Laissez-moi, laissez Ashkane... DISPARAISSEZ. Une rafale s’abat dans la rue. Les 4 hommes sont projetés dans les airs. DISPARAISSEZ. Leurs corps explosent soudain en poussière, percutés par un vent de mort qui balaye la rue de toute sa puissance. Disparaissez... Mon Dieu. Ils ont fait de moi un pécheur... j’ai tué. J’ai volontairement tué, oh mon Dieu. Ash, Ash ou est-tu ? Là-bas au bout de la rue, quelqu’un s’approche alors que le vent souffle toujours. Pas un vent normal. Un vent de mort. Mais lui n’a même pas les cheveux ébouriffés. Seul son sourire apparaît dans la nuit. Une ombre. Le roi des ombres. Mes yeux se ferment... je sombre... dans la rue, les voitures explosent une à une. Oh Ashkane pardonne-moi...

______________________________________________________

J'ai honte de le dire, mais je panique. Littéralement. Des hommes approchent. Ils vont lui faire du mal. Elle ne veut même plus vivre. Ne m'abandonne pas Kalhan. Tu ne peux pas baisser les bras. Tu es allée trop loin pour ça. Ne me laisse pas ! Je ne veux pas mourir. Je veux vivre encore un peu. Je ne veux pas finir en poussière. Bats-toi ! Je sais que tu peux le faire, même si tu ne m'écoutes pas. S'il te plait Kalhan, je t'aime tant !

Je sais que je ne dois pas toucher un autre être humain. Mais la colère m'aveugle. Je ne peux pas la laisser tomber encore une fois. Je saute à la gorge d'un homme. C'est si rapide. Un éclair blanc transperce mon esprit. J'ai mal. L'horreur me saisit. J'ai l'impression de devenir fou. Je pense à Kalhan, m'accroche à elle. Je mords un deuxième homme. Le contact brûle mon être. Je veux hurler ma douleur, mais j'en suis incapable. Je sombre dans le noir. Mon esprit est mort. Kalhan, je dois la rejoindre !







« T’endors pas, c’est l’heure de mourir »


Le coup de poing fait éclater ma lèvre. Le sang jaillit, inondant ma bouche. Je la garde ouverte, car l'homme a également explosé mon nez. L'odeur de mon liquide vital m'écœure un peu moins en le respirant par la bouche. * Il va te tuer ! Laisse-moi t'aider ! * * Non Ashkane... tu ne dois pas te montrer. Va-t'en Ash, sauve-toi ! * * Tu sais que je ne peux pas ! Je ne veux pas ! * * Je veux que tu sois à l'abri. Fais-le pour moi s'il te plait, il ne faut pas qu'ils te trouvent ! Ils te voulaient toi aussi ! Ils savent des choses * * Je ne serais pas loin * À contrecœur, la minuscule souris grise qui s'était cachée dans ma nuque sous mes cheveux profite que mon tortionnaire me tourne un instant le dos, pour sauter au sol et s'enfuir par un trou dans le mur. Mes cheveux sont humides... de sueur, d'eau croupie et de sang.

« Je sais que tu ne comprends pas. Si ça peut te soulager, sache qu'il n'y a rien à comprendre. Tu ne sauras pas pourquoi je fais ça. Je le ferais, c'est tout. Ça se passera beaucoup mieux si tu cesses de lutter. Laisse ton pouvoir. »

Je ne dis rien. À quoi bon ? Il ne peut pas comprendre ce qu'est mon pouvoir. Tout ce qu'il désire, c'est se servir de moi.
Je suis dans une sorte de cachot humide, entourée par quatre murs de briques grises, sales, gluants. Aucune fenêtre ne m'apprend s'il fait jour ou nuit. Mes pieds ne touchent plus le sol de pierre glacial. Lorsque je m'étais réveillée, j'étais déjà ici. J'avais déjà les poignets enfermés dans ses menottes de fer, reliés à une chaine attachée au plafond. Suspendue comme une bête à l'abattoir... Mon sang rougit le sol. Pendant des heures on m'avait battu sans prononcer le moindre mot. Et puis il était arrivé. L'homme qui marche avec la mort. Il m'avait à peine touché. Il était le premier à parler.

À présent, l'homme avait saisi un objet en cuir, long, souple... un putain de fouet ! Dans mon dos, je ne peux le voir. Je sens cependant qu'il agrippait ma chemise déjà rapiécée. Tirant dessus, il la déchire toute entière, ne laissant que mon jean troué pour couvrir ma féminité. Je sens qu'il s'est figé. Par réflexe je tire sur mes poignets pour baisser les bras et me couvrir les seins. Une grossière erreur. Le sang coule le long de mes avant-bras depuis mes poignets entaillés par le fer. Que regarde-t-il ? Je ne peux rien lui cacher, je le sais bien. Mais savoir qu’il ne bouge pas met mes nerfs à rude épreuve. Je n’arrive pas à soutenir son regard. Cet homme me fait peur. Il est très grand et très fort. Il pourra me tuer avec les petits doigts s’il le voulait. Mais il n’en a pas envie. Il me regarde avec une étrange lueur dans les yeux. Comme un sculpteur admirant la roche vierge en imaginant l’œuvre qu’il en ferait. Que voit-il en moi ? Quand sa voix s'élève, ce n'est plus qu'un murmure. Un ton chaud, grave et caressant. Une belle voix.

« Quel est ton âge ? »

Je n'ose pas répondre. Cette question m'étonne. Le fouet claque et mon hurlement lui répond, un couinement de souris à l'agonie en fait l'écho.

« Ashkane ! »

J'ai crié son nom. J'aurais tant voulu le protéger. Là il m'aurait bien servi ce pouvoir. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Si je sombrais dans l'inconscience suite aux blessures qu'il allait m'infliger, je pourrais tout faire exploser. L'homme passe sa main sur mon corps. Une grande main chaude. Il détaille mon anatomie comme un boucher devant une pièce de viande. Comment un homme peut-il se comporter ainsi ? À quoi pense-t-il ? La mèche fend l'air et mord la peau de mon dos. Je hurle à la mort. Je n'avais pas voulu. Le sang jaillit et s'écoule le long des zébrures. Je halète comme un animal blessé. Et c'est le cas.

« Dois-je continuer ? »

J'ai du mal à parler. Ma gorge me fait mal à force de crier. J'articule faiblement.

« 15 »

Il saisit mon menton dans son énorme main. Je le regarde, déjà meurtrie, déjà vaincue. Oh Ashkane pour quoi tiens-tu tant à la vie ? Pourquoi ne pas m'avoir laissé mourir pendant que je le pouvais ? Il a de magnifiques yeux bleus. Plus clair que les miens, plus hypnotiques. Ce n'est pas un homme méchant. Pourquoi fait-il ça ? L'homme m'embrasse, mordant ma lèvre éclatée. Je gémis et me débat, faisant craqueler les ruisseaux de sang séché qui couraient le long de mon corps déchiqueté. La douleur des fers sur ma chair à vif me brula, mais je retins ce cri-là, ça serait lui faire trop plaisir.

« Maintenant, montre-moi quelles sont ces choses dont tu es capable. »

Je sais que la terreur a pris possession de mon visage. Je n'ose plus respirer. Pitié non. Ne me demandez pas ça. Pendant un long moment, il s'acharne. Le fouet claque sans relâche contre ma peau. Je suis devenue une loque, un bout de chair hurlant. C'est comme si on m'avait tailladé le dos avec des lames passées au rouge. La douleur était telle que la tête me tourne, en partie parce que j'ai du mal à respirer... mon nez et ma bouche sont remplis de sang. Je bave sans retenue comme une bête enragée. Je ne veux pas avaler... mon sang. Le liquide suinte de ma bouche en un flot presque ininterrompu. Le sol en est maculé. Un monde rouge danse sous mes yeux... je ne vois plus grand-chose, tout comme le claquement du fouet ne parvient que faiblement à mes oreilles... Il va me tuer dans un océan de douleur ! Des larmes roulent sur mes joues, je gémis comme une enfant. Je perds la notion du temps, seulement consciente de la souffrance. Ma sueur, sur mes plaies, brûle comme de l'acide.

« Tu vas parler ! Ou je te donnerais à mes hommes pour qu'ils s'amusent avec toi ! »

Je l'entends. Ce type, ce tortionnaire, ce putain de mafieux de Naples. À travers un voile rouge. Je le vois lever le bras, l'abaisser, la mèche cinglant l'air en un sifflement aigu... mais elle ne m'atteint pas. Je l'ai bloqué, à demi morte que je suis. Mon subconscient veut éviter la torture... L'homme me regarde, mais que voit-il ?

« Je sais ce que tu es Kalhan »

Bordel, il a tout compris, il avait vu ! Puisque tous mes efforts se sont révélés vains. Dans un dernier soubresaut. Je veux saisir l'homme avec mon pouvoir... ça ne marche pas. Je ne sens plus mon pouvoir. Il n'est plus là ! Paniquée, je tire sur mes liens.

« Arrête. N’essaie pas de te blesser toi-même ou tu le regretteras. Je vais faire beaucoup de choses avec toi. Tu ne devras t'attendre à aucune pitié. Même si tu obéis tu souffriras. Mais si tu n'obéis pas, ce sera bien pire. Pourquoi ? Tu ne le sauras jamais. Je t'apprendrais à vaincre la douleur, à en rire ! Je t'apprendrais à contrôler la haine et la colère, à t'en servir. Tu ne pourras plus jamais éprouver la peur. Tu pourras tuer sans remords. Tu connaîtras la violence, le meurtre, la haine... et tu seras plus forte que n'importe qui, tu seras... unique. Tu ne sortiras jamais d'ici. Ton daemon non plus. »

Cette fois tout est perdu.

______________________________________________________

Pourquoi vouloir vivre ? Je devais mourir avec elle. C'était le but. La fin de toute chose. Sans moi, elle serait morte et ne souffrirais plus. J'ai mal avec elle. Ses blessures ne s'affichent pas sur mon corps, mais je ressens chacun de ses coups. Je ne sais pas où nous sommes. Je ne sais pas qui ils sont. Je sais juste que j'ai fait ma troisième erreur. Ma plus grosse erreur. Ne pas la laisser mourir.

Une patte écailleuse enroule ses serres autour de mon corps. Je suis trop faible pour bouger. C'est son daemon, je crois. Celui de l'homme. Je vole au-dessus de la scène. Ma Kalhan, que t'ai-je fait ? Ça n'a jamais été ta faute, mais la mienne ! Je devrais me tuer pour la libérer.

« N’essaie même pas. Tu seras enfermé pour éviter ça. Tu ne pourras rien faire pour l'aider. Tu subiras tout ce qu'on lui fera. Tu obéiras plus encore qu'elle. Nous ne te toucherons pas à moins que tu nous y obliges. Si tu n'es pas sage, elle en subira les conséquences. »
« Je ferais tout ce que vous voudrez ! Ne lui faites pas de mal ! »
« Elle aura mal quoiqu'il arrive. Nous la briserons autant de fois qu'il le faudra. Mais si tu échoues, ce sera pire. Le calvaire peut durer très longtemps. »

Le reptile volant m'emmène hors de la pièce. Je sens que je m'éloigne de mon humaine. La douleur se fait sentir. Je suis trop loin !

« Tu sera toujours loin d'elle. Jamais plus tu ne l'approchera. »

Cette fois j'ai vraiment tout perdu.







« La voie des humains n'est pas en leur pouvoir et il n'est pas
donné à l'homme qui marche de diriger ses pas »


Parfois je me demande… si une bête puante n’était pas mieux traitée que moi. Mon entrainement avait commencé depuis… je ne sais plus. Les jours, les semaines peut-être les mois. Tout se confond. Pourtant, je n’arrive pas à donner un emploi du temps à ma journée, je n’arrive pas à savoir combien de temps j’ai dormi, combien de temps je souffre, combien de temps… dehors, est-ce le jour ou bien la nuit ? Est-ce toujours l’été ? Quel jour sommes-nous ? Je ne sais plus… rien.
On m’a mise dans une cellule. Ma prison. 4 murs de briques noires, luisantes d’humidité. Un plafond et un sol identique au reste. Rien que de la brique noire. Pas de fenêtre. L’obscurité, rien que le noir, le néant. La lourde porte ne se distingue pas du reste, décors de brique. Si la gravité ne m’avait pas indiqué l’endroit de l’envers, j’aurais pu marcher au plafond sans me rendre compte de rien. Enfin, marcher est un bien grand mot, je ne peux pas tenir debout dans cette cellule. Mais de toute façon, je n’en ai pas la force. Les repas étaient parfois absents pendant si longtemps que je manquais m’évanouir. C'était déjà arrivé très souvent et même sans que je m'en rende compte. Je crois qu'on s’est relayé pour me battre. L’inventivité des hommes est sans limites. Le feu, l’eau, les strangulations, le fouet, le couteau, les rats, les coups. Quand ils ont compris que me retirer des lamelles de peaux me rendait folle de douleurs, ils ont testé cette technique à chaque recoin de mon corps. J’ai l’impression d’avoir perdu mille fois la totalité de mon sang. Je suis maigre. Je dors peu. Je ne ressemble plus à rien. Si j’avais eu des vêtements un jour, je ne m’en souvenais pas. Aujourd’hui, je n’ai plus qu’une ou deux bandes de tissu pour couvrir mon intimité. Si vous saviez comme je m’en fiche…

______________________________________________________

Je ne sais pas quoi faire ! On m'a mis dans une pièce aux murs capitonnés. Personne ne vient me voir. La nourriture tombe du plafond. Des proies vivantes. Je n'ai jamais chassé. Je n'ai jamais tué sous une forme de prédateur. J'ai commencé par faire la grève de la faim. Les hurlements de Kalhan ont été plus terribles que jamais. J'ai dévoré chaque proie sans une seconde d'hésitation. Quand ma première proie a rendu son dernier souffle dans ma gueule, j'ai été si malade que je n'ai pas pu y toucher et qu'elle a pourri sur place. La carcasse est toujours dans un coin de la pièce à délivrer son odeur immonde. Le sang couvre le sol. Je suis loin de Kalhan, je le sens dans le lien. Pourtant, j’entends ses hurlements. J'ai vite compris qu'on me les transmettait par enregistrements. La peur paralyse mon esprit. Je ne sais plus quoi faire. J'ai l'impression de manquer d'air. Je ne peux plus réfléchir. J'ai pleuré sans retenue. Je sais que rien ne viendra abréger nos souffrances. Je sais que nous n'avons aucune chance de salut.







« La vie est une chose trop importante pour être prise au sérieux »


Mes hurlements semblent ne pas avoir d’échos. Personne ne les entend jamais. JAMAIS. Je m’égosille en vain. Je n’arrive plus à rien. J’ai essayé d’utiliser mon pouvoir pour m’échapper. Mais on ne s’évade pas de l’enfer. J’étais vide. Humaine, tout simplement. Mon monde bascule inexorablement. Je n’ai pas de fond à toucher, même la mort n’est pas une délivrance. Chaque coup de fouet m’arrache un cri, ça fait tellement mal… Les coups sur les blessures non refermées sont les pires. Les bleus et contusions me sont insupportables. Parfois, j’ai l’impression de ne jamais pouvoir me relever. Je ressemble sans doute au petit chaperon rouge… toute rouge de sang. Ou plutôt noire. Je n’avais jamais remarqué qu’en séchant le sang devient noir… j’en ai partout. Je suis plus sale qu’un chien galeux. Pas un millimètre de mon corps n’échappe à la souffrance. Tous mes os sont brisés, tous mes muscles déchirés ou découpés. Mes nerfs s'activent même quand ils ne reçoivent pas de signal. La douleur se propage constamment. Je me noie dans cet univers de souffrance. Je ne suis plus que ça. On me demande de faire des choses, mais j'en ai rarement la force. Alors mon châtiment est encore pire. Plusieurs fois, je me suis retrouvée paralysée, plus aucun muscle ne voulait me répondre. Ils n'ont pas compris ce qui m'arrivait. Ils m'ont puni. Ils m'ont ordonné de faire des choses humiliantes. Même quand je les faisais, on me punissait. Pourquoi, pourquoi ? POURQUOI ? On ne cri jamais quand on me frappe. On ne répond pas à mes hurlements. Je peux aussi bien gémir comme une bête que hurler comme le diable. Un seul homme daigne me parler. Le maitre. Celui qui me fait le plus souffrir, celui qui me fait si peur. Il me terrorise. Son attitude si froide me glace le sang. Il semble détaché de tout. Rien n’existe dans son cœur. Il me parle, me dit des choses… je ne veux pas les entendre ! Je ne veux rien de tout cela ! Pitié ! Pourquoi ?







« Son dernier soupir dans le noir, c’est mon chant d’espoir »


Combien de temps ? Je ne sais pas. J’ai toujours cette volonté de vivre, je l’ai promis à Ashkane. Il veut vivre, je vivrais pour lui. Pour toi Ash ! Pour toi. Mais le monde bascule. Chaque fois que ma porte s’ouvre, je tremble de tous mes membres. Je ne suis plus que ça, une bête apeurée. Et je ne peux retenir ma terreur lorsqu’on me dirige vers la salle de torture. Elle hante mes cauchemars. Elle hante mon repos. Elle hante mon esprit. Je sais pourtant que lutter ne sert à rien, je sais que cela ne m’apporte que quelque coup supplémentaire dont je me serais bien passée, Mais je ne peux faire autrement, tout plutôt que retourner dans cette salle… et dire que l’obéissance ne m’apporte aucun répit. Même en faisant ce qu’on me dit rien ne change. Alors pourquoi ? Merde ! Lâchez-moi ! Arrêtez tout ça ! Je vous dis d’arrêter !
Seuls les coups me répondent. Il n’y a plus que ça, plus que la douleur, la souffrance… et je les hais. Pour ce qu’ils font ! Je les haïs ! Je n’aspire plus qu’à la vengeance, je les aurai, ils subiront ce qu’ils me font. Je les ferais souffrir plus qu’ils ne l’imaginent. Et je le ferais en riant. Je les hais. Il n’y a plus rien d’autre…

______________________________________________________


On a augmenté la distance entre nous. La douleur est intolérable, mais je suis toujours vivant. Je m'étonne moi même de la vaillance de mon corps. J'obéis toujours quand on me demande quelque chose. Je suis devenue un vrai bon toutou. Je ne réfléchis plus. Je fais. Je pense toujours à Kalhan. Elle est quelque part et je ne la reverrais jamais. Cette pensée me rend triste, mais je me dis aussi que si elle souffre tant c'est qu'elle lutte encore. Ils ne l'ont pas brisé. Pas encore.








« Le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste »


Pendant une éternité les fouets claquent. Mon corps saigne inlassablement. Je suis si faible. Je ne comprends rien, je ne sais pas ce qui se passe. Pourquoi me fait-on ça ? Pourquoi personne ne parle jamais ? Pourquoi me torturer ? Qu’ai-je fait ? Je suis née, voilà tout. Ma vie devait sans doute se terminer ainsi. Ma souffrance, pour toutes celles que j’ai dispensées. Si le purgatoire existe vraiment c’est sans doute là que j’ai échoué… avant de finir au paradis, c’est inévitable. Non, je n'ose y croire. Non, je ne peux plus. Je n’ose plus. Toutes les horreurs que j’ai faites… Oh mon dieu qu’ai-je fait ? Ils ont raison de me punir, oui… le mal qui réside en moi ne peut pas partir. Je ne peux que souffrir… C’est bien.

______________________________________________________

Quelque chose a changé. On ne me fait plus entendre les hurlements de Kalhan. Si la douleur de notre séparation est bien présente, elle a diminué. Pourtant la distance a augmenté. Comment est-ce possible ? Qu'ont-ils fait ? Dès le début, j'ai essayé de lui parler en pensée. Ça n'a pas marché. On me sort maintenant de ma salle. On me fait des prises de sang, on me branche des électrodes un peu partout. On me fait subir toutes sortes d'expérience. Je laisse filer le temps. Incapable de vouloir autre chose. Mais je sais qu'ils ne l'ont pas brisé. Je le sais. Il y a une seule chose qu'ils n'ont pas tentée. J'espère que leur dignité ne leur permet pas de le faire. Sinon ce serait la fin.







« Apprendre à mourir ! Et pourquoi donc ?
On y réussit très bien la première fois ! »


Je prie inlassablement. Le seigneur a raison de me faire souffrir. Je suis un monstre. Je dois payer pour l'humanité qui m'a engendré. Battez-moi encore et encore ! Plus fort ! Mais les hommes ne sont pas contents. Quelque chose ne va pas. Le maitre ne me regarde plus comme avant.

« Je vous ai dit de briser son esprit. Ça devrait être le cas depuis longtemps.»
« Maitre, je n'y arrive pas ! Elle prie constamment. Elle implore le seigneur comme une martyre et on ne peut plus avancer »
« Dans ce cas, il faut lui faire comprendre que le seigneur n'existe pas. Pouvez-vous faire ça ?»
« Maitre j'ai fait tout ce que j'ai pu. Si vous connaissez autre chose... »
« Rappelez-lui qui elle est. Brisez là de l'intérieur.»

Le bourreau ne semble pas en croire ses oreilles. Le maitre sort. Le bourreau ne me touche plus. On m'arrose au jet d'eau. La douleur est immense, mais bénéfique. On me donne des vêtements et on me parle. On me parle d'une fille qui s’appelle Kalhan. On me parle d'Ashkane, mais je ne sais pas qui c'est. On se montre gentil avec moi. S'il y avait une minuscule étincelle d'espoir en moi, elle est ravivée. Je commence à me souvenir. Je sais qui je suis, je sais ce qu'on m'a fait subir. L'espoir renait. Mais dans les yeux des nouveaux bourreaux, quelque chose a changé. Un homme me prend le bras et le tors dans mon dos. J'ai peur. Je ne comprends pas. On me parle, on me raconte des horreurs. Deux hommes me tiennent. Je me débats tant que j'arrive à en assommer deux. Mais c'est un régiment qui déferle. Je suis prise de terreur. Quelque chose au fond de moi me dit que cet acte ne serait jamais sans conséquence. Que ce sera pire que tout. On déchire mes vêtements. La nudité ne me gênait plus. Ce n'est pas le cas maintenant. Je me sens violée dans mon âme. On m’allonge sur une table, exposée tel un trophée. Je hurle plus fort que jamais. Ce n'est pas de la douleur que j'ai peur. Je sais que ça fera mal. J'ai peur de l'acte. La terreur a pris possession de moi. Rien ne pourra les arrêter. Pendant des jours je subirai leurs assauts. Des mains avides rampent sur mon corps comme de la vermine. On me maintient si fort que mes os se brisent. Mais ce n'est rien. Un genou se glisse entre mes jambes. Je pleure, je supplie, je cris. Je pense à toutes les femmes qui ont subi ça. Comme j'aimerais tuer leurs bourreaux. Je veux les tuer tous ! Je le veux si fort ! Quand un homme réussit à se glisser en moi, ce n'est pas la douleur qui me paralyse, ce n'est pas la honte. Le maitre est là. Ses yeux bleus contemplent la scène. Quelque part ce jour-là mon esprit céda. Mon être disparu, perdu à jamais. J'étais brisée pour la première fois.


______________________________________________________

Les hurlements retentissent dans la salle. Je m'en fiche, ça n'a pas d'importance. Je suis enfermée. Je suis en cage. Un animal n'a pas à être en cage. Je mords les hommes qui tentent de m'arrêter. La souffrance est inouïe. J'ai peur, mais je continue. Je tue, les cadavres jonchent le sol. Je suis ivre de sang. L'instinct me guide. Je suis une bête. Je suis sauvage.

  
MessageDim 1 Aoû - 16:58
avatar
Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6307Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †
Chapitre IV



« On en vient à aimer son désir et non plus l'objet de son désir »


CLIC, CLAC. La porte de ma cellule s’ouvre… éternellement. Un coup de pied m’ordonne de sortir. J’obéis comme un chien pressé de faire plaisir à son maitre. Me voilà à la lumière, faible plaisir de constater que je ne suis pas devenue aveugle… suuuper… On me fait traverser un couloir, sombre, un genre de cave… toujours le même, j’aurais pu en compter les briques comme le vieux voisin fou du conte de Monté Cristo… je crois. Je ne sais plus. Le fouet claque sur ma hanche gauche, comme un automate je tourne à droite. CLAC un autre coup me fait m’arrêter, à croire qu’ils ne savent pas parler. Je suis dirigée par un fouet… merveilleux. J’entre alors dans ma salle de sport personnelle. Des étoiles plein les yeux. Comme j’aime cette pièce. Ces instruments rouillés, ces fouets alignés au mur, ces colliers, ces harnais de cuir et de fer… cette odeur de sang, de sueur, de peur… un délice.
Comme c’est bon de sentir quelque chose… même si c’est de la douleur. Enfin une sensation dans mon âme vide et creuse. Quel bonheur ! Dans un coin, brule un léger feu, suffisant pour faire virer au rouge la barre de fer qui y est plongée. Cool le feu, la brulure. Je vais m’éclater aujourd’hui.
On m’enferme les poignets dans des menottes de fer rembourrées de piques. Me blessures n’ont jamais le temps de se refermer. C’est bien, ainsi je peux souffrir plus longtemps, seul dans le noir de ma cellule… sinon peut-être me serais-je blessée moi-même…
La chaine remonte au plafond, me hissant avec elle jusqu’à ce que mes pieds ne touchent plus le sol. Mon geôlier prend alors la direction de ma séance de torture. L’échauffement bien sûr. Des coups de fouet. Chacun d’eux laisse une trace sanglante dans mon dos. Le sang et la sueur s’écoulent lentement pour former une marre à mes pieds. Ah…
CLAC, la porte s’ouvre à nouveau, qui ose interrompre mon extase ? Oh… mon maitre. Mon cher maitre. ! Et il porte mon fouet ! Mon fouet à moi ! Celui aux mèches bien claquantes et aux pointes armées de piques de fer… mon cher fouet… Dés cet instant, aux bruits du fouet fendant l’air, à celui des pointes d’acier s’enfonçant dans ma chair, au léger goute à goute qui s’écoule de mon corps pour toucher le sol… s’ajoute la voix de mon maitre. La seule que je n’ai jamais entendue… J’aime…






« Celui qui se transforme en bête se délivre de la douleur
d’être un Homme »


« Quel est ton nom ? »
« K… euh… je ne sais pas. »

Et pourtant. Quelque chose me dit que j’aurais du le savoir… que c’était important… mais je ne m’en souvenais plus.

« Quel âge as-tu? »
« Euh… je ne sais pas… »

Quelque chose en moi me disait que j’avais perdu quelque chose. La mémoire ? Non voyons. Je n’ai rien connu d’autre. Il n’y a que mon maitre. Mon maitre qui me donne tant de plaisir…

« Tu n’es rien, tu le sais. Rien ne t’attend dehors. Il n’y a rien. Rien que toi et moi. Rien que ton maitre. »

J’étais dans ma chère salle personnelle, celle avec les menottes à piques qui me suspendaient au plafond. Le pied ! Levant mes yeux vides de toute âme, je parviens à offrir à mon maitre un sourire exquis. Comme je l’aime mon cher maitre… Oui il n’y a jamais eu que lui. Que mon maitre. Rien ne m’attend, car je ne suis rien. Je suis le néant. Voilà mon nom.







« La patience a beaucoup plus de pouvoir que la force »


Ma vie défile, un cycle immuable. Je n’ai plus aucune notion du temps. Bah, je m’en fiche. Mon monde se résume à ma cellule miniature, au couloir sombre et lugubre, à ma salle de torture. Je n’ai que ça. C’est merveilleux. Je ne peux rêver mieux. De temps en temps un truc pour me remplir l’estomac. Mon maitre qui me bat avec tant d’application. Quel bonheur de pouvoir ressentir de la douleur. Quel bonheur de ressentir… Mais le temps passe et la douleur m’atteint de moins en moins. Mon corps n’est plus qu’un lambeau de chair sanguinolente. Avais-je été autre chose un jour ? Chaque coup de fouet entaille ma chair, fait couler mon sang. Encore et encore… chaque brulure embaume la pièce d’une délicieuse odeur de chair brulée. Ça sent la mort. J’aime. Mais la douleur ne m’atteint pas. Je ne la ressens plus. Je passe des heures suspendues à ma chaine attendant qu’on me fasse l’honneur de me torturer. Mais je ne sens rien. Même pas de picotement lorsque l’acier qu’il soit brulant ou glacé s’enfonce dans mon corps. A peine si je sens que l’ont me touche. Je m’ennuie, je m’endors. Je me réveille plongée dans un bac d’eau sale et puante. J’ai du mal à respirer, mes poumons sont en feu. Mais ils ne brulent pas je le sais. Il suffit que je me le dise. La douleur n’existe pas non. Mon corps me dit des choses, je ne l’écoute pas. Je ne suis plus capable de ressentir de douleur. C’est formidable. Cette impression de flotter au dessus de sa vie. Rien ne peut m’atteindre, rien ne peux me faire de mal. Je suis insensible. Je ne sens plus de douleur, je ne sens plus… rien.






« Un jour vient où vous manque une seule chose et ce n'est pas l'objet de votre désir, c'est le désir. »


Je m’ennuie dans cette cellule miniature. Je sais comment y dormir dans quelle position. Mais je me demande pourquoi j’ai droit à tant de luxe. Je m’ennuie… j’ai envie de dormir, je vais faire une bonne grasse matinée. Histoire de ne pas dormir demain pendant qu’on m’administre mon traitement, vous comprenez ? Sinon après je m’ennuie dans ma cellule sans même le bruit des flammes pour me distraire. C’est chiant. Aujourd’hui est un jour comme les autres, mon maitre manie son fouet d’une main experte. Aujourd’hui pourtant, je me sens triste. J’en ai marre. C’est toujours la même chose… le fouet inlassable, le feu, la glace, l’eau… le sang. Un peu d’inventivité que diable !

« Alors ? Tu aime ? »
« Bah c’est toujours pareil… le néant. »
« Parfait. C’est parfait ! »

Ce jour là, mon maitre fit quelque chose auquel je ne m’étais jamais attendue. Que je n’avais jamais désiré. Je ne savais même pas que ça pouvait exister. Alors que je m’apprêtais à me rendormir après avoir donné ma brève réponse, je sentis sa main sur mon menton. J’avais déjà à moitié sombré dans le sommeil. L’esprit embrumé je ne compris pas ce qu’il venait de faire. Je ne comprenais pas. Comment pouvais-je encore ressentir quelque chose ? Pourtant, c’est bien ce que mon maitre fit. Il me permit enfin de ressentir… une émotion, un sentiment, un besoin. Je ne sais pas. Mais mes lèvres brulent de sentir à nouveaux les siennes.
Depuis ce jour, je ne pense plus qu’à ça. Cette sensation exquise bien que dénuée de toute souffrance… pourtant je souffrais bel et bien de ne pas la retrouver. Pitié maitre embrassez-moi encore…







« Prends garde à tes rêves, ils s'envolent facilement,
prends garde à l'enfer, il te guette sûrement »


Il a dit qu’on allait changer la méthode. Il a dit que j’étais prête. Il a dit que je ne ressentais plus rien. Il a dit que je devais apprendre à obéir. Il a dit que j’étais une chienne.
Je le crois. On me fait sortir de ma cellule. On me traine dans le couloir. Je les laisse faire. Je m’en fiche. Plus rien ne m’intéresse. J’ai envie de faire demi-tour et de retourner dans ma niche. Il dit que j’y reviendrais. Quand je serai dressée. On descend des marches. Mes jambes ont du mal à me porter. J’ai vaguement conscience d’avoir un pied cassé. Il ne fonctionne pas correctement.
En bas, des cages en fer sont alignées contre le mur. Il y a des chiens à l’intérieur. Ils grognent et aboient tout ce qu’ils savent. Ce sont des bêtes, dressées à tuer.
Une cage est vide. On m’ordonne d’y entrer. Mais je n’ai pas envie, je fais demi-tour. On me repousse d’un coup de pied. Je m’étale dans la cage à peine plus grande que ma cellule. Ils disent que je vais y rester un long moment. Je m’approche de la gamelle et bois l’eau qu’elle contient. Juste de l’autre côté des barreaux, un lion me fixe. Il n’est pas enragé comme les chiens. Mais il est sauvage. Ses yeux d’or me dévisagent. Je lâche le regard, je m’en fiche. Le fauve se jette contre les barreaux. C’est un animal. Il a faim.

______________________________________________________

Un animal n'aime pas être en cage. Un fauve est conditionné pour vivre libre. On me nourrit à peine. En jetant une carcasse à travers les barreaux de la cage. Les chiens se taisent quand je grogne. Ils savent que je suis plus fort qu'eux. Ils savent que je les tuerais si je le dois. J'ai souvent envie de les tuer. Pour les manger. Mais je hais encore plus les hommes. Leur odeur me brule le nez. Je les sens arriver de loin. Je les hais et j'aimerais les tuer plus encore. Ils me font mal. Ils ne m'ont rien donné à manger depuis des jours. J'ai faim. Les chiens le savent. Pourtant, ils aboient comme des fous. Quelque chose change aujourd'hui. C'est une humaine. Elle a leur odeur. Pourtant, ils la mettent dans la cage à côté de la mienne. Elle ne leur ressemble pas. Elle ne ressemble à rien. Elle est couverte de sang. L'odeur fait gronder mon estomac. Je me jette sur les barreaux. J'ai si faim.






« Elle est parfaite, elle n’a aucune conscience... »


Je suis enfermée dans une pièce taillée à même la pierre. Au plafond, un trou minuscule projette assez de lumière pour que je puisse voir le sang séché couvrir mes plaies. J’attends dans ma cage de pierre et de métal. Des barreaux de fer épais comme mon bras m’empêchent de sortir. Si tant est que je réussisse à les atteindre. De lourdes chaines rouillées étaient accrochée au plafond, reliées à mes poignets par d’énormes menottes hérissées de pointes acérées. Je suis suspendue aussi nue qu’au jour de ma naissance mais cela n’avait plus aucune importance à mes yeux. Je suis couverte de sang et de boue. L’odeur n’est pas super non plus et mes cheveux ressemblent à la tignasse d’un néandertalien. Je ne sais plus depuis quand je n’ai pas pris de douche, ni même si je me rappelle ce qu’est l’hygiène. Tout ce qui m’intéresse concerne mon estomac vide. Je suis revenue à l’état primitif. Guidée par l’instinct de préservation. Mon maitre, ce terrible expert savait me maintenir sur cette terrible frontière séparant la lutte de la résignation. On cogne sur les barreaux avec une lame. Je sursaute et veux reculer même si je sais pertinemment que mes pieds ne touchent plus le sol. Un grondement sourd s’élève de ma gorge, se transforme en gémissement quand je sens l’odeur du maitre. Les clés tintent et la porte s’ouvre, instinctivement je grogne en voyant des hommes pénétrer mon territoire. Comme une bête, je grondes en tirant sur mes chaines, tachant de ne pas perdre de vue les cinq hommes qui viennent d’entrer. Ils se disposent en cercles autour de moi, ce qui me rend un peu plus nerveuse car je ne peux les garder tous dans mon champs de vision. La porte de la cage se referme, le gardien verrouille la grille et recule, le visage impassible.
Les cinq hommes saisirent une chose longue, suspendue à leur hanche. Cinq notes métalliques me parviennent et je gronde de plus belle. Des katanas. Je me fichais bien de savoir que ces fabuleuses armes japonaises étaient aussi tranchantes qu’une lame de rasoir. Pour moi, toute arme en métal était mauvaise et je ne devais pas me faire toucher par elle. La voix du maitre résonne alors :

« Ils sont là pour te tuer et moi je t’ordonne de survivre, tu entends ? Je serais aussi très mécontent si tu es blessée et tu sais ce qu’il se passe quand je suis mécontent. Tu n’aimerais pas subir ça à nouveau alors tu vas obéir. Aujourd’hui tu as le droit de te défendre, tu as le droit de blesser et même de tuer. Tu peux faire ce que tu veux de ces hommes du moment que tu survis. Tue-les et tu ne souffriras pas. Tue-les et je serais satisfait. Tue-les. »

Tuer… s’il fallait faire cela pour survivre et que le maitre soit content alors je le ferais avec joie. Je vais obéir oh oui !
J’attendis, à l’affut du moindre mouvement. L’homme juste en face de moi avança, son katana brandit. Je réagis en tirant de toutes mes forces sur les chaines, insensibles aux pointes meurtrières. Je soulève mon corps dans les airs, esquive et mes jambes s’abattent sur les mains qui tenaient le sabre. Je lui tords les bras, brisant les os. Il crie de douleur et je saisis le manche de l'arme entre mes pieds. D’un coup de rein je tourne sur moi-même et lance mes jambes, le sabre si bien aiguisé tranche la gorge de son propriétaire. Dans un même mouvement je me tords de toutes mes forces pour élever mon corps à la verticale, la tête en bas en appuis sur mes poignets sanglants comme un gymnaste sur ses anneaux. Je coince la lame entre les maillons d'un des deux chaines. En bas, on commence à s’agiter. Je tords le manche de l’arme et le chaine se rompt. Je perds l’équilibre et penche sur le côté en tournoyant. Je me cambre autant que je peux et ma main libre saisit le sabre. Sans cesser de tournoyer je fais subir une nouvelle tension à mon épaule et me tords jusqu’à ce que la lame brise ma dernière chaine. Alors j’atterris enfin, tranchant un bras au passage. Et cette fois, libre et armée, j’obéis. Ce fut le jour le plus sanglant de toute ma vie, aussi loin que je m’en souvienne en tout cas. Je ne me rappele pas avoir manié une arme, mais l’esquive est instinctive et il n’est pas difficile de comprendre qu’une gorge tranchée enlève la vie. Quatre corps jonchent rapidement le sol. Sanglants, décapités. Un seul homme était encore en vie et ma haine est encore très forte. Je suis couverte de sang chaud, l’adrénaline est à son maximum. Je voulais me battre encore, leur faire payer à tous les souffrances qui m’avaient été infligées. Je voulais tuer. Tuer…
C’est l’homme à qui j’ai coupé un bras. Il est assis, adossé contre la grille et serrant contre lui son moignon. Il gémit, des larmes douloureuses coulent le long de ses joues. Pendant un long moment je reste immobile face à lui, envahie par une sensation fabuleuse. La liberté. Il n’y a pas de règle dans ce monde-là. Je peux tuer, mutiler et faire autant de mal que l’on m’a fait. Et c’est absolument merveilleux.
Les sanglots de l’homme s’interrompent, je m’inquiète soudain qu’il soit mort. Non, il vient de voir que je l’observe. Il me fixe encore quelques secondes puis les traits de son visage se transforment en un rictus haineux. Sa main valide lâche son moignon et saisit un sabre tombé près de lui. Il se lève d’un bond pour se jeter sur moi, il n’eut pas le temps de finir son mouvement, ma main est tombée, l’arme au point a tranché son épaule. Il bascule en avant, sa gorge passe à proximité et je sens soudain une envie instinctive d’attaquer. Je le mords sauvagement. Mes dents s’enfoncent dans sa chair, je tranche sa jugulaire, certaine qu’avec ça il ne se relèverait pas. Le sang jaillit, m’éblouissant de chaleur. Je serre les mâchoires et l’homme pousse son dernier hurlement qui se termine en un affreux gargouillis. Je le laisse tomber au sol où le sang s’écoule des blessures à gros bouillons. Je suis debout et je savoure ma victoire. Le fluide vital s’écoule de ma bouche, je me lèche les lèvres en grondant. Je ferme les yeux et goute le sang avec délice.
Puis, je sens au milieu de toutes ces effluves mortelles, l’odeur de mon maitre. Je rouvre les yeux et croise les siens. Je le jauge et compris qu’il est satisfait. Mais pas moi. Alors, pour la première fois depuis bien longtemps, je montre une trace d’humanité. Je ne gronde plus en m’approchant des barreaux que je saisis à pleine main. J’ouvre la bouche dans un sourire sanglant et dit d’une voix d’outre-tombe : Encore.
Le maitre hoche la tête, je recule pour lui faire de la place. Je sais qu’il n’ouvrirait pas la grille tant que je serais proche de lui. Il saisit le gardien par le devant de sa chemise et lui ordonne d’ouvrir. Le gardien, l’air inquiet –la première expression que je lui voyais- obéit sans protester. Lorsqu’il pousse la grille, mon maitre le projette dans la cage au fauve et ferme derrière lui. Le gardien hurle, s’accroche aux barreaux en suppliant qu’on le laisse sortir. Cela dura de longue minute jusqu’à ce qu’il comprenne. Il se retourne et ma haine bondit à la surface de toute sa force. Et le gardien eut ce regard, celui d’un homme qui a vu. Non pas un lion ou un quelconque prédateur. La dernière chose qu’il vit, fut le regard d’une bête qui n’aurait jamais dû exister. Un esprit brisé pour la deuxième fois.







« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin »


L’habituel coup de pied contre mon corps me réveille. Fiche moi la paix je veux dormir… j’ai fait un rêve cette fois. Étrange. Un doux rêve… Mais merde je t’ai dit de me laisser ! La porte de ma cellule claque. Voilà qui est bien étonnant. Mais bon après tout si on a envie de me laisser dormir… je n’y pense déjà plus, cherchant seulement à retrouver mon rêve. Je n’entends rien de ce qui se passe dehors. Je n’entends pas les cris des gardes. Je ne sens pas que l’atmosphère de ma cellule est en train de s’épaissir comme si on était un peu trop à l’étroit… Une voix raisonne dans ma tête. Elle me parle. Je crois que je suis folle car mon maitre ne l’entend pas. Ce qu’elle peut être dérangeante cette voix. Je ne veux entendre que celle de mon maitre, elle qui est si belle… Mais cette petite voix m’énerve de plus en plus. Laisse-moi te dis-je ! Je ne veux plus t’entendre !
La porte de ma cellule explose et me voilà propulsée dans le couloir. Incroyable. Sur le sol git un corps en flamme, des gardes se ruent dessus, certains sont blessés. L’explosion les a tous touchés. Mais… pourquoi ? D’où vient cette explosion ? Le cadavre est emmené et les gardes se retournent contre moi. Quoi ? Qu’ai-je fais ? Pourquoi avoir fait exploser ma cellule ?

« Bordel c’est elle qui a fait ça ! »
« Putain elle va le payer cette salope ! »
« Elle va voir ce que c’est de souffrir ! »
« Ouais ! un p’tit tour aux enfers ma jolie »

Le dernier homme à avoir parlé me saisit par les cheveux et me traine sur le sol en direction de ma salle de torture. Cool une leçon supplémentaire. Les yeux brillants d’excitation et de remerciement.

« C’est vrai ? On va en enfer ? »

Un coup de poing fait exploser ma lèvre et jaillir le sang.

« Te fou pas de ma gueule sale pute ! »

Non, nous n’allons pas dans ma salle de torture, on va plus loin dans le couloir. Génial ! Une nouvelle salle ! Enfin du changement. Je suis au paradis… C’est dans une extase comme je n’en ai jamais connue auparavant que l’on m’allonge sur une étrange planche cloutée. Comme je suis impatiente de savoir la suite… Une main glisse entre mes jambes. Tu veux que j’écarte les cuisses ? Ok !

« Le maitre nous avait ordonné de ne pas faire ça »

Un grognement de frustration lui répond. Oh pourquoi arrêter ? Quel est ce nouveau jeu ? Tu ne veux pas jouer avec moi toi aussi ? Viens ! Viens ! J’ai terriblement envie de jouer.

______________________________________________________

Je lui parle constamment mais elle n'écoute pas. Comment peut-on ignorer ainsi son âme ? Elle ne me bloque pas l'accès, je peux tout savoir dans son esprit. Mais elle s'obstine à ne pas me répondre. La maitre dit que c'est normal. Il faut du temps pour qu'elle se souvienne de moi. Mais ça me fait mal quand même. Après avoir passé si longtemps dans la peau d'une bête c'est étrange de ressentir des émotions humaines. Je les accueille pourtant l'une après l'autre. Si heureux d'être de nouveau moi ! Si étonnant que celà puisse paraitre. Je me souviens parfaitement de tout, de chaque seconde. La maitre dit que c'est normal car mon esprit n'a pas été brisé. Mon instinct de protection a rejeté la partie humanisée de mon être jusqu'à ce que Kalhan soit capable de m’accueillir en elle à nouveau. Il a dit que c'était normal que son esprit brisé m'ait rejeté car il n'était plus celui que je connaissais. Quand elle fut brisée pour la première fois, je me suis réfugié dans mon état de bête. Mais lorsqu'elle en est devenue une elle-même, le lien c'est réparé. Car nous étions à nouveau au même stade. Maintenant, je ne la lâcherais plus. Quoi qu'il arrive.

  
MessageMer 6 Aoû - 23:17
avatar
Date d'inscription : 01/08/2010Nombre de messages : 6307Nombre de RP : 189Âge réel : 25Copyright : RONRONATOR ♥Avatar daëmon :
Kalhan Xénia
ADMIN-BIGBOOBS ♦ ||
Chienne de garde dévergondée... †
Chapitre V



« Les bêtes ont inconsciemment le désir d'être humaines quand les hommes ont consciemment le désir d'être des bêtes »


*Putain de sale type ! Et dire que c’est moi qui ai causé tout ça ! Si seulement je lui avais accordé le droit de mourir quand elle le désirait ! Si seulement je n’avais pas été aussi égoïste. Oh pardonne-moi Kalhan je suis tellement désolé* Une voix murmure dans ma tête. Qui est-ce ? Ou suis-je ? Kalhan ? Oui c’est moi ! * Qui est là ? * * Quoi ? Tu m’entends Kalhan ? * Quelque chose saute sur mes jambes. J’essaie de bouger, mais rien ne se passe. Mon corps tombe en morceau, je ne peux plus rien bouger, rien ne répond. J’ai l’impression de n’être plus qu’une âme détachée de tout. Et le noir tout autour… Ah ! J’ouvre les yeux. Ou suis-je ? Je ne connais pas cet endroit. Une pièce éclairée ! Et je suis… dans un lit Oo.
* Kalhan ? Tu m’entends dis ? * Je baisse alors les yeux et découvre médusée une petite souris grise et plutôt mal en point, dressée sur ses petites pattes arrière en train de me dévisager. Une souris ! * C’est toi ? * La souris couine de bonheur et se lovant contre ma jambe. * Oui, c’est moi ! C’est bien moi ! Oh je suis si content que tu m’entendes de nouveau ! * *, Mais qui es-tu ? * * Qui je… enfin Kalhan ! C’est moi ! C’est Ashkane ! * Mon dieu je deviens folle, une souris qui me parle. *, Mais tu n’es pas folle ! C’est moi c’est Ash ! * * Désolé je ne sais pas qui tu es * Ce nom me dit quelque chose. Cette voix me dit quelque chose. Je devrais savoir qui il est… oui… étrange… * Kalhan tu ne vas pas me dire que tu ne me reconnais pas ! * Une voix retentit derrière la porte de la pièce. CLIC CLAC la porte s’ouvre, un homme entre. L’air pas très en forme… Mais… mais je le connais ! Mon maitre ! Heureuse comme un chien j’en aurais presque remué de la queue. L’ennui c’est que je ne peux pas bouger. L’homme approche, un grand sourire sur les lèvres… oh ses lèvres !

« Maitre ! Mon cher maitre ! »
« Allons, du calme ! »
« Comme je suis heureuse de vous voir… mais, mais vous avez une très mauvaise tête ! Dites-moi ! Dites-moi qui vous a fait ça ! »
« Ce n’est rien, juste un petit accident. Et toi comment te sens-tu ?»

Mon maitre me demande comment je vais ! Comme il est gentil…

« Très bien maitre ! »
« Ne me mens pas … »
« Ben, je ne sens plus mon corps… »
« C’est normal, tu es droguée. Ce léger incident dont je parle… mes gars ont cru que tu en étais responsable et ils t’ont… fait payer ça… »

Ça y est, ça me revient maintenant, la cellule qui explose, ces hommes qui m’entrainent… et qui me réduisent en bouillie. Mon dieu pardonnez-leur…

« … ne dois pas t’inquiéter, tu ne risques rien. Je vais m’occuper de toi. À partir de maintenant nous allons passer à tout autre chose.»
« Que voulez-vous dire maitre ? »
« Hé bien maintenant que je t’ai privé de toutes tes émotions, de toutes tes peurs… tu es sans âme et sans pitié. Nous allons pouvoir t’entrainer et faire de toi le plus redoutable guerrier qui soit… et tu feras tout ce que je te dirai n’est-ce pas ? »
« Bien sur maitre ! Tout ce que vous voudrez ! »

Un sourire victorieux sur les lèvres, mon maitre rayonne. Il a gagné, il le sait.

Des flashes apparaissent dans ma mémoire. Ça me revient d’un seul coup. Tout ce que j’étais avant. Tout ce qu’ils m’ont fait. Tout ce que j’ai oublié, la moindre de mes paroles… mon dieu que s’est-il passé ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Le regard du maitre change. Il s’est rendu compte que quelque chose se passait en moi.

« Quel est ton nom ? »
« Je m’appelle… je crois que je m’appelle Kalhan. J’ai cette impression et en même temps… Maitre ! Je ne me souviens pas de mon nom ! »

Mon maitre se penche vers moi et murmure à mon oreille :

« Oui. Tu t’appelles Kalhan. Mais tu n’as pas besoin de ta mémoire, tu n’as qu’à obéir. »
« Mais maître… tout ce qu’il s’est passé, c’était moi ? »
« Oui. C’est toi. Est-ce que tu regrettes ? »
« Je… je ne sais pas. Je devrais ? »
« Tu pourrais m’en vouloir. Tu pourrais désirer me tuer. »
« Jamais ! Je sais ce que vous m’avez fait, mais je ne vous en veux pas ! »
« Vraiment ? »
« Je vous le jure maitre ! Je ferais tout pour vous ! Quoi qu’il ait pu se passer avant. C’était pour mon bien. »

Il sourit. Il a vraiment un très beau sourire. C’est un homme très grand et bien fait. Si seulement je pouvais lui rendre ce qu’il m’a donné. Je l’aime tant.

« Maitre ? Qui est Ashkane ? »
« Montre-toi Ashkane »

La petite souris grise sort de sous mes draps. Je sens combien elle déteste le maitre et combien elle s’en veut.

« Ashkane est ton âme. Il ne faut pas lui faire de mal, car ça te toucherait aussi. Il va rester avec toi maintenant. Surtout, ne laisse personne l’approcher. D’accord ? »
« Je vous le jure maître ! »

Il se penche un peu plus et dépose un baiser sur mes lèvres. J’aurais voulu me jeter à son cou. Rien ne se passe.

« Tu vas rester ici et te reposer jusqu’à ce que tu sois remise, ensuite nous passerons à ton entrainement »

Il se lève, prêt à partir.

« Maitre ? »
« Oui Kalhan ? »
« S’il vous plait. Vous voulez bien m’embrasser encore ? »

Mon maitre ne me répond pas, mais ses yeux brillent suffisamment pendant qu’il s’exécute.

______________________________________________________

On a fait un marché. Kalhan m'a oublié. Il aimerait étudier ça. Il me laisse la rejoindre, en échange je dois calmer la bête qui est en elle et la rendre un peu plus humaine. Ça me semble correct. J'ai accepté. On m'a amené dans la pièce où elle reposait. Quand je l'ai vu après tant de temps, je me suis évanoui. Elle avait tellement changé ! Et son état actuel n'arrangeait pas les choses. Bien sûr j'ai senti ce qu'elle subissait. Mais le voir de mes propres yeux rendait tout ça beaucoup trop réel. J'ai passé deux jours dans le coma. Quand mon esprit a enfin accepté ce qu'on avait fait de mon humaine, j'ai ouvert les yeux. J'ai passé le reste du temps à râler contre le maitre. Je le hais plus que tout au monde. Mais sous ma forme je ne pourrais jamais le faire souffrir. Et ce fichu lézard me surveille bien trop. Quand je sens combien Kalhan aime son maitre, j'ai l'impression de mourir. C'est moi qu'elle aimait de cette manière. Avant. Ne pas pouvoir lui parler me rend fou. Savoir qu'elle m'a oublié me tue. Tu me manques Kalhan, même si je ne te l'ai jamais dit.







« Blesse mon cœur d'une langueur monotone »


Les jours se succèdent, identiques. Toujours les mêmes. Mais bien des choses ont changé. Je ne suis plus dans ma cellule. Je suis restée dans mon lit et je mange ! Je mange 3 fois par jour ! J’ai même eu droit à un bain ! Je n’en reviens pas. D’ailleurs ça a été assez sportif comme expérience. Pourquoi vouloir me donner un bain alors que je ne suis rien, rien que de la vermine. Je peux très bien rester sale, ça ne me dérange pas le moins du monde. Mais mon maitre veut que je sois propre. Cher maître ! Pour lui je ferais n’importe quoi. Alors je réalise mes soins avec une application que je ne me connaissais pas. Au début pourtant j’étais restée couchée. On m’avait mise dans un état vraiment lamentable et ma résistance contre ce premier bain n’avait fait qu’aggraver les choses. J’étais en morceaux et pourtant je guérissais ! On m’avait transformé en momie. J’avais des bandages partout et j’étais constamment poisseuse, car enduite de crème, pommade et autre cochonnerie pour cicatriser. J'en avais un peu marre de ne pas pouvoir bouger comme je le voulais et on craignait que je ne fasse bien pire étant donné… que je ne sens rien. Mon maître avait ordonné que je guérisse. Alors j’obéis. Mon maître que j’aime tant. Embrassez-moi encore !








« Un optimiste c’est quelqu’un qui croit que la mouche cherche à sortir de la pièce »


Je peux marcher à présent, mais je n’ai pas droit de sortir de ma chambre. J’ai cicatrisé, je suis propre et j'obéis à tout. Et j’attends. J’attends. Il avait dit qu’il m’apprendrait… m’apprendrait bien des choses. Que je serais… la maitresse de la mort. Mais pour l’instant, je ne vois plus mon maitre. Je passe mes journées à me rappeler. Me rappeler chaque détail de ce que j'ai vécu, de celle que je ne suis plus. Je me souviens un peu de mes parents. Ils sont morts, mais même la mort me laisse de marbre. Je me souviens d’Ashkane dans l'histoire, il était souvent là. Mais tout cela avait quelque chose d’étrange. Ce n’était pas moi. C’était la vie de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui était mort. Je suis devenue le rien. Le néant. Un chien qui obéit à son maitre parce que je l’aime. C’était le pied en fait. La mort, la vie… la douleur, la peur… je pouvais passez des heures à philosopher là-dessus et à chaque fois la conclusion était la même. Je n’ai pas besoin de ces sentiments. Je flotte au-dessus de tout ça. J’ai un corps parce que c’est toujours utile, mais il n’a pas intérêt à venir m’emmerder avec ses sensations. Je suis la force, la force de caractère. Pas même une âme non. Rien, je suis c’est tout. Je n’attends qu’une chose : mon maitre. Lui.

______________________________________________________

Les choses changent lentement. À force de discuter, Kalhan prend conscience de qui je suis. Elle a par moment des flashs sur notre vie. Mais ça l'a laisse de marbre. J'ai l'impression d'échanger avec un zombie. Un être sans aucun scrupule, dénué de toute émotion. Plus rien ne l'atteint. C'est étrange de voir combien Kalhan peut se montrer insensible et stoïque. Car de l'autre côté elle se meurt d'amour pour son maitre. Comme si toutes ses émotions sous n'importe quelles formes s’étaient muées en vénération pour le maitre. Comme s'il ne lui restait plus que ça. Un garde-fou qui la maintient encore un peu dans la réalité. Parfois je regarde avec elle dans sa mémoire, les instants où elle tuait à main nue. Sa folie n'est jamais loin.








« Le meilleur coup du diable ça a été de faire croire qu'il n'existe pas »


Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. On m’a déposé des vêtements propres et des bottes ! J’ai l’impression que j’ai toujours aimé ces trucs-là. Et on m’a ordonné de me préparer, de me faire propre et belle. Mais c’est quoi être belle ? Et pourquoi ? La beauté ne sert à rien. Je n’ai pas envie de le faire. Je n’en ai pas besoin merde ! Et puis je ne sais pas comment faire…. Et je suis prête, parfaitement prête lorsque mon maitre arrive. Il ouvre la porte et je me lève, prête à obéir, à exécuter le moindre de ses désirs. Je suis comme un chien qui ferrait la fête à son maitre lorsqu’il rentre. Mais mon maitre à moi…

« Bonjour Kalhan. Comment vas-tu ? »
« Très bien maitre ! »

Il s’approche de moi. Dites-moi maitre ! Donnez-moi un ordre ! Il lève la main et ses doigts viennent jouer dans mes cheveux.

« Tu as compris n’est-ce pas ? Tu es intelligente. Nous allons passer à ton entrainement, demain. »
« Oui maitre ! Je ferais tout ce que vous voudrez !»

Une légère ombre passe dans son regard. D'instinct je me mets sur mes gardes. Que se passe-t-il ? Pourquoi a-t-il du chagrin ?

« Ne me parle pas comme ça. Tu es un être humain malgré tout et tu dois te comporter correctement. »

Je hoche silencieusement la tête, ne sachant pas ce qu'il souhaite entendre comme réponse. Il sourit tendrement. C'est un si beau sourire, mais un sourire si triste.

« Maitre pourquoi êtes-vous si triste ?»

Il a un mouvement de recul. J'ai l'impression de mourir, est-ce que je l'ai déçu ? Oh, mais pourquoi je n'ai pas fermé ma grande gueule !

« Je suis triste pour ce que je t'ai infligé. J'ai eu mal pour toi et je sais que tu m'en veux. »
« Non maitre ! Jamais ! Je ne pourrais jamais vous en vouloir ! C'était très bien ! Je vous jure !»
« Ne t'avance pas tant, car ton entrainement sera très dur. Il y a aura des moments où tu m'en voudras beaucoup. Ne te retiens pas. Jamais. Je veux que tu me dises tout ce qu'il te passe par la tête à tout moment. N'ai pas peur de me blesser, car venant de toi rien ne peut m'atteindre. Je veux tout savoir, tu comprends ? »

Je murmure mon acquiescement même si je ne suis pas certaine d'avoir compris ce qu'il voulait dire.

« Je suis très fier de toi. J'espère que tu ne me décevras pas à l'avenir. »
« Je ne peux pas vous promettre ça maitre, seulement que je ferais tout mon possible !»
« Tu recommence à réfléchir. C'est parfait. »






  
Message
Contenu sponsorisé
Page 1 sur 1