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Night wish [Terminé]

 
  
MessageLun 28 Déc - 11:16
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Date d'inscription : 12/02/2015Nombre de messages : 177Nombre de RP : 67Âge réel : 36Copyright : MoiAvatar daëmon : Glyndwr
Tallulah Ó CuileannNothing will be the same...
Les rouleaux se fracassaient sur les rochers, emportant à chaque assaut un morceau supplémentaire de la falaise dans un tonnerre qui n'avait rien à envier au plus violent des orages. Noir, l'océan montait ses vagues immenses jusque loin dans le large, tirant sur l'écume, roulant telles d'immenses baleines frappant de leur flanc les rochers de Merkeley. Le fracas aurait réveillé un sourd et ce, sans même l'aide du vent qui hurlait pour se faire entendre par dessus le vacarme. Il ne pleuvait pas sous ce ciel de plomb, seules les gouttes salées arrachées à la mer retombaient sur le sol mais elle était nombreuses, elles étaient froides, elles étaient en colère.

Au loin de cette tempête d'hiver flottait un drapeau rouge au dessus de la plage « publique » de la ville. Dans d'autres baies,dans d'autres villes, des jeunes avaient probablement trouvé leur planche de surf, l'analogie était trop belle. Tallulah s'habilla comme on va en bataille. Une simple combinaison d'été, ouverte aux bras et aux genou, un long couteau bien attaché à sa cheville, à sa hanche, pour ne pas la gêner, son petit harpon de poche et une épuisette pour la pêche du jour. Glyndwr boudait déjà dans sa grande cage de métal accrochée par une longue ficelle autour de la taille de sa liée. Avec les courants, le risque de se perdre était trop grand et la séparation trop douloureuse. Une dernière fois, la jeune femme se demanda si tout ça était bien raisonnable. Avec le crépuscule qui tombait, la fatigue de ces derniers jours, le tension de ces derniers mois. Mais l'appel était trop fort. Trop destructeur. Trop parfait. Et elle avait besoin de se mesurer à quelque chose qui n'était pas humain. Quelque chose qui pouvait l'engloutir, la briser. Elle avait besoin de cette destruction pour retrouver l'apaisement tranquille qui était le sien et qu'elle distribuait sans compter. Pour être celle qui écoute les autres. Celle qui les soigne. Qui leur apprend à vivre et à supporter l'eau, le bruit, la foule. Celle qui était là, pour eux, celle qui ne voulait de personne, pour elle et qui, pourtant, en avait parfois tellement besoin.

Elle sauta. Directement de la Maison Devant la Mer, sans avoir peur des rochers en cette Grande Marée, la cache de Glyndwr déséquilibrant un peu son plongeon sans pour autant la décontenancer complètement. Sous l'horreur, le calme. Apparent. Les courants se mêlant dans de minis tourbillons, la balançant à droite, à gauche. Elle se laissa entraîner par le ressac, loin vers le large, se sentant une nouvelle fois monter dans un nouveau rouleau. Nageant vers la surface, elle fit face au mur d'eau qui se dressait devant elle et lui rentra dedans, poing en avant. Des larmes coulaient sur son visage, eau salée se perdant dans l'eau salée. Il faisait froid, au niveau de ses joues. Normal pour un mois de Janvier. Elle laissa la vague l'emporter et redescendit dans les abysses. Le fond était plus loin cette fois, et le centre toujours aussi vide. Les poissons intelligents se cachaient des courants. Les autres étaient fracassés contre les rochers sous marins. Un destin qui pouvait bien lui arriver mais elle n'en avait cure. La colère n'était rien sans risque. Elle avait besoin de se retrouver, de se ressourcer. Et malgré le silence, malgré la solitude, malgré le danger et les larmes, elle se sentait mieux ici qu'elle ne l'avait été depuis longtemps. Un monde où elle pouvait être elle-même. Un monde ou elle n'avait pas à sourire. Pas à subir les remarques sèches ou bien-pensante des autres. Un monde où elle n'était pas la douce Tallulah, celle qui aimait faire des pâtisseries, celle qui était toujours calme, déterminée. Un monde où elle pouvait avoir des doutes, des vrais. Un monde où elle pouvait avoir des peurs, idiotes. Un monde sans autre. Un monde pour elle.

* Un monde à nous. *
* Un monde à nous. *

Il n'y avait pas de temps dans ce monde à eux. Pas d'urgences, pas d'envie, pas d'enjeux. Dehors, les courants se faisaient moins forts et la colère de la mer s'apaisait sous la lune. La nuit était claire, tout autour, le noir de l'océan se paraît de ses colliers d'argent, oubliant sa colère. Le vent était tombé, le froid, lui, non, mais dans l'eau, elle n'avait jamais vraiment très froid.

Nageant au hasard, toujours tout droit, la sirène se dirigea vers une côte qu'elle savait forcément quelque part. Ses connaissance en fond marin lui indiquant rapidement une vraie direction à prendre. Elle n'était pas pressée, elle ne travaillait pas le lendemain et il n'y avait bien que ses chiens pour l'attendre. Lorsqu'elle était fatiguée, elle se laissait dériver un peu. Les courants n'étaient plus si forts et le monde humain n'était pas loin.

* Devons-nous vraiment y retourner ? *
* Oui Glyndwr, c'est notre vie, sur terre *

Elle soupira mentalement.
* Personne ne peut vivre seul très longtemps, même avec son âme, et je ne parle toujours pas aux poissons.*

Il était dans les trois ou quatre heures du matin lorsqu'une femme aux longs cheveux trempés, en combinaison de plongée d'été, un harpon et un épuisette sur la hanche droite, une corde avec une cache ouverte attachée à la taille, à droite, un poignard bien solidement fixé sur sa cheville et une gourde passée à sa ceinture sortit du port de Merkeley, pieds nus, et commença à marcher dans la ville.
  
MessageLun 28 Déc - 12:29
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Date d'inscription : 06/11/2015Nombre de messages : 200Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki'Avatar daëmon : Margay mâle
Areli NoraNothing will be the same...
Douleur déchirante. Des ennemis, partout. Il fait noir, mais des éclats de lumière lui permettent de les voir. Des gens touchent son daemon à mains nues, l'éloignant d'elle au delà de la limite acceptable. Il a beau feuler, griffer, mordre, ils continuent de l'éloigner, et Areli est comme figée, fixée au sol par d'autres mains, incapable de le suivre, de le secourir.

Elle a mal. Elle hurle. Il y a d'autres bruits autour d'elle. Des coups de feu. Des gens qui tombent et meurent autour d'elle. Des visages qu'elle connaît, des daemoniens qui ont perdu la vie par sa faute. Elle pleure. Elle s'en veut, mais elle ne peut rien faire pour les sauver. Elle est prisonnière, incapable de sauver son daemon, ni ces gens, ni elle-même.

Elle se redresse brusquement dans son lit, haletante, transpirant, à deux doigts de crier.

- Calme toi! S'exclame aussitôt Eclipse, la voyant sur la défensive. On est dans notre studio, d'accord? Pas là bas. Tout va bien.

L'animal se frotte contre elle pour la rassurer. La jeune fille n'a pas besoin de lui demander pour savoir qu'il a partagé son cauchemar, même s'il s'est visiblement réveillé avant elle. Elle le prend aussitôt dans ses bras et enfoui sa tête dans sa fourrure, heureuse de l'avoir près d'elle, de pouvoir le toucher, le protéger.

Ca va, murmure mentalement le margay. On est ensemble. On ne laissera plus personne nous séparer.

Areli hoche la tête. Elle aimerait promettre, mais elle sait que se serait mentir. Elle n'a pas envie de promettre quelque chose qu'elle pourrait ne pas faire. D'un autre côté, elle n'a aucune envie qu'ils revivent pareil calvaire. Ca n'arrivera pas. Mais si elle n'est pas suffisamment prudente...

La jeune fille se lève, Eclipse dans les bras. Ce dernier ronronne pour les apaiser tous les deux, la tête dans le cou de sa daemonienne qui penche la tête en souriant.

- Tu me chatouilles...
- Pas grave.

Areli regarde l'heure, grimace. Il est à peine minuit, elle n'a dormit qu'une paire d'heures. Elle commence après-demain, il faut qu'elle soit en meilleure forme que ça, mais elle ne se sent pas de se rendormir après pareil cauchemar. Alors elle reste debout au milieu de son studio, caressant Eclipse dans le noir tout en se représentant mentalement son studio.

Il était un peu plus fourni qu'à son arrivée, mais pas trop non plus. Elle avait encore plein de place. Elle avait accroché des feuilles sur les murs pour décorer, où elle avait gribouillé des croquis ou bien des citations multicolores en langues étrangères. Elle commençait à s'y sentir bien, dans ce studio.

Non, le problème, ce n'était pas le studio, mais le reste. L'université, Merkeley. La population d'ici était majoritairement daemonienne. Elle apprenait à vivre dans un tel environnement, mais il n'y avait pas que ça, elle était également horriblement méfiante. Elle s'était recensée, les gens d'ici connaissaient son pouvoir. Oseraient-ils l'exploiter si la situation tournait mal comme l'armée mexicaine avait pu le faire? Elle le craignait. Et même si les tensions qui semblaient agiter la ville avant son arrivée s'étaient calmées, cela pouvait reprendre. Areli était encore incertaine sur ce qui s'était passé ici et sur la stabilité de la situation. Bien sûr, tout avait l'air d'aller bien, mais si cela dégénérait...

Elle avait besoin d'un plan de secours. Cruellement. Elle avait commencé à y réfléchir. Élaborer une échappatoire, un moyen de fuite rapide si la situation explosait, mais il n'était pas encore totalement au point. Ce qui ne l'avait pas empêché de préparer un sac qu'elle gardait précieusement dans son studio. Si la situation explosait, se serait tout dont elle aurait besoin pendant sa fuite.

Mais aujourd'hui, rien ne nécessitait de partir. Elle avait juste fait un mauvais rêve, et cela pouvait se comprendre. Bon, c'était plus qu'un mauvais rêve, c'était un cauchemar, mêlé de souvenirs, il n'empêche que cela ne changeait rien au fait que ça appartenait au passé. Son cauchemar comme ses souvenirs. Et si elle voulait vivre sereinement ici, il fallait qu'elle apaise sa paranoïa... En apprenant à mieux connaître les environs.

On sort? Suggéra Eclipse.
Bonne idée.

Areli s'habilla en conséquence. Elle devinait qu'il devait faire particulièrement froid à cette heure. Déjà qu'il caillait en journée...

Cette fois, Eclipse refusa d'être transporté dans un sac. Froid ou pas froid, il avait besoin de se bouger lui aussi.

Ils sortirent du studio et Areli ferma à clé derrière elle. Elle n'avait pas eu besoin d'allumer de lumière pour s'habiller, et elle n'en eu pas d'avantage besoin pour sortir de la résidence, s'arrangeant même pour éviter de déclencher les lumières à détecteur de mouvement quand c'était possible. Elle aimait être capable de se déplacer dans l'obscurité dans des lieux connus, et la vision d'Eclipse l'aidait dans les lieux moins connus.

Elle se mit à courir doucement pour s'échauffer. Par habitude, elle se dirigea vers l'arrêt de bus sans réfléchir. Elle allait souvent à Perth Amboy récemment, un peu au détriment de Merkeley. Il allait falloir qu'elle y remédie, il fallait qu'elle apprenne à mieux connaître les lieux, en particulier les lieux proches de la fac!

Néanmoins, elle n'hésita pas en voyant qu'un bus arrivait en même temps qu'elle à l'arrêt. Elle grimpa dedans, direction Perth Amboy. Il n'était que le début de la nuit, d'un point de vue fêtard en tout cas, si elle ne tardait pas trop, elle pourrait en récupérer un autre avant la fin du service des transports en commun... Ou elle rentrerait plus tard, elle verrait bien. Elle s'en fichait pour l'instant, elle avait juste besoin de bouger. Entrer dans un bus n'était pas la meilleur idée pour cela, mais tant pis.

Le trajet ne fut pas silencieux, quelques fêtard déjà bien chauffés s'apprêtant visiblement à continuer la soirée à Perth Amboy. Areli resta dans son coin, silencieuse, Eclipse sur ses genoux. Ils faisaient toujours attention à rester en contact, peau contre fourrure.

Une fois arrivés, Eclipse se sépara d'elle et se mit à courir. Areli le suivit, un peu inquiète.

Tu es sûr de vouloir courir? Il fait froid, tu n'as pas l'habitude de ce genre de climat.
Ca va, j'vais survivre. Et il faut bien que je m'habitue! C'est ici qu'on va vivre maintenant, je veux être capable de fuir par moi-même, qu'il fasse froid ou non.


Areli sourit et hocha la tête. Elle comprenait qu'il ne veuille pas être dépendant d'elle pour sa fuite, et elle l'approuvait. C'était plus sûr ainsi. Néanmoins, elle surveillait quand même les ressentis de son daemon. Elle sentait le froid sous ses pattes, et qui s'infiltrait dans sa fourrure. L'effort le réchauffait doucement, mais elle restait attentive.

Ils coururent un moment, s'éloignant petit à petit de la ville. Ils arrivèrent devant une étendue d'eau déchaînée, et ne purent résister à l'envie de sauter de rocher en rocher, juste à côté de la mer déchaînée.

Oh, ça dura une bonne demi-heure, ce qui était déjà beaucoup. Areli se sentait très bien, elle était réchauffée et bien couverte, mais Eclipse était mouillé par l'embrun. La jeune fille insista donc pour qu'ils s'éloignent. Ils retournèrent en ville, le félin sur les épaules de sa daemonienne. Il avait froid. Elle s'en doutait.

Ils étaient crevés, aussi. Ils avaient fait leur sport pour la nuit, et sans doute pour la journée aussi. Ils se posèrent un instant dans un coin de la ville pour réchauffer Eclipse. Ils n'étaient pas dans le coin des bars, la ville était donc endormie, silencieuse. Ils étaient tranquilles. Ils avaient le droit d'être ici, personne ne les recherchait. Ils étaient en règles. Néanmoins, lorsqu'ils entendirent quelqu'un approcher, ils se tendirent instinctivement.

Quelqu'un approche.
Je sais.


Areli se leva, Eclipse se remit sur ses épaules, sec et en meilleur forme, même s'il commençait à fatiguer. Il ne serait pas contre une petite sieste, mais il se doutait que la jeune fille n'était pas du même avis. Elle était intriguée par la personne qui approchait.

C'était une femme. Jeune, mais plus âgée qu'Areli, elle sortait de toute évidence de l'eau vu sa tenue, qui restait très légère vu l'heure, la température, la saison, et le fait qu'elle avait les cheveux mouillés. Elle ne s'y connaissait pas en plongée, mais elle devinait à quoi pouvaient servir le reste de sa tenue. Elle avait repérer un poignard et un harpon, entre autre. Elle-même était armée d'une arme blanche dissimulée, qui ne la quittait presque jamais, une conséquence de sa paranoïa. Elle ne se sentait pas tranquille quand elle n'avait rien.

Néanmoins, il était évident que l'inconnue n'était pas là pour exterminer les fêtards tardifs. Elle ne savait pas quelle heure il était mais il ne devait plus rester grand monde, même dans le quartier des bars. De son côté, elle n'était toujours pas fatiguée. Elle tenterait peut-être de faire la sieste plus tard, mais pour l'heure, elle avait envie de discuter, de voir du monde un peu. Elle avait suffisamment fait son asociale sauvage ce soir, autant se remettre dans le bain maintenant. Après tout, elle allait bientôt se retrouver en amphi avec d'autres personnes, c'était le moment de recalibrer ses pratiques sociales hélas plus trop à jour.

Elle s'approcha doucement, de sorte à être vue rapidement et à ne pas être prise pour quelqu'un ayant des intentions négatives. Elle n'était pas ivre, elle voulait juste discuter, même si elle avait conscience que toute rencontre dans un tel endroit, et surtout à une heure pareille, devait paraître étranger et éveiller la méfiance.

- Bonjour, salua-t-elle. Drôle d'heure pour faire trempette, c'est un coup à ne pas retrouver le rivage, non? Comment fais-tu pour ne pas mourir de froid?

Question très importante, car si elle avait un secret pour ne pas geler sur place, Areli voulait le savoir. Elle avait bien du apprendre à gérer sa température corporelle, faute d'avoir un toit sous lequel s'abriter, pendant qu'elle courait le Mexique en tant que rebelle, mais elle avait toujours du mal dès que l'eau s'en mêlait. Elle avait conscience que sa question pouvait paraître absolument bateau et sans intérêt à son interlocutrice, mais il était tard, même si elle ignorait quelle heure il était, ses neurones étaient engourdis et n'avaient pas eu leur quota de sommeil, alors pour les réflexions fines, on verrait plus tard, elle avait juste envie de contact humain pour le moment. Restait à voir si l'inconnue avait aussi envie de contact humain ou voulait juste qu'on lui fiche la paix, en espérant que l'absence de formes de politesse ne la vexerait pas. Areli avait tendance à parler à tout le monde de la même manière, comme à un égal. L'anglais s'y prêtait bien vu qu'il n'existait pas de différence entre "tu" et "vous", cela consistait simplement à employer un langage assez relâché, que d'autres qualifieraient de familier. Mais mince, elle n'allait pas utiliser des formules alambiquées au milieu de la nuit. Elle adorait les langues, mais c'était juste pas l'heure. Elle était déjà bien contente que l'anglais soit sa seconde langue maternelle avec l'espagnol, ça lui permettait de parler en utilisant moins de neurones, et elle n'avait même pas d'accent, ou à peine.

Eclipse s'en fichait un peu plus. Il surveillait l'inconnu au travers de ses paupières mi-closes histoire de voir si elle allait réagir de manière positive ou non. En tout cas, si la situation se passait moins bien que prévu, au moins son daemon ne leur poseraient pas de problème, songea-t-il en repérant l’hippocampe dans une cage accrochée à la jeune femme. Pas comme le daemon serpent géant d'une autre personne rencontrée au Marché de Noël, et qui avait pendant un instant eu l'envie évidente de le gober.
  
MessageMar 29 Déc - 12:34
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Date d'inscription : 12/02/2015Nombre de messages : 177Nombre de RP : 67Âge réel : 36Copyright : MoiAvatar daëmon : Glyndwr
Tallulah Ó CuileannNothing will be the same...
Le bruit des vagues n'était jamais loin de la marina et les blocs de béton ne brisaient qu'à moitié la volonté de l'océan. Agités par les réminiscences de la tempête, les quelques bateaux encore en mouillage entrechoquaient chaînes et cordes. Autour d'eux, quelques maisons, tavernes, commerces et cafés montraient leurs carcasses sombres dans une nuit mal éclairée par des réverbères défectueux. On sentait l'iode, le gazole, la pollution, l'humain. On sentait aussi la misère et le danger, le sel et les algues, et cette amertume au fond de la gorge qui n'a pas de nom et qui entête. Ses larmes, elle les avaient laissés dans le rugissement des flots avec sa colère et sa destruction. En mettant un pied sur le sol, la sirène avait revêtu à nouveau son costume d'humaine, de jeune femme dans la trentaine, bien élevée, gentille, la bonne copine, la Tallulah qu'ils connaissaient tous, loin de la petite sauvage qui parlait aux animaux, qui partait vers le large accrochée à l'aileron d'un baleineau, qui faisait ses devoirs sur le sable, amusée par la marée qui lui grignotait les pieds jusqu'à ce que sa mère l'appelle pour le dîner, un truc du micro-onde dégusté sur le canapé parce que la table était toujours pleine de cailloux, de croquis et de données.

*Ce n'est pas notre monde*

Sentant l'humeur inhabituelle de sa compagne, Glyndwr reprenait son refrain habituel. S'il acceptait, pour elle, d'être en cage, il ne désespérait pas convaincre son humaine de quitter la terre et l'air pour se perdre dans leur élément. Il n'y avait rien ici qui les retenait vraiment. Les chiens, la Maison Devant la Mer, toutes les beautés du Merkeley sauvage, d'avant l'invasion, tout ça n'étaient que prétexte. La sirène saurait les oublier si seulement elle pouvait les laisser dans de bonnes mains. Et rejoindre les océans si elle n'avait pas si peur de se retrouver si seule. Mais même avec l'exode, les daemons vraiment aquatiques se faisaient rares et étaient, pour la plupart, liés à des femmes.

*Aucun monde n'est notre monde, Glyndwr. Nous sommes entre deux.*

Entre mer et terre. Entre Irlande et Amérique. Entre Rebelle et Gouvernement. Entre courage ordinaire et lâcheté ordinaire. Entre tout. Elle avait l'impression d'être une équilibriste dont la corde était l'unique chemin, obligée d'aller de l'avant ou de l'arrière. Elle était idiote. Et toute son expérience, toute sa soi-disant intelligence, toute cette force qu'elle montrait dans les gestes du quotidien, toute cette faiblesse qu'elle arborait devant les autres pour ne pas leur faire peur, pour ne pas être seule, tout ça la rendait plus seule encore et plus perdue. Déprimée. Alors que jamais elle n'avait vraiment souffert. Pas comme d'autre avaient soufferts. Elle avait eu sa part de moquerie quand elle était adolescente et vulnérable, sa part d'incompréhension de ses parents et camarades humains mais on ne l'avait jamais séparée de son âme. Jamais elle n'avait perdu un ami, un proche. Et même ses parents, en abandonnant Merkeley aux « autres », refusant de revenir, allaient bien au fond. Et même Maxence qui l'avait laissée pour courir derrière sa Louve n'allait pas si mal. Elle n'avait perdu personne. Elle n'avait pas le droit de souffrir alors que tant d'autres avaient de bonnes raisons et continuaient à avancer.

L'air froid sur sa peau mouillée commençait à se faire sentir, signe qu'elle séchait. Elle frissonna, pieds nus sur le béton, les jambes et les bras à l'air, puis regarda l'océan. Le truc intelligent à faire serait de retourner dans l'eau et de nager jusqu'à la maison, d'autant plus qu'elle n'avait pas pris d'argent avec elle et que sa pêche avait été infructueuse. Mais si les vagues ne se prenaient plus pour des maisons, la scientifique savait que dessous, les courants s'affrontaient toujours et qu'elle n'aurait pas la force physique de se battre assez pour retrouver son palais par la voie de la mer. Elle croisa les mains, se frottant les bras pour faire circuler le sang. Par chance, sa tenue noire dans la nuit noire pouvait la faire passer inaperçue parce que la combinaison n'était pas à proprement parler du genre à cacher ses formes (ni ses défauts) et la dernière chose dont elle avait besoin était de tomber sur un ruffian qui aurait eu des idées mal placées. Elle était certes armée mais, à part contre les poissons, ses connaissances en combat au harpon étaient extrêmement limitées.

Inquiète, réalisant seulement l'impulsion auto-destructrice qui l'avait conduite dans cette drôle de posture, elle regarda autour d'elle, mais ne vit personne. Avec un soupir qui était un mélange de soulagement, de lassitude et désespoir, elle posa la gourde de Glyn dans la cage battant contre son genou et entra plus profondément dans la ville, évitant à la fois les ruelles trop sombres et les rues trop animées.

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle marchait quand une jeune femme apparu dans son champ de vision. Elle avait déjà croisé quelques silhouettes sombre, se hâtant d'un endroit à l'autre, pas plus désireux qu'elle d'être reconnus ou salués mais celle-ci s'approchait de face, doucement, allant même jusqu'à l'interpeller. Les années d'habitude reprirent le dessus. Oubliant presque son apparence... cocasse, la jeune femme attrapa ses cheveux mouillés qu'elle tordit dans un chignon lâche, indifférente à l'eau qui lui coulait dans le dos, se redressa et retrouva son doux sourire habituel, celui qui dit bonjour, contente de te voir, même si je ne te connais pas. Un battement de cil refoula au plus profond d'elle-même sa tristesse et sa douleur pour ne retrouver que douceur, sécurité. La boule dans sa gorge était toujours là. Elle força un petit rire pour la dégager. S'il sonnait un peu faux, tant pis, elle ferait avec.

« Bonsoir. Pour dire le vrai, je suis gelée.» Ou du moins elle l'était à chaque goutte d'eau évaporée de sa peau, c'est à dire de plus en plus. « Je faisais de la plongée un peu plus loin quand j'ai été surprise par la tempête. J'ai du perdre ma bouteille dans la bagarre mais par chance les courants m'ont jetée sur la côte, sinon j'aurais été dans une bien fâcheuse situation. »

D'un geste gêné, elle remit une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille. Mentir sur son pouvoir était presque naturel pour elle qui avait si longtemps vécu au milieu des humains. Elle tendit la main.

« Tallulah. Ca peut sembler un peu incongru de ma part mais tu n'aurais pas une paire de chaussures ou de chaussettes à me prêter à proximité ? Autant me couper avec des coraux ne me dérange pas, autant marcher sur des éclats de bouteilles de bière m'amuse nettement moins. Je n'ai pas d'argent sur moi mais je te promets de te les rendre et de te rembourser pour ta peine dès que je serais rentrée à Merkeley. »

* Ou tu pourrais retourner dans l'eau et tu n'aurais plus à souffrir ni du froid, ni à devoir quoi que ce soit... *
* Ni même à vivre si les courants sont de mauvaise humeur*
* Peut-être que tu peux boire de l'eau de mer, tu as essayé ?*
* Pas vraiment, non, merci.*
* En tout cas elle a un chat et je n'aime pas comment il me regarde*
* J'aime bien les chats. C'est le Sale Chat Puant de la Maison Délabré que je n'aime pas. Arrête de faire ton grognon. Tu n'aimes juste pas qu'on te regarde tout court*


Vexé, les écailles du daemon hippocampe se teintèrent d'un bleu nuit grisé destiné à se fondre dans les ombres et à échapper aux yeux brillants du petit Magray. Il n'était pas agressif, le Dragon des Mers, juste bougon comme il l'était toujours quand la civilisation rattrapait celle qu'il adorait sauvage.

« Il faut excuser Glyndwr, il n'aime pas non plus se balader à l'air libre. Je le mettrais dans sa gourde dès que nous aurons trouvé un endroit où nous poser. J'aime beaucoup la forme de ton félin. C'est quoi, un ocelot ? »

L'hippocampe eut un soupir imperceptible. C'était fini, la biologiste avait définitivement repris le dessus sur la sirène. Une biologiste qui commençait, petit à petit, à avoir les lèvres bleues sous son sourire.
  
MessageMar 29 Déc - 22:43
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Date d'inscription : 06/11/2015Nombre de messages : 200Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki'Avatar daëmon : Margay mâle
Areli NoraNothing will be the same...
Areli avait beau apprécier de se balader la nuit, à l'image de son daemon, cela n'avait pas pour autant développer sa vision nocturne, qui n'avait rien d'exceptionnelle même si elle était plutôt bonne par rapport à la moyenne. Cela lui permit de voir l'inconnue arranger rapidement sa coiffure, chose qui la surprit car elle-même n'était pas du genre coquette et elle était toujours un peu surprise de voir les gens, en particulier les femmes, s'habiller de vêtements "mignons" et se maquiller, ce qui lui paraissait équivaloir à s'auto-handicaper. Enfin, chacun était différent elle supposait, elle préférait des vêtements pratiques, permettant une grande liberté de mouvement, et de bonnes baskets.

Par contre, elle ne remarqua pas la tristesse qui s'effaça au profit d'un sourire via un petit rire, qu'elle entendit par contre. Il lui paraissait un peu bizarre, mais peu importe. On aurait plus dit qu'elle s’éclaircissait la voix, c'était bizarre, mais elle avait l'air disposée à discuter... ou à avoir besoin d'aide, car sa tenue n'était quand même pas normale vu le contexte.

Eclipse, en revanche, possédait une meilleur vision nocturne. Il vit sa tristesse avant qu'elle ne disparaisse, et le fit savoir à sa daemonienne, mais cette dernière, bien qu'un peu surprise, décida de continuer sur sa lancée. Si l'inconnue avait caché sa tristesse en arrivant, alors elle ne voulait sans doute pas en parler. Elle-même se fermerait probablement comme une huître si on essayait de la questionner sur son passé. Et elle l'avait déjà dérangée, donc autant aller jusqu'au bout, cela la distrairait peut-être de sa tristesse...

Elle se jeta donc à l'eau, façon de parler. La jeune femme semblait plutôt bien le prendre, c'était déjà ça.

« Bonsoir. Pour dire le vrai, je suis gelée. Je faisais de la plongée un peu plus loin quand j'ai été surprise par la tempête. J'ai du perdre ma bouteille dans la bagarre mais par chance les courants m'ont jetée sur la côte, sinon j'aurais été dans une bien fâcheuse situation. »

L'adolescente mit plusieurs secondes à comprendre ce qu'elle entendait par "bouteille". Une bouteille d'oxygène, bien sûr! Elle avait beau avoir pas mal voyagé, elle n'avait jamais fait de plongée car elle pouvait difficilement emmener Eclipse, et puis elle avait trop peur de mourir noyée... Elle adorait l'eau pourtant, et faire de l'apnée, mais il y avait des limites. Elle savait qu'à partir d'une certaine profondeur, il fallait remonter doucement sinon on risquait un accident au nom barbare, mais qui pouvait s'avérer mortel. Par contre, la bouteille était plutôt solidement fixée, non? Comment avait-elle pu la perdre? Peu importe, elle avait pu constater de ses propres yeux que la mer était en effet bien agitée quand elle était à côté, tout à l'heure!

- Eh bien, quelle aventure! Tu as eu de la chance! Je suis allée au bord de la mer aussi tout à l'heure, elle était déjà bien agitée!

C'était un peu étrange qu'elle soit allée faire de la plongée d'ailleurs. Non pas qu'elle soit étonnée qu'elle y soit allée en pleine nuit. Elle-même traçait aussi à des heures impossibles parfois, mais cela devait se voir que ce n'était pas le moment idéal pour piquer une tête, non? Enfin, peu importe, chacun ses délires, elle était mal placée pour faire des remarques sur les pratiques sportives risquées!

L'inconnue lui tendit une main amicale qu'elle n'hésita pas à serrer, souriante. Elle savait qu'elle pouvait ainsi gêner le fonctionnement du don des gens par le toucher, mais il y avait peu de chances qu'elle l'utilise en ce moment même, ce n'était sans doute pas très grave.

« Tallulah. Ca peut sembler un peu incongru de ma part mais tu n'aurais pas une paire de chaussures ou de chaussettes à me prêter à proximité ? Autant me couper avec des coraux ne me dérange pas, autant marcher sur des éclats de bouteilles de bière m'amuse nettement moins. Je n'ai pas d'argent sur moi mais je te promets de te les rendre et de te rembourser pour ta peine dès que je serais rentrée à Merkeley. »

Areli marqua un temps d'arrêt, réfléchissant rapidement à sa demande.

- Moi, c'est Areli. Pour les chaussures...

Elle n'avait rien sur elle. Elle avait tout juste pensé à prendre ses papiers, un peu d'argent, et bien sûr ses propres habits. Elle n'avait même pas d'écharpe, juste des mitaines. Par contre, marcher pieds nus ne la gênait pas le moins du monde, elle le faisait très souvent depuis toute petite, ses pieds étaient habitués et elle avait de la corne pour protéger la plante de ses pieds, rien de disgracieux, juste ce qu'il fallait. Son choix fut donc vite fait. Déjà que Tallulah devait être gelée...

La jeune fille enleva ses baskets et chaussettes. Elles étaient propres, pour les chaussettes en tout cas, elle ne les avait portées que quelques heures, les baskets étant assez usées et un peu sales à cause du passage près de la mer, mais de toute façon elle n'avait pas mieux. Elle les tendis à la jeune femme avec un sourire presque désolé.

- Je n'ai que ça, mais ça devrait suffire jusqu'à Merkeley. Marcher pieds nu ne me gêne pas, ne t'inquiète pas.

Eclipse, pendant ce temps, continuait à fixer l'hippocampe avec une expression mignonne que même un humain pouvait déchiffrer comme ayant quelque chose de triste. Il avait de la peine pour l'animal, l'idée de le manger ne lui venant pas vraiment car ce n'était pas son genre de proie, et puis c'était un autre daemon, tout simplement. Lui aussi savait ce que ça faisait de rester en cage. Peut-être que cela ne gênait pas les hippocampes, mais il se sentait malgré tout désolé pour lui. Mais alors qu'il le fixait, l'animal changea de couleur pour se fondre dans son environnement. Il restait très bien visible pour la vision de nuit du félin, mais ce dernier devina que son regard devait le mettre mal à l'aise. Il fixa donc son regard sur les environs, quêtant d'éventuels fauteurs de trouble, pendant qu'Areli continuait sa discussion avec Tallulah.

« Il faut excuser Glyndwr, il n'aime pas non plus se balader à l'air libre. Je le mettrais dans sa gourde dès que nous aurons trouvé un endroit où nous poser. J'aime beaucoup la forme de ton félin. C'est quoi, un ocelot ? »

Sa... Gourde? Areli était surprise par cette façon de transporter son daemon, même si elle comprenait parfaitement qu'avoir un daemon marin ne devait pas être pratique tous les jours. Quand au compliment sur Eclipse, il lui redonna aussitôt le sourire, tandis que l'intéressé répondait à sa place.

- Non, je suis un margay. Les ocelots sont plus gros, et leur queue est plus petite, mais en dehors de ça c'est vrai qu'on se ressemble souvent. Je ne sais pas pourquoi les gens connaissent mieux les ocelots que les margays ceci dit. Ce qui est petit est plus mignon normalement, non?

Areli sourit et caressa la tête d'Eclipse.

- Mais oui, tu es mignon. Elle se tourna ensuite vers Tallulah, curieuse. Et toi, ton daemon, c'est quelle espèce? C'est un hippocampe non? Je n'en avais jamais vu comme ça, il est très beau. Mais il ne risque pas de cogner contre les parois? Et... je me doute que ça ne me regarde pas, mais qu'entends-tu par le mettre dans une gourde? Si on parle bien de la même gourde, il doit s'y sentir à l'étroit et ne rien voir, non?

C'était plus de la curiosité qu'autre chose, mais cela l'intriguait. Elle n'avait pas connu beaucoup de daemoniens jusqu'à son arrivée à Merkeley, alors elle était curieuse de la façon dont on pouvait s'adapter de daemons imposants ou marins, comme celui de Tallulah. Mais si cela la gênait, elle changerait de sujet... En attendant, il fallait rentrer rapidement si elle ne voulait pas que sa nouvelle rencontre gèle sur place, aussi lui proposa-t-elle de se mettre en route dès qu'elle eu mit les chaussures qu'elle venait de lui prêter.
  
MessageMer 6 Jan - 13:04
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Date d'inscription : 12/02/2015Nombre de messages : 177Nombre de RP : 67Âge réel : 36Copyright : MoiAvatar daëmon : Glyndwr
Tallulah Ó CuileannNothing will be the same...
Il y avait quelque chose de Kafkaien à cette rencontre. La demoiselle semblait parfaitement banale, de ses vêtements à sa morphologie en passant par ses paroles qui trahissaient une certaine sympathie mais sans humour particulier. Le genre de fille que l’on rencontre partout, sauf évidemment dans une ruelle en pleine nuit au bord d’une Marina se calmant d’une tempête. Si encore elle avait été accompagnée par des amies, un garçon ou au moins sentait l’alcool elle aurait pu être cataloguée comme fêtarde – même s’il fallait avouer que la sirène ne connaissait pas de boite de nuit de ce côté de Perth…ni même des autres d’ailleurs – mais même pas. C’était une fille lambda qui était là, souriante, pleine d’énergie et totalement banale dans une ruelle sombre d’un lieu mal famé à faire la discussion avec une fille en tenue de plongée, trempée, en plein milieu de la nuit.

Elle n’avait même pas l’air étonnée ou curieuse.

Cette fille était probablement beaucoup plus que ce qu’elle montrait. Ou autre chose. Mais encore, on pouvait très bien penser ça d’elle. Après tout, ce n’était pas ce qu’il y avait de plus normal que de rencontrer en pleine nuit une femme trempée et en tenue de plongée, alors que la tempête n’avait même pas encore terminé de s’écraser sur les digues. En y réfléchissant, Tallulah se rendit compte que c’était ça qui la gênait le plus. L’absence de curiosité ou de méfiance de la jeune femme. Une fille normale et seule ne se serait pas approché. Elle n’aurait pas entamé la conversation. Elle ne se serait pas désapée comme ça pour une inconnue. Une fille normale et seule dans un quartier isolé et mal famé aurait eu la trouille et aurait fait semblant de ne rien voir. Ou elle aurait demandé des explications sur un ton agressif, ça c’était pour les guerrières ou les punks ou les fugueuses. Areli, puisque c’était son nom, ne semblait rien de tout cela. Elle semblait passe partout. Et elle agissait passe-partout. Un passe-partout qui serait très bien passé en plein jour dans une rue commerçante face à une inconnue habillée normalement.

Sans rien montrer de ses pensées, la trentenaire serra la main de la gamine, frissonnant à son contact. Probablement un peu de vent venu jouer avec ses gouttes puisque l’impression de froid mouillé disparu presque instantanément. Bon. Elle n’avait pas l’air méchante. Peut-être était-elle une fille de la nuit comme elle était une fille de l’eau. Avec un pouvoir en rapport avec lune ou un truc de magnétisme qui changeait après le coucher du soleil. Pour ce qu’elle en savait, tout était possible et le félin était définitivement un animal nocturne. Ce qui ne voulait rien dire de toute façon puisque beaucoup de daemoniens avaient des félins et peu des pouvoirs sur la nuit.

Si elles avaient été dans un salon de thé, elle aurait posé la question mais là, elle avait surtout envie de rentrer rapidement à la maison. Elle sentit Glyndwr regarder vers la mer à travers sa gourde. Quelque soit la maison. Elle attrapa chaussettes et chaussures qu’elle commença à enfiler.

« Tu es sûre ? Les bouts de verre dans les pieds ce n’est pas mieux sur ton talon que sur le mien tu sais ? Mais merci en tout cas, ça fait plaisir de voir que la solidarité n’est pas totalement un vain mot ici. »

Se penchant, elle tenta cependant de mettre les baskets mais sans succès. Avec les péniches qui lui servaient de pied (probablement pour mieux nager, qui savait) elles étaient trop petites. Se relevant, la jeune femme soupira et rendit les chaussures à leur propriétaire, gardant les chaussettes en coton qui l’isolaient quand même un peu des pavés froids.

« Trop petites mais merci encore. »

Ce n’est qu’une fois cette formalité remplie (et qui ne changeait pas grand chose à sa situation actuelle mais il ne fallait pas décourager les bons sentiments) que l’océanologue s’occupa de sa moitié. Elle attrapa la gourde dans la cage, se pencha au bord du quai pour la remplir d’eau et y glissa son âme, à présent caché par les parois opaque de l’objet mais à l’aise dans son élément.

« Je pense que c’est parce que l’Ocelot existe aux Etats-Unis alors que la répartition du Margay est en Amérique du Sud. Comme les deux espèces se ressemblent beaucoup et qu’il fait trop sombre pour regarder avec précision ton pelage, j’ai bêtement sauté à la conclusion la plus familière. Mais tu as raison, tu es trop petit pour un Ocelot et beaucoup plus mignon. »

Avec un sourire attendri, elle regarda les deux jeunes s’envoyer des compliments. Leur lien était perceptible et leur amour inratable. Une nouvelle vague de tristesse l’envahi en pensant à sa propre solitude et à celle qu’elle imposait à son compagnon. Ils ne trouveraient pas de gens comme eux. Mais au moins, ils étaient ensemble. Elle sourit à nouveau, pensive, devant l’avalanche de questions sur Glyndwr. Timide, ce dernier pesta contre les gens qui voyaient dans le noir mais son humaine ne releva pas, toujours heureuse de partager ses connaissances océanographiques.

« C’est un hippocampe oui. Plus précisément un hippocampe feuille ou Dragon des Mers pour faire plus impressionnant. Il s’agit d’une espèce assez particulière qui vit à l’état sauvage en Australie et qui, tu dois l’avoir deviné du coup, préfère les eaux tempérées et peu profondes. Il a la particularité de se fondre particulièrement bien dans son décors. Ca mis à part, c’est juste un hippocampe comme un autre. Pour la gourde, par contre, je n’ai pas vraiment le choix. Ca reste un poisson. Il ne respire pas hors de l’eau et je ne peux pas vraiment me déplacer sans arrêt avec un bocal accroché dans le dos. Donc soit je suis dans la mer, soit il est dans sa gourde. Mais ça ne le gêne pas, il a l’habitude et comme nous sommes liés, il sait ce qu’il se passe autour de nous. La vue n’a jamais été un sens particulièrement développé chez les créatures sous-marines. Tu t’intéresses à la Biologie ? Je serais ravie de t’en apprendre plus mais si on pouvait le faire à l’intérieur de quelque part et avant que je ne sois congelée, ça serait chouette. »

Elles avaient certes recommencé à marcher mais elle ne savait pas exactement vers où elles se dirigeaient. Merkeley était à une bonne demi-heure de route de Perth, soient quoi, une trentaine de kilomètres et elle ne se voyait pas faire ça à pied, trempée, au beau milieu de la nuit.

« Tu crois que tu pourrais me conduire à une cabine téléphonique ou à une station de taxi ? Je pense pouvoir me débrouiller à partir de là… »

  
MessageVen 8 Jan - 22:09
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Date d'inscription : 06/11/2015Nombre de messages : 200Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki'Avatar daëmon : Margay mâle
Areli NoraNothing will be the same...
Areli avait l'habitude de surprendre les gens par un côté un peu bizarre ou exotique. Il faut dire que quand on a beaucoup voyagé comme elle, on surprend forcément les autres par une habitude acquise dans un autre pays, ou par les connaissances qu'elle en tire, notamment en langues. Et puis par son accent, aussi, évidemment, même si elle n'en avait quasiment pas quand elle parlait anglais. Bref, il y avait toujours quelque chose. Et puis elle avait toujours eu une facilité incroyable à aller vers les autres, compensant ainsi les liens durables en nouant beaucoup de relations, ses seuls proches étant sa famille au Mexique. De ce fait, elle avait du mal à se faire des amis, dans le vrai sens du terme.

Entre ça et le fait d'avoir vécu une guerre civile et d'avoir manqué d'y laissé sa peau, autant dire qu'elle avait beau être retournée à une vie sociale normale en apparence, en réalité cela l'avait d'autant plus changée. Bien sûr, elle avait été un peu surprise en voyant quelqu'un débarquer, trempé après avoir de toute évidence plongé en pleine nuit et en pleine tempête. Mais elle-même avait ses raisons d'être aussi loin de son studio à une heure pareille, alors sa surprise n'avait sans doute pas duré assez longtemps pour être perçue. Elle n'avait tout simplement pas perçu Tallulah comme une menace, et pas juste parce qu'elle avait affaire à une femme, mais tout simplement parce que son attitude n'était pas agressive. Il y avait des gens comme ça qui se souciaient peu du danger, mais dans son cas, non seulement elle y faisait attention l'air de rien, mais elle s'estimait capable de se défendre. Elle ne se baladait pas en permanence avec une lame sur elle pour rien.

Elle taperait bien la discute sur la passion de Tallulah pour la plongée en situation dangereuse mais elle sentait bien que ce n'était pas trop le moment. Elle avait connu des situations délicates en tant que rebelle elle aussi, alors elle n'hésita pas. Et elle avait beau se méfier des humains "normaux", elle aurait sans doute donné ses chaussures même si Tallulah n'avait pas été daemonienne.

« Tu es sûre ? Les bouts de verre dans les pieds ce n’est pas mieux sur ton talon que sur le mien tu sais ? Mais merci en tout cas, ça fait plaisir de voir que la solidarité n’est pas totalement un vain mot ici. »

- C'est rien, lui assura Areli pendant que la plongeuse se chausseait. J'ai l'habitude de marcher pieds nu, et même si je me blesse, je m'en fiche assez.

Oui, car autant être torturée à coup de "et vas-y que je touche ton daemon à mains nues et que je l'éloigne de toi", elle ne s'y était jamais habituée, autant les autres douleurs lui paraissaient maintenant assez fades. Bon, elle n'avait pas une résistance extraordinaire à la douleur non plus, nombre de gens la dépassaient probablement dans le domaine, mais concernant les pieds, elle pourrait s'y planter une épine d'1cm qu'elle serait fichue de ne pas le remarquer tout de suite!

Hélas, sa générosité fut en partie rendue inutile par leur incompatibilité de pointure. Areli n'était pourtant pas spécialement petite, elle était dans la moyenne, voir même un peu plus grande si on la comparait aux autres filles, mais Tallulah avait des pieds ayant une forme assez originale. Autant les pieds de la mexicaine étaient faits pour marcher pieds nus, bien que ça ne se voit pas forcément, autant ceux de sa nouvelle rencontre étaient fait pour nager, cela lui rappelait presque des palmes.

« Je pense que c’est parce que l’Ocelot existe aux Etats-Unis alors que la répartition du Margay est en Amérique du Sud. Comme les deux espèces se ressemblent beaucoup et qu’il fait trop sombre pour regarder avec précision ton pelage, j’ai bêtement sauté à la conclusion la plus familière. Mais tu as raison, tu es trop petit pour un Ocelot et beaucoup plus mignon. »

Ah? Areli chercha à mettre cela en lien avec ses connaissances mais elle devait bien avouer n'avoir absolument pas retenu l'aire géographique de chaque espèce, mais en effet, vu comme ça, ça expliquait des choses. En tout cas, Eclipse ronronna au compliment.

« C’est un hippocampe oui. Plus précisément un hippocampe feuille ou Dragon des Mers pour faire plus impressionnant. Il s’agit d’une espèce assez particulière qui vit à l’état sauvage en Australie et qui, tu dois l’avoir deviné du coup, préfère les eaux tempérées et peu profondes. Il a la particularité de se fondre particulièrement bien dans son décors. Ca mis à part, c’est juste un hippocampe comme un autre. Pour la gourde, par contre, je n’ai pas vraiment le choix. Ca reste un poisson. Il ne respire pas hors de l’eau et je ne peux pas vraiment me déplacer sans arrêt avec un bocal accroché dans le dos. Donc soit je suis dans la mer, soit il est dans sa gourde. Mais ça ne le gêne pas, il a l’habitude et comme nous sommes liés, il sait ce qu’il se passe autour de nous. La vue n’a jamais été un sens particulièrement développé chez les créatures sous-marines. Tu t’intéresses à la Biologie ? Je serais ravie de t’en apprendre plus mais si on pouvait le faire à l’intérieur de quelque part et avant que je ne sois congelée, ça serait chouette. »

C'est sûr qu'être enfermé de son plein gré devait être différent, et sans doute plus supportable. Après tout, Eclipse demandait bien à être transporté dans un sac parfois. Par certains côtés, ce n'était pas très différent. La principale différence, c'est que lui pouvait sortir s'il voulait, mais l'hippocampe non. En tout cas, elle avait raison, elles seraient mieux quelque part au chaud que dans la rue pour discuter, aussi Areli commença à se diriger vers l'arrêt de bus en répondant :

- On va essayer de trouver un endroit. Et je m'intéresse à un peu tout, dont la biologie, mais j'aime également beaucoup les langues, j'étudie dans ce domaine.

Enfin, elle allait bientôt étudier plutôt, mais elle jugea inutile de corriger. Ce n'était pas très important après tout.

« Tu crois que tu pourrais me conduire à une cabine téléphonique ou à une station de taxi ? Je pense pouvoir me débrouiller à partir de là… »

- Je ne connais pas bien la ville, avoua Areli. Mais tu m'as bien dis que tu te rendais à Merkeley toi aussi? Alors tu n'as qu'à prendre le bus avec moi. C'est comme ça que je suis venue, j'ai vérifié et normalement il y en a toute la nuit, je ne sais pas trop pourquoi... Et puis si tu n'as pas d'argent, comment tu feras pour téléphoner ou prendre un taxi? Je peux t'avancer le ticket de bus.

Pas qu'elle ai absolument envie de rester coller aux basques de Tallulah, même si elle devait avouer ne pas avoir envie de se retrouver seule tout de suite, elle avait l'impression de pouvoir avoir une conversation intéressante avec elle, mais Areli voyait mal comment elle pouvait s'en sortir autrement que par le bus. Après, c'est vrai qu'elle connaissait mal le coin et la façon dont les deux villes étaient desservies. D'ailleurs, y avait-il encore seulement des taxis qui traînaient en ville à cette heure? Probablement pas, il fallait les appeler.

Elle n'était pas sûr que le conducteur de bus soit enchanté de voir une personne trempée débarquer d'un autre côté. Quoique, quand il pleuvait, ce n'était pas mieux, mais la pauvre allait se geler pendant le trajet. D'un autre côté, à part une boîte de nuit, elle ne voyait pas grand chose comme endroit au chaud et la mexicaine n'avait aucune envie de sortir en boîte, ce n'était pas son genre et puis elle avait peur de ne pas avoir assez sur elle pour payer le coût de deux entrées. Hésitante, elle demanda :

- Tu préfère qu'on essaie de trouver un coin pour que tu te réchauffes d'abord? Le trajet risque de te paraître long sinon. Tu n'avais pas d'affaires avec toi en venant?

Pour le coup, ça, ça la surprenait. Elle était venue de Merkeley jusqu'à Perth Amboy dans cette tenue, sans rien d'autre? C'était pour le moins surprenant.
  
MessageMer 13 Jan - 13:45
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Date d'inscription : 12/02/2015Nombre de messages : 177Nombre de RP : 67Âge réel : 36Copyright : MoiAvatar daëmon : Glyndwr
Tallulah Ó CuileannNothing will be the same...
Hochant la tête, la jeune femme de plus en plus frigorifiée emboîta le pas à sa nouvelle amie. Les langues. Ouais, c’était un bon sujet de conversation. Un qu’elle se souvenait avoir eu avec Asgard par exemple lors de leur parenthèse à tous les deux. Des langues, Tallulah en parlait deux couramment, l’américain et l’irlandais. Elle apprenait consciencieusement le Norvégien et avait des bases en beaucoup de trucs. Le français, l’espagnol, l’italien, le portugais, le créole, l’arabe… pas grand chose, juste de quoi communiquer quand on travaillait ensemble sur un bateau. Bonjour, Merci, Au revoir, Pardon, Aie, et des injures, beaucoup d’injures. Parce qu’un marin qui ne jurait pas, on ne pouvait pas jurer que c’était un marin lui avait dit un ami un jour. Son cœur se serra un peu mais pas assez pour le montrer. Cet ami aussi était en mer au loin et ne reviendrait pas de si tôt. Elle devait avoir un talent pour attirer les confidences des gens et repousser les gens auxquels elle aurait pu faire des confidences.

« Les langues c’est toujours intéressant à apprendre, parce qu’elles sont liées à une façon de penser. Donc dès qu’on a un professeur qui va au-delà des listes de vocabulaire, c’est passionnant. Tu en parles beaucoup ? Tu as beaucoup voyagé ? »

Les linguistes, en général, c’étaient soit des littéraires qui n’avaient pas eu de place en Lettres Classique, soit des gens qui avaient eu leur enfance transbahutée d’un lieu à l’autre et qui avaient intégré l’importance primordiale de la communication. Sinon, y avait les grandes gueules qui aimaient toujours gueuler dans tout un tas de langue mais ça ne correspondait pas à l’impression qu’elle avait de la jeune femme.

Elle devait avoir beaucoup voyagé. Rien que parce que ça ne semblait pas la déranger d’aller au hasard en pleine nuit dans une ville qu’elle avouait ne pas beaucoup connaître. Encore une fois, la Sirène ne fit aucune remarque à ce sujet – dans son état, elle ne pouvait pas vraiment se le permettre – mais se contenta d’écouter et, encore une fois, de hocher la tête. Areli avait un sens pratique indéniable et la main sur le cœur. C’était une gentille fille. Elle avait eu de la chance de la rencontrer au lieu de tomber sur un gros lourd ou un type qui aurait mit sa vie en danger. Cette dernière pensée lui laissa un goût curieux sur la langue qu’elle ne releva pas. De toute façon il allait falloir faire quelque chose si elle ne voulait pas choper la crève, chose impossible car incompatible avec ses nouvelles responsabilités au sein du gouvernement. Elle se mordit la lèvre.

« Tu as raison. Sur toute la ligne. C’est gentil à toi de m’avancer le bus et c’est ce qu’il y aura de plus pratique au final. Pour le coin où se réchauffer… ce serait sûrement plus intelligent mais je ne vois que les bars du centre ville mais j’aimerais autant pas me balader dans cette tenue devant tous les étudiants de Merkeley. Ca ira jusqu’au bus, je t’assure. En plus ce n’est pas si loin d’ici. »

Elle hésita à proposer à la jeune femme de lui donner juste le prix du voyage et de continuer sa route, après tout, elle l’avait bien assez dérangé mais un reste de pudeur l’arrêta. L’idée qu’on puisse la prendre pour une mendiante ou une junkie venait juste de lui traverser l’esprit et elle se rendit compte de l’humiliation de sa situation. Dans laquelle elle s’était mise toute seule. Et malgré la chance qu’elle avait eu de tomber sur une gamine sympa. Du coup, elle ne dit rien. S’excuser ne ferait qu’augmenter son côté pathétique. Elle trouverait un moyen de rendre la pareille quand elle serait redevenue elle-même. Le lac de calme et de confiance qu’elle était habituellement, loin du tourbillon de pensées et de courants qui l’habitait pour le moment. Elle serra ses mains contre ses bras. Elle avait très froid et les chaussettes qui la protégeaient n’enlevait rien au vent du soir.

« Mais tu sais quoi, t’es déjà bien assez gentille comme ça donc je vais pas te déranger plus que ça. Tu avais sûrement une raison pour sortir en pleine nuit dans le coin, je vais te laisser vaquer à tes occupations et t’attendre à l’arrêt du bus. Tu n’auras qu’à me retrouver là quand tu voudras rentrer. Et pour répondre à ta question, j’avais des affaires mais elles sont sur la plage à Merkeley, je vais rarement me baigner avec des vêtements secs sur moi, j’ai en général prévu de retourner à mon point de départ à un moment où à un autre. »

Autour d’elles, le vent s’était levé à nouveau et la tempête grondait au large. Déjà, les vagues dépassaient les digues et, une fois encore, les coques s’entrechoquaient dans un bruit de bois, de chaînes et de vent. Les courants endormis, à nouveau, se réveillaient. Une pluie fine commença à tomber puis s’intensifia immédiatement. Habituée à la météo du coin et consciente que les grains d’hiver pouvaient être très désagréable, la jeune femme attrapa soudainement le poigner d’Areli.

« Ca sent pas bon, suit moi. »

Courant, sa cage lui battant la hanche – elle aurait un beau bleu demain et ce, pneumonie ou pas – elle traversa en vitesse quelques ruelles pour arriver à une sorte d’hotel, glauque, au régisseur à moitié endormi derrière son comptoir. La pluie frappait si fort qu’elle rebondissait sur les pavés et la porte. Trempée, Tal avait un peu moins froid. Le gars ouvrit un œil sur le couple de jeunes femmes. Difficile de savoir ce qu’il était en train de penser mais, au moins, l’entrée du truc était chauffé. Y avait même une chaise en bonne état et une autre à peine bancale.
  
MessageJeu 14 Jan - 22:28
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Areli NoraNothing will be the same...
Areli laissa le temps à Tallulah de répondre tandis qu'elle-même cherchait à se repérer dans la ville. C'est qu'elle n'était pas arrivée par là, alors il fallait qu'elle se concentre un minimum pour trouver le chemin. Heureusement qu'elle avait un bon sens de l'orientation, surtout que ce n'était pas le moment de traîner, avec une personne frigorifiée à ses côtés. Car oui, elle commençait à se les peler, ça se voyait, en tout cas Eclipse le voyait très clairement et l'avait fait savoir à sa daemonienne, cette dernière était trop occupée à les guider correctement.

« Les langues c’est toujours intéressant à apprendre, parce qu’elles sont liées à une façon de penser. Donc dès qu’on a un professeur qui va au-delà des listes de vocabulaire, c’est passionnant. Tu en parles beaucoup ? Tu as beaucoup voyagé ? »

Un sourire illumina aussitôt le visage d'Areli, faisant disparaître ses préoccupations géographiques, alors qu'elles abordaient son sujet de prédilection.

Houla, du calme... Elle t'a pas demandé un monologue non plus! La tempéra Eclipse en voyant son expression et en sentant son état d'esprit avant même qu'elle n'ai commencé.
T'inquiète, j'ai pas l'intention de lui raconter ma vie non plus.

Enfin si, quand même, un résumé très synthétique, mais qui s'arrêterait tout net au moment où elle avait cessé de voyager, c'est à dire au moment de la révélation daemonienne, quand elle et sa famille étaient rentrés au Mexique, inquiets pour sa grand mère, également daemonienne, et que tout ce cauchemar avait commencé... Enfin, ce n'était pas le sujet, et ce n'était pas le moment d'en parler.

Une ombre avait traversé le visage d'Areli à ces pensées mais elle retrouva son expression précédente et expliqua avec une passion évidente :

- Oui, cela rejoint une théorie de linguistique, l'hypothèse de Sapir-Whorf, qui dit que la langue qu'on parle influence notre façon de pensée. C'est vraiment fascinant de voir les différences entre les langues dans la façon de s'exprimer, et il y a des mots intraduisibles... J'ai en effet pas mal voyagé pendant quasiment toute mon enfance et le début de mon adolescence. Je ne suis pas exactement polyglotte, mais je me débrouille quand même dans pas mal de langues pour tout ce qui est de la vie courante, et j'ai des bases dans plusieurs autres, que j'essaie d'approfondir tout en m'intéressant à de nouvelles langues. Je sais bien que ce n'est pas très sérieux, ça ne me permet pas de progresser très vite, je dois me concentrer sur un nombre limité de langues, mais c'est tellement passionnant! Surtout que les langues sont reliées entre elles! Enfin bref, je m'égare, ce n'est pas le meilleur endroit ni le meilleur moment pour parler de cela...

Elle avait quand même pas mal blablaté, mais elle considérait que c'était dans les limites du raisonnable, vu le sujet et les questions posées. Ça pourrait être tellement pire! C'est bien simple, elle pourrait probablement tenir un monologue de plusieurs heures si elle devait développer. Mais il y avait plus urgent, à savoir comment aider Tallulah à rentrer à Merkeley, si possible avant qu'elle ne se retrouve transformée en glaçon. Elles évoquèrent plusieurs possibilité jusqu'à ce que sa nouvelle rencontre admette :

« Tu as raison. Sur toute la ligne. C’est gentil à toi de m’avancer le bus et c’est ce qu’il y aura de plus pratique au final. Pour le coin où se réchauffer… ce serait sûrement plus intelligent mais je ne vois que les bars du centre ville mais j’aimerais autant pas me balader dans cette tenue devant tous les étudiants de Merkeley. Ca ira jusqu’au bus, je t’assure. En plus ce n’est pas si loin d’ici. »

Areli grimaça. Oui, elle avait oublié ce détail... Elle pouvait comprendre qu'elle n'ai pas envie qu'on la voit comme ça, sans parler des armes, qui étaient certes faites pour attraper des poissons et pas des humains à la base, mais cela serait probablement mal vu quand même, et Areli n'avait pas de sac où les ranger pour les dissimuler... Pourtant, il fallait trouver une idée, elle allait se retrouver frigorifiée dans le bus... Quoique, il devrait faire plus chaud à l'intérieur, quand elle était venue elle n'avait pas eu froid en tout cas, il lui semblait bien qu'ils mettaient le chauffage. Eh bien problème résolu, en avant pour le bus, en espérant qu'il y en avait un bientôt, car elle n'était pas sûr de savoir correctement s'occuper d'une personne en hypothermie...

« Mais tu sais quoi, t’es déjà bien assez gentille comme ça donc je vais pas te déranger plus que ça. Tu avais sûrement une raison pour sortir en pleine nuit dans le coin, je vais te laisser vaquer à tes occupations et t’attendre à l’arrêt du bus. Tu n’auras qu’à me retrouver là quand tu voudras rentrer. Et pour répondre à ta question, j’avais des affaires mais elles sont sur la plage à Merkeley, je vais rarement me baigner avec des vêtements secs sur moi, j’ai en général prévu de retourner à mon point de départ à un moment où à un autre. »

Areli laissa passer quelques secondes d'incrédulité avant d'éclater de rire. Elle, vaquer à ses occupations, en plein milieu de la nuit? Oui, elle avait une raison d'être venue ici, dont elle n'avait pas vraiment envie de se souvenir d'ailleurs, mais Tallulah devait se douter qu'à cette heure là, on a rien d'urgent à faire, personne a rencontrer. Tout est fermé et tout le monde pionce à une heure pareille, à quelques exceptions près. Bon, c'est sûr qu'on pouvait se demander ce qu'une jeune comme elle fichait ici à une heure pareille, mais l'idée la faisait quand même rire.

Quant au fait que Tallulah était en réalité partie de Merkeley, eh bien... Elle n'y avait pas pensé mais c'était logique, en effet, et ça expliquait pas mal de choses. En même temps c'était logique qu'avec une tempête pareille elle ai été éloignée de son point de départ. Mais avant qu'elle n'ai pu répondre, notamment pour qu'elle ne se méprenne pas sur la raison de son rire, il avait commencé à pleuvoir, ce qui l'interrompit et la fit grimacer. Être trempée ne la gênait pas en temps normal... Sauf quand il faisait froid, et c'était le cas, et Eclipse était bien de son avis. Avant qu'elle n'ai pu faire de réflexion bateau sur le mauvais temps, Tallulah lui saisit soudain le poignet.

« Ca sent pas bon, suit moi. »

Au contact, heureusement non peau contre peau grâce aux manches, Areli se tendit alors qu'elles se mettait à courir. Son don fluctua légèrement, mais elle réussit à le maîtriser sans trop de soucis. Ça aurait été plus simple de juste lui dire de la suivre sinon hein, elle était pas con, elle se serait mise à courir aussi et l'aurait suivie... Non parce qu'Areli avait horreur d'être menée de la sorte, et surtout, elle était particulièrement réfractaire à ce type de contact physique de type "je te saisis le bras ou le poignet" depuis la guerre civile au Mexique. Enfin, ce n'était pas le moment, alors elle suivit simplement le rythme jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent dans un hôtel carrément craignos, mais au moins il faisait à peu près chaud et elles ne se prenaient plus le déluge.

Eclipse sauta aussitôt au sol et s'ébrouha en râlant.

- Râh, alors que j'étais enfin sec! Être mouillé, ok, mais pas quand on se les pèle comme ça!

Areli était bien d'accord, néanmoins, elle aurait préféré trouver refuge dans un hôtel mieux que ça. Elle n'était pas forcément chiante sur le confort, mais là, c'était pas juste moche et vieux, c'était crade, le bâtiment faisait peur, et ça avait vraiment l'air du genre d'endroit où il se passait des trucs pas nets. Dormir dans la forêt devait être plus sain et confortable que de passer une nuit dans une chambre de cet hôtel, en tout cas c'était l'impression qu'avait la jeune femme rien qu'en voyant l'entrée. Néanmoins, par politesse et acquis de conscience, elle s'approcha du réceptionniste, qui avait visiblement été réveillé par leur arrivée et commençait à les regarder avec un drôle d'air qu'elle détestait déjà.

- Excusez-nous de vous déranger, mais est-ce que vous accepteriez qu'on reste ici le temps que la pluie cesse?
- C'est réservé aux clients ici, répondit-il en bâillant. Vous prenez une chambre ou vous retournez sous la pluie, c'pas mon problème, mais vous pouvez pas squatter gratuitement.
- Pardon? Fit Areli, trop surprise pour se montrer agressive. Elle fit un effort et essaya de continuer sur un ton poli. Si vous vendez des consommations, on peut en prendre pour le temps où on va rester ici.
- J'en ai pas, j'suis pas un bar moi. En attendant, vous ne pouvez pas rester ici, vous encombrez la réception, en plus vous salissez tout.

Areli leva un sourcil en se retenant de changer de ton. Salir, elles? Au contraire, elles nettoyaient! Et mouillaient au passage, certes, mais c'était un moindre mal.

- Vous n'aurez pas beaucoup de clients à cette heure, non? Et nous ne gêneront pas, on ne va pas rester dans le chemin. On ne va pas rester longtemps, une demi-heure grand maximum, juste le temps que la pluie se calme.

La météo ponctua efficacement sa demande en redoublant de violence, l'obligeant à hausser un peu la voix pour être sûr de se faire entendre. De son côté, le gérant semblait être bien réveillé à présent, et lui n'hésita pas pour commencer à s'énerver.

- Vous plaisantez?! Je ne vais pas laisser des énergumènes pareils dans mon hôtel! Entre celle qui est armée là bas, et toi qui est daemonienne, hors de questions que vous restiez ici!

Il avait regarder tour à tour Tallulah, en particulier le harpon, puis Eclipse en disant cela, ne pouvant pas savoir pour l’hippocampe. Néanmoins, c'était clairement l'argument à ne pas sortir en présence d'Areli. Son regard s'embrasa tandis que son pouvoir s'étendait brusquement, pas au point de provoquer une onde de choc mais néanmoins assez pour que Tallulah se retrouve dans son champ d'influence. Le réceptionniste ne le vit qu'en se tournant à nouveau vers elle et parut surpris et presque effrayé par son changement brusque d'attitude, n'étant bien sûr pas affecté par le don d'Areli.

- Ainsi, cet hôtel n'accepte pas les daemoniens? Dommage pour vous, vous vous privez tout seul de clients potentiels! Mais ne vous inquiétez pas, on ne comptait pas rester de toute façon, et vous m'avez ôté la patience d'attendre dans un endroit aussi insalubre!

Elle tourna les talons, Eclipse la rejoignant aussitôt et sauta sur ses épaules.

Calme toi, ton don s'étend beaucoup trop, lui fit-il remarquer. Tallulah doit le sentir actuellement, elle utilisait peut-être le sien.

Oui, c'est vrai, il fallait vraiment qu'elle apprenne à empêcher son don de se déclencher au premier stress venu, mais cet exercice s'avérait hélas particulièrement difficile. Elle réussit néanmoins à faire revenir la portée de son don à la normale, c'est à dire elle-même, puis, arrivée devant la sortie, elle se tourna vers Tallulah.

- Bon, il a l'air de toujours pleuvoir, mais un peu moins. L'arrêt de bus n'est pas loin, en courant on y sera vite et on ne sera pas plus trempées que maintenant. Bon, il fera plus froid qu'ici mais avec un peu de chance un bus ne tardera pas à arriver...

Elle attendit la réponse de la jeune femme avant de s'élancer, mais elle mit quand même sa capuche, qu'elle avait oubliée tout à l'heure, en attendant, tandis qu'Eclipse râlait de ne pas pouvoir y loger.


    ( HRP : Désolée si tu trouve que j'ai trop avancé sans laisser le temps à ton personnage d'intervenir, préviens moi si tu veux que j'édite ^^' )
  
MessageMer 27 Jan - 13:46
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Date d'inscription : 12/02/2015Nombre de messages : 177Nombre de RP : 67Âge réel : 36Copyright : MoiAvatar daëmon : Glyndwr
Tallulah Ó CuileannNothing will be the same...
L’hôtel ne payait pas de mine, avec son vieux formica collant et les plaques de peinture qui se décollait parfois des murs. L’homme derrière le comptoir avait la tête de l’emploi, patibulaire, comme agacé d’être là et, en même temps, sûr de son pouvoir sur les autres. Dehors, la tempête faisait rage, pas encore à son paroxysme mais s’en approchant lentement, vague de pluie après vague de pluie. Ce genre de grain, Tallulah les connaissait bien. Cela n’allait pas s’arrêter tout de suite et le vent, se levant, ne ferait qu’accentuer le froid. Distraitement, elle lâcha sa compagne et se gratta la cheville où les straps de son poignard irritaient sa peau déjà fragilisée par le sel. Les choses auraient pu bien se passer. Si Aeli, avec son innocence et sa jeunesse, n’avait pas fait rapidement dégénérer les choses. Elle s’y prenait très mal avec Monsieur-Je-Veux-Etre-Male-Dominant. Ils auraient pu négocier un coin tranquille avec quelques billets et l’air vulnérables de deux femmes perdues. Mais avec l’assurance tranquille, froide et polie de l’adolescente, ça n’allait pas le faire. Que faisait dehors cette jeune femme qui ne connaissait ni la météo, ni la peur, ni la manière de traiter avec les machos des mauvais quartiers de Perth ? Avait-elle une telle confiance en son pouvoir- quoi qu’il puisse être – qu’elle se sentait à l’abri des mauvaises rencontres, libre de courir sous la tempête jusqu’à se perdre complètement ? Elle ne semblait pourtant pas auto-destructrice. On ne sentait pas en elle la violence qui avait saisi la Sirène, la poussant à prendre la mer quand elle aurait du, en toute honnêteté, rester chez elle.

L’échange entre la petite et le gérant faisait écho à la tempête qui battait sur la porte et, bientôt, les deux femmes se retrouvèrent sous la pluie battante. Trempée à nouveau, Tallulah ne sentit plus le froid mais le confort neutre qui était le sien sous l’eau. Moins frigorifiée, appréciant la violence des éléments qui faisaient à ce point écho à celle qui battait derrière sa façade tranquille, la trentenaire haussa les épaules. Au point où elles en étaient, ce serait un miracle si le bus acceptait de les prendre. Et de toute façon, elle n’était plus pressée. Elle préférait comprendre.

« Marchons plutôt, il pleut trop à présent pour pouvoir courir et regarder devant soi en même temps. »

Elle nota dans un coin de son esprit le nom de l’hôtel et l’hostilité de son propriétaire contre les daemoniens. Elle ne pouvait pas leur en vouloir, les humains avaient été expulsés de Merkeley après tout et la différence faisait toujours peur. C’était à eux de montrer qu’ils n’étaient, au final, pas si différents d’eux, de se montrer plus forts, plus tolérants, rassurants. Car les humains se sentaient menacés, au fond, de ces êtres qui apparaissaient pour leur voler leur territoire, leur supériorité, et qui se disaient plus évolués. Plus évolués que quoi ? Quiconque avait vu ce que les daemoniens étaient capable de se faire entre eux pouvait témoigner de leur parfaite humanité. Il faudrait du temps pour que cessent les tensions. Du temps, des gens de bien, et beaucoup d’eau à mettre dans autant de vin.

« Tu ne m’as toujours pas dit ce que tu faisais sous la pluie près du port, seule, à cette heure indue. Tu ne m’as pas l’air d’être suicidaire donc je ne pense pas que ce soit la mer qui t’ai appelée. Tu ne m’as l’air non plus nerveuse ou en manque, je ne pense pas que ce soit la drogue qui t’ai attirée dans le coin. Tu n’as pas peur, donc ce n’est probablement pas ta première fois mais avoue qu’il est curieux, tout de même, de se promener en pleine nuit au milieu de la tempête. »

Elle pouvait parler mais elle-même avait donné une réponse logique – et véridique – à sa présence et il n’était que normal que l’aînée s’inquiète.

« Tu as un endroit où rentrer au moins ? Si tu veux, je peux t’héberger quelques jours, le temps que tu te retournes. Merkeley n’est pas tout près mais c’est de bon cœur. »

Ca expliquait tout. Sa sensibilité vis à vis du racisme ordinaire anti-daemonien, sa fuite en avant, sa nervosité face au toucher qu’elle avait senti quand elle avait pris son poignet par réflexe. Elle avait de l’argent, peut-être, mais elle avait également tous les symptômes d’une gamine mise à la porte de ses parents parce qu’elle était différente.
  
MessageMer 27 Jan - 22:09
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Date d'inscription : 06/11/2015Nombre de messages : 200Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki'Avatar daëmon : Margay mâle
Areli NoraNothing will be the same...
Réflexion faite, Areli aurait du laisser Tallulah parler avec le type de la réception, elle s'en serait peut-être mieux sortie qu'elle, surtout qu'elle avait l'air plus posée. Dans nombre de cultures, on laissait les plus âgés faire, mais elles ne se connaissaient pas depuis longtemps et Tallulah n'ayant pas eu l'air de tenir en particulier à s'occuper de discuter avec le type, la mexicaine s'en étant chargée spontanément, pensant qu'une personne habillée normalement aurait plus de chances qu'une femme en tenue de plongée. Eh bien la prochaine fois, elle essayerait l'inverse plutôt... Enfin, si une situation se ce type se reproduisait un jour!

Pourtant, Areli était du genre très sociable. Mais elle n'était pas un modèle non plus, on ne peut pas s'entendre avec tout le monde et s'il y avait quelque chose qui n'avait pas changé chez elle, c'est qu'elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, encore plus maintenant. Son argument comme quoi elle était daemonienne avait vraiment été la goutte de trop. C'était à cause de types comme lui que la situation avait si mal tourné au Mexique pour les daemoniens! Les gens ignoraient ce que leur connerie engendraient, ne voyant pas les massacres dont ils étaient responsables, alors ils continuaient de cautionner les actions anti-daemoniens de l'armée. Pauvres crétins!

La jeune femme avait beau savoir que ce type n'avait rien à voir avec la choucroute, cela l'énervait quand même. Eclipse essaya bien de l'apaiser, lui rappelant que c'était au fond une réaction assez normale et que réagir ainsi n'allait pas aider à le faire changer d'avis, elle n'avait pas pu s'en empêcher. Les événements du Mexique étaient trop frais dans sa tête...

Heureusement, retourner auprès de Tallulah eu vite fait de lui changer les idées. En revanche, elle fut surprise que cette dernière demande à marcher. En trottinant, il ne devrait pas y avoir de risque de glisser et on voyait où on allait, non? Enfin, peut-être qu'elle n'en avait pas l'habitude. Areli s'en fichait de courir par tous les temps, mais tout le monde n'était pas comme elle.

Et je te rappelle qu'elle est en chaussettes, accessoirement.

Areli jeta un bref coup d’œil aux pieds de sa nouvelle connaissance et grimaça. Ah oui, elle avait oublié ce détail... Dommage, courir aurait pu la réchauffer. La mexicaine se fichait assez d'être sous le déluge, elle mettait toujours son argent et ses papiers dans une pochette imperméable et elle avait choisit un smartphone résistant à la pluie afin de pouvoir tracer en toute quiétude, elle n'avait donc rien craignant la pluie.

Si, moi! Marmonna Eclipse.
C'est vrai que la pluie doit être assez froide pour toi, mais tu as l'habitude. Tant qu'on est sous la pluie ça va, c'est au moment de sécher que ça va devenir compliqué, mais tu es avantagé sur ce point là, tu peux t'ébrouer!

Elle aussi, ça la gênait moins d'être sous le déluge que d'être mouillée après. D'ailleurs, réflexion faite, ça devait être le cas pour Tallulah aussi. Enfin, peu importait pour l'instant! Elles devaient atteindre rapidement l'arrêt de bus. Si elles le rataient et devait attendre deux heures comme ça, ni l'une ni l'autre ne risquait d'apprécier, et Eclipse non plus!

« Tu ne m’as toujours pas dit ce que tu faisais sous la pluie près du port, seule, à cette heure indue. Tu ne m’as pas l’air d’être suicidaire donc je ne pense pas que ce soit la mer qui t’ai appelée. Tu ne m’as l’air non plus nerveuse ou en manque, je ne pense pas que ce soit la drogue qui t’ai attirée dans le coin. Tu n’as pas peur, donc ce n’est probablement pas ta première fois mais avoue qu’il est curieux, tout de même, de se promener en pleine nuit au milieu de la tempête. »

Areli se tourna vers Tallulah, surprise par cette façon assez brusque d'aborder le sujet.

Non mais de quoi je me mêle? S'énerva Eclipse. On lui a demandé, à elle, ce qu'elle fichait dans l'eau à une heure pareille? Elle pourrait respecter notre vie privée! Et c'est quoi ce "tu ne m'as toujours pas dit", elle ne nous avait même pas posé la question!

Mentalement, la mexicaine envoya des ondes apaisantes à son daemon, interloquée par une partie de ce que Tallulah venait de lui dire. Tu ne m’as pas l’air d’être suicidaire donc je ne pense pas que ce soit la mer qui t’ai appelée. Qu'est-ce que cette phrase était sensée vouloir dire? Bien sûr, la mer était dangereuse, Areli ne l'ignorait pas même si elle ne la connaissait pas très bien, tout comme elle avait du mal à s'habituer à la météo de chaque lieu où elle voyageait, mais ce parallèle était trop surprenant pour être un hasard. Est-ce que, comme elle l'avait soupçonné, Tallulah était allée plongée en sachant pertinemment que le temps ne s'y prêtait pas? Elle ne le disait pas clairement, bien sûr, mais c'était trop gros pour être un hasard. Envisageait-elle une option aussi glauque parce qu'elle-même avait des tendance suicidaires? Elle n'avait pas l'air déprimée, mais Areli avait déjà rencontré des dépressifs, et certains avaient justement un air très calme, un peu comme son interlocutrice. Ou alors c'était une façon de rechercher une poussée d'adrénaline? Il y avait des gens comme ça. Probablement que la plongée la faisait se sentir libre comme le parkour avait cet effet sur Areli. Cela tranchait avec son attitude posée actuelle, mais qui sait.

Sentant son daemon toujours énervé par les questions de la plongeuse, Areli continua :

Tu sais, on peu parler nous aussi. On est venus lui parler alors qu'on ne la connaissait pas, et on lui a fait remarqué qu'elle se baignait à de drôles d'heures, ce qui revient à lui demander ce qu'elle fichait là même si c'est indirectement.

Eclipse reconnu une certaine justesse à l'argument, et commençait à s'apaiser lorsque Tallulah rajouta :

« Tu as un endroit où rentrer au moins ? Si tu veux, je peux t’héberger quelques jours, le temps que tu te retournes. Merkeley n’est pas tout près mais c’est de bon cœur. »

La question provoqua deux émotions violentes chez Areli. D'abord un sourire, amusée qu'elle était à l'idée qu'on puisse la penser fugueuse, et qui aurait pu se transformer en léger rire s'il n'y avait pas eu la deuxième émotion, apportée par le pourquoi de sa présence ici.

Son sourire disparut pendant que des images et sensations de son cauchemars revenaient brusquement, sans prévenir, provenant en partie de son daemon. Le don d'Areli s'étendit comme un éclair, englobant un ou deux mètres autour d'elle, dont Tallulah, avant de revenir à la normale presque aussitôt. La respiration d'Areli se coupa brusquement, et elle haleta pendant quelques secondes pour se remettre à respirer normalement, s'aidant de la pluie pour essayer de le faire passer inaperçu. Depuis quand son don s'amusait à faire ce genre de choses?! Il n'avait pas cet effet quand elle était stressée à cause de souvenirs du Mexique, d'habitude elle devait faire des pieds et des mains pour le calmer.

Eclipse, de son côté, fit son possible pour chasser rapidement ces pensées de son esprit, conscient d'avoir donné des idées noires à sa daemonienne. Il profita qu'elle était distraite pour glisser mentalement à Glyndwr :

Dis, elle est toujours aussi curieuse et indiscrète ta daemonienne?
Eclipse!
S'exclama Areli sur le ton de la réprimande, ayant senti ce qu'il faisait.

Le margay avait employé un "ton" mental plutôt cordial et curieux mais on sentait l'énervement sous-jacent. La jeune femme tourna un regard désolé vers Tallulah, devinant que son daemon avait du lui communiquer la question d'Eclipse d'une façon ou d'une autre. Elle se passa la main dans les cheveux, devinant ne pas pouvoir garder le silence plus longtemps suite aux questions et remarques de son interlocutrice.

- Ainsi, ceux qui vont vers la mer ont une tendance suicidaire? Ne put-elle s'empêcher de relever. Tu n'as pas l'air suicidaire non plus pourtant.

Si Tallulah voulait jouer à ce jeu des questions, Areli n'allait plus se gêner pour poser des questions un peu indiscrètes, et si elle ne recevait pas de réponse, tant pis, elle n'insisterait pas. Elle évitait en général, par respect, mais puisque Tallulah osait, elle aussi, il n'y avait pas de raison... Mais elle avait conscience que ce n'était pas une réponse et qu'elle devait surtout donner l'impression d'éviter le sujet, alors elle continua avant que la plongeuse n'ai pu insister :

- C'est gentil mais ne t'en fais pas, je ne suis pas à la rue... Ça m'étonne même qu'on puisse le penser, mais je suppose que oui, c'est bizarre de croiser des gamines de mon âge à cette heure. D'habitude, je ne discute avec personne dans ces cas là, mais tu avais l'air aussi peu à ta place à cet heure et endroit que moi, alors... Et il ne pleuvait pas encore tout à l'heure! Je n'arrivais simplement pas à dormir, j'avais envie de bouger, et mes pas m'ont portés là, je ne sais pas trop pourquoi.

Bon, ce n'était pas tout, il y avait les cauchemars aussi. Rester au même endroit n'aurait pas été bon, il fallait évacuer le stress, et elle aurait eu l'impression d'être enfermée sinon. Mais ça, elle n'avait aucune envie d'en parler à une quasi-inconnue, même si Tallulah allait sans doute deviner qu'elle ne lui disait pas tout. Et puis ça lui arrivait de sortir tracer de nuit sans raison particulière, juste parce qu'elle en avait envie ou ne trouvait pas le sommeil de façon plus... Conventionnelle, disons.

Eclipse, lui, était plus sur la défensive. Ils avaient affaire à une daemonienne, certes, mais cela ne diminuait pas pour autant totalement son hostilité. Il avait moins l'habitude qu'Areli de discuter avec des inconnus et ne pouvait s'empêcher d'être tendu, surtout au vu des questions qu'elle posait. Il n'aimait pas les gens qui leur rappelait de mauvais souvenirs, même si elle ne l'avait pas fait exprès. Il tenait à cœur de protéger sa daemonienne de ces désagréments pour le moins important, or Tallulah semblait bien partie pour mettre les pieds en plein dedans, et ça, il n'appréciait pas, même si Areli semblait mieux le prendre et essayait d'apaiser mentalement le margay.
  
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