How to save lives.

 
  
MessageMer 17 Fév - 22:12
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Un murmure sembla traverser l'appartement avant qu'une porte claque. Un frisson parcourut l'infirmier qui se réveilla avec un léger sursaut. Il y avait... rien, un appartement plongé dans la pénombre. Pas d'eau, rien pour l'engloutir vers les profondeurs, encore une fois ce n'était qu'un cauchemar un peu trop réaliste. Prenant une inspiration il sentit un poids sur sa poitrine, quelque chose s'agiter sous sa tête. Esther lui avait servit d'oreiller, de couverture et de peluche. Plutôt pratique, pour dormir, le petit python. *Tu es réveillé?* Une conscience effleura la sienne, s'assura qu'elle ne s'aventurait pas dans un songe terrifiant en entrant dans sa tête. Puis il sentit la présence de sa daëmonne qui allait puiser dans son crâne les images qui avaient agité sa moitié. Le lac apparut, les profondeurs, la mâchoire gigantesque d'un énorme crocodile marin se refermant sur lui. *On devrait sortir, il n'est pas seize heure, cela ne te ferait pas de mal.*

Surtout, cela éloignerait les dernières images de l'eau l'engloutissant, des crocs qui avaient transpercé sa chair, y laissant une marque pour qu'il n'oublie pas. Il releva la tête et regarda l'immense serpent glisser au sol, s'éloignant lentement. *Tu as raison, en plus je voudrais aller à la librairie, j'ai fini hier soir le dernier livre de ma PAL.* S'asseyant sur son canapé il soupira en constatant qu'il n'avait pas fermé correctement la porte vitrée avant de s'endormir. Tirant le rideau il regarda la lumière envahir son salon et ferma la dite porte.

Une douche prise et des vêtements propres enfilés il regarda sa moitié quelques instants alors qu'elle allait d'elle même vers la sortie. Un court moment de réflexion et il ne mit rien de plus que son sweat à capuche gris par dessus le tee-shirt à manche longue qu'il portait. Ils iraient en voiture, pas besoin d'une veste plus épaisse donc.

Son pick-up âgé rechigna un peu à s'éveiller pour braver la neige tombée ces derniers jours mais finit par obéir. Garrett roula doucement, fenêtres ouvertes, laissant la fraîcheur entrant dans l'habitacle effacer toute trace du songe. Une fois que son âme eut exprimé la première plainte, il remonta les vitres, les coupant du froid et alluma le chauffage. Le trajet fut rapide, légèrement rallongé par la recherche d'une place de parking. Celle qu'il trouva était un peu plus éloignée de sa destination qu'il ne l'aurait voulu mais cela n'était pas un détail capital aux yeux de l'infirmier. Alors qu'il descendait de la voiture et laissait sa portière ouverte pour Esther, il se désespéra de ne pas la voir descendre. *En fait... j'aurais besoin d'un peu d'aide, j'aurais pensé qu'il y avait plus d'espace que ça entre l'appui-tête et le siège...* Faisant le tour de la voiture après avoir claqué sa portière, il ouvrit celle côté passager. Puis éclata de rire. *Ce n'est pas drôle. Vraiment pas.*

Le serpent avait dû tenter de passer dans l'espace entre l'appui tête remonté et le siège. Mais voilà qu'Esther se retrouvait bloquée entre deux barres métalliques et les deux pièces de plastique. L'humain enleva entièrement la pièce posant problème à la demoiselle écailleuse qui sortit avec un sifflement agacé du véhicule. *Je t'ai déjà dit pourtant que ce n'est pas parce que ta tête passe que le reste de ton corps aussi.* Aucune réponse, comme il s'en serait douté.

Mais au moins, l'incident avait rendu au jeune homme hilare sa bonne humeur. Même si cela s'était fait en ridiculisant le python qui était désormais bien silencieux.

Voiture verrouillée et daëmonne calmée, il se mit en marche en direction du sacro-saint lieu qu'était à ses yeux la librairie. Avant qu'un obstacle impromptu n'interrompe son avancée. Ce ne fut d'abord qu'un petit bruit gênant, un petit animal agité très certainement. Puis alors qu'il poursuivait son chemin le bruit se fit plus fort. La langue du prédateur que restait Esther caressa l'air, le goûta, elle qui avait capté l'interrogation de son daëmonien. Son don s'activa alors que sa contrariété grandissait, incapable de trouver la source de, ce qui devait être, il en était presque sûr, des miaulements. Mais du genre miaulements de chatons.

Esther s'était redressée, atteignant facilement le niveau de la taille de sa moitié ainsi positionnée. Le don de Garrett activé, ce dernier se laissa guider par les miaulements qui se répétèrent. Finalement, ce fut Esther qui toucha le gros lot en trouvant un carton, dans lequel trois chatons, blottis les uns contre les autres, luttaient contre le froid. *Trouvés.* Garrett laissa son don s'évaporer.

L'infirmier s'approcha, tira vers lui le dit contenant à petites boules de poils et écarta la daëmonne qui fixait, dubitative, les trois petits êtres frissonnants. Regardant aux alentours si il apercevait une trace prouvant que la mère n'était pas loin il fut inquiet de ne rien voir. Hypothèse prouvée par le sens olfactif exceptionnel du serpent. Aucun chat adulte n'était venu par ici dernièrement. Trois petites paires d'yeux étaient fixées sur lui.
  
MessageMar 23 Fév - 14:18
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Date d'inscription : 13/01/2016Nombre de messages : 248Nombre de RP : 25Âge réel : 19Copyright : ShalyniaAvatar daëmon : Hermine (Mustela erminea)
Levy R. Sherwood√ And fade out again.

Garrett C. Redmann & Levy R. Sherwood
How to save lives


Ce jour-là, j’avais pris le tram.
Debout sur l’entre-deux wagons, le dos appuyé contre la barre de fer, Elliot blotti sous le manteau de verre tissé, je laissais mes yeux détailler avec insolence l’étroite lucarne qui nous séparait du conducteur. Translucide comme une tempête – mes pas s’emmêlaient aux soubresauts des rails. Il neigeait. La route se déroulait lentement par-delà la vitre, ferraille surpiquée d’ocre et de rouille, unique chemin encastré entre deux poteaux. Le tout avait des airs d’éolienne, de construction bancale – quelque chose de métallique qui devrait voler là où tous les autres retomberaient.
J’étais debout sans l’être vraiment.
Un fragment de mon esprit se dérobait inlassablement du réel. Il soulignait les courbes de l’asphalte, s’attardait sur les lèvres des bâtiments, puis s’éclipsait plus loin, au-delà des êtres et des cimes ; je me voyais alors comme perdue sur l’une de ces mers translucides et opaques, réservées aux songes. Mes escarpins rouges effleuraient les nuages – l’envers des nuages – peu importe... Impression diffuse que l’horizon n’existait pas, que l’art ressemblait à une unique flamme, que tout pourrait s’inverser pour peu que je le veuille. Et tout se déformait lentement, des blocs de pierre blanche se déchiquetaient d’un immeuble nu, la crasse repeignait peu à peu mes ongles. Rire comme si le monde se tordait.
Je ne sais plus pourquoi je me souviens de ça. J’étais ivre, sans doute.
Ce jour-là, il y avait ce visage…
Ce visage qui…


« Levy, hé… Levy. »

La lumière : une miscellanée d’ombres et d’ambres, lascivement projetée contre le miroir. Mes yeux s’ouvrent, s’estampent quelques secondes face au jour encore cru, puis se glissent vers le reflet – mon reflet. Cheveux blonds balayés vers l’arrière, mèches revêches à la bordure du décolleté, cernes collés sous les cils comme des gommettes. Une seconde hésitante ; m’étais-je laissée aller à mes souvenirs ? D’un geste agacé, je ferme les boutons de ma petite veste de trench-coat, comparable à un blaser noir, puis attrape sous mes phalanges un deuxième manteau glacé d’ébène – plus long, plus épais. Mes mains caressent quelques instants le col rouge et trop large, comme semblable à une écharpe ; puis elles tirent vers le haut cette fermeture sur le côté droit, presqu’effleurant le flanc. Portable, carte de crédit dans la poche gauche, billet de 10 dollars dans la droite, couteau planqué sous la doublure de trench. Et un peu d’ivresse au coin des lèvres.

Il avait neigé la veille. Mais aujourd’hui, le froid avait peu à peu envahi les rues, s’extirpant du cœur des désillusionnés pour frapper le sol d’automne, ce sol qui s’évapore alors – vagues fumées de nacre portées par-delà le ciel. Et derrière la fenêtre apparaissent en transparence de ces visages mornes, joues rougies tirées à quatre épingles, cheveux engoncés de laine. Le givre s’étend lentement sur les toits écarlates. Infiltré dans les creux comme pour combler les maux de la ville. J’habite dans l’un de ces milieux un peu paumés après tout, quelque part entre quelques quartiers anonymes ; villas fastueuses construites au milieu de rien, vastes escaliers ouverts sur le vide des cages thoracique. Une ambiance de malaise sous-jacente, comme si le corps ne pouvait plus retrouver avec naturel l’espace qui lui était alors dû. La lumière crue des lampadaires, dénudée et frappante. J’étais à trois pas du Bronx, à six pas du Sunny Side South, et une douleur comme tiraillée au creux de la poitrine.

D’un geste las, je tire doucement les rideaux devant le carré de verre glacé, puis me tourne vers Elliot, debout sur le bureau. Une main tendue vers l’avant, invitation.

« Allez, viens. On sort. »
« Tu es sûre ? Tu tombes de fatigue, tu n’arrêtes pas de rêvasser. »
« Je sais, Elliot. Mais tu as besoin de sortir. On fait un tour et on rentre. L’air froid me réveillera. »

Quelques éclats de seconde, la jeune hermine demeure hésitante ; il s’élance ensuite, Elliot, il grimpe le long de mon épaule puis se love au creux de mon cou, quelque part entre le manteau et la veste de trench, la queue presque enroulée autour de mon sein gauche. Six pas. Je ferme doucement la porte de la chambre. (Soustraire aux yeux cette ambiance de pourpre et de blanc, dissimuler les draps tendus à contrevers depuis trop longtemps). Et j’observe. Et la chaleur du salon frappe une nouvelle fois mes prunelles cæruleum, nuances d’ocre et de châtaigne soulignées par le jour qui ne tarderait à décliner, une lampe orange plaquée contre la table, et des fragments de rose comme abandonnés sur le sol. L’hiver est absent, ici. L’hiver est une ombre.

Un soupir s’échappe de mes lèvres tandis que je dépasse le canapé pour glisser mes clés dans la serrure glacée de givre. Mes talons claquent contre le plancher. Je sors, verrouille la porte d’entrée, puis laisse mon corps se diriger vers l’escalier – ferraille rouillée et métallique, rampe cuivre et vert-de-bois. Mon souffle s’enfuit là, quelque part entre mon larynx et ma cage thoracique, suspendu à l’étreinte impérieuse de l’hiver qui lentement brise les êtres. Le froid ; la porte de l’immeuble qui s’éloigne. Je me dirige avec prudence vers ces rues en bordure de quartier, adaptant peu à peu mes pas qui s’allongent sur le sol. Ici l’ambiance est basse, lourde, cotonneuse comme sous une lampe de verre. Mais réconfortante, en quelque sorte.

J’avais travaillé plus de vingt-sept heures sur deux jours. Les urgences défilaient alors comme un songe étranger – regards estampés de sang, veines transparentes par-dessus les paupières, puis transversales aux salles blanches, étirées contre les murs et frappées contre les fenêtres. On accrochait des feuilles médicales au chevet des patients, on courait, on allongeait les mains jusqu’aux chevilles puis on hurlait. Deux minutes de pause. Un chignon renoué en croix de bois. Et on courait une nouvelle fois. On crapahutait dans les couloirs, on dégringolait dans l’iode et le souffre. On espérait parfois, après quelques heures. On regardait la mort.

Et je savais Elliot incapable de supporter des journées si longues. Il s’abandonnait dans le petit bureau qu’on m’avait donné, lové sur le coussin brodé d’ébène, prunelles portées par-delà la fenêtre et la cime des arbres. Depuis quelques années, mon âme avait appris à reconnaître les saisons dans leur existence la plus pure ; le soir, il me détaillait sans peine les infimes variations de la nature – le crénelage simplifié des feuilles ou les nervures plus sombres qui présageaient alors l’automne. Et, puisqu’il s’était depuis longtemps lassé d’être observateur, je l’échappais de l’iode et du coton dès que je le pouvais. Nous passions les portes de l’hôpital, écoutions le claquement sec du métal et du cuivre, puis commencions à courir, pas gonflés par la chaleur de l’été, blouse flottante par-delà le vent.

Aujourd’hui, j’avais à peine eu le temps de me changer avant que nous ne ressortions de chez nous.

« Tu n’iras pas dans un bar ce soir ? Tu ne travailles pas, demain. »
« Non. Je suis fatiguée. »


Et les couleurs du monde chancèlent – l’ocre se mêle avec impudeur au cæruleum, constellations échancrées au bouquet de nerf comme un bijou de quartz à la poitrine. De quelques mouvements aigus, Elliot s’extirpe de mon manteau pour se percher sur mon épaule, la queue presqu’enroulée autour de mon cou. Nos pas s’allongent encore dans le faste de l’hiver. Là, les toits deviennent nus, claquent puis s’estompent sous les cils : chaque seconde comme la continuité absolue de la précédente. Mon corps retrouvait alors en un unique souffle la plus qui lui avait toujours été due.

Et nous parcourons ainsi plusieurs mètres – je ne saurais dire combien –, cœur enfoncé au fond de la cage thoracique, sensation d’ivresse au creux des reins. Le froid comme un oiseau. Enchâssé aux clavicules et glaçant lentement la peau. Le Bronx se déploie peu à peu dans sa splendeur misérable ; le givre dépouille ces larges allées verglacées et nues, désertes, comme abstraite au monde. Sans doute un poète y aurait-il discerné l’ombre du trouble qui s’étendait alors sur la ville, une sensation indescriptible de malaise, une silhouette difforme aux mains déformées par la Terre. Sans doute l’aurait-il repeinte encore et encore d’une plume tremblante.

Besoin d’une pause. Récupérer ce souffle brisé par l’hiver. D’un air las, je me dirige vers un large auvent rouillé aux reflets cuivres et vert-de-bois, impérieusement supplanté au-dessus d’une boutique échouée depuis longtemps. Puis je frotte mes mains l’une contre l’autre, un peu de buée au bord des lèvres – ne ressembleraient-elles pas à l’étreinte de deux naufragés réunis ensembles ?

– Putain, ça caille.

Quelques secondes hésitantes, j’observe mes mains. Celles qui, maudites par mes cauchemars d’enfance, se teintent parfois de crasse ou d’ébène sous les ongles. Il y avait alors cette tension indicible des os, une sorte de pression dans la cage thoracique qui nous prenait lorsque, abandonnés au noir tamisé de ma chambre, nous racontions des contes horrifiques destinés à terrifier sans construire. Et, dans ces nerfs vieux de trente-deux ans, dans cette peau givrée par le froid, je reconnais quelque chose du rêve. Celui qui dépasse les bagnoles et la fumée des pétards pour se porter plus loin. Au-delà de la ville. Au-delà de la campagne. Au-delà des océans. Au-delà de la Terre.

Puis les prunelles se décolorent et se teintent. Le cerveau se soustrait peu à peu à sa constitution – synapses éclatés de nerfs et métissage étrange. La fibre optique se dégonfle lentement. Brisés, les délires épileptiques. Un fragment de poussière s’était posé là, par-dessous ses songes et ses envies, infiltrant la rétine puis le cristallin. D’un mouvement las, je rouvre les yeux que j’ignorais avoir fermés. J’avais aperçu quelque chose sous mes paupières. Un changement dans mon environnement, et toujours cette capacité d’adaptation surhumaine que je possède depuis ma naissance. En un seul souffle, je l’observe, cet homme trentaine aux cheveux brun-blond, habillé d’un sweat gris, penché au-dessus d’un carton à moitié déchiqueté. Impression d’une chose déplacée, comme absente à l’univers qui devrait l’accueillir.

« Levy, regarde là-haut. »
« J’ai vu. Tu peux aller voir pour moi ? Sans prendre aucun risque… »

Cœur à 90 dans la poitrine, déchirure. De quelques mouvements précautionneux, je m’accroupis puis pose une main sur ce sol d’hiver tandis qu’Elliot escalade l’envers de mon bras. Froide, la roche sous mes doigts ; glacée comme une pierre tombale qui ne saurait se reconnaître elle-même. Mon âme demeure une seconde paralysé, le corps dressé, museau tendu vers l’orée du jour. Et elle intègre soudain le rythme des ombres et de la lumière – des gestes confus comme ceux d’une valse enchevêtrée –, se colle au mur, plaque ses pattes blanches contre la boue et la fange.

Et Elliot progresse lentement vers ce danger immobile. Mes muscles se tendent imperceptiblement. Nerfs désossés, un enchâssement de panique au creux de la poitrine. Si je n’avais jamais éprouvé aucune animosité envers les autres daemoniens, ni envers les humains, je conservais sous mon cœur quelque de ces méfiances inexplicables, comme présage d’un tort qui pourrait subvenir dix années plus tard. Quelques secondes, l’hermine s’arrête. Tend le cou – nyctalope parfaite. Puis elle se détourne soudain, et, encore dissimulée parmi les ombres, se glisse à nouveau vers moi ; la main toujours plaquée contre le sol, je ferme les yeux lorsque ses griffes effleurent ma peau. Blessures avortées. Cœur à 120 dans la poitrine.

« Alors ? »
« Un homme, la trentaine. Son daemon est un serpent. »
« Qu’est-ce qu’il fait ? »
« Il est accroupi devant une caisse. Il y a des animaux, dedans. Je crois que ce sont des chatons. »
« Des chatons ? »


Cet homme… Abandonne-t-il les pauvres bestioles face aux clameurs impérieuses du froid, ou, au contraire, tentait-il de ses les soustraire à l’hiver ? Un soupir s’échappe de mes lèvres entrouvertes – logé quelque part entre la trachée et le larynx. Flocon de neige paumé dans les voies respiratoires. Quelques secondes, mon regard se perd sur la silhouette longiligne et les cheveux blond-de-cuivre, avant que je ne me redresse. Hors de question de laisser des chatons sous le givre. Que le daemonien soit leur bourreau ou leur sauveur.

« Allons-y. Cache-toi. Je ne crois pas qu’il t’ait vu. »

De quelques gestes impétueux, Elliot se love une nouvelle fois entre mon manteau et ma veste de trench ; puis ma main effleure le couteau dissimulé dans la doublure – manche tissé de soie et acier lunatique, presque moléculaire. Je m’avance. Quitte l’étreinte métallique de l’auvent pour me glisser dans la rue. (Et le corps retrouve toujours en un seul souffle l’espace qui lui était dû). Un instant, mes iris bleutés observent les écailles entrechoquées du serpent, puis je me détourne lentement. Un daemon. Juste un daemon, il ne me fera rien.
… Enfin, en théorie.
En silence, je m’arrête devant l’homme.

– Bonjour.

Pelages et êtres entremêlés. La scène m’apparaît presque comme un immense vitrail morcelé d’or et de chair, des prunelles ambrées ouvertes sur le vide de l’hiver, des éclats de verre comme incrustés sous leurs coussinets. Trois corps roux ou métissés, parfois blancs et noirs – je peinais à le déterminer. D’une main, je retrace avec prudence les contours de la boite, puis frôle des poils collés par l’humidité. Et, d’une voix efflorescente, je murmure :

– Ils sont abandonnés ?

Je m’accroupis avec douceur, effleurant de mes yeux si pâles ceux du jeune inconnu.

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