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Swing life away ♠ Rose

 
  
MessageDim 6 Mar - 22:31
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 294Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
    I'm after you
Swing life away
Feat.
Rose M. Baker
« Les blessures d’amour ne peuvent être guéries que par celui qui les a faites. »
Juste un verre et on rentre.
La promesse n’avait fait qu’effleurer mes tympans. Était entrée par une oreille et ressortie par l’autre aussi sec. J’ai essayé, je le jure. J’ai tenté de faire taire mes souvenirs, d’empêcher la voix de s’infiltrer à l’intérieur de mon crâne, de chasser les tourments qu’elle amène dans son sillage. En vain. La pièce tourne violemment autour de moi, m’obligeant à agripper les bords du comptoir qui me fait face. La musique pulse douloureusement à travers mon corps, en inlassable écho des tambourinements frénétiques de mon propre cœur. Des corps valsent, entremêlements de chair insaisissables qui toujours, se pressent contre ma vue. Une main m’attrape, m’entraîne et soudain me délaisse au milieu de cette foule compacte. Seul, je chancelle. Abandonné, je suffoque. Perdu, j’étouffe. Je cherche une échappatoire, une alternative à cette souffrance qui me broie, encore, toujours. Les lumières m’aveuglent. Je sens contre ma peau une chaleur qui n’est pas la mienne et la brûlure me consume, victime de sa propre sournoiserie. Des mains me caressent, s’attardent sur ma barbe, retracent le contour de mes lèvres. Je vois ces visages flous qui s’approchent puis disparaissent, ces mirages que m’insuffle cet esprit orgueilleux. Et ces doigts qui inlassablement, s’approprient ce qui ne m’appartient déjà plus… L’esquisse d’un baiser s’abat sur ma bouche, me faisant perdre pied. Je repousse l’assaut, il le faut, je n’ai pas le droit de m’égarer, je n’ai pas le droit de céder à l’irrésistible appel de la chair, je n’ai pas le droit… Ma poitrine se comprime, il faut que je sorte, il faut que je fuis et qu’enfin, ces ombres cessent de me pourchasser. Je dois me dégager de ce pétrin dans lequel je me suis encore fourré. Mes mouvements sont mous, dénués de force tandis que péniblement, je repousse les mains audacieuses. Des rires confus se mélangent au grésillement des basses et j’ai mal, j’ai si mal… Les blessures de mon âme à fleur de peau, l’étau de mon crâne comme seul credo. Je cherche un appui, une épaule, n’importe quoi qui me permettrait de ne pas m’effondrer ; les courbes se font dès lors plus évasives et les contours, plus incertains que jamais.

Rien, je ne trouve rien, je ne suis rien…
Le néant à son paroxysme.

Jack… Jack, écoute-moi.

Et toujours cet écho qui s’éclate contre les parois de ma boite crânienne, accentuant la pression autour de mon cerveau. Je n’arrive plus à réfléchir, je crois… Je crois bien que je vais vomir. Un haut le cœur fait remonter mon diaphragme et je contiens difficilement la gerbe qui me monte à la gorge. Sybelle m’appelle une nouvelle fois et je lève les yeux, espérant apercevoir ma moitié entre les lumières violacées et les spots qui m’éblouissent complètement. L’étourneau demeure invisible, un peu comme moi actuellement. Mon pouvoir me joue sans doute un nouveau tour ; les minutes défilent et je reste immobile, transparent tandis que ces âmes décharnées gravitent autour de moi sans daigner venir me percuter.

Jack, suis ma voix.

Je le veux, Syb’, crois moi je le veux. Mais je ne peux pas. Mes jambes de coton ne supportent plus mon poids et bientôt, je titube contre ces murs humains que la foule dresse autour de moi, vulgaire poupée de chiffon en équilibre sur un fil. Mes doigts tâtonnent encore, désespérant de trouver un point d’ancrage. Je me noie Syb’. Je me noie toujours. La différence étant que cette fois, le cauchemar a pris vie. Un coup dans le dos me force à avancer, et je ne dois qu’à un autre de ne pas m’effondrer. J’ai envie de céder, Syb’. De me laisser aller à la quiétude de cette pénombre, de me fier à la douce perspective de ne plus rien voir ni entendre. Je ne cherche rien Syb’, sinon la délivrance. Que d’une façon ou d’une autre, je parvienne à oublier les vagues de torture qui avidement me lèchent les entrailles, juste avant de les enfourner comme de banals petits pains. Je pourrais tomber maintenant, tu le sais n’est-ce pas ? Je pourrais la laisser gagner, pour cette ultime fois. Qu’est-ce qui m’en empêche ? Il n’y a rien d’autre à piétiner qu’un amas de muscles et de larmes, une enveloppe dénuée de sens comme de sang. Il n’y a rien, Syb’. Rien d’autre que ces prunelles vitreuses, ces cheveux en bataille et cette sueur qui perle le long de mon dos. Aujourd’hui est mon plus beau cauchemar. Quelle ironie lorsqu’on pense à toutes ces nuits passées à rêver noirceurs et cendres, englué dans les mouvances de ces idéaux dont je ne me souviens déjà plus. Nous avions des rêves. Des aspirations. Un avenir tracé au fil de nos caresses, un horizon dessiné à même nos paupières. Elle a tout emporté d’un simple souffle et aujourd’hui, il ne me reste d’elle que la douleur créée par le deuil.

On me pousse, on m’alpague. On se joue de moi et de mon assiette fragile. Je les hais. Je les hais tous. Une main enserre mon bras droit et comprime cette plaie que je répudie plus que de raison, m’arrachant un cri dont la souffrance ne dépassera pourtant pas le seuil de mes lèvres. Je suis un prisonnier, un gamin solitaire enfermé dans cette bulle de silence. Incapable d’extérioriser mes peines et mes doutes, incapable de mettre des mots sur ces craintes qui s’enveniment au fil des jours. La danse change soudainement et les corps ondulent contre le mien, de ce rythme endiablé que je ne parviens toujours pas à saisir… Tu m’appelles, Sybelle. Tu hurles à t’en faire exploser la tête. Tu as peur, peur que je me laisse aller mais cette terreur, mon amie, n’est rien à côté de la mienne. Je trébuche et viens écraser l’homme situé devant moi, sans pouvoir ne serait-ce qu’amoindrir le choc de la chute. Je l’ai mis en colère, enfin je crois. Il me colle son poing dans la figure sans que je ne trouve la force de réagir. Je ne veux pas, je ne veux plus me battre. Deux bras m’agrippent et m’éjectent hors de la foule. Je percute une table, puis deux, et me retrouve dehors sans comprendre comment j’en suis arrivé là.

« Jack ?! Jack, tu vas bien ? »

Je lève la tête et tente de fixer mon attention sur l’oiseau qui vole devant moi. Si je vais bien ? Je pète la forme, ouais. J’ignore pourquoi je vois Sybelle en trois exemplaires et dans quel endroit mes pieds ont soudainement décidé de m’emmener, mais je me contente de les suivre et de laisser ma démarche hasardeuse faire les choses à ma place. Elle essaie de rester sereine, ma Sybelle, mais je peux sentir le jugement dans chacune de ses paroles et ça me rend complètement dingue.

« Punaise Jack, regarde dans quel état tu t’es mis… »

Je trébuche encore et m’accroche au premier poteau venu pour ne pas m’écrouler. Les vertiges s’accentuent au fur et à mesure que j’avance, je ne sais pas si je serai en mesure d’arriver jusqu’à… Jusqu’à quoi, d’ailleurs ? Je n’ai nulle part où aller ou en tout cas, pas en étant aussi bourré. J’entends les battements d’ailes de l’étourneau résonner dans mon crâne et sa colère me transpercer. Ne fais pas ça, s’il te plait.
Pas maintenant.

« Pourquoi tu la laisses encore gagner ? Hein ? Pourquoi ? Après tout ce qu’elle t’a fait ! Tout ce qu’elle nous a fait. Bon dieu, Jack ! »

Ma main s’envole et vient battre l’air qui m’entoure, mon sang ne fait qu’un tour et les mots sortent sans que je ne puisse rien faire pour les retenir.

« Va chier, Syb’. Toi et tes conseils à deux balles. »

Je l’ai blessée, je le devine. Et instantanément, je regrette. Ce n’est pas moi qui parle, mais toute cette vodka que j’ai ingurgité en moins de deux heures. Quant à elle, je sais que seules la peur et l’inquiétude sont responsables de son coup d’éclat, sans que mon cerveau ne daigne pour autant classer cette info ailleurs que dans la partie « invalid arguments ».

« Pardon, je… »

Mais elle ne m’écoute déjà plus, préférant prendre un peu de hauteur pour ne pas se laisser submerger par sa fureur. J’esquisse encore quelques pas douteux et finalement, m’agrippe à un mur avoisinant. La vérité, c’est que je suis tout bonnement incapable de faire un mètre de plus. Les deux paumes appuyées contre la brique dure et froide, j’essaie comme je le peux de calmer les tremblements de mes muscles. Les souvenirs déversent dans mes pensées un flot d’images discontinues et des larmes salées roulent à présent le long de mes joues. Il ne manquait plus que ça. Voilà que je pleure, maintenant. Et, malgré moi, malgré les murmures de ma raison et les injures que me balance mentalement Sybelle, je me glisse sans retenue dans le bonheur presque naïf de ces moments passés. Je retrouve la magnificence de ses sourires, la candeur de ses éclats de rires. Je m’égare dans l’abysse de ces iris azurés que j’ai pourtant tant aimés. J’ai besoin d’elle. De la sensualité de ses caresses, de l’innocence de nos enlacements. J’ai besoin de sentir son souffle se répandre mon cou et le contact de ses lèvres sur mon torse. Je veux encore pouvoir la voir frémir lorsque je touche ses cheveux du bout des doigts et s’abandonner à la chaleur de mes bras. Je serai à jamais tienne, disait-elle. Putain, si j’avais su. Si j’avais été capable de lire entre les lignes et d’apercevoir les signaux de fumée qu’elle m’envoyait depuis des mois, je… Tu quoi ? Hein ? T’es pas le seul responsable Jack, et tu le sais très bien. Elle est majeure et vaccinée, parfaitement capable de faire ses conneries sans toi. Peut-être bien. Peut-être qu’au fond, je devrais laisser filer l’amour que je lui porte et ne conserver que cette haine. Ce serait plus simple, ouais… Mais pas différent pour autant. Parce qu’au final, je ressemblerai toujours à ce pitoyable drogué en pleine crise de manque, incapable de se remettre du fait que sa came se soit fait la malle pour en doper un autre.

De rage, je laisse mon poing s’abattre contre le mur, quitte à me briser quelques phalanges au passage. Pour ce que j’en ai à foutre, franchement.

« Va te faire voir ! Tu m’entends, Nina? Go to hell, f**ker b**ch ! »

Nouvelle déchirure. Plus profonde, cette fois. Une part de moi – que je ne connaissais pas jusqu’alors – se brise avec fracas. Des centaines de morceaux d’âme et de désespoir qui viennent s’entasser à même le sol, recouvrant les flaques d’eau de leur étiolement.

« Tu m’entends… »

Je me laisse glisser le long de la paroi humide jusqu’à ce que mes genoux rencontrent la dureté du bitume. Peu importe le froid qui pénètre mes vêtements ou les nausées qui secouent mes épaules en de vagues soubresauts. Un sanglot m’étreint tandis que mon front rencontre le mur glacé, un filet de sang dévale le long de mon nez et se répand dans ma bouche, sans que le goût métallique ne me tire une quelconque réaction. Sybelle vient se poser sur mon épaule et colle son plumage contre ma peau.

Je reste là, inerte.
Visage et poings ensanglantés comme seuls preuves de ma colère passée.

Mais que reste-t-il de l’homme que j’étais ?


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MessageLun 7 Mar - 11:38
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Sadly enough, the most painful goodbyes are
the ones that are left unsaid and never explained.
Jonathan Harnisch

Le spectacle m'a laissée un goût amer dans la bouche. Une sorte de curiosité non assouvie, une sorte d'incompréhension difficilement assimilable n'a pas cessé de titiller mon esprit depuis que nous avons quitté la salle. Jason, qui déplie ses pattes avec élégance à mes côtés n'est pas torturé par les mêmes pensées. N'ayant pas de réponse aux miennes, le paon préfère observer la petite foule nocturne qui déambule dans la rue. La lueur des lampadaires donne à Merkeley une clarté laiteuse, mêlée à celle de la lune. Les mains dans les poches, j'enfouis mon menton dans l'épaisse écharpe de laine qui me couvre la gorge. J'aimerais interroger Jason sur les troubles qu'a laissés chez moi, la fin de la pièce. Tournant légèrement la tête vers moi, la demie-âme me répond d'un simple signe de tête. Ne te prends pas la tête Ro', ça voulait dire – je déteste l'imaginer m'appeler Ro' –. Mais il y avait dans cette fin une énigme que je ne sais déchiffrer, quelque chose d'inaccessible que je suis frustrée de ne pas trouver. Le paon essaye alors de calmer mon esprit télépathiquement : Laisse tomber Rose, certaines choses doivent rester inexpliquées. Mouais...

Il doit être 23:30, par là. La pièce était longue. Un petit quatre heures je crois. Je ne sais pas si je retournerais voir de tels spectacles. Jason a proposé l'idée pour occuper notre soirée. N'ayant rien à faire, j'ai accepté. Nous nous dirigeons maintenant vers la partie Ouest de Merkeley pour rentrer chez nous. Je ne suis cependant pas pressée. J'aime ces petites balades en soirée, dont l'air frais brûle presque le visage. La buée qui sort de mes lèvres est si dense que je me sens comme une enfant émerveillée pour la première fois, croyant qu'elle crachait de la fumée – comme les dragons –. Certains passants encore bien réveillés s'attardent sur la silhouette gracieuse de ma moitié. Dans un sourire, je sais que Jason n'aurait pu se stabiliser autrement qu'en cet oiseau majestueux aux allures nobles et droites. Quoi qu'en animal un peu plus léger, ça n'aurait pas été trop mal. Jason glousse en captant ma pensée et je ris doucement.

Voyant que nous approchons de plus en plus de notre arrêt de bus, je décide d'allonger notre marche en me dirigeant vers le tour panoramique. C'est le plus haut point de Merkeley qui offre une vue surprenante sur les environs. Une fois arrivés en haut, je m'émerveille devant les milliers de lucioles brillantes que créent les lampadaires des alentours. La nuit, les villes se transforment en villages merveilleux, semblables à ceux des petites fées. L'urbanisme disparaît, le bitume sombre et dénaturalisé s'efface dans les courbes imposantes de l'obscurité. Je lève alors les yeux vers le ciel. Les demoiselles du ciel scintillent tout autant mais leur éclat est plus pur, plus doux. C'est dans un sourire narquois, que je regarde Jason. Le paon, légèrement endormi met un petit moment à comprendre mon attention. Il sursaute lorsque l'idée passe et fronce les sourcils. Je.. je ne sais pas si c'est une bonne idée. Il lève les yeux au ciel, mais c'est déjà trop tard, les paumes de mes mains scintillent déjà de leur éclat bleuâtre. Un portail de la même couleur se matérialise devant nous tandis que le second se matérialise au-dessus de nos têtes. Jason soupire, mais le cœur battant, s'élance avec moi dans le portail.

Le secret de ce tour maintenant, c'est de réussir à matérialiser les portails suffisamment vite en-dessous de nos pieds et au-dessus de nos têtes. Ainsi, sous le poids de nos corps face à la gravité, nous entrons dans un portail pour ressortir dans l'autre, quelques mètres plus haut. C'est comme si on pouvait voler, que les étoiles étaient à notre portée. Mais après une vingtaine de mètre, je dois nous laisser retomber. Il serait imprudent d'utiliser excessivement mon don à une aussi grande altitude. Jason bondit alors sur mon épaule et s'y accroche fermement, sachant que la chute est imminente. Nous partageons un regard complice et rempli d'excitation. Je contemple une unième fois les étoiles, puis c'est la chute. Je fais face au sol, prenant de plus en plus de vitesse. Le vent dans les cheveux et le cœur battant à tout rompre, j'ai envie de hurler. Je me contente de matérialiser un portail en-dessous de nous puis un au sol. Lorsque nous entrons dans le premier, nous ressortons immédiatement dans le second traversant si rapidement l'autre dimension que je n'en ai jamais conscience. Seulement, avant de pénétrer le portail, une forme chancelante non loin a attiré mon attention. Je manque de me tordre la cheville en posant les pieds au sol.

Jason n'a pas le temps de me demander ce qu'il se passe, il a vu la même chose et se contente dans me suivre quand je descends les escaliers pour rejoindre une rue ni étroite, ni grande, ni sombre ni éclairée. Dans un coin, j'observe alors cette âme en peine qui semble crier à quelqu'un de se taire. On ne doit pas s'en mêler, allons nous-en. Il n'y pas l'air très net. Ça peut être dangereux. Je n'ai absolument pas conscience de ce que peut être un homme ivre. Pour moi, cet homme n'est pas complètement ivre. Même lorsqu'il titube pour agripper à un mur sur des pas faibles. Lorsque j'entends ses pleurs plaintifs, mon cœur se sert. Celui de Jason se sert autant que le mien, mais son visage est neutre, presque dur. Le mien est semblable à celui d'une enfant qui voudrait sauver tous les maux de la terre. Je sursaute lorsqu'il frappe le mur de son poing. Aïe. Je me mords la lèvre inférieure, regarde mes pieds, puis de nouveau cet homme fragile au visage crispé par la peine et l'alcool. Son cri, son appel fendrait le cœur à qui sait l'entendre. Celle à qui il est destiné n'aimerait surement pas l'entendre. Je me gratte nerveusement le poignet lorsqu'il s'adosse au mur pour s'y laisser glisser. Rose, non, c'est hors de question. On s'en va maintenant ! Mais il a l'air si.. Jason me sort toute une argumentation pour me convaincre de partir. Seulement, je fais déjà quelques pas vers lui, le visage prenant des traits de plus en plus sur à chaque pas. Jason lève les yeux en l'air et me suit.

Un mètre me sépare de cet homme dont j'aperçois la teinte plus pourpre qu'à la normale. Ses mains et son front sont marquées par une colère dévastatrice nourrit par une grande peine. Jason a peut-être raison, nous devrions peut-être partir. Je reste plantée devant lui, les mains dans les poches de mon grand manteau d'hiver. Je cache une nouvelle fois mon menton dans mon écharpe. Le regard innocent, je réfléchis en même temps que de le contempler. Je n'ai jamais vu une telle douleur dans le fond des yeux de quelqu'un. Cette fragilité humaine me touche et dans une infinie douceur, je m'accroupis près de lui. Je pourrais lui demander si tout va bien ? Quelle question idiote. Bien sur que non que rien ne va plus. Ou bien qu'il a besoin d'aide ? Il la refusera certainement. Jason reste en retrait, derrière moi, observant la scène. Le paon n'est pas rassuré et voudrait partir. Sa peur grandit lorsque je viens m'asseoir sans trop réfléchir à côté du type, le dos collé à ce mur glacé. Bordel, il doit se geler le fion ! Regardant les étoiles, je lance d'une petite voix :
Je ne sais pas si les murs sont la meilleure solution pour se défouler. Je crois que c'est plutôt répandu comme manie, mais je doute de sa réelle efficacité.
Rose, il doit rien piger de ce que tu lui dis, arrête. Jason ne sait pas trop approcher, guettant la réaction de l'inconnu. Son regard s'arrête sur le petit oiseau qui semble dormir au creux de son cou. Le paon lève un sourcil – oui, il n'en a pas, faîte comme ci –. C'est un Daëmonien. Je tourne le visage vers l'homme et continue :
Alors, ça va mieux ?
  
MessageLun 7 Mar - 23:20
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« L'absence jette une certaine amertume qui serre le cœur. »
Je me sens vide. Le froid est finalement parvenu à s’infiltrer au creux de mes veines, hérissant les poils le long de mes bras. L’alcool ne me protège déjà plus. Mais l’a-t-il vraiment fait à un moment donné ? Sybelle a raison. Je ne devrais pas abandonner aussi facilement ou du moins, plus maintenant. Pas après toutes ces années de galère et la peine que j’ai eu à me sortir de cette période noire. Alors qu’est-ce qui m’a fait dérailler, ce soir ? Je n’arrive toujours pas à réfléchir, ma matière grise encore embrumée par les vapeurs d’alcool. La vodka est le mal incarné. Si un jour – et par le plus grand des hasards, puisqu’à l’heure actuelle ce projet est à la toute fin de ma To do–list – j’en viens à avoir des enfants, je jure sur ma barbe que moi vivant, ils n’approcheront jamais à moins d’un mètre de cette traîtresse – et encore moins accompagnés d’un verre. Tu t’égares. Je sais Syb’. Mes pensées sont volubiles. Elles sont réduites à des centaines de volatiles qui se dispersent au moindre de mes mouvements. Non en fait, plutôt au moindre de mes souffles, puisque actuellement je suis incapable de bouger. Sans comprendre pourquoi ni comment, j’ai à présent le dos appuyé contre le mur d’ivoire, les fesses dans l’eau et les jambes étendues sur le sol. Et j’ai froid. Ouais, vraiment. Il y a bien longtemps que je ne me les suis pas autant caillées. Arrête de râler, Syb’. Tu n’es pas contente de te faire de nouveaux amis ? Et sans avoir à bouger, qui plus est. Je sais que tu voulais rentrer dès la première gorgée et que tu as passé la soirée à tenter de m’arrêter. Je sais que tu es gelée, même si tu refuses de le reconnaître. Je peux encore sentir les frémissements parcourir le plumage que tu as lové contre mon cou. Je sais que tu as mal, aussi. Ta douleur me percute constamment et vient s’ajouter à celle que je ressens en ce moment.

« Tais-toi. »

Tu n’es pas faible, ma Sybelle. Tu es l’être le plus courageux et entêté que je connaisse – aujourd’hui en est encore la preuve. J’aimerais te libérer, mon trésor. Que tu puisses t’éloigner de ma rancœur, de ce dégoût qui suinte sur mon front, de cette misère qui imprègne chacun de mes gestes. Je voudrais que tu puisses vivre la vie que tu mérites, après toutes ces années passées à supporter le déchet que je suis. Pourquoi tu t’énerves, Syb’ ? Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce que je représente. Regarde-moi, sérieusement ! Je suis pitoyable. Un tas de muscles et de chair étalé sur le bitume, un amas de poussière parmi d’autres poussières. Je pourrais me fondre dans le décor, tu ne crois pas ? Si je reste là, immobile. Si j’arrête de respirer là, juste là. Si je laisse mes poumons se vider de chaque molécule d’oxygène dont ils regorgent. Si je me retiens de respirer, si je fais abstraction de l’affolement de ma raison et des battements désordonnés de mon cœur, alors…

« Je te l’interdis ! T’as pas le droit de me faire ça ! T’as pas le droit… »

Supplication s’égarant au gré du vent et de nouveau, ce souffle de vie. Je t’observe de mes prunelles ternes et fatiguées, incapable de ressentir autre chose que de l’amertume auquel s’ajoute un soupçon de déception inexpliqué. J’aurais aimé que tu me laisses aller au bout des choses, pour une fois. Je l’aurais fait et tu le sais. C’est d’ailleurs ce qui t’a poussé à crier, pas vrai ? Ce n’est pourtant pas la première occasion que tu as de me voir dans un état pareil. Mais quelque chose change, aujourd’hui. Il y a dans ces iris et cette apathie une promesse plus sombre, plus dangereuse encore que toutes celles que je ne t’ai jamais faites. Et tu crains, Sybelle. Pour moi, pour toi, pour ce monde dénué de couleurs dans lequel nous courons et trébuchons depuis trop longtemps déjà. Je ne ressens plus la frustration de ne pas parvenir à me débarrasser de mes vieux démons. Je ne suis qu’une coquille désespérément vide, portant sur le spectacle qui l’environne un regard dénué d’émotions. Et toi, ma Syb’, tu t’évertues à essayer de me faire reprendre pied, usant de toutes les méthodes que tu connais pour y parvenir – de la douceur aux hurlements, de la culpabilité aux questions rhétoriques. Tu donnes tout ce qui est en ton pouvoir pour me sortir de cette pénombre, refusant furieusement de reconnaître que pour cette fois, tu es impuissante à m’aider. Moi, ton combat, tes larmes et tes espoirs… Je sens cette culpabilité qui me brûle le crâne et m’oblige à me mordre la langue. Va-t’en, ma belle. Pars tant qu’il en est encore temps.

« Je ne te lâcherai pas, Wilde. T’entends ce que je te dis ? Je ne laisserai jamais tomber. »

Le martèlement de tes mots résonne douloureusement dans ma tête tandis que je me contente d’un acquiescement pour seule réponse. Je me laisse alors aller à une transe étrange, où ni le froid ni les nausées n’ont d’emprise sur mon corps misérable ; je navigue entre deux eaux, porté par le flot tumultueux de mes pensées. Et des images s’éparpillent par dizaines devant mes yeux médusés - papillons lumineux que je serai tenté d’attraper si tant est que j’en ai la force – avant de disparaître dans l’obscurité. Mes paupières battent vigoureusement l’air qui les entoure, refusant de se fermer pour de bon. Je ne veux pas dormir. Ni ici, ni ailleurs. Sybelle se raidit sans que cela ne me fasse réagir. Nous ne sommes plus seuls. Vraiment ? Pourtant, je ne me suis encore jamais senti aussi solitaire. Même le départ de Nina fait pâle figure à côté du silence qui m’encercle aujourd’hui. Jack, il y a quelqu’un… Une daemonienne. Je ne bouge toujours pas. Décris la moi, Syb’. Donne-moi la couleur de ses cheveux, raconte-moi la douceur de ses yeux. Attarde-toi sur son inquiétude et épargne-moi la pitié que tu peux lire dans son regard. Elle s’approche. Parle-moi de son parfum. Musqué ou fruité ? Soupçon d’orange ou effluve de violette ? Ne te laisse pas accaparer par ces faux-semblants, Syb’. Cesse de te méfier et laisse-la venir. Si elle me plante un couteau dans le ventre, elle aura beau égaler Usain Bolt, il lui sera de toute manière impossible de t’échapper.

Je distingue finalement les traits flous d’un corps qui n’est pas le mien. L’être bouge et vient me rejoindre dans ma souffrance, s’installant sur le sol à ma hauteur. En temps normal, je lui aurais dit de faire attention aux éclats de verre et lui aurais proposé mon écharpe en la voyant frissonner – en temps normal, seulement. Aujourd’hui, je n’en ai strictement rien à faire. J’ignore qui elle est ou ce qui la pousse à s’approcher de moi, mais tant qu’elle n’essaie pas de me faire bouger et/ou de prétendre pouvoir me soulager, elle peut bien rester à mes côtés sans que cela ne m’affecte de quelque façon que ce soit.

Une série de mots fragmentés parviennent jusqu’à mon esprit embué sans que je n’ai le temps d’en saisir le véritable sens. Je tourne la tête vers la personne qui se tient près de moi ; c’est une femme, jolie qui plus est. Une chevelure brune se répand le long de son visage angélique en de grandes mèches désordonnées qui attirent mon attention au premier regard. Et puis, je décris comme je le peux les joues rosies, le nez fin ainsi que le pourpre de ses lèvres avant de finir par m’accaparer ses yeux. Ses yeux… De grandes prunelles azurées qui me dévisagent avec ce mélange d’appréhension et de curiosité que je peine à exprimer par les mots. Je ne comprends pas… Est-ce moi qui l’effraie ?

« Alors, ça va mieux ? »

Je reste muet encore un moment – non du fait de la question mais plutôt à cause de cette admiration d’avoir vu ces lèvres se mettre en mouvement aussi facilement, alors que la tâche me parait quasi impossible à l’heure qu’il est.

« Vous avez de jolis yeux. »

Ma voix est faible et rauque, je ne la reconnais pas. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu l’idée de lui sortir une chose pareille, et encore moins ce qui me pousse à continuer sur cette voie.
Je détache mes iris de ceux de la jeune femme pour les replonger dans l’obscurité qui nous fait face.

« Ils ressemblent aux siens… »

Et toujours cette détresse, presque palpable au cœur de mes mots… Je tente de voir ce à quoi pense Sybelle et des images chaotiques me parviennent ; un pan magnifique se dessine dans mon esprit et j’entends la voix de ma moitié, admirative devant la beauté de son plumage.

Nous voilà ainsi, subjugué par la magnificence de deux êtres qui nous sont diamétralement opposés.
Je pourrais faire un éloge sur ses yeux et elle, sur son manteau bleuté.



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MessageJeu 10 Mar - 19:56
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The word 'happiness' would lose its meaning if
it were not balanced by sadness.
Carl Jung

Je crois qu'une cloche sonne les premiers coups des douze coup de minuit. Tendant l'oreille, je compte. Cinq. Six. Sept. Jason commence à se rapprocher de moi, ne lâchant pas l'inconnu des yeux. Dix. Onze. Douze. Il nous regarde. J'ai quelque peu quitté les courbes de son visage pour observer les murs sombres de la ville qui s'endort. Il fait froid. Il doit avoir froid. Enfin, non, il doit pas avoir si froid lui. Mais je vais avoir froid. Bientôt. Je repose alors mon regard sur cet homme déboussolé. Mon petit cœur d'enfant voudrait guérir ses plaies mais mon esprit d'adulte – pourquoi les pensées de Jason se troublent lorsque je dis ça ? -, m'empêche de l'aider. Car je ne peux pas guérir les souffrances du monde. Je reste tout de même assise à côté de lui, malgré l'heure, le froid et sa mauvaise haleine de vodka fermenté en gerbe fraîche. L'homme reste en suspend devant ma question. Je n'attends pas forcément de réponses car je ne sais pas s'il est encore en capacité d'en construire. Cependant, cela m'intéresse de savoir ce qui peut bien traîner dans un cerveau aussi embué que le sien. Il me regarde toujours bêtement, comme s'il n'arrive pas à distinguer mes traits. Que t'arrive-t-il petit homme ? Jason lève un peu plus la tête pour le scruter davantage, l'analyser un peu mieux. Il est complètement mort Rose, on peut rien faire pour lui. Je soupire intérieurement. Il a sûrement raison. Je devrais me lever, je vais avoir froid.

Vous avez de jolis yeux. Je devrais aussi être insensible à une telle phrase. Il est ivre. Il ne pense pas ce qu'il dit. Mais j'ai vu dans les films que lorsque les gens sont bourrés, ils disent ce qu'ils pensent ; vraiment. Alors je souris, bêtement, le rouge pourpre de ma gêne se mélangeant à l'éclat de ma peau froide. Jason, lui, fronce les sourcils. Il n'est pas content que je réagisse ainsi car cette phrase vient de me persuader de rester. Je dois continuer de sourire car je sens que les muscles de mes joues chauffent. Il a en lui quelque chose de tendre et de délicat derrière cette barbe et ses traits durs. Ils ressemblent aux siens… Mon sourire s'éteint. Ainsi c'est une femme qui se cache derrière ta détresse petit homme. Cette fois-ci, Jason me donne un coup de patte sur la cuisse. C'est un minable Rose, se mettre dans un état pareil pour une femme.. L'air désespéré de ma moitié est faux. Je le sais. Tout aussi sensible que moi – voire plus – il ressent aussi sa détresse et une part de lui souhaiterait l'aider. Mais elle est petite à côté de la mienne. Alors il continue dans sa lancée : Rose, on doit y aller ! Cette fois, je soupire pour de vrai. Une légère buée s'échappe de mes lèvres fines. Les peines de cœur. Une vrai connerie enivrante. L'image de Théo hante mon esprit pendant quelques secondes et une chaleur déchirante me fait revenir à la réalité. C'est donc une demoiselle qui cause un tel chaos dans ton cœur ?

Une brise gelée frappe mes joues. Brrr. Je frissonne. J’observe rapidement l'inconnu et me demande si je me suis mise dans un état pareil lorsque Théo m'a quittée. Jason me répond dans la seconde qui suit, me rappelant les longues journées que j'ai passé dans ma chambre à manger du chocolat et des biscuits en regardant des séries débiles. J'ai du terminer la série de Desperates Housewives en une semaine. J'avais perdu quatre kilos que j'ai repris immédiatement pendant mes périodes de femme des cavernes. Ce n'est peut-être pas plus glorieux que lui, mais je préfère manger du chocolat au chaud sous une couette en chialant ma vie que de me peler le cul dehors et vomir ma vie. Oui, c'est décidément trop triste de rester là, assis dans le froid à attendre. Je me frotte vivement les bras de mes mains et d'une voix tendre je dis :
Et c'est pour de beaux yeux que vous vous êtes mis dans cet état-là ?
Je me mets alors à froncer les sourcils comme une enfant vexée :
Hmm.. Elle a beau avoir des beaux yeux, si c'est pour se retrouver comme ça, à quoi ça sert ?
Jason voudrait me dire qu'elle l'a peut-être quitté parce qu'il était violent, parce qu'elle ne l'aimait plus et on ne reste pas avec quelqu'un que l'on n'aime pas. Comment pourrais-je comprendre quelque chose que je ne suis encore pas capable d'assimiler ? Théo ne m'aimait plus ? Non, Théo ne peut pas plus m'aimer. On est fait l'un pour l'autre. C'est comme une évidence. Il est parti pour une autre raison. Un jour, on se retrouvera et on.. Rose arrête ! Il reviendra Jason. On s'aimera à nouveau. On… C'est comme si j'étais deux personnes en même temps. Celle qui croit fermement que l'histoire n'est pas finie et celle qui sait pertinemment qu'elle ne recommencera jamais. C'est difficile de vivre avec ces deux personnes-là. C'est décidément trop difficile. Non, ce sont les ruptures qui sont trop dures. C'est donc dans un élan de force et de détermination que j'annonce en me relevant :
Aller, il fait un froid de canard ce soir. Vous avez pas envie de vous réchauffer un peu ? Ça vous ferait du bien non ?
Me mettant face à lui, je tends la main. Jason se cache derrière moi et me reproche cette proposition. Il ne sait sûrement pas marcher Rose, c'est inutile. Je souris. Mais non, bien au contraire. Bon, pour éviter de l'épuiser à parler, je n'attends pas qu'il me donne une réponse. Je m'approche de lui et essaye de l'aider à se relever, posant un de ses bras autour de mes épaules. Bordel, il est lourd – ou alors je suis juste faible –. J'essaye de toutes mes forces de le faire tenir sur ses pieds sous les yeux effrayés de Jason qui craint le pire. Apparemment, j'ai l'air d'une abrutie parce que je suis super maladroite pour essayer de relever le type. J'y parviens tout de même avec fierté. Dans un sourire de vainqueur, je dis à notre inconnu ivre :
Vous habitez dans le coin ? Sinon, je dois prendre le bus pour rentrer dans la partie Ouest de Merkeley, on peut y aller ensemble si vous voulez ?
Mais l'esprit de Jason s'alarme. Sa panique me saisit et je jette un coup d’œil vers lui. Qu'est-ce que j'ai dit encore ? Rose, le dernier bus était à 23:56 je crois... Merde.. J'avais complètement oublié que ma ligne de bus s'arrête à minuit. Je me sens bête mais je continue d'une voix déterminée :
Mais je suis sûre que vous habitez dans le coin ! Vous allez pouvoir me dire où hein ? Je vais vous aider à rentrer chez vous, vous y serez mieux.
Hein ? Aller, pour mes beaux yeux ?
Et Jason lève les yeux en l'air, priant pour que nous rentrions au plus vite.
  
MessageDim 13 Mar - 18:45
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 294Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
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Le souvenir d'un bonheur n'est bénéfique que lorsque celui qui se souvient est encore heureux. Dans le malheur il n'est pas une consolation ou un refuge, mais la brûlure d'un regret sans espoir.
Les iris voilés d’incertitude, mon corps recouvert de l’un de ces draps d’amertume que personne ne reconnaît. Je me sens partir. Non au sens où je vois La Mort venir, armée de sa grande faux et de ce masque de pénombre qui n’engagent que mes plus grandes frayeurs – même si, avouons –le, la noirceur a ce quelque chose qui attire, une sorte de magnétisme qui me saisit par les jambes et m’emprisonne avant même que je ne songe à m’échapper. Le sommeil commence simplement à peser sur les muscles de mes épaules, roulant le long de mes clavicules jusque dans le bas de mon dos pour finalement remonter jusqu’aux traits de mon visage. Mes paupières se font lourdes et pourtant je m’obstine à résister, mettant à contribution le peu de volonté qu’il me reste pour échapper à la perspective de ces cauchemars à venir. Les mots s’entrechoquent à l’intérieur de mon crâne comme des billes lancées à une vitesse folle et j’ai toutes les peines à saisir le sens de ce qu’ils me disent. J’observe la danse de lumière que nous offre le lampadaire au-dessus de nous d’un air absent, insensible au rouge monté aux joues de la demoiselle comme à la mine inquiète qui s’est peinte sur son visage à l’entente de ma dernière phrase. Rien n’a plus d’importance pour moi à cet instant que le volètement de ces particules de poussière et la brise légère qui arpente mon corps déjà glacé par la température ambiante.

« Hmm.. Elle a beau avoir des beaux yeux, si c'est pour se retrouver comme ça, à quoi ça sert ? »

Mon souffle se fait plus court tandis que je capte enfin ce qu’elle essaie de me dire. Mes poings se serrent et, si les vapeurs d’alcool m’empêchent de réagir comme ma volonté l’aurait souhaitée, je sais que ce n’est qu’une question de temps avant que je ne finisse par imploser. Sybelle se colle un peu plus contre la peau de mon cou, inquiète à ce sujet. Elle sait que j’aurais voulu hurler ou simplement, empêcher cette jeune femme de porter un jugement sur ce qu’elle ignore totalement. Qui est-elle pour donner un avis sur une douleur qu’elle méconnaît complètement ? Pourquoi faut-il toujours que les gens aient un point de vue sur la question ? Est-ce que je me permets, moi, de critiquer ou désapprouver la façon dont les autres gèrent leur vie ? Comment le pourrais-je, comment pourrais-je évaluer la souffrance qu’un autre ressent, alors que je suis incapable de maîtriser la mienne ? Elle est encore jeune. Et innocente. La voix de l’étourneau résonne dans ma tête, plus doucement cette fois. Je vois encore flou et mes pensées continuent d’être incohérentes, mais les paroles de ma moitié apaise l’élan de colère qui monte en moi. J’essaie de faire preuve de patience et surtout, de lucidité ; vu ma position actuelle, il y a des choses plus importantes que de m’énerver contre une parfaite inconnue.

« Aller, il fait un froid de canard ce soir. Vous avez pas envie de vous réchauffer un peu ? Ça vous ferait du bien non ? »

Un nouveau frisson me parcourt l’échine. Elle n’a pas tort : même ivre, le froid me transperce aussi efficacement que si j’avais été à poil dans cette ruelle. Et surtout, je sens les tremblements incontrôlés qui parcourent fréquemment le plumage de Sybelle et cette idée, en plus de m’horripiler, finit par me convaincre qu’il serait peut-être temps que je me bouge… Si seulement j’en étais capable. La rouquine se relève et tend la main vers moi, d’un geste empreint de gentillesse. J’observe les doigts fins sans bouger. Je me demande ce qui pousse les gens à venir en aide aux plus faibles… La pitié ? La culpabilité ? Ou la crainte, celle de se retrouver un jour ou l’autre dans leur position ? Qui lui dit que j’en aurais fait autant si elle avait été assise là, les fesses dans l’eau, abandonnée à l’enivrement d’une cuite ? Rien, absolument rien. Tout comme elle n’a aucune assurance qu’une fois debout, je ne la brutaliserai pas ou ne profiterai pas de la situation pour la blesser d’une quelconque façon. J’en suis incapable, bien sûr. Même bourré et presque en hypothermie, je ne lèverai jamais le petit doigt sur une femme. Mais quand même. Cette témérité – j’ai envie de dire, cette inconscience – me fascine. Elle s’approche et saisit mon bras droit, m’arrachant un tressaillement. Pourtant, je ne repousse pas sa main, tout comme je ne l’empêche pas de passer ce même bras par-dessus sa propre épaule. Sybelle s’envole brutalement pour éviter d’être touchée et son absence manque de me faire paniquer. La jeune fille me tire vers le haut, essaie de toutes ses forces de me mettre debout. Le décor tourne, les vertiges m’assaillent et de nouveau, les nausées compriment ma poitrine. Je vais vomir, je crois. Je me raccroche comme je le peux au manteau de celle qui me tient, enserrant mes doigts autour de son épaule. Je tangue toujours dangereusement tandis qu’elle poursuit, imperturbable.

« Vous habitez dans le coin ? Sinon, je dois prendre le bus pour rentrer dans la partie Ouest de Merkeley, on peut y aller ensemble si vous voulez ? »

Le bus ? Merkeley ? Je porte la main gauche jusqu’à mon visage et tente de dissiper la brume de mon esprit. Je n’arrive pas à me souvenir de la façon dont je suis arrivé ici, et encore moins de mon adresse. Hébété, je dévisage l’étourneau qui vole devant nous, pile à la hauteur de mes yeux, priant sans doute pour qu’elle intervienne et me vienne en aide. Mais Sybelle est obnubilée par les gestes de l’inconnue et ne perçoit pas le désespoir dans mon regard.

« Mais je suis sûre que vous habitez dans le coin ! Vous allez pouvoir me dire où hein ? Je vais vous aider à rentrer chez vous, vous y serez mieux. »

Je cligne plusieurs fois des paupières et me concentre pour lui répondre. Je me fiche éperdument de rester dehors toute la nuit, mais quelque chose me dit qu’elle ne partira pas avant d’être parvenue à m’aider, ne serait-ce qu’en m’amenant chez moi. Et la vérité, c’est que je me sens bien trop faible pour résister à ça.

« Je… »

Ma bouche s’ouvre et se referme à intervalle régulier mais aucun son n’en sort. Je ne sais pas quoi dire. J’ai la désagréable sensation que si je force les mots à franchir la barre de mes lèvres, les nausées prendront le pas sur tout le reste et que je nous vomirai dessus. Je pose une nouvelle fois mes prunelles sur Sybelle qui, attentive à moi cette fois, finit par comprendre ma demande muette.

« Vous devriez partir. »

Que… Quoi ? Je ne sais pas ce que je veux mais une chose est certaine, je ne veux plus être seul. Dans le froid, d’accord, mais pas seul. La solitude a tendance à me renvoyer mes chimères en pleine figure ainsi qu’accentuer mes crises de larmes et d’introspection… Je n’ai pas besoin de ça. Pas ce soir. L’étourneau me scrute longuement sans rien ajouter. Elle sonde certainement mes pensées et le défilement de ma réflexion, et je doute qu’elle apprécie ce qu’elle y trouve en ce moment.

« Non. »

Ma voix n’est qu’un souffle. Un murmure que la nuit emporte sitôt créé, une demande sourde que j’ose à peine prononcer. Je suis toujours en colère mais étrangement, plus contre Nina ou le monde qui m’entoure. Juste contre moi. Et ça, Sybelle ne le comprend pas. Elle me fixe de ses sombres prunelles, cherchant sur mon visage un quelconque signe d’affaiblissement. Elle aimerait croire que l’alcool continue de me faire dire et penser n’importe quoi – ce qui est certes vrai, mais pas à cet instant précis. Je ne me suis jamais senti aussi sobre en l’espace de trois heures.

Je tourne la tête vers l’inconnue qui me soutient toujours, tâchant d’inscrire le moindre de ses traits dans mes souvenirs.

« Ne partez pas. »

J’aurais pu dire « Ne me laissez pas » ou « Ne m’abandonnez pas », mais qu’importe. Le message est le même, tout comme sa finalité. Je ne veux pas être seul, et encore moins dans l’obscurité. Sybelle finit par pousser un long soupir et vient se percher sur mon épaule, dardant l’intelligence de ses iris sur la jolie rouquine.

« Je m’appelle Sybelle, et l’épave que vous retenez se nomme Jack. »

Je ne peux retenir une grimace en entendant le mot « épave », même si je sais qu’elle a parfaitement raison. Et puis qui plus est, elle a au moins eu la politesse de ne pas me traiter publiquement de déchet.

« Nous habitons dans le quartier Ouest également. Jack a une voiture, garée à côté du bar Sunlight, à quatre cents mètres d’ici. »

Elle passe alternativement son poids d’une patte à l’autre, hésitant à poursuivre sur cette voie. Je sais que cette peur de l’inconnu la conditionne et la retient encore de les laisser nous venir en aide. Si les choses dégénèrent et à la vue de mon état, elle ne pourra rien pour moi.
Et plus que toute autre, cette éventualité l’effraie.

« Il devrait y avoir des taxis également… »

Elle secoue négativement sa minuscule tête, dépassée par la tournure que prennent les événements.

« Vous n’êtes pas obligés de faire ça. »

Elle n’est pas experte en ce qui concerne les expressions faciales des paons, mais le haussement d’yeux au ciel du daemon ne lui a pas échappé. Il n’apprécie pas de se trouver là… Pas plus qu’elle, en vérité.



CREDIT → OSWINWHO
  
MessageJeu 17 Mar - 17:23
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If you drink don't drive. Don't even putt.
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Il est lourd et je suis faible. Je le soulève maladroitement deux, trois fois par la force de mon bras autour de sa taille. Il n'a encore rien dit – au plus grand soulagement de Jason qui a eu peur de le voir devenir plus violent –. Je n'ai pas quitté son visage absent espérant en silence qu'il habite dans le coin. Je... Vous ? Vous ? L'attention que je porte à ses lèvres qui s'ouvrent et se referment sans que aucun son ne parvienne à y sortir est si grande que je dois avoir l'air bête. Oui, vous habitez dans la rue juste derrière c'est ça ? Non, visiblement non car l'homme détourne ses yeux des miens pour les poser sur sa demie-âme aux petites ailes. Je suis son regard, cherchant maintenant dans les billes du petit oiseau une réponse. Vous devriez partir. Non ! Je reste bouche bée, déçue. Mais.. Jason acquiesce d'un léger signe de tête mais si au fond de lui, il estime qu'il n'est pas correct de faire demi-tour. Non. Mon visage va alors de l'homme à son petit oiseau. Ils semblent discuter en silence dans leur regard. Je ne devine pas ce qu'ils veulent se dire. Je me sens perdue et déterminée à la fois. Il est hors de question que je lâche mon inconnu, le repose par terre et m'en aille comme si de rien était. Plus maintenant. Mais je ne peux pas non plus l'emmener au grès de la force de mes jambes. Quoi que j'en serais capable. Je me mets à prendre une décision, mais l'inconnu tourne sa tête vers moi et me murmure avec clarté de ne pas partir. Je reste une nouvelle fois bouche bée devant des paroles peut-être fausses mais terriblement émouvantes. Je n'en avais pas l'attention, tu sais. Je souris et Jason observe avec calme nos deux nouvelles rencontres. Nous en avons encore pour un petit moment.

Le froid me saisit de nouveau et le petit oiseau de mon inconnu se présente puis le présente. Sybelle et Jack. Le nom Sybelle est celui qui reste le plus dans mon esprit. C'est mignon. C'est joli. J'aime bien. J'ai souris lorsqu'elle a désigné sa moitié avec la métaphore l'épave. Le dénommé Jack, lui, grimace. Ne serait-il pas plus lucide que je ne le crois ? Je peux m'amuser encore un moment à les observer mais lorsque Sybelle annonce la position d'où ils habitent, je grimace à mon tour. Quartier Ouest. Vingt minutes de marche et peut-être plus avec un homme qui ne tient pas debout sur le dos. La nuit va être longue. Jack a une voiture, garée à côté du bar Sunlight, à quatre cents mètres d'ici. Un brin d'espoir naît alors dans mon esprit. Rose, tu n'y comptes pas j'espère ? Il est pourtant censé être celui qui me connaît le mieux. Mon petit paon s'intéresse à la seconde proposition de sa semblable ailée. C'est une bonne idée un taxi non ? On va pouvoir rentrer ! Sauf que je n'ai pas prévu de sous pour prendre un taxi. Ça aussi il devrait le savoir ; je ne suis pas organisée lorsque l'occasion n'en est pas propice. L'espoir ne meurt pas et je remets Jack sur mes épaules parce qu'il glisse vers le sol. Il faut que je le ramène chez lui.

Vous n'êtes pas obligé de faire ça. Sybelle est belle – ça rime – et je ne saurais dire si c'est notre présence qui la dérange ou la gêne de voir sa moitié se faire aider ainsi par quelqu'un qu'ils ne connaissent pas. Je fronce les sourcils en la regardant. Mon paon s'avance de quelques pas pour mieux la voir. Seraient-ils d'accord sur le fait qu'ils ne devraient pas faire ça ? Je cesse de regarder le petit oiseau et dit d'une voix résolue :
Quatre cents mètres d'ici vous dîtes ? Sunlight ? Et bien on va au moins aller par-là.
Je me mets en mouvement, essayant de localiser le bar dont le nom ne m'est pas inconnu. J'ai déjà du y déposer mon CV pour travailler un peu. Je fais quelques pas boiteux avant de prendre conscience du poids de Jack et de réussir à tenir plus fermement sur mes jambes qui doivent supporter un nouveau poids. Jason, marchant près de moi, réalise que je me suis montrée très impolie car non seulement je n'ai pas répondu au petit oiseau, mais en plus de ça, je ne nous ai pas présenté. Le paon accélère le pas pour me dépasser et apercevoir la jolie Sybelle. D'une voix moyenne mais chaleureuse, il dit :
Pardonnez notre impolitesse, je m'appelle Jason et voici Rose. Ne vous faîtes pas de soucis, nous allons vous aider à rentrer chez vous.
Étonnée, je réalise que Jason prend un peu plus d'aisance et la boule qui lui a gonflé le ventre a disparu. Je lui souris et il me sourit. Il me questionne toutefois télépathiquement : Tu comptes les ramener vers leur voiture ? Et les laisser poiroter ? Tu vois bien qu'il n'est pas en état de conduire ! Jason fronce les sourcils. Et du coup ? Je ne réponds pas, je souris juste. La réponse me paraît pourtant évidente.

Je finis par retrouver le chemin qui mène à ce fameux bar au nom chaleureux et brillant. Il nous reste une petite rue à traverser et nous n'en serons pas très loin – forte heureusement, mes jambes commencent à faiblir –. J'anticipe pour mes futurs plans et m'adresse au petit oiseau de Jack :
Sybelle, vous seriez capable de me montrer où se trouve la voiture de Jack ?
Je laisse ma question en suspend pendant quelques secondes puis continue, sans aucune hésitation, ni pression, ni aucun autre type de gêne :
Et vous seriez d'accord pour que je prenne le volant de votre voiture et vous ramène chez vous ? Vous pourriez m'indiquer où vous habiter. Je n'ai malheureusement pas la monnaie pour nous payer un taxi ; ce serait plus simple si on pouvait faire comme ça.
Je sens la gêne de mon Daëmon. Bah quoi ? Y a rien de déplacé dans ce que je viens de dire ?!
  
MessageLun 21 Mar - 1:50
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Qui craint de souffrir souffre déja de ce qu'il craint.
J’aimerais lever le bras jusqu’à effleurer le pelage de Sybelle. Faire taire ses tremblements muets, apaiser les craintes indistinctes que je ressens sous la nappe de brume et d’amertume qui m’étreint actuellement. Elle craint pour moi, pour elle, pour nous. Laisser rentrer des gens dans notre vie n’est déjà pas tâche facile en temps normal, mais lorsqu’il s’agit d’inconnus prêts à tout pour nous venir en aide sans raison apparente, ça frôle l’impossible. Je peine de plus en plus à tenir sur mes jambes, tandis que les pensées confuses de Syb’ s’entrechoquent sans ménagement à l’intérieur de mon crâne. La lassitude s’empare de mes muscles et m’empêche de coordonner mes mouvements ; je ne suis qu’une poupée de chiffon, un pantin désarticulé que le temps et la vie ont déjà trop malmené. Et aujourd’hui, cette nuit plus que toutes les autres, je me sens pitoyable. Je suis venu ici dans le but de reprendre pied sur la réalité et par là-même, de reprendre ma vie en main. Et regarde-moi… Tu y es presque. Presque. Toujours ce mot. Il m’insupporte, vraiment. J’ai presque réussi, j’ai presque dormi, je me suis presque souvenu. Comme un inévitable rappel de cet échec cuisant qui dessine une nouvelle balafre déchirante le long de ma poitrine. La blessure me brûle le corps et le cœur, affole mon souffle et me tire une nouvelle nausée, plus forte encore que les précédentes. J’aimerais me détacher de celle qui me tient debout. Je ne veux pas être seul et pourtant, je ne peux être près d’elle. Je ne veux pas rentrer et pourtant, la pénombre m’effraie. Le paradoxe. Voilà ce qui serait à même de me décrire.

Sybelle ne peut détacher ses prunelles des deux silhouettes inconnues. Ce qu’elle lit sur ces deux visages ne fait qu’accroître son malaise. D’un côté, une résolution infantile, cette envie d’aider et de secourir, immuable et imparable. De l’autre, l’inquiétude et la retenue, qu’elle peut sentir sans même que le paon n’ait à prononcer le moindre mot. Et elle hésite. Encore, toujours. Ses ailes se déploient délicatement sans qu’elle ne s’envole pour autant. Elle ne peut s’éloigner et me laisser ainsi, en équilibre sur un fil qui menace de se rompre à tout instant. If we fall, we’ll do it together. Les lettres dansent dans mon esprit, image floue d’une réminiscence passée ; l’un de ces moments de complicité qu’il nous arrive si souvent de partager. Je sais qu’elle ne pourra se résoudre à faire confiance à cette jeune femme et à son daemon, mais quelle autre alternative a-t-elle ? Elle ne peut envisager me m’abandonner à cette obscurité, pas au vu de l’état dans lequel je me trouve en ce moment.

« Quatre cents mètres d'ici vous dîtes ? Sunlight ? Et bien on va au moins aller par-là. »

Dans les méandres de la nuit, une certitude. J’ignore son nom, d’où elle vient ou par quel hasard elle s’est retrouvée là mais dans ma faiblesse, je me persuade que ce petit bout de femme parviendra à me sortir du guêpier dans lequel je nous ai tous les deux fourrés. Elle avance de quelques pas, me retenant comme elle le peut. Ma démarche est lourde et pataude ; mes jambes me paraissent prises dans des chapes de plomb, déterminées à me garder ancré au sol et immobile pour les trois prochaines heures au moins. Je me traîne difficilement aux côtés de ma nouvelle alliée, incapable de battre les inépuisables assauts de mes vertiges. Le décor penche dangereusement lorsque je trébuche une nouvelle fois, ne trouvant qu’au dernier moment la force de me retenir. Le voyage va être long. Le mal de crâne aussi, mais je m’en contrefous. Je serai même prêt à prendre un dernier verre pour oublier ces éventualités. Dans tes rêves, sweetie. Un faible sourire étire mes lèvres devant l’interdiction silencieuse. Tu rigoleras moins demain, crois-moi. Peut-être. Si tant est que je me souvienne de tout ça.

« Pardonnez notre impolitesse, je m'appelle Jason et voici Rose. Ne vous faîtes pas de soucis, nous allons vous aider à rentrer chez vous. »

Sybelle cesse de me dévisager pour se concentrer sur le paon, venu se placer face à nous. Si elle avait pu sourire, je crois qu’elle l’aurait fait. Pauvrement certes, mais elle l’aurait fait. Peut-on parler d’impolitesse dans notre situation ? Ou si c’est le cas, c’est plutôt nous qui serions à blâmer – c’est du moins ainsi qu’elle voit les choses. Jason et Rose. Si les deux prénoms ne font qu’effleurer mon esprit embrumé sans l’atteindre, ils sont parfaitement audibles pour ma moitié. Jolis noms pour un joli duo. Celui de la rouquine la marque tout particulièrement. Rose et Jack. Le Titanic épisode 2. Sauf que cette fois, Rose me sauve et non l’inverse. Syb’ penche légèrement la tête de côté, prenant une voix naturellement douce pour répondre, quoique teintée d’une certaine désolation.

« Enchantée. Et vu la situation, ce serait plutôt à moi de nous excuser… Il semblerait que nous ayons gâché votre soirée. »

Elle soupire, ma Sybelle. Elle n’aime définitivement pas empiéter sur la vie et les loisirs des autres. Peut-être revenaient-ils d’un spectacle ou d’une soirée cinéma, peut-être même s’apprêtaient-ils à rejoindre des amis… Et les voilà dorénavant coincés entre elle, moi et le poids que je représente – au sens propre comme au figuré. Les secondes s’égrènent. Comme le trajet lui semble long… A elle plus qu’à moi, qui ne parvient pas à maintenir une notion cohérente du temps et des minutes qui défilent. Il pourrait s’être passé une heure, dix minutes ou une nuit, je ne verrais pas la différence. Je me contente de m’accrocher à Rose comme à une bouée de sauvetage, certain que je ne parviendrais pas à me maintenir à flot sans cela. Je ne reconnais ni les rues, ni ces murs contre lesquels je me suis pourtant heurté quelques temps auparavant. Je ne vois rien d’autre que de la pénombre – à peine puis-je m’émouvoir de la devanture éclatante du bar qui se trouve devant nous. La musique bourdonne dans mes tympans de manière désagréable, et je chancelle de nouveau en portant ma main libre jusqu’à mon oreille. Je ferme les yeux et secoue la tête, dans une tentative désespérée visant à me débarrasser de ce tintamarre invasif. Je dois partir. Il faut que je parte. Mais la voix de Rose me retient et une fois encore, je me retrouve incapable d’échapper au soutien de son épaule innocente.

« Sybelle, vous seriez capable de me montrer où se trouve la voiture de Jack ? »


Je sens les griffes de l’étourneau se planter un peu plus dans mon épaule, allant jusqu’à traverser le maillage fin de mon pull et griffer ma peau. Elle hoche prudemment la tête et prépare son envol lorsque Rose reprend la parole ; sans que je ne puisse moi-même prêter une réelle attention à ses mots, obnubilé par le tambourinement de la musique dans mon crâne. Elle me rendra fou. Je ne peux rester là. Il faut que je parte, il faut que je m’échappe, il faut que… Jack, calme-toi.

« Et vous seriez d'accord pour que je prenne le volant de votre voiture et vous ramène chez vous ? Vous pourriez m'indiquer où vous habiter. Je n'ai malheureusement pas la monnaie pour nous payer un taxi ; ce serait plus simple si on pouvait faire comme ça. »

Syb’ s’envole finalement – certainement au moment où j’ai le plus besoin d’elle, puisque je suis à deux doigts de laisser cette vague de panique me submerger. Mais a-t-elle vraiment le choix ? Elle pose alternativement son regard sur Rose puis sur Jason, cherchant certainement une quelconque trace de malhonnêteté chez eux. En vain. Et devant l’agitation qui comprime mes muscles, devant la crainte et la douleur qu’elle lit dans mes prunelles azurées, ma moitié finit par se laisser convaincre.

« Je crois qu’on n’a pas vraiment d’autre choix… La voiture est sur le parking, de l’autre côté de la rue après le bar. Ce n’est qu’à quelques mètres. Elle désigne du bec un point derrière elle, avant de reporter son attention sur moi. Les clés doivent être dans la poche avant gauche de son jean en théorie… »

En théorie oui. Vu la soirée que j’ai passé, il est fort possible que j’ai perdu ces fichues clés dans la bataille. Je me sens mal. Incroyablement mal. La descente commence et elle est plus dure que je ne l’aurais cru. Je sais que Syb’ garde pour elle ses remarques à ce sujet, dans l’attente que je sois en état de les écouter. Pour l’heure, elle veut juste nous sortir de là et si possible, rentrer chez nous en un seul morceau.

« Eh ! Regardez qui voilà ! C’est le gars qui m’a poussé toute à l’heure ! »

Je frémis, tâchant de garder la tête droite pour que mon cerveau puisse dessiner de façon nette et précise les traits de l’homme que j’ai en face de moi. Je crois que je le reconnais, on dirait…Le gars qui t’a mis un pain toute à l’heure. Ah oui, voilà. A ce souvenir, la douleur qui ankylose mon nez se réveille, m’arrachant à l’occasion un gémissement plaintif. L’ombre se rapproche et à la mine peu accueillante qu’il tire, Syb’ devine que les ennuis sont à venir.

« Rose, on devrait y aller », murmure-t-elle.

Trop tard pour notre ami qui a décidé de ne rien lâcher.

« En plus t’as ramené ta jolie copine, si c’est pas merveilleux ! »

A cet homme, son sourire carnassier, et mes nausées qui ne font que s’amplifier.
A Sybelle, son inquiétude, ses sombres prédictions, et sa folle envie d’aller pinailler la tête de cet imbécile.
A Rose et son innocence touchante, à Jason et sa prudence qu’il aurait dû écouter.

A nous, enfin, à cet orage qui nous menace et s’apprête à nous tourmenter.



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MessageSam 26 Mar - 14:16
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Rose M. BakerJust play. Have fun.
Enjoy the game. ♚


There is no such thing as paranoia.
Your worst fears can come true at any moment.
Hunter S. Thompson

Sybelle a parlé de quatre cents mètres. Nous ne devrions plus être très loin. Tout en attendant la réponse du petit oiseau, je continue d'aligner un pied devant l'autre. Je sens que Jack n'est pas rassuré et la tension qui émane de ses muscles semble prendre part des miens. J'inspire un grand coup, la sueur commençant à couvrir quelques parcelles de mon corps emmitouflé sous peut-être un peu trop de couches. Pour une raison sans véritable logique, je cherche un repère, une aide dans le regard de mon Daëmon. Mais Jason marche devant, dépliant toujours aussi élégamment ses longues pattes de piaf et n'entend pas mon appel – du moins, il fait mine –. C'est toi qui t'es lancée là-dedans Rose, t'es grande, tu assumes ce que tu fais ! Il a raison. Mon joli paon me prend toujours pour une enfant et je le sais. Il trouve que j'ai des comportements qui rappellent ceux d'une adolescente qui ne sait pas où donner de la tête. Je vous dis que c'est faux ; mais je sais une part de moi sait que c'est vrai. J'augmente la pression qu'exercent mes doigts sur Jack pour le maintenir debout et accélère. Il est temps de le ramener chez lui ce pauvre homme ! Jason tourne la tête vers moi et mes sourcils froncés lui rappellent une période lorsque j'étais enfant.

C'est le léger et doux bruit du battement des ailes de Sybelle qui me rappelle qu'elle ne m'a toujours pas répondu. Je pose mes yeux clairs sur elle et remarque presque instantanément qu'elle n'a pas totalement confiance en nous. Elle paraît chercher au fond de nos prunelles quelque chose qui pourrait appuyer ce manque là. Je me contente de lui sourire, simplement – et je ne sais encore pas pourquoi je fais ça –. La jolie petite femelle finit par nous répondre affirmativement et nous montre le chemin. Victoire ! Je ne peux empêcher mes lèvres de s'étirer encore plus. L'idée de pouvoir conduire la voiture d'un inconnu pour le ramener chez lui me rend nerveuse et excitée à la fois. C'est une sorte de nouvelle expérience que je n'ai encore jamais essayée. Je vois alors ma fin de soirée devenir bien plus passionnante que la pièce que tout à l'heure que devait la clôturer. Je baisse les yeux instinctivement lorsque l'oiseau évoque l'emplacement « normal » des clés. J'espère de tout cœur les trouver lorsque nous serons arrivés. Je peux déjà voir l'intersection. Il nous faudra simplement tourner ! J'accélère encore et d'une voix enthousiaste mais faible, je m'adresse à l'attention de Jack :
Aller, courage, on est presque arrivé.
Lorsque nous nous apprêtons à tourner, une voix nous interpelle. Elle rompt notre silence sincère et fait monter en moi des frissons désagréables. Rose, on devrait y aller. Je regarde Sybelle et s'il ne faisait pas aussi sombre, je pourrais distinguer l'inquiétude de la jolie femelle. Les frissons s'accentuent et je prends cette phrase comme une mise en garde. C'est ce genre de phrases qui vous fait comprendre dans la seconde où elles sont dîtes, qu'il y a un problème ; un vrai problème. J'observe rapidement l'homme qui avance vers nous et continue ma route, cherchant à l'éviter. En plus t’as ramené ta jolie copine, si c’est pas merveilleux ! Là, Jason panique. Merde, merde, merde. Cette phrase-là par contre, ce n'est pas une mise en garde, c'est le genre de phrases qui vous rappelle, que là, oui, là, vous êtes dans la merde. Je tourne une seconde fois la tête vers l'homme. Il faut s'en aller et vite. Je m'arrête quelques secondes pour lui faire face, évitant de faire tourner Jack avec moi.
Je ne suis pas sa copine. Bonne soirée monsieur.
Cette phrase est si froide, presque tout autant que ma peau. Mes prunelles doivent briller car je cligne plusieurs fois des yeux. Je ne saurais dire si cet homme est aussi rond que Jack ou s'il est parfaitement conscient, mais le sourire carnassier qu'il affiche après ma réplique n'annonce rien de bon.
Si vite ? Owh aller quoi, la soirée ne fait que commencer.
Trop tard, j'ai déjà tourné le dos. Jason ne l'a pas encore fait et voit qu'il tente un pas maladroit mais contrôlé. Je crois qu'il a quelques verres dans le nez, mais il tient bien plus debout que Jack. Parfait alors. Je marche aussi vite que je peux mais avec Jack, c'est beaucoup plus compliqué. Jason me devance à nouveau, ne prêtant plus tant attention à l'homme, croyant qu'il avait compris. Il aurait pas du. Je n'aurais pas du me retourner aussi. Peut-être n'aurais-je pas du venir en aide à Jack non plus ?

Un frisson glacial me saisit le dos. Il est derrière moi. Comment est-il allé aussi vite ? Une forte poigne me saisit le coude et me fait reculer. Surprise et bien moins forte que l'homme, je sens que je perds Jack. Je tente tout ce que je peux pour le garder debout près de moi, mais il en a décidé autrement. Il me tire encore violemment et de son autre main, attrape avec force et dureté mon visage. Il essaye de le lever si haut que j'ai l'impression que ma tête va se décrocher de mes épaules.
Tu me regardes quand je te parle, la mioche.
Je voudrais bien répondre, faire quelque chose pour répliquer, mais il me fait si mal aux joues, impossible d'ouvrir la bouche. Son haleine pue la vodka et alors que je tente de me dégager, ce dernier m'envoie valser contre le mur de l'immeuble d'à côté. Ma tête heurte la paroi de brique si fort que j'en suis sonnée. Jason se jette sur moi, effrayé. Il hurle plusieurs fois mon nom tandis que nos deux esprits tentent de fusionner sous la panique et la douleur. La main sur le front, je distingue à peine ce qui m'entoure. Les contours sont flous. Je secoue la tête malgré la douleur. Jason me demande de fuir, qu'on doit pas se mêler de ça, que j'ai le droit d'être une enfant et d'avoir peur. Mais il.. cet homme.. il se dirige vers Jack et il.. La douleur, la colère, la honte ? Je ne saurais dire ce qui fait que je me redresse et me rue sur l'homme. Je n'entends même pas la peur de Jason qui pourtant, est bien trop grande. Cet homme.. Il..

Je cours pour me jeter sur Jack. Lorsque l'homme réalise que j'essaye de le relever pour le mettre à nouveau sur mes épaules, il crie une sorte de et toi ! Jason supplie Jack d'essayer de se relever plus vite. J'ai si mal à la tête et cette peur qui me cisaille le ventre. On est trop lent. J'entends déjà les pas de l'homme qui court sur nous. Il me saisit une nouvelle fois, mais cette fois par la taille. Il me tire vers lui, pour me plaquer contre le mur. Je crois que je me mets à pleurer alors je vois Jack tomber une nouvelle fois à terre. Lâchez-moi je crois que je murmure entre deux sanglots tandis que l'homme resserre l'étreinte autour de ma taille.
Si t'es pas sa copine tu devrais plus te mêler de tes oignons alors !
Il pue. L'alcool, l'idiotie, la malhonnêteté. Il pue. Furieuse, par ses gestes violents et déplacés à mon égard, je sens qu'il veut encore m'envoyer par terre pour me coucher une bonne fois pour toute. Rose, utilise ton don ! J'aimerais mon Jason, mais la peur me paralyse et je sens que mon don est bien loin de ma portée. J'essaye juste de repousser cet homme qui lève le bras pour m'adresser un poing auquel je ne suis pas du tout préparée. La rage me rend folle. Pourquoi je ne suis pas comme les femmes dans les films de super-héros qui savent décrocher le bon coup au bon moment ? Jack.. Je.. Et le coup tombe.
  
MessageMar 17 Mai - 16:53
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 294Nombre de RP : 42Âge réel : 22Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
    I'm after you


« Boire, c’est croire qu’on vient de fermer sa porte à l’ennemi alors qu’on vient de l’installer chez soi, de façon définitive, derrière les verrous du silence. On boit pour noyer une idée, mais on ne parvient qu’à en faire une obsession. Le soupçon qu’on veut détruire, l’alcool le rend plus fort, plus vivace, il lui donne toute la place. »
C’est amusant comme l’alcool rend le monde plus fascinant qu’il ne l’est habituellement. Plus dur, aussi. Les contours floutés des bâtiments qui m’entourent ressemblent à s’y méprendre aux monstres d’un mauvais film d’horreur ; ils s’étirent dans la pénombre environnante et me menacent de leur grandeur. Sans compter ces lampadaires qui se déhanchent au rythme de mes pas hasardeux et tentent de m’emprisonner de leur étau tentaculaire… Et pourtant, aucun d’eux ne m’effraie. L’alcool absorbe tout. Il annihile ma douleur, relègue la musique du Sunlight à un misérable fredonnement. L’écho de cette mélodie s’engouffre dans mes tympans, sillonne mon crâne pour venir s’écraser contre les parois de mon esprit, sans que le fracas de cette collision ne me fasse réagir pour autant. Immobile, je me contente d’observer de mes prunelles vides l’homme qui nous menace sans le voir. Où sont passés mes réflexes ? Mon instinct de survie ? Ils semblent envolés. Absorbés, eux aussi. Rose parle, j’entends sa voix sans saisir le sens de ses mots. Elle se raidit contre moi, se contraint à supporter mon poids. Un poids. Voilà ce que je suis pour elle. Elle pourrait fuir, se déléguer de ce fardeau, m’abandonner à la hargne des poings de cet ivrogne. Pourquoi reste-t-elle ? Pourquoi s’entête-t-elle à vouloir secourir ce qui n’est à cette heure plus qu’un vulgaire déchet ?

Elle me presse d’avancer, mais mes jambes ne me supportent plus. Mon corps tout entier se désagrège sous ses doigts. Seul le contact de ses bras sous mes aisselles et autour de mes épaules me permet de tenir encore debout. Elle a peur. Je le sens, malgré moi, malgré la brume qui m’environne et m’empêche de me déplacer comme je le voudrais. Je suis pourtant impuissant à l’aider. Lorsque le danger s’approche, je ne réagis pas. Je me laisse glisser au sol, la paroi avoisinante amoindrissant ma chute. Je me persuade que ce n’est qu’un mauvais rêve. L’un de ces cauchemars qui me poursuivent depuis tant d’années, un énième mauvais tour de mon esprit. D’ici quelques minutes, je me réveillerai dans mon lit, en sueur, les yeux exorbités par la peur, des frissons le long de mon échine et l’incertitude au bord des lèvres. Il suffit d’attendre. De patienter. Et je vois l’homme saisir Rose par le menton et la soulever. Elle vole, la jolie fleur. De douleur, elle vole. Ses pieds quittent le sol tandis qu’il menace encore. Ma tête se renverse contre le mur, une nausée plus forte que les autres me force à vomir. Je n’arrive pas à me concentrer sur la scène qui se déroule en face de moi. Des cris paniqués résonnent dans mon crâne sans que je n’en trouve la provenance. Rose ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Brusquement, l’ivrogne l’envoie valdinguer contre un mur un peu plus loin. Le son du choc m’arrache un frémissement de dégoût et je détourne les yeux.

La menace approche. Elle est là, juste devant moi. Ce n’est qu’une question de pas avant qu’elle ne m’atteigne. Le temps semble suspendu. J’ignore si c’est l’alcool ou la situation, mais le slow motion est de la partie ce soir. L’homme arrive finalement devant moi tandis que je relève péniblement la tête. Que va-t-il faire en premier ? Me coller un pain ? Me briser quelques côtes ? Peut-être se contentera-t-il de me tabasser jusqu’à ce que je sois méconnaissable avant de m’abandonner là, à moitié mort, au milieu de cette rue crasseuse. De nouveau, il rentrera dans la boite, s’installera au bar et commandera un shooter de vodka avant de trinquer à cette fabuleuse soirée. Pas sûr qu’il se souvienne de moi demain matin, de toute manière. Et si c’est le cas, je ne serai sûrement qu’un trophée de plus à ajouter à son palmarès. Les secondes s’égrènent encore. C’en est insupportable. Limite, je n’ai qu’une hâte : qu’il commence à me frapper. Peut-être réussira-t-il à exorciser le mal qu’il y a en moi. J’ai essayé beaucoup de méthodes – certaines ne méritent même pas de noms – mais pas celle-là. Alors vas-y, ducon, frappe-moi. Qu’est-ce que t’attends ? C’est pas comme si j’étais effrayant, allongé là, du vomi sur mon haut et sur mes lèvres, les yeux vitreux et le visage aussi pâle que si j’étais déjà mort. Frappe-moi et surtout ne t’arrête pas.

Du temps. Voilà ce que j’offre à Rose pour s’échapper. A défaut de savoir lever le petit doigt, je peux au moins servir de punching-ball le temps qu’elle se barre de là. Mais avant que cet abruti ne puisse me toucher, la jeune femme se jette sur moi et m’entraîne à sa suite. J’aurais voulu râler, me dégager, lui hurler de me laisser là et de courir le plus loin possible. Mais aucun son ne franchit la barrière de mes lèvres. Toutes mes craintes, de la plus infime à la plus paralysante, restent emmurées à l’intérieur de mon propre corps. Les choses s’accélèrent tandis que Rose me force à activer le pas. Mes mouvements sont désordonnés, à la manière d’un enfant en bas âge qui apprendrait pour la première fois à marcher – sauf que contrairement au dit mioche, il n’y a aucun émerveillement là-dedans, seulement la peur sourde qu’on ne parvienne pas à se sortir de ce guêpier dans lequel je nous ai tous les deux fourrés. Et, tandis que l’homme enserre une fois encore la taille de Rose, tandis que je sens une fois encore la candeur de ses doigts s’éloigner de moi, tandis qu’une fois encore je tombe lourdement au sol, je ne parviens plus à croire qu’il soit encore possible que nous nous échappions de cet enfer. Le visage tourné vers le sol détrempé par la dernière averse, de la terre sur les joues et l’amertume comme seule alliée, je constate que mes muscles refusent obstinément de bouger. Et j’entends. J’entends les pleurs, les doutes et la terreur. J’entends le dégoût, la haine et la rancœur. J’imagine l’angoisse de Rose comme je devine le sentiment de toute puissance qui s’empare de son assaillant.
Et toujours cette voix paniquée au fond de mon crâne qui me sermonne de bouger…

Jack !

Le prénom s’échoue au creux de mes oreilles. Sybelle m’appelle. Mon double, ma moitié. Elle me supplie de me relever. Pourquoi le ferai-je cette fois, Syb ? Explique-moi, dis-moi pour quelles raisons mon corps accepterait de prendre le risque d’échouer une fois encore. N’en as-tu pas assez, mon trésor ? Jack, s’il te plait, lève-toi. Ce prénom, again. J’ignore même ce qu’il signifie. Quatre lettres pour une vie d’ombres. J’aurais voulu pouvoir mettre un sens clair et précis sur ce prénom. Trouver des choses à raconter à ce sujet, des anecdotes, des souvenirs autres que ceux qui concernent Nina, ma famille ou ces enfants dont je m’occupe. Je ne suis même pas sûr de ce que je suis. Il y a trop d’incertitudes, trop d’incohérences dans cette identité pour que je sois capable de l’accepter complètement un jour. Qui me dit que je ne suis pas un salaud ? Un profiteur ou pire, un meurtrier ? L’amnésie est un phénomène bien étrange. Elle demande des réponses à des questions qu’on ignore. Je pourrais être tout et n’importe quoi, je n’ai pour l’heure aucun moyen de reconstruire ces souvenirs. Il y a trop d’hésitations ici-bas. Et, toujours, ce sentiment d’injustice qui empoisonne mon existence… Alors explique-moi, Syb. Réponds à ce simple « pourquoi », mets des mots sur ces doutes.
Réveille-moi.

Rose a besoin de toi.

Besoin de moi ? Qui aurait besoin d’un presque-cadavre ?

Si tu ne te bouges pas maintenant, elle sera blessée… Peut-être gravement.

Les mots s’incrustent dans mon cerveau avec plus de précision qu’auparavant. Je ne sais pas lequel d’entre eux menace le plus de faire reculer les effets de la vodka, mais je sens déjà mon esprit se clarifier un peu et l’engourdissement de mes muscles régresser. Trop lentement apparemment pour Sybelle qui, au lieu de rester à voler bêtement autour de moi et devant l’urgence de la situation, s’approche de mon oreille qu’elle pince de toutes ses forces.

La souffrance m’électrise et me sort de ma torpeur. Sans comprendre comment, je me retrouve dans sur mes pieds et dans le dos de l’ivrogne – juste à temps, apparemment. Le poing, déjà levé depuis une poignée de secondes, choisit cet instant pour s’abattre sur la jeune fille. Je me précipite pour l’intercepter, laissant le visage inconnu se détacher des traits de Rose afin de se tourner dans ma direction. Je devine la surprise et la colère chez cet imbécile. Il faut croire qu’il ne s’attendait pas à ça. Pour dire vrai, moi non plus. Je n’attends pas qu’il réagisse et ramène sa main vers moi dans une clé de bras. Mon adversaire étouffe un cri de douleur et se penche en avant, dégageant Rose de son emprise au passage. Mes prunelles azurées croisent celles, douloureuses, de ma jeune alliée.

« Run. »


Mes lèvres articulent cet unique mot tandis que d’un coup de bassin – doublé d’un coup de genou – j’envoie l’homme au sol. Je sais que cet idiot n’en démordra pas et qu’à moins de le mettre KO, il n’y a aucune chance que je nous débarrasse de lui. Mes gestes sont encore vagues, bien trop à mon goût pour m’assurer une victoire nette et sans bavure. Espérons simplement que mes vieux réflexes reprendront le dessus et me permettront de m’en sortir sans avoir besoin d’un dentier ou d’être plâtré de la tête aux pieds.

« Espèce d’enflure, j’vais t’faire la misère. »

Un sourire narquois ourle mes lèvres tandis qu’il essuie son visage d’une main rageuse. Pour l’heure, je suis presque heureux d’avoir autant d’alcool dans les veines. En plus de décupler ce sentiment d’adrénaline qui me brûle de l’intérieur, il me convainc que je suis invulnérable… Qu’importe si la réalité en est toute autre. Il se jette vers moi sans prévenir et je ne dois qu’à mon entrainement d’éviter le choc. Les coups filent et défilent, déposant à même le sol et sur la peinture écaillée des murs l’écho de notre douleur et de nos gémissements. Je n’évite pas tout. Un crochet du droit bien placé viendra se loger au milieu de mon arcade et créera un joli bleu dans les jours à venir. Du sang perle le long de ma lèvre supérieure, glissant au creux de ma bouche ce fameux goût métallique que je préférerai ne plus avoir à supporter. Pourtant, je ne suis pas en reste. Mes poings trouvent à leur tour une pommette et enfoncent un diaphragme, transformant l’ivrogne de base en larve asthmatique. Mes coups se font plus las. La fatigue me gagne, le diner manqué se fait sentir. J’aurais dû écouter Syb, comme d’habitude. D’une main, j’amène l’homme plus près de moi. Son haleine fétide me tire un haussement de sourcils dégoûté. Le sourire amusé n’est plus. Réunissant le peu de volonté qu’il me reste encore et profitant de la faiblesse de mon adversaire, je lui assène un violent coup de pied dans le genou gauche suivi d’un uppercut au niveau du menton. Joli doublé. La satisfaction de Sybelle ne m’atteint pas. Vidé, j’observe la longue chute de l’homme et ne bronche pas lorsqu’il vient s’aplatir sur le bitume.

J’ai mal. La douleur est revenue, plus puissante même qu’elle ne l’était auparavant. J’imagine les bleus qui parcourent mes avant-bras et contournent mes cuisses, les battements agités de mon cœur pulsent jusque dans mon arcade blessée. Mais la souffrance physique n’est rien. Lentement, je me laisse tomber à genoux, à deux pas de l’abruti qui m’a obligé à me battre. Je suis épuisé. Vidé de toute énergie, incapable de franchir les quelques mètres qui me séparent de ma voiture. Je ne sais même pas si j’ai envie de rentrer chez moi si c’est pour découvrir mon reflet dans un miroir. Sybelle vient se poser sur mon épaule avant de frotter la douceur de son plumage contre ma peau brûlante. Elle tente de m’apaiser et de calmer comme elle le peut les tremblements qui affolent mes mains. Mes yeux caressent ensuite l’image de Rose. Elle est là, non loin de moi. Elle n’a pas fui. Qu’est-ce qui cloche chez elle ? Délaissant mon amertume, je laisse l’instinct maternel de Syb prendre le dessus.

« Rose, tu n’as rien ? Elle vole jusqu’à la jeune fille et inspecte de ses minuscules prunelles celle qui se tient en face de nous. Son regard glisse ensuite jusqu’au paon. Et toi Jason ? Vous allez bien, tous les deux ? »

Je me demande si la notion « d’aller bien » est possible en de pareilles circonstances, même si je sais pertinemment que cette question vise juste à assurer à l’étourneau que nos compagnons n’ont pas de blessures graves. Mes iris fatigués se posent alors sur le corps inanimé qui git devant mon nez, tandis que dans mon esprit surgit une nouvelle question.

Et maintenant ?



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MessageSam 4 Juin - 11:30
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The world breaks everyone, and afterward,
some are strong at the broken places.
Ernest Hemingway

La peur n'a ni loi, ni maison. Elle se loge au creux de votre poitrine sans vous demander votre avis et attend, patiemment que votre gorge se sert, de plus en plus fort. Elle accélère ensuite votre cœur de manière à ce que votre esprit panique et laisse libre cours à son imagination morbide. Les mains devant mon visage pour me « protéger », j'attends que le coup tombe, paupières closes. Je me suis toujours dit qu'il fallait affronter les problèmes en face, garder les yeux ouverts jusqu'au bout. Voyez ce que je deviens devant un gros gaillard au poing levé. J'attends que le coup tombe, qu'il m'endorme ou m'achève, victime. Simple victime sans importance dont on taira la bravoure inexistante. Ma seule bravoure est d'être restée. Médiocre petite fille. C'est comme ça qu'ils se battent tes héros d'enfance ? En attendant patiemment que le coup tombe ? Non. Ils gardent les yeux ouverts, ne crient pas, ils ont peur mais s'en servent pour donner le dernier coup fatal qui font d'eux ce pourquoi tu les admires. Jason s'est jeté dans mes pieds, établissant un contact physique qui se veut protecteur avant tout. Mon petit roi.

J'entrouvre des paupières tremblantes, comprenant que le coup met un peu trop de temps et que je ne suis pas dans un film. Si j'ai eu le temps de penser à autant de choses, ce n'est pas qu'on a mis pause dans le récit pour que l'héroïne nous émeut avec son récit pathétique, c'est que le coup n'est simplement pas tombé. Il est toujours là, mais son étreinte se desserre. Encore tremblante et sonnée, je mets quelques secondes à comprendre. Je croise les prunelles de Jack et son murmure presque inaudible me fait reprendre une bouffée d'air. Run. Inspire. Le dos poisseux, je n'arrive à le décrocher du mur. Je ne fais que me décaler de quelques centimètres, reprenant un souffle que je croyais perdu. Courir. Maintenant ? Non. Non. Non ! Je ne peux pas. J'exerce une pression si forte contre ce mur froid que mon dos me fait mal. Je suis pas comme clouée au sol. Je suis clouée au sol. Les yeux affolés au rythme des battements terribles de mon cœur, je regarde Jack et ces mouvements encore trop incertains. Je me mords la lèvre. Il faudrait.. Il faut que.. Je sursaute lorsque notre agresseur tombe en sol dans un bruit sourd. Espèce d’enflure, j’vais t’faire la misère. J'ai l'impression d'être dans un mauvais film de gang. Non, ne te relève pas, reste par terre, bouge plus ! Mais il se rue sur Jack. Tous mes muscles se tendent. Ce n'est pas un film.

Je n'aime pas les combats. Je ne les aime que lorsque je sais pertinemment qui va gagner et quel prix payera le perdant. Théo me criait toujours dessus quand je le harcelais de questions pour savoir ce qu'il allait se passer dans ses films d'actions préférés. Là, Théo ne peut pas me crier dessus en me disant « tu verras Rose ! Mais ce n'est qu'un film hein ». C'est la pensée de Jason qui essaye de me rassurer. Il a l'air de savoir ce qu'il fait Rose, ne t'en fais pas. Ça... ça va aller. Je suis trop effrayée pour réaliser à quel point Jack est plus fort que ce que j'ai pu croire. Même ivre, il arrive à décrocher des coups à notre ami. Je mets une main devant ma bouche pour retenir un cri lorsqu'un coup vient faire saigner le dessus de sa lèvre. Non, non. Ne tombe pas, Jack. Ne tombe pas. J'ai tellement mal au ventre.. Jason semble, lui, reprendre son calme, réalisant les débouchés de ce combat. Moi, je sens les larmes me monter aux yeux, incapable de contrôler toutes les émotions qui me saisissent. Une larme tombe je crois, alors que ma gorge se sert de plus en plus. Victime. Simple victime. Bouge Rose, agis. Je suis ancrée dans le sol, un arbre aux racines bien trop profondes. Une seconde larme coule.

Poum. C'est à peu près le bruit de l'homme qui tombe au sol, vaincu. J'observe son corps immobile, frottant mes joues humides par deux petites larmes de crocodiles. C'est fini ? Il ne va plus bouger hein ? Jason s'approche de quelques pas, analysant le visage de notre agresseur. Les yeux clos et la figure rouge, il paraît endormi. Mon attention se porte sur notre « sauveur ». Il tombe à genoux, vidé de toute énergie restante. J'effleure son regard, effrayée et apaisée en même temps. La gorge me serre trop pour que je puisse y sortir le moindre son. Je me contente de le regarder, comme si je pouvais mieux communiquer avec lui ainsi. Mon petit paon s'est reculé vers moi, regardant Sybelle qui vole vers nous. Rose, tu n’as rien ? Et toi Jason ? Vous allez bien, tous les deux ? Je l'entends à peine. Sa petite voix frêle et douce effleure mon esprit alors que mes yeux n'ont pas quitté ceux de Jack. Je ne me suis jamais sentie aussi démunie. Vide. J'ai l'impression d'avoir perdue tant alors que.. Je secoue la tête verticalement en guise de réponse à la charmante petite femelle. Jason comprenant mon incapacité à répondre, décide de prendre la parole pour moi.
Oui, plus de peur que de mal. Je...
Il s'interrompt, remarquant que je viens de quitter le mur qui me servait de rempart pour ne pas tomber. Il regarde ma silhouette se diriger vers Jack, marchant presque de travers. Il reprend alors le court de ses pensées d'une voix plus saccadé, trop occupé à observer ce que je fais en même temps :
Je ne sais comment.. nous nous en serions.. sortis sans.. Jack. Et vous.. vous allez bien ?
Il ne m'a pas quitté des yeux, même lorsque j'ai enjambé le corps de l'homme évanoui. Jack a quitté mon regard exactement au même moment où j'ai commencé à aller dans sa direction. Il regarde celui qu'il vient de mettre à terre. Me moquant du monde et de tout, je viens me poser devant lui, accroupie. Je capte son regard, l'observant comme Tarzan examinant Jane. Je laisse mes prunelles se fixer dans les siennes, cherchant quelque chose que j'ignore. Je ne sais combien de temps je reste à le regarder ainsi. Peut-être bien une minute et Dieu sait combien c'est long. Jason échange avec Sybelle son étonnement devant mon comportement ; je n'entends pas ce qu'il dit. C'est ma minute. Une minute que je prends pour scruter l'émotion que je peux lire sur le visage de l'homme en face de moi. Et toi, Jack, c'est quoi ce que tu as ressenti ? Moi, c'est ça, regarde. C'est une sorte de partage que je veux faire avec lui, pour.. je ne sais.. peut-être se soutenir ou évacuer ce que la soirée vient de nous faire endurer. Peut-être pour lui dire merci ? Non, pas tout de suite.

La couleur pourpre de sa lèvre attire mon regard. D'un doigt, j'aimerais essuyer ce sang qui coule sur cette peau si blanche. Je ne le fais pas. Mes doigts se lèvent juste, s'approchent puis retombent. Sentant mes cuisses chauffées à cause de ma position, je viens, en canard, me mettre à côté de Jack. Mettant son bras gauche autour de mes épaules, mon bras droit autour de sa taille, je l'aide à se relever ; encore une fois. Dans un murmure faible, je dis :
Aller, je dois vous ramener chez vous.
Jason accourt derrière moi tandis que j'essaye de capter le regard de Sybelle pour qu'elle m'indique l'endroit où se trouve leur voiture. En mettant Jack sur mes épaules, je me suis permise d'attraper les clef qu'il y avait dans la poche de sa veste – et qui par miracle, n'étaient pas tombées après un tel affront –. Il sent l'alcool et le sang maintenant.

Faisant quelques pas incertains, je nous fait progresser dans l'ombre de la rue. Jason se dit que nous avons l'air d'un couple aimant un peu trop l'alcool, rentrant, simplement, l'un contre l'autre. Mais il chasse vite cette idée car elle est fausse. Inconsciemment, je ressers mon étreinte autour de la taille de Jack, pour me soutenir ou juste pour sentir un réconfort quelconque, une chaleur d'ailleurs. C'est donc dans un murmure que je le prononce enfin :
Merci.
Je ferme les yeux, faisant un autre pas de travers. Je crois repérer une voiture solitaire.
  
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