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Swing life away ♠ Rose

 
  
MessageDim 26 Juin - 16:14
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 238Nombre de RP : 30Âge réel : 22Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
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« Les défaites de la vie conduisent aux grandes victoires. »
D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais aimé la violence.

Bien sûr, une petite claque de temps à autre n’a jamais fait de mal à personne, de même que les fessés contribuent parfaitement à la bonne éducation des gosses de nos jours, bien que ce genre d’idée tende à se perdre à notre époque. Mais tant bien même, je n’ai jamais aimé la violence. Le choc des coups me tire des frissons désagréables à chaque impact. J’en ai plein les pattes de ces poings qui se lèvent pour s’abattre aussitôt, de ces grognements indistincts que leur tire le moindre effort, de ces plaies ouvertes et des larmes qui se pressent contre les paupières. Je persiste à penser qu’un combat de pouces aurait été largement suffisant pour régler le problème… Sans compter qu’il aurait évité des blessures inutiles.

Une douleur fulgurante saisit l’arcade de Jack, m’arrachant un piaillement de douleur au passage. J’observe ma moitié d’un air inquiet ; je n’aime ni la manière dont il chancèle, ni le temps qu’il lui faut pour retrouver ses esprits. Je sais parfaitement qu’il avait les moyens de se débarrasser de cette vermine en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire – et j’en aurais persuadée, habituellement. Mais ce soir, avec trois grammes d’alcool dans chaque bras et une fâcheuse tendance à vouloir manger du béton, j’ai eu quelques doutes sur la question. Et force est de reconnaître que lorsque je doute, ce n’est jamais bon signe.

Mon regard effleure de nouveau le visage de Rose. Elle est si pâle, si livide. A tel point que je me demande si elle ne va pas à son tour tout bonnement s’affaisser là, contre le mur humide, et se laisser aller à son impuissance. Les yeux rivés sur Jack, elle semble absente. Obnubilée par la complexité de ma moitié et l’acte de violence auquel elle vient d’assister. Ce genre d’image vous colle à la peau pendant un long moment, je ne le sais que trop bien. Combien de fois ai-je assisté à ce genre de chose ? Parfois dans un acte de défense, ils sont d’autres fois celui d’un homme désespéré. Et ce regard, mi-effrayé, mi-apaisé, je ne le connais que trop bien. Du haut de mes trente-trois ans d’existence, j’ignore encore aujourd’hui s’il pourra disparaître un jour.

« Oui, plus de peur que de mal. Je... »

Jason finit par répondre à ma précédente question pour eux deux. J’incline légèrement la tête et dans un dernier bruissement d’ailes, vient me poser sur une poubelle à côté d’eux. L’étonnement dans la voix du paon ne m’échappe pas. A mon tour, j’observe en silence le pas mal assuré de Rose tandis qu’elle quitte l’appui que lui offre le mur pour s’avancer vers Jack. Mon daemonien n’a pas bougé. Il a fait abstraction de la douleur qui lui cisaille la tête et le bras droit pour s’adonner à la volupté des effluves d’alcool. Il me semble que cela lui apporte un certain réconfort… Éphémère certes, mais quand même. Rose s’accroupit finalement devant lui, fixant mon épave avec patience jusqu’à ce qu’il daigne croiser son regard. Il y a quelque chose, dans la façon dont elle le dévisage. A croire que l’avis qu’elle avait sur lui jusqu’alors a encore évolué. Plus une once de pitié dans l’innocence de ces iris. Peut-être est-il trop tôt pour parler d’admiration… Je n’en suis plus sûre. La vérité, c’est que je ne saurais décrire avec précision l’intensité de ce que je vois.

« Je ne sais comment.. nous nous en serions.. sortis sans.. Jack. Et vous.. vous allez bien ? »

Jason n’a pas tourné la tête vers moi mais je ne m’en formalise pas, incapable également de me détacher de la scène qui se déroule devant nous.

« Autant que possible, j’imagine… »

Ma voix n’est que murmure. Le temps me semble bien long, tout d’un coup. J’ai la nette sensation que quelque chose est en train d’éclore, là, juste sous sa peau. Tandis que Rose l’observe, tentant sûrement de déchiffrer le visage impassible de mon Jack, je me concentre pour parvenir à capter ce que lui ressent. D’abord, le néant. A croire que la dose de vodka ingérée et l’utilisation de ses poings ont fait de lui une vieille carcasse brisée, incapable de se ressaisir, encore moins de ressentir. Les secondes s’égrènent encore, impitoyables. Et, brusquement, une émotion. Si rapide et futile que je manque de passer à côté. Jack se noie dans les prunelles azurées de Rose sans aucune retenue et, pour la première fois depuis longtemps, il paraît y trouver un certain soulagement. A moins que ce ne soit de la reconnaissance… Tout est encore trop confus, tant pour lui que pour moi. Son esprit embrumé ne me communique que quelques bouts de codes sans queue ni tête que je peine à traduire. Du sang s’écoule encore de son arcade et de sa lèvre, donnant à mon bonhomme l’air d’un combattant de l’extrême qui ne lui sied pas. Du moins, plus.

C’est alors que Rose lève la main vers le visage de Jack.
La tension vient raidir mon plumage, en écho à celle qui s’est presque instantanément emparée des muscles de mon daemonien. Un cri inquiet s’échappe de mon bec tandis que ses doigts s’approchent de la barbe de ma moitié. Pitié, faites qu’elle ne le touche pas. Pas comme ça, pas aussi directement et surtout, pas maintenant. Pas tant qu’il est dans les vapes, sous l’emprise de l’alcool, et aussi déboussolé qu’il ne l’est actuellement. Moment de panique tandis que je vois la distance entre eux s’amoindrir. Je suis presque prête à m’envoler de mon piédestal pour arrêter son geste.

A-t-elle senti notre malaise ? Je ne le saurai jamais. Quoiqu’il en soit, Rose a fini par abandonner l’idée de le toucher – de nous toucher. Elle se décide enfin à aider Jack à se relever et, tout en le soutenant, nous invite à nous remettre en route. Je pousse un petit soupir de soulagement. Bientôt, cette horrible soirée ne serait plus qu’un souvenir ; un de plus, en espérant que celui-là ne vienne pas s’ajouter à ceux qui peuplent déjà nos cauchemars. En grimaçant – cet imbécile s’est vraiment courbaturé de partout à force de vouloir jouer les héros – je reprends mon envol, suivant les deux silhouettes qui s’éloignent en chancelant. Rose lève les yeux et porte son attention sur moi. Je n’ai pas besoin qu’elle précise par des mots la nature de sa question ; d’un geste vif de la tête, je lui indique l’emplacement où nous avons garé la voiture quelques heures auparavant.

« Elle n’est plus qu’à une vingtaine de mètres, vous y êtes presque. »

Presque. Je sais à quel point Jack déteste ce mot. A force de presque réussir, il a bien failli tout perdre. Je frémis à cette pensée. L’esprit de Jack est encore confus, quoique plus dégagé qu’il ne l’était quelques temps plus tôt. Je sais qu’il s’en voudra demain, qu’il s’excusera, me questionnera et finalement se promettra de ne pas réitérer la chose… Promesse qu’il ne tiendra pas, même avec toute la bonne volonté dont il peut faire preuve. Et puisque se perdre est devenu le seul moyen pour lui d’échapper à cette obscurité qui le dévore, de se soustraire à cette plaie que le vide a creusé au fil du temps, je ne le retiendrai pas. Je ne le pourrai pas. Le défendre du reste du monde, aucun souci. Mais le défendre contre lui-même… Un problème de taille pour lequel je suis obligée de composer avec de nouvelles solutions chaque jour.

« Merci. »

Le murmure ondule jusqu’aux oreilles de Jack, se glisse dans ses tympans pour finalement s’échouer dans les miens. Surprise, je jette un œil aux deux visages à mes côtés. Je devine que mon daemonien ne sait pas comment réagir face à ce genre de situation – en temps normal, il se serait passé la main dans les cheveux d’un air gêné, aurait souri et probablement détourné la conversation. Mais aujourd’hui, aucun mot ne parvient à dépasser le seuil de ses lèvres. Comme Jason avant moi, je viens sauver la mise de ma moitié.

« Non, merci à toi. Si tu n’avais pas été là, nous serions encore devant le Sunlight, et surement dans un état bien pire que celui-là. »

Du bec, je pointe le pantin désarticulé qu’elle tient dans ses bras. Jack est vraiment dans un sale état ; son visage auparavant rougie est devenu bien pâle, ses yeux sont vitreux et il parait exténué. Je crains le voyage en voiture et surtout, le premier virage que Rose prendra.

« C’est la Ford bleue, juste là. »

Pour appuyer mes dires, je viens me poser sur le toit du dit véhicule. J’observe Rose tandis qu’elle ouvre la portière et place tant bien que mal Jack sur le siège passager. En notant que l’air préoccupé de Jason ne l’a toujours pas quitté, je ne peux m’empêcher de préciser :

« Nous y serons dans quinze minutes. »

J’ignore si cette remarque apaisera un peu le joli paon, mais j’aurais au moins essayé. La voiture démarre lentement, et j’indique à Rose le chemin le plus court pour rejoindre la rocade. Puis, je viens m’installer sur l’épaule de Jack. Sa tête tourne dans tous les sens tandis qu’il lutte pour ne pas céder à l’envie – et au besoin – de s’endormir. Je tire doucement sur les poils de sa barbe en veillant à ne pas me prendre de coup de boule pour le tenir éveillé. Maintenant qu’il a commencé à décuver, je le sens en mesure de comprendre le sens de mes paroles et en profite donc pour le taquiner gentiment.

Tu fais vraiment peur, mon chaton.
Syb…
Je t’assure. Avec le sang qui coule de partout, tes yeux vides et la pagaille dans ta barbe, t’aurais pu tourner dans le prochain Resident Evil sans souci.
Syb.
Quoi ?
Je crois que je vais vomir.


Merde. Rapidement, je me tourne vers Rose toujours concentrée sur la route.

« Ralentis un peu ou il va nous repeindre le pare-brise. »

Je n’ironise qu’à moitié. Le trajet jusqu’à l’appartement me semble bien long et lorsque j’aperçois l’imposante silhouette de notre immeuble, je ne retiens pas mon soupir. Le quinzième de la soirée au moins.

« Tu peux te garer là, l’entrée est juste derrière. »

Je lui désigne la place de parking qui nous est attribuée. Encore quelques mètres, juste quelques minutes…

« Je crois que les clés sont dans la boite à gants. »

Murmure. Mes ailes ankylosées m’amènent difficilement jusqu’à la porte d’entrée de l’immeuble. Du bout du bec, je tape le code d’entrée pour aider mes trois compagnons à entrer. C’était sans compter sur l’équilibre précaire de Jack et sa facilité à shooter dans tout ce qu’il trouve ; escaliers compris. En voyant mon daemonien valser vers l’avant, je retiens mon souffle. J’espère juste que Rose sera là pour le retenir, cette fois encore.

*

Trois étages et une insupportable mélodie plus tard, nous nous extirpons de l’ascenseur avant que je n’indique le numéro de l’appartement. 410. Un chiffre rond, aussi rond que ne l’est Jack.

Je franchis la porte d’entrée à leur suite, et vient me poser sur le fauteuil du salon. Je me sens vidée, tout d'un coup. Vide et incroyablement lasse.

« Fais comme chez toi… La pharmacie est dans la salle de bain. »

J’observe l’appartement, le regard teinté d’un voile d’incertitude. J’ai le sentiment qu’en dépit de tous nos efforts, nous ne sommes malheureusement pas encore au bout de nos peines.



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MessageLun 18 Juil - 13:31
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Rose M. BakerNothing will be the same...


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La tension disparait peu à peu de mes muscles. Ma mâchoire se desserre et je peux enfin respirer plus correctement. Mon nouvel objectif est maintenant la voiture. Je ne pense plus qu’à ça. Je ne me sens plus en sécurité dans ces rues que j’aurais dit miennes. Il est pourtant vrai que je ne suis pas du genre à traîner beaucoup dans les bars – et par conséquent leurs rues –. Mais Merkeley est vite devenu mon nouveau chez moi et j’ai tendance à m’adapter partout où je vais. Je me demande combien de fois Jack a pu venir ici. Un bon nombre de fois si tu veux mon avis. La voix de mon petit paon est douce mais droite. Lui non plus n’est plus rassuré. Il le dissimule si bien. Je souris faiblement dans l’obscurité et me sens un peu mieux lorsque Sybelle nous indique l’endroit où se trouve la voiture. Aller, encore un petit effort ! Je l’aime bien Sybelle. Sa voix est douce, ses yeux sont attendrissants et sa présence est rassurante. Une pointe de jalousie nait dans la poitrine de ma moitié, peu habitué à ce que je complimente les Daemons des autres. Je n’ai pas le temps de vouloir le rassurer. Il sait très bien gérer ses émotions tout seul.

C’est la Ford bleue juste là. Je la vois enfin. Dans un sourire, je lui fais un signe de tête pour lui dire que j’ai compris. Le petit oiseau se pose sur le toit de la voiture bleue aux couleurs noires sous la nuit. Je m’empresse de poser Jack sur le siège passager. Mon épaule commençait à me brûler sérieusement. Je ne suis pas habituée à de tels exercices physiques ! Je le ceinture et vérifie qu’il tient bien assis. Je n’ajoute rien, même si mon visage me trahit. Je voudrais parler, lui demander si tout va bien, que je ferais vite mais rien ne sort. Je cours alors faire le tour de la voiture pour venir m’installer au volant. Jason saute sur mes jambes avant même que je ne lui demande puis va s’installer sur la banquette arrière. Je me retourne, plantant mes prunelles dans les siennes. Ça va ? Roule. Je ravale ma salive et pose mes deux mains sur le volant. Je n’ai jamais conduit de Ford de ma vie. Je sors les clés puis démarre ; il est temps de quitter ce trou à rat.

Je roule d’abord doucement, prenant le temps d’avoir la voiture en main, de connaître un peu mieux la puissance du frein et de l’accélérateur. Lorsque je suis à l’aise, sous les indications de Sybelle, j’adopte une allure plus vive mais assurée pour les ramener chez eux. Je me sens toute drôle. C’est la première fois que je conduis un inconnu chez lui – et ivre qui plus est –. Je souris. D’un côté, c’est rigolo, je sens que ma vie prend une tournure un peu plus fun lorsque je réalise des actions pareilles ; et c’est pour cela que j’ai proposé de le faire, puis ça me paraissait être une bonne idée, et une bonne solution non ? Rose, concentre toi sur la route ! Awh oui, c’est vrai, la route. Sybelle a dit qu’on en avait pour une quinzaine de minutes, ce n’est pas très long. Me voilà lancée dans la rocade. Il y a quelques voitures. Leurs phares du rouge et blancs se mélangent et donnent à la nuit une ambiance festive et mystérieuse à la fois. J’aimais bien l’autoroute quand j’étais petite en France la nuit. C’était comme un spectacle pour moi. Un spectacle lumineux. Faiblement, je souris ; me voilà entièrement apaisée. Enfin, non, je me tends lorsque Sybelle me demande de ralentir. Awh non, il ne va pas gerber ! Non, non, non pas maintenant. Click, clack, click, clack. Je me mets sur la voie la plus à droite pour rouler un peu moins vite.

***

Je crois que les clés sont dans la boite à gants. J’ai coupé le moteur et les phares se sont éteints. Seule la petite lumière au-dessus de nos têtes m’éclaire pour que je puisse trouver les clés. Lorsque je les ai, je sors de la voiture pour suivre Sybelle qui connait parfaitement son chemin. Jack avance d’un pas maladroit. On dirait un zombie. Jason me suit de près et se demande comment le reste de la soirée va se terminer. Moi, je n’y pense pas, j’ai juste envie de me poser à l’abri, quelque part. Je suis impressionnée par la capacité de Sybelle à taper le code pour entrer dans leur immeuble. Bouche bée, j’entre en regardant ce petit oiseau surprenant. Je m’apprête à faire une remarque pour lui faire part de mon émerveillement, lorsque Zombie Jack se heurte contre une marche d’escalier et part la tête la première, en avant. Je retiens un petit hiiiiii et me jette à sa suite pour le rattraper. Il s’en est fallu de peu ! Puis qu’il est lourd !
Oulalah, vous, ce sera au lit direct !
Je ris.

Après avoir attendu patiemment dans l’ascenseur à regarder mon visage blanchi par les évènements, nous voilà enfin au 410, qui est leur appartement, je suppose – je suppose bien hein ? –. Sybelle vole se poser sur le fauteuil du salon et me dit de faire comme chez moi. Gênée, je ne sais que lui répondre. Je regarde Jack valser de droite à gauche. Peut-être est-ce sa chambre qu’il faudrait nous indiquer non ? Mais dans l’obscurité de l’appartement, j’aperçois ce visage rougi par les coups. Owh. Je me dirige alors dans la salle de bain, sans rien dire. J’hésite quelques fois, je rentre et je sors de pièces qui ne ressemblent pas du tout à une salle de bain, observant par la même occasion le mobilier et le goût de nos hôtes. Jason trouve la salle de bain avant moi – comme d’habitude je dois dire –. J’allume la lumière, entre et me sers dans l’armoire qui ressemble à la pharmacie de la maison. Munie de désinfectants, de cotons, d’arnica et de pansements, je reviens dans le salon. Je pose le tout sur une table près du canapé et attrape Jack pour la main pour le faire asseoir sur le canapé. Pas trop fort sinon je risque de le faire tomber ! Pour le rassurer, je dis :
Avant d’aller au lit, il faut qu’on vous débarrasse de vos petits bobos.
Enfin petits bobos, c’était juste pour rire. Parce que pour moi, un petit bobo, c’est genre une coupure due à une feuille de papier – ne riez pas, ça fait vraiment super mal ! –. Je sais pas si c’est une bonne idée Rose.. On ne les connait pas assez pour nous permettre de le toucher comme ça si ? Owh mais je ne fais rien de mal ! Les humains le font bien alors je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire ! Puis je ne vais quand même pas le laisser partir se coucher avec des croûtes de sang pareilles ! C’est dégueu’ ! J’imbibe donc un coton de désinfectant et vient l’appliquer tout doucement sur l’arcade de notre zombie ivre. Doucement et avec concentration, je nettoie le reste de son visage. J’attrape ensuite le tube d’arnica pour lui appliquer une légère couche sur le haut de l’arcade qui a déjà commencé à bleuir. Je trouve ça amusant. Jason soupire face à cette pensée mais je m’en fous. C’est drôle, je ne connais pas cet homme et me voilà à soigner ses plaies. Je trouve ça drôle. Et très humain aussi. Dans un simple sourire, je cesse de m’occuper de son visage et le regarde simplement. Il a du charme.
Vous vous sentez mieux ? Peut-être un verre d’eau vous ferez du bien aussi non ?
Je me retourne vers Sybelle pour lui demander son avis, qui sera surement plus lucide que celui de Jack. J’ai retrouvé mon calme et ma bonne humeur. L’évènement de toute à l’heure n’est presque plus qu’un souvenir semblable à un rêve. Seul un mal de crâne me le rappelle. Et le souvenir de ces mains qui vous écrasent la taille et pourraient venir écraser autre chose. Je frissonne.
Comment vous vous êtes retrouvés dans cet état Syb’ ?
Jason me regarde avec de grands yeux pour avoir de un posé cette question, mais ça ce n’est pas comme si c’était nouveau, mais surtout pour avoir osé appeler le petit oiseau Syb’. Ça lui va bien je trouve, puis c’est pas comme si nous n’avions rien partagé.
  
MessageVen 22 Juil - 18:05
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Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
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« Parfois il me semble qu'à l'intérieur de moi quelque chose fait défaut, un fil inversé, une pièce défectueuse, une erreur de fabrication, non pas quelque chose en plus, comme on pourrait le croire, mais quelque chose qui manque. »
Je devrais retirer tous les miroirs de cet appartement. Les miroirs, les écrans, tout ce qui peut d’une façon ou d’une autre me permettre d’apercevoir ma gueule de déterrée. Dans le reflet que me renvoie la télé, je distingue la fatigue de mes traits. Au moins je n’ai pas à supporter ce que j’imagine être un teint aussi rouge qu’il n’est immonde, sans compter cette lèvre bleuie et le sang qui macule mes cheveux. Je ne remarque pas Rose lorsqu’elle s’éloigne de nous pour pénétrer dans la salle de bain, sous l’œil attentif de Sybelle. Les signaux que l’étourneau m’envoient sont confus – sans doute un énième effet désastreux de l’alcool sur l’abruti que je suis – mais je parviens quand même à discerner l’étendue de sa fatigue. Elle est épuisée. Et pour le coup, c’est entièrement ma faute. Je serre les dents, cherchant le courage d’aligner deux pensées cohérentes pour m’excuser auprès d’elle, mais mon infirmière en herbe débarque de nouveau dans le salon et m’attrape par la main pour me forcer à m’asseoir sur le canapé.

« Avant d’aller au lit, il faut qu’on vous débarrasse de vos petits bobos. »

Mes petits bobos ? Elle fait référence à cette bosse sur ma lèvre et au coup qui gonfle de mon arcade, ou à d’autres blessures que je n’aurais pas senties ? Mes yeux alternent de mes mains à la table basse, puis de la table à mes bras. J’ai les phalanges éraflées par ma dernière petite altercation avec l’autre ivrogne, et quelques griffes sur le bras droit, mais rien de comparable à ma fabuleuse cicatrice. Quand je regarde mes doigts, je me dis que j’ai quand même pas lésiné sur les coups. La vache ! Il a dû le sentir passer, mais c’est pas plus mal. Ça lui ôtera peut-être l’envie de recommencer à cet enfoiré. Bref, j’observe avec attention – ce mot possède une définition toute relative, pour l’occasion – Rose tandis qu’elle imbibe le coton de désinfectant, mais ne peut retenir un mouvement de recul lorsqu’elle approche sa main de mon visage.

Tu bouges encore et je t’assure que je t’arrache une oreille.

Mes yeux s’écarquillent devant la ferveur de la remarque, mais elle a l’effet escompté puisque je reste tranquille le temps que la jeune femme me soigne. A peine ai-je poussé quelques grognements réprobateurs en sentant le picotement du produit sur ma peau – j’ai connu douleur nettement plus désagréable que celle-là, je devrais donc survivre. Elle finit d’appliquer de l’Arnica – rouge sur bleu, je dois avoir l’air d’un clown – et me fixe simplement de ses prunelles innocentes. Je la dévisage, encore groggy par les derniers événements. Je me rends tout d’un coup compte que je ne sais absolument rien d’elle, hormis son prénom et celui de son daemon paon. Je ne sais rien d’elle, ouais. Si ce n’est qu’en moins d’une heure, elle m’a porté sur au moins un kilomètre, s’est interposée pour me défendre, a conduit ma voiture jusque chez moi et a soigné mes plaies. Ça en dit long sur le personnage, non ?

« Vous vous sentez mieux ? Peut-être un verre d’eau vous ferez du bien aussi non ? »

Et maintenant elle me propose un verre d’eau. Mais mon estomac fragile n’ayant pas l’air d’humeur à accepter le moindre liquide supplémentaire, je secoue négativement la tête.

« Je crois que ça ira pour le moment… Mais si tu pouvais en mettre un à côté de son lit avant de dormir au cas où, je t’en serai vraiment reconnaissante. »

Sur ce point, elle ne ment pas. Syb’ ne ment jamais, à part si elle juge que c’est indispensable pour me protéger. Je cligne des yeux, incapable de me détacher de la silhouette féminine qui se tient à côté de moi. Je crois que si elle me propose de cuisiner quelque chose, même si je n’ai pas faim, je l’adopte sur le champ.
Sybelle me sermonne mentalement de ne pas l’ouvrir, primo pour ne pas effrayer Rose avec ma voix éraillée et mes idées pourries, secundo parce qu’elle risquerait de se blesser en courant le plus vite possible hors de l’appartement. Bof. Si elle avait voulu fuir, elle l’aurait fait depuis longtemps.

« Comment vous vous êtes retrouvés dans cet état Syb’ ? »

Mon cœur rate un battement. Je détourne la tête, à la fois pour fuir le regard de Rose et celui de ma moitié. Je n’ai ni l’envie ni la possibilité d’aider l’étourneau à trouver ses mots – à les choisir, plutôt. Mais je suis certain qu’elle s’en sortira très bien. C’est ce qu’elle fait de mieux et ce depuis toujours. Je l’entends soupirer derrière moi ; une expiration emplie d’un mélange de douleur, de tristesse et d’une inquiétude toute maternelle qui lui correspond bien.

« C’était un jour sans… »

Ça commence plutôt bien. Come on, mon amour, je sais que tu peux faire mieux que ça. L’étourneau cesse de fixer mon dos et la courbe de ma nuque pour se concentrer sur Rose.

« Alors il a voulu aller prendre l’air, pour se changer les idées. Mais le plan n’a pas particulièrement fonctionné. »

Au cas où Rose en doutait encore.

« Il ne boit quasiment jamais d’habitude, et je crois que ce n’est pas plus mal. »

C’est sa façon à elle de me dire qu’elle haït plus que tout le fait que je ressemble à un cadavre. Dit de façon plus laconique et suggestive, bien sûr, mais dit quand même, au cas où il me viendrait à l’idée d’oublier que j’aurais le droit à une soufflante de Mama Bird au réveil demain matin.

Je n’ai toujours pas retrouvé les iris de Rose. Mes yeux fixent un point du mur sans le voir tandis que je me perds dans les paroles de Sybelle. J’aimerais sincèrement pouvoir utiliser ce fichu don et me rendre invisible, là, maintenant, de suite, ou alors avoir l’occasion d’aller m’enterrer dans un coin. Mais mes jambes demeurent immobiles et mes épaules, voûtées. Je suis donc contraint d’écouter la conversation innocente qui s’opère à mes côtés.

Non, non, non. Je dois m’échapper, au moins pour quelques minutes. Maladroitement, je saisis l’accoudoir du canapé et me redresse sur mes pieds. Bordel ça tangue ! Je maugrée, plus pour la forme que par réelle nécessité.

« ‘Vais pisser. »

Je vois du coin de l’œil ma daemonne lever les yeux au ciel mais acquiescer sans rien dire. Je crois qu’elle est agacée par mon manque de tact mais je m’en fous. Sans prêter attention à mes pas incertains, Syb reprend le fil de la discussion là où elle l’avait laissé.

« Et vous, que faisiez-vous dans le secteur ? J’espère qu’avec ces bêtises nous n’avons pas interrompu quelque chose. En tout cas, jamais je ne pourrais assez vous remercier d’avoir… »

Elle laisse sa phrase en suspens en me voyant ouvrir la fenêtre du balcon. Ses yeux minuscules deviennent aussi ronds que des soucoupes lorsque j’enjambe la petite marche pour sortir à l’extérieur.

« Jack ? »

Mais je l’ignore, profitant pleinement de la brise légère qui ondule sur mon visage, l’esprit encore embrumé par les vapeurs de l’alcool. D’une main, je descends ma braguette, insensible à la colère que je sens gronder chez l’étourneau.

« Bon sang Jack ! »

Je l’entends s’envoler mais ne m’arrête pas pour autant. Alors que j’attrape mon caleçon d’une main pour le descendre, prêt à ouvrir les vannes, un toussotement gêné sur ma gauche suspend mon geste. Je tourne la tête et adresse un sourire radieux à mon vieux voisin, qui me dévisage avec la certitude d’avoir un aliéné sur le balcon à côté du sien. J’agite la main en guise de salut, ce qui laisse le temps à Sybelle de venir m’agripper l’oreille pour me traîner de force à l’intérieur. Tu me paieras ça, mon coco. Devant les mines interloquées de Rose et de Jason, j’hausse simplement les épaules en riant comme un enfant, balayant la colère de ma moitié d’un geste de la main. Mes pas me guident jusqu’aux toilettes – les vraies, cette fois – et je ferme la porte, ce qui ne m’empêche pas d’entendre la voix désespérée de Sybelle à travers la cloison.

« Vous devez nous prendre pour des malades. Si vous voulez vous en aller, il n’y a aucun problème. »

Si nous sommes malades, bébé, alors je peux te garantir que la quasi-totalité du reste du monde l’est aussi. Je me lave les mains et sors de la salle de bain, mais au lieu de retourner dans le salon, je rentre dans la chambre. Mes mains hésitantes viennent ouvrir le troisième tiroir de la commode et soulèvent mes chemises pour sortir une boite à chaussures. En l’ouvrant, je retrouve des photographies dont certaines que j’aurais dû brûler depuis longtemps, ainsi que d’autres souvenirs d’un passé dont je rêve de me rappeler et qui pour l’heure ne ressemble pas au mien. Je dispose le tout sur le lit et m’assoit en tailleur sur les couvertures, observant chaque élément avec la plus grande attention, comme si le fait de les fixer allait me donner des réponses à toutes ces questions.

J’entends vaguement des bruits de pas dans le couloir. Perdu dans mes pensées, je mets un temps à relever la tête ; quand je le fais, mes prunelles sont dilatées par la peur et mes mains tremblent. Je regarde ceux qui m’ont rejoint sans réellement les voir, le doute au bord des lèvres et une douleur sourde grandissant au creux de ma poitrine.

Ma bouche s’agite, mon chuchotement s'échappe, mes angoisses exultent.

« Je crois que je me suis perdu. »

Et les larmes coulent.



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MessageDim 31 Juil - 10:49
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Folie pour folie, prenons les plus nobles.
Gustave Flaubert

Le récit de Sybelle ne se fait pas trop tarder. Un jour sans, dit-elle. Les pupilles graves, je me concentre sur ces paroles me demandant si j'ai bien fait de poser la question. La curiosité qui m'anime me convainc rapidement que j'ai bien fait. Jason est gêné, il aimerait s'envoler pour ne pas à avoir à entendre des mots qui ne sont pas les leurs. Je lui demande téléphatiquement de se calmer. Ce n'est pas comme si nous avions affaire à des mercenaires criminels de la drogue de Paris ! Ca n'existe pas ça Rose... Chuut ! L'histoire de ma jolie petite créature s'arrête. Elle est simple et claire. Un jour sans. Cela résume parfaitement la situation. Je me mords la lèvre inférieure. Que peut-on ajouter à ça ? Je hoche la tête, doucement. Ne me demandez pas pourquoi. Je crois que c'est parce que j'ai besoin de lui dire que j'ai entendu tout ce qu'elle a dit et que je le comprends. Qui ne connait pas les jours sans ?

J'ouvre la bouche pour ajouter quelque chose, mais Jack me devance. Ayant quitter mon regard quelques minutes avant, il semble vouloir s'échapper de nouveau. Je ris faiblement à sa remarque. Je ne le quitte pas des yeux. Sa démarche est encore si fébrile. Les mains sur les genoux, je me demande comment ce serait passé notre rencontre s'il n'était pas ivre. Elle aurait certainement été plus normale.. La remarque de Jason est juste mais me dérange. Je crois que je l'aime bien notre rencontre, maintenant – oui parce que je n'aurais pas sorti ça lorsque le type de tout à l'heure m'a mis un poing dans la tronche –. Sybelle continue de faire conversation avec moi, et j'apprécie. Je détourne le regard de Jack pour l'écouter. Lorsqu'elle interrompt sa phrase pour se tourner vers Jack, je ris de ce spectacle. Plus fort cette fois-ci. Le petit oiseau n'arrête pas de pester tandis que Jack continue son manège. Toujours en riant, je me demande s'il va le faire. Je pourrais être la gamine à côté de lui qui dit : aller, aller, aller, fait-le, aller, aller, fait-le ! Pas très étonnant ! C'est avec déception que je vois Jack s'en aller de la fenêtre pour se diriger vers la porte de la salle de bain. La petite fille en moi exprime un petit oooowh déçu muet.

Sybelle reprend la conversation mais lui donne une tournure différente. Je lui souris de toutes mes dents. Quel est le nombre de mecs qui a claqué ma porte en me traitant de malade ? Depuis que je ne suis plus avec Théo, je n'ai jamais réussi à trouver quelqu'un. Peut-être parce que tu es toujours persuadé qu'il reviendra ? J'ignore cette remarque. Pour essayer de remplacer son manque, j'ai pourtant essayé de vivre quelque chose avec quelqu'un, d'essayer l'amour physique que tout le monde qualifie d'extraordinaire – rien de bien extraordinaire pour moi –. Toutefois, Théo est le seul à pouvoir rendre les choses extraordinaires. Le seul.
Si tu savais le grain que j'ai ? Ce serait paradoxale que je m'en aille parce que je vous trouve singlés ; et complètement irrationnel.
Je ris encore, tout en remarquant que je n'avais pas ri comme ça depuis longtemps. Un rire franc, profond et apaisant. Je regarde Sybelle. J'ai brisé les frontières de la politesse et l'appelant Syb' et en retirant ce pronom personel qu'est nous. J'aime bien Syb'. Elle me rappelle Jason. Elle est douce et juste, elle gère les aléas de sa moitié comme une maman. Vous avez beaucoup de points communs, dis-je à l'intention de Jason. C'est vrai. Et je sens que le paon se détend un peu plus et accepte de se dire que nous ne sommes pas en présence de parfais inconnus.
Nous devrions peut-être aller voir Jack non ?
Sans trop attendre l'accord de Sybelle, je me lève du canapé et me dirige vers la pièce où Jack s'est éclipsé. J'en profite pour analyser les murs, les décorations qui ornent l'appartement, comment il est construit etc.. Il est chouette son appartement. Plus spacieux que le mien, il sent plus le neuf et la modernité. Arrivés près de la porte, je la pousse faiblement. Jason passe la tête par l'entrebaillure et un frisson le parcourt. Sa gêne revient. Je crois que je me suis perdu. J'ai fini de pousser la porte en entier. Il est assis sur son lit, des objets posés devant lui. J'aperçois des photos dans la pénombre. J'aperçois ensuite la lueur de ses larmes et je me mets à paniquer à mon tour. Cela ne m'a pas fait peur de venir le voir quand il était malheureux, adossé à son mur. Mais là.. Là c'est différent. Je balbutie :
Euh.. Non, ne soyez pas triste.. Non mais ça va aller, ne pleurez pas. Vous voulez un verre d'eau ? Quelque chose ? Euh.. Mais..
Jason pose sa petite tête contre moi, pour m'apaiser et me dire que la situation est vaine. Nous devrions peut-être le laisser tranquille. Il a peut-être raison, mais je n'ai pas envie. Je progresse dans la chambre pour m'approcher de lui, mais son état me fait peur. Je suis impuissante face à sa détresse et je déteste ça. C'est alors qu'une idée me vient.
Ne bougez pas, j'arrive me perdre avec vous.
Jason me regarde, ne comprenant pas où je voulais en venir. Il court derrière moi alors que je quitte la chambre pour me diriger vers la cuisine. Je fouille les placards rapidement à la recherche de tout type d'alcool buvable. Rose, tu es pas sérieuse ? J'attrape une bouteille de rhum qui traine au fond d'une étagère, elle a du servir pour la cuisine ou autre car elle n'a pas beaucoup été entamée et elle est bien cachée. Peut-être est-elle là pour éviter qu'on ne la consomme trop vite ? Je règlerai ce problème en même temps. J'attrape ensuite un verre et un reste de jus de fruit dans le frigo. Jason commence à lever la voix, me traitant d'inconsciente et ce que je m'apprêtais à faire n'arrange pas les choses. Je ne l'écoute pas. Je suis dans mon truc. Je remplis la moitié du verre avec le rhum puis le reste avec le jus de fruit. Je descends le verre en quelques secondes. Ça brûle ! Je ferme très fort les yeux, en me resservant un autre verre. Rose arrête ça ! Je coupe le verre avec de l'eau. Je n'ai que très rarement bu du rhum aussi fort et mon estomac le supporte à moitié. Je remplis mon troisième verre, vidant le reste de jus de fruit. J'ouvre à fond le robinet pour boire un peu d'eau, mon estomac le réclame. Les mains appuyées sur le plan de travail de la cuisine, je souffle un grand coup, sous le regard affolé de Jason. J'entame mon verre mais n'arrive pas à le finir. Tant pis, ça devrait être suffisant. Rose, tu bois pas assez souvent pour te permettre ce genre de folie, arrête s'il te plait! Trop tard. Je ne réponds pas à Jason. Le reste de mon verre à la main, je me dirige à nouveau vers la chambre où se trouve Jack. L'alcool me monte déjà à la tête et je sens qu'une chaleur nouvelle emplit mes sens. Je souris.

Arrivée dans la chambre, je viens m'asseoir en face de Jack, poussant maladroitement toutes les babioles qu'il a devant lui. Je le regarde avec un sourire débile parce que je le trouve rigolo et je l'aime bien – même s'il est bourré et qu'en réalité, je ne sais pas vraiment qui il est –. Machinalement, sans trop savoir pourquoi, je lève les bras en l'air et vient me poser sur le torse du grand homme pour le serrer un peu fort. Murmurant doucement, je lui dis :
Faut pas pleurer..
Je me dégage ensuite rapidement de lui, pour le regarder un peu mieux – et aussi parce que Jason me hurle d'arrêter mes conneries –. Owh mais quel coincé ! Rose, tu commences déjà à ne plus être totalement nette ! Normale, je fais presque 1m70 pour 55 kg à peine et je ne bois pas souvent. Quoi de plus normal non ? Je me mets à rire et d'une voix qui me ressemble encore, je dis à Jack :
Par contre, je n'ai jamais été vraiment bourré, donc je sais pas du tout ce que ça fait et puis bah, ce qui faut et tout, mais je me suis dit que.. comme vous avez l'air de vous y connaître en la matière, je n'avais pas grand chose à craindre.
Je ris encore. D'une voix plus douce et plus faible, je continue :
Puis au moins je ne vous laisse pas tout seul..
Je fuis son regard quelques secondes puis plus dynamique, je me relève du lit pour dire :
Bon, qu'est-ce que vous faîtes quand vous êtes déprimés comme ça ? A part vous bourrez la tronche bien sur. Owlaah.
J'ai manqué de tomber en me redressant. Ça tourne, un peu. En souriant, je vide le reste de mon verre. Je le pose par terre, puis tends une main à Jack. J'ai chaud, je fais n'importe quoi, mais je veux pas qu'il soit triste. Jason, ne m'en veux pas. Je commence à perdre le contrôle de ce que je pense et ce que je dis, mais je m'en fiche parce que je ne perds pas mon objectif. Ma mère dirait que je suis complètement tarée et que je joue plus avec le feux qu'autre chose, mais elle aurait ri et ce serait bu un coup avec moi. Je perds peu à peu le lien avec Jason qui médusé, lève les yeux vers Sybelle et dit :
Tu vois maintenant le grain qu'elle a..
  
MessageMer 17 Aoû - 13:22
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Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
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« La tristesse vient de la solitude du cœur. »
Je me sens comme un enfant. L’innocence n’est plus, ne subsistent que le chagrin et les souvenirs d’un bonheur désormais envolé. Je suis un enfant que la vie et le temps mettent à nu sans lui demander son avis, et je ne peux rien contre ça. Mes larmes ne changeront pas les choses, de même que mes efforts. Je me construis depuis des années sur des bases incertaines, sur les bribes d’une histoire que je ne suis pas encore parvenu à reconstituer en six ans. J’écoute les « on dit », j’entends les « peut-être », je ne vois que les « je crois ». Il n’y a rien de sûr à ce que je suis, et encore moins à ce que j’ai pu être. Certains disent que chaque être possède en son sein une fêlure, une part d’ombre qui ne peut lui être soustraite, une plaie qu’aucun mot ou geste n’est en mesure de guérir. Là réside la mienne. Dans l’idée même que je ne suis qu’un anonyme, qu’un homme de plus, qu’un humain que le destin a dépouillé sans état d’âme.

Sybelle a volé jusqu’au lit et s’est posé sur la photo la plus proche de moi, celle de nos vacances à LA avec Nina. Elle hésite encore à me toucher, de crainte que je me braque et n’offre à Rose une scène de violence dont elle n’a certainement pas besoin. J’ai déjà agi ainsi. J’ai déjà été victime de mes chimères, poupée malhabile que les démons manipulent à leur guise. J’ai déjà brisé mes phalanges contre les murs, tout comme j’ai jeté au sol et avec rage les cadres qui contenaient ces photos. J’ai déjà fait tout ça. Et dans ce genre de moments, de ceux où même Sybelle ne parvient plus à me raisonner, je sais qu’il vaut mieux que je sois seul. Seul avec mes maux.

Mais aujourd’hui, je n’ai ni l’énergie ni l’envie d’imposer à Rose un tel fardeau. Machinalement, je pose pour de bon mes prunelles égarées sur la silhouette gracile de la jeune femme, sans pour autant noter l’ampleur de son trouble.

« Euh.. Non, ne soyez pas triste.. Non mais ça va aller, ne pleurez pas. Vous voulez un verre d'eau ? Quelque chose ? Euh.. Mais.. »

Sa voix est une caresse pour mes oreilles. Rose est douce et prévenante, exactement le style de personnes qu’on aimerait croiser tous les jours. Peut-être est-elle aussi de ceux qu’on voudrait protéger de tout – de la violence comme du doute, de la peur comme de l’horreur. En temps normal, c’est certainement ce que j’aurais souhaité faire. Mais aujourd’hui, assis sur ce lit et les yeux embués de larmes, j’imagine que c’est à elle de le tenter. Pour moi, pour un inconnu. Elle s’approche en hésitant, je vois bien qu’elle ne sait pas quelle attitude adopter mais je ne lui en tiens pas rigueur, pas plus que Sybelle qui la couvre d’un regard compatissant. Rose est jeune et elle a peur. Qui pourrait la blâmer pour ça ? Sûrement pas moi, en tout cas.

« Ne bougez pas, j’arrive me perdre avec vous. »

Mes iris glissent le long de son profil effilé, jusqu’à ce qu’elle disparaisse de ma vue à n’en être qu’une suite de pas désordonnés sur le parquet. J’ignore ce qu’elle compte faire et Syb, curieuse, tente d’entendre les bruits émanant de la cuisine, en vain. Soupirante, l’étourneau pose ses prunelles sombres sur moi et s’approche pour effleurer mon index gauche de la pointe de son bec.

« Tu aurais dû les jeter la dernière fois. »

Murmure. Je sais qu’elle a raison, comme c’est souvent le cas. Dommage que je ne sois pas plus enclin à écouter ses conseils et à m’abandonner à l’intelligence de son instinct maternel. Il m’arrive souvent de dire en plaisantant que Sybelle est la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivé : une seconde mère pour celui qui reste encore et toujours un grand enfant. Une seconde chance, en quelque sorte. Je pense ce que je dis. Syb est un vrai cadeau, pour moi en particulier, mais aussi pour ceux qui ont la chance de la côtoyer et de l’apprivoiser. Attendri par le fil de mes pensées, ma moitié s’envole pour venir se poser sur mon épaule. Doucement, elle frotte sa minuscule tête contre ma joue détrempée par l’eau salée. Malgré moi, mes paupières se ferment et je la laisse sécher mes larmes, domaine dans lequel elle excelle. Un de plus, et qu’il est malheureux celui-là…

Un bruit de pas dans le couloir m’empêche de m’étendre sur le sujet. Rose apparaît dans l’entrebâillement de la porte, sourire aux lèvres et rouge aux joues, m’observant avec la certitude de ceux qui savent ce qu’ils font – ou au contraire, qui improvisent si bien qu’ils n’ont aucune peine à s’en persuader. J’ai à peine le temps de froncer les sourcils qu’elle réduit à néant la distance qui nous sépare et envoie valser d’un geste aussi vif qu’imprécis les photos éparpillées devant moi. Je ne bronche pas tandis qu’elle s’installe sur le lit, chancelle à peine lorsqu’elle lève les bras et serre mon corps contre le sien. Entre les vapeurs de vodka, je crois que je parviens tout de même à prendre un air perplexe suffisamment convaincant. Mes yeux croisent ceux de Sybelle, qui est partie se jucher sur l’une des lampes de chevet et nous observe avec curiosité. Elle n’a apparemment pas plus de réponse que moi sur le brusque changement de comportement de Rose.

« Faut pas pleurer.. »

Mon souffle se fait plus court et je me fige en entendant ces quelques mots. Lorsqu’elle se redresse, me relâchant au passage, j’en profite pour la dévisager du mieux que je peux ; l’odeur sucrée du rhum parvient jusqu’à mes narines et déclenche un haut le cœur qui soulève mon diaphragme. Elle a bu, apparemment. Et à en juger par la façon dont elle sourit béatement et tangue, ce n’est pas dans ses habitudes. Elle se met à rire d’un seul coup, et j’ignore si c’est à cause de mon abasourdissement ou de cette situation complètement awkward, mais un sourire finit par étirer mes lèvres à son tour.

« Par contre, je n'ai jamais été vraiment bourré, donc je sais pas du tout ce que ça fait et puis bah, ce qui faut et tout, mais je me suis dit que.. comme vous avez l'air de vous y connaître en la matière, je n'avais pas grand chose à craindre. Puis au moins je ne vous laisse pas tout seul.. »

Je n'arrive même pas à être vexé. Pourquoi je le ferai ? Tout ce qu’elle dit est vrai. Quoi qu’il en soit, j’avais vu juste : Rose n’est pas un pirate du dimanche, mais il faut reconnaître que le rhum lui va plutôt bien au teint. Je ne bouge pas d’un millimètre lorsqu’elle quitte brusquement le lit, faisant sursauter mon édredon au passage.

« Bon, qu'est-ce que vous faîtes quand vous êtes déprimés comme ça ? A part vous bourrez la tronche bien sur. Owlaah. »

Elle vacille autour de ses appuis mais réussit in extremis à se remettre d’aplomb – et c’est tant mieux, parce que je suis bien trop loin et trop imprécis pour prévenir la moindre chute. Je papillonne quelques secondes devant la main qu’elle me tend, pas encore totalement résolu à la suivre dans son élan de folie. Et puis, je jette un nouveau coup d’œil à la tornade rousse qui me fait face et à l’énergie qu’elle déploie pour que j’arrête de me morfondre me fout un coup de fouet. Un nouveau sourire, plus franc cette fois, se dessine sur mon visage ; je me lève d’un bond et m’empare de ses doigts.

« Je vais te montrer alors. »

Je l’entraine à ma suite jusqu’au salon, tamponnant les murs au passage sans m’en émouvoir. Je ne sens plus la consternation de Syb qui, restée dans la chambre, met un moment à prendre conscience de ce qu’il vient de se passer.

« Tu vois maintenant le grain qu'elle a.. »

Elle baisse les yeux sur Jason mais devant son air désemparé, l’étourneau ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Il faut croire qu’elle est soulagée que les choses n’aient pas dégénéré, finalement.

« Je vois, oui. Mais je crois que c’est un bon grain. Le genre d’éclat de folie qu’il manque parfois à Jack. »

Et dont j’ai besoin, bien qu’elle ne le dise pas explicitement au joli paon. D’un battement d’ailes, elle invite le daemon à nous rejoindre dans le salon.

J’ai lâché la main de Rose pour me pencher sur la chaine hi-fi. Maladroitement – et surtout parce que je vois si flou que la tâche est plus ardue qu’il n’y parait – je règle l’appareil sur la fréquence recherchée. Il ne faut pas plus de quelques secondes pour que l’écho de la voix d’Iggy Pop vienne s’échouer le long des murs. Je dégage rapidement le salon, histoire de nous concocter une piste de danse respectable, et prend un air sérieux – ou presque – pour expliquer à Rose la suite des évènements. J’ignore vraiment à quoi peuvent bien ressembler les explications d’un mec avec deux grammes dans chaque bras, mais bon.

« ‘Faut danser. Danser aide à oublier. »

Danser aide à aller mieux. Danser, et chanter s’il le faut. Puisque la musique est ce qu’il nous reste quand tout fout le camp… Sans attendre qu’elle réagisse, j’entrecroise de nouveau nos phalanges et la fait tourbillonner une première fois en riant. Bientôt, je nous entraine au rythme soutenu de la mélodie, poussant l’audace et défiant dangereusement notre équilibre au vu de notre état.

Habituellement, je ne suis pas un piètre danseur. Reste à voir si cette capacité est toujours d’actualité même bourré.



CREDIT → OSWINWHO
  
MessageLun 19 Sep - 19:39
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Rose M. BakerNothing will be the same...

Chaque jour il faut danser, fût-ce
seulement par la pensée.
Nahman de Braslaw

La pièce semble s'être réchauffée de quelques degrés. L'attente de la réponse de Jack m'importe. J'en oublie presque ce que je viens de lui dire. C'est quand il ouvre la bouche que je comprends tout. Les joues rouges, je ris au contact de ses doigts. Il m’entraîne hors de la chambre. Jason retient un cri lorsque je manque de me manger le mur. Mauvaise évaluation des distances, désolée. Je vois, oui. Mais je crois que c’est un bon grain. Le genre d’éclat de folie qu’il manque parfois à Jack. Les dires de Sybelle résonnent une fraction de secondes dans mes pensées. Ils me font du bien. Je ne sais pas pourquoi. J'oublie vite, continuant de suivre Jack. Jason, lui, ne perd pas une miette de ce que dit le joli oiseau. Il pourrait sourire, mais une gêne l'en empêche. Malgré le fait que Sybelle vient de l'assurer que ce petit – petit est faible à dire – spectacle peut être bénéfique à Jack, il continue à se demander si je ne viens pas de nous entraîner – encore – dans un mauvais tour. Le grand oiseau bleu finit par sourire, sortant de la petite chambre sombre, laissant derrière lui les souvenirs passés de notre nouvel inconnu.
Aller viens, il serait préférable de ne rien rater !
Nous voilà de retour dans le salon. Jack lâche ma main. Je perds mon sourire. Non, reviens. Comme une enfant perdue, je regarde autour de moi, le laissant faire son petit ménage. Chaîne Hi-Fi en marche, meubles poussés, pistes de danse assurée ! Lorsque les premières notes atteignent mes oreilles, un air de fête reprend possession de mon esprit. Plus besoin de la main de Jack. Faut danser. Danser aide à oublier. Je rigole, mais je ne sais pas danser. En temps normal, j'aurais fait une grimace et j'aurais dit non. Ce soir, je souris mais dis quand même :
Même si on ne sait pas danser ?
Jason fait son irruption dans la pièce et me voit poser le pied gauche un peu trop sur ma droite. Je me retourne. Mon petit roi. Regarde comme c'est drôle. Mes pensées n'atteignent pas celles de mon Daëmon. Elles sont à côtés, décalées, gênantes. Un air de tristesse fait descendre mes lèvres ; mais il revient. Alors que les doigts de Jack se lient à nouveau aux miens, je tourne sur moi-même, entraînée par sa force. Son rire me fait chaud au cœur. En temps normal, j'aurais dit « qu'est-ce que tu fais, arrête, c'est pas sérieux », un truc dans le genre. Ce soir, je serre ses doigts un peu plus fort pour ne pas tomber.

Je ne connais pas la musique – où alors je ne suis pas en capacité de la reconnaître –. Mais Jack semble savoir parfaitement ce qu'il fait. Entre rire et surprise, je le laisse m’entraîner dans sa danse. Je lui marche sur le pied une fois ou deux, m'excusant la première fois, riant la deuxième. Je tente quelques pas, mais m'emmêle plusieurs fois les pieds. Grâce au soutien de Jack, je ne tombe pas. J'ai encore plus chaud. Mais je m'en fous. Je danse. Sûrement très mal. Mais je m'en fous. Tu restes un peu avec moi hein ? Ce n'est pas tant de l'inquiétude que je sens dans sa voix, c'est autre chose. Je ne suis pas en capacité de lui répondre télépathiquement, les oreilles remplies de musiques et la tête alcoolisée. J'essaye juste d'être près de lui, malgré tout. Et je continue de danser. Je sais pas si on peut vraiment appeler ça danser. Tu as de la chance que Jack tient humblement la route ! C'est vrai qu'il danse bien. Je me sens ridicule face à lui, mais d'un autre côté, son habilité masque l'absence de la mienne. Criant pour qu'il m'entende, je lui demande :
Où as-tu appris à danser comme ça ?
Dans certains films, ce sont les garçons qui ne savent pas danser. Dans celui-là, c'est moi le garçon je crois. Puis j'ai trois coups dans le nez. C'est drôle d'être pompette. Tu as chaud, tu te sens légère. Sauf que je ne le suis pas. D'un bond, je m'approche de Jack, involontairement, le poussant peut-être un peu trop brutalement. Comprenant que je manque de le faire tomber, j'attrape son bras pour le tirer un peu plus vers moi, pour qu'il retrouve son équilibre – peut-être –. Rose fais attention ! Je ris aux éclats.
Je ne sais vraiment pas danser. Comment tu fais pour supporter une partenaire comme moi ?
Je recule de quelques pas, pour éviter tout risque de le faire tomber.
Et c'est quoi ce groupe ? Je ne connais pas du tout.
Jason remarque ma voix un peu trop forte et mon timbre pas tant habituel. L'alcool monte vite à la tête, il le sait. Moi aussi, mais plus vraiment maintenant. J'ai un peu oublié. Un peu. Parce que je danse maintenant. Jack a raison. Danser aide à oublier. Je n'ai pourtant rien à oublier. Mais j'oublie quand même. Notre rencontre, le type, ma peur, les larmes, la Terre, les gens, où je suis. Prise dans une vague floue, je ferme les yeux pour danser encore un peu. Ferme pas les yeux ! Je les ouvre en sursaut, regardant mon petit paon. Il secoue négativement la tête en signe de désapprobation de mon comportement. Je souris et lui fait coucou. Puis tourne le dos pour danser à nouveau. Jason cherche alors le soutien de Sybelle :
Elle me fait peur. Je ne me souviens pas l'avoir déjà vue vraiment bourrée. Tu crois que c'est une bonne chose ?
En portant à nouveau son attention sur moi, il se rend compte des gestes ridicules que je fais et cache sa tête sous son aile.
Owlalah mais regarde la.. Elle ne sait même plus sur quelle planète elle est.
La Terre !
J'aime le contredire.

Ma tête commence à tourner un peu trop. Je fais un, deux, trois, quatre pas de travers et manque de tomber. D'une maladresse terrible, j'attrape le bras de Jack et dis doucement :
Je crois que je danse mieux quand tu tiens ma main.
Puis je ris. Le monde tourne. Comme les musiques.
  
MessageMer 28 Sep - 16:21
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« Dans la conversation comme dans la danse, chacun est le miroir de l'autre. »
Cette danse, c’est n’importe quoi. Je crois que je suis beaucoup trop saoul pour sortir quelque chose de correct en fait, même si je m’efforce de faire de mon mieux pour faire bonne impression sur Rose – ou sur moi-même, je ne sais plus trop. Les pas se choquent et s’entrechoquent, valse mécanique côtoyant rock endiablé tandis que la voix du chanteur monte crescendo. Je m’autorise même une petite reprise du refrain entre deux rondes, le souffle cependant bien trop court pour parvenir à finir mes phrases. Rose m’écrase le pied une première fois et me sort des excuses que j’entends à peine, trop occupé à tenter de maintenir notre équilibre. Quand elle réitère la chose, j’explose de rire en même temps qu’elle. Je n’aurais jamais imaginé que m’enfiler 5 – 9 – shooters de vodka pouvait me mener jusque-là, à danser au milieu de mon salon avec une jeune femme que je ne connais que depuis deux heures. Le spectacle doit être intéressant, néanmoins… Je me demande à quoi nous pouvons bien ressembler. Toi, à un pingouin unijambiste. La remarque de Sybelle me fait pouffer de rire comme l’aurait fait un ado aux bouffées d’hormones douteuses. Elle, par contre… Mon trésor se tait un instant, court laps de temps duquel je profite pour dévisager Rose. Le choc me comprime la poitrine et me coupe définitivement le souffle ; bon sang… elle a l’air heureuse. En fait, elle l’est. Est-ce qu’il est possible que je sois celui qui lui fait cet effet ? Le soupir de Syb’ interrompt ma réflexion. Non, je ne trouve rien pour définir ce jeu de jambes.

« Où as-tu appris à danser comme ça ? »

Je fronce les sourcils. Avec les basses branchées aussi fort et ce solo de guitare électrique, il m’est difficile de capter plus qu’un mot sur deux. Je la fais tournoyer une nouvelle fois, enserrant un peu plus fort ses doigts pour qu’elle n’aille pas s’emplafonner dans la commode derrière elle, puis fait mine de réfléchir. Un sourire taquin étire finalement mes lèvres.

« … Je crois que j’ai oublié, ça aussi. »

Ça aussi. J’ai oublié toute une partie de ma vie et aujourd’hui, j’en souris. L’alcool peut définitivement être merveilleux, descente mise à part. J’ai beau tenter de me rappeler où j’ai bien pu apprendre ça, j’en suis incapable. Peut-être que ma mère en sait plus à ce sujet, il faudra que je lui demande. Rose s’approche d’un bond et me fait reculer de quelques pas surpris. Mon talon se coince dans le tapis et je trébuche, perdant l’équilibre pour atterrir les fesses les premières sur le canapé. Sybelle n’est pas franchement rassurée par ce qu’elle vient de voir. Si tu pouvais éviter de te briser le crâne avant la fin de la nuit, ça m’arrangerait. Je n’ai pas encore l’option pour pianoter le numéro des secours sur ton téléphone portable. Je ris de bon cœur, tant pour balayer l’inquiétude de ma moitié que pour faire écho au rire de ma partenaire.

« Je ne sais vraiment pas danser. Comment tu fais pour supporter une partenaire comme moi ? »

Mes paupières papillonnent quelques secondes, avant que je ne me relève et lui réponde dans un clin d’œil.

« Crois-moi ou non, mais j’ai déjà vu bien pire. »

Je grimace exagérément pour appuyer ma remarque.

« J’aurais pu perdre un pied. Ou un bras. Ou la totale, en fait. »

Bon ok, j’exagère un peu même si, dans les faits, j’ai effectivement vu des cas largement pire que celui de Rose.

« Et c'est quoi ce groupe ? Je ne connais pas du tout. »
« Un groupe pour les vieux dinosaures comme moi. J’éclate de rire. Iggy Pop ça te dit rien, même pas un peu? Je vais prendre un coup de vieux si tu continues. »

Je secoue la tête d’une mine contrite puis m’empare de nouveau de ses doigts, profitant des derniers refrains pour reprendre notre danse là où elle s’est arrêtée.

« Elle me fait peur. Je ne me souviens pas l'avoir déjà vue vraiment bourrée. Tu crois que c'est une bonne chose ? »

Sybelle baisse les yeux vers Jason. A son tour, l’inquiétude du paon la fait rire doucement.

« Bon pour ? Leur honneur ? Les relations de voisinage ? Sûrement pas. Mais t’en fais pas, le mal de crâne se chargera de leur faire regretter tout ça demain matin. »

Elle porte de nouveau son attention sur nous. Si elle avait pu sourire, je crois qu’elle l’aurait fait.

« Et puis, on est jeunes qu’une fois. Petit silence. Enfin je parle de Rose, là ! »

Sa sournoiserie ne m’atteint pas. Dans un dernier mouvement, la chanson d’Iggy s’achève, nous laissant une poignée de secondes pour tenter de respirer. Peine perdue, pour ma part. Les premières notes de la prochaine musique résonnent alors et avec elles, c’est un élan de surprise qui s’éveille.

« … Mon dieu. Je ne me rappelais pas d’avoir ça. »

Du tango. Je ne suis même plus sûr de savoir danser ce truc, et je suis quasi persuadé que Rose ne connait la danse que de nom. Ok, pas grave, ce sera notre défi du soir. Celui de ne pas vomir n’est pas suffisant, à tes yeux ? Bon, notre deuxième défi, alors. Je m’approche de Rose, les yeux brillant de malice.

« On tente ? Laisse-toi guider, on va voir ce que ça donne. »

Je prends sa main et rapproche nos deux corps, mes lèvres effleurant involontairement ses cheveux roux. Si on n’était pas aussi ivres – et aussi gamins – la scène pourrait rapidement devenir ambigüe. Mais pour l’instant, la seule chose qui m’intéresse est de réussir à enchaîner plus de trois pas avant que la chanson ne se termine – ce qui semble mal parti, pour le moment. Au bout d’une minute je me décale d’un pas vers l’arrière en secouant la tête, sourire obstinément ancré sur ma barbe.

« C’t’une catastrophe ! »

Je ris puis me mordille la lèvre, songeur.

« Ok, on va tenter autre chose. Viens par là. »

Sybelle m’assure que c’est encore une idée à la con, ce dont je suis pleinement conscient mais que j’assume totalement. J’attends que Rose s’approche et, lorsqu’elle l’est suffisamment, je la prends par les aisselles pour la soulever de quelques centimètres et la poser… Sur mes pieds.

« De toute façon tu passes déjà ton temps à les malmener. »

J’essaie de ne pas rire, vraiment. De nouveau, ma main gauche vient trouver la sienne tandis que mon bras droit enserre sa taille. Ensemble, nous virevoltons.

« Ah ! Ca a quand même plus d’allure ! »

Ouais, enfin, jusqu’à ce que l’alcool reprenne ses droits sur tout le reste et manque de nous faire tomber tous les deux. Je finis par lâcher Rose ; je dois avoir l’air d’un gamin de cinq ans. Il vaudrait mieux qu’on arrête les frais avant qu’il y ait plus de casse.

« T’as faim ? »

J’aimerais bien qu’elle réponde oui mais en même temps, qu’elle veuille changer de jeu ne me dérangerait absolument pas.

« Y a de la glace dans le congélo, si ça te tente. »

Et de la chantilly. Et du saucisson, sinon. Tout ce qu’on veut pour être heureux – il en faut si peu, de toute façon.



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MessageSam 22 Oct - 17:15
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Rose M. BakerNothing will be the same...


« If you had to identify, in one word, the reason why the human race has not achieved, and never will achieve, its full potential, that word would be 'meetings. » Dave Barry

Cette fois, on peut dire que je ne sais plus dans quel monde je suis. Je suis perdue quelque part entre ici et nulle part. Je m'appelle Rose Mackenzie Baker. J'aime le dessin et j'habite.. Et je danse. Je danse chez.. chez Jack. Et je ne sais pas danser. Mais je m'en fous. C'est marrant. Je suis loin. Loin de tout jugement. Je le suis déjà de nature mais là, c'est encore pire. Au début, je faisais attention aux pas que je faisais, j'ai essayé de les rendre souple et discrets à peu près en accord avec la musique. Maintenant, je fais attention à rien. Je lance ma jambe en l'air si j'en ai envie, même si je ne suis pas souple. J'effectue une série de pas ridicule même si je ne suis pas sur le rythme de la musique. Je ris même s'il n'y a rien de drôle et je chante même si je ne connais pas les paroles. Je suis loin, c'est tout.

Jack prend à nouveau ma main et mon sourire est instantané. Ouaaais! Comme une enfant, je fais oui de la tête sans même avoir compris ce qu'il a dit, ni sur la musique qui vient de changer. C'est du tango ! Jason toujours là à la rescousse. Alors que j'essaye de me concentrer sur ce nouveau rythme, Jack m'amène à lui d'une force contrôlée mais vive en même temps. Sans trop comprendre ce qui m'arrive, je tourne la tête vers Jason qui ne dit rien, impassible. Les dires de Sybelle semblent l'avoir un peu apaisé. Il a souri au petit oiseau, appréciant de plus en plus son calme, sa douceur et son humour. Peut-être qu'elle finirait par avoir raison de lui et lui retirer ce caractère anxieux ? Moi je commence à rire, sentant très bien que nos pas ne mènent à rien. Je recule quand il recule, j'avance quand il avance, je lui marche sur les pieds, tourne sur mi-même alors qu'il ne faut pas tourner. Je n'ai rien du tango, même pas ce petit rythme lent, lent, vite, vite, lent ; lent, lent, vite, vite, lent ; lent, … . Je ris à nouveau et murmure faiblement :
Jack, je ne sais vraiment pas danser..
Il recule et appuie mes mots maladroits. Nous sommes ridicules. J'arrête de rire, prenant un temps pour respirer et pour le regarder, l'air stupide, perdu sur ce visage que je connais à peine. Jack, lui, il me regarde pas. Il a une autre idée. Il veut essayer quelque chose. Je ris encore comme s'il était drôle alors que je sais que au fond, il n'est pas drôle mais je trouve ça drôle. Alors je m'approche, je le laisse faire. Je pousse un petit cri surpris lorsqu'il me prend par les aisselles pour me soulever doucement.
Euh, je ne sais pas voler non plus hein !
Mais Jack ne veut pas me faire voler, débiloss' ! Il me repose sur ses pieds et je fronce les sourcils. Qu'est-ce qu'il fout ? De toute façon tu passes déjà ton temps à les malmener.
Héé ! je rouspète en lui donnant une petite tape sur l'épaule.
Puis je rigole encore, encore et encore. Parce que c'est drôle.

Après quelques pas plus « glorieux », Jack me repose comme s'il réalisait que nous allions aller trop loin. Je le regarde encore, les joues rouges, les yeux troubles. Je suis plus trop là, je crois. Je le sens. Ça tourne. Mais c'est drôle. Dans un soupir de soulagement et d'effort, je m'écroule sur le canapé derrière moi. Jason ne vient pas me voir. Il préfère rester auprès de Sybelle.
J'espère que notre rencontre ne vous aura pas trop perturbé, dit le petit paon, toujours trop poli.
Il veut ajouter autre chose de gentil, mais Jack me demande si j'ai faim. Dans un sourire niais, je fais oui de la tête. Ouais, j'ai faim je crois. Enfin, je suis pas sûre, mais je veux bien manger un truc. Il a parlé de glaces. Enfin je crois. Je me lève du canapé pour partir en quête de trouvailles alléchantes. Mes pas sont de moins en moins précis. Je sens bien que le monde ne fait pas que tourner.

Arrivée dans la cuisine – deux minutes de plus que la normale –, j'ouvre le frigo. Je parcours rapidement des yeux ce qui peut potentiellement m'intéresser. Salade ? Je vais m'en passer. Bière ? Ça me donne trop envie de pisser. Mouais. Je ferme le frigo pour m'intéresser à autre chose. J'ouvre quelques placards, je fouille un peu sans trop me soucier de la politesse. Je tombe enfin sur quelque chose qui me met l'eau à la bouche.
Ooowh, tu as du saucisson ! Si tu savais combien de temps ça fait que je n'en ai pas mangé ! Ooowhoho !
J'ai les yeux qui brillent. Comme une gamine qui vient de trouver son chocolat préféré caché dans le placard.
Je t'en pique quelques tranches !
J'attrape un couteau qui traîne sur l’égouttoir. J'enlève brièvement la peau de mes tranches puis les engloutit sans aucune classe. Hmm.. Ouais, ça fait bien trop longtemps que je n'en ai pas mangé. Je regarde Jack et me mets encore à rire.
Et dire que j'avais prévu de rentrer chez moi dormir après un spectacle.. Tu viens de transformer ma soirée.
Je n'ai pas dit si c'était une bonne chose ou non, mais ma bouille en dit déjà bien assez.
Je devrais te rencontrer plus souvent.
J'ai avalé mes deux tranches de saucisson, laissant ma dernière phrase derrière comme si je ne l'avais jamais dite et que je n'attendais aucune réponse. J'aime ce côté spontanée des choses qui doivent simplement être entendues puis oublier. Vous me suivez ? Ouais, moi non plus je suis plus trop. Je me coupe une autre tranche de saucisson.
Tu en veux ?
Un minimum de politesse quand même. J'en coupe d'autres – au cas où –.

Ma tranche dans la bouche, je me lève de la table pour contempler d'un peu plus près sa cuisine. Je fredonne un air familier, tranquillement. J'essaye de me détendre un peu pour éteindre l'excitation de l'alcool. J'avoue avoir un peu de mal. J'ai souvent envie de rire. Je me retiens. Quelque fois.
Vous faîtes quoi dans la vie ?
Je me suis tournée d'un coup d'un seul, comme si cette question me tournait dans la tête depuis des heures et je devais la poser, là, maintenant. Elle m'est venue comme ça. J'ajoute avec un ton rieur :
A part boire un peu trop, se faire taper par des inconnus et danser super bien ?
Je ris un peu, puis m'arrête en le regardant plus sérieusement. En plus, j'ai l'impression de me répéter.
Je veux dire, on est qui tous les deux en fait ? Pour s'être rencontré, comme ça, puis pour que j'ai pu conduire votre voiture et venir danser sur votre plancher comme ça ? On est des gens ordinaires pourtant non ? Qui essayent peut-être de rendre leur vie un peu moins monotone. Mais vous, alors, c'est quoi votre vie monotone ?
Je suis partie loin. Comme si ce que je viens de dire avait le sens le plus pur du monde. Seul Jason, Sybelle et peut-être Jack – s'il est un peu moins rond que moi –, savent que ce que je viens de dire n'a pas réellement de sens. Je suis ridicule. Mais ça me plait.

Un sourire étire mes lèvres alors que j'attends doucement sa réponse.
  
MessageVen 28 Oct - 19:06
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 238Nombre de RP : 30Âge réel : 22Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
    I'm after you


« L'innocence et la beauté n'ont d'ennemi que le temps. »
Y a quelque chose d’étrange dans tout ça. Une innocence et une joie que je ne saisis pas encore, tant par crainte de la voir s’estomper que par manque de tangibilité. Le monde tourne, les rires fusent et moi, moi je vois rien, je comprends rien mais qu’importe puisque je suis quand même. Enivré par la musique autant que par la vodka, atteint par le tango autant que Rose l’est par le rhum. Elle me fait marrer, à me regarder de cet air interloqué, comme si elle s’étonnait d’avoir pu réaliser tout ça. Mais l’alcool fait cet effet, Rosie. Il dégage tes craintes, anéantit toutes tes barrières d’un simple souffle ; te révèle au monde d’abord, à toi ensuite. Et honnêtement, elle a l’air d’aimer ce qu’elle voit.

« J'espère que notre rencontre ne vous aura pas trop perturbé. »

Sybelle me lâche des yeux pour tourner sa minuscule tête en direction de Jason, mais n’a pas le temps de répondre que le cri ravi de Rose – qui a entre-temps disparu dans la cuisine – la coupe dans son élan.

« Ooowh, tu as du saucisson ! Si tu savais combien de temps ça fait que je n'en ai pas mangé ! Ooowhoho ! Je t’en pique quelques tranches ! »

A mon tour, je quitte le canapé sur lequel je m’étais affalé pour me précipiter dans la pièce avoisinant le salon. Syb m’observe tenter d’éviter la commode qui se dresse entre mon corps et l’encadrement de la porte – un échec de plus – et, avant de me rejoindre, répond simplement au paon.

« Honnêtement, je pense que vous ne pouvez pas plus le perturber qu’il ne l’est déjà. »

Elle rit, légère comme elle ne l’a pas encore été de la soirée.

« Par contre je crois qu’on ferait mieux de bien les surveiller pour éviter les désastres ! »

Sur cette remarque, l’étourneau s’envole jusqu’à mon épaule. J’ai finalement réussi à m’appuyer contre le chambranle de la porte, et c’est les yeux brillant d’amusement que je regarde à présent Rose dévorer le saucisson qu’elle tient à la main.

« Et dire que j'avais prévu de rentrer chez moi dormir après un spectacle.. Tu viens de transformer ma soirée. »

J’éclate de rire à mon tour.

« Ouais je sais, je suis doué pour ça. Et avec du saucisson, c’était une réussite à coup sûr. »

Je n’ai jamais vu quelqu’un manger de la charcuterie avec autant d’entrain. A croire qu’elle ne mentait vraiment pas en disant qu’elle n’en avait pas mangé depuis longtemps… J’espère juste que la raison de cette abstention n’était rien d’autre qu’un oubli, et pas une allergie quelconque.

« Je devrais te rencontrer plus souvent. »

Rieur, je penche légèrement la tête de côté. Je crois que je n’ose pas quitter l’entrée de la cuisine de peur de chanceler dangereusement sans avoir de quoi me rattraper.

« Si tu le faisais, tu prendrais au moins quatre kilos d’ici la fin de l’année. »

Ouais, mais si elle le faisait, je risquerais aussi moins de finir ivre mort, les fesses sur le bitume d’une rue crade au beau milieu de la nuit – au beau milieu de nulle part.

« Tu en veux ? »

Est-ce que j’ai envie de saucisson ? Quelle question. J’hausse les épaules, prenant finalement mon courage à deux mains pour m’avancer dans la pièce. Je m’assois sur une chaise à côté d’elle, tandis que Sybelle saute de mon épaule pour atterrir sur la table.

« Allez. J’vais quand même pas te laisser grossir toute seule, hein. »

En riant, je m’empare d’une tranche qu’elle vient de couper et la gobe – littéralement – ne commençant à savourer le saucisson qu’à partir du deuxième morceau. Du coin de l’œil, j’observe Rose faire le tour du lieu en chantonnant, tout en évitant les coups de bec gourmands que ma moitié adresse à mes doigts. La jeune femme a toujours cet air extatique accroché au visage et j’avoue que ça accentue ma bonne humeur, de la voir aussi radieuse. Je me demande si c’est la première fois qu’elle boit comme ça.

« Vous faîtes quoi dans la vie ? »

On repasse au vous maintenant ? J’ouvre la bouche pour lui répondre, un peu surpris qu’elle me pose cette question de but en blanc, mais elle ne m’en laisse pas le temps.

« A part boire un peu trop, se faire taper par des inconnus et danser super bien ? »

Cette fois, j’en reste bouche bée, réagissant quand même pour balancer un bout de saucisson sec dans sa direction. Histoire de faire bonne figure même si après tout ce qu’on a déjà vécu ces trois dernières heures, c’est juste impossible.

« Je veux dire, on est qui tous les deux en fait ? Pour s'être rencontré, comme ça, puis pour que j'ai pu conduire votre voiture et venir danser sur votre plancher comme ça ? On est des gens ordinaires pourtant non ? Qui essayent peut-être de rendre leur vie un peu moins monotone. Mais vous, alors, c'est quoi votre vie monotone ? »

J’hausse les sourcils, de plus en plus étonné par son comportement. Elle risque pas de me donner mal à la tête avant l’heure, avec toutes ses questions ? Finalement, je lui souris et ôte une nouvelle fois à Sybelle la possibilité de piquer un bout de charcuterie – not for birds, qu’est-ce qu’elle ne comprend pas là-dedans ? – avant de lui répondre.

« Ordinaires ? Tu nous trouves ordinaires ? »

J’éclate de rire. Je suis moqueur, c’est vrai, mais c’est à peu près tout ce que mon cerveau a bien voulu retenir de son long monologue.

« On est des gens bizarres qui apprennent le tango et font criser les vieux d’à côté. »

Sybelle me fait les gros yeux, mais je m’en fous c’est la vérité. Si demain je n’ai pas de mot assassin sur ma porte de la part de mon voisin de pallier, ce sera un miracle, ni plus ni moins. Je me redresse sur ma chaise, étirant mes bras au-dessus de moi.

« Le reste du temps, j’suis éleveur de nains. Tu trouves toujours ça monotone ? »

Je penche la tête de côté, m’amusant un moment de son expression avant de reprendre.

« Nan, je suis éducateur spécialisé. Je travaille en centre, auprès des enfants et parfois même dans les écoles. »

Difficile ne pas voir à quel point j’aime mon métier. Rien que de parler de mes garnements, mon sourire s’amplifie et mes yeux brillent de bonheur, à me donner l’air d’un imbécile heureux.

« Et toi, tu fais quoi le reste du temps ? A part ramasser les déchets dans la rue et voler le saucisson chez des inconnus. »

Je me mordille la lèvre inférieure pour garder mon sérieux, en vain.

« D’ailleurs c’est quoi ce spectacle dont tu parlais ? »

Je tourne la tête pour m’assurer que Sybelle, l’oiseau râleur et inquiet qui nous suit depuis le début de la soirée, a bel et bien décidé de prendre part à la conversation. J’essaie de remonter le niveau, que veux-tu. Je la sens gronder lorsqu’elle me voit la singer, mais cette colère ne m’atteint pas. Je suis encore trop euphorique – et groogy – pour songer à être de mauvais poil.

Tout en écoutant la réponse de Rose, je quitte ma chaise pour me diriger droit vers le frigo dans lequel je plonge la tête. Je fais mine de réfléchir quelques instants avant d’attraper la bombe de chantilly, que je présente à la jeune femme d’un air triomphant.

« Le saucisson ça va bien cinq minutes. Ça te dit qu’on tente autre chose ? »

Sybelle me maudit intérieurement. Elle sait à quel point je suis une catastrophe en cuisine et honnêtement, l’idée de la création culinaire à une heure du matin n’est pas une idée qui l’enchante. Mais qui pourrait dire non à mes yeux de Chat Potté, franchement ?



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MessageMer 30 Nov - 14:25
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« La connerie, la vraie connerie, la connerie rutilante, la connerie superbe, c'est l'homme. » Frédéric Drad.

Un bout de saucisson dans la face, me voilà à nouveau prise d'un fou rire incontrôlable. Jack trouve qu'on est des gens bizarres. Je fais un gros effort pour cesser de rire et me concentrer sur ce qu'il dit. Des bizarres qui essayent d'apprendre le tango et font râler des voisins un peu trop vieux pour les stupides folies de ceux qui veulent rester jeunes. Je repense à notre danse – à ma danse – et je me serais plutôt qualifiée de « ridicule » plutôt que de « bizarre ». Peut-être que pour Jack je suis bizarre ? C'est vrai que c'est étrange les personnes qui s'assoient à côté de celles qui ont un coup dans le nez. Mais c'était intéressant de le faire non ? Je suis trop saoule pour percevoir les pensées de Jason, qui approuve à moitié mes opinions de travers.

Alors que je m'appuie sur un dossier de chaise pour trouver une stabilité que ma tête semble avoir perdue, Jack me parle de ce qu'il fait dans la vie. Ouaah. Éleveur de nains, ça doit être sympa. Attentive, je hoche la tête – n'ayant pas du tout conscience que ce métier n'existe pas –. Je l'imagine déjà entouré d'une ribambelle de petits nains aux bonnets pointus. Comme ceux dans Blanche-Neige. J'aime bien les nains de Blanche-Neige. Ils sont gentils. Et ils sont drôles. Rose, ça n'existe pas éleveur de nains ! 'Ai pas compris.. En réalité, Jack est éducateur spécialisé et pas éleveur de nain. Je ne cache pas mon égarement. J'en suis incapable. Son ton chaleureux me fait comprendre à quel point c'est quelque chose d'important pour lui. Alors je souris même si je suis bête.

L'attention se porte maintenant sur moi et ma vie. Je fronce les sourcils, ayant déjà de la peine à me souvenir pourquoi je suis là. Mais lorsque Jack, avec un humour exquis, fait référence à mon « vol » de saucisson, je lâche un petit « ooooowh ! » et lui envoie le morceau de saucisson que j'avais gardé dans la main – ne vous demandez pas pourquoi –.
J'suis voleuse professionnelle.
Les pensées affluent trop vite, je ne sais plus ce que je dois ou ce que je dois taire.
Et j'aime bien dessiner aussi. Pour les livres de nains et les livres de grands.
Je lui souris en retenant un petit rire étouffé. Moi non plus Jack j'arrive pas à garder mon sérieux, t'inquiète pas.

La douceur de la voix de Sybelle me fait cesser de rire. Le petit oiseau est intervenu dans la conversation tranquillement, sans crier guare. Je la regarde en souriant sans être capable de lui répondre. Les yeux attentifs de mon petit paon me transperce et sous la pression de ce regard trop sérieux, je me mords la lèvre et réponds :
J'sais plus.. Petit rire de gamine. Mais il était super bien !
Jason a envie de se taper la tête contre un mur.

Tandis que j'essaye de me remémorer ce spectacle oublié, Jack se lève de sa chaise pour se diriger vers le frigo. Y autre chose à manger ? Il enfonce tellement sa tête dans l'appareil que j'ai peur qu'il se cogne. Je me retiens de faire un commentaire – gros gros effort ! –. Jack finit tout de même par ressortir de la chantilly dans les mains. Je fronce les sourcils.
J'aime bien le saucisson moi, dis-je en riant.
Quoi que la chantilly aussi... Je prends appui sur un meuble de sa cuisine et continue :
Alors monsieur le cuisto' ? Qu'est-ce qu'il vous ferait plaisir ?
La vérité, c'est que je ne suis pas une cuisinière en herbe. Il m'arrive de cuisiner bien de temps en temps, mais les plats de pâtes à 22:00 c'est souvent ma spécialité, disons. Puis de la chantilly, ce n'est pas très inspirant comme ingrédient principal. Mais une idée me vient :
Owh, tu as pas dit que tu avais de la glace ? Je marque une courte pause. J'ai toujours rêvé de faire une méga coupe de glace comme dans les grands restaurants !
C'est une idée comme une autre après tout, mais c'est la seule qui m'est venue là. Puis ça fait tellement longtemps que je n'ai pas mangé de glaces aussi. Faut dire que c'est pas trop la saison. Puis.. Owh ça tourne. Je m'assieds maladroitement sur la première chaise à ma portée pour retrouver un peu mes esprits. Tu as trop bu d'un coup.. Je ris dans ma barbe à l'écoute de cette pensée. Ouais, ouais, j'ai trop bu.

Je rapporte mon attention sur Jack.
Alors emballé ou tu as une autre idée ? Je suis pas difficile quand il est question de chantilly en général.
Je retiens un hoquet. Et je vois un peu flou. J'espère que le saucisson diluera mieux l'alcool qu'un estomac vide.


Blabla :
 
  
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