Brothers [Wyatt & Cillian]

 
  
MessageJeu 2 Juin - 17:55
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 472Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
Brothers


Hôpital de Perth Amboy ~ début juin 2015

Je quitte Bridget et les autres, zigzaguant entre les médecins et infirmiers débordés par l’afflux incessant de nouveaux blessés, victimes de la véritable guerre civile qui a lieu dehors. Je me maudis de la laisser seule, mais je sais qu’elle ne voudra pas quitter Milo et de toute manière il est hors de question qu’elle sorte d’ici pour le moment. Les combats entre daemoniens font rage dehors et elle doit s’assurer qu’elle n’a rien, tout comme son bébé. Mais pour ma part, il reste encore un membre de ma famille dehors, couché dans le sable d’une zone industrielle, tout seul au centre d’un champ de bataille. Plus personne n’a besoin de moi ici et rester dans les pattes des médecins les gênerait plus qu’autre chose. Maintenant, je dois aller chercher mon frère.

En sortant des urgences, je grimpe dans la camionnette qui nous a amenés ici. L’odeur du sang qui imprègne les tissus me fait marquer une pause dans mes geste un instant, mais je mets le contact et démarre en trombe pour sortir du parking. Je m’engage sur des routes désertes où seuls quelques véhicules perdus comme le mien circulent entre les stigmates des affrontements qui ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Perth Amboy. Des gravats, des trous dans l’asphalte et des traces d’un rouge macabre dessinent des formes sanguinaires sur les murs et les graviers. Je déglutis. Le monde doit-il toujours se détruire pour trouver la force d’évoluer ? Mes mains se serrent sur le volant, blanchissant mes doigts qui luttent contre leurs tremblements. Les images de ces dernières heures se répètent dans ma tête alors que je parcours les quelques kilomètres qui me séparent de la zone industrielle. Les coups de feu, les coups de poings, le déchirement de la terre, des coeurs et des corps. Je revois Bridget, le canon d’un pistolet tout droit dirigé sur elle. Je revois Dwayne, l’épaule en sang, pris à parti par un lion gigantesque qu’il a finalement couché d’une balle entre les deux yeux. Je revois les yeux fous de Wyatt me transperçant de part en part comme si j’étais son seul ennemi, et son corps inerte allongé sur le sable, achevé par la toxine de ma propre soeur.

Soudain, je pile lorsqu’un groupe de fugitifs suivis par des daemons haletants me coupe la route pour disparaître quelques mètres plus loin derrière une bâtisse aux vitrines brisées. Mon coeur s’emballe une seconde alors que je m’attends à voir débouler je ne sais quel corps armé à leurs trousses. Mais seul un implacable silence répond aux derniers bruits de pas des fuyards et je finis par reposer mon crâne sur l’appui-tête en soupirant. Lentement, je sens alors Sin descendre de mon oreille pour rejoindre mon épaule et s'agripper aux mailles de mon débardeur autrefois blanc.

- Il est peut-être encore un peu tôt pour sortir, Cillian. Qui sait ce qu’on risque encore, là, dehors ?

Sa voix ne se fait pas insistante, préférant la suggestion à la directive. Je mets quelques secondes à lui répondre, mais je finis par murmurer, les yeux rivés sur la route ruinée devant nous.

- Je ne peux pas le laisser là-bas.

Je sens son regard me couvrir quelques secondes, doux comme une caresse.

- Je sais, finit-elle par dire, les vibrations de sa voix oscillant entre fierté et inquiétude.

Délicatement, elle pose une patte sur ma peau dans mon cou, me témoignant son soutien par ce petit geste, sans un mot, et je redémarre lentement pour retrouver la zone industrielle. Dans un silence de mort.

₪ ₪ ₪

Lorsque j’arrête le moteur, je reste immobile dans la voiture un long moment, attendant de voir le nuage de poussière s’évaporer au loin. Alors qu’il disparaît peu à peu se dévoile progressivement une réalité que j’aurais aimé ne jamais connaître. Lentement, la scène se redessine devant moi, figée dans un immobilisme lugubre depuis que nous l’avons abandonnée, comme une image restée hors du temps. Un à un, les corps réapparaissent, délaissés à même le sable, la peau meurtrie par leur dernier combat. Tout ici n’inspire plus que la violence et la mort, comme une allégorie du cataclysme qui a déchiré la ville.

Enfin, je le vois, légèrement excentré, là où je l’ai vu s’effondrer il y a tout juste quelques heures. Mon coeur s’arrête. Je prends une forte inspiration comme si soudainement je manquais d’air. Je ne parviens pas à détourner les yeux de cette image, son corps laissé là, face contre terre, ses cheveux noirs blanchis par la poussière. Le vent fait onduler ses vêtements tâchés de sang et de terre, et le silence englobe le terrain entier, comme une chape de plomb autour de ce lieu mortuaire, oppressant.

Plusieurs minutes après mon arrivée, je suis toujours assis sur le siège conducteur, incapable de bouger. Chaque seconde qui s’égraine me fait me demander si revenir ici était finalement une bonne idée. Mais alors que mon regard demeure vissé sur la silhouette inanimée de Wyatt, la question ne se pose plus, car jamais je n’aurais pu agir autrement. Dehors, les bruits des affrontements qui perdurent en ville continuent de me parvenir, assez loin cependant pour que je ne craigne pas l’arrivée de tout un escadron sur la zone dans les prochaines minutes. Les périodes de guerres nous font trouver de drôles de satisfactions…

- Cil’, on ne pourra pas rester ici trop longtemps, me rappelle malgré tout mon âme.
- Je sais, je réponds avec une certaine amertume dans le fond de ma voix.

J’ai fait ma part de combats. J’ai fait mon nombre de morts. Les dernières rixes se passeront de moi, et il ne me reste que quelques minutes seul pour dire adieu à mon frère.

Après une dernière inspiration, je me décide enfin à ouvrir la portière et à descendre de la camionnette. D’un pas assuré, je traverse la zone industrielle devenue champ de bataille pour rejoindre le corps de Wyatt. Je passe devant un cadavre imposant reposant sur le dos dans une marre de sang partiellement séché. L’odeur est insoutenable. Je ne mets qu’une fraction de seconde à reconnaître la dépouille du père d’Anja tombé sous mes balles et soudainement, j’ai l’impression de réentendre chacun des coups de feu et le bruit humide du projectile qui a tranché sa carotide. Je ferme les yeux un instant, juste le temps de le dépasser et de balayer ces images de ma tête. J’entends le cri d’Anja à nouveau, sa manière de hurler mon prénom avant de se jeter sur moi, son frère d’arme devenu meurtrier. J’inspire encore. Le son s’atténue. Je déglutis. Puis je continue mon chemin pour achever les derniers pas qui me séparent de l’Irlandais.

Lorsque j’arrive à sa hauteur, je pose immédiatement un genou à terre comme pour éliminer cette distance imposée par ma simple stature. Mais je n’arrive pas à le toucher pendant de longues secondes. J’observe cette enveloppe dénuée de vie comme si je n’y croyais pas, comme si elle n’existait pas. Une illusion. Un rêve éveillé. Puis, ma main se rapproche de lui, peinant à achever ces derniers centimètres qui me séparent du contact. Et lorsqu’enfin je le touche, ce n’est que le froid qui s’est emparé de tout son corps qui me parvient. Un étau vient me prendre la gorge. Je déglutis douloureusement. Mes incisives viennent se planter dans ma lèvre inférieure, seule manière de me donner assez de courage pour attraper son épaule et le faire pivoter vers moi. Aucune résistance. Seulement le poids de son corps inanimé dans la paume de ma main. Et son bras retombe lourdement sur le sol lorsqu’il arrive sur le dos, sa tête valsant un instant de droite à gauche, emportée par l’élan.

C’est alors que je le vois, son regard, à travers ses paupières à demi closes, son regard vide, translucide, perdu, ses yeux si bleus devenus ternes comme de l’eau trouble. Un haut-le-coeur me prend et je détourne le regard de longues secondes, luttant contre les soubresauts qui me prennent. Sin, dans le creux de mon cou, tremble comme une feuille, peinant à dissimuler les émotions qui s’emparent d’elle. Elle ne dit plus rien, m’empêchant même d’avoir accès à son esprit. Chacun de nous fait face seul à l’abjecte réalité, caché derrière ses murailles qui ne s’effriteront qu’une fois que nous aurons tous les deux la force de nous ouvrir à l’autre.

Attrapant Wyatt sous les bras, je le tire finalement vers moi, calant sa tête dans le creux de mon coude. Je n’ai pas encore la force de baisser les yeux. Je ne peux pas le regarder. Je garde la tête résolument tournée vers le ciel alors qu’une chaleur humide vient doucement imprégner mes yeux. Et ce n’est qu’une fois que je referme les paupières qu’une première larme tombe sur ma pommette, par-dessus ce “21” dont mon frère n’a jamais appris le sens. Lentement, je laisse tomber mon front sur le haut de son crâne, et je me fais emporter par ce flot incontrôlable qui s’empare de tout mon corps. Mes bras se crispent autour de lui, et mon torse se soulève douloureusement à chaque sanglot. Plus rien n’existe autour de nous. Je n’entends plus rien. Rien que l’air qui me brûle la gorge chaque fois qu’un soupire l’y pousse. Rien que le coeur de mon frère qui ne bat plus sous mes mains. Rien que le cruel silence qui s’est emparé de cet endroit. Mes doigts s’empare du tissu de ses vêtements, enfonçant mes ongles dans les mailles, à en déchirer les fibres. Et chaque larme qui coule dessine une tache noire dans ses cheveux, avalant la poussière qui les a recouverts. Je m’abandonne ainsi jusqu’à ce que mon corps n’en puisse plus et que, de fatigue, les pleurs finissent par se taire.

Je me redresse lentement, refusant de le lâcher. Ma gorge me brûle, comme un écho à la douleur qui me déchire les entrailles. J’inspire lourdement. Encore. Et j’attends de laisser passer la fin de l’orage. Si proche de moi, et pourtant toujours aussi inaccessible, Sin refuse toujours le contact, ce que je ne lui demanderai pas de changer. Nous laissons chacun s’écouler le temps qu’il faut.

Ce n’est qu’après de longues minutes que je n’ai rapidement plus eu la force de compter, que les premiers mots parviennent à se frayer un chemin difficile le long de ma gorge.

- T’avais pas le droit...

Cette fois, je sens mon âme lever les yeux pour me regarder, même si son esprit demeure muet.

- T’avais pas le droit, Wyatt...

Je sens les larmes revenir dans le coin de mes yeux, mais je ne les laisse pas tomber, car c’est la colère qui prend le pas sur la peine.

- Pas maintenant. Après tout ça. Quatre ans de combats, six mois en prison, une guerre ouverte que nous sommes sur le point de gagner… Et toi, tu t’en vas. Tu t’effondres, et tout ce que t’as fait, tu le laisses derrière toi. Cette victoire, c’était ta victoire, Wyatt. Et tu ne verras rien.

Ma mâchoire se crispe sous la haine que m’inspire cette injustice. Tous ces efforts pour tomber sous le poids des coups et d’un poison avant même d’avoir assisté aux prémices de la chute du Conseil. Tous ces sacrifices pour mourir en essayant de tuer un frère. Je referme les yeux et me souviens de son regard lorsqu’il se tenait au-dessus de moi, le poing levé, prêt à fracasser ce visage qui semblait appartenir à son pire ennemi. Quel sortilège a pu le faire sombrer dans une folie si aveugle ? Wyatt n’a pas pu agir comme cela sans être possédé par une force dont j’ignore la véritable nature, mais qui est capable de détruire un homme et d’en prendre ainsi le contrôle. Et je jure de briser de mes mains celui qui a condamné mon frère à mort avant même qu’il ne me retrouve. Car cette ordure m’a privé de nos vraies retrouvailles.

Voilà ce qu’il me reste après six ans de rancune et une fin du silence fêtée derrière des barreaux. Un corps froid et inerte dont la rigidité naissante des paupières m’empêche de lui fermer complètement les yeux. Et jamais je n’aurai cette étreinte de frères que j’attends depuis que j’ai quitté Drogheda.

Inconsciemment, mes bras se resserrent autour du corps de Wyatt et je reprends avec une voix renforcée par ma colère :

- On avait tellement de choses à se dire, Wyatt. Et on a eu le temps de rien. Je voulais que tu sois là… pour tout. Tout le meilleur, maintenant qu’on a traversé le pire pendant six ans. Et ce putain de Conseil qui voulait tout nous arracher, on va le détruire comme ils t’ont détruit. Je te le promets.

J’inspire d’un coup pour contrer un soubresaut. Puis, j’ose enfin regarder son visage. Ma lèvre inférieure tremble, je l’arrête en la mordant. Et je murmure enfin, la voix brisée de nouveau par cette vision en laquelle je ne parviens pas encore à croire pleinement :

- Je suis tellement désolé, Wyatt...

Et je laisse tomber les dernières larmes qui me viennent.

- Je te promets de vivre comme tu me l’as demandé ce jour-là.

Je pose doucement une main sur son front, puis me sépare de lui à contrecoeur. Lentement, je fais glisser son corps pour le redéposer sur le sable. Je ne peux pas l’emmener avec moi. Pour aller où, d’abord ? Et surtout, je veux que l’on n’émette aucun doute sur les responsables de sa mort : cette sorcière au buste encore à moitié enfoncé sous terre avec une pierre sculptée par Dwayne fichée dans le crâne, et tous ses sbires aveuglés par leur lubie.

Je le laisse donc sur ce tapis de poussière, lui donnant simplement une position plus digne de lui que celle dans laquelle je l’ai trouvé : bras le long du corps, sur le dos, la tête droite, tournée vers le ciel. Un genou à terre devant lui, je pose une main sur son épaule que je presse un instant en signe d’au revoir. Alors, Sin bouge enfin et passe sur mon bras jusqu’à atteindre ma main, toujours sur mon frère. Une fois au bout de mes doigts, elle regarde quelques secondes Wyatt en silence, lui faisant ses adieux à sa façon. Puis, elle mime une caresse près de la joue de l’Irlandais, à la limite de le toucher, et lorsque sa patte se rabaisse, elle murmure sans le quitter des yeux :

- Allons-y, Cil’.

Et je me relève lentement, peinant à détourner une dernière fois le regard. Lorsque je me redresse enfin, je tourne les talons pour rejoindre la camionnette, sans plus regarder un seul cadavre. Sans plus me retourner.

lumos maxima
  
MessageLun 13 Juin - 11:53
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 4137Nombre de RP : 237Âge réel : 26Copyright : © Morphine & Cookie.Avatar daëmon :
Wyatt S. OrdwiganADMIN-JVAISPASFAIREUNPAVE...OUPS! ♥|| èé
Je mords!..



Wyatt & Cillian


The sound of silence.

Ils ne résistent plus, leurs armes tombent le long de leur corps, les dons cessent de s’extérioriser. Les Tricky Balls gravitent autour de moi avant de venir se loger dans ma main, mes jambes m’obligeant à me retourner. Il chute, s’effondrant dès lors que son corps rencontre le sol dans un bruit sourd, mat qui raisonne entre les murs métalliques de la bâtisse comme un écho. Je ne peux le voir de là ou je suis, c’est la Smilodon qui me fait parvenir tout ce que ses sens captent. Le son du coup de feu avait retenti depuis maintenant quelques secondes et Âdhya qui était partie guider Yaaba accourt vers là où je me trouve. Mon cœur est en train d’exploser dans ma cage thoracique et mon cerveau refuse de croire que ça puisse être enfin terminé. Ce n’est pas possible. Mes yeux verts s’envolent en direction du ciel et aperçoivent les oiseaux revenir auprès de leur daëmonien. Derrière moi, j’entends l’armée du Conseil lâcher l’arsenal qu’ils tenaient dans leur main et lorsque je me retourne vers eux, je recule d’un pas en voyant trois ou quatre fusils d’assauts pointé dans notre direction. Pendant un instant, je crois avoir peur… Manquer d’attention pendant quelques secondes peut nous coûter la vie. Je le savais pourtant… Je pense à me résigner face à ce qu’il m’arrive, j’essaie sans geste brusque, de leur faire comprendre que j’accepte de ne plus bouger. Âdhya se tient à mes côtés, elle n’est pas agressive, elle ne tente rien, elle sait que ça ne serait qu’accélérer un peu plus la machine. Ils s’avancent vers nous, doucement, lentement, à pas de velours, et l’expression sur les visages de leurs anciens frères est gouvernée par l’incompréhension. Pourtant, moi, j’arrive à saisir cette flamme qui les habite, je sais ce qui peut les pousser à vouloir agir ainsi. L’état du New Jersey ne leur sera pas clément, alors quitte à mourir, autant mourir en ayant remplit l’un des objectifs qu’on avait pu nous fixer. Les mains légèrement en l’air, un poing fermé, Âdhya inspire profondément. Je ne compte pas mourir. Je ne voulais pas être non plus celui qui les enverrait visiter d’autre monde mais cette lueur de lucidité que j’espérais qu’ils auraient, cette remise en question, j’assimile le fait qu’ils ne l’auront jamais.

Ma tête se baissent, mes bras aussi et mes iris contemple ma main. Des larmes coulent et je n’arrive pas à savoir si c’est de tristesse ou de colère… Mes doigts se desserrent d’un coup sec et une bille s’élève dans le ciel alors que mon crâne se redresse, j’accompagne son départ d’un claquement de doigt. La vitesse est fulgurante, le crâne est son point de gravité, elle veut le retrouver et il ne lui faut qu’une ou deux seconde pour qu’elle atteigne son but, traversant et perforant sa tête la trouant du haut de la bouche et ressortant par le bulbe de ses cheveux. Pour Dany que vous avez fait mourir, pour Grace que vous avez fait partir. La Tricky Ball me revient plus vite encore qu’elle n’était partie,… et la haine grimpe, grimpe et grimpe encore. Une seconde par dans la foulée, ne leur laissant pas le temps de réagir. Même scène alors que mes sourcils se froncent, mon regard se noircissant intensément. Pour Jade que vous avez voulu manipuler, que vous avez blessée, pour nous que vous avez détruit. Il tombe comme une mouche qui vient de se prendre une décharge électrice, l’o-part réduisant la distance qui me sépare de lui. Un autre repart, tel une épreuve de relais et plus ma rage grandit et plus leur rapidité d’action se fait impressionnante. Les os se décollent, se fissurent, se brisent en milliers de petits morceaux lorsque la balle miniature vient s’entrechoquer contre les côtes, rêvant d’atteindre le cœur. Et ce cœur, elle l’atteint. Pour Cillian que vous avez remis sur ma route dans des circonstances horribles, pour lui. Juste pour lui et pour tout ce qu’il peut représenter à mes yeux et à mon cœur.
En récupérant ce qui m’appartenait, je vois le dernier homme à tenir son canon dans ma direction, prendre position pour faire ce que ses trois daëmoniens ont été incapable de faire. Cessant de faire fonctionner mon don, c’est Âdhya qui s’envole dans de puissante foulée pour aller à sa rencontre. Une balle sort de l’arme et je chute à terre, c’est Âdhya qui est touché mais qui continue sa course. Elle se moque de la douleur, elle ne cesse de toujours prendre appuie sur cette patte à présent blessé. Je ferme les yeux, puise dans la fin des ressources que Yuna m’a offertes et les diriges sur nous, sur Âdhya et moi. Les derniers efforts, je cours vers lui et évite une balle qui tourne au ralenti devant moi. Ce n’est pas elle qui est lente, c’est nous qui sommes trop rapide pour le monde. Dans la lancée, j’attrape une arme blanche tombée sur le sol durant la guerre civile et l’essuie sur mon jean, l’encrassant un peu plus de sang, le leur et le mien se mélangeant entre les mailles du tissu. Le tigre à dent de sabre saute, l’attrape à la nuque, ignorant les morsures du serpent qui devait être son daëmon. Ses deux canines transpercent la chaire de part et d’autre mais elle ne le tue pas, elle en prend soin, elle le libère, elle le course, elle joue. C’est un félin, c’est une mise à mort. Volontairement j’arrête de faire fonctionner ce don qui n’était pas le mien. Il est dos à moi, Âdhya est face à lui et j’attends qu’il se retourne. Un quart de seconde avant qu’il s’exécute et il m’en faut tout autant pour lui trancher les carotides l’une après l’autre, l’observant s’effondrer au sol. Murmure.

Pour avoir voulu détruire nos vies.

Pour eux, pour nous. Beaucoup pour nous, beaucoup pour Âdhya. Énormément pour elle, pour elle plus que pour moi ou n’importe qui d’autre. Pour elle qu’ils ont fait souffrir sous des actes inimaginables, pour elle qu’ils ont réduit à l’état sauvage, pour elle qui m’a toujours portée plus haut que quiconque n’aurait su le faire, pour elle qui est restée courageuse et honorable alors que je la reniais, pour elle qui ne cesse jamais de me protéger envers et contre tout, pour elle qui fait passer mon bonheur devant sa souffrance et sa tristesse, pour elle qui se prive de ce qu’elle peut aimer si la finalité peut me rendre heureux.
Oui, juste pour elle.

Le visage éclaboussé par le sang encore pulsé par le cœur de cet homme, je le regarde tomber sur le sol, la fureur vibrant encore en moi, me faisant trembler sans que je ne m’en rende immédiatement compte. Le couteau de combat que j’avais en main, glisse de mes doigts, ricoche sur le sol dans un grognement métallique.
J’arrête tout, j’éteins la machine. Je suis à bout, je suis incapable de contrôler un o-part même pour une minute supplémentaire. Je titube sous la douleur, j’ai envie de crier et de pleurer en même temps mais l’épuisement m’en empêche clairement. C’est Âdhya qui vient à me soutenir bien qu’elle aussi ne prenne véritablement conscience que maintenant des douleurs qui parcourent ses membres. Lentement, elle me sort de la foule et c’est un inconnu qui passe son bras sous mon épaule pour me soulager mais aussi pour aider mon âme. Il me fait marcher jusqu’à ce que l’on se retrouve face à un mur pour me faire assoir contre ce dernier. Incapable d’ouvrir la bouche pour le remercier, j’essaie seulement de mémoriser son visage pour pouvoir le faire plus tard lorsque je serais de nouveau sur pied. Mais rapidement je sens que je coule, que je commence à perdre conscience. Tout ce sang perdu, il me fait tourner la tête et je sens que dans mes derniers mouvements, l’hémoglobine qui s’était coagulée dans mon dos pour stopper brièvement l’hémorragie en formant une croute de mauvaise qualité, venait de se rouvrir. J’ai l’impression d’être enfermé dans un sauna et de ne pas pouvoir en sortir. Les bouffées de chaleur m’étouffent et je vomis je ne sais trop quoi avant de tomber contre le flanc d’Âdhya et de plonger dans une inconscience la plus totale…

xXx


Mon cœur explose dans ma poitrine et je me réveille en sursaut, je panique, je bouge dans tous les sens avant de comprendre l’endroit dans lequel je me trouve, me laissant lourdement retomber dans le lit. Plusieurs jours que je suis ici et j’ai l’impression d’avoir régressé pour atterrir dans un stade larvaire qui m’était encore, jusque-là, complètement inconnu. Incapable de rien, mauvais dans tout ce que je voulais entreprendre, je n’arrivais même pas à suivre ce que les médecins ou les infirmiers pouvaient me dire. De toute manière, je n’avais pas envie de discuter avec eux, juste sortir, partir loin d’ici. Chaque jour, peut-être même chaque heure, je leur demandais de me débrancher, que c’est bon, je pouvais me débrouiller sans eux, que je serais mieux loin d’eux.

Votre situation ne permet pas aux médecins de vous autoriser cela Monsieur Ordwigan. Hormis votre état post-traumatique, les soins à apporter à vos plaies et à celles de votre Daëmon, sont trop importante pour imaginer une sortie aujourd’hui.

Dopé à la morphine, je me sentais complètement drogué par l’équipe médicale. Je n’avais pas de douleur vraiment saisissante lorsque j’étais sous effet, mais j’étais aussi tellement peu lucide que je ne pensais plus qu’à dormir. Ça, … C’était juste le début de mon hospitalisation. Dormir, dormir encore et toujours sans pourtant être jamais reposé, enchainer les cauchemars, se réveiller en sursaut, se retenir de pleurer, souhaiter s’écarter du monde. De tout le monde. Sans une exception. Je refuse les appels, je refuse les visites, je veux être seul, juste seul. Je réfléchis, je ne cesse jamais de le faire, c’est ma principale occupation de la journée alors que des cartes, des mots et messages que je ne veux pas lire s’entassent sur la table de nuit. De temps en temps, je regarde les actualités, je me tiens au courant de la misère du monde, je me renseigne peu sur les endroits où je pourrais m’exiler. L’humain, le Daëmonien. L’un comme l’autre est faux, l’un comme l’autre ne se complet que dans la haine et dans la destruction. Je ne veux plus vivre cela. Je veux juste partir loin. Partir loin et discuter quelques fois, brièvement avec cette infirmière.

Si vous deviez partir, ou est-ce que vous iriez vous réfugier Mademoiselle Abrams ?
Personne ne devrait partir pour aller se réfugier Monsieur Ordwigan. Pourquoi, est-ce ce que vous souhaitez ?
Probablement. Je pense commencer à comprendre ce que les solitaires peuvent rechercher en quittant la civilisation.
Votre cas ne semble pas être le même, voyager pour fuir est nocif, voyager pour se retrouver est bénéfique.
Vous avez certainement raison…
Des gens vous attendent certainement dehors Monsieur Ordwigan, après des épreuves comme celles que vous avez traversés, ils vous seront d’une plus grande aide que vous ne pourrais probablement l’être pour vous-même.

Je me tais et elle saisit, sans même avoir à lui dire quoi que ce soit, que notre conversation venez de se terminer. Depuis le petit temps que je suis ici, elle commençait à s’habituer à qui je pouvais être et cette manière qu’elle avait de toujours me remettre en question avait cette fâcheuse tendance à m’énerver. Elle m’énervait mais elle me fascinait, son culot allié à sa terrible politesse me sidérait à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche. Je me retourne dans mon lit et serre la mâchoire sous l’emprise de la douleur. Instinctivement j’appuis une nouvelle fois sur la qui me distribue de la morphine à longueur de temps. Cette souffrance, tant morale que physique, elle est en train de me rendre fou. Le ballet incessant des médecins et de leur meute d’infirmière me fatiguait plus que ça ne me faisait de bien. Malgré les heures passées en leur compagnie, je n’arrivais toujours pas à m’y faire. Ni à ça, ni à leur nourriture infecte. Le fait que les aliments des hôpitaux donc dégueulasse n’est pas une légende malheureusement.
Je m’étire dans le lit, jette un coup d’œil par la fenêtre et constate qu’une pluie tombe à torrent, l’humanité n’y est probablement pas pour rien. Soupire, et mes yeux se déposent dans ceux d’Âdhya qui avait perdu ses pansements ce matin. Ils venaient de lui être retirés. Chanceuse. D’autre n’ont pas ce bonheur, et je pense que je vais encore avoir le torse envelopper dans des bandages pendant un certain temps encore. Silencieusement, elle se lève, boitant encore un peu malgré tout et pose sa tête sur ce lit que je n’ai droit de quitter que trop peu de fois. Et encore je ne devrais pas me plaindre, avant j’avais interdiction de bouger. J’entends les médecins dire que ce n’est pas beau mais que ça guéri bien. Combien de temps suis-je ici ? Sept jours ? Dix jours ? Je perds la notion du temps. Apparemment, d’après eux, mon état à la limite de la dépression n’est plus présent, bande d’ignare. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour qu’on vous laisse tranquille. Alors dépressif non, ce n’était effectivement pas le bon terme de toute manière, mais mon cerveau n’avait toujours pas omis le fait de partir loin du peuple lorsque l’on nous rendra notre liberté.

Enfermé dans un placard et battu, enfermé dans une cage et être pris pour un sujet d’expérience, enfermé dans une prison et croire à la mort, enfermé dans un hôpital et ne plus supporter de l’être. Cette pensée m’énerve et j’en serre mes poings. Je suis au bord de l’implosion, ma nervosité rendant même Âdhya beaucoup moins docile qu’au départ. Cette idée me monte à la tête, la rage gravite autour de moi et la porte de ma chambre s’ouvre.

Bonjour Monsieur Ordwigan, comment vous portez vous aujourd’hui ?
Mademoiselle Abrams.
Vous devriez vous détendre Monsieur Ordwigan, la ride du lion ne semble pas vous sied.

Je lève les yeux, refusant d’en dire plus à ce sujet. Elle va finir par m’user à toujours me tacler si poliment…

Soit. Je suis venue vous dire qu’après discussion avec l’équipe médicale, votre sortie est programmée pour demain après-midi après le soin à apporter à votre plaie. Nous allons vous attribuer une infirmière qui viendra chez vous, trois fois par jour, pour vous changer le pansement et cela pendant au moins deux mois. En fonction de la cicatrisation de ces deux grandes blessures, nous déciderons si cette personne continuera à venir vous voir ou non. C’est toujours très profond, c’est sec par moment et par endroit et les muscles du dos sont toujours vraiment abimés. Votre peau n’a pas encore commencé à se reconstruire, je pense que vous avez encore pour un sacré bout de temps. Au fait, vous continuer à grogner sur les visites, ou vous comptez redevenir un peu plus sociable avant votre grand départ ?
Je ne veux voir personne. Qui viendra ? Vous ?
C’est dommage, j’allais vous dire qu’une gogo danseuse attendez sur le pas de la porte… Et je doute que cela puisse être moi qui vienne, mais l’infirmier ou infirmière, sera compétent/e, ne vous inquiétez pas. Aller, hop ! J’attends mon strip tease de la matinée ! Ôtez-moi cette blouse que je puisse vous faire du mal.
Ne dites pas ça comme ça, cela pourrait devenir dangereux pour vous.

Je laisse un sourire s’étendre sur mon visage et retire ce vêtement d’hôpital, allant m’asseoir sur une chaise, dossier contre mon torse. Je la sens décrocher l’épingle à nourrice qui sert à maintenant le bandage en place et me décollant du dossier, je l’observe faire le tour de moi-même pour décoller le tissu de mon corps. Je sens que l’on se rapproche inévitablement des entailles qu’Âdhya m’a fait et d’avance je serre les dents. Malgré le milieu dans lequel je vis depuis la fin des évènements, j’avais quand même réussit à me chopper un microbe qui est venu s’installer dans les deux trous qui parcourent mon dos. Le pue que cela avait formé, n’était plus que de l’histoire ancienne. Enfin, en majeure partie. Je me retiens d’hurler au moment où le tout se détacher de moi.

C’est super ça ne suinte plus ! Vous serez tranquille au moins, l’infection est guérie ! Un bon nettoyage et vos plaies seront superbes ! On va pouvoir vous remettre de la vaseline et du tulle gras pour ne plus jamais que les croutes qui se forment autour des muscles viennent à s’arracher. Votre guérison va enfin débuter ! C’est génial non ?!, quelqu’un toque à la porte.
Excusez-moi de vous déranger. Hermione ? Quelqu’un souhaite te voir, je lui ai dit de repasser mais il refuse, il est devant la porte…
Oui je vois de qui il s’agit, fais-le attendre en salle d’attente, j’arrive d’ici cinq minutes le temps de finir ici.

Je ne pause aucune question, cela ne me regarde pas et pour tout dire, je m’en fiche même un peu. Cependant j’entends qu’elle ne dit plus un mot et qu’elle se dépêche à terminer ce qu’elle avait commencé. Ça devrait être quelqu’un d’important pour elle je suppose. Âdhya se redresse et lève très légèrement la crâne, reniflant l’air et se rapprochant de la porte d’entrée. Qu’est-ce qu’il y a ? Elle secoue la tête sans me répondre et finit par retourner à sa place. J’ai cru sentir quelqu’un. Ok. Et sans que je ne me rende compte elle coupe toute communication entre elle et moi. L’infirmière se lève après m’avoir une nouvelle fois saucissonné de ses bandes pour prendre la poudre d’escampette, quitter la pièce et refermer soigneusement la porte derrière elle.

Sin ?...
  
MessageMar 9 Aoû - 17:19
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 472Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
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This is war
Brothers



Hôpital de Perth Amboy ~ fin juin 2015

Au retour ne règne dans le voiture qu’un silence glacial, un silence de mort. Sin et moi n’échangeons pas un mot, pas un regard. Chacun gère son deuil seul, perdu dans ses souvenirs. Wyatt. Âdhya. Nous ne les avons retrouvés que pour mieux les perdre et chaque minute que nos destins nous ont volé nous cisaille le coeur comme autant de blessures qui ne partiront jamais. Les regrets nous étranglent, comme une douleur lancinante qui s’empare de nos gorges pour ne plus les quitter. Et dans nos esprits demeure l’image du corps de l’Irlandais que nous avons laissé derrière nous, sur la sable du champ de bataille qui a été le sien. Je veux que les autorités le trouvent là où il est mort. Je veux qu’ils trouvent ses assassins tout autour de lui, là où nous les avons terrassés. Je veux que le monde voit cette image qui ne me quittera plus jamais : les cheveux noirs de Wyatt blanchis par la poussière, ses yeux clairs et vides restés désespérément ouverts sans qu’il ne puisse jamais voir ce nouveau monde qu’il a contribué à créer. Je veux qu’ils admirent les conséquences de leur folie, le prix de leur démesure, et qu’ils se maudissent jusqu’à la fin de leurs jours d’avoir osé ôter au monde des hommes comme lui.

Lorsque je gare enfin la camionnette sur le parking bondé de l’hôpital, je ne me laisse pourtant pas aller à un seul instant de pause avant de sortir du véhicule et de retourner à l’intérieur du bâtiment. Le visage de mon frère refuse toujours de quitter mon esprit, mais je ne reste pas immobile car je sais une chose : si je m’enferme dans la passivité à partir de maintenant, je mourrai avec Wyatt.

₪ ₪ ₪

Les jours suivants, je passe tout mon temps à l’hôpital, ne rentrant que pour tomber de sommeil dans mon appartement au-dessus de mon salon de tatouage dont, heureusement, seule la vitrine a été brisée pendant les affrontements qui ont secoué Merkeley et Perth Amboy. Je passe des heures entières près de Bridget et Milo. Tous deux sont bien pris en main et semblent aller de mieux en mieux. Le bébé de Bridget n’a rien, ce qui a été mon plus gros soulagement de ces derniers jours. Milo a encore la jambe dans un sale état, mais les médecins semblent optimistes quant à ses capacités de récupération. Les choses semblent enfin aller dans le bon sens. Mais je ne parviens pas à oublier mon frère, tout comme je ne parviens pas à vraiment entamer mon deuil. Je m’occupe l’esprit le plus possible, passe tout mon temps auprès des blessés à l’hôpital pour n’avoir que leurs préoccupations en tête et m’éviter de penser à Wyatt et Âdhya. Sin se cache derrière un terrible mutisme qui ne lui ressemble pas mais que je ne cherche pas à rompre. Perdre sa plus vieille amie lui a enlevé cette gaieté et cette taquinerie qui ne la quitte d’ordinaire jamais. Elle souffre, s’éteint en silence. Elle ne dit rien, mais je sais. Je sens. Je pense que nous évitons de communiquer de peur de réveiller ces souvenirs même inconsciemment. Nous nous privons même au maximum de nos regards : nous nous connaissons trop, pouvons lire dans chaque étincelle et y déceler nos moindres douleurs.

Alors nous survivons en solitaire, attendons un salut sans y croire, car chacun sait que les blessures ne se referment pas seules et que la fuite n’est qu’un cruel retardateur. Nous manquons de courage pour affronter nos démons, comme toutes ces années à se battre au sein de la rébellion avait usé nos derniers restes de bravoure.

Quelques jours après la chute du Conseil, je trouve la force de rendre visite à quelqu’un que je n’aurais jamais pensé venir voir un jour : Anja Müller, cette plaie vivante qui m’a été imposée et que j’ai appris à estimer le jour où le destin de Merkeley a basculé. Son caractère de chien et sa détermination à défendre ses idées jusqu’au bout lui on valu de passer si près de la mort que j’ai cru pendant un instant que j’allais la voir s’éteindre sous mes yeux, quelques secondes à peine après avoir abattu son propre père… Si le doc n’avait pas été là, je crois que j’aurais assisté impuissant à la mort d’une gamine d’à peine vingt ans.

Un frisson glacial me remonte le long du dos alors que le bruit des deux détonations éclate à nouveau dans mon esprit lorsque je repense à son père. L’explosion de l’arme à feu, le sifflement des balles, et le son humide des projectiles qui tranchent la chair. Le bruit lourd de ce corps massif qui s’effondre sur le sol poussiéreux de la zone industrielle. Tout me revient en mémoire à la seule évocation du nom de la danoise. Ma daemonne sent la crispation qui s’empare de moi, mais aucun mot ne sort de sa bouche, pas même en pensée. Elle n’y arrive plus. Comment continuer à soutenir sa moitié lorsque l’on est soi-même plus capable de se battre ?

Je ferme un instant les yeux, le temps de retrouver mes esprits. Je dois être capable de me contenir face à Anja. Je ne sais déjà pas si elle voudra bien me voir… Lorsque j’abaisse la clenche de sa chambre, je me surprends à prier pour qu’elle ne me repousse pas.

Dans une chambre aussi blanche et dénuée de chaleur que toutes celles de cet hôpital, je découvre son lit gris trônant au centre de cette pièce étrangement vide. Une table de chevet haute sur laquelle trône un vieux livre certainement apporté par une de ses amies (c’est certainement le genre d’objets que je lui aurais appporté si je faisais partie de ceux là), une tablette surélevée à roulettes pour lui permettre de manger, un écran de télévision resté éteint, et là, enroulé dans les draps blancs froissés du lit, un corps frêle recroquevillé sur lui même, tourné vers la baie vitrée qui donne sur le jardin au-dehors. Il ne frémit même pas alors que je m’avance et referme la porte derrière moi, comme dénué de vie. Un silence lourd pèse tout autour de moi, me faisant me sentir encore plus étranger dans cet environnement aseptisé. Je fais encore trois pas, mais elle me tourne toujours le dos, ne me laissant entendre que le seul bruit de sa respiration. Je reste de longues secondes à la regarder, paralysé par la crainte qu’elle me rejette et l’envie pourtant irrépressible de lui demander pardon pour ce que j’ai fait. Perchée sur mon oreille, Sin demeure complètement absente, noyée une nouvelle fois dans ses souvenirs noirs. J’ai l’impression d’être désespérément seul dans cette chambre. Je prend une grande inspiration. Puis je continue à avancer et fais enfin vibrer ma voix avec la plus grande douceur dont je suis capable.

- Anja ?

Elle ne se retourne pas, comme si elle ne m’avait pas entendu. Je continue d’avancer et dépasse le lit pour enfin découvrir son regard vide, toujours porté sur les jardins derrière la fenêtre de sa chambre.

- Anja ? je répète. C’est Cillian.

Cette fois, ses yeux viennent croiser les miens. Mon dos se crispe. Ses pupilles me transpercent comme les balles de mon pistolet ont troué la peau de son père. La froideur dans son regard me fait déglutir. Je me force à ne rien laisser paraître et attrape l’accoudoir du fauteuil bleu laissé à côté de son lit pour les visiteurs. Elle ne dit toujours rien, mais ne me lâche plus des yeux, ce qui ne cesse d’accroître mon malaise. Je m’obstine à rester pourtant, car j’ai besoin de lui dire ces petites choses qui ne me quittent pas l’esprit depuis des jours.

Je m’installe doucement, évitant son regard malgré moi. J’appuie alors mes coudes sur mes genoux et pose le menton sur mes deux mains entrelacées. Je lève les yeux vers elle, peinant à trouver mes mots, décontenancé par l’expression si noire de son visage. Je crois qu’elle aurait préféré m’oublier, ce que je comprends. J’ai tué son père. Quelle qu’ait été la raison, l’urgence, l’obligation qui m’a conduit à un tel geste, j’ai tué son père. Comment réagirais-je à sa place ?

- Les médecins disent que tu te remets bien... murmuré-je pour tenter de briser ce silence glacial entre nous. Je… C’est très bien.

Je baisse une nouvelle fois les yeux, maudissant mon incapacité à lui parler simplement. Je déglutis, respire, cherche mes mots et ne trouve que des futilités à dire, les choses importantes demandant encore trop d’effort.

- Ils pensent que tu n’aurais jamais survécu sans l’intervention de Léo. Il a vraiment fait des miracles, le doc.

Toujours aucune réaction. Elle me fixe sans rien exprimer d’autre que le terrible désir de me voir quitter sa chambre. J’abandonne une nouvelle fois son regard pour observer le reste de la pièce. Sur une chaise un peu plus loin, je découvre alors un gilet en jean sans manche que je reconnais tout de suite. Un petit sourire se dessine sur mes lèvres alors que je tente de trouver une voix plus enjouée.

- Tiens, je le connais celui-là. Tu as toujours mon gilet. Ca ne te dérange pas si je le récupère, ma belle ?

Mais Anja demeure inerte, et je comprends malheureusement qu’elle le restera. Quelque part, je pense que j’aurais préféré la voir s’emporter contre moi, me lancer les pires insanités pourvu que cela me permettre de savoir véritablement ce qu’il en est. Rester dans l’ignorance, s’imaginer toujours les pires scénarios, je crois qu’il n’existe pas pire punition.

- Anja, si je peux faire quoi que ce soit…

Je me tais lorsque j’entends son corps se mouvoir dans les draps. Je crois alors un instant qu’elle va me répondre, m’envoyer un signe, quoi que ce soit. Mais elle se retourne le temps d’un soupir et me laisse à nouveau seul avec mes besoins de réponse. La discussion est terminée, si l’on peut dire qu’il y en a eu une.

Je laisse s’échapper un soupir par mes narines à mon tour, à la fois frustré, triste, et impuissant face à sa décision. Je sais qu’il ne me reste plus qu’à sortir. Doucement, je me hisse sur mes jambes et repasse devant son lit pour rejoindre mon gilet déposé sur le dossier de la chaise. Je l’attrape sans dire un mot, lance un dernier regard à Anja et murmure :

- Prends soin de toi, Anja.

Puis je me dirige vers la porte, emportant tous mes regrets avec moi. Soudain, je me fige la main sur la clenche, arrêté par une dernière pensée plus criante que les autres. Je ne sais pas combien de temps je demeure ainsi immobile devant la porte. Mais je finis par prononcer, juste avant de sortir :

- Anja… Je suis vraiment désolé pour ton père.

Et la porte se referme derrière moi.

En sortant, j’ai l’impression de devoir ravaler toute mon amertume en silence et je serre les dents comme pour m’éviter de vomir. Mon coeur bat fort dans ma poitrine, de colère, de peur, d’injustice… Qu’est-ce que j’en sais ? Je sens seulement cette nausée qui m’enserre le ventre tant je repense à ce que j’ai fait ce jour-là, à ces deux balles que j’ai tirées sur un homme, à cette fille que j’ai à jamais privé d’un père. Je traverse plusieurs couloirs en m’appuyant sur le mur sous le regard inquiet des infirmières que je prends soin d’éviter. Je pénètre dans les premières toilettes que je trouve, m’enferme et rends tout ce qu’il me reste dans la cuvette. Fermement cramponnée à mon oreille, Sin garde encore le silence, mais pour la première fois depuis la mort de Wyatt et Âdhya, je sens une de ses pattes se poser contre mon cou, petit geste de réconfort, silencieux et pourtant si rassurant.

Lorsque mes haut-le-coeur cessent, je me redresse doucement, tire la chasse d’eau et vais me rincer les bouche dans un des lavabos. Un autre visiteur sort d’une des cabines, me regarde avec insistance, mais je l’évite comme un beau diable et sors sans demander mon reste.

Une fois dehors, je m’adosse un instant au mur, prenant de grandes inspirations pour me calmer les nerfs. Je deviens fou, bon sang… Tout devrait s’arranger pourtant, mais je n’arrive pas à suivre le mouvement, comme bloqué à une époque antérieure ou Merkeley n’était qu’un ville en construction entre les rivalités des Rebelles et du Conseil. Je ne revois en boucle que les scènes de la chute de Merkeley, la mort du père d’Anja, les yeux enragés de Wyatt, Bridget menacée par le canon d’un pistolet, Aaron inconscient à l’arrière de la camionnette, Milo la jambe en sang sur la banquette arrière d’une bagnole, et la tête de la fille du trio du Conseil qui se tombe en avant, inerte, une pierre fichée entre les deux yeux.

Je respire encore et ferme les yeux, me laissant noyer au milieu des bruits hospitaliers : les pas des infirmières, les sons électroniques des machines, le frottement des portes coulissantes sur le carrelage, le claquement des plateaux repas que l’on remet sur les armoires roulantes, les plaintes de quelques patients qui serrent les dents en rappuyant sur la pompe à morphine, et les réflexions du personnel soignant, partout… ”Renouvellez la perfusion de la patiente chambre 308…” “... rythme cardiaque du daemon en chute…” “...elqu’un a les résultats du scanner de madame Stabler, chambre 201 ?” “... appelez Angie en urgence pour le bloc 3 ! …” “... les pansements de monsieur Ordwigan… “

Mon coeur rate un battement. Je m’arrête sur cette voix.

”J’ai besoin de trois autres doses d'antiseptique s’il vous plaît, tout de suite… Oui. Wyatt Ordwigan, chambre 112.”

Lorsque je rouvre les yeux, j’ai l’impression de manquer d’air alors que mon coeur s’emballe sous mes côtes.

*- Cillian ?

Je n’ai plus entendu la voix de Sin depuis des jours, mais plus rien ne m’atteint, même pas elle.

*- Cillian ? Qu’est-ce qu’il y a ?

D’un coup, je me propulse vers l’avant et me rends d’un pas précipité jusqu’à l’accueil. Lorsqu’elle me voit, la réceptionniste demande immédiatement à son interlocuteur au téléphone de patienter et je lui lance avant même qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche :

- Wyatt Ordwigan, chambre 112.

Le jeune femme écarquille les yeux et bredouille :

- Je… je vous demande pardon ?
- Chambre 112. Wyatt Ordwigan. Avez-vous un Wyatt Ordwigan enregistré dans cet hôpital ?

*- Cil, bon sang, mais qu’est-ce qu’il se passe ?

Je claque mes deux mains sur le comptoir, attirant les regards de tous les gens autour de moi.

- Répondez-moi !

Les doigts tremblotants de la réceptionniste se mettent à tapoter sur son clavier et je ne la lâche pas des yeux alors que j’ai l’impression que mon coeur va me lâcher d’un instant à l’autre. Elle fronce les sourcils et finit par balbutier :

- O… Oui, nous en avons bien un, entré le jour des affrontements. Je… Monsieur ?
Sans perdre une seconde, je me dirige déjà vers les chambres.

- Monsieur ! Vous ne pouvez pas entrer !

La jeune femme sort de derrière son comptoir pour m'emboîter le pas, essayant de me rattraper par le bras.

- Ce n’est pas lui.
- Pardon ?
- Wyatt Ordwigan est mort.
- Mais de quoi parlez vous ?
- Wyatt Ordwigan est mort assassiné comme des dizaines de rebelles avec lui le jour où tout le monde a réalisé ce qu’était vraiment le Conseil. Ce n’est pas lui que vous avez enregistré dans cette chambre.
- Monsieur, arrêtez vous tout de suite !
- Je ne sais pas qui se fait passer pour lui là-dedans, mais je veux savoir qui est ce fils de pute !
- Vous ne pouvez pas entrer ! Arrêtez-vous !
- Eh là !

Cette fois, c’est un grand black qui se dresse devant moi et pose une main sur ma poitrine pour me sommer tout de suite de m’arrêter. La fureur me gagne en une fraction de seconde, et mes paroles se changent en cris qui sèment un vent d’inquiétude tout autour de nous.

- Wyatt Syed Ordwigan ! Né le 19 novembre 1984 à Arklow, en Irlande ! Je veux savoir qui a eu les couilles de venir ici se faire passer pour mon frère ! Laissez-moi passer !

J’essaye de forcer un passage, mais cette fois, le colosse de la sécurité raffermit sa prise sur un de mes bras. D’un coup, je me libère et le repousse violemment.

- Dégage de là !
- Cil !

Le mastodonte m’empoigne l’arrière du col à deux mains et me tire vers l’arrière pour m’empêcher d’avancer. Mes deux pieds se décollent du sol tant je ne fais pas le poids face à lui. Fou de rage, je lui décoche un coup de coude en pleine tempe qui ne l’empêche pourtant pas de tenir bon. La réceptionniste ne cesse de nous crier d’arrêter, mais je m’accroche aux portes, à tout ce qui me tombe sous la main pour continuer ma route et rejoindre cette chambre pour y déloger cet enfoiré.

- Que se passe-t-il ici ?

La voix d’une autre femme nous arrête tous net. C’est une voix autoritaire, claire et directe, pas celle d’une toute jeune employée qui vient à peine de terminer ses études. Lorsque je l’aperçois, elle plante sur moi un regard intransigeant me faisant bien comprendre qu’elle attend des explications de ma part. Elle a autour de 35 ans, l’air sévère sans être injuste, et les épaules dessinée pour les responsabilités. Je tire d’un coup sec sur mes fringues pour que le vigile me lâche avant de recroiser le regard de cette femme en tenue d’infirmière.

- Il se passe que vous avez un homme dans cet hôpital qui se fait passer pour qui il n’est pas !

L’infirmière fronce les sourcils, visiblement intriguée.

- Expliquez-vous, demande-t-elle avec moins de froideur.
- Wyatt Syed Ordwigan. Il est mort sur une zone industrielle de Perth Amboy, là où on a trouvé le corps de la fille du fondateur. J’ai eu son corps froid dans les bras il y a quelques jours à peine. Et je sais qu’un homme ici se fait passer pour lui.

La jeune femme me regarde un long moment semblant peser la plausibilité de ce que je suis en train de lui dire. Puis, elle laisse échapper un soupir par ses narines et croise les bras.

- Comment vous appelez-vous ?
- Cillian O’Shea.
- Monsieur O’Shea, vous parlez d’un homme actuellement en soins intensifs qui n’est pas en état de vous recevoir.
- Je vous dis qu’il n’est pas qui il prétend être !
- Et je vous dis que je ne peux pas vous laisser entrer dans sa chambre. Aussi je vais vous demander de vous calmer et, si vous n’avez rien d’autre à y faire, de quitter cet hôpital.

Cette fois, je ne parviens plus à lui répondre. Sa décision semble définitive. J’avale ma salive en baissant les yeux, rongé par ma frustration. Si je m’écoutais, j’enverrais valser tout ce qui se trouve dans cet hôpital jusqu’à pouvoir entrer dans cette putain de chambre. Bordel…

Je prends une grande inspiration, puis lis le nom sur le badge de l’infirmière.

- Très bien, mademoiselle Abrams. Je vous le laisse. Prenez bien soin de lui, parce que je reviendrai demain, et après demain, et tous les jours à venir jusqu’à ce que je puisse regarder cette pourriture bien droit dans les yeux. Je suis clair ?

Elle ne répond pas mais soutient mon regard. Alors, je tourne les talons et quitte l’hôpital en fulminant. Qu’importe le temps qu’il me faudra pour savoir qui se cache derrière le nom de mon frère, mais je jure que je lui ferait regretter d’avoir osé voler un nom comme celui là.

Tenant parole, je reviens le lendemain, et le surlendemain, des semaines durant. Plus de scandale, mais une attente silencieuse pendant laquelle je m’applique à ne pas lâcher la réceptionniste du regard jusqu’à ce qu’elle rappelle Uncle Ben’s ou mademoiselle Abrams. Chaque fois, on m’a demandé d’être patient, on m’a répété que le patient n’était toujours pas en état de recevoir du monde et que je ne faisais pas partie de la famille. A force de me croiser, l’infirmière a fini presque par s’habituer à me voir faire partie du décor.

- Monsieur O’Shea... dit-elle en soupirant avec une certaine bienveillance.
- Je veux le voir.
- Il n’autorise personne à visiter sa chambre en dehors du personnel médical, je vous l’ai déjà dit hier.
- Bien sûr qu’il n’autorise personne d’autre à entrer, puisque je vous dits qu’il se fait passer pour un autre ! Vous pensez qu’il prendrait le risque de voir entrer quelqu’un comme moi qui connaissait le vrai Wyatt Ordwigan ?
- Monsieur O’Shea, j’entends ce que vous dites et je n’ose même pas imaginer ce que vous avez traversé. Mais il faut que je vous dise une chose… Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur.

Son bipeur la coupe.

- Excusez-moi...

Alors qu’elle disparaît ce jour-là, une idée étrange germe dans mon esprit, une idée qui m’effraie plus qu’elle ne me séduit tant je la trouve dangereuse. Et si… ?

- Cillian, arrête… Wyatt est mort. Tu as tenu son corps dans tes bras. Tu as vu disparaître Âdhya. Tu lui as dit au revoir ce jour-là. Nous lui avons tous les deux dit au revoir.
- Pourquoi dirait-elle ça ?
- Cil’...
- Pourquoi dirait-elle ça, Sin ?
- Je ne sais pas...
- Tout le monde connaît Wyatt à Merkeley, et certainement même à Perth Amboy et au-delà. Il est devenu la figure de la Rébellion, celle que l’on a vu tous les jours au journal télévisé ces dernières semaines. Si elle me dit qu’elle ne pense pas que cet homme soit un imposteur, c’est qu’elle a de bonnes raisons de croire qu’elle l’a reconnu.
- Cillian, ça suffit !

Le ton de Sin me fait m’arrêter immédiatement.

- Je ne veux pas ! Je ne veux pas imaginer ça, d’accord ? Je ne peux pas...

Sa voix se brise et une boule se forme dans ma gorge si rapidement que je regrette déjà d’avoir formulé cette idée tout haut.

- Je commence à peine à me faire à l’idée qu’on ne les reverra plus, Cillian, parce que tu le sais comme moi : on ne les reverra plus. Ils sont morts. Tous les deux. Et je commence enfin mon travail de deuil. Alors ne me fais pas miroiter je ne sais quel miracle que nous savons tous les deux impossible. Je ne veux pas apprendre leur mort une deuxième fois. Tu m’entends ? Je ne peux pas… Et tu ne devrais pas écouter cette infirmière non plus. Ça ne ferait que te briser le cœur une deuxième fois et je pense que nous avons déjà tous les deux assez donné dans cette guerre.

Je baisse les yeux, retourné par les mots de ma daemon. Rarement je l’ai vue si fragile, elle qui a toujours été le pilier de notre duo. J’aimerais écouter cette étincelle d’espoir qui est née au fond de mon cœur et tenir tête à Sin, lui dire que nous n’avons pas le droit d’ignorer cette possibilité infime que Wyatt soit bel et bien dans cet hôpital. Mais la blessure en elle est si vive que je n’ose pas la solliciter un seul instant, même pour une telle raison. Après tout, comment croire en la résurrection d’un mort ? J’ai senti sa peau froide sous mes doigts, son cœur inerte sous mes paumes. J’ai vu son regard vide bien qu’ouvert, le sang qui a coulé de ses plaies et la poussière qui a recouvert son corps. Je l’ai vu mort. Il n’y a rien à espérer.

Pourtant, la phrase de l’infirmière continue de tourner en boucle dans ma tête…
Le lendemain, pour la première fois, je ne me présente pas dans le hall de l’hôpital pour attendre que l’on vienne me renvoyer à nouveau. Je reste au lit presque toute la matinée, épuisé de n’avoir pas réussi à fermer l’œil. « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… » « Je ne pense pas que ce patient soit un imposteur… »

- Arh.

Je me lève et me prend la tête dans les mains en soupirant. Le monde n’a plus aucun sens, et ce cauchemar n’en finit pas. Chaque fois que l’on pense pouvoir aller de l’avant, un fantôme nous tire vers l’arrière sans crier gare, et tous les efforts que nous avons faits sont détruits dans l’instant. Je voudrais simplement oublier tout cela, passer à autre chose, être libéré de ce poids qui écrase ma poitrine et me rappelle tous les jours les sacrifices que nous avons dû faire pour en arriver là. Le doute. Les regrets. Pas une seule de nos décisions passées n’a été épargnée depuis notre « victoire » sur le Conseil. Et le pire de tout et d’être incapable de trouver ce que j’aurais pu faire pour éviter que Wyatt ne meure.
- Rhaa ... !

Je décoche un coup de pied dans la table de nuit qui se renverse, brisant la lampe de chevet.

- Cillian ?
- J’en peux plus, Sin !

Cette fois c’est moi qui fait taire la voix de ma daemonne.

- Me dis pas que t’y penses pas ! Pas après ce qu’elle nous a balancé ! T’arrives à dormir, toi, alors qu’elle t’a clairement dit qu’elle est intimement persuadée que c’est bien Wyatt qui se trouve dans cette chambre ? Arrête tes conneries ! Tu veux passer à autre chose ? Moi aussi. Alors on va rentrer dans cette putain de chambre et on va voir nous même la gueule du mec qui se fait soigner là-bas, parce que tant qu’on saura pas qui c’est, on pourra jamais avancer.
- Ca ne peut pas être lui !
- Alors qu’est-ce que tu risques, bordel ?

Elle ne me répond pas, comme tétanisée par ses pensées.

- Tu sais quoi ? En vérité t’es morte de trouille.

Elle garde toujours le silence et les yeux rivés sur moi.

- Mais moi j’y vais. Et ça veut dire que t’as pas le choix.

₪ ₪ ₪

- Monsieur O’Shea ! Vous n’avez pas le droit de pénétrer dans cette partie du bâtiment.
- Je sais, je réponds sans même prendre la peine de regarder cette pauvre réceptionniste qui connaît maintenant mon nom par coeur, comme beaucoup d’employés de cet hôpital.

- Monsieur, je vais être contrainte d’appeler la sécurité!
- Faites donc !

De loin, je l’entends appuyer frénétiquement sur les touches de son téléphone.

- Amenez-moi la sécurité et faites appeler mademoiselle Abrams...

Tiens ! On appelle au secours cette chère mademoiselle Abrams. Je la comprends. Il est vrai que depuis le début de mes visites, c’est la seule personne que j’ai l’air d’écouter un peu ici, peut-être aussi parce que c’est la seule qui m’inspire confiance et qui n’ait pas l’air de vouloir que je parte uniquement pour avoir la paix.

Mais l’appel de la jeune de la réception semble avoir été entendu plus tôt que prévu… Je me rapproche à peine du couloir que deux vigiles sont déjà à mes trousses. J’accélère d’abord le pas discrètement, mais les deux gorilles ne se font pas avoir et me somment déjà de m’arrêter et se lançant à mes trousses. Je prends mes jambes à mon cou et me met à courir dans les couloir, évitant comme je le peux les femmes de ménages et le personnel médical qui s’écarte en nous voyant arriver tous les trois. En pleine course, je tente de me repérer comme je peux. La chambre 112… Premier étage, certainement. Je me précipite dans le premier escalier que je vois. Derrière moi, j’entends le pas lourd de mes poursuivants, ce qui me fait encore augmenter l’allure.

Soudain, je m’arrête net sur la dernière marche avant le premier étage. Je suis nez-à-nez avec un troisième vigile visiblement prévenu par radio, que je dévisage avec surprise et inquiétude. A peine quelques secondes plus tard, les deux agents de sécurité m’empoignent chacun sous un bras, et j’explose :

- Lâchez-moi ! Je veux voir Abrams ! L’infirmière ! Abrams ! Vous entendez ? Lâchez-moi !

Mais aucun ne tremble sous mes ruades, et ils commencent bientôt à me faire redescendre quand l’un d’eux reçoit un nouvel appel radio : ”Hermione demande à ce que vous le conduisiez en salle d’attente. Elle arrive…”

Les trois balourds me regardente avec un air qui veut dire “T’as eu chaud au cul, mon gars” avant de me conduire sans grand ménagement à une salle d’attente du premier étage. Assis de force sur une chaise, j’attends l’infirmière avec un garde du corps personnel sur les deux sièges voisins et un troisième dans le coin qui m’observe d’un mauvais oeil. Et quand enfin elle apparaît devant moi, je me lève d’un coup de ma chaise, ce qui a pour effet de me faire de nouveau attraper chaque bras par les agents qui me tirent vers l’arrière. Je m’écrie :

- Laissez-moi le voir ! Abrams ! Il faut que je le vois.

Les deux mastodontes s’apprêtent à me faire redescendre les marches pour me conduire jusqu’à la sorti quand l’infirmière lève une main calmement. Les vigiles la regardent avec incrédulité.

- C’est bon, dit-elle doucement.

Ils hésitent un instant, puis finissent par me relâcher lentement.

- Ca va aller. Merci.

Façon courtoise de leur demander de prendre congé, ce que les deux hommes comprennent rapidement. Ils redescendent après un dernier regard vers moi, me sommant certainement de rester tranquille à partir de maintenant. Complètement perdu, je cligne des yeux en revenant vers mademoiselle Abrams. Je suis paralysé, incapable de comprendre ce qu’il se passe ici.

- Il accepte de vous voir, achève-t-elle alors. Suivez moi.

J’ai l’impression que mon coeur me lâche. Resté si longtemps en haut de la falaise, voilà que j’ai peur de sauter. Un drôle de sentiment me saute à la gorge, mélange d’excitation, d’espoir fou et de terreur. Agrippée à mon oreille plus fermement que jamais, Sin a une respiration tremblante. Et alors que j'emboite le pas de l’infirmière, c’est avec une terrible passivité que j’avance, car mon esprit est complètement ailleurs, de sorte que je n’ai même pas senti ma daemonne couper le lien avec moi.

Sin ? …

Elle ne répond pas pendant de longues secondes.

Â… Âdhya ?

De mon côté, je ne sens que son coeur qui s’emballe, mais je pense simplement que c’est le fait de se rapprocher de la chambre.

Âdhya ? … C’est toi ? Mais c’est...

- Cillian !

L’empressement de Sin m’empêche soudain de respirer.

- Quoi ? je lui murmure sans que l’infirmière n’entende.
- Âdhya ! J’ai entendu Âdhya ! Elle est ici !

Instinctivement, je presse le pas de sorte à me retenir presque de courir. Je rejoins Abrams si vite qu’elle est surprise même de me voir derrière elle lorsqu’elle ouvre la porte. Gentiment, elle la fait glisser sur ses gonds puis fait un geste doux pour m’inciter à entrer.A mon grand étonnement, je n’hésite pas une seule seconde. L’infirmière me laisse seul sans pour autant fermer entièrement la porte. Je crois qu’elle préfère surveiller discrètement, ce que je comprends après mon arrivée de tout à l’heure.

Mais une fois à l’intérieur, je me fige. J’observe le corps de cet homme dans les moindres détails, comparant cette vision inconcevable qui s’offre à moi aux souvenirs que j’ai de mon frère : ses cheveux noirs, ses yeux clairs, ses tatouages sur le torse et les bras, ses anciennes cicatrices et de nouvelles que je ne connaissais pas. Il est assis sur une chaise, les bras posés sur le dossier, le corps enroulé dans d’épais bandages qui laissent imaginer une plaie impressionnante. Près de lui, une femelle smilodon est assise, libérée d’un pansement qui a laissé un pli dans ses poils qui mettra certainement quelques jours à disparaître. Son pelage est en tout point identique à celui d’Âdhya. Tous deux nous regardent avec une émotion que je peine à déchiffrer. Joie ? Surprise ? Inquiétude ? Certainement un peu de tout cela à la fois. Mais je reste paralysé devant eux, incapable d’approcher. J’aurais voulu courir vers eux et prendre Wyatt dans mes bras, retrouver mon frère avec bonheur et simplicité, lui demander comment il s’est sorti de cette guerre et rire de ses péripéties comme un ami juste heureux de le revoir et de le savoir sauf.

Au lieu de cela, je reste planté là, reculant même d’un pas alors que je murmure :

- Non… Tu ne peux pas...

Ma voix s’enhardit alors, portée par ce combat qui se déchire en moi.

- Tu étais mort !

Je passe une main dans mes cheveux alors que je serre les dents pour m’éviter d’exploser, mes yeux allant successivement de Wyatt à la chambre tant j’ai du mal à soutenir son regard.

- Je t’ai vu mourir, j’ai tenu ton corps froid sur cette zone industrielle… Tu ne peux pas être là.

Soudain, l’état dans lequel était l’Irlandais ce jour-là me revient en mémoire : cette folie qui s’était emparée de lui et qui, j’en suis certain, ne pouvait être que l’oeuvre d’un daemonien. Et si le Conseil, encore une fois, avait usé de je ne sais quel pouvoir pour nous offrir un Wyatt factice, pensant que tous les témoins de sa mort auraient été tués avec lui, afin de tirer encore les ficelles grâce à cette merveilleuse marionnette au premier plan ? Un mimétisme, une modification corporelle, une illusion… Cela ne serait-il pas suffisant ? Si tout cela n’était qu’un traquenard de plus, une ultime farce visant à nous voir chuter même en cas de victoire ?

Je me renferme jusque dans mon attitude sans m’en rendre compte. Je ne peux pas concevoir qu’il soit ici, malgré les jours entiers que j’ai passés à le désirer.

Je passe mes deux mains à l’arrière de ma tête en serrant les dents et lui demande alors avec un tremblement dans la voix qui n’a jamais été plus pressant :

- Faut que tu tu me dises… Qu’est-ce qu’il s’est passé là-bas ? Et sois convaincant, je te jure parce que sinon...

Sinon je jure que je découvrirai qui est ce salopard qui s’est emparé de tes traits et je les lui arracherai un par un avec les ongles.
lumos maxima
  
MessageMar 30 Aoû - 14:24
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 4137Nombre de RP : 237Âge réel : 26Copyright : © Morphine & Cookie.Avatar daëmon :
Wyatt S. OrdwiganADMIN-JVAISPASFAIREUNPAVE...OUPS! ♥|| èé
Je mords!..



Wyatt & Cillian


Un ami est un frère ; mais un frère que l' on se choisit. Comment se le choisit-on ? Comme on se choisirait un double, comme on se choisirait un reflet qu' on aimerait soi-même à refléter.

Le front repose sur le dossier du siège, je ferme les yeux en soupirant. Quand est-ce qu’elle avait dit que je pourrais sortir ? Je ne m’en souviens plus vraiment… Je me sens tellement à côté de la plaque… Mollement je passe une main sur mon visage lorsque je décolle mon crâne de la chaise et sens cette barbe mal rasée qui continue de pousser alors que mon cerveau est vide de toute réflexion. M’occupant, je tourne mon regard vers Âdhya qui est droitement assise à mes côtés, ses pupilles dorées ne clignant que rarement pendant qu’elle fixe la porte avec un intérêt qu’elle ne dissimule pas. J’ai beau lui faire des signes, gesticulant mes mains devant ses yeux et rien n’y fait, imperturbable. Tant pis, j’hausse une épaule, signe d’abandon et cherche un appuie pour me mettre debout, mâchoire se serrant une nouvelle fois sous l’effet de la douleur. Mais je n’y arrive pas et ce n’est pas parce que les lancements de ce mal sont trop forts pour m’empêcher de faire ce qui me plait. La personne sur qui la porte s’ouvre, je ne m’attendais pas à la voir. Le joie d’Âdhya entre en contradiction avec ce que je peux ressentir de mon côté. La déception de constater la traitrise de la chef infirmière est assez grande même s’il s’agit de mon frère. Non, je n’avais vraiment pas envie de voir quelqu’un, qu’importe qui cela pouvait être… Même Cillian. Et peut-être qu’il était même celui que je ne voulais absolument pas ne serait-ce même qu’entrevoir. Je ne souhaitais pas qu’il puisse m’apercevoir ainsi, cerveau broyé à la petite cuillère, cœur cisaillé par ce qu’il a dû endurer. Alors non, ce frangin, je n’étais pas heureux de le voir, je n’étais pas heureux qu’il puisse me voir dans cette posture. Il avait déjà assez vu lorsque j’étais en prison. Il n’avait pas besoin de plus. Âdhya tourne la tête dans ma direction alors qu’elle suit le fil de mes pensées, babines frétillantes, se retenant de ne pas se retrousser tout simplement parce qu’il s’agissait de moi. Je secoue la tête à la réaction de la tigresse en levant les yeux au ciel.

Je ne relève pas le regard plein de reproche qu’elle est en train de me jeter, poussant à la place sur mes bras, mes dents se pressant les unes contre les autres en soutient aux muscles qui gémissaient leur géhenne. En silence, sans lui répondre sur le fait que je devais être mort, je me lève, quitte la chaise pour me déplacer lentement jusqu’à la fenêtre. La morphine ne fait plus effet et je ne comprends que maintenant combien il va être dur de quitter l’hôpital en espérant ne plus souffrir… Pour une nouvelle fois, c’est les mots de l’Irlandais qui me sort de mes pensées. Qu’est-ce que je fais ici ? Il tenait mon corps dans une zone industriel ? Mais qu’est-ce qu’il raconte… J’appuie une main sur mon front en la faisant glisser dessus, j’ai beau essayer de comprendre ce qu’il veut me dire mais rien ne vient. Je ne me souviens même pas de sa présence… Et comme pour confirmer mes pensées je me mets à murmurer dans quelque chose de presque inaudible le nom de ceux que j’avais vu là-bas. Maxime, Charlie, Yuna. Qui y avait-il encore ? La mercenaire et l’indisposé. Oui, mais encore. Réfléchis Wyatt ! Oui encore un autre avec un chien de berger en Daëmon. Je crois que c’est tout. On était en pleine ville, il n’y avait pas Cillian, il n’y avait pas Cillian, il n’y avait pas Cillian…

Il n’était pas là. Ni quand ils nous ont tiré dessus, ni quand Yuna a failli mourir, ni quand j’ai failli mourir. Non, tu n’étais pas là Cillian. Mes yeux se ferment dans un souffle court pendant que j’enfile un tee-shirt qui était posé sur le bureau, permis de retrouver un habit à la place des blouses longues que l’on m’avait gracieusement donné le temps de mon hospitalisation. Avant-gout de la liberté qui m’attend demain, je m’en rappelle à présent. Pour autant, je ne sais pas quoi répondre à Cillian. Que peut-il bien attendre de moi ?... Je devrais lui poser la question, pourtant quelque chose en moi m’en empêchait. Cette contradiction qui règne en mon être, ce désir de le faire partir et cette brûlante envie de prendre dans mes bras ce petit frère qui m’a toujours tant manqué. Mais je reste là, à retourner tout près des vitres, regard s’attardant sur l’horizon. Mais sa dernière phrase est de trop, sourire s’étirant sur mes lèvres, je suis obligé de me concentrer sur lui et de le voir. Guerre ou pas, il est toujours ce gringalet à moitié fou et à moitié téméraire.

Sinon quoi ? Tu t’es toujours cassé les doigts sur mes os quand tu voulais me pousser alors si ton objectif est de m’assommer, tu vas te péter la main. Enfin d’un côté… Voyons l’aspect positif des choses, pas besoin d’appeler les urgences, on est à même pas deux minutes à pied du service. Aller fait pas le con Cillian, je comprends juste rien de ce que tu es en train de me dire.

Mais je me décoince, doucement parce que c’est lui. Parce que c’est le petit frère et que je me sens incapable de l’écarter une nouvelle fois de ma vie. Parce que six ans ont suffi à me faire comprendre que je n’ai été qu’un sombre crétin à lui en vouloir de quelque chose que je n’aurais certainement jamais dû. L’important est de ne jamais réitérer ses fautes qu’elles soient graves ou futiles. Laisse-moi améliorer ta vie l’Irlandais parce que tu n’as rien besoin de savoir d’autre hormis que c’est moi. Je lève mon doigt en l’air, le sommant d’attendre encore un peu et en silence, passant à côté de lui, fermant la porte au passage et ouvrant la petite armoire qui abritait plus de matériel médical non dangereux qui m’était destiné plutôt qu’autre chose. Cependant, même si au départ de mon séjour le personnel m’avait secoué avec de l’anti-don, c’est à force de travail en les usant sur la récupération de mes o-parts qu’ils avaient fini par atterrir sur les étagères de la chambre. Oui Cillian, je ne sais peut-être pas ce que tu as vécu, mais j’ai maintenant parfaitement saisi que tu attendais que je te prouve quelque chose. Quoi ? C’était encore obscur pour moi mais hormis te faire redécouvrir qui je suis, je n’arrive pas à savoir ce qu’il te manque comme information.
J’attrape les Tricky Ball dans un tissu, objet le plus aisément manipulable dans un endroit si petit, et les amène sous l’eau, souvenir du poison de Charlie déposé dessus encore encré dans mes souvenirs. Je récupère les cinq grosses billes dans le creux de ma main, les montrant à l’Irlandais. Non il n’y a pas de trucage, ce sont bien elles. Sans un mot, sans un geste, juste une aura blanche passant sur mon corps et j’invite ces étranges balles à venir paisiblement danser autour de lui, leur faisant prendre différentes directions pendant plusieurs secondes avant de les ramener à moi.

Tu sais comme je les ai toujours aimés celle-ci. Le contrôle de leur gravité c’est ce qui m’a sauvé la vie Cillian, parce que non, je ne suis pas mort. Plissant le nez et les sourcils je secoue la tête, levant une main. C’est incompréhensif. Ou est-ce que tu es allé t’inventer ça d’ailleurs ? Mais tu veux que je sois convainquant, d’accord je vais te raconter ce que j’ai vécu.

Je ravale ma salive, ce n’était pas forcément quelque chose dont j’avais envie de me souvenir. Trop de mort, trop de cri, trop de sang, trop de peur. J’avais eu peur pour ma vie, vraiment. Si Âdhya n’avait pas été là, toujours fidèle à elle-même, je ne sais pas trop comment j’aurais pu essayer de gérer une situation comme celle-ci. Soupirant, j’arrête de faire voler les o-part, les récupérant en faisant de moi leur centre d’attraction et m’en vais les reposer là où je les avais pris. Par où commencer… Que veux-tu savoir vraiment, à partir d’où exactement ? Mes appels restent sourds et je vais retrouver le lit de la pièce, m’asseyant dessus, croisant mes doigts en joignant mes mains, mon regard bloquant sur elles pendant un long moment.

Il y a quelques semaines… En fait tout s’est passé le jour de ma libération… Putain Cillian tu m’emmerdes ! Je n’avais pas envie de parler de ça, pourquoi n’arrivait-il donc pas à se satisfaire que je sois bien vivant là devant lui ?... Je viens chercher son regard, épaule se relâchant. Maitre Sabani, mon avocat m’a sortie de prison accompagné d’un mec. Je ne sais plus quel deal ils avaient entre eux, mais ça m’a été présenté et je l’ai interprété comme : tu es libéré seulement parce que doit subir un interrogatoire avec un daëmonien capable de détecter les mensonges. Je n’ai pas spécialement apprécié la surprise, je l’avoue… L’avocate m’a assuré n’être au courant de rien sur toute la supercherie concernant l’espionnage que nous avons subi. Je n’en ai plus jamais reparlé avec elle. Enfin… Il faut dire que lorsqu’elle m’a recontacté durant cette même journée, ce genre de discussion n’était plus à l’ordre du jour…

J’étais à Merkeley, profiter de Grace après la prison. J’avais besoin qu’elle me pardonne elle aussi d’avoir été si exécrable avec elle lorsqu’elle était venue me voir à la prison… Elle avait récupéré toutes mes affaires en constatant qu’elle avait beau attendre mon retour, je ne rentrerai pas aujourd’hui. Enfin tu connais cette suite de l’histoire, je n’ai pas envie d’en dire plus à part te remercié encore une fois d’être venue me voir. Oui, merci infiniment Cillian d’avoir pris sur toi et d’avoir tenu à me retrouver pour peut-être une dernière fois. Charlie. Maitre Sabani pardon, me laisse un message, c’est apparemment la folie, les portes de la ville viennent d’être ouvertes, les gens paniques de partout et pour cause… On n’avait jamais vu le Conseil en personne, on savait seulement qu’il était composé d’un père et de ses deux enfants. J’ai appris que celui qu’on avait eu en face de nous était le fils, son don étant un contrôle total sur les daëmons. Âdhya portait l’amulette elle n’a jamais pu être pris pour cible et merci bien.

De ma vie je n’ai jamais vu autant de sang couler sur le sol… De quoi te donner la gerbe Cillian. Obliger de tuer pour ne pas l’être, c’est une sensation que je ne souhaite à personne de ressentir. Ton corps et tes fringue qui empestent le fer, qui sont imbibés d’hémoglobine qui n’est pas uniquement tienne… Si je ne suis pas mort comme ce que tu sembles croire, j’ai pourtant bien faillit y passer à plusieurs reprises.

Une main vient glisser lentement sur le bas de nuque, s’arrêtant sur le haut de mon corps. Faiblir pour ne pas mourir. Âdhya avait fait ce qu’elle avait pu même si cela me coutera encore de longs jours de souffrance.
Je pense que j’ai dû perdre la notion du temps pendant cette journée. J’ai pas mal tiré sur mon pouvoir et avec les blessures, j’avais toute l’énergie qu’il m’était possible d’avoir qui était clairement en train de me quitter. Mais je n’abandonne pas, quelqu’un m’a dit un jour que je ne devais pas alors j’étais encore bloqué entre des grilles et des murs de bétons. Qu’apparemment on aurait besoin de moi. C’était dur Cillian… Vraiment dur et je ne sais pas si je te parais assez crédible mais à part te montrer les crevasses que j’ai dans le dos parce qu’Âdhya a dû me rattraper d’une chute, je vois pas trop ce que je peux faire de plus… J’ai même pas ma carte d’identité, mes papiers sont encore chez Grace… Mais bref, je termine. Je perdais tellement de sang avec le geste d’Âdhya que j’ai cru que j’étais en train de m’en vider, ça m’a séché. Rencontre d’une femme alors que le Chaton me rejoint pour que l’on reparte au-devant du combat. Avec cette femme-là, après une mise au point tous ensemble, on convient qu’avec l’aide d’Âdhya pour retrouver le marionnettiste, ça serait elle qui lui plomberait le crâne pendant que nous nous occuperons du mieux que nous pourrons des derniers soldats encore présent. Le coup de feu part, l’homme est abattu et on me prend en joug. Je craque, je crois que je descends tous ceux qui me menacent un par un avec les Tricky Balls, Âdhya en faisant autant de son côté même en se prenant une balle dans la patte. La colère, la haine, tant de sentiment que je n’ai pas l’habitude de ressentir… Ils m’ont fait tuer. Ils m’ont fait tuer encore une fois…
Mes yeux glissent sur mes mains qui tremblent. Je les serre l’une contre l’autre pour faire cesser cette apparente culpabilité à me remémorer ce jour-là. L’angoisse est-elle là elle aussi ? Certainement… Tuer, même pour se sauver, ce n’est pas moi… ça ne l’a jamais été…

Je ne saurais te dire qui, mais je me souviens que des gens m’ont aidé à avancer, pour m’installer contre un mur avant que je ne perde connaissance... Lorsque je me suis réveillé, j’étais ici et apparemment entre l’épuisement, les litres de sang perdus et l’infection qu’avait contracté les plaies, c’était assez surprenant que mon cœur tienne encore le coup malgré tout ça.

J’hausse une épaule en passant mes iris jusque dans ceux d’Âdhya qui ferment les siens dans une expression plus sereine et plus calme que ce qu’elle n’avait pu montrer depuis l’arrivée de Cillian. Dressant mon regard dans celui de l’homme, je conserve ce silence pour qu’il puisse assimiler ces mots sans que personne ne puisse le déranger. Qu’arrives-tu à cerner de plus avec un récit comme celui-ci Cillian ?

Mais pourquoi souhaites tu savoir ça ? Enfin ça a dû passer un millier de fois aux informations, ils ont dû relater les faits et une liste des défunts a dû être mise à disposition quelque part ? Comment t’as pu t’imaginer que j’ai pu mourir ? Sérieusement Cillian, qu’est-ce qu’il t’est passé par la tête ?

Aide-moi, guide-moi, éclaire-moi car aujourd’hui je n’arrive plus à reconnaitre qui tu es. Ce visage tendu, ce corps qui tremble, qu’est-ce qui t’arrive ? Sourcils arqués mes pupilles viennent attraper celles de Cillian et... Je n’en suis pas sûr mais je crois que mon regard est en train de l’implorer… J’aimerais venir vers lui, lui dire que c’était quoi ? Un mauvais rêve, un cauchemar mais qu’il est maintenant bien réveillé, qu’il n’a pas à s’inquiéter. Pourtant tout ce qui représente Cillian en cet instant est en train de m’interdire de l’approcher…
  
MessageSam 3 Sep - 14:08
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 472Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
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Hôpital de Perth Amboy ~ début juin 2015

- Sinon quoi ? Tu t’es toujours cassé les doigts sur mes os quand tu voulais me pousser alors si ton objectif est de m’assommer, tu vas te péter la main. Enfin d’un côté… Voyons l’aspect positif des choses, pas besoin d’appeler les urgences, on est à même pas deux minutes à pied du service. Aller fait pas le con Cillian, je comprends juste rien de ce que tu es en train de me dire.

Je ferme les yeux, appuyé sur le mur derrière moi, car à ce moment-là déjà, je sais… Je sais que c’est lui. Cette façon de calmer brutalement mes ardeurs, de me rappeler lequel de nous deux a toujours été le plus fort, et de me faire comprendre que j’agis encore comme un con… Il a toujours fonctionné comme ça, parce qu’il sait que ça a souvent marché. Et que ça marche encore. Je réalise alors que je ne respirais plus depuis la fin de ma dernière phrase. Je prends une large inspiration, les yeux toujours clos. Je ne parviens pas à faire ralentir mon cœur, assailli par des centaines d’émotions contradictoires. Je suis face à mon frère dont j’ai fait le deuil ces trois dernières semaines, j’ai l’impression de retrouver une partie de moi qui était morte avec lui. Et pourtant, je ne parviens pas à m’abandonner à ce sentiment de renaissance, écrasé par tout ce que son retour implique. Comment peut-il être là ? Pourquoi ne pas m’avoir prévenu ? Et surtout, à qui était ce corps que j’ai pleuré sur cette putain de zone industrielle ?

J’écoute le timbre de sa voix, identique, si identique à celui dont je me rappelais. J’aurais tellement de choses à lui dire… J’ouvre la bouche pour lui faire part de toutes ces interrogations qui m’assaillent, de ces milliers de questions qu’impliquent sa soudaine résurrection, mais l’Irlandais lève un doigt en ma direction, et je me ravise. Doucement, il va fermer la porte de la chambre pour nous rendre cette intimité volée par Abrams – qu’elle ne s’inquiète pas, surtout, c’est qu’il ne me jette pas dehors… – puis se déplace jusqu’à une étagère sur laquelle je reconnais des objets qui ne peuvent encore appartenir qu’à lui : ses o-parts. Il s’empare des Tricky Balls, un de ses jouets favoris depuis qu’il les a trouvées. Il part les rincer un moment, sans que je ne comprenne bien pourquoi. Enfin, sans un geste, les balles se mettent à léviter au-dessus de sa paume avant de se diriger vers moi. Je n’admire pourtant pas longtemps leur ballet aérien, fermant les yeux à nouveau devant cette autre preuve. Non, Wyatt, tu n’es pas mort, mais je n’arrive pas céder au bonheur qu’implique ton retour car je ne me l’explique pas. Tu es là devant moi alors que j’ai pleuré ta dépouille, que j’ai posé ma main sur ton cœur qui ne battait plus, que j’ai tenté en vain de refermer tes paupières déjà trop rigides pour entièrement cacher ton regard trouble. Je t’ai vu tomber sous l’emprise du poison de Bridget. J’ai vu Anja te fracasser le crâne à coup de pierre. J’ai senti tes poings s’écraser sur ma pommette et me briser les côtes… Ce souvenir réveille un instant la douleur sur le côté de mon torse qui n’a pas bien apprécié ma course poursuite avec les brutes de tout à l’heure. Ma mâchoire se contracte, mais je ne laisse rien entrevoir de plus. Je t’écoute. Je veux comprendre.

Tu te rebelles encore une dernière fois, je sens à quel point tes souvenirs sont vifs et douloureux, comme les miens. Mais fais cet effort pour moi, mon frère, car s’il est difficile de faire le deuil de quelqu’un d’aussi important que toi, crois-moi qu’il est peut-être plus difficile encore d’abandonner ces certitudes que l’on met tant de temps à prendre pour acquises. Sais-tu ce que cela a été pour moi de faire face à ta mort ? De réaliser chaque matin que tu ne faisais plus partie de ma vie ? De revoir ton visage inerte dans chacun de mes cauchemars et d’entendre le bruit de ta chute quand ton corps a rencontré une dernière fois le sol de cette zone industrielle encore, et encore, et encore, jusqu’à ce que je me noie dans les cachets et les cigarettes pour m’écrouler dans un sommeil sans rêve ? Sais-tu ce que cela a été de te perdre ? Alors je t’en supplie, Wyatt, fais cet effort pour moi, parce qu’il faut m’interdire de penser que tu n’es qu’une illusion, il faut que je me sorte de ces incertitudes qui me tailladent l’esprit comme autant de lames qui s’enfoncent dans ma boîte crânienne pour en ressortir tous ces souvenirs de la bataille que nous avons menée… Il faut que je m’en sorte.

Et peu à peu, l’Irlandais reconstitue la trame de sa propre histoire, de sa sortie de prison à laquelle je n’ai pas pu assister et tout ce qui s’en est suivi. Les mensonges, les complots, puis les combats, le sang, et les morts… Son récit ressemble tellement à celui que je pourrais lui faire. Jusqu’aux meurtres…

Le bruit des coups de feu que j’ai tirés sur le père d’Anja résonnent dans ma tête. Je ferme les yeux et contracte à nouveau la mâchoire, j’essaye de chasser ce bruit de ma tête. Le goût du sang dans ma bouche. Le poids lourds du corps de cet homme qui s’effondre sur le sol. Et le hurlement de la Danoise lorsqu’elle réalise ce que je viens de faire. Mon cœur accélère dans ma poitrine, et c’est Sin qui me fait revenir, en posant une de ses pattes sur ma tempe et en m’inondant d’ondes positives. Je prends une grande inspiration et me reconcentre sur l’Irlandais. Je sais ce que tu ressens, mon frère. Ces atrocités, le Conseil m’a forcé à les perpétrer aussi…

Enfin, Wyatt en vient à son arrivée à l’hôpital, à ces anonymes qui l’ont sauvé en l’emmenant à temps jusqu’ici. Je réalise combien de fois nous aurions pu nous croiser, et une boule de colère se forme dans le fond de ma gorge. Si seulement je l’avais vu arriver aux urgences ce jour-là, moi qui y étais aussi après avoir emmené tous les survivants ici, et qui me faisais examiner pour mes deux côtes cassées sur la gauche… Il ne m’aurait fallu qu’une seconde, qu’une seule occasion de l’entrevoir et le doute aurait suffi à ne pas me faire croire en sa mort. Je serais resté là, à me renseigner sur son état, à supplier pour qu’on me dise que c’était bien lui. Je n’aurais pas eu le temps de me faire à l’idée qu’il ne faisait plus partie de mon monde. Tout était allé tellement vite ce jour-là : j’aurais pu garder au fond de moi l’espoir que c’était bien lui. J’aurais pu y croire à ce moment-là. Mais maintenant, tout se bouscule et s’entrechoque dans ma tête…

- Mais pourquoi souhaites tu savoir ça ? Enfin ça a dû passer un millier de fois aux informations, ils ont dû relater les faits et une liste des défunts a dû être mise à disposition quelque part ? Comment t’as pu t’imaginer que j’ai pu mourir ? Sérieusement Cillian, qu’est-ce qu’il t’est passé par la tête ?

Je lève les yeux et son regard me transperce, aussi suppliant que le mien l’a certainement été lorsque je lui ai demandé de m’expliquer ce qui l’a conduit ici. Je déglutis, et lorsque ma voix résonne enfin, je ne peux la retenir de trembler, comme si elle criait mon impuissance et cette souffrance qui me déchire le cœur. Car je suis mort de peur, tétanisé à l’idée de savoir ce que le retour de Wyatt implique. Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Qui est cet homme qui voulait ma mort sur cette zone industrielle, cet homme qui avec tes traits, tes yeux, jusqu’à tes tatouages ? Qui est ce frère que j’ai vu mourir si ce n’était pas toi ? Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? …

- Tu n’étais pas sur les registres… je balbutie. J’ai attendu l’annonce officielle de ta mort pendant des semaines. J’ai vérifié les listes des victimes recensées tous les jours, attendant de t’y voir apparaître. Ton nom demeurait introuvable. J’ai pensé… que le gouvernement attendait de faire une annonce officielle te concernant, qu’ils te rendraient honneur en officialisant ta mort, je… J’en sais rien ! Je cherchais pas de raison à ça ! Pas une fois je me suis demandé pourquoi tu n’apparaissais pas sur les registres parce que j’étais sûr que t’allais y apparaître à un moment ou à un autre !

Je le regarde en silence une seconde, ne lâchant plus ses yeux clairs comme s’ils étaient mon dernier ancrage dans ce monde pour ne pas sombrer dans la folie.

- Je t’ai vu mourir, Wyatt…

J’insiste sur cette phrase comme un fou affirmerait qu’il ne l’est pas. Car c’est de la folie, de la folie pure. Mais Wyatt est bien mort sous mes yeux, et c’est bien son corps que j’ai tenu dans mes bras, ce corps glacial et inerte que je revois chaque jour, chaque fois que mes démons reviennent me sauter à la gorge.

- Je n’y comprends rien, je suis complètement paumé…

Ma voix s’éteint toute seule, je déglutis encore alors qu’un gémissement faible se fraye un chemin le long de ma gorge. Je lève les yeux au plafond. J’essaye de me contenir.

- On était sur une zone industrielle… Bridget, Dwayne, Milo, Anja Müller, et d’autres gars pris au piège comme nous au milieu de la guerre civile. Plusieurs étaient déjà blessés. On avait tous essuyé des attaques dans divers endroits de Perth : les agents du Conseil fermaient Merkeley et enlevaient tous les daemoniens qui pouvaient leur servir. Milo avait son genou qui pissait le sang… Et Aaron… Les souvenirs reviennent par bribes tant je les ai refoulés pendant des semaines. Aaron avait pris une balle dans l’épaule. On voulait juste se planquer ici un moment, le temps de trouver une solution pour maintenir tout le monde en vie et les faire soigner sans risquer de les livrer sur un plateau au Conseil. Mais… c’est là qu’ils nous sont tombés dessus.

Je reprends mon souffle. Ma tête s’abaisse, je regarde mes pompes. Je ne parviens plus à croiser le regard de Wyatt.

- On a mis du temps à comprendre qui c’était. Ils étaient plusieurs. Des agents, partout. Mais y avait une femme avec eux. Je me souviens de son regard… On a compris que c’était la fille du fondateur, une des trois têtes du Conseil. Elle a commencé à jouer avec nos cerveaux, on contrôlait plus rien. Cette douleur, cette sensation d’être banni de son propre corps… J’ai jamais senti un truc pareil. Je le souhaite à personne… Et c’est là que vous êtes arrivés…

Oui, vous, parce que t’étais là Wyatt. Je sais que tu ne me crois pas, que tout dans ta tête te dit que tu étais ailleurs. Mais tu étais là.

- Vous êtes venus face à nous, plein de types… Je connaissais pas tout le monde, mais j’ai reconnu Loewer, et le père de Bridget… et toi.

A ce moment-là, mes mains se serrent sur les mailles de mon jean. Je veux qu’elles arrêtent de trembler. Mais j’ai l’impression que c’est tout mon corps qui tremble.

- Ce regard que tu avais… que vous aviez tous. Vous n’étiez là que pour une chose.

Je laisse ma phrase en suspens. Je sais qu’il a compris.

- Huit survivants. Huit adversaires. Chacun le sien. C’était comme…irréel. Mais vous étiez bien là, et on n’a pas eu d’autre choix que de se battre.

Je retrouve enfin la force de m’accrocher à son regard.

- Jamais je n’avais vu une telle flamme dans tes yeux. C’était toi. Ta voix. Ton regard. Mais je te reconnaissais pas, et j’arrivais pas à te faire revenir à la raison. T’étais là, fou de rage, à me balancer tes poings… Et je me flinguais les poumons pour te crier d’arrêter, j’essayais de parer tes coups. Mais je pouvais rien faire. T’étais comme aveuglé par ta colère. Tu voulais en finir…

Les mots sont tranchants comme des rasoirs, comme les images qui se succèdent dans mon esprit alors que je lui raconte ce qu’il s’est passé ce jour-là. Tout sort comme ça me vient. Aucun filtre. Aucune censure. Je n’ai plus la force d’arrondir les angles, pour personne.

- J’ai juste eu le temps de balancer Sin sur le toit d’un van pour la protéger d’Âdhya…

Mon regard passe un instant sur la smilodon. Je suis désolé de devoir lui dire qu’elle aussi était là, et qu’elle aussi était aveuglée par une folie brutale, meurtrière. Mais il faut que ça sorte.

- Sin a réussi à se planquer dans le moteur. Elle était hors d’atteinte.

Mais pas moi. Je reviens à mon frère.

- J’ai jamais réussi à te faire entendre raison. A un moment, Müller t’a assommé quelques secondes, juste le temps que j’attrape mon pistolet qu’elle avait à sa ceinture. Il y avait cet homme qui s’apprêtait à se jeter sur elle. J’ai… J’ai tué son père.

L’aveu me retourne le cœur et je détourne une nouvelle fois le regard. Je me mords l’intérieur de la joue jusqu’au sang. Je ferme les yeux.

- Mais t’étais toujours là. Et tu t’es relevé…

Je sens les larmes de rage qui perlent au coin de mes yeux. Je ne veux pas qu’il les voie. Ma voix s’enroue et chaque mot qui sort de ma bouche devient une épreuve que je ne suis plus sûr de vouloir affronter.

- J’ai tendu le canon vers toi. Il fallait que je t’arrête. Je t’ai supplié d’arrêter, Wyatt. Mais tu continuais d’avancer vers moi. Et j’avais le doigt sur la détente. Fallait que je tire, je le savais. Je suis resté là, le bras tendu vers toi…. Mais j’ai pas réussi…

J’inspire encore. Mes côtes me font mal. Je grimace.

- J’ai pas pu… Je t’avais juste devant moi, j’avais plus qu’à tirer…

Bordel… Je ne sais plus où donner de la tête, où se situent le bien et le mal. Je ne sais même plus si je fais bien de lui raconter tout ça. Je ne sais plus ce qui est réel. Tout se brouille et s’entremêle.

- J’ai jamais pu presser la détente. Je pensais que t’allais finir le travail. A ce moment-là, j’ai vraiment cru que j’allais mourir de ta main... Mais finalement, c’est Bridget qui a mis fin à tout ça. Dans les combats, elle a libéré sa toxine. Mon corps s’est complètement laissé engourdir par le poison. J’ai lâché le pistolet et je suis tombé à genoux. Mais toi, t’étais déjà trop faible. Tu es tombé. Et j’ai vu Âdhya se coucher dans le sable elle aussi. Et lentement, elle a commencé à disparaître…

Mes yeux rougis replongent dans les prunelles de mon frère.

- Tu es mort devant moi, Wyatt, et même si c’est pas moi qui t’ai donné le coup de grâce, j’ai failli te tuer… J’aurais peut-être pu te tuer, comme j’ai tué cet homme.

Je respire encore de longues secondes. Mes poings se desserrent lentement : le pire est passé.

- Peu à peu, les morts se sont enchaînées… Les daemons disparaissaient les uns après les autres. C’est Dwayne qui a achevé la fille du Conseil. Quand tout a été fini, j’ai emmené tout le monde à l’hôpital. Je venais voir Bridget tous les jours. Elle va bien, et le bébé aussi. Milo a commencé sa rééducation. Je crois que Dwayne se remet plutôt bien aussi, physiquement tout du moins. Et un jour, j’ai entendu les infirmières parler d’un Wyatt Ordwigan.

Ma voix tremble moins. Je me reprends au fil de mes phrases.

- J’étais retourné sur la zone industrielle après avoir emmené tous les survivants ici. Ton corps était là-bas, recouvert de poussière, froid. Je t’ai fait mes adieux là-bas, avant que les autorités ne viennent te prendre. Il fallait que je te dise au revoir.

Et ma voix s’enhardit.

- Comment je pouvais croire après tout ça que tu étais encore en vie ? Comment j’aurais pu croire une seconde que tout ce que j’avais vécu n’était que du vent ? Je peux pas y croire, Wyatt. J’ai vécu tout ça.

La douleur lancinante de mes côtes me le rappelle à chaque inspiration.

- Ca fait presque trois semaines que je demande à te voir tous les jours. Je pensais déloger l’enfoiré qui se faisait passer pour toi ici. Alors dis-moi, Wyatt : qu’est-ce que je suis censé penser maintenant ? T’es là, devant moi, alors que je t’ai laissé sur cette zone industrielle. J’ai vu Âdhya disparaître. Et maintenant vous réapparaissez dans ma vie, et tu me dis que tu n’as vécu rien de tout ça. Alors quoi ? Est-ce que je deviens dingue, Wyatt ? Est-ce que je suis en train de rêver tout ça ? Ou est-ce que j’ai rêvé tout ce qu’il y a eu avant ?

Je m’accroche de nouveau à son regard comme un forcené. Je perds pieds.

- J’ai besoin de réponses, Wyatt, parce que ça je l’ai pas rêvé.

D’un geste, je soulève le côté de mon t-shirt pour dévoiler la large ecchymose violacée qui a pris place au-dessus de mes côtes cassées. Je reste un moment à le regarder, à lui laisser le temps d’avaler tout ce que je viens de lui dire. Et j’achève sur une supplique.

- Alors est-ce que je peux croire, Wyatt ? Est-ce que je peux croire que c’est vraiment toi ?

Je déglutis une dernière fois et termine plus bas.

- Et qu’est-ce qu’il m’est arrivé ?
lumos maxima
  
MessageJeu 8 Sep - 14:55
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 4137Nombre de RP : 237Âge réel : 26Copyright : © Morphine & Cookie.Avatar daëmon :
Wyatt S. OrdwiganADMIN-JVAISPASFAIREUNPAVE...OUPS! ♥|| èé
Je mords!..
Spoiler:
 



Wyatt & Cillian


Kill the dictator.

L’ébranlement de sa voix, il me tord les tripes mais j’essaie de ne rien lui montrer. J’aurais voulu te donner ma force mon frère, mais elle a pris congé depuis plusieurs semaines maintenant. Je l’écoute alors, attentif, les œillères me brouillaient la vue, refusant de voir ce que mon cerveau commençait pourtant à comprendre. Il voulait me voir inscrit dans ces putains de listes, il était certain de devoir m’y trouver… Ma concentration est grande, mes yeux ne quittant plus les siens dans l’attente du couperet sur mon cou. Avais-je vraiment besoin d’entendre ce que je devinais d’ores et déjà ? Je déglutis et n’arrive plus à soutenir son regard en apprenant cette mort qui est censée me mettre les pieds sous terre. Je ne veux pas comprendre ce qu’il a dû endurer après cela, je ne le pourrais pas tout, je ne l’ai pas vécu… M’imaginer son mal est possible, mais plus est humainement infaisable pour moi. L’inspiration est grande lorsque mes iris se redéposent sur lui à l’écoute de ces nouveaux mots qui sortent de sa bouche. Je n’ai rien à dire, je ne peux rien t’expliquer, je n’ai aucune idée de ce qu’il s’est passé là-bas, vraiment Cillian, je suis malheureusement incapable de t’apporter des réponses.
Et les explications ne tardent plus à venir marteler cette riche imagination que possède mon cerveau, esprit essayant de reconstituer les scènes au fur et à mesure qu’elles sont racontées par l’Irlandais. La valse est simple à danser, mon corps à déjà donné pour ce type particulier de chant de guerre. Je les connais tous. Espions pour la plupart, bras droit pour le plus âgé et rebelle par le caractère non par les agissements d’une femme enceinte qui n’aurait jamais dû se trouver en ces lieux. Je suis doublement touché en pensant qu’il s’agit de personnes qui ont été embourber dans ce genre de pétrin à cause d’un parti que j’ai mené d’une manière plus musclée que mes prédécesseurs. Enfin… En quelque sorte… J’encaisse ce qui à pu arriver aux blessés en même temps que lorsqu’il le raconte. Milo, Aaron… Je ne cille pas du regard, laisse mon frère me faire ses aveux comme il l’entend, je n’ai pas besoin de voir ses prunelles pour saisir que son cœur était toujours au bord de ses lèvres. Il ne sera jamais coupé dans son récit alors que je me rappelais des nouvelles à l’hôpital, certains sautant de joie pendant que d’autre étant accabler d’apprendre une telle nouvelle. Le Conseil est tombé ! Le Conseil est tombé ! C’était pire que cela, il était mort. Le fondateur, il avait apparemment suivi le même chemin que celui de ses enfants. S’ils sont sortis de leur trou, c’est bien qu’ils en avaient l’obligation et certainement que j’aurais voulu voir la gueule de ce chien qui a voulu me laisser crever la gueule ouverte en essayant de mener de faux-jugements à notre encontre à Kayla, Esteban et moi. Ma mâchoire se serre en réminiscence de ce qu’il s’est passé bien des mois en arrière en découvrant en même temps, toujours un peu plus ce que Cillian avait pu vivre là-bas.

Je ne trouve aucun mot qui serait capable de l’apaiser… Et ce n’est pas ce qu’il attend de toi. Première réaction d’Âdhya. Elle a raison, parfaitement raison, il avait seulement besoin que je reste là à l’écouter, s’il avait besoin de m’entendre, j’aurais clairement su l’interpréter. Ma main passe sur la peau de ma mâchoire alors que j’essaie de reconstruire cet étrange puzzle. Il n’y a pas beaucoup de pièces dans la boite mais aucune ne semblent pouvoir s’emboiter les unes aux autres jusqu’à ce qu’un frisson fasse cesser toute la gymnastique de mon cerveau. Puis il arrive : T’étais là, fou de rage, à me balancer tes poings… Je n’arrive pas à accepter cette phrase, mon corps se tendant à l’idée de pouvoir cogner la seule personne qui me reste vraiment. La plus sincère aussi, la plus loyal malgré tout ce que j’avais pu lui dire, tout ce que j’avais pu lui faire endurer. Je prends ma tête dans mes mains au fur et à mesure que les secondes se font plus tranchantes, je l’entends hurler. Non je le suppose pendant que mes pensées me ramènent des années en arrière, coups s’abattant sur son corps sans ménagement, hommes s’acharnant sur lui pour le simple fait qu’il soit différent d’eux. Que nous soyons différents d’eux… Mes doigts cherchent à se réfugier dans la pomme de ma main avec vigueur, rage contractant mes nerfs pendant un instant avant que je ne me reconcentre sur son histoire. Et Âdhya, ce prénom qui raisonne et fait encore un peu plus dresser les oreilles de la concerner. Protéger Sin d’elle ? Son regard se baisse ne réussissant à soutenir celui de Cillian face à cette nouvelle, désolée de la frayeur qu’elle a pu leur causer. Elle est consciente qu’il ne pouvait s’agir d’elle, mais la Smilodon n’arrivait pas se retenir, compatissante à la terreur qu’elle peut représenter. Elle l’a déjà constaté en s’étant fait surpasser par ses instincts les plus primitifs, elle est au courant des dégâts qu’elle peut engendrer…

Aucun raisonnement ne fonctionnait donc sur nous, nous n’étions que des machines à tuer… Ou à être tué. La chose devient plus simple à analyser dès lors qu’il m’annonce avoir dû achever le père de Anja pendant que cette dernière essayait de m’anéantir même si ce n’était que superficiellement. Sa posture, ce qu’il a vécu, j’en arrive à un point ou je trouve sa bravoure plus grande que la mienne. Il a toujours eu cette tendance à se croire inférieur à moi qu’importe la manière dont ça a pu être dit, mais ce moment, comment l’aurais-je vécu ? Âdhya ne se serait-elle pas retournée d’elle-même sur mon frère pour me laisser la vie sauve, supportant cette fois quelque chose de plus grave que tout ce qui nous a été permis de vivre ? La possibilité est douloureusement grande… Et si Sin en avait eu la possibilité, comment aurait-elle défendu son alter-ego ? La réponse est muette, elle n’arrive pas à atteindre tes oreilles. Non. À la place de cela ce sont ces mots qu’il répète, insistant sur le fait qu’il n’avait pas pu m’abattre alors que je devenais de plus en plus menaçant à son égard. La furie, elle n’aurait pourtant jamais cessé sans ma mort. Ce dernier souffle, pour sa vie à lui, il me fallait le donner. Je soupire, quelque chose d’indéfinissable enserre mon cœur, j’ai mal sans savoir expliquer pourquoi. J’inspire profondément, je m’apprêtais vraiment à le tuer ? Moi ? Je crois que je n’arrive pas à réaliser avant d’être soulager d’apprendre que Bridget a agi. Merci la Baleine, merci pour lui… Il ne te l’a peut-être jamais dit, mais merci infiniment de l’avoir sauvé de son frère. Et quel frère… J’ai honte. Tu n’es responsable de rien. Si ça n’avait pas été ta représentation, une autre se serait dessinée devant lui. Ta représentation… Je réfléchis cinq secondes au mot employé par Âdhya, il y a une chose en lui qui attire mon attention mais comment justifier cette interpellation … ? Je fronce les sourcils, concentration reprise par Cillian.

Ils paraissent tous aller bien, au moins physiquement et les savoir ainsi me fait poser une main sur le cœur. Oui j’en suis rassuré, doigts circulant entre mes cheveux comprenant encore mieux l’idée qu’il puisse me considérer comme mort. Quoi de plus réel que de sentir le corps inerte d’un être logiquement vivant contre soi pour se persuader qu’il n’est plus du même monde ? Je mords ma lèvre, la phrase de la Smilodon percutant mon cerveau alors qu’elle me fixe sans comprendre mon obsession. Ta représentation… Elle était pourtant bien réelle, elle était palpable et non fantomatique de ce que j'en comprends. Elle était agressive. Elle était moi sans l’être pour autant. Je réfléchis à m’en enfoncer les doigts dans les globes oculaires, comme-ci ça m’aiderait à mieux disséquer cette foutue situation. Mais mon frère reprend après m’avoir conté son histoire pendant que le timbre de sa voix change considérablement. Je n’arrive pas à définir entre quoi et quoi il se place. La colère et l’incompréhension ? Peut-être bien oui. Je le laisse finir malgré tout avant de répondre à ses questions, quittant le lit pour partir en direction de la petite salle de bain qui appartenait à la chambre afin de boire un coup, retrouvant l’Irlandais, mes yeux allant sur l’horloge, bientôt midi avec un peu de chance ils me laisseront descendre au self pour continuer à être avec lui.

J’y aurais cru moi aussi Cillian. Vraiment je n’aurais pas compris ce qu’il se passait mais j’aurais été persuadé que tout cela était véritable. Et c’était moi qui refusait de voir qui que ce soit…

Je quitte ses iris. Si j’avais seulement su une seule seconde ce qu’il avait vécu, qu’il faisait partie de ces questions que mademoiselle Abrams me posait pour savoir si oui ou non je voulais recevoir de la visite.

Je te demande pardon… Je n’étais pas capable de recevoir quelqu’un, je ne pensais pas…

Ma voix se coupe alors que j’ose à peine le regarder. Je ne pensais rien du tout en vérité, j’avais seulement agi égoïstement en ne réfléchissant qu’à mon seul bien être ignorant volontairement ce qui pouvait pousser ces gens à souhaiter rentrer dans cette chambre. Je respire un peu fort avant de me reprendre en main, doigt raclant ma joue. Je garde le silence avant que le courage ne revienne circuler dans mes veines, témérité suffisamment retrouvée pour tenir le regard de mon frère. Excuse-moi s’il te plait… Incapable de discuter d’autre chose avec lui en rapport avec ma responsabilité sur le sujet. Je rebondis sciemment sur la suite.

À part te dire que tu avais des caleçons horribles quand tu étais jeune et qu’en plus c’était toi qui osais les choisir, -tu avais des goûts vraiment pourris- je ne sais pas trop comment te faire comprendre que c’est moi Cillian. J’avoue que je n’ai pas la capacité de te le prouver. Je peux te citer des anecdotes que l’on a pu vivre, si elles peuvent t’aider à me croire…

Je m'arrête en pleine phrase. Si, finalement, je sais. Âdhya secoue la tête de désaccord, alors que je m’assoie une nouvelle fois sur le lit et enclenchant l’alarme de la chambre pour faire intervenir une infirmière qui ouvre la porte plus rapidement qu’il ne faut pour le dire. Je me contorsionne, plis et tords le dos dans un gémissement suffisamment convainquant pour la faire repartir aussi sec, bipper porté à sa bouche en appelant la chef du service. Elle va vouloir ma mort… Mes plaintes, elles n’avaient jamais été prises à la légère, infection trop grave pour me demander de patienter. Il faut quelques minutes à mademoiselle Abrams pour venir en courant, le regard alerte alors qu’elle m’avait annoncé quelques minutes plus tôt que tout allait mieux.

Fermez la porte s’il vous plait, j’ai besoin de vous.
Monsieur Ordwigan j’espère pour vous que vous ne m’avez pas fait quitter un patient pour une blague, je risque de devenir fortement désagréable.
Est-ce que j’ai l’air de vouloir rire ? … Le regard est loin d’être le même que celui que j’avais pu adresser à mon frère quelques minutes plus tôt. Il voulait être certain que je n’étais pas lui ? Très bien. Il faut que vous me retiriez ce satané bandage. Je ne compte pas vous mentir et vous dire que je souffre le martyr pour que vous le fassiez de vous-même sans que je n’aie à argumenter quoi que ce soit. Il faut qu’il puisse voir. Si vous ne voulez pas je trouverai une solution pour le faire moi-même.

Le soupire est grave elle comprend aisément que je n’en ferais qu’à ma tête si elle n’acceptait pas ma demande. Je le vois dans son regard, elle m’en veut. Mais je m’en moque, seul l’homme qui est dans la pièce m’importe et ça aussi elle l’a assimilé. Dans un grognement elle m’oblige à venir m’installer sur la chaise et à la vue de son comportement, si elle avait pu nous fusiller tous les deux, Cillian et moi, je pense qu’elle l’aurait fait immédiatement. Elle défait dans un silence de mort la ligature qui embrasse tout mon abdomen, travail toujours rapide et efficace. Deux minutes après avoir retiré mon tee shirt, large pansement ôté, je tournes mon dos en direction de Cillian.

Un daemonien travaillant pour le Conseil et qui avait certainement le genre de capacité pouvant faire disparaitre les plateformes, a supprimé le sol devant moi. Je n’ai pas eu le temps de réagir, Âdhya l’a fait pour moi en me rattrapant comme elle a pu alors que je commençais à tomber dans le vide. Ses canines ont arraché ma peau, ma chaire et abimé les muscles à leur passage et j’ai utilisé un o-part pour m’échapper. Mon haut commençait à céder dangereusement et leur soldat avait poussé son pouvoir tellement loin que je n’arrivais même plus à voir le fond du trou… Cette fois ci Cillian, si tu continues de douter, quand bien même cela est dur pour toi de me croire en vie, je ne peux vraiment rien faire de plus…

La chef infirmière n’avait pas particulièrement attendu la fin de mes phrases pour recouvrir les plaies. Agacée, je n’ais pas le droit de lui demander plus de temps, et après tout, je voulais qu’il puisse remarquer que rien n’était un mensonge pas qu’il les contemple indéfiniment. Le temps qu’elle nous a offert sera suffisant, j’en suis certain. Lorsqu’elle eut fini et que je la remercie, elle s’en va avec un demi regard pour nous en fermant la porte. Ça lui passera. Je renfile mon tee shirt et quitte la chaise.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé pour toi mais de toutes les données que l’on a sur le Conseil, on sait qu’ils ont… Qu’ils avaient tous les trois un pouvoir. La Rébellion n’a jamais réussi à savoir lesquels il pouvait s’agir mais est-ce que ce que vous avez vécu ne tiendrait donc pas de son don ? Tout à l’heure Âdhya parlait d’apparition ? Non. De représentations. Même aussi réelles peuvent-elles être, si les autorités ont récupéré ‘‘mon’’ corps, ils auraient dû signaler ma mort comme n’importe quel autre décès non ? Ce double de moi, n’avait-il pas une durée de vie bien défini ? Je ne vois pas trop comment expliquer ça autrement.

Et c’était sincère. Tu n’avais pas d’autre supposition à lui proposer et tu espérais que cela pouvait lui suffire.

Eh Cillian, vu la haine qu’il semblait te porter, si je te dis que je t’aime, que je tiens à toi et que je suis heureux que tu sois encore celui qui fait le premier pas, tu me crois ?

Je reste bloqué là, à le regarder. Est-ce que je crains qu’il me prenne encore pour un usurpateur ? C’est bien probable. Alors la seule chose qui me reste à faire aujourd’hui, c’est de croiser les doigts et prier tous les dieux pour qu’il ait eu assez d’arguments pour être en confiance avec moi. Pendant un moment, l’idée de perdre mon frère à cause de cet événement traverse mon esprit et mon cœur en devient malade. Si lui a pu avoir des doutes sur toi, ne laisses pas naitre les tiens et crois en lui, il saura que tu es vraiment qui il veut que tu sois. Et s’il lui faut du temps, alors il faut que tu lui en laisses. Mon regard quitte celui de mon frère pour aller rejoindre celui de mon âme alors qu’elle se presse contre ma jambe, yeux tournés en direction de l’homme et de l’insecte.
  
MessageJeu 29 Sep - 19:44
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 472Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
Brothers



Hôpital de Perth Amboy ~ fin juin 2015

Je n’ai pas arrêté mon récit. Pas une fois. Même lorsqu’il s’est pris la tête dans les mains en entendant qu’il avait essayé de me tuer. Même lorsqu’Âdhya a baissé les yeux en apprenant qu’elle s’en était prise à Sin. Même lorsque l’Irlandais a soupiré de soulagement lorsque je lui ai dit que Bridget avait réglé son sort à ma place. Même lorsqu’il a posé sa main sur son cœur lorsque je l’ai rassuré sur l’état des autres. Jamais. Trop de pensées en si peu de temps, trop de questions qu’il me faut poser. Les paroles s’enchaînent sans que je ne les contrôle, fiévreuses et pressantes, déversant toute ma détresse sans me préoccuper une seule fois des répercussions qu’elles peuvent avoir. Je ne pense pas une seconde à tout ce que cela implique pour Wyatt, aux blessures que je lui inflige en déversant ainsi mes souvenirs. Je n’ai plus la force de penser au reste du monde, seulement le désir de me libérer de tout ça, qu’importent les conséquences, même sur lui. Je l’ai cru mort. Lorsque que je l’ai découvert ici, je l’ai même désiré mort pendant une brève seconde, et cet aveu m’arrache le cœur. Tout aurait été tellement plus simple. Tellement plus gérable. J’avais entamé mon deuil. J’avais arrêté de nier sa mort. J’avais commencé à accepter. Maintenant qu’il est revenu, j’ai l’impression de perdre tout sens de la réalité, de devenir fou, et je voudrais juste que tout s’arrête, d’une façon ou d’une autre. Je veux savoir. Retrouver un semblant de certitude en quelque chose. Un repère auquel m’accrocher comme un forcené pour ne pas me noyer.

Lorsque je me tais enfin, je garde mes prunelles plongées dans celles de mon frère. La vérité est que je lui demande de répondre à une question qu’il se pose lui-même. Je le sais, mais reste bloqué sur cette dernière interrogation qui a achevé mon histoire, comme s’il était le seul à pouvoir détenir la réponse. Lui qui est réapparu d’entre les morts. Lui qui se tient juste là, devant moi, et me regarde avec la même impuissance que celle qui imprègne mes yeux clairs. Il doit m’expliquer, m’aider à comprendre cette chose qui lui échappe aussi. Deux victimes de la guerre perdues dans des souvenirs contradictoires, voilà ce que nous sommes. Il nous faut retrouver notre chemin pourtant, sans quoi nous resterons tous les deux bloqués des semaines en arrière, incapables d’avancer plus loin que ce jour où le Conseil est tombé et où nous sommes restés piégés sous ses décombres.

Finalement, Wyatt s’échappe un instant dans la salle de bain et je baisse les yeux sur mes chaussures, mains sur les genoux, comme si je reprenais mon souffle après un marathon.

Ça va, Cil ? me demande mon âme.
J’en sais rien…

Vraiment rien.

Lorsqu’il revient, je pose sur lui des yeux de gamin complètement paumé dans un monde qui ne semble plus être le sien, un monde où les morts reviennent et où il doit choisir entre deux versions d’une même histoire : l’une où Wyatt n’aurait jamais été empoisonné par Bridget, ne l’aurait jamais frappé, n’aurait jamais reposé inerte dans ses bras, et l’autre où son propre frère aurait tenté de le mettre à mort. L’Irlandais s’excuse, je grimace en quittant son regard. Je ne veux pas qu’il s’excuse. Je ne veux pas de sa culpabilité. Ce n’est pas ce que je viens chercher, surement pas. Je ne veux pas le faire se sentir plus mal qu’il ne l’est déjà. Je veux simplement me sortir de cet enfer dans lequel j’ai l’impression de suffoquer, un enfer dans lequel je continue de me demander si tout ce que je vis est réel.

Alors qu’il tente de me convaincre qu’il n’est pas un mirage, et que c’est bien mon frère qui est dans cette chambre, non une illusion, je n’écoute même pas ses arguments, car au fond de moi, je crois que je le sais. C’est irrationnel, inexplicable, dénué de toute logique, mais je sais que c’est lui. Je le sens. Pourtant, mon esprit refuse de l’accepter. Ca ne colle pas. Rien ne colle. Qui était cet autre Wyatt avec qui je me suis battu sur la zone industrielle ?

Soudain, l’Irlandais retourne sur son lit et appuie sur une commande qui appelle aussitôt une infirmière de garde. Je fronce les sourcils sans bien comprendre son stratagème. Lorsque la jeune femme pénètre dans la chambre, Wyatt mime une douleur vive qui lui prend tout le dos. La demoiselle ne reste pas bien longtemps et ressort en trombe en appelant Abrams. Je reste immobile, dos collé au mur, observant la scène avec une passivité désarmante. Rapidement, l’infirmière en chef réapparaît dans la chambre et comprend bien vite que ce n’est pas pour un manque de morphine que son patient l’a faite appeler. Il veut me montrer ses cicatrices.

Un frisson me fait me redresser lorsque je comprends ses intentions, et je lève une main vers eux, prêt à leur signifier que ce n’est pas la peine de faire tout cela. Mais aucun mot ne sort de ma bouche, car je connais ce ton qu’emploie mon frère, cette voix grave qui gronde dans le fond de sa gorge quand ses décisions sont prises et que rien ne peut plus le faire changer d’avis. Impuissant, coupable à l’idée que mademoiselle Abrams soit forcée de faire cela par ma faute, je reste planté face à eux, interdit. Après un dernier soupir, l’infirmière laisse Wyatt s’installer sur la chaise et se met à dérouler les bandes dans un silence qui en dit long sur sa colère. Je suis happé par ce qui se déroule devant moi, incapable de détacher mon regard du corps meurtri de l’Irlandais que l’on s’apprête à me dévoiler, comme si j’allais découvrir quelque chose d’impensable. A mesure que les bandages disparaissent, mon rythme cardiaque s’accélère sans que je ne contrôle rien. Et lorsqu’Abrams se recule enfin pour laisser Wyatt se retourner, mon cœur rate un battement. Les plaies dans son dos sont immenses, larges et rouges, pas encore pleinement cicatrisées. Les déchirures crient la douleur qui a dû être la sienne lorsque les crocs d’Âdhya se sont plantés dans sa chair. Je frissonne encore. La vision est impressionnante, presque effrayante, comme si elle rendait le tout plus réel.

Rapidement, l’infirmière remet les bandes en place et repart après un dernier regard sévère. Wyatt ne lui dit rien, juste un maigre remerciement. J’imagine que tous les deux se connaissent assez bien désormais pour savoir quel comportement adopter dans les situations de crise. Je n’ai pas à m’en mêler, et Abrams a l’air d’être une femme assez forte pour se défendre seule, même face à quelque comme Wyatt Ordwigan.

Revenant à moi, mon frère évoque la possibilité d’un don pour expliquer ce mystère qui me torture l’esprit depuis que je suis entré dans cette chambre. Un pouvoir capable de créer des copies aussi parfaites de véritables êtres humains ? Et de daemons ? Ca me paraît complètement fou. Malheureusement, c’est aussi la seule hypothèse que nous ayons, et elle ne semble pas totalement improbable. Folle, mais pas possible. Personne n’a jamais parlé du corps de Wyatt qu’ils auraient dû avoir trouvé en même temps que celui de la fille du fondateur. Peut-être n’existe-t-il tout simplement plus. Et je crois que dans la situation dans laquelle je suis, je suis prêt à accepter tout ce qui peut me sortir de cet engrenage. Je baisse les yeux, réfléchis, retourne cette idée dans ma tête, encore et encore. Je repense à tous les détails de cette journée, essaye de recompter les nombre d’agents qu’il y avait autour de nous. Je réentends les ordres de la gamine, revois les visages de tous ceux qui nous ont attaqués, cherchant un signe, un détail qui pourrait tout prouver.

- Eh Cillian, vu la haine qu’il semblait te porter, si je te dis que je t’aime, que je tiens à toi et que je suis heureux que tu sois encore celui qui fait le premier pas, tu me crois ?

Mon cœur s’arrête et je viens recroiser le regard de mon frère. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi face à lui, incapable de la moindre réaction, comme bloqué hors du temps, suspendu à cette simple phrase. Je sens mes mains qui se remettent à trembler et je les serre de peur qu’il les voie. Alors, j’attrape Sin et la dépose sur un meuble à côté de moi. Je m’échappe.

- J’ai besoin d’une seconde.

Et je vais jusqu’à la salle de bain dans laquelle je m’enferme. J’ouvre le robine d’eau froide et le laisse couler longtemps sans même toucher à l’eau. Je veux seulement un fond sonore, du bruit, aussi étrange que cela puisse paraître pour moi. Je veux me noyer dans quelque chose. Etre seul. Réfléchir. Juste un instant.

Dans l’autre pièce, Sin s’est approchée du bord du meuble, quelques centimètres seulement plus près de son amie qu’elle pensait avoir perdue, mais une distance symbolique qu’elle amoindrit pour elle aussi passer ce cap que nous devons franchir tous les deux : redécouvrir ces deux êtres si précieux à nos cœurs que nous pensions ne jamais plus revoir.

- Ne lui en voulez pas, murmure-t-elle alors. C’est moi qui l’ai interdit de se préparer. Je l’ai empêché d’avoir espoir.

Sa voix se brise, emplie de douleur et de honte. Mais je ne l’entends pas. Je ne me concentre que sur le bruit de l’eau.

- Je ne voulais pas qu’il souffre. Et je ne voulais pas souffrir non plus.

Elle avale sa salive, ses yeux passant successivement de Wyatt à Âdhya.

- Mais vous êtes là, dit-elle, un sourire dans le fond de la voix. Et je suis si heureuse de vous revoir.

Ce sont des larmes de joies qui enrouent sa petite voix de phasme, et Sin tend une de ses pattes frêles vers la majestueuse smilodon, lui demandant de bien vouloir parcourir ces derniers mètres qui les séparent et d’enfin se retrouver.

Dans la salle de bain, j’observe toujours l’eau tourbillonnante qui s’engouffre dans les canalisations à mesure que les secondes s’égrainent. Je capture l’eau froide dans mes mains en coupe et y plonge mon visage, plusieurs fois. Je respire comme près une apnée trop longue. Je souffle les gouttes d’eau sur mes lèvres. Et enfin, je me regarde dans le miroir. J’ai du mal à reconnaître cet homme qui me fixe avec ses traits tirés, ses yeux rougis, sa peau pâle, son visage entier criant son manque de sérénité et de repos. Ses cheveux ont poussé, un peu trop désormais. Même sa barbe reflète combien il ne prend plus soin de lui depuis des semaines. Il a une mine affreuse. Mais pire que tout, c’est son regard qui m’effraie. Un regard vide, dénué de la moindre étincelle, un regard soucieux, craintif, qui a peur de ce passé qui ressurgit et de ses conséquences sur l’avenir. Je passe ma main sur ma peau et m’appuie sur le lavabo.

- Qu’est-ce que t’es en train de faire ? je murmure.

Je regarde mon reflet encore quelques secondes et je m’empare d’une serviette pour m’essuyer. Alors, mes yeux se posent sur un tatouage sur ma pommette, deux chiffres qui représentent le poids des erreurs passées, et le souvenir d'années entières gâchées par une seule faute. Nous nous sommes déjà perdus pendant six ans. J’ai cru le perdre encore une fois, sans jamais plus avoir l’occasion de le revoir. Mais il est là maintenant, et je continue de m’empêcher d’agir comme mon instinct me crie de le faire, simplement parce que je suis mort de peur ? Parce que tout cela manque de rationnel ? Bodel, mais qu’est-ce que t’attends, O’Shea ? Je croise mon regard, une dernière fois. Puis, je balance la serviette là où je l’ai laissée, je coupe le robinet et je ressors d’un pas déterminé pour rejoindre la chambre.

Je ne lui demande aucune permission. Je ne lui laisse pas le temps de réagir. Je le prends simplement dans mes bras et nous offre enfin cette étreinte de frères dont nous avons été privés pendant plus de six ans. Je nous donne le seul geste qui peut me tirer dans l’état dans lequel je me suis enfermé, ce contact dont nous avons besoin tous les deux. Dans ma précipitation, je prends tout de même soin de ne pas appuyer sur ses blessures, gardant mes mains plus hautes pour en pas toucher ses plaies. Mais le geste est là, et tout ce qu’il représente m’enserre soudainement la gorge de sorte que je laisse enfin toutes mes émotions ressortir. Les larmes arrivent rapidement. Je ne cherche pas à les retenir. Je serre simplement Wyatt davantage entre les soubresauts qui secouent ma cage thoracique. Je ne sens plus mes côtes cassées. Je n’ai plus peur de la suite. Nous n’avons pas le temps pour ça. Nous en avons déjà trop perdu.

- Oh, God…

Tellement de larmes et de cauchemars pour en arriver là, tellement de nuits sans dormir à me répéter que je n’aurai jamais cette étreinte, que mes erreurs passées nous en avaient privé à jamais. Mais tu es là, Wyatt. Tu es là. Je ne sais pas par quel miracle, mais tu es là. Et alors que des larmes continuent de laver mes derniers remords, je crois que je suis incapable de te lâcher.

lumos maxima
  
MessageDim 30 Oct - 14:27
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Wyatt S. OrdwiganADMIN-JVAISPASFAIREUNPAVE...OUPS! ♥|| èé
Je mords!..



Wyatt & Cillian


Never let me go.

Mes yeux quittent ceux d’Âdhya pour venir retrouver ceux de Cillian. Et le temps s’écoule, c’est beaucoup trop long pour que je ne m’en inquiète pas. Je n’arrive pas à lire son regard, sa gestuelle et son comportement. Alors je reste là. Mes épaules s’abaissent, le marionnettiste vient d’en couper les cordes. Comment cela ne peut-il pas être réparable ? Je t’en supplie Cillian, mon ami, mon frère, dis-moi que tu t’es fait rouler comme un bleu. Dis-moi que ce que l’on a vécu ne peut s’effacer si facilement aussi compliquée la réalité soit-elle. Dis-moi tout cela et ne m’affirme pas qu’ils aient pu avoir raison de nous, de notre affection et de notre union. Je crois que mon regard se brouille au moment où il tourne les talons, demandant du temps pour lui… Mon corps frissonne lorsqu’il part s’enfermer et le bruit de la porte me fait sursauter alors que je reste bloqué en l’observant. La chair de poule vient courir sur ma peau pendant que j’inspire profondément. Il est la seule personne qui me reste. Et s’il me tourne le dos, et s’il fait comme Grace et Jade… Je ne sais pas comment je pourrais le vivre. J’inspire le plus profondément possible pour ne pas montrer à quel point ma faiblesse leur est exposée. Mais je ne sais pas s’y j’y arrive pleinement, je ne le crois pas … Néanmoins, quelque chose m’empêche de baisser les bras, alors que pourtant, une vague négative et pessimiste tremble dans tout mon corps, onde sismique terrassant l’espoir de rédemption de notre histoire. Je suis terrifié de m’imaginer l’étendue des dégâts que tout cela semble engendrer, je n’arrive pas à y faire face. C’est au-dessus de moi, je le ressens en mon sein. Le cœur démissionne pour se protéger de la suite, cerveau adhérant à sa requête en faisant partir mon corps. Vue détournée, dos présenté… À croire qu’il n’y a plus que ce qui se passe dehors qui est capable de m’intéresser. Regarder sans observer, pour finalement laisser les paupières se fermer.
Mais elle… Mais Elle. Elle est là, droitement assise face à l’insecte qui est posé sur le meuble, l’observant dans un silence de plomb. Elle ne parlera pas, attendra le temps qu’il faudra mais si son anxiété arrive à s’échapper de son être, elle refuse de croire l’incroyable. L’inacceptable. Le pilier il n’est même pas impacté de la situation, elle a toujours cru en eux. Elle a toujours cru en lui. Et pendant que sa tête ne bouge pas, ce sont ses ambres seules qui glissent un instant sur la porte close, attentives au bruit de l’eau qui ne cesse de s’écouler. Et le chant s’élève dans les airs. Il n’est ni mélancolique, ni joyeux. Pourtant, il semble si malheureux… Cependant, il n’y a pas une seconde ou la Reine au regard bienveillant n’écoute pas cette triste sérénade, douleur et fardeau tentant d’être volé pour l’apaiser. Elle ne sait pas si elle est capable d’y arriver mais elle essaie malgré tout, valeureuse combattante qui plante la peine de ses crocs, yeux s’acharnant pour trouver une once de bonheur dans ceux de son amie. Cette si grande amie. Tu as eu raison Sin. Tu ne pouvais pas mieux agir qu’en lui disant de continuer d’avancer. Et, je sais qu’il est dur de ne pas s’en vouloir… Pourtant tu n’as rien à te reprocher. Il a peur mais …

… Nous aussi nous sommes heureux de vous revoir. Et sur pied malgré les égratignures. Il n’y a pas de plus beau cadeau que cela.

Si elle l’avait dit à voix haute, ce n’était pas pour se détendre les masseter, uniquement pour me faire réagir alors qu’elle avait tût son échange mental qui n’était destiné qu’au Phasme. Pour autant, elle ne tourne pas le crâne dans ma direction, se relevant plutôt pour répondre à la demande de l’âme, museau allant même jusqu’à se reposer sur la commode afin d’être au plus près d‘elle, canine caressant dangereusement le bois. Il était présent, tapis au fond la tigresse, la retenu étant de rigueur jusqu’à présent mais maintenant, pour qui est capable de tendre l’oreille, il est possible de l’entendre ce bruit sourd. Oui, ce son, cette vocalise qui ne peut pourtant être associé au ronronnement chez les grands félins, c’est celle-ci qui fait vibrer la pièce et me repose au même instant. Frémissement, j’esquisse un sourire pour elles, pour une fois que la roue tourne, que c’est elle qui profite et moi qui en pâtie. J’inspire alors profondément, regard vert se découvrant sur la lumière du jour qui est portée par la fenêtre. Je m’y appuie et verrouille mes coudes pour ne pas laisser mes bras frémir, leur laissant leur moment qu’il soit court ou long. Récupérant la chaise sur laquelle je m’étais assis il y a peu, je me réinstalle dessus, iris se posant sur l’une de mes mains que j’ouvre lentement avant de refermer subitement le point, jointure se blanchissant tant l’aigreur envers le Conseil devient de plus en plus grande en moi. Ils ne sont plus Wyatt. Chaque œil s’ouvre, s’écarquille à la phrase de la Smilodon. Ils peuvent ne plus être, mais si Cillian s’en va, ils auront réussi à tout détruire autour moi. Enfant seul au milieu des fracas de la guerre. Il ne s’en ira pas. Il ne s’en ira plus jamais Wyatt. Lui fais-tu seulement assez confiance pour savoir qu’il combattra jusqu’au péril de sa vie pour vous ? Il a refusé de te tuer, il a été impuissant devant le fait de devoir faire quelque chose alors que cette créature qui avait ton apparence essayait de lui faire pousser son dernier souffle. Cela n’est-il donc pas suffisant pour toi ? Comment, savoir cela peut-il à ce point laisser la place au doute face à l’amour qu’il te porte ? Réfléchis un peu Wyatt… Je n’ai pas dit tout ça… Alors comment peux-tu encore craindre avec tant de stupidité qu’il serait capable de te laisser derrière ?! Tu dis ne pas avoir prononcer ces mots, c’est vrai mais jusqu’à preuve du contraire ton comportement, lui, ne donne pas raison à tes paroles. Son intervention m’électrifie de la pointe des cheveux jusqu’au bout de pieds. Je ne sais pas quoi lui répondre, j’aimerai être apte à faire ce qu’elle me dit mais pas encore. Pas maintenant. Pas cette fois ci. Je ne suis pas prêt. Prêt à quoi d’ailleurs … ? Moi-même je ne sais plus.

Un souffle s’extirpe de ma bouche, pupilles levées en direction du ciel et Âdhya quitte son refuge près de Sin pour se rapprocher de moi, tête venant se frotter contre ma hanche, la force du geste me bousculant sans me faire perdre pied. Aucun autre échange n’a lieu entre elle et moi alors que je suis dans l’attente, concentré sur le bruit de l’eau qui continue de couler. Les oreilles de la tigresse pivotent légèrement vers l’arrière sans que je ne puisse comprendre pourquoi. Je ne cherche pas a savoir, elle m’aurait déjà parlé si elle avait eu envie de me dire ce qui l’interpellait mais il n’en est rien. J’hausse une épaule en me relevant de mon siège, le rangeant au bureau avant de faire quelque pas dans la pièce. C’est trop long, beaucoup trop long et je me soucie de plus en plus de la finalité de toute cette histoire… Puis la porte s’ouvre et il est étrange comme en quelques secondes le temps peut devenir relatif. C’était finalement trop court, beaucoup trop court pour que je ne puisse vouloir une réponse maintenant. L’expression de son visage, elle était différente de toute à l’heure et je n’ai aucune idée de si je préfère cela ou non…

Ni le temps de reculer, ni le temps d’ouvrir les bras. Les siens passent autour de mon corps alors que je peine à réaliser tout ce qui est en train de se passer. Mes membres se détachent de moi, cerclant le corps de cet homme qui avait toujours était plus petit que moi et qui maintenant me dépasse de plusieurs centimètres. Les pensées se bousculent, aucunes n’arrivent à trouver son chemin ou sa sortie, j’ai le cerveau qui va bientôt me faire un burn-out à vouloir ainsi traiter trop d’informations. Alors je m’abandonne purement et simplement au geste, tout se déconnecte là-haut pendant que je viens poser mon front contre son épaule, oreille touchant la sienne. Mon cœur, j’ai l’impression que deux mains le serrent et le compressent, boule rebondissant du fond de mon estomac jusque dans ma gorge en cognant à chaque aller et à chaque retour ce palpitant pris en otage. Mais ses pleurs, en me parvenant ils ont enclenché mon propre compte à rebours. Celui qui n’avait jamais été activé depuis bien des années. L’explosion trouve son écho en ses mots.
Des torrents de larmes doivent être en train de sillonner mes joues et je souffre, je sens tout ce mal qui est en train d’essayer de s’extirper, mon âme tentant de se nettoyer de toute ce chagrin et si je me doute qu’elle n’y arrivera pas en une seule fois, une part de moi se met tout de même à espérer l’impossible. Les maltraitances, la disparition d’un premier frère, les complications d’être daëmonien. Mais je ne sens plus rien face à cela, ni haine ni peine. La perte d’un second frère. Je crois que c’est là ou tout à commencer à vraiment dérailler dans vie, son absence… La Rébellion et son combat, l’abandon de Jade, l’abandon de Grace, la prison. La prison… Je ne sais pas si c’est normal mais c’est ce cauchemar et tout ce qui s’y associe qui me fait gémir entre plusieurs sanglots alors que j’aurais pu y rester il y a plusieurs jours de ça. Ce qui a été dit, ce qui a été fait, rien ne pourra jamais le réparer… Tout se vide, j’ai besoin de pleurer, j’ai besoin de continuer de craquer. J’ai besoin de lui. Comme toujours. J’ai toujours eu besoin de Cillian. Pour tout, pour respirer, pour marcher droit, pour vivre. Oui, surtout pour vivre. Je n’ai jamais aussi bien compris que j’étais seul que lorsqu’il n’était pas là …
La vérité est certainement que la vie m’effrayait encore plus lorsqu’il n’était pas à mes côtés. Mais maintenant, tu es là Cillian. Tu es là.

Je ne veux pas me contenir, je veux juste continuer de m’écrouler là, dans ses bras. S’il est là, est ce que cela signifie que tout est vraiment fini ?... La question se repose sans cesse dans mon crâne… Mes doigts s’agrippent à son dos, pitié ne m’abandonne pas. Décidément, je ne saurais y survivre, j’en suis certain.

Les secondes défilent, certainement les minutes aussi sans que je ne puisse me défaire de cette étreinte et avant même d’en arriver là, je sens par avance que lorsqu’elle sera finie, elle va me manquer. C’est pourtant le nez bouché et les difficultés à respirer qui me font partir sans que je n’ose croiser son regard. Si je m’étais toujours mis à nu face à mon frère, j’avais aussi toujours cette étrange timidité à lui montrer ouvertement combien mes plaies pouvaient être profonde par moment. Et cette sensibilité… C’est ma fierté qui se risque à toujours vouloir la dissimuler. Aujourd’hui, il a complètement failli à sa mission et ce n’est pas un mal. Enfin je crois. Alors, ravalant ma salive, je prends la direction de la salle d’eau de la chambre, juste le temps d‘attraper un mouchoir, un papier ou quoi que ce soit d’autre qui puisse me permettre de respirer enfin convenablement sans pour autant m’attarder. Nouveau mouchoir propre saisit, je ressors de la pièce pour retourner dans la chambre, tendant le tissu jetable à Cillian avant de m’assoir lourdement sur le lit. Qu’y a-t-il donc à dire après tout cela… Probablement rien. Néanmoins, il est dur de se contenter de le regarder, en ne laissant aucun mot s’échapper, juste laisser un sourire s’accrocher. Mais rien ne sort. Je suis bien là dans le silence qui est seulement brisé de temps en temps par les reniflements de mon nez pendant que mes yeux coulent sur Âdhya qui se met en mouvement pour briser enfin ce cocon dans lequel nous nous étions réfugier mon frère et moi.

Vous vous souvenez ? De ces jours ou vous saviez que vous alliez vous faire gronder par les parents et que vous sortiez tous vos jeux de carte ? Les mettre dans le slip, contre les fesses en pensant pouvoir amortir le choc du coup lorsqu’il viendra ? Au final vous finissiez comme deux madeleines en train de pleurer tout ce que vous saviez parce que…
Ça n’avait pas fait moins mal…

Un sourire s’étire au souvenir et des comme celui-ci, il y en avait à la pelle. Mais ce qu’il faut maintenant, c’est en créer des nouveaux.
  
MessageMer 23 Nov - 12:50
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Brothers



Hôpital de Perth Amboy ~ fin juin 2015

Deux gamins dans des corps d'adultes. Deux mômes qui ne retiennent pas leur larmes dans un monde aux responsabilités qui les étouffe. Je ne comprends plus rien aux codes de mon univers. Je ne parviens plus à en connaître les règles depuis qu'il les a lui-même violées, ramenant à la vie ce frère que j'ai failli tuer il y a trois semaines, et que j'ai serré dans mes bras lorsque toute lueur avait quitté ses yeux. Mon esprit reste bloqué sur cette incompréhension, comme un bug dans la matrice, alors je le débranche, oublie le rationnel, le probable et la vraisemblance. Je ne me laisse plus aller qu'à ces émotions qui me prennent à la gorge, libère cette envie furieuse de tout envoyer valser, suis cet instinct qui me prend aux tripes, et je tiens mon frère dans mes bras, m'imprègne de sa chaleur qu'il n'avait plus sur le sable de la zone, le serre trop fort peut-être pour m'assurer encore un peu plus qu'il est vivant, je n'ai plus la notion de rien. Je ne me cache plus, fais tomber le masque comme mes dernières défenses, laisse tomber ces larmes qui me brûlent les yeux, ferme les paupières quand je le sens accepter mon geste et s'y perdre lui aussi lorsque sa tête vient se poser contre mon épaule. Et j'ai l'impression de respirer enfin depuis trois semaines... L'inspiration est douloureuse, l'air brûle mes poumons comme s'ils n'étaient plus habitués à se remplir, les réveille comme lors d'une naissance, d'une renaissance. Je me perds dans ce sentiment d'être enfin entier, comme si on me rendait cette partie de moi qui était morte avec lui. L'étreinte dure un temps infini. Je ne cherche jamais à m'écarter, profite encore de cette impression de plénitude qui dépasse tout ce que j'ai pu ressentir dans ma vie. Les soubresauts se mon corps se calment à mesure que les plaies se referment. Je me départis lentement de la violence de mes émotions pour me laisser envelopper par le calme de mon cœur qui ralentit doucement l'allure. Mon étreinte se desserre lentement, sans jamais se rompre avant que Wyatt n'esquisse le premier geste, et je laisse mes bras glisser lentement pour le libérer, presque à contre cœur.

L'Irlandais me prive de son regard alors que je détourne également le mien, réalisant toute la sincérité avec laquelle je viens de m'ouvrir, toutes les barrières que j'ai laissées tomber. Je me sens alors terriblement vulnérable, mis à nu devant ce frère qui me connaît pourtant par cœur, et cherche une seconde à m'éloigner le temps de reprendre contenance, comme assailli soudain par un étrange élan de pudeur. Wyatt disparaît dans la salle de bain une seconde, réapparaît avec un mouchoir qu'il me tend et que j'accepte avec un sourire. Putain... C'est qu'on a l'air beau, tous les deux. A côté de nous, je sens nos deux daemonnes qui nous fixent avec attendrissement et croise un instant le regard de Sin qui me transmet sans le dire tout ces mots qu'elle ne parvient à prononcer : son soulagement, sa gratitude, ses excuses aussi, surtout... Je ne lui en veux pas, il faut qu'elle le sache. Comment pourrais-je un instant seulement lui reprocher son rôle protecteur, elle qui m'a sauvé tant de fois de mes démons lorsque je n'avais plus personne ? Comment lui demander de garder un espoir aussi fou que celui-ci alors qu'elle avait toutes les raisons de croire que je ne pouvais que courir à ma perte et me noyer complètement cette fois, sans que rien, pas même elle, ne soit plus capable de me maintenir à la surface ? Ce rôle, elle a choisi de l'embrasser dès les premières années de notre vie, malgré tout ce qu'il lui demande, et je sais qu'elle y reste fidèle, ange gardien qu'elle est du haut de ses sept centimètres, et que je serais déjà perdu depuis longtemps si elle n'étais pas là. Ce regard que nous échangeons scelle la trêve, oublie nos derniers affronts et rappelle nos liens. Parce que j'en ai besoin. Parce que nous en avons tous les deux besoin.

Les pattes lourdes d'Âdhya se meuvent alors et me sortent de ma torpeur alors que je la suis du regard jusqu'à ce qu'elle rejoigne sa moitié. Sa voix grondante résonne à mes oreilles comme une berceuse qui me fait sourire alors qu'elle rappelle ces souvenirs de môme qui ont forgé ce lien que je partage avec mon frère. La nostalgie n'est pas douloureuse cette fois, revêt les atours d'une douceur d'enfance que j'accueille comme une pause salvatrice au milieu de ce quotidien ingérable depuis la chute du Conseil.

- Non, ça n'avait pas fait moins mal... je murmure en écho, terminant de calmer les battements de mon cœur qui semblent retrouver un rythme enfin normal après trois semaines à se heurter sauvagement contre mes côtes.

Lentement, je vais m'adosser contre le mur, à côté du lit sur lequel s'est posé Wyatt. Ma main vient machinalement se poser contre la poche de ma veste pour aller y chercher mon paquet de cigarettes lorsque je me souviens de l'endroit où je me trouve et que m'allumer une clope est certainement le dernier affront qu'il me manque si je veux vraiment me faire jeter dehors par les gorilles de la sécurité. Je pense qu'ils m'ont déjà dans le nez depuis un moment... Je suis courageux, pas téméraire. Mais bordel, j'ai vraiment besoin d'une clope. Je me sens pourtant incapable de laisser Wyatt derrière moi, même quelques minutes, comme si j'avais encore peur qu'il s'envole et que tout cela ne soit qu'un mirage, la triste illusion que je crains depuis que je l'ai vu dans cette chambre. Je réfléchis un moment et finis par lui demander en acceptant enfin de venir recroiser son regard :

- T'as le droit d'aller manger un bout dehors sans qu'ils te plantent une piqûre dans le cul ?

₪ ₪ ₪

Assis sur un banc dans la pelouse, baigné par le soleil du début de l'été, je m'abandonne un moment au calme du parc de l'hôpital qui tranche tellement avec l'effervescence qui anime Merkeley et Perth Amboy depuis la fin de la guerre civile. Dehors, les choses commencent à peine à se réorganiser, dans une fébrilité restée intacte, comme si le monde entier restait sur ses gardes malgré l'annonce de la victoire sur le Conseil. On cherche encore certains disparus, on s'interroge sur la suite, on veut savoir ce qu'il adviendra des derniers pro-conseils, on se tient au courant de l'enquête... On attend, inlassablement, coincé dans cette léthargie avec une désagréable sensation d'impuissance, comme si l'avenir n'était déjà plus entre nos mains, nous qui l'avons pourtant forcé à changer. Ma mâchoire se contracte un instant et je me laisse tomber en avant pour appuyer mes coudes sur mes genoux et mordre dans le sandwich poulet-mayo que j'ai réussi à dégoter à l'hôpital. Il est fade, comme tout ce qui m'entoure depuis des semaines, mais pas aussi mauvais que je l'aurais cru. Et surtout, je réalise que je n'ai pas véritablement mangé depuis trois semaines, avalant à peine de quoi maintenir ma carcasse debout, l'esprit trop embrouillé ne serait-ce que pour penser à me nourrir, perdu dans des réflexions bien moins terre-à-terre. C'est peut-être cette sensation d'enfin réveiller mes papilles qui rend le tout moins mauvais. Au fond, je n'y pense même pas, savoure seulement en observant les autres malades qui déambulent dans le parc, espère simplement que Wyatt ait également assez d'appétit pour mordre dans celui que j'ai acheté pour lui.

Je nous laisse un moment nous reposer dans ce silence, l'accueille comme une caresse après le déluge émotionnel que nous avons traversé tous les deux. Cette pause est peut-être le premier passage normal de notre vie avec Wyatt depuis que je l'ai retrouvé à Merkeley, et je trouve une drôle de saveur dans cette constatation, à la fois pleine d'ombres et de promesses sur la suite. Je l'appréhende pourtant avec une étrange sérénité, comme si j'avais la certitude que le pire était derrière nous désormais, comme si j'avais enfin confiance en moi, en lui, en tout.

J'essuie du pouce une dégoulinade de sauce à la commissure de mes lèvres en levant le regard vers l'autre bout du parc sans que mes prunelles ne s'arriment à quoi que ce soit en particulier. J'observe les passants, les quelques arbres qui habillent le paysage, d'un air absent. Puis, la réalité finit par lentement revenir planter ses griffes dans ma chair, lassée d'avoir été si longtemps mise à l'écart par mon esprit enivré par mes retrouvailles avec mon frère. Et maintenant ? Maintenant que ce combat là s'achève, qu'allons-nous faire dans ce nouveau monde ? Quelles en seront les règles et celles que nous nous autoriserons à violer ? Quel sera notre rôle dans ce nouvel équilibre qui se dessine à peine dans cette ville qui se reconstruit lentement ? Serons-nous là, simplement ?

Je réprime une grimace en mordant dans le pain, hésite un instant à lui poser toutes ces questions qui viennent s'imposer à mon esprit malgré tous mes efforts pour les repousser tant elles me semblent venir trop tôt. Pourtant, sa résurrection amène toutes ces responsabilités dont il ne pourra pas se dérober éternellement, et si pour l'instant les murs épais de l'hôpital et l’opiniâtreté de miss Abrams le protègent de l'effervescence au-dehors, il se la prendra en pleine figure tôt ou tard. Alors, me maudissant déjà d'avoir à lui poser la question, je la formule tout de même, d'un ton bas et incertain :

- Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?

Inutile de m'attarder davantage sur des détails de sémantique, il comprendra très bien tout ce que je lui demande à travers cette simple phrase. Si je lui impose mes mots, je le protège cependant de mon regard que je garde résolument rivé sur un détail à l'autre bout du parc, une pierre, un sac, j'en sais trop rien et je m'en fous. Je veux simplement lui laisser la liberté de ses expressions à défaut de le garder encore de toutes les exigences du monde qui vont bientôt revenir frapper à sa porte et auxquelles, assez consciemment je crois, je veux le préparer.
lumos maxima
  
MessageJeu 15 Déc - 23:28
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Wyatt S. OrdwiganADMIN-JVAISPASFAIREUNPAVE...OUPS! ♥|| èé
Je mords!..



Wyatt & Cillian


Au moment d'un départ et d'un changement d'existence, tout homme capable de réflexion est plus ou moins hanté par des pensées sérieuses c'est l'heure où l'on sonde son passé, où l'on trace des plans d'avenir.

Sa phrase me fait rire, bousculant doucement Cillian de l’épaule suite à l’image que ses mots m’envoient. Non ça va, l’état dans lequel je me trouve me permet encore de mettre un pied dehors tant que je ne tente pas de leur faire la plus grande fugue du siècle. Qu’ils se rassurent tous, cela n’est pas à l’ordre du jour. Ca ne pourrait pas le devenir ? Mon chaton, rien n’est impossible mais autant profiter encore un peu de ce dopage à la morphine qu’ils m’offrent, je suis certain que tu es toi aussi d’accord avec ça. La Smilodon acquiesce silencieusement à ma remarque dans un hochement de tête alors qu’elle est la première à venir s’installer devant la porte de la chambre. Nous n’avons pas quitté cette pièce depuis si longtemps maintenant… Membres et pattes engourdis, c’est avec un plaisir difficilement dissimulable que je m’avance dans le couloir, infirmiers surpris de me voir marcher ici, promenades refusées dans un premier temps par Hermione qui ne pouvait me laissait aller à ce genre d’activité. Puis ce fut à mon tour de ne pas le désirer. Souhait de ne pas voir ce monde bien trop grand pour que j’ose franchir le seuil de la pièce depuis laquelle j’évoluais il y a maintenant plusieurs semaines. La crainte de ce qu’il pouvait s’y passer, voilà une force suffisamment puissante pour me laisser croire au cocon douillet de mon lit d’hôpital. Mais dans une histoire avec un Wyatt, il y aura tout le temps un Cillian qui finira par arriver à un moment donner. Il est là, toujours à faire son entrée au moment clé du conte, se dévoilant au moment le plus opportun pour passer du baume sur un cœur que lui seul est capable d’apaiser. Mes yeux coulent jusqu’à lui alors qu’un membre du personnel m’indique que les repas ne sont amenés que dans les chambre. Cela n’a pas d’importance, ma priorité n’est pas à me nourrir. Je laisse mon frère prendre les devants le temps de répondre à ces personnes et fini par le rejoindre, pas nous menant au kiosque de l’hôpital.
Alimentation la plus mauvaise présente dans leurs étales, boissons suivant le même rythme. Je me satisfais de cela, sandwich thon crudité saisit et bouteille d’eau glissée sous le bras. Mon regard se porte sur le journal du jour, Loewer en première page abordant sa nomination dans ce qu’ils appellent être un nouveau gouvernement, quelques brefs articles décrivant les dossiers non avoués du Conseil, des témoignages d’humains à propos de leur entrée dans la ville de Merkeley. J’attrape la liasse de papiers qui regorge d‘informations qui m’étaient encore plus ou moins inconnus. Mon regard fixe la photo du secrétaire du futur et nouveau ministère daëmonien et repose Daemonien Post là où je l’avais pris, payant mes achats et quittant le point de vente.
Mes sourcils se froncent un instant et je fais demi-tour, m’emparant de ce que je venais de déposer, le paie et m’en vais dehors, gagnant un banc sur lequel je pose ma bouteille, mordant dans le sandwich et ouvrant la gazette daemonienne.

Ce n’est que d’une oreille distraite que j’entends la question de Cillian, Âdhya me faisant définitivement sortir des nouvelles fraiches que je pouvais lire. Les iris qui viennent chercher ceux de mon frère, je garde un instant le silence, réfléchissant dans une profonde inspiration.

M’éloigner d’ici et de tout ce qui est en train de se dessiner. Wolfgang Loewer qui continue à travailler en notre nom a tous alors qu’il a été de ceux qui ont été favorables à l’exclusion des Rebelles ? Alors qu’il a pu donner son approbation sur une majorité des actes du Conseil ? Il s’est repentit, mais est-ce suffisant pour nous de lui faire confiance au point de remettre nos conditions entre ses mains ? J’ai voulu croire en lui lorsqu’il a souhaité que l’on se voit, j’ai fini en prison. J’ai essayé de continuer à me dire qu’il voulait vraiment mettre à exécution ce qu’il disait mais maintenant même si je pense très fortement à me recenser, je ne veux plus subir ses lubies ainsi que tous ses mauvais choix. Je veux quitter le New Jersey. Pour deux jours, un mois ou cinq ans, je n’en sais rien.

Je décroche le bouchon du conteneur, avale quelques gorgées et regarde autour de moi. J’en ai marre de tout cela… Je secoue ma tête, fatigué.

Je crois que j’ai seulement envie que l’on me foute la paix. J’ai perdu Grace, Jade a disparu sans laisser de trace. Je te l’ai dit à lors de mon incarcération et je radote encore aujourd’hui mais j’ai perdu plus que je n’ai gagné en venant là et j’ai failli y laisser ma vie. Alors je ne sais pas si c’est trop demander que de me laisser tranquille, avoir une vie sans importance, mais voilà ce que j’aimerais… Et pourtant à côté de ça, je ne veux voir personne, comme si la réaction du Monde est en train de m’effrayer. Avec ou sans formation, je pense que l’on n’est jamais vraiment prêt à ce genre de chose. Enfin, c’est mon cas. Et tout s’est enchainé trop vite, j’ai l’impression de ne pas avoir sortie une seule fois la tête de l’eau depuis que Esteban a fait n’importe quoi avec la Rébellion. Sincèrement Cillian, le seul endroit où j’ai réussi à sourire à des gens parce que je ne me sens pas sur le qui-vive, c’est là, dans cet hôpital. Merkeley… Avant qu’elle ne me soit trop angoissante pour moi, je préfère lui tirer ma révérence.

Depuis combien de temps le Conseil est-il donc tombé déjà ? Je m’arrête de parler, réfléchis un instant à la question et me rends compte que, qu’importe cette donnée-là, un enfant apeuré tremblait dans le creux de mon cœur. Ecoutez, vous l’entendez ? Sa puissance est telle qu’il serait très certainement capable de rendre jaloux les séismes. Je ravale ma salive regarde mes mains qui tiennent le sandwich. Elles ont empoisonné, elles ont commandé, droit de vie ou de mort. Je me m’écœure, je me dégoute à un point que je n’aurais jamais cru. Puis je relève les yeux sur lui et me remémore mes paroles. Pour Grace, pour Jade, pour Cillian, pour Âdhya. Aucun d’eux n’a jamais demandé à ce que je fasse cela. Est-ce que c’est ça le fait de tuer en un nom ? Je frissonne, est-ce que je pouvais être comme tous ces gens qui s’excusent avec ce genre de mots pour venir prendre le souffle de quelqu’un ? Si tu n’agissais pas, on mourrait. Elle a peut-être raison… Dis-moi mon frère, es-tu toi aussi pris entre deux eaux ?

Tu me pardonnerais ?

Pas pour m’éloigner, je suis certain que ton cœur sait que je reviendrais toujours vers lui, qu’une séparation ne sera plus jamais interprétée comme avant. Non, je ne te demande pas de m’excuser pour cela mon frère, seulement pour avoir été indigne de dire que j’achevais pour quelqu’un plutôt que de reconnaitre qu’il ne s’agissait là que du nom de ma propre haine. Ma colère, elle défigurait mon visage. Je crois que la rage qui crépitait en moi aurait pu me faire pleurer tant il fallait qu’elle puisse s’extérioriser. Cillian ? Penses-tu qu’il est possible de guérir un jour de ce genre d’évènement ? Ou alors finirons-nous peut-être par le loger dans un coin de notre cerveau pour ne jamais l’oublier et ne plus être guidé par ce genre de sentiments néfastes. Broyer du noir… Tu crois vraiment que je te laisserais faire ? Mes iris viennent trouver les siens, sa large tête pivotant dans ma direction, son attention se fixant sur mes expressions. Non, je sais bien que tu seras là. Quoi qu’il puisse t’en coûter. Je passe une main sur sa tête, doigts venant s’accrocher à ses poils couleur ocre, elle ferme ses paupières et les rouvres deux secondes plus tard.

Je ne veux pas que tu puisses croire que je refuse d’être la alors que tu ne vas pas bien Cillian. Et sincèrement, me dire que c’est probablement quelqu’un d’autre qui s’occupera de ça, qui sera là pour toi alors que ça devrait être mon rôle, tu ne peux même pas t’imaginer comme cette possibilité peut être blessante… Cependant, c’est tout ce que je peux espérer de meilleur. Si tu tombes sur ce genre de personne et qu’il arrive à faire ce dont je suis incapable depuis des années, alors je lui en serais reconnaissant… Mais pour ma part, je ne saurais pas t’aider, je le ressens. Il n’y aurait que ma ‘‘présence’’, un corps sans esprit. Pause.La vérité est que je la sens être ancré en moi… Je suis terrorisé.

Depuis notre séparation, j’ai certainement dû prendre le pli de gérer mes émotions tout seul, croire qu’il faille que je fasse le tri en solitaire avant de vouloir sentir la présence de quelqu’un. En réalité, Cillian, je le voudrais à mes côtés jusqu’à ce que la nuit voile éternellement mon regard. Pourtant ! Pourtant… Je ne peux pas me faire à l’idée qu’il puisse peut-être couler un peu plus à cause de moi. Je fuis le monde mais mon cœur embarquera ce frère à tout jamais avec lui. Je pousse un soupir et pose le sandwich sur le banc, m’assois sur l’herbe, mes épaules s’affaissant au même moment. La vie est finalement si compliquée… Je lève mon crâne, pupilles observant le ciel et redescendant sur l’Irlandais.

Et toi Cillian, que vas-tu faire maintenant ? Maintenant qu’il est possible sans avoir à craindre, théoriquement, pour ses arrières ? Penses-tu qu’il est possible d’avoir une vie… ‘‘normale’’ après tout ça ? Et je ne parle pas forcément de ce qu’il s’est passé il n’y a pas longtemps, mais plutôt après la Rébellion.

Cette stabilité que je recherche, ne finirait-elle pas par m’ennuyer ? N’aurais-je pas besoin, malgré mes croyances et possibles envies, d’un rythme qui ait le même tempo que celui d’un vrai rock… Je me demande. Oui, je me demande…
  
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