Be different, stand out. — Adam

 
  
MessageSam 23 Juil - 21:00
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Sans différences, pas d'harmonie.
Ça fait une heure que ça dure. Les murs sont à deux doigts de s’écrouler tant ils vibrent. Mes nerfs ne sont pas loin non plus de rompre. Allongée sur le flanc, tête plongée sous un oreiller, je cherche en vain à amadouer le sommeil. Yeux clos. Respiration que j’essaie inutilement d’apaiser. Les dents qui grincent. Les pensées qui court dans tous les sens, s’entremêlant les unes aux autres. La fatigue qui, de son trône, se marre de ce spectacle. Hargneuse, j’envoie voler la couette et l’oreiller à l’autre bout de la pièce. Brutus, avachit telle une larve sur la couverture, se réveille en sursaut et court se réfugier dans un coin de la chambre.
Les muscles sous la peau se tendent. Le corps se crispe. Ça a suffisamment duré comme ça. La force de persuasion de ma tolérance à l’égard des jeunes se fait la malle, la queue entre les jambes.
Il est temps d’envoyer au lit ces enfants dévergondés qui font la fête dans l’appartement voisin.
Cheveux décoiffés. Pyjama débraillé composé d’un tee-shirt trop court et un short à peine présentable. Je comprends la surprise de mon voisin en me découvrant ainsi sur son pallier. Hébété, il oublie les bonnes convenances en reluquant sans gêne les arrondis et courbes de mon corps. Ou est-ce l’alcool qui lui donne cet air piteusement lamentable ? Ma seconde supposition est plus plausible. Et, après un coup d’œil rapide, jeté par-dessus l’épaule de mon voisin, les cadavres de bouteilles avance l’évidence que j’ai affaire à une troupe de jeunes alcoolisés. Taux d’intelligence ? Le ballon indique zéro malheureusement. Je ne sais pas si j’aurais la patience de rester calme.
Première tentative.

Dites, vous ne pourriez pas baisser un peu votre musique là ?

Tentative un peu mollasse. Aucune trace de politesse sinon le vouvoiement qui me brûle la langue. Cet abruti ne mérite même pas une phrase complète vu son état d’ébriété certainement déjà bien avancée. Le concerné s’appuie de son avant-bras, levé au-dessus de sa tête, contre le chambranle de la porte et se penche vers moi. Mes bras se croisent, contenant dans leur étau ma tension. Son parfum a des effluves d’alcool. Rien qu’à le renifler je sens mon alcoolémie grimper en flèche.

Tu veux pas venir boire un verre pour te détendre ?

Je fais l’impasse sur son haleine combinée à sa tentative bâclée de me faire entrer dans sa tanière. Une meute de loups déchaînés. Des femmes sont présentes. Un buffet de viande fraîche. La soirée classique de notre époque. Je ne serais pas étonnée d’apercevoir un joint passer de main en main. Imperceptiblement, ma tête se secoue de droite à gauche, désappointé d’assister à pareil spectacle. Je dois être trop vieille pour comprendre.
Pourtant, je n’ai rien contre la musique et l’alcool. Ça doit venir de l’exaspération née d’une journée de travaillante épuisante. Des clients trop exigent, bavards, impolis… Heureusement, ce n’est qu’une minorité. Une petite poignée. Mais j’ai eu mon lot aujourd’hui. Ou hier. Parce que mine de rien, il est trois heures du matin passé. Le réveil va piquer. Bonjour les cernes et le teint pâle.
D’accord, deuxième tentative. En tout cas, la formulation est dans ma tête. Je me fais simplement devancer par un invité de mon voisin. Il titube, braille, s’agite. Un sauvage.

Alex’, tu fous quoi ? Amènes-toi !

Ça dure moins de cinq secondes avant que son regard coule vers moi et fasse le tour du propriétaire.

Hé, je savais pas que t’avais commandé une surprise.
C’est ma voisine du con. Elle veut qu’on baisse la musique, ça l’empêche de pioncer.
Elle veut peut-être que je vienne la border la demoiselle ?

Je vais les tuer.
Entre l’un et son QI de primate, et l’autre avec son sourire défoncé à la testostérone, ça va être le meurtre du siècle.
J’inspire profondément, m’exerçant à conserver une apparence impassible. Sur l’expiration, tout fout le camp. Mon voisin me tend un verre d’alcool, ponctuant le geste d’une phrase sous-entendant librement que ça me décoincera. Je pourrais lui demander encore une fois de baisser la musique, de bien vouloir me laisser dormir tranquillement. Somme toute d’être aimable. Oui, je pourrais. À la place, j’envoie valser le verre d’un revers de la main. Il se brise contre un mur, répand la boisson tout le long. Ça dégouline, imprime la peinture du couloir d’une tâche. Alex, dixit mon voisin, informe son cerveau de la situation avec un minimum d’un dixième de retard. Il beugle de surprise. Et de mécontentement au dire de son froncement de sourcils tout à fait explicite. Son pote recule, donnant le « la » en criant plus fort. Un ton au-dessus de la musique. Il attire l’attention des autres invités. Se désintéressant de leurs désirs primaires, bestiales, ils se rassemblent, forment un troupeau de moutons curieux.

T’es cinglé. T’as un problème ou quoi ? Va te coucher la vieille et fait pas chier. Je le laisse parler. Peut-être un peu trop.
Salope.
Mon poing s’abat sur lui. Sans avertir. Il l’envoie embrasser la porte. Cordialement, avec amour. L’ami de mon voisin exprime le souhait de le venger. Je pare le coup et le colle au sol en le poussant fortement. Les poumons vidés d’air, il se replie sur lui-même, peu amène à se relever pour les prochaines minutes. Ça me donne le temps de recoller la tête d’Alex, esquivant la volonté de se battre, contre la porte. J’enchaîne ses mains dans son dos. Il grimace, tient le coup. Par fierté. Par orgueil. Je serre. Il rend les armes.

Maintenant tu vas me faire le plaisir de baisser ta putain de musique. Sinon c’est avec ton crâne que je m’en charge. T’as imprimé ?

Vigoureusement, il hoche la tête. Je le lâche. Mon pied trouve son derrière, le bouscule en avant. Je pars me recoucher avec, en souvenir, l’image d’un attroupement de jeunes sidérés. Sans omettre leurs dæmons. Crocs dehors. Griffes apparentes. Oreilles couchées. Grognement menaçant, excluant néanmoins l’exécution d’un désir primitif. Je m’endors au son d’un dialogue concernant mon humanité.
Putain d’humaine. Y auraient mieux fait de les laisser dehors.

Le lendemain est effectivement compliqué. Et après cinq heures d’affilés au salon de thé, je demande la relève à une collègue accédant gentiment à ma requête. Je rejoins la salle de sport. Rapidement. Pas avare pour un sou en dépense d’énergie, je donne, au contraire, tout ce que j’ai à donner. Débutant la séance par de la corde à sauter, j’y passe une bonne demi-heure. La suivante est consacrée à du renforcement musculaire. Une bonne partie des muscles me demande d’abdiquer. Faisant la sourde oreille, continuant de piocher dans l’énergie récupérée sur cette courte nuit, j’enchaîne les exercices. Je transpire mon agacement. Je sue les propos entendus jusqu’au plus profond de mon sommeil. Humaine. Ailleurs, c’est d’une telle banalité. Ici, c’est considérablement un fardeau. Un reproche. Une infamie. Les dæmoniens ne sont pas seulement revanchards, comme le seraient la plupart des humains si nous avions vécus ne serait-ce que la moitié de leurs horreurs. Ils sont en colère. Vraiment. Ce n’est pas qu’un sentiment ou une impression. Mon poing s’abat sur un sac de sable,

Je sors brutalement de mes pensées quand un dæmonien, se postant à mes côtés, me toise de son mètre quatre-vingt. Je l’ignore superbement. Une minute passe. Le grain d’une seconde supplémentaire s’écoule. Et l’inconnu retient le sac qu’il écarte de ma trajectoire. Du revers de la main, j’essuie la sueur collant à mon front.

Je peux récupérer mon punching-ball s’il-vous-plait ?

À moins qu’il souhaite prendre la relève.
Mots dits dans le plus grand des silences. Évidemment.

Les humains ne sont pas la bienvenue par ici. Pas vrai les gars ?

Deux hommes répondent à l’appel en s’exclamant par l’affirmatif. Pourtant, je suis de leur côté. Je comprends leur vécu. Pas par miséricorde. Ou pitié. Mais parce que j’étais au centre de cette querelle.
Sauf que là, je me sens au bout de toute patience. J’ai bien saisi que Merkeley est leur refuge. Un asile. Un lieu de protection profané par les humains. Ces humains responsables de tant de leur malheur. Enfant battu, écarté par sa famille, dénigré, blessé physiquement, psychologiquement, émotionnellement, discriminé… Tout ça parce qu’ils sont différents. Je sais tout ça. Mais en accordant un regard au dæmon de mon interlocuteur, j’ai la vague idée qu’il s’en fiche. Ma parole contre la sienne. Ici, elle ne vaut pas grand-chose. Les humains doivent faire leur preuve. Et encore… Est-ce que ce sera suffisant ? Pas sûr.

Écoutez, je ne veux pas d’ennuis.
T’entends ça Abel, elle veut pas d’ennuis l’humaine !

Qui l’eut cru qu’un jour le terme humain aurait ce goût amer de l’insulte faussement dissimulée ? L’interpellé ricane. Il prononce un prénom que je ne retiens pas. Pas besoin. Quand un lion m’arrivant à la taille me montre ses belles dents, j’ai saisis à qui il appartient.

Les ennuis, c'est vous, les humains, qui les avez cherchés en premier.

Je refuse de reculer. Ou de ciller. Ou de partir. J’ai ma place ici.
Ce ne serait pas désagréable que quelqu’un le remarque.
  
MessageDim 24 Juil - 15:21
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Date d'inscription : 07/02/2016Nombre de messages : 130Nombre de RP : 35Âge réel : 23Copyright : code sign BeylinAvatar daëmon :
Adam McBrideToo old to lose it,
    Too young to choose it.
La guerre. Dans son immeuble.

Adam ouvre les yeux, le ciel teinté de sang par le lever du ciel réverbère une étrange lumière sur les murs de sa chambre. Cynn s’agite autour du lit, le presse de se lever, de faire quelque chose. Le sol tremble sous une détonation. Le sol se stabilise, l’appartement tient bon. Le Marine se lève, bien réveillé par cette angoisse qui l’a tiré du sommeil plus sûrement qu’un litre de café noir. Il traverse le salon encore plongé dans une semi-obscurité. En dépit de tout instinct de survie, ses pas le mènent sur le balcon. Le mois de juillet avait beau s’être largement installé, la fraîcheur matinale fait parcourir d’innombrables frissons sur son torse nu. La chair de poule le brûle, en dépit de toute logique.
Il regarde le balai incessant des hélicos, sourd au bruit insupportable qu’ils produisent. Il s’approche du garde-fou, s’appuie dessus, et ne peut que constater l’ampleur du désastre.

La guerre. A Merkeley.

    On ne peut plus vivre ça Adam, il faut qu’on s’en aille.

L’angoisse est palpable chez sa moitié. Cette même angoisse qui le paralyse à cinq heures du mat’ sur son balcon.

    Adam, s’il te plaît !

Le cri déchirant de sa douce Cynn le libère de l’emprise de ce triste spectacle. Il franchit la porte vitrée en sens inverse. S’immobilise.

    « Adam, à l’aide… »

La voix n’est déjà plus qu’un faible murmure. Tommy. Le cœur du Daëmonien se comprime. Il étouffe, mais se précipite au chevet de son meilleur ami. Tommy est vivant. Cynn pousse du bout du museau le lévrier qui est trop faible pour se lever.

    « Reste avec moi. »
    « Il est trop tard »

Adam pivote dans un sursaut. Une jeune femme blonde, uniforme militaire et iris bleu nuit, lui annonce ce qu’il refuse d’entendre.

    « Fais quelque chose ! s’emporte Adam. Sauve-le ! C’est ton job non ? »
    « Il est trop tard. »

Incapable de choisir entre la colère et la douleur, le Marine se penche de nouveau sur son ami. Enfin, sur le parquet où il était allongé quelques secondes plus tôt.

    « Tommy ? »

Il balaie la pièce du regard à la recherche de son ami, ne le trouve nulle part. Il se retourne vers la porte, devant laquelle se tenait Levy la minute précédente. Levy est partie elle aussi. Nulle trace d’Eliott non plus.

Daëmonien et renarde se réveillèrent dans un même bond. Cynn jaillit hors du lit, tendue sur ses quatre pattes et oreilles écrasées contre la nuque. Adam se retrouva assis à tenter de calmer sa respiration saccadée, concentré sur la teinte rougeâtre que prenait le mur devant lui face au lever du soleil qui s’exprimait par la fenêtre. Il porta machinalement la main à l’emplacement où sa blessure irradiait avant de jeter un œil à son portable. Cinq heures dix-neuf.
Une journée de repos qui commence bien.




    Adam.

Trop occupé à compter ses répétitions, l’intéressé ne réagit pas.

    Adam.

Quelque chose dans l’intonation de la daëmonne le poussa à reposer la barre sur les supports du banc. Coupé de son exercice, il ressentait seulement maintenant que l’attention de Cynn était focalisée sur un point de fuite au fond de la salle. Il se leva, ramassa sa serviette et sa bouteille d’eau, et s’essuya la figure en tentant de voir ce qui se produisait entre les sacs de frappe. Un groupe de Daëmoniens était rassemblé autour d’une personne qu’il ne pouvait voir, mais Cynn lui transmit l’image mentale du début de la scène. Il ne fallut pas longtemps à l’ambulancier pour avoir une idée de ce qui se passait. Car si Merkeley s’était ouverte aux humains quelques mois plus tôt, les mentalités étaient bien plus lentes à faire de même. Et dire qu’il était venu ici pour tenter de retrouver un minimum de sérénité. Journée de repos, on avait dit ?

    Qu’est-ce qu’ils disent ?
    Que les humains ne sont pas les bienvenus
    , laissa Cynn poindre avec une pointe de… dédain ? sarcasme ? Adam n’aurait su dire quel sentiment prévalait chez sa compagne. L’humaine ne cherche pas les ennuis, pourtant.

Elle appuya cette précision d’un petit reniflement hautain. Adam ignora ses manières, il avait déjà entamé sa traversée de la pièce. Il était plus qu’au courant de l’antipathie qui s’était cristallisée dans le cœur de Cynn vis-à-vis des humains, et en particulier des humaines. N’empêche qu’elle n’avait pu laisser cette inconnue se débrouiller seule face aux Daëmoniens peu délicats.

    « T’entends ça Abel, elle veut pas d’ennuis l’humaine ! »

Great. Exactement le genre de types ouverts d’esprit qu’il appréciait. Et le daëmon du gars qui se faisait impressionnant. Il risquait gros, l’imposant félidé. Car tout agressif qu’il se montrait, il suffisait à la jeune femme de tendre le bras pour les terrasser, lui et son délicieux comparse. Mais en était-elle seulement consciente ?

Il arriva à hauteur du petit attroupement (trois hommes pour intimider une femme, la grande classe.) avant de découvrir la réponse à cette question. Cynn resta en léger retrait derrière ses jambes, peu désireuse que l’affrontement de quatre gros bras la pousse à approcher l’humaine.

    « Les ennuis, c'est vous, les humains, qui les avez cherchés en premier. »

L’ex-Marine afficha une mine souriante, son expression préférée pour les situations à la con, et se glissa dans l’espace libéré par le sac de frappe tiré en arrière pour se placer aux côtés de la jeune femme, et face à la brute. Il avait frôlé le lion sans entrer en contact avec ne serait-ce qu’une de ses moustaches, et le daëmon avait imperceptiblement reculé sa grosse tête, tendu de la crinière à la queue à l’idée de la douleur qu’il venait d’éviter. Cynn, qui s’était elle aussi contractée en maudissant mentalement sa moitié, ne retint pas la mine satisfaite d’avoir vu le lion reculer de trois millimètres, alors qu’elle se glissait dans les pas d’Adam, telle son ombre.

    « Un problème, guys ? »

Le sourire satisfait du type qui tenait le sac de frappe en otage – preuve, s’il en fallait, de sa grande maturité – s’évanouit momentanément pour jauger celui qui s’était permis d’intervenir. Le daëmon qui avait débarqué à ses côtés l’avait rassuré quant à l’origine du mec, mais n’expliquait pas pourquoi celui-ci était venu interrompre son petit tour de force. Et il n’avait pas apprécié de le voir approcher d’un peu trop près son Daëmon.

    « On peut t’aider ? On était occupés à discuter, là. »
    « Oh. Loin de moi l’idée de vous déranger, j’adore voir des Daëmoniens discuter intelligemment avec des Humains. Ca me conforte dans mon espoir d’un monde meilleur. »

Cynn lui fit mentalement les gros yeux.
    Je ne sais pas si les prendre pour des cons est la meilleure option, honey.

Il avait expressément ignoré la jeune femme pour ne pas donner une raison supplémentaire à ses interlocuteurs d’exploser, mais derrière son apparente désinvolture, il s’était tenu légèrement en avant d’elle, et surveillait du coin de l’œil les deux zozos qui se tenaient sur leur gauche.

    « En fait, je m’en veux de vous interrompre, mais vous tenez là mon sac de frappe fétiche, mon plus vieux copain dans cette salle, et je voulais savoir si vous vouliez bien aller papoter plus loin. »

Il appuya son explication d’un sourire désolé, et guetta une réaction sur le visage fermé des trois ours (les Daëmoniens, pas les Daëmons) tour à tour, sans se départir de son sourire.

    Tu aurais pu leur coller un poing dans la tronche tout de suite, tu aurais au moins eu l’effet de surprise et l’espoir de t’en sortir avec toutes tes dents, le railla Cynn.
    Tenter de raisonner ces simples d’esprit ne sert à rien, tu le sais comme moi. Autant me placer au même niveau qu’eux.
    C’est vrai que t’as vraiment l’air con à sourire comme ça, honey. Espérons qu’ils n’y voient que du feu.

  
MessageVen 12 Aoû - 23:52
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Sans différences, pas d'harmonie.
Trois contre un. Le scénario typique. Quelle lâcheté.
Trois gaillards, solidement taillés, transpirant la confiance, dotée par Dame Nature d’un pouvoir spécial. En face, moi, une femme chétive atteignant sur la pointe des pieds le mètre soixante-quinze, et dissimulant sous sa peau dorée plus de vingt années d’entraînement en boxe. Je dis bien entraînement. Jamais de championnat. Je laisse ça aux professionnels qui envisagent une carrière là-dedans. Personnellement, je n’ai jamais vu en la boxe qu’un moyen de me défouler et de me défendre en cas d’urgence. Ou en cas d’irrésistible envie de coller mon poing dans la tronche d’un abruti. Une irrésistible envie qui me démange actuellement. Vraiment. Vraiment trop. Je me fais violence, songeant aux circonstances. Sinon de me défouler, je risque d’attirer les regards, de salir plus encore la réputation des humains. Alors je serre les poings. Dedans, toute ma nervosité y est contenue.

Ils s’amusent de mes réponses, abordant des sourires peu avenants. Leurs rires déplaisants évitent de justesse l’une de mes répliques cinglantes grâce à l’arrivée inattendue d’un jeune homme. Il entre dans leur trajectoire, insensible à la carrure du lion frôlé de peu, et se positionne à mes côtés. Mon cerveau demande un temps d’adaptation. Une seconde auparavant, il s’occupait à maintenir le calme dans un désert de chaos, pour éviter l’accident dans une salle de sport, et voilà que maintenant il doit recalculer la situation dérivant de sa trajectoire à cause de l’ajout d’un nombre inconnu.

Un problème, guys ?

Oh, un seul. Si petit. Si minuscule. Un pourcent placé quatre rang après la virgule, et caché derrière des zéros. Un pourcent sans intérêt à part pour les statistiques scientifiques. Pourtant, ce pourcent est la cause d’une tension observée du coin de l’œil par les sportifs présents. Le spectacle du jour. L’arrivée d’un dæmonien sur la scène attise plus encore leur attention. Vivement l’heure de l’entracte que les projecteurs s’éteignent sur moi. J’ai eu mon heure de gloire. Où est mon anonymat ?
Certainement roulé en boule, boudant mon abandon.

Au moins, la présence de l’inconnu désarçonne les trois hommes, ne sachant que faire de ce petit contretemps. Je n’ose pas sourire, le dissimulant malhabilement dans une fossette creusant mes joues, par appréhension que cela soit mal pris. Ma moquerie ne passerait pas. Je devrais m’en tenir à trembler de peur donc ? Non. Je ne suis pas habituée à passer pour la demoiselle en détresse. En tout cas, j’en ai moins l’attitude que la tunique avec l’intervention du jeune homme, preuve à mes poings ne décolérant pas. Toutefois, quelque chose en moi le remercie de son sauvetage inopiné. Je suis celle qui en appelait au soutien une minute auparavant. Prière exaucée.

On peut t’aider ? On était occupés à discuter, là.

Et quelle discussion… Il ne manque plus que le thé et les petits gâteaux. J’aurais au moins une raison de la trouver attrayante.

Oh. Loin de moi l’idée de vous déranger, j’adore voir des Daëmoniens discuter intelligemment avec des Humains. Ça me conforte dans mon espoir d’un monde meilleur.

Ma bouche reste close nonobstant l’envie de rétorquer. Sagesse est mère de sûreté.

Je crois me remettre encore de l’idée qu’un dæmonien ait daigné m’accorder de son temps autrement qu’en me faisant sentir comme un monstre. Un monstre… C’est drôle que ce mot ne me choque pas outre mesure. Il convient pourtant parfaitement à l’espèce humaine qui détruit, casse, pille, vole, prend, jette, brûle, oublie… De véritables barbares. Nous nous différencions de nos ancêtres par nos capacités intellectuelles. Du reste, nous n’avons pas évolué. Les hommes devant moi se différencient grâce à leur dæmon. Point final. Autrement, leur comportement rejoint celui des humains. Du moins, la plupart d’entre eux.
Je lui reconnais néanmoins, à mon sauveteur, sa belle théorie d’un monde meilleur. Il manque juste un peu de pratique pour la consolider. Ainsi que plusieurs années d’injuste à gommer dans l’histoire de l’humanité envers les dæmoniens. Aller de l’avant est une citation n’inspirant pas forcément tout le monde, ceux-là se préférant à leur méthode peu conventionnelle et transmise par les générations précédentes.

En fait, je m’en veux de vous interrompre, mais vous tenez là mon sac de frappe fétiche, mon plus vieux copain dans cette salle, et je voulais savoir si vous vouliez bien aller papoter plus loin.

Il allègue sa réponse avec un sourire, lequel fait serrer les dents à son interlocuteur. Il est du genre grand, mais pas autant que le jeune homme tenant ses positions de sauveteur avec sérieux. Je suis sûre que même en tapant du pied par terre, le jeune homme ne bougera pas. Dois-je le vérifier ? Non, ne poussons pas le bouchon trop loin.
Restons poli.

S’il vous plaît.

Je me fais fusiller du regard. Peut-être aurais-je du couiner que demander en souriant ? Mon sourire n’avait rien de déplacé pourtant. Je l’ai sagement employé, pour ne pas envenimer la situation. Est-ce de me faute s’il fait mal son job ? Ou si l’abruti devant moi et ses gorilles voit le mal partout, préférant une vision obscure des humains qu’une possible image peinte de bonté ? Est-ce trop demander la présomption d’innocence ? Je refuse de porter sur mes épaules la faute de milliers d’humains. Des idiots. Des cons finis. Ça pèse lourd mine de rien la bêtise humaine. Il faut un sacré cran pour l’accepter.

Je commence à trouver tout cela ennuyant. Me plaçant à côté du jeune homme, plutôt que derrière comme une bête effrayée, tremblante de peur, je croise les bras sur la poitrine et regard dans les yeux ce vieil âne bâté, chef d’un trio de benêts.

Si ma présence vous est insupportable à ce point-là, la sortie est là-bas.

Je montre du doigt. Au cas-où.
Un panel de couleur passe sur son visage. Il va m’en coller une si je ne la ferme pas. Il veut taper ? Très bien. Qu’il vise bien. Je serais ravie de lui foutre une raclée. Celle du genre douloureuse et qui font réfléchir.

Le concerné de mes pensées lance un regard à ses complices. Muet comme des carpes, ils hochent imperceptiblement la tête. Je me tourne vers le jeune homme. Je n’ai pas vraiment envie qu’il soit dans le pétrin par ma faute. Ange gardien, sauveteur, homme de bonne conscience… j’aimerais qu’il hausse les épaules et s’éloigne d’un pas nonchalant. Ne connaissant pas sa réaction, dont il a toute la liberté, je le laisse à l’arrière en partant récupérer mon sac de frappe. Mais je n’ai pas encore posé un doigt dessus qu’une main empoigne mon bras. Sèchement. Fermement. Je soupire. Un des sbires du chef se permet bien des droits.

Je ne me souviens pas vous avoir autorisé à me toucher.
De quelle autorisation tu parles ?

Un débile. J'ai à faire à un débile... Il regarde son chef. Un message se transmet silencieusement entre eux. Puis, le chef habille ses lèvres d’un sourire hypocrite en tendant le sac de frappe au jeune homme.
Le message est clair. Ils ne veulent pas d’ennuis avec le dæmonien.

Voilà votre sac. Loin de nous l'idée de vous déranger pendant votre séance de sport. Nous allons continuer notre discussion avec cette demoiselle plus loin.

La demoiselle n’est pas vraiment enthousiaste à cette idée. Il croit réellement que je vais me laisser faire ?
Le chef fait un signe de tête. Il se croit à la mafia ? En tout cas, il a de l’audace en passant devant l’inconnu, s’arrêtant à sa hauteur, main posée sur son épaule en guise d’avertissement. Pour ma part, je souris au jeune homme. Gentiment. Non sans être désolé. J’espère qu’il ne regrettera pas d’être intervenu.

Mes pieds pivotent. Mon coude se jette avec force dans le plexus de l’homme me tenant. Il recule, tousse, se remet du coup porté. Pas assez vite cependant pour venir voir le coup de poing descendant qui l’éloigne de quelques centimètres. Profitant de la distance, je me retourne et effectue un spinning back-kick. Ou coup de pied retourné. Dans l’estomac. L’homme s’écroule. Pas vaincu. Mais sonné d’être battu par une femme. Il ne le dit pas, son regard s’en charge à sa place. En plus de son dæmon se faufilant hors de son cou sous la forme d’un petit lézard. Le surveillant dans le cas où il voudrait venger son égo, je me tourne vers l’inconnu. Histoire de voir s’il a encore la main du chef sur son épaule.

Sans, ce sera plus facile de le remercier de son intervention.
  
MessageLun 24 Oct - 18:32
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Adam McBrideToo old to lose it,
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HRP:
 


Apparemment, les trois gros bras n’avaient pas le don de rapidité. C’était tout juste si l’un d’eux ne tentait pas avaler d’avaler l’air ambiant par des mouvements de bouche discrets mais ridicules. La jeune femme, qui avait tenté une dernière approche des plus polies, était à juste titre lassée d’attendre puisqu’elle s’affirma à ses côtés, insensible à la tentative d’intimidation.

    « Si ma présence vous est insupportable à ce point-là, la sortie est là-bas.»

La phrase, ou le geste du doigt, l’alliance du geste et de la parole sûrement, fit voler en éclats l’engourdissement de la situation. Car le visage de leur interlocuteur changea vivement de couleur. Profitant de leur absence de mouvement, la jeune humaine se tourna vers Adam, mais préféra renoncer plutôt que d’ajouter quelque chose. Un pas, deux. Elle avait pu faire deux pas avant que l’affrontement ne passât l’irrévocable barrière du contact physique. Adam se raidit, poussé à agir, mais la proie de ces brutes ne lui laissa pas le temps de s’interposer.

    « Je ne me souviens pas vous avoir autorisé à me toucher.»

Proie qui, tout compte fait, n’en était plus tout à fait une. Du moins plus pour très longtemps.

    « De quelle autorisation tu parles ? »

Alors que l’ambulancier se dit que c’en était râpé pour la diplomatie, celui auprès duquel les deux autres se référaient avant la moindre action lui tendit le sac de frappe faussement convoité. Le regard azuré quitta difficilement cette main serrée autour du bras féminin pour aborder le visage de son interlocuteur.

    « Voilà votre sac. Loin de nous l'idée de vous déranger pendant votre séance de sport. »

Il avait beau ne pas être expert en matière de lecture de visages, le sourire de ce type lui restait en travers de la gorge. Les trois types étaient donc stupides, mais pas du genre à chercher des problèmes à tout le monde. Ils avaient apparemment un problème plus profondément ancré en eux. Le racisme. Cynn, qui redoutait l’effet cocotte-minute qui ne semblait pouvoir être inversé, commençait à regretter d’avoir attiré l’attention de sa moitié sur cet incident.

    « Nous allons continuer notre discussion avec cette demoiselle plus loin. »

Adam allait guetter la réaction de la demoiselle en question, soucieux de ne pas l’offenser en insistant quand un contact malvenu eut pour effet d’étirer deux ou trois longues secondes autour de lui. Il s’en était fallu de peu pour qu’il contienne l’impulsion offensive ou défensive qui aurait pu lui échapper par réflexe. Car l’ex-Marine était déjà un brin tendu, depuis ce matin, et depuis ces quelques minutes aussi. Aussi parce que la patte qui s’est lourdement posée sur son épaule n’a rien d’avenant. Il se décida toutefois à reporter son attention sur l’inconnue qui n’avait toujours pas eu voix au chapitre. Il était prêt à cogner, aucun problème pour lui au vu de son humeur, mais ne voulait pas la placer au cœur d’une embrassade un peu trop enthousiaste. Le petit sourire presque désolé qu’elle lui renvoya lui fit renoncer à cette option salvatrice.

C’est lorsqu’il n’y croyait plus qu’elle dégaina sa botte secrète. Ou plutôt sa basket. Dans le ventre du type, après lui avoir offert un coude et un poing. Propre et efficace. L’amusement ne se cacha pas dans les prunelles du brun. Insolent alors même que la poigne s’était instinctivement crispée sur lui sous le spectacle que la jeune femme venait de leur offrir, il offrit un haussement d’épaules désinvolte. La goutte d’eau, peut-être ? Ou était-ce la mine amusée d’Adam qui avait achevé la patience du « chef » ? Reste que l’ancien Marine sentit ce dernier se tendre tout entier vers l’humaine, bien décidé à lui faire payer sa réaction. Le jeune homme profita de cette unique seconde d’inattention, pendant laquelle la focalisation de l’homme glissait d’Adam à sa véritable adversaire, pour libérer son épaule d’un mouvement de hanche et se glisser derrière lui, clé de bras à l’appui.

    « Désolée l’ami, mais ce n’est pas une bonne idée.»

S’adresser à lui en tant qu’ami était un peu exagéré. D’accord, un peu beaucoup. Toujours était-il que le mot « ami » passait beaucoup mieux dans une tentative de pacification que tous les mots plus colorés qui lui étaient venus à la vue de ce cow-boy périmé.

    « Que diriez-vous de revenir vous entraîner plus tard ? Comme ça personne n’aura besoin de faire attention à ne pas se tromper de sac de frappe. »

Il coula un regard insistant au Daëmonien qui s’était relevé, l’égo en miettes. Adam accompagna celui qu’il soumettait toujours vers la sortie, du moins assez loin de la demoiselle pour qu’il ne lui prenne pas l’envie de se jeter sur elle. En bons toutous, les deux autres lui emboîtèrent le pas, apparemment étrangers à l’idée de profiter de cet incident pour se forger leur propre opinion et reconquérir leur libre-arbitre. Après de longues secondes ponctuées de regards assassins, tant du côté des Daëmoniens que de leurs Daëmons – Cynn maîtrisait parfaitement sa posture agacée et menaçante – la tension s’échappa de la pièce à la suite de la sortie de scène des trois brutes.

Un fin sourire, jovial et serein, aux lèvres, Adam revint vers l’inconnue. Cynn demeura une poignée de secondes l’attention fixée vers la porte, constatant avec satisfaction que les chercheurs d’ennui ne viendraient pas chercher de deuxième round, puis retourna lentement sur les pas de sa moitié, déjà ennuyée à l’idée de le voir s’approcher d’une humaine.

    « J’espère que je ne vous ai pas contrariée en intervenant, vous avez l’air de n’avoir besoin de personne pour vous défendre. Joli coup de pied, au fait. »

  
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