Out-laws [Cyril & Wanda]

 
  
MessageMar 2 Aoû 2016 - 23:56
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Wanda E. HellworthNothing will be the same...
Out-laws


Perth Amboy ~ 2 août 2016

Le bruit cliquetant des touches de clavier vibrait dans l’air depuis plusieurs heures. Assise au bout de la table de la salle à manger, les yeux rivés sur son écran d’ordinateur, Wanda tentait maintenant depuis des mois d’accéder aux données scientifiques qu’avaient collecté le Conseil au sujet des dons daemoniens avant sa chute. Avec la destruction de toute l’institution, l’explosion des locaux et la mise en place du nouveau gouvernement, retrouver les anciens travaux de ses scientifiques était devenu un véritable parcourt du combattant qui avait rapidement dépassé les compétences de la dame au crocodile. Retrouver les dossiers informatiques d’un gouvernement en disgrâce sans permettre aux autorités de retrouver sa trace : mission impossible pour qui ne maîtrise pas le langage caché des ordinateurs et des réseaux. Pourtant, il fallait qu’elle parvienne à repercer ces secrets à jour, car tel était l’accord qu’elle avait passé avec Siriel, cet étrange personnage tout droit débarqué des temps anciens près des étalage d’un marché de Noël de la côte Est.

Au fil des semaines, sa relation avec le Slave était passée d’une méfiance de circonstance à une confiance timide pour donner désormais une sincère sympathie sur laquelle elle appréciait se reposer. Il fallait dire que depuis les débuts de sa vie clandestine, Siriel était un des rares dont elle recevait la visite, pour ne pas dire le seul. Le reste des connaissances qu’elle considérait encore comme fidèles ne la contactaient plus que par téléphones jetables et lettres déposées en personne par un de leurs sous-fifres dans la boîte aux lettres de son appartement en banlieue de Perth Amboy. Son refuge. Sa prison de soie.

L’appartement en soi n’était pas si désagréable. Immense, confortable, lumineux, assez haut pour ne pas avoir à craindre qu’on la voit de dehors, assez commun pour ne pas attirer l’attention des curieux. Siriel s’était personnellement occupé de tout l’ameublement avec un goût incontestable, et le moins que l’on pouvait dire est qu’il n’avait eu de cesse de s’assurer que Wanda ne manquait de rien. Mais elle n’était pas libre, et ne le serait plus jamais. Son destin s’était scellé le jour où le Très Haut du Conseil avait rendu son dernier souffle. Elle avait choisi sa route, avait cru en un homme en qui elle avait toute confiance et dont elle n’avait vu le vrai visage que trop tard. Son aveuglement l’avait condamnée à une vie de fugitive, terrée dans un appartement luxueux, trop proche du lieu de sa déchéance pour que l’on pense à venir la chercher ici. Une paix temporaire, cachée de ses ennemis, un statut quo incertain mais stable depuis des mois : voilà ce que lui offrait le Slave, la faveur qu’elle se devait de lui retourner. Car l’amitié n’efface pas les contrats. Toutes les femmes d’affaires se souviennent de cela.

Pour tenir sa promesse, Wanda s’était donc entourée de quelque obscurs détectives de peu de morale qu’un peu d’argent suffit à convaincre de violer la loi. Ils devaient collecter ces informations que la veuve n’était plus capable d’obtenir et les lui remettre à l’instant même où ils les retrouvaient. Les jours se succédaient pourtant sans que rien ne vienne, et Wanda craignait que les choses n’avancent finalement pas assez vite pour son ami couturier. S’il se décidait un jour à la priver de son refuge, elle n’avait plus nulle part ou aller, plus aucun ami qu’elle se permettrait de mettre en danger pour son seul bénéfice…

Relâchant un profond soupir, la veuve se força à balayer ces idées noires. Pour l’instant, rien ne lui permettait de penser à une telle fin, et elle se plaisait à croire qu’elle et Siriel partageaient désormais un lien qui l’empêcherait de la renvoyer sans le moindre scrupule au milieu de ceux qui voyaient toujours en elle leur moyen d’obtenir leur vengeance. Cette pensée lui arracha un frisson qu’elle peina à contrôler, ce qui n’échappa pas au saurien tapis dans un coin du salon, silencieux comme une tombe.

Depuis qu’ils avaient atterri dans ce semblant de “chez eux”, Mogrim survivait plus qu’il ne vivait. Constamment muet, terriblement amaigri, il se déplaçait encore avec une douleur lancinante à l’épaule qu’il partageait avec Wanda. Tous deux évitaient de se parler, de peur de se briser encore comme ils s’employaient à le faire chaque fois qu’ils se confrontaient l’un à l’autre. L’enfermement ne seyait à aucun d’eux, mais le crocodile marin souffrait encore bien davantage dans leur disgrâce, lui qui n’avait jamais désiré autre chose que la grandeur. Il observait sa moitié sans plus rien espérer pour leur futur. Ils avaient joué, ils avaient gagné des années durant. Mais ils avaient finalement tout perdu et n’avaient plus rien pour miser.

Soudain, Wanda se redressa sur sa chaise, la faisant crisser sur le parquet. Ses doigts tremblant firent cliquer sa souris plusieurs fois, et la veuve se figea.

- Impossible... murmura-t-elle.

Elle fixa l’écran de longues secondes, assez pour faire se lever la tête massive de son daemon qui riva les yeux sur elle, pendu à ses lèvres.

- Ils les ont retrouvés.

Sur une messagerie cryptée qu’ils lui avaient garantie fiable, ces fameux détectives lui envoyaient régulièrement des nouvelles de leur recherches et leurs quelques maigres résultats. Mais cette fois-ci, les choses étaient différentes. Fondamentalement différentes.

Sous ses yeux se déroulaient l’intégralité des recherches des scientifiques du Conseil sur les dons des daemoniens : un véritable puits de science brute offerte en pièce jointe d’un simple mail transféré à l’abri des regards. Tout ce qu’elle désirait offrir à Siriel enfin à sa portée.

Un sourire radieux étira les coins de ses lèvres et un rire nerveux s’empara de sa gorge alors qu’elle découvrait les pages les unes après les autres.

- Tout est là ! s’exclama-t-elle. Seigneur… Ils ont tout retrouvé...

Elle entendit alors le bruit des écailles de Mogrim frottant sur le sol alors qu’il se levait. La daemonienne se raidit et se força à aller croiser son regard.

- Qu’ont-ils trouvé ? gronda-t-il.
- Les rapports des scientifiques du Conseil concernant leurs recherches sur les dons de daemonies. L’intégralité des résultats obtenu par le département des sciences.
- Et que comptes-tu en faite, exactement ?

Wanda demeura interdite de longues secondes. Mogrim savait à qui ces document étaient destinés.

- Tu comptes les lui donner ? Sans plus de cérémonie ? Qu’adviendra-t-il de nous lorsqu’il aura ce pour quoi il t’héberges ? Pourquoi continuerait-il à entretenir une vieille hors-la-loi et risquer de se mettre en porte-à-faux devant la justice s’il a déjà tout ce qu’il peuit obtenir de toi.
- Siriel n’est pas comme cela.
- Oh ! Siriel n’est pas comme cela ? Tout comme ton “gentleman du Fairmont” n’était pas comme cela, peut-être ? Tout comme Wolfgang n’était pas comme ça ?
- Je t’interdis de parler de lui. dit-elle en serrant les dents.
- Ah oui ? Eh bien je t’en parle pourtant, parce que comme chaque fois que tu t’es attachée à un autre crétin avec un beau verbe et une belle gueule, tu n’as réussi qu’à te faire embobiner pour ne recevoir qu’un poignard dans le dos et finir par venir croupir dans cet appartement de miséreux en banlieue d’une ville que nous aurions dû raser tant que nous en avions le pouvoir ! Et tu t’apprêtes à offrir à ce saltimbanque de bas étage le meilleur prétexte pour suivre l’exemple de ses prédécesseurs.
- Mogrim, ça suffit...
- Mais peut-être es-tu parvenue à véritablement séduire celui-ci ? Peut-être as-tu usé d’arguments que tu n’as jamais pu utiliser avec les autres ? Les hommes sont parfois si faciles à convaincre… A-t-il déjà profité de toi d’une manière plus plaisante encore que celle qu’il s’apprête à utiliser ? J’espère qu’il y a pris du plaisir. Oh ! Mais j’oubliais… Il y a bien longtemps que tu ne peux plus utiliser l’arme que tu as entre les jambes !
- CA SUFFIT !

Wanda se leva d’un bond, faisant tomber sa chaise à la renverse.

- Tais toi ! Je t’interdis de prononcer un mot de plus ! Ravale ta rancoeur, étouffe toi avec ! Ca m’est égal. Je ne veux plus… Je n’en peux plus de t’entendre. Laisse toi mourir dans un coin, maudis moi chaque jour en silence… Mais ne me parle plus jamais comme cela, ou je te jure que je redeviendrai capable d’écraser cette langue à l’intérieur de ta bouche.
- Ooooh… Tu serais presque inquiétante, Love. Dommage que tu ne le sois pas autant avec ces manipulateurs que tu chéris tant qu’avec moi.

Soudain, on frappa à la porte. Wanda revint un instant à Mogrim, lui faisant signe que la discussion était terminée, et se dirigea à pas feutrés vers l’entrée de l’appartement. Doucement, elle alla vérifier qui se tenait dans le couloir, et lorsqu’elle reconnut son protecteur, un soulagement profond s’empara d’elle. Elle se retourna une dernière fois vers son daemon, soutenant son regard rouge, avant de lui tourner définitivement le dos et d’ouvrir la porte.

- Siriel ! lança-t-elle avec un sourire sincère.

Elle hésita une dernière seconde, repensant aux alertes déclenchées par son daemon. Lui qui l’avait protégée des décennies durant n’avait plus pour elle que des paroles acides et coupantes comme des scalpels. Elle avait tout perdu ce jour-là : son poste, son oeuvre, sa liberté, jusqu’à son âme. Mais elle pouvait encore décider des prochains tournants que prendraient sa vie, qu’importe ce que Mogrim pensait. Elle n’avait plus que cela : son libre arbitre. Et elle ne laisserait personne le lui prendre, même pas sa moitié. Elle dit alors au Slave avec une voix qui laissait transparaître son excitation malgré les mises en garde de Mogrim :

- Je les ai.

lumos maxima
  
MessageLun 8 Aoû 2016 - 15:03
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Date d'inscription : 09/11/2015Nombre de messages : 146Nombre de RP : 69Âge réel : 39Copyright : avatar par Bazzart - signature par AryaAvatar daëmon : Samcera
Cyril SelwynImmortal Soul
    Le bruit cliquetant de la machine à coudre à pédales vibrait dans l’air depuis plusieurs heures. Assit au bout de la table de la salle à manger, les yeux rivés sur le tissu, Cyril tentait depuis maintenant des semaines d’accéder à la perfection. Avec l’arrivée du fordisme et du travail à la chaîne, retrouver les anciens patrons des robes d’autre fois était devenu un véritable parcours du combattant qui n’avait fait que renforcer la volonté de l’homme au lézard. L’analogie s’arrêtait là. Fouillant dans ses cartons et la mémoire de sa daemonne, feuilletant longuement les magazines modernes et les traités historiques, il avait pu retrouver des illustrations, en inférer des patrons. La coupe qu’il travaille mêle modernité et archaïsme comme beaucoup des modèles portant sa griffe. Elle a été calculé au centimètre pour flatte ce qui le doit, dissimuler ce qu’il faut, augmenter la prestance et dégager le port de tête. La soie d’un bleu nuit irisé de vert et damassé d’argent semble couler sous ses doigts tandis qu’il renforce un peu le corsage pour lui donner un meilleur maintien. Les rouleaux de tissus se fondent sous les rideaux qui obscurcissent sa salle de travail. Sur le côté, une lampe à l’ampoule nue lui chauffe le visage. La lumière crue est important, elle révèle les défauts. Il ne doit pas y en avoir.

    Au fil des semaines, la relation de l’Immortel et de la Sorcière à la Croisée des Chemins s’est fait plus complexe, plus profonde. Quelque chose en elle poussait le Slave à aller la voir, à écouter ses plaintes, à regarder les expressions de son visage. Il la connaissait bien à présent. Assez pour pouvoir la dessiner sans modèle et connaître exactement ses mensurations sans avoir à prendre son mètre ruban. Des siècles de pratiques enseignaient en effet à avoir le compas dans l’œil. Pour autant, il ne saurait dire autant de son âme. Elle le surprenait. Qu’il s’agisse de l’immense reptile albinos ou bien de l’âme plus discrète se cachant derrière ses cheveux blancs, elle arrivait toujours à le surprendre, passant de la méfiance à la circonspection jusqu’à quelque chose qui ressemblait fort à de la sympathie. Il apprivoisait Baba-Yagga, lui offrant ce que tout être vivant recherche au plus profond de soi. Un abri contre la rigueur du dehors, à manger dans son estomac, la compagnie de ses semblables. Et s’ils n’étaient pas vraiment semblables, elle aux cheveux blancs et aux petites années, luire avec son corps de jeune homme et ses siècles d’existence, il ne pouvait malheureusement faire plus que de passer de temps en temps vérifier que rien de matériel ne manque à celle dont il devenait, peu à peu, responsable.

    Un grincement rauque suivi d’un entrelacs de fil le tira de sa rêverie. Il arrêta de dodeliner du pied, levant la pièce en métal qui guidait l’aiguille. Doucement, il déroula la bobine, attrapant une paire de fins ciseaux d’or et d’argent en forme de héron. Les lames aiguisées tranchèrent la soie. Il mouilla ses lèvres, le bout de ses doigts et fit un nœud si fin qu’il devenait difficile à voir sans loupe. Doucement, il se saisit d’une nouvelle aiguille et reprit le passage difficile, à la main. Son dos se balançait un peu d’avant en arrière tandis qu’une complainte aussi ancienne que lui remontait à ses lèvres, faisant vibrer sa voix de basse. Le temps, quand il cousait, n’avait plus d’importance. Seuls comptaient les points, petit à petit. Le soleil se coucha. Et le soleil se leva. Et l’immortel cousait encore, brodant ses souvenirs au fil d’argent sur une robe venue tout droit d’un monde qui n’existait que dans son cœur.

    * J’ai terminé. *
    * Juste à temps, tu dois dormir à présent. *
    * Dormir ? *
    * Oui Siriel, dormir. Il est trop tôt pour nous présenter à elle et tu ne veux pas avoir lui faire peur. Tu dois honorer ton invitée en te présentant au meilleur de ta forme. *
    * C’est vrai. *
    * Dormir, donc. *
    *Dormir*

    L’échange silencieux s’était accompagné de tendresse et de l’amour indéfectible que se portaient les deux moitiés d’âme. Les âges les avaient rapprochés sans cesse. Ils étaient seuls, immuable dans le flot toujours changeant des époques. Siriel regarda une nouvelle fois la robe de soie bleue, les chaussures de même matière et le sac à main, enfin le clutch bijou qu’il avait lui-même serti d’argent, de lapis lazuli et d’éclats de saphir. Aurait-il fait la tenue en entier qu’il aurait rajouté une parure de diamants et un diadème d’or blanc, diamant et saphirs pour rehausser le gris de la chevelure de son modèle. Mais Sam s’était interposée, le mettant en garde sur ce trop qui serait l’ennemi du bien. Le cadeau serait donc une robe simple, avec accessoires assortis pour l’humaine. Un coffret énorme d’huiles et d’onguents pour le reptile dont les écailles blanches étaient autant de bijoux.

    Le soir tombait quand il se réveilla. Il prit le temps de se doucher, ses cheveux teints bien tirés en arrière, impeccable dans son costume noir et blanc du jour. Amusée, la lézarde prit sa place dans le pli du coude. S’il n’avait pas mis de Cologne (inutile à présent que les gens se lavaient quotidiennement), il était rasé de près, coiffé au centimètre avec cette élégance qui était la sienne. Rapidement, il empaqueta les différentes pièces de la tenue ainsi que les bouteilles pour le daemon. Il hésita et attrapa l’étui de son violon. Il y avait un piano chez Wanda. Il y avait veillé.

    Un passage ensuite dans une pâtisserie du coin lui permis d’attraper un Paris-Brest, une délicatesse française à base de praliné et puis il prit la route vers l’appartement qu’il avait achetée à Apolline. Après réflexion, il avait décidé de garder pour lui (pour eux ?) la garçonnière et s’était pris encore autre chose de plus adapté pour y garder sa sorcière. Ca manquait de pattes de poule, évidemment, mais c’était de sa faute. C’était elle qui n’avait pas voulu de la cabine au fond des bois. Il sonna à la porte. Attendit. Chargé.

    La porte s’ouvrit sur un sourire sincère accompagné de son vrai prénom. Les lèvres de l’immortel s’étirèrent en un reflet timide de la joie qui envahissait le visage de la sextagénaire.

    « Bonjour Wanda. »

    Il entra, posant sacs et paquets à ses pieds.

    « Bon anniversaire. »

    Et puis, parce qu’il était humain, finalement, il laissa la curiosité prendre le dessus.

    « Qu’avez-vous donc qui vous mette autant en joie ? »

    Ce ne pouvait pas être cette année passée et dépassée. Passé un certain âge, les meilleurs devenaient indifférents au passage des ans tandis que les moins chanceux se désespéraient.


  
MessageSam 20 Aoû 2016 - 15:32
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Perth Amboy ~ 2 août 2016

Lorsque le Slave passa le pas de sa porte – sa porte ? – la veuve sentit comme un profond soulagement qui la surprit d’abord, puis qu’elle savoura ensuite. Sa vie de recluse partagée avec son seul daemon était devenue au fil du temps un calvaire qu’elle gardait pour elle, ne voulant pas ajouter au poids financier qu’elle imposait à son protecteur celui de ses plaintes qu’elle s’efforçait donc à faire le plus rares possibles, uniquement quand il les lui demandait dans le seul but d’adoucir encore sa clandestinité. Chacune de ses visites était ainsi une fête en soi. Mais aujourd’hui semblait avoir une autre saveur encore, car elle remarqua bien vite les paquets que Siriel tenait dans ses mains de couturier.

- Bonjour Wanda. Bon anniversaire.

La veuve cligna des yeux en découvrant les présents à ses pieds. Elle réalisa alors combien cette vie qu’elle menait lui avait fait oublier jusqu’à la notion du temps. Elle ne savait plus quel jour de la semaine se déroulait sous ses yeux, si juin était passé et si l’était se terminait déjà. Dans son adversité perpétuelle avec Mogrim, elle en avait oublié jusqu’à son anniversaire. Pas le Slave. Non. Pas le Slave.

- Oh, Siriel…

L’émotion s’empara d’elle avec une facilité qu’elle n’avait pas su prévoir. Un instant, elle se demanda s’il était le seul à s’être souvenu de ce jour si spécial pour elle. Wolfgang y avait-il pensé ? Et sa fille ? Se souvenait-elle encore de la signification particulière de ce 2 août ? Mais bien vite, elle balaya ces sombres idées pour ne s’ouvrir qu’à celui qui se tenait alors dans l’entrée de l’appartement qu’elle occupait. La vie lui offrait si peu de plaisirs simples ces derniers mois qu’elle se refusait s’en gâcher un seul.

- Qu’avez-vous donc qui vous mette tant en joie ?

La dame recroisa son regard, lui offrant un nouveau sourire rempli d’affection.

- Une victoire sur des mois de travail, mon ami. Mais je ne voudrais pas vous assommer tout de suite avec cela. Me permettrez-vous de vous en parler un peu plus tard ? Juste le temps de rendre honneur à cette merveilleuse attention que vous avez encore eue pour moi.

Et sur ces mots, elle se pencha pour attraper les paquets laissés sur le sol et les emmena jusqu’à la table de la salle à manger. Doucement, elle entreprit d’ouvrir le carton qui semblait venir d’une boulangerie à laquelle elle avait déjà plusieurs fois rendu visite par le passé. Elle y découvrit un superbe Paris-Brest.

- De la pâtisserie française ? s’exclama-t-elle. Vous avez encore fait des folies, Siriel. Mais asseyez-vous, je vous en prie. Je vais chercher de quoi nous faire profiter de tout cela dans la cuisine.

Elle disparut quelques instants, le temps d’aller chercher assiettes, couverts, deux flûtes et une bouteille de champagne que Siriel lui avait demander de garder au frais depuis longtemps désormais pour pouvoir l’ouvrir lors d’une grande occasion qui devait certainement être la réussite de Wanda dans la récupération des données du Conseil. Les retards s’étant accumulés, c’était pour son anniversaire qu’ils l’ouvriraient. Mais les hasards du calendrier faisaient qu’ils l’ouvriraient finalement pour ces deux raisons à la fois.

Elle revint dans la salle à manger et déposa le tout sur la table, poussant délicatement la bouteille de champagne vers Siriel pour lui offrir silencieusement l’honneur de l’ouvrir.

- Je vous remercie de tout cœur. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien je suis heureuse de vous savoir là.

Mogrim tenta un sarcasme qui ne l’atteignit pas, Wanda ayant pris soin de couper tout contact entre eux depuis l’arrivée du Slave.

Elle découpa délicatement deux belles parts de gâteau qu’elle disposa dans chaque assiette alors que le bruit festif d’un bouchon que l’on libère résonne dans l’appartement. Elle ne pensait pas qu’un simple son puisse à ce point la ravir. Elle s’assit à côté de son doux protecteur et prit une bouchée qu’elle laissa fondre sur sa langue.

- Une petit goût de déraisonnable… murmura-t-elle. Délicieux.

Et elle replanta sa cuillère. Après quelques minutes, ses yeux se posèrent sur les quelques paquets déposés à côté d’eux, et la curiosité l’emporta.

- Cela ne vous dérange pas si je les ouvre ? demanda-t-elle avec une pointe de malice. Je ne tiens pas longtemps devant les mystères irrésolus.

Et après un nouveau sourire, elle se leva pour rejoindre les quelques cadeaux qui lui étaient destinés. Cinq en tout. Elle ne sut d’abord lequel choisir en premier. Puis, elle se souvint d’une stratégie qu’elle adoptait depuis qu’elle était enfant : un jeu idiot qui la faisait toujours terminer par le plus gros, comme si l’on devait toujours garder le plus grand suspens pour la fin. Ainsi, elle ouvrir tout d’abord une boîte rigide et plate, plus petit paquet parmi tous ceux qu’elle trouvait sur la table. Elle souleva doucement un coin et déplia le reste en déchirant le papier le moins possible, autre rituel auquel elle s’adonnait depuis qu’on lui avait appris à bien se tenir en toute circonstance. Lorsqu’elle ouvrit finalement la boîte, elle en sortit un trésor d’azur et d’argent qui l’empêcha d’articler convenablement les mots.

- Siriel, vous… mais vous ne pouvez pas…

Elle admira longtemps l’ouvrage, se demandant assez vite si le Slave avait lui-même créé cette pièce magnifique. Elle connaissait ses talents pour la couture et la maroquinerie, mais as encore celui pour la joaillerie.

- C’est magnifique… balbutia-t-elle.

Elle redéposa presque à contrecœur le bijou dans son écrin, car d’autres cadeaux attendaient encore d’être dévoilés. Elle choisit un paquet un peu plus grand, et en sortir une paire de chaussures bleues si douces qu’elles ne pouvaient être faites que des matériaux les plus nobles. Lorsqu’elle sortit le sac, elle commença à comprendre, et son cœur accéléra dans sa poitrine à mesure qu’elle se rapprochait du cadeau le plus gros. Elle découvrit tout d’abord un grand coffret rempli de produits de luxe aux senteurs exotiques qu’elle n’osait plus s’acheter depuis que le monde l’avait privée de tout ce qui lui appartenait jadis. Son regard alla un instant sur le lézard à côté de Siriel car elle se douta que cette dernière idée venait d’elle. Elle la remercia d’un discret signe de tête. Et enfin, elle se prépara à ouvrir le dernier présent.

Ses doigts glissèrent sur le papier, elle savoura l’instant. Elle en sortit finalement une large boîte qu’elle mit encore quelque temps à ouvrir. Alors, elle cessa de respirer.

L’ouvrage était magnifique, si irréprochable qu’on l’aurait cru impossible à faire par un être humain. La couleur du tissu la transporta, si merveilleusement assorti au reste, et pas un seul instant elle ne douta que ce travail était l’œuvre de l’homme qui la regardait de l’autre côté de la table. C’était une robe sublime. Un ensemble sublime.

- Siriel…

Elle attrapa le vêtement avec tant de délicatesse qu’on aurait dit qu’elle tenait un nouveau-né dans ses mains. Lentement, elle laissa la robe se déplier, et découvrit toute l’ampleur du travail accompli. Elle la regarda longuement, en détaillant chaque couture. Lorsqu’elle laissa les bras, ses prunelles rejoignirent celle du Slave qui n’avait pas bougé.

- C’est magnifique, Siriel… Je ne sais même plus quoi vous dire.

Chose drôle lorsqu’on se souvient que sa place d’autrefois avait toujours eu un rapport étroit avec la rhétorique en tout instant.

- Merci, Siriel. Sincèrement. Samcera. Merci à vous deux.

Elle resta ainsi un moment, je sachant plus vraiment quelle attitude adopter. Puis, avec une étrange gêne, elle se permit de lui demander :

- Puis-je l’essayer ?

₪ ₪ ₪

Seule dans sa chambre depuis quelques minutes, la veuve enleva ses escarpins Louboutin pour mettre les chaussures de soie offertes par son ami qui l’attendait toujours à côté. Même les souliers s’accordaient parfaitement à son pied, comme si le Slave avait su détailler tout son corps simplement en la regardant. Il y avait dans ce talent un côté presque effrayant, comme s’il était capable de voir le monde entier à nu. La dernière chaussure mise en place, Wanda se redressa, et se découvrit enfin dans le miroir.

La vision lui arracha une drôle d’impression, comme un bon dans le temps, un voyage vers une époque révolue où elle se serait ainsi apprêtée pour une fête ou une cérémonie donnée par l’élite qu’elle fréquentait. Cette femme qu’elle découvrait dans la glace, elle l’avait connue autrefois, l’avait si fréquemment côtoyée qu’elle l’avait même pensée comme acquise. Que ce temps lui paraissait loin désormais. Une étrange nostalgie s’empara d’elle. Mais peut-être cette femme qu’elle observait dans le miroir n’était-elle pas là pour lui rappeler quelque passé radieux ? Peut-être était-ce une promesse que lui faisait cette dame si justement mise en valeur ? Alors qu’elle sortit de la chambre pour se montrer à son ami, c’était ce qu’elle avait choisi de croire.

Doucement, habitée par une timidité toute nouvelle pour elle, elle sortit au grand jour pour montrer à Siriel les résultats de ses heures passées à lui confectionner un tel ensemble. Wanda le laissa la regarder un moment, chose qu’elle n’avait plus permise à un homme depuis longtemps, puis elle lui murmura avec une émotion sincère dans le fond de sa voix.

- Je ne sais pas comment vous remercier, Siriel…

Une idée naquit alors dans son esprit. Elle fronça légèrement les sourcils, l’air malicieux.

- A moins que… J’ai peut-être une deuxième raison de savourer ce champagne.

Elle se déplaça jusqu’à l'autre bout de la table où elle avait laissé son ordinateur portable et le porta jusqu’au Slave pour lui montre l’écran. Attendant qu’il ait eu le temps de lire le propos du rapport qu’elle avait ouvert, elle lui souffla avec excitation :

- Je les ai retrouvés, Siriel. Tous les rapports du département scientifique du Conseil sur les daemoniens. Tout est là.

Cette année n’avait été qu’échec et noirceur. Mais pour son anniversaire, la lumière lui revenait enfin, et ce triomphe, elle ne voulait le partager qu'avec une seule personne, celle qui l'avait sauvée, un artiste Slave venu d'une autre époque pour tirer une vieille femme des ténèbres ; car en plus de la rendre forte, il la rendait belle.

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