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█ ♂ || Everyone has a story, let me tell you mine. || ღ █

 
  
MessageDim 1 Aoû - 17:24
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And you, where are you from ?


          La vie est dure,
          Le Monde est con,
          Le temps passe,
          et les gens changent.
          ----------------Âme Perdue ღ .





© Arya09, toute reproduction est strictement interdite.


FROID




La neige tombait doucement sur la ville, la recouvrant d'un manteau blanc magnifique; quand elle ne fondait pas instantanément. Sur les grandes avenues qui étaient correctement nettoyées, elle se contentait de tomber sur le sol qui la faisait disparaître à cause de sa chaleur et, quand il s'était assez refroidit, elle recouvrait les jardins de sa blancheur. Il en était autrement dans les quartiers pauvres qui eux n'étaient pas propres. La neige tombait, pure et gracieuse, pour se transformer en un tas d'eau et de glace sale qui s'amassait avec l'aide des camions qui passaient et repoussaient la neige loin de leur route. De nombreux accidents avaient eu lieu à cause du temps, la route glissait et on en avait recensé plus d'une vingtaine en tout genre depuis la matinée alors qu'il n'était que midi.

Au coin d'une rue, un tas de neige plus grand que les autres frissonnait. Aaron s'ébroua, claquant des dents et tremblant de tous ses membres. La neige qui s'amassait sur son manteau tomba à ses pieds, rejoignant les autres flocons qui avaient connu le même sort deux minutes plus tôt. Du jeune homme on ne voyait dépasser que les yeux et les cheveux tellement le col de son manteau était grand. Une main entourant son torse, l'autre semblant se réfugier près de son cœur, comme s'il tenait quelque chose, le jeune homme fermait les yeux en essayant de ne pas s'endormir. Aaron avait passé les deux derniers jours à chercher un endroit où s'abriter, un squat ou quelque chose dans ce genre là, mais il n'avait rien trouvé d'autre que ce coin de rue légèrement plus protégé des nuées de flocons qui tombaient sur la ville depuis des semaines. Au moins les gens le voyaient et s'il mourrait de froid quelqu'un s'en rendrait compte au bout d'un certain temps. Ça faisait maintenant deux mois que le jeune homme vivait dans la rue, pas assez pour s'être totalement habitué, pas assez pour savoir où trouver refuge et chaleur. Il se contentait donc de son grand manteau qui gardait un peu la chaleur et du coussin qu'il avait glissé dessous lui, histoire de ne pas être totalement gelé. Le-dis coussin devenait plus dur d'heures en heures, le froid commençant à le pétrifier, il serait bientôt aussi dur que du caillou. Aaron ferma les yeux, trop fatigué pour continuer à lutter contre le sommeil, et s'endormit rapidement. Son corps commença à se refroidir sans qu'il ne s'en rendit compte. Il aurait put mourir de froid à ce moment, mais comme à chaque fois quelque chose le sauva. Ce quelque chose pinça l'intérieur de sa main, sentant le froid envahir son habitacle. Aaron ouvrit difficilement les yeux, écarta un pan de son manteau.

    « Gaïa ? » appela-il d'une voix faible.


La petite tête rouge d'un Chardonneret Élégant sortit de la poche qui le maintenait au chaud, tout contre le cœur d'Aaron.

    « Tu meurs de froid, il faut qu'on bouge ! » piailla-t-elle.


Aaron hocha la tête et se leva difficilement tout en remettant affectueusement sa main autour de son Daëmon. Regardant autour de lui il se mit à souffler de l'air chaud en direction de Gaïa pour qu'elle ne souffre plus du froid mordant. Le jeune homme la garda entre ses deux mains et se mit à marcher, pour se réchauffer lui même, et continua son manège pour le bien de sa moitié. Une fois qu'il sentit son corps se remettre à "vivre" il remit avec précaution Gaïa dans sa poche, referma son manteau à moitié et arpenta le quartier sans buts précis pendant un long moment, perdu dans ses pensées.


    « Il faut qu'on trouve de l'argent. Je ne peux pas te laisser le ventre vide!
    - Non Aaron, pas ça... répondit Gaïa, sachant ce qu'il avait en tête.
    - On n'a pas le choix Gaï. Lenz' m'a dit que si c'était un sale job ça rapportait quand même assez pour...
    - Non! Nous ne sommes pas tombés aussi bas que ça tout de même ! s'emporta Gaïa.
    - Tu as peut être une autre brillante idée dans ce cas ? » répondit brusquement l'humain. « …? C'est bien ce que je me disais. Personnellement pouvoir nous payer de la nourriture et un endroit ou dormir au chaud suffit à me motiver. Alors maintenant laisse moi me rappeler du lieu ou ce gars donne du «travail»... et en silence. » rajouta le jeune homme prévoyant la réaction de son Daëmon.


Gaïa rentra sa tête dans la poche, pestant contre sa tête de mule d'Aaron. Celui ci ne l'écoutait déjà plus, arpentant le fil de sa mémoire. Il rouvrit les yeux, mis les mains dans ses poches et referma un peu son manteau par habitude pour abriter l'oiseau. Il savait où aller. Le jeune homme inspira profondément et se mit en marche.
  
MessageDim 1 Aoû - 17:26
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ERREURS




La tête rentrée dans les épaules, Aaron se rapprochait de plus en plus de son but final: la rue que Lenz' lui avait indiqué. Lui et son Daëmon n'avaient pas échangé un mot depuis leur petite dispute, deux heures plus tôt mais chacun savait que la rancœur s'envolerait bientôt: ils étaient bien trop proches pour garder rancune pour si peu. Gaïa sortit la tête de la poche de son humain, toute trace de colère disparue. Elle fixa Aaron qui continuait d'avancer sans la regarder, concentré sur son objectif. Machinalement le jeune homme la couvrit de sa main et lui caressa doucement les plumes. L'oiseau ferma les yeux de délice et ils surent que la mésentente était passée. Elle savait que son humain faisait ça pour eux, pas par plaisir et cela la rassurait. Et de son côté il savait que Gaïa ne lui en voulait pas vraiment mais elle se devait d'essayer de le remettre sur le droit chemin, étant sa part de sagesse.
Aaron s'arrêta d'un coup. Cette ruelle ci ou celle là? Mordant sa lèvre il resta immobile pendant quelques instants et fini par se décider pour la rue de gauche. Au pire si ce n'était pas celle la il ferait demi tour. Jetant un regard méfiant à la ruelle sombre il s'avança doucement sur la route. Le jeune homme alla jusqu'au bout de la rue. Cul de sac. Il fit demi tour en se maudissant de n'avoir choisi la rue de droite.
Une ombre passa sur le mur, suivie de plusieurs autres. Aaron s'arrêta brusquement, scrutant les alentours attentivement. Gaïa, alertée par l'attitude de son humain, tenta de sortir de la poche mais celui ci l'en empêcha et ferma son manteau. Un pas retentit à sa droite et il se tourna vers la source du bruit, espérant apercevoir un chat ou quelque chose dans ce genre là. Un autre son se manifesta derrière lui.

    « On s'est perdu ? » demanda une voix rocailleuse et ironique.


Notre jeune homme se retourna lentement en mettant ses mains dans ses poches pour se donner un air sur de lui. Devant lui se trouvaient cinq hommes, la quarantaine, qui ressemblaient à l'image qu'on se ferait de voleurs ou de meurtriers. Celui qui avait parlé, ça ne pouvait qu'être lui, était un homme de taille normale qui souriait, les mains dans les poches, décontracté. Son image actuelle déniait l'horrible impression de prédateur qui planait autour de lui comme une aura démoniaque. Il puait l'arrogance et le mépris même si son sourire n'était pas tout fait dédaigneux. On aurait plutôt dit qu'il considérait Aaron comme une proie. Ses hommes, tout dans leur attitude montrait leur respect et leur admiration pour le gars qui souriait, se ressemblaient tous. Renfermés, baraqués, il était très dur voire impossible de les imaginer sourire. Contrairement à leur chef ils n'avaient pas l'air à leur aise. Tous avaient un animal non loin d'eux et Aaron compris qu'il avait affaire à des humains qui possédaient un Daëmon ce qui était pourtant rare. Il y avait un chat qui avait l'air d'avoir la gale, un gros crapaud qui se gonflait de temps en temps, un Fox Terrier plein de puces qui grondait, une tourterelle qui le foudroyait du regard et … En fait tout ce qu'il voyait du dernier Daëmon étaient ses yeux brillants de méchanceté dans le noir. Un grand Doberman sortit de l'ombre et s'approcha du chef. Une pointe de déception traversa l'esprit d'Aaron qui aimait bien ces chiens d'habitude. Quel dommage que certaines personnes les élevaient si mal qu'ils devenaient méchants. Heureusement tout le monde n'était pas comme ça. Mais ici ce n'était pas la même chose, un Daëmon ayant la réflexion d'un humain et pas de l'animal dont il prenait la forme. Le chef repris la parole.

    « Mon gars, je vais te simplifier les choses. Tu me donne c'que t'as de précieux et on te laisse t'en aller avec … » il fit mine de réfléchir « ...disons moins de casse que si tu te rebelle. » l'homme s'esclaffa et toute sa clique fit de même.


Aaron grimaça, ne sachant quoi répondre ou simplement si il fallait répondre justement. Rentrer dans son jeu ? Pourquoi pas, mais c'était plus dangereux que de s'écraser. Après il fallait tenir compte de la personnalité du chef, savoir s'il préférait les victimes qui répondaient ou se laissaient faire bien tranquillement. D'après ce que Aaron voyait pour le chef ça serait plus la première option et pour les autres la deuxième. Il opta pour un mélange des deux et répondit prudemment.

    « J'aurais été ravi de vous simplifier les choses mais il se trouve que je n'ai rien de précieux sur moi et en général. »


Menteur. Le cœur de Gaïa battit plus vite, comprenant que son regard avait dévié vers la poche où elle se cachait, indiquant exactement où il fallait aller chercher à quelqu'un d'observateur. Aaron s'en rendit compte à son tour et chercha à regarder quelque part sans trahir quelque émotion. Au sol il mentait, en hauteur il cherchait une sortie, dans les yeux du chef il le défiait, sur les daëmons ça serait injurieux. Il décida donc de ne pas fixer son regard et de divaguer entre les yeux du chef et les visages de ses acolytes.
Un grand sourire carnassier s'étala sur le visage du chef qui était observateur.

    « Menteur. Et si tu nous montrais ce que tu as dans ton manteau. »


Ce n'était pas une question. Aaron n'aurait pas dut réagir, malheureusement il eu un mouvement de recul qui confirma ce que le chef pensait. Il cria un ordre à ses hommes qui se jetèrent tous en même temps sur le pauvre jeune homme qui n'avait aucune chance. Ils se saisirent de ses bras et le gardèrent immobile. Aaron tenta de se dégager en jouant des coudes avec une seule idée en tête, ouvrir son manteau pour que Gaïa puisse s'enfuir. Malheureusement il était bloqué. Le chef s'approcha de lui, le même sourire au visage. Il passa sa langue sur ses lèvres, ses yeux brillèrent d'avidité et il pencha tranquillement la tête sur le côté pour faire craquer sa nuque. Serpent. Le jeune homme fixa hargneusement le chef qui eu un petit rire amusé. Il approcha sa main du col d'Aaron, se préparant à ouvrir son manteau. Celui ci essaya de se dégager vers l'arrière mais un des hommes le bloquait.

    * Gaïa, envole-toi dès qu'il l'ouvre... *
    * Non ! Aaron il vont te faire du mal ! *
    * Gaï je ne peux pas me battre en te sachant en danger ! Obéit moi, ne discute pas! *


Elle serra le bec et fixa le haut de la poche avec concentration. Chef ouvrit le col du garçon violemment et Gaïa jaillit de la poche interne.

    « Seth ! » l'ordre avait claqué, sec, pressant.


Le chardonneret s'envola rapidement la peur au ventre, visant la gouttière la plus haute pour se mettre à l'abri, décidée à aller prévenir quelqu'un dès qu'elle aurait pris de la hauteur. Un sourire naquit sur le visage d'Aaron victorieux, elle était saine et sauve il n'avait plus à s'inquiéter pour elle, là haut elle était dans son élément. Une masse sombre bondit, haut dans le ciel, attrapa sa cible entre ses crocs. La douleur traversa le corps et l'esprit du jeune homme, instantanée, terrible.

    « GAÏA !! »


Le doberman se réceptionna sur ses pattes et revint vers son humain en trottinant, le regard froid et meurtrier. Le chef le fixa en souriant et tendis son bras. Le Daëmon lança alors la pauvre Gaïa dans les airs et, trop sonnée pour voler, elle atterrit directement là où Seth l'avait envoyée. Dans les griffes du chef qui s'empressa de la saisir. A pleines mains.
Souffrance.
Souffrances.
  
MessageDim 1 Aoû - 17:27
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SOUFFRANCES



Le hurlement d'Aaron retentit longtemps dans la ruelle, rebondissant sur toutes les parois, s'étendant même jusqu'à la rue principale. Plein de souffrance, de haine, de peur et d'horreur. La douleur lui perçait le ventre, lui donnait envie de vomir et celle de Gaïa s'ajoutait à la sienne. Comment osait il ? Comment osait-il toucher le daemon d'un autre ? Comment son propre daemon pouvait-il rester de marbre alors que l'autre moitié de son âme le trahissait ? Tout ça pour un peu d'argent qu'il ne possédait même pas, toute cette souffrance. Il ne cessait de hurler le prénom de sa moitié, une fois suppliant, une autre menaçant. Le seul mot qu'il avait à la bouche était ce nom et l'horrible envie qui montait en lui se faisait de plus en plus forte: mourir, mourir ici et maintenant, ne plus jamais ressentir ça.

    « Lâches-la ! » à cet ordre le Chef serra plus encore sa prise « NON ! »


Aaron se plia en deux, pouvant à peine respirer tant ce qu'il ressentait l'horrifiait. Sa respiration s'était bloquée d'elle même comme pour le faire s'évanouir pour que son âme ne souffre plus. Sa vue s'embrouilla sous les larmes qui n'arrêtaient pas de couler de ses yeux, nerveusement. Il s'arrêta de crier, comme vidé de ses forces et ses jambes se mirent à trembler sous son poids. Sa respiration était sourde, l'air ne voulait pas entrer dans ses poumons et rien ne pouvait changer cela. Son regard divaguait de droite à gauche, totalement perdu. Les hommes qui accompagnaient le Chef se regardaient tous, terrifiés par ce que leur chef était en train de faire. Leurs Daemons gémissaient en essayant de se cacher derrière leurs humains. Les quatre hommes continuaient malgré tout de tenir Aaron, comme pétrifiés sur place. L'un des hommes regarda le jeune homme puis son chef.

    « Chef toucher au daemon c'est... » commença-il mais le regard foudroyant de son supérieur le fit taire brutalement.


Il abaissa les yeux bien vite et ses camarades firent de même en voyant Seth commencer à grogner. Ils relâchèrent légèrement leur pression sur les bras d'Aaron et celui ci le sentit. L'air rentra à nouveau dans ses poumons, comme guidé par ce nouvel espoir, et d'un coup il fonça sur le chef en se dégageant d'un coup d'épaule. Son hurlement de rage fut stoppé net par le coup sauvage qu'il reçu au ventre en réponse, coupant à nouveau son arrivée d'air.

    « Tu crois que tu peux nous échapper ?! » vociféra le Chef.


Aaron s'effondra au sol en essayant de retrouver sa respiration. La douleur était toujours présente mais cette fois ci elle provenait seulement de son ventre, plus de tout son être. Un froissement d'ailes attira l'attention du chef qui leva les yeux, les abaissa rapidement vers sa main qui était à présent vide. Gaïa s'envola à tire d'aile vers la grande route, laissant Aaron seul sur le bitume.

Furieux d'avoir étés roulés les cinq hommes se précipitèrent sur Aaron qu'ils rouèrent de coups de pied, mettant toute leur haine dans leurs gestes. Le jeune homme se mit en boule et attendit que cette déferlante passe, criant de douleur à chaque frappe qu'il recevait. Il sentit craquer ses cotes lorsqu'un des hommes cogna avec son pied de toute ses forces contre son côté droit. Cela dura une éternité. Mais ça n'était rien comparé au martyr de tout à l'heure. Au moins Gaïa allait bien. Brutalement, les coups cessèrent et Aaron entendit les hommes déguerpir en courant. Face contre terre, peinant à rester conscient, Aaron ouvrit la bouche et cracha du sang. Il était allongé sur le côté, les jambes repliées dessous lui, les bras tendus devant lui, mous et inutiles. Ses yeux étaient à demi-ouverts car il n'avait plus d'énergie, comme si les hommes la lui avaient volé en partant. Sur sa joue coulait un peu de rouge qui provenait d'une de ses pommettes. Un mince filet de sang sortit de sa bouche entrouverte.

    *Trop dur. Plus assez de force. Ai mal... Gaïa..*


De lourds pas sur le bitume, une lumière éblouissante, un froissement d'aile.

    « Gaïa... » murmura le jeune homme dans un souffle avant de sombrer dans l'inconscience.


Et tout ne fut que noir et silence.
  
MessageDim 1 Aoû - 17:29
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RENAISSANCE



Aaron ouvrit les yeux doucement, les referma aussitôt. La lumière qui éclairait la chambre était pourtant douce et agréable. Malgré tout il s'était habitué au noir de ses rêves et le soleil lui meurtrissait les yeux. L'esprit encore embrumé, il essaya vainement de se repérer. Une fenêtre obstruée par des rideaux blancs qui laissaient passer la lumière du soleil, un plancher recouvert de lattes de bois qui paraissaient dater de l'an un, tellement elles étaient patinées par le passage de centaines paires de bottes qui avaient foulé les lieux. Aaron était allongé dans un lit plutôt moelleux et les draps qui le recouvraient le maintenaient délicieusement au chaud. Il ferma les yeux et apprécia ce contact si doux qu'il n'avait pas l'habitude de côtoyer. L'idée de se lever lui traversa l'esprit mais se rendant compte qu'il ne pouvait pratiquement pas bouger il laissa rapidement tomber. En silence, il se rendit compte des dégâts. Son bras droit était posé dessus les couvertures, enroulé dans des bandes, comme s'il était cassé. Aaron ne pris pas le risque de le remuer pour vérifier si son bras était bien hors d'état de nuire et continua l'examen complet de son corps du mieux qu'il put. Malheureusement il était tellement engourdi qu'il ne sentait plus rien à part un mal de crâne grandissant. Quelque chose clochait. Il y avait comme un vide à l'intérieur de lui et il mit du temps à réaliser qu'il manquait le plus important.

    * Gaïa ! * appela-t-il nerveusement.


Comme elle ne lui répondait pas il fut pris de panique. Qu'était-elle devenue ? Il tenta de se rappeler de ce qui s'était passé avant qu'il ne se retrouve dans cette chambre. D'ailleurs, comment était-il arrivé ici ? Les images de la rencontre avec les voyous qui l'avaient tabassé lui revinrent à l'esprit et tout lui parut clair, comme s'il venait d'émerger. Après qu'ils soient partis en le laissant pour mort, ou presque, sur le sol il avait entendu le battement d'aile familier de son Daëmon puis plus rien, le néant total. Il allait se relever pour partir à la recherche de sa moitié, plus angoissé que jamais, quand la porte s'ouvrir brutalement et un homme grand et massif entra. Le géant devait mesurer près de deux mètres et sa seule présence semblait envahir la pièce, écrasant tout sur son passage. Aaron déglutit, effrayé par l'apparition soudaine de l'homme et ce qu'il pourrait faire de lui d'un seul mouvement. Le géant portait un plateau dont la simple odeur fit gargouiller le ventre d'Aaron qui se maudit en silence. Se rendant compte que le jeune homme avait très faim et que le seul fumet du petit déjeuner qu'il avait confectionné faisait réagir son pauvre estomac bien vide, le géant sourit de toutes ses dents, d'un coup plus sympathique que jamais. Toute la tension qui s'était accumulée dans Aaron s'évanouit en même temps que l'image terrifiante qu'il s'était créée de l'homme, son imagination décuplée par le drôle de contre-jour que produisaient les rideaux de la fenêtre sur le visage du géant. Celui ci s'avança vers Aaron et posa le plateau sur la table de chevet qui soutenait une étrange lampe. Il enleva celle ci et la posa sur le meuble en chêne qui trônait collé au mur en face du lit du jeune homme. Voyant qu'Aaron ne bougeait toujours pas et gardait les yeux fixé sur lui il prit la parole en désignant le plateau d'un coup d'oeil.

    « Tu devrais manger avant que ça ne refroidisse. » conseilla-t-il au jeune homme d'une voix grave.


Aaron ne bougea pas et continua de dévisager le géant. Sa question muette était tellement facile à deviner que l'homme repris la parole.

    « Gaïa est partie faire un tour dehors. Ça faisait vingt-quatre heures qu'elle n'était pas sortie et elle avait bien besoin de se dégourdir les ailes en attendant ton réveil. » un gros chat fit alors son entrée, regardant malicieusement Aaron de ses yeux jaunes. Il monta sur le meuble, s'allongea et s'endormit. « Voici Calmirië...Cal, mon Daëmon. » se corrigea-t-il en voyant le chat le foudroyer du regard pendant qu'il prononçait son nom en entier.


Calmirië. Aaron se sentait attiré par ce nom, il glissait merveilleusement sur la langue et évoquait à lui seul une foule d'émotions que le jeune homme ne s'expliquait pas. L'envie de demander à l'homme ce qu'il signifiait grimpait de plus en plus haut dans l'esprit de Aaron mais il se ressaisit, car ce qu'il voulait le plus au monde en cet instant c'était revoir Gaïa. Les deux yeux jaunes de Cal se fichèrent alors dans les siens et Aaron se sentit happé par l'immensité de ce regard doré. C'était à la fois terrifiant et fascinant, comme si le monde alentour avait disparu, puis un mince sourire s'étala sur le visage du chat et le jeune homme retint son souffle. Dans les prunelles du daëmon il voyait d'étranges choses, des scènes de joies, de souffrances et de peines, des milliers de vies passaient comme des ombres dans les deux yeux du chat, floues et claires à la fois, puis ces scènes devinrent familières, comme si le garçon les avait déjà vécues. Aaron eut l'impression de voir sa propre vie défiler dans cet océan d'ambre. Le géant toussota en foudroyant Calmirië du regard comme s'il avait fait quelque chose de mal. Le chat rompis le contact avec Aaron qui frissonna, perdu, et lança à son humain un regard provocateur puis, non sans avoir lancé au jeune homme un clin d'œil moqueur, il se roula en boule et s'endormit, ou du moins fit semblant de le faire.

Un froissement d'ailes retentit dans la chambre et le cœur d'Aaron fut enfin entier. Gaïa. L'oiseau plongea sur son humain en piaillant de bonheur, se frottant comme un chat contre son visage et se blottissant dans son cou en disant combien elle l'aimait et qu'il lui avait fait très peur. Le jeune homme retomba lourdement sur son lit face aux assauts de son daëmon et grimaça de douleur. Pourtant la joie de retrouver sa moitié fit passer outre ce petit détail et de sa main valide il entoura le petit oiseau et la plaqua doucement contre son cou, l'embrassant, la rassurant d'une voix basse, tremblant d'émotion et de soulagement. Le géant sourit doucement et se retourna pour retourner à ses fourneaux et pour laisser à Aaron et Gaïa autant de temps qu'il leur faudrait pour se remettre de leurs retrouvailles. Levant les yeux au ciel il appela mentalement Cal qui semblait vouloir voir ça. Un grand sourire angélique s'étala sur la face poilue du daëmon comme s'il espérait que son humain l'oublie, puis, voyant que ça ne servait à rien, le chat descendit souplement de son perchoir en soupirant , dépassa son humain comme s'il ne supportait pas qu'il passe en premier et ils disparurent dans l'escalier étrangement silencieux malgré le poids du géant.

Aaron ne pleurait presque jamais. Il n'aimait pas ça et s'estimait trop vieux pour se laisser aller de la sorte et question larmes il avait déjà donné et s'était juré de ne plus jamais montrer ce qu'il trouvait faible chez lui et pourtant humain chez les autres. Intransigeant ? Quand il s'agissait de lui et de son propre contrôle oui, énormément. Mais quand il s'agissait de Gaïa, rien n'était pareil, il n'avait pas à se cacher de la sorte et toutes ses émotions étaient réelles et jamais retenues, surtout lorsqu'ils étaient seuls. Une larme roula sur la joue de Aaron qui continuait de cajoler sa moitié, riant de son relâchement, regrettant de ne pouvoir se lever et de faire vraiment la fête à son daëmon. Une fois la surprise passée il s'immobilisèrent et se contentèrent de savourer la présence de l'autre près d'eux. Les yeux fermés, Aaron recroquevillé autour de Gaïa, ils sombrèrent tous les deux dans un profond sommeil.

    Songes.
    Aaron. Son odeur, sa présence, son cœur qui bat, sa chaleur, son amour et sa voix.
    Gaïa. Son odeur, sa présence, son cœur qui bat, sa chaleur, son amour et sa voix.


Une série de petits coups sur la porte sortit Aaron de sa torpeur. Les yeux embrumés par le sommeil il regarda la porte qui s'ouvrait sur un grand homme qui avait un immense sourire sur le visage. Sentant Gaïa gigoter dans sa main il sourit en se rappelant ce qui s'était passé. Le géant jeta un œil désapprobateur sur le plateau qui n'avait pas bougé et que Aaron avait totalement oublié. Quand les yeux de l'homme se reposèrent sur le garçon il lui fit un clin d'œil et vint chercher le plateau.

    « Bon, pour le petit déjeuner il est un peu tard. Je vais te chercher les restes de ce soir ne bouge pas. » il attrapa agilement le plateau, fit quelques pas vers la porte et se retourna d'un coup comme s'il avait oublié quelque chose. « Au fait, au cas où tu te poserais la question je m'appelle Clyde Owen. Et ne donne pas dans le Monsieur Owen ou je ne sais quoi ça me vieillit atrocement et j'ai horreur de ça. » grommela-t-il en descendant les escaliers d'un pas cette fois lourd qui faisait craquer toutes les marches.


Un immense sourire naquit sur le visage d'Aaron et il se mit à rire doucement. Décidément il aimait bien ce Clyde. Souriant un peu trop il rouvrit une des coupures qu'il avait sur la joue, rire lui provoqua une vive douleur dans la poitrine et il se rallongea en serrant les dents. A quoi devait-il ressembler? Mieux valait ne pas le savoir. Le garçon s'approcha doucement de sa main un sourire au coin des lèvres et il murmura dans sa paume.

    « Debout belle endormie. »


Gaïa grogna dans sa main et se frotta contre ses doigts pour tenter de se rendormir. Aaron secoua la tête en souriant et se remit sur le dos délicatement. Dessous les draps il devait avoir un bandage autour du torse il le sentait qui bougeait en même temps que lui, collé à certains endroits sur sa peau. Probablement l'effet du sang. L'énergie redonnée par l'arrivée de sa moitié s'estompait peu à peu, Aaron le sentait, et la douleur qui n'était que sourde puisqu'il ne sentait pratiquement pas son corps devenait plus aiguë de minutes en minutes. Et vu l'étendue des dégâts ça ne risquait pas d'aller en s'arrangeant ; même si Clyde avait fait de son mieux il n'était probablement pas médecin.

Le géant revint peu de temps après et déposa sur la table de chevet d'Aaron un autre plateau bien trop plein pour le pauvre petit estomac du jeune homme. Clyde attrapa une vieille chaise qui était posée contre le mur et s'assit près d'Aaron en le dévisageant avec une grimace.

    « Et bah ils t'ont pas raté mon pauvre. » déclara-t-il en soupirant et le garçon eut encore moins envie de se voir. « J'ai appelé une vieille amie qui me devait bien ça et elle va venir te soigner. D'ailleurs à l'heure qu'il est elle ne devrait pas tarder. Alors mon garçon, tu t'appelle Aaron, ça Gaïa n'a pas arrêté de t'appeler pendant que tu étais encore évanoui, mais ton nom de famille c'est quoi ? » demanda Clyde.


Aaron se mordit la lèvres inférieure. Son nom. Réveillée par l'inquiétude de son humain Gaïa émergea et sortit la tête de sa cachette. Ils en avaient changé tant de fois qu'ils n'avaient jamais pensé à en avoir un pour de bon.

    « Aaron. Aaron tout court, je n'ai pas de nom de famille. » et pas de famille tout court pensa le jeune homme.


Gaïa lui frotta les doigts affectueusement avec son petit bec pour le soutenir. Le géant se racla la gorge, visiblement gêné. Une sonnette retentit en bas de l'escalier et Clyde tourna rapidement la tête. Il se releva et pendant qu'il se dirigeait vers la porte regarda Aaron d'un air triste.

    « Et bien tu devrais t'en choisir un. » et sur ces mots il sortit.

  
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MAGIE


Quand Clyde remonta Aaron et Gaïa se fixaient pour convenir d'un nom. Derrière l'homme il y avait une vieille femme avec de longs cheveux gris ramassés un peu n'importe comment et qui avait deux grands yeux gris perçants. Elle avait l'air d'une sorcière avec ses habits qui semblaient venus directement du moyen âge, et les nombreux gris-gris qu'elle portait autour du cou n'arrangeaient rien à son image. Une chèvre qui avait l'oreille percée d'un joli anneau doré fit son entrée et a son expression Aaron compris que c'était le daëmon de la vieille femme. Celle ci s'approcha et s'assit sur la chaise qu'occupait Clyde quelques minutes auparavant.

    « Tu aurais dut me prévenir avant vieux grigou regarde l'état dans lequel il est ! Nan mais franchement qui m'a foutu un imbécile pareil. Et toi où est ce que t'as été chercher la bagarre pour te retrouver aussi amoché ? Aah les jeunes de nos jours j'te jure ! »
    « Tais-toi un peu Adie et aide un peu ce pauvre garçon au lieu de lui casser les oreilles avec ta langue de vieille pie ! »


Adie fit semblant de pester contre Clyde mais Aaron ne s'y trompa pas car elle souriait, apparemment contente de leur petite joute verbale. Elle se pencha sur le garçon et lui attrapa délicatement le bras droit qu'elle posa le long de son corps. Aaron fut surpris de ne pas sentir trop la douleur et la laissa faire, décidant que son air calme et connaisseur ne pouvait trahir que des années de pratique. D'un coup sec et précis elle dégagea la couverture qui recouvrai le corps meurtrit du jeune homme et grimaça en se rendant compte des dégâts. Adie soupira et regarda le garçon en se mordillant la lèvre inférieure.

    « Ça risque d'être un peu douloureux mais je peux arranger tout ça. Ça ne devrait pas être trop long, reste tranquille et ne bouge surtout pas. »


Fronçant les sourcils, Aaron regarda Adie placer ses mains au dessus de son torse et fermer les yeux. Elle inspira profondément et le garçon attendit qu'elle éclate de rire et lui dise qu'elle devait aller chercher sa boite pleine de pommades et de décoctions qui allaient le soulager. Mais il n'en fut rien, elle resta ainsi longtemps, mais cependant pas assez pour que Aaron lui demande ce qu'elle faisait et si elle comptait le soigner un jour. Soudain une douce lumière se dégagea des mains et le garçon ne put s'empêcher de sursauter de stupeur. Clyde claqua la langue avec mécontentement et Aaron s'immobilisa en déglutissant. Sans s'en rendre compte le jeune homme raffermit sa prise sur le draps qu'il avait saisit avec sa main gauche, soudain terrifié par ce que la vieille femme faisait. Adie passait ses mains illuminées de cette étrange lumière au dessus de lui et elle s'arrêta au dessus de son abdomen. Doucement, elle enleva le bandage qui commençait déjà à rougir et le posa dans la bassine que Clyde lui tendait. Elle revint se placer au dessus de la blessure, ses mains irradiant d'une lueur dorée. Aaron serra les dents mais il ne put retenir un souffle et leva les yeux au ciel en essayant de ne pas se tendre de tout son être. Il avait l'impression qu'une main lui fouillait les entrailles et bien que la douleur soit supportable, l'horrible sentiment qu'on le souillait prenait peu à peu pas sur son esprit. Gaïa lui envoya une puissante vague de calme et il se ressaisit assez pour fermer les yeux et lâcher le drap. Quand il jeta un oeil à sa blessure il se rendit compte qu'elle avait disparu et que d'elle il ne restait qu'un peu de sang séché. Adie secoua la tête comme pour se réveiller et s'attaqua aux bleus, aux contusions et aux petites coupures qui parsemaient le corps d'Aaron. Elles disparaissaient rapidement et sans trop faire souffrir le jeune homme qui fut reconnaissant envers la vieille femme bien qu'il ne comprenait absolument pas ce qui se passait et comment elle arrivait à faire ce prodige. Peut être s'était-il vraiment endormi dans la neige à ce coin de rue et qu'il sombrait dans un sommeil si profond que son rêve durerait éternellement. C'est ça, ça ne pouvait être qu'un rêve. Quand Aaron se rendit compte qu'il transpirait à grottes gouttes et qu'il était sur le point de défaillir Adie avait presque effacé toutes les marques qu'il restait de la bagarre. Les mains ridées de la vieille femme vinrent jusqu'au visage du garçon qui ne vit plus rien d'autre que des étoiles pendant qu'elle guérissait son coquard et sa pommette déchirée. Quand cela fut fait elle s'arrêta en dévisageant Aaron avec inquiétude. Tiendrait-il le coup après ce qu'elle s'apprêtait à lui faire ? Elle non plus ne paraissait plus fraiche comme un gardon et de grosses cernes apparaissaient sous ses deux yeux gris. Inspirant longuement pour calmer son cœur elle positionna ses mains au dessus des poumons du jeune homme et laissa venir la magie pour guérir les nombreuses côtes cassées de Aaron. Dès que la lumière toucha la peau du garçon il frissonna et poussa un cri. La douleur était telle qu'il préféra lâcher le tout et sombra dans l'inconscience pour la deuxième fois en vingt-quatre heures.

Une voix. Non, deux. Impossible de comprendre ce qu'elles disent, tout est trop flou. Sa tête lui fait mal, impossible de savoir ce qu'il en est du reste de son corps, tout ce qu'il ressent c'est l'impression d'être entre deux murs qui se rapprochent de plus en plus et l'écrasent de leur horrible présence. Douleur sourde. Manque. Aaron ouvrit les yeux brusquement, se releva sur ses coudes, tentant vainement de respirer. Impossible. Le monde commençait à tourner autour de lui et malgré sa bouche ouverte aucun air n'entrait dans ses poumons. Deux ombres s'approchèrent de lui rapidement, ne comprenant pas ce qui se passait. Elles essayaient de lui dire quelque chose mais il n'entendait pas, n'entendait plus.

    « Aaron ! Aaron ! Respire mon garçon ! Il faut que tu respire ! »


Aidez moi ! C'était tout ce que l'esprit du garçon hurlait, et il ne pensait à rien d'autre que de respirer. Il avait l'impression d'avoir oublié comment on faisait, c'était trop dur, sa gorge refusait de fonctionner normalement. Une des ombres vint derrière lui et lui assena un formidable coup dans le dos. La tape résonna dans son torse, libérant l'arrivée d'air et permettant à Aaron de respirer à nouveau. Toussant à en cracher ses poumons, le garçon aspira longuement et tenta de se calmer. Quand son souffle fut régulier il se relâcha et retomba lourdement sur le lit. Aaron passa une main sur son visage fatigué, essayant de chasser l'horrible sensation qui l'avait habité pendant les longues secondes de panique. Rien à faire, ce sentiment d'oppression ne voulait pas s'en aller. Le garçon ferma les yeux en inspirant profondément pour ralentir les battements de son cœur qui semblait déterminé à sortir de sa poitrine. Voyant que ça ne marchait pas il regarda autour de lui et sursauta légèrement devant les deux figures inquiètes qui le dévisageaient et qui s'étaient rapprochées. Clyde serrait les mâchoires, s'attendant à ce que Aaron refasse une crise à tout instant. Ses deux mains étaient scotchées au dossier de la vieille chaise, l'écrasant en le faisant gémir.

    « Ça va aller, c'est juste le contre-coup de ses côtes cassées. Il s'est évanoui pendant que je le soignais, ses poumons ont du se décontracter tellement que sa respiration à fini par se bloquer... » tenta d'expliquer Adie mais sa voix n'était pas convaincue, elle aussi avait eu peur.


Aaron grimaça. Il n'aimait pas qu'on parle de lui comme s'il n'était pas là. Adie leva un doigt en l'air comme si elle se souvenait de quelque chose, et fonça dans l'escalier sans dire un mot. Devant le regard interrogatif de Clyde son daëmon-chèvre bêla comiquement. La vieille femme remonta quelques secondes plus tard, un gobelet à la main. Elle le tendit à Aaron en lui disant que ça apaiserait sa douleur à la poitrine. Le garçon saisit le verre et regarda d'un œil septique son contenu jaunâtre qui dégageait un parfum lourd qui faisait tourner sa tête. Adie fixait le breuvage d'un air impatient et le jeune homme n'eut d'autre choix que de le boire. Ça avait un goût affreux. Néanmoins, bizarrement, ça passait plutôt bien dans sa gorge, sans forcer, comme si au fur et à mesure l'étrange boisson anesthésiait tout ce qui se trouvait sur son passage. Lorsqu'elle traversa sa poitrine Aaron sentit la douleur régresser pour devenir sourde et lancinante. Mieux valait ça que l'impression qu'on lui broyait les os à chaque instant. Il tendit le verre vide à Clyde et chercha Gaïa du regard. Il la trouva blottie dans un vieux pull posé sur l'armoire, endormie paisiblement. Elle devait sûrement ressentir autant que lui la douleur et même quand lui s'était évanoui elle avait dut continuer de la supporter. La fatigue l'avait emporté et elle s'était assoupi doucement en laissant la souffrance s'éloigner.
Parfaitement réveillé à présent, Aaron baissa les yeux vers son corps et hésita à demander une glace à Adie. Il ne savait pas trop ce que la surprise lui réservait et quitte à éviter un choc il préférait attendre. Le garçon leva son bras droit avec précaution et le tendit devant lui en faisant jouer ses doigts. Serrant le poing à plusieurs reprises il se rendit compte qu'il était guéri, alors que quelques heures auparavant son bras était brisé, probablement en plusieurs endroits. Pourtant un bandage entourait son membre, comme s'il était encore blessé. Le touchant de l'autre main un rictus apparu sur le visage du jeune homme quand une vive douleur traversa son bras. Si les os étaient ressoudés les chairs, elles, étaient toujours meurtries. Aaron reposa son bras avec précaution et continua de respirer profondément. Il avait l'impression d'avoir essayé de battre un record d'apnée sous marine. L'étau qui lui broyait le crâne pouvait en effet être facilement comparé à la pression de l'eau à partir d'une certaine profondeur. S'efforçant de penser à autre chose, le garçon jeta un coup d'oeil en direction de ses deux bienfaiteurs. L'image de Adie et de ses mains irradiant d'une lueur douce lui revint à l'esprit et il ne put s'empêcher de cogiter longuement là dessus. Que s'était il passé ? Était-ce son cerveau poussé dans la folie par la douleur qui lui avait fait imaginer cela ? Ou alors... N'étaient-ils pas des êtres déjà surnaturels avec le lien qu'ils entretenaient avec cette moitié de leur âme qu'était les daëmons ? La magie. Pourquoi pas ? Non, c'était trop dément de commencer à croire en cela, ce coup sur la tête avait décidément bien dérangé son image du possible et de l'impossible. Il ne put pourtant empêcher son regard de glisser furtivement jusqu'aux mains ridées de la vieille femme. Et elle ne manqua pas d'apercevoir ce geste. Soupirant elle s'assit sur une chaise. Elle n'avait pas envie de devoir expliquer à ce jeune homme ce qu'elle lui avait fait. Ça ne lui suffisait pas d'être guérit ? Non, il fallait en plus qu'il soit curieux. Grimaçant elle entremêla ses doigts en toussotant de manière à ce que Aaron comprenne que ce qu'il faisait était assez dérangeant. Le garçon se repris et releva les yeux. Le bleu électrique des prunelles de Clyde se rivèrent sur les siens. Il avait l'air furieux. Et cette fureur ne tarda pas à éclater au grand jour. Mais curieusement ce n'était pas contre le garçon qu'il en avait, mais contre la vieille femme qui n'avait pas pu prévoir le dernier incident. Dardant Aaron d'un regard soupçonneux il laissa ses pensées s'exprimer librement.

    « Quand je pense qu'il a faillit y passer ! Tu n'es qu'une vieille bourrique trop sure d'elle même ! Par la barbe de Merlin j'espère pour toi que tu ne l'as pas plus abimé ! »
    « Je vais bien ! » déclara Aaron en voyant Adie ouvrir la bouche, prête à répondre au géant qu'elle fixait hargneusement. Les deux adultes tournèrent la tête vers lui, surpris de le voir s'insinuer dans leur futur combat oratoire. « Merci Adie, je me sens bien mieux qu'avant. » continua-t-il pour empêcher Clyde de le contredire.


Il avait l'impression de les connaître depuis toujours, alors que ça ne faisait que 24h qu'ils étaient entrés dans sa vie. Comme pour prouver qu'il ne mentait pas il esquissa un petit sourire tout en arquant les sourcil d'un air de dire : vous voyez ? Clyde leva les yeux au ciel devant le petit sourire suffisant qu'affichait la vieille femme et abdiqua en levant les bras, prolongements de son regard.

    « Soit ! Mais ne viens pas te plaindre si tu sens des serpents pousser sur ta peau ! »


Et sur ces mots il se dirigea vers l'escalier en grommelant qu'il avait raison de s'inquiéter et qu'Adie n'était qu'une vieille fouine malodorante. Celle ci regarda ostensiblement le mur en face d'elle jusqu'à ce qu'on entende plus que les lourds pas du géant sur les vieilles marches de bois patinées par le temps et l'usage. Un sourire complice aux lèvres elle fit un clin d'œil à Aaron et suivit l'homme en gardant le même air au visage. Juste avant de disparaître elle aussi elle se retourna et dit au garçon que le géant plaisantait à propos des serpents. Puis elle fit mine de réfléchir et adressa au garçon un regard curieux, comme si elle se demandait si Clyde n'avait finalement pas raison. Elle repris son chemin, théâtrale à souhait et contente de sa sortie. Aaron sourit, se rappela qu'il ne lui avait pas demandé pour la lueur, se dit que ce n'était pas grave et que ça ajoutait au mystère.
  
MessageDim 1 Aoû - 17:30
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 6393Nombre de RP : 339Âge réel : 23Copyright : avatar Aki ♥Avatar daëmon : every colors in the air
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SOUVENIRS


Une assiette pleine de pâtes en équilibre sur sa main gauche, une dizaine de verres à pieds dans l'autre, un tablier noir autour de la taille, Aaron déposa la commande sur la table du fond et sourit aimablement au client qui le remerciait. Sans plus s'attarder il revint se mettre derrière le bar pour attendre une autre commande. Il s'appuya sur le comptoir, cherchant du regard quelque chose à faire. Voyant qu'il n'y avait plus rien après avoir débarrassé trois tables, passé un coup de balai, nettoyé le bar et rangé la vaisselle Aaron serra la mâchoire, une mimique agacée aux lèvres. Et maintenant il faisait quoi ? Comme Clyde ne lui avait rien demandé, et qu'il avait déjà fait plein de choses, il se mit bien en vue de la cuisine au cas où et se passa une main dans les cheveux en soupirant. Ça faisait à présent deux semaines que l'épisode de la ruelle s'était déroulé. Les contusions s'étaient effacées, grâce aux bons soins de Adie, et pour la plus grande joie d'Aaron le géant lui avait offert le gite et le couvert. Si il n'avait pas insisté pour travailler en échange il aurait eu l'impression d'escroquer Owen alors il lui avait demandé ce qu'il pouvait faire pour l'aider en rechange. Le géant avait réfléchit, apparemment gêné d'utiliser le garçon ainsi, puis avait fini par accepter en disant qu'il avait besoin d'un serveur en salle. Même si il n'y avait pas souvent des clients dans sa petite auberge à thème il ne pouvait pas assurer le service et la cuisine seul. La routine s'était très vite installée et Aaron était à l'aise dans cet endroit qu'il connaissait à présent comme sa poche. A chaque nouvel endroit où il arrivait il mettait un point d'honneur à tout connaître, les lieux, les emplacements des objets et les noms de chacun. L'auberge de Clyde était spéciale. En fait le géant l'avait faite rénovée de façon à ce qu'on se croie dans une maison décorée comme au XV ème siècle, ou quelque chose du genre. Bien sur, les ampoules ne faisaient pas moyen-âge mais le reste s'en chargeait. De vieilles tables en bois grossièrement coupées, une grande cheminée au fond de la salle, un bar à la façade craquelée, et surtout les vieilles poutres qui traversaient le plafond et les piliers bruts qui étaient plantés à certains endroits de la salle, comme si ils soutenaient la charpente du bâtiment. Aaron avait tout de suite aimé cette ambiance médiévale, même si ce n'était pas toujours du goût des clients qui se faisaient rares. Lui tout ce bois ça le rassurait, c'était chaleureux, comme la grande cheminée de pierre dans laquelle un bon feu crépitait joyeusement. Soupirant d'aise, le jeune homme ferma les yeux un instant en se contentant d'écouter les braises craquer et le vent s'engouffrer dans le conduit de la cheminée. Un flottement d'air non loin de lui le ramena à la réalité et secoua la tête en regardant qui venait le voir. Une jeune fille aux yeux noisette et aux cheveux bruns le fixait malicieusement. Elle devait avoir à peu près son âge, soit environ 18, lui même n'en était pas sur c'était l'orphelinat qui lui avait donné 8 ans quand il s'était fait attraper par les gendarmes tandis qu'il divaguait dans les rues. Elle pencha la tête sur le côté en venant se mettre dans la même position que Aaron, accoudée au comptoir. Souriant doucement elle apprécia les traits de plus en plus familiers du jeune homme, se disant qu'il était vraiment agréable à regarder. Légèrement gêné par l'attitude de la fille qui le détaillait un peu trop à son goût il eu un petit sourire fugace, se demandant ce qu'elle lui voulait.

    « Salut, moi c'est Alice, tu te souviens ? »


Aaron hocha la tête, ne voyant pas où elle voulait en venir. Ce n'était pas comme si il allait l'oublier, elle était tout le temps en train de rôder dans les cuisines car, d'après ce qu'il avait comprit, Clyde était son oncle ou quelque chose du genre. Depuis quelques jours elle venait régulièrement dans la salle pour donner un coup de main discret au jeune homme, disparaissant avant qu'il n'ait pu la remercier ou engager la conversation. Comme elle n'avait pas l'air d'avoir envie de parler avec lui il avait laissé tomber et était à présent surprit qu'elle vienne d'un coup l'aborder. Lui qui la pensait timide, elle avait l'air tout sauf ça à présent. Alice était plutôt jolie dans son genre, brunette aux yeux moqueurs avec de beaux reflets tirant sur le violet qui passaient parfois dans ses cheveux lorsqu'elle traversait de la lumière. Ayant quelque fois remarqué comment elle le dévisageait lorsqu'elle croyait qu'il ne la voyait pas, Aaron s'était dit qu'elle était peut être intéressée. Comme elle passait ses journées à l'auberge elle ne devait pas croiser beaucoup de garçons. En y pensant, comment cela se faisait-il qu'elle n'était pas au lycée ? Peut être était-ce les vacances, en réalité à part le mois le jeune homme ne s'était jamais vraiment inquiété de la date qu'il était. Il chercha vaguement quelque chose d'intéressant dans le visage de la fille mais rien ne lui sauta aux yeux. Banale. Jolie, mais banale.

    « Mais... tu peux m'appeler Katey si tu veux. »
    « Quoi ?! » s'étrangla Aaron en fronçant les sourcil.
    « Tu as l'air d'aimer ce prénom, si tu veux tu peux m'appeler Katey ! Je m'en fiche du moment que... » continua Alice en ne réagissant pas au ton du jeune homme.
    « Où as tu entendu ça ? » la coupa-t-il, furieux. Le visage de la fille se décomposa.
    « Bah ... parfois la nuit tu parles en dormant et je t'ai entendu le dire à plusieurs reprises... » répondit-elle en blêmissant.
    « Dégages ! Barres-toi putain ! » rugit Aaron en la foudroyant du regard.


Le client leva les yeux de son assiette, se demandant ce qui pouvait se passer là bas. Il tendit l'oreille, espérant en savoir plus mais la jeune fille recula d'un pas et la conversation eu l'air finie. Les yeux remplis de larmes elle s'enfuit en courant, rouge de honte pour pleurer seule dans un coin sombre. Tremblant de rage, Aaron posa sa paume contre son front en appuyant de toutes ses forces, tentant de se calmer. Quelle crétine ! La mâchoire serrée, il maudissait Alice de toute son âme. Quelle pourrisse en enfer ! Voyant que rien ne le calmerait il quitta la salle à grands pas, serrant et desserrant les poings pour s'empêcher de frapper dans les murs. Il se mit à courir vers le petit escalier qui menait au toit et grimpa les marches quatre à quatre. Arrivé en haut il claqua la porte et s'appuya contre elle, le souffle court et sa fureur pas encore apaisée. Le jeune homme se laissa glisser contre le fer rouillé jusqu'à s'assoir sur le sol couvert de graviers. Il donna un coup de coude rageur derrière lui, faisant raisonner la porte. Clyde sortit de sa cuisine en arquant un sourcil. Mais qu'est ce qui s'était encore passé ? Entendant le vacarme que fit Aaron en claquant la porte du toit et en frappant contre elle il se dit qu'il valait mieux attendre qu'il se calme pour aller le voir. Et quelque chose lui disait que sa filleule n'y était pas pour rien. Il soupira en grommelant quelques mots à propos des humeurs changeantes des adolescents, oubliant que Aaron était à présent majeur. De toute façon il le considérait comme un gamin de 16 ans, aussi instable qu'une table à deux pieds et prêt à exploser à tout instant.

Aaron se prit la tête entre les mains, frotta vigoureusement son visage pour retenir le cri qui rêvait de s'échapper de sa gorge. Il se leva brusquement et se retourna d'un coup, envoyant son poing contre le mur. Il accueillit la douleur de ses doigts déchirés comme un soulagement. Tout plutôt que le torrent de souvenirs qui l'assaillaient à présent. Ce prénom. Il résonnait dans toute sa tête, écho sans fin de la connerie qu'avait proféré cette imbécile d'Alice ! Katey. Katey, Katey, Katey... Retenant un nouveau cri de rage Aaron frappa encore le mur violemment. Se rendant compte que ça ne servait à rien il se rassit et entoura ses jambes de ses bras en fermant les yeux aussi fort qu'il le pouvait. Tremblant comme une feuille il retint l'envie qui le prenait encore de marteler de coups tout ce qui passait à sa portée. Il joint ses deux mains et vint les plaquer contre sa bouche, comme si il priait quelque dieu qui ne l'écouterait pas. En réalité il ne priait pas, étant athée, mais tentait de se calmer. Le goût métallique du sang se répandit dans sa bouche quand il pressa ses lèvres contre les plaies de sa main. Il inspira profondément, laissant l'odeur envahir ses narines et se concentra sur ça.

    * Rien d'autre ne compte, il n'y a que le sang, mon sang. Tout disparaît, il n'y a rien d'autre que ça. Le sang. Rien d'autre. L'acier d'une lame sur ma langue. Le sang, plus rien d'autre... * se répéta Aaron sans fin.


Sentant son cœur cesser de marteler sa poitrine et son souffle devenir moins rauque, le jeune homme réouvrit les yeux. Il ne savait pas combien de temps s'était passé depuis qu'il avait commencé à se répéter mentalement ces phrases qui lui faisait penser à autre chose. Sa vue se troublait quand il expirait mais ce n'était pas grave, il se calmait. Soulagé de n'avoir rien cassé sous le coup de la fureur, Aaron revint progressivement à lui, cessant le rituel qu'il s'était imposé, à savoir se concentrer sur quelque chose et se forcer à oublier tout le reste. Ça marchait sur les autres quand il le leur disait, pourquoi pas sur lui même après tout. A la différence près que lui il devait se le dire seul et pas seulement écouter ce que disait celui qui tentait de le calmer. Toujours haletant, il détacha ses mains de sa bouche et les passa sur son visage. Il n'arrivait toujours pas à réaliser que ce simple prénom... Non! Il ne fallait pas y penser. Peu importait, Alice ne viendrait probablement plus l'embêter à présent. Redevenu maître de lui même il se leva avec l'idée de demander à Clyde une après midi de libre pour aller marcher dans la ville et se vider l'esprit. Il posa sa main sur la poignée et grimaça du contact glacial du fer sur sa paume. Et plus encore du résultat qu'avaient eu ses coups contre le béton armé qui entourait la petite cage d'escalier qui remontait sur le toit. Aaron fit jouer ses doigts en réprimant un cri de douleur. Il n'y était pas allé de main morte ! Il examina de plus près sa main et se dit que ce n'était rien, dans une semaine il n'y paraitrait plus. Par contre la trace de sang sur le mur était on ne peut plus embarrassante. Le jeune homme regarda autour de lui, cherchant un point d'eau pour nettoyer tout ça. Il n'y avait rien. Avisant les gros nuages gris qui s'amoncelaient dans le ciel il se dit que la pluie se chargerait du travail et ouvrit la porte de l'autre main.

Le regard perdu dans la brume qui se déposait doucement sur la ville, Aaron ne bougeait pas, attendait la pluie. Le visage fermé, appuyé contre le bord de l'immeuble, dominant le vide, il balayait le paysage d'un air sombre. De son perchoir il voyait toute la ville, ou presque. Clyde lui avait donné son après midi en lui jetant un regard qui en disait long et que le jeune homme avait pris soin d'ignorer pour ne pas que sa colère refasse surface. Sans dire un mot il avait pris son manteau et était sortit sans que le géant ne puisse voir Gaïa quelque part. Arrivé dehors, le garçon avait sondé le ciel et appelé mentalement sa moitié qui était apparue rapidement et était venue se blottir dans son cou pour le soutenir. Elle aussi avait entendu, elle aussi avait partagé la rage d'Aaron tout à l'heure. Mais elle avait préféré le laisser se calmer seul, chose qu'il avait très bien réussi, se contentant de lui envoyer des petites vagues de chaleur pour le réconforter. Le jeune homme avait passé un doigt contre le poitrail doux de l'oiseau et s'était mit en marche, heureux de ne pas avoir à être seul face à lui même et au passé. Ils étaient silencieux depuis qu'ils étaient montés sur le toit du vieil immeuble dont l'escalier qui y menait avait été obstrué des années plus tôt, obligeant Aaron à crapahuter au dessus du vide pour se glisser jusqu'à un appartement vide dont le plafond, troué, donnait une petite ouverture sur le toit. Tout l'immeuble était vide et le programme de destruction était prévu pour dans deux ans. Gaïa ouvrit le bec pour dire quelque chose mais son humain lui coupa l'herbe sous le pied.

    « Je n'ai pas très envie d'en parler Gaï. » dit-il doucement.


L'oiseau soupira. Elle n'avait pas particulièrement envie de rendre Aaron plus sombre encore mais ça dépassait à présent le cap du simple souvenir douloureux. Il venait de se détruire une main fraichement réparée par les bons soins de Adie juste à cause d'un prénom ! De son prénom. Ce fut au tour de l'homme de soupirer en suivant le fil des pensées de son daëmon.

    « Gaïa s'il te plait... » la pria-t-il en détachant soigneusement chacun de ses mots.
    « Ça va trop loin Aaron ! Il faut que tu y arrives. Il faut que tu arrives à … » lui reprocha-t-elle tristement.
    « A l'oublier ?! » coupa-t-il de nouveau. « Jamais ! Jamais je ne… »


Il s'arrêta car il sentait la colère reprendre pied sur son humeur et ne voulait pas s'énerver contre Gaïa. Elle n'avait rien fait pour, elle s'inquiétait pour lui c'est tout. Il prit une profonde inspiration, força son pouls à se ralentir. Il n'allait pas laisser la fureur s'emparer à nouveau de lui. Soupirant, il reprit la parole.

    « Non Gaï. J'ai essayé, ça ne marche pas. Il n'y a rien à faire, j'ai juste l'impression d'être en sursis quand je n'y pense pas, mais le moindre détail me fait péter un plomb ! » il avait commencé à parler lentement mais il se mit à paniquer à la fin de sa phrase. Il se passa à nouveau nerveusement la main sur le visage.
    « Il faut du temps. »
    « Combien ?! Ça fait un an, un an Gaïa ! Et rien ne s'efface. Je peux encore la voir rien qu'en fermant les yeux. J'en peux plus... »


Il murmura sa dernière phrase en abaissant les épaules de découragement. Le coeur du daëmon se serra en même temps que le sien. Comme elle aurait voulu l'aider ! Mais rien n'y faisait, on oubliait pas ça d'un coup, il ne suffisait pas de tirer un trait sur le passé. Un ne peux jamais tirer de trait sur son passé. Au loin le tonnerre gronda et la lueur du premier éclair frappa les pupilles dilatées de Aaron, les forçant à se rétrécir brutalement, mais il ne ferma pas les yeux et continua de fixer les nuages noirs qui venaient vers eux. Un gros orage s'annonçait. Il s'en voulait. Il s'en voulait d'être aussi faible. Ne pas pouvoir maitriser son esprit le faisait enrager et il se sentait plus démuni que jamais. Et ça il le détestait.

    « Pourquoi ?! Pourquoi tu m'as fais ça ?! » cria-t-il dans le vide, sa voix se brisant à la fin de son reproche.


Sa voix se répercuta contre les vieux murs des bâtiments délabrés, décuplée au centuple par l'écho qui se créait si facilement dans ces lieux vides. Le grondement du tonnerre lui répondit, plus proche que jamais. La première goutte tomba sur son visage levé vers le ciel, suivie de toute ses sœurs. Appréciant le contact glacé de l'eau sur sa peau, Aaron resta ainsi, Gaïa agrippant son épaule de ses petites serres. Ses pensées devinrent plus claires et il lui fut plus facile de respirer, le terrible poids qui l'attirait vers le sol envolé avec l'arrivée de la pluie. Sans bouger, il se dit que crier comme ça c'était vraiment kitch. Le rire de Gaïa dans son esprit le fit sourire à son tour.

    * C'est pas faux. * remarqua malicieusement le daëmon, heureuse de le voir passer à autre chose.


Bah! Peut importe, ça lui avait fait du bien. Et puis en y repensant ça faisait vraiment film mélo-dramatique du genre Roméo+Juliette quand il criait parce qu'il la croyait morte. Le cœur de Aaron se serra. Ouais nan, mauvais exemple. Il poussa un soupir et un petit sourire lui revint aux lèvres. Katey aimait tant les orages. Et sans se torturer à cette pensée, il resta appuyé contre le muret et se remplit les yeux des éclairs qui frappaient la cité, happés par les pare-tonnerre qui les attendaient de pied ferme, décidés à les attirer et les envoyer loin des humains, dans la terre mère qui les accueillerait à bras ouvert.


Le soleil qui passait à travers les rideaux fin de la chambre vinrent caresser le visage du jeune homme, le tirant par la même occasion du long sommeil réparateur dans lequel il s'était laisser aller hier soir. Aaron garda les yeux fermés. Encore. Il remonta la couverture sur ses épaules et la serra entre ses bras comme pour l'étreindre. Cette nuit il avait encore rêvé d'elle. Mais contrairement à d'habitude il ne resterait pas dans son lit toute la journée pour oublier. Non. Aujourd'hui il allait se lever, et pour la première fois il vivrait avec. Soupirant longuement il cru sentir l'odeur de Katey autour de lui et sourit tristement. Gaïa avait raison, ça passerait. Il ouvrit les yeux, relâcha la couverture. C'était la dernière fois qu'il y pensait. De la journée du moins. D'un geste rapide il bondit hors de son lit, parfaitement réveillé. Quand il s'appuya sur sa main droite il grimaça. Ça il l'avait oublié aussi. En se mordillant la lèvre et en passant sa main gauche dans ses cheveux sans lâcher la blessée du regard, Aaron tenta de trouver l'explication qu'il fournirait à Clyde, qui ne manquerais probablement pas de lui faire de nouveau la morale. Comme un père à son fils. Le jeune homme secoua la tête. Clyde n'était pas son père, il n'avait pas de père. Personne n'était venu le chercher il y a dix ans de cela, personne n'avait mis des affiches avec sa photo pour qu'on le retrouve, personne.

Combien de fois s'était-il échappé de l'orphelinat pour aller regarder dans les rues si quelqu'un demandait à le revoir, et combien de fois était-il revenu aussi triste qu'une pierre de n'avoir rien trouvé ? Il avait fini par ne plus compter, ne plus y aller, et les mois s'étaient écoulés lentement. Après trois ans dans l'enfer qu'était ce vieux bâtiment dont les gérants s'occupaient à peine de leurs protégés, Aaron s'était enfui, pour de bon, avait carrément quitté la ville pour une autre. Il avait 11 ans, savait à peine lire et écrire, n'avait pour seul vêtement que l'uniforme qu'on lui avait donné à son arrivée dans l'orphelinat et pas un sou en poche. Juste sa merveilleuse petite Gaïa qui le suivait partout, qui était sa confidente, son amie et sa moitié à la fois. Le petit garçon avait fini par tomber dans les bras d'un homme peu scrupuleux qui lui proposa de travailler dans l'ébénisterie qu'il gérait. Ils avaient besoin de petites mains pour aller dénicher les morceaux de bois qui coinçaient parfois les machines qui découpaient impitoyablement les troncs. Le dernier garçon qu'il avait embauché avait « perdu la main » disait-il en plaisantant, fier de son jeu de mot morbide. Aaron, trop petit pour comprendre vraiment, avait accepté et commencé le travail. Il n'avait pas grand chose à faire, et il gênait plus qu'autre chose, mais l'homme avait besoin de lui pour débloquer les machines. Aucun de ses gars n'accepterait de mettre ses mains dans ces engins de mort, trop certains d'y laisser un doigt, quand ce n'était pas tout le bras. Alors Aaron faisait ce qu'il voulait de sa journée, jusqu'à ce qu'on l'appelle pour qu'il vienne aider, ce qui arrivait rarement. Le patron commença à s'attacher à cette petite boule d'énergie vivante qu'était le garçon ; et puis il ne lui coutait presque rien puisqu'il dormait au fond du hangar près de la grande cheminée, alors pourquoi le virer ? Et il y avait Manech .

Manech, le premier ami d'Aaron. Il l'avait rencontré peu après son arrivée et l'avait presque aussitôt prit pour modèle. Grand, brun, un peu maigrichon, toujours un air narquois au visage et une pomme à la main, il irradiait d'assurance et d'insolence, comme ceux qui ont toujours vécut dans un coin, le connaissent comme leur poche et se sentent maîtres de leur territoire. Sans oublier qu'il s'intéressa vite au garçon qui faisait tout pour se faire voir de lui. Amusé, il l'avait prit sous son aile et lui avait apprit tout ce qu'il savait. Comment avoir toujours réponse à tout, comment voler son repas au nez et à la barbe des marchands qui exposaient leur produit sur des étales, exaspérer les adultes sans se faire punir, siffler le plus fort possible avec ses doigts, grimper partout sans que rien ne puisse l'arrêter, se battre, mentir comme un arracheur de dent en souriant comme un ange pendant qu'il embobinait sa victime et tout ce genre de choses qu'un gamin aime faire lorsqu'il est petit. Peu à peu, son caractère se forgea ainsi que son corps, au rythme de ses escapades avec Manech. Et le mieux dans tout ça, c'est que son ami avait lui aussi un secret, lui aussi une moitié. Un daëmon. Une martre bizarrement dotée de cornes appelée Gwin, plus maligne qu'un renard et plus voleuse qu'une pie. Gaïa l'avait tout de suite aimée et c'était réciproque. A cette époque le daëmon de Aaron s'amusait à devenir elle aussi une martre et elles se couraient après dans le tas de bois de l'ébénisterie à grands renforts de cris et d'éclats de rires. Non sans énerver copieusement le patron qui était un humain normal et ne comprenait pas comment les deux garçons avaient réussi à apprivoiser deux animaux sauvages, surtout des martres ! Manech avait un an de plus qu'Aaron, mais il en paraissait beaucoup plus. Mur avant l'âge, comme le deviendrait probablement l'autre garçon. La Flèche qu'on l'appelait, pour sa rapidité et sa langue plus piquante que l'objet qui faisait son surnom. Et peut être aussi pour la pomme qu'il avait toujours à la main, Guillaume Tell oblige. Aaron quant à lui, s'était retrouvé affublé du nom de famille du chef des enfants perdus, peut être à cause de son passé assez semblable à celui de Peter. Plus tard, le pseudo qu'emploierait une amie sur le net le ferait sourire en se rappelant cette époque.

    « Allez ramène toi Pan, on va aller rendre visite à ce cher Damilvany. »


Un sourire carnassier étira les traits du garçon tandis que Manech lui renvoyait le même air complice. Ce cher Damilvany. Gaïa gloussa bêtement et d'un bond son humain se propulsa au dessus de la table sur laquelle il travaillait une poutre rebelle. Le travail attendrait, M'sieur Simoni ne lui en voudrait pas. Aaron atterrit souplement sur ses deux jambes, se releva vivement et emboita le pas à son ami en lui décochant une bourrade dans le dos. Il était loin le temps ou il était béat d'admiration devant La Flèche, trois ans s'étaient passé et maintenant ils étaient juste meilleurs amis. Ils se connaissaient sur le bout des doigts. Non pas leur passé, ça ils l'avaient laissé de côté, mais leur mode de pensée était le même, ils n'avaient plus besoin de se concerter pour répondre de la même façon. Grands et bien bâtis pour leur âge, ils en paraissaient 16 au lieu de 14. Manech rit aux éclats et rendit sa claque à son ami. Un sourire aux lèvres, Aaron leva le poing en faisant mine de le frapper et la Flèche réagit immédiatement. Il repoussa le bras de son « agresseur » et dans le même geste fit tourner son buste pour passer ses jambes sous celles d'Aaron pour faucher celles ci. Le jeune homme bondit, esquiva le coup de son ami et de son autre main il vint donner un petit coup sur le front de Manech avec sa paume. Pas pour le frapper, juste pour lui dire qu'il l'avait eu. Il bondit en arrière, une lueur provocatrice dans le regard il se passa la langue sur ses dents. Légèrement penché en avant il fit signe au garçon de venir s'il l'osait. Gwin éclata de rire devant l'air béat de son humain. Aaron avait progressé, tellement qu'il dépassait maintenant son propre maître. Retenant un sourire, Manech se passa la main dans les cheveux en baillant.

    « Ouais t'as raison, tu dois être fatigué c'était trop facile. » railla l'autre en se redressant.


La Flèche le regarda narquoisement, sortit de sa poche une belle pomme rouge et la fit sauter dans sa main sans lâcher Aaron du regard. Celui ci s'esclaffa et revint vers son ami qui croqua férocement dans le fruit en le fixant. J'te bouffe quand tu veux mon gars. Et ils repartirent comme si de rien était vers la boutique de Damilvany, un vieux vendeur de vêtements qu'ils s'amusaient à embobiner pour de temps à autre pouvoir lui prendre un jean ou un T-Shirt sans qu'il ne s'en aperçoive. Des voleurs ! Avait dit Simoni quand il s'était rendu compte de leur manège. Mais si il avait retenu un sourire ses yeux eux brillaient, hilares. Ils lui rappelaient sa propre enfance. La Flèche et Pan, un sacré duo que ces deux là ! Mais ça ne pouvait pas durer. Rien de ce qui était arrivé de bien dans la vie d'Aaron n'avait duré longtemps.

    « Je m'en vais. » déclara simplement Manech un beau matin où, assis sur des troncs grossièrement travaillés, ils mangeaient chacun une des pommes qu'aimait tant le jeune homme. A présent ils avaient chacun 16 ans.
    « Pour combien de temps ? » demanda Aaron en fronçant les sourcils.
    « Longtemps. » éluda la Flèche, et devant le regard interrogatif de son ami il continua. « Pour toujours. Je pars sur le continent, un gars que je connais m'a trouvé un job qui paie bien. »
    « Ah. »


Aaron baissa les yeux en serrant les mâchoires. Il respirait calmement, il avait apprit à ne pas montrer ses émotions, surtout avec Manech. Il fallait être dur. Dur et fort.

    « Alors bon vent camarade. » déclara-t-il en sautant de leur perchoir.


Il lança le trognon de pomme qu'il avait à la main dans un grand bac situé à plusieurs mètres de là, ne le regarda pas atterrir au bon endroit. Sa respiration devint plus forte tandis qu'il s'éloignait de son ami. Il ne voulait pas d'adieux larmoyants desquels il aurait plus de mal à se remettre plutôt qu'une séparation brutale et nette. La voix de La Flèche retentit derrière lui, l'appelant par son prénom, proche, presque suppliante. Aaron s'arrêta en fixant les deux grandes portes du hangar où on stockait le bois.

    « Hey ! Tu crois pas pouvoir t'en aller comme ça sans rien dire d'autre que bon vent ! » lui reprocha Manech qui se tenait deux pas derrière lui.
    « Et qu'est ce que tu voudrais que je dise d'autre ?! Hein ?! Vas-y dis moi, qu'est ce que tu veux entendre ? Amuses toi bien ? Gagne du fric et fais la ta putain de baraque au bord de la mer ! » cria Aaron en se retournant, crachant sa dernière phrase comme du venin. Le garçon encaissa, se tut un instant et répondit.
    « Je sais que c'était tous les deux qu'on voulait la faire mais … »
    « C'est ça, cherche toi des excuses. Depuis le début tu prévois ça. « Tu verras on va y arriver Pan ! » Que dalle ouais ! » sentant les mots s'étrangler dans sa gorge il se tut en serrant les dents et en foudroyant Manech du regard. Il recula d'un pas, décidé à se barrer en courant dans la seconde qui suivait.
    « Aaron ! Non, laisse moi parler bordel ! » dit il en attrapant le col de son ami pour qu'il ne puisse pas s'en aller. « Je peux pas rester ici, la police me cherche. Nan fais pas cette tête là, si c'était pas si grave tu sais que je resterais ici. Mais là j'peux pas. J'ai rien fais mais … » il secoua le jeune homme pour l'empêcher de répliquer. « Non ça sert à rien de leur dire que je n'y suis pour rien, ça fait trop longtemps qu'ils crèvent d'envie de me foutre au trou. »


Aaron grimaça. Ce que disait Manech avait l'air malheureusement trop véridique. Et la façon dont il le regardait et le ton de sa voix prouvaient qu'il ne mentait pas. Il le connaissait trop bien pour en douter. Il baissa les yeux en serrant les mâchoires. Sa main était montée automatiquement quand son ami avait saisit son col et il avait entouré son poignet de ses doigts pour qu'il le lâche. Maintenant il se contentait de l'enserrer sans tenter de le faire reculer. Tout aurait été si facile si il avait put maudire Manech de son égoïsme, mais là il ne pouvait plus. La peine balaya la colère qui l'avait envahit et sa respiration devint plus sourde. Le souffle chaud de son ami lui réchauffait le visage car ils étaient à seulement quelques centimètres l'un de l'autre. Aaron reculé, comme s'il tentait d'échapper à la poigne du garçon, Manech avancé pour que l'autre ne puisse pas faire autrement que l'écouter. Cœur qui bat plus vite, terrible vérité. Gaïa sous sa forme de martre vint se frotter contre Gwin le cœur lourd. Les deux yeux gris bleus du jeune homme remontèrent progressivement le long du corps de son ami pour venir se planter dans ceux de La Flèche. Incapable de se maitriser, Aaron passa ses bras autour de Manech en le serrant fort contre lui, oubliant le masque de dur qu'ils s'étaient forgés pour survivre dans la rue. Les yeux grands ouverts, une main sur la nuque de son ami, le jeune homme expira longuement.

    « Tu va me manquer vieux frère. » murmura-t-il d'une voix rauque, incapable de tenir sa voix si il avait parlé plus fort.


Manech fit une moue désapprobatrice, les accolades c'était pas son truc. Mais il serra à son tour Aaron dans ses bras, une dernière fois. Un petit sourire amusé aux lèvres il recula, dardant son ami de son regard éternellement narquois et provocateur quoique un peu plus triste que d'habitude. Il effleura le visage du garçon le poing serré, comme si il lui donnait un petit coup de poing au ralentit. Ça eu le don d'agacer Aaron qui ne pu pourtant retenir un sourire en reculant rapidement la tête pour esquiver. Plus grand que lui de quelques centimètres, la Flèche hocha la tête, satisfait. Il tendit un bras vers le sol et Gwin, après avoir cajolé Gaïa, se mit à courir dans sa direction, bondit sur son bras et vint s'enrouler autour du cou de son humain. Il prit un sac posé contre le mur sale de l'atelier et se dirigea vers le tas de bois, projetant surement de sauter par dessus pour arriver directement sur la grande rue. Il grimpa agilement sur un tronc puis sur un autre, se retourna pour regarder une dernière fois Aaron. Saluant comme un marin il porta ses doigts à sa tempe et fit mine de les envoyer vers son ami puis il fit un clin d'œil au jeune homme. Celui ci ne put retenir un petit rire triste et lui rendit son salut. Un sourire rayonnant d'assurance et d'insolence aux lèvres, Manech bondit par dessus le mur en s'appuyant d'un main dessus, disparu, laissant Aaron et Gaïa seuls au milieu de la cour. Le daëmon se transforma en un petit oiseau coloré.

Plus jamais elle ne serait martre.
Et plus jamais il ne serait Pan.


Aaron releva la tête, prit un torchon qui pendait dans le vide sur le dossier d'une chaise, s'en couvrit la main et descendit. Une nouvelle journée l'attendait, et il se devait de l'affronter, comme il le faisait tous les jours. Tous les jours, autrefois avec Manech.
  
MessageDim 1 Aoû - 17:31
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 6393Nombre de RP : 339Âge réel : 23Copyright : avatar Aki ♥Avatar daëmon : every colors in the air
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Tempest in a Bottle
SÉISME


Affalé sur le comptoir, Aaron somnolait. Décidément les jours où il n'y avait pas un seul client étaient terriblement ennuyeux. Ça faisait des heures qu'il luttait contre le sommeil, soupirant souvent. Clyde était parti faire les courses et lui avait demandé de ne pas quitter la salle comme il aurait normalement pu le faire puisqu'il n'y avait personne. Si le géant avait besoin de lui il envoyait Cal chercher le jeune homme. Ce chat était très malin et savait toujours où le trouver. De toute façon il n'allait jamais loin car il n'y avait rien à faire dans cette ville. Étouffant son cinquième bâillement de la minute, Aaron laissa sa tête tomber dans ses bras croisés et ferma les yeux. Qu'est ce qu'il pouvait être fatigué ! Et qu'est ce qu'il ne donnerait pas pour un peu d'action. Son esprit divagua légèrement vers Alice qu'il n'avait pas revu depuis son pétage de plombs d'il y avait deux jours. Grimaçant, il se dit que la pauvre fille devait lui en vouloir à mort. Bah, elle n'avait qu'à pas l'espionner quand il dormait aussi ! On se demandait de qui elle avait hérité de ces mauvaises manières. L'image de Clyde passant sa tête dans l'encadrement de la porte d'Aaron pour voir si il allait bien le fit sourire. Ouais, ça venait probablement de là. Gaïa avait attendu avec son humain, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus tenir en place et qu'elle sorte en grommelant que ce n'était pas normal de laisser en plan quelqu'un comme ça, en disant qu'on revenait dans une petite heure et qu'en fait quatre heures plus tard on ne pointait pas le bout de son nez. Hum, Clyde devait avoir les oreilles qui sifflaient. En soupirant encore un fois, le jeune homme engloba la salle d'un coup d'oeil circulaire. Il n'y avait plus rien à faire, et c'était déprimant. Fermant les yeux à moitié, Aaron se dit qu'il finirait par s'endormir sur ce comptoir et que seule l'aura écrasante du géant le réveillerait. Sa respiration devint plus lente tandis qu'il sombrait doucement dans un sommeil réparateur, ou du moins le plus reposant possible quand on était debout et que pour tout oreiller on n'avait que ses deux bras.

Des images furtives traversaient l'esprit du garçon, impalpables souvenirs mélangés d'une façon assez déconcertante. Ainsi Adie se retrouvait coiffée des deux cornes de son daëmon puis se transformait en cette chèvre sans que ça ne le choque, comme si c'était tout à fait normal. Dans le monde des rêves tout était possible. D'un pas gracieux Clyde arriva et entraina la chèvre-Adie dans une danse endiablée, un foxtrot ou quelque chose du genre. Se fendant d'une révérence princière, l'animal regarda dans la direction d'Aaron et elle se mit à évoluer. Un grand sourire carnassier aux lèvres, ses yeux devenant de plus en plus rouges, la chèvre se releva sur ses pattes arrière et sa robe blanche se mit à brûler, sans qu'elle n'hurle de douleur et de peur. Elle n'avait pas peur, puisque c'était sa véritable nature qui se montrait au grand jour. Tandis que le diable en personne s'approchait de Aaron en riant joyeusement, le sol se mit à gronder et une faille s'ouvrit aux pieds du garçon. De nombreux démons apparurent et se mirent à danser autour de lui, et le rire devenait de plus en plus fort en prenant des accents mauvais. Un cri terrifié rebondissait sur les parois de la grotte qui avait remplacé la salle de l'auberge de Clyde. La roche se teintait de rouge et l'air lui même devenait plus lourd, condensé, noircit par la fumée qui suintait de l'immense plaie qui barrait le sol de la grotte. Le cri devenait de plus en plus fort.
Plein de souffrance, de haine, de peur et d'horreur.
Et en tombant dans la noirceur des abysses sur lesquelles s'ouvrait la faille, Aaron se rendit compte que c'était de sa gorge que le cri montait. Happé par l'inconnu, le jeune homme mit ses mains devant lui, comme pour écarter tout obstacle qu'il rencontrerait. Il leva les yeux une dernière fois, et la seule image qu'il emporta avec lui fut le visage du diable. Du diable qui changea une ultime fois de forme. De longs cheveux blonds, un sourire narquois et provocateur aux lèvres, une beauté sauvage et insaisissable. Katey.

Aaron ouvrit brutalement les yeux, le souffle court et le coeur battant. Un rêve. Ce n'était qu'un rêve. Il se frotta vigoureusement le visage en se maudissant d'avoir l'esprit si imaginatif quand il ne le fallait justement pas. Il secoua la tête énergiquement et s'obligea à passer à autre chose. Ou du moins à essayer. Mais le rire résonnait toujours dans son esprit, impossible à effacer. La porte s'ouvrit sur une petite musique qui prévenait le gérant qu'un nouveau client arrivait. Heureux de pouvoir se concentrer sur autre chose, Aaron vissa son regard sur l'entrée et reconnu le pas lourd de Clyde qui revenait de ses courses. Le géant entra dans la salle, un sourire aussi immense que lui aux lèvres. Très fier de lui, il revenait d'une chasse au mobilier ancien dans une vieille brocante où il avait déniché une petite table qui allait parfaitement avec l'ambiance médiévale de son auberge. Celle ci l'attendait sagement dans sa camionnette et il était venu chercher le jeune homme pour qu'il l'aide à la débarrasser. Pas le moins du monde gêné d'avoir laissé Aaron en plan pendant plus de quatre heures, il tourna la tête vers lui en souriant. Sourire qui s'effaça rapidement quand il se rendit compte de la tête que faisait son petit protégé. Voyant cela, le jeune homme comprit qu'il devait avoir toujours les traits tirés par l'horreur. Pour brouiller les pistes il s'empêcha de bailler en mettant sa main devant sa bouche et en profita pour la passer sur sa peau. Il secoua la tête et réussit à envoyer un petit sourire à Clyde, mettant celui ci dans l'incapacité de savoir si il allait mal ou s'il était juste un peu fatigué. Aaron passa ses mains derrière son dos, les joignit et s'étira en agrandissant son sourire. Soulagé, le géant lui répondit de la même façon et lui fit signe de le suivre en disant qu'il avait trouvé une merveille. Et sur ces mots il se retourna en sifflotant et franchit le pas de la porte sans attendre le jeune homme. Une fois qu'il eut disparu Aaron lâcha ses deux mains et ferma les yeux en soupirant. C'était pas passé loin. Il eut une petite pensée pour Manech, le remercia silencieusement pour ces heures passées à mentir effrontément jusqu'à devenir maîtres dans l'art de faire croire. Mine de rien, cette manœuvre avait chassé les derniers restes du cauchemar de l'esprit du jeune homme et son sourire devint vrai. Tout à fait réveillé à présent, il s'appuya d'un coup sur le comptoir, détendit ses bras et grâce à cette poussée bondit agilement par dessus le bar. Il atterrit souplement de l'autre côté et emboîta le pas à Clyde. Gaïa voletait dans l'encadrement de la porte d'entrée et l'avait vu sauter. Un rire amusé l'entoura.

    « On ne t'as jamais apprit à faire le tour simplement ? Comme tout le monde quoi. »
    « Pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué ? » répliqua son humain.
    « Insolent... » remarqua l'oiseau en riant aux éclats.
    « … et beau garçon avec ça ! » compléta Aaron d'un ton provocateur.
    « Et modeste aussi... » répondit du tac au tac le daëmon.


Le jeune homme leva les yeux au ciel en secouant la tête et un petit rire s'échappa de ses lèvres. On ne change pas une équipe qui gagne.
Les bras croisés et la tête penchée sur le côté, Clyde réfléchissait. Plutôt là ou là ? Il n'arrivait pas à se décider et ça faisait à présent une demi heure qu'il déplaçait la petite table d'un coin à l'autre de la pièce sous le regard amusé d'Aaron. Une vraie petite ménagère! Toujours prête, Gaïa lui décocha un regard provocateur. Ça sent le mauvais coup ça...

    * Hey Cal ! Tu sais que d'après mon humain, le tien ressemble à une petite ménagère ? *


Aaron manqua de s'étrangler. Ou de l'étranger elle, au choix. Sale traître. Empêchant un sourire meurtrier d'apparaitre sur son visage, le jeune homme se mordit les lèvres en fermant les yeux, sentant ceux de Clyde se poser sur lui. Évidemment il avait l'esprit ouvert et avait entendu la remarque de Gaïa à travers celui de Calmirië. Comme si de rien était, le garçon leva une main et se gratta le coin de l'œil nonchalamment. Moi ? Avoir fait une remarque ? Jamais (aa). Il regarda ensuite ses ongles comme si il se disait qu'il fallait sérieusement s'en occuper. Le géant soupira en levant les yeux au ciel, pas du tout dupe. Comme si Aaron en avait quelque chose à faire de ses ongles. Hilare, Gaïa manqua de tomber de la chaise où elle s'était perchée, et se rattrapa au dernier moment. Son humain ricana et elle le foudroya du regard, douchée.

    * Un problème ? * demanda narquoisement Aaron.


L'oiseau se mit à grommeler sous le regard satisfait du jeune homme. Muhahaha vengeance @____@ ! Clyde coupa cet échange plus ou moins piquant en toussant. Les yeux bleus-gris du garçon virent se poser sur son hôte. Il toussait de plus en plus ces derniers temps, il l'avait remarqué, même si ça ne faisait que deux semaines qu'il connaissait le géant il avait l'impression que ce n'étaient pas 15 jours qui s'étaient passés, mais des années et qu'il savait tout de Clyde Owen et de son monde. Sa crise ne dura qu'une minute, et quand il réussit à s'arrêter le géant grimaça, sentant le regard d'Aaron dans son dos.

    « Trouves moi une place pour cette table au lieu de me dévisager comme ça. » grommela-t-il, ne supportant pas la pitié et l'inquiétude qu'il lisait dans les yeux du garçon. « J'ai plus de trois fois ton âge et j'ai connu assez de choses pour ne pas mériter de la part d'un gamin un regard qu'on garde à un chien malade. » cracha-t-il, vexé.


Aaron encaissa sans bouger. Il n'avait jamais vu l'homme s'énerver de la sorte et s'en voulait d'être la cause de cette colère. Un silence gêné s'installa entre eux et le jeune homme parvint enfin à répondre pour chasser ce terrible blanc.

    « A côté de la cheminée ? » proposa-t-il en la désignant du regard.
    « Affreux. » répondit le géant. « Je vais la mettre là. »


Le jeune homme resta impassible mais il souriait intérieurement, soulagé d'avoir réussit à donner à l'homme une manière de le contredire une nouvelle fois pour que cette gêne disparaisse. Gaïa regardait son humain en se disant que, comme d'habitude, il avait réussit à s'en sortir d'une pirouette, même si pour ça il devait passer par une deuxième réplique cinglante de Clyde. L'homme prit la table et alla la poser à l'endroit qu'il avait désigné du doigt. Suivant le fil des pensées de son daëmon, Aaron lui jeta un regard en biais. Regard que l'oiseau accrocha sans honte. C'était vrai. Le jeune homme serra les dents et détourna le regard. Elle avait raison. Le grand sourire qui barrait la face du daëmon du géant dérida légèrement Aaron. Clyde ne lui en voulait déjà plus. Cal lui décocha un clin d'oeil et sauta de l'armoire du haut de laquelle il aimait regarder les clients qui mangeaient tranquillement, récoltant sans que ceux ci ne le sachent tous les commentaires sur la cuisine de son humain, véritable petit micro espion. Quand le géant lui avait expliqué sa technique, Aaron avait éclaté de rire et ne manquait pas de taquiner le chat avec ça. Gaïa encore moins. L'homme se gratta la nuque en embrassant du regard la pièce. Satisfait du résultat il partit d'un pas énergique, comme pour démentir le sentiment de faiblesse qui l'avait habité quand il avait eut sa quinte de toux, et par dessus tout l'horrible regard plein de pitié qu'avait affiché le jeune homme.

La tête penchée sur le côté, tournant le dos à la porte d'entrée, les mains dans les poches, Aaron laissait son regard glisser sur le bois de la table, appréciant les motifs qui étaient gravés à même la matière. Les Douze Travaux d'Hercule. Il avait sans mal reconnu l'hydre de Lerne, le lion de Némée et les écuries d'Augias que le héros avait dut nettoyer, et pour ce faire avait dut détourner un fleuve de son lit tellement elles étaient sales. La Mythologie Grecque. Un frisson délicieux parcourut le corps d'Aaron. Combien de fois avait-il lu et écouté toutes ces histoires qu'il connaissait par coeur et qui le fascinaient quand il était petit. Qui le fascinaient toujours. A l'époque, lorsqu'il avait 8 ans et était cloitré toute la journée dans un orphelinat sombre et peu accueillant, une fille qui avait environ 16 ans et qui s'appelait Marie lui avait raconté toutes ces histoires, prenant ce petit garçon seul et apeuré sous son aile et lui expliquant qu'il devait être aussi courageux que les antiques héros de la Grèce. Il y avait dans le comportement des Dieux de l'Olympe tout ce qu'il fallait être et ne pas être à la fois. La jalousie, la violence, la mort et la trahison comme l'amour, la fidélité et les promesses tenues. Quelle belle leçon à travers ces aventures qui le suivaient jusque dans ses rêves. Il s'était imaginé Persée, Achille et Ulysse, Poséidon et Apollon, dieux de la mer et du soleil, et cela sans fin. Sans s'en rendre compte il avait développé une attirance pour l'aventure et la découverte, les épées plus que les mitraillettes que les garçons de son âge se plaisaient à imiter en ponctuant leur geste d'un bruit ressemblant approximativement aux crachats meurtriers de l'arme à feu. Pour Aaron ça revenait presque à de la faiblesse de tirer lâchement dans le dos de quelqu'un à une distance qui assurait la survie. Lâches. Enlever une vie était tellement moins grave quand on le faisait de loin, certains en venaient même à oublier combien tuer était foncièrement mauvais et terrible. Perdu dans les paysages rayonnants de la Grèce, Aaron manqua presque d'entendre le carillonnement de la porte qui s'ouvrait sur un client potentiel. Un grand sourire agrandit ses traits. Enfin de l'action ! Le jeune homme retira ses mains des poches de son jean et se retourna en souriant au nouveau venu. Sourire qui s'effaça peu à peu quand l'horrible familiarité des traits de l'homme lui sauta aux yeux. Suivie d'une terrible envie de vomir.

Dans sa cuisine, Clyde releva la tête en entendant la sonnerie l'appeler. Enfin du monde ! Il était temps, aujourd'hui il n'avait fait presque aucune recette, juste un client régulier qui était venu prendre son petit déjeuner et était repartit sans dire un mot. Un immense sourire chaleureux aux lèvres il entra dans la salle sans jeter un coup d'oeil à Aaron qui était hors de son champ de vision. Il s'empêcha de grimacer devant l'allure de l'homme qui venait d'entrer, s'encourageant en se disant qu'il ferait peut être quelques bénéfices s'il achetait tout de même quelque chose. L'homme qui était entré était de taille normale, et on voyait les muscles durs qui se cachaient sous ses vêtements. Il ne tenait pas droit, probablement à moitié saoul. La quarantaine, une épaisse tignasse brune sur le crane et des yeux perçants, il regardait Aaron avec surprise. Clyde n'eut pas le temps de se retourner pour savoir ce que le garçon faisait car un grand rire moqueur s'éleva de la gorge de l'inconnu. Il fit un pas en direction du jeune homme en tendant un doigt accusateur devant lui.

    « Pan ! Ah ça si je m'y attendais ! Comme quoi le hasard fait bien les choses... » son ton était devenu légèrement menaçant à la fin de sa phrase, cependant pas assez pour que le géant s'inquiète.


Aaron avait reculé d'un pas, saisit d'horreur devant ce qu'il voyait. Simoni. Gaïa qui voletait tranquillement au dessus de l'auberge entendit les pensées de son humain et se rua vers l'entrée de derrière, espérant ne pas avoir à entrer par la porte principale. C'était impossible! Comment les avait-il retrouvés ?! Un grand rire narquois s'échappa des lèvres de son ancien patron qui le désigna du doigt. Il l'avait reconnu. Les mâchoires serrées et le souffle profond, le jeune homme s'empêchait de s'enfuir en courant. Il serra le poing, s'attendant à ce que Simoni vienne vers lui en essayant de le frapper. Pas cette fois. Il ne le laisserait plus jamais le toucher, maintenant il n'avait rien à envier à la carrure de l'homme, devenu homme lui aussi.

Clyde fronça les sourcils. Pan ? Probablement un surnom qu'on avait donné à Aaron. Mais le ton de l'homme était étrange, on aurait dit qu'il en voulait au jeune homme. Incertain, le géant décida de ne pas relever et jeta un coup d'oeil dans la direction du garçon pour voir comment il réagissait. Il fut surpris de le voir plus sombre que jamais, blême et les poings serrés. D'accord, il y avait quelque chose qui clochait.

    « Vous vous connaissez ? » demanda-t-il à voix haute en s'adressant plus particulièrement à Aaron qui ne lui répondit pas, gardant les yeux fixés sur le nouveau venu.
    « Ouais. J'ai fourni un logement et du travail à ce garçon pendant 6 ans et tout ce que j'ai obtenu en retour c'est qu'il disparaisse du jour au lendemain sans un mot. Je me suis inquiété moi ! » dit il en ponctuant ses mots d'un froncement de sourcil inquiet, sa dernière phrase semblait plus vraie que nature et seul Aaron décerna le mensonge dans le ton de sa voix. « Comme je suis content de voir que tu n'as rien ! » continua-t-il joyeusement.


Clyde regarda le garçon avec désapprobation. Ainsi il avait filé sans demander son reste ? Il n'avait pas l'air méchant cet homme, et il semblait vraiment s'être inquiété pour lui. L'image d'Aaron qui lui faisait le coup lui vint à l'esprit et il eut pitié de cet homme en se mettant à sa place. Il jeta un regard noir au jeune homme et invita courtoisement le nouveau venu en lui demandant son nom et en lui proposant un verre. Simoni, joli nom italien qui lui allait remarquablement bien vu le grand sourire qu'il arborait à présent. Comment résister à ça ? Clyde contourna le bar et vint s'asseoir en face de l'homme en lui servant une bière. Il fit signe à Aaron de venir près d'eux pour qu'il puisse s'expliquer avec son ancien patron qu'il avait lâchement abandonné.
Le jeune homme trembla de rage quand il décerna dans la voix de Simoni ce mensonge odieux. Mensonge qui contamina sans peine Clyde qui lui envoya un regard noir. Non ! Non Clyde il ment ! Mais le géant ne pouvait l'entendre et il ne pouvait parler devant le nouveau venu. Celui ci arborait un sourire ravi aux lèvres et Aaron eut une nouvelle fois envie de vomir. Dès que Clyde ne vit plus l'homme son sourire se transforma en un rictus mauvais qui disparu dès que le géant tourna la tête vers lui. Le regard sombre, le jeune homme ne bougea pas d'un cil à l'ordre que lui envoya son hôte. Jamais ! Comment pouvait il se laisser corrompre de la sorte ! Simoni mentait comme un arracheur de dents et il le sentait jusque dans ses os, comment Clyde ne le voyait-il pas ?!

    « Bah! Laissez, il a toujours été un peu sauvage et asocial, on ne pourra pas le changer en un jour ! » dit Simoni sous le ton de la confidence, tendant le piège devant le géant. Qui s'y précipita sans hésiter tellement le ton de l'homme aspirait à la confiance. C'était impossible qu'il soit dans le faux !
    « A qui le dites vous. » grommela-t-il, surprit de ses propres mots. Aaron lâcha un souffle et ses yeux se troublèrent. Clyde était en train de le trahir.
    « Il avait même réussit à apprivoiser une martre avec l'autre. Comment il s'appelait déjà ton pote ? » il continua dans le même ton et n'attendit pas la réponse de Aaron car il savait qu'elle ne viendrait pas. « La Flèche, ouais c'est ça. Une vraie plaie ce gamin ! Faut croire qu'il a eut une mauvaise influence sur lui. »


Aaron encaissa sans rien dire, serrant le poing à s'en faire blanchir les phalanges. Gaïa entra dans la salle et vint se poser sur l'épaule de son humain. Elle aurait préféré ne pas se montrer devant l'homme mais elle ne pouvait laisser sa moitié seul face à cet enfoiré. Voyant cela Simoni s'esclaffa.

    « Un piaf maintenant. M'étonneras toujours ce gamin. » il prit son verre d'une main et le vida dans sa gorge cul sec. Clyde ne répondit pas, le trouvant de moins en moins sympathique, l'alcool enlevant le charme qu'il gardait autour de lui. « Et il apprivoisait pas que des bestioles en plus ! Faut croire qu'après la disparition de La Flèche, lui aussi il m'a lâché le salaud, les bêtes ne lui suffisaient plus. Il s'est entiché d'une fille. Oh remarque on pourrait aussi dire que c'était une bête à sa façon. Sauvage comme c'est pas permis ! Un de mes amis l'avait elle aussi recueillie et lui avait donné du travail pour qu'elle ne meure pas de faim et de froid. » Aaron se mit à trembler comme une feuille. « Mais une sacré jolie bête. Foutrement bien foutue. » il se perdit dans ses pensées en se passant la langue sur les lèvres comme si la seule image de la jeune fille lui donnait l'eau à la bouche. « Et elle a disparu en même temps que mon ami a du s'en aller dans une autre ville pour les affaires. J'imagine que t'es partit pour la retrouver hein ? »


L'homme se mit à rire à pleine gorge jusqu'à ce que des larmes perlent au coin de ses yeux. Il les essuya et se mit à jouer avec son verre en se passant la langue sur ses lèvres gercées. Il se remit à rire nerveusement comme si il se rappelait une bonne blague qui l'avait fait se tordre en deux. Il braqua ses yeux perçants sur le jeune homme qui tremblait de rage. Ça eut le don de le faire rire plus encore. Sans le lâcher du regard il le désigna du menton comme si c'était juste pour lui ce qu'il allait dire.

    « Qu'est ce que j'aurais pas donné pour voir ta tête quand ils t'ont dit qu'elle était morte ! J'ai pensé que t'aurais assez de cran pour te tuer, faut croire que non. Sais-tu que j'allais régulièrement la voir moi aussi ? Rien que d'y penser, cette Katey... » il fut coupé par le hurlement de colère de Aaron qui fondait sur lui.


Contre le torrent de rage qui dévastait l'esprit de Aaron, Gaïa luttait. Luttait pour empêcher le pire de se produire. Mais quand l'homme se mit à parler de Katey elle sentit qu'elle ne pourrait plus le retenir longtemps. Si elle n'avait été là il se serait jeté sur Simoni dès qu'il avait commencé à parler de Manech. La dernière réplique de son ancien patron lui fit franchir la fine barrière que son daëmon avait peiné à bâtir autour de lui pour l'empêcher de faire une bêtise. Il allait le tuer. Il allait tuer ce bâtard qui salissait la mémoire de la jeune fille rien qu'en prononçant son nom ou en pensant à elle comme il le faisait. Il allait payer pour son soit disant ami, et pour tous les hommes qui avaient fait du mal à Katey. Il se jeta sur Simoni, prêt à le détruire. Et il y serait arrivé si Clyde ne s'était pas mit sur sa route en criant lui aussi. Voyant que le garçon risquerait de le faire tomber par terre à l'impact il frappa, atteint la joue d'Aaron qui tomba à terre, sonné. Le souffle court, le jeune homme sentait le coup résonner dans sa tête et sa joue le lançait terriblement. Mais ce n'était pas le pire. Clyde l'avait trahit. Toute énergie enlevée par le poing du géant, il resta à terre. Et se mit à trembler. Tous ses muscles se contractaient en même temps et des spasmes traversaient son corps. Quelque part au fond de lui quelque chose montait, gagnait du terrain, se réveillait enfin après tant d'années passées à attendre le bon moment pour sortir et se décupler pour tout détruire autour de son hôte. Ravie, la force cachée déployait ses ailes, jouant de sa nouvelle liberté dans l'âme même d'Aaron. Enfin elle pouvait faire comme elle voulait ! Il voulait une vengeance, tuer ces deux hommes, elle était là pour ça. Et comme un Phœnix elle se mit à faire flamber ses ailes, véritable boule d'énergie et de pouvoir que rien ne pourrait arrêter depuis que les chaines qui l'entravaient avaient été brisées. Grisée par l'irrésistible vent de délivrance qui l'entourait elle déploya son aura destructrice. D'abord dans l'âme même de son maître, puis en dehors. Simoni couina et s'enfuit sans demander son reste. La terre se mit à trembler. Pouvoir.

    « Aaron, arrêtes ! Ne la laisse pas sortir ! » cria Clyde en saisissant les épaules du garçon. Le grondement du sol lui répondit, véritable rugissement qui couvrit sa voix.


Une violente secousse le repoussa et il tomba en arrière, épouvanté. Qu'avait-il fait ?! Il aurait dut en parler au jeune homme ! Il l'avait tout de suite vu chez lui, cette aura cachée au plus profond de son être, aura que Aaron avait repoussé au plus loin sans s'en rendre compte. Son existence passée à se contrôler pour continuer à vivre l'avait enfouie toujours plus loin, jusqu'à ce que Clyde la fasse remonter en surface, pour la plus grande joie de la puissance qui se régalait à présent de toute l'énergie accumulée en 18 ans d'emprisonnement. Si Adie guérissait, lui savait tout de suite quel pouvoir était caché dans chaque personne qui avait un daëmon. Et celui du jeune homme l'avait effrayé. Si bien qu'il avait décidé de ne pas lui en parler, de peur de le réveiller et de faire plus de mal que de bien. Quelle terrible erreur ! Maintenant c'était peut être trop tard, et Aaron allait sans le savoir détruire le quartier, voire la ville toute entière.

    « Gaïa aide le ! » cria le géant.


Le daëmon était comme figé, incapable de s'approcher comme de reculer. La violence du Phœnix balayait tout sur son passage et elle tentait tant bien que mal de rester consciente. Sur le sol, son humain arqua le dos en criant. Sa voix fut couverte par le rugissement de la terre qui se mettait à bouger sous l'ordre de l'oiseau de feu qui s'était réveillé. Entendant l'injonction de Clyde elle revint à elle un instant et essaya d'entrer dans l'esprit de Aaron. Fut rejetée aussi sec par le pouvoir qui voulait jouir seul de la liberté que lui conférait à présent l'esprit vide de son hôte. Si le jeune homme gardait les yeux ouverts, ceux ci n'étaient plus du bleu-gris habituel mais d'un noir sombre. Sombre comme ceux du Phœnix. Gaïa tenta une nouvelle fois de franchir la barrière de feu qu'érigeait l'entité, réussit à passer. Elle se trouvait à présent dans une tempête de flammes qui tourbillonnaient en feulant autour d'elle. Elle crut qu'elle allait se consumer dans cet enfer, appela mentalement son humain et n'entendit aucune réponse. Le daëmon voulu se retirer, n'y parvint pas. Le Phœnix la retenait entre ses serres qui lui brûlèrent les plumes. Gaïa hurla et ferma les yeux. S'en était fini d'eux.

Le cri de l'oiseau résonna longtemps dans la tête d'Aaron qui revint à lui. Et par la même occasion fit perdre de sa puissance au Phœnix qui commença à se consumer pour devenir de plus en plus petit. Une voix guidait le jeune homme et il sut que faire. Il continua de chasser le pouvoir, le faisant refluer jusqu'à ce qu'il regagne sa cage qu'il referma en tremblant de fatigue. La lutte n'avait pas duré plus de quelques secondes mais il avait l'impression d'avoir passé des heures à repousser les flammes brûlantes de l'entité jusqu'à l'acculer et réussir à l'entraver solidement. Ses yeux redevinrent gris et Aaron chercha Gaïa du regard, haletant. Le daëmon se jeta sur lui et vint se blottir contre son cou en pleurant. Le jeune homme trouva la force de poser sa main doucement sur les plumes de sa moitié et se laissa retomber lourdement sur le sol. Le monde tournait autour de lui. Une silhouette vint se pencher au dessus de lui et il reconnu Clyde. Il voulu lui dire de se barrer mais n'en trouva pas la force. Il ne voulait pas d'un ennemi, il voulait quelqu'un en qui il pourrait avoir assez confiance pour se laisser aller et récupérer. Mais une petite voix dans sa tête lui disait que Clyde s'était interposé entre Simoni et lui et que tout était de sa faute.

    « Traître... » lâcha Aaron d'une voix rauque.


Le géant soupira et resta sans bouger un instant. Il avait raison, entièrement raison. Il chercha du regard le canapé et passa ses bras sous le jeune homme pour le porter jusqu'à là bas, ignorant totalement Aaron qui lui disait de le lâcher. Il le déposa sur le fauteuil et repartit sans dire un mot. Ce qui ne fut pas le cas de son daëmon qui monta sur le dossier et planta son regard mordoré dans celui du jeune homme qui déglutit tellement le chat avait l'air furieux. Il eut un mouvement de recul, terrifié par ce qu'il voyait de nouveau dans les deux pupilles dilatées du daëmon. Comme la dernière fois des images apparaissaient, fugaces et impalpables, toutes emplies de colère et de rage. Aaron tenta de se redresser sur un bras et de reculer, il se décala d'une dizaine de centimètres mais le chat ne rompit pas le contact, et lui même était dans l'incapacité de le faire.

    « Écoutes moi bien mon garçon. » commença le daëmon d'un ton menaçant. Comme si Aaron avait eut le choix. « Avant de dire des bêtises qui peuvent blesser les gens on tourne sept fois sa langue dans sa bouche. Et quand on a pas plus de cervelle qu'un moineau on se tait également ! » Cal feula, de plus en plus énervé. « Tu aurais fais quoi jeune abrutit ? Tu te serais jeté sur lui en espérant t'en sortir sans trop de casse et probablement en te disant que Clyde et Adie seraient là pour te réparer et se débrouiller avec les ennuis que tu aurais créé ?! »
    « Non. » grogna Aaron en essayant de se défendre. Le daëmon ne lui en laissa pas le temps.
    « Non tu n'y as même pas réfléchit ! Parce que comme un crétin tu laisse parler tes émotions avant ton esprit sans te soucier des conséquences. Un de ces jours tu seras seul, et ce jour ou tu perdra le contrôle tu mourras. »


Et sur cette terrible prophétie le chat sauta du fauteuil et disparut dans les escaliers, laissant un Aaron pantelant, hésitant entre la peur et la rage. Il ne choisit pas, se laissa retomber et s'endormit. Clyde passa la tête dans l'encadrement de la porte de la cuisine et regarda le garçon en soupirant. Il devrait essayer de se rattraper. Pourquoi ne pas l'aider à se contrôler ? Il haussa les épaules et retourna à ses fourneaux en réfléchissant aux paroles de Calmirië. Comment de tels mots pouvaient sortir de la bouche d'un simple chat ? A des moments Cal faisait vraiment Oracle. Sans parler de ses yeux et de ce qu'il pouvait faire voir aux humains.
  
MessageDim 1 Aoû - 17:32
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 6393Nombre de RP : 339Âge réel : 23Copyright : avatar Aki ♥Avatar daëmon : every colors in the air
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Les yeux rivés sur la petite télévision qu'il avait fait acheter à Clyde, Aaron suivait d'une oreille distraite les informations. Et même si son regard ne lâchait pas l'écran il avait à peine conscience de ce qu'il voyait, perdu dans ses pensées. Les images bougeaient, incohérentes, et ça l'aidait à réfléchir. Dans le calme généralement il n'y arrivait pas. Pouvoir se focaliser sur une chose un instant, même si c'est bruyant, puis au fur et à mesure n'entendre plus que ça, ne voir plus que ça, jusqu'à ce que cela même disparaisse et qu'on puisse partir dans ses pensées sans que rien ne nous dérange. Ça c'était parfait. Pourtant quand le journaliste annonça d'une voix lointaine que de vieux immeubles allaient bientôt être détruits, l'attention du jeune homme se porta sur le visage professionnel et il revint à la réalité. Le reporter continua sur sa lancée, expliquant que les bâtiments étaient insalubres et que de nouveaux logements seraient construits à leur place. Seulement cela faisait des mois que les autorités prévoyaient de les détruire, mais les négociations n'avançaient pas et les habitants en avaient assez d'attendre. Certains avaient été déplacés en attendant les nouveaux appartements qui ne venaient toujours pas et en avaient assez de vivre dans de vieilles caravanes que l'état leur avait fournit.

    « Ils ne les détruiront jamais. Ou alors ça prendra des siècles et des siècles. Ça leur coûterait trop cher. » déclara une voix grave et désillusionnée.


Surprit, Aaron tourna vivement la tête et se rendit compte que Clyde l'avait rejoint, appuyé nonchalamment contre le battant de la porte de la cuisine. Ouvrant de grands yeux étonnés, le jeune homme fixa son hôte comme si il était une bête de foire. Le vieil homme fit mine de ne pas le regarder mais le sourire satisfait qui apparut sur son visage montrait qu'il savait parfaitement que le garçon le fixait avec insistance. Et pour compléter la totale incompréhension de Aaron il se retourna et partit dans la grande salle, le parquet grinçant sous ses pas lourds. Décidément, jamais il ne réussirait à le cerner ! Comment avait il put venir jusqu'ici, plus silencieux qu'un faucon en plein vol, alors que quand il s'en était retourné on aurait dit que toute sa famille le suivait ? Soupirant en se frottant l'arrière de la tête, le jeune homme se dit que jamais il ne réussirait à cerner totalement Clyde. Il passa à autre chose, sachant parfaitement que même si il passait des heures à essayer de comprendre quel jeu jouait le tavernier il ne trouverait jamais. Il avait déjà tenté de le faire. Son attention se reporta alors sur l'écran dans lequel une foule grondait, brandissant des panneaux comme des fourches en désignant le patron d'une grande entreprise qui se tenait devant eux, tentant de leur expliquer les raisons de leur attente pour voir ces immeubles enfin détruits.

Une idée traversa subitement l'esprit d'Aaron. Il pouvait le faire lui ! Avec son pouvoir rien n'était plus simple. Un petit tremblement de terre à l'endroit où il le fallait et les bâtiments s'effondreraient sans l'ombre d'un doute et sans que personne ne puisse empêcher cela. Une étincelle de malice traversa les yeux bleus-gris du garçon tandis qu'un sourire victorieux commençait à se dessiner sur ses lèvres. Il jeta un coup d'œil à droite, cherchant l'approbation de son daëmon qui était perchée sur une vieille armoire. Gaïa n'ouvrit pas la bouche, cherchant à voir si il y avait quelque chose qui pourrait empêcher son humain de faire ça. Après tout il avait raison, et si c'était pour la bonne cause pourquoi pas ! Il devait en être capable, Clyde lui avait apprit à se servir de son pouvoir, et avant tout à le contrôler. Ou du moins il le croyait dur comme fer. Pour Aaron c'était fini, le Phœnix était devenu aussi doux qu'un agneau et faisait tout ce qu'il lui demandait. Il était devenu totalement maître de son pouvoir. Si tu savais.

    « N'y pense même pas ! »


Aaron fit un bon sur sa chaise et atterrit sur ses pieds, les mains en avant pour se défendre en un réflexe purement Manechien. Le cœur battant il se rendit compte que c'était seulement Clyde qui était revenu, toujours aussi silencieux lorsqu'il le voulait. Ses épaules se relâchèrent et tout son corps fit de même.

    « Clyde ! Vous m'avez surpris, comment arrivez-vous à faire ça ? » lui reprocha le jeune homme.
    « N'y pense même pas, tu as compris ? » continua le géant en ignorant sa question.
    « À quoi ? Qu'est ce que - »
    « A utiliser ton pouvoir pour détruire ces tours ! »


La voix de Clyde claqua dans les airs comme un fouet. Douché, Aaron ouvrit la bouche pour répondre quelque chose mais il n'y parvint pas. Une seule question prenait à présent tout la place dans son esprit: Comment Clyde avait-il put deviner si facilement ce qu'il pensait ? Voyant l'air ahurit de son jeune protégé, le géant soupira, agacé, et fit un pas vers lui en tendant l'index d'un air accusateur. Aaron fronça les sourcil en fixant le doigt et recula en même temps que l'homme, tout à coup sur la défensive. Tout son corps se tendit comme un arc et il serra les mâchoires en vissant son regard gris dans le bleu électrique des yeux de Clyde. Il n'aimait pas qu'il emploie ce ton avec lui. Trop de fois on l'avait fait sans qu'il ne puisse rien dire, à présent rien ne l'obligerait plus jamais à supporter ça sans broncher. Se rendant compte que son jeune protégé se braquait de la sorte, l'homme grimaça et abaissa son doigt en soupirant. Le garçon ne se détendit pas pour autant et garda cet air fermé au visage. Toujours perchée sur le rebord de l'armoire, Gaïa ne savait que faire. Elle décida de se contenter de rester spectatrice, mais si Clyde recommençait elle n'hésiterait pas à venir se joindre à son humain pour le défendre. Dardant le géant d'un regard noir, Aaron ne déserra pas les dents, refusant à la question qui lui brûlait les lèvres de sortir. Hésitant entre la colère et laisser tomber, Clyde se passa la main sur le visage, choisit la deuxième option. Il recommença à parler, et si son ton n'avait plus rien de menaçant il était toujours légèrement énervé. Il n'arrivait pas à comprendre comment le garçon pouvait penser de la sorte, aussi simplement et naïvement. Comme si il arrivait vraiment à gérer son pouvoir ! Grotesque.

    « Écoute mon garçon. Tu crois peut être avoir dompté ton pouvoir ? » il leva les yeux pour croiser ceux de Aaron et secoua la tête quand une lueur de défi parcourut ceux du jeune homme. « Et bien tu te trompe du tout au tout. » il fit une petite pause, désolé d'avoir du détruire les illusions du jeune imprudent pour le remettre sur le droit chemin. Son ton devint plus doux. « Aaron. Ça fait à peine deux mois que tu l'as découvert, et il est terriblement puissant. Si ce n'était que ça ! Il se trouve qu'en plus il y a une part de ce pouvoir qui a la capacité de penser, de se contrôler par elle même. Et malheureusement elle n'est pas prête à se laisser mettre en cage sans se battre pour avoir sa part du gâteau. »


Aaron grimaça. Il le connaissait par cœur ce discours ! Il savait bien que le Phoenix était un être à part entière et qu'il ne rêvait que d'une chose c'était de s'envoler, libre, vivre de ses propres ailes et assouvir ses terribles desseins. Tout ça il le savait. Il n'était pas bête, contrairement à ce que Clyde pensait. Seulement il avait réussit à enchainer la créature, et rien ne viendrait faire branler cette conviction. L'entendant penser de la sorte, Gaïa s'agita sur son meuble. Contrairement à son humain elle n'était pas si sure que l'entité était enfermée à jamais. Ça avait été trop facile. Beaucoup trop facile. En deux mois à peine Aaron arrivait à gérer la Terre comme il le voulait, s'entrainant dans un vieux terrain vague un peu à l'écart de la ville. Et si le Phoenix avait fait mine de l'en empêcher il avait réussit sans trop de mal à l'enrayer et l'entité s'était tue, comme douchée devant son maître. Si jamais tout ça n'avait été qu'une terrible comédie, et que le pouvoir pouvait à tout moment reprendre le contrôle d'Aaron ça pouvait tourner au drame. Cette simple pensée fit frissonner l'oiseau qui coupa un instant son esprit de celui de son humain pour ne pas qu'il entende son raisonnement. Mieux valait ne pas le lui dire pour l'instant qu'il ne se passait rien, si jamais elle avait tord elle lui aurait fait beaucoup de mal en ne croyant pas en lui. Et pire encore elle aurait put lui faire perdre le contrôle en mettant en doute sa capacité à retenir le Phœnix. En bref, c'était un terrible cercle vicieux dans lequel l'oiseau n'arrêtait pas de tourner depuis quelques temps. Voyant qu'il perdait l'attention du jeune homme, Clyde lui attrapa l'épaule et la serra tout en plantant son regard électrique dans les yeux du garçon.

    « Tu ne le maîtrise pas assez pour faire ce genre de choses. »
    « J'y arrive parfaitement dans le terrain vague. » objecta le jeune homme.
    « Il y a une différence entre la vraie vie et l'apprentissage. Dans le deuxième si tu te trompe tu peux recommencer. Ici ça n'est pas possible. Imagine que tu détruise un autre immeuble pas loin qui lui est en parfait état. Et même si tu réussit ton coup, ça sera pire encore. On parlera d'attentat, les médias vont devenir fous de ce phénomène surnaturel et on ne rendra jamais ces terres à ceux qui en avaient été chassés il y a peu. Au pire sans toi ils attendront encore un an. Tu serais prêt par orgueil à leur enlever toute chance de retrouver un foyer ? Par pur abus de confiance en toi ? »


Aaron se rembrunit et cessa d'essayer de retirer l'emprise qu'avait Clyde sur lui de part sa main sur son épaule. Il inspira longuement, se rendit compte au fur et à mesure que les secondes s'égrenaient que le géant avait raison. Et la honte de s'être de nouveau laissé emporté par ses émotions avant de penser s'empara de lui, ravie de toucher cet humain qu'elle n'avait pas souvent la chance de contaminer. D'un froncement de sourcils Gaïa la chassa brutalement et vint jusqu'à son humain en lui disant qu'il s'en serait rendu compte seul en y allant. Le jeune homme la remercia doucement même si il en doutait fortement. Voyant ce changement de comportement se dessiner sur le visage du garçon, Clyde lui serra affectueusement l'épaule en soupirant. Aaron leva les yeux et fit une petite moue contrite. L'homme lui répondit par un sourire éclatant qui eut le don de se contaminer aux lèvres du jeune homme.

    « Allez viens, j'ai quelque chose pour toi. »


Et sans l'attendre le géant sortit de la cuisine. Gaïa vint se percher sur l'épaule de son humain qui leva la main pour caresser doucement son poitrail coloré. L'oiseau lui donna un petit coup de bec affectueux et ils emboitèrent le pas à Clyde, la curiosité l'emportant sur la gêne.

Un sourire de gamin ravi aux lèvres, le géant posa fièrement sa main sur une vieille bâche moisie, faisant s'envoler la poussière accumulée dessus par ce geste un peu brusque. Intrigué, Aaron sentit toute son attention se porter sur cette bâche qui couvrait probablement ce que Clyde avait l'intention de lui montrer. Ce qui l'étonnait plus encore c'était qu'il n'avait jamais vu cette toile dans le vieux hangar du géant bien qu'il l'ait visité de nombreuses fois. D'un air important, l'homme fit quelque pas vers une poutre couverte de poussière et saisit quelque chose qui était caché derrière celle ci. Il se retourna d'un coup et lança l'objet dans la direction d'Aaron qui tendit le bras par réflexe et l'attrapa sans problèmes. Clyde s'esclaffa et attendit de voir la réaction du jeune homme avec impatience. Lentement, le garçon baissa son bras et regarda ce qu'il avait saisit au vol. C'était un vieux manteau en cuir marqué par le temps et l'usage. Il l'adora à l'instant où ses yeux se posèrent dessus. Il passa sa main sur le haut du cuir, chassant le peu de poussière qui s'y était accumulée. Sous l'œil amusé de Clyde il l'enfila et s'aperçut qu'il était parfaitement à sa taille. L'homme se mit à rire tout en s'approchant du garçon.

    « Quand je pense qu'il était trop grand pour moi à une époque ! »
    « Il était à vous ? » demanda Aaron en commençant lui aussi à sourire en s'imaginant l'aubergiste ainsi vêtu. Dans le genre bikeur il aurait été parfait.
    « Et oui, qu'est ce que tu crois ? Moi aussi j'ai été jeune ! Ce qui m'amène à ça … »


Il fit deux pas jusqu'à la bâche et d'un grand geste théâtral l'enleva, révélant ce qu'il y avait en dessous. Ses mains accrochées au col du cuir qu'il remettait en place, Aaron se bloqua brutalement, un sourire incrédule aux lèvres. Deux roues, un siège, un réservoir, un énorme phare, un sentiment de puissance cachée, une prochaine liberté. Moto.

    « Clyde ! Elle est superbe ! » s'extasia le jeune homme.
    « N'est ce pas ! Bonneville Triumph, plutôt en bon état. Ce qu'elle a avalé comme goudron, tu ne me croirais pas si je te disais le nombre de kilomètres. En fait j'ai perdu le compte il y a longtemps. » répondit le géant en riant.
    « C'est vrai ? Elle est magnifique. »


Aaron se mordit les lèvres pour contenir le flot d'adjectifs qui lui venaient en tête pour qualifier l'engin. Peut être que Clyde lui permettrait de faire un petit tour de temps à autre avec ! Ou bien juste de la nettoyer, ça lui suffirait amplement. D'ailleurs elle aurait bien eu besoin d'un bon coup de chiffon, voire carrément d'un nettoyage à grande eau se reprit Aaron en avisant la boue séchée dans le garde boue. Un sourire ravi aux lèvres il croisa le regard de Clyde en tentant de l'imaginer assis sur cette merveille en train de faire le tour d'Écosse, voire plus loin même. Et à la manière dont le géant le regardait il sut qu'il n'avait pas fini. Peut être avait-il envie de lui redonner une nouvelle jeunesse et partir encore une fois en voyage avec elle, et si il la montrait au garçon c'était parce que il avait besoin d'un coup de main. Ou bien il voulait la retaper pour pouvoir la revendre à prix d'or. Si Aaron ne s'y connaissait pas trop en matière d'argent il doutait qu'une aussi belle pièce ne vaille plus rien après quelques années de bons et loyaux services.

    « Content qu'elle te plaise. » il fit une petite pause, savourant le suspense avec plaisir. « Parce que maintenant elle est à toi Aaron. »


Le jeune homme manqua de s'étrangler. Quoi ? À lui ? Son sourire disparut tandis qu'il dévisageait Clyde comme si il était complètement fou. Il n'avait jamais rien possédé d'autre que quelques affaires, ce changement de situation le prenait de court. Il secoua la tête négativement. Il ne pouvait pas accepter, c'était beaucoup trop ! Le géant éclata de rire comme si il s'y attendait.

    « Écoute, je préfère la savoir à toi et continuer à vivre plutôt que en train de rouiller tranquillement dans ce hangar où elle ne sert à rien. » voyant que Aaron s'apprêtait à protester il lui coupa l'herbe sous le pied. « Non, ce n'est pas trop, et si ça peut t'aider à l'accepter sans faire d'histoire pense que c'est plus une manière de m'en débarrasser. Je n'avais pas le cœur de l'amener à la décharge. Je l'aurais jetée, elle prenait de la place, d'accord ? »
    « Mais ... » tenta tout de même le jeune homme.
    « Chut ! Pas de mais, de toute façon tu n'as pas le choix, elle est officiellement à toi maintenant. Si tu n'en veux pas j'irais la jeter cette après midi et … » commença Clyde en tendant un piège dans lequel Aaron se précipita tête baissée.
    « Non ! Surtout pas ! Bon, d'accord je veux bien la prendre. Mais si jamais vous voulez la reprendre elle est toujours à vous. »
    « Absolument pas. Allez grimpe dessus pour voir. »


Agacé par l'entêtement du géant, Aaron leva les yeux au ciel mais ne put se retenir d'aller vers la moto. Sa moto. Il avait du mal à s'imaginer qu'elle était à lui. Souplement, il passa la jambe par dessus le siège et s'assit. Les suspension de la bécane grincèrent sous l'oeil amusé de Clyde qui marmonna qu'il était moins lourd que le jeune homme à l'époque. Trop occupé à détailler chaque recoin de la moto, Aaron ne l'entendit pas. Le géant recula et alla farfouiller dans une boite en métal. Le garçon passa doucement sa main sur le cadran, enlevant la fine couche de poussière qui avait réussit à s'y déposer malgré la protection de la bâche. Il s'aperçut joyeusement que la clef était sur le contact et sans plus réfléchir il la tourna. Constatant que le réservoir était plein il tourna légèrement l'accélérateur et d'un grand coup de talon il appuya sur le kick. Le rugissement de la moto résonna dans le hangar, faisant s'envoler deux hirondelles qui ne demandaient qu'à passer l'hiver au chaud. Euphorique, Aaron éclata de rire et se tourna vers Clyde qui revenait vers lui avec ce même sourire enfantin aux lèvres. Il secoua des papiers devant le nez du jeune homme pour lui dire qu'il ne réussirait pas à parler par dessus le ronronnement de la moto. Comprenant le message il coupa le moteur et tourna la tête vers le géant qui tenait de deux doigts un papier qui ressemblait fortement à un permis de conduire ainsi qu'une feuille plus grande.

    « voilà un faux permis, plus vrai qu'un vrai ! Mais ne rêve pas, je ne te laisserais pas monter dessus sans que tu sache comment la conduire jeune homme. » Aaron acquiesça en souriant. « Et ça mon garçon, c'est le papier qui dira qu'elle est à toi. Comme tu n'avais pas le choix je l'ai déjà rempli pour toi. Je t'informe d'ailleurs que tu es né le 29 février 1981. Comme ça tu n'as même pas 18 ans à cause des années bissextiles. » le jeune homme éclata de rire en secouant la tête. Ça c'était du Clyde tout craché. Le géant redevint sérieux et le bleu électrique de ses yeux se vissa sur le gris de ceux d'Aaron. « Il ne me manque plus que ton nom de famille. »


Les yeux du jeune homme se perdirent un instant dans le vague puis il revint au présent d'un air décidé. Un grand sourire malicieux étira ses traits, il jeta un coup d'oeil à Gaïa en s'amusant de l'inquiétude de Clyde à ce sujet. Il savait, il avait déjà choisit. D'une voix calme et pleine d'assurance il répondit au géant.

    « Dwayne. Aaron Dwayne. »
  
MessageDim 1 Aoû - 17:33
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VOYAGE



    « Tu es bien sur de ce que tu veux ? »
    « Certain. »
    « Alors bonne chance mon garçon. »
    « Merci Clyde, je vous dois tout. »
    « Rien du tout oui ! Ce fut un plaisir. Promet moi juste de revenir Aaron Dwayne. »
    « Je vous le promet. »
    « Bien. Alors, quelle est la première destination ? »
    « Londres. »
    « Et après ? »
    « Ça c'est une bonne question ! »
    « Décidément on ne te changera pas ! Prend soin de toi jeune homme. Tu me manqueras, toi, ton aimant à catastrophes et Gaïa. Excuse Cal, il n'aime pas les « Adieux larmoyants à souhaits » Tu le connais. »
    « Vous nous manquerez aussi. Je ne sais pas ce que nous aurions fait sans vous. »
    « Tu te serais relevé d'une pirouette mon garçon, comme tu le fais à chaque fois. Allez, dépêche toi, Bonnie s'impatiente. Et envoie une carte postale à l'occasion, que je sache ce que tu deviens. »
    « Il le fera. Au revoir Clyde. »


Le géant inclina légèrement la tête pour les saluer et le rugissement de la moto retentit dans le hangar. Sans que l'homme ne comprenne pourquoi, Aaron lança un clin d'œil à une poutre au plafond et, après avoir fait un signe de la main à l'aubergiste, démarra en trombe, Gaïa réfugiée dans le manteau en cuir que Clyde lui avait offert en même temps que la moto. L'homme les regarda disparaître au tournant avec un pincement au cœur. Dans quels pétrins le jeune homme s'apprêtait-il à se jeter ?

    « Dans les tourments de la vie Clyde. Dans les tourments de la vie. »

Un sourire traversa le visage de l'aubergiste qui leva les yeux vers une poutre où était perché Calmirië. La présence du chat n'avait pas échappé à Aaron et c'était en soi un exploit puisque le daëmon était presque invisible, caché dans la pénombre. Clyde soupçonna Gaïa d'avoir vendu la mèche et retourna à ses fourneaux en souriant. Il se sentirait seul. Seul, jusqu'à recueillir un nouvel oiseau tombé du nid.
I find myself in an exhilarating journey. The scent of adventure was in the air. I saw my life in a whole new light.





18 ans


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MessageDim 1 Aoû - 17:35
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LOUVE




      Ivres de bonheurs, avides de liberté, grisés par l'iode marin de ces terres ils s'y installèrent. Ils étaient dix. Dix enfants de la nature qui n'ignoraient rien de celle ci, la vénéraient et voulaient plus que tout fuir les autres hommes qui étaient devenus fous. Le cœur rempli d'allégresse ils érigèrent un grand feu et dansèrent autour de celui ci jusqu'à l'aube, remerciant leur mère la Terre de leur avoir offert ce havre de paix loin de toute civilisation. Un grondement retentit sous leurs pieds qui foulaient l'herbe verte depuis des heures, réponse mystique de la déesse qu'ils remerciaient avec ferveur. Une tige sortit du sol, se tordant au rythme de leurs chants, dansant avec les ombres. Elle se dirigea vers une jeune fille et s'enroula paresseusement autour de sa cheville. La peau de l'élue devint plus foncée là ou la plante la touchait, ainsi chacun saurait qui elle était et la respecterait pour ce qu'elle était. Au fil des générations la marque apparaissait, désignant celle qu'elle avait choisit jusqu'à sa mort. On l'appelle Kaolin, l'élue, celle qui danse avec le vent, celle qui danse avec les ombres. On raconte que dans le regard de la Kaolin on peut voir la vie telle qu'elle était au temps anciens, sauvage et indomptable.

      Libre.
      -





---- &&. Another sweet, sweet story began.


    A l'ouest de Galway, dans les Terres Sauvages, loin, loin de toute civilisation.


    « Non ! Non pitié Bonnie me fait pas ça ... Et merde. »


La moto cessa de trembler et cala définitivement. Autour du jeune homme le silence se fit, inhabituel et inquiétant. Aaron soupira et s'affala sur le cadran de sa vieille bécane. Merde. Il se redressa et foudroya du regard le compteur qui indiquait pourtant que le réservoir était plein. Menteur ! Il aurait dut s'en douter, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fait le plein d'essence. Et même si la Bonneville ne consommait pas beaucoup c'était impossible de tenir autant de kilomètres sans vider le réservoir. Aaron maudit sa tête en l'air et sortit la béquille en soupirant. Ce n'était pas ce soir qu'il dormirait dans un bon lit chaud et confortable. Un rire joyeux s'éleva dans les airs à quelques centimètres de lui. Gaïa.

    « Quoi ? »
    « Ce que les humains peuvent être douillets ! »
    « Oh ça va hein ?! » il s'arrêta un instant, chercha quoi répondre, trouva facilement. Un grand sourire carnassier étira ses traits et il se pencha vers son daëmon en la fixant intensément. « Dormir ici ça veut dire … pas de confiture aux myrtilles demain matin! »


L'oiseau étouffa un juron et s'envola en grommelant. C'était le petit faible du daëmon qui ne supportait pas ne pas en manger régulièrement. Et même si son humain n'arrêtait pas de lui répéter que, non, un oiseau ça ne mangeait pas de confiture aux myrtilles elle s'en fichait et continuait d'en réclamer. Satisfait de l'avoir mouchée, Aaron enleva son casque et regarda autour de lui pour trouver un endroit où passer la nuit. Voyant que l'après midi ne venait que de commencer il se dit que s'il continuait à pied il trouverait peut être une maison avant que le soleil se couche. Le terrain, s'il était praticable, n'était pas vraiment plat. En fait quand ce n'était pas une montée c'était une descente et jamais plus de quelques mètres de ligne droite. Le jeune homme sortit sa boussole, trouva le nord et regarda en souriant dans cette direction. Ça faisait bien un mois qu'il n'avait pas envoyé de nouvelles à Clyde. Depuis qu'il avait commencé à entrer dans les terres sauvages en fait. En même temps c'était un peu compliqué de trouver une boite aux lettres quand il n'y avait même pas une habitation potable à vingt kilomètres à la ronde. L'aubergiste comprendrait. Même si il ne pourrait sûrement pas s'empêcher de se faire un sang d'encre pour rien. A cette pensée Aaron sourit et secoua la tête. Toute trace de querelle effacée, Gaïa se joint à lui joyeusement. Son humain lui envoya une puissante vague d'amour à laquelle elle répondit avec ferveur. Le cœur grisé pour la journée, le jeune homme descendit de sa vieille moto pour la faire avancer. L'avantage avec cette bécane, c'était que, bien qu'elle aie presque toujours un problème, elle n'était vraiment pas lourde et il pouvait la faire rouler comme ça sur des kilomètres sans être vraiment fatigué par la suite.

    « Vas-y, je te soutiens mentalement. » dit Gaïa en s'envolant pour aller faire un tour.


Aaron sourit et fit semblant de foudroyer son daëmon du regard. L'oiseau lui répondit d'un grand sourire innocent et disparut dans un des nombreux taillis qui bordaient la route, tourbillon insaisissable de couleurs. Tss lâcheuse. Mais il ne lui en voulait pas. Comment résister à la beauté des paysages qui les entouraient ? Lui même se demandait comment il faisait pour ne pas lâcher la moto et aller s'enfoncer directement dans la végétation pour en découvrir les secrets. Après deux heures à avancer de la sorte, Aaron se demanda si il y avait simplement des gens dans ce pays. Ça faisait près de deux jours qu'il n'avait vu personne. Et ça l'enchantait plus qu'autre chose jusqu'à présent, mais maintenant il avait besoin d'essence, et se retrouver coincé ici pendant des mois ne lui disait pas vraiment. Il avait encore envie d'avancer, de découvrir d'autres pays. Il s'était décidé il y a quelques temps avec Gaïa, après l'Irlande c'était le Danemark. Il n'avait fait que les pays de la vieille Europe et ceux de l'Est l'attiraient assez. Pourquoi continuer après déjà quatre années de vadrouilles ? Parce que on y prend goût. La liberté est si belle, la nouveauté si attrayante qu'Aaron se demandait régulièrement comment il pourrait s'arrêter un jour. Pourtant il le savait, à un moment ou a un autre un foyer fixe lui manquerait. Mais pour l'instant, il ne pensait qu'à une chose: voyager. Voyager, encore et encore, jusqu'à ce que sa soif de nouveaux paysages s'apaise, si elle s'apaisait un jour. Le soleil déclinait tranquillement et ce n'est qu'une ou deux heures avant qu'il ne disparaisse totalement qu'Aaron croisa quelqu'un. Un homme, la cinquantaine, était assit sur une souche, le regard perdu dans la lande qui s'étendait à ses pieds jusqu'à la mer à mètres en contrebas. Étonné de ne pas le voir bouger quand il le héla joyeusement, le jeune homme s'approcha en se disant qu'il devait paraître peu présentable. Son T-shirt trempé de sueur, la vieille écharpe qui lui protégeait le nez lorsqu'il roulait dans la terre sèche autour du coup, son jean devait être également sale aux niveaux des genoux car il s'était penché sous sa moto. Ajoutez à cela un visage pas rasé depuis deux jours, oui, il devait certainement paraître négligé. Si l'homme avait été bien habillé le garçon aurait rougit de sa dégaine. Quoique, il se fichait de ce qu'on pouvait penser de lui quand il ne faisait que passer. Mais l'inconnu n'était vêtu que de vieux vêtements tannés par l'usure et le temps. Si son allure était des plus simples, il dégageait de lui une aura de royale autorité et d'assurance, si bien que le jeune homme n'osa pas recommencer de l'appeler et préféra venir jusqu'à lui. Arrivé à quelques mètres de l'homme Aaron s'arrêta, le souffle court, dérangé par l'absence de réaction de l'inconnu.

    « Bonjour... » il déglutit en voyant que l'autre ne daignait même pas le regarder. Il prit son courage à deux main et continua. « Excusez moi de vous déranger mais je suis tombé en panne et .. » l'homme ferma les yeux et prononça un mot dans une langue inconnue. Aaron qui ne s'était pas trompé sur le ton agacé fronça les sourcils. « Pardon ? »


Comme il ne répondait pas, le jeune homme se tut une seconde. Est-ce qu'il avait bien entendu ? Il décida dans le doute de réitérer sa demande qui fut accueillie par un silence hautain. Aaron serra les dents et s'empêcha de demander à l'inconnu s'il était sourd. Il se mordit l'intérieur de la joue et soupira, de plus en plus agacé. Mais pour qui cet homme se prenait-il ? Ça ne se faisait pas, allait à l'encontre de tout ce que Aaron avait apprit depuis sa plus tendre enfance. L'envie d'aller secouer l'homme montait dans son esprit, plus tentante à chaque instant. Ayant entendu son appel lorsqu'il avait croisé l'inconnu, Gaïa revenait vers eux, de plus en plus énervée par l'indifférence marquée de l'humain face au sien. La bouche du jeune homme se tordit en un rictus dégouté et l'oiseau vint voleter devant les yeux de l'importun en le foudroyant du regard. Il écarquilla les yeux comme s'il venait de se rendre compte de la présence des deux nouveaux venus et marmonna quelque chose dans son dialecte incompréhensible.

    « Allez viens Gaïa, laisse tomber. » et il s'empêcha d'ajouter au dernier moment ce qu'il pensait de l'homme et de son silence.


L'oiseau lui lança un dernier regard mauvais, rejoint son humain et se posa sur son épaule. Comme elle le sentait prêt à détruire la première touffe d'herbe qu'il croiserait elle passa son bec dans son cou pour lui tirer un sourire. Elle réussit son coup et il laissa courir son doigt sur le poitrail blanc de sa moitié. Merci Gaïa.

    « Attends ! » Aaron se retourna rapidement, surprit que l'homme parle sa langue. Il s'approcha d'eux, plus silencieux qu'un chat, les yeux rivés sur le daëmon. « C'est ton oiseau ? » demanda-t-il en cherchant soigneusement ses mots.
    « Qu'est ce que ça peut vous faire ? »
    « Comment as-tu réussis à apprivoiser un Coloré ? » dit l'homme sans se soucier de la réaction du garçon, comme s'il se parlait à lui même.
    « Un quoi ? Stop c'est bon là. D'abord vous m'accordez aussi peu d'importance qu'à un chien qui passe et ensuite vous … » se révolta le jeune homme. Il en avait plus qu'assez de l'attitude de l'homme.
    « Tais-toi impudent ! » le coupa l'inconnu en le regardant pour la première fois.
    « Que je me taise ?! » s'emporta le jeune homme.


Il attrapa l'homme par le col et le secoua une fois violemment. Mais pour qui cette espèce de pourriture se prenait ? Si il n'arrêtait pas tout de suite de dévisager son daëmon comme ça il l'assommerait en espérant qu'il réussisse à retenir l'envie de lui défoncer sa grande gueule. Plus petit et moins bien bâtit que lui, l'inconnu sembla se rendre compte du danger et prit les poignets du jeune homme pour se dégager. Aaron resserra sa prise et sentit l'envie de le frapper monter en lui, terriblement tentante. Sentant cela, Gaïa vint se mettre devant son nez et lui cria mentalement d'arrêter. Le jeune homme abaissa les yeux sur le col de son futur défouloir et tenta d'ignorer sa moitié. Mais l'oiseau lui envoya un son que seuls les oiseaux arrivaient à émettre qui lui vrilla les tympans. Il serra les dents, résista et fixa hargneusement l'homme qui haletait tellement il tirait sur son col pour se libérer de l'emprise du garçon. L'acier de ses yeux gris transperçait ceux, marrons, de l'inconnu qui ne pouvait rien faire pour se dégager. S'assurant de voir dans le regard de l'homme autre chose que de l'indifférence comme tout à l'heure, Aaron relâcha sa prise et le repoussa en gardant un rictus mauvais aux lèvres. Il tomba à terre dans un bruit mat. Crétin. Les poings serrés à s'en faire blanchir les phalanges le jeune homme jugula l'envie de se jeter de nouveau sur l'homme pour lui refaire le portrait. Celui ci le fixait comme s'il était un démon sortit des enfers pour venir le torturer. Gaïa vint se planter devant les yeux de son humain et essaya de le faire reculer en fonçant sur lui et s'arrêtant au dernier instant. Chez les autres c'était assez persuasif mais Aaron connaissait bien trop l'oiseau pour le redouter.

    « Recule. » gronda Gaïa. Et dans sa voix on entendait clairement la menace.


Le jeune homme grimaça et il obtempéra non sans jeter un regard haineux à l'homme qui fixait le daëmon comme si c'était un fantôme. Et il continue en plus ! Gaïa le rappela à l'ordre une nouvelle fois et il regarda ailleurs en maugréant. L'homme se releva en psalmodiant des paroles incompréhensibles, répétait sans cesse « Kaolin » comme s'il priait quelqu'un. L'oiseau soutint son regard, de plus en plus intéressée par sa litanie. Aaron retint un juron et shoota dans un galet pour évacuer sa rage. Un immense sourire que le jeune homme jugea niais barra le visage de l'homme qui s'approchait de Gaïa en tendant la main vers elle. Et elle ne bougeait pas, voletant sur place, perdue dans les yeux hypnotisant de l'homme et dans les mots inconnus qu'il prononçait d'une voix grave et chantante. Aaron se mit entre sa moitié et l'homme en le foudroyant du regard, en parfait équilibre sur ses appuis, prêt à sauter à la gorge de l'inconnu si il faisait encore un pas. Il avait envie de feuler comme un tigre et le grondement qui montait dans sa gorge n'était qu'un lointain écho à cette sauvagerie qui prenait pied sur lui. Revenue à elle, Gaïa se posa sur son épaule pour l'apaiser, se doutant de l'origine de cette rage qui montait en son humain. D'une vague de calme elle chassa le Phœnix qui était prêt à sortir. Aaron se tut, se redressa et continua de fixer l'homme avec rage. Contrôlée, certes, mais pas moins puissante qu'auparavant. Le souffle court, l'inconnu le dévisageait sans bouger, une once de crainte traversait ses yeux et Aaron s'en félicita.

    « Iphraïm … celui qui fait plier ce qui ne peut être privé de liberté. » le jeune homme fronça les sourcils quand l'inconnu prononça ce qui ressemblait à un nom dans une langue étrange. « Suis moi. »


Il planta ses yeux dans ceux d'Aaron et lui fit comprendre qu'il lui montrait déjà plus de respect que tout à l'heure. Puis il se retourna et s'engagea dans un petit sentier qui disparaissait derrière une butte. Gaïa jeta un cou d'œil à son humain qui voulait reprendre sa moto et ignorer l'ordre de l'inconnu. Il se fichait de ce que cet homme pouvait bien vouloir lui montrer, il ne s'était que trop attardé dans ces lieux et ne désirait à présent qu'une chose: avancer et trouver un village ou acheter de l'essence et repartir. Aaron se bloqua et regarda Gaïa qui cherchait ses yeux. Il ouvrit la bouche pour protester, secoua la tête et recula.

    * Non Gaï ! Ne compte pas sur moi. *
    * Allez, c'est bien toi qui dit qu'on a tout notre temps ; pourquoi ne pas le suivre ? *
    * Parce que ce mec est un crétin et que je me contrefous de ce qu'il veut nous montrer. *
    * Moi ça m'intéresse. * Aaron retint un juron.
    * Non, non Gaï pas cette fois. Il ne m'inspire pas confiance ce type. *
    * Et alors ? Qu'est ce qu'il pourrait bien te faire ? Tu as bien vu qu'il n'a pas de force tout à l'heure! *
    * Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète. Je n'aime pas la façon dont il te regarde. J'ai l'impression qu'il veut te voir morte pour mieux t'étudier. Sans compter qu'il t'as probablement entendu parler. *
    * Aaron... s'il te plait. * supplia l'oiseau en serrant ses petites griffes tristement.


Il tourna la tête et croisa le regard de chien battu que lui lançait son daëmon. Agacé il détourna les yeux mais c'était trop tard, il ne pouvait pas résister à ce regard là. Soupirant, il revint vers l'oiseau qui continuait de l'amadouer des yeux. Ouh, toi ! Il la fusilla du regard en la montrant du doigt. Maître du jeu qu'elle jouait, Gaïa ne réagit pas et continua de le fixer. Je ne suis qu'une pauvre petite chose à qui on refuse tout *-*.

    « Merde. Merde ! Tu fais chier Gaïa ! »


L'oiseau retint un sourire ravi quand il emboita le pas de l'inconnu en pestant contre elle et son talent lorsqu'il s'agissait d'avoir ce qu'elle voulait.



Tendu comme un arc, Aaron suivait l'homme à distance respectable histoire de prouver qu'il n'était pas là de son plein gré. Gaïa avait voulu aller voler au dessus de leur guide mais il le lui avait interdit. Sachant que c'était déjà beaucoup qu'il ait accepté de le suivre en ignorant son instinct qui lui hurlait de faire demi tour elle n'avait pas insisté et était resté sagement sur son épaule. Depuis quelques minutes il se faisait violence pour ne pas céder à son envie de retourner jusqu'à sa moto qu'il avait laissé seule là bas. Prudemment, l'oiseau lui envoyait de petites vagues de son propre instinct qui lui disait de continuer. Grâce à cela son humain avançait toujours mais devenait de plus en plus sur le qui-vive. Nerveux, il prévint le daëmon que si l'homme n'était pas arrivé à son but derrière la petite colline qu'ils escaladaient il ferait demi tour. Gaïa resta silencieuse. Elle n'avait pas le choix et devait avouer qu'il avait raison, c'était déjà assez dangereux de suivre un inconnu de la sorte. Comme s'il avait deviné leurs pensées l'homme se retourna rapidement et Aaron s'arrêta immédiatement, plus qu'aux aguets il fixait le guide avec méfiance. Celui ci leur assura qu'ils étaient presque arrivés et repartit comme si il n'avait pas remarqué l'animosité du jeune homme envers lui. La pente était douce et ils traversaient une sorte de petite forêt de pins. La couche d'aiguilles sur le sol étouffait le bruit de leurs pas et Aaron devait toujours regarder le dos du guide pour savoir s'il était toujours là ou pas. Et il n'aimait pas ça. Si il y avait d'autres personnes qui lui tendaient un piège autour de lui il ne pouvait les entendre et les nombreux buissons pouvaient facilement dissimuler une dizaine d'hommes silencieux. Se rendant compte qu'il serrait les poings et ne cessait de jeter des coups d'oeil partout autour de lui Gaïa lui dit de se calmer, ce qu'il ne réussit pas à faire. Comment l'aurait-il put ! Tout ça ne lui disait rien qui vaille. Il n'aimait pas ça.

    « Gaï … » prévint-il avant de se retourner, mais l'homme le coupa dans son élan.
    « Nous sommes arrivés. » déclara-t-il calmement en fixant le jeune homme.


Aaron s'arrêta brusquement et planta son regard dans celui de leur guide. Plus aucune crainte ne le traversait et cela déplut au jeune homme qui fronça les sourcils et reprit son air menaçant. L'homme recula la tête et détourna le regard sans pouvoir retenir un sursaut qu'il dissimula du mieux qu'il put en croisant les bras. Méfiant, le jeune homme grimpa jusqu'à son niveau mais resta à quelques mètres de distance à sa gauche. Il lui jeta un dernier coup d'oeil soupçonneux et regarda dans la direction qu'il avait indiqué du doigt. En bas de la petite colline il y avait plusieurs roulottes regroupées autour d'un espace noirâtre où ils devaient faire du feu. Du linge séchait à l'air libre et des enfants se couraient après en riant sous l'œil amusé d'une grand mère qui se balançait sur sa rocking-chair.

Ce fut au tour du guide d'évaluer Aaron du regard. Faisait-il bien en amenant cet étranger au sang chaud près des siens ? D'habitude il aurait continué son manège et l'aurait ignoré tout du long jusqu'à ce qu'il se lasse, le croie sourd et s'en aille. Mais le Coloré avait fait son apparition et il semblait écouter ce gamin ! Mieux encore, le gamin l'écoutait, ce qui montrait qu'il avait sa pensée propre. Et le plus fort de tout: il avait parlé ! Il n'était pas sourd, ne s'était pas inventé cette voix qui avait demandé à son agresseur de reculer et l'avait sauvé d'une bonne correction. Un Coloré ! Il avait apprivoisé un Coloré ! Impossible. A moins d'être Iphraïm en personne. La Kaolin déciderait. Mais il craignait d'avoir apporté le malheur avec cet étranger qui semblait prompt à la violence et dont le regard aussi tranchant que la lame dont il avait la couleur l'effrayait. Il se rassura en se disant qu'il y avait en ce moment cachés autour de lui cinq hommes robustes et qu'ils arriveraient à le maîtriser sans mal s'il se révoltait. Le garçon lui importait peu au début, puis il s'était rendu compte de son erreur de l'avoir sous estimé. Il semblait prêt à tout pour défendre le Coloré et il avait crût voir un démon au fond de ses yeux quand il s'était mis entre lui et l'oiseau. Un démon ! Tout de feu et de colère. Plus les secondes s'égrenaient et plus il avait la certitude de s'être trompé et d'avoir amené le fléau sur son peuple dans sa stupéfaction d'avoir trouvé un Coloré. Se sentant de plus en plus menacé bien que le jeune homme fut perdu dans la contemplation du village il le fixa et claqua des doigts. Aussitôt, cinq hommes à la peau tannée par le soleil sortirent des fourrés et eurent vite fait d'entourer le garçon. Le guide commença à mieux respirer et montra le village du menton avant de descendre.

Il y avait quelque chose dans ce petit regroupement de familles qui lui était familier. Une impression d'être rentré à la maison le prit et il la repoussa immédiatement. Il n'avait pas de chez lui. Et même si ces roulottes l'attiraient, pour rien au monde il ne le montrerait à l'inconnu qui était en train de le fixer. Le claquement de doigt de l'homme raisonna entre les arbres et Aaron se retourna vivement mais il était trop tard. Cinq hommes l'entouraient déjà. Il maudit son inattention et se campa sur ses appuis, prêt à se défendre. Il ordonna à Gaïa de s'envoler, ce qu'elle fit, plus vive que l'éclair. Les hommes se concertèrent du regard et virent l'oiseau disparaître entre les branches en poussant un cri de désespoir. Aaron était partout en même temps. Il ne pouvait faire autrement s'il voulait réussir à leur échapper. Ils semblaient parfaitement coordonnés et ne faire qu'un. Merde ! Le cercle se resserrait autour de lui et bientôt il n'aurait plus assez d'espace pour les tenir en respect. Les hommes s'arrêtèrent brusquement et ne bougèrent plus. La tête penchée d'un côté pour avoir le plus d'angle dégagé, Aaron commença à paniquer. Merde ! Tendu comme un arc il s'apprêtait à tout moment à recevoir une attaque de la part d'un de ses assaillants. Un sourire amusé traversa les lèvres du plus grand des nouveaux venus et le jeune homme le fusilla du regard jusqu'à ce qu'il chasse cet air de son visage. L'homme redevint de marbre bien que son instinct lui disait de sauter sur cet impudent et lui retirer son arrogance. Un des hommes voyant l'un des leurs se faire remonter les bretelles de la sorte par un gamin se mit à rire, et l'atmosphère se détendit en un instant. Dans sa langue chantante il le taquina et les autres se rejoignirent à lui joyeusement, oubliant un instant la présence du jeune homme qui n'y comprenait rien. La cible de ces moqueries les rabroua d'une phrase, mais ça ne les impressionna pas et ils continuèrent à rire de plus belle. Sentant l'hilarité le gagner également, l'homme se mit à rire joyeusement et les autres, ravis de cette fin, se donnèrent de grandes claques amicales dans le dos. Le guide qui était remonté près d'eux levait les yeux au ciel mais ne pouvait empêcher une petite étincelle de joie de traverser son regard. Toute la tension accumulée dans le corps d'Aaron s'évapora et il resta sans bouger, hésitant entre croire que ce n'était qu'une ruse ou sourire également. Voyant son gène, le guide revint vers lui et lui tendit la main en signe de paix.

    « Tu n'as rien à craindre de nous. »


Aaron se mordit la joue nerveusement, décida qu'il n'y avait aucun danger à serrer une main qui semblait amicale. Il tendit le bras et attrapa la main de l'autre qu'il empoigna avec force. Satisfait, le guide lui sourit et d'un geste vague l'invita à descendre avec eux. Toujours un peu méfiant, Aaron acquiesça. De toute façon il n'aurait pas put faire autrement, mieux valait ne pas les froisser. Et au pire il ferait appel à son pouvoir et, effrayés comme des lapins, ils s'enfuiraient et lui laisseraient le temps de repartir tranquillement. Dans un battement d'ailes, Gaïa redescendit vers lui et se percha sur son épaule, protectrice. Machinalement, le jeune homme lui caressa le poitrail pour la calmer et affronta du regard les hommes qui s'étaient bloqués à cette apparition. Les yeux fixés sur l'oiseau, ils psalmodiaient des paroles incompréhensibles, certains euphoriques, d'autres terrifiés. A chacun Aaron dédia un regard qui en disait long sur sa motivation pour défendre Gaïa, et, ayant comprit le message, ils détournèrent respectueusement le regard et se mirent en marche en continuant de jacasser joyeusement dans leur dialecte incompréhensible. Le jeune homme resta arrêté un instant et les laissa prendre de l'avance ne sachant pas très bien s'il devait les suivre ou pas. L'un des hommes, sûrement le plus jeune qui avait à peu près son âge, se retourna et lui sourit malicieusement. Il se retourna et emboita le pas à ses frères. Aaron soupira, jeta un oeil à Gaïa qui semblait toujours aussi intriguée par ce peuple étrange. Silencieusement, le jeune homme suivit le petit groupe à une distance respectable et entama la descente.

Ils zigzaguaient entre les roulotes, comme s'ils cherchaient quelque chose ou quelqu'un. Quand l'homme qu'Aaron avait rencontré au bord de la falaise posa un semblant de question à un enfant qui lui répondit en lui montrant un arbre, le jeune homme ne douta plus qu'ils cherchaient quelqu'un. Les regards insistants que lançaient les habitants de ce petit village sur Gaïa le rendaient nerveux. Mais les sourires des enfants parvinrent à l'apaiser. Ils n'avaient pas l'air d'être méchants. Et cela même s'il était un étranger qui venait les déranger dans leur petite vie paisible. Le plus jeune du groupe qui le guidait à travers le village se retourna en lui souriant. Il ralentit l'allure et vint se placer à côté de lui tout en gardant une distance raisonnable entre l'oiseau et lui même. Aaron apprécia cette marque d'attention et consentit à ne pas s'arrêter pour reprendre l'écart qui les séparait avant cette tentative d'approcher.

    « Je m'appelle Kerim. Celui que tu as magnifiquement bien remis à sa place tout à l'heure c'est Bale. Jango, Tom, Zane. » il montra du doigt les hommes qu'il désignait par leur prénom en riant. « Et le vieux grincheux qui t'as trouvé c'est Old William. Mais tu peux l'appeler Will comme tout le monde. »
    « Aaron. » répondit simplement le jeune homme en abaissant la tête.
    « A-t-elle un nom ? » il s'empourpra violemment en voyant le regard d'Aaron s'assombrir soudain. « Non excuse moi je n'ai pas à poser cette question. »


Aaron jeta un œil vers l'oiseau, hésitant à répondre tout de même au jeune homme. Non. On arrête là les civilités. Le daëmon ne fit aucun commentaire et se borna à regarder partout autour d'elle sauf sur Kerim qui lui jetait des coups d'œil à la dérobée de temps à autre comme si il ne pouvait pas s'en empêcher. Tout naturellement, le garçon repris la parole, plus bavard qu'une pie. Il lui raconta qu'ils étaient à l'Ouest d'une ville qu'on appelait Galway mais qu'il n'avait jamais vu et dont on lui avait brièvement parlé il y a longtemps. Ils n'aimaient pas la civilisation et arrivaient très bien à se débrouiller sans l'aide de la technologie de nos jours. Ils croyaient en autre chose que Dieu. Et si Aaron n'aimait pas beaucoup le fanatisme de la religion et cet amour à sens unique, il dut bien avouer que la leur était beaucoup moins compliquée que le christianisme. Non pas parce qu'ils étaient simples d'esprit, loin de là, mais parce que jamais ils ne s'étaient essayé à convertir le monde à leurs idées, préférant l'amitié à la piété et ainsi de suite. Ils adoraient simplement la nature, lui rendaient grâce et vivaient en osmose totale avec elle. Aaron s'empêcha de sourire face à l'enthousiasme du jeune homme mais à aucun moment ne l'interrompit. Faire un monologue ne semblait pas déranger Kerim qui ne manquait jamais d'ajouter son petit commentaire et en l'espace de dix minutes notre jeune routard en savait déjà plus sur ce peuple et était même invité à la prochaine fête. Des gitans, disait Kerim pour qu'il comprenne mieux. Mais ils voyageaient moins que ceux qu'Aaron avait pu croiser dans son tour d'Europe. Quand enfin, son interlocuteur se tu pendant plus de cinq secondes.

    « Gaïa. Elle s'appelle Gaïa. »


Le sourire extatique qui étira les lèvres du garçon et s'étendit jusqu'à ses yeux ne fit pas regretter Aaron de lui avoir révélé ça. Il lui rendit même un petit sourire et Kerim s'éloigna en répétant le prénom de l'oiseau. Gaïa rit silencieusement et Aaron se joignit à elle. Ils se rapprochaient d'un énorme pin qui surplombait une falaise. Tordu par le vent et les années, il s'élevait, majestueux et incroyablement puissant. Quelques unes de ses racines pendaient dans le vide mais les autres s'enracinaient avec force dans la roche même comme s'il ne voulait pour rien au monde tomber dans le vide. Aaron ne douta pas un instant qu'il tiendrait comme ça encore des centaines d'années si la falaise ne s'écroulait pas. Fermant la marche, il suivait à la trace les trois hommes qui restaient. Sans s'en rendre compte il chercha à les nommer. William ? Jango et .. Bale. Maintenant que Kerim avait disparu il se sentait moins à l'aise mais comme les autres lui tournaient le dos ils ne pourraient pas s'en rendre compte. Tant mieux. Autour de l'arbre centenaire il y avait un petit cercle d'herbe et d'épines, comme si la lande avait refusé de venir lécher le tronc du Pin. Ou alors on avait désherbé la zone. Mais d'après ce qu'il avait compris, les gitans n'étaient pas du genre à tondre la pelouse. Les trois hommes se séparèrent et formèrent un arc de cercle en périphérie de la petite clairière. Aaron entra prudemment dans le cercle, s'arrêta en se demandant ce qu'ils faisaient. William leva les yeux dans les branches, cria quelque chose. Kaolin ? Qu'est ce que.. Une silhouette sombre apparu dans la ramure de l'arbre et sauta jusque terre. Lorsqu'elle toucha le sol et se redressa elle sembla se colorer brusquement. Sur sa cheville droite des arabesques brunes semblaient caresser sa peau. Un souffle s'échappa des lèvres d'Aaron, Gaïa serra son pull nerveusement. La silhouette se redressa lentement, fit un pas vers lui. Et un autre. Et encore un. La muraille d'acier qu'Aaron s'était échiné à ériger autour de son cœur depuis des années vola en éclat violemment, comme si elle avait toujours été aussi fragile que du cristal.

Elle était aussi brune que Katey était blonde. Elle était aussi libre que Katey était enchaînée. Sa peau était aussi hâlée que cette de Katey était blanche. Ses yeux étaient aussi noirs que l'avaient pu être ceux de Katey. Toute cette année passée avec elle lui monta à la gorge. Et l'envie de s'effondrer sur place s'empara de lui. Aaron se fit violence et ne craqua pas. Il n'en avait pas le droit. Pas encore. Doucement, silencieusement, aussi irréelle qu'elle pouvait l'être, la jeune fille s'avança vers lui, tendit la main, effaça tendrement l'unique larme qui avait coulé le long de sa joue.
  
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