Requin-tigre

 
  
MessageVen 28 Oct - 2:12
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 107Nombre de RP : 45Âge réel : 20Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?
Téléportation.
Même ça, ça marche pas. Putain.
PUTAIN PUTAIN PUTAIN. Je crie je m'en fous. C'est quoi cette … prison ! Je me jette contre la fenêtre, je suis comme une démente, je crie pour qu'on m'entende. Je m'acharne pour qu'elle s'ouvre. J'ai beau m'acharner à me téléporter ça ne fonctionne plus.
Je prend tout ce que je peux trouver et je le jette par terre. Contre la porte. Les vases explosent. Je brise les chaises. Je déchire ces feuilles blanches qui sont censés être des livres, des photos. Je m'élance pour courir vers la porte. Je la matraque de coups.
Sans effet. Je suis prise au piège comme un rat.
Essoufflée. Je m'arrête pas.
Je crie sur Dieu s'il existe. LAISSE MOI SORTIR BOUFFON.
Je hurle de rage. Je ne me considère même plus comme un être humain, je n'ai plus de nom que la colère, que la violence. Je ne peux plus rester ici. Chaque seconde m'étouffe.
L'air ne rentre plus dans mes poumons.
Et pourtant je vis.
JUMBO VIENS ME SAUVER
Quelqu’un… n’importe qui…
Autour de moi la chambre devient une spirale blanche qui pousse sur mes poumons.
Ma peau se déchire, implose. Je sens mes os sortir de mon corps, mon cœur qui résiste à la pression extérieure. De l'eau m'inonde le cerveau je serre les poings de mes dernières forces.
Et je hurle à la lune. De la souffrance à un râle d'agonie. Toujours cette fureur au fond de ma voix qui se casse. Et je me noie. Silence.


Eléonore sursauta, les yeux écarquilla. Sa chambre était en bordel. Elle tendit la main pour attraper une bouteille d'eau qui traînait par terre. Elle toucha une bouteille en verre qui contenait un liquide qui n'était pas de l'eau mais qui y ressemblait.
La jeune femme en but une longue rasade et son visage se crispa sous l’effet de l’alcool. La tension de cauchemar ne disparaissait pas. Timidement elle appela son daëmon.
Elle se téléporta dans sa chambre, il était endormi sur son bureau, des tas de dessins éparpillés autour de lui. Habituellement en ordre le sol était jonché de détritus, ça sentait le fauve. Des tasses de thé refroidi s’entassaient. Elle lui frôla l’épaule, premier contact depuis des semaines, et entraperçu les dessins un instant. Trop court pour les enregistrer puisque d’un réflexe de bras le grand singe pourtant affaibli la fit valser à l’autre bout de la pièce. Elle cogna lourdement contre le mur avant de s’affaler par terre le souffle coupé.
Il se leva interdit, ne sachant que faire. Son cœur battait vite et elle … pouvait être énervée ou … il s’approcha doucement.
Toujours adossée au mur, elle passa sa main sur son visage et l’arrêta, son expression était cachée par ses genoux. Elle se mordit la lèvre, serra la mâchoire en retenant une larme et disparut quand il se rapprocha.
Il n'entendit plus un bruit. Il soupira et se laissa tomber sur sa chaise. Il se sentait fatigué, il enfouit son visage dans ses mains, des longs sanglots parcoururent son corps avant de s'échapper sans bruit en de grosses larmes.
De l'autre côté elle posait sa tête contre le mur. Sa mâchoire était serrée. Elle avait été incapable que de s'enfuir. Ses poings serrés poussaient face à elle. Frustrée, envahie, elle restait paralysée entre l'envie de frapper le mur et celui de s'y adosser.

***

Il était peut-être 18h. Un vendredi soir. Dans la salle de boxe de Perth. Remplie en grande partie par des hommes sortis du travail et prêts à se défouler. Le vendredi à 18h il n'y a que des gens bien sur le ring. Des gens conventionnels, qu'on a l'habitude de voir, les gens qui ont des postes à responsabilités, qui vivent dans le confort. Des hommes, blancs qui troquent leur costume pour les gants parce que ça les maintient en forme et que ça leur donne l'agressivité et la pêche pour le week-end ou qu'ils lâchent toute la pression de la semaine.
Cette fin d'après-midi là ils se retrouvaient comme souvent, l'ambiance était légère, tostéronée au combat de coq entre amis.
Sauf Éléonore. Qui ne rentrait pas dans le cadre. Ni Jumbo. Chacun de leur côté ils dégageaient une aura malsaine.
Le gorille était dans un coin, affalé, le regard vide. On l'évitait comme on évitait un clochard mal en point, un enfant leucémique ou un vieux au regard triste.
La jeune femme était devant un sac de frappe, frappant coup après coup. Elle on l'évitait par instinct de survie, comme on évite un drogué en pleine crise, un ouragan, un dément qui chasserait pour le plaisir. Chaque coup enfonçait le sac de frappe, et chaque coup en appelait un autre. Techniquement ce n'était pas le top. Sa force n'impressionnait pas non plus. C'était la détermination furieuse, le regard mauvais et de temps en temps un rire qui s'échappait de ses lèvres qui donnaient des frissons. Elle terrifiait comme une coulrophobie. Comme un parc d'attractions à l'abandon qui marchait encore en grinçant. Plein de promesses sombres.

***

Lorsqu'elle entra sur le ring il eut la désagréable sensation d'être pris au piège. Il était le seul. Personne n'avait encore senti le changement, le basculement était encore bien trop léger. Celui qui avait accepté de se battre contre elle avait croisé son regard trop tard. Elle l'avait charmé avec son innocence, en la jouant petite chose fragile.
Ils étaient entre mecs, ils avaient le pouvoir.
Le combat était inégal. Elle avait tant insisté. Il avait accepté.
Sur le ring il s'était rendu compte que quelque chose clochait quelque part. Son regard était si mauvais, par rapport à ce qu'il avait vu un instant auparavant. Un regard qu'il avait déjà vu. Mais qui cette fois l'avait fait frissonner. Il savait que c'était une erreur au moment de monter sur le ring. Cette jeune femme… traînait dans des endroits qu'il n'était pas censé connaître. Elle vendait des choses qu'il n'était pas censé acheter. Elle était cette vile tentation de la nuit, celle à laquelle il avait cédé l'année passée. Personne ne savait, personne ne devait savoir. Il vit son sourire, il savait qu'elle jouerait du pouvoir qu'elle détenait. Que voulait-elle de lui ?
La situation était si belle. La tentation telle qu'elle n'avait pas résisté. La victime était parfaite, le guet-apens sans faille.
Elle en fut heureuse. Quelque chose marchait un peu dans sa vie. Elle voulait se défouler ? Jouer dangereusement ? Personne ne jouerait son jeu à moins d'y être obligé.
Au début ils se tournèrent autour, sautillant, leurs gants au niveau de leurs visages. Eléonore plongea son regard dans celui du jeune homme, moqué par ses collègues, qui suait, conscient du danger. Elle lui susurra.

« Bats-toi pour que je me taise. »

Il lança son poing et elle l'évita, déçue de cette attaque si faible. Elle détourna un côté et frappa son estomac. Il eut le souffle coupé. Ce n'était pas un combat amical. Elle avait donné le la et maintenant il devait suivre. Elle enchaîna une série de coups qu'il évita aisément. Il n'osait y aller. Et pourtant elle faisait ressortir de lui les pires instincts. Cet adolescent qui se battait, cet adolescent sombre qui avait grandi et qui avait changé c'était lui. Mais la violence maintenant tapait dans ses poings pour en sortir. Il ne savait que faire. Il esquivait parce qu'il ne voyait pas comment s'en sortir autrement. Il fallait qu'il lui obéisse et pourtant s'il le faisait il perdait aussi. Il allait se battre comme ceux qui ont toute la rage du monde dans le cœur et la salive au bord des lèvres. Elle enchaînait les frappes, en réussit quelques unes qui l'assommèrent. Ses collègues commençaient à se poser des questions, à changer d'opinion sur lui. Etait-il un lâche ?
Elle s'arrêta soudainement, moins amusée par son absence de réaction. Puis se tournant vers ses amis,

« Il est fatigué votre copain ? Parce que je l'ai connu plus … énergique. »

Elle se retourna, le narguant d'un air de défi.
Il s'élança alors et commença le vrai match. Le premier coup l'envoya dans les cordes. On cru qu'elle était assommée mais en léchant le filet de sang qui lui coulait de la bouche elle sourit et se releva. Satisfaite. Il la maîtrisait. Sur tous les points. C'était terrible à voir, gênant. On aurait cru qu'elle faisait exprès de se prendre les coups. On se demandait comment elle tenait le coup. On s'imaginait les bleus, les cicatrices, les traumatismes qu'elle garderait. Et pourtant on la voyait souriante, presque morte de rire.
Il hésitait parfois et elle en profitait, donnant encore plus de force dans ses coups, frappant en douce, à la déloyale.
Elle saignait, son œil gauche commençait à gonfler, une griffure suivait sa mâchoire. A chaque fois qu'elle tombait l'assemblée poussait un oh de peur. Il n'osait même pas arrêter le combat, fascinés.
Léo se relevait, essuyait le sang et plongeait dans l'âme de l'homme sur qui elle avait le pouvoir, malgré ce qu'ils pensaient tous. Lui le savait. Manipulatrice, presque autant que son père, sans en avoir le don. Il voulait arrêter. Il en était incapable.

Dans un coin de la salle, vers l'entrée, une sombre masse rabougrie détournait le regard. A bout, on aurait dit qu'il n'était plus qu'une enveloppe.

A un moment donné, le malsain atteignit un nouveau stade. Elle se releva plus doucement. Et un petit rire sortit de son corps.

« A … mon … tour. »

Elle s'approcha de lui, au moment où il frappait elle disparut. Pour se retrouver juste derrière lui et lui asséner un coup si fort qu'il tomba à ses pieds.

« KO ? Déjà ? »

Il se releva, l'adrénaline envahit son corps, tenta de riposter mais elle était trop rapide. Elle semblait presque deviner ses gestes et il dut se relever deux fois d'affilée. Elle le frappait même lorsqu'il était à terre. Alors il se lâcha. Ça faisait longtemps. Il en eut une jouissance immédiate. Le regret viendrait plus tard.

Les rares coups qu'il atteignait étaient si cruels et violents qu'elle finissait immanquablement au tapis.

Le public retenait son souffle, paniqué, incapable de réagir. Comme un groupe tétanisé devant une agression. Personne n'intervenait.

Pour son plus grand plaisir à elle. L'être humain aime beaucoup plus la douleur et la violence que les bons sentiments le laissent paraître se disait-elle. Une petite provocation pouvait faire ressortir le pire de quelqu'un. Le combat était si inégal. Ce n'était pas beau, c'était une bagarre à mort, une bagarre de rue, une bagarre de bandits, faite de coups bas, de souffrance, de plaisir.

Spirale de douleur, de coups, de plaisir, d’abandon. Volonté de faire mal. Plus mal. De se battre. De tuer.
Tuer.
A travers la sueur et le sang ce n’est plus un homme qu’elle combattait, elle voyait trouble, elle se voyait elle. Ou plutôt cette forme fantômatique de sa souffrance, elle voyait ce que sa vie était devenue et ça la mettait en colère. Elle voyait son père, le monde qu’il représentait, la petite fille qu’elle avait été. Elle déchirait tout sans discernement.

Elle se rendit compte qu’il ne bougeait plus. Se recula de quelques pas.
Le réveil du public fut immédiat. Elle aurait été lynchée si elle ne s’était pas téléportée. Vers Jumbo qui n’avait pas levé les yeux. Il semblait presque dormir. Les yeux clos dans son cauchemar. L’image des daemoniens venait probablement d’en prendre un coup pour les spectateurs humains.
Elle s’enfuit, claudiquant, la capuche relevée, un œil à demi fermé.
Fuir la police, la prison, le corps étendu, le sang, les larmes, la sueur. Elle se sentait comme une immigrante, une misérable. Mais elle avançait toujours. On n’osait pas la regarder comme si on n’avait peur qu’elle demande de l’argent. De Jumbo ou d’Éléonore on ne savait pas qui portait l’autre. Deux carcasses se traînant, lentement, trébuchant.
Ils auraient pu trouver refuge chez des amis.
Elle ne voulait pas. Elle se refusait, que quelqu’un la voit de cette manière. Comme un animal blessé elle montrait les crocs. Le chemin était trop long jusqu’à chez elle. Elle était à bout de souffle. La nuit tombait.
Nuit d’octobre, fraîche, vite froide.
Jumbo grelottait, ils s’assirent quelques minutes. Peut-être qu’ils fermèrent les yeux. Une voix les réveilla. Un gilet orange fluo, une proposition.
Tout de suite ses yeux vert perçants fixèrent la jeune femme souriante.

« Je suis pas une clodo putain casse toi ! »

Elle se releva, s’épousseta, enleva sa capuche pour théâtraliser son effet et la grosse masse sombre qui se tenait à côté sembla gronder puis ses membres se mirent en branle et il se leva.
Effrayée par le regard mauvais, l’ombre gigantesque et malingre, la promesse d’horreur que représentaient ces deux êtres, la jeune femme se retourna. Un peu vexée dans son engagement aussi.
Le grand singe s’appuyait maintenant sur Éléonore. Elle semblait porter le monde sur ses épaules.
Plus personne pour la regarder. Plus personne qui avait pitié ou qui avait peur.
Et la pluie vint. Mouillant, lavant le sang sur son visage, rentrant dans ses os. Se mêlant à des larmes de rage.
Elle essuya son nez.

« Tu pues le chien mouillé sous la pluie… »

Un petit rire sort du corps de Jumbo. Bientôt suivi d’un sourire de Léo.

« Mon gros Jumbo, mon clumsy éléphanteau, mon intelligent Merlin, s’il te plaît un petit effort avant que je te mette dans ton lit. On peut pas rester là. »

Un rauque d’accord sortit de sa gorge. Tandis que dans les profondeurs de son corps un gémissement qui semblait ne jamais s’éteindre se transforma en un soupir. Il porta son poids. Éléonore respira mieux.
Arrivés en plein milieu de la nuit, ils s’écroulèrent l’un contre l’autre dans le lit de Jumbo. Léo n’eut que le temps d’apercevoir le bordel et l’odeur rance qui régnait dans cette chambre avant de sombrer dans un sommeil.
Un sommeil nullement réparateur. Plein de douleur dans les mouvements, de courbatures. Petit à petit c’est à l’intérieur des gros bras de JM qu’elle trouve le sommeil et que sa respiration à lui s’apaise. Elle dort en paix. Avant d’être rattrapée par son cauchemar.
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