L'espoir est le dernier à mourir.

 
  
MessageMar 1 Nov - 0:57
avatar
Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 189Nombre de RP : 73Âge réel : 22Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?

Éléonore Lovelace.

Machinalement elle raya son nom. Attablée au bureau en train de remplir les papiers et formulaires pour sa nouvelle année et son inscription. Qu’elle avait oublié de faire depuis des mois. D’habitude c’était Jumbo qui s’en occupait. Il dormait à côté. Elle avait l’impression qu’il était malade. Il dormait trop souvent. Et cela changeait à peine quand il était réveillé.
Il se traînait.
Éléonore était inquiète. Cela ne lui était pas arrivé depuis des lustres. La situation lui échappait totalement. Dans le mauvais sens. Et auprès de la personne à laquelle elle tenait le plus au monde. Ni son humour ni sa colère ne l’aidait. Les deux seules solutions qu’elle avait jamais connu, l’humour pour se détacher et fuir, pour dédramatiser et passer à autre chose, la colère pour prendre les choses à cœur, pour avancer et aller au conflit à bras-le-corps.
La tête sur le bureau, les mains dans les cheveux elle se sentit fatiguée. Et seule.
Ne plus entendre Jumbo Merlin dans sa tête lui manquait. Ne plus l’entendre tout court. Qu’il lui prépare un œuf le matin. Qu’il râle pendant ses coups foireux. Qu’il la soigne après qu’elle se soit mise en danger. Qu’il rigole à ses blagues et partage ses jugements sur les enfants bruyants. Le Jumbo de son enfance lui manquait aussi, moins responsable, plus tête brûlée. Toujours intelligent mais plus acide, moins réservé.
Elle se leva et fit face au miroir. Elle constata son visage amoché qui l’empêchait de sourire sinon elle souffrait. Ses yeux verts ternes. Elle avait perdu du poids aussi. Des hématomes parcouraient ses bras. Dans son sweat trop grand elle se dit qu’il valait mieux remplir son questionnaire parce qu’elle finirait par s’apitoyer.
Elle vit son propre nom barré. Hésita un instant à appeler son père. Ça faisait une éternité qu’elle ne l’avait pas fait.
Son esprit tendit vers une chose interdite qu’elle avait caché. Depuis la dernière fois à la boxe elle était restée chez elle. Se demandant si elle avait tué cet homme contre qui elle s’était battue. Non c’était impossible. Elle n’avait pas assez de force…
Elle soupira bruyamment, agrippa ses cheveux, un peu trop longs maintenant. Ils reprenaient aussi leur couleur naturelle, du brun.
Eléonore releva la tête, il fallait remplir ce fichu document, elle mordilla son stylo. Comment aider Jumbo ? Comment allaient-ils s'en sortir ? Parce qu'ils allaient s'en sortir. C'était sûr. Que devait-elle faire ? Puisque c'était apparemment à elle de s'en sortir. D'habitude elle n'avait rien à faire. Prendre des décisions ça l'avait toujours fait chier. Elle suivait son instinct et c'était le bon.
Son stylo valdingua contre le mur. Jumbo sembla bouger. Elle s'excusa en murmurant. Bon sang elle s'excusait quoi ! Et elle aurait tout fait pour lui. Elle le faisait peut-être pas mais il le savait !
Elle ne se reconnaissait plus. Elle ne s'était jamais regardée et tout d'un coup elle se découvrait. Elle se contentait de vivre et tout d'un coup elle devait choisir sa vie. Entre ses doigts s'effilochait tout ce qui avait été certain dans sa vie. Elle avait l'impression d'escalader une montagne de sable, de devoir attraper de l'eau.
Elle n'avait aucun talent. Rien ne la prédisposait à un métier en particulier. Elle avait toujours été libre, et si cette liberté s'était transformée en prison ?
Sa téléportation l'avait toujours mise à l'abri, ou presque. Son daëmon et sa chance avaient fait le reste. Elle ne s'était intéressée à rien ou plutôt à tout sans s'impliquer dans rien, elle avait tout d'un ado irresponsable se fichant de l'avenir. Rien n'était construit. Mais fallait-il forcément construire quelque chose ? Une famille, une maison, des gosses ? Jamais Eléonore n'aurait souhaité une telle vie…
Mentalement elle se devait de trouver une solution. Se fourrer dans les mauvaises situations, s'en sortir, connaître tout le monde sans qu'on la connaisse, et les plus sales affaires de chacun. La téléportation, l'humour, la curiosité, c'étaient ses armes. Qu'est ce qu'elle aimait par-dessus tout ? Jouer, chercher, inspecter, fouiner. Dès qu'elle s'était autorisée à le faire c'était dans ça qu'elle s'était le plus éclatée. Et c'était pourtant parti d'une sale affaire. Découvrir que son père trempait dans des projets corrompus, qu'il en était l'instigateur, ça l'avait dégoûtée. Mais au moins elle avait appris qu'en cherchant bien on pouvait trouver tout ce qu'on voulait. Et que maintenant qu'elle détenait cette information elle avait un peu de pouvoir sur son père.
Mais comment utiliser ça ? Elle n'allait pas devenir flic pour dévoiler les pires choses sur les autres ! En plus au fur et à mesure de son avancée dans les pires endroits avec les soi-disant pires personnes de ce monde, elle avait changé de repères et finalement effacé les notions de bien et de mal et les valeurs inculquées dans son monde de départ.
Dans tous les cas les études ne l'avaient jamais botté. Elle avait besoin de mettre les mains à la pâte. Dans la merde en l’occurrence.
Elle attrapa l'appareil photo et prit Jumbo Merlin en plein sommeil. Il était tout piteux avec cette peau trop grande pour lui.
Elle aurait pu être paparazzi flemmarde, balancer des ragots sans avoir à courir après des personnes connues. Elle aurait pu être journaliste si elle avait su écrire. Elle aurait pu être policière si elle n'avait pas tant détesté l'autorité (et si elle était sportive). Elle aurait pu protéger n'importe qui avec un don comme le sien, être garde du corps, mais aucune patience et aucun intérêt à protéger les gens lui interdisaient cette voie.

Elle prit la feuille, la roula en boule et la jeta à la poubelle. En tout cas médecine c'était fini pour elle et Jumbo. Dans sa tête retentirent les mots de son responsable de stage. Autiste elle ? N'importe quoi. Elle n'avait juste jamais voulu s'intéresser aux gens. C'est vrai elle avait du mal à comprendre certaines émotions mais avec de l'entraînement elle y arriverait sûrement !

Tout n'était pas perdu ? Elle voulait s'en convaincre, elle voulait une autre voix pour la rassurer. Elle ne voulait pas être dépendante d'une autre voix mais … qu'est-ce qu'elle voulait ?
Eléonore essaya de se visualiser quelques mois plus tard. Fermant les yeux , fronçant les sourcils. Seule cette foutue salle blanche lui vint à l'esprit. C'était impossible ! L'hôpital n'était pas sa porte de sortie ! Et cette autre porte ne s'ouvrait pas !

Une vague de panique envahit ses membres passant comme une décharge électrique. Elle se dirigea vers la cuisine. Il était tôt. La journée la déprimait. Elle ne bougerait pas, Jumbo n'en avait pas la force et elle ne voulait pas se montrer comme ça. Elle ouvrit le frigo. Presque vide. Prit un yaourt, y mit du miel et retourna à son bureau.
Il lui fallait un plan. Et qu'elle arrête de perdre les pédales. Qu'elle arrête cette colère étrange, cette douleur.

Réveil.

C'est à ce moment que son gros singe grogna et battit des paupières. Il murmura, la voix encore rauque du matin.

« Il est quelle heure ? »

« 8h, c'est le matin. »

Accoudé sur le lit il sembla sortir des brumes de son sommeil. Ne se demandant même pas pourquoi elle était dans sa chambre. Puis il dévoila son énorme mâchoire et ses dents coupantes pour bâiller. Ses épaules s'affaissèrent. Comme s'il se souvenait tout d'un coup de qui il était. De sa vie.

« Joyeux anniversaire mon gros ! Tu veux faire quoi aujourd'hui ? »

Jumbo se rappela soudain que c'était son anniversaire et il leva vers elle son grand regard triste. Il essaya de rechercher une émotion, un sentiment à l'intérieur, une motivation, une envie. Il ne trouva rien. Et se dit qu'il avait déjà lu quelque chose à ce sujet. Ce n'était pas de la fainéantise ou de la paresse, c'était dans ses hormones, il n'avait aucune force. Une maladie… Impossible de mettre le doigt dessus.

« Bon je te laisse te réveiller et voir ce qu'on fait aujourd'hui. On est pas obligés de faire un truc si tu préfères on peut se mater un film et commander une montagne de bouffe. Je vais prendre ma douche ... »

Il la vit partir, tout tournait au ralenti. Il fallait qu'il se ressaisisse bon sang. Il se leva doucement, entendit Léo chanter. Un vertige le prit et il dut s'asseoir sur le bureau.
La porte de la salle de bain se referma. Il entendit l'eau commencer à couler.
Sa tête lui tournait encore et il se dit qu'il devrait manger si il ne voulait pas tomber dans les pommes.
Son regard se posa sur le papier en boule qu'était leur formulaire d'inscription. Il le déplia avec soin et vit le prénom d'Eléonore barré.
Un sanglot vint le chercher au fond de la gorge. Un sanglot suivi d'un autre. Ils s'enchaînaient à la suite. Les larmes roulaient sur sa face émaciée. Il peinait presque à respirer. Son corps entier était secoué. Il se sentit si seul. A un moment il faillit s'arrêter et revit le visage abîmé de Léo dans son esprit. Son œil à demi fermé, ses cicatrices, le sang, sa violence contre elle-même inarrêtable. Et il pleura de plus belle.

Il resta en boule, avec cette feuille maintenant humide serrée contre lui. Attendant que lentement, les sanglots s'apaisent.

Eléonore, sous la douche, chantonnait. Ses cheveux vraiment sales elle mit la dose de shampoing, sachant à l'avance qu'elle devrait les nettoyer plusieurs fois. Mais à son plus grand malheur une panne d'eau chaude survint à ce moment. Elle jura comme un charretier et décida envers et contre tout de se laver les cheveux. Le corps grelottant mais la volonté à toute épreuve elle n'allait pas se faire emmerder par l'eau froide ! Le jour de son anniversaire. Ça irait bien quoi qu'il se passerait aujourd'hui. L'eau froide lui remit les idées en place, elle se revit sur le ring de boxe. Et se dit qu'elle avait dépassé les limites.
En sortant, un reste de savon dans les cheveux et grelottant elle s'approcha de sa chambre, lançant à la volée.

«  Il y a une panne d… Jumbo ? Jumbo … Jumbo qu'est-ce qu'il se passe ? Jumbo … s'il te plaît Jumbo… »

Elle l'entoura à demi de ses bras, sa serviette encore sur la tête. Son corps était plus froid que d'habitude. Elle prit la couverture et les enroula dedans. Ils restèrent l'un et l'autre une éternité sans bouger. Elle lui caressait doucement le dos. Et des touffes de poils lui restaient dans les mains.
Dans sa tête elle imagina mille scénarii, était-il malade ? Une âme pouvait-elle avoir le cancer ?

Puis petit à petit il se réchauffa et le regard vide il dit qu'il avait faim. Ils se mirent dans le salon, commencèrent Merlin l'enchanteur. La nourriture qu'ils avaient commandé arriva. Une tonne de sushis pour Jumbo, de la pizza, des smoothies, des cochonneries. Il voulait essayer, tout essayer pour retrouver le goût. De manger, de vivre.

Il se força mais ne réussit qu'à vomir tandis que Léo, plus inquiète qu'elle ne l'avait jamais été restait derrière lui. Elle ne faisait aucune blague, ni sur l'odeur ni sur lui. Elle ne souriait pas. Il essaya de s'en vouloir. Il était trop fatigué pour ça.

En milieu d'après-midi il se mit à pleuvoir. Eléonore se refusait à sortir ou à appeler qui que ce soit. A sortir parce qu'elle voulait éviter de voir l'agitation d'Halloween, les enfants déguisés … elle aimait bien Halloween, mais pas cette année. A appeler quelqu'un parce qu'elle refusait que quelqu'un ait pitié, ou les voit comme ça, par fierté, par honte.

Jumbo dessinait tandis qu'Eléonore lisait distraitement. Il devait être 18h. Il lui demanda s'il pouvait aller faire un tour histoire de prendre l'air. Voir la mer, les vagues, l'océan, de la falaise où ils avaient l'habitude d'aller.
Eléonore avait levé les yeux de son bouquin, comme si elle ne l'avait pas observé ces dernières heures. Elle le scruta. Il semblait sincère, c'est vrai qu'il avait toujours aimé la mer. Ça l'apaiserait probablement. Il avait envie de quelque chose. Il pleuvait de plus en plus fort dehors. Il faisait chaud à l'intérieur. Il allait attraper une crève et la probabilité qu'il en meurt était bien réelle vu son état de fragilité. Mais… il avait envie de quelque chose… Il était vivant.
Malgré son scepticisme, inhabituel, puisqu'elle était la première à foncer dans ce genre de situation, elle était prête à y aller. Elle lui fit la réflexion de la pluie et il répondit, presque inaudible, qu'il voulait juste rester dans la voiture, voir la mer, même derrière le pare-brise.

Eléonore Lovelace manquait de bon sens. Elle allait, depuis son émancipation, contre le bon sens. Elle avait connu des centaines de situations qui auraient dû la ramener à ce bon sens mais elle ne s'y était jamais résolue. Enfin, ça c'était avant. Ces derniers temps elle avait connu de nombreuses premières fois. La première fois qu'elle s'inquiétait, la première fois qu'elle s'était tue, la première fois qu'elle s'était remise en question. Pour la enième fois elle allait ignorer son bon sens mais pour la première fois elle l'avait écouté. Pour la première fois elle comprenait qu'elle pouvait perdre. Pour la première fois elle voulait l'éviter, elle avait peur de perdre. De le perdre. Elle savait que c'était une mauvaise idée, elle aurait préféré qu'il reste au chaud, qu'elle lui fasse un chocolat avec de la chantilly. Cette peur qu'il soit malade était moins grande que la peur qu'il se perde à jamais.
Eléonore Lovelace avait nié la descente aux enfers de son âme. Elle n'avait pas appelé à l'aide, elle s'était enfermée, avait caché ses yeux, bouché ses oreilles, avait crié. Maintenant. Des touffes de poils dans les mains, son grand singe malingre et vomissant, son regard vide, ses sanglots l'avaient plaqué au mur. Impossible de fermer les yeux de nouveau. Etait-il trop tard ? Elle avait attendu d'être au pied du mur maintenant comment pouvait-elle passer au-dessus.

C'est pour ça qu'elle avait accepté. C'était leur anniversaire.
Elle avait prit leurs capes de pluie, tout le nécessaire pour ne pas mourir de froid. Au cas-où.
Dans le pick-up il avait demandé à conduire. Encore une fois elle aurait dû lui dire non. Il conduisait extrêmement bien, légalement et tout en souplesse. Mais dans son état … Elle le laissa. La route défilait, et il gardait la même conduite. La pluie était devenue torentielle, plus personne n'était dehors, le ciel s'acharnait contre leur pick-up et l'eau coulait en abondance sur les vitres. Comme souvent quand il conduisait, elle s'endormit. Cela lui rappelait les trajets avec son père, cette confiance absolue qu'elle avait. Elle pouvait se laisser dormir et abandonner sa vie à Jumbo.


La pièce blanche. Encore.
Après avoir hurlé. Après avoir brisé. Détruit, frappé.
Me revoilà dans cette maudite, satané, fichue pièce blanche. Je le sais sans même avoir ouvert les yeux. Je le ressens. Je ne veux pas ouvrir les yeux.
J'attends mais rien ne se passe. Rien ne se passe jamais dans cette fichue pièce. Pas un bruit. Pas un grincement.
Je m'enferme profondément en moi-même. J'embrasse ma colère pour la calmer. Ne pas paniquer. Pas de solutions mais ne pas paniquer. Et à l'intérieur je trouve une petite flamme, une petite présence. Aussi fine que la flamme d'une bougie.
Il est là. Je le sens au plus profond de moi.
Alors j'ouvre les yeux. Et je recule vite. Frappant le mur derrière moi de mon dos. Impossible de reculer plus. La chambre … est rouge. Rouge marron, rouge vif.

Sang.

C'est … si effrayant. L'odeur me monte à la gorge. Je l'ai déjà senti à l'hôpital mais là il y en a tellement.
Tout … tout ce sang. Et je vois qu'il forme des mots. Seul, impasse, crier, tomber. Mort, mort, mort.
D'un coup je me rappelle des mots, un souvenir géant s'incruste dans ma tête. Et elle s'emplit si vite, si fort que j'ai l'impression d'exploser. J'entends Jumbo me parler tout ce qu'il a pensé depuis un mois. Tout en même temps, en un bordel de bruits, de cris, de murmures.
Entre l'odeur de sang et l'afflux de pensées dans mon esprit je me serre la tête. Je me dis que c'est fini là maintenant. Je vois flou, j'ai l'impression que mes os du crâne craquent. Que mon cœur menace de sortir, de sortir en se déchirant sur les côtes, entre les poumons. Je m'appuie sur le mur, mes jambes tremblent et flageolent. Je sens un liquide ferreux couler de mon nez. Putain je vais pas crever quand même !
J'essaie de comprendre. Mettre en marche mon cerveau d'un coup. Et je comprends que je n'écoutais plus Jumbo, que c'est pour ça que notre connexion était coupée. Elle ne l'étais pas. Pas vraiment. Il ne m'entendait plus parce que j'étais là, je m'étais enfermée là… et lui… lui… je l'entendais plus.
Je me rappelle de son bureau, de ses dessins partout enroulés, de ce qu'il dessinait il y a quelques heures. Cette même chambre… rouge, ensanglantée.
Lui aussi.
Mais comment j'ai pu le rater ? Comment a-t-on pu se rater ? La chambre tangue dangereusement. Je me cogne la tête avec un bruit sourd contre le mur. Et je vomis mes tripes. Je vomis tout ce qui reste en moi. Ça éclabousse sur mes pieds. Surtout ne pas tomber dedans. J'avance un pas. J'entends toujours en même temps toutes ces voix que j'ai raté, toutes ces pensées sombres, horrifiantes. Il faut que ça s'arrête. Putain je peux rien faire là. C'est douloureux.
J'ouvre à demi les yeux et dans la vision hachée que j'ai de la pièce je vois la masse sombre de mon âme. Je n'ai plus le temps de réfléchir. Plus le temps de savoir qui est la cause, comment c'est arrivé et pourquoi et qu'est-ce que c'est exactement. Plus le temps de regarder en moi ce qui ne marche plus. Plus le temps de regarder la maladie de Jumbo qui le ronge.
Plus le temps.
Le sang c'est pas le mien.
Je pousse sur mes jambes faibles et pousse encore dans cette atmosphère trop lourde. Je trébuche et je tombe. J'ai mal. J'ai vraiment mal. Et je vois que sur mon corps les cicatrices de mes dernières folies reviennent. Je reprends mon corps. Comme si ce rêve n'en était plus un.
Je sais qu'il est vivant. Il faut qu'on sorte de là.Vite.
Je sens mes doigts s'accrocher dans sa fourrure. Je tire de toutes mes forces. Je n'en aurais jamais assez. Avec mon autre main je l'agrippe. Et son corps se retourne lourdement. Des coupures le jonchent, son ventre est ouvert. Un haut le cœur me secoue et je l'ignore. Plus rien à vomir. Je tombe à genoux, assommée par une voix plus forte.
C'est impossible putain. C'est impossible. J'y arriverai pas moi.
Alors au milieu des explosions mentales j'entends un grincement. C'est la porte en bois. Elle était ouverte, elle bâillait depuis tout ce temps. Tout est noir derrière. Tout vaudra mieux que cette pièce.
Si c'est pas moi personne le fera. Je dois avancer. Partir d'ici. Alors je prends Jumbo des deux mains et je le traîne. Avec difficulté, lentement. Plus j'approche plus je me sens forte.
Et quand j'arrive de l'autre côté dans ce noir j'avance encore. Encore. J'entends des bruits au-dessus de ma tête. Comme si des choses tombaient, ricochaient. Par centaines. Une mitraillette qui ne s'arrêterait jamais.
La pluie.
Et je me sens comme happée par une vitesse folle. Mais pas de lumière pas de sortie.
Je comprends tout de suite que je dois me réveiller. Je ne lâche toujours pas mon daëmon, je ne le lâche plus.
Mais la sensation de vitesse s'intensifie. Il faut que je me réveille. Putain vite. Vite je sais ce qui se passe.
Putain putain putain fais pas ça fais pas ça. Me fais pas ça s'il te plaît.


En sursaut elle se réveilla, un filet de sang coulait de son nez. La pluie tapait si fort qu'on ne voyait pas grand-chose. Ils étaient sur la route de la falaise, ils ne voyaient pas encore la mer mais bien l'immense forêt.
En premier lieu elle eut une sorte de soulagement. Tout était normal. Son coeur battait vite. Comme au réveil d'un cauchemar. Elle vit sur le tableau de bord qu'ils roulaient à plus de 150 km/h...160...170…
L'adrénaline de son rêve lui revint. Comme un coup de fusil dans ses veines. Calmement elle parla à Jumbo qui fixait la route avec un air dur. Un air résolu, plus fort qu'elle ne l'avait vu auparavant. Elle articula avec lenteur.

« Jumbo. Ecoute moi. Ralentis s'il te plaît. »

Il ne cilla même pas. Elle aurait pu l'entendre si son esprit n'avait pas été aussi froid et inflexible que l'acier. Mais elle savait que ce n'était que le vernis.

« Ne fais pas ... »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase un virage trop serré l'interrompit. Le dernier mot sortit en un cri pendant qu'elle força le volant à tourner.
C'était bien trop tard. Pas à cette vitesse, sous cette pluie, dans cette noirceur.
Elle se jeta de toute ces forces sur ce volant mais c'était trop tard. L'énorme voiture était devenue un frein, son poids les avaient entraîné dans le ravin.
L'apesanteur les fit s'envoler à l'intérieur. Et aussitôt ils se plaquèrent contre le toit. Elle ne cessait de crier. Cette immense armature de fer allait s'écraser contre ses arbres en contrebas. Elle vit en un instant l'image de leurs corps des morceaux de métal les empalant.
La voiture tourna à moitié, elle ne pouvait empêcher son corps de se plaquer contre la vitre. Il fallait qu'elle attrapa Jumbo. Qu'elle se téléporte. Oui il fallait qu'elle essaye. La voiture rencontra une branche d'arbre qui brisa le pare brise en ralentissant à peine la chute de l'engin.
La carrosserie se plia frappant la tête d'Eléonore au moment où elle touchait Jumbo. Il était si lourd à téléporter.
Impact dans 3…
Jumbo et Eléonore se retrouvèrent hors de la voiture volant un instant avant de retrouver la gravité terrestre qui les plaqua vers le sol à une vitesse folle. Jumbo descendait trop vite pour qu'Eléonore puisse le rattraper, il semblait inconscient.
Impact dans 2...
La pluie semblait les accompagner. Leur chute avait été significativement réduite par la téléportation, elle n'était que de quelques mètres mais le choc fut brutal. Leurs corps atterrirent dans la boue avant de rebondir. Jumbo roulait. Eléonore atterrit à demi assommée.
Impact dans 1...
Elle eut le temps de voir, de son œil valide, la carcasse de la voiture se détruire littéralement contre le sol et les rochers avant de dévaler dans leur direction avec un fracas du diable. Un tonnerre métallique.
L'horreur s'empara d'Eléonore qui vit la voiture s'approcher en tonneaux.
C'en était fini.
Son corps refusait de bouger, elle ne sentait plus ses jambes. Elle ne pouvait plus rien faire. La douleur dans son corps sonnait stridente et elle ne la sentait même plus.
La voiture se rapprocha obstruant sa vision et un caillou la fit rebondir de plus belle. Juste avant Eléonore. La roue frappa néanmoins son flanc gauche de plein fouet et elle fut entraînée après la voiture par la force de la masse en mouvement. Son corps heurta et roula. Elle perdit connaissance.

Pluie.

Sa conscience se dépersonnalisa. Et elle vit la voiture se fracasser contre un arbre. Cette machine infernale s'était enfin arrêtée. Et …
Un bras de singe se dégageait à moitié de la carcasse de ferraille.
Voletant au-dessus de cette scène de mort sa conscience se fit happer dans son corps. Dans la boue, à moitié tourné, incapable d'un moindre mouvement et pourtant toujours vivant. Si ce corps était toujours vivant Jumbo l'étai aussi se dit-elle.
Le silence maintenant. La boue qui semblait l'attirer. Le sang. La douleur qui emplit son esprit. La vue à demi tournée vers son âme dont elle voyait les jambes et le corps à demi enseveli sous le pick-up. Il semblait paisible.
Elle voulut crier et un râle sortit de sa gorge. Un râle accompagné de larmes qui se mêlèrent au sang, à la boue et à la pluie.
Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle même. Elle avait essayé ! Elle avait vraiment essayé ! Si fort. De les sauver tous les deux ! Mais seuls, au fond du forêt, un soir d'Halloween, en train de se vider de leur sang. L'idée de la mort lui sembla injuste. Ses larmes redoublèrent. Ça ne suffisait pas ? Tous ses efforts, toute cette vie, ce manque de sens, tout ce qu'elle n'avait pas encore fait… mourir dans la boue le soir de son anniversaire, seule, en voyant son daëmon se vider de son sang. Pourquoi ? Elle y avait tellement cru jusqu'au bout...
Eléonore Lovelace ne sut pas combien de temps elle resta dans cette position ni combien de temps elle pleura. Mais au fond d'elle, les sanglots s'apaisèrent et elle entendit du piano, un air si doux, qu'elle avait joué dans son enfance. Elle ne savait plus où elle était, elle n'entendait plus rien, si ce n'est cette musique. Les larmes roulaient toujours mais elle s'évanouit.
Stop.
  
MessageDim 27 Nov - 17:12
avatar
Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 4214Nombre de RP : 238Âge réel : 27Copyright : © Aki.Avatar daëmon :
Àsgard ValdasonADMIN-JVAISPASFAIREUNPAVE...OUPS! ♥|| èé
Je mords!..



Wyatt & Eléonore


C'est l'histoire d'une fille triste et solitaire, qui n'a jamais trouvé sa place nulle part. Une bombe humaine sur le point d'exploser. Une cocotte-minute constamment sous pression dans laquelle bouillonnent depuis trop longtemps du ressentiment, de l'insatisfaction, une envie d'être ailleurs.

Mains jointent, bouche collée contre elles, souffle essayant de réchauffer ce qu’il peut dans ce creux. Je suis en train de mourir de froid je crois… Coup d’œil sur le régulateur de chaleur de la maison, il fait plus de vingt degrés. Je ne devrais pas être frigorifier comme ça, ce n’est pas du tout normal. C’est la pluie torrentielle et la musique douce qui raisonne contre les murs qui doivent me donner cet effet de fraicheur. Peut être aussi le fait que tu sois seul dans plus de cent cinquante mètres carrée et près d’un hectare de terrain. La solitude s’en donne à cœur joie, j’en suis certaine ! Je roule des yeux au commentaire de la Smilodon, pourtant, je sais qu’elle n’a pas tort. Je ne m’imaginais pas vivre ici tout seul lorsque je signai le contrat d’achat, je n’aurais certainement pas pris aussi grand si je m’étais imaginé un tel futur. Inspirant profondément, je m’en vais remettre une buche dans la cheminée et m’en va troquer mon jogging contre une bonne douche au moment où la playlist qui est lancée, change immédiatement de ton. Voilà quelque chose de bien plus entrainant ! Tee-shirt, veste, jean, sous-vêtements. En bref je sors tout ce qu’il me faut pour me décrasser de l’heure de sport passée dans la pièce d’à côté. Qui donc aurait pu croire qu’une si jeune adulte pourrait avoir un si bon effet sur toi et sur tes ‘‘entrainements’’ ? Surtout lorsque cette dite fille ne pouvait pas te voir en peinture il y a quelques années en arrière. Si je m’étais attendu à un tel revers de médaille vis-à-vis de Lynae, peut-être n’aurais-je jamais agis ainsi plus jeune bien qu’elle n’est jamais été concernée par mes … conquêtes ? Batifolages ? Comment tu nommerais ça toi ?

Tes enculades et ton mode connard ultime ?, j’écarquille les yeux, abasourdi par ce qu’elle pouvait lancer.
Comment ça ?!
Pardon… Ultime n’était pas adapté…

Je soupire clairement vexé dans un premier temps alors qu’Âdhya se rapproche moi, air malicieux collé sur sa frimousse, son affectueux roulant contre ses cordes vocales alors qu’elle frotte sa massive tête contre moi dans un geste tendre. Ouais c’est ça, fais-toi pardonner, mauvaise graine ! Et elle s’en va, aussi digne qu’une princesse, suivit de la chienne qui avait pris plusieurs mois maintenant et qui essayait de lui mordre les pattes. La Smilodon perd facilement patience, mais Chewie est futée je ne me soucie pas pour elle alors que je m’en vais sous l’eau.
De retour dans le salon, j’attrape la laisse et le collier, animal attentif au bruit venant courir dans mes jambes, queue remuant dans tous les sens, Âdhya arrivant de la même manière pour en jouer en se moquant de la bestiole qui gesticule entre ses pattes. Tu t’imagines un peu si je débarquais comme ça à chaque fois que l’on part au gouvernement ? Ça serait Wolfgang qui en profiterait pour nous enfoncer encore plus. L’imitation d’un sourire se dessine sur ses babines alors que j’ouvre la porte après avoir attaché la jeune golden retriever, âme cessant de se trémousser pour venir sauter dans la benne du pick up noir. Canidé venant, quant à lui, prendre place côté passager en se roulant en boule au pied du siège. Et la route se fait, tranquillement et surement alors que la pluie de son côté est en train de redoubler d’effort, bruit sourd de l’impact de ses gouttes sur le pare-brise chantant jusque dans nos oreilles. Pendant un moment j’hésite à continuer notre chemin. Je n’apprécie pas particulièrement ce genre de temps et encore moins lorsque l’on sort pour une promenade… Ralentissant, je jette rapidement un coup d’œil à Chewie qui s’était redressée, venant s’installer directement sur le siège, regard plongé sur l’extérieur et langue pendante. Sa bonne humeur, elle me contamine et en la constatant, la voyant au travers de son regard, je n’arrive pas à trouver le courage d’être égoïste. Pourtant une fois, un jour, ça n’aurait certainement pas été un véritable problème surtout pour à peine trente minutes… Mais non. Alors je reprends une vitesse un peu plus rapide tout en étant l’adaptant au déluge de dehors, allumant l’autoradio et fredonnant les airs que les ondes desservent.

Wyatt, ralentis ! L’odeur… Il y a quelque chose d’anormal dans le coin. Mon regard se porte jusque sur le rétroviseur de droite, Smilodon debout, semblant être attentive à tout ce qui pourrait lui bondir à la gueule. Sous sa demande, je laisse le frein moteur agir, concentration optimale sur la route en faisant confiance à Âdhya jusqu’à ce que mon regard s’agrandisse sous l’étonnement et la panique. Mes yeux verts suivent le chemin marqué par la trace des pneus d’un véhicule, barrière de sécurité détruite insistant sur la gravité de ce qui a pu se passer. Un coup d’œil dans le rétroviseur arrière pour m’assurer qu’il n’y ait personne dans mon dos et j’enclenche la seconde vitesse, passant au pas devant ce qui est en train de m’alerter. La Smilodon, elle saute de l’appareil en mouvement, rattrapant en deux foulées la fenêtre que je suis en train de baisser.

Je te laisse partir devant, je contourne la falaise et descends par les vallons pour te rejoindre. Tiens-toi a portée s’il te plait et fait attention Âdhya…

Le temps d’action me semble particulièrement réduit alors que je fais mon possible pour me dépêcher et rejoindre la tigresse. Garé en contre bas, je fais descendre la chienne qui s’en va jouer toute seule alors que j’accours en direction de mon alter-ego, sa truffe a quelques centimètres d’un visage humain, corps imposant s’écartant à ma venue. Je lance un regard inquiet à Âdhya avant de m’accroupir, glissant ma paume jusqu’au-dessus du nez de ce visage féminin. La respiration est faible mais bien présente. Une main sur le bras de l’inconnue, je m’empare de mon téléphone pour appeler les secours, le réseau est faible mais pas assez pour empêcher un appel. Pas assez pour réussir cela mais suffisamment bas pour ne pas qu’on entende un piètre mot de ce que je veux dire. J’enrage pendant quelques secondes avant d’abandonner et de décider de me débrouiller tout seul. Je passe mes bras sous son corps et me relève, émeraude observant mon âme qui renifle une sorte de… main ? Je m’approche doucement et regarde par la vitre cassé, mouvement de recul se faisant en constatant de la présence d’un Gorille au volant du véhicule. Le doute n’est pas permis, il s’agit forcément là d’un daëmon.

Il faut que tu le fasses sortir de là.
Je ne toucherai pas à une âme Âdhya.
Tu ne peux pas le laisser là on est d’accord, il faut donc que tu le mettes dans la benne.
Je ne le toucherai pas, c’est certain, je ne peux pas. Elle soupire et baisse la tête.
Vas déposer sa daëmonienne et viens au moins essayer d’ouvrir cette porte.

Je ravale ma salive, bloqué par la scène, souvenir des corps morts il y a déjà plus d’un an maintenant. Cette mémoire pétrifie mon corps et tout d’un coup je sens que j’ai terriblement froid. Mais ce n’est pas dû la pluie... Mes doigts se resserrent sur la peau de la femme, ma daëmon se retournant sur moi, sa gueule s’entrouvrant. Est-elle en train de parler ? Elle hurle pour me faire réagir, me laissant sursauter, approchant la demoiselle un peu plus contre mon torse. Wyatt, ils vont mourir ! Bouge ! Echo encore lointain, j’arrive néanmoins à le saisir laissant quelque chose se réveiller en moi me faisant reprendre conscience, faisant demi-tour et courant en direction de la voiture pour pouvoir rapidement revenir auprès de la tigresse. Mais je m’attarde, couvrant l’inconnue de tout ce que je peux avoir de chaud dans la voiture, un sac placé sous sa tête. Elle ne saurait jamais ce mal donné pour lui offrir un tant soit peu de confort et quelque part, je m’en moque, je ne suis pas à la recherche d’une quelconque reconnaissance. Fermant la porte pour l’abriter de tout ce qui s’abat sur nous, je m’élance vers le Gorille, Âdhya poussant du bout de la truffe la main du singe pour la remettre dans l’habitacle. Je glisse mon avant-bras à l’intérieur, jouant avec la poignée qui refuse de s’ouvrir. Les secondes passent trop vite alors qu’elles deviennent de plus en plus terriblement précieuses, sang se répandant toujours de plus en plus au cœur de la scène. Je recule de deux ou trois pas, chassant les gouttes d’eau de mon visage d’un revers du bras. La Smilodon elle n’attend plus, trop alerte pour continuer à accepter de tourner en rond. Pattes avant allant se poser contre le haut du pickup, griffes sortant et se plantant dans la taule pour se donner plus de stabilité. Gueule s’ouvrant elle s’en va planter ses crocs dans la portière, canines perforant le métal sans l’ombre d’une difficulté. À plusieurs reprises, elle tire sur sa prise dans des mouvements à la fois sec et puissant. Il ne lui faut qu’un bref instant pour faire sauter la résistance de la charnière, porte suivant le mouvement et âme ne bougeant pourtant pas d’un poil, Gorille manquant de tomber à la renverse si elle s’en écarte. Premier objectif atteint. Je te laisse réfléchir pour la suite, je me concentre pour le retenir. Âdhya, elle faisait facilement le double du poids du dos gris, le supporter n’était donc pas le plus gros des soucis, je savais pourquoi elle avait décidé cela.

Rien n’échappe à la Smilodon, et ces réminiscences du passé ne lui étaient justement pas passées inaperçues. Occuper mon esprit était son attention, que je ne sois pas seulement spectateur qui s’imagine revivre ces dernières années d’enfers. Je baisse mon crâne, paume le pressant et décide de retourner auprès du Nissan Navara pour fouiller dans mon matériel professionnel, ce pour quoi j’ai passé mes années d’études.
Les fouilles sont délicates, fragile, je sais que je n’aurais jamais de corde assez bonne pour pouvoir supporter le poids du primate. Et mon regard se porte sur le treuil, le palan et les chaines que j’y avais accroché. J’écarquille les yeux, et tire tout l’appareillage de levage de la benne pour déplier les pattes et l’encrer au sol. Modèle le plus léger, il peut néanmoins porter jusqu’à cinq cents kilos de masse. Nous sommes large ! Je m’empresse de le monter, d’accrocher la poulie une fois toutes les chaines glissées dans les passants, attachant les crochets et lâchant le lien qui permettra de décoller cette âme sœur du sol. Le plus rapidement possible, j’étale une bâche dans la benne, saute de cette dernière en saisissant la longe de dressage de la chienne et sprint jusqu’à mon alter-ego. Sans discussion je prends sa place alors qu’elle libère enfin sa gueule de la carrosserie, pattes s’en défaisant également alors qu’elle fait retomber son corps sur la terre.

On va essayer de le faire tomber sur la portière, je l’accompagne doucement et toi tu essaies de faire en sorte qu’il soit dessus.

Âdhya cligne des yeux en ne commentant rien. Le silence est complet, même Chewie a cessé d’aboyer après les feuilles que le vent porte au loin. Elle est couchée sous le pick up, attentive à ce que l’on est en train de faire sans oser s’approcher, présence du singe bien trop inquiétante pour elle. Mes bras tremblent sous le poids alors que j’essaie de les verrouiller eux comme mes muscles pour ne pas lâcher prise. La Smilodon assure dans sa mission et une fois le gorille bien placé au centre, elle vient m’aider à déposer la porte au sol et la laissant terminer part mettre l’âme le plus en boule possible afin que la plus grosse partie de son volume occupe le froid de la taule. Un coup d’œil à la laisse et je la ramasse pour faire un nœud entre la portière et la glace qui est brisé. Il n’y a pas une tonne de solution à présent, il faut tirer. La tigresse ne me laisse pas le temps d’agir qu’elle s’empare déjà de l’objet et avance à reculons tout en douceur. Je fouille pendant quelques secondes à la recherche de leurs papiers pendant qu’elle gagne peu à peu la distance jusqu’au Nissan. Carte d’identité, permis, qu’importe ce qui me tombe sous la main je le récupère et rejoins Âdhya. Je me place de l’autre côté de là où elle est, réagissant au quart de tour pour ne pas que le Gorille tombe au sol à la moindre secousse. Se dépêcher tout en étant concentré sur ce qui est entreprit. Les mètres ne sont jamais assez rapidement avalés et pourtant nous nous donnons, nous faisons tout ce que nous pouvons. Arrivé au véhicule, j’harnache la porte avec les crochets qui sont rattaché au treuil, tirant de toutes mes forces je fais confiance à Âdhya pour diriger le poids du daëmon. Les minutes s’écoulent, je commence a ne plus avoir de force dans les bras. Mon âme le ressent inévitablement et constate de la hauteur avant de pousser le dos gris en direction de la benne. Mes yeux s’écarquillent alors que je vois mon treuil basculer avec l’élan donné et dans un bon la femelle limite la casse, atterrissage de la portière se faisant un peu plus mollement que ce que je craignais pendant que je me jette sur mon matériel en décrochant le maximum d’attaches. Je remballe le tout, fait monter Chewie à l’arrière, retire ce qui avait servie à couvrir la femme pour venir lui mettre autre chose.

Tu devrais lui retirer ses affaires. Il ne faudrait pas qu’elle tombe en hypothermie et la couvrir de la couverture chauffante, tu en as une dans la trousse de secours dans la boite à gant.

Je ne cherche pas à réfléchir à la question, à m’interroger sur le fait qu’il est ou non correcte de déshabiller une femme sans même qu’elle en soit consciente. C’est pour elle, non pour un plaisir personnel. Alors j’extirpe toute les affaires utiles de mes sacs ne faisant pas attention au fait que moi-même, je sois dégoulinant d’eau. Haut et bas enlevé, lui laissant uniquement ses sous-vêtements, je m’attèle vivement à la rhabiller avec un pull et un jogging sec. J’arrive à sourire, malgré cette situation qui ne s’y prête absolument pas. Tout est bien trop grand pour elle. Mais soit, cela n’a aucune importance et couverture enveloppant l’inconnue, je ressors seulement pour fermer la benne. Âdhya nous suivra en courant. Elle est trop grande, trop imposante et lui, lui il est trop blessé… Je me place en face du volant, fait démarrer le contact et grimpe rapidement les vitesses avant jusqu’à atteindre la route. La rapidité de la Smilodon est celle qui rythmera notre voyage. Enfin pendant un temps. Elle n’est ni assez rapide pour l’importance de la situation, ni assez endurante pour une telle distance.

Elle finit par sauter dans la benne en court de route, amortisseurs protestant du poids qu’ils doivent se mettre à supporter. Et j’accélère, dépassant les limites de vitesses sans même m’en rendre spécialement compte. De toute manière, l’avantage du statut professionnel est que les amandes, je ne les paie plus vraiment mais soit, là n’est pas la question. Les kilomètres sont avalés plus rapidement qu’ils ne devraient l’être, branche des urgences choisit allant même jusqu’à klaxonner pour attirer l’attention du service, Âdhya s’avançant la première dans le hall, alertant le personnel en décrivant la situation alors que je saute du pick up pour récupérer le corps de la femme, mademoiselle Abrams, infirmière en chef qui s’approche de nous.

Monsieur Ordwigan, en d’autre circonstance il aurait été plaisant de nous revoir. Vous pouvez nous la laisser, nous nous chargeons d’elle, à présent. Est-elle humaine ?
Son daëmon est à l’arrière, il va vous falloir des bras pour le porter. C’est un gorille.

Hermione Abrams. Au fond de moi, j’étais quelque part heureux de la retrouver, peut être aurais-je dû la contacter, la retrouver sans avoir à débouler au pas de courses dans son hôpital pour la revoir le temps de quelques instants. Ça n’a pas d’importance. Derrière elle, le monde s’active, un brancard accourt et sept ou huit personnes viennent en renfort pour récupérer la porte sur laquelle l’âme repose. Ils font attention à ne pas le toucher malgré son inconscience, s’il venait à se réveiller à cause de cette douleur, les dégâts qu’il pourrait causer ne seraient pas innocents. Les urgentistes et médecins se précipite sur eux, leurs daemons, tous des singes. Des subalternes venant sauver leur roi. Si les primates ne parlent pas à voix hautes, dans leurs gestuelles, dans leurs comportements on voit clairement qu’ils échangent entre eux. Tout est précis, tout est calculé, est-ce que lorsque l’équipe de mademoiselle Abrams avait été autant attentionné pour nous sauver il y a un an de ça ? Je regarde l’inconnue partir alors qu’Hermione me demande de la suivre pour remplir le dossier d’entrée. Réellement c’était pour savoir comment nous allions, plus qu’autre chose mais j’étais préoccupé par le cas de cette jeune fille.

Vous pouvez nous laisser votre numéro si vous voulez monsieur Ordwigan. Ainsi nous vous tiendrons au courant de son état dès que nous en seront plus. J’acquiesce d’un mouvement de tête en le lui notant sur un papier.
Ses affaires sont dans la voiture, je ne pense pas qu’elle puisse les réutiliser mais je vais quand même les laisser à l’accueille. J’ai aussi récupéré les papiers que j’ai pu trouver sur le lieu de l’accident, je vous les déposerais avec ses vêtements.
Ceux qu’elle porte sont les votre si je conclus bien l’affaire. Permettez-nous de lui dire qui l’a amené ici si elle vient à nous poser la question ?
Non, j’ai mes raisons. Laissez-lui les vêtements qu’elle porte, pour repartir elle en aura probablement besoin. Si elle ne les veut pas je viendrais les récupérer après qu’elle ait quitté l’hôpital. Appelez-moi pour me dire comment elle se porte s’il vous plait.
Ne vous en faites pas, elle est entre de bonnes mains, vous-même ne pouvez pas dire le contraire alors rassurez-vous et dites-vous qu’elle vivra. Nous n’exerçons ce travail que pour cela. A son réveil, soyez certain que je m’occuperais personnellement d’elle.

Hermione m’avait sauvé la vie, elle avait pris soin de moi comme peu de monde aurait su le faire, elle avait su faire preuve d’une patience défiant tout épreuve face à mon caractère parfois un peu trop extrême. Elle savait être juste, professionnelle et autoritaire quand cela est nécessaire. Cette petite, elle vivrait, j’avais confiance en l’infirmière. Lui serrant la main, ses yeux dans les miens, je termine par sortir du bureau en tournant la tête en direction des salles d’opérations. Elle s’en sortira. Une main qui glisse dans le pelage d’Âdhya avant que je ne tourne les talons, apportant toutes les affaires de la demoiselle au secrétariat et entends au moment où je franchis la porte un coup de fil qui est passé.

Hermione ? La nouvelle patiente ce nomme Eléonore Lovelace, née le 31 octobre 1994 à Washington. Je me suis dit que tu aurais besoin de ces informations. Une réponse est donnée. … Les papiers que monsieur Ordwigan nous a apporté et je t’en prie. Encore un silence. Effectivement la pauvre petite ne passe pas un bon anniversaire… Bon courage à toute l’équipe.

Son anniversaire ? Je me retourne un instant, hésites à rentrer une nouvelle fois dans l’hôpital. Les portes automatiques se referment sur moi et c’est ce qui me fait tourner les talons. Je passe un coup de fil à un dépanneur, signalant l’emplacement de l’accident pour aller récupérer la carcasse du pick up et vu son état il finira directement à la casse. Enfin, j’irais m’occuper de cela plus tard, là j’ai seulement besoin de me reposer de tout ça.
Bon courage Eléonore Lovelace et bon anniversaire. Tous les jours de ton hospitalisation, même si nous avons beau ne pas nous connaitre, j’essaierai de t’offrir un bout de bonheur, un acte peut-être ridicule, je ne sais pas, mais juste de quoi te faire comprendre qu’ici-bas, il y a des gens qui pensent à toi…

Commentaire:
 
Page 1 sur 1