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Le silence est un cri qui fait mal • Elisa

 
  
MessageDim 26 Fév - 23:47
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Date d'inscription : 21/09/2016Nombre de messages : 46Nombre de RP : 8Âge réel : 25Copyright : Kiki d'amourAvatar daëmon :
Erin CarmichaelNothing will be the same...
« Erin... » « Je sais. »

Je sais. J'aurais pas du poser la question. Je ne sais pas pourquoi elle est venue, pourquoi elle s'est imposée... comme ça. Si brutalement. Et surtout, je ne suis pas sûre de vouloir entendre la réponse. Parce que derrière cette question, lancée à brûle-pourpoint comme un appel à l'aide, il y a un doute. Un doute que je refuse d'écouter, que je refuse de regarder.

Je resserre les pans du polaire, incapable de me réchauffer. J'ai si froid... un froid terrible, pénétrant, qui me glace jusqu'aux os. Le radiateur est tout à côté... il ne me faudrait qu'un pas pour profiter de sa chaleur, calmer les frissons qui m'assaillent.
Mais ce pas est au-dessus de mes forces. Les mots d'Elisa me figent sur place, incapable du moindre geste. Mes yeux se perdent sur le carrelage du mur, suivent distraitement les joints grisâtres du sol au plafond. Et je l'écoute.

Je l'écoute me parler, d'abord de son passé. Tant d'informations à assimiler d'un coup, j'en ai le souffle coupé. « Il était dæmonien. Ma fille l'était aussi. » Ces mots tournent en boucle, tanguent sur mes pensées instables. J'ai à peine le temps de mesurer combien ces révélations mettent en lumière les actes d'Elisa. J'ai soudain l'impression de la découvrir pour la première fois. De la comprendre. Derrière la compagne effacée et soumise, j'aperçois une femme amoureuse, une mère broyée par la douleur... Et Dieu, comme j'ai mal avec elle. Je ressens cette peine intolérable qui est devenue son fardeau. Je la partage, au nom d'une empathie millénaire que seuls peuvent ressentir celles et ceux qui donnent la vie.

Imaginer qu'il puisse arriver quoi que ce soit à mon bébé... Un sanglot sourd s'arrache à ma gorge nouée. Imaginer qu'on puisse vouloir s'en prendre à lui. Que son père... Implacablement, d'une voix presque détachée, Elisa met des mots sur mes pires craintes. Sur les images terrifiantes qui me réveillent en sueur au beau milieu de la nuit. À Elliot que j'ai parfois dérangé par mon sommeil agité, j'ai bredouillé quelques mots concernant des angoisses de future mère. Mais comment lui dire que ma plus grande terreur, c'est lui ? Que ces flashs d'une violence inouïe qui me voient reprendre conscience les joues trempées de larmes... C'est lui. Lui au dessus d'un berceau, les traits tirés par la rage. Lui qui hurle à la trahison. Lui qui tend une main menaçante vers l'enfant qu'il refuse de reconnaître. Lui qui veut s'en débarrasser... et dont le passage à l'acte me réveille immanquablement.

Les larmes coulent sans discontinuer maintenant. J'ai planté mes dents sur le dos de ma main pour retenir les pleurs trop bruyants qui ne manqueraient pas de les alerter. Je ne veux pas. Pas mon bébé. Je ne veux pas. « Je ne peux pas... » Je ne veux pas mais... je ne peux pas. Pas envisager de me retrouver seule, de le voir grandir sans personne pour m'épauler. Je n'ai pas le courage, je n'ai pas la force. Je ne peux pas. Je ne peux pas.

« Tu sais qu'elle a raison... Et tu ne seras jamais toute seule. Jamais. »
  
MessageJeu 16 Mar - 19:03
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Date d'inscription : 25/06/2016Nombre de messages : 237Nombre de RP : 73Âge réel : 26Copyright : Lux Aeternae & Northern LightsAvatar daëmon :
Elisa G. LullyNothing will be the same...

Le silence est un cri qui fait mal
Erin & Elisa


Mein Gott... Elle se sent cruelle tandis qu'elle parle, Elisa, énonce ses secrets comme de loin et peint les peurs d'Erin de nouvelles couleurs, vivaces, brutales. Elle est enceinte, l'écossaise, et elle l'oblige à l'entendre son passé, les craintes qu'elles ne connaissent toutes deux que trop bien. Celle de ne pas comprendre son enfant, celle de ne pas pouvoir être celle qui le protégera, celle que sa famille le rejette. Elle n'avait pas peur de la réaction d'Àsgard si Ida venait être à être humaine, il y avait une autre peur malgré tout. Comment permettre à ses grands-parents de la rencontrer, si elle venait à être dæmonienne, comment l'emmener à travers l'Europe vers le soleil brûlant de Naples quand son père ne pourrait pas les accompagner et qu'elle ne pourrait pas toucher cette part si importante d'elle, comment les inviter à leur rendre visite, quand la simple présence de Kementári aurait été une source d'alarme et d'incompréhension pour eux ? Et l'école, l'enfance, l'appréhension que ces frères et sœurs qu'elle aurait pu, aurait dû avoir, diffèrent d'elle, qu'ils soient tous comme leur père et qu'elle se retrouve étrangère au sein de sa propre famille ? Tant de craintes, confiées dans un souffle à Solfrid, dans un murmure aux accents honteux, inquiète à l'idée qu'elles parviennent aux oreilles d'Àsgard... Les craintes d'une mère. Confiées à une autre mère, reflet de sa propre situation, entendant ses aveux en retour, en tirant la consolation dont elle a besoin...

Elle ne peut pas offrir ça à Erin. Pas de mots rassurants, pas de consolation, juste la réalité, dans toute son horreur, pour éviter qu'elle devienne plus qu'un futur possible. Les mots ont le goût du deuil et de la honte, des cendres et du venin, de l'acide et du remords. Un peu d'espoir au fond de sa gorge, qui la pousse à parler encore, regard se désolant des larmes de l'autre femme, voix s'écorchant de voir ses dents s'enfoncer dans sa main, main venant se saisir de son autre main, la pressant, tentant de la rassurer, de la maintenir en une pièce, de se prêter mutuellement les forces dont elles ont besoin. Rester fortes. Il le faut, pour pouvoir faire face aux deux hommes au rez de chaussée, croiser leurs regards et prétendre que tout ira bien. Mais les larmes coulent malgré elle, chassées de la main pour mieux revenir, derniers mots s'étranglant plus avant alors qu'elle prie, qu'elle espère, qu'elle supplie Erin de faire plus que contempler le futur qu'elle lui dépeint, de le fuir aussi, de toutes ses forces, pour leur bien à tous les deux, à tous les trois. Si Erin s'échappe, Elisa aura un peu plus de forces, pour rester ou pour partir, elle ne sait pas, mais elle sait au moins cela. La force d'élever la voix, juste une fois, de défendre ses souvenirs, sa personnalité. Coûte que coûte. Juste une fois, advienne que pourra.

Et la dénégation entre les dents serrées qui emplit l'espace de la salle de bain et fait se crisper son visage dans une agonie muette. Je ne peux pas... Elle aurait dû le savoir, face se courbant vers le sol, alourdie par son échec, larmes de nouveau désireuses de s'échapper de derrière ses paupières. Elle comprend. Elle pleure pour eux, pour ce secret qui n'en est plus un, pour leur futur. Deux femmes malheureuses passant leur temps à tenter à abriter un enfant de la haine de son père... Le tableau la gèle. La voix qui fait suite à celle d'Erin la saisit, tête se redressant brutalement, dans un craquement sonore de branche cédant sous un pied indifférent, yeux verts écarquillés se posant sur le foulard et le secret qu'il dissimule. Dæmon, et un nouveau puzzle se forme, situations trop symétriques pour être tolérables, gémissement animal s'échappant de sa gorge. Agonisant. C'est à sa main de se porter à sa bouche, à ses yeux de déborder de larmes, hommes oubliés le temps de contempler son reflet, de voir s'étaler un futur devant elles et de le refuser de toute son âme. Pas eux. Elle ne veut pas qu'ils vivent la même tragédie. C'est à ravaler ses larmes et poser son regard sur là où elle suppose l'âme se trouver pour parler, la voix étranglée.

"Elisa, enchantée, même si je ne doute pas que tu connaissais déjà mon nom." Une pause, pour essayer de respirer, de reprendre des forces. Parler à une âme quand sa moitié est là... Il y a quelque chose de si étrange dedans, de presque impoli. Mais il le faut, pour trouver un allié. "S'il te plait..." Le temps de les regarder tous les deux, d'essayer de les percer du regard, d'essayer de leur faire comprendre. "Il faut que vous partiez, Erin... Tu ne seras pas seule, promis, je t'aiderai s'il le faut, je demanderai à mes parents de t'héberger un moment, je trouverai quelque chose. Mais s'il te plait, il faut partir. Pour vous trois. Pour vous quatre, vraiment..." C'est un coup bas, elle le regrette sitôt énoncé. Mais c'est vrai. Elliott est concerné aussi, dans tout ça, à ne pas réellement connaître sa compagne, à risquer de se changer en monstre sous le coup de la colère et de la peur. Elle n'a que peu d'affection pour lui, mais Erin tient à lui. Peut-être que ça aidera, alors... Elle se hait encore un peu plus, de penser comme ça. Qu'importe.

AVENGEDINCHAINS
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