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█ ♂ || Everyone has a story, let me tell you mine. || ღ █

 
  
MessageDim 1 Aoû - 18:36
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Date d'inscription : 23/06/2010Nombre de messages : 6828Nombre de RP : 348Âge réel : 25Copyright : AryaAvatar daëmon : every colors in the air
Aaron Dwayne☷ ADMIN-BREIZH ☷
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Tempest in a Bottle
La vague monta, sa crête commença à se fendre d'écume et elle vint violemment s'écraser sur la falaise dans un grondement de fin du monde. Un fragment de roche se détacha sous le choc, s'écrasa dans les eaux noires de l'Océan Atlantique et y disparu à jamais. A quarante mètres au dessus de l'enfer, juste au bord de la falaise, Aaron était assit sur un énorme rocher, les yeux perdus dans les vagues. D'une main distraite il grattait le lichen jaunâtre qui était incrusté dans la roche tandis que l'autre entourait ses jambes ramassées devant lui. Gaïa était partie faire un tour et visiter les lieux. Il n'avait même pas émit de réserve, avait juste hoché de la tête sans rien dire et elle s'était envolée. Pour la dixième fois, la scène repassa devant ses yeux et il ne put s'en détourner.

    « Pourquoi tant de peine ? »


La voix de la jeune fille s'était élevée dans les airs, douce et dégageant le calme de ceux qui ont l'habitude d'être écoutés et obéit. Il n'avait pas répondu, incapable de bouger ou de simplement respirer. Tout ce qu'il voyait c'était ces deux grands yeux noirs qui lui rappelaient tant Katey. Elle portait une robe dont les couches étaient nombreuses et colorées. Un foulard tout aussi coloré traversait l'océan indomptable de ses cheveux qui cascadaient sur ses épaules, sauvages. D'un geste de tête agacé elle avait repoussé la mèche qui lui tombait dans les yeux sans lâcher Aaron du regard.

    « Louve, ma fille. » déclara William d'une voix fière. « Elle est également Kaolin. »


Kaolin. Encore ce nom prononcé avec un accent mystique comme si le simple fait de le dire résumait parfaitement ce qu'il signifiait. Elle avait penché la tête sur le côté plus que familièrement et c'en avait été trop pour Aaron qui s'était brièvement excusé en reculant.

    « Je.. je ne peux pas, je.. Je suis désolé. »


Elle avait froncé les sourcils d'un air inquiet et il avait tourné les talons sans rien bégayer de plus. Et maintenant il était là, assit comme un con sur son pauvre rocher. Il avait probablement offensé William et n'aurait qu'à retrouver la route jusqu'à sa moto pour passer la nuit dans un bosquet un peu à l'abri du vent. S'il en trouvait un. Il soupira et se passa la main dans les cheveux nerveusement.

    « Aaron, c'est ça ? » le jeune homme se retourna si vite qu'elle eu peur qu'il tombe dans le vide. Elle écarta les bras en riant. « Doucement, ou tu va nourrir les poissons plus tôt qu'Elle ne l'a prévu. »


Elle sourit joyeusement et il détourna le regard de peur de perdre plus encore ses moyens. Si il ne la voyait pas il sut parfaitement que son sourire s'était affaissé. Pourquoi ne l'avait-il pas entendu arriver ? Se rappelant le vacarme que faisait les vagues il ne chercha pas plus loin.

    « Pourquoi as-tu si peur ? »


Aaron serra la mâchoire en la sentant s'approcher plus encore. Elle avait grimpé sur le rocher et s'asseyait à côté de lui. Il tourna la tête en soupirant. Hors de question de croiser une fois de plus son regard.

    « Elle te manque. »


Ce n'était pas une question. Aaron frémit. Mais comment faisait-elle pour lire en lui si facilement ?

    « Parce que je suis Kaoli, c'est tout. »


Lisait-elle dans les pensées ? Impossible, elle avait tout d'une humaine normale et n'avait pas vu de daëmon à ses côtés. Mais ça ne voulait rien dire. Et puis ce n'était pas compliqué de savoir ce à quoi il pensait en ce moment, et vu la tête qu'il avait fait quand elle avait tapé juste ça n'avait pas du être trop dur à faire le lien. En soupirant, elle se leva et écarta les bras. Le vent se fit plus violent, comme s'il voulait la repousser pour l'affront qu'elle lui faisait. Comment osait-elle se dresser contre lui ? Elle allait le payer. Un sourire ravi elle éclata de rire en le sentant souffler autour d'elle. Aaron mit son bras devant ses yeux pour se protéger et recula de peur que les bourrasques ne le précipitent dans le vide. Mais elle restait debout, se moquant de la violence des rafales, jouant avec les courants d'air en bougeant au dernier moment. Debout sur le rocher, elle dansait. Dansait avec le vent. D'un coup elle sembla se déstabiliser et bascula légèrement vers l'avant. Non ! La main d'Aaron vola, saisit son poignet et la tira en arrière. Surprise, elle se retourna et il la lâcha immédiatement comme si ce contact l'avait brûlé. Le jeune homme recula d'un pas, essayant vainement de se détacher de ces yeux noirs. Le vent siffla une nouvelle fois à ses oreilles et il réussit à se retourner et sauter à terre. Alors qu'il s'éloignait elle l'appela.

    « Je ne serais pas tombée Aaron. Je n'ai besoin de personne pour veiller sur moi. » sa voix se fit plus proche et il sut qu'elle l'avait presque rejoint. Elle le dépassa et se campa devant lui, furieuse. « Et si j'avais voulu sauter dans le vide rien, rien ne t'autorisais à décider si je pouvais le faire ou non. Je suis Kaolin! Je suis libre ! Tu n'as pas le droit de décider pour moi. Tu ne sais pas ce que c'est la liberté! Tu te fiche de ce que veulent les autres, tout tourne autour de toi ! Tu t'es jeté sur mon père avant même de réfléchir. Ton sang est plus chaud que les entrailles de la Terre, un jour ça te perdra. »


Et laissant un Aaron sidéré sur place elle se dirigea à grand pas vers les roulotes. Elle avait un petit accent qui montrait que la langue qu'elle parlait d'habitude n'était pas celle là. Et en quelques mots elle avait réussit à le déstabiliser assez pour lui faire oublier la sensation qu'il avait éprouvé lorsqu'il lui avait attrapé le poignet.

Un immense feu avait été érigé au centre des roulotes et les flammes léchaient avec gourmandise les buches qui lui permettaient de vivre. Plus haut, toujours plus haut. Les gitans ajoutaient chacun du bois, faisant monter les flammes haut dans le ciel et en accompagnant chaque langue de feu d'un cri joyeux. Se mordant l'intérieur de la joue, Aaron entra progressivement dans la lumière. Il aurait préféré rester en dehors de ce cercle mais Kerim lui avait fait promettre qu'il viendrait ce soir. Il lui avait chaleureusement proposé de dormir dans sa roulote et il ne pouvait pas se permettre de le décevoir en restant à l'écart comme un sauvage. Il sentit tous les regards se braquer sur lui mais fit comme s'il ne s'en rendait pas compte. Pour lui donner un peu de courage, Gaïa vint se poser sur son épaule et lui passa le bec le long du cou. Respirant un peu mieux il réussit à donner un maigre sourire à Kerim qui se jetait littéralement sur lui pour le présenter à tout le monde. Quand les présentations furent finies il l'emmena sur le bord du cercle et recommença à parler.

    « Ils n'étaient pas très... d'accord ? » le jeune homme n'avait pas l'air sur que ce soit le bon mot. « Que tu vienne ce soir. Mais elle a tout changé. »


Aaron jeta un œil vers l'intéressée qui secoua les plumes comme si elle ne savait absolument pas qu'on parlait d'elle. La musique irlandaise retentissait dans la nuit et ils dansaient presque tous, sauf les plus vieux qui regardaient en souriant et les plus jeunes qui s'amusaient à se courir après autour du feu. Mais elle n'était pas là. Aaron se surprit à la chercher du regard et s'arrêta tout de suite. La ferme ! Gaïa soupira en pensant à ce qu'il lui avait raconté sur sa dispute avec elle. Il n'avait pas prononcé un mot mais c'était tout comme. Kerim le tira de ses pensées lorsqu'il lui expliqua qu'il arrivait juste au bon moment puisque les deux nuits qui suivraient seraient également portées sur la fête. D'après lui ils fêtaient l'arrivée de leurs ancêtres et tous les ans ils dansaient et chantaient pour remercier leur déesse de leur avoir offert ce coin de paradis.

    « Bois ça, peut être que ça te redonnera le sourire. » lança une voix moqueuse derrière eux. « Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi triste le jour de la Renaissance. »


Aaron se figea, ferma les yeux alors qu'il voyait Kerim se fendre d'un immense sourire ravi. Il ne la voyait pas, ne l'entendait pas, mais savait parfaitement où elle était. C'était comme si sa présence dans son dos le brûlait. Sa tête lui tournait, son pouls s'accélérait sans qu'il ne puisse rien faire pour l'arrêter. Respire ! Il s'obligea à prendre une bouffée d'air marin et sentit que le monde tanguait moins autour de lui. Se souvenant que c'était à lui qu'elle s'était adressée il se força à se retourner pour lui faire face. Le sourire moqueur qu'elle lui lança fit disparaître son malaise et il baissa les yeux sur le verre qu'elle lui tendait. Aaron lui jeta un coup d'œil interrogatif et elle haussa les sourcils, amusée.

    « Ce ne sont que des plantes, tu n'as rien à craindre. »
    « Je ne te crains pas. » elle fronça les sourcils suite à cette phrase mal placée.
    « C'est ce qu'ils disent tous Cool, mais je ne suis pas une plante. »


Et elle éclata de rire, lui laissa le verre entre les doigts, marcha droit vers lui et l'esquiva au dernier moment pour aller rejoindre les autres. Aaron faillit lâcher le verre quand il sentit sa robe frôler son pull, se reprit au dernier moment en espérant que c'était passé inaperçu. Kerim suivit du regard la jeune fille et soupira longuement en murmurant des mots dans sa langue. Aaron ne s'y trompa pas et tourna la tête vers lui en lui lançant un sourire moqueur. L'autre lui tira la langue et éclata de rire en devenant aussi rouge qu'une pivoine. Le jeune homme lui tendit son verre que l'autre pris sans broncher.

    * Et bien, j'en connais un qui est sous le charme. *
    * Et moi un autre... *


Aaron ouvrit la bouche pour protester mais Gaïa lui tira la langue à son tour et s'envola joyeusement. Dis pas ça Gaï. Dis pas ça. C'était malin ! Maintenant qu'elle l'avait dit il n'allait pas arrêter d'y penser. Et c'est qu'après une minute entière à la regarder danser près du feu qu'il détourna les yeux en grommelant et en maudissant Gaïa. Il s'excusa auprès de Kerim et sortit du cercle de lumière sans se soucier des regards que lui jetaient à la dérobée les gitans.

Debout près du tronc de l'immense Pin duquel Louve était descendue, Aaron regardait la lumière du feu dessiner sur ses épines d'étranges formes. Il ne faisait pas froid, il ne faisait pas chaud non plus. Le vent continuait à souffler alentour mais l'arbre semblait protéger de certains courants d'air violents. Le jeune homme chercha Gaïa, la trouva en train de regarder des enfants jouer autour du feu avec amusement. Sortant de ses pensées il la laissa tranquille et soupira longuement.

    « Pourquoi est ce que tu me suis ? »
    « Tu ressent la Terre c'est ça ? » répondit Louve en souriant.
    « Tu répond toujours a une question par une autre ? »
    « Ça te dérange ? »


Tss... Aaron rit doucement en secouant la tête, mis ses mains dans ses poches et elle vint se placer à côté de lui sans se départir de son sourire calme. Le jeune homme tourna la tête, la regarda une nouvelle fois. Se sentant observée, elle braqua ses yeux noirs sur lui. Aaron tourna immédiatement la tête en sentant son cœur se comprimer. Louve eut la décence de ne pas soupirer, se remit à sourire comme si la situation l'amusait. Sachant parfaitement qu'il ne ferait aucun pas vers elle, elle le contourna, vint se placer devant lui pour qu'il ne puisse pas détourner le regard.

    « Pourquoi tu ne peux pas me regarder en face ? »


Pourquoi ? Parce que ça fait trop mal. Parce que à chaque fois que je te regarde je la vois et ça me détruit. Parce que tu me donne à la fois envie de pleurer et de te serrer dans mes bras. Parce que tu es là et qu'elle est partie. Parce que tu es son exact opposé et parce que tu lui ressemble trop.

    « Tu fais bien trop de mystères pour l'âge que tu as. Viens. »


Elle s'avança, lui pris la main et sans se soucier de sa réaction recula sans lâcher prise. Aaron frémit de ce contact, lutta pour ne pas retirer sa main. Arrivés au pied de l'arbre elle le lâcha, se retourna et monta dans l'arbre, aussi agile qu'un chat. Elle l'appela de nouveau en riant et il monta à contre-cœur. Louve s'assit sur une branche à quelques mètres du sol et attendit qu'il la rejoigne. Aaron s'adossa à l'arbre sur celle d'en face et jeta un coup d'œil vers la terre qui était assez loin. Et bah, faut pas avoir le vertige !

    « Tu grimpe bien pour un gars qui vient de la ville. » railla-t-elle en souriant.
    « Je me débrouille. » et il sourit à son tour.
    « Ça ce n'est pas quelque chose qu'on apprend dans vos écoles ! »
    « Non, pas vraiment non. Parce que c'est ça qu'on vous apprend à vous ? »
    « Entre autres. » répondit-elle du tac au tac en riant. « Je trouve ça beaucoup plus intéressant que les maths ou la physique. »
    « Je n'en doute pas. Mais je ne peux pas répondre là dessus puisque je n'en ai jamais fait. »
    « C'est vrai ? »
    « Non je suis un mythomane et je te mène en bateau. » voyant qu'elle haussait les sourcils, peu convaincue il soupira. « Oui, c'est vrai. »
    « Ah. De toute façon ça ne sert à rien ! »


Un rire amer s'échappa des lèvres d'Aaron. Dans ton monde oui. Pas dans le mien. Et au fur et à mesure qu'elle continuait de parler joyeusement, le malaise d'Aaron s'évapora comme par magie et il put la regarder en face plus longtemps sans se sentir immédiatement coupable. Les heures filaient, elle parlait de moins en moins toute seule car le jeune homme commentait ce qu'elle disait, ajoutait son petit grain de sel de plus en plus naturellement. Quelque chose lui trottait dans la tête depuis longtemps mais il n'avait pas osé le demander. Se rendant compte qu'il s'imposait des limites et que, ça, c'était insupportable, il parla.

    « Qu'est ce que c'est, Kaolin ? »
    « Qui. Qui est ce que c'est. » elle chercha ses mots un instant. « La Kaolin c'est celle qui fait le lien avec la Terre, avec Elle. »
    « Elle ? »
    « Notre mère à tous, celle qui nous a guidé jusqu'ici la première fois. »
    « Tu es Kaolin ? »
    « Oui. Et c'est un comme ça de mère en filles depuis toujours. Ma mère l'a été avant moi, ma grand mère avant elle et ainsi de suite. »
    « Et si tu as des sœurs, elle le sont aussi ? »
    « Non, regarde. »


Elle posa son pied nu sur l'écorce, remonta légèrement sa robe pour montrer sa cheville. Aaron avança la tête et elle comprit qu'il ne voyait pas à cause du manque de lumière. Agilement, elle grimpa plus haut, se déplaça de manière à se trouver au-dessus de lui. Elle descendit sur sa branche, s'assit face à lui. Louve releva les yeux, trouva ceux d'Aaron braqués dans les siens. Oubliant de sourire, elle resta un instant à le fixer sans rien dire. Se rendant compte de la situation elle détourna le regard en se mordant la lèvre inférieur et sentit le feu lui monter au joues. Comment pouvait-il y avoir tant d'émotions différentes dans un seul regard ? Elle n'en avait jamais croisé de pareil. Pour reprendre contenance elle secoua ses longs cheveux bruns, remit une mèche rebelle derrière son oreille et se pencha à nouveau sur sa cheville qu'elle découvrit. S'obligeant à se concentrer sur ce qu'elle lui montrait, et pas seulement sur elle, Aaron découvrit une sorte de tatouage du sa peau. Des arabesques sans queue ni tête d'une couleur légèrement plus foncée que le teint de Louve semblaient lui caresser amoureusement la cheville, s'enroulant paresseusement autour de celle ci. Et comme si elle voulait plus lui expliquer ce qu'elle ressentait en tant que Kaolin, la jeune fille se pencha, attrapa la main d'Aaron et vint la placer sur le tatouage.

    « Tu la sent ? »


Alors qu'il s'apprêtait à répondre par la négative pour pouvoir retirer au plus vite sa main, Aaron sentit que quelque chose remontait à la surface. Il fronça les sourcils, se concentra plus. Ce fut comme si le tatouage s'animait. Il sentait sous ses doigts un coeur battre. Battre au même rythme que celui de Louve mais beaucoup plus profond, beaucoup plus ancien. Aaron ferma les yeux, plongea, happé par l'immensité de ce qui s'ouvrait sous lui, s'oublia totalement.

Flashs de lumière. Rires. Cœurs qui battent ensembles, rythme de leurs pas sur ton corps. Tu es partout en même temps. Un chevreuil, un lièvre, un homme. Tu entend leurs chants, eux qui t'appellent depuis des siècles à la même période de l'année. Comme tu attend ce moment ou tu peux enfin faire surface ! Et alors qu'ils prononcent les bonnes paroles pour te ramener à eux tu grandis, réussit à faire l'impossible. Une réponse, un message. Pour leur montrer que tu es là. Que tu veille sur eux. Et grâce à cet accord tu vit pour toujours. A jamais dans leurs cœurs. Vivante pour une nuit tu cours. Cours sur la lande, joue avec le vent, parle avec les arbres et embrasse Océan. Puis le jour se lève, tu sens ton cœur s'affoler, tu sens la terre, ton lit, recommencer à t'appeler, et doucement tu t'enfonce, te rendors pour une année entière. Et la rage reprend pied sur ton esprit. Et tu tremble. Et tu tremble.

    « Aaron ! Aaron, cramponne-toi ! »


La voix paniquée de Louve le rappela brusquement à la réalité et il ouvrit les yeux en haletant. Il retira sa main qui tenait toujours la cheville de la jeune fille, se rendit compte de ce qui se passai. Non ! Aaron ferma les yeux, serra les poings et obligea son pouvoir à refluer et à s'arrêter totalement. Il sentit vaguement Gaïa l'aider et enfin la terre cessa de trembler. A bout de souffle, il leva les yeux vers Louve qui regardait autour d'elle, ravie. Doucement, Aaron sentit les dernières parcelles d'énergie s'évaporer de son corps et il bascula lentement en arrière en prenant une ultime bouffée d'air. L'image de Louve qui se jetait en avant pour essayer d'attraper sa main sembla lui être très lointaine et l'angoisse sur le visage de la jeune fille étrangère. Pourquoi avait-elle si peur ? Et alors qu'une branche lui barrait la route, se cassait sous son poids, suivie d'une deuxième, d'une autre et de la violence de l'impact contre le sol, il comprit. Avant que sa tête ne heurte une pierre. Avant que tout s'assombrisse. Avant que le cri de Gaïa brise le silence de la nuit, écho parfait de celui de Louve. Avant qu'il ne sombre.
  
MessageDim 1 Aoû - 18:37
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Tempest in a Bottle
    « Et si t'arrêtais de tomber dans les pommes une fois l'an ? » railla la voix de Gaïa non loin de lui.


Je voudrais t'y voir toi. Aaron passa une main sur l'arrière de sa tête et découvrit en grimaçant que sa nuque était couverte d'un peu de sang coagulé. Charmant. Il laissa sa tête retomber sur l'oreiller, sourit en se disant que ce genre de réveils lui étaient familiers. L'image de Clyde qui se penchait au dessus de lui apparut devant ses yeux et lorsqu'il les ouvrit il fut presque étonné de se trouver, non pas dans sa chambre dans l'Auberge de Clyde en Écosse, mais dans une petite roulotte toute en bois. Des dizaines d'objets pendaient du plafond, comme des attrape cauchemars ou des amulettes. Tout n'était que désordre réconfortant, image même de la vie qui habitait toute entière celui qui habitait là. Le lit lui même n'était qu'un amas de dizaines de draps tous de différentes couleurs, tant et si bien qu'il finissait par avoir la taille d'une couette assez épaisse pour préserver du froid. Ça sentait la sève de sapin, la chaleur des feux de bois. Aaron ferma les yeux, sourit et inspira profondément.

    « Non mais, sérieusement, ça m'éviterais de manquer d'avoir une crise cardiaque à chaque fois que tu me fais le coup... » insista Gaïa.
    « J'imagine qu'il n'y a personne si tu parle ? »


Il ouvrit les yeux, releva légèrement la main sur laquelle elle s'était posée, lui dit qu'à lui non plus ça ne lui faisait pas plus plaisir que ça. C'est pas trop mon trip de faire une chute de quatre mètres de haut si tu vois de quoi je veux parler. L'oiseau s'ébouriffa les plumes en soupirant. Elle le fusilla un instant du regard, ne put empêcher son air faussement agacé de se transformer en un sourire soulagé. Elle se jeta à son visage en faisant semblant de l'attaquer et il essaya de l'arrêter avec ses mains en riant. Mais comme à son habitude elle était trop rapide et Aaron sentait ses petits coups de becs partout en même temps sur sa peau. Toujours en riant, il abdiqua en levant les mains et elle vint se blottir dans son cou.

    « Pas assez rapide. » murmura-t-elle en caressant sa peau du bout de son bec.


Tss.. Il ferma les yeux en souriant et posa doucement sa main sur son daëmon en s'accordant encore deux minutes avant de se lever. Faire le point. Se rappeler. Pourquoi exactement était-il dans ce lit en cet instant ? L'angoisse le saisit lorsqu'il se rappela le tremblement de terre et Gaïa recommença son manège pour le calmer. Mais comment pouvait-il se calmer ? Y avait-il eu des morts ? Il se souvenait de Louve qui se jetait en avant pour essayer de le rattraper puis, plus rien. Sentant son humain commencer à se monter la tête et entrer dans un cercle vicieux, Gaïa releva la tête et le stoppa d'une voix douce.

    « Hey non, stop, doucement, calme toi. Personne n'a rien, tout le monde va bien. Ils pensent même que c'est leur ..déesse qui leur a envoyé un signe et en sont ravis. » Gaïa s'empêcha de sourire narquoisement suite aux croyances des gitans.
    « Et Louve... ? Elle y croit ? »
    « Je ne sais pas, je n'aime pas rester dans les parages quand elle est là, j'ai l'impression qu'elle sait ce que je suis et ça me fait peur. » Aaron fronça les sourcils.
    « Hey... Gaï. Ne t'en fais pas, personne ne sait. Et même si c'était le cas ils ne te feront pas de mal. » il embrassa ses plumes pour la rassurer.
    « Ça tu n'en sait rien. » répliqua-t-elle, amère.
    « Toi non plus. Alors ne te monte pas la tête pour quelque chose qui n'existe probablement pas, d'accord ? »


Elle marmonna quelque chose qu'il prit comme un assentiment et ouvrit les doigts pour qu'elle puisse s'envoler alors qu'il se relevait déjà. L'oiseau s'envola par la fenêtre, grimaça en voyant ce qui arrivait, coupa la connexion entre elle et son humain en l'avertissant et s'éloigna sans rien dire d'autre. Non. Elle ne lui dirait pas qu'elle avait passé la nuit à son chevet. Qu'elle avait dormi à côté de lui. Qu'elle avait caressé ses cheveux comme on fait à un enfant malade. Qu'elle avait enlevé son haut en voyant combien il mourrait de chaud. Qu'elle avait chanté dans cette langue étrange. Qu'elle lui avait donné envie de vomir tellement sa jalousie lui avait bouffé le ventre et le cœur. Qu'elle s'était retenue de se jeter sur elle pour la chasser parce qu'elle avait vu son humain aller de mieux en mieux. Non. Elle ne dirait pas à Aaron que Louve avait fait tout ça alors qu'il dormait profondément.

Aaron haussa les sourcils en voyant sa moitié s'enfuir à tire d'ailes et se dépêcha de refaire un tant soit peu le lit avant que Louve n'arrive. Il chercha son T shirt des yeux mais il n'était nul part.

    « C'est ça que tu cherche ? » lança la voix narquoise de la jeune fille derrière lui.


Il se retourna vivement, la vit dans l'encadrement de la porte qui lui lançait ce qu'il cherchait. Il attrapa le vêtement, le regarda un instant en fronçant les sourcils, étonné, leva les yeux vers Louve, retint la question qui lui brûlait les lèvres. Il la remercia et enfila rapidement son haut avant de passer sa main sur sa nuque douloureuse.

    « Ne t'en fais pas, je rangerais ça plus tard. Viens, Ma' Tilda commence à s'impatienter, et qui sait jusqu'à quel degré sa colère pourra s'élever ! »


Elle sourit comme une enfant qui détient un secret qu'elle seule connait, se retourna et s'en alla, ses longs cheveux noirs virevoltant dans son dos. Mathilda ? S'il en croyait Louve, il ne valait mieux pas la faire plus attendre. Il jeta donc un dernier coup d'œil autour de lui pour voir si il n'avait rien oublié et emboita le pas à la jeune fille qui disparaissait entre deux roulotes. Il appela Gaïa mentalement, elle ne répondit pas à son appel, lui indiqua juste où elle se trouvait et qu'elle avait l'intention d'y rester. Aaron soupira mais n'insista pas plus, et rejoignit Louve qui s'était arrêtée près d'un groupe de jeunes enfants qui faisaient cercle autour d'une vieille femme. L'un des gamins s'aperçut de sa présence, tapa immédiatement sur l'épaule de son voisin en le montrant du doigt. Aaron s'arrêta, brusquement gêné. Mais une fois que le mot fut passé ils se jetèrent tous sur lui en chantant et en riant, l'appelant par des mots qu'il ne connaissait pas. Au début surprit puis amusé, Aaron sourit, regarda leurs visages ravis et celui de Louve qui lui souriait également. Il sentit son sourire s'affaisser lentement alors qu'elle n'arrêtait pas de sourire. Puis un gamin poussa un cri de guerre et ils s'échinèrent tous à le faire tomber à terre, le tirant de l'étrange état dans lequel il avait commencé à plonger. Il protesta en riant, attrapa un enfant qui se jetait carrément dans ses bras pour le déstabiliser et sentit qu'il commençait à vaciller sous la marée qui l'assaillait.

    « Ça suffit ! Laissez le tranquille ou foi de Ma' je vous casse en deux pour me faire du petit bois ! »


Aaron eut le temps d'apercevoir la vieille femme qui se levait en brandissant une cuiller au dessus de sa tête, ensuite il fut plaqué au sol par l'ultime assaut des enfants. Une fois leur but accompli il s'éparpillèrent en riant alors que Ma' Tilda venait vers eux, toujours menaçante. Sans s'arrêter de sourire, Aaron se releva sur les coudes et regarda les enfants s'en aller. Une présence dans son dos le fit se retourner et il se retrouva nez à nez avec la vieille femme qui le dévisageait. Elle tendit la cuiller, la lui plaça sous le menton et le releva pour mieux l'observer.

    « Un Écossais ! Ça sait pas chanter, ça sait pas danser, tout ce que ça sait faire c'est se pavaner devant les jupes les plus courtes ! » elle retourna à la petite table où elle était installée avant l'arrivée du jeune homme. « Quand ce ne sont pas eux qui portent des jupes d'ailleurs. »


Aaron resta un instant bloqué entre la gêne et l'envie de rire. Voyant le regard amusé que lui lançait Louve il sourit, se releva et s'approcha des deux femmes en enlevant comme il le pouvait la poussière sur son jean. La vieille femme le jaugea du regard, jeta un œil à Louve qui avait du mal à s'empêcher de sourire joyeusement en le regardant. Tendant sa cuiller devant elle, elle l'apostropha dans sa langue d'un ton douteux. La gitane ouvrit la bouche pour se défendre, secoua la tête en riant et s'approcha de Ma' Tilda en lui parlant d'une voix envoutante. La vieille femme leva les yeux au ciel, faisant semblant de réfléchir par rapport à la véracité des dires de la jeune fille. Celle ci passa derrière elle, se mit à lui masser les épaules sans s'arrêter de parler dans sa langue chantante. Elle s'arrêta un instant, chuchota quelque chose à son oreille. La vieille femme s'esclaffa, conquise, jeta un regard furtif à Aaron qui se sentit concerné. Quoi ? Qu'est ce que j'ai fait ? Il regarda Louve en lui demandant cela avec les yeux. Elle sourit et détourna le regard.

    « Toi, l'Écossais. Tu me plais. Viens donc t'assoir à côté de Ma' Tilda que je puisse te regarder, mes yeux ne sont plus ce qu'ils étaient. » Aaron ne bougea pas ce qui la fit soupirer.
    « Qu'est ce qui vous fait croire que je suis Écossais ? »
    « Mais mon pauvre garçon, ça se voit comme le nez au milieu de la peinture ! »
    « De la figure Ma', de la figure. » corrigea Louve automatiquement en lui tapotant l'épaule.
    « Oui, c'est la même chose. Viens là, je vais t'expliquer. »


Elle montra le banc et il finit par s'assoir dessus. Elle tourna un instant la tête et Aaron en profita pour former des mots sur ses lèvres pour demander à Louve ce qu'elle lui avait dit. La vieille femme se retourna vivement et il referma la bouche d'un air innocent. Louve rit sans faire de bruit et se mordit la lèvre pour empêcher son hilarité de se transmettre à Aaron qui commençait déjà à sourire. La vieille femme saisit son visage à deux mains et planta ses yeux sans âge dans les siens. Elle plissa les yeux, passa sa main sur sa nuque et la ramena devant elle, légèrement rougie de son sang. Voyant comme un reproche dans ses prunelles vertes, Aaron serra les dents mais elle ne fit aucun commentaire. Elle le relâcha et s'esclaffa une nouvelle fois.

    « Les yeux aussi gris que votre Océan, tu as la peau de celui qui vit près de la mer. Même tes cheveux n'ont pas échappé à l'iode. Pas très haut, les épaules carrées. Toujours souriant, jamais content. Entourés d'amis, toujours seul face à la lande. Et cet air borné. Et le fait que tu n'aime pas qu'on parle de toi comme ça. Secret malgré son jeune âge, typiquement Écossais ! Tous des prétentieux.. »
    « Je ne suis pas .. »
    « Oh que si ! Et que tu le conteste comme ça le prouve totalement mon garçon. »
    « Je ne suis pas prétentieux ! » Ma' plissa les yeux, le regarda une nouvelle fois en faisant la moue et sans se formaliser des éclairs que lançaient ceux du jeune homme.
    « Je te l'accorde. Mais d'une insolence sans nom ! »
    « Comme tous les Irlandais. » répliqua Aaron, un sourire narquois aux lèvres.
    « Qu'est ce qui te fais croire que je suis Irlandaise ? » il ouvrit la bouche, retint la remarque moqueuse qui lui venait à l'esprit. « Et tous aussi arrogants à avoir toujours réponse à tout. »
    « Toujours à vouloir avoir le dernier mot ? » railla le jeune homme en haussant les sourcils d'un air provocant.


Voyant les yeux de la vieille femme se mettre à briller d'amusement, Louve s'assit en face d'eux en complimentant Ma' Tilda pour sa cuisine et en fixant le jeune homme pour qu'il comprenne que ce n'était pas la peine d'aller plus loin. Sentant le regard de la jeune fille peser sur lui, Aaron l'ignora, garda son sourire malicieux mais cessa d'affronter la vieille femme de ses yeux gris. Ma' Tilda fit glisser sur le bois un bol rempli d'une eau chaude colorée et un bout de pain. Aaron attrapa la tisane et respira les vapeurs qui s'en échappaient, volutes insaisissables d'un voile de brume parfumé. Ça sentait la sève de pin, l'origan, la cannelle et la pomme à la fois. Aaron redressa la tête, arquant les sourcils d'un air surprit. Voyant que la vieille femme l'observait d'un œil méfiant, il attrapa le bol entre ses mains et porta la boisson jusqu'à ses lèvres. Il avala, ferma les yeux en souriant. C'était vraiment délicieux. Gardant le bol ainsi, il leva les yeux et trouva ceux de Louve plantés sur son visage. Aaron se bloqua légèrement et continua à boire sans rompre le contact. La gitane n'avait pas l'air de vouloir le faire également et le noir se mêla au gris. Longtemps. Assez longtemps pour que Gaïa le sente, ramène Aaron sur Terre en ronchonnant. L'oiseau vint se poser sur son épaule et fixa Louve, provocante et jalouse. Gaï ! Qu'est ce que tu fais ? L'oiseau ne répondit pas et détourna royalement le regard pour aller voler les quelques miettes de pains qui parsemaient la table. La jeune fille sembla se rembrunir, se leva et dit quelques mots à Ma' Tilda dans sa langue avant de tourner les talons et disparaître derrière une roulotte, tourbillon de couleurs sauvage et libre comme l'air.

    « J'ai connu des sales gosses mieux élevés que ça. » commenta-t-elle d'un air détaché.
    « Elle n'est pas élevée, elle fait ce qu'elle veut, quand elle veut. » répliqua Aaron en fronçant les sourcils.
    « C'est bien ce que je dis. » insista Ma' Tilda en évitant le regard noir du jeune homme.
    « Vous remettriez en question le comportement naturel d'un Coloré ? »


La vieille femme haussa les épaules, lança au daëmon le reste de son pain et s'éloigna à son tour. Aaron resta bloqué un instant, reposa rageusement son bol sur la table. Il foudroya Gaïa du regard et elle fit de même. Surprit, il haussa les sourcils et se rapprocha de l'oiseau qui secoua ses ailes, mal à l'aise.

    * C'est quoi le problème ? *
    « Y'a pas de problème. » lâcha-t-elle froidement.


Aaron grimaça alors qu'elle parlait à voix haute. Il regarda s'il n'y avait personne alentour et se borna à lui parler mentalement. L'oiseau, elle, n'en avait rien à faire.

    * Gaïa ! Merde, pourquoi t'es comme ça, elle ne t'as rien fait ! *
    « Pourquoi tu la défend ?! » accusa le daëmon, prenant son humain au dépourvu.
    « Je ne la... » commença Aaron, mais elle n'en avait pas fini avec lui.
    « Si ! Si, tu la défend ! Tu ne la connais que depuis quelques heures et tu la crois elle, plus que moi ! »
    * Gaï … *
    « Non ! Non, tais toi ! Je ne l'aime pas, je n'ai pas confiance ! Et toi tu te fais embobiner en deux secondes ! Il suffit d'un battement de cil est ça y est, je ne compte même plus pour toi ! » Il écarquilla les yeux, ébahit par ce qu'il venait de comprendre. Aaron éclata de rire.
    « Tu es … jalouse ! J'y crois pas ! T'es jalouse de Louve et de … »


Il riait. Il riait ! Elle avait mal et lui il riait ! Et chaque étincelle moqueuse qui apparaissait dans ses yeux lui plantaient une lame dans le cœur. Impitoyables. Incapable de supporter cela une seconde de plus, Gaïa se jeta sur lui, lui griffa sauvagement la pommette et s'envola le plus loin possible, le plus vite possible. Le sourire d'Aaron s'affaissa comme si elle venait de le gifler et il posa ses doigts sur la coupure, le regard perdu dans le vague. Oh putain… Un souffle s'échappa de ses lèvres. Mais qu'est ce qu'il venait de faire ?! En l'espace d'une minute à peine il venait de blesser ou de perdre trois personnes. Une vieille femme qui semblait pourtant aussi solide que le granit, une jeune fille pleine de vie et de joie, et pire que tout, sa moitié même, une partie de son âme. Il se leva brusquement et le banc tomba derrière lui dans un bruit mat. Il cria le prénom de son daëmon. Elle ne répondit pas. Aaron se posa une main sur les yeux, serrant les dents à s'en faire péter la mâchoire. Il laissa retomber sa main et soupira longuement. S'il pouvait tenter de présenter ses excuses à Gaïa il ne pourrait pas contredire ce qu'il avait affirmé. Il l'avait clairement sentit, l'oiseau était rongée par cette jalousie maladive qui la prenait dès qu'il approchait une fille à moins de deux mètres. Pire encore, elle détestait clairement et simplement Louve pour ce qu'elle représentait: le parfait opposé de Katey. Et ce contraste lui rappelait qu'en plus de la jeune fille qu'Aaron avait perdu autrefois, elle avait perdu son daëmon. Arcanos.

Arcanos. Gaïa ferma les yeux, inspira profondément le vent salé qui venait de l'Ouest. Tu me manque, tu sais ? Elle secoua doucement la tête, soupira en rouvrant les yeux. Ses plumes colorées agitées par les alizés marins, l'oiseau sentit brusquement une présence en bas de l'arbre. Elle garda la tête haute, toujours de mauvaise humeur, espérant que ce soit son humain qui venait s'excuser, passer ses doigts chauds le long de ses plumes soyeuses, lui murmurer à l'oreille qu'il l'aimait et que pour rien au monde il ne supporterait de la voir lui faire la tête pour si peu. Elle ouvrit légèrement son esprit, pas assez pour qu'il s'en rende compte s'il ne la surveillait pas, et chercha la présence réconfortante de son Aaron. Mais si le jeune homme n'était pas loin, il n'était pas au bas de l'arbre. Gaïa sentit son cœur s'assombrir. Et plus encore la jalousie qui lui bouffait le ventre.

    « Gaïa ? » appela une voix, réveillant le mépris et la rage dans les veines du daëmon.


Elle l'avait trouvée. Enfin. Louve sourit doucement et posa son pied sur une branche, commençant l'ascension. Voyant l'oiseau s'agiter sur son rameau elle s'immobilisa et cessa de grimper.

    « Non ! Attend, ne pars pas. S'il te plait. »


Gaïa serra de toutes ses forces l'écorce tendre de l'arbre, sentit une écharde s'effiler le long de ses griffes. Si elle s'approchait ne serait-ce que d'un centimètre de plus elle s'envolait. Loin d'ici, jusqu'à ce que Aaron soit obligé de la suivre, qu'il le veuille ou non, pour faire taire la douleur qui naîtrait dans son cœur. Chaque particule de son être la poussait à partir, à mettre le plus de distance entre cette garce et elle. Ça la démangeait presque, comme si Louve avait transporté avec elle la peste en personne. Un frisson lui parcourut le dos et elle s'ébroua, l'air mauvais. Ne pas la regarder. Pour rien au monde. Ne pas croiser son regard.

    « Il y a entre toi et Aaron un lien que personne ne pourra jamais comprendre, je le sens. Tu es un Coloré, et tu as choisit l'humain que tu voulais sur cette Terre. Je te comprends, il y a quelque chose chez lui de différent. » elle s'arrêta, voyant tout le corps de l'oiseau se tendre comme un arc. « Je veux dire, il a quelque chose qui le lie avec Elle. En plus de toi. Si je ne me trompe pas, Gaïa, c'est la Terre, non ? » pas de réponse. « Et ce qui s'est passé sur l'arbre... c'était lui ? »


Pas de réponse. Perchée sur sa branche, Gaïa sentait la peur se glisser dans ses os, froide et aussi visqueuse qu'un reptile. Elle parlait comme un serpent. Elle parlait avec la douceur d'un ange. Elle était trop différente, elle devinait beaucoup trop de choses. Et au fur et à mesure qu'elle continuait à se rapprocher du daëmon avec la grâce d'une panthère qui chasse, son rythme cardiaque s'accélérait. Vingt Quatre Heures. Même pas. Et en si peu de temps elle avait réussit à comprendre plus que Simoni en sept ans. Sept longues années. Bon sang...

    « Gaïa... Je sais que tu parle. Je t'ai entendue tout à l'heure. » l'oiseau frissonna et la jeune fille s'immobilisa dans son dos, les yeux rivés sur ses plumes colorées. « Je sais que tu me comprends et que tu peux me parler. »


Le souffle du daëmon s'affola et elle garda les yeux grands ouverts fixés sur l'océan déchainé. Et tu va faire quoi Louve ? Tu va appeler un cirque ? Des scientifiques ? Des savants fous qui ont envie de voir couler du sang, qui vont nous séparer, nous torturer, faire leurs petites expériences en hochant gravement de la tête selon la puissance de nos cris ? Qui finiront par trouver ce qui nous lie et le couper, juste histoire de voir ce que ça donne, pour le progrès de la science, pour le grand avenir de l'Homme ? Elle n'arrivait pas à bouger. Vous savez, dans ces films où l'héroïne reste bloquée alors que le tueur arrive lentement derrière elle. Qu'elle ne bouge pas, se contente de paraître aussi terrifiée que son talent d'actrice lui permet de le faire. Qu'elle ne s'enfuit pas, peu importe ce qu'on lui crie, derrière l'écran, même si on l'insulte, se fout d'elle et finit par rire lorsqu'elle se fait enfin tuer. Vous le connaissez ce moment, ce putain de moment. Sachez, que si la jolie blonde ne bouge pas, ce n'est pas seulement pour le réalisateur qui veut une fin bien tragique à son histoire. Non. C'est juste la peur. La peur qui paralyse. Glace les os. Glace le sang. Bloque la logique et empêche d'arriver au même raisonnement que celui qui se contente de voir la scène. Et non pas de la vivre. Louve aurait tout aussi bien put tenir une lame entre ses mains, Gaïa n'aurait pas pu bouger. Ses mots l'avaient immobilisée, aussi bien que des liens solides. Un doux sourire vint étirer les lèvres de la jeune fille qui s'appuya à la branche, les yeux rivés sur la mer tourmentée.

    « Je suis heureuse de voir que les histoires qu'on me racontait lorsque je n'étais qu'une enfant n'ont pas été inventées de toutes pièces. » elle croisa le regard de Gaïa qui s'était tournée vers elle, sourit chaleureusement au chardonneret élégant. « Jamais je n'aurais cru pouvoir avoir l'honneur et le privilège de croiser un Coloré. Personne ne l'avait fait depuis des siècles ! Gaïa, tu représente un tel espoir ! T'en rend tu compte ? A toi seule tu rend véridique des centaines de légendes et … »
    « Non. » l'oiseau plongea ses yeux noirs au plus profond de ceux de Louve. « Je ne suis pas ce que vous pensez, je ne suis pas un « Coloré» comme vous dites, je n'avais même jamais entendu ce nom là de toute mon existence. Vous pensez tout savoir sur moi mais vous vous trompez. Jamais, jamais vous ne pourrez comprendre parce que aucun mot n'est assez fort, assez vrai pour décrire ce que je suis pour Aaron, et ce qu'il est pour moi. »
    « Tu crois que tu pourrais essayer de m'expliquer ? » demanda la gitane d'une voix douce après un long silence, pas le moins du monde surprise par le discours du daëmon.


Gaïa fixa longuement l'océan, inspirant l'air salé qui lui caressait les plumes. Elle ne savait pas si elle pouvait faire confiance à la jeune fille. Elle ne savait pas si elle en avait simplement envie. La peur que Louve avait réveillé chez elle s'était évaporée au rythme de ses mots, de ses questions. Elle n'avait pas été brutale, n'avait pas lancé d'ultimatum à l'oiseau n'avait pas menacé de tout révéler aux autres. Non, sur ce point là elle avait même semblé vouloir garder ça pour elle, au chaud, tout contre son cœur. Oh et puis, qu'est ce qu'elle avait à perdre après tout ? Pourquoi ne pas se confier à quelqu'un, pour la première fois de sa vie, essayer de décrire ce lien qui l'unissait à son humain ? Elle reprochait souvent à Aaron de garder en permanence cette armure autour de lui, de ne jamais réellement se confier à personne, sauf elle bien entendu, de se cacher derrière son sourire et ses piques amicales. Mais elle n'était pas mieux que lui. Pire même, puisqu'ils ne croisaient presque jamais d'humain ayant un daëmon elle ne parlait jamais à d'autres personnes que sa moitié, contrairement à Aaron qui n'avait pas ce problème. C'était elle l'associable en fin de compte. Et si elle s'en accommodait sans problèmes, il y avait un moment ou il fallait faire face et prendre le taureau par les cornes. Le daëmon souffla longuement, prenant son courage à deux mains. Oui, elle allait essayer. Même si elle n'aimait pas Louve plus que ça, ce qui rendait la tache plus facile. En effet, ne pas être attachée à la jeune fille lui enlevait le poids qui aurait pesé sur ses épaules en sachant qu'elle bouleversait une partie de son existence. Résolue à parler, Gaïa serra la branche nerveusement et ouvrit le bec pour tenter d'expliquer à Louve ce qu'elle était. Ce qu'ils étaient.

    « Gaïa...? Gaï, je suis désolé, où est ce que tu … Louve ? »


Aaron fronça les sourcils, surprit de trouver avec sa moitié la personne que celle ci semblait le plus détester à 100 km à la ronde. Montrant les roulottes du pouce il fit une moue gênée, mit l'autre main dans sa poche et chercha les mots.

    « Je.. Je vous cherchais, tout le monde se demande où tu es passée Louve. » marmonna-t-il en détournant le regard. « Je.. vais y aller alors. Hum, Gaï ? » l'oiseau jeta un coup d'œil à la jeune fille et s'envola dans la direction de son humain mais sans s'arrêter près de lui. Elle lui en voulait toujours un peu.
    « Attend, j'arrive. »


Louve sauta de branches en branches et eu tôt fait de toucher le sol. Se relevant souplement elle rejoint Aaron et lui emboita le pas, se demandant si Gaïa lui aurait expliqué si jamais le jeune homme n'était pas arrivé au mauvais moment.

    * Tu m'explique ? * demanda silencieusement le jeune homme, inquiet.
    * Y'a rien à expliquer. * répliqua Gaïa.


Et la conversation fut close. Aaron tendit le bras sur le côté alors qu'elle passait et comme pour signer un acte de paix, elle frôla ses doigts du bout de ses ailes. Puis elle se laissa emporter par un courant d'air chaud qui passait par là et s'éleva aussi haut qu'elle le pouvait, se laissant simplement guider par le vent et les embruns de l'océan.

Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient du cercle, les roulottes devenaient de plus en plus claires, et chacun de leurs ornements cherchait à attirer l'œil, tous plus beaux les uns que les autres. Une vague qui emportait tout sur son passage, vive, fière, la crête dessinée par son écume d'un blanc pur, elle prenait par endroits la forme d'un cheval lancé au galop. Des galets bleutés marquaient le contour d'une petite fenêtre et la lune qui surplombait le tout faisait penser à une mère qui veille tendrement sur ses enfants. S'il était clair que l'océan avait inspiré l'artiste qui avait décoré la roulotte, celle qui était sa voisine était radicalement différente. C'était comme si des flammes dévoraient les roues du chariot, montant jusqu'au toit, léchant les planches de bois qui protégeaient ses habitants des intempéries. Au centre, entouré de colonnes de flammes qui le rendaient plus petit encore, un enfant. Seul. Les bras recroquevillés autour de sa frêle poitrine, les vêtements en lambeaux, les traits creusés par la faim et la violence. Le regard rivé dans le votre. Il souriait. Et dans ses yeux brûlaient les flammes de l'enfer, promesse silencieuse d'un avenir funeste. Aaron frissonna. Si l'œuvre était magnifique elle n'en faisait pas moins froid dans le dos. Un gitan poussa la fenêtre et s'y accouda, une cigarette allumée aux lèvres. Il fit un clin d'œil au jeune homme et son sourire, contrairement à celui de l'enfant qui se tenait juste dessous lui, était des plus convivial et chaleureux. La fumée qui s'échappa de ses lèvres passa devant son visage, cachant ses yeux d'un brun rougeoyant.

    « Tu as laissé Ma' Tilda seule ? » demanda Louve en faisant la moue, visiblement contrariée.
    « Non, elle est partie sans demander son reste. » dénia Aaron en secouant la tête.
    « Si je comprend bien, ce matin tu as fais fuir tout le monde autour de toi. » commenta la jeune fille, amère.
    « Pourquoi es-tu partie ? »


Louve s'arrêta brutalement, les yeux fixés sur l'herbe verte comme si elle ne comprenait pas pourquoi il lui posait cette question. Voulant savoir la réponse, Aaron garda son regard calme vissé sur elle. La jeune fille releva les yeux et soutint son regard, la bouche pincée et les prunelles plus sombres que jamais. Ils étaient là, tous les deux aussi fiers l'un que l'autre, pas décidé à laisser un pouce de terrain à son adversaire. Il saurait. Elle ne dirait rien. C'était aussi simplement compliqué que ça. Le vent ramenait les cheveux de Louve sur son visage et ses longues mèches noires caressaient sa peau, cachant de temps à autre ses yeux comme un loup vivant. Momentanément, ils oublièrent tous deux ce pourquoi ils se regardaient comme ça.

    « Aaron ! Aaron ! Ah, enfin je te trouve ! Viens il faut que je te montre … Bah, pourquoi vous êtes bloqués comme ça ? Y'a un problème ? »


C'est un Kerim essoufflé qui arrivait vers eux, apparemment ravi d'avoir fini par les trouver.

    « Aucun. » répondit Aaron du tac-au-tac.
    « Aucun. » répondit Louve du tac-au-tac.


Aaron déglutit, fixa longuement la jeune fille et finit par se rappeler de la présence du jeune homme qui les dévisageait, tentant de comprendre ce qui se passait. Il soupira, détourna les yeux et se passa la main sur la nuque avec lassitude.

    « Non Kerim. Il n'y a aucun problème. Tu voulais me voir ? »
    « Oui ! Il fallait que je te.. mais ça peut attendre si.. non ? D'accord. Suis moi mon ami, je vais te montrer. Louve, tu viens ? »
    « Non ! » répondit-elle un peu trop vite. Elle se reprit, confuse. « Non Kerim, j'ai des choses à faire. Une autre fois peut être. »


Fronçant les sourcils, le garçon l'interrogea dans sa langue maternelle et elle secoua la tête discrètement en serrant ses mains l'une contre l'autre, soudain plus frêle et fragile. Aaron retint la grimace qui lui chatouillait le coin des lèvres et gratta le sol du bout de sa chaussure, agacé de ne pouvoir comprendre ce qu'ils se disaient. Et sans un regard, Louve s'éloigna, rapide et vive comme l'onde, disparu comme elle était apparue, dans un coup de vent.
  
MessageLun 9 Aoû - 2:52
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Tempest in a Bottle

    « Non, franchement, je te jure Kerim c'est une très, très mauvaise idée. »
    « Mais non ! Je connais des gamins qui sauraient le faire ! » répliqua joyeusement le jeune homme.
    « J'apprécie le fait que tu ais à ce point confiance en moi.. mais là c'est du suicide !! »
    « Du suicide.. » railla Kerim en soupirant. « N'importe quoi. Aie un peu confiance ! »
    « Confiance ?! Et en qui ? En toi ? »
    « Exactement... et aussi en lui ! » ajouta le garçon, malicieux.
    « En LUI ?! Mais comment tu veux que je fasse confiance à une espèce d'énorme vache qui aurait sérieusement besoin d'une petite visite chez le coiffeur ?! »
    « Ne dis pas ça, tu va le vexer ! C'est quoi un coiffeur ? » il secoua la main pour montrer qu'il ne voulait pas savoir. « Oh allez Aaron, je suis sur que tu as ça dans la peau...et c'est le moment de le prouver ! »


Et sans crier gare il donna une grande claque sur la croupe du magnifique Tinker sur lequel Aaron s'était perché tant bien que mal sous les encouragements, ou plutôt les sommations, de Kerim. L'étalon fit un écart sur le côté, légèrement surprit par l'accolade de son maître. Instinctivement, Aaron serra les jambes en poussant un cri pour se maintenir sur le dos rond et glissant du cheval qui n'avait pas de selle. Prenant cela comme une invitation à prendre de la vitesse, l'animal bien dressé parti immédiatement au galop... sans son apprenti cavalier. Aaron vola dans la poussière, roula sur quelques mètres et s'arrêta en grimaçant, le souffle coupé par le choc de l'atterrissage. S'étendant sur le dos, les bras en croix, il redressa la tête, regarda si il était toujours entier et la laissa tomber en soupirant.

    « Tu t'es jeté à terre ! Ce n'est pas comme ça qu'on monte à cheval ! » lui reprocha son ami en s'accroupissant à côté de lui.
    « Je te remercie, je vais bien, je n'ai rien de cassé, pas la peine de t'en faire pour moi. » répondit Aaron dans le vide, les yeux fermés, le souffle court, en remuant la main comme pour rassurer quelqu'un.
    « Allez viens.. » il lui prit le bras et commença à le remettre sur pieds. « .. on réessaye ! »
    « De quoi ?! » il se laissa retomber sur le sol en secouant la tête négativement. « Ah non, sans moi mon gars. Laisse tomber, je ne sais que chevaucher ma moto, et je m'en contenterais parfaitement pour le restant de mes jours. Jamais, tu m'entends ? Moi vivant, jamais je ne poserais mes fesses sur ce sale canasson ! »





    « Bon. Alors tu presse les mollets, DOUCEMENT, et tu reste calme. »
    « Kerim ? »
    « Oui ? »
    « Je te déteste. »


L'immense sourire radieux que lui lança le jeune homme brisa le semblant de reproche qui avait teinté sa voix. Mais merde quoi, moi je voulais juste de l'essence à la base ! Mais de toute évidence ça ne rentrait pas dans les plans de Kerim. Caressant doucement l'encolure du cheval, le gitan lui murmura des paroles réconfortantes, autant pour lui que pour son cavalier qu'il sentait déjà se crisper là haut. L'étalon renacla, ses sabots frappant le sol nerveusement. L'humain qui était perché sur son dos avait peur de quelque chose, il devait donc se méfier ! Continuant ce cercle vicieux infini, la tension montait, presque palpable. Éclatant joyeusement de rire pour détendre l'atmosphère, Kerim sourit au motard sans cesser de tapoter l'encolure de sa monture.

    « Calme toi, il n'y a vraiment rien à craindre. Crois moi, je suis sur que tu as déjà fait pire. » affirma le jeune homme d'un voix posée qui rassura l'animal.
    « Mouais, tu parles... »
    « Allez... et n'oublie pas de lui parler ! »
    « Oui maman... » répondit Aaron d'un ton insolent.
    * Tu te verrais... * railla Gaïa qui observait la scène de loin.
    * Oh ça va hein ? J'ai rien demandé moi. *
    * Quelle allure ! On dirait un chevalier monté sur... sa vache de combat ! * l'oiseau éclata de rire suite à la réponse de son humain. * Mais oui Ronron, ton doigt est superbe. Aah ça me fait chaud au cœur autant d'amour et de dévotion ! *


Ronron. Ronron ! Bon dieu ce qu'il pouvait détester ce surnom ! Tout ce que ça lui évoquait c'était un petit animal craintif qui viendrait réclamer l'attention de son maître et se blottir dans son cou. N'importe quoi ! Il n'avait pas de maître, et ce n'était pas une bourrique tachetée qui allait lui pourrir la vie. Parfaitement au courant, Gaïa utilisait ce surnom pour l'embêter dès que l'occasion se présentait. La suite de la journée se résuma en beaucoup de poussière soulevée, beaucoup de rires et beaucoup de bleus également.

Un bras appuyé contre le vieux Pin, Aaron grimaça et ne put retenir un petit cri de douleur en sentant tous ses muscles se révolter. Le jeune homme serra les dents, continua de s'étirer en espérant aller mieux le lendemain. Crétin de cheval ! S'il avait su il n'aurait jamais suivit Kerim. Mais les regards rieurs qui avaient été braqués sur lui lors de cette après midi l'avaient empêché de s'enfuir. Crétin d'Aaron. Il leva les yeux au ciel en réprimant un autre gémissement, se laissa glisser contre le tronc en essayant de sentir de nouveau ses jambes.

    « En théorie c'est faux, puisqu'elles te font mal tu les sens très bien. » railla la voix de Gaïa au dessus de lui.
    « Silence, femme ! Apporte moi de l'eau et de quoi festoyer dignement. » répondit l'autre en roulant de grands yeux, sans cesser d'examiner ses pauvres jambes. « Si je meurs je te lègue ma moto.. Je sais pas ce que tu pourrais en faire mais je te la donne de bon coeur. Ah ! Mais non ! Le sort s'acharne ma pauvre Gaïa, tu disparaitra aussi avec moi ! Alors contribue à ma survie, va me chercher quelque chose à manger je meurs de faim ! »
    « Ça te dis une pomme de pin ? » demanda innocemment son daëmon, un immense sourire éclairant même ses pensées.
    « Tu sais où tu te la met ta pomme de pin ? »
    * Je m'en doute. * répliqua-t-elle d'une pensée grinçante.
    * Pourquoi est ce que tu.. *


Sa question fut coupée par l'apparition d'un bout de tissu coloré. Le rouge et le jaune de l'écharpe n'avaient rien à envier aux couleurs qu'arboraient Gaïa. Terriblement vivants, ils attiraient immanquablement l'attention de quiconque croisait sa route. Les yeux délicieusement noirs de Louve emprisonnèrent les siens et Gaïa s'envola dans un piaillement jaloux, désespérée par l'attitude idiote de son crétin d'humain. Sans faire de commentaires, Louve s'accroupit en face de lui, lia doucement ses doigts autour de ses poignets et attira ses mains à elle, vrillant aux paumes écorchées d'Aaron un regard désapprobateur. Le jeune homme littéralement bloqué ne la lâchait pas des yeux, sentant des fourmillements traverser ses veines là où elle le touchait. Louve laissa glisser un doigt au centre de sa main droite et Aaron sortit brusquement de sa rêverie. Dans un cri retenu il se pencha en avant, se mordit les lèvres et regarda pourquoi ça lui avait fait si mal.

    « Il faut soigner ça, casse cou. » se moqua gentiment la jeune fille en secouant la tête.


Dans son honneur d'homme adulte et responsable, Aaron aurait du se sentir vexé qu'elle vienne le chercher pour s'occuper de lui comme d'un petit garçon qui aurait fait une bêtise. C'est à peine s'il retint autre chose que le ton affectueux sur lequel elle avait prononcé « casse cou » . Tirant légèrement sur ses poignets elle l'encouragea à se lever en pensant déjà aller trouver dans sa pharmacie de quoi désinfecter les mains meurtries du jeune homme. Aaron prit appui sur l'arbre et se releva, grimaçant quand ses jambes se rappelèrent à lui.

    « Oh c'est pas vrai, tu veux que j'aille chercher ce qu'il me faut et que je revienne après ? » soupira Louve.
    « Ça va, exagère pas non plus ! » maugréa le jeune homme, plus vexé qu'il ne se l'avouait. « Le canasson qui m'empêchera de marcher n'est pas encore né. »


Et comme pour prouver ses dires il se mit à marcher aussi normalement qu'il le pouvait, précédant Louve même s'il ne savait pas où elle allait. Derrière lui, la jeune fille sentit son sourire monter en flèche et eut toutes les peines du monde à cacher son hilarité. Kerim aurait accepté volontiers qu'elle se déplace pour lui, un autre de son clan l'aurait envoyée fermement aller voir ailleurs s'il y était. Aaron non. Il était là, les mains crispées par les courbatures qui auraient du l'empêcher de se déplacer convenablement, à marcher la tête haute, ou presque, l'air de rien. Il n'avait pas l'habitude de se faire aider, elle le comprenait très bien, mais il y avait quelque chose qui l'avait retenu de l'envoyer sur les roses. Sans cesser d'avancer, elle sentit son sourire descendre, tourna la tête vers l'arbre géant qui s'éloignait doucement. Sur une de ses branches, perdue dans un océan d'un vert frais et profond, une petite touche de couleur. Rouge jalousie.


Assit sur un banc couvert d'un fin tissu coloré, Aaron laissait ses yeux vagabonder sur l'intérieur de la roulotte, passait des dizaines d'attrape-cauchemars aux lampes anciennes, au couvre lit d'une diversité étonnante, aux fenêtres closes qui avaient baissé la lumière ambiante. Le soleil avait beau se coucher dehors, la pénombre ici bas était rassurante, comme celle d'un cocon que l'on aime à rejoindre pour se sentir en sécurité, s'y blottir, s'y oublier. S'y oublier. Aaron leva les yeux sur une Louve en train de chercher de quoi le soigner, s'oublia dans la cascade de ses cheveux noirs qui coulaient lascivement au creux de ses épaules, s'oublia dans la courbe douce de ses épaules qui se soulevaient de temps à autre, s'oublia dans le geste machinal d'une main qui ramenait les cheveux qui la dérangeaient derrière l'une de ses oreilles. Et elle parlait, sans qu'il l'entendit véritablement, sans s'arrêter ou presque, racontant il ne savait quoi sur il ne savait qui. Temps qui s'alourdit. Battements de son propre cœur tranquille au cœur de ses mains encore ouvertes. Louve se retourna et attrapa ses mains, entreprit d'enrouler autour d'elles une fine bande de tissu, le nez légèrement froncé par la concentration. Quand elle eut finit son travail, la jeune fille leva les yeux, sourit à Aaron et eut un petit rire contagieux.

    « Et voilà ! Je t'interdis de les enlever, pas avant plusieurs jours en tout cas. » elle fronça un sourcil, pencha la tête sur le côté. « Tu m'écoutes Aaron ? »


Pencha la tête sur le côté.. Katey. Le jeune homme sortit de sa rêverie, baissa ses yeux gris sur les bandages qui lui traversaient la paume, plia légèrement les mains et revint vers elle.

    « Voilà. »répéta-t-il sans s'en rendre compte d'une voix basse. Louve eut un air surprit et éclata de rire.
    « Tu es sur que ça va bien ? Si ça te met dans un tel état arrête de monter Aaron ! »
    « Non, c'est pas ça, c'est.. » bredouilla le jeune homme en se rendant compte de sa propre connerie. Il soupira en souriant, secoua la tête. « C'est rien. Enfin j'en sais rien, c'est..nouveau. »
    « Nouveau ? Aaron, de quoi est ce que tu... »


Non loin de là, un appel retentit, clair et haut, presque choquant face à l'intimité de la petite roulotte. La bulle dans laquelle Aaron s'était glissé éclata violemment et il tourna la tête vers la porte, jura en reconnaissant son prénom et la voix de Kerim l'appelant.

    « Merde ! Kerim. Merde nan, pas lui, je te jure que si je repose mes fesses sur son sale canasson je vais commettre un meurtre ! »
    « Tir-Na-Nog n'est pas un sale canasson comme tu dis, mais qu'est ce que tu fais ? » objecta Louve avant de se retrouvée plaquée contre une armoire derrière elle. D'un geste vif, l'homme s'était relevé, prenant subitement plus de place et avait refermé la porte en continuant de jurer. « Aaron ! Arrête de dire des choses comme ça ! »


Et elle partit dans un fou rire tellement frais qu'il finit par se retourner et coller sa main sur sa bouche pour qu'elle se taise, mordant ses propres lèvres pour ne pas rire aussi.

    « Chuuut ! Attends, attends j'te dis ! Louve ! Arrête de rire comme ça ! Il repart... enfin je crois.. Quoi ? »
    « Mais regarde toi ! Tu fuis un gamin de 19 ans un peu trop enthousiaste, je veux bien, mais.. »


Elle ne finit pas sa phrase et se remit à rire joyeusement, vraiment amusée. Contenant à peine son propre fou rire, Aaron plaqua un doigt sur ses lèvres en reposant sa main ou elle l'avait retirée. Chut ! Merde, ta gueule Louve ! xD Okay il en faisait un peu trop mais tout de même ! Ce gamin était insupportable quand il le voulait, et là il avait envie de tout sauf d'entendre ses moqueries sur son incapacité à tenir plus de 10 secondes sur un cheval à plus de 10 km/h. Non. Il n'avait pas envie de tout... Louve s'arrêta de rire un instant, jura dans sa langue maternelle. Aucun gros mot n'avait paru plus adorable que celui la, dans sa bouche. Aaron sentit son euphorie gagner du terrain et ne put s'empêcher de redevenir le garçon qui riait à n'en plus finir avec Manech, toujours prêt à dire la moindre connerie qui lui venait à la tête, rien que pour le faire plus rire encore.

    « J'ai l'impression d'être une gamine de 15 ans qui glousse comme une renarde.. »
    « Ça fait du bien de rire, non ? Et puis on est jeunes, merde ! Et pas assez bêtes pour aller manquer de se faire tuer par un canasson qui.. » en riant elle l'arrêta d'un doigt sur les lèvres.
    « Je ne sais pas ce que ça veut dire « canasson » mais il a surement mérité mieux comme surnom, te supporter toute une après midi il faut être beaucoup courageux ! »
    « Très.. on dit très courageux. » corrigea automatiquement le jeune homme en souriant.
    « C'est la même chose ! »
    « Non. »


Les yeux brillants de malice, Aaron la contredit, sachant parfaitement qu'elle ne supportait pas ça. Comment le savait-il après seulement deux jours passés avec elle ? Il ne se l'expliquait pas, avait l'impression de la connaître par cœur et d'avoir tellement à apprendre sur elle que c'en était terrifiant. Et terriblement attirant. Louve ouvrit la bouche pour protester, se ravisa en voyant l'éclat qui faisait vivre les iris du jeune homme. Elle le foudroya de ses yeux noirs, mais le sourire qui éclairait ses pommettes relevées démentait les éclairs qu'elle lui destinait. Bon sang ! Comment pouvait-il la faire s'arrêter comme ça, d'un seul sourire arrogant et enfantin à la fois ? Alors, elle se rendit compte que la lumière avait considérablement baissé lorsqu'il avait fermé la porte. Comment pouvait elle connaître par cœur ses traits alors que l'obscurité le voilait partiellement à ses yeux sombres ? Elle ne se l'expliquait pas. Ne voulait pas se l'expliquer.

Aaron sentit son sourire descendre lentement et son pouls s'accélérer. Bordel de Dieu. Depuis combien de temps n'avait-il pas ressentit ça.. Il sentait presque la chaleur que dégageait Louve, se la représentait comme une mince vapeur invisible qui venait l'envelopper tellement il était près d'elle. Bon sang ce que ça pouvait être grisant ! Ses yeux de louve le fixaient, semblant attendre qu'il fasse quelque chose, sans savoir forcément quoi. De ses bandages aux mains il ne sentait que la pulsation de son sang qui bouillonnait dans ses veines, lui donnant l'impression qu'ils se resserraient comme les anneaux d'un serpent. Arrête ça. Il avança d'un centimètre, se ravisa, le souffle court. Arrête ça. Si son regard allait des yeux de Louve à ses lèvres, elle ne décrochait pas des siens, d'un gris si mat et vivant qu'il lui semblait que des éclats métalliques y brillaient lorsqu'ils accrochaient le moindre rayon de lune. Arrête ça. Aaron repoussa cette putain de conscience qui le taraudait, avança encore jusqu'à sentir le souffle chaud de la jeune fille sur son visage. Arrête ça. Avança. Effleura ses lèvres des siennes et sentit la chaleur monter en lui. Arrête ça.. Finit par y déposer un léger baiser. Brusquement, la voix disparu. Ne jamais se laisser dicter sa conduite. Même par quelque chose d'aussi puissant qui provenait directement du fond de son âme. Les yeux ouverts, il interrogea Louve du regard, ne trouva rien d'autre dans ses yeux noirs qu'un gouffre insondable. Gouffre, plus doux que n'importe quel vent d'Est. Aaron cessa d'essayer de trouver une quelconque réponse à tout ça, se pencha rapidement et l'embrassa vraiment. Automatiquement, ses mains montèrent et l'une vint se nicher sur sa hanche alors que l'autre attrapait sa joue, regrettant que le tissu l'empêche de sentir la douceur de sa peau sur sa paume. Louve. Dans un soupir, il ouvrit lentement la bouche et caressa la langue de la jeune femme de la sienne, plaqua son ventre sur le sien. Réponse. Louve ferma enfin les yeux, répondit à son baiser en glissant ses doigts sous sa nuque pour le sentir encore plus fort. Elle n'avait jamais ressentit ça. Jamais aussi fort. Jamais aussi bon. Elle agrippa d'un main ferme son T-shirt et le ramena à elle, l'embrassa encore, mêla son souffle au sien. Alchimie des sens. Rythmée par le couchant dans une douce transe. Répondant aussi bien à son désir qu'au sien, Aaron se plaqua contre elle sans cesser de l'embrasser. Et, sournoise, mauvaise qui attend son heure, heureuse d'avoir trouvé la réponse, elle revint. Plus forte que jamais. Katey,psalmodia la voix, fourbe et heureuse de l'être. Aaron rompit soudainement le contact entre leurs lèvres dans un gémissement, posa son front sur celui de Louve, haletant. D'une main curieuse, la jeune femme caressa sa nuque, chercha un autre baiser, et un autre, auquel il finit par répondre en espérant que cette putain de voix cesse son manège. Katey ! Il tressaillit, l'embrassa plus fougueusement encore, comme pour montrer à la voix qu'il n'en avait rien à faire d'elle.

Intriguée, Louve sentit la différence. Recula brutalement et posa ses doigts sur les lèvres du jeune homme qui revenaient déjà pour l'embrasser encore. Stop. A bout de souffle, elle garda ses doigts placés là, même s'il continuait de les embrasser doucement en caressant son ventre, comme pour la faire changer d'avis.

    « Arrête.. Arrête Aaron.. » lâcha-t-elle dans un souffle, croyant à peine à ce qu'elle disait. « Arrête. »


Sa voix était tellement basse qu'elle doutait même qu'il l'ait entendu. Pourtant, il cessa d'insister, resta simplement là, les yeux clos, arrêta de passer sa main sur ses cotés. Louve s'esquiva sur la droite, recula d'un pas alors qu'il ré-ouvrait les yeux.

    « Sors. »


Le regard bas, Aaron assimila l'ordre, ne bougea pas. La jeune femme craignit un instant qu'il ne l'écoute pas. Il soupira, hocha une fois de la tête sans la regarder, fit demi tour et posa sa main sur la poignée. Se maudissant elle même, Louve attrapa sa main, le fit se retourner et lui planta un léger baiser sur les lèvres, recula de nouveau, un sourire gêné au visage. Elle eut un petit rire amer-doux, secoua la tête.

    « Sors.. » répéta-t-elle d'une voix affectueuse.


Un sourire à moitié étonné et ravi commença à étirer les lèvres d'Aaron qui le contint comme il le pouvait en les mordant. Il leva ses yeux gris redevenus légèrement complices, signifia qu'il avait comprit et ouvrit la porte, descendit de la roulotte et la referma derrière lui. Le même sourire de gamin amusé et rêveur aux lèvres. Se moquant de sa propre joie que Manech aurait qualifiée d'idiote, il secoua la tête, passa sa main sur son visage pour essayer de retirer cette expression beaucoup trop voyante à son goût, renonça en voyant à quel point c'était impossible. Éclatant d'un rire silencieux il leva les yeux au ciel, repartit en direction des falaises. Le cœur gonflé d'une joie de vivre plus intense qu'il ne l'aurait cru possible. Assise sur son lit, la main posée sur sa poitrine, Louve écoutait les magnifiques battements affolés de son cœur. Émerveillée.
  
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