Flying over the starling's nest

 
  
MessageSam 3 Déc - 1:43
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Elisa G. LullyNothing will be the same...

Flying over the starling's nest
Elisa & Jack




Septembre 2016

Le sable est clair. C'est la première chose qui lui saute aux yeux tandis qu'elle s'avance sur le sable, luttant contre l'envie de faire demi-tour. Le souvenir est trop clair, autant que les marques désormais violacées autour de ses biceps, dissimulées par les manches du teeshirt. Ça ne fait même pas une semaine... Elle parvient difficilement à y croire. Pas même une semaine qu'elle courait sur cette même plage, que Fredrik est mort noyé par Kementári, qu'Àsgard et elle ont pu parler, pour mieux se dire adieu, qu'elle a fini courbée à l'intérieur de sa voiture, Hallr léchant son visage en gémissant tandis qu'elle attendait que le voile sombre devant ses yeux disparaisse et luttait contre l'envie de prendre le volant malgré lui, qu'importe le danger. Si les mains ensanglantées d'Àsgard et le visage démoli de Fredrik continuant à cracher son venin malgré tout n'avaient pas dansé devant ses yeux, si elle n'avait pas deviné le début de la longue balafre sous le ventre de la belle alligator, peut-être qu'elle l'aurait pris, qu'importe le danger, cédant à la voix au fond de son esprit qui murmurait, enchanteresse, répétant encore et encore les deux mêmes mots. Et après ? Et après, et après, et après... mélodie lancinante, qui la poursuit jusque dans ses cauchemars, cernes se creusant davantage sous ses yeux, appétit s'effaçant plus encore.

Elle n'est revenue que pour l'exorciser, pour faire taire la fatigue qui lui fait voir des yeux gris derrière elle dans le miroir les rares fois où elle s'y croise, entendre des pas dans le vent, qui la font trembler à chaque haute silhouette masculine aux larges épaules de nageur et aux épais cheveux châtains. Elle ne connait que peu d'hommes, et c'est tant mieux, tandis qu'elle se surprend à être de plus en plus effrayée par eux, fuyant le contact aussi subtilement qu'elle le peut, traquant leurs mouvements. Allant jusqu'à rejoindre le cercle de chaises, à l'association, voix faible comptant les dernières années passées, et taisant les mains autour de ses bras, secouant, insultant, sa colère glaciale, le sang le long de la plage, l'écume rougie. Elle parle de la vaisselle brisée et des propos cruels, de la colère glacée et de la vigilance redoublée après avoir appris le secret d'Erin lors de la visite solitaire d'Elliot, de la demande en mariage et de la rage destructrice lorsqu'elle a osé le refuser, silence dans le restaurant touchant à sa fin sous son insistance, regard se gelant et chèque aussitôt demandé, les mains crispées sur le volant, le "Sors de là." sifflé d'entre ses dents une fois garés devant chez eux -chez lui, ça n'a jamais été chez elle, elle n'a jamais pu se détacher assez d'Alta pour ça-, la colère qui a explosé sitôt la porte d'entrée refermée, jusqu'à finir dans la cuisine où elle s'était réfugiée, insultes et remarques plus acérées que des couteaux s'enfonçant dans sa peau.

Tu devrais t'estimer heureuse que je veuille de toi... Je devrai m'estimer heureux que tu ne sois jamais tombée enceinte, après avoir porté un de ces monstres... Retourne auprès de ce type, tu crois qu'il voudra encore de toi... Inutile... Je savais que j'aurai dû te surveiller de plus près... Avoue, c'est parce que je suis pas un de ces monstres ? Pour eux, tu ouvrirais les jambes sans hésitation, je parie... Tu trahis ta race... Incapable de protéger ta propre fille, tu m'étonnes qu'il te haïsse... Tu es sûre que tu ne voulais pas que ce monstre meure, garder ton cher Àsgard rien que pour toi ?... Vers un type qui n'a jamais voulu de toi... Pourquoi est-ce que j'aurai laissé passer une occasion pareille ?... Trop conne pour se poser des questions... Comme si j'en avais quelque chose à foutre...


Hallr bouscule sa jambe, langue râpeuse passant contre sa main alors qu'elle ravale une nausée et titube tant bien que mal plus près de l'eau, s'y laissant tomber sans grâce aucune. Ses cheveux pendent dans la brise, extrémités recommençant à s'enrouler sur elles-mêmes, mornes et ternes, aussi affadis qu'elle. Les vagues se brisent sur le sable, l'écume blanche et l'eau claire brillant sous le soleil, chien s'allongeant près de sa maitresse avant de tourner la tête en direction des cris aigus que le vent apporte. Des enfants, elle n'a pas besoin de les observer pour savoir qui ils sont, joie dans leurs voix trop aisément reconnaissables. Mais son visage pivote malgré tout, lentement, regard se posant sur eux. Tout un groupe, certains animés d'autres non, jouant dans les vagues et dans le sable, inconscients de tout ce qui s'est joué ici. Ce n'est pas le même morceau de plage, elle n'a pas la force de retourner sur le lieu même, d'approcher de la maison et de tout ce qu'elle recèle. C'est déjà assez dur d'être ici, de se contraindre à rester immobile, de se forcer à respirer l'odeur de l'iode et de se répéter que l'odeur de sang et de charogne qu'elle peut sentir flotter n'est que le fruit de son imagination...

Il n'y avait pas le choix, pourtant. Il fallait s'y confronter, pour s'assurer que c'était bien la réalité, pour essayer de contrôler la terreur et de lui mettre les fers aux pieds. Peut-être qu'elle n'aurait pas dû attendre tant pour revenir, éviter à la plage de devenir si effrayante. Mais il y a d'autres souvenirs liés à la plage, à cette plage, des balades avec Hallr, un lever de soleil aux couleurs doublées par ses reflets dans les vagues, l'horizon se drapant dans le manteau de l'aurore. Et il y a d'autres plages, enneigées par l'hiver norvégien, sable et eau gelée se mêlant, les vagues paraissant comme gelées, celles brûlantes de Naples, parasols colorés et cris des touristes, le calme de la Méditerranée devant elle, la ville s'étalant au-dessus, immense et grouillante du meilleur comme du pire de l'humanité. Cette plage, en comparaison, elle devrait être insignifiante. Ce ne sera pas la première fois qu'un homme aura été tué, ce ne sera pas la première fois qu'il aura été condamné. Elle voulait qu'il meure, elle aussi. Elle voulait le laisser aux vagues, qu'elles l'emportent et le noient. Elle aurait pu le tuer elle-même, si elle avait eu la force. Ça n'est rien, sa mort. Juste un mort de plus. C'est ce qu'elle essaie de se dire. Mais c'était plus qu'un homme. C'était le monstre qui hantait ses cauchemars, c'était le voile des mensonges brutalement retiré de devant ses yeux, c'était le sang et les coups, la rage à laquelle elle a été de nouveau confrontée, c'était la destruction finale de son cœur... Il n'y a plus qu'un trou ensanglanté dans son sein, désormais.

Elle prie pour que les enfants ne soient jamais confrontés à tout ça tandis qu'elle les observe, main lourde se posant dans la fourrure épaisse de son molosse et s'y perdant, caressant l'animal, rassurée par sa chaleur et la force concentrée à l'intérieur de son corps, vie si présente contre ses doigts. Elle s'étale sous ses yeux aussi, dans les enfants qui jouent, les silhouettes des adultes qui les surveillent. Le monde continue de tourner, qu'importe la sensation qu'elle a d'être à l'arrêt, articulations bloquées, mécanismes enraillés. Ce n'est pas la fin du monde. Pas pour eux, pas pour elle. Est-ce qu'elle peut en faire quelque chose, un deuxième départ ? Un point d'appui pour tenter de rendre un peu de sa solidité au monde, juste un peu, une prise aussi friable soit-elle, quelque chose qui peut étouffer le son des Et alors ? Elle ne veut pas se laisser engloutir par le vide. Pas encore en tout cas, pas réellement. Elle veut observer le jeu des enfants, lèvres s'étirant imperceptiblement en voyant l'un d'eux assis non loin de là où les vagues s'échouent, trou creusé dans le sable recueillant de l'eau de mer, ses mains en coupe voyageant entre le puits et son côté. Un château de sable humide, elle suppose. Le genre de choses qu'elle a fait si souvent, petite, qu'elle espérait apprendre à faire à Ida. Une bonne raison de ne pas se laisser sombrer, main glissant le long de son ventre, cherchant le souvenir de la courbe qu'il avait adopté. Dans un mois elle sera née. Elle pourrait lui bâtir un royaume tout de sable humide, cette année... exorciser le souvenir du sang rougi et le remplacer par la vue du sable assombri par l'écume et des structures délicates qu'elle pourrait faire s'élever. Elle pourrait... un enfant trébuche en courant, sourcils de l'italienne se fronçant et mains se crispant dans le pelage d'Hallr, partagée entre la pulsion qui lui dit d'aller le consoler et le reste qui la cloue au sol. Elle ne peut plus regard, regard commençant lentement à pivoter pour s'éloigner avant de s'arrêter, posé sur le sac abandonné.

Il y a un oiseau posé dessus, son corps rond, ses plumes parsemées d'une constellation de marques claires, les étoilant, et elle se prend à cligner de surprise, lèvres s'écarquillant machinalement. L'idée qu'elle puisse parler dans le vide ne la heurte qu'une fois le mot échappé et impossible à rattraper.

"Bonjour ?"
AVENGEDINCHAINS
  
MessageVen 23 Déc - 1:36
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« Quelqu'un a su voir en moins autre chose que ce que je voulais bien lui montrer. »
Je reconnaitrais ce plafond entre mille. Son ton nacré, la petite fissure à deux mètres sur la gauche, creusée à même la matière et la cisaillant de sa teinte sombre. Je pourrais en décrire chaque angle, chaque variation, avec la précision d’un chirurgien et la rigueur d’un mathématicien face à un calcul complexe. Je le connais par cœur et cette idée, loin de me ravir me désespère ; pour en arriver à ce stade, il m’a fallu des centaines d’heures d’insomnies. Des centaines de nuits sans lune, comme se contraint à les appeler Sybelle. Celles où le sommeil autant que l’inconscience m’échappent, engloutis par mes cauchemars et la pénombre de mes chimères. Il ne reste rien des rires de la soirée dernière, lors de ce coup de fil passé à Julie, pas plus que de l’excitation de la journée à venir en compagnie des enfants. Seulement ces images qui tourbillonnent par dizaines, vagues peintures s’apparentant à des souvenirs que je ne parviens toujours pas à saisir. Il le faudrait, pourtant. Réussir à se remémorer quelque chose de consistant, de véridique, qui me prouverait que je ne suis pas totalement fou, que ces cinq années soi-disant passées dans l’armée ne sont pas qu’un mythe, que ces hommes morts à ma place ne se sont pas sacrifiés en vain. Une parole, une bribe de chanson, un objet, n’importe quel élément auquel je pourrais enfin m’accrocher… Un progrès. Un progrès qui amènerait autre chose que le regard bienveillant de ma psy dans lequel j’imagine toujours une certaine pitié – pitié qui n’a pourtant jamais existé. Une avancée dans cette thérapie qui est la mienne, une évolution, même infime, dans cette pêche aux souvenirs que je pratique depuis six ans.

Je n’ai jamais vraiment aimé la pêche.

« Et si tu sortais ton carnet ? »

Je lâche le plafond des yeux et tourne la tête vers l’étourneau, sagement posée sur la commode. Syb m’observe avec insistance depuis un moment déjà, son regard sombre m’analysant des pieds à la tête sans perdre une miette de mes pensées. J’y suis habitué, depuis le temps, à tel point que je n’y avais pas vraiment prêté d’attention jusque-là. Mais elle n’est pas du genre à me laisser me morfondre – pire, elle ne supporte pas ça. Le moindre indice lui permettant de croire que je broie du noir, même un peu, est une raison suffisante pour qu’elle laisse son instinct maternel prendre le dessus. Différemment selon les jours, ses réactions s’étalant d’une petite phrase d’encouragement au pincement d’oreille… Si ce n’est plus. Comme je ne me sens pas d’humeur à protester, je finis par me pencher en direction de la table de chevet afin d’y récupérer le dit-carnet. Je le parcours quelques instants, un soupir amer au creux des lèvres devant cette multitude de notes sans queue ni tête, avant d’attraper un stylo pour y ajouter quelques mots. Sensiblement les mêmes depuis des mois… Militaires. Désert. Angela. Je me demande ce que prénom signifie. Pensif, je laisse mon regard se perdre sur les meubles de ma chambre, jusqu’à ce qu’il s’immobilise sur l’oreiller voisin du mien.

J’y revois Levy, la nuit dernière, chevelure blonde répandue en vagues autour de son visage endormi que j’avais malgré moi passé un bon moment à observer, quitte à être assimilé à un psychopathe en moins d’un mois de relation. Difficile de croire qu’on ait finalement eu l’audace de passer ce cap et de nous lancer à cœur perdu dans cette aventure… Et pourtant, facile de croire que du haut de son mètre soixante-huit ce petit bout de femme réussit à me rendre aussi heureux. A cette idée, un doux sourire étire mes lèvres. J’aurais aimé qu’elle soit là aujourd’hui. J’aurais voulu l’enlacer, enfouir mon nez dans ses cheveux et faire taire ces stupides craintes qui me tordent l’estomac depuis des heures… Je secoue la tête pour chasser cette image et me lève d’un bond, surprenant ma moitié au passage. Jogging et t-shirt enfilé, carnet négligemment balancé sur la table de chevet, avant que je sorte finalement de la pièce.

Let’s take a walk.

Piaillement enjoué pour seule réponse.

*

Neuf heures. J’ai encore trente minutes pour finir mon déjeuner et éventuellement la lecture du journal que j’ai acheté en revenant du running de ce matin. Biscotte en main, je découvre avec attention chaque article, insensible aux gouttes qui dévale le long de ma nuque – derniers vestiges de ma récente douche – tout comme aux bruits de pas sur la table de la cuisine. Je ne la vois pas, mais je devine aisément que Syb est en train d’engloutir tout ce qui lui passe sous le bec, histoire de bien me faire remarquer que je ne la nourris décidément pas assez. Je lève finalement le journal devant moi et me plonge dans l’article concernant le prochain match des Giants - et, en particulier, l’interview du coach et l’explication des éléments tactiques adoptés lors de leur dernière rencontre – sans me formaliser du soudain silence qui pèse sur la cuisine, et encore moins de l’éventuelle menace qui s’y abrite.

J’aurais peut-être dû.

L’étourneau, revigorée par sa balade autant que par le petit déjeuner biscotté, a décidé d’attirer mon attention autrement que par piaillements et pensées intempestives... Un peu d’élan pour la vitesse, de la concentration pour la précision ; et voilà que Syb file à vive allure à travers la cuisine, un petit cri aigu en guise de signal d’attaque et bec en avant comme unique arme. Ce fameux bec qui vient percuter le journal, perçant un trou en plein milieu de la page des sports (adieu, l’interview) avant que ma bestiole à plumes ne s’y engouffre tout entière et vienne s’étaler contre ma poitrine dans un bruit sourd.

Il y a un petit temps, après l’assaut. Quelques secondes durant lesquelles j’oscille entre la surprise, le rire et l’énervement, pour que finalement l’hilarité prenne le pas sur le reste lorsque je découvre les deux prunelles qui me dévisagent avec innocence.

« Tu voulais me dire quelque chose ? »

Elle penche la tête de côté, et je lâche le journal pour caresser doucement la base de son cou, souriant en la voyant fermer les yeux à ce simple geste.

« Oh, trois fois rien. Je voulais juste te faire remarquer que tu étais en retard. »

Je lève la tête vers la pendule : 9h32. Et merde. Dans un mouvement, je lance le journal sur la table, attrape ma moitié et me précipite hors de la cuisine en courant.

*

« Victor, arrête d’essayer d’assommer Tim avec ta pelle. »

Essaye avec le seau, c’est plus efficace. Je parviens difficilement à conserver mon air courroucé devant l’enfant, qui bien heureusement ne fait pas d’histoire et finit par se calmer. D’ici cinq minutes, nous serons sur la plage de Perth et les gamins pourront laisser libre court au débordement d’énergie dont ils font preuve aujourd’hui – rien de plus naturel puisque le combo des mots « mer », « château de sable » et pique-nique » fait toujours cet effet-là, et pas que sur les gnomes d’ailleurs. Mary, ma collègue est extatique depuis mon arrivée ce matin, et Syb s’évertue à me dire que ça n’a rien à voir avec l’idée de devoir se tartiner de crème solaire. Elle est juste pressée de profiter de la vue. Je secoue la tête en souriant, parfaitement conscient que les seules vagues auxquelles elle fait allusion sont celles de mes abdominaux.

La mer est calme, aujourd’hui et coup de chance, le temps merveilleusement beau. Je donne les dernières instructions aux enfants avant qu’ils ne se précipitent sur le sable, et installe notre camp de base de l’après-midi pendant que Mary emmène les volontaires pour une petite baignade. Sybelle plane nonchalamment au-dessus de notre petit groupe, trop heureuse de pouvoir se dégourdir les ailes à sa guise, et je lui laisse le champ libre, trop heureux qu’elle ait choisi d’en profiter.

« Oui Emy ? »

L’enfant s’est approchée de moi d’un air penaud, ses petites mains fermement accrochées au seau en plastique que je lui ai donné avant de partir. Je m’interromps et m’accroupis devant elle, insensible à l’appel de ma moitié depuis le ciel, focalisé sur la fillette et cette question qui lui brûle les lèvres.

« Je ne sais pas faire un château de sable… »

Un sourire étire doucement mes lèvres, et je dégage d’un doigt les cheveux blonds qui lui barrent la vue.

« Ne t’inquiète pas, on va en faire un magnifique ensemble. Un vrai château de princesse ! »

Je ferai n’importe quoi pour apercevoir cette joie dans ces yeux bleus. Je lui tends la main, l’encourageant à la prendre et l’entraîne en direction des autres.

Battement d’ailes, nouveau cisaillement, et ce soupir contrarié au creux du bec. Elle n’y arrive pas. Elle ne parvient ni à attirer l’attention de Jack, ni à faire taire cette curiosité autant que cette inquiétude qui percent sous ses plumes. Elle a toujours été ainsi. A vouloir sauver Jack, d’abord, les autres ensuite. Mais cette silhouette solitaire, pieds perdus dans la mer et regard noyé à l’horizon, l’attire inexorablement. Sybelle hésite, pourtant. Elle n’aime pas interférer dans la vie des autres. Elle a peur, aussi. Peur de l’inconnu et de tout ce qui le constitue – cette femme y compris. Mais ce regard… Elle secoue sa tête minuscule, mais l’image y reste ancrée. Pourquoi a-t-elle tourné la tête à ce moment-là ? Le chien l’a intriguée, voilà pourquoi. Et maintenant… Elle virevolte une nouvelle fois, sans pour autant parvenir à jouir de l’effet de la brise sur son plumage. Elle n’y arrive plus – elle n’a jamais su.

« Oh et puis zut. »

Un dernier coup d’œil pour Jack, qui commence sa construction avec Emy, avant qu’elle ne plonge en piquet en direction de la jeune femme et atterrisse sur son sac. Si elle avait été sans remords, elle aurait volontiers jeté un œil à l’intérieur de ce dernier – mais elle ne peut se détacher de la demoiselle, debout devant elle, aux yeux obstinément rivés sur l’eau. Et ses prunelles dérivent puis décrivent. Qu’elle est terne, cette peau. Qu’il est maigre, ce corps. Et pourtant, que les gestes sont amples et doux, comme empreints d’un souvenir puissant que l’oiseau ne peut qu’imaginer. Elle se passe une main sur le ventre et Syb penche la tête, de plus en plus intriguée au fur et à mesure que le regard de l’inconnue se tourne. La tension qui l’accapare à la chute de Gabin ne lui échappe pas, pas plus qu’elle ne l’étonne. Elle aurait voulu lui dire que ce gamin était incapable de tenir sur ses jambes plus de trente mètres d’affilée, que ces chutes étaient monnaie courante et que sitôt la prochaine vague, le prochain tas de sable, elle serait oubliée. Mais l’étourneau n’ose pas parler, bloquée par l’idée de les effrayer tous les deux. Tous les trois. Elle n’aperçoit pas de daemon non plus, et toutes ces tentatives de contact télépathique restent vaines. Timidité, peut-être ? Ou alors…

« Bonjour ? »

Surprise, Sybelle fait un saut en arrière, levant les yeux jusqu’à s’ancrer aux iris intrigués de la propriétaire du sac. Elle pourrait se taire. Faire croire à un simple oiseau, un peu téméraire certes, mais dépourvu de toute parole. La vie reprendrait sitôt ses ailes déployées, elle poursuivant sa balade les pieds dans l’eau tandis que l’étourneau rejoindrait sa moitié et guiderait l’élaboration des tours. Elle pourrait, oui. Mais elle n’a aucune intention de s’envoler et encore moins de l’abandonner à sa presque solitude – presque, parce qu’il y a le chien. Mais cette bête à poils n’a pas l’air décidé à l’ouvrir, alors autant qu’elle le fasse pour eux deux.

    « L’eau est bonne, non ? Elle a l’air en tout cas. Syb tourne la tête jusqu’à apercevoir les enfants qui se baignent et reprend, la voix teintée d’une certaine tendresse. On aime bien amener les enfants ici. Déjà parce qu’il est facile de les épuiser – elle sourit presque à cette idée – quoique, pour certains, c’est plus compliqué. Et parce qu’il est encore plus simple de les faire sourire. Un château de sable, une éclaboussure. Les choses sont faciles ainsi. Du moins, c’est ce qu’ils nous poussent à croire. »


Elle s’approche en sautillant, gardant tout de même un œil sur le molosse aux dents aussi grandes que ses pattes, et laisse ses paupières papillonner avant de poursuivre.

« Pardon, je m’emballe un peu et j’en oublie les bonnes manières. Je m’appelle Sybelle, je suis un étourneau sansonnet et dixit mon daemonien, je ne fais pas mes trente-trois ans. Et vous, vous êtes ? »



CREDIT → OSWINWHO
  
MessageVen 10 Fév - 21:13
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Il y a quelque chose d'étrange dans le fait de parler à cette oiselle, la différence si visible entre sa forme et les formes des dæmons avec qui elle a pu discuter, l'image de ce que l'âme pourrait donner, à côté d'une Kementári ou d'un Altaïr imposants, majestueux. Elle est si petite, si fragile, elle se demande à qui elle correspond, regard errant vers les gens sur la plage, enfants et adultes. La jeune femme ? L'homme qui construit un château de sable ? Un des nombreux enfants occupés à jouer, insouciants, trop perdus dans leur excitation pour se rendre compte que la moitié de leur être est parti vagabonder ? Elle ne sait pas trop, mais elle observe la silhouette frêle, lèvres frémissants de la voir sauter en arrière, paupières s'abaissant un instant en croisant les billes sombres. Le temps de se jurer de ne pas essayer de lire ce qui peut y apparaître, avant qu'une main se pose sur la tête d'Hallr, chien et maîtresse s'asseyant tous deux sur le sable, plus près de la silhouette aux plumes pleines de ciel.

"L’eau est bonne, non ? Elle a l’air en tout cas. On aime bien amener les enfants ici. Déjà parce qu’il est facile de les épuiser quoique, pour certains, c’est plus compliqué. Et parce qu’il est encore plus simple de les faire sourire. Un château de sable, une éclaboussure. Les choses sont faciles ainsi. Du moins, c’est ce qu’ils nous poussent à croire."

Facile. Simple. Les mots la rendent nostalgiques, de quelque chose qu'elle n'a pas eu, pas connu, regard se perdant au loin, avant de se reposer sur la silhouette qui s'approche, à petits bonds, amusante et fascinante. Elle se demande si son autre moitié s'est aperçu de son absence, si il ou elle s'en inquiète, va arriver, en courant, et l'emporter, plumes nocturnes et voix enjouée, et la distraction qu'elle génère par sa simple présence. Mais ça ne semble pas être le cas, tandis que le discours se poursuit. Si différente de Kementári. Si bavarde. Mais si loin d'être stupide, si l'oeil prudent posé sur Hallr est une quelconque indication.

"Pardon, je m’emballe un peu et j’en oublie les bonnes manières. Je m’appelle Sybelle, je suis un étourneau sansonnet et dixit mon daemonien, je ne fais pas mes trente-trois ans. Et vous, vous êtes ?"

Tant d'informations, données si innocemment, sans hésitation. Sybelle, Sibélius, Cybele, Si Belle... elle se demande à quoi son dæmonien pense lorsqu'il use de ce prénom, auquel des nombreux sens attachés à son identité. La musique, la mythologie, l'affection et la fierté, tous à la fois, aucun ? Mystère. Mais elle le trouve joli, en tout cas, ce nom. Il lui va bien. Et tout le reste... étourneau sansonnet si frêle, moitié d'un homme, trente-trois ans d'existence déjà... Est-ce que le chaton serait devenu oiseau, lui aussi ? Ou est-ce qu'il serait devenu aussi imposant que les autres à une exception prêt (oppossum niché sur une épaule, image s'effaçant aussi vite que la vague qui se brise contre la rive pour aussitôt se retirer) ? En tout cas, elle sait, maintenant. Elle fait partie de l'homme qui construit un château de sable, visage s'orientant un instant vers lui, avant de s'en détourner. Elle espère qu'il ne viendra pas. Elle ne veut pas qu'il l'approche, mains se serrant autour de ses bras, doucement, couvrant les hématomes déjà cachés par le sweat. Juste au cas où. Et le creux de son ventre tremble, alors que le vent marin fouette son visage dans une bourrasque et se noue à ses cheveux. La simple idée la rend anxieuse. Dieu, qu'elle est devenue faible ! Méprisable. Du sang sur ses mains et devant ses yeux. Elle ne regrette pas. Elle s'en veut. Elle est rassurée, terrifiée. Elle ne se connait plus. Elisa, Elisa... qu'est-ce qu'il est advenu de toi ? Qui s'en soucie ? Pas elle. Elle a dit déjà dit adieu, après tout.

Ses lèvres pâles s'étirent, forment un sourire tremblant avant de se détendre, expression glissant le long de son visage et ne laissant qu'une étincelle de vie dans son regard.

"Elisa, enchantée. Et voici Hallr, mon chien. J'ai bien peur d'être humaine, il ne pourra donc pas vous répondre. Pour ce qui est du reste... j'ai 31 ans, pour ma part. J'espère que votre moitié ne s'inquiète pas de votre absence ?"
Une pause, pour caresser le gros crâne du molosse qui s'est posé le long de sa jambe, chien fixant un œil indifférent sur l'oiseau. Petite comme l'est l'étourneau, elle n'est pas intéressante pour lui. Pas une source de danger, et pas un casse-croute décent non plus. Juste une chose bavarde et curieuse, donc il se désintéresse rapidement, oreilles frémissant à l'occasion, alertes. Une part de lui est toujours aux aguets, pour mieux protéger sa maitresse. Tendue. Une part d'Elisa s'en désole, quand une autre s'en trouve rassurée.

"Vous avez testé l'eau ? Je n'ai pas vraiment osé y mettre les pieds... J'espère qu'aucun des enfants ne prendra froid, en tout cas. Mais ils semblent plus préoccupés par le sable... Vous pensez qu'ils en ont conscience ? De tout ce que l'océan peut receler ? Ou il les fascine juste parce qu'il est grand ?"


Tout ce que l'océan peut cacher comme secrets... Poissons, récifs, naufrages, trésors, fossiles morts ou vivants, corps sans vie, plantes, minéraux, volcans, gouffres, montagnes, la vie en miniature, la vie sous sa surface... La mort. Le sang. La violence. Le tout dans le silence des profondeurs... Une part d'elle se demande ce que cela ferait, de les explorer. Une autre les craint. Craint ce qu'elle pourrait y croiser, dévoré par les vagues il y a trop peu de temps. Les vagues et les crabes. Probablement.
Contre sa jambe, Hallr grommelle, alors que les cris de joie des enfants se font plus excités au loin, attirant l'attention de l'italienne. Le château de sable se dessine vaguement dans la distance, masse formée par les petites mains aidées par celles de l'adulte. Ils semblent s'amuser. Comme des enfants, comme ce qu'ils sont. Si innocents...

Puissent-ils ne jamais grandir. Puissent-ils ne jamais apprendre combien le monde des adultes peut être laid et cruel. Qu'ils conservent leur innocence aussi longtemps que possible.
AVENGEDINCHAINS
  
MessageSam 24 Juin - 21:51
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« Oui, quel est le plus profond, le plus impénétrable des deux: l'océan ou le cœur humain? »
« Continue Emy, c’est très bien ce que tu fais. »

D’une poignée de sable, elle vient finir de remplir le seau que j’ai déposé devant elle. Son sourire attise le mien, comme toujours, tandis que j’attrape l’anse de l’objet pour le ramener vers notre construction. Ou ébauche de construction, plutôt, puisque notre château ressemble pour le moment plus à un gros tas de poudre dorée qu’autre chose. M’enfin peu importe, tant que ça rend Emelyne heureuse, c’est à mes yeux le principal. Je lui montre comment monter les tours et elle s’applique, les prunelles rivées sur son œuvre, alors que j’en profite pour jeter un œil aux alentours. Les garçons jouent au ballon à quelques mètres, se chamaillant sur les règles et en particulier, sur la largeur du terrain. Au loin, j’aperçois Mary avec les plus jeunes, barboter au bord de l’eau. Un vague sourire sur le visage, je m’imprègne de cette scène – ma mère a raison, sur ce point.
Les moments les plus simples sont les meilleurs.

Je lève les yeux vers le ciel d’azur, à la recherche de ma moitié sans pour autant l’apercevoir. Je ne m’en formalise pas plus que ça, persuadé qu’elle a profité de me voir occupé pour voler de ses propres ailes. Bien lui en fasse, c’est ainsi que je la préfère. Libre de ses choix et de suivre ses envies. Elle qui passe sa vie à s’occuper de l’enfant que je suis et à s’inquiéter pour moi, a bien mérité ces quelques heures de pause.

« Jack ! Jack regarde ! L’eau monte ! »

Je m’arrache à mes pensées en entendant les piaillements paniqués d’Emy. Effectivement, l’eau monte rapidement, ce pourquoi je m’empresse de creuser une tranchée autour de l’édifice.

« Vite ! Viens m’aider, il faut le sauver ! »

L’enfant me rejoint en quelques pas précipités, et joint ses mains aux miennes. En mon for intérieur, j’appelle.

Syb ? Tout va bien ?
Au poil, bébé.


Inutile de s’inquiéter : Sybelle a toujours les deux pattes fermement plantées dans le sol. Un œil sur la mer montante, qui menace de venir l’engloutir à chaque instant, l’autre sur le mastodonte qui accompagne la demoiselle. L’oiseau n’a aucune envie de servir de déjeuner – voire de dessert – ce pourquoi elle veille à maintenir une certaine distance de sécurité entre eux. La voix de la jeune femme l’empêche pourtant de détailler plus en profondeur l’animal, la contraignant à lever les yeux de nouveau.

« Elisa, enchantée. Et voici Hallr, mon chien. J'ai bien peur d'être humaine, il ne pourra donc pas vous répondre. Pour ce qui est du reste... j'ai 31 ans, pour ma part. J'espère que votre moitié ne s'inquiète pas de votre absence ? »

Un rire léger en guise de réponse, tandis que la daemonne penche la tête sur le côté, amusée.

« Oh non, ne vous inquiétez pas. Je passe plus de temps à m’en faire pour lui qu’il ne s’en fait pour moi. »

Si elle avait pu sourire, Sybelle l’aurait fait. De toutes ses dents inexistantes.

« Sans compter qu’il est actuellement préoccupé par le prochain naufrage de son château de sable… »

Petit claquement de bec taquin à cette idée. Elle n’a pas besoin d’être à côté de Jack pour avoir l’image en tête, le tout agrémenté de cette sensation d’empressement qui étreint sa moitié actuellement.

« Elisa. C’est un joli prénom. »

Parler, pour elle-même, complimenter pour l’autre. Tenter d’instaurer un lien, certes fragile mais définitivement indélébile, entre la femme et l’oiselle qu’elle était. Elisa l’intrigue. Elle et cette aura grisonnante, attristée, qu’elle semble promener autour d’elle comme on trainerait un boulet et le poids qui l’accompagne. Elle s’avance un peu vers l’inconnue – qui ne l’était pas tant, étrangement. Peut-être même moins que certaines personnes qu’elle et Jack croisent quotidiennement. Et cet accent, cet accent chantant, l’amène à sa prochaine question.

« Il est italien ? »

S’élancer, à ailes déployées. Repousser l’idée selon laquelle on pourrait par ses questions blesser. Car Sybelle sait, autant qu’elle peut en témoigner, que certaines marques du passé doivent rester enterrées. Mais elle a envie de savoir. De découvrir. De discuter. Elle qui s’intéresse habituellement aux choses plus qu’aux hommes, ne sait retenir ses interrogations à son sujet. Et ce n’est pas cette boule d’anxiété, sagement lovée au creux de son ventre, qui parviendra à la retenir.
Non. Pas cette fois.

« Vous avez testé l'eau ? Je n'ai pas vraiment osé y mettre les pieds... J'espère qu'aucun des enfants ne prendra froid, en tout cas. Mais ils semblent plus préoccupés par le sable... Vous pensez qu'ils en ont conscience ? De tout ce que l'océan peut receler ? Ou il les fascine juste parce qu'il est grand ? »

L’étourneau suspend sa réflexion, et tourne ses prunelles songeuses vers l’océan qui leur fait face. Ce n’est pas tant les paroles de la jeune femme qui la font hésiter, mais plus la manière dont elle devrait formuler sa réponse. Sans omettre de détail. Sans en faire trop, non plus. Après tout, elle n’est pas plus savante qu’un autre.

« Je n’ai pas été me baigner, pas encore. A vrai dire… Les vagues ne m’inspirent pas confiance. Elle marque un temps d’arrêt, comme si cette réalité, la sienne, n’était en vérité qu’une minuscule partie de l’iceberg qu’elle tente de cacher. Mais j’ai eu l’occasion de frôler l’eau, un peu plus tôt. Et à en juger par la manière dont les enfants barbotent, je pense que vous pouvez aisément vous y risquer ! »

La voix est chaude, le timbre rassurant. Une fois encore, son instinct maternel a repris le dessus. Elle doute qu’il parviendra à la quitter un jour. A vrai dire, elle ignore même si elle a envie que cela se produise. Que deviendrait-elle alors ?

« Quant à vos questions… Je pense qu’ils ont tous conscience qu’il y a quelque chose, sous cette étendue d’eau. Que l’océan ne s’arrête pas à ce qu’ils aperçoivent de la berge où ils se trouvent. Mais à partir de là, les pensées diffèrent. Les plus jeunes imaginent un monde sous-marin, peuplé de Minimoys aquatiques ou de dizaines de petites sirènes, à l’image de ce qu’ils ont pu voir dans les films pour enfants. D’autres, plus grands, s’inspirent des pirates et des monstres marins, comme le Kraken ou je ne sais quelle autre bestiole qu’Hollywood ou les livres peuvent créer. Et il y a les ados. Eux n’ont pas cessé de réfléchir, ils le font juste d’une manière différente. Ils prennent conscience de la vie marine et de sa complexité. Se noient un peu dans l’immensité, puis s’imaginent capturer l’horizon sur leur voilier. »


Elle inspire, pleine de tendresse.

« Mais au final, aucun d’entre eux n’a cessé de rêver. C’est ici la magie qu’apporte l’océan, j’imagine. »

Une brise légère se perd sur son plumage, lui tirant un frisson.

« Et vous Elisa, qu’est-ce qui vous fascine le plus ? La navigation ? Peut-être avez-vous déjà eu l’opportunité d’essayer. »

Elle en rêverait, Jack moins. Il est plus à l’aise dans un avion que sur un bateau, étrangement. Mais pour Sybelle, partir à l’assaut des mers, loin de toute forme d’humanité et des douleurs qui l’accompagnent, semble être un cadeau qui ne se refuse pas. Et en elle-même, l’étourneau se persuade qu’il en est de même pour Elisa.


CREDIT → OSWINWHO
  
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