I say I'll rule the world ♦ Felix

 
  
MessageVen 6 Jan - 0:01
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 152Nombre de RP : 25Âge réel : 22Copyright : Aki' ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Son doigt se dandine sur sa jambe, battant le rythme endiablé d'Ella Fitzgerald, résonnant dans ses oreilles. Les cuivres crient, la batterie murmure, charleston fou, grosse caisse discrète, la voix de la grande diva brille au centre de la symphonie qui l'accompagne. Et Ana sourit. Elle sourit, parce qu'elle est enfin dans le train. Elle sourit, parce qu'elle y arrive bientôt. Ils y arrivent bientôt. Tehwa dans son sac à dos, lové dans son bonnet, endormi.
Le train saute de temps à autre, les paysages se succèdent à une vitesse ahurissante. Face à elle, un homme endormi dans sa veste. Il semble bien parti pour rater son arrêt, mais peu importe. Elle, elle arrive bientôt. Et pourra rejoindre vite son nouvel appartement. Bien que modeste pour l'instant, elle a hâte de pouvoir se poser, y faire pousser ses plantes. Et commencer à s'occuper de toute la paperasse. Pour enfin se jeter dans sa valise d'herboristerie, planter ses graines qu'elle garde depuis un moment déjà, pour Merkeley.

Merkeley... Bientôt. Bientôt, oui. La chance qu'ils ont tant espéré avoir, une chance de recommencer et de créé cet idéal pour leur famille. Une maison pour vivre, au calme. Loin de tous ces combats, ils ont bien trop donné. Elle a trop donné. Son jumeau aussi. Ils sont las de la guerre, ils veulent vivre et oublier ces histoires.
Parce qu'après tout, elle n'est pas si solide qu'elle a voulu leur faire croire en partant. Elle s'écroule encore, elle cauchemarde toujours. Ses crises s'atténuent, certes. Comme elles peuvent la faire exploser. Bien heureusement, il n'y a que cet homme dans cette cabine. Lui et elle, dans un silence parfait au repos.

Elle sent soudain des petites griffes se planter dans son pantalon, un poids léger se tirer vers le haut. Elle penche le regard et sourit à Tehwa, encore endormi. Elle le prend d'une main pour le déposer sur ses genoux, il se couche à nouveau, les yeux ouverts.

*On arrive bientôt ?*

Ils préfèrent communiquer par la pensée, une habitude prise depuis bien longtemps. Toujours en espagnol. Ils passent plus ou moins inaperçus pour les humains, ils peuvent être tranquilles. Et parler de tout sans tabou.
Ana regarde l'heure sur son téléphone. Elle se l'est procuré quelques semaines après son arrivée à San Diego. Il faut dire que son ancien est dans un piteux état. Il a tout vécu. Des frère et soeurs malicieux à la rébellion, de la terre du jardin aux sauts dans le vide. Il commençait très sérieusement à donner son dernier souffle, il était temps de changer. Tout partait en vrille, l'armature ne tenait plus.

*Dans une vingtaine de minutes.*

La mexicaine laisse son regard aller par la fenêtre, elle en oublie presque qu'elle se rapproche de leur but.

*Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer. On va y arriver, comme toujours.*

Elle dépose délicatement son doigt sur la petite tête de son jumeau, le caresse gentiment. Il ferme les yeux pour se rendormir encore un peu.

*Ouais...*

- * - * - * -

Le train s'ébranle, on dépasse tranquillement le début du quai. La gare de Merkeley. Enfin. Ana n'a pas encore enfilé sa veste, ses sacs sur le siège à côté d'elle. Tehwa emmitouflé dans l'écharpe bleu nuit qu'elle porte autour du cou. Le train s'arrête. Un homme fait une annonce, la mexicaine n'écoute pas. Elle regarde à l'extérieur, le quai de la gare.
Du monde. Beaucoup trop de monde. Elle penche la tête pour regarder dans le couloir. Une file de gens qui se précipitent pour descendre du train. L'homme en face d'elle dort toujours, elle ne le réveille pas. Peut-être s'arrête-t-il ici, peut-être pas. Ce n'est pas son problème.
Il est dehors...

Son coeur s'emballe, son souffle devient presque rauque. Alors elle ferme les yeux. Et respire. Tehwa ne se réveille pas, premier point qui la soulage. Il ne doit pas la voir ainsi, il doit croire que ses crises sont passées. Parce qu'il a assez souffert à cause d'elle. Il a assez subi, il s'est joué éponge émotionnelle trop longtemps.
Ana tente de refréner sa crise naissante. Sa respiration est bruyante, l'homme ne se réveille pas. Elle enfile sa veste, inspire, expire. Il faut qu'elle sorte. Inspire, expire. Il faut qu'elle sorte du train avant qu'il ne redémarre. Inspire, expire. Tant pis si elle doit se plonger dans cette foule, il faut sortir. Inspire, expire. Inspire, expire.
Inspire, expire...
Ana se lève. Glisse son sac dans son dos, sa valise d'une main et son sac de sport de l'autre. Elle ferme les yeux, inspire. Et avance. Le couloir est vite traversé, plus personne ne fait la file, ils sont tous dehors. Elle descend le petit escalier du train, se retrouve sur le quai. Observant tous ces gens qui courent dans tous les sens.

PAN.

Ana sursaute, son coeur explose. Un cri résonne, le chef de gare demande à ce que l'on s'éloigne du train pour le laisser repartir. La mexicaine s'avance, main crispée sur les poignées de ses bagages. Tehwa bouge, elle sent ses pensées se réveiller.

*Ana ?*

Et elle sent son inquiétude l'envahir. Comme cette panique investit son esprit. Elle pensait l'avoir vaincu, cette agoraphobie. Elle s'est trompé...
Son coeur s'affole plus encore lorsqu'elle se retrouve au milieu de tous ces gens.

*Ma Ana, respire. Nous sommes à Merkeley, nous ne sommes pas au Mexique. Tu ne risque rien. Nous ne risquons rien.*

Elle tente de sourire, ne contrôle plus rien. Malgré tout, elle avance. Ses talons résonnent dans son oreille, son oeil tente d'ignorer la présence des autres. Le reste de son esprit n'est pas dupe, il sait. Alors tout en elle panique. Explose.
Sa crise prend de l'ampleur. Elle garde la tête haute, l'extérieur serein.

Seul son oeil devient fou. Et elle avance dans la gare.
  
MessageJeu 6 Juil - 23:29
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Felix L. HarthwellIn the darkness
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I Say I'll rule the world

Je dors à moitié, le front collé contre la vitre. Il y a une étrange sensation, en moi. Celle que je retrouve chez tous les autres étudiants que j'ai frôlés depuis ce matin. Un espèce de bleu vieillit, comme rouillé. Un bleu de bleu, uniforme de travail, usine la tête baissé et caetera. Stress, tension, appréhension. L'entrée à l'Université pour certains, pour d'autres, la rentrée. Nouvelle vie, nouveaux repères. De quoi se sentir déboussolé. Alors je reste immobile, examinant la buée que je produit contre la vitre glacée à chaque respiration. Je me sens comme une enfant.

Fragile, déjà, car peu habituée à l'indépendance totale et au travail sérieux. Agitée, car je découvre une école, une discipline, armée de mon sac à dos et de mon ordinateur. Naïve, car je ne sais rien de cet étrange monde qui m'attends. Mon seul réconfort, c'est Steve, endormis la tête dans mon cou. Je sais qu'il ne m'abandonnera pas. Entre deux ronflements, il me procure de puissantes et rassurantes vagues d'amour. Après tout, je devrais parvenir à survivre. Si je pensais à manger... Ne t'en fais pas, je ne te laisserais pas oublier... Je compte sur toi. Il y avait dans le silence du train quelque chose d'effrayant. De mordant. Comme si nous nous apprêtions, tous ensemble et sans nous connaître, à tourner une page d'un livre. Daemoniens et humains, traquant l'angoisse du changement de peau. Je plaignais ces derniers, seuls sans leurs âmes pour faire face à cela. Que serais-je sans Steve ? Morte. Exactement. Morte.

Non pas seulement à cause de cette extrême maladresse qui me colle à la peau depuis toujours - mon corps ne m'obéit pas, c'est comme cela. Est-ce que mon esprit tourne trop vite, est-ce que mon enveloppe est trop lente, est-ce que je suis simplement stupide ? Je l'ignore. Mais le fait est là, je ne maîtrise pas les connections neuronales qui permettent la motricité. Malgré ce facteur danger, ce n'est pas de cela que je veux parler. Ma véritable faiblesse, mon talon d'achille : la solitude.

Et comment l'inhiber quand votre simple présence déroute ?
Quand votre simple présence dégoûte ?

Sans le vouloir, je repousse. Le côté rêveur endormis, éloigné de la terre par des milliers de kilomètres de pensées, ou bien ce don ravageur d'âmes. La présence de ce poids sur mes épaules qui me fait courber le dos, ou la lenteur de mes réactions, la franchise de mes paroles, l'innocence de mes répliques. Il n'y a rien de mauvais dans mon jeu d'être sociale : je suis mauvaise à l'Humanité. Steve est mon rempart. Il est celui qui ne se soucie guère de ma fébrilité, de mes étranges nuances, de ma folie abstraite, de mes œuvres décadentes. Il est simplement là et c'est ce qui me sauve. Je mourrais de la solitude aussi bien que de la maladie. Je suis rongée. Un os.

Frappant à la porte, le temps me mords : nous sommes arrivés. Se lever en automate, descendre en mouton, et éclater de surprise devant la gare, le monde, l'horloge. Cette derni_re retarde d'une minute, il y a une minuscule fissure dans la vitre; l'image a quelque chose de saisissant. Ignorant les voyageurs pressés, je pose genoux à terre et sort de ma besace mon appareil photo. Je règle quelques paramètres, m'installe bien droite et stable. Il y a un reflet. Je me décale. Elle aussi. Elle perce l'objectif, fait trembler mon écran et mes bras. Elle aussi, tremble. Pas besoin de la toucher pour sentir son trouble.

Je ne suis pas superman, je ne suis pas cape et épée, je ne suis pas même bonté. Mais la fille pourrait être si belle sur un cliché, si elle souriait. Il faut donc la faire sourire. Parler, danser, chanter. Les doigts qui glissent sur les touches du piano et les pieds qui exécutent une chorégraphie. Quelque chose comme droite, gauche. droite, gauche. droite... et la fille.

- Souffle. C'est beau. Regarde... il y a cette fissure sur l'horloge... et cette mousse sur la voie. Il y a une affiche pour une comédie musicale sur le guichet, et là-bas, sur le banc, des initiales sont gravées. Il n'y a personne d'autre que le temps ici, le temps de milles vies.

Et d'une poussée spirituelle, l'inviter dans mon monde. Comme un pont à traverser, comme des pavés à fouler : suis moi et c'est le voyage. Il n'y aura alors plus personne pour te troubler mais de petits détails pour te montrer que ton nouveau monde est à portée de doigts, que tu peux caresser chaque détail de cette vie du bout des lèvres. Tu en es la maîtresse, elle n'appartient qu'à tes beaux yeux. Tranche dans le vif et perds cet air apeuré, tu n'en seras qu'une reine plus éblouissante encore. Tu n'auras, c'est promis, qu'à penser pour accomplir et regarder pour faire comprendre. Et tous ces mots que je te dis dans mon esprit, que tu n'entends pas encore, tu les saisiras au vol et tu pourras les accrocher au mur de ton existence, si tu le souhaites. Moi je le veux.

- Rien n'est plus tenace que la lame dans le bois.

Et dans le bois du temps, nous graverons notre futur.
  
MessageMer 19 Juil - 14:51
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Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Bouboum. Mettre un pied devant l'autre. Bouboum. Regard fixé au sol, incapable de faire face. Bouboum. Serrer plus encore sa prise sur ces sacs de cuir, transporteurs de sa vie. Bouboum. Bouboum.
Bouboum.
Son coeur explose, il court si vite dans sa poitrine. Respiration haletante, la mexicaine tente pourtant de longues inspirations. En vain. Son coeur s'emballe, s'affole. Et ses bras tremblent. Tellement de monde, tellement de visages. Inconnus, menaçant. Et pourtant, Ana le sait. Tout est dans sa tête. Les bruits d'impacts, le hurlement des blessés, l'odeur du sang. Cette sensation de vertige incessant. Se blottir dans un coin, gémissant à la mort. Et revoir le ciel, sentir à nouveau le sol de la jungle sous son corps mourant, éprouver la souffrance atroce de son jumeau... par sa faute. Sa terrible faute. Son ignoble geste. Sa bête tentative d'échapper à ses démons. En oubliant de laisser vivre le sien...

Ana déambule plus qu'elle ne marche, tente de trouver la sortie de ce terrible enfer. Un signe, quelque chose. D'un effort surhumain, la mexicaine relève son regard dans l'espoir de trouver une large porte parmi la foule, menant à l'extérieur. Son oeil paniqué ne distingue qu'ombres mouvantes autour d'elle, obnubilé par chacune de ces silhouettes, incapable de se préoccuper de la fuite. Son oeil vrille, se détourne de la foule, s'accroche au plafond. Mains crispées. Tehwa lui parle, dans leur tête, mais plus rien ne l'atteint. Pas même ses paroles se voulant rassurantes. Rien.
Et il essaye, de soulager sa peine, sa souffrance. Il est submergé. Et commence lui aussi à s'affoler. Leur lien étant ce qu'il est, cela allait arriver. Inévitablement.
Au centre de la gare, sur ce quai terrifiant, la grande silhouette d'Ana tremble, celle du daëmon sur son épaule l'imitant à la perfection. D'un seul souffle de panique.

Et soudain, une voix émerge parmi la foule. Ana sursaute, surprise de cette présence. Elle lui parle, à elle. La rassure, essaye en tout les cas. Lui montre l'horloge et sa fissure, lui offre d'un geste des images, des objets. Pour lui faire oublier le monde, la foule. Sa panique, son agoraphobie. Cette pression du monde sur elle, la faisant vaciller, presque tomber.
L'inconnue, doucement, murmure à son oreille. La mexicaine lâche prise et laisse tanguer son vaisseau incertain. Alors qu'elle réouvre son oeil sombre, elle ne voit plus qu'une gare. Vide. Des objets, inanimés. Des souvenirs. Le temps arrêté. La femme sent une simple présence, accueillante, maternelle à côté d'elle. Et se laisse guider. Incapable de faire le moindre mouvement seule. Ses mains se détendent très légèrement, son coeur se calme à mesure que ses pas la mènent vers la sortie enfin en vue. La voix s'infiltre dans son oreille, légère. Et si douce. Unique son aux alentours. La gare disparue.

Le soleil touche sa peau, le vent voile son visage de ses boucles libres. Et elle continue de tanguer, s'éloignant du cauchemar. La voix toujours présente, accrochée à elle.
Sa main touche un mur, glisse de son long alors qu'elle avance vers cet avenir dont elle ignore tout. Pourquoi être partie ? Pourquoi ne pas revenir en arrière ? Retrouver sa famille et la protéger là-bas ?... Ana est incapable d'y retourner. Trop de souvenirs, trop d'images gravées dans sa chair. Il lui faut avancer. Relever la tête, dépasser ses peurs. Vaincre cette absurde idée que le monde lui en veut. Détruire cette image pathétique d'elle-même lorsqu'elle croise son visage dans le miroir.
Se relever. Et se battre. Pour elle, pour tous. Pour que jamais plus elle ne tombe.

Sa main perd l'équilibre, le mur de pierre est terminé. Là, un banc. Soupire. La mexicaine s'approche, dépose délicatement ses bagages au sol, son petit sac de cuir toujours sur son dos. Et enfin, elle relève son regard, sortie de cet enfer. Capable de reprendre le contrôle de son corps. Et tombe nez à nez avec la voix.
Une jeune fille. Plus jeune de plusieurs années, sans doute. Ana lui offre un demi-sourire, le seul qu'elle est encore capable de produire en cet instant.

- Gracias... Es muy amable de...

La mexicaine oublie où elle est l'espace de quelques secondes, se reprend.

- Je voulais dire... Merci. C'est très gentil, ce...

Inspiration. Ana s'assied sur le banc. Calmer son coeur est difficile, une fois emballé. En temps normal, les jumeaux évitent les lieux où la foule est certaine. Seulement, éviter le quai d'une gare est impossible lorsque l'on voyage à bord d'un train. Ana le savait, avant de partir. Sa décision était prise, elle pensait pouvoir faire face. De bien belles illusions.
Assise sur le banc, elle passe ses mains dans ses cheveux, épuisée. Encore tremblante.

- Ce n'est pas facile. Merci, vraiment...

Son souffle s'affole encore, incapable pour l'instant de reprendre son rythme. Elle voit la gare, les gens, elle entend le brouhaha incessant de la gare. Pourtant, elle essaye. De chasser ces sources de panique de son esprit. En vain. Son attention reste focalisée dessus malgré tout. Malgré l'aide de la jeune fille.
Et Ana enfouie sa tête entre ses main, se bouche les oreilles. Ferme les yeux. Sur ce banc, elle tente de se ressaisir. Elle cherche cette ombre qu'elle a été, un jour. Il y a bien des années.





[ S'il y a quoique ce soit, c'est éditable à volonté ♥ ]
  
MessageSam 12 Aoû - 15:27
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I Say I'll rule the world

J'me sens en équilibre, poussée par le pirate sur la planche instable. Sous mes pieds, la mer. Violente et tourbillonnante, crachant sur les vagues sont amertume. Qui sommes nous pour la troubler ainsi, pour marcher sur son lit, pour tâcher de nos impuretés bien humaines sa clarté ? Pour mes yeux, un soleil ardent. Ses rayons se dardent sur ma peau, glissent contre mes veines bleues et me font l'effet d'une douche glacée. Au dessus, enfin, la rage des Dieux, les pénitences et les regrets.

Ce monde que je fabule, emprisonné et contraint dans cette sortie de gare, près de ce banc, latent. Il me suffit de fermer les yeux et je sentirais la pointe de la lame du corsaire contre mon dos. Mais là, bien vive, bien éveillée, je ne vois que cette femme un peu paumée. Une part de moi me dit un peu comme moi. Mais je n'ose y penser. S'imaginer plusieurs quand on est seul est destructeur. Quelque chose me dit que je ne serais jamais seule. J'ai une Âme, bien tenace, bien accrochée, qui déjà dans les flots me tends les bras et sur la Terre me pousse adroitement sur le chemin de la raison. Sortir de ma torpeur, me frotter un peu maladroitement la nuque.

Elle échappe un merci, ça me gêne. Je n'attendais pas ça. Je n'attendais rien du tout. Alors pourquoi je reste, l'air idiot et vide, à me balancer sur mes jambes face à cette étrangère portée par le courant. Il y a un motif dans ses yeux. Une forme instable qui grandit et se détache, plie sous le poids de l'angoisse et se tords face à cette nouvelle vie - elle vient de loin, peut-être. Physiquement ou de son esprit. Je finis par m'asseoir à côté d'elle, sur le banc. Doucement. Pas à pas. Geste après geste. Silence après silence. Le vide s'enchaîne, les bruits disparaissent. Il n'y a plus qu'un instant suspendu sur le pont de ce bâteau et je tâche de ne pas me perdre dans l'immense désert de mon subconscient.

- Tu n'es pas à l'aise dans la foule ?

Steve se moque de moi. Bien raisonné, Scherlock. C'était incroyablement perspicace, dis-moi ? Je grogne un peu, le repousse alors qu'il veut s'installer sur mon bras. Il se couche donc de tout son long sur mes genoux et ma main se perds dans sa fourrure un peu rêche.

- Je m'appelle Felix. Bienvenue à Merkeley...

Au moins elle reprendra confiance en elle avec ta gaucherie naturelle... Je tente un pauvre sourire - mais ça n'a jamais été mon truc.
Cette fille a quelque chose de pétillant - mais ce quelque chose semble éteint.
Par la force de la vie, je veux le lui voir restitué et voir danser dans ses iris des projets non-avoués et un juste goût de la découverte.

- La ville est plus calme. C'est toujours un peu la débandade dans la gare, mais tu trouveras vite des petits coins tranquilles une fois à destination.
Promis.
assura Steve sur un ton rassurant.

Comme d'habitude, il exprimait avec justesse ce que je ne parvenais qu'à ébaucher sous la forme d'image. Quelles couleurs pouvaient porter cette fille ?
_______

désolée du retard :x
  
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