The world is unraveling

 
  
MessageMer 7 Juin - 16:46
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Date d'inscription : 20/11/2015Nombre de messages : 867Nombre de RP : 114Âge réel : 23Copyright : Av: Anaé. © | Sign: Solosand © & me.Avatar daëmon :
Aelya FeredenLiving like we're renegades
The world is unraveling

Aelya & Eko


« L'enfer est vide. Tous les démons sont ici. »


17 février 2017.

Les yeux qui se ferment, les lignes qui s’emmêlent et ces images qui s’en mêlent. Elle n’a plus les mots. Les traits tirés, les cernes marquées par cette affaire qui ronge tout. Son sommeil, ses envies. Même faire la fête semble être passé au second plan. Il n’y a que cette pile de papier, qu’elle a malgré elle éparpillé aux quatre coins du cabinet. Un putain de puzzle, voilà ce qu’elle a. Depuis deux mois, Aelya, cette âme égarée, s’accroche à la vie par le biais de pièces d’un puzzle qu’elle parvient à peine à déchiffrer. Des semaines de doute, de piétinement et d’impatience. Des jours de recherche, d’interrogatoire et de faux-semblants. Des nuits d’insomnie, à se ronger les ongles en parcourant de long en large l’appartement. Et pour quoi ?

Pour une drogue. Vertigo.
Pour une victime. Ghyslene.

Une parmi tant d’autres. Parce qu’il y en a d’autres, il y en a tellement qu’elle peine à toutes les recenser – et pourtant, les symptômes sont toujours les mêmes. Overdose, nécroses et autres réjouissances qui ont directement conduit Ghyslene à l’hôpital. Difficile pourtant de croire que Lya ait décidé de mettre ses autres clients entre parenthèses pour cette pimbêche ; le genre princesse, reine des soirées mondaines que cette vie d’excès a pourtant fini par briser. Difficile d’imaginer que notre irlandaise ait également choisi d’accepter cette affaire en tandem… Avec son père. Encore une idée à la con qui ne lui facilite pas les choses. Bien qu’elle n’ait jamais vu Joris autant impliqué dans une enquête que celle-ci – peut-être qu’il avait un semblant de cœur, finalement – il s’avérait être une couille molle lorsqu’il s’agissait d’aller prélever les infos directement à la source... Laissant sa propre fille prendre les devants à chaque fois que cela s’avérait nécessaire.

« Cladhaire. »

Un sourire en coin lorsqu’elle entend la voix de son daemon, tapi dans l’ombre de la pièce. Elle n’a pas besoin de le regarder pour savoir qu’il l’observe – et qu’il a une sale gueule, lui aussi. La faute à cette soirée de tension qu’ils viennent de passer. Mais qu’importe.

Elle l’a.

Elle détient la preuve qui fera tomber Rodrigo Gartzes, homme d’affaires respectable le jour, chef d’un important réseau de drogues et d’armes le reste du temps. Une enflure comme on en rencontre rarement – un monstre de violence qui ne mâche ni ses mots, ni ses actes. Les problèmes se règlent souvent par un calibre 22 ou un coup sec sur la nuque le ou la concerné(e). Et si cette méthode semble efficace, elle n’en est pas moins peu discrète… Ce pourquoi Rodrigo soudoie quelques flics par une somme bien grasse, histoire d’avoir la paix. Ce pourquoi Lya avait décidé de faire cavalier seul, aussi.

Rodrigo est le créateur de Vertigo. Il est l’homme qui répand la mort dans son sillage, en distribuant cette merde à des gosses qui en deviennent immédiatement accro et qui, à coups de pilules ingérées, finissent immanquablement par s’autodétruire. Les dents serrées, l’irlandaise jette un œil à l’horloge accrochée au mur. Deux heures du matin. Certainement pas une heure pour débarquer à l’improviste chez ses parents, bien qu’elle n’ait pas le choix. Il faut qu’elle lui montre. Il faut qu’elle partage avec Joris ce qu’elle a découvert ce soir-là.

Parce que de tous ses vices, il y en a un que Rodrigo ne peut contrôler : son appétit des femmes. Il les aime sensuelles, sauvages et impertinentes – un rôle qu’Aelya avait joué à la perfection. Décolleté plongeant, croisement de jambes suggestif, elle avait donc passé près d’une heure dans ce bar où il a l’habitude de trainer les jeudis soirs, à la recherche de celle avec qui partager sa nuit. A coup d’audace, elle était parvenue à attirer son attention, puis à se faire emmener chez lui avant de s’échapper, son précieux au creux d’une poche et l’amertume au fond de la bouche.

Parce que ses lèvres, il les avait embrassées, tout comme ses mains avaient touché son corps, effleurant sa peau avec une douceur qui ne lui seyait guère ; et il se fichait de ses frémissements, tout comme il ignorait ses vaines tentatives pour gagner du temps.

« L’idée des menottes était pourtant intéressante. »

Elle lève les yeux au ciel, agacée par ce souvenir. Il n’empêche qu’une proposition avait suffi à ce que Rodrigo quitte la pièce, cette même proposition qui lui permet à présent de tenir cette preuve entre ses doigts. Joris trouvera un moyen d’utiliser ça au tribunal, peu importe ce que cela coûtera. Trop de vies innocentes sont en jeu pour qu’il ose faire la fine bouche à ce sujet…

Inlassablement, Aelya fait tourner la clé USB entre ses doigts. Elle hésite, notre avocate. Tente de réfréner cette idée selon laquelle sa vie serait en danger et qu’il lui faut agir maintenant. Peut-être devrait-elle faire une copie ? Histoire d’assurer ses arrières. Elle réfléchit un instant, puis secoue la tête. Pas le temps. Pas la patience. Il faut qu’elle aille à la résidence, et qu’elle montre tout ça à son père. Eko grogne en la voyant se lever et enfiler son manteau, cachant ainsi la robe de soie beige qu’elle avait choisi de porter pour séduire l’homme d’affaires, bien que cette pensée lui arrache une grimace de dégoût. Tandis qu’elle verrouille le cabinet, l’irlandaise se demande pour la énième fois ce qui l’a poussée à s’engager dans cette voie. Le goût du risque, peut-être. Le besoin de se prouver qu’elle vaut encore quelque chose, malgré la mort de Maëlyss et ses récentes défaites au barreau.

L’envie d’exister, finalement. Et il faut dire que pour ça, l’adrénaline fait parfaitement effet.

Talons résonnant contre le bitume et sa morosité qui s’échappe en une volute de fumée. Il fait particulièrement froid, cette nuit, jusqu’à ce vent glacial qui encercle ses mollets, remonte le long de ses cuisses pour s’engouffrer sous son manteau. Fait chier. Elle n’aurait pas dû se garer aussi loin. Cinquante mètres encore et dans la pénombre du parking, Aelya fouille son sac à main à la recherche de ses clés de voiture. Ce fut peut-être le geste de trop. Celui qu’elle regrettera, des jours plus tard, quand elle se contemplera dans un miroir.

« Tu vas payer, puta. »

Puisque quelques mots de menace ont suffi à déclencher tout ça. Elle lâchera son sac, constatera qu’elle est encerclée. Ils sont quatre face à elle – face à eux, puisqu’Eko se tiendra à ses côtés.

Elle s’armera de ses poings, de ce que son enseignement de boxe lui a appris et de sa volonté. Elle distribuera les coups, entendra les craquements sinistres des os qu’elle brisera, les hurlements de douleur d’un homme qu’elle écrasera.

Puis les assauts s’enchaîneront. Et entre deux parades, les coups pleuvront. Au visage, à la poitrine. Il y aura les vertiges, les râles de douleur et cette souffrance au cœur lorsqu’Eko s’élancera. Il mordra, crocs plantés dans ce bras assassin, ce même bras qui le projettera à pleine vitesse contre une poubelle un peu plus loin, l’assommant pour de bon.

Aelya se débattra. De toutes ses forces. Aux insultes espagnoles se joindront celles en gaélique, jusqu’à ce qu’un pouvoir inconnu la réduise au silence. Elle haïra ce sentiment d’impuissance. Les muscles figés et les ligaments noués qui l’empêcheront de répondre aux coups qu’on lui portera. Visage, puis diaphragme. Diaphragme, puis jambes. Elle s’écroulera, suffoquant pour qu’enfin, un pied s’abatte sur sa joue et claque son crâne contre le bitume. L’étau se desserrera. Ne restera d’elle qu’un amas de chair difforme, étalé dans une robe devenue ocre sur le goudron d'un parking désert.

Et sur son corps inanimé, au creux de ses lèvres tuméfiées, des pétales que le vent agite.
Une pointe de lumière dans un monde d’ombres.
La douceur d’un camélia blanc.

Codage par Libella sur Graphiorum

Traduction:
 
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