Certaines vérités valent mieux que milles mensonges - Kelly

 
  
MessageLun 10 Juil - 1:17
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Date d'inscription : 26/03/2011Nombre de messages : 1032Nombre de RP : 228Âge réel : 25Copyright : Cocopix/TumblrAvatar daëmon :
Jake EvansJ'aime les mikados è_é
Deux ans se sont écoulés depuis que Kelly et moi avons emménagé ensemble. Deux ans que la rébellion a eu lieu. Deux ans que j’ai signé le recensement. Deux ans que je mens à Kelly. Deux ans que ses questions trottent dans ma tête. Deux ans que j’hésite à lui avouer. Deux ans que chaque jour je n’arrive pas à la regarder dans les yeux car la culpabilité est là. Deux ans, et pourtant, chaque soir je retourne me coucher, je fixe le plafond, je cherche le courage en moi de lui parler. Je ne suis pas lâche, non, j’ai juste peur. Peur de voir ma meilleure amie me tourner le dos, peur de la voir me haïr alors que je cherchais à la protéger, peur de retrouver l’appartement vide de sa présence, peur de lui faire du mal. Alors comme chaque matin, je me lève, plus fatigué que jamais et je me dirige dans la cuisine, mes pas souvent accompagnés de ceux de Malika. Parfois, la rousse s’y trouve déjà, parfois pas. On s’échange un regard, un sourire timide, des jours plus sincères que d’autres. Au départ, Kelly m’accablait de questions. « Pourquoi ? Comment ? Pour quelles raisons ? ». Elle en avait besoin, de raisons. Mais je ne lui en ai jamais donné. Une vérité trop dure à avaler pour moi et surtout, une vérité trop dure à lui avouer. Alors toujours la même excuse. « C’était la chose à faire. » Et petit à petit, Kelly s’est lassée. Les réponses à ses questions n’arrivaient jamais et elle savait que je mentais. On a toujours été si proches, elle a toujours lu en moi comme dans un livre ouvert. Mais qu’est-ce qui est le pire ? Apprendre une vérité pas belle à avouer ou voir son meilleur ami nous mentir chaque jour ? Ses questions se sont transformées en évitement et petit à petit, j’ai vu ce feu qui l’animait s’éteindre. Et c’est ce qui me fait le plus mal, encore aujourd’hui. La voir abandonner, se dire que se battre n’en vaut plus la peine. Je l’ai déçue, je l’ai blessée. Pourtant, au fond d’elle, je le vois qu’elle tient toujours autant à moi. Je ne comprends pas comment elle a pu rester auprès de moi pendant deux longues années après tout ce que je lui fais subir.

Ce matin, Kelly est dans la cuisine. Un regard, un sourire, de faibles salutations. Je me sers un verre de jus d’orange et je m’appuie contre le comptoir, les yeux rivés sur la rousse. Elle me tourne le dos, mais je sens cette même ambiance qui est là tous les jours depuis deux ans. De la tension, de la tristesse, du désespoir, de la peur, de l’attachement. Ce matin, au lieu d’aller m’assoir à la table comme je l’aurais fait habituellement, je reste planté là, contre le comptoir. Mes yeux parcourent son dos, remontent jusqu’à sa chevelure de feu, puis redescendent. Oh Kelly… Qu’est-ce que je te fais endurer. Une gorgée, un soupire, je repose le verre sur le comptoir et m’en vais sous la douche. L’eau coulant sur ma peau me fait réfléchir. Mon petit moment de méditation. Mais ce sentiment de culpabilité plus fort que d’habitude ne s’en va pas. Je n’en peux plus de la regarder dans les yeux, de lui promettre que tout ira bien, de voir son visage se décomposer à chaque fois que je lui sors la même excuse, de voir la discussion s’enflammer dès que le sujet est abordé. Je n’en peux plus. Et pourtant, je suis le seul à pouvoir faire cesser tout ça. La balle est dans mon camp, je n’ai qu’à agir en homme et me décider à le faire une bonne fois pour toute, à en assumer les conséquences.

Ma douche se termine, je file m’habiller puis m’assois sur mon lit, le regard perdu dans le vide. Je repense à tout ce qu’on a vécu Kelly et moi et un petit sourire se glisse au coin de ma bouche. Une si longue histoire, solide, mais pourtant, aujourd’hui, j’ai peur de ce qu’elle pourrait devenir. Tiendrait-elle à mes aveux ? Kelly aurait-elle le courage de me regarder dans les yeux après ? Mais ai-je encore le courage d’assumer de la voir ainsi tous les jours ? Je ne crois pas. Je pense qu’il faut que ça cesse. Son bonheur compte plus que ce que je peux ressentir. Et là, Kelly n’est pas heureuse. Un nouveau soupire me prend alors que la réflexion fait son bout de chemin dans ma tête. Je cherche encore des excuses, mais pourtant, la réponse est là, devant moi. Je dois lui avouer. Pour son bien. Je ne peux pas continuer à lui mentir de la sorte. Malika fait irruption dans ma chambre et son regard me conforte dans mon idée. Il est temps d’arrêter mes conneries et d’assumer.

Je reste assis encore un instant, parcourant la pièce des yeux. Les choses vont changer. En positif ou en négatif, je ne sais pas, mais ça va changer. Encore un soupire et je me décide à me lever. C’est parti. Je me dirige d’un pas lent vers la cuisine, la main tremblante. J’ai l’impression qu’il fait une chaleur étouffante dans l’appartement alors qu’il ne fait pas plus chaud que d’habitude. Elle est toujours là, assise sur sa chaise. Mon regard fuit un instant, puis se décide à se poser sur la rousse. Je m’assieds en face d’elle et tente de calmer mon tremblement avec mon autre main, sous la table.
    - Kelly… Il faut que je t’avoue quelque chose…

J’ai l’impression que le temps s’arrête alors que je cherche le courage de continuer. Mon regard fuit à nouveau, incapable de soutenir son attention. La peur est là, elle me tient à la gorge, me pétrifie. Mais je reprends, la voix tremblant légèrement, faisant attention à chacun de mes mots tant mon discours me semble important.
    - Ca va faire maintenant deux ans que je me suis recensé. Je t’ai toujours dit que c’était la chose à faire, que c’était ce que j’avais décidé car c’était le mieux pour moi. J’avale difficilement ma salive, essaie toujours de calmer mon tremblement, évite son regard, cherche mes mots. Tu avais juste, Kelly… Je n’ai jamais pensé quelque chose comme ça. Il y a deux ans, j’ai reçu une lettre… une lettre anonyme. Et dans cette lettre… Ma main se passe dans mes cheveux, je joue avec mes doigts. On te menaçait. Il était dit que si je ne me recensais pas, on te ferait du mal.

La pression me monte à la tête alors que mes yeux décident enfin à se poser dans ceux de la rousse. J’ai peur de sa réaction, mais au fond de moi, je sens un poids se libérer. Toutes ces années à lui cacher ça. Envolées. Un poids qui s’envole, mais la culpabilité qui reste.
    - J’aurais dû t’en parler. Je voulais pas t’inquiéter.

Hypocrite de lui balancer ça alors que ça fait 2 ans qu’elle se tourmente l’esprit avec toutes ses questions.
    - J’ai signé pour ta sécurité et je sais que tu ne voulais pas que je fasse quelque chose contre mon idée. Je le sais.

Et le regard fuit à nouveau, cherche mes mains alors que mes doigts s’entremêlent, que mon pied joue du marteau sur le sol depuis le début de mon discours. Je ne suis pas tranquille, j’ai peur.

Spoiler:
 

  
MessageVen 22 Sep - 17:26
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Date d'inscription : 10/08/2010Nombre de messages : 3916Nombre de RP : 363Âge réel : 25Copyright : MuscaAvatar daëmon :
Kelly McAllisterADMIN-SEMI-DIABOLIQUE
♣ || Flamboyante Flamby
Le temps est pluvieux aujourd’hui, le soleil peine à percer à travers les lourds nuages gris. Parfois, un mince rayon filtre, aussitôt ravalé par l’averse en approche. J’hésite à ouvrir la fenêtre, de peur de retrouver ma chambre submergée. Deux ans que je vis ici et je ne sais toujours pas s’il pleuvra à l’intérieur ou non. J’ai l’impression d’avoir vécu ici comme une invitée, l’étrange sentiment d’être à la fois chez moi et chez quelqu’un d’autre. La main sur la manivelle, j’observe la rue, trois étages plus bas. Peu de personnes pointent leur nez dehors à une heure aussi hâtive. Il est tôt, beaucoup plus tôt que les heures auxquelles je me réveillais, autrefois. Louise est matinale, je n’ai eu d’autre choix que de suivre la cadence. Le travail m’a changée. Cette vie entière m’a changée. Parfois je me demande si c’est pour le mieux.

Je quitte la fenêtre en la laissant fermée. Mattheus dort encore en travers du lit. Il aime bien faire la grasse matinée, même si moi j’en suis incapable. Ma main s’attarde dans son pelage. Une caresse furtive, puis j’enfile un t-shirt et un vieux jeans et sors de ma chambre. L’appartement est silencieux, encore plus que d’habitude. Jake et Malika dorment encore, eux aussi. Je me rends à la cuisine, me prépare un bol de céréales, puis je m’assois à la table et mange en pianotant sur mon téléphone. Mon fil de nouvelles me renvoie les mêmes infos que la veille, partagées, repartagées, mâchées puis digérées par un nombre incalculable de personnes. Je soupire et laisse finalement l’appareil de côté pour me concentrer sur mon petit déjeuner.

Jake me rejoint une bonne demi-heure plus tard. Nos regards se croisent le temps d’un sourire et d’un pâle salut, puis il passe derrière moi et je ne le vois plus. Je baisse les yeux, une boule se forme au creux de mon ventre. Je me rappelle de l’époque où nous étions inséparables, où nos journées ne pouvaient se dérouler qu’ensemble. Qu’est-ce qu’il reste de tout ça? Une cohabitation pleine de non-dits, d’incompréhension et de peine, maintenue uniquement par l’attachement que nous nous portons mutuellement. Il me semble que c’est tout ce qui reste de nous, de l’attachement. Comme si tout le reste avait été balayé deux ans plus tôt, par ce fichu recensement. Comment un simple papier pouvait faire tant de mal?

J’ai tellement cherché à comprendre pourquoi Jake avait signé. Je connaissais tout de lui, ses pensées, ses rêves, ses principes, et cette histoire allait à l’encontre de tout ce qu’il était. Quelque chose n’allait pas. Il s'est passé quelque chose, il y a deux ans. Du moins, c’est ce que je croyais, au départ. J’ai été horrible. Je l’ai accablé de questions, je l’ai poussé dans ses derniers retranchements parce que je ne parvenais pas à comprendre ce qui l’avait poussé à faire ça. Puis, au fil du temps, j’en suis venue à me rendre à l’évidence : Jake ne voulait pas en parler, pas même à moi, et je ne pouvais rien y faire. J’ignore ce qui a été le plus dur, au moment où j’ai finalement décidé de le laisser tranquille : ne pouvoir rien faire alors qu’on lui avait visiblement fait du mal, ou l’impression qu’il n’avait pas assez confiance en moi pour m’en parler. C’était de l’égoïsme. Jake ne voulait pas m'en parler et je n’arrivais pas à l’accepter. Je n’y arrive toujours pas, d’ailleurs. Malgré tous les beaux moments des dernières semaines, l’amertume demeure, l’inquiétude aussi.

Ce matin, Jake ne se sent pas bien. Je le vois tourner en rond dans la cuisine, s’enfermer dans sa chambre après la douche, me jeter des regards fuyants. Lorsqu’il s’assoit enfin en face de moi, je sais déjà ce qui se passe. N’importe qui aurait pu le comprendre. Il a quelque chose d’important à me dire, son corps entier le hurle à sa place. J’ai un doute terrible sur la nature de ses aveux. Que pourrait-il bien me dire d’autre, alors qu’on ne se parle presque plus depuis si longtemps? Je dépose ma cuillère dans mon bol et fais mine de me relever, mais m’arrête au dernier moment, incapable de m’enfuir. Je lui en veux, à Jake, et j’ai peur de ce qu’il s’apprête à me dire. J’ai tellement essayé de savoir, tellement voulu comprendre, mais aujourd’hui, alors qu’il est enfin prêt à me parler, je ne veux plus l’entendre. Partir m’enfermer dans ma chambre aurait été si facile, mais pour une raison inconnue, j’en suis incapable. Je reste donc assise face à lui, à le fixer avec appréhension alors que la boule dans mon ventre me remonte lentement dans la gorge.

– Qu’est-ce qui se passe, Jake?

C’est plus sec que je ne l’aurais voulu. Qu’est-ce qui est en train de se passer, Jake? Qu’est-ce que tu t’apprêtes à me dire, après deux ans de silence malsain? Et pourquoi je suis terrifiée à l’idée de l’entendre?

Parce que toi et moi savons déjà comment tout ça va se terminer. Pardonne-moi, Jake.

Je l’écoute en silence, avec la même attention que je lui ai toujours accordée, la même curiosité qui m’a poussée, pendant des mois, à le harceler de questions jusqu’à m’en épuiser. Quand il se tait, je ne le regarde plus depuis longtemps. Mes yeux se sont baissés pour se poser sur mon bol. Je n’arrive plus à les relever, de peur de voir son visage. Je sais ce qu’il ressent. Je le connais par cœur, Jake. Depuis notre toute première rencontre, depuis nos sorties dans le parc, depuis nos journées passées à jouer de la guitare et nos soirées cinéma aux résidences étudiantes. Même aujourd’hui, après deux ans de silence désespéré, alors qu’il vient de m’annoncer ce que je craignais le plus, je le connais toujours par cœur. Il a peur, terriblement peur. Lui aussi me connaît par cœur. Il connaît mes craintes, mon caractère, mes réactions. On en sait tellement l’un sur l’autre, pourtant, à cet instant, je sens tout le poids de la distance qui nous sépare désormais.

Je laisse planer un long silence. J’essaie de digérer, de contenir toutes les émotions et toutes les questions que je me suis efforcée de refouler pendant les deux dernières années. J’essaie de raisonner avec toute la force que je possède, mais je me sens rapidement submergée. Deux ans. De toute ma vie, jamais je n’ai refoulé mes émotions aussi longtemps sans exploser. Je suis fatiguée, terriblement fatiguée, tout comme Jake qui semble enfin libéré d’un poids immense. Je devrais être contente pour lui, accueillir ses paroles avec soulagement, mais tout le reste est trop fort. Je pince les lèvres, je crispe mes doigts sur mon bol vide, puis hoche presque imperceptiblement la tête.

– T’aurais dû m’en parler, dis-je d’un ton beaucoup trop calme en levant enfin les yeux vers lui.

Je vois son visage. J’y vois sa peur, ses remords, sa culpabilité. J’y vois son amitié, cette même amitié indéfectible que j’ai toujours vue en lui. Je vois Jake, mon Jake, la personne qui compte probablement le plus à mes yeux en ce monde, se ratatiner sur sa chaise, taper du pied, tordre ses doigts. Je le vois qui a peur de moi, des mots que je m’apprête à lui cracher au visage. Je ne veux pas que tu aies peur de moi, Jake. J’essaie. Dieu que j’essaie. J’essaie de comprendre. J’essaie d’avaler. J’aimerais que ça se passe autrement, pour une fois.

Mais je n’y arrive pas.

– T’aurais dû m’en parler, je martèle inutilement. Me dire que tu recevais des menaces, on… je…

Je ne sais plus quoi dire. Je ne sais plus par où commencer. Trop de questions refoulées se bousculent à mes lèvres. Et mon cœur s’enflamme, mon esprit surchauffe, ma voix s’élève tout comme mon corps, incapable de rester assis plus longtemps. Pardonne-moi, Jake.

– Comment t’as pu garder tout ça pour toi? Deux ans, Jake! Deux ans que j’essaie de comprendre, deux ans que j’espère que tu ne me mens pas en pleine figure, deux ans que tu t’emmures dans ton silence pour me « protéger »! T’as gagné quoi à ne rien me dire pendant tout ce temps? Tu ne voulais pas m’inquiéter? Mais tu penses que j’ai fait quoi, moi, pendant les dernières années?

Je quitte la table, je tourne en rond en me passant une main dans les cheveux. Je ne devrais pas être en colère. Jake a tout fait pour moi. Il a sacrifié ses idéaux, sa liberté, tout ce en quoi il croyait pour me protéger moi. C’est précisément ce que je craignais, c’est même pire que je le pensais. Une larme roule sur ma joue sans que je puisse la retenir. Je ne sais même pas s’il s’agit de colère ou de tristesse.

– Tu voulais me protéger? Ça fait quoi de toi, un superhéro? Et moi je suis ta demoiselle en détresse? Des gens m’on menacée et t’as pas pensé une seule seconde que j’aurais voulu être mise au courant? Comment t’as pu en arriver à croire que c’était la meilleure solution? Regarde où on en est. Plus rien n’est comme avant, on vit comme deux étrangers dans le même appart. Je t’ai perdu, Jake, plus que si tu avais décidé de foutre le camp! Allez, vas-y, dis-moi en quoi ça m’a protégée, tout ce petit manège!

J’aimerais te dire à quel point ce que tu as fait pour moi me touche, mais je m’en veux trop pour l’avouer. Ça ne devait pas se passer comme ça. Ça n’aurait jamais dû se passer comme ça. Tu aurais dû partir.

C’est de ma faute.

Pardonne-moi, Jake.
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