Catalysis. ♣ Evelyne

 
  
MessageVen 21 Juil - 22:21
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 339Nombre de RP : 52Âge réel : 23Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
    I'm after you
Catalysis
Feat.
Evelyne Fraser
« The light on the horizon was brighter yesterday. »

Je t’aime, mais je ne reviendrai pas.

Les mots tambourinent dans mon crâne, accentuant la migraine et les vertiges qui me tannent depuis ce matin. J’ai le corps en vrac, les pensées qui se confondent et cette douleur au creux de l’estomac. Je ne pleure pas. Pas encore. Pas ici, sur cette table d’auscultation que je haïs plus que tout, à attendre ce fichu médecin qui devrait être là depuis vingt minutes. J’ai les jambes qui battent dans le vide et le cœur qui ne bat plus du tout. Je ne reviendrai pas. La voix de Levy, cette même voix qui m’a si souvent réconforté et épaulé, est en train de me tuer à petit feu. Je n’ai pas su comment réagir. Je n’ai pas su trouver les mots pour la retenir, même un peu, alors qu’elle me débitait ses explications et ses excuses qui sur le coup, me paraissaient bidons.

N’y songe plus.

Je ne prends même pas la peine de lever les yeux vers Sybelle, suspendue en haut de l’armoire, seul meuble véritablement significatif de cette salle d’auscultation. J’ai les épaules nouées, les muscles tendus et l’envie de me barrer d’ici. Mais je sais ce que je perds à ne pas faire ce contrôle de routine, alors que la douleur dans mon bras est revenue depuis plusieurs jours créant crampes, picotements et autres désagréments dont je me passerai volontiers en ce moment. Je jette un œil autour de moi ; trop de blanc, ici. Sur les murs, les portes, et même sur le drap qui nappe la table sur laquelle je suis assis. Cette pièce est stérile – vide de vie comme de sentiments, bien qu’empreinte de douleurs et de craintes. Elle me correspond, finalement. Un peu trop même.

Les gens ont besoin de moi, ici. Les enfants surtout. Ils ont tous besoin de moi.

Et moi ? J’ai besoin de toi, Levy. J’ai besoin de sentir tes bras m’entourer lorsque je cauchemarde et tes murmures apaisants glisser jusqu’à mes tympans. J’ai besoin de voir ton sourire, le matin au réveil, les cheveux en pagaille et ce regard amoureux que tu poses sur moi. J’ai besoin de nos rêves, de nos envies et de nos espoirs. J’en ai besoin Levy. Comme une nécessité. Comme ces gars accros aux pilules, comme ces gamins qui ont besoin de se mettre des cuites pour se sentir grands, comme ces hommes qui se shootent à l’adrénaline pour se croire vivants. T’es mon adrénaline, Lev. T’es la raison pour laquelle je pose encore les pieds sur le plancher tous les matins, en me persuadant que je m’en sortirai. T’es l’ancrage, celui auquel je me raccroche quand l’amnésie menace de me faire disjoncter. Quand la vie, le monde me paraissent trop imposants, trop violents, trop froids.

T’es tout ça. Enfin, t’étais.

Chacune de ces pensées me brise un peu plus, attisant mon amertume et la souffrance de mon bras. Lorsque la porte s’ouvre à la volée, je sursaute, brusquement sorti de l’état de léthargie dans lequel j’étais en train de m’enfoncer. La silhouette qui se dessine dans l’encadrement m’est inconnue. Et jeune. Trop jeune à mon goût.

« Bonjour, M. Wilde. Je suis le docteur Hortez. »
« Où est le Docteur Kidman ? »

Pas de préambule. Je ne suis pas d’humeur à affronter la naïveté d’un jeune médecin qui, à la manière dont il me regarde, me considère plutôt comme un cadeau béni pour faire ses preuves que comme un véritable patient. Il s’approche et s’assoit sur le tabouret à côté de moi, les yeux alternant entre son calepin et mes prunelles.

« Le Dr Kidman est en arrêt maladie. Je vais donc m’occuper de vous aujourd’hui. »

C’est bien ma veine. Je me crispe sur mes appuis, méfiant, tandis que Sybelle s’évertue à me lancer toutes les ondes qu’elle a en stock afin de me calmer. Peine perdue.

« Alors, comment se porte votre bras en ce moment ? », demande l’ingénu en me touchant.

Je tressaille, ne retenant pas mes marmonnements.

« C’est l’autre bras, en fait. »
« Oh, je suis navré ! »

J’ai envie de lui dire que moi aussi, je suis navré qu’il soit aussi incompétent, qu’il ne soit pas fichu de lire un dossier correctement au bout de sept ou huit ans d’études mais ce n’est pas moi, ça, cette hargne ne me reflète pas. Elle me dévore, simplement. Un démon de plus à ajouter à une liste déjà trop longue selon moi.

Il palpe mon avant-bras, doucement, et je me retiens de grimacer. La douleur est plus importante que je ne le pensais finalement, moi qui me persuade depuis son commencement qu’elle finira par passer, comme tout le reste. De toute évidence, je me suis planté.

« D’accord, voyons voir ça. »

Il sort de la pièce quelques minutes, me laissant seul avec mon âme.

« Faire la gueule c’est mauvais pour les rides. »

Je sens son agacement comme une pointe de plus dans mon pauvre cœur. Elle en voit de toutes les couleurs en ce moment et le manque de sommeil, cumulé à la fatigue et à son inquiétude maternelle habituelle, la rendent plus amère qu’elle ne l’a jamais été. Mais comme souvent ces derniers temps, je fais la sourde oreille à ses remarques, choisissant de me murer dans un silence pesant.

« Allons y Monsieur Wilde, il n’y en aura pas pour longtemps ! »

J’écarquille les yeux en découvrant l’aiguille que le médecin tient à la main. Le liquide orangé qui flotte à son bout ondule au rythme de ses pas, alors qu’il s’approche de moi.

C'est à cet instant que quelque chose éclate. Là, entre la première et la deuxième côte. Et mes poumons brûlent, mon cœur s’agite en des pulsions désordonnées, terrorisées. Un flash. Puis deux. J’ai l’image de ces militaires, de ces dizaines de piqûres au creux de mes coudes, de ces seringues qui s’enfonçaient dans ma peau et de ces hurlements qu’elles me procuraient. De ces heures passées dans un demi-coma, faible à en crever, de la souffrance que m’infligeaient les mélanges de test qu’on me donnait. Des vomissements, des saignements. Par le nez, la bouche, les oreilles. Et ces souvenirs me font perdre la tête, pour de bon cette fois.

Il esquisse encore un pas mais se décompose en voyant mon visage s’assombrir. D’un mouvement vif, je me redresse et attrape son bras afin de stopper la course de l’aiguille. Je le tords vers l’arrière, lui arrachant un cri de douleur. Il me semble même entendre un craquement alors qu’il tombe au sol, lâchant la seringue au passage.

« JACK ! »

Mais je n’entends pas l’appel désespéré de ma daemonne. Sans attendre, je cours. Le souffle court, les membres en fusion, je percute l’infirmière qui s’apprête à entrer dans la salle d’auscultation. Je fuis, inventant mon chemin au fur et à mesure que mes foulées s’allongent. Je me perds dans le dédale de couloirs, bousculant les personnes et les meubles que je croise sur ma route. J’entends dans mon dos la panique du cortège médical et mon stress monte d’un cran. Je suis comme un enfant, perdu, apeuré, qui cherche désespérément un lieu où se cacher.

J’atterris pourtant au beau milieu de la salle d’urgences blindée. Des gamins pleurent, des patients reniflent, d’autres se plaignent. J’ai mal, j’ai la trouille, je ne sais plus où donner de la tête, qui tourne d’ailleurs frénétiquement de gauche à droite sans s’arrêter. Eux ne semblent pas me voir, enfoncés dans leur mal-être. Certains m’effleurent, d’autres regardent dans ma direction sans s’émouvoir. J’ai envie de crier, d’extérioriser ce que je ressens mais rien ne dépasse le seul de mes lèvres.

Les flashs reviennent, par dizaine. Treillis. Sourires. Peurs. Doutes. Douleurs. Levy. Amour. Bonheur. Souffrance. Absence.

Et rien n’a plus d’importance, alors que les vertiges m’enserrent plus férocement encore.

Jack…

Je me prends le crâne entre les mains, les larmes roulant sur mon visage sans que je ne cherche à les arrêter.

Jack. Tu es invisible.

Et cette révélation menace de m’achever. Bien sûr, que je suis invisible. Au sens propre comme au figuré. Incapable de m’échapper de cette situation pathétique dans laquelle je me suis fourré, je tombe à genoux sur le sol, épuisé.

Autour de moi, le monde continue de graviter.


CREDIT → OSWINWHO
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