Back to Black ♦ Nicolae

 
  
MessageMar 25 Juil - 17:54
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Aelya FeredenLiving like we're renegades

Back to black
Nicolae & Aelya


« Take me down to the river bend
Take me down to the fighting end
Wash the poison from off my skin
Show me how to be whole again »


Un doigt, lentement passé sur les rebords du verre, d’où un léger crissement s’échappe. Des prunelles d’émeraude, roulant avec indifférence le long des murs et des tableaux qui y figurent. Qu’ils sont vides, ces yeux. Qu’ils sont durs. Loin est ce temps où ils pétillaient, défiaient, caressaient. Il ne subsiste à présent que deux orbites, deux iris fades, irrigués d’une amertume qu’elle ne saurait même pas définir. D’un geste las, elle s’empare du verre de whisky et le porte jusqu’à ses lèvres sèches. L’alcool brûle au creux de sa bouche, puis dévale le long de sa gorge et de son œsophage en un trait fumant qui ne l’irrite plus depuis longtemps. Elle devine sans les voir les regards qui se portent sur elle – et ses cernes marquées, et cette peau de cendre, et ses cheveux à peine coiffés, relevés en un chignon qui s’affaisse négligemment contre sa nuque. Un pull et un jean passés sur son corps frêle, récupéré dans ce sac de linge sale qui ne se vide plus depuis près de deux semaines. Et cette douleur aigüe, aigre, qui pointe au beau milieu de sa cage thoracique afin d’y insinuer son venin, à lui en donner la nausée…

Elle a été volée.

Et cette pièce manquante, celle qui lui permettait d’être ce qu’elle était – une femme vive, une avocate accomplie, passionnée – lui donne aujourd’hui l’impression de n’être plus qu’une coquille vide, auréolée d’amertume et d’espoirs brisés. Elle promène une fois encore son regard sur la foule qui l’entoure. Elle sait ce qu’elle cherche ; et ce ne sont ni des vertiges, ni des éclats de rire. La main repose le verre sur le bois sombre du comptoir et vient discrètement frôler l’une de ses côtes, où il lui semble encore parfois percevoir la souffrance d’une fêlure. Mais il ne reste rien de ses blessures, rien d’autre qu’un souvenir qui peuple ses cauchemars et nourrit (trop) souvent ses insomnies. Elle est devenue irascible. Elle se maintient actrice de sa propre existence ; celle qui distribue des sourires sans joie, celle qui fait semblant d’écouter les autres. Celle qui vit toujours aux yeux de ses amis, mais définitivement plus aux siens.

Hormis ce soir.

Un soir comme il en existe trop souvent désormais. Eko, allongé sous son tabouret, ne peut s’empêcher de pousser un soupir contrarié à cette idée. Il sait ce qu’elle s’apprête à faire, il devine ce qu’il s’apprête à vivre. Il renie ce qu’elle va leur infliger, à tous les deux. Son monde, autrefois bariolé de couleurs vives où se mélangeaient colère, joie, tristesse et envie, n’est plus qu’un champ de gris, dont les teintes attisent leur mélancolie commune. Elle broie du noir, le massacre, le déchiquète, sans que cela ne change quoi que ce soit à sa condition, ou à son humeur. Et ce soir, pour une nouvelle fois, Aelya va tenter de se souvenir de ce que c’était, de vivre. Chasser la rancœur et le dégoût de soi pour quelques heures, et y insuffler une dose d’adrénaline à en faire vaciller son équilibre pourtant déjà fragile.

C’est un exutoire.

Une marque de salut, un symbole de survie. Cette pression qui file au sein de ses veines bleutées, contractant muscles et ligaments, n’est qu’une preuve de plus pour ce qu’elle cherche à prouver. De quelques gestes lents, torturés, l’irlandaise se défait du tabouret sur lequel elle était installée, les yeux rivés sur sa nouvelle cible. Il est grand, baraqué. Un sourire charmeur et un regard qui alterne entre le décolleté et le fessier de sa voisine, elle-même intimidée par son audace.

Elle aurait pu l’interpeller. Le sermonner, le remettre à sa place en râlant un peu. L’insulter, à la limite. Au lieu de ça, c’est son poing qui se serre jusqu’à s’en faire blanchir les jointures ; ce même poing qui, emporté par l’élan qu’elle lui donne, vient s’abattre contre la joue du séducteur.

Elle n’a pas envie de parler. Pas envie de se perdre en mots inutiles, elle qui est déjà perdue dans les méandres dans cette existence qui ne l’inspire plus. L’abruti se détourne de sa pauvre victime, une main posée sur sa joue endolorie et la dévisage, ivre de colère.

« Non mais t’es tarée toi, c’est quoi ton problème ? »

Ses paupières se plissent, un sourire cruel se glisse jusqu’à ses lèvres ; Dieu que cette sensation est enivrante. Puissante, volcanique, électrique et vivifiante. Aelya penche légèrement la tête sur le côté, ignorant les marmonnements d’Eko derrière son dos – lui n’a pas bougé. Il ne bougera pas, et elle le sait.

« J’ai un problème avec ta gueule de con, ouais. »

Voix rauque pour cœur aride ; c’en est presque trop facile. L’énervement finit par le gagner et les coups, par tomber. Entre deux parades et assauts donnés, ce sont des blessures qui s’ouvrent. A l’arcade, sous le menton. Ce sont des bleus qui apparaissent en filigrane sous sa peau. Au-dessus du diaphragme, sur son cou. Autour d’elle, le temps se fige ; la course de ce verre tombé sur le comptoir lui semble dérisoire, la musique lointaine et les regards environnants, inexistants.

Elle n’est plus qu’une ombre. Un corps qui ondule, s’approche pour mieux s’enfuir, le lâche pour ensuite le retenir ; elle n’a rien de l’Aelya que tous connaissent. Mais qu’importe. Les autres sont absents.

La solitude prime toujours sur le reste, et ce soir ne fera pas exception.


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MessageLun 31 Juil - 19:47
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Ce qui devait être une soirée sans prise de tête était probablement un espoir beaucoup trop ambitieux. Mais ça, impossible de le prévoir en quittant la bulle dans laquelle tout est finalement plus facile à vivre, même si les souvenirs persistent à nous hanter, comme si nous étions prisonniers de ces images du passé. La guérison prend du temps, mais c’est un travail de chaque instant, comme ce soir. Hope ne perd pas de temps pour venir s’accrocher à ma jambe, comme si elle redoutait de voir son bonheur s’éteindre tout en me laissant partir. L’espace de quelques secondes, je me sens terriblement coupable, même si je sais que je ne serai absent que quelques heures. Mon regard s’accroche à celui de ma fille. Je la prends dans mes bras et la berce lentement pour la rassurer. Elle passe ses bras autour de mon cou et ne semble pas vouloir lâcher prise.

– Tu vas faire de la peinture avec Mary, c’est chouette, non ? Hope acquiesce timidement. Je serai de retour très vite, ma puce. Je dépose un baiser sur son front. Promis.

Ces quelques mots semblent suffire pour rassurer la petite fille qui commence à me libérer tout doucement. Mary, l’étudiante qui a déjà gardé Hope plusieurs fois, a observé la scène, en silence. Hope s’était très vite attachée à elle – comme avec à peu près tout le monde – et me racontait toujours avec enthousiasme ce qu’elles avaient fait ensemble comme activités, mais à chaque fois que je devais sortir, je sentais que ma fille avait peur. Peur que son père ne revienne pas. Le traumatisme de la disparition de sa mère avait commencé à s’installer dans l’esprit de l’enfant. Mais je finis toujours par revenir. Même si Hope est encore trop jeune pour le comprendre, ma reconstruction fait partie de la guérison. Car à terme, rester dans cette bulle de souvenirs n’aurait que des effets néfastes.
Je repose ma fille par terre mais ne l’oblige pas à me lâcher la main, c’est à elle de décider quand elle est prête. Habituée à ce genre de scène, Mary ne dit rien et attend patiemment. Au bout d’une minute, Hope lâche finalement ma main et, suivie de son daemon chiot, court dans le salon où l’attendent ses pinceaux et ses tubes de peinture. Bien qu’elle soit désormais habituée à garder Hope, je ne peux pas m’empêcher de donner quelques dernières recommandations à Mary, avant de les quitter. En sortant, j’ai l’impression de respirer à nouveau, de redécouvrir l’extérieur. En seulement quelques minutes, le taxi me dépose en ville. Un œil neuf. Ça fait bien longtemps que m’y rends seul.

Cela aurait dû être une soirée sans prise de tête. Et pourtant, tout s’était bien déroulé. Trop bien, peut-être. À peine sortis de la galerie d’exposition, Maggie s’envole et se laisse guider par la légère brise estivale. Il fait à peine nuit mais je sens que l’hirondelle n’a pas encore envie de rentrer à la maison. Elle aussi a besoin de se reconstruire. Rien ne peut combler le vide qu’elle ressent continuellement, et surtout une fois sur les toits. Alors, sans aucun but précis, j’avance. Les rues sont animées, ça change du calme de la maison, en dehors des éclats de rire de Hope. Je passe à côté d’un bar qui semble tout particulièrement animé. Les exclamations attirent mon attention. J’aimerais me dire que c’est simplement une bagarre entre ivrognes, mais je le sens mal. De retour sur mon épaule, Maggie ne dit rien, mais elle n’a pas l’air rassurée non plus. Elle me murmure simplement de faire attention. À peine à l’intérieur, ce que je vois me fige sur place. Aelya est là, mais ce n’est pas l’Aelya que je connais. Son regard est sombre, sans expression si ce n’est la colère. La violence dont elle fait preuve ne lui ressemble pas. Cela aurait dû être une soirée sans prise de tête.
Je ne sais pas ce qui m’a pris. Tout ce que je sais, c’est que je ne peux partir en fermant les yeux sur ce dont je viens d’assister. Aelya se débat. J’ai beau l’entourer de mes bras et la retenir de toutes mes forces, elle a l’air d’une furie. Le mec d’en face est retenu par deux serveurs qui tentent de le raisonner. J’ignore les coups de coude que me donne Aelya et la force à sortir. Elle continue de se débattre.

– Arrête, Aelya ! Je la force à me faire face. STOP, calme-toi !

Autant parler à un mur. Un mur violent et vindicatif.
  
MessageJeu 10 Aoû - 2:34
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Nicolae & Aelya


« We only said goodbye with words, I died a hundred times
You go back to her, and I go back to... black. »


Cris de vie, cris de survie. Les lumières tanguent, le monde tourbillonne; tout n’est plus qu’un vaste déferlement de sensations, une impression unique selon laquelle elle serait en train de perdre pied - et cette idée, plus qu’aucune autre, la ravit. Lya sourit. La douleur qui afflue dans ses reins comme dans son coeur est bien réelle, au même titre que ces vertiges. Et son pouvoir, créé par ses doigts nus déferle, ensorcelle, véritable balancelle. Eko souffre; elle revit. Et sous la chaleur de ses poings, sous la puissance des coups qu’elle porte à ce misérable, l’irlandaise songe qu’il n’existe rien de plus exaltant que cette violence qu’elle choisit encore de faire naître ce soir.

L’existence reprend son court et autour d’eux, la vie s’éveille. Tous clament; parlent; râlent. Aucun ne les arrête. Et sous la lueur blafarde des ampoules du bar, ce sont les caractères qui se révèlent. Ceux qui acclament, encouragent, soutiennent. Ceux qui hésitent, détournent le regard, plongent le nez dans leur verre, à la recherche d’une échappatoire qui n’existe pourtant pas. Il y a là la haine, le dégoût. Il y a la curiosité, la passion et l’inquiétude. Et ce mélange de sentiments fait naître dans la salle une atmosphère étrange, presque malsaine qui vient s’agglutiner contre les murs et augmenter la température. Il y fait chaud, moite ; la sueur perle sur les fronts et entre les doigts, jusque sous les t-shirts pour certains. Mais on s’accroche, on s’entiche de cette distraction qui fascine, fait naître au creux de la poitrine cette fabuleuse adrénaline. On parie, intérieurement, sur celui qui sortira gagnant - et les invectives se sont plus vives encore lorsque d’un coup de pied, l’avocate envoie valdinguer le grand blond dans une pile de tabourets.

« You sucker bitch. »

Les insultes la caressent, elle et sa peau tuméfiée, elle et son envie de le voir sombrer. Elle frôle la démence, Eko le sent, lui qui n’a toujours pas bronché, emmuré dans son silence de souffrance ; lui qui n’a d’yeux que pour cette silhouette qui lui tourne le dos depuis des mois maintenant. Elle qui ne l’écoute plus, elle qui ne le voit plus. Elle qui se croit monstre, véritable bête assoiffée de doutes et de violence. Elle s’immobilise à deux pas de son adversaire, le corps raide, le coeur vide. La sensation de satisfaction est passée - terminée, à dater. Il n’y a plus matière à continuer et pourtant, aucun moyen de s’arrêter. Il s’avance vers elle, l’air menaçant, rendu presque fou par la sournoiserie dont elle fait preuve ; elle tourne la langue contre son palais, puis vient la passer sur ses lèvres gonflées à la recherche de ce goût métallique qu’elle adule tant. Elle est prête. A quoi? Aucune idée, il y a longtemps qu’elle n’anticipe plus. L’improvisation fait partie de chacun de ses combats ; qu’ils soient visibles ou intérieurement nuisibles, d’ailleurs.

Le poing se lève, la parade s’élève; et ce sont deux bras qui viennent encercler son corps, tandis qu’elle aperçoit deux hommes tenter de maîtriser l’homme qu’elle combattait. Ce sont des insultes qui se hurlent, se brisent au creux de leurs tympans ; un incompréhensible mélange d’anglais et de gaélique qui donne à la scène son aspect irréel. Elle se débat, ivre de colère, incapable de se résoudre à l’idée d’être poussée hors du ring. Qui, putain? Qui ose se mettre entre cet abruti et elle, qui a jugé bon de l’arracher à la seule chose qui lui apporte une minuscule sensation de bien-être? Elle se fout de son identité, en vérité. Il va payer, c’est tout ce qui importe, tout ce qui immerge de ses pensées confuses tandis qu’il la traine dehors pour lui faire retrouver un semblant d’air pur.

« Arrête, Aelya! STOP, calme-toi! »

Cette voix, ce prénom. Elle ne reconnaît rien, coincée dans son monde de fureur, et se mue en une bête sauvage lorsqu’il la force à lui faire face, prête à passer sur lui l’étendue de sa frustration. Ses prunelles décrivent alors le visage de Nicolae et son coeur rate un battement ; le souffle court, elle se souvient quelques instants durant de leurs éclats de rire, de ces diners improvisés, de ces jeux colorés qu’elle avait avec Hope. Sa fille. Hope, l’étoile de l’existence de Nicolae, une bulle de tendresse dans ce monde malade. Hope, la raison pour laquelle elle avait fui cet homme durant ces six derniers mois, éloignant au maximum ses ténèbres de ce duo que la vie avait déjà rendu fragile. Dans sa déchéance, elle avait encore eu un éclat de lucidité en voulant les protéger - éclat qui brille encore un peu aujourd’hui, là, dans l’obscurité, lui donnant la volonté nécessaire pour se recomposer un visage fermé et repousser Nicolae avec brutalité.

« Lâche-moi. »

Et ce ton froid, presque cruel, qu’elle ne maîtrise absolument pas. Et ces épaules qui se détournent, bientôt suivies par son bassin, ses jambes et finalement son esprit, tandis qu’elle commence à s’éloigner du bar et de son intérieur agité. Les larmes perlent au bord de ses yeux sans qu’elle n’y prête la moindre attention, alors que son index effleure son arcade douloureuse ; elle ne veut pas qu’il la suive. Elle veut qu’il fuit, lui aussi, tant qu’il en est encore temps. Qu’il se préserve, LES préserve, Hope et lui. Il a son lot de douleurs et de peurs, il a son compte de nuits d’insomnies. Il a ses plaies, elle a les siennes. Et elle ne veut rien partager.

Eko surgit dans l’ombre et se jette devant elle, traçant dans la nuit un chemin qu’elle distingue à peine.

Les larmes coulent trop, désormais. Et à travers ses yeux embrumés, elle ne distingue plus de quoi s’échapper.

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MessageJeu 17 Aoû - 17:21
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J’ai l’impression d’être face à une inconnue. Je reconnaîtrais ces traits entre mille, et pourtant, j’ignore totalement à qui j’ai affaire. Mon cœur se sert alors qu’Aelya semble retrouver un bref éclat de lucidité. Malgré l’alcool et la colère qui l’animent, elle me reconnaît. Je peux facilement distinguer la surprise dans son regard ; elle ne m’attendait certainement pas à me croiser ici, à cette heure. Il faut dire que je sors rarement le soir, encore moins sans ma fille. Hope. C’est à elle que je pense en retenant Aelya. La dernière fois que la petite fille m’avait parlé de « Tata Lya » c’était pour savoir quand elle allait revenir à la maison. Six mois. Six putains de mois sans nouvelles. Je devrais en vouloir à Aelya, exiger des explications quant à son silence, la forcer à me parler et me dire ce qui ne va pas pour qu’elle soit dans un état pareil. Mais je ne peux pas. Je n’en ai pas le droit. Je suis autant coupable qu’elle, si ce n’est plus. En six mois, je ne me suis posé aucune question. Je n’ai même pas fait l’effort de l’appeler et de prendre de ses nouvelles. Je n’ai même pas répondu aux demandes de ma fille, choisissant des excuses qu’elle avait eu du mal à comprendre mais qu’elle avait finalement acceptées parce qu’elle me faisait confiance. Pour la première fois dans ma vie de père, j’avais menti à ma fille. Pour la protéger ? Mon instinct me pousse à le croire, mais mon cœur hésite. Quand je regarde Aelya, je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a dû traverser ces six derniers mois. J’aimerais la serrer contre moi, lui dire de me faire confiance et que tout ira bien, mais je ne peux pas. Ce geste n’est absolument pas légitime.
Alors je la retiens et la fixe, pour finalement fuir son regard. La culpabilité est beaucoup trop grande, proche de l’insoutenable. Je ne pense plus à rien, je n’arrive même pas à saisir le moindre souvenir joyeux que nous avons pu partager ensemble avant que tout ne s’effondre de manière inattendue. Je n’arrive plus à la regarder. Je suis incapable de soutenir son regard maintenant inexpressif, ses yeux au bord des larmes.
Sans crier gare, Aelya me repousse brutalement. « Lâche-moi. » Deux mots qui devraient me faire réagir, mais je ne cherche même pas à la retenir. Je la laisse s’éloigner, je la laisse respirer. Je reste immobile et finis par baisser la tête, silencieux. Même respirer devient insupportable. En me repoussant, j’ai l’impression qu’Aelya vient de couper le dernier et infime lien qui subsistait entre nous. Je ne réagis pas. J’accepte. Simplement. Maggie, elle, n’accepte pas, je le sens. Mais elle se sent encore plus impuissante que moi. Les yeux de l’hirondelle se posent sur Eko qui a surgi devant Aelya afin de lui barrer la route. À ce moment-là, Maggie décide de partager le peu de courage qu’il lui reste malgré mon état.

– Je suis désolé, Aelya.

Le cœur lourd, je retrouve enfin l’usage de ma voix. Je suis désolé. Sincèrement. Profondément. Et pourtant, au fond de moi, je ne peux pas m’empêcher de penser « C’est tout ? » mais qu’est-ce que je suis censé dire à une amie que j’ai négligée aussi longtemps ?

– Je sais que ce n’est pas ce que tu aimerais entendre… Je lève les yeux au ciel. À vrai dire, j’en sais rien. Je hausse les épaules en soupirant. T’es pas obligée de me parler, ma voix se fait hésitante, mais tu ne peux pas continuer comme ça. Je sens que je vais regretter mes mots. Je ne sais pas depuis combien de temps ça dure, mais il est temps que ça s’arrête, tu ne penses pas ?
  
MessageDim 24 Sep - 12:42
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Nicolae & Aelya


« Monsters are real, ghosts are real too. They live inside us and sometimes, they win. »


Non, n’ouvre pas la bouche. S’il te plait, ne lui fais pas ça. Ne prononce pas ces mots qu’elle refuse d’entendre, plus encore de comprendre. Ces excuses qui n’ont aucun fondement et aucune raison d’être. Pas maintenant, pas ici. Pas alors que le peu de stabilité qu’il lui reste vole en éclat et qu’elle tangue, tangue à en perdre l’équilibre et à en oublier la raison, comme si le navire de son existence s’apprêtait à chavirer. Peut-être est-ce le cas. Sûrement même. Pris au vent d’un ouragan et dans le tumulte de la marée ; à se dire que dans la tempête de sa vie, l’adrénaline est sa bouée. Le comprends-tu ? Le devines-tu ? Elle ne te le dira pas, Nicolae. Tous ces mots restent là, coincés au creux de sa gorge sans qu’elle ne parvienne à les formuler. La rancœur l’a rendue amère et sombre, loin de celle qu’elle a un jour été. Les muscles qui roulent sous sa peau ont fondu et son corps s’est fait plus sec qu’il ne l’a jamais été. Quant à son cœur…

Son cœur est un désert aride, dont chaque marée de sable recouvre peu à peu les ventricules et en dissimule les battements. Usé et abusé, au même titre que son âme émiettée. Lya marche au hasard, trébuche contre Eko qui s’est brusquement arrêté, comme pour la bloquer. Qu’est-ce qu’il veut, celui-là ? Elle doit déjà supporter son regard insistant à longueur de journée – lourd de reproches, lourd de paroles acerbes qu’il ne prononce pourtant pas. Mais ce soir, ce n’est pas elle qu’il regarde. Il a les yeux rivés sur le duo qu’elle a délibérément abandonné derrière eux.

« Je suis désolée, Aelya. »

Et ses poings se crispent, son corps tremble de douleur, les larmes ne cessent plus de couler. Désolé ? DÉSOLÉ ? Est-ce qu’il parle sérieusement ? Il ne sait plus ce qu’il dit. Ce n’est pas à lui de s’excuser, ni à elle d’ailleurs. Lya l’a compris, lui n’est pas en mesure de le faire. Puisqu’il lui manque toujours une pièce du puzzle Fereden, et pas des moindres.

Lentement, l’avocate se retourne pour lui faire face alors qu’au même moment, l’artiste reprend la parole.

« Je sais que ce n’est pas ce que tu aimerais entendre… À vrai dire, j’en sais rien. T’es pas obligée de me parler, mais tu ne peux pas continuer comme ça. Je ne sais pas depuis combien de temps ça dure, mais il est temps que ça s’arrête, tu ne penses pas ? »

Elle ne s’attendait pas à cette remarque ; prise de court, la jeune femme ne trouve pas d’autres solutions que d’éclater de rire. Un rire sombre, froid, amer, à son image ou au moins, à celle qu’elle tente de se donner. La souffrance laisse peu à peu place à cette rancœur infernale qui, entraînée par l’alcool qui coule dans ses veines, se mue bientôt en une rage sourde. Elle réduit la distance qui les sépare, sourcils froncés, et vient se planter devant lui en croisant les bras, les yeux encore rougis.

« Définis ça. Parce que je ne crois pas qu’une petite altercation avec un abruti d’ivrogne puisse représenter le quart de ce que je vis actuellement. »

Elle ne devrait pas. Elle ne devrait pas continuer de parler sous le coup de la colère, déblatérer ses mots qu’elle va forcément regretter à un moment donné. Elle ne devrait pas le repousser, lui et son air désemparé. Mais elle ne veut pas de sa pitié. Elle ne veut pas de son regard de chien battu, de ses gestes gênés. Mal à l’aise de ne pas avoir été là, Nicolae. Mais personne ne l’était.

Personne ne l’est.

« Mais t’as raison sur deux points. Je ne suis obligée de rien, et tu ne sais rien. »

Les mots tranchent la pénombre et l’empoisonnent. Les empoisonnent tous les deux, parce qu’elle sait exactement que ce qui n’est à ses yeux qu’un simple constat va provoquer chez lui. Elle ne s’en amuse pas, pourtant. Elle ne lui dira pas qu’il y a une bonne raison à ce silence – et cette dernière se résume en quatre lettres. Avec un peu de chance, il devinera sans elle…

« C’est donc facile de juger, tu ne crois pas ? Tu ne sais rien et tu me demandes d’arrêter. Mais rien ne me retient, tu vois. Et t’es bien placé pour savoir que sans point d’ancrage, l’obscurité prend le pas sur le reste. »

Il a un point d’ancrage. Après la mort de sa femme, il a trouvé auprès de Hope – pour Hope – la force qu’il lui manquait pour se reconstruire, ou du moins essayer. Aelya n’a pas de repère. Pas besoin de rajouter quoi que ce soit à ça.

« Occupe-toi de toi, Nico, je pense que t’en as déjà bien assez comme ça non ? Ça fait cinq mois que tu ne te poses pas de questions, eh bien continue, tu fais ça très bien. Et puis surtout, fous-moi la paix avec tes conseils à la con. »

Victime de sa propre rancœur… Aelya se détourne et s’éloigne, pour de bon cette fois. Elle ne peut pas se retourner. A voir son visage, à prendre conscience de la douleur qu’elle vient de lui infliger, elle risquerait de craquer. Elle ne peut pas s’abandonner, et il le fallait. Elle s’en persuade, maintenant. Il fallait ça pour éloigner Nicolae pour de bon. Elle a fait le bon choix… Pourquoi son cœur se déchire-t-il autant, dans ce cas ?

Eko reste un instant figé, tétanisé par le comportement de sa moitié. Lorsqu’il croise le regard de Maggie, le caracal s’arrange pour glisser un Pardon douloureux entre ses deux tympans et s’enfuit à son tour.

Puisqu’ils ne savent faire que ça, désormais.

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