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Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi ! (J. Cocteau)

 
  
MessageJeu 12 Oct - 23:07
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 158Nombre de RP : 40Âge réel : 28Copyright : ShiyaAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
J'écoute, attentive, le récit passionnant des aventures d'Ogme, tome 1. Son histoire ressemble un peu à celles que maman me racontait quand j'étais petite : un daëmonien au service de la justice, prenant des risques, finissant toujours par vaincre et faire éclater la vérité. J'imagine déjà un happy end sensationnel sur fond de combat à mort et de princesse à sauver. La mélodie de sa voix me berce. Je repousse les souvenirs de la période qu'il évoque. Tout ce marasme politique gluant auquel moi, je n'ai jamais rien compris. Auquel je ne me suis jamais vraiment intéressée, car mon nombril avait des allures de priorité. C'est plus facile à oublier quand je me plonge dans la contemplation de ses lèvres qui bougent. De temps en temps, il y a quelque chose qui s'allume dans les yeux de l'irlandais, juste avant qu'un nuage ne passe pour tout estomper. Je le préfère quand l'émotion l'emporte plutôt que quand il qualifie son expédition d'idée de merde. - Pas du tout, je réplique avec bienveillance avant de lui concéder du terrain. - Enfin, un peu... Je coule un sourire complice en sa direction, un rire au fond de la gorge. Moi, je n'aurais pas été capable d'une telle audace ni d'un tel courage. Ça m'est tombé dessus sans que j'ai rien demandé. Il force mon admiration sans en avoir l'air. Sans même avoir vraiment cherché à m'impressionner au vu de la fin de son aventure. Un papillon s'envole du fond de mon ventre jusque dans ma tête, faisant valser mes idées préconçues. - C'était pas tous des héros, tu sais ? Les rebelles. Certains étaient même moins intrépides que tu l'as été en les cherchant. Je fronce le nez, l'air de rien. - Je te raconterai peut-être tout ça un jour... Un peu de mystère n'a jamais fait de mal. Surtout que je suis beaucoup trop épuisée pour tenir une conversation sur cette période de ma vie.

Par chance, la conversation dérive sur des évènements plus récents. J'essaie tant bien que mal de dédramatiser les choses, d'éviter les questions trop complexes et la culpabilité. Cet exercice d'acrobatie me pousse à prendre le chemin de la taquinerie. Un bruit sourd me fait brusquement sursauter. La panique reprend naturellement ses droits. Je sens Mahkha se raidir et se ruer dans l'entrée de la cavité. Quant à moi, je me suis naturellement plaquée autant contre mon compagnon que contre le mur et mon visage doit être une contrefaçon grossière du cri de Munch. Pas très glamour comme expression.

- Qu'est-ce qui se passe ?
- Miurne.


Je réponds, en pensée toujours, juste après l'irlandais, comme si le fait de répéter cette réalité pouvait m'aider à me calmer plus rapidement. Tout aussi rapidement, je change de sujet, histoire d'apaiser mes angoisses. À mon tour, de me présenter comme une héroïne en armure étincelante, triomphant du danger. Je pète la classe, non ? Oui, je sais. J'en rajoute trois tonnes pour oublier ce que cette victoire m'a coûté. C'est agréable tout ça. C'est aussi doux qu'une sucrerie. Je pourrai si facilement m'y habituer s'il n'y avait pas ce goût amer en travers de ma gorge. La culpabilité est vraiment un sentiment odieux. Elle s'insinue partout pour rappeler sa présence... Jusqu'à ce que le dieu de l'éloquence trouve les mots justes. Il précise qu'il me remercie sincèrement d'un "vraiment" qui me chamboule le cœur. J'ai brusquement envie de me jeter à son cou et qu'il me serre tellement fort que je pourrais étouffer. Ce qui me reste de bon sens parvient à trouver le chemin jusqu'à ma conscience. Suffisamment pour que je me contente de poser ma tête contre son épaule sans rien dire. Est-ce que j'aurais fait quelque chose de bien, finalement ? Je frissonne quand il évoque l'hypothèse d'une notre fin à notre altercation avec les trois inconnus. Ce n'étaient sans doute pas des meurtriers... Pas des enfants de chœurs non plus. Je manque de confier mes doutes avant de me raviser. J'peux pas lui dire. C'est beaucoup trop agréable d'avoir la reconnaissance de quelqu'un, d'être vue de façon positive et pas seulement comme une emmerdeuse qui enchaîne les conneries. Sa main sur la mienne sonne comme un accord tacite. Elle me réchauffe irrationnellement. J'en profite pour entrelacer nos doigts sans en avoir l'air. J'aime bien. Ce type est solaire, lumineux. Assez incroyable et plutôt surprenant.

Je l'aime bien.

Je lutte encore pour trouver ma position. Je lance quelques paroles dans le vent. Quand je m'endors, son prénom flotte dans ma tête en lettres capitales. Il s'appelle Benedict.

~*~*~*~


À l'extérieur, Mahkha a beau s'être rallongé, il est sur le qui-vive. Ses oreilles sont dressées, sa truffe levée en l'air, et ses yeux qui percent à travers le feuillage touffu du saule-pleureur. Il est préparé à se lever d'un bond si cela s'avère nécessaire. Mahkha est toujours prêt. Il ne laisse jamais rien au hasard. Il entend les pas de Miurne, il sent son odeur, avant même de l'avoir vue. Amusante, cette apparence de renard roux. On dirait une version miniature de sa propre forme. Sa fierté le chatouille tant il se sent flatté. Je t'avais dit, petite, qu'il ne fallait pas la laisser approcher. pense-t-il sans rien en dire. Inutile d'enfoncer le clou. Parce qu'il l'a ressenti, lui aussi ce picotement infaillible. Il ne s'y trompe pas. Il sait déjà. Reste à espérer que l'autre humain stupide n'y perde pas trop de plumes. Ou qu'il comprenne assez vite que s'attacher à cette fille est une mauvaise idée. Lulla s'emballe puis, Lulla se lasse. C'est toujours comme ça. Mais il n'en reste pas moins vrai que durant ce laps de temps, lui, elle le délaisse. - Tu peux rester, répond-il de vive voix. Il s'apprête à lui à réclamer un silence de marbre en contrepartie. La vision d'une boule de poil rousse à demi-endormie l'en empêche. S'il avait pu sourire, il l'aurait sans doute fait.

Le soleil de l'après-midi poursuit inlassablement sa course décroissante. La garde du chacal n'est troublée que par les émotions que lui envoie sa moitié par à-coups. Dans son sommeil, elle décharge toutes celles qui l'ont envahies plus tôt. Colère. Peur. Angoisse. Fierté. Courage. Inquiétude. Affection. Elle ne le fait pas exprès. Dès qu'elle s'agite, Mahkha lève immanquablement les yeux. Parfois, il tourne sa tête dans sa direction, comme s'il pouvait traverser les parois rocheuses. Il sait qu'elle a besoin de lui. Elle a toujours besoin de lui. Même quand elle lui hurle le contraire. C'est sa fierté, son orgueil. Il est son garde-fou et personne ne pourra jamais le remplacer. Il perçoit aussi qu'elle se raccroche à l'autre humain, ce qui nourrit sa colère. Cette proximité le dérange tant qu'il voudrait se couper d'elle pour éviter d'être distrait. Il n'en fait rien. Il se doit de continuer à la protéger.
Alors il veille, Mahkha. Il veille sur les environs tranquilles, sur son humaine, et sur Miurne.

Quand cette dernière se réveille en sursaut, il se hisse droit sur ses pattes, à l'affût du moindre bruit qu'il aurait manqué. Rien. Il n'y a rien. Peut-être qu'elle a fait un cauchemar. - Tout va bien, annonce-t-il avec flegme. - Il n'y a personne ici. Ici non. Mais, à l'intérieur ? Personne n'a vérifié que l'endroit était bien inhabité avant de s'installer ! Le daëmon lâche un grognement de frustration. Lui, il aurait dû y penser ! C'est son travail, ce genre de chose ! Alors, il se rue dans l'interstice et déboule à l'intérieur de la grotte en appelant mentalement.
- Lulla !

~*~*~*~


Un cri perce à travers mon sommeil. Mes yeux s'ouvrent d'un seul coup sous la surprise. Encore groggy, j'ai du mal à reprendre contact avec la réalité. J'ai juste envie qu'on me laisse tranquille. Je referme les yeux, peinant à répondre à l'appel de mon daemon. Je geins dans son esprit :

- Mais quoi ?
- Rien.
- Tu me réveilles en hurlant pour RIEN ? T'es sérieux ?
Ce qu'il peut m'agacer ce fichu clébard quand il s'y met ! En riposte, il émet un grognement de menace, comme si c'était plutôt à lui d'être fâché contre moi. Un comble ! Il rabat ses oreilles en arrière avant de persifler dans ma tête.
- Debout. Je crois que ton matelas est réveillé.
- VA. CHIER.


Il m'a mise de mauvaise humeur. Et puis, c'est quoi cette histoire de matelas ! Hein ?
Ah ! Il y a quelque chose dans ma main.
Oh ! Le temps que mes neurones se remettent à transmettre l'information et je comprends un peu mieux la situation. Je récupère distraitement ma main pour la glisser sur ma joue. Ma mauvaise humeur s'envole. Mahkha n'est teigneux que parce qu'il est jaloux. Pourtant, il sait pertinemment comment je suis. Quand je dors, je me réfugie toujours auprès d'une source de chaleur. Ça me rassure. C'est d'autant plus plaisant quand la source en question est canon. Je souris avant de daigner prendre la parole.

- Il paraît que mon matelas est réveillé. Je te soupçonne de faire semblant de dormir juste pour le plaisir d'avoir un câlin.


Sans quitter le confort de ma position, je relève légèrement mon buste en m'appuyant sur mes avants-bras. Juste assez pour croiser le regard de Benedict. Et, je me marre. J'éclate d'un rire sonore qui me secoue les côtes et que je ne peux plus arrêter. Je finis par rouler sur le dos sans pouvoir contrôler mon hilarité.
  
MessageMer 18 Oct - 23:42
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 98Nombre de RP : 27Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
La réaction de Lulla flatta mon ego et quelque part, cela me rassura qu’elle le prenne avec autant de légèreté et de philosophie. J’avais cher payé le prix de ma curiosité ce jour là, mais l’amertume liée à ce souvenir sembla s’atténuer avec son sourire et s’envoler avec son rire. Je souris à mon tour, non mécontent de cette complicité naissante sur laquelle je n’aurais pourtant pas parié quelques heures plus tôt.
– Certainement. Mais il faut du cran pour se rebeller.
Elle savait comment me parler. Ce qui agaçait Muirne. Je préférais nettement intrépide à insouciant ou immature. Un éclat mutin anima mon regard fatigué et mon sourire s’élargit. J’étais flatté.
– Tu crois ? J’aurais vraiment aimé savoir ce qui les motivait. Comment ils vivaient et quels étaient leurs projets, dis-je, pensif. J’étais bien naïf de croire qu’ils m’auraient laissé les approcher pour répondre à toutes mes questions. Mais moi je préférais croire que j’étais un doux idéaliste. Si je n’avais pas tout de suite percuté le non dit qu’elle venait de me lâcher à cause de mon ego qui avait tendance à anesthésier mon esprit fatigué, ce qu’elle ajouta ensuite n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Je tournai la tête vers elle, la dévisageant d’un regard suspicieux.
– Ha oui ?
Cependant, j’insistai pas, car la fatigue me harassait. Mais Lulla venait de semer une nouvelle graine qui ne manquerait pas de germer dans mon esprit trop curieux pour rejaillir au moment opportun. J’avais une excellente mémoire, surtout pour les questions sans réponses.

Si Muirne avait espéré faire diversion pour éloigner Lulla de moi, il s’était produit l’inverse de l’effet escompté. Sauf qu’en plus du trouble que je ressentais à cause de la proximité de Lulla et de l’ambiance bizarre qui régnait dans cette caverne, elle m’avait aussi foutu la frousse. Mon cœur avait fait un bond dans ma poitrine et bien que j’en attribua la cause à ma daemon, cela ne me détendit pas pour autant, jusqu’à ce que la fatigue ait raison de moi. Je fini par ne plus lutter contre cette appréhension étrange. La proximité de Lulla me dérangeait de moins en moins. Au contraire, je la trouvais même curieusement agréable. J’entremêlais même inconsciemment mes doigts avec les siens en m’endormant.

***

Muirne ne savait pas pourquoi elle avait pris l’apparence d’un renard. Pour paraître plus grosse sans doute. Mais pas trop. Sans pour autant copier et se transformer en chacal. Parce que ça aurait été trop bizarre. Et voilà qu’elle se mettait à cogiter comme moi et son cœur, à l’instar du mien au même moment, tambourinait dans son poitrail. Alors elle s’était plantée à côté de Mahkha, déterminée à rester là, quoi qu’il en dise. Elle fut soulagée qu’il ne la rejette pas et frissonna d’aise. Elle se sentait bizarre. Elle n’avait pas l’habitude de dormir loin de moi. Elle se lovait généralement contre moi. Nous nous réconfortions toujours l’un l’autre et comblions comme nous pouvions notre besoin d’affection. Muirne était trop fière pour admettre qu’elle se sentait seule et jalousait Lulla contre qui sa moitié avait semble-t-il trouvé le réconfort qu’elle lui donnait d’habitude pour s’endormir. Le sommeil la happait et elle s’était roulée en boule le plus près possible du chacal avec l’envie de se blottir contre lui. Mais ce n’était pas assez et elle du se consoler en ronronnant.

Muirne s’était réveillée en sursaut avec la même crainte avec laquelle elle avait rejoint Mahkha avant de s’endormir. Elle ressentait mon malaise et la voix du chacal la fit sursauter une seconde fois. Pour dissiper son trouble, elle s’étira avant de regarder Mahkha avec appréhension. Son grognement n’était pas pour la rassurer.
– Qu’est ce qu’il y a ?
Pour toute réponse, le chacal lui faussa compagnie pour se ruer à l’intérieur de la grotte. Vexée et frustrée, elle resta assise dehors et ferma les yeux en entendant mon appel mental. Elle n’aimait pas du tout l’état dans lequel elle me sentait et dans lequel elle se trouvait elle-même. Elle n’aimait pas non plus ce qui était en train de se passer avec cette fille. Parce qu’elle ne maîtrisait rien et qu’à ses yeux, j’étais devenu ingérable. Elle luttait pour ne pas céder à la panique qui la gagnait et pour ne pas intervenir. Mahkha ferait ça très bien. Elle en était sûre.
– Idiot ! grogna-t-elle à mon intention avant de se métamorphoser en chat.
Rester dehors lui coûtait tant elle avait envie de trouver du réconfort dans mes bras. Ses oreilles étaient tournées vers l’intérieur de la grotte.

***

La réponse de Muirne ne fit qu’accentuer mon malaise. J’avais du mal à respirer normalement tant j’étais tendu. J’avais envie de fuir loin d’ici. Je sursautai en sentant bouger à mes côtés. Lulla venait d’enlever sa main. J’étais grillé. Je retins ma respiration. Si j’avais disposé d’une couette, j’aurais volontiers enfouis ma tête dessous et je me serais roulé en boule à l’autre bout du lit. J’avais toujours eu le réveil difficile. Le sol était dur et froid, il y avait un mur à côté de moi et je n’étais pas dans un lit dans lequel je pouvais encore me prélasser juste cinq minutes, puis dix, puis trente en fait parce que je m’étais rendormi. Rien de tout cela. Je ne pouvais pas fuir et la voix de Lulla me fit tressaillir. Muirne dehors plissa ses yeux de félin. Sa queue s’agitait en tout sens.
Je dissimulai mon visage rougissant sous ma main de libre, n’osant bouger l’autre, feintant de me frotter les yeux.
– Hmm ? Quel matelas ?
Je souris pour pallier à ma gêne.
– J’ose espérer qu’il était confortable le tien au moins.
Les poils de Muirne se hérissèrent sur son dos et elle hésita une fraction de seconde à se précipiter à l’intérieur de la grotte pour m’empêcher de m’enfoncer d’avantage. Un frisson me parcouru l’échine tandis que j’ouvrais les yeux sur le visage angélique de Lulla tout proche du mien et j’en perdis ma riposte. Muirne se ravisa.
– Euh… Mon cœur chavira. Son éclat de rire me surprit avant de me griser et de faire la nique à la peur panique qui était en train de me vriller les entrailles. J’éclatai de rire à mon tour pour évacuer ma tension. Mon rire se mua en fou rire, alimenté par celui de Lulla. Muirne fut gagnée par notre hilarité à l’extérieur et se retourna en entendant nos éclats de voix.
Je riais tellement que j’en avais mal aux côtes et que des larmes avaient perlé au coin de mes yeux.
– J’vois pas…c’qu’il y a… de drôle ! dis-je en riant.
N’en pouvant plus, je roulais sur le côté en m’enserrant les côtes puis me redressai pour m’asseoir sur le duvet et tenter de reprendre contenance. J’étais presque calmé mais lorsque je croisai de nouveau le regard de Lulla, j’éclatai à nouveau de rire.
– Me fait pas rire ! protestai-je. Bah oui, c’était carrément sa faute, hein !
Nos rires se répercutaient en écho contre les parois de la grotte et peu à peu s’atténuèrent.
– Pfiou !
Je reprenais peu à peu mon souffle.
– Au moins, tu as meilleure mine. Quelle heure il est à ton avis ?
J’attrapai mon sac à dos et farfouillai dedans à la recherche de mon téléphone portable. Je tendais de l’allumer, en vain.
– Et merde !
Je me rappelai soudain du gros champ magnétique que j’avais lâché dans la nature. Il n’avait sans doute rien épargné à plusieurs mètres à la ronde. J’étais bon pour le changer. Encore. Je laissai négligemment retomber le téléphone dans le sac que je poussai contre le mur. Tout en réfléchissant, je passai machinalement ma main dans mes cheveux comme pour les discipliner. En vain, ça aussi.
– Tu te sens comment ? m’enquis-je.

– Sa majesté compte-t-elle rester dans sa suite royale où a-t-elle une résidence secondaire où rentrer ?
  
MessageMer 25 Oct - 14:58
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 158Nombre de RP : 40Âge réel : 28Copyright : ShiyaAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Mon matelas humain décide de jouer la carte du "Je ne vois pas du tout de quoi tu parles " quand je l'interpelle. Ça ne m'étonne qu'à moitié. J'ai bien l'impression qu'il est du genre, lui aussi, à toujours avoir quelque chose à répondre. Il n'est donc pas question que je le laisse en reste. J'ai une réputation d'emmerdeuse finie à tenir. Je ne peux décemment pas me laisser détrôner par le premier blondinet venu, sans livrer une bataille épique. Et, ce n'est pas le regard hostile de Mahkha qui va calmer mes velléités de riposte. Au contraire, l'agacement du chacal attise mon envie de creuser davantage, d'aller plus loin. Je décide donc de mener le jeu de la même façon que mon adversaire. Hors de question d'admettre que c'était très confortable. Plus que ça, même.

- Tu recommences ! fais-je en ouvrant grand les yeux. Après avoir critiqué ma maison, tu critiques celui de mon lit. Si c'est ça, je ne t'y inviterais plus !

J'arrive finalement à accrocher son regard sans réussir à le déchiffrer correctement. L'onomatopée qu'il me décroche couplée à l'incongruité de la situation provoque mon rire. Je me mets à pouffer comme une ado pré pubère, incapable de m'en empêcher. Je ne sais pas d'où ça vient, mais, en tout cas, ça me fait un bien fous. Le rire qui secoue mes côtes efface toute trace de culpabilité. Ses éclats emportent les restes de tension nerveuse qui me brouillaient encore l'esprit. Le rire dilate l'âme, paraît-il. Alors, la mienne doit être en train de s'étendre jusqu'à envahir l'entièreté de la grotte. J'aurais sans doute pu me calmer si Benedict ne m'avait pas suivi, ne faisant qu'alimenter mon hilarité de la sienne.

N'en pouvant plus, je roule sur le dos, une main sur mon ventre pour tenter de contenir les soubresauts incontrôlables. Peine perdue. Un regard échangé et nous repartons de plus belle. J'entends le grognement désapprobateur de Mahkha sans réussir à y prêter la moindre attention. Je suis tout entière dévouée à ce moment étrange au sein duquel la raison et la logique n'ont pas leur mot à dire.

- Non, c'est toi !, riposté-je entre deux éclats. - C'est ta tête qui me fait rire ! J'te regarde plus ! Joignant le geste à la parole, je me couvre les yeux d'un mouvement théâtrale. J'en rajoute trois tonnes, me faisant rire au passage. Comme si ce n'était pas suffisant, je ferme les yeux avec force et me mords la lèvre. Je fais tout ce que je peux pour arrêter de me marrer comme une baleine. Avant de rendre les armes et de laisser libre-court à ce fou-rire. Après tout, il finira bien par passer, non ?


~*~*~*~



Après avoir grogné, le chacal se détourne des deux adolescents sans qu'on lui prête la moindre attention. La queue basse, il quitte la grotte pour rejoindre sa comparse à l'ombre du saule-pleureur. Il se met à tourner frénétiquement en rond, nerveux. Faire les cent pas ne l'aide pas à se débarrasser de sa colère. Il a besoin d'évacuer verbalement. Alors, il effleure le chat de son regard ambré.

- Ils sont.... Ils... Tu les entends ? Fait-il, à court de comparaisons désagréables. - Pourquoi faut-il que les humains soient aussi stupides ?

Si ça ne tenait qu'à lui, il irait arracher sa moitié de ce spectacle ridicule en la tirant dehors par la peau des fesses pour la ramener à la maison. Là où est sa place ! À l'abri des garçons idiots qui lui font les yeux doux et la rende encore plus idiote qu'elle ne l'est déjà d'ordinaire ! Oui, voilà ! Lulla est une idiote ! S'il cherchait du réconfort auprès de la daëmone, il n'y trouve pas le soutien espéré. Elle, non plus, elle ne comprend rien !

- C'est pas une nouveauté que Ben soit stupide
, répond-elle dans une arrogance toute féline, sa queue battant au rythme des pas de Mahkha.

Le chacal roule des yeux et lâche un grognement de frustration.

- Je suppose que leur mordre les mollets ne changera rien à leur stupidité.
- Non.

À court de solution, il se terra dans un silence hostile.

- Non, on n'y peut rien mon pauvre Mahkha, dit-elle gagnée elle aussi par l'hilarité. Elle tourne la tête vers lui et on pourrait croire qu'elle lui sourit. Elle s'avance vers lui de son pas félin et le frôle. En réponse, les poils du chacal frémissent. - Détends-toi un peu.
- Tu es aussi stupide qu'eux, finalement, ronchonne-t-il d'un air bourru avant de s'asseoir docilement.
- Si tu l'dis !


~*~*~*~



Le regard fixé sur le plafond, j'ai fini par me calmer. Mon souffle est court. Je suis prête à parier que le rire a rougi mes joues et embué mes yeux. Quand l'irlandais reprend la parole, je garde un sourire accroché aux lèvres. Il n'a pas tort. Je suis plus paisible, plus sereine. Plus heureuse aussi grâce à la décharge d'endorphine que vient de se prendre mon cerveau. Par contre, sa question me laisse de marbre. Je hausse négligemment les épaules.

- Aucune idée. On s'en fout, non ?


Moi, je m'en moque. Il pourrait être midi ou minuit que ça ne changerait rien. Je n'ai personne qui m'attend à la maison. Puis, de toutes façons, je suis trop bien là où je suis pour avoir envie d'aller ailleurs. Je préfère profiter de cet interlude naïf parce que c'est agréable et doux. Même si ce ne sont que des instants volés. L'entendant bouger, je daigne le suivre des yeux, pensive. Son juron fait éclater ma bulle de bien-être. Je me rassois. J'étire nonchalamment ma colonne en tendant mes bras loin devant moi.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Je l'interroge avec un intérêt non feint. Peut-être qu'il a raté un rendez-vous, qu'il est en retard. Qu'il doit partir. L'idée m'ennuie. Je n'ai jamais aimé les "fins".
- Mon téléphone est HS, dit-il tout naturellement.
- Oh. Ça ne me semble pas du tout dramatique, personnellement. - C'est sans doute un problème de batterie. J'ai pas pris le mien, désolée. Volontairement, d'ailleurs. Je l'ai même laissé ostensiblement sur mon bureau, histoire que mon père comprenne que je n'ai pas du tout l'intention d'être joignable. Sur le moment, ça m'a parut être une idée brillante pour l'emmerder ! J'étais vraiment fière de ma petite manœuvre de manipulation filiale. De son côté, Ben a l'air de réfléchir. Il finit par me concéder une réponse.

-Ouais, c'est ça. La batterie est morte. Il n'y a plus rien à en tirer. C'est pas grave. Je voulais juste avoir une idée de l'heure. J'ai l'impression d'avoir dormi mille ans !

Je réponds à son sourire par une moue moqueuse, bien décidée à le taquiner.
- Ah bon ? Je croyais que ça n'avait pas été confortable ?
- Durée ne rime pas spécialement avec confort.


Je lève les yeux au ciel, bien plus amusée qu'agacée avant de reporter silencieusement mon attention sur sa personne. Attentive, j'observe la moindre de ses réactions. Je traque les plus petits détails dans l'expression de son visage pour déchiffrer ce que les mots ne disent pas. Les gens n'ont pas idée de tout ce qu'on peut transmettre sans faire usage de la parole. Je n'ai pas vraiment conscience que je souris quand il passe sa main dans ses cheveux. C'est mignon, ce geste. Et lui, au lieu de me laisser profiter tranquillement du spectacle, ne trouve pas mieux que de se lancer dans un exposé par le menu sur les capacités de repos des yogis capable de dormir dans je ne sais quelles conditions et de récupérer, je ne sais pas quoi selon telle étude du professeur Trucmuche Machin Chose !

- Mais.... J'essaie bien de l'arrêter en lui balançant pitoyablement la couverture ! Sauf que je m'empêtre la main dedans et que celle-ci retombe juste à côté de moi. Humiliée par ma tentative pitoyable, je m'empare du duvet pour recouvrir mon visage avec. - Par pitié ! Tais-toi ! Je m'en fiche des supers maîtres yogis !

Je ne dois pas être très bien cachée, car, il ne tarde pas à me débusquer. Il s'offusque, prétextant qu'il est en train d'évoquer un sujet de la plus haute importance et que la moindre des politesses serait que je fasse preuve d'un peu d'écoute. Une moue vexée derrière un rideau de cheveux en bataille lui répond, juste avant que je ne riposte. Je m'empare d'une partie du duvet et parvient à le soulever suffisamment haut pour en entourer sa tête, à lui. Courageuse, mais pas téméraire, je m'extirpe d'un bond du nouveau champ de bataille pour aller me réfugier à bonne distance de mon adversaire. Un point partout. La balle au centre.
Il finit par me sortir de ma méfiance en reportant la conversation sur mon état. Je suis si surprise par la sincérité de sa question que j'en perds un instant mes moyens. Je suis bien incapable de lui répondre du tac au tac cette fois-ci. L'idée de passer par l'humour ou la taquinerie ne me traverse même pas l'esprit.

- Je vais bien
, merci. Ma gorge est sèche. J'avise une des bouteilles d'eau et m'en saisit. Ça a le mérite de donner le change. Je dévisse tranquillement le bouchon en lui renvoyant la question. - Et toi ? Non. Toujours pas d'humour. Pas même une petite moquerie. Il s'en charge à ma place, balayant de quelques mots l'impression étrange qui m'a cisaillé le ventre.

- Sa majesté n'a pas encore décidé quel sujet elle allait honorer de sa présence ce soir, vois-tu ! Ce n'est même pas un mensonge. Spontanément, l'idée me vient demander l'aumône à Dana. Pourtant, je dois avouer que je n'ai pas du tout envie de me séparer de cet énergumène. - Merkeley ? Je l'interroge, curieuse de savoir si notre rencontre va se prolonger encore un peu. Ses yeux s'arrondissent et son sourire s'élargit.

- Oh ! Merkeley comme le royaume divin ?
J'acquiesce. - Exactement, comme le royaume divin !


~*~*~*~

Nous quittons finalement la grotte pour traverser la forêt, guidés par nos daëmons. Mahkha continue à me faire ostensiblement la tronche si bien que je choisis finalement d'ignorer sa crise de jalousie. Le trajet est jalonné d'éclat de rire, de moquerie, et mot d'esprit lancé à l'autre comme un défi. Je m'applique à répondre à chacun de ses challenges. Lui, ne cesse pas de me surprendre en faisant monter les enchères. Je joue les reines et lui les dieux, comme pourrait le faire deux gamins dans une cours de récréation. L'ambiance me semble imprégnée d'un peu de magie. Mon cœur a régulièrement des ratés. Je crois que je suis sous le charme.
De son côté, je sais que le chacal garde un œil sur Miurne et converse occasionnellement avec elle, probablement pour se plaindre de moi.

À l'angle d'une rue, je prends la main de l'irlandais dans la mienne pour qu'il s'arrête aussi, un rire tassé au fond de mes yeux. Je me hisse sur la pointe des pieds pour le gratifier d'un baiser sur la joue avant de m'éloigner.

- Benedict ! Mon cri se perd dans la nuit alors que je marche à reculons dans la lumière des réverbères. - On va jouer à un jeu puisque tu es siiiii intelligent ! On va voir si tu peux retenir mon numéro : 336 198 152 23 ! Prouve-moi que t'es vraiment un Dieu !

Je suis incroyablement fière de moi. Mon visage est fendu par un sourire immense. Je le salue de la main en imprimant sa silhouette dans ma mémoire. Quand je me retourne finalement pour reprendre mon chemin, des papillons se débattent furieusement dans mon ventre, déréglant mon organisme jusqu'au battement mécanique de mon horlogerie interne.

- Tu es vraiment stupide.
- Je sais.


Mais, ça me plaît.


- Topic Terminé -
- Dernier post écrit à quatre mains <3 -
- To be continued -
  
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