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Stars can't shine without Darkness || Aelya Fereden & Rafael Garcías

 
  
MessageVen 1 Déc - 16:43
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Date d'inscription : 23/04/2017Nombre de messages : 158Nombre de RP : 37Âge réel : 26Copyright : .nephilimAvatar daëmon : Coati à Nez Blanc
Rafael GarcíasNothing will be the same...
Aelya Fereden & Rafael Garcías ▬ Delilah & Eko
Stars can't shine without Darkness
▬ " Tu peux venir, si tu veux. Il n’y a pas que ce toit qui est sympa, dans le secteur. " Sur ces mots elle s'éloignent. Rafael appréhende de nouveau son environnement, doucement son cœur lui laisse de la place, l’apaisement n'est pas pour tout de suite mais il sent enfin les plaintes de son oreille rougit par le traitement subit. Il relâche sa main et tente de dénouer son cou de quelques lentes torsions. L'état est vaseux, mêlant fatigue et léthargie à un brin de conscience. Son regard se relève au son des pas de la demoiselle sur les escaliers alors que Delilah s'approche timidement.

▬ " Tal vez deberíamos irnos a casa... " Lentement Rafael se pencha, posant un genou au sol en proposant son bras à la coati qui n'en demandait pas tant. Il ne répondu pas à sa suggestion mais elle sentait cette hantise de la solitude conjugué à son état, le mélange était redoutable, ils le savaient tout deux mais Delilah aurait peut-être préféré d'autres compagnons d'infortunes... Mais elle grimpe sur le bras, précautionneusement elle essaye de se faire légère sur ses épaules alors qu'il vacille en se redressant. Même si ces escaliers métalliques lui faisaient peur elle aurait pu marcher mais elle n'osait pas contrarier les automatismes de son jumeau qui s'extirpait encore des fantômes de sa crise d'angoisse. Lentement, il rebroussa donc son chemin, descendant les marches qu'il avait gravi quelques instants auparavant, suivant la jeune femme sans en avoir véritablement pris la décision. Mais si l'esprit de Rafael était là en mode automatique, celui de la coati était bien trop en éveille. Effarouchée par cette nuit un peu trop tourmentée à son goût, elle jauge le dos de leur étrange compagne se situant à quelques pas et s'étonne de voir un établissement ouvert à cette heure.

▬ " Et pour Monsieur, ce sera ? " Le brouillard dans lequel il évoluait se dissipa un peu sous la lumière et la chaleur de ce nouveau lieu. Ses paupières papillonnèrent un bref instant avant de localiser la source de la question et de se reconnecter un peu mieux à la réalité.

▬ " ...La même chose. " Réponse convenue et peu risquée qui lui ôtait tout besoin de réflexion, parfait dans sa situation. Delilah quant-à elle voyait son museau titillé par les odeurs qu'elle percevait et qui avait un goût de maison. Son regard s'anima alors qu'elle tendait le cou pour voir le choix qu'arborait l'établissement. Rafael, lui, mettait un peu de temps à identifier le lieu dans lequel il était tombé, il vint s'asseoir à la table de la jeune femme et se défit de son appareil pour le poser sur cette dernière tandis que la coati investissait la chaise qui lui permettait d'observer leur hôte jovial. Marcher, s'éloigner de ce toit n'avait guère fait de mal à notre homme qui passa ensuite une main légèrement tremblante dans sa crinière indomptée avant d'inspirer profondément et d'enfin remarquer où il se trouvait. Son regard se leva, suivant celui de Delilah avant d'enfin venir vers Aelya qui eu le droit à un léger sourire usé. " Un autre toit ? " L'éclat d'un amusement se posa dans ses yeux, il semblait que les habitudes de la demoiselle ici soient avérées peut-être était-ce alors un nouveau refuge, ou bien une simple préférence. Dans tous les cas, Rafael ne parvenait pas à s'étonner du manque d'intérêt qu'avait manifesté la jeune femme à ses étranges manies. Pour tout dire il était bien plus à l'aise avec ce manque de réaction qu'avec une préoccupation ou une alarme, ne pas avoir à l'évoquer l'arrangeait et lui permettait de tourner la page plus efficacement.
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MessageSam 2 Déc - 15:52
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Stars can't shine without darkness
Rafael & Aelya


« C'est parce que dans ton cœur c'est marée haute que l'eau te monte au bord des yeux.»


La fatigue au creux des muscles, qu’elle étire un à un. La vérité, c’est qu’à défaut de mourir tout court, la jeune femme meurt de faim. En témoigne ce ventre qui depuis son entrée ici gargouille à n’en plus pouvoir, avide de goûter au fameux plat de Paolo. Mais Aelya ne parvient pas à s’en émouvoir, ce soir. Ce lieu, habituellement synonyme d’asile, n’a actuellement rien du havre de paix qu’elle aimerait lui conférer. Peut-être est-ce parce que Rafael est ici, dans sa bulle. A poser sur le monde ce regard abasourdi, comme s’il se surprenait lui-même d’avoir réussi à arriver jusqu’ici. Elle aurait envie de lui tapoter le crâne, de le réveiller pour de bon. Ironiquement : de le sortir de son illusion.

Les yeux perdus dans la faible lueur que dépose le néon de la devanture sur le pavé, elle entend à peine la question qu’il lui pose.

« Un autre toit ? »

Un sourire sans joie vient soulever la commissure de ses lèvres, tandis qu’elle lâche sa contemplation pour revenir vers lui. Un refuge, oui. Pour les nuits comme celle-ci, sans lune et sans but précis. Un peu de chaleur entre ses doigts frigides, un peu de bonheur dans ce cœur trop rigide. Le sourire de Paolo suffit à tout cela. Généralement, du moins. Pourquoi se sent-elle toujours aussi vide, alors ?

« On peut dire ça. »

Elle promène ses iris sur la décoration du restaurant – et ses murs colorés, et ses peintures à la Desigual, tous ces ornements bariolés qu’on ne verrait jamais chez soi, et qui donnent pourtant à l’endroit un aspect réconfortant dont elle ne se lasse pas.

« A défaut d’avoir le lever de soleil ici, tu as au moins le chauffage. »

Atout non négligeable pour des nuits telles que celles-ci, où ni le joint ni les poches ne suffisent à réchauffer corps et âme. Elle le fixe un moment, sans rien dire. Hésitant peut-être sur la question à lui poser ; après tout, elle n’est pas censée s’intéresser à ce qu’il est. Elle devrait le repousser, comme tous les autres. Faire fuir l’amusement qu’elle devine dans ses prunelles sombres, oublier la main qui ébouriffe ses cheveux ou cet appareil pour lequel sa curiosité ne cesse de s’amplifier. Il y a deux jours, elle l’aurait fait. Sans hésiter, elle les aurait envoyés valser, lui et son intérêt dont elle ignore la véracité. Aujourd’hui, elle s’y accroche comme si à lui seul, il était capable de tromper sa solitude et chasser ses déceptions. Il n’en est rien, elle en est pleinement consciente. D’ici quelques heures, Rafael aura disparu, laissant dans son sillage l’amer goût du sans.

« Et voilà pour vous ! »

La chaleur de la voix de Paolo la tire de ses pensées, tandis qu’il dépose devant eux deux assiettes de riz à l’espagnol, dont s’échappent des odeurs donnant envie de saliver. Lya le remercie d’un sourire, puis attend qu’il s’éloigne pour de nouveau questionner.

« Pourquoi le Bronx ? »

La fourchette suspendue au-dessus de son plat, les yeux rivés sur ce visage aux traits plus fatigués que le sien – c’est pour dire – elle penche la tête de côté, attendant une réponse qui de toute évidence ne vient pas tout de suite.

« Je veux dire... Habitude ou hasard ? »

Après tout, il y a plein de quartiers beaucoup plus avenants que les rues fétides du Nord de la ville. Et il est trop propre, trop… lui, pour être de ceux qui viennent se noyer dans l’obscurité. Il cherche la lumière, non ? La beauté, peu importe son apparence. Et en six mois de temps, elle n’a jamais rien vu ici que l’on puisse qualifier de « joli » ou d’« attirant », malgré tout ce qu’il peut en dire. Machinalement, l’avocate plonge sa fourchette dans le plat pour en tirer une bonne partie, qu’elle place dans une serviette en papier à l’attention d’Eko. Silencieux, le caracal. Beaucoup trop grognon pour qu’elle espère le lier à elle et obtenir de l’aide dans sa réflexion.

A la première bouchée, les multiples senteurs irradient. Au creux de sa bouche, de sa gorge, de son estomac. Les frissons s’arrachent, les papilles savourent, l’esprit revit. Un peu. Un fin sourire au bord des lèvres, la jeune femme enchaîne les allers-retours entre l’assiette et elle, sans plus se soucier de ce que Rafael pensera d’elle. Il y a trop longtemps qu’elle n’a pas mangé. Trop longtemps qu’elle ne se nourrit de cette douleur qu’est celle d’exister, et de le faire seule.

Depuis sa cuisine, Paolo pousse un soupir de soulagement. Elle a maigri. Ses cernes, au même titre que son corps, sont plus creusées qu’elles ne l’étaient il y a un mois à peine. Elle dépérit, la belle enfant. Et lui, cet homme qui l’accompagne, que fait-il ? Qui est-il ? Peu importe, à vrai dire. Paolo prie pour que cet être, quel qu’il soit, parvienne à réchauffer cette pauvre âme paralysée par le froid.

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MessageDim 3 Déc - 11:33
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Nourriture et odeur, Delilah semblait mettre une pause à sa prudence pour garder son museau tourné vers leur hôte qui s’affairait. Manger ne leur ferait pas de mal, elle n'était pas certaine que Rafael ai autre chose dans l'estomac que le carré de chocolat qu'elle lui avait mit dans les mains avant de partir. L'âme maternante perdait le fil de ces jours qui se ressemblaient trop et où son jumeau ne ressentait même pas la faim. Ils en avaient souffert durant trop de temps, de cette légèreté qui déchire les entrailles et vous étourdi. Trop de temps Rafael avait ressenti cette faim et aujourd'hui il ne savait plus replacer son curseur, trop habitué à éprouver ce manque qui n'était qu'une partie de son égarement. Alors lorsque les assiettes arrivent, l'enthousiasme de la demoiselle s'élève et elle se dresse à hauteur de table pour examiner de plus près l'origine de ces odeurs qu'elle approuve. Rafael, lui, observe cela sans émotion particulière, notant tout de même l'emballement de la demoiselle à ses côtés et rompt son immobilité pour glisser une bonne part de son assiette à son intention.

▬ " Pourquoi le Bronx ? Je veux dire... Habitude ou hasard ? " La question lui parvient, étrange, alors que Delilah se lance dans sa dégustation. Encore légèrement pataugeant, les sourcils de Rafael se froncent, essayant de saisir l'origine de cette interrogation, tentant de comprendre pourquoi la zone de ses pas portait à l'intrigue. Mais il y renonça n'étant pas encore d'attaque pour de nouvelles analyses.

▬ " Un peu des deux je crois. La destination ne m'importe pas vraiment, alors le Bronx ou autre chose... " Il n'avait pas d'aprioris ou de méfiance particulière, il venait d'un pays corrompu et bredouillant, il avait vu un peu trop de choses pour que les affres américains ne l'effarouchent vraiment. Son regard sombre s'était posé depuis quelques instants sur Aelya qui s'attaquait pleinement à son assiette avec un entrain qui sembla lui faire songer qu'il devrait probablement être dans ce même état. Son estomac devait crier famine mais c'était là le seul cri qu'il n'entendait plus. Alors, distraitement, il se mit à manger et le fin sourire de celui qui appréciait sagement l'instant ne tarda pas à se poser sur ses lèvres. " Pourquoi tu restes là ? Tu sembles tellement porter dans ton cœur ce quartier... À moins que cela soit de l'amour vache. " Un brin d'amusement, il semblait toujours revenir d'une manière ou d'une autre avant de doucement s'envoler. Le fait qu'il renvoie la balle de la curiosité était anodin, il était un analyste et un chercheur, non ce qui était plus étrange c'est qu'il semblait accepter que cette balle lui soit envoyer. Lui le taiseux, celui qui estimait que sa personne n'avait aucun mystère digne d'être dévoilé et plus préoccupé par son environnement que par lui-même ne semblait pas désarçonné par la curiosité de la jeune femme. Plus étrange encore, il lui répondait sans pincettes, sans tentative d'esquive, juste sincèrement comme celui qui ne craignait pas de se dévoiler à l'âme tourmentée dans laquelle il semblait se reconnaître. Rafael n'avait pas véritablement conscience de cette évolution, Delilah elle l'avait noté, ne sachant pas vraiment si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Entre deux bouchées, elle glissa un regard vers le caracal, autre énigme plus impénétrable que sa jumelle. Son attitude n'avait rien d'encourageant, son avis était difficile à cerner au grand regret de la coati qui n'avait aucune affection pour l'inconnu. " Je comprends que cet endroit soit un de tes perchoirs. " Parce que au fil des bouchées il arrivait à saisir que ses papilles approuvait ce traitement tout autant que son estomac. La bonhomie du restaurateur était évidente, le lieu peut-être un peu trop coloré pour s'acclimater au tableau d'Aelya mais la dissonance n'était pas toujours de mauvais goût. La nourriture se posait doucement sur le creux de fatigue laissé par son angoisse, il était presque certain de pouvoir laisser derrière lui le brouillard qui l'avait bercé durant de longues minutes.
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MessageDim 18 Fév - 19:43
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Rafael & Aelya


« Are you the fishy wine that will give me a headache in the morning,
Or just a dark blue land mine that explode without a decent warning? »


« Un peu des deux je crois. La destination ne m'importe pas vraiment, alors le Bronx ou autre chose... »

Les bouchées se sont espacées et l’appétit, envolé. La réponse n’est pas celle qu’elle attendait – pour peu qu’elle sache réellement ce qu’elle attend. Fourchette en suspension, le regard fuyant, la jeune femme se perd dans la lueur blafarde s’échappant des pavés. Cette nuit est étrange. Non pas à cause de l’absence totale de rationalité – elle n’aurait jamais parié emmener quelqu’un ici, encore moins aujourd’hui, encore moins Rafaël qu’elle ne connaissait, finalement, que très peu – mais plutôt par le manque de luminosité qui écrase la rue à côté d’eux. A croire que la Lune a fui, elle aussi ; une alliée de plus qu’il lui faudra effacer.

Soupir aux lèvres, l’irlandaise reporte son attention sur l’assiette à moitié vide, posée devant elle. Le riz n’a plus la même attirance qu’une minute auparavant – ses poumons, écrasés par une peur furieuse qu’elle ne contrôle pas, rendent sa respiration sifflante et son envie de détaler, irrépressible. Une main agrippe le pelage d’Eko ; un mouvement vif, visant à se rassurer, bien qu’il crispe le caracal à l’en faire siffler.

« Pourquoi tu restes là ? Tu sembles tellement porter dans ton cœur ce quartier... À moins que cela soit de l'amour vache. »

Les palpitations s’accentuent tandis que ses yeux se posent sur Rafaël. Pourquoi elle reste ? Oui, pourquoi ? Pourquoi s’enticher d’un quartier pourri jusqu’à la moelle où les dealers, violeurs et autres racailles courent les rues à toute heure ? Pourquoi revenir ici plusieurs fois par semaine, pourquoi s’évertuer à croire que le dédale de ces rues pourrait lui apporter autre chose qu’une idée, si ce n’est un besoin de se foutre en l’air ? Là était peut-être la finalité de ses marches nocturnes, après tout. Elle n’en sait rien, Aelya, elle a l’esprit trop perturbé par la drogue et cette vague de panique pour ne serait-ce que songer à aligner deux mots. Elle n’essaiera pas, d’ailleurs. Une poignée de poils dorés dans sa main gauche tandis que l’autre taille de ses griffes fauves le tissu de son jean délavé. Elle le dévisage, le cœur en arrêt, l’esprit en suspens ; comme si son cerveau, brusquement, venait de lui rappeler ce qu’elle était réellement. Sa bouche s’ouvre – ronde, emplie d’idées qui se bousculent, pour une fois, de mots qui malheureusement ne viennent pas mais qu’importe, elle y arrivera. C’est un drôle de sourire qui s’imprime sur ses lèvres – il manque de vin, ce sourire, de whisky ou de pilules colorées, il est étrange, ce sourire, presque effrayant tant il est incertain, tant il est jonché de pensées sombres qu’elle ne peut définitivement pas lui exposer.

« Je ne connais que ça, l’amour vache. Mais ça lui va bien, à lui et moi. »

Lui et moi. Pas de nous. Une bouchée, Aelya, encore une qu’elle enfourne entre ses lèvres sèches sans grande envie, plus par nécessité de mettre de l’ordre dans ses idées. Sortir quelque chose de cohérent, cela fait longtemps que ça ne lui est pas arrivé ; la patience est donc à l’ordre du jour – ou de la nuit, peu importe.

« Et on se ressemble un peu, au final. »

Ses yeux s’agrandissent, comme si elle se surprenait à dévoiler ce qu’il n’aurait jamais fallu dire à voix haute de peur de le voir s’envoler ; comme si, aussi, elle craignait les questions qu’il pourrait par la suite lui poser. La tête penchée sur le côté, les palpitations au creux du cœur, des poumons, des reins – elle s’éloigne, pourtant, cette envie de devenir invisible. Comme si l’intérêt qu’elle lisait dans les prunelles sombres du mexicain lui donnait l’illusion d’exister, même pour quelques heures. Eh, quelques heures de délivrance avant de replonger dans la pénombre, c’était plus que ce qu’elle aurait osé imaginer, non ?

« Je n’ai pas d’explication précise sur le pourquoi du comment. Je sais juste que quand je sors de chez moi ou d’un de mes bars, peu importe l’heure, peu importe l’état, je finis toujours par me retrouver sur ce toit ou à l’une de ces tables. »

Elle hausse les épaules, fataliste face à cette vérité qui aujourd’hui pourtant, fait un peu plus sens qu’il y a quelques mois. Elle n’aurait pu expliquer à Rafaël l’étrange lien qui la lie au Bronx – et les frissons que lui arrache l’odeur de l’huile mélangée à celle de la pisse, et l’adrénaline qui court au creux de ses veines lorsqu’elle sent poindre le danger, et ces levers de lune, de soleil, ces combats rapprochés, le goût du sang sur la langue et les bleus sur le corps. Elle ne peut décrire tout ça, Lya, ce pourquoi elle se contente de repousser son assiette en fuyant le regard qu’elle trouve trop inquisiteur, désormais.

« Je comprends que cet endroit soit un de tes perchoirs. »

Une moue moqueuse aux lèvres, elle ne peut s’empêcher de répondre, suffisamment fort pour que Paolo l’entende :

« Oui, faut dire aussi que le chef n’a pas encore réussi à me rendre malade. »
« Je t’ai entendue, cabrón ! »

L’accent chantant gronde depuis la cuisine tandis que dans un mordillement de lèvres amusé, l’irlandaise jette un œil à l’extérieur.

« T’as envie d’un dessert ? Le jour va bientôt se lever. »

Elle hésite un moment, les yeux alternant entre Rafaël et l’appareil photo qu’il garde toujours près de lui. Intérieurement, son sang bouillonne, ses pensées s’entrecroisent – d’un côté, l’impression d’avoir déjà trop partagé et de l’autre, la crainte de le voir lui aussi s’échapper. La solitude ne l’attire pas, aujourd’hui ; du moins pas pour l’instant. D’un mouvement gêné qui ne lui ressemble nullement, l’avocate dégage une mèche de sa vue en poursuivant :

« Je pense connaître l’endroit qu’il te faut, pour tes photos. Mais il va falloir grimper. Et se grouiller. »

On dirait à présent une enfant, Aelya, comme si le voile de tristesse et de colère qui l’englobe habituellement avait choisi de l’abandonner pour un temps. Rapidement, l’irlandaise quitte la chaise sur laquelle elle était avachie et file vers la sortie, un « Adios Paolo ! » dans le sillage de ses cheveux bruns ; l’addition ? Il la mettra sur sa note, ou pas d’ailleurs, elle n’en sait rien, même si elle est pratiquement sûre qu’il enverra paître le photographe s’il tente de sortir son portefeuille.

Inspiration. Elle hume l’air putride du quartier Nord, un vague sourire aux lèvres, Eko emmêlé dans ses jambes, tentant de chasser ses pensées volatiles pour trouver le chemin le plus rapide jusqu’au prochain point d’ancrage. Un regard vers le ciel, qui commence à d’ores et déjà à pâlir, et elle balance simplement :

« Je crois qu’il va falloir courir. »

*

Les foulées sont courtes, difficiles, oubliées depuis longtemps. Son corps, autrefois habitué aux courses les plus improbables, ne semble plus se souvenir comment courir. Hors d’haleine – et les yeux qui brillent, pourtant – elle prend un dernier virage, le pied ripant contre les pavés détrempés et menaçant cet équilibre qu’elle rattrape in extremis. Elle s’immobilise alors devant l’improbable : un coin de verdure dans ce monde de béton, une île naufragée à l’extrême Nord de ce quartier morbide symbolisée par une butte d’herbe à la pente glissante, boueuse – casse-gueule, il faut le dire. Mais elle n’est pas du genre à rejeter les défis.

« Dépêchons-nous », murmure-t-elle sans un regard pour son allié du jour.

En quelques gestes, elle escalade le muret qui borde la butte ainsi que les barrières qui l’accompagnent, Eko bondissant à ses côtés. Le manque d’oxygène ne fait qu’accroître ses hésitations, au final, remuant sans cesse la même question : et si elle était encore en train de se planter ? Elle n’a pas peur du jugement qu’il portera à l’endroit – elle a peur de lui, et de l’influence qu’il semble avoir sur elle. Peut-être pourrait-elle disparaître pendant qu’il montera ; un autre joint et quelques verres l’attendent encore à l’appartement et puis ce spectacle, elle l’a déjà vu des centaines de fois…

Malhabile, la jeune femme gravit tant bien que mal la côte, grimaçant lorsqu’elle se voit obligée de plonger les mains dans la boue pour ne pas dévaler la pente en roulant. Un mètre, puis un autre. Le vent qui monte et la surprend tandis qu’elle se relève, laissant à ses iris le temps de s’imprégner du paysage qui se découvre devant eux. Le Bronx est là, implacable, imprenable – si proche et pourtant, si inaccessible. Quartier fauve, constamment. Au loin, le soleil pointe déjà, déchirant le ciel nuageux de dizaines de teintes colorées.

Elle ouvre les bras, le souffle absent, sourire scotché au visage tandis qu’elle croise le regard de Rafaël – elle n’y lit rien, elle n’en prend pas le temps.

« Voilà, amuse-toi. »

Le ciel est magnifique. La nuit, elle, reste étrange. Qu’en sera-t-il du jour ?

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MessageLun 19 Fév - 2:53
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Aelya Fereden & Rafael Garcías ▬ Delilah & Eko
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Doucement les bouchées s’enchaînent dans un ballet automatique, témoins d'un besoin dont il n'a pas vraiment conscience. Rafael observait doucement son environnement, laissant à Delilah la réflexion qu'il sentait dans l'esprit de sa jumelle en quête d'analyse. Engloutissant son assiette, la coati observait l'autre duo, cherchant à comprendre cette étrange nuit. Il fallu ainsi quelques instants à notre homme pour saisir l'évolution dans l'attitude de son interlocutrice alors qu'il s'interrogeait sur la présence de cette dernière dans le Bronx alors qu'elle ne semblait pas vraiment en apprécier les ombres. Son esprit requinqué par le fauteuil et la nourriture, Rafael arrêta sa fourchette, bloquant son regard sur la miss qui semblait hésiter sur sa réponse avant de se dissimuler derrière un étrange sourire.

▬ " Je ne connais que ça, l’amour vache. Mais ça lui va bien, à lui et moi. Et on se ressemble un peu, au final. " Était-ce lui ou cette réponse avait quelque chose d'insaisissable... Parlait-on encore de cet "amour vache" ou d'autre chose et d'où provenait ce trouble qui semblait embrouiller son interlocutrice. Intrigué, Rafael mit un bref instant à réaliser qu'il fixait la demoiselle avec un peu trop d'application et cette réalisation faite il laissa son regard papillonner vers son assiette avec ses interrogations. " Je n’ai pas d’explication précise sur le pourquoi du comment. Je sais juste que quand je sors de chez moi ou d’un de mes bars, peu importe l’heure, peu importe l’état, je finis toujours par me retrouver sur ce toit ou à l’une de ces tables. " Songeur, Rafael joua un bref instant avec sa fourchette avec le léger sourire de celui qui saisissait un peu mieux les paroles de la jeune femme.

▬ " Mais tu viens d'ici ? De Merkley ? " C'était peu probable, Rafael ne connaissait que peu de prononciation anglophone mais il y avait quelque chose qui n'était pas américain dans les mots de son interlocutrice. Néanmoins il ne pouvait que s'intriguer de cet attachement, apparemment dénué d'attrait, à ce lieu. Pour tout dire notre homme semblait sauter d'intrigue en intrigue avec la demoiselle, acceptant même de ne pas tout comprendre dans cet aura qui s'échappait de cette silhouette fluette. Et parce qu'il ne veut pas effaroucher l'envoûtante créature, Rafael s'employa à étendre la légèreté de son ton vers l'appréciation de cet autre "perchoir", espérant ainsi aider la demoiselle à retrouver cet équilibre égaré.

▬ " Oui, faut dire aussi que le chef n’a pas encore réussi à me rendre malade. " La réaction du dit chef tira un sourire à notre homme avant qu'il ne satisfasse de la réussite de sa manœuvre auprès d'Aelya qui semblait ce ré-affirmer. " T’as envie d’un dessert ? Le jour va bientôt se lever. " Le jour vraiment ? L'annonce semble prendre au dépourvu Rafael, bien plus que l'interrogation à laquelle Delilah aurait bien répondu par l'affirmative alors qu'elle achevait goulûment son assiette. Mais son jumeau préféra se tourner vers l'extérieur comme pour tenter de vérifier ce fait énoncé.

▬ " Je... " Il retourne son visage vers la demoiselle, surprend ce geste presque timide à l'encontre de la mèche sombre et baisse son regard vers son assiette dont le contenu avait honorablement diminué. " Je ne sais pas. " S'ils n'avaient pas été avec ce duo Delilah l'aurait probablement rappelé à l'ordre, lui rappelant que l'on ne pouvait décemment refuser un dessert mais à cet instant la coati était plus occupé à sonder les songes de son jumeau qui finissaient par plus l'intriguer que leurs interlocuteurs.

▬ " Je pense connaître l’endroit qu’il te faut, pour tes photos. Mais il va falloir grimper. Et se grouiller. " Rafael n'eut que le temps de relever le nez de son assiette et de brièvement apercevoir l'éclat enthousiaste dans le regard de la jeune femme avant de la voir s’éclipser.

▬ " Mais... " La réaction de notre homme arriva après, peu préparé à une si brusque évolution de programme. Dans un réflexe il se leva, saisissant son appareil alors que Delilah laissait passer la possibilité de les laisser juste filer. Mais cette idée ne sembla pas percer la réaction de Rafael qui ne stoppa son mouvement que pour se retourner vers le propriétaire des lieux qui voyait ainsi deux voleurs s'enfuir. Il n'avait pas porté sa main à sa poche qu'il se faisait déjà rabroué par le bonhomme.

▬ " Date prisa, de lo contrario desaparecerá. " L'hésitation semble se lire dans son regard car son interlocuteur dû surenchérir d'un geste de la main pour décider ce nouveau "client" au départ.

▬▬▬

Courir, vraiment ? Il n'avait même pas eu le temps d'assimiler les bienfaits de ce qu'il venait d'ingérer, le confronter à une telle activité n'était pas la plus brillante des idées. Il ne lui avait fallu guère plus de quelques foulées pour sentir ses pas gagner en maladresse et l'anarchie de son souffle. Et pourtant Rafael suivait, il ne courrait même pas après la promesse d'une photographie mais bien après cette silhouette qu'il ne voulait pas voir disparaître. Delilah sur ses talons, il entendait dans son esprit l'inquiétude de la coati qui lui réclamait d'arrêter cette idiotie avant que le piège ne se referme. Mais à cet instant il ne courrait guère pour sa vie, la crise que sa jumelle redoutait pouvait probablement être évitée.

Ce n'est que lorsqu'il se retrouva au pied du mur, observant Aelya finir son petite escalade que notre Mexicain senti sa résolution faillir. Delilah s'appuya contre sa jambe dans l'espoir de le faire renoncer mais ce fut en vain car après avoir fait passé son appareil dans son dos Rafael suivi maladroitement le chemin de la demoiselle et lorsqu'il se laissa tomber de l'autre côté le tremblement de ses membres ne pouvaient plus être un secret. Sa jumelle, elle, atterrit souplement sur la terre meuble avant de lever son museau vers cette butte contre laquelle Aelya semblait buter. À bout d'une réserve de force, Rafael prit son temps pour cette nouvelle escalade, s'épargnant ainsi quelques glissades malgré ces vertiges qui saisissaient son corps qui tentait de l'arrêter.

À l'arrivée notre homme ne pu guère tenir debout et laissa ses genoux se plier avant de s'enfoncer dans la terre meuble. Le souffle court, il posa ses mains tremblantes sur ses cuisses et ferma brièvement ses paupières pour combattre l'étourdissement qui sévissait même ainsi installé. Tandis que, telle une mère angoissée pour sa progéniture, Delilah s'asseyait à ses côtés et observait son teint qui avait d'avantage perdu en couleurs.

▬ " Voilà, amuse-toi. "Assit sur ses pieds, Rafael sent les battements de son cœur jusque dans ses tempes mais rouvre les yeux pour observer ce pourquoi il avait cru bon de s'asséner pareille épreuve. Encombré par la fébrilité de sa faiblesse, son esprit mis quelques instants avant de saisir ce qui apparaissait et évoluait doucement devant ses yeux. L'atmosphère était délicate, en équilibre entre deux mondes qui se disputaient ce bout de ville. Il y avait de toute évidence quelque chose à immortaliser mais cela n'effleura pas vraiment l'esprit de notre homme qui se plaisait au rôle de spectateur.

Ses mains ramenèrent cependant doucement son appareil devant lui, répondant là plus à un souci de préciosité qui ne correspondait guère au rangement dans le dos qu'il avait adopté pour ses escalades. Au détour de son observation il lèva son regard vers la demoiselle qui avait gardé se sourire d'enfant accentué par les traces qu'avaient laissé la course sur son visage et ses cheveux. L'apparition autour de laquelle se glissait les premières couleurs du ciel semblait animer notre photographe qui réfléchit par réflexe aux réglages jusqu'à ce que l'appareil se lève et saisisse naturellement ce contre-plongée peut-être plus saisissant que l'urbanisme qui s'éveillait. Rafael ne se donna pas l'occasion de voir si les sons de la saisie de cet instant avaient attiré l'attention de la jeune femme et il se tourna à nouveau quelques instants vers le paysage.

▬ " Merci. " De la découverte et du partage, surtout du partage car il avait la sensation que cela n'était pas dans les habitudes de la demoiselle et cela le touchait d'une étrange manière.

▬ " ¿ Estás bien ? " Delilah s'appuya brièvement contre lui et se manifesta timidement alors que ses précédentes tentatives s'étaient soldées par un échec. Au moins elle bénéficia enfin d'une réponse avec un regard et un sourire dont elle essaya de se satisfaire.
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MessageMar 20 Fév - 18:47
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Date d'inscription : 20/11/2015Nombre de messages : 867Nombre de RP : 114Âge réel : 23Copyright : Av: Anaé. © | Sign: Solosand © & me.Avatar daëmon :
Aelya FeredenLiving like we're renegades

Stars can't shine without darkness
Rafael & Aelya


« She was life itself. Wild and free. Wonderfully chaotic. A perfectly put together mess. »


La fuite est impossible, désormais. Bouche entrouverte, mèches rebelles voletant au gré du vent, les bras et le cœur ballants, Aelya se noie. Et les prunelles brillent d’envie, d’admiration et d’autre chose de plus fort, de plus grand. A peine a-t-elle remarqué le teint blafard de Rafaël – la mise à genoux, elle, est mise sur le compte de la beauté du lever de soleil qu’il découvre en même temps qu’elle. Elle n’a plus mal, Aelya, chaque couleur réchauffant corps et âmes frigorifiés par la nuit obscure et les chimères l’accompagnant. Et, lentement, l’irlandaise s’imprègne ; de l’envol d’une nuée d’oiseaux depuis le toit de l’immeuble, juste devant ; du reflet de Phébus sur ce volet, cette antenne, cette fenêtre ; du soupir des amants, dont les corps s’enchevêtrent amoureusement ; de l’odeur de pancakes et du café bouillonnant, amenée par le vent ; des cris d’un enfant et des mots doux lui répondant ; de l’éphémère, finalement.

« Merci. »

Elle hausse les sourcils, vaguement surprise qu’il puisse songer à la remercier alors qu’elle, en soit, n’a absolument rien fait, si ce n’est le rendre un peu plus chancelant. Et son équilibre, Rafaël n’est pas le seul à le voir s’étioler, tant les vertiges qui accablent la jeune femme, couplés à la brise qui règne à ce sommet manquent à chaque instant de la voir chavirer. Lya ne lâche pas des yeux le décor pour autant, oubliant la compagnie du photographe, cet appareil qui s’élève et les clics l’accompagnant. Elle est subjuguée. Elle, qui a pourtant vu ce même spectacle des dizaines de fois, elle, qui ne s’extasie ni ne s’arrête devant quoi que ce soit depuis des mois, trouve à présent l’opportunité et le temps de s’émerveiller… et c’en est troublant. Les doigts tremblent légèrement, au même titre que ses lèvres qui tressaillent ; est-ce le froid ? Non, c’est… Là, à l’intérieur. Brûlant, feu consumant et dévorant, feu qui s’engouffre dans la trachée, emplit les poumons, annihile les démons. Les muscles noués, l’irlandaise finit par venir s’asseoir aux côtés du mexicain ; maladroitement les jambes se croisent, le souffle retrouve en longueur et le regard, en vie. Dieu que cette nuit est étrange…

« J’aimerais que mes yeux puissent prendre des photos... »

Un murmure, simple, la continuité d’une pensée qu’elle n’a pas forcément conscience d’avoir prononcé à voix haute ; encore un partage qu’elle n’aperçoit qu’une fois qu’il est créé, mais qu’importe. Rafaël est photographe, homme sensible et de toute évidence, suffisamment intelligent pour savoir qu’il n’y aura là rien à répondre. Eko, lui, n’a pas bougé : assis à deux mètres devant eux, le nez levé vers le ciel. Son ombre découpée dans la lumière du jour naissant achève de donner une intrigante beauté à cette scène – et à cet instant seulement, l’avocate songe qu’elle est peut-être en train de rêver. Que ce joint, celui qu’elle a fumé une ou deux heures plus tôt était celui de trop, que cette pilule, absorbée le soir dernier agit à contre-tempo pour lui faire perdre la tête. Elle hallucine. Voilà l’explication. Mais si tout n’est qu’illusion, pourquoi se taire ? Il n’y a plus rien à cacher, plus rien à museler puisque dans quelques heures, tout disparaîtra.

« Tu as dit tout à l’heure que le restaurant était l’un de mes perchoirs… C’est vrai. Comme le toit, d’ailleurs. »

La voix est douce, bien qu’elle n’ait aucune certitude concernant ce qu’elle est en train de faire. Elle se contente de garder la tête droite, les yeux ancrés sur le soleil levant, plissés pour ne pas être aveuglée ; puisqu’elle sait parfaitement qu’en croisant le regard de Rafaël, l’enchantement – si tant est qu’on puisse utiliser ce terme – s’envolera.

« Ici, c’est le point de fuite. La fin du Bronx, de ses ruelles malfamées et de ses odeurs infectes. Et pour le reste, c’est la fin de l’obscurité. »

Le reste étant elle, l’obscurité celle de ses pensées mais cela, elle ne juge pas utile de le préciser. Un fin sourire au bord des lèvres, l’irlandaise sent au fond d’elle le naturel la rattraper ; elle a besoin d’assouvir sa curiosité, de laisser les questions fleurir entre ses lèvres, quitte à ne pas trouver de réponse au bout du compte, quitte à effrayer et à de nouveau voir la solitude s’installer. De toute manière, les effets de ses dernières nuits d’insomnie finiront bien par la rattraper à un moment donné.

« A défaut d’être un perchoir, cet endroit est un échappatoire, une porte de sortie. Celle de la cage dans laquelle des gens comme toi et moi sont enfermés, parfois. »

Souvent. Constamment. Elle finit par tourner la tête vers lui, prenant le temps d’analyser l’expression de son visage avant de poursuivre ; sans hésitation, cette fois.

« Je me suis trompée. »

Un silence suit cette révélation. Il n’est ni épais, ni dérangeant – il est même plutôt doux, seulement brisé de temps à autre par le piaillement d’un oiseau ou le bruissement des feuilles d’un arbre peu éloigné. Eko a fini par se retourner, mais ce n’est pas Rafaël qu’il dévisage. Il ne croyait pas entendre ce genre de paroles un jour et, incapable de s’immiscer dans les pensées d’Aelya, se retrouve contraint d’attendre que la demoiselle veuille bien retrouver sa voix.

Ce qu’elle fait, main plaquant les mèches rebelles derrière son oreille avant de remonter le pan de sa veste pour se protéger du vent. Elle n’a pas conscience de l’étonnement d’Eko – après tout, tout ceci n’est qu’un rêve, une vaste fumisterie dont elle ne se souviendra plus d’ici quelques tours d’horloge, non ?

« Quand je t’ai vu sur ce toit toute à l’heure, je me suis dit que tu étais bien la dernière personne que je m’attendais à voir là. »

Ses yeux quittent les traits du photographe pour s’inspirer de son environnement – y chercher un peu d’audace, également, elle qui pour une fois en manque.

« Mais en réalité, tu n’as pas besoin que je t’explique ce que représente cet endroit. Tu le sais déjà. »

Ce n’est pas une question, juste une observation. Le bilan de cette fin de nuit passée en sa compagnie, de ces regards s’attardant sur ses contours – des fossettes de son sourire à la curiosité de son regard sombre, en passant par les tics et mouvements qu’il ne remarque plus et qu’elle, observatrice néophyte, n’a pu que noter.

« Je ne sais pas ce que tu fuis, ce n’est pas ce qui importe. » Cette fois, elle hésite. Attrape de sa main droite quelques brins d’herbe qu’elle arrache négligemment, tandis que la gauche vient vérifier que la boîte magique de sa poche est toujours présente, comme une présence qui rassurerait. « Je ne sais pas non plus ce qui me pousse à te montrer tout ça, puisqu’au final, on ne se connaît pas. » Elle sourit, tant à l’idée de se montrer partageuse que pour ce qu’elle s’apprête à ajouter. « Mais au fond, cet endroit ne m’appartient pas. Et si par hasard, il venait à avoir un sens pour toi… Eh bien, j’en serai ravie. »

Son regard capte celui de Rafaël. Pour la première fois depuis longtemps, et même si cet état ne durera pas, elle se sent… Utile. Apaisée. Comme si ces quelques moments passés hors du temps et de son implacable étau lui permettaient de se remémorer l’Aelya d’antan.

Devant eux, le soleil finit par se découvrir complètement, irradiant sur le Bronx une lumière orangée qui donne au quartier un aspect radieux.

Au fond d’elle, Aelya prie pour ne jamais se réveiller.

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MessageLun 26 Fév - 12:20
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Date d'inscription : 23/04/2017Nombre de messages : 158Nombre de RP : 37Âge réel : 26Copyright : .nephilimAvatar daëmon : Coati à Nez Blanc
Rafael GarcíasNothing will be the same...
Aelya Fereden & Rafael Garcías ▬ Delilah & Eko
Stars can't shine without Darkness
Spectateur de la vie, c'était là le rôle que tenait Rafael d'aussi loin qu'il s'en souvenait. Sa mémoire débutait bien souvent avec ces après-midi passés sur le balcon à se fasciner sur la vie grouillante en contre-bas. Et il avait continué à chaque étape de sa vie, plus à l’aise au rang d'observateurs que d'acteur même si il avait appris à transmettre ses regards par le biais de son appareil et de ses articles. Alors notre homme faisait encore ce matin ce qu'il avait toujours fait: il observait, tout d'abord ce pour quoi on l'avait fait courir avant de se convaincre que le véritable intérêt se passait quelque par à sa droite. Un peu plus haut au-dessus de lui Aelya semblait elle aussi s'éveiller, s'éclairer à ce nouveau jour d'une façon que Rafael n'avait pas encore eu l'occasion de voir. Alors il l'observait, souriant doucement à ce spectacle rassurant et émouvant qui lui faisait oublier ses vertiges et ce souffle encore un peu court. La demoiselle finit par le rejoindre au sol, lui faisant assimiler que peut-être son regard se faisait insistant mais il peinait à égarer sa fascination.

▬ " J’aimerais que mes yeux puissent prendre des photos... " La réflexion attira un soupçon d'amusement sur le visage de Rafael qui se risqua à jeter un coup d’œil vers le panorama qui avait tant d'effet sur la jeune femme. Une réponse affleura aux lèvres de notre homme qui pourtant ne la prononça pas car il avait la sensation qu'il briserait un état délicat à cet instant. Alors il se contenta de sourire et de revenir vers la demoiselle lorsque celle-ci reprit la parole. " Tu as dit tout à l’heure que le restaurant était l’un de mes perchoirs… C’est vrai. Comme le toit, d’ailleurs. Ici, c’est le point de fuite. La fin du Bronx, de ses ruelles malfamées et de ses odeurs infectes. Et pour le reste, c’est la fin de l’obscurité. A défaut d’être un perchoir, cet endroit est un échappatoire, une porte de sortie. Celle de la cage dans laquelle des gens comme toi et moi sont enfermés, parfois. " Rafael écoutait, observait, abandonnant l'idée d'une intervention qui perturberait l'inspiration de la jeune femme même si une interrogation se plaçait dans son esprit à l'évocation de cette porte à peine emprunté. " Je me suis trompée " Sa question s'effaça lorsque son visage se dévoila entièrement pour prononcer ces mots. Mots qui poussèrent une autre interrogation, une autre réflexion qui cherchait à déterminer la nature de l'erreur dans ce qu'elle évoquait. Sa recherche silencieuse se lisait peut-être sur son visage mais finalement il n'eut qu'à attendre pour voir apparaître une réponse. " Quand je t’ai vu sur ce toit toute à l’heure, je me suis dit que tu étais bien la dernière personne que je m’attendais à voir là. " Un brin de compréhension se glissa sur ses traits alors qu'Aelya s'en retournait à une autre observation. " Mais en réalité, tu n’as pas besoin que je t’explique ce que représente cet endroit. Tu le sais déjà. " Doucement, un fin sourire reprend une place sur ses lèvres.

▬ " Je vois ce que je connais, peut-être que je me trompe. " La crainte de rompre l'instant a vacillé au profit de ces quelques mots. Il est vrai que le décor était différent mais l'observateur reconnaissait le schéma, un plan qu'il n'avait pas forcément traversé mais qu'il avait croisé dans d'autres cœurs.

▬ " Je ne sais pas ce que tu fuis, ce n’est pas ce qui importe. Je ne sais pas non plus ce qui me pousse à te montrer tout ça, puisqu’au final, on ne se connaît pas. Mais au fond, cet endroit ne m’appartient pas. Et si par hasard, il venait à avoir un sens pour toi… Eh bien, j’en serai ravie. "Un peu égaré à l'évocation de ses propres maux, Rafael se raccroche au regard qui vient cueillir le sien et à qui il peut dessiner un nouveau sourire.

▬ " Je crois que je vais surtout m'en souvenir comme le lieu où j'ai pu rencontrer ton "amie proche". " Le sourire fut plus délicat, précautionneux avec ce fait à manipuler avec délicatesse. Mais il aurait peiné à dissimuler cela, car notre homme était en effet ravie de rencontrer cette autre Aelya, celle qui souriait aux couleurs chatoyantes et voyait un peu de blanc au milieu du monde sombre de l'autre jeune femme. C'était elle finalement qu'il avait pris en photo, il n'avait aucune idée de la réussite de cette tentative, elle ne se révélerait qu'au développement de la pellicule mais le fait est qu'il se souviendrait de cette apparition qui le fascinait encore. " Elle est plutôt du genre attachante, j'espère que tu pourras la retrouver. " Un brin d'amusement se mêle à la sérénité des traits qui se remettent de l'épreuve physique endurée. Avant que le vent ne se mêle de son observation pour venir chasser une mèche sombre de la demoiselle entre eux et en dompteur de brise Rafael vint replacer ces cheveux derrière l'oreille de leur propriétaire. Répondant à un étrange réflexe dont il ne percevait pas vraiment les raisons mais qui fit relever le museau de Delilah qui avait fini par se blottir contre lui à sa gauche. Doucement, il s'arracha à son observation pour regarder la fin de cette aurore qui s’enchaînait avec le lancement de la course du soleil dans cette journée. " Que fait la Aelya du jour lorsque celle de nuit s'est baladée sur ses perchoirs ? " Il devait être environ six heure, pour beaucoup le début d'une nouvelle journée de travail. Rafael avait l'avantage d'être un vagabond de l'information, on ne l'attendait pas à des heures fixes à son bureau, seul son mail contenant son article était réclamé ainsi que sa présence à quelques réunions. C'était bien heureux lorsque l'on ne savait plus dormir mais cela n'était pas donné à tout le monde aussi il s'interrogeait un peu sur les activités de la demoiselle qu'il n'était pas certain de pouvoir deviner. Et puis il y avait aussi le fait qu'il n'était pas certain de pouvoir se remettre décemment sur ses pieds, ses genoux allaient rester encore un peu ancrés dans le sol.

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