On n’écrit pas de poème pour une vie qui en est un.

 
  
MessageMer 18 Oct - 13:35
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Date d'inscription : 19/06/2013Nombre de messages : 1083Nombre de RP : 296Âge réel : 26Copyright : Air (av & sign)Avatar daëmon :
Abigail Lloyd
A storm
with skin

Merkeley.
Mai 2016

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L’odeur des madeleines emplit la cuisine et déborde par la fenêtre entrouverte de la terrasse. Midi s’approche au rythme de la cuisson lente et délicieuse du premier essai culinaire de Hope, qui, fatiguée de ses exploits en madeleines, est allée se reposer dans le jardin. Il faut savoir que ma fille a, comme son père, une conception bien particulière du repos. Portrait craché de Nicolaë niveau caractère, se reposer veut dire aller faire une dizaine d’allers-retours entre les plants de fleurs le long du mur extérieur de la maison et l’autre bout du jardin, pour aller donner des fleurs « pour le lapin ». Il y a quelques semaines de ça, un lapin, qu’on suppose sauvage ou abandonné, avait eu l’audace de venir sur la terrasse et filer sous le nez de Hope et de Bou. Leçon n°1 : on ne file pas sous le nez de Hope ou de Bou. Depuis, elle n’a eu de cesse de vouloir l’amadouer avec tous ses restes de nourriture, quitte à faire semblant de ne plus avoir faim –ce qui lui a valu des remontrances de la part de son père et d’Ego. Ses deux papas poules.

Je ne peux pas les retarder d’avantage. J’ai promis à Hope de garder le secret en échange d’un peu de pâte à tartiner dans sa madeleine. Une fois le four éteint, je remonte jusqu’à la chambre terminer de me vêtir correctement, oubliant l’habituel jean et T-shirt blanc pour quelque chose de plus seyant. Quelque chose qui irait bien avec le foulard présent seulement pour cacher la raréfaction de la longueur de mes cheveux. Je n’ai jamais aimé les foulards. Moins encore ceux qui ne sont que l’artifice beauté d’une chimiothérapie balbutiante aux effets dissipés. Ni moi ni Nico ne perdons espoir, mais chaque échec est une épreuve de plus à surmonter. Tout en ayant les épaules suffisamment solides pour ne rien laisser paraître à Hope. Depuis le départ, on s’est juré de ne rien lui cacher. Lui mentir serait nous mentir. La vie et la mort sont des notions trop abstraites pour une petite fille de deux ans, mais elle sait que sa maman ne restera peut-être plus très longtemps, mais que son papa l’aime fort et qu’il sera toujours là pour elle.

Mes doigts se serrent autour de la soie aux variétés de bleus intenses, avant de nouer en turban autour de ma tête, à peine par-dessus les oreilles. Il n’est pas si laid que ça, et se marie même plutôt bien avec la petite robe ciel commandée sur internet en secret. Maggie l’a vue aussi, et de même, il m’a fallu acheter son silence en framboises et en portions de kiwi. Vêtue et ayant enfilé une paire de tennis, je redescends et pousse lentement la porte coulissante de la terrasse pour ne pas trop déranger Hope dans ses appels au lapin, accompagnée de Bou sous sa forme préférée de caneton. Aussi déplumé que je suis dégarnie. Mais au moins, le foulard n’en laisse rien paraître. Je croise le regard étonné de Nicolaë, accroupi malgré lui à coté de sa fille pour chercher « lapinou ».

- Il fait suffisamment chaud pour aller manger une glace dehors, non ?

Je place ma main entre le soleil et mes yeux, pour mieux le voir.

- Je sais pour les madeleines. Air faussement coupable.
- Glaces ??

Hope a abandonné son poste d’observation et revient vers nous l’air de rien, une feuille de salade à la main, avec Bou qui suit tant bien que mal, dandinant. Je fais les yeux doux à Nicolae : il ne pourra pas résister bien longtemps à la coalition mère/fille (s’ajoutant les daëmons, même si Ego reste silencieux à ce propos, trop peu intéressé par une histoire de glace). Je sors de ma poche trois places pour le parc d’attractions pour achever mon plan diabolique. Malheureusement pour lui je sors peu, dernièrement, et internet est mon nouveau terrain de chasse. L’idée d’emmener Hope voir les manèges m’avait d’abord traversé l’esprit comme étant mauvaise, puis j’ai imaginé son rire dans les petites voitures volantes et ses yeux pétillants devant les barbes à papa. J’ai craqué. Ego a bronché, mais il est trop heureux de cette sortie hors de la maison pour s’en plaindre. Qu’importe l’odeur des churros, les cris des enfants, le brouhaha général, le sourire de Hope, les piaillements de Maggie et la présence de Nicolae nous suffisent.

- Mama, on va manger les glaces ?

Elle se retourne immédiatement vers son père.

- Papa, 'va manger les glaces ?
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