Ange Gardien - Nathan/Estelle

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Jeu 19 Oct - 8:57

Ange Gardien

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Merkeley
10 Janvier 2016

------

Assis à même le sol, je regarde sans voir les gens marcher devant moi. Le bruit des moteurs, des pas, des voix atteignent mes oreilles mais ne rejoignent plus mon cerveau. Mon regard est éteint. On passe devant moi sans un regard à mon encontre. Un homme, occupé à regarder son portable, trébuche sur ma canne. Il manque de tomber, il s’excuse, par réflexe. Ses yeux se lèvent vers mon visage, nos regards se croisent. Je lis la surprise, dans ses yeux. La surprise, puis la gêne, alors qu’il détourne la tête, qu’il accélère le pas jusqu’à se fondre dans la foule. Il est probablement 17 h. Voire 18. Le soleil s’est brisé comme un œuf à l’horizon : son jaune a depuis longtemps disparu alors que ses rayons blancs emplissent le ciel de nuages laiteux. Je devrais peut-être me lever, faire quelques pas de danse. Espérer davantage de générosité. Je devrais bouger, me trouver un coin plus chaud où passer la nuit. Freyja est contre moi. Depuis des heures, j’ai l’impression qu’elle me parle mais que ces mots, eux aussi, ne me touchent plus comme autrefois. Je ne me sens pas tellement présent. La faim me creuse le ventre. L’épuisement tire mes membres. La douleur ne me lâche plus. La lassitude me gagne, de plus en plus. Freyja finit par me pincer de son bec.

Nathan… Lève-toi…

Je soupire. Dans un terrible effort, je déplie mes bras raidis par le froid. Je récupère ma canne, sur laquelle je m’appuie pour me relever. Mon autre main doit, pour une fois, s’appuyer contre le mur pour que j’arrive à me redresser. Je grimace quand je pose ma jambe glacée sur le sol. Je me sens complètement ankylosé. De gros nuages blancs s’arrachent de mes lèvres, comme des fragments de mon âme, finissant d’approfondir les gerçures déjà présentes sur mes lèvres. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. J’étais plein de vie. Plein de rage. J’avais cette force, cette force moins présente mais toujours existante, qui pousse mon corps à s’avancer. Malgré ma faiblesse. Je grimace. Je fais péniblement un pas, deux. Je porte une grosse veste, dans laquelle je nage complètement. J’ai protégé mes mains d’une paire de gants en laine, insuffisante. Un bonnet est vissé sur mon crâne, une écharpe protège le bas de mon visage. Mes yeux émergent de ces couches de vêtement, un regard qui reste acéré, froid, dur, un regard bien trop mature pour le visage enfantin que je dissimule tant bien que mal. Pourtant, je devrais peut-être jouer là-dessus, pour avoir un peu plus d’argent. Et puis quoi ? On va encore refuser de me donner. Je connais les excuses. Mes parents m’ont imposé ça, ou encore, j’suis un drogué qu’on a balancé hors de chez lui. Ma canne ? Les gens pensent que ça sert à faire pitié, ou pire, qu’on me l’a infligé pour inviter à davantage de générosité. Tu parles. Ils veulent pas cautionner ça, hein ? Ils veulent pas. En attendant, moi, j’crève de froid. De faim.

J’aurais pas dû fuguer. Mais aurais-je tenu, là-bas ? J’en sais rien. Je ne crois pas. Je serais mort quoi qu’il en soit. Cette idée m’arrache un sanglot silencieux, sec. Aucune larme ne perle à mes yeux rougis par le froid et la fatigue. Freyja ne me lâche pas. Elle se pose sur mon épaule, produit de petits sons, me berce comme elle peut de ses pensées affectueuses, pleines d’amour. Et si j’appelais ce fameux numéro d’urgence ? Ou si je marchais jusqu’au centre d’aide ? Ouais. C’est une bonne idée. Mais après une heure de marche dans le froid, je n’en ai plus l’énergie. Je retombe lourdement sur les fesses près d’une bouche de métro, pour profiter de l’air chaud qui s’en échappe. Je n’ai qu’un sac qui ne quitte pas mon épaule. Je m’appuie dos au mur et je lève les yeux vers le ciel, à présent bien plus sombre. Je souris faiblement à la vue des nuages blancs qui s’échappent à chacune de mes respirations. Mes mains se sont instinctivement agrippées à la jambe qui me fait mal, la canne posée à côté de moi.

Je suis un sans-domicile fixe. Je l’ai toujours été, mais cette fois, j’ai même pas la chance d’avoir un toit pour me protéger des intempéries. Mon corps maigre perd progressivement les forces que j’ai toujours luttées pour avoir. Jusqu’à présent, j’ai dansé pour me faire de l’argent, mais ce soir, je n’en ai pas la force. J’ai sommeil.

Nathan, ne ferme pas les yeux. Nathan, bouge, s’il-te-plaît !

Freyja m’arrache de la somnolence. Elle lutte, elle aussi, avec toute l’énergie qu’elle a. Elle grimpe sur moi, ses serres effleurent doucement l’une de mes mains alors qu’elle s’hisse sur ma cuisse. Son poids pèse sur mes muscles endoloris, m’arrache un gémissement et pourtant, sa chaleur me fait du bien.

Ouvre ta veste…

J’obéis, mes doigts sont gourds, maladroits. Elle se rapproche, jusqu’à se coller à moi, jusqu’à ouvrir ses ailes pour essayer de recouvrir mon torse du mieux qu’elle peut. Je referme la veste, la serre contre moi pour récupérer un peu de chaleur. Jusqu’à présent, j’ai dansé pour avoir quelques pièces. J’ai tendu la main, j’ai écris des mots sur de grands cartons, j’ai tout fait pour faire rire des enfants, pour que leur bonté emporte sur la méfiance des adultes. Pour que leur grand cœur rattrape leur égoïsme. C’est dégueulasse de ma part, mais j’ai pas le choix. De nouveau, je lève faiblement l’une de mes mains, comme pour voir s’il pleut, comme pour sentir une goutte, une pièce, tomber dans ma paume. Mes yeux se détachent du ciel, regardent autour de moi. Non plus sans rien voir, mais, au contraire, en en voyant trop. Le kebab ouvert dans un coin, le couple heureux à la terrasse d’un restaurant, cette femme avec une tasse de café dans la main.

Je vois les autres. Mais personne ne me voit.

L’ignorance me fait du mal. L’inexistence m’écrase. J’ai beau avoir l’habitude qu’on détourne la tête face à moi, c’est pire que jamais.

La douleur n’est plus seulement physique. Le désespoir me gagne. Freyja tremble, contre moi.

Nathan…

Elle pleure. Contre moi. Elle pleure, je le sens. Est-ce qu’une chouette peut pleurer ? Ou est-ce que c’est moi, qui pleure ? Je ne sais pas. Mon visage est tordu par la douleur, mes yeux me font souffrir à cause du vent froid qui finit de glacer ma main. Une silhouette passe à quelques pas de moi et un murmure m’échappe.

« S’il vous plaît… »

Ca fait combien de temps que je suis dans la rue ? Je dirais… une petite semaine, à peu près. Les premiers jours, j’avais emporté assez d’argent pour subvenir à mes propres besoins. Bien que j’ai dû dormir dans la rue. J’ai attrapé la crève, d’ailleurs. Je devrais demander de l’argent. Ou bien où se trouve ce fameux centre d’accueil pour les sans-abris. Oui, pour l’instant, c’est le choix qui semble le plus raisonnable.

« Est-ce que… est-ce que vous savez où se trouve le refuge ? »


Je ne veux pas dormir une fois de plus dans la rue. Je n’ai pas envie de rentrer chez « moi », dans cette maison qui n’est pas la mienne. Je ne veux pas vivre ici, je ne veux pas foutre ma vie en l’air. Je peux travailler, je peux faire des choses. Tous mes espoirs se portent finalement sur ce refuge. Sur cette personne que j’ai accostée. Sans savoir si elle va m’aider ou continuer sa route, comme beaucoup ont fait jusqu’à présent.



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Sam 4 Nov - 15:02
Un vent glacial s’était abattu sur la ville à la disparition des derniers rayons de soleil, rappelant aux passants que l’hiver était bel et bien installé. Pourtant, les citoyens étaient nombreux à braver le froid à cette heure-là, refusant de se laisser intimider par la température. Ils affluaient sur les avenues, se préparaient au repas du soir avec quelques courses de dernière minute. Pourtant, malgré cette agitation, les rues paraissaient terriblement ternes aux yeux d’Estelle. Les lumières chatoyantes des fêtes de fin d’année avaient disparu, laissant les lampadaires illuminer seuls la ville gelée. Même la lueur enthousiaste qui éclairait les visages des citoyens s’était éteinte dès les premiers jours de janvier, remplacée par une froide nostalgie. Lentement, Merkeley s’était endormie sous les chutes de neige des jours précédents et il y avait dans cette hibernation quelque chose de profondément déprimant.

Estelle poussa la porte d’un petit café, aussitôt accueillie par une agréable vague de chaleur. Elle desserra son écharpe et Cassiel s’en extirpa, boule de plumes bleues ébouriffées fuyant les températures hivernales.

– Je ne me souviens pas t’avoir déjà vu aussi négligé, lui fit remarquer sa daemonienne avec un sourire moqueur.

L’oiseau maugréa une réponse inaudible, se campa solidement sur l’épaule de sa douce moitié et entreprit de lisser son plumage malmené.

Estelle commanda un thé qui, elle l’espérait, pourrait la réchauffer durant la longue marche qui la séparait de chez elle. Elle aurait pu prendre sa voiture pour se rendre au travail, cette journée-là, mais le besoin d’une bonne bouffée d’air frais avait supplanté celui du confort. Elle ne sortait pas beaucoup, ces derniers temps, et cette pensée lui arracha un sourire empli d’ironie. Elle avait longtemps reproché à Byron sa manie de travailler sans arrêt. Maintenant, c’était elle qui ne comptait plus ses heures et son cousin qui s’inquiétait pour sa santé.

Elle paya et ressortit dans la rue, non sans avoir laissé à Cassiel le temps de se blottir de nouveau contre son cou. Ses pas crissèrent sur la fine couche de neige qui recouvrait le trottoir. Devant elle, son souffle se mêlait aux volutes qui s’échappaient de son thé brûlant, tourbillonnant au-dessus de sa tête avant de se perdre dans le ciel sombre. Elle replaça son bonnet, remonta le col de son manteau et reprit sa marche en direction de son quartier.

Au coin de la rue gisait un jeune homme. Estelle l’aperçut immédiatement, son regard acéré ne ratait que rarement ce genre de détail. Pourtant, elle n’y prêta que peu d’attention, tout comme les autres passants qui le contournaient sans s’attarder. Il était assis à même le sol, masse informe de vêtements superposés. Un sans-abri parmi tant d’autres, désespérément invisible, qui tendait la main vers les gens pressés. Il semblait figé dans le temps, immobile au milieu d’une foule grouillante qui ne lui prêtait aucune attention. Les gens s’éloignaient sans le voir. Estelle elle-même l’oublia presque en arrivant à sa hauteur. Une fraction de seconde plus tard et elle aurait elle aussi passé son chemin, absorbée par ses propres préoccupations, sur son emploi, sur la montagne de courriels qui l’attendait chez elle, sur sa sœur Alicia, dont elle n’avait aucune nouvelle depuis des mois, sur l’enquête dont ses anciens collègues du Conseil et elle-même faisaient l’objet et sur tant d’autres choses encore qui lui emplissaient le crâne. Mais le destin frappa telle une masse, à la seconde où le jeune homme l’aborda d’un « S’il vous plaît » fatigué.

Estelle tourna la tête et son regard se posa pour la seconde fois sur l’itinérant. C’est alors qu’elle le vit réellement. Un jeune homme, un daemon-chouette émergeant des nombreux manteaux empilés sur son corps tremblant. À vue de nez, il devait avoir l’âge de Jenny, la plus jeune sœur d’Estelle. C’était un gamin. Un gamin qui lui demandait de l’aide, à elle, comme à n’importe quel humain qui passait par là. Prise au dépourvu, Estelle s’arrêta. Pourquoi? Peut-être était-ce cette pensée pour Jenny. Peut-être était-ce la canne qui reposait aux côtés du jeune homme. Peut-être était-ce tout simplement ce regard qu’il arborait, beaucoup trop dur son âge. Il y avait des milliers de raisons possibles, mais aucune ne semblait expliquer à elle seule ce qui incita Estelle à s’attarder au coin de la rue. Une chose était cependant certaine : la vue du garçon la déstabilisa plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer.

– Est-ce que… est-ce que vous savez où se trouve le refuge ?

Elle serra les lèvres, leva les yeux, regarda à gauche et à droite. Les gens les contournaient sans les voir, comme si elle aussi s’était figée dans le temps au moment où elle s’était arrêtée. Elle connaissait bien la ville, pourtant elle n’avait jamais entendu parler d’un tel refuge. Son cerveau se mis en marche, ratissant dans succès ses nombreux souvenirs. Elle secoua la tête en reportant son attention sur le jeune homme.

– Je… je ne sais pas, murmura-t-elle, penaude.

Elle hésita. Beaucoup seraient partis ensuite, laissant le jeune homme se débrouiller par lui-même. Mais elle ne pouvait pas faire ça. Sa conscience malmenée ne lui permettait pas de le laisser seul sur ce trottoir gelé. Alors elle s’accroupit face à lui, son thé toujours en main, et lui servit un petit sourire.

– Mais je peux t’aider à le chercher, si tu veux bien.

Elle baissa les yeux sur la canne qui reposait aux côtés du garçon. Réel problème ou ingénieux stratagème pour amadouer les passants? Elle n’aurait su le dire, mais cela lui importait peu, au final. Elle désigna l’objet du menton.

– Tu peux marcher? Il y a un café non loin d’ici, ce sera plus confortable pour discuter.
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Mar 21 Nov - 20:07

Ange Gardien


Elle s’arrête. Elle s’est immobilisée à un petit mètre de moi. Je sens son regard sur moi. La honte me serre le cœur, malgré moi. J’aurais souhaité lui montrer un bien meilleur visage. Cette dame est bien vêtue. Son bonnet comme son écharpe ont l’air très doux. Cette idée pousse ma main libre à se glisser dans le doux plumage de Freyja, dont les yeux mi-clos s’ouvrent finalement plus franchement. Je sens sa tête tourner pour observer avec espoir la jeune femme de ses grands yeux noirs. Instinctivement, je pousse sa tête ronde pour mieux la cacher sous mon manteau, bien vainement. Un réflexe stupide, maintenant que je vis dans une ville emplie de daemons. Elle regarde à gauche, à droite. Peut-être croit-elle que je m’adresse à quelqu’un d’autre ? Malheureusement, elle est bien la seule qui ait daigné s’arrêter dans sa course. Un petit sourire amusé éclaire finalement mon visage dont les traits sont tirés par le froid et la fatigue. Le sourire d’un gosse qui s’amuse d’un rien. Ça m’arrive encore. Comme quand j’écoute de la musique, qu’on me fait une blague, qu’on me chatouille. Des choses qui ne sont pas arrivées depuis… longtemps, à dire vrai. Mon maigre sourire s’affaiblit encore, mes yeux se font rêveurs, ailleurs, un instant. Jusqu’à ce que Freyja presse l’une de ses serres contre mon vêtement et me rappelle à la réalité. J’ai faim, froid, sommeil. Tout ça a tendance à me faire somnoler.

Elle me répond. Entendre une voix qui s’adresse à moi me procure comme un petit électrochoc. Je sens mon cœur qui tressaute, je sens Freyja qui bouge, je repose une main sur le sol. Mon corps est déjà prêt à se mettre en marche, avant même que mon esprit ne m’avertit que sa réponse… Ne m’aide pas, en réalité. Mon cerveau cherche alors à rendormir mon corps, pour préserver l’énergie qu’il me reste. Mais je secoue légèrement la tête, je me force à rester conscient et présent. Maintenant qu’on fait enfin attention à moi, je ne veux pas m’écrouler. Elle s’accroupit face à moi. Elle voit probablement mieux mon visage entre les écharpes que j’ai récoltées. J’ai les lèvres bleuies, gercées, j’ai grignoté les peaux sèches qui s’en décollaient, quitte à m’en faire saigner. Mes yeux sont cernés, mes joues sont creuses, mon regard reste déterminé, bien que mes paupières luttent pour ne pas se fermer. Malgré moi, je jette un regard à ce thé si chaud qu’elle garde dans ses mains, à la vapeur qui s’en dégage. J’ai envie de le lui prendre, de me le renverser dessus, que ce chaud chasse ce froid étourdissant, ce gel qui grimpe en moi et me paralyse comme un serpent.
Elle propose alors de m’aider. C’est si inespéré que mon souffle se coupe. J’ai envie de la remercier. Je crois que j’ai envie de pleurer. Mes yeux sont déjà rougis de toute façon alors que, pudique, je détourne finalement mes yeux des siens. Bien que savoir qu’elle me regarde, qu’elle m’ait remarqué, me fasse un bien fou.

« Oui, je peux. J’suis pas handicapé. »

Elle découvrira bien assez vite qu’il s’agit de la réponse que je donne automatiquement quand on me fait une remarque sur ma jambe et mes capacités. Ma main se referme sur ma canne, l’autre tient un instant Freyja contre moi. Elle s’agrippe de ses serres, de son bec. Quand je la sens enfin sécurisée, je la relâche et appuie ma main sur le sol. Je plie ma jambe valide, je m’adosse au mur, me presse contre lui pour réussir à m’hisser. Je fais attention à placer ma canne de sorte à ce qu’elle ne glisse pas sur le sol, pendant que ma main s’accroche au mur. Je retiens mon souffle, tout mon corps est atrocement endolori. D’ailleurs, quand j’appuie légèrement ma jambe déformée au sol, un gémissement de douleur et d’effort s’arrache de mes lèvres. Cette plainte s’est arrachée de ma cage thoracique en un son rauque, un son sincère, trop animal pour qu’il soit volontaire. Mon visage s’est tordu d’une grimace, ma main plante mes ongles dans le mur alors que je contracte mon poing sur ma canne. Je me force à faire un pas en avant, atrocement maladroit et cette fois, mon handicap est clairement trahi par ma démarche particulière.

Rapidement, j’enchaine un pas, puis encore un, pour me réchauffer. La douleur est déjà moins tenace, présente mais bien plus supportable, bien que je sens mes abdominaux contractés, retenant tout autre son de souffrance que je pourrais laisser échapper. Mon cœur est complètement affolé, il tape dans mes oreilles, j’ai des fourmis dans tous les membres et quelques points noirs devant les yeux. Mon autre main ne quitte pas le mur, pour me sécuriser.

« Discuter de quoi ? »

Je grogne, malgré moi, sous la méfiance et l’inquiétude. Après ce qu’il s’est passé à l’orphelinat, je suis bien plus méfiant qu’avant.

« Je n’ai pas de quoi payer… une tasse d’eau chaude, là bas. »

Ce n’est pas pour lui faire pitié que je dis ça. C’est une simple constatation, frustrée et déçue. Pourtant, j’ai envie d’y aller. J’ai envie d’aller à ce café, de m’y asseoir, de me réchauffer. J’en ai besoin. Ça devient urgent.

Alors Freyja affronte sa timidité. Alors que je suis toujours celui qui parle pour nous deux, voilà qu’elle s’agite, qu’elle se dégage de mon manteau, elle s’envole, se pose à côté de la dame qu’elle contemple de ses grands yeux noirs.

_ Bonjour, Madame. Je m’appelle Freyja. Je vous remercie de nous aider. Nathan est simplement fatigué, ne faîtes pas attention à sa mauvaise humeur. Pourriez-vous nous conduire à ce café ? Un peu de chaleur nous ferait beaucoup de bien.

Elle ne parle jamais. Pourtant, là, elle a enchaîné les phrases. Elle tremble, elle aussi. Pas de froid, mais de peur, intimidée par cette adulte que nous ne connaissons pas. Elle a réuni tout son courage pour moi. Pour me trouver un abri, au plus vite, un endroit où je pourrais au moins reprendre quelques forces. Elle a fait preuve de toute la politesse dont elle était capable et sa voix très douce m’a apaisé, assez pour que j’essuie rapidement la larme qui m’a échappé. J’ai tellement mal, la douleur monte le long de ma hanche, résonne dans mon dos.

_ Il aurait besoin de boire quelque chose de chaud…, ajoute ma chouette, presque sur le ton du murmure. Elle détourne légèrement la tête, elle-même gênée de faire une telle demande, avant de sautiller dans la neige pour m’accompagner alors que je marche, mais elle reste entre cette Dame et moi. Elle ne la quitte pas de ses grands yeux noirs, emplis d’espoir et d’une supplication qu’elle souhaite pourtant lui épargner…



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Mar 9 Oct - 4:45
Le garçon avait le regard éteint d’une personne qui en a vécu beaucoup trop. Pourtant, dès qu’Estelle lui adressa la parole, elle sentit une lueur se ranimer en lui et un sourire étirer son visage gelé. La blonde n’avait pas la prétention de comprendre ce qu’il ressentait : elle n’avait jamais vécu dans la misère ni n’avait passé une nuit à la belle étoile sans savoir qu’un toit l’attendait quelque part. Elle pouvait néanmoins comprendre le bonheur de redevenir visible après avoir vécu l’ignorance et le désintérêt d’autrui. Les gens ne voyaient pas les sans-abri. Estelle elle-même n’aurait sans doute jamais remarqué ce pauvre garçon s’il ne l’avait pas interpellée, et ce même si elle avait la capacité de tout percevoir autour d’elle. Elle eut un peu honte à cette pensée.

Estelle tendit volontiers la main au jeune homme, par gentillesse et compassion, mais aussi par conviction qu’aider quelqu’un qui en avait désespérément besoin l’aiderait elle-même à faire la paix avec les erreurs qu’elle avait commises par le passé. C’était devenu un réflexe presque maladif : faire le bien pour oublier tout le mal dont elle s’était involontairement rendue responsable. Elle l’avait fait pour Lou, elle le faisait tous les jours dans son travail avec Ryan – du moins le croyait-elle – et elle le faisait ce soir pour ce pauvre garçon livré à lui-même sur un trottoir gelé. Elle l’ignorait encore, mais ce sauvetage qu’elle s’apprêtait à faire serait sans aucun doute le plus réussi de toute sa maigre carrière.

Le garçon ne semblait pas fermé à l’idée de la suivre, mais se renfrogna néanmoins sitôt le premier contact établi. Estelle devina qu’elle l’avait vexé en lui parlant de sa jambe mal en point et battit aussitôt en retraite pour ne pas le blesser davantage. Il s’agissait visiblement d’un sujet trop sensible.

– Non, bien sûr. Pardonne-moi, je ne voulais pas t’insulter.

D’une main, elle prit appui sur son genou et se redressa. Devant elle, le jeune homme peinait à faire de même. Ses mouvements étaient lents, raidis par le froid et la douleur, et Estelle s’efforça de ne pas laisser transparaître le trouble qui la rongeait en le voyant souffrir ainsi. Elle ne fit rien pour l’aider, se contenta d’attendre patiemment qu’il soit sur pied. Il aurait sans doute refusé son assistance de toute façon, par orgueil et par conviction de ne pouvoir compter que sur lui-même. Il était sur la défensive, la blonde le sentait dans chacun de ses mouvements et dans son ton mordant. Elle ne pouvait le lui reprocher ; après tout, elle était une étrangère, et lui un jeune homme qui avait visiblement beaucoup trop souffert pour faire confiance aussi spontanément. Estelle demeura donc légèrement en retrait et observa ses premiers pas maladroits sans chercher à intervenir, lui laissant l’espace dont il avait besoin. Dans son écharpe, Cassiel était anormalement silencieux. Il aurait eu de nombreuses occasions d’ajouter son grain de sel, sous la forme d’un commentaire moqueur ou d’une remarque sur la hargne du garçon, mais il eut la présence d’esprit de se taire. L’heure n’était pas aux blagues incisives. Le but était d’aider ce sans-abri et non de le faire fuir.

La question du gamin arracha un sourire à Estelle, qu’elle dissimula dans son foulard durant la fraction de seconde qu’il lui fallut pour retrouver son sérieux. La perspective d’une discussion ne semblait guère l’enchanter. Peut-être la blonde avait-elle mal choisi ses mots.

– De ce refuge dont tu m’as parlé. Je ne sais pas où le trouver, mais j’ai les moyens de le chercher.

Entre son pouvoir de seconde vue et ses nombreux contacts, elle avait en effet tous les outils pour retrouver la trace dudit refuge… si bien sûr un tel endroit existait dans les environs. Elle laissa volontairement sa phrase en suspens, non pas parce qu’elle était avare d’explications, mais bien parce que le jeune homme avait d’autres préoccupations dans l’immédiat et que les capacités d’une parfaite inconnue devaient être le cadet de ses soucis. Elle le voyait bien dans la frustration qui teintait sa voix, au moment où il lui annonça qu’il n’avait pas de quoi se payer une boisson chaude.

Le daemon-chouette du garçon, qui jusqu’ici était demeuré dissimulé sous les vêtements usés de son daemonien, prit son envol et vint se poser aux côtés d’Estelle. Avant que cette dernière ne puisse assurer qu’ils n’avaient pas à se soucier de devoir payer quoi que ce soit, l’effraie prit la parole d’une voix emplie de crainte et de politesse. Elle les présenta tous deux sous les noms de Freyja et Nathan, et s’excusa ensuite pour le comportement bourru de ce dernier. À voir ses tremblements, parler ainsi lui prenait tout son courage, tout comme le fait de lui demander de les inviter au café. Heureuse de voir que l'effraie était, contrairement à son daemonien, beaucoup plus encline à discuter, Estelle lui servit le sourire le plus rassurant dont elle était capable.

– Enchantée Freyja et Nathan, répondit-elle en s’accroupissant de nouveau pour être à la hauteur de la chouette. Je m’appelle Estelle, et voici Cassiel.

Elle étira brièvement son écharpe pour permettre au geai de sortir sa tête et de saluer l’autre daemon comme il se devait.

– Ne vous inquiétez pas, je m’occupe du café, poursuivit-elle en se relevant. Suivez-moi, ne restons pas ici.

Elle commençait à ressentir les effets du froid mordant et imaginait à peine ce que devaient vivre Nathan et sa moitié qui avaient passé les dernières heures sur ce trottoir enneigé. Elle les entraîna donc en direction du café, pressée de retrouver une température plus agréable.

Une douce vague de chaleur accueillait les visiteurs dès leur entrée dans le café, Estelle la sentit l’envelopper dès qu’elle y posa de nouveau les pieds. Elle maintint la porte ouverte afin de permettre à Nathan d’entrer à son tour, puis le précéda à travers les tables vides. Elle s’arrêta devant le comptoir et assura au barista qu’elle ne prenait rien, puisque son thé fumait toujours dans le verre de carton qu’elle tenait entre ses mains. Elle se tourna vers le jeune homme qui l’accompagnait et lui indiqua d’un signe du menton le menu inscrit à la craie sur un tableau d’ardoise au-dessus du comptoir, l’invitant à faire son choix.

– C’est moi qui paye, déclara-t-elle en sentant venir la question du barista, dont le regard sceptique ne lui avait pas échappé.

L’établissement était plutôt calme à cette heure tardive, mais les yeux des quelques clients et employés étaient tous braqués sur eux. Dans ce décor si propre et chaleureux, Nathan n’était plus du tout invisible, désormais. L’ironie de la situation arracha un soupir à Estelle.



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« À une époque où règne la confusion, où coule le sang, où on ordonne le désordre, où l'arbitraire prend force de loi, où l'humanité déshumanise, ne dites jamais : "c'est naturel", afin que rien ne passe pour immuable. »
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Jeu 8 Nov - 8:37

Ange Gardien


Quand la jeune femme se met à la hauteur de Freyja, ma daemonne a le réflexe de rentrer légèrement sa tête ronde dans son pelage épais. Néanmoins, ses doux yeux sombres ne quittent pas les prunelles de l’humaine, pendant que je prends quelques secondes pour la dévisager. Plutôt bien vêtue, un sourire chaleureux aux lèvres. Des pommettes hautes, des lèvres bien dessinées, un regard assez expressif – à moins que ce ne soit simplement pour me mettre en confiance ? De longs cheveux blonds, bien entretenus, un foulard précieusement resserré autour de son cou… où émerge la jolie tête d’un oiseau bien plus petit que Freyja. Je ne connais pas cette race – il faut dire que contrairement à beaucoup de daemoniens, je n’ai jamais été tellement passionné par les nombreux aspects que pouvait prendre Freyja et que je n’avais pas d’espoirs particuliers sur ce qu’elle deviendrait. Beaucoup craignent que leur compagnon ne se transforme en un animal aquatique…  Pas moi. Au pire, j’aurais dû vivre au bord de l’eau. J’aurais pu me nourrir de poissons, de coquillages… Avoir une jolie maison au bord de la plage. Je soupire légèrement et je remonte une main dans mes cheveux courts. Il m’est difficile de me concentrer sur ce que dit la dénommée Estelle. Au moins, elle est comme nous et cela m’aide à lui accorder un peu de ma confiance. Freyja, aussi, se détend, je le sens tout du moins.

_ Nous vous suivons. Je vous remercie encore, répond Freyja en tournant sa tête ronde sur le côté, en un angle impossible chez un être humain mais qui, pour elle, est un signe de salutation comme un autre. Alors qu’Estelle s’éloigne, Freyja préfère sautiller près de moi. Il est presque risible de la voir faire alors qu’en réalité, elle est simplement inquiète… Ses pensées se mêlent aux miennes mais au lieu d’y trouver du réconfort ou de l’encouragement, elles sont comme un poids pour moi, le poids d’une inquiétude que je ne suis pas capable de calmer. D’ailleurs, je lui ferme légèrement mon esprit et Freyja n’insiste pas davantage. Ma daemonne finit par s’envoler et va se poster sur un parcmètre, attendant docilement à ce que j’arrive à sa hauteur, avant d’aller rejoindre un lampadaire voisin. Comme toujours, elle veille sur ma progression, lente et pénible. Mais au moins, j’avance. Je me sens raide comme du bois, au niveau de ma hanche déformée, je sens toute la crispation musculaire, cette crampe intolérable, qui paralyse le haut de ma cuisse, remonte presque jusqu’à mon bas ventre, cette douleur sinueuse qui remonte comme un serpent dans mon dos. Ça se rapproche d’une sciatique, en pire. J’en viens à me dire que je vais demander à cette Estelle et son daemon s’ils n’ont pas un doliprane, n’importe quoi pour calmer la douleur, bien que ce dont j’aurais besoin, ce serait des séances de kiné…

Nous rejoignons enfin l’intérieur du café. Freyja, soulagée, vient se poster sur un tabouret. Elle tourne sa tête vers moi, gonfle les plumes de son thorax alors que j’ai quelques difficultés à passer la marche à l’entrée. Face à Estelle, je me contente de baisser les yeux. Pudiquement. Gêné de ma précédente agressivité, alors qu’elle semble vraiment vouloir m’aider. Je n’ai plus l’habitude de tant de gentillesse… ça fait quelques temps qu’on ne daigne même pas me regarder alors m’aider… Que ce soit le son de ma canne, le raclement de ma jambe, le fait d’être accompagné par une chouette effraie ou de me tenir auprès d’une belle femme, à moins que ce ne soit mon odeur – je ne peux pas  le cacher, ça fait quelques temps que je n’ai pas pu me laver -, tous les regards se sont portés sur nous. Je crois lire des moqueries, du mépris dans ces yeux qui nous épient. Quand mes prunelles enragées croisent ces regards, certains préfèrent se détourner vers Estelle, qu’on dévisage avec un mélange de respect, d’appréciation ou de pauvre pitié – d’autres optent pour franchement m’affronter et, par prudence, je préfère fixer le sol. Je ne suis pas à mon aise… Mais ma priorité, c’est de boire ou de manger quelque chose, n’importe quoi. Alors j’ignore le barista, je préfère lever le nez vers l’ardoise. Je marche jusqu’au tabouret haut alors que Freyja me laisse docilement la place : m’y installer ne m’est pas difficile et soulager ma jambe de mon poids m’arrache un gémissement de soulagement. Comme un vieillard, je frotte ma cuisse d’une main.

« Je vais prendre un chocolat chaud… et un sandwich au poulet s’il vous plaît. »

Elle n’avait dit qu’un café… Mais tant pis. Je profite de son invitation, peut-être bien plus que je ne peux me le permettre. Mais je meurs de faim. Freyja, surprise, n’ose pas me contredire. Elle sait que nous en avons besoin. Sa présence sur le comptoir gêne clairement le barman et la chouette, en réponse, cherche une place à proximité. Car vu notre état respectif, il nous est très difficile de nous séparer de plus de quelques mètres. Je l’invite à venir sur ma cuisse malgré la douleur, je préfère ça qu’elle aille se percher loin de moi. Freyja répond docilement à mon invitation et j’ouvre prudemment ma grande veste, découvrant un pull trop ample pour mon torse maigre. Dès que j’ai ma tasse, mes mains se referment sur la porcelaine de pauvre qualité, pour profiter de la chaleur diffusée par la boisson. Je ferme à demi les yeux, profitant d’une douce sensation de torpeur alors que mon corps se réchauffe progressivement.

« Merci beaucoup. »

Je l’ai murmuré, d’une voix rauque, un peu gênée, en gardant mes yeux fixés sur la tasse. Je remonte une main le long de ma nuque et tourne finalement les yeux vers Estelle et son geai discret.

« Ca fait un moment que je me débrouille tout seul. C’est vraiment sympa de votre part. »


Je fixe un instant mes yeux sur le nez d’Estelle, dont la forme légèrement ronde adoucit le dessin de ses pommettes qui peut donner à son visage une allure austère. A mon avis tout du moins. Je prends une gorgée de chocolat et je sens tout mon être frémir de bonheur alors que le liquide chaud, crémeux, épais et terriblement sucré, me descend le long de l’œsophage, me partage sa chaleur au point où j’ai l’impression que mes entrailles fondent à son contact. Je reprends déjà quelques forces, au moins quelques couleurs le long de mes joues et je reprends une gorgée, bien trop vite, je m’en brûle presque mais je m’en fiche, ça fait tellement de bien. Mes mains tremblent, sous l’émotion qui monte mais aussi, l’impatience de mon corps, celle de se nourrir, de reprendre des forces avant toutes choses. Freyja, d’ailleurs, s’est rapprochée jusqu’à glisser son bec contre mon pull, elle se frotte à mon torse et mon ventre comme un chat tendre. Tactile et maternelle, je finis par la rassurer en plongeant une de mes mains libres dans son plumage épais, je la gratte entre les ailes, là où elle préfère. Elle les ouvre en grand, creuse légèrement le dos, avant de les refermer dans un soupir satisfait. Quand on dépose le sandwich face à nous, je m’occupe d’abord de donner à Freyja un peu de pain, de poulet que je glisse directement dans son bec. Puis je mords avec envie dans le sandwich. Manger nous fait du bien et m’aide à avoir l’esprit bien plus clair… Assez pour réfléchir et me détendre un peu.

« On cherche un refuge pour SDF, normalement… proche d’ici. J’en ai seulement entendu parler, on m’a conseillé de m’y rendre mais… je n’ai pas trouvé le chemin… »

Personne n’a été fichu de me renseigner. Et j’ai peur que ce refuge… Soit fermé. Avec les dernières mesures politiques, je sais que l’on essaye de chasser la misère, pas en proposant des aides, mais en fermant les refuges, en construisant des trucs anti-sans abris dans certains emplacements de la ville, comme par hasard, les quartiers les plus riches… Pitié que ce ne soit pas le cas de cet endroit. Actuellement, c’est le seul espoir qu’il me reste pour survivre cet hiver. Freyja lève les yeux vers moi. On devrait en profiter pour discuter avec Estelle et son daemon, mais pour moi, ce n’est qu’une rencontre éphémère, une personne qui disparaîtra d’ici quelques heures et que je ne verrai plus jamais. La connaître, c’est m’y attacher et j’ai… j’ai tant besoin de compagnie que l’idée même, déjà, qu’elle s’en aille me fait… oui, ça me fait de la peine. Parce qu’elle est gentille, chaleureuse et rayonnante comme un soleil, qu’elle m’a offert son aide. Que je me sens reconnaissant et que j’ai envie… de la remercier à hauteur de ce qu’elle a pu faire, mais que je ne sais pas comment m’y prendre…

« Vous hm… Vous sortiez du travail ? »
Et voilà. Voilà que je me montre social, que je lance la conversation… Il faut croire que je n’avais pas seulement besoin de boire et de manger, mais aussi, de discuter. D’échanger avec quelqu’un, de préférence, quelqu’un qui me répond. Rien que ça, ça change du quotidien que je suis contraint de vivre, en attendant de trouver mieux…




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