Ange Gardien - Nathan/Estelle

 
  
MessageJeu 19 Oct - 8:57
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Nathan McNeilNothing will be the same...

Ange Gardien




Merkeley
10 Janvier 2016

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Assis à même le sol, je regarde sans voir les gens marcher devant moi. Le bruit des moteurs, des pas, des voix atteignent mes oreilles mais ne rejoignent plus mon cerveau. Mon regard est éteint. On passe devant moi sans un regard à mon encontre. Un homme, occupé à regarder son portable, trébuche sur ma canne. Il manque de tomber, il s’excuse, par réflexe. Ses yeux se lèvent vers mon visage, nos regards se croisent. Je lis la surprise, dans ses yeux. La surprise, puis la gêne, alors qu’il détourne la tête, qu’il accélère le pas jusqu’à se fondre dans la foule. Il est probablement 17 h. Voire 18. Le soleil s’est brisé comme un œuf à l’horizon : son jaune a depuis longtemps disparu alors que ses rayons blancs emplissent le ciel de nuages laiteux. Je devrais peut-être me lever, faire quelques pas de danse. Espérer davantage de générosité. Je devrais bouger, me trouver un coin plus chaud où passer la nuit. Freyja est contre moi. Depuis des heures, j’ai l’impression qu’elle me parle mais que ces mots, eux aussi, ne me touchent plus comme autrefois. Je ne me sens pas tellement présent. La faim me creuse le ventre. L’épuisement tire mes membres. La douleur ne me lâche plus. La lassitude me gagne, de plus en plus. Freyja finit par me pincer de son bec.

Nathan… Lève-toi…

Je soupire. Dans un terrible effort, je déplie mes bras raidis par le froid. Je récupère ma canne, sur laquelle je m’appuie pour me relever. Mon autre main doit, pour une fois, s’appuyer contre le mur pour que j’arrive à me redresser. Je grimace quand je pose ma jambe glacée sur le sol. Je me sens complètement ankylosé. De gros nuages blancs s’arrachent de mes lèvres, comme des fragments de mon âme, finissant d’approfondir les gerçures déjà présentes sur mes lèvres. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. J’étais plein de vie. Plein de rage. J’avais cette force, cette force moins présente mais toujours existante, qui pousse mon corps à s’avancer. Malgré ma faiblesse. Je grimace. Je fais péniblement un pas, deux. Je porte une grosse veste, dans laquelle je nage complètement. J’ai protégé mes mains d’une paire de gants en laine, insuffisante. Un bonnet est vissé sur mon crâne, une écharpe protège le bas de mon visage. Mes yeux émergent de ces couches de vêtement, un regard qui reste acéré, froid, dur, un regard bien trop mature pour le visage enfantin que je dissimule tant bien que mal. Pourtant, je devrais peut-être jouer là-dessus, pour avoir un peu plus d’argent. Et puis quoi ? On va encore refuser de me donner. Je connais les excuses. Mes parents m’ont imposé ça, ou encore, j’suis un drogué qu’on a balancé hors de chez lui. Ma canne ? Les gens pensent que ça sert à faire pitié, ou pire, qu’on me l’a infligé pour inviter à davantage de générosité. Tu parles. Ils veulent pas cautionner ça, hein ? Ils veulent pas. En attendant, moi, j’crève de froid. De faim.

J’aurais pas dû fuguer. Mais aurais-je tenu, là-bas ? J’en sais rien. Je ne crois pas. Je serais mort quoi qu’il en soit. Cette idée m’arrache un sanglot silencieux, sec. Aucune larme ne perle à mes yeux rougis par le froid et la fatigue. Freyja ne me lâche pas. Elle se pose sur mon épaule, produit de petits sons, me berce comme elle peut de ses pensées affectueuses, pleines d’amour. Et si j’appelais ce fameux numéro d’urgence ? Ou si je marchais jusqu’au centre d’aide ? Ouais. C’est une bonne idée. Mais après une heure de marche dans le froid, je n’en ai plus l’énergie. Je retombe lourdement sur les fesses près d’une bouche de métro, pour profiter de l’air chaud qui s’en échappe. Je n’ai qu’un sac qui ne quitte pas mon épaule. Je m’appuie dos au mur et je lève les yeux vers le ciel, à présent bien plus sombre. Je souris faiblement à la vue des nuages blancs qui s’échappent à chacune de mes respirations. Mes mains se sont instinctivement agrippées à la jambe qui me fait mal, la canne posée à côté de moi.

Je suis un sans-domicile fixe. Je l’ai toujours été, mais cette fois, j’ai même pas la chance d’avoir un toit pour me protéger des intempéries. Mon corps maigre perd progressivement les forces que j’ai toujours luttées pour avoir. Jusqu’à présent, j’ai dansé pour me faire de l’argent, mais ce soir, je n’en ai pas la force. J’ai sommeil.

Nathan, ne ferme pas les yeux. Nathan, bouge, s’il-te-plaît !

Freyja m’arrache de la somnolence. Elle lutte, elle aussi, avec toute l’énergie qu’elle a. Elle grimpe sur moi, ses serres effleurent doucement l’une de mes mains alors qu’elle s’hisse sur ma cuisse. Son poids pèse sur mes muscles endoloris, m’arrache un gémissement et pourtant, sa chaleur me fait du bien.

Ouvre ta veste…

J’obéis, mes doigts sont gourds, maladroits. Elle se rapproche, jusqu’à se coller à moi, jusqu’à ouvrir ses ailes pour essayer de recouvrir mon torse du mieux qu’elle peut. Je referme la veste, la serre contre moi pour récupérer un peu de chaleur. Jusqu’à présent, j’ai dansé pour avoir quelques pièces. J’ai tendu la main, j’ai écris des mots sur de grands cartons, j’ai tout fait pour faire rire des enfants, pour que leur bonté emporte sur la méfiance des adultes. Pour que leur grand cœur rattrape leur égoïsme. C’est dégueulasse de ma part, mais j’ai pas le choix. De nouveau, je lève faiblement l’une de mes mains, comme pour voir s’il pleut, comme pour sentir une goutte, une pièce, tomber dans ma paume. Mes yeux se détachent du ciel, regardent autour de moi. Non plus sans rien voir, mais, au contraire, en en voyant trop. Le kebab ouvert dans un coin, le couple heureux à la terrasse d’un restaurant, cette femme avec une tasse de café dans la main.

Je vois les autres. Mais personne ne me voit.

L’ignorance me fait du mal. L’inexistence m’écrase. J’ai beau avoir l’habitude qu’on détourne la tête face à moi, c’est pire que jamais.

La douleur n’est plus seulement physique. Le désespoir me gagne. Freyja tremble, contre moi.

Nathan…

Elle pleure. Contre moi. Elle pleure, je le sens. Est-ce qu’une chouette peut pleurer ? Ou est-ce que c’est moi, qui pleure ? Je ne sais pas. Mon visage est tordu par la douleur, mes yeux me font souffrir à cause du vent froid qui finit de glacer ma main. Une silhouette passe à quelques pas de moi et un murmure m’échappe.

« S’il vous plaît… »

Ca fait combien de temps que je suis dans la rue ? Je dirais… une petite semaine, à peu près. Les premiers jours, j’avais emporté assez d’argent pour subvenir à mes propres besoins. Bien que j’ai dû dormir dans la rue. J’ai attrapé la crève, d’ailleurs. Je devrais demander de l’argent. Ou bien où se trouve ce fameux centre d’accueil pour les sans-abris. Oui, pour l’instant, c’est le choix qui semble le plus raisonnable.

« Est-ce que… est-ce que vous savez où se trouve le refuge ? »


Je ne veux pas dormir une fois de plus dans la rue. Je n’ai pas envie de rentrer chez « moi », dans cette maison qui n’est pas la mienne. Je ne veux pas vivre ici, je ne veux pas foutre ma vie en l’air. Je peux travailler, je peux faire des choses. Tous mes espoirs se portent finalement sur ce refuge. Sur cette personne que j’ai accostée. Sans savoir si elle va m’aider ou continuer sa route, comme beaucoup ont fait jusqu’à présent.

  
MessageSam 4 Nov - 15:02
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Date d'inscription : 15/06/2015Nombre de messages : 334Nombre de RP : 58Âge réel : 25Copyright : MuscaAvatar daëmon : Messire Cassiel
Estelle Abernathy△ MIRRORED MAZE ▽
Un vent glacial s’était abattu sur la ville à la disparition des derniers rayons de soleil, rappelant aux passants que l’hiver était bel et bien installé. Pourtant, les citoyens étaient nombreux à braver le froid à cette heure-là, refusant de se laisser intimider par la température. Ils affluaient sur les avenues, se préparaient au repas du soir avec quelques courses de dernière minute. Pourtant, malgré cette agitation, les rues paraissaient terriblement ternes aux yeux d’Estelle. Les lumières chatoyantes des fêtes de fin d’année avaient disparu, laissant les lampadaires illuminer seuls la ville gelée. Même la lueur enthousiaste qui éclairait les visages des citoyens s’était éteinte dès les premiers jours de janvier, remplacée par une froide nostalgie. Lentement, Merkeley s’était endormie sous les chutes de neige des jours précédents et il y avait dans cette hibernation quelque chose de profondément déprimant.

Estelle poussa la porte d’un petit café, aussitôt accueillie par une agréable vague de chaleur. Elle desserra son écharpe et Cassiel s’en extirpa, boule de plumes bleues ébouriffées fuyant les températures hivernales.

– Je ne me souviens pas t’avoir déjà vu aussi négligé, lui fit remarquer sa daemonienne avec un sourire moqueur.

L’oiseau maugréa une réponse inaudible, se campa solidement sur l’épaule de sa douce moitié et entreprit de lisser son plumage malmené.

Estelle commanda un thé qui, elle l’espérait, pourrait la réchauffer durant la longue marche qui la séparait de chez elle. Elle aurait pu prendre sa voiture pour se rendre au travail, cette journée-là, mais le besoin d’une bonne bouffée d’air frais avait supplanté celui du confort. Elle ne sortait pas beaucoup, ces derniers temps, et cette pensée lui arracha un sourire empli d’ironie. Elle avait longtemps reproché à Byron sa manie de travailler sans arrêt. Maintenant, c’était elle qui ne comptait plus ses heures et son cousin qui s’inquiétait pour sa santé.

Elle paya et ressortit dans la rue, non sans avoir laissé à Cassiel le temps de se blottir de nouveau contre son cou. Ses pas crissèrent sur la fine couche de neige qui recouvrait le trottoir. Devant elle, son souffle se mêlait aux volutes qui s’échappaient de son thé brûlant, tourbillonnant au-dessus de sa tête avant de se perdre dans le ciel sombre. Elle replaça son bonnet, remonta le col de son manteau et reprit sa marche en direction de son quartier.

Au coin de la rue gisait un jeune homme. Estelle l’aperçut immédiatement, son regard acéré ne ratait que rarement ce genre de détail. Pourtant, elle n’y prêta que peu d’attention, tout comme les autres passants qui le contournaient sans s’attarder. Il était assis à même le sol, masse informe de vêtements superposés. Un sans-abri parmi tant d’autres, désespérément invisible, qui tendait la main vers les gens pressés. Il semblait figé dans le temps, immobile au milieu d’une foule grouillante qui ne lui prêtait aucune attention. Les gens s’éloignaient sans le voir. Estelle elle-même l’oublia presque en arrivant à sa hauteur. Une fraction de seconde plus tard et elle aurait elle aussi passé son chemin, absorbée par ses propres préoccupations, sur son emploi, sur la montagne de courriels qui l’attendait chez elle, sur sa sœur Alicia, dont elle n’avait aucune nouvelle depuis des mois, sur l’enquête dont ses anciens collègues du Conseil et elle-même faisaient l’objet et sur tant d’autres choses encore qui lui emplissaient le crâne. Mais le destin frappa telle une masse, à la seconde où le jeune homme l’aborda d’un « S’il vous plaît » fatigué.

Estelle tourna la tête et son regard se posa pour la seconde fois sur l’itinérant. C’est alors qu’elle le vit réellement. Un jeune homme, un daemon-chouette émergeant des nombreux manteaux empilés sur son corps tremblant. À vue de nez, il devait avoir l’âge de Jenny, la plus jeune sœur d’Estelle. C’était un gamin. Un gamin qui lui demandait de l’aide, à elle, comme à n’importe quel humain qui passait par là. Prise au dépourvu, Estelle s’arrêta. Pourquoi? Peut-être était-ce cette pensée pour Jenny. Peut-être était-ce la canne qui reposait aux côtés du jeune homme. Peut-être était-ce tout simplement ce regard qu’il arborait, beaucoup trop dur son âge. Il y avait des milliers de raisons possibles, mais aucune ne semblait expliquer à elle seule ce qui incita Estelle à s’attarder au coin de la rue. Une chose était cependant certaine : la vue du garçon la déstabilisa plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer.

– Est-ce que… est-ce que vous savez où se trouve le refuge ?

Elle serra les lèvres, leva les yeux, regarda à gauche et à droite. Les gens les contournaient sans les voir, comme si elle aussi s’était figée dans le temps au moment où elle s’était arrêtée. Elle connaissait bien la ville, pourtant elle n’avait jamais entendu parler d’un tel refuge. Son cerveau se mis en marche, ratissant dans succès ses nombreux souvenirs. Elle secoua la tête en reportant son attention sur le jeune homme.

– Je… je ne sais pas, murmura-t-elle, penaude.

Elle hésita. Beaucoup seraient partis ensuite, laissant le jeune homme se débrouiller par lui-même. Mais elle ne pouvait pas faire ça. Sa conscience malmenée ne lui permettait pas de le laisser seul sur ce trottoir gelé. Alors elle s’accroupit face à lui, son thé toujours en main, et lui servit un petit sourire.

– Mais je peux t’aider à le chercher, si tu veux bien.

Elle baissa les yeux sur la canne qui reposait aux côtés du garçon. Réel problème ou ingénieux stratagème pour amadouer les passants? Elle n’aurait su le dire, mais cela lui importait peu, au final. Elle désigna l’objet du menton.

– Tu peux marcher? Il y a un café non loin d’ici, ce sera plus confortable pour discuter.
  
MessageMar 21 Nov - 20:07
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Ange Gardien

Elle s’arrête. Elle s’est immobilisée à un petit mètre de moi. Je sens son regard sur moi. La honte me serre le cœur, malgré moi. J’aurais souhaité lui montrer un bien meilleur visage. Cette dame est bien vêtue. Son bonnet comme son écharpe ont l’air très doux. Cette idée pousse ma main libre à se glisser dans le doux plumage de Freyja, dont les yeux mi-clos s’ouvrent finalement plus franchement. Je sens sa tête tourner pour observer avec espoir la jeune femme de ses grands yeux noirs. Instinctivement, je pousse sa tête ronde pour mieux la cacher sous mon manteau, bien vainement. Un réflexe stupide, maintenant que je vis dans une ville emplie de daemons. Elle regarde à gauche, à droite. Peut-être croit-elle que je m’adresse à quelqu’un d’autre ? Malheureusement, elle est bien la seule qui ait daigné s’arrêter dans sa course. Un petit sourire amusé éclaire finalement mon visage dont les traits sont tirés par le froid et la fatigue. Le sourire d’un gosse qui s’amuse d’un rien. Ça m’arrive encore. Comme quand j’écoute de la musique, qu’on me fait une blague, qu’on me chatouille. Des choses qui ne sont pas arrivées depuis… longtemps, à dire vrai. Mon maigre sourire s’affaiblit encore, mes yeux se font rêveurs, ailleurs, un instant. Jusqu’à ce que Freyja presse l’une de ses serres contre mon vêtement et me rappelle à la réalité. J’ai faim, froid, sommeil. Tout ça a tendance à me faire somnoler.

Elle me répond. Entendre une voix qui s’adresse à moi me procure comme un petit électrochoc. Je sens mon cœur qui tressaute, je sens Freyja qui bouge, je repose une main sur le sol. Mon corps est déjà prêt à se mettre en marche, avant même que mon esprit ne m’avertit que sa réponse… Ne m’aide pas, en réalité. Mon cerveau cherche alors à rendormir mon corps, pour préserver l’énergie qu’il me reste. Mais je secoue légèrement la tête, je me force à rester conscient et présent. Maintenant qu’on fait enfin attention à moi, je ne veux pas m’écrouler. Elle s’accroupit face à moi. Elle voit probablement mieux mon visage entre les écharpes que j’ai récoltées. J’ai les lèvres bleuies, gercées, j’ai grignoté les peaux sèches qui s’en décollaient, quitte à m’en faire saigner. Mes yeux sont cernés, mes joues sont creuses, mon regard reste déterminé, bien que mes paupières luttent pour ne pas se fermer. Malgré moi, je jette un regard à ce thé si chaud qu’elle garde dans ses mains, à la vapeur qui s’en dégage. J’ai envie de le lui prendre, de me le renverser dessus, que ce chaud chasse ce froid étourdissant, ce gel qui grimpe en moi et me paralyse comme un serpent.
Elle propose alors de m’aider. C’est si inespéré que mon souffle se coupe. J’ai envie de la remercier. Je crois que j’ai envie de pleurer. Mes yeux sont déjà rougis de toute façon alors que, pudique, je détourne finalement mes yeux des siens. Bien que savoir qu’elle me regarde, qu’elle m’ait remarqué, me fasse un bien fou.

« Oui, je peux. J’suis pas handicapé. »

Elle découvrira bien assez vite qu’il s’agit de la réponse que je donne automatiquement quand on me fait une remarque sur ma jambe et mes capacités. Ma main se referme sur ma canne, l’autre tient un instant Freyja contre moi. Elle s’agrippe de ses serres, de son bec. Quand je la sens enfin sécurisée, je la relâche et appuie ma main sur le sol. Je plie ma jambe valide, je m’adosse au mur, me presse contre lui pour réussir à m’hisser. Je fais attention à placer ma canne de sorte à ce qu’elle ne glisse pas sur le sol, pendant que ma main s’accroche au mur. Je retiens mon souffle, tout mon corps est atrocement endolori. D’ailleurs, quand j’appuie légèrement ma jambe déformée au sol, un gémissement de douleur et d’effort s’arrache de mes lèvres. Cette plainte s’est arrachée de ma cage thoracique en un son rauque, un son sincère, trop animal pour qu’il soit volontaire. Mon visage s’est tordu d’une grimace, ma main plante mes ongles dans le mur alors que je contracte mon poing sur ma canne. Je me force à faire un pas en avant, atrocement maladroit et cette fois, mon handicap est clairement trahi par ma démarche particulière.

Rapidement, j’enchaine un pas, puis encore un, pour me réchauffer. La douleur est déjà moins tenace, présente mais bien plus supportable, bien que je sens mes abdominaux contractés, retenant tout autre son de souffrance que je pourrais laisser échapper. Mon cœur est complètement affolé, il tape dans mes oreilles, j’ai des fourmis dans tous les membres et quelques points noirs devant les yeux. Mon autre main ne quitte pas le mur, pour me sécuriser.

« Discuter de quoi ? »

Je grogne, malgré moi, sous la méfiance et l’inquiétude. Après ce qu’il s’est passé à l’orphelinat, je suis bien plus méfiant qu’avant.

« Je n’ai pas de quoi payer… une tasse d’eau chaude, là bas. »

Ce n’est pas pour lui faire pitié que je dis ça. C’est une simple constatation, frustrée et déçue. Pourtant, j’ai envie d’y aller. J’ai envie d’aller à ce café, de m’y asseoir, de me réchauffer. J’en ai besoin. Ça devient urgent.

Alors Freyja affronte sa timidité. Alors que je suis toujours celui qui parle pour nous deux, voilà qu’elle s’agite, qu’elle se dégage de mon manteau, elle s’envole, se pose à côté de la dame qu’elle contemple de ses grands yeux noirs.

_ Bonjour, Madame. Je m’appelle Freyja. Je vous remercie de nous aider. Nathan est simplement fatigué, ne faîtes pas attention à sa mauvaise humeur. Pourriez-vous nous conduire à ce café ? Un peu de chaleur nous ferait beaucoup de bien.

Elle ne parle jamais. Pourtant, là, elle a enchaîné les phrases. Elle tremble, elle aussi. Pas de froid, mais de peur, intimidée par cette adulte que nous ne connaissons pas. Elle a réuni tout son courage pour moi. Pour me trouver un abri, au plus vite, un endroit où je pourrais au moins reprendre quelques forces. Elle a fait preuve de toute la politesse dont elle était capable et sa voix très douce m’a apaisé, assez pour que j’essuie rapidement la larme qui m’a échappé. J’ai tellement mal, la douleur monte le long de ma hanche, résonne dans mon dos.

_ Il aurait besoin de boire quelque chose de chaud…, ajoute ma chouette, presque sur le ton du murmure. Elle détourne légèrement la tête, elle-même gênée de faire une telle demande, avant de sautiller dans la neige pour m’accompagner alors que je marche, mais elle reste entre cette Dame et moi. Elle ne la quitte pas de ses grands yeux noirs, emplis d’espoir et d’une supplication qu’elle souhaite pourtant lui épargner…


  
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