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Vous voulez parler à Dieu ? Alors allons lui parler ensemble. Je n'ai rien de mieux à faire ce matin.

 
  
MessageJeu 26 Oct - 1:38
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 94Nombre de RP : 25Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
Vous voulez parler à Dieu ?
Alors allons lui parler ensemble. Je n'ai rien de mieux à faire ce matin.

Indiana Jones



Après avoir reconfiguré mon nouveau téléphone portable et transféré toutes mes données à l’intérieur, j’avais laissé l’appareil sur mon bureau et je me laissai tomber sur mon lit, attrapant un livre au hasard dans la pile qui s’entassait par terre. Muirne vint se poser à côté de moi et ses yeux s’arrêtèrent sur la couverture en piteux état de l’ouvrage d’Oscar Wilde. Il avait vraiment morflé ce pauvre bouquin ! Je fronçai les sourcils sur la couverture et me redressai d’un bond pour aller récupérer mon téléphone sous le regard hébété de ma daemon qui se demandait quelle mouche m’avait encore piqué. Sans lui prêter attention, j’entrai une série de chiffres que j’avais mémorisée : 336 198 152 23. Je les répétai à voix basse éprouvant ma mémoire auditive que j’avais exercée durant tout le trajet jusqu’à la maison deux semaines plus tôt. Puis je finis par entrer L.u.l.l.a.
Muirne se transforma en chat et me dévisagea de son regard condescendant. Je restai planté au milieu de ma piaule, hésitant sur la rédaction du message. Je fis plusieurs tentatives que j’effaçais aussitôt, les trouvant tous plus nuls les uns que les autres. Puis Chris m’appela pour manger.

***

Je retrouvai naturellement mes marques à la bibliothèque universitaire que je connaissais comme le fond de ma poche ; depuis le temps que je arpentais ses couloirs et ses rayons. J’étais du genre bibliovore et j’explosai souvent le quota de livres empruntés, mais n’allez pas me confondre avec un rat de bibliothèque ! Ca non ! Je n’étais pas seulement bon client, j’étais également de ces élèves que les bibliothécaires gardaient à l’œil. Soit disant que je faisais trop de bruit par moment… Alors que je me contentai d’aider mes camarades de classe. Ce n’était pas de ma faute si les salles de travail étaient toujours bondées ! Je ne pensais jamais à les réserver pour la simple et bonne raison que j’avais aussi la fâcheuse tendance d’être imprévisible et un peu tête en l’air.
Bien souvent, je retrouvais mes camarades à la BU complètement par hasard et sans le vouloir, ni le faire vraiment exprès, j’avais le don pour captiver mon auditoire. Enfin… Pas toujours. Disons que j’étais un passionné et que j’arrivais toujours à trouver une ou deux personnes réceptives à mes exposés au grand damne des bibliothécaires lorsque ceux-ci devenaient animés. Il m’avait traversé l’esprit de devenir conférencier. Mais cela ne suffirait jamais à suffisamment alimenter ma curiosité. Alors j’avais opté pour une autre voie et décidé de me consacrer à des études de journalisme.

En ce début d’année, la BU était bondée. La bibliothécaire était nouvelle. Je ne l’avais encore jamais vue. Je n’eus pas droit au sempiternel « Bonjour monsieur O’Connell. Vous connaissez la règle des lieux. » de la doyenne des lieux, celle qui m’avait à l’œil. Comprendre par là, tiens toi tranquille O’Connell, sinon je te fous dehors à coup de pompe dans le...
*La rabat joie tu veux dire !*
– Oui ! chuchotai-je en souriant à l’intention de Muirne la souris, perchée sur mon épaule.

Qui disait nouvelle année, nouvelle filière, disait aussi nouveaux camarades de classe. Je n’avais donc pas à craindre de me faire virer le premier jour. Et puis, j’avais des tonnes d’articles à éplucher. Aussi flânais-je un moment entre les rayons à rassembler divers journaux dont je souhaitais étudier la structure et la prose. Après m’être constitué une bonne pile, je cherchai une table de libre où m’asseoir quand j’entendis :
–Psst ! O’Connell !
Je me retournai sur Silas Rivers, un mec de ma promo de l’année dernière, en compagnie de Samuel Eggerton, un grand dadais dégingandé qui étudiait avec moi en langues étrangères, et puis Aline Reynolds qui faisait elle aussi partie de notre ancienne promo. Moi qui pensais me retrouver tout seul cette année, j’étais content de les voir.
– Je sens que ça va être hyper productif cette étude !
– C’est qui la rabat joie là ?
Je saluai tout le monde et m’installai avec eux. Et biensûr, nous ne pûmes nous empêcher de bavarder, passant en revue la santé de chacun, la météo, ce que nous avions fait pendant les vacances et déjà, là, nous commencions à attirer l’attention sur nous et des « sssshhht ! » des tables d’à côté. Puis nous embrayâmes sur nos études respectives. Reynolds se plaignit du changement de rythme et de la surcharge de travail qu’elle avait déjà ; Eggerton s’ennuyait de moi en cours et je ne pu m’empêcher d’éclater de rire à l’évocation de certains souvenirs cocasses qu’il raconta en se lançant dans une pâle imitation de ma personne, caricaturant ma gestuelle et mes expressions lorsque j’avais repris le professeur de français sur une explication de texte.
– T’exagères, j’ai jamais dit ça comme ça ! dis-je en riant, faussement gêné. J’ai un bien meilleur accent que ça !
Reynolds pouffa de rire et des « Ssssht ! » fusèrent de toute part autour de nous.
– Sérieux ? t’as fait ça ? s’étonna Rivers.
– Non ! mentis-je avec peu de conviction.
– Mais si ! renchérit Eggerton. Et le pire, c’est que le prof démordait pas et Benedict l’a enfoncé !
– Je ne l’ai pas enfoncé, je n’ai fait qu’exposer un point de vue différent.
Rivers eut un rictus sonore.
– Genre ! Tu lui as dit quoi ? demanda Reynolds en se penchant vers moi par égard pour nos voisins de table. C’était visiblement la seule à s’en soucier.
– O’Connell, raconte-leur !
Je fis mine d’hésiter. Pas longtemps, car je retrouvais vite le feu qui m’avait animé ce jour là en me remémorant le contexte de mon intervention.
– On étudiait le mythe de Tristan et Iseult. commençais-je avec un accent français impeccable qui fit acquiescer Samuel, dont les origines sont controversées. Comme vous le savez, l’histoire prend place en Cornouailles. Et il se pourrait bien que la légende ait été inspirée de la littérature celtique et c’est ce point de vue que j’ai exposé au prof…
– Il n’a pas apprécié. m’interrompit Samuel.
Je lui coulai une œillade faussement courroucée.
– Si tu pouvais avoir l’obligeance de ne pas m’interrompre Eggerton ! dis-je avec une outrecuidance amusée. Ce qui le fit marrer. Les deux autres se regardèrent, l’air de ne pas goûter la « private joke ». Aussi, Samuel jugea opportun de préciser en imitant le professeur de français :
– Monsieur O’Connell, si vous pouviez avoir l’obligeance de ne pas m’interrompre ! dit-il en français, l’air pincé, en se dandinant sur sa chaise pour se moquer.
– De ne pas interrompre le cours. Le corrigeai-je, en bien meilleur français. Et perfectionniste avec ça.
Eggerton répéta, toujours en mimant.
– Presque ! « interrompre » corrigeais-je encore.
Reynolds leva les yeux au ciel.
– Ouais, abrège ! Et ensuite ?
– Il lui a fait toute une tirade sur le mythe celtique de Deirdre ! s’empressa d’ajouter Samuel.
Rivers secoua négativement la tête.
– Ah oui ?
– Non, ne le lance pas ! coupa Rivers.
– Deirdre, repris-je avec mon accent irlandais cette fois-ci, fille du barde Fedelmid, fille de la prophétie annoncée par le druide Cathbad […]
Et, maître de mon sujet, passionné par les légendes de mon pays d’origine que me contait mon père depuis ma plus tendre enfance, tel le dieu de l’éloquence que j’avais prétendu être, je me lançai dans une digression à n’en plus finir. A mesure que je racontais, ma voix reflétant ma verve montait en intensité, si bien que je finis par atteindre un volume de conversation normale sans même m’en rendre compte.
Et pour clôturer mon exposé, j’énonçai sur un ton joueur :
– Voilà, vous savez tout ! Des questions ?
Rivers avait laissé pendre ses bras de chaque côté de sa chaise et avait basculé sa tête en arrière. Reynolds, si elle avait regretté sa question à un moment, avait eu la politesse de m’écouter jusqu’au bout et Eggerton cédait à une hilarité silencieuse.
  
MessageVen 27 Oct - 20:15
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 152Nombre de RP : 36Âge réel : 28Copyright : ShiyaAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
- Non !
- Pourquoi, non ?
- Je n'ai pas envie de passer la soirée avec eux, c'est tout.
- Lulla !
Zoey me réprimande en écarquillant les yeux. Elle s'emploie ensuite à articuler très consciencieusement, histoire, sans doute, que je mesure l'importance de la situation. - C'est la soirée des hockeyeurs ! Tu ne PEUX pas dire NON !
- Et pourquoi ça ?
- Parce qu'on ne dit pas non à des sportifs ! On ne dit pas non à une soirée étudiante dans cette fraternité ! Ils pourraient inviter n'importe qui ! C'est nous, qu'ils ont choisi !


Ma camarade s'agite sous l'effet de l'excitation. Elle a vraiment envie d'y aller. Est-ce qu'elle ne chercherait pas à prouver qu'elle n'est plus la vilain petit canard du lycée ? Celle qui passait sa vie à traîner en meute avec les laissés-pour-compte. Son air sûr d'elle n'est que de la poudre aux yeux. Je finis pas hausser les épaules et reporter mon attention sur les élèves qui défilent, bien à l'abri derrière mes lunettes de soleil. Evidemment elle ne lâche pas l'affaire. Elle continue à m'envoyer un armada d'arguments sans qu'aucun ne fasse mouche. Plus elle insiste, moins je lui réponds. Je me serais d'ailleurs probablement envolée si son père n'avait pas une position sociale aussi élevée à Merkeley. Sa daemon, une hirondelle, vole nerveusement autour d'elle. Je m'ennuie.

- Non mais je rêve.
Je souffle brusquement, quittant ma posture avachie pour redresser mon dos.
- Quoi ? T'as un faible pour lui, toi aussi ? me demande Zoey d'une petite voix. Je balaie son inquiétude d'un geste de la main. Les sportifs, ça a jamais été mon délire. Le fait qu'Audrain l'ait été, lui aussi, n'est qu'une curieuse coïncidence. Ce n'est pas ce qui m'intéresse pour le moment. - Non parce que, si c'est le cas...

Et là voilà partie dans une explication gémissante, prônant l'amitié dévouée qu'elle me porte alors qu'elle sait juste pertinemment qu'elle n'aurait aucune chance face à moi. L'agacement me saisit. Benedict vient de passer un peu plus loin sans me remarquer. Je suis pourtant sûre qu'il a tourner la tête vers nous ! Il faut dire qu'avec les grosses fesses de Zoey, j'ai pu être dissimulée. Mais quand même ! L'amusement que je ressens chez Mahkha ne fait qu'empirer ma frustration. Sans parler de cette idiote qui parle à n'en plus finir alors que j'en ai strictement rien à faire des problèmes existentielles. Je finis par stopper le flot de niaiserie qui sort en cascade de sa bouche.

- Zoey. Va à cette stupide soirée, dis leur que j'ai annulé au dernier moment si ça t'arrange, mais moi, je n'ai pas envie. Non. Tais-toi, par pitié. Arrête de négocier et de quémander comme ça, c'est ridicule. Si tu veux te hisser au rang de groupie d'une équipe incapable de se qualifier pour les régionales, libre à toi mais, c'est sans moi. Fin de la discussion. Et ferme la bouche, tu ressembles à un poisson piégé hors de son bocal. Ce n'est vraiment pas élégant pour une fille de ta condition.

Sur ces belles paroles, je croise les bras sur ma poitrine. Je visse des écouteurs à mes oreilles et me laisse aller sur la pelouse du campus, bien installée sur la veste de ma camarade. De la musique, du soleil, Mahkha à mes côtés. Ça, ça devrait me changer les idées. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher d'aller vérifier ma boîte de réception au passage. Le chacal baille ostensiblement. Au moins, il a le culot de ne pas rire !

- Parce que ce type ne m'intéresse pas du tout. Silence. - Il ne devrait pas t'intéresser non plus d'ailleurs.

Pourquoi se sont-ils tous ligués pour me casser les ovaires aujourd'hui ? J'essaie de me calmer en battant la mesure de mes talons sur le sol. L'efficacité de cette technique laisse à désirer. En quinze petites minutes seulement, j'ai survolé la majorité de ma playlist en passant d'une chanson à une autre sans m'arrêter, tourner quarante-neuf fois ma langues dans ma bouche pour éviter de me montrer odieuse, repensé entièrement mon emploi du temps, et cliqué quatre fois sur l'onglet de messagerie. Rien n'y fait. J'ai dans la tête un irlandais qui fout le bordel. Je vais régler cette situation !

- Qu'est-ce que tu fais ?

- N'importe quoi, comme d'habitude, me sermonne Mahkha mentalement.
-J'ai un truc à faire. Je te laisse.

Je la plante là, sans autre forme de procès. Comment a-t-il fait pour me zapper si finalement ? Je ne suis pas du genre à être oubliée, pourtant ! Il me semble, en plus, que le courant passait plutôt bien entre nous. Je croyais qu'on parlait le même langage. Est-ce possible que je me sois trompée à ce point là ? Que je me sois faite des idées ? Il faut que j'en aie le cœur net ! Je récupère rapidement mon sac avant de filer vers la bibliothèque universitaire. Bon, si j'étais un moteur de recherche humain, où irai-je ? Aucune idée. Tant pis, je m'emploie donc à passer en revu les différents étages et les diverses allées, me donnant l'air de flâner.

- C'est quoi ton plan ? m'interroge Mahkha au détour d'un couloirs. - Lulla, peu importe à quoi tu peux bien penser, c'est une mauvaise idée. Ne le fais pas.On a fait trop d'efforts pour que tu craques maintenant.

Je préfère me taire. Parce que je n'ai pas de plan. Je réagis à l'instinct face aux émotions contradictoires qui m'ont envahie. J'aviserai sur le moment. Et puis, je ne craque pas. Je ne craque jamais. Ce sale cabot devrait le savoir. Mahkha passe négligemment contre mes jambes, sachant pertinemment que ce simple contact me rassurerait. - Je gère. Ne t'en fais pas pour moi.

Au bout de quelques minutes de recherche, une conversation animée m'attire vers la salle d'étude. Bingo ! J'arrive alors que Benedict, inratable vue de la couleur de son tee-shirt, reprends fermement un de ses camarades : – Si tu pouvais avoir l’obligeance de ne pas m’interrompre Eggerton ! Quelle arrogance ! La sonorité de nom du type en question me fait grimacer. Rien à voir avec le fait que je me sente vexée ! Je ne le suis pas ! Des toutes façons, c'est bien connu, les irlandais sont des crétins frappés prématurément par Alzheimer. Et maintenant ? Le fait de n'avoir aucun plan serait peut-être problématique pour d'autres, moi, j'ai confiance en mon talent. Je n'hésite pas une seule seconde avant d'aller m'adosser contre un des rayonnages de revues, légèrement en biais par rapport à ma cible. Mahkha, lui, choisit de rester en retrait pour observer la scène. Donc maintenant ? J'attends simplement qu'il me voit ! Moi, non plus, on ne peut pas me rater ! Bien droite dans ma robe de créateur inspirée de la vague d'Hokusai, je rive mes yeux clairs sur ce type. Il ne me reste plus qu'à attendre.

Quand son regard effleure son auditoire, mon cœur s'emballe quelques secondes avant de que la frustration ne prenne le dessus. Il ne me remarque pas. Peu à peu, je me laisse emporter par son discours. Je m'enfonce dans une analyse très précise des expressions de son visage. Benedict s'emporte. Il s'enflamme. J'ai l'impression que plus rien d'autre ne compte à cet instant, pour lui, que son exposé grandiloquent qu'il étoffe à grand renforts de gestes. C'est un rat de bibliothèque ! Rien que ça devrait suffire à m'ennuyer. L'inverse se produit. Au fur et à mesure, je me désintéresse de ses amis pour ne plus voir que lui. Je me laisse emporter par la ferveur de ses mots, oubliant qu'il a osé m'oublier. Au moins jusqu'à ce qu'il termine en beauté en interrogeant son auditoire, m'offrant la plus belle des ouvertures. Je saisis l'occasion.

- Oui, moi, fais-je sans faillir avant de m'avancer d'un pas. Là, j'ai son attention. Un sourire orgueilleux s'installe sur mes lèvres. Je sais soigner mes entrées. Mahkha lui même a un regain d'attention dans notre direction. Le chacal s'approche. Il vient se tenir à mes côtés comme pour assoir ma prestance. J'attends d'être sûre d'avoir capté l'attention de tout le monde avant de reporter la mienne sur l'irlandais. Dès lors, je me promets de ne plus détourner les yeux de lui. Je ne veux pas rater une seule miette de sa réaction. Je décortiquerai chacune de ses expressions. J'inspire profondément avant de reprendre la parole. Mon ton est clair. Je ne cherche absolument pas à me cacher. - Que pensez-vous des garçons qui ne rappellent pas une fille après avoir dormi avec elle ? Le pavé est lancé dans la marre. Je frémis intérieurement. Je me gorge des regards posés sur moi. J'ai l'impression d'être sur une scène de théâtre à faire un numéro. Me revient en mémoire ce que disait ma mère : les étoiles cessent de briller quand on ne les regardent plus. L'amusement prends le pas sur ce qui m'agitait avant. Je ne peux pas m'empêcher de céder à la tentation de le défier. - J'hésite. Je ne sais pas si je dois remettre en cause leur intelligence ou leur éducation ? Je me fends d'une moue dubitative. - À moins que ce ne soit leur mémoire qui soit responsable. Dans ce cas là, je pense que la mise en place d'un traitement contre l'Alzheimer précoce devrait être à envisager. Non ?

- Tu es diabolique, s'amuse Mahkha dans un coin de ma tête. Je devrais sans doute m'inquiéter du fait qu'il soit d'accord avec moi. Je pourrais si mon propre égo ne prenait pas le pas.
- Non, je suis une déesse.


  
MessageJeu 2 Nov - 21:48
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 94Nombre de RP : 25Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
J’étais tellement pris par mes passionnantes explications que j’en oubliai tout ce qui nous entourait.
– Non ça ira ! se plaignit Rivers, s’empressant de passer son tour sur les questions, au risque de me voir m’enflammer de plus belle.
Il redressa paresseusement la tête et, après avoir gratifié mes comparses d’un regard insistant pour les enjoindre à l’imiter, ses yeux se fixèrent devant lui sur un point blanc et bleu dont j’avais à peine conscience dans le décor flou. J’allais me fendre d’une raillerie à son encontre et me moquer de son air de poisson hors de son bocal en lui suggérant de fermer la bouche quand une voix féminine m’électrisa. Mon cœur fit une embardée et fus contraint de tourner la tête dans sa direction. Tout comme mon camarade, la mâchoire m’en tomba et mon sourire se figea comme s’envolait toute mon assurance. Samuel suivit notre regard et nous imita à son tour. Reynolds, qui tournait le dos à sa majesté, nous avisa tous les trois avec un air sidéré avant de jeter un bref coup d’œil à Lulla. Puis elle revint vers moi, me dévisageant d’un air où la surprise se mêlait à l’interrogation à moins qu’il ne s’agisse d’indignation. Mais elle garda le silence.

Muirne qui se prélassait sagement dans ma capuche grimpa sur mon épaule et se figea comme une petite statue en voyant la jeune fille qui s’avançait devant nous. Elle reconnu immédiatement le chacal qui vint fièrement se poster à côté de son humaine et je ressentis aussitôt le sentiment de liesse qui l’envahit, ajoutant d’avantage de complexité aux émotions contradictoires qui m’assaillaient déjà.
Reynolds se racla la gorge comme pour défiger la situation au moment où Lulla reprenait la parole. Mes yeux firent la navette de Reynolds à Lulla trois fois d’affilée, pour s’arrêter sur mon ex-camarade de classe, dont le regard était plus facile à soutenir. Je souriais par réflexe, partagé entre la joie et l’appréhension de la revoir. Ici. A la bibliothèque. Mon sourire se figea derechef que je saisi le sens des propos de la jeune fille. Quoi ? m’indignai-je. Mais je ne pu m’empêcher de ressentir également un sentiment de culpabilité et de honte aussi. Je fronçais imperceptiblement les sourcils.

Dans le même temps la souris Muirne avait sauté de mon épaule et s’était métamorphosée en chat angora lorsque ses pattes avaient touché le sol. Son pelage avait curieusement pris la même teinte que celui du chacal. Elle s’était joyeusement précipitée dans sa direction et s’arrêta net pour se planter devant lui quand elle fut gagnée, elle aussi, par le malaise que Lulla venait de provoquer en balançant aux oreilles de tous, notre petite escapade du mois d’août, qui, sortie de son contexte, pouvait signifier bien des choses. Si j’hésitais sur le double sens des propos de Lulla, Muirne avait parfaitement saisi l’allusion. Elle plongea ses yeux dépareillés dans ceux de Mahkha pour le sonder, partagée entre la joie de le revoir et l’envie de lui exprimer tout ce qu’elle pensait de son hôte. « Qu’est ce qu’elle veut ! » lâcha-t-elle sèchement, suffisamment bas pour que seul le chacal l’entende. Ce n’était pas vraiment une question. Muirne venait de passer sur la défensive. L’entrée en matière de Lulla ne lui plaisait pas du tout, et elle aimait encore moins non plus le bordel qu’elle était en train de semer dans ma tête, ni ce sentiment désagréable de se sentir acculée. Car c’était exactement ce que Lulla venait de faire à ses yeux. Sa queue battit nerveusement le sol. Elle défiait Mahkha de ses prunelles fendues.

Quant à moi, j’évitais soigneusement de croiser les regards de mes camarades. Je sentis un frisson remonter le long de ma colonne vertébrale comme Lulla surenchérissait. Je du prendre considérablement sur moi pour museler l’affolement qui menaçait de me faire perdre tous mes moyens et de me faire rougir jusqu’à la racine des cheveux. Mes joues rosirent brièvement et je secouai doucement la tête pour garder contenance et chasser mon malaise que j’expédiai dans un petit éclat de rire. Je finis par répondre en m’accrochant de toutes mes forces à ce que je maîtrisais le mieux : la théorie.

– C’est une suggestion intéressante. Alzheimer étant une maladie neurodégénérative incurable du tissu cérébral qui entraîne la perte progressive et irréversible de certaines fonctions mentales, il n’est pas à exclure qu’elle puisse être à l’origine de la perte de mémoire chez certains individus. Mais de là à tirer un diagnostique aussi pointu aussi hâtivement, c’est peut être un peu tiré par les cheveux. dis-je en recouvrant mon sourire en coin.
Je sentis les regards de Samuel et de Rivers brûler chacune de mes joues. Tous les deux avaient certainement parfaitement saisi l’allusion et je n’osais pas imaginer les films qu’ils étaient en train de se faire, ni les railleries dont j’allais faire l’objet ensuite. Il était hors de question que je perde la face. Je rivais mes yeux clairs dans ceux de la jeune fille.
– Il peut y avoir tout un tas de raisons. Dans le mythe Irlandais, si Noise n’a pas « rappelé » Deirdre, c’est parce qu’à l’époque, le téléphone n’existait pas et qu’il la savait promise au roi Conchobar, tout comme son homologue Iseut était promise au roi March’. Va savoir, il y a peut-être un complexe masculin qui tire ses origines du mythe, au même titre que celui d’Œdipe. Ce serait… le complexe de Noise ! dis-je en souriant.
Samuel pouffa de rire. Reynolds leva les yeux au ciel et Rivers ne pu s’empêcher de renchérir :
– Fais gaffe au philtre d’amour Tristan !
– Crétin ! grogna Muirne entre ses babines.
Elle coula un rapide coup d’œil à Mahkha pour guetter sa réaction et son poil frémit lorsqu’elle découvrit le daemon d’Eggerton, un raton laveur, qui s’était rapprochée pour s’amuser de la scène. Muirne passa son humeur sui elle.
– Te marre pas toi !

Je m’étais laissé aller à rire à la vanne de Rivers et je me permis même de le reprendre :
– Déconne pas, c’est mon troisième prénom !
Il goûta la plaisanterie et souris tandis que je me levais.

La bibliothécaire, que nous avions tous oubliés, débarqua en trombe dans la pièce.
– S’ils vous plait jeunes gens ! C’est une bibliothèque ici. Faites un peu moins de bruit, on n’entend que vous ! Si vous voulez discuter, faites-le dehors !
J’avais rassemblé mes affaires pendant son petit laïus et je remettais la chaise à sa place.
– Ça tombe bien, j’y allais justement ! Je suis navré si mes camarades et moi avons dérangé la quiétude des lieux. Merci mademoiselle de nous avoir remis dans le droit chemin. lui dis-je avec un sourire angélique.
Mon regard coula jusqu’à Lulla et se teinta d’un soupçon d’espièglerie tandis que je sentais naître ce picotement dans mes entrailles, celui qui précède un saut périlleux.
Muirne en reculant, effleura Mahkha. Je détournai les yeux et me dirigeai le cœur battant vers la sortie, téléphone à la main. Je tapai machinalement le numéro que j’avais mémorisé, hésitant sur le message à envoyer. Comme Muirne me rattrapa, ma panique s’atténua. Elle s'était transformée en belette et avait sauté sur mon épaule.
– A quoi tu joues ?
– A rien.
– Menteur !
– Ne complique pas les choses s’il te plait. Aide-moi plutôt.
– Dis-lui que t’as Alzheimer !
J’accélérai le pas dans l’escalier, pour le plus grand plaisir de Muirne. Une fois dehors, j’obliquai légèrement pour ne pas rester planté devant le bâtiment, puis quand je vis sortir la jeune fille, je lui envoyais : « Derrière-toi. »

  
MessageVen 3 Nov - 23:00
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Lulla C. PietruNothing will be the same...
J'ai comme l'impression d'avoir réussi à ménager mon petit effet, ce qui n'est pas sans me flatter. Cependant, j'apprécierais beaucoup plus les regards qui m'enveloppent si je pouvais compter parmi eux celui de Benedict. Car passée la surprise, je surprends un échange de regard entre lui et une espèce de petite grue sans intérêt dont la chevelure incroyablement fade aurait besoin d'un remaniement capillaire. Je préconise une bonne boule à zéro pour repartir sur une base plus saine. Qu'il cesse de faire cette comparaison entre cette fille et moi, enfin ! Je suis un chef d'œuvre quand elle n'est que le dessin d'une enfant de trois ans. Oui, au cas où vous en douteriez, mon jugement est parfaitement objectif et n'a rien à voir avec le fait qu'elle essaie de me piquer la vedette ! Qu'elle soit sa petite-copine ou sa groupie numéro un ne me pose aucun problème de conscience quant à ce que je viens de sous-entendre. Elle n'entre pas en ligne de compte. Cette intruse ne m'intéresse pas le moins du monde, il ne s'agit pas d'elle ici. Je compte poursuivre la bataille et récupérer ce qui me revient de droit parce que je l'ai mérité : l'attention de l'irlandais. J'en rajoute donc une couche avec un plaisir à peine dissimulé.

Une fois n'est pas coutume, mon humeur est semblable à celle de Mahkha. Mon âme vibre à l'unisson de mes émotions. À la question de Miurne, il penche négligemment la tête sur le côté puis la secoue de gauche à droite. - Elle est stupide, comme d'habitude, lui murmure-t-il dans la tête, de sorte à ce que la daëmone soit la seule à l'entendre. - Détends-toi ! ajoute-t-il avec un brin de malice.

De mon côté, je conserve mon attitude ambivalente : moqueuse, joueuse, séductrice, orgueilleuse. Difficile pour qui ne me connais pas de faire le tri dans ce que je peux dégager. C'est ma façon à moi de m'imposer, de semer le doute. Mes yeux ne quittent plus l'irlandais. Je guette sa réaction puisque la balle est dans son camp. Et, le reste du monde ? J'en ai pas grand chose à faire. Toute cette histoire, c'est entre lui et moi. Néanmoins, j'aurais sans doute pouffé de rire si nous n'avions pas eu de public à notre joute verbale. J'aurai pu me montrer plus douce, plus sincère. Spontanée. Au lieu de ça, je me contente de lever les yeux au ciel dans un sourire avant de riposter : - Bien, professeur. Dans ce cas peut-être avez-vous une hypothèse à proposer ? Je me prends facilement au jeu, acceptant de ne pas écorcher davantage son image publique, de le laisser reprendre le dessus. Temporairement, en tout cas, cela va sans dire. Je ne suis pas ici pour m'en faire un ennemi.

Enfin, Benedict me regarde. Je me mords inconsciemment la lèvre, en proie à un déluge électrique. Le brasier est là, latent, prêt à se réveiller pour se changer en incendie. Quand il s'anime, je suis certaine qu'il regagne tous les regards. Je quitte mon jeu d'actrice pour devenir spectatrice, fascinée par le spectacle qu'il m'offre cette fois encore. J'ai envie de lui rire au nez, de partager sa folie, je me retiens de justesse. Il s'emballe, suivant le fil de sa théorie, délaissant la cohérence du fond au profit de la forme. Je ne suis promise à personne, moi ! Ce n'est pas moi ait fait preuve d'hésitation tout à l'heure ! Je m'apprête à remettre en cause son développement quand un garçon me prend de vitesse au sujet de fameux filtre d'amour. Lui, il joue dans mon équipe, apparemment ! La mienne, et pas celle de l'autre épouvantail incapable de lâcher un sourire. J'aime beaucoup le fait d'avoir un allié inattendu ! J'espère que l'autre vit très mal la situation ! J'irai bien vérifier, mais j'ai plus intéressant à confirmer. La réponse de l'irlandais flatte autant mon ego qu'elle me chavire. Je saisis l'opportunité pour relever d'un cran encore l'échelle du défi. - Le deuxième, c'est Esbroufe il me semble, non ? reprends-je en fronçant le nez, mutine. Je fais référence à sa capacité incroyable à frimer. C'est aussi un peu ma façon de l'inviter à agir au lieu de parler. Allez, prouve moi donc qu'il y a quelque chose derrière ces belles paroles.

Au moment même où je crois les bras, voilà qu'on nous dérange. J'assiste, médusée au reproche de la bibliothécaire suivi de près par le numéro très "premier de la classe" de Benedict. Quoi ? Il me laisse, ici ? Vraiment ? Je plisse les yeux, en quête d'un indice qui me détromperait. - Ça a été un plaisir de te revoir, Muirne, jubile Mahkha quand leurs pelages, incroyablement semblables, s'effleurent. Je ne peux pas me permettre de laisser transparaître ma déception. Alors, je fais ce que je sais faire de mieux. Je mens. Je me fonds dans un rôle qui ne me ressemble qu'à moitié pour sauver les apparences. Je jette mon sourire à la face de la groupie de l'irlandais avant de prendre moi aussi la tangente.

- Ce fut une conversation passionnante, mais, comme nous l'a signalé mademoiselle, le silence est requis. Bonne journée ! Je m'empresse de tourner les talons. Je feins de me passionner pour les bouquins sur l'étagère derrière moi. En réalité, j'en choisis un au hasard avant de traverser les allées en sens inverse. Quand je ne suis plus visible, je repose l'œuvre sur la première table venue.

- Qu'est-ce que tu fais ?
- On s'en va.
- Lulla....
commence Mahkha, visiblement contrarié. Tu ne vas quand même pas lui courir après !
Pas du tout ! Je ne fais pas ce genre de chose, j'ai beaucoup trop d'amour-propre pour ça. Je n'ai simplement plus rien à faire ici. D'ailleurs, c'est pour qu'on évite de penser que je coure après qui que ce soit que je prends soin de faire un petit détour avant de descendre les escaliers. Je ne dois pas avoir plus que quarante secondes de retard sur mon prédécesseur. Si la ruse parvient à endormir mon ego, elle ne trompe pas ma moitié qui s'empresse de pester : - Tu n'as aucune dignité ! Je préfère l'ignorer.

À mon tour, je m'engouffre à l'extérieur, balayant les alentours du regard. Rien. Pas de tête blonde à l'horizon, juste le soleil brûlant d'un été qui se prolonge. Mahkha vient se frotter contre ma jambe pour effacer ma déception. Le geste serait touchant si je ne ressentais pas, en arrière-plan, sa satisfaction. Il n'a pas le temps de verbaliser sa tentative de réconfort, la sonnerie d'un sms retentit. Machinalement, ma main vient cueillir mon téléphone portable à l'intérieur de mon sac. Je me plante là, en plein milieu du chemin, à quelques mètres de la porte d'entrée. Mon palpitant s'agite frénétiquement et bondit sans prévenir. Expéditeur au numéro inconnu. Il m'est impossible alors de retenir ce stupide sourire qui naît sur mes lèvres et s'épanouit. Il me mange entièrement le visage quand je déchiffre les quelques mots qui me sont adressés. Je fais demi-tour souplement, entourée d'un voile bleuté, à la recherche de Benedict Esbroufe Tristan, alias Ogme pour les croyants.

Une vague de joie me traverse. Mes yeux remontent le long de sa silhouette, jusqu'à croiser finalement les siens, avides d'en déchiffrer l'expression. Je m'accorde quelques secondes pour savourer l'instant, toute à mes sensations euphoriques. Ça doit se voir comme le nez au milieu de la figure qu'il m'intrigue. Je me suis connue plus subtile et plus discrète. J'ai l'impression qu'un immense panneau lumineux flotte au dessus de ma tête avec la mention " Tu me plais" en rouge clignotant sans que j'en ai rien à faire. J'ai juste envie que mon attirance soit réciproque et qu'on en profite pour se charmer. Que l'on joue encore un peu.
Je fais quelques pas pour le rejoindre, luttant contre l'envie de lui sauter au cou. Mon enthousiasme débordant maintient ce sourire immense sur ma bouche. - Donc, ce n'était pas Alzheimer ! annoncé-je en guise d'entrée en matière. - J'adhère pas non plus à ton histoire de complexe de Noise, mais, je dois admettre que tu t'en ais bien tiré ! Par contre, je crois que ta copine était vexée. Je me fends d'une moue faussement compatissante qui ne convaincrait personne. Peu importe puisque finalement j'ai remporté la partie. - Tu attendais quelqu'un en particulier ? Je l'interroge, malicieuse, incapable de résister à l'envie de le taquiner - Peut-être que tu as un autre cours à donner, je ne voudrais pas te retarder !
  
MessageDim 19 Nov - 15:58
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 94Nombre de RP : 25Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
Muirne courba les oreilles et la fente de ses pupilles se rétrécit jusqu’à ne former plus qu’un minuscule losange au centre de ses iris dépareillés. Si elle avait envie de se ranger à l’avis de Mahkha sur la stupidité de cette petite peste de Lulla, se détendre était trop lui demander. Sa queue martela le sol encore une ou deux fois. Elle pris sur elle pour ne pas trahir la mienne, de stupidité, ni le désordre émotionnel que Lulla venait de semer en moi. Elle se contenta de regarder le chacal en silence, sans vraiment savoir sur quelle patte danser, en proie elle aussi, à son trouble.
Ses iris se fendirent à nouveau lorsque je fis preuve de détachement, ce qui la soulagea. Elle savait très bien que ce n’était qu’une façade, mais elle retrouva un peu de sa superbe, au même titre que moi. Elle me félicitait intérieurement pour mon habileté à la pirouette. Le coin de ses babines se releva et à la regarder de plus près, on pourrait croire que le chat souriait. Elle était désormais plus disposée à se ranger du côté de Mahkha à qui elle rendit l’ascenseur à malice : « Mais je suis parfaitement détendue ! Et tu sais quoi ? Ca me fait même plaisir de te voir ! » lança-t-elle au débotté.

Encouragé par le regard et le sourire enjôleur de Lulla, je profitai du phénomène d’osmose émotionnelle avec mon daemon pour surenchérir, m’enlisant dans ma bêtise, sans le vouloir. L’amalgame entre le reproche de la jeune fille et le mythe celtique était facile, en revanche, je n’avais pas du tout pensé aux sous-entendus que mes propos pouvaient faire naître. Rivers ne manqua pas de sauter à pieds joints dans le plat pour me les étaler à la figure. Quel imbécile !
Heureusement que j’étais coutumier de ce genre de revirements de situation. Je n’en étais pas à mon premier coup d’esbroufe et je maniais la pirouette verbale comme personne. Aussi ne me laissai-je pas décontenancer et je choisi de prendre la remarque avec philosophie et d’enter dans son jeu pour rebondir, afin de ne pas faillir à ma réputation. Celle qui disait que rien ne semblait jamais m’atteindre et que j’avais réponse à tout.
Mon rire d’apparente nonchalance à la vanne de Rivers me permis d’évacuer un peu la tension qui me nouait les tripes. En revanche, la réplique de Lulla leur fit faire un triple boucles piquées. Je fis abstraction de la réaction de Muirne et répondis du tac-o-tac :
– Non, c’est Benedict, en lui adressant un clin d’œil complice.
Après tout, c’était le deuxième prénom que je lui avais donné après Oghme et je préférais éviter de lui donner du crédit devant Rivers et Eggerton qui connaissaient comme moi le dieu de l’éloquence.
– C’est synonyme non ? riposta Rivers, tandis que la bibliothécaire interrompait notre petite joute verbale.

Muirne secoua la tête en signe de négation. Entre un frimeur et un dragueur invétéré, il n’y avait qu’un pas que je ne semblais pas prêt de franchir, car je n’étais pas vraiment au fait de ce que le mot « draguer » voulait dire. Mais ça, seuls nous deux le savions. Les daemons d’Eggerton et de Rivers semblaient convaincus du contraire et échangeaient des regards complices qui déplaisaient fortement à Muirne.
Elle fut soulagée de l’intervention de la bibliothécaire qui mit fin à une situation qui promettait de devenir fortement embarrassante pour moi si elle s’était éternisée. Elle s’amusa de l’aplomb de ma réponse à cette dernière, puis se détourna elle aussi de Mahkha dont elle chatouilla le museau avec sa queue en partant. « Tout le plaisir est pour moi. » Elle était fière ne mon arrogance d'apparat, qui dupait tout le monde avec ce vocabulaire savant que je m'évertuais à m'employer. Qui se serait douté qu'un être si instruit pouvait pourtant parfois être si naïf ?
Elle misait sur le fait que j’aurais besoin de m’isoler pour faire le point sur les questions existentielles qui me turlupinaient. Elle s’élança à ma poursuite et sentit l’adrénaline l’envahir quand elle se changea en belette. Ce qui n’était pas pour la rassurer.

J’étais resté planté à côté de la bibliothèque, le portable à la main, toujours aussi indécis qu’à chaque fois que j’avais voulu envoyer ce foutu texto, le cœur battant la chamade.
– Ben… viens, on s’en va !
– Pourquoi ? Alors qu’on commence tout juste à s’amuser.
– Tu plaisantes !
Muirne se figea en me voyant taper sur le clavier du téléphone, puis elle émit un faible grognement en apercevant Lulla à quelques mètres de là.
– Tu ne viendras pas te plaindre après !
– Me plaindre de quoi ? murmurai-je.
Pour toute réponse, elle partit bouder dans ma capuche.
– Qu’est ce qui ne va pas chez toi Muirne ? marmonnai-je à son intention, tout en m’avançant vers Lulla, dont le sourire radieux trouva rapidement écho chez moi.
Peut-être qu’inconsciemment, je savais déjà ce qui troublait Muirne. Je ressentais sa crainte. Mais tel un papillon, j’avais toujours éprouvé de l’attirance pour tout ce qui paraissait un peu dangereux. Même si je ne voyais pas ce qu’il pouvait y avoir de dangereux d’aller discuter avec Lulla, ni même ce qui animait mon enthousiasme démesuré que ma daemon n’avait pas l’air de partager. Serait-ce à cause du chacal ? Après tout, leur relation avait mal débutée et je savais Muirne toute aussi rancunière que moi.

Mes interrogations se dissolvèrent aussitôt que la jeune fille me brancha. Je me laissai aller à rire.
– Non. Mon portable était HS. J’en ai récupéré un en état de fonctionnement il y a peu, c’est pour cette raison que je ne t’ai pas…je détournai furtivement le regard, … rappelée avant.
Et aussi parce que je me sentais terriblement gauche et que je n'avais pas trouvé les bons mots à lui écrire.
Je reposai les yeux sur elle en fronçant les sourcils dans le but d’ajouter quelque chose, mais elle me coupa dans mon élan en remettant le complexe de Noise sur le tapis. Je souris. Même si elle m’avait épinglé, j’étais assez fier de ma connerie. En revanche, mes yeux s’arrondirent lorsqu’elle mentionna ma copine.
– Reynolds ? Non. Je ne pense pas. Pourquoi le serait-elle ? demandai-je en toute innocence.

Muirne se détendit dans ma capuche. Et elle marmonna un « Crétin » de réjouissance affectueuse. Reynolds était effectivement « une copine », au même titre que Rivers et Eggerton étaient des copains. Le plus beau dans tout ça, selon Muirne, c’était que l’idée que Reynolds puisse être autre chose, ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Mais elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter à mon sujet. Elle redoutait bien plus que ma naïveté et ma bêtise, qu’elle chérissait en fin de compte. Car mon innocence était encore celle d’un enfant, que je ne serais plus pour très longtemps.

Je fis une légère moue en faisant mine de réfléchir à la question de Lulla.
– Moui. Avouai-je, l’air de ne pas y toucher. Il n’y a pas que les cours dans la vie. Et ça va, tu n’es pas en retard ! dis-je avec un sourire angélique.

Muirne sentit son cœur se pincer.

D’ailleurs, en parlant de cours, le prochain devait avoir l’air bientôt et l’esplanade devant la bibliothèque ne tarda pas à s’engorger d’étudiants en transit. J’avais cours moi aussi, en théorie. Je balayai la place du regard avant d’adresser un regard en coin à la jeune fille.
– Enfin, sauf si tu as un autre cours de prévu ?

Puis des éclats de voix connus me mirent en alerte. J’avais reconnu les voix de quelques joueurs de l’équipe de hockey que je ne tenais pas particulièrement à croiser. Je les avisai rapidement du regard. Ils ne m’avaient pas encore vu, et c’était tant mieux.
– Je t’aiderais à rattraper si tu veux ! dis-je en lui adressant un regard de défi, tout en lui attrapant le bras, sans lui laisser le loisir de répondre. Puis le l’entraînais à l’opposée des hockeyeurs. Ma main glissa instinctivement le long de son avant bras et se referma sur la sienne, tandis que nous nous éloignons de la bibliothèque.

Muirne ayant senti le danger, avait sauté de ma capuche et, toujours en belette, atterrit à côté de Mahkha à qui elle lâcha avec malice : « Décidément ! On ne fait que se rencontrer aujourd’hui. » Elle se retransforma en chat angora et avisant les daemons de ces brutes de hokeyeurs qu’elle n’avait pas non plus envie de croiser, elle lança joyeusement à Mahkha : « Je parie que je cours plus vite que toi ! »
  
MessageVen 24 Nov - 19:08
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 152Nombre de RP : 36Âge réel : 28Copyright : ShiyaAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
- Par pitié ressaisis-toi. Je pensais que tu avais plus d'honneur que ça.

Même le grognement désapprobateur de Mahkha ne peut me faire redescendre de mon petit nuage. Sa condescendance n'a aucun effet sur mon enthousiasme. Je crois que Benedict a court-circuité mon cerveau. Le chacal a beau multiplier les tentatives pour m'y reconnecter, sa lutte est vaine. Ne pas réfléchir me convient très bien. Je ne l'écoute donc plus.

- Tu n'écoutes jamais.
- Parce que tu n'as aucun sens de l'amusement et du plaisir. Tu es chiant, Mahkha. Je t'aime. Mais qu'est-ce que t'es chiant.


Sur cette charmante discussion, je décide d'ignorer mon âme pour me concentrer sur l'essentiel. J'en profite pour évoquer, tout en délicatesse, la grue outrée de la bibliothèque, histoire de tâter le terrain. Il feint l'étonnement en riposte. Feint, vraiment ? Je plisse les yeux, à la recherche d'un indice qui pourrait le trahir. Je n'arrive pas à croire qu'on puisse faire preuve d'une telle naïveté, à nos âges. Manquant de temps pour peaufiner une tactique, j'opte pour la franchise. - Ce n'est pas vraiment à moi qu'il faut le demander, tu sais ? Mais, si tu veux mon avis, elle n'était pas ravie que je vienne perturber votre conciliabule. Par contre, je ne me sens pas l'envie d'entrer dans une discussion interminable sur le sujet. Je préfère largement tourner la page et démarrer un chapitre bien plus intéressant : la suite des évènements. Je serais bien partante pour un cours particulier, personnellement.

Benedict ne se fait pas prier pour me donner le change, l'air de rien. Mon palpitant sautille dans ma poitrine, comme sur un trampoline, accélérant dramatiquement mon rythme cardiaque. Mon cerveau aurait pu tenter de tempérer cet instant de folie, mais comme je l'ai dit, ce dernier est actuellement hors service. Dommage.

- Tu es ridicule.

Heureusement qu'il y a Mahkha ! Que ferais-je sans ses bons conseils ? Ses grognements dédaigneux, son humeur intransigeante, son intolérance à tout épreuve ! Ce daëmon est une perle ! Vraiment, avoir été affublée d'une telle moitié doit être une calamité pour lui ! Il devrait pourtant savoir, depuis le temps qu'il partage ma vie, que plus on cherche à me pousser dans une direction, plus je me jette à corps perdu en sens inverse.

- Ah, vraiment ? On m'a toujours dit qu'une femme se devait pourtant d'avoir quelques minutes de retard.... fais-je sur le ton de la confidence, sans parvenir à détacher mon regard de lui. - J'ai un devoir sur le dieu celte de l'éloquence à rendre, je me suis dit que t'étais le mieux placé pour m'aider, non ? Mon mensonge est plus intéressant que la vérité. Un cours sur la préservation des œuvres d'art qui est supposé débuter dans quinze minutes, si j'en crois mon téléphone. Mahkha me transmet sa désapprobation silencieusement. Cela suffit à me rappeler la promesse qu'on s'est faite. Rentrer dans le rang. Rester dans les clous. Ne pas faire de vague. Rejoindre la masse docile des étudiants bien sous tous rapports. La perspective ne m'enchante pas. C'est pourtant le prix à payer pour garder un semblant de liberté.

Je pourrais me tenir à cette promesse, s'il n'y avait pas dans les yeux clairs de Benedict cette lueur familière qui m'appelle. Le défi qu'il m'agite sous le nez m'attire inexorablement. Je pourrais faire n'importe quoi face à un tel regard. Je m'arrangerai même pour décrocher la lune. Pas par romantisme, ça non, plutôt par goût de la surenchère et de la compétition. Je serais bien incapable de lui dire non. Je n'ai pas l'occasion de lui répondre. Wikipédia m'entraîne je ne sais où. Ma main se referme naturellement sur la sienne, consentement tacite.

Mahkha reste en arrière, sidéré par mon manque de considération pour lui. Il est blessé, frustré, agacé. Il n'apprécie pas du tout mon goût soudain et inexpliqué pour l'Irlande et ses habitants. Pour l'un d'entre eux en particulier. Il pressent que tout ça pourrait nous faire basculer, lui et moi. Mettre à mal cet équilibre précaire que nous avons trouvé. Il s'apprête à passer sa colère sur Muirne, tout crocs dehors, quand il m'entend dans sa tête.

- Tu te rappelles ce que c'était, Mahkha ?
- Quoi ?
- D'être libre.
Je presse un peu plus fort la main de Benedict, comme pour me rassurer. - Juste aujourd'hui, Mahkha. Juste aujourd'hui.

Ses yeux se ferment un instant. Les souvenirs d'une Roumanie sauvage remontent dans nos mémoires. Les rivières indomptées, la forêt de pins, la montagne si puissante qui nous dominait. Et plus que tout, la liberté. Son armure se fissure. Quand il rouvre les yeux, il est prêt à être un peu plus lui-même, à délaisser pour un temps ce rôle qu'il s'est donné. Il nous semble avoir lu, il y a longtemps déjà, que la sagesse est d'être fou, lorsque les circonstance en valent la peine.

- Le hasard fait bien les choses, petit chat. J'ai hésité à te croquer la queue tout à l'heure pour t'enseigner le respect, mais je ne voulais pas t'humilier devant tes amis, réplique-t-il, moqueur.

Son pas reste mesuré, quelques secondes encore. Jusqu'à ce qu'il n'y tienne plus. Une étincelle malicieuse est venue se nicher au fond de son regard. Sans un mot d'avertissement, il s'élance à corps perdu, me bousculant au passage. - Juste aujourd'hui, me murmure-t-il en silence. Il ne mesure pas l'étendue du cadeau qu'il me fait. Je laisse échapper un rire, soulagée de ne plus ressentir cette hostilité latente autant que d'avoir remporté cette petite bataille contre mon âme.

- Je crois qu'il aime bien Muirne, fais-je, amusée par la situation. - Alors, Tristan, où est-ce qu'on va ?
- Tsssss... Ne lui compte pas fleurette maintenant !
- Je... quoi ? C'est quoi cette expression ? Tu la sors de ton dictionnaire spécial 18e siècle ?
- Lulla ! Pousse-le et cours !


Alors là, je ne comprends plus rien. Je croyais qu'on avait réussi, enfin, à trouver un terrain d'entente. La déception me pince le cœur. Pourquoi refuse-t-il que j'arrache à ce monde d'ennui, quelques lueurs de soleil ? Vraiment, j'en ai assez qu'il soit lunatique !

- On a une course à gagner et sa bestiole va tricher en se transformant et tout et n'importe quoi !
- Et ?
riposté-je, faussement indifférente. Pourtant, déjà, mon envie de me mesurer à tout ce qui peut se présenter me titille. Mahkha soupire, la respiration haletante.
- Si on gagne, je te promets de faire de mon mieux pour me montrer agréable.

Ça, ça ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde. Mon chien, adorable ? Je demande à voir ! Je tire légèrement sur le bras de mon compagnon. Mon sourire s'est envolé. Mon expression est inquiète. - Ben... Je cherche son regard. Je reprends ma respiration, la lèvre tremblante. - Je suis désolée. Ma main se sépare de la sienne, et je fais un pas en arrière. Parallèlement, je remonte lentement le lien qui m'unit à Mahkha, jusqu'à en toucher la source du bout de mon esprit. - Il est hors de question qu'on vous laisse gagner ! Je gratifie l'irlandais d'un clin d'œil avant de fermer les yeux. La seconde qui suit, je ne suis plus qu'une silhouette floue aux contours vacillants. Puis je m'évapore totalement, me fondant à l'intérieur du chacal.

Il ralentit quand je le rejoins, surpris par mon choix.
- Cours ! Mahkha ! Que je sache, tu vas plus vite qu'un être humain, Ben et Muirne ne pourront pas supporter trop de distance entre eux.
- Malin...


Je souris, bien nichée au fond de lui. Nous évitons les étudiants qui s'agglutinent à l'entrée des bâtiments. L'air qui entre dans nos poumons nous brûle. Nos coups de patte sur le sol résonnent sourdement dans notre tête. Et, moi, je ris. À gorge déployée. Sans aucune raison apparente. Je me laisse aller à cette douce folie jusqu'à ce que nous atteignons notre but au bout de quelques minutes. Nous tournons sur nous-mêmes à une intersection, désormais presque vide. Nous nous asseyons tranquillement, la langue pendante. Derrière l'ambre de regard de Mahkha, une lueur bleutée étincelle, symbole de ma présence. C'est d'une voix commune que nous nous apprêtons à leur annoncer juste avant de reprendre chacun notre forme initiale. - Vous avez perdu.
  
MessageLun 27 Nov - 0:03
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 94Nombre de RP : 25Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
J’avais toujours l’air ahuri face à la justification de Lulla concernant Reynolds, ne comprenant vraiment pas où elle voulait en venir et encore moins ce qu’elle semblait insinuer.
– Tu crois ? demandai-je, l’air incrédule. Non, je ne pense pas. Tu n’as rien dit de déplacé, et elle est habituée à bien pire avec Rivers et Eggerton, crois-moi. Reynolds était habituée à traîner avec nous et elle avait déjà connu situations plus cocasses en présence des deux autres larrons. Des trois, j’étais le plus soft.
C’était moi surtout, qui avait été embarrassé par cette confrontation inattendue.
– C’est plutôt la bibliothécaire que ça a le plus dérangé, de toute évidence. dis-je en retrouvant mon aplomb et mon grand sourire. Je ne savais d’où provenait exactement ma liesse, mais Muirne s’amusait grandement de me savoir à côté de mes pompes. Elle se garda bien de faire tout commentaire qui aurait pu me mettre la puce à l’oreille.

Comme Lulla me tendait déjà une autre perche bien plus amusante, j’oubliai rapidement le léger malaise provoqué dans la bibliothèque et en profitai pour sauter dans le plat à pieds joints, comme d’habitude, mais au grand damne de Muirne cette fois-ci. Le jeu pourtant bien rodé, avait une saveur différente aujourd’hui et mon apparente assurance avait du mal à continuer à faire illusion. Je ne savais pas pourquoi mon trouble persistait et avait tendance à s’accentuer à chaque fois que je croisai les yeux de la jeune fille. J’avais du mal à soutenir son regard, sans avoir l’étrange sensation que j’allais perdre pied et que j’allais boire la tasse si je m’y éternisais trop longtemps.
Aussi, profitai-je de sa remarque pour détourner les yeux et me marrer. Je fourrais mes mains dans les poches de mon sweat bleu roi, parce qu’il me prenait l’envie de battre la mesure comme à chaque fois que j’étais nerveux. Au contraire, cela me permis de feindre un parfait détachement.
– Parce que les femmes sont plus préposées au retard que les hommes ? répliquai-je sur le ton de la plaisanterie. Toutefois, ma vanne, supposée taquine n’était que le reflet de ma naïveté. Je ne voyais pas en quoi le retard d’une fille serait mieux toléré que celui d’un mec. En tout cas, en classe, ça ne se vérifiait pas toujours. J’en étais l’exemple parfait puisque j’étais incapable d’arriver à l’heure à tous mes cours du matin. Les profs avaient fini par s’accoutumer à cet état de fait, puisque cela n’impactait aucunement mes résultats scolaires. Ils étaient bien en peine de pouvoir me le reprocher.
Je tournais de nouveau la tête vers Lulla et j’allais fièrement m’en vanter quand elle me coupa l’herbe sous le pied avec ce qui sonnait à mon oreille comme une douce flatterie, de quoi gonfler mon ego à bloc. Si je n’aurais pas manqué l’occasion de surenchérir en temps normal, mon sourire hautain se figea et se mua en une version plus naturelle et plus sincère. Mes yeux se perdirent un instant dans les siens et mon élan de vantardise retomba comme un soufflet. Je sentis le feu irradier mes joues et je ne m’expliquai pas la gêne que j’éprouvais encore. J’expédiai mon trouble dans un léger éclat de rire.
– Il semblerait, oui.
Je détournai une nouvelle fois la tête avant de lui couler un regard en coin, sans me défaire de mon sourire.
– J’ignorais que tu étudiais également l’histoire des civilisations. Tu as monsieur Wellington comme professeur ? C’était lui que j’avais l’an dernier. Sans vouloir le dénigrer, il n’est pas très calé en histoire celtique. Du moins, pas autant que l’historien que je connais, spécialiste du sujet. Ce qui est normal, tu me diras. Un professeur se doit d’étudier la surface de nombreux sujets d’histoire pour pouvoir les transmettre à ses étudiants, alors qu’un historien peut se consacrer à l’étude spécifique des domaines qui l’intéressent, sans se soucier de transmettre autre chose que les résultats de ses recherches. L’enjeu et l’objectif son différents.

J’étais donc forcément le mieux placé pour l’aider à rattraper dans cette matière, si c’était effectivement de ce cours dont il était question. Cette fois-ci, je me doutais qu’il y avait un double sens dans sa remarque. Aussi n’eus-je pas le temps d’investiguer d’avantage que je du couper cours à la discussion en lui imposant mon aide, sans aucune autre arrière pensée que celle de fuir subtilement les hockeyeurs que j’avais aperçus du coin de l’œil.

Les moustaches de Muirne tressautèrent de désapprobation à la remarque de Mahkha. Elle vint s’asseoir à côté de lui, le regard dirigé dans son dos avec son air le plus hautain.
– C’est plutôt à elle que tu devrais inculquer le respect. répliqua-t-elle, vexée, en désignant Lulla d’un signe de tête.
– Elle est passée pas loin de l’humiliation publique. Méfie-toi qu’il ne la morde. Ajouta-t-elle, juste pour le plaisir de la surenchère, car elle savait pertinemment qu’il ne me viendrait jamais à l’idée d’humilier Lulla. Mais ça, Mahkha l’ignorait et me tailler un costard amusait grandement ma daemon.

Elle serait bien restée figée un instant pour faire la nique à Mahkha, mais ma panique soudaine l’incita à défier le chacal à la course pou l’inciter à bouger. Elle s’élança sous sa forme de chat, qu’elle conserva jusqu’à ce qu’il daigne se lancer à sa poursuite.

Quant à moi, j’avais accéléré le pas pour mettre un maximum de distance entre nous et les hockeyeurs. Je vis Muirne détaler comme une folle tandis que Lulla m’apostrophait de nouveau. Ce surnom dans sa bouche avait le goût et l’odeur du miel et à l’instar du héros de l’histoire, je me demandais si elle ne m’avait pas ensorcelé. Je souris à cette idée saugrenue pour la chasser aussitôt, mais je ne pu m’empêcher de rougir comme mon cœur s’emballait.
J’avais du mal à ordonner mes pensées et je n’avais qu’une envie, fuir très loin d’ici.
– Euh…
Réfléchis, Ben, vite !
– Tu connais le Hasard ? C’est un salon de thé à la périphérie du campus. On pourrait aller étudier là bas. Ils font des glaces délicieuses.
Et avant qu’elle n’aie le temps de décliner la proposition, j’adressai un clin d’œil à Lulla et j’ajoutai :
– Je t’invite, avec un sourire radieux.

Mais cela n’avait pas l’air de lui convenir. Elle me contraignit à m’arrêter. Mon sourire se figea et mon cœur manqua un battement. Je n’y comprenais plus rien. Qu’avais-je dit, ou fait de travers ?
– Quoi ?
Je ne comprenais pas non plus la raison de l’immense frustration qui m’envahissait soudain. Puis son clin d’œil me rasséréna. L’ascenseur émotionnel fit deux allers-retours le temps que je comprenne ce qu’elle était en train de faire. Je l’avais déjà vue faire ça la dernière fois.

Muirne qui n’avait absolument rien suivi à l’action avait pris une petite avance que Mahkha ne tarda pas à rattraper. Elle lui laissa prendre l’avantage avant de se métamorphoser en jaguar pour se faire un malin plaisir d’enrhumer le chacal.

– Muirne…
Il me fallu une seconde pour comprendre la situation dans laquelle je me retrouvais. C’était une seconde de trop.
– Merde ! Tu déconnes Muirne !
Je m’élançai à leur poursuite en courant, mais il ne fallait pas se leurrer, j’étais bien incapable de les rattraper.

Muirne s’aperçu alors de son erreur. Elle avait omis de mentionner la ligne d’arrivée. Elle ne tarda pas à ressentir cette tension désagréable et pesante qui apparaissait lorsqu’elle s’éloignait trop de moi, bien qu’elle menât la course. La tension se mua vite en un point douloureux et elle du se rendre à l’évidence de sa bêtise. Elle du s’arrêter. Elle ne se démonta pas cependant, pensant à juste titre que Mahkha serait victime du même phénomène. Elle fut toutefois surprise de l’entendre fanfaronner.
– Tu plaisantes ! Je t’ai distancé haut la main !
Elle se rendit compte de sa méprise lorsqu’elle vit Lulla et son daemon reprendre chacun leur place.
– Co…comment ? dit-elle d’abord, abasourdie, avant de s’insurger avec fougue. Hey mais c’est de la triche ! Mahkha ! Espèce de vil chacal, c’est déloyal
Elle ne pouvait cependant réprimer son amusement.

Je couru à en perdre haleine jusqu’à rejoindre Lulla et les deux daemons. Je m’arrêtai à côté de Muirne, les mains sur les genoux, incapable de prononcer le moindre mot, trop occupé à reprendre mon souffle. Mes poumons me brûlaient. Muirne se transforma en husky et se frotta contre mes jambes.
– Ca va aller, respire calmement.
– T’en…as…de…bonnes ! dis-je en me laissant tomber, les fesses dans l’herbe.
– Ben !
L’inquiétude filtrait dans sa voix. Elle me donna un coup de tête affectueux et je me laissai tomber à la renverse, les bras en croix dans la pelouse, peinant toujours à retrouver une respiration régulière.
– Vous voulez ma mort ou quoi !
– Désolée me chuchota Muirne, qui lança un regard noir en direction de Lulla, qu’elle tenait pour responsable de mon état.
– Ils ont triché !
Mon sourire réapparu comme je me calmais et j’éclatai de rire.
  
MessageJeu 30 Nov - 21:53
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 152Nombre de RP : 36Âge réel : 28Copyright : ShiyaAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
- C'est ce qu'on raconte... répliqué-je, faussement sûre de moi. Dans les magazines et les films à l'eau de rose en tout cas. L'un et l'autre constituant mes seules sources d'informations concernant le comportement féminin idéal. Après tout, ce n'est pas comme si ma famille regorgeait de modèle auprès desquels m'inspirer. Clémence étant ma gouvernante, elle ne fait pas partie des candidates aux postes. Ma grand-mère habite à plus de dix mille kilomètres de moi. J'ai bien quelques tantes, mais je ne les vois jamais. Ne me reste donc pour me renseigner que la presse et la fiction. Personnellement, j'ai pris la décision depuis longtemps de ne faire que ce que je veux sans me préoccuper des codes sociaux. Cependant, me pointer en retard pour faire mariner quelqu'un et préparer une entrée ravageuse.... Je dois bien admettre que c'est arrivé plus d'une fois. J'avais toujours d'excellentes raisons !

Je saisis instinctivement l'occasion de le taquiner en m'inventant un devoir factice. Benedict fait plus que de simplement tomber dans le panneau, il fonce dedans tête baissée. J'éclaterai volontiers de rire si la rougeur sur ses pommettes ne m'intriguait pas autant. Visiblement, monsieur est sensible à la flatterie. C'est bon à savoir. Et, si j'en crois son débit de paroles et sa digression estudiantine, durant laquelle il ne me laisse pas en placer une, il est mal à l'aise. Vraiment très, très intéressant. Je m'apprête à confesser mon mensonge quand il décide de trancher sur la question, me proposant un cours particulier. Qui suis-je pour refuser une telle offre ? Emportée par sa légèreté, je me laisse guider par sa main. L'après-midi s'annonce beaucoup plus agréable que prévue. Je parviens même à négocier la levée d'un drapeau blanc avec Mahkha pour pouvoir profiter pleinement de cet interlude au quotidien. J'entends ce dernier rire sous cape sans savoir ce que Muirne peut bien lui avoir dit.
- Elle dit que je devrais t'enseigner le respect. Elle n'a pas tort. Je préfère ne pas répondre à cette accusation, je risquerai de me montrer désagréable. Mais, qu'il essaie donc, de m'apprendre quoi que ce soit ! - Rassure-toi, j'ai abandonné depuis longtemps l'idée de mettre un peu de plomb dans ta cervelle de moineau.

Enfoiré.
Il a de la chance que j'ignore totalement ce qu'il répond à la daëmone.


- Elle est déjà bien assez mordue comme ça.
Il hésite un instant à préciser qu'heureusement, je suis versatile et qu'il est persuadé que mon goût pour l'Irlande n'est que passager. Il n'en faut pas plus au chat pour l'emmener sur notre terrain de prédilection : le défi.

Très honnêtement, je ne me préoccupe pas très longuement de ce que nos âmes peuvent bien se raconter. Benedict est un sujet beaucoup plus intéressant à mes yeux. Tout autant que cette seconde rougeur qui apparaît sur ses joues. Mon orgueil ronronne. Ma malice s'agite, me suppliant de recommencer. Ce que j'aurais fait avec plaisir si Mahkha n'avait pas parasité ma conversation avec le jeune homme. J'ai à peine le temps de saisir les mots Hasard- Glaces - Invite que ma moitié me fait une proposition alléchante. Plus que ça même. Le genre de marché que je ne peux pas refuser. Face à l'urgence de la situation, je feins le regret, semant le trouble au passage. Juste assez pour me permettre de fusionner avec le chacal. Je me pelotonne à l'intérieur pour ne pas interférer avec ses mouvements et ses directions. Il a, entre ses pattes, les clés de notre réussite. Ou pas.... Muirne n'abandonne pas facilement. Je la vois reprendre la tête de la course sous la forme d'un impressionnant jaguar.

- Je suis beaucoup plus impressionnant !
- Oui, si tu veux ! Accélère !


On n'a pas le temps d'entrer dans ce genre de débat. Si nous poumons nous brûlent, si nos pattes nous lancent, ce n'est pas suffisant pour nous forcer à nous arrêter. Mahkha ne ralentit et ne s'assoit que lorsqu'il est sûr d'avoir remporté la partie. Je ressens sa fierté. Je la partage dans un frémissement de pelage alors que nous annonçons sans ambage notre victoire. Il a l'impression d'avoir enfin pris sa revanche sur Muirne. D'avoir prouvé qu'au-delà de ses belles paroles et de son air supérieur, il y a bel et bien un être assez remarquable. Avant de le quitter, il faut que je m'assure d'un détail.

- À ton tour de respecter ta part du marché.
- Je tiens toujours parole, contrairement à toi.


Des mots douloureux dans un carcan de velours. Je préfère lui cacher mon cœur qui se pince. Mahkha oublie parfois que je suis susceptible. Je ne sais pas s'il a prononcé ces mots par manque d'égard, par inattention, ou dans l'objectif assumé de m'atteindre. Je préfère imaginer que c'était involontaire. Parfois, il est plus facile de fermer les yeux. Je réapparais de la même manière que j'ai disparu quelques minutes plus tôt. En reprenant possession de mon propre corps, j'emmène avec moi un certain essoufflement et l'impression d'avoir couru au petit trot. Rien de comparable avec ce qu'a vécu le corps de mon compagnon. Je le laisse régler ses comptes avec... sa quoi ? Son amie ? Oui, disons ça. Je préfère largement lisser le bas de ma robe, vérifier d'un coup d'œil rapide mon allure, et me préparer à accueillir Benedict avec mon plus beau sourire. Celui qui dit : " Je t'ai eu !"

Mahkha fait claquer sa langue contre son palais. - Non. Comme dirait ton humain... "Aucune règle n'a été fixée au préalable." Si tu peux changer de forme, je peux utiliser les atouts dont je dispose. C'est difficile pour lui de cacher le fait qu'il jubile. Il n'a jamais eu la victoire modeste. Bien au contraire. La preuve, s'il en faut encore une, est qu'il se met à se pavaner littéralement devant la demoiselle aux yeux vairons. - Je t'avais pourtant dit que tu n'avais aucune chance contre moi, non ? Je crois que tu devrais te prosterner, achève-t-il de dire dans un éclat de rire.

Benedict nous rejoint finalement, à bout de souffle. J'ai un mouvement dans sa direction avant d'être doublée par sa daëmone. Je donne le change en croisant les bras sous ma poitrine. Bien. Puisque je ne peux pas me montrer compatissante, je vais devoir faire différemment. Au moment, où il s'assoit, j'opte pour la taquinerie.

- Allons, tu ne vas quand même pas nous faire un malaise pour une petite course ! Je lève les yeux au ciel pour appuyer mes propos. Comme c'est mal de tirer sur les ambulances. Assez drôle malgré tout. Surtout que j'ai beau me la raconter, mon rythme cardiaque vient seulement de s'apaiser. Et, moi, je n'ai pas couru ! Enfin, pas vraiment. Je lève les mains en l'air pour prouver mon innocence face à ses accusations. - Je n'ai rien fait ! Visiblement, Muirne n'est pas de cet avis puisqu'elle me gratifie d'un regard noir. Apparemment, elle me juge responsable de l'état de Benedict. Mes sourcils se haussent. Qu'elle se montre aussi teigneuse qu'elle veut, je n'ai pas pour habitude de me laisser impressionner par qui que ce soit. Si elle veut jouer à ça, nous allons être deux ! C'est elle qui finira étouffée par sa mauvaise foi. Dans un élan de maturité éblouissant, je m'empresse d'ajouter en observant le husky : - C'est Muirne qui voulait faire la course ! Traduction : c'est celui qui dit qui y est !

Ma moue obstinée ne fait pas long feu quand le jeune homme se met à rire. J'essaie de garder mon sérieux quelques secondes, en vain. Par un effet de miroir, sa bonne humeur me contamine ! Les bras toujours croisés sous ma poitrine, je détourne le regard, incapable de retenir un sourire illogique. - Je te jure que c'est elle ! N'est-ce pas Muirne ? Bien malgré moi, mon ton a perdu de son hostile. Pour un peu, je tirerai bien la langue à cette petite peste poilue. De toutes façons, il fait beaucoup trop beau pour que je sois rancunière aujourd'hui. - Allez ! fais-je pour motiver l'irlandais à bouger son auguste postérieur. Dans ma grande générosité, je tends ma main vers lui pour l'aider à se relever. Au cas où cela ne soit pas suffisant, j'en rajoute une couche, histoire de bien me faire comprendre. Argument numéro un : - Tu m'as fait miroiter une glace ! Argument numéro deux : - Promis, papy, on marchera à une allure modérée par égard pour tes poumons. D'accord, peut-être que je me moque un peu. - En plus, si tu ne te lèves pas, je ne pourrai pas te faire découvrir l'endroit le plus cool de la fac pour manger une glace. Bon, je grossis sans doute un peu le trait Très légèrement. Espérons qu'il morde à l'hameçon. Je hausse les sourcils, pleine d'assurance, comme pour lui demander... Alors, Ben, qu'est-ce que tu choisis ?
  
MessageJeu 30 Nov - 22:08
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 94Nombre de RP : 25Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
La réponse de Mahkha avait fusé dans la tête de Muirne. Elle n’avait pas relevé, mais les propos du chacal n’étaient pas tombés dans l’oreille d’une sourde. Elle n’était cependant pas certaine du sens à leur accorder et elle préférait ne pas savoir. Elle n’aimait pas le petit jeu de Lulla qui me tournait un peu trop autour, ni les violentes vagues d’émotions qui nous submergeaient tous deux. Car ce qu’elle redoutait plus que tout, c’était mon incapacité à faire dans la demi-mesure, tout comme les dérives vers lesquelles tendaient à me conduire certaines de mes passions dévorantes. Elle n’était pas préparée à cela. Nous n’étions pas préparés à cela.

Muirne, tout comme moi, préférait, et de loin, s’adonner aux pire gamineries pour fuir tout ce qui l’effrayait dans la vie. Et quoi de mieux, pour faire diversion, qu’une course avec Mahkha ? C’était complètement puéril. Et non, elle n’avait rien trouvé de mieux pour éloigner Lulla de moi.

Son cœur battant la chamade. Elle s’était élancée, poussée par l’adrénaline qui l’entraînait toujours plus loin. La vitesse de course du jaguar la grisait. Elle savait son temps de course limité, aussi avait-elle choisi la forme qui lui permettait de tout donner pour distancer son rival au plus vite. Elle avait juste omis un détail, une broutille… Je ne pouvais pas suivre.

Contrainte de s’arrêter à cause de sa propre bêtise, elle était fortement désappointée. Et le chacal ne fut pas le dernier à fanfaronner, naturellement. Elle sentit un frisson de vexation lui parcourir l’échine. Les poils de son dos formèrent une crête pointue le long de son épine dorsale, signe de son agacement. Muirne était aussi mauvaise perdante que moi.
Elle était furieuse et se serait bien jetée sur le chacal pour lui faire ravaler sa morgue. Au lieu de cela, elle ferma les yeux, le temps de reprendre son souffle et de se calmer. L’exercice était ardu, car elle me sentait dans tous mes états et elle redoutait que je ne perde le contrôle de mon pouvoir.
– Je crois que tu prends un peu trop tes rêves pour des réalités !
répliqua-t-elle, le ton rogue. Tu as gagné cette fois-ci, mais tu veux qu’on reparle de ton fabuleux exploit dans la forêt ? lâcha-t-elle avec ironie, en rouvrant les yeux.
Mahkha l’agaçait. Mais bien qu’il soit parfaitement insupportable, elle trouvait qu’il dégageait une sorte de magnétisme qui ne la laissait pas indifférente.

D’ailleurs, en parlant de magnétisme… j’avais fini par les rejoindre et elle se précipita pour devancer Lulla à ma rencontre. J’avais tant couru que mes poumons ne semblaient plus savoir comment se contracter calmement pour me permettre de me réapprovisionner convenablement en oxygène. Je du m’asseoir, sentant que la tête me tournait.
– Course ?... une… vraie… promenade… de santé, tu veux … dire !
– Ben… marmonna Muirne dont toute la vexation s’était envolée. Elle culpabilisait désormais.
Je trouvais assez d’air pour les accuser d’avoir attenté à ma vie, sans une once de sérieux, bien entendu, avant de me laisser tomber dans l’herbe.
– Nan… c’était le chat… c’est ça ?
Muirne ne savait pas sur quelle patte danser et hésita à le prendre pour elle, puisqu’elle était justement un chat, lorsqu’elle avait défié Mahkha. Lulla enfonça le clou.
– Pas avec toi ! C’est avec Mahkha que…
Elle s’interrompit quand je me mis à rire et se laissa gagner par ma liesse. Elle se détendit un peu et ses yeux vairons se tintèrent de malice avant qu’elle ne se transforme à nouveau en belette. Elle ne répondit rien et alla se lover dans mon cou, puis glissa dans ma capuche tandis que je me redressai sur mes avants bras, après m’être calmé.

J’allais me saisir de la main de la jeune fille sur laquelle mes yeux s’arrêtèrent, lorsqu’elle me rappela mes promesses de tantôt.
– C’est vrai.
Mon sourire s’élargit à ses moqueries, et je levais sur elle un regard empli d’espièglerie. Si elle croyait qu’elle allait s’en tirer à si bon compte…
– Plait-il ? m’offusquai-je sur un ton peu crédible. Je me contenterais de marcher sur deux pattes, si tu n’y vois pas d’inconvénient. ajoutai-je sur un ton plus léger, sans me défaire de mon sourire.
Ma bouche s’arrondit en une moue joueuse alors qu’elle me vantait son endroit cool.
– Plus cool que le Hasard ? Je demande à voir ! Non parce que, c’est vraiment le plus…
Sa taquinerie silencieuse m'invita au silence. En guise de réponse à son haussement de sourcil, je saisis sa main avec un sourire mutin. Je la laissai tirer pour m’aider à me relever, et me laissai peser de tout mon poids, exprès pour la taquiner. Puis, lorsqu’elle exerça une traction plus forte je me relevai d’un bond pour inverser la tendance dans le but de la déséquilibrer, par jeu.

Spoiler:
 

Sauf que je pris trop d’élan et me foirai complètement. Je la heurtai de plein fouet et dû m’accrocher à elle pour ne pas me vautrer et nous entraîner tous deux dans une chute ridicule.
– Oups !
Je m’empressai d’enlever mes mains d’où je les avais posées.
– Euh… pard… désolé.
Je sentis de nouveau mes joues irradier lorsque je croisai le regard de Lulla, tandis que je prenais conscience de son corps contre le mien. Je souris par réflexe pour évacuer ma gêne.
– Pardon.
Je m’empressai de reprendre une distance plus convenable.
– Heu… de quel endroit cool tu parlais déjà ? Il y a peu de chances pour que je ne le connaisse pas. Je connais les moindres recoins du campus, tu sais.
Fanfaronner pour noyer le poisson… Du grand O’Connell !

Muirne avait sauté de ma capuche au moment de l’impact et était sidérée par ma maladresse. Si elle n’avait été mon âme, elle aurait sans doute pu penser que ce petit manège était savament calculé. Il n'en était rien. C’était bien ça le problème avec moi. J'avais simplement fait cela par jeu, sans voir plus loin que le bout de mon nez et je découvrais une saveur toute nouvelle et parfaitement inattendue à mes pitreries de d'habitude.

Muirne était toute aussi gênée que moi lorsqu'elle risqua un regard vers Mahkha.
  
MessageDim 10 Déc - 18:15
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 152Nombre de RP : 36Âge réel : 28Copyright : ShiyaAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
D'ordinaire, Mahkha se montre calme, inaccessible, hautain. Il n'a pas toujours été aussi imbuvable. À mesure qu'il se laisse emporter par l'euphorie de sa victoire, je sens son armure son fissurer. Caché derrière la froideur et le contrôle de lui, mon daëmon est toujours là. La différence entre ce qu'il est et ce qu'il dégage n'est même pas mesurable. Je le sens qui s'emballe à l'intérieur de ma tête, envahi par cette impression de liberté absolue. Il y a bien longtemps que je ne me suis pas sentie aussi proche de lui. Qu'il n'a pas été aussi sincère. Fébrile comme un enfant qui remporte sa première course, le chacal s'amuse. Il se laisse aller à donner un coup de tête affectueux à Muirne avant de répliquer - Oh oui ! Je vois parfaitement ! Tu parles sans doute du moment où nous sommes venus vous chercher !

- Tu la cherches !
- Elle s'en remettra !


Je sens son cœur se pincer quand elle le délaisse pour rejoindre Benedict. Il se console rapidement au souvenir de sa victoire. Loin d'interférer avec la mienne, sa bonne humeur ne fait que l'augmenter. Pour une fois, nous avons réussi à faire quelque chose ensemble. Grisée par cette sensation, j'en profite pour taquiner mon adversaire qui, lui aussi, je n'en doute pas, s'en remettra ! S'il a besoin d'un temps pour reprendre son souffle, ma soif de vivre n'est pas satisfaite. Elle est impatiente, impétueuse. Elle en réclame toujours plus. Plus de courses stupides, plus de moments volés, plus de papillons qui s'envolent. Plus de bonheurs simples qui font vibrer.

Immature et joueuse, je me dédouane de mes responsabilités. Je m'en déleste pour les confier à sa petite peste de daëmone. Muirne réagit au quart de tour, piquée au vif. L'une comme l'autre, nous rendons les armes face au rire de l'irlandais. Cet interlude prenant fin, je lui tends la main pour l'inciter à se lever. Il la saisit, m'offrant au passage un regard que je peine à déchiffrer, mais au fond duquel j'ai la sensation de perdre pied. Ses yeux font écho à quelque chose chez moi. Quelque chose d'endormi, de bien dissimulé sous le vernis d'apparât. Quelque chose qu'il réveille, qui s'étire comme un gros chat et qui ne demande qu'à jouer. J'essaie sincèrement d'aider le jeune homme à se mettre debout. Sa résistance me frustre autant qu'elle m'amuse. Je tente de contenir un sourire pour le gronder : - Mais, fais un effort ! Mes yeux se plissent. Puisqu'il veut aller sur ce terrain-là, très bien. J'inspire profondément avant de bander mes muscles, genoux fléchis, pour gagner en force de traction.

Sauf qu'il cherche à me prendre par surprise en se levant d'un bond, au même moment. Le choc de la rencontre me fait serrer les mains sur son sweat, par crainte d'être totalement déséquilibrée. Sans doute poussé par le même instinct d'auto-préservation, il se raccroche à moi. J'en perds le souffle. Il en perd ses mots. Ses excuses répétées s'opposent à mon silence. Son sourire me fascine. Ses lèvres m'attirent. Ma pulsion hormonale et déraisonnable se change en frustration quand il s'écarte de moi. Il change rapidement de sujet. De mon côté, je décide de donner le change en mettant les pieds dans le plat.

- Tu sais, normalement, les câlins viennent après le premier rendez-vous, pas avant ! Effectivement, je n'ai absolument pas réfléchi avant de parler. Ce détail ne m'empêche pas de poursuivre sur ma lancée. Alors que mes yeux cherchent à le charmer, mon sourire est malicieux. Presque taquin. Volontairement, je garde quelques secondes le silence pour le laisser en déduire ce qu'il voudra. À lui de savoir lire entre les lignes, ou pas. En vérité, je ne sais pas moi-même situer la limite entre le jeu innocent et la séduction. Je sais simplement qu'il y a quelque chose de plus derrière mes mots.

Mahkha, quant à lui, se sent subitement l'envie d'être protecteur. Lui, qui sait pertinemment ce qui est en train de se passer, n'est pas insensible à l'attitude de Muirne. - Ne fais pas cette tête là, personne n'est mort, que je sache. Il y a de la bienveillance dans sa voix. Tant qu'il en détourne un instant les yeux, comme pour ne pas être pris en faute. Ce serait dramatique si l'on venait à se rendre contre qu'il a des émotions, voyez-vous. - J'ai promis à Lulla de me montrer agréable aujourd'hui, mais, si ça t'arrange, je peux être suffisamment pénible la prochaine fois qu'ils se croiseront, pour qu'ils évitent d'être amis... Selon lui, la proposition est honnête. D'un mouvement de gueule, il l'invite à le suivre alors qu'il part devant. - Allez viens, petite Muirne.

- Donc, glaces à emporter, et après, je t'emmène quelque part ! Et, non, je ne pense pas que tu connaisses ! fais-je en secouant la tête. Impossible, je dirais même. Emportée par mon élan, j'attrape son bras et y accroche le mien, telle la reine que je suis supposée être. Je ne lui laisse pas vraiment le choix. Après tout, c'est un geste parfaitement innocent ! Le type de comportement que je pourrais avoir avec mon entourage. - On y va ?

Je l'interroge de regard avant qu'on se mette en marche. Je lutte trente secondes contre l'envie de le charrier avant d'y céder : - Et puis, si t'es sympa, peut-être que t'auras le droit à un câlin. Je me marre à moitié. J'ai tellement envie d'en rajouter trois tonnes. - Non mais, on sait jamais ! Si t'es vraiment doué, peut-être même que ce sera un baiser plutôt qu'un câlin ! Je crois qu'il va vite apprendre qu'il ne faut pas me laisser la moindre chance de pouvoir le taquiner. Allez, je vais être sympa. - Mahkha se porte volontaire ! Par contre, je te préviens, il n'a pas très bonne haleine !

- Je t'ai entendu.
- Dommage que tu sois le genre de daëmon à tenir parole !
- Je me vengeai.


Je laisse échapper un rire. Il serait beaucoup plus crédible s'il mettait plus de ferveur dans ses pensées et un soupçon moins d'amusement. Il n'en fera rien. Il préfère encore que ma conversation avec Ben dérive sur sujet n'impliquant pas de rapprochement entre moi et lui. Je décide d'être raisonnable en ne poussant pas davantage le vice. Je lui fais même l'honneur de changer de thématique. - Et donc, monsieur-je-connais-l'université-comme-ma-poche, quel endroit a ta préférence ?
  
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