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Vous voulez parler à Dieu ? Alors allons lui parler ensemble. Je n'ai rien de mieux à faire ce matin.

 
  
MessageLun 1 Jan - 15:34
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 173Nombre de RP : 48Âge réel : 28Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
Muirne ne comptais pas se laisser décontenancer aussi facilement. Aussi ne se priva-t-elle pas de rappeler au bon souvenir de Mahkha la déconvenue de leur rencontre. Elle le défiait du regard lorsque celui-ci la surpris en lui donnant un coup de tête affectueux. Elle frissonna d’aise de la tête jusqu’à la queue et eut du mal à contenir le ronronnement qui voulait échapper de son poitrail.
– Non, pas de celui-là, non ! Je pensais d’avantage à ton goût prononcé pour les proies dites… facile. répliqua-t-elle avec malice. Bien qu’elle en mourrait d’envie, elle ne trouva pas le courage de lui rendre son coup de tête ni d’assumer les conséquences d’un tel acte. Ses préoccupations se tournaient d’avantage vers la culpabilité qu’elle ressentait vis-à-vis de moi.

Quant à moi, je m’amusai à opposer de la résistance à Lulla qui me reprochait de ne pas y mettre du mien pour me relever. Je lui adressai un sourire angélique pour toute réponse, avant de me lever d’un bond, trop confiant dans mes réflexes. Je n’avais juste pas prévu que sa proximité me ferait cet effet là, et je ne comprenais pas pourquoi le désordre s’installait dans mes battement cardiaques, ni partout ailleurs. Les signaux étaient multiples et contradictoires et ma gaucherie et ma gêne tuaient dans l’œuf le plaisir fugace né de cet instant volé. Les réactions de mon corps m’échappaient et je préférais vite reprendre mes distances, avant de me retrouver dans une situation fort inconvenante.
Je trouvais vite un sujet à aborder et j’allais me transformer en vrai moulin à parole lorsqu’elle m’attira de nouveau sur ce terrain glissant que je m’étais empressé de fuir, par crainte de ce que j’éprouvais et surtout, de ne plus rien maîtriser.

Mes cheveux se hérissèrent à la base de ma nuque.
– Ah !.... Trouve un truc Benedict !
Je me sentis gagner par la panique, tout comme Muirne, qui tourna aussitôt la tête dans ma direction. Elle savait que cette fois, j’avais compris. Ou du moins, je n’avais pas interprété les propos de Lulla avec la naïveté qui me caractérisait d’habitude. Quelque chose était en train de changer. Irrémédiablement.
– Normalement… Il faut croire que… dis-je en tournant la tête vers elle… je ne fais jamais rien comme tout le monde. C'était le moins que l'on puisse dire.
Je ponctuai ma phrase d’un sourire angélique et Muirne déglutit péniblement. Elle se mordit la langue pour ne pas me traiter d’imbécile. Elle savait que je tentais de sauver les apparences parce que je ne maîtrisais plus rien, mais frimer dans un moment pareil, était particulièrement mal choisi, à ses yeux, au vu de ce que Lulla semblait attendre de moi. A ce jeu là, nous n’avions aucune chance, elle en était convaincue, car non seulement nous n’en connaissions pas les règles et pire même ! Je n’avais même pas conscience des cartes que j’avais en main; et encore moins d’être entrain de faire du charme à la jeune fille malgré moi.

Mahkha tira Muirne de sa torpeur et elle ronchonna :
– Oh non. Pas encore. Mais lui, demain, il est mort !
Elle était aussi furax qu’inquiète et elle avait presque envie de demander à Mahkha de refréner les ardeurs de sa peste d’humaine dont le machiavélisme était désormais évident ! C’était une vile sorcière ! Et elle était en train de m’ensorceler.
– Oh… Pénible avec qui ?
Elle emboîta le pas de Mahka et le « petite Muirne » flotta douillettement dans sa petite tête de belette. Elle garda pour elle ses réflexions, car elle se rendait compte que le lien qui semblait unir le chacal à Lulla était quelque peu différent de celui qui l’unissait à moi.
– Ce serait dommage qu’ils se détestent. Je serais obligée de te faire la misère tout le temps, après ! dit elle, amusée, en sautillant autour de Mahkha. Elle savait au fond d’elle-même, qu’elle l’appréciait déjà trop pour pouvoir le détester.

– Ah oui ? On parie ?
Je du prendre sur moi pour avoir l’air parfaitement normal lorsqu’elle m’attrapa le bras, comme aurait pu le faire…ma sœur. Mais quelque chose en mon fort intérieur me faisait sentir les choses différemment. Puis je me laissai porter par l’élan et n’y pensais plus. Enfin, j’aurais aimé. Mais Lulla ne cessait de ramener mes pensées à elles et d’attiser ce désir de la surenchère.

– Seulement si je suis sympa ?
Je serrais son bras un peu plus contre moi et ralentis le pas. Muirne mit un coup de tête affectueux à Mahkha. J’allais céder à une impulsion puérile de prendre Lulla dans mes bras lorsque celle-ci fit grimper l’enchère un peu plus encore. Mon regard s’arrêta sur ses lèvres et le mot baiser résonna en écho dans ma tête. J’eus l’impression d’avoir une absence passagère, chassée par une frousse indicible qui refroidit aussitôt mes ardeurs, étouffant toute pensée irraisonnable de se former. Mon sourire s’élargit de nouveau à l’évocation de Mahkha et la tension retomba d’un cran. Je plongeai mes doigts dans le flan de Lulla pour la chatouiller, tandis que je maintenais toujours son autre bras contre moi afin qu'elle ne puisse se dégager.
– Si c’est Mahkha, ça va alors ! dis-je en riant. Je ne prenais pas trop de risques, étant donné que le daemon ne pouvait me toucher.

Muirne, gagnée par une euphorie sortie de nulle part, sautillait en rond tout autour de Mahkha et s’amusait à le pousser.
– C’est vrai ce qu’on raconte ? Sur l’haleine de chacal ? s’amusa-t-elle.

– Hmm, il y a de nombreux endroits sympas sur le campus. Je serais tenté de dire la bibliothèque, parce qu’elle contient énormément de livres que je n’ai pas encore lus… j’ai un peu de mal avec le Grec ancien et le chinois je dois dire… plaisantai-je, mais il y a aussi la patinoire…hmm… quoi que… je vais peut-être l’éviter quelques temps. J’aime bien aller traîner près du lac de temps en temps. Surtout quand il fait chaud. Mais mes endroits préférés sont ceux que je n’ai pas encore visités. avouai-je. Pour peu qu’ils aient un quelconque intérêt naturellement. Comme un nouveau glacier par exemple. ajoutai-je en lui coulant un regard malicieux.
Je m’abstins pour l’heure, de parler de ceux dont l’accès m’étaient interdits.
– Et toi ?

Je m’étais laissé guider par Lulla jusqu’au fameux endroit, qui ne payait pas de mine de l’extérieur. D’ailleurs, j’étais souvent passé devant la devanture sans même la remarquer, malgré l’attroupement d’étudiants qui s’amassait devant pendant ce bel été indien. Il fallait dire qu’avec la reprise des cours, il y avait du monde partout sur le campus.
– J’ai toujours cru que c’était un photocopieur ! dis-je riant. Vous savez ? ce genre de boutique où vous pouvez imprimer vos innombrables documents universitaires. Il ont des glaces là dedans ?
  
MessageJeu 18 Jan - 21:42
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 258Nombre de RP : 60Âge réel : 28Copyright : BenedictAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
- Avec elle. Ou lui. Je ne suis pas mauvais pour créer des conflits. Le chacal n'en ressent aucune honte ou culpabilité. Il en même fier si l'on se fit à la teinte orgueilleuse de sa voix. Ça ne lui plaît pas ce qu'il sent naître chez moi. Il se passerait bien d'avoir à me surveiller. Supporter mes excès au quotidien est déjà bien suffisant. Mahkha secoue la tête en essayant de mettre un sens sur les mots de Muirne. - Je ne vois pas pourquoi. Tu n'es pas obligé d'être toujours en accord avec ton humain. À ses yeux, les rapports entre deux humains n'influent pas directement sur les relations entretenues entres deux daëmons. Pourtant, même lui aurait tendance à prendre ma défense face à n'importe qui... - Et puis, sache que tu n'as aucune chance de me "mettre la misère" ! Soupçon d'arrogance tandis qu'il force l'allure pour prendre la tête de notre équipage.

Sur le même ton, je riposte auprès de Benedict - J'ai gagné d'avance ! T'es sûr que tu veux risquer un pari ? Je crois qu'il ne sait pas dans quoi il s'embarque. Je lui en donne donc un avant-goût en le charriant ouvertement sans dissimuler le plaisir que j'y prends. - Seulement si je suis sympa ? Quelques mots qui s'engouffrent sous ma peau et électrisent mes sens. Mon naturel taquin prend le pas sur l'émotion. Je fais grimper l'échelle du risque. Plus qu'un câlin, un baiser ? Je savoure l'instant présent auprès d'un Irlandais au sourire tapageur. Je sursaute quand ses doigts s'enfoncent dans mes cotes, mais frémis de plaisir en sentant qu'il me retient. Cette réponse silencieuse à l'évocation d'un baiser n'est pas un non. J'aime ce flou qui flotte entre nous parce qu'il ouvre un champ infini de possibilités. Quand on ne connaît pas encore l'autre, rien ne peut venir brider la part de rêve et d'idéalisation. C'est ce que je préfère lors des premières rencontres, si on excepte le frisson d'excitation et l'art de se surpasser. En bien, en mal, qu'importe tant que l'adrénaline est là.

La réponse de Ben à ma boutade lui vaut une moue boudeuse d'environ trois secondes et douze centièmes. Jusqu'à ce que je capte un souvenir de Mahkha qui me fait pouffer de rire. Le chacal remue la tête et ses crocs se referment sur l'air au moment où Muirne le bouscule. Il n'a pas cherché à lui faire de mal. Son agression vaut pour une protestation plus que pour une menace. - Parce que tu le laisses te laver les dents, toi ? gronde-t-il comme si l'idée en elle-même est une aberration. J'ai bien essayé une fois, quand j'avais dix ans, de le contraindre à avoir une meilleure hygiène buccale. Le souvenir de sa gueule de Rottweiler pleine de mousse me fait encore rire aujourd'hui. C'était avant qu'il ne développe totalement son fichu caractère. - Tu peux parler !

Suis-je censée prendre cette remarque comme une critique ? Personnellement, je trouve que rien ne cloche dans ma personnalité. J'écoute Benedict faire une réponse incroyablement longue à ma question. Il digresse et s'emporte. Je lève les yeux au ciel quand il évoque la bibliothèque. - Le contraire m'aurait étonnée ! Jamais, ô grand jamais de ma vie, le bavardage d'un intello n'a retenu si longtemps mon attention. Tout en parlant, je guide nos pas en direction du Mystère. - Devine ? Déjà, tu t'en doutes, la bibliothèque ne fait pas partie de mes lieux de prédilection. Je ne vois pas ce que, à l'heure d'internet, tu peux trouver à un tas de bouquins poussiéreux et des gens qui passent leur temps à faire "SHHHHT" dès qu'on a le malheur d'ouvrir la bouche. Je te jure, ils sont presque aussi prétentieux que toi ! Enfin, tu les bats quand même à plate coutures, rassure-toi !fais-je moqueuse tout en resserrant ma prise sur son bras. - Ah, mais oui ! Bien sûr ! C'est ça, en fait ! Vous formez un genre de club de je-sais-tout-et-je-vais-vous-prouver-que-j'ai-raison ! Je comprends mieux. Vous faites des concours ou ce genre de truc ?

Oui. Je me trouve très drôle et je suis fière de moi. J'exulte même. Un rire plus tard, je reprends mon sérieux en haussant les épaules. Je prends conscience que la majorité des endroits que j'aime à l'université ne sont que très peu fréquenté et se comptent sur les doigts d'une seule main. Je ne me sens pas libre d'être moi en présence d'autres personnes. Ma réponse risquant d'être d'une tristesse absolue, j'opte pour la diversion. - Et donc, pourquoi tu dois éviter la patinoire ? Qu'est-ce que t'as fait ? Ses histoires à lui promettent d'être plus passionnantes que les miennes. - Tu as fait brûler la mascotte des hockeyeurs ou bien, tu t'es fait virer des cours de patinage artistique ?

Une fois à proximité du glacier, je nous dirige vers la file d'étudiants qui patientent bien sagement. Une furieuse envie de tous les doubler monte en moi. Je la refrène en me tournant vers Benedict. D'un geste de la main, je l'invite à se pencher vers moi. Je chuchote au creux de son oreille. - Non, je t'ai menti. En fait, ils dealent. Je mourrai d'envie de voir ce que tu peux donner après un joint. Je me mords la lèvre pour m'empêcher de rire. - Ils font des supers tatouages aussi ! Pour 20 dollars, ils t'en font un surprise sur le bras en fonction de la façon dont ils te perçoivent ! Si tu veux, je leur glisse un mot pour qu'ils te fassent le logo de Wikipédia. J'essaie vraiment de garder mon sérieux, mais, mes lèvres frémissent sans parvenir à réprimer mon sourire. Je suis contrainte de détourner un instant les yeux pour me ressaisir. Quand je les repose sur lui, c'est d'un air complice et mystérieux que je l'interroge : - Alors, partant ?

La file avance enfin, et nous pénétrons dans la petite salle bondée du Mystère. Sur un tableau noir, un peu penché, les parfums des différentes glaces sont écrites à la craie blanche. L'ambiance est étrangement chaleureuse. Des meubles de récup' un peu partout aménagent les lieux tandis que la lumière est assurée par un mélange hétéroclite de lampes de toutes tailles et formes. Une porte incroyablement réduite donne accès à un jardin de l'autre côté, au cas où les daëmons seraient trop imposants pour profiter de la salle principale. - Avoue-le, cet endroit t'en met plein la vue, fais-je en lui donnant un coup d'épaule. Je guette la moindre de ses réactions, assez fière de l'avoir emmené ici. - Une idée de ce que tu vas prendre ? La caramel- pécan est particulièrement bonne, si tu veux mon avis.

Dès que nous sommes entrés, Mahkha s'est imperceptiblement rapproché de moi. Il n'apprécie que très peu les espaces confinés et a hâte de pouvoir retourner en extérieur. - Tu devrais prendre quelque chose aussi. Puisqu'on est obligé de supporter leur attitude, ils te doivent bien ça, ronchonne-t-il. - Et puis... Je dois avouer que ce n'est pas mauvais. Disons que j'ai goûté pire. Non, un chacal digne de ce nom n'est pas capable de faire un compliment.

Quand notre tour arrive, j'ai eu le temps d'observer avec attention la carte et de faire mon choix. J'opte pour un sorbet citron avec double supplément de crème chantilly. Tant pis si je dois le payer par plusieurs séances de sport. Ça vaut clairement le coup. Dès que Benedict fait son choix, je précise : - À emporter s'il vous plaît. Et, sans avoir l'air, je fais glisser ma main le long de son bras pour aller chercher la sienne. Je l'entraîne vers l'extérieur. - Prêt à aller savourer cette gastronomie au meilleur endroit possible ? Je te demanderai bien de fermer les yeux, mais, je suis quasiment sûre que tu vas tricher donc... Pause. Il nous reste quelque chose à définir. - Si je gagne notre pari.... Mes sourcils froncés font peut-être illusion cependant, ils ne m'aident pas à trouver une idée lumineuse. J'abdique. - Je vais encore réfléchir à ta punition le temps qu'on y aille. Mais, Ben, il est évident que je vais remporter la mise alors, prépare-toi ! Le défi malicieux qui scintille dans mes yeux n'a rien de feint. Il ne me reste plus qu'à l'entraîner à l'intérieur du bâtiment des arts du spectacle, juste en face, prendre l'ascenseur jusqu'au 15e étage, désactiver l'alarme de l'issue de secours comme on me l'a appris, et enfin, enfin, sortir sur l'un des toits les plus haut du campus. Je sais déjà de quelle façon je lui présenterai la chose en poussant la porte. - Bienvenue à l'endroit que je préfère ici.
  
MessageDim 21 Jan - 0:41
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 173Nombre de RP : 48Âge réel : 28Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
– C’est marrant, c’est pas le genre de trucs auquel on se serait attendu, venant de toi ! taquina Muirne.
– Certes. Je ne le suis pas toujours. D’ailleurs, la preuve ! Je désapprouve fortement sa bêtise et son comportement ! dit-elle fièrement en bombant le torse pour essayer de s’en convaincre. Mais elle savait qu’une part d’elle-même avait envie de voir où tout cela allait nous mener. C’est juste que… elle hésita à lui parler du lien très fusionnel qui nous unissait, mais elle opta plutôt pour noyer le poisson à moitié. Il y a des choses que je ne contrôle pas toujours. Comme la gêne inexpliquée qu’elle ressentait vis-à-vis de Mahkha et cette envie irrésistible de le taquiner un peu plus. Elle le devança avec un air fier :
– C’est ce que tu crois !
Puis elle se transforma en tigre blanc pour prendre la tête de la meute avec Mahkha.

Je laissai échapper un léger rire en secouant la tête de désapprobation. Lulla venait de se heurter de plein fouet à la puérilité de mon égo.
– Non, non, non ! Je n’crois pas non ! Le bluff ne marche pas avec moi. Je connais le campus comme ma poche. Le risque, ça me connaît, et oui ! Je parie !
Je lui adressai un regard de défi, accompagné d’un sourire satisfait qui ne tarda pas à se crisper légèrement tandis que Lulla revenait mettre mon sang froid à rude épreuve, au pas de charge. Sans le savoir, elle m’arracha une victoire sur cet échange lorsqu'elle me déstabilisa en m’attirant sur la pente glissante de ce terrain inconnu qui me terrorisait tant, et qui cette fois, l’espace d’une seconde, m’avait insidieusement attiré. Ne sachant quelle attitude adopter dans ce genre de cas, j’optais pour ma meilleure arme, un sourire enjôleur et désinvolte à toute épreuve, et une vengeance tactile. Je misais sur le fait qu’elle soit chatouilleuse pour ré-équilibrer un peu la partie. Ce jeu pourtant anodin et puéril, revêtait avec Lulla, une saveur exquise innatendue et un frisson nouveau qui n’allégea en rien ma conscience. Bien au contraire. Je pouffai de rire moi aussi, simplement par mimétisme, et pour évacuer un peu la tension et l’adrénaline qui étaient en train de me survolter.

Cela déteignait sur Muirne, qui sautillait joyeusement à côté de Mahkha après avoir repris une forme plus propice à ce genre de bonds. La belette lui seyait mieux pour ce genre de gamineries.
– Non. Mais j’avoue avoir une fois goûté au dentifrice, par curiosité et je dois avouer que c’est assez répugnant ! Je ne sais pas comment ils font pour se frotter les crocs avec ce truc infâme et gluant ! En plus ça a fait de la mousse, t’aurais vu ça, on aurait dit que j’avais la rage !
pour illustrer son propos, elle grogna en montrant ses petits crocs à Mahka. Paradoxalement, ce souvenir la mettait en joie. Elle avait détesté la sensation du dentifrice, mais je m’étais pris un tel fou rire en la voyant qu’on avait fini par se rouler par terre tous les deux, hilares. Cela faisait partie des petits moments de bonheur complices qu’elle ne regrettait pour rien au monde.

L’attitude de Lulla ne me vexa pas le moins du monde. Elle n’était pas la première à trouver ce genre d’endroit d’un ennui mortel. Sans doute était-ce parce qu’elle n’évaluait pas le trésor de connaissance qu'une bibliothèque pouvait renfermer. Mais le meilleur moment pour s'y rendre, c'était quand elle était déserte, bien-entendu.
– Quoi ? Suis-je à ce point si prévisible ? répondis-je, tout sourire.
Je m’amusai de sa réponse, retenant encore un peu ma réplique pour ne pas l’interrompre. C’était un exercice ardu auquel j’avais du m’entraîner des années durant, afin ne pas couper la parole à mes interlocuteurs. Enfin… surtout ceux l’intérêt qui savaient se montrer dignes d'intérêt à mes yeux. Je la laissai donc finir, sans me défaire de mon sourire et j’enchaînai aussitôt, amusé :
– C’est justement ça le challenge ! Il y a un dragon dans la bibliothèque. Celle qu’on a vu aujourd’hui, c’est rien à comparé. dis-je en riant. C'est parce qu'il ne faut pas y aller en journée. Rien ne vaut les bouquins poussiéreux, la sensation, le bruit et l’odeur des pages qu’on tourne. Il y a une ambiance particulière au milieu de ces vieux bouquins. Bon, celle du campus laisse un peu à désirer. Mais il y a des coins funs. Je te montrerais un jour si tu veux. Internet, c’est cool aussi. Certes on trouve de tout et n’importe quoi sur internet mais… le jour où il y a une panne de courant, ou que ton ordinateur crame et bien… tu n’as plus accès à rien du tout.
J’exagérais à peine. Dans mon cas, c’était une chose qui m’arrivait assez fréquemment, à cause de mon petit souci de magnétisme.
– Et que fais-tu des romans qui peuvent te faire voyager ? T’emporter loin dans le passé, dans un pays lointain, ou dans des mondes fantastiques ?
Moi ce que j’aime, c'est le partage. Les livres sont des puits de connaissance, d'émotions, d'avis et d'expérience que leurs auteurs partagent. Et je trouve ça génial. Il y a des choses fabuleuses dans ces livres que plus personne ne veut lire et alors quand je tombe sur l'une de ces perles, j'aime bien en faire profiter les autres.
dis-je avec le regard brillant des feux d’une passion non dissimulée.
– Mais t’as le droit de trouver ça chiant. pondérai-je en riant. Beaucoup le pensent. Mais et toi ? Qu’est qui te fait vibrer, Lulla ?
Elle noya habilement le poisson en rebondissant sur les bribes d’infos que j’avais semées. Je me délectai encore une fois de ses hypothèses, et prenais un malin plaisir de me découvrir à travers ses yeux taquins.
– Hmm, il y a un peu de ça. répondis-je, volontairement évasif, pour entretenir le mystère. Elle aurait été tellement déçue de la réalité et je n’avais pas spécialement envie de m’étendre sur le fait que la moitié de l’équipe de hockey avait envie de me faire ma fête.
– Je posais trop de questions. ajoutai-je en lui coulant un regard empli de sous entendus, sans me défaire de mon sourire. Comme elle, à cet instant.

Dans la file d’attente du glacier, je jetai rapidement un coup d’œil sur les étudiants qui nous entouraient en priant pour ne pas croiser quelqu’un qui me connaisse. Je ne savais si c’était d’être surpris avec Lulla à mon bras qui m’aurait le plus dérangé, ou le fait qu’un quidam vienne s’immiscer entre nous et rompe le charme de cet instant si particulier que je voulais voir durer encore un peu. Inconsciemment et égoïstement, un peu, sans doute, je souhaitais que cela reste juste entre nous deux.

Je perdis mon sérieux aussitôt après avoir incliné la tête vers elle.
– Un quoi ? demandai-je en riant à moitié, tout en fronçant le nez.
C'était si inattendu que je n'étais pas certain d'avoir bien compris. Je n’en pris pas ombrage car je peinais à croire que ce genre de pratique existe sur le campus. Ou du moins, je l'ignorais.
De plus, elle venait grossir le truc avec une outrageuse surenchère. Je pouffai de rire avant de tourner la tête afin de sonder son regard. Elle se défila et son envie de rire la trahissait. Elle se foutait de moi. Et ouvertement en plus ! Je souriais toujours.
J’attendis qu’elle daigne me regarder de nouveau pour surenchérir :
– Comme ça tu pourras m’appeler le jour où tu auras une panne d’internet.
Je laissai planer quelques secondes de silence à soutenir son regard complice, avant d’ajouter :
– Par contre, avec un joint, je ne serais pas en mesure de garantir la fiabilité de l’info.
Je n'avais jamais eu l'occasion d'essayer, mais j'avais entendu dire que ce genre de trucs mettait dans des états pas possible.

Une fois à l’intérieur, mon regard se posa sur la pancarte des parfums de glace, que je lu sans vraiment les intégrer tandis qu'une idée débile était en train de germer dans mon esprit juvénile. Mon regard se teinta de malice lorsque Lulla attira mon attention sur l’endroit en lui-même qui ne ressemblait à rien à ce qu'elle m'avait décrit dans la file.
– C’est ici ton endroit préféré ? Je n'imaginais pas tout à fait un salon de tatouage comme cela.demandai-je avec un sourire, sans jugement aucun.
– Ils ont du caramel au beurre salé ? répondis-je en même temps qu’elle me proposait noix de pécan. A croire qu'elle lisait dans mes pensées. Mon regard, complice, croisa le sien. Je souris, amusé et flatté de la coïncidence.

Muirne s’était retransformée en husky à l’entrée du glacier afin d’éviter de se faire piétiner par inadvertance. Elle était toujours flanquée à côté de Mahkha qu’elle ne lâchait plus d’une semelle. Contrairement au chacal, elle ne ronchonnait plus. Au contraire, elle était très contente de profiter de sa compagnie au point où elle avait presque oublié qu’elle ne voulait pas d’un rapprochement entre Lulla et moi. Car tout compte fait, la proximité de Mahkha n’était pas pour lui déplaire.
– Mouih ! Ca va, finalement, il sont sages, regarde. relativisa-t-elle, plus pour se rassurer sur son propre état. Tu vas prendre quoi toi ? T’as goûté quoi ? J’avoue que j’ai déjà mangé de la glace à la vanille. J’ai aimé.

Pendant que nous passâmes commande, j’en profitai pour sortir de quoi payer et je récupérais un crayon dans mon sac. Je suivis les conseils de Lulla, caramel pécan chantilly, avec une boule de vanille pour Muirne. Je profitai des quelques instants de répit pendant lesquels la serveuse préparait nos glaces pour attraper le poignet de Lulla. Je lui coulai un regard en coin, malicieux. Je me rapprochai d'elle pour lui murmurer à l'oreille:
– Ferme les yeux. Juste une seconde. S'il te plait. J’attendis qu’elle s’exécute. Ne triche pas hein ?
La tentation était trop grande. Sachant pertinemment qu'elle ne tiendrait pas longtemps, j'avais intérêt à être rapide. Je traçais un symbole au feutre à la naissance de son poignet et m’empressai de mettre le feutre noir, hors de sa portée, pour éviter tout dérapage. Je lui adressai un sourire angélique alors que la serveuse nous tendait nos glaces. L'adrénaline battait mes tempes mais j'étais fier de ma connerie.

Spoiler:
 

Ma main se referma naturellement sur celle de Lulla que je suivis volontiers à l’air libre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, pour un être aussi sociable que moi, j’avais envie de fuir cet endroit rempli de monde.
– Oh ! J’ai cru, l’espace d’un instant, que c’était ici, le meilleur endroit possible. Et tu as tout à fait raison. Ne me le demande pas alors. Par contre, j’espère pour toi que ce n’est pas trop loin, ou nos glace vont fondre, répondis-je, amusé. Je me doutais bien qu'elle allait me rendre la monnaie de ma pièce à un moment. Je devais rester sur mes gardes.
– Quelle punition ? m’exclamai-je en riant. Si elle était convaincue qu’elle allait gagner, moi en revanche, j’étais déterminé à ne pas perdre. Tu ne peux remporter une mise qui n’existe pas. Alors, disons que celui qui gagne donne un gage à l’autre.
J'étais passé en mode méga connerie.

– Et tu voulais que je garde les yeux fermés tout ce temps ? fis-je remarquer, en la suivant dans le bâtiment des arts du spectacle.
Je n’étais jamais allé plus haut que le cinquième ou le sixième étage, de mémoire. Au quinzième, il n’y avait que l’issue de secours qui donnait très certainement sur les locaux techniques du toit de l’immeuble. Mais déjà, en arrivant là, je sentis une nouvelle fois l’adrénaline irradier dans mes veines.
– Qu’est ce que tu fais ? Paradoxalement, ma question n'avait rien de décourageant et mon ton au contraire l'invitait à poursuivre. Fais gaffe ! Ca va sonner. la chariai-je, ayant un peu du mal à croire à ce qu'elle était en train de faire. Attends, il ne faut pas faire comme ça ! on va se faire…
Je décidai d'intervenir mais ma main se posa sur la sienne pour la retenir, trop tard. La porte s’ouvrit sans déclencher la moindre alarme. J'avais retenu mon souffle quand elle avait activé la poignée, n'ayant osé déclencher mon magnétisme de peur d'en perdre le contrôle.
- Comment t'as fait ça ? et je me rendis compte seulement maintenant de notre nouvelle proximité. Afin de contenir ma gêne, j'éclatai de rire.

Muirne se rua sur le toit la première et aboya de joie. Elle disparu à une extrémité, bien décidée à en explorer le moindre centimètre carré.
– Wouhou ! Regarde Mahkha !! C’est géant !

J’étais resté stupéfait derrière Lulla. Elle venait de déverrouiller la porte d’un endroit totalement interdit que d’aucun aurait pu penser inaccessible. C’était à la fois effrayant et fichtrement excitant. J’étais on ne pouvait plus admiratif. Je ne l’aurais pas imaginée capable de ce genre de choses. Cédant à la tentation, mes doigts agrippèrent les siens je décidai de franchir la porte sans plus attendre, pour sortir avec elle.
Je me mordis la lèvre inférieure pour contenir mon émoi, soucieux de ne pas perdre mon pari tout de suite. Mais j’étais comme un gosse la veille de noël qui trépignait d’impatience et d’envie de se rapprocher du bord.
– Okay… c’était donc ça. dis-je en essayant de me la jouer blasé. Mais je n’arrivais pas à réprimer mon sourire de gamin. Ça a de la gueule ! Je persistais dans mon jeu d’acteur médiocre, pour ne pas m’avouer vaincu. Alors comme ça, tu aimes prendre de la hauteur ? Sympa la vue ! Très sympa !
J’avais continué d’avancé pour me rapprocher de l’avant du toit.
– Après le château dans la forêt, la tour sur le campus. Il n’y a pas à dire. Son altesse ne se refuse rien ! plaisantai-je.

Muirne s'était transformée en canari et s'était posée sur la tête de Mahkha après s'être amusée à lui volter autour.
- En avant fier destrier ! piailla-t-elle.
  
MessageDim 11 Fév - 18:48
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 258Nombre de RP : 60Âge réel : 28Copyright : BenedictAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Mahkha observe la belette d'un air abasourdi. Il n'a pas besoin de l'imaginer, la gueule pleine de cette infâme mousse. Il se rappelle très bien du goût mentholé, de l'horrible texture pâteuse dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Ça ne fait clairement pas partie des bons souvenirs qu'il a avec moi. Il m'en avait beaucoup voulu d'avoir osé essayé de lui brosser les dents. Alors pour lui, ce que lui raconte Muirne sonne comme un aveu de folie. - Tu as fait ça volontairement ? Il n'en croit pas ses oreilles. - Mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête pour t'infliger un truc pareil ?

- Un dragon ? fais-je, aussi sceptique qu'enthousiaste. Je m'amuse de voir Benedict s'emballer à ce point au sujet de la bibliothèque, comme s'il me racontait une épopée héroïque. Il est suffisamment bon conteur pour me donner envie de jouer le jeu. Je ne me permets de l'interrompre que lorsqu'il m'invite à découvrir des coins sympas là-bas. - Chiche ! Avec lui comme guide, la visite pourrait effectivement recéler de son lot de surprises. Par contre, il n'a pas conscience des risques qu'il prend avec moi. Je suis loin d'être une étudiante docile et silencieuse. Il est même fort probable que je m'évertuerais à le mettre dans l'embarras pour le plaisir de le défier. J'ai toujours pensé jusque là, que les intellos étaient des gens coincés sans la moindre étincelle au fond du ventre. J'ai la preuve vivante sous les yeux que je me trompais. Je décèle, dans le regard clair de mon interlocuteur, un brasier paisible dont les flammes s'agitent avant de se rendormir. Ça m'appelle comme un défi. Moi, je voudrais le changer en un incendie dévastateur.

Sa tirade prend fin sur une note qui ne me plaît pas tellement. Je hausse les sourcils en ripostant : - Je ne suis pas "Beaucoup de monde." Je préfère lui faire tout de suite comprendre ma façon de penser, quitte à nourrir mes allures de prétentieuse. Il y a bien quelques romans qui ont trouvé grâce à mes yeux à travers les années. Je ne les ai découverts que grâce à Mahkha qui, contrairement à moi, a un goût prononcé pour la littérature. Je saisis au vol l'occasion de faire valoir mon point de vue. - C'est la vie qui me fait vibrer. Je préfère vivre la mienne plutôt que de me noyer dans celles de personnages, imaginaires ou non. Parce que je n'aurai jamais assez de temps pour tout tester, tout expérimenter. Je suis prête à prendre tous les risques pour satisfaire mon besoin irrépressible de ressentir profondément les choses. À mon tour, je me dévoile. - La plus belle description d'un baiser ne sera jamais à la hauteur face au même baiser dans la réalité, tu ne crois pas ? Je crois pas être quelqu'un qui manque de poésie ou d'imagination. Au contraire, j'ai l'art de romancer ma vie, de la vivre comme si c'était une aventure donnant parfois du sens aux plus petits évènements, alors que nombreux sont ceux qui n'y prêteraient aucune attention. Je profite de l'expression énigmatique de mon visage pour détourner son attention de mes lieux favoris. Je préfère éviter de répondre à cette question en l'interrogeant lui, sur cette histoire de patinoire. Le mystère demeure entier. Je souris en entendant sa réponse. Bien joué, Ben. - Tu sais que je finirai par le savoir ? Il vient odieusement de piquer ma curiosité. Je me promets donc d'aller me renseigner sur cette histoire pour en connaître le fin mot.

Nous progressons dans la file en échangeant des taquineries, nous retrouvant sur la même longueur d'onde concernant la glace au caramel. Il semblerait qu'on se ressemble plus que ce qu'il n'y paraît. Mahkha, mal à l'aise dans cet environnement confiné, écoute distraitement la réponse de Muirne. Un rictus se dessine sur sa gueule quand elle annonce qu'elle nous trouve sages. Ce n'est pas son cas. Il envisage un instant de cesser de lui répondre tant que la daëmone n'aura pas retrouvé tous ses esprits. Puis, il se rappelle avoir fait une promesse. Finalement, tenir une conversation pourrait faire passer le temps plus vite. - J'en ai goûté quelques unes, marmonne-t-il d'un ton évasif. Quel menteur ! Il a systématiquement mis sa truffe dans chacun des parfums que j'ai essayé en haut de ma tour. Il n'assume juste pas son goût pour le sucré. - Le chocolat noir est intéressant, précise-t-il finalement, détournant le regard de Muirne. Le chacal s'assoit fièrement, voulant se donner l'air d'être bien au dessus de ce genre de considérations.

Benedict me fait ensuite une demande très étrange. Je recule légèrement mon visage, comme si, de cette façon, je pouvais mieux observer le sien. - Qu'est-ce que tu vas faire ? Je n'hésite pas bien longtemps. Mon tempérament joueur prend le dessus. Je lutte pour ne pas ouvrir les yeux quand il saisit mon poignet et dessine sur ma peau. Dès que la sensation disparaît, je m'empresse de m'enquérir du résultat. Le sourire aux lèvres, je fronce les sourcils : - Un W ? Tu me confonds avec toi, il est pas comme ça le logo de wikipédia. Attends, je te montre ! fais-je en tendant la main vers lui pour qu'il me confie son feutre. Nous sommes interrompus par l'arrivée de nos glaces. Tant pis. - Tu ne paies rien pour attendre, Ben !

Ma main dans la sienne le guide vers le bâtiment des Arts. J'ai accepté avec engouement l'enjeu de notre pari. Dans l'ascenseur, je riposte. - Tu aurais pu fermer les yeux ! Je t'aurais très bien guidé, fais-moi confiance. J'agrémente mes propos d'une moue boudeuse que je peine à maintenir. - Tu gâches toute la surprise ! fais-je, désinvolte. Tout en parlant, je fais glisser mon doigt sur le haut de la crème chantilly. Je le suçote en regardant Ben droit dans les yeux. Oui, ça aurait du finir sur son nez et pas dans ma bouche. Au quinzième étage, je prends les choses en mains après avoir posé ma glace sur le côté. Pendant que je me concentre pour déconnecter les bons fils du système d'alarme, je l'entends parler pour ne rien dire. Sans le regarder, je riposte du tac au tac à chacune de ses interventions.

- Tu verras. Sous-entendu : Tais-toi, Ben, tu me déconcentres. - Mais non, ça ne va pas sonner. Je sais ce que je fais ! Je suis à deux doigts de l'envoyer proprement sur les roses quand il se permet de mettre une main sur la mienne. Je tire sur le fil pour le déconnecter. La porte émet un claquement familier, s'entrouvrant. Je jette à mon comparse un regard orgueilleux, teinté d'une légère colère. Comment j'ai fait ça ? Mes yeux se plissent. J'hésite à lui balancer pour la troisième fois que je sais ce que je fais. Je ne supporte pas qu'on m'infantilise de cette façon. Son rire apaise la situation. Je récupère mon sorbet, peinant à retenir un sourire sur mes lèvres. Et, juste avant d'ouvrir la porte sur mon petit univers, je lui jette un regard fanfaron : - Je suis une super-héroïne, la prochaine fois, évite de me déconcentrer en paniquant ! Oui, il a effrité mon ego avec ses conneries ! Maintenant, il saura que je suis beaucoup de choses, mais certainement pas une pauvre petite chose fragile incapable de se débrouiller sans l'aide d'un homme.

Je nous conduis sur le toit, à la suite de Muirne. J'admire le jeu d'acteur de Benedict auquel je ne crois pas du tout. - Allez dis le, Ben ! Je l'invite d'un sourire tout en avançant à reculons sur le toit. Je pouffe de rire - Non, je me refuse rien, mais c'est pas le sujet ! Je peux t'aider si tu veux. Je coule un regard enjôleur dans sa direction. - Il suffit de dire : "Lulla tu avais raison. J'ai perdu." Je ne cache pas ma fierté d'avoir réussi à lui en mettre plein la vue. - Je vais réfléchir à ton gage. Après tout, je n'ai pas de limite dans le temps pour te le donner ! Savourant ma victoire, je file m'installer sur le rebord du toit, dos au vide, pour savourer ma glace.

De son côté, Mahkha se dirige tranquillement derrière le local technique. D'un bond, il se hisse sur un des conduits d'aération alors que Muirne vole autour de lui. Son deuxième saut, d'une hauteur très respectable, lui permet de grimper au dessus du local technique. Assis sur son promontoire, Mahkha observe le monde. L'espièglerie du canari l'agace tout autant qu'elle l'attire. - Je te rappelle que je ne peux pas voler, je connais déjà tout ce qu'il y a sur ce toit. Il ne grogne pas vraiment. Il s'amuserait presque de l'engouement de son acolyte. D'un mouvement de gueule, il lui désigne l'horizon. - On voit le parc et le lac d'ici, tu vois ?

- Alors Ben ? Tu admets ta défaite ? Je le taquine en souriant, avalant une nouvelle cuillerée de sorbet. L'acidité du citron me rafraîchit et me monte au cerveau. Suffisamment pour y faire naître une idée très stupide. Je délaisse la gourmandise pour me lever sur le rebord du toit. Tout en faisant quelques pas de long en large, sans prêter la moindre attention au vide - à ma droite, puis à ma gauche, et encore à ma droite -, j'entreprends de narrer à mon tour une histoire. - Tu veux que je te raconte comment j'ai trouvé cet endroit ? Je le jauge du regard. - Non, finalement, c'est peut-être pas une bonne idée. Je ne sais pas si tu le mérites. Rappèle-moi qui avait raison déjà ? Je ne peux pas m'empêcher de rire avant de reprendre, plus calmement : - En première année, j'avais un prof de danse extraordinaire. Il s'appelait Lucas. Et.... Ce fameux prof trouvait que j'avais beaucoup de mal à faire confiance aux autres pour les portés. Alors, il m'a fait monter ici pour m'imposer un exercice. Je marque une nouvelle pause. - Aussi tendancieuse que ce soit sa pédagogie, ça a payé. Je lui tourne le dos maintenant. J'inspire profondément en regardant l'horizon. Je jette un regard derrière moi en interrogeant. - Tu me rattrapes, Ben ? Je veux voir si j'en suis encore capable. J'attends d'avoir son accord, ou au moins d'être sûr qu'il soit derrière moi. Je ferme les yeux. Je me laisse tomber en arrière, les bras croisés sur ma poitrine.
  
MessageDim 4 Mar - 22:34
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 173Nombre de RP : 48Âge réel : 28Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
- Ouais ! confirmai-je avec malice au sujet du dragon. Tu as déjà dû le voir ! renchéri-je, amusé par ma propre bêtise.
Je parlais de la vieille bibliothécaire naturellement : Mrs Jones, celle dont la chevelure bouclée n’était pas sans rappeler le pelage de son daemon caniche royal. Bon, certes, il y avait probablement plus impressionnant comme dragon ! Mais je ne pouvais m’empêcher de l’imaginer avec de la fumée sortant des oreilles, crachant des flammes quand elle se mettait à vociférer après moi. Si bien que grâce à elle, tous les habitués de la bibliothèque avaient fini par connaître mon nom.

Muirne s’interrompit soudain dans sa grande conversation très intéressante avec Mahkha au sujet des trucs “rigolos” qu’elle avait essayé de faire par curiosité pour m’imiter; comme nager sous forme de loutre dans une baignoire remplie de mousse, qui n’était pas non plus l’idée la plus lumineuse du siècle après le coup du dentifrice, ou encore la fois où elle m’avait défié de la sécher au sèche cheveux, où la salle de bain s’était transformée en un vrai champ de bataille parce qu’elle avait eu la bonne idée de se transformer en rossignol pour l’occasion. “Et c’est moi qui ai gagné !” se vanta-t-elle à Mahkha, en omettant de dire qu’elle avait triché de manière éhontée en surfant sur le malaise que m’inspirait les oiseaux. C’était d’ailleurs une des principales raisons qui faisait qu’elle prenait très rarement la forme d’un volatile.
Ses oreilles pivotèrent vers l’arrière au son du mot magique qui venait de s’échapper de la bouche de Lulla.
- Oh non ! lâcha-t-elle sur le ton de “elle n’a quand même pas osé ?!”
C’était le mot de la provocation ultime, qui déjà lui faisait ressentir ce frisson caractéristique de mon excitation puérile, celui qui présageait des conneries les plus absurdes, pour lesquelles il était quasiment impossible de me raisonner. Ce mot qui la faisait jubiler par avance de se mesurer à Mahkha à ce jeu débile auquel nous étions tous deux mordus : de nous surpasser toujours plus encore dans le défi stupide et la connerie.

Mon regard s’était effectivement allumé d’une étincelle de malice au défi que venait de me lancer Lulla et mon sourire en coin n’était autre que l’acceptation tacite de le relever. Je n’en donnais peut-être pas l’air avec mes allures de premier de la classe, mais elle n’avait pas idée de la tournure que pouvait prendre la visite, bien que je lui ai déjà donné un rapide aperçu de mon côté déjanté, j’étais loin d’être le garçon bien sage sous tout rapports qu’elle semblait imaginer. Ou chiant, comme je venais de le souligner. Cependant, je devais avouer que je prenais un malin plaisir à ce qu’on se méprenne sur mon compte et cela m’amusait d’entretenir cette idée pré-reçue. Comme je n’aimais pas particulièrement me dévoiler, laisser les autres me créer des faux semblant était bien plus amusant, parce que par dessus tout, j’avais le goût du coup de théâtre et j’aimais surprendre.

Mais là, c’était Lulla qui me surprenait en me reprenant, je devais l’avouer. Paradoxalement, la prétention dans ses mots flattait mon ego. Je lui coulai une œillade mêlant complicité et espièglerie. Effectivement, elle n’était pas comme beaucoup de monde et c’était cette différence qui m’intriguait et me plaisait chez elle et qui piquait toujours plus ma curiosité. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’étais séduit par sa vision des choses. Je souris.
Elle semblait avoir bien plus d’assurance que je n’en aurais jamais. Car contrairement à moi, elle faisait l’expérience des choses où je les théorisais. C’était sans doute là que résidait la différence entre nous deux. Même si j’avais le goût de l’aventure et du risque lorsqu’il s’agissait d’assouvir certains aspects pervers de ma curiosité, ou de me prêter à des défis puérils, j’avais tendance à me réfugier dans les livres pour trouver des réponses terre à terre à tout ce qui me dépassait.
Ce baiser qu’elle évoqua ensuite, était comme par hasard, un exemple manifeste de ce que je ne connaissais qu’en théorie, que je n’avais vécu qu’à travers les personnages de mes romans, ne m’étant jamais senti prêt à l’expérimenter réellement avec qui que ce soit.
Je n’avais bien sûr aucun élément de comparaison, mais je ne me démontai pas pour autant. En bon pragmatique que je pouvais être parfois, je fis marcher mon esprit de déduction pour sauver les apparences, en imaginant la différence qui résidait entre le fait de lire une description d’un gâteau à la fraise et le manger réellement. On fait avec les références que l’on a.
-Tout dépend de ton niveau d’exigence et de ce que tu attends de l’un ou de l’autre. Un livre transporte ton esprit, alimente ton imaginaire et le sublime, pour ce qui est des auteurs les plus brillants. Mais ça dépend aussi de ton interprétation et de ta réceptivité au texte. L’imaginaire et la réalité sont deux choses différentes, je ne dis pas le contraire.
Je pense que je ne m’en étais pas trop mal sorti et si Muirne n’avait pas été trop occupée à discuter avec Mahkha pour m’écouter noyer le poisson, elle aurait sans doute salué l’habileté de mon esquive.
En revanche, Lulla me confrontait à mon ignorance et mettait à mal mon esprit curieux. Je m’attardais furtivement sur ses lèvres pulpeuses et joliment dessinées et je me surpris à me demander quel effet cela faisait, un baiser, en vrai.
-Je pense qu’ils sont comme deux faces d’une même pièce et qu’ils s’alimentent et se stimulent l’un l’autre. ajoutai-je, sur un ton énigmatique, en détournant les yeux. C’était une sorte d’aveu dissimulé.
Je laissai échapper un léger rire à son indéniable ténacité qui m’amusait d’autant plus qu’elle me renvoyait à la mienne, avant de renchérir :
– Probablement. Sauf si tu poses trop de questions.
Elle risquait d’être déçue d’apprendre la vérité à ce sujet. Surtout si elle l’apprenait de la bouche d’un hockeyeur qui me dépeindrait sans doute comme un petit péteux prétentieux pas foutu de tenir une crosse, pour les plus softs. D’autres à la rancune plus tenace, qui rêvaient sans doute de me refaire le portrait, se feraient sûrement le plaisir de se montrer mesquins.

***

Dans la fille d’attente, Muirne exposait sans gêne aucune, la liste des parfums de glace qu’elle avait goûtés et appréciés. Elle aimait surtout la crème glacée et pas trop les sorbets, détestant particulièrement les fruits rouges. Elle s’amusa de la réponse mi-figue, mi-raisin du chacal.
– Intéressant ? dit elle en le dévisageant de ses yeux de husky vairons. Intéressant ? répéta-t-elle d’un ton qu’elle voulait sceptique. Mais elle peinait à garder son sérieux. Juste intéressant ? surenchérit elle pour le taquiner et en rajouter une couche. Mahkha l’amusait avec son air de ne pas y toucher. Comment tu peux dire une chose pareille ? Le chocolat, tu aimes ou tu n’aimes pas. Tu ne peux pas juste dire que c’est intéressant… dit elle en le regardant droit dans les yeux. T’as aimé ! affirma-t-elle sur un ton de défi, sûre d’elle.

Pendant que nos daëmons tergiversaient sur les parfums de glace, j’en avais profité pour gribouiller sur le poignet de Lulla. Je laissai échapper un rire après qu’elle eut commenté le résultat, maintenant qu’elle essayait de s’emparer du feutre, comme je m’y attendais.
– Non, pas un W, mais un M comme le Mystère, au sujet de cet endroit… dont le nom était aussi Mystère, qui plus est, ou Mystérieuse, lâchai-je au débotté en récupérant ma glace.
– Merci, dis-je à la serveuse en coulant un regard amusé à Lulla.

Je ne me montrais pas très coopératif dans l’ascenseur, plus par jeu qu’autre chose, parce que je savais bien qu’elle m’attendait au tournant.
– Je n’en doute pas ! que Lulla aurait fait un guide merveilleux, en revanche, je m’attendais à un retour de bâton pour ma facétie de tout à l’heure et je ne souhaitais pas lui fournir une ouverture facile.
Sa moue boudeuse me fit rire.
– Tu exagères ! Tant que je ne sais pas où on va, c’est toujours une surprise, Miss Mystère, répliquai-je avec verve.
En réponse à sa provocation silencieuse je me montrais crâne en soutenant son regard avec défi. Un ange passa. J’étais trop ancré dans mes gamineries pour discerner autre chose que le jeu puéril de celui aurait le dernier mot.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le dernier étage. Lulla n’était définitivement pas une fille comme les autres et ene cessait de me surprendre, ce qui n’était pas pour me déplaire.
– Qui a paniqué ? répliquai-je sur le même ton qu’elle, hilare.
Ma mauvaise foi n’était que pure figure de rhétorique. Lulla venait de me bluffer. Je n’allais pas l’admettre ouvertement, mais ma liesse transparaissait sur mes traits et mon regard brillait d’émerveillement non feint.
– Dire quoi ? demandai-je en riant.
Je la suivis jusqu’au bord du toit et je répondis par mimétisme à son sourire enjôleur.
– Lulla… commençais-je à répéter après elle. Tu avais raison. Tu es une héroïne ? Tu as déjà pensé à un nom ? dis-je en riant. Moi ? Admettre aussi clairement que j’avais perdu ? Jamais de la vie.
Je ne fis aucun commentaire laissant présager que je lui concédais le gage, mais je ne niais pas non plus que j’avais perdu.
Je posai un pied sur la corniche, laissant courir mes yeux sur l’horizon pour profiter de la vue, tout en portant la spatule de glace à ma bouche.
– Au bout d’un moment il y aura prescription, me contentai-je de répliquer avec malice.

Muirne avait profité d’être hors de ma vue pour se transformer en canari.
– C’est ballot ! piaia-t-elle à la remarque du chacal. Moi je peux ! dit-elle en reprenant suffisamment de hauteur pour se mettre hors de portée de la gueule de Mahkha.
– Genre ! T’es venu combien de fois ?
Elle regarda dans la direction qu’il désignait, mais ne voyant pas grand-chose du fait de sa toute petite taille, elle se transforma en hibou, pour avoir une meilleure vue.
– Ah ouais ! Et t’es venu faire quoi ici ?
Elle s’était posée en haut du local technique et, ne tenant pas en place, s’était remise à tournoyer autour de Mahkha avant d’être prise d’une désagréable sensation de vertige. Ses battements d’ailes se désordonnèrent et elle se retransforma en husky avant de s’écraser par terre, le poil statique, les oreilles tournées vers l’arrière, pour nous épier, Lulla et moi.

C’était moi qui avais été pris d’un vertige léger. Cette sensation était aussi bizarre qu’aléatoire chez moi et mes entrailles m’avaient chatouillé lorsque e m’étais penché en avant pour regarder en bas de l’immeuble. La hauteur m’avait surpris et bien que le défi de repousser mes limites avait quelque chose de grisant, je reculai tout de même d’un pas du bord pour m’asseoir en tailleur à une distance plus confortable, le temps de savourer ma glace. Car ce caramel était un vrai délice. Le frisson du vertige attendrait que celui de la crème glacée lui face place. Il y avait des règles dans l’univers ! Mais Lulla ne me laissa pas la savourer bien longtemps puisqu’elle me ré-attaquait déjà sur ma défaite. Je notais au passage qu’elle était aussi têtue que moi et cela me fit sourire.
– J’admets que je n’étais encore jamais monté sur ce toit. Mais si l’on considère que cet endroit n’est normalement pas accessible pour le commun des étudiants, on ne peut pas vraiment le considérer comme faisant partie intégrante du campus, tu ne crois pas ? dis-je, amusé.
Oui, forcément. Je ne pouvais m’empêcher d’argumenter, juste pour le plaisir et par goût du jeu et de la surenchère. Mon ego m’empêchait d’admettre ouvertement quoi que ce soit, juste par principe, même si au fond, j’admettais qu’elle avait gagné. Haut la main qui plus est. Elle m’avait bluffé et avait forcé mon admiration.

Je suivis Lulla du regard et grimaçai lorsque le froid de la glace rencontra mes dents qui se resserrèrent sur la petite cuillère en plastique. La voir faire des allers-retours aussi proche du vide ravivait cette désagréable sensation de vertige. J’arrivais généralement à prendre sur moi et à la faire disparaître lorsque j’étais moi-même confronté au vide, mais pas lorsque quelqu’un se trouvait entre le vide et moi. Je m’étais instinctivement raidit. Curieux comme j’étais, je n’allais pas refuser sa proposition d’explication et j’acquiesçai nerveusement du chef à en meumeunant, puis avisais rapidement le reste de caramel dans mon pot de glace. Ce calcul était tout à fait inconscient et je m’empressai lâcher pour l’inciter à s’éloigner du bord :
– Tu veux finir le caramel ?
Je lui adressai un sourire que je voulu décontracté pour ne pas laisser paraître ma peur, mais je ne pouvais détourner mes yeux de sa personne. La voir s’agiter si près du bord mettait mes nerfs à rude épreuve. J’écoutai attentivement, avec l’attitude du bon élève, les yeux rivés sur elle, - chose que je faisais à la perfection, depuis ma plus tendre enfance - mais mon attention était plus grande encore et d’avantage focalisée sur le moindre de ses mouvements.
Un frisson désagréable me parcouru l’échine lorsqu’elle me tourna le dos et mon cœur fit une embardée. Je m’étais raidis de plus belle, prêt à me lever d’un bond et j’avais instinctivement posé mon pot de glace par terre. J’étais tiraillé entre mon envie de connaître la suite de son histoire et celle de lui demander de descendre de là. Mais je ne voulais pas passer pour le rabat joie de service, et je ne me sentais pas du tout prêt à avouer que j’avais peur pour elle. Tout s’accélérait dans ma tête à mesure que la panique me gagnait. Mes yeux s’écarquillèrent à sa demande incongrue et mon sang ne fit qu’un tour. N’y connaissant absolument rien en danse, je n’avais pas compris ce qu’elle voulait faire, mais une chose était sûre, je ne voulais pas qu’elle s’assomme. Je m’étais redressé d’un bond et mon cœur fit une nouvelle embardée lorsque je franchis précipitamment le mètre qui me séparait d’elle pour la rattraper. Je ne savais par quel miracle j’avais réussi à faire le vide dans ma tête pour empêcher mon pouvoir de déborder et je l’enlaçai de mes deux bras, l’étreignant plus fort que ce que je ne l’aurais voulu, sous le coup de la surprise et de l’émotion.
Le miracle de ma concentration avait un prix à payer. J’avais eu le malheur de fléchir les genoux pour tenter d’amortir la chute de Lulla et éviter de me vautrer, mais cela eut l’effet contraire à celui escompté.
– Wow !
Je perdis l’équilibre et basculai vers l’arrière avec elle, presque au ralenti, la tenant toujours fermement entre mes bras. Je me retrouvais de nouveau le cul par terre, ayant servi de coussin amortisseur à Lulla. J’avais desserré mon étreinte à la dernière seconde pour amortir ma propre chute.
– Ca va ? m’enquis-je aussitôt, avant de piquer un fard, en me rendrant compte de notre position. Lulla était à moitié affalée sur moi, entre mes jambes.
– Désolé. J’étais pas prêt. soufflai-je.
Je réalisai soudain le degré de confiance qu’elle venait de m’accorder.
– Et tu es définitivement, mortellement dingue ! lâchai-je en recouvrant mon accent chantant typiquement irlandais, avant d’éclater de rire. Au moins maintenant, elle n’était plus au bord du vide. Admets que la réception était plutôt pas mal ! On a au moins un bonus de cascadeurs patenté ! Je suis sûr que ce genre de figure doit faire fureur en danse contemporaine. Tu diras à ton prof qu’il a merveilleuses idées. ajoutai-je, avec ironie, tout à mon hilarité. La prochaine fois, préviens-moi avant de faire un truc comme ça, que je me prépare un peu pour une réception plus… artistique. fanfaronnai-je, comme si j’en étais capable. En dehors de la danse traditionnelle irlandaise que je pratiquais avec approximation, on ne pouvait pas franchement dire que je sache danser.

Je finis par me détendre et j’interrogeai Lulla avec un vif intérêt sur sa pratique de la danse, interrompant parfois ses explications de plaisanteries ou de taquineries qui ponctuaient notre conversation d’éclats de rire. J’avais habilement orienté mes questions pour savoir où elle en faisait, si elle en faisait toujours, lui demandant si elle faisait des spectacles auxquels je montrais mon intérêt pour y assister. J’étais curieux d’en apprendre plus sur elle et j’étais désormais curieux de la voir danser.

Nous ne vîmes pas le temps passer et les clameurs des voix des étudiants sortant de leurs cours rappelèrent à mon bon souvenir que j’avais un cours ô combien passionnant de Sciences Politiques Internationales auquel je ne pouvais déroger. Il faisait partie du tronc commun obligatoire et toute absence injustifiée sanctionnait l’étudiant trop peu assidu par un zéro pointé à l’examen semestriel. Je me devais donc de faire au moins acte de présence.
– Je vais devoir retourner en cours. Je ne peux pas me permettre de sécher celui-là, dis-je à regret à la jeune fille. J’aurais préféré passer l’après-midi à profiter du soleil de l’été indien en sa compagnie.

Nous redescendîmes de la tour et je checkai avec appréhension mon téléphone lorsque vint le moment de nous séparer dans le hall. Il s’était éteint mais je fus soulagé qu’il redémarre. Cette fois, je ne comptais pas attendre trois semaines pour lui envoyer des messages.
– J’ai cours dans le bâtiment F… Tu me diras quand tu voudras rattraper ton cours, si tu as besoin de Wikipedia… dis-je sur un ton léger en désignant mon téléphone avant de le ranger dans la poche de mon jeans. Et puis si un soir, tu as du temps à perdre, pour une immersion dans la bibliothèque… je me ferais un plaisir d’être ton guide. dis-je avec un grand sourire. Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.
Ma proposition n’avait d’indécent que la connerie que cela présageait et pourtant, la perspective grisante de cette escapade avec elle sur mon terrain de jeu de prédilection me troublait.
Muirne s’en aperçu et tourna la tête vers moi.
– Ben ! On va être en retard.
– Ouais, j’sais. Puis, à Lulla : Bon aller, faut que je me sauve. A plus tard !
  
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