Songe que chaque jour est à lui seul une vie.

 
  
MessageVen 10 Nov - 21:58
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 262Nombre de RP : 45Âge réel : 23Copyright : Rafi & Aki ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Un pied devant l'autre, elle court. Si vite. Et fuit cette ombre effrayante l'attirant à elle, irrésistible. Malveillante. Et pourtant séduisante. Et un pied après l'autre, elle s'enfuit. Essaye. Doucement, un brouillard s'élève. Devient fumée. Et l'odeur, âpre, dérange sa narine, racle sa gorge.
Et la belle ouvre ses yeux. L'endormie se relève du canapé, dégage le plaid maladroitement posé sur son corps encore endolori de sa course imaginaire. Elle ouvre ses yeux, s'étire de tout son long, bras tendus vers le plafond de son salon. Tête penchée à droite, à gauche. Craquer les cervicales. On enlève la poussière d'étoile encore perdue au creux des yeux, léger regard par la fenêtre.
Et l'odeur étrange parvient encore à sa narine. Ana fronce les sourcils, inquiète. Se lève d'un bond, se précipite dans la cuisine.

- Tehwa ? Dónde estás ?

Premier pas dans la cuisine, son oeil se pose instantanément sur la table ronde, au centre de la pièce. Son sang ne fait qu'un tour. Sur le bois, un énorme trou noir de cendre. Une flamme brûle, au centre de la table, menaçant de se répandre, une mare de cire dégoulinant de tous côtés, s'évadant sur le carrelage. Affolée, la mexicaine se précipite vers son évier, remplit le premier récipient à sa portée d'eau salvatrice. Et lance le contenu froid sur les flammes avides de nouveau bois à dévorer.
Disparues. Seule la fumée reste, l'odeur planant dans la cuisine. Ana ouvre la fenêtre en grand, soupire en se retournant vers la table. Noire, pleine de cire, noyée. Le sol, pas bien glorieux lui non plus. Leur appartement a bien manqué de partir en fumée.

- Se está quemando, no ?

Tehwa pointe son museau, intrigué. Du sol, il ne voit que les gouttes de cire sur le sol, ignore ce qui se trame au-dessus de la table. Et Ana part dans un fou rire, incapable de se contrôler. Et elle s'approche de lui, le laisse grimper sur sa main. A hauteur d'épaule, il peut admirer la vue.

- Je crois que nous sommes en deuil.

- * - * - * -

Emmitouflée dans sa large écharpe de laine, veste de cuir refermée, Ana marche dans la rue. L'aventure de ce matin est passée à deux doigts de la catastrophe et les jumeaux ont passé la matinée à limiter les dégâts, nettoyant sol et plafond, récupérant ce qu'ils pouvaient de la table. Il faudra la changer, malheureusement. Et la mexicaine n'a pas vraiment les économies pour ça, en ce moment... A force de soigner gratuitement les patients de l'hôpital...
Hôpital où ils se rendent en ce début d'après-midi.

La mexicaine déambule sur le trottoir, mains dans les poches. Tehwa, confortablement installé dans le sac à dos de cuir d'Ana, feuillète un livre de poche. Et au loin, la femme aperçoit le large bâtiment. Et elle sourit à l'idée de revoir Mrs Colins. La femme, d'une soixantaine d'années, a tenu à montrer un carnet entier de photos de sa famille et d'elle-même à sa bienfaitrice et les a spécialement demandé à sa fille.
Sourire aux lèvres, Ana accélère le pas. Et se stoppe presque instantanément.

Son oeil capte une présence dans l'angle de son regard. Ni humaine, ni même animale. Un bout de papier. Petit, coincé dans l'une des dalles du trottoir. Doucement, elle se penche, le ramasse. Curieuse. Et le retourne. Son coeur suffoque, son oeil s'écarquille, son corps manque de tomber.
Un billet de loterie... gagnant.
Le montant fait battre son coeur à en faire exploser les valves, explosant presque dans sa poitrine. Et lorsqu'elle tourne son attention pour scruter le billet de fond en comble pour trouver le piège, elle tombe nez à nez avec ce minuscule détail... qui la fait exploser de rire. Un rire si franc, si humain. Si sincère.
Alors, Tehwa se réveille de son livre, sort du sac et grimpe sur l'épaule de sa soeur.

- Il se passe quoi cette fois ? Une autre bougie qui fait partir une table en fumée ?

La femme finit par se calmer, tend le bout de papier au daemon.

- Le monde entier a décidé de me jouer des farces, aujourd'hui.

Le petit phalanger note le montant. Un bon gros chiffre bien rond. Et la date du billet. Décembre 2015. Tehwa roule des yeux, file se blottir à nouveau au chaud dans le sac de sa jumelle.

- Ca m'emmerderait d'avoir perdu ce ticket, si tu veux mon avis.

- M'en parle pas...

Ana froisse le papier dans sa main, reprend sa route en direction de l'hôpital. D'un geste distrait, elle laisse le billet tomber dans une poubelle de passage, s'éloigne d'elle. Et entre dans le bâtiment. Sourire aux lèvres, la mexicaine prend le chemin de la chambre de Mrs Colins.

- * - * - * -

Fantôme caché derrière un rideau, mains collées contre le mur, Ana entend la voix de Mrs Colins derrière les pans foncés des rideaux du fond. Une infirmière s'est invitée à leur petite fête, obligeant la mexicaine à prendre la fuite. Trop tard, elle s'était empressée de se dissimuler dans un coin, loin de son regard accusateur.
Et sa complice, Mrs Colins, s'occupe de l'infirmière, pour sauver l'intruse.

- Oui, ma chère, je me parlais seule, car voyez-vous, je me sens un peu seule ici. Ne pourrais-je avoir de la compagnie, dans cette triste chambre ?

La voix de l'infirmière s'élève à sa suite, exaspérée.

- Je crains que ce soit impossible, madame, vous le savez. Votre chambre est bien trop petite pour accueillir un autre patient.

Les pas s'éloignent, un chariot est poussé hors de la chambre. De sa cachette, une tête s'en extirpe, un sourire aux lèvres. Et, pimenté de son accent hispanique, elle murmure quelques mots.

- Ce n'est pas passé loin, cette fois-ci.

La femme rit, Ana s'approche de son lit.

- Effectivement, nous avons eu chaud, par tous les dieux !

- Et je ne vais pas davantage tenter le diable, je vous laisse. Vous me montrerez la suite la prochaine fois, je ne veux pas manquer ça.

Mrs Colins offre un clin d'oeil complice à sa protégée avant que cette dernière ne disparaisse par la porte, après un rapide coup d'oeil à l'extérieur. Et par malheur, alors qu'elle passe dans un couloir, elle croise la route de la-dite infirmière. Intriguée, celle-ci ne peut s'empêcher d'observer la mexicaine de haut en bas. Elles s'observent l'espace de quelques secondes, la daemonienne lui offre un sourire avant de passer son chemin. Et elle ne se retourne pas lorsqu'elle entend la voix de la femme s'élever dans son dos, l'interpelant.
La mexicaine tourne l'angle d'un couloir, presse le pas. Jette un oeil par-dessus son épaule, ne voit personne. Et encore, elle tourne dans un couloir, passe la porte de la cage d'escaliers, descend un étage, se retrouve au niveau inférieur, repasse la porte menant dans l'hôpital et tourne à nouveau dans un couloir.
Et sans se retourner pour vérifier si elle est suivie, elle presse le pas, bien trop effrayée d'être découverte. Alors elle tourne et tourne, ne sait plus où elle est. Et réveille Tehwa, endormit dans le sac.

- Ana ? Qué esta pasando ?

- Une infirmière nous suit...

Les pieds d'Ana, indépendants du reste de son corps, la mènent alors dans une partie déserte de l'hôpital. Perdue, elle ne sait plus où se trouve la sortie. Son oeil fou ne parvient plus à lire les panneaux, l'anglais défaillant dans son esprit. Et soudain, paniquée, elle pénètre dans une pièce. Une chambre. Vite, elle referme la porte derrière elle. Et, face à la porte, elle recule d'un pas. De deux. Et respire.




Spoiler:
 
  
MessageLun 13 Nov - 15:54
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Date d'inscription : 12/08/2017Nombre de messages : 28Nombre de RP : 1Âge réel : 24Copyright : Eledhwen
Mira LockwoodNothing will be the same...
Aller.

Retour.

Aller.

Retour.

Aller.

Le sentiment de langueur que Mira avait vu naître après sa première hospitalisation ne se tarissait plus. Il persistait, gravitant autour d'elle de manière perpétuelle, s'accrochant ostensiblement à chacune de ses émotions pour mieux les tirer vers lebas, pour mieux la tourmenter. Chaque journée, chaque geste, chaque ressentis étaient continuellement ponctués par de douloureux rappels, comme pour mieux lui raviver que cette étrange maladie -encore une- était la cause de l'anéantissement de tous ses efforts pour contrôler son pouvoir, mais aussi du refus que sa famille avait finalement prononcé au sujet de son inscription scolaire après les premières manifestations de la maladie des pouvoirs. Finalement, ce sentiment de langueur était devenue une présence familière, presque réconfortante, à l'image une bouée de sauvetage. A l'opposé de toutes les autres émotions auxquelles elle devait de nouveau faire face, comme cette peur indicible qui peu à peu à retrouver ses vieilles habitudes au sein du corps de l'adolescente, la paralysant d'effroi sitôt qu'elle découvre être à nouveau responsable de m'hospitalisation de nouvelles personnes.

Cette impression insidieuse de se retrouver encore une fois confrontée à tout ce par quoi elle avait du passer à peine un an auparavant ne la réjouissait guère. Au contraire, elle était de nouveau en proie aux doutes et à cette angoisse de faire de nouveau du mal à quelqu'un sans le vouloir, parce que son pouvoir a simplement décidé de rejouer le thème de la crise d'adolescence, explosant de colère à certains moments, détruisant tout sur son passage, pour se calmer l'instant d'après, comme le ferait une tornade. Toujours imprévisible, toujours dangereuse.

L'adolescente fronca subitement les sourcils. Un douleur s'était réveillée dans sa tête, amenant ses mains des deux côtés de son crâne pour faire pression, un réflexe vain dans l'objectif de faire taire ce marteau qui tapait dans un cadence lancinant. Les symptômes de la maladie avaient eu beau s'être atténués ces dernières semaines, Mira avait tout de même eu l'interdiction de quitter l'hôpital pour le moment. L'état de faiblesse permanent dans lequel la laissait la maladie semblait préoccuper son médecin, selon ses paroles quelques jours plus tôt. Mais l'adolescente n'était pas dupe.
Elle savait bien que la véritable raison était la nouvelle instabilité de son pouvoir et des dégâts qu'il pouvait engendrer. Un risque bien trop grand comparé aux nombreux autres contaminés qui possédaient un don.

Une nouvelle grimace défigura son visage. La douleur se prolonger, sans discontinuité. Près d'elle, elle pouvait sentir le ventre de Louka montait et descendre au rythme de sa respiration. Il n'était pas encore affecté par son mal de crâne, mais elle savait que ça ne saurait pas tarder et ensuite, il se réveillerait et tenterait de la rassurer, en dépit du de son mal, comme il le fait à chaque fois. Mira voulait éviter que cela se passe à nouveau. Son daemon paraissait tellement fatigué, affecté par la maladie tout comme sa partenaire, et en ce moment, rares ont été les jours où il changeait sa forme, se restreignant uniquement à sa forme de border collie, ce qui ne laissait aucun doute à son état d'esprit. Il devait sans doute nourrir énormément d'inquiétudes et se refusait de profiter de quoique ce soit tant que Mira n'irait pas mieux.
C'était plus que l'adolescente ne pouvait en supporter.

Sa main hésita le long de la rambarde jusqu'à ce que ses mains rencontrent le bouton pour appeler une infirmière.

Elle préférait retourner à cet état apathique, quitte à supporter une nouvelle seringue, ou de nouveaux médicaments que de le réveiller.

Alors que l'injection s'écoulait au travers du tube jusqu'au bras de Mira, elle se serra un peu plus contre son daemon, le rapprochant de son visage, ses poils venant chatouillaient son menton.

Il respirait correctement, tout allait bien.

Il n'avait rien senti, il n'avait rien entendu.

Il dormait paisiblement.


***

"Mira."

Au loin, elle pouvait entendre la voix de Louka qui l'appelait. Était-ce dans sa tête ou bien à ses oreilles ? Que disait-il ? Que lui voulait-il ? Il semblait que ses paupières soient soudés par d'épaisses barrières de poussières et que son esprit soit encore plongé dans du coton rugueux, comme une réminiscence de la douleur de la nuit précédente. Ah oui, la douleur, songea t-elle. Non, ça allait bien. Et elle se sentie un peu plus apaisée.

"Mira, réveilles-toi." Il parlait à ses oreilles dorénavant, elle en était certaine. "Il y a quelqu'un."

Et comme si ce réveil un peu brutal n'était pas suffisant, elle sentie sa langue lécher sa joue. Son daemon n'était pas sans savoir que si d'ordinaire, elle n'avait rien contre les marques d'affections, elle était insupportable au réveil.

"De quoi..." Commença Mira d'un ton agacé, la bouche encore pâteuse quand ses yeux s'ouvrir sur le personnage inconnu qui avait visiblement trouvé refuge dans sa chambre. Quel autre mot employer ? Les employés de l'hôpital n'était pas sans connaître Mira et seul une petite liste de médecins et d'infirmières avaient l'autorisation de s'approcher d'elle.

Elle pris appui sur son coude pour se redresser et se dégager un peu de l'étreinte entêtante de son oreiller, tandis que Louka passait sous son bras pour poser sa tête dans son cou en guise de bonjour. Les lèvres de Mira se dressèrent dans un sourire tendre et sa main libre caressa son dos, puis elle fixa de nouveau l'inconnu d'une mine plus sérieuse, se forçant à garder son calme.

Ne surtout pas paniquer. Elle devait sans doute être encore sous les effets du médicaments qu'on lui avait procuré quelques heures avant. Il n'y aurait aucun problème.

"Je ne sais pas qui vous êtes, mais... Je crois pas qu'il vous soit très conseillé de rester dans ma chambre."
  
MessageLun 18 Déc - 1:03
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 262Nombre de RP : 45Âge réel : 23Copyright : Rafi & Aki ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Face à cette porte close, Ana reprend son souffle. Inspiration, expiration. Aucun bruit de pas ne résonne dans le couloir, à l'extérieur. Rien que le silence d'une aile vide. Et la mexicaine compte pour se calmer.
Uno.
Que vont-ils faire ? Comment vont-ils se sortir de cette situation ? En ce moment, l'infirmière doit retourner l'hôpital. Peut-être même qu'elle va prévenir la sécurité, ou pire encore. La police. A cette idée, le coeur de la femme s'affole à nouveau.
Dos.
La police... Les autorités. Ana n'a pas confiance, plus. Depuis longtemps. La guerilla... Rien à voir. Elle ne passera qu'un jour ou deux en garde à vue, ou peut-être pas. Rien de plus. Et pourtant, Ana ne voit plus rien. Aveuglée par sa peur, ses yeux ne voient que le passé. Et la police n'a jamais été un ami.
Tres.
Tehwa se glisse en dehors du sac, grimpe sur l'épaule de sa soeur, se penche pour qu'elle puisse l'apercevoir. La mexicaine baisse son regard, le plante dans celui de son jumeau. Implorante.

*Mi corazón, reprend-toi. Il ne nous arrivera rien. On va s'en sortir. Nous ne sommes qu'à Merkeley, la Sierra est loin de nous.*

Cuatro.
Elle se force à sourire, aucune larme ne roule sur sa peau mate. Son esprit commence à faire le tour, comprend finalement. Elle n'est pas en danger.
Cinco.
Ils ne sont pas en danger, ne sont plus au Mexique. Merkeley est une ville sûre. Et que pourrait-on lui faire alors qu'elle se contente de soulager les souffrances de quelques patients dont les médicaments ne suffisent pas ?
Seis.
Ils ne craignent rien. Aujourd'hui, Ana a besoin de temps pour comprendre les choses. Pour réfléchir. Ne pas paniquer pour un rien, ne pas s'effondrer à la moindre seconde. Et elle se reconstruit petit à petit, pour retrouver qui elle a pu être un jour, avant sa descente aux enfers.

*Merci, Tehwa. Qu'est-ce que je ferais sans toi...*

Sursaut. Une voix s'est élevée dans son dos. Coeur qui bat à cent à l'heure, la peur de sa vie. Calmer les battements qui vont bien trop vite, ne pas provoquer un arrêt. Heureusement, Ana n'est pas cardiaque. Ce seul bond effrayé qu'elle vient de faire a déjà bien suffit à lui donner l'envie de vomir.
Et lorsque dans son élan, elle s'est retournée, elle l'a aperçue. Cette silhouette, menue, presque cachée au milieu de son grand lit d'hôpital aux draps blancs. Petite métisse aux cheveux ébouriffés, une boule de poils glissée dans son cou.

Face à cette enfant, elle respire plus librement à mesure que les secondes passent. Cette aile n'est-t-elle pas déserte ? Ana le sait pour y être déjà passé, jamais elle n'a croisé qui que ce soit ici. Hormis une ou deux infirmières, mais que très rarement. Que fait alors cette fillette dans ce grand lit, seule ?
La mexicaine adopte un visage doux, rassurant, et s'avance légèrement dans la lumière de la chambre, pour que l'enfant et son daemon puissent l'apercevoir.

- Excuse-nous, ma chérie, nous ne devrions pas être ici.

Tehwa relève son museau, mais ne dit pas un mot. Il laisse sa jumelle parler.

- On cherchait la sortie, mais...

Chercher la sortie... Quel mensonge idiot. Qui croirait à ça ? Ils viennent d'entrer en trombe dans la pièce, fermant la porte, à l'observer pendant plusieurs minutes. Mensonge idiot...
Ana se reprend et sourit gentiment.

- Mais on s'est perdus, dans tous ces couloirs.

Son regard tourne dans la pièce et décidément, elle trouve tout cela étrange. Une petite fille et son daemon, seuls dans une aile déserte de l'hôpital. Et elle ne semble pas se cacher ou s'être introduite dans le bâtiment. Cette jeune fille est patiente ici, c'est évident.

- Vous êtes tout seuls, ici ?
  
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