Une touche d'impressionnisme – Mali ♥

 
  
MessageMar 21 Nov - 17:31
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Date d'inscription : 15/06/2015Nombre de messages : 334Nombre de RP : 58Âge réel : 25Copyright : MuscaAvatar daëmon : Messire Cassiel
Estelle Abernathy△ MIRRORED MAZE ▽
Merkeley s’enflammait sous les feuilles d’automne. Les arbres se préparaient à l’hiver, délaissant leurs habits verts pour revêtir des couleurs plus chaudes. Agités par un léger vent frais, ils libéraient des milliers de feuilles flamboyantes qui tourbillonnaient dans les airs avant de se poser au sol. Une tasse de thé à la main, Estelle admirait le spectacle depuis la large porte vitrée de sa cuisine. Le canal, habituellement dissimulé sous l’épais feuillage estival, apparaissant désormais à travers les branches clairsemées. Elle pouvait y voir scintiller les reflets du soleil, qui brillait particulièrement fort en cette magnifique journée d’automne. Un sourire étira les lèvres de la jeune femme, une fraction de seconde avant qu’elle ne les pose sur le rebord de sa tasse. Elle termina son thé, jeta un furtif coup d’œil à la maison voisine, puis tourna les talons. Elle déposa sa tasse sur le comptoir, à côté d’un dépliant annonçant une exposition d’art à ciel ouvert, au cœur du bois de Merkeley. Une charmante initiative. Dépliant en main, elle se dirigea vers le salon. Cassiel s’y trouvait déjà, lissant son beau plumage bleu en admirant son reflet dans la fenêtre. Sa daemonienne mit la main sur son téléphone, déposé sur la table basse qui trônait au centre de la pièce. Un message non lu. Nouveau sourire. Mali n’avait pas été difficile à convaincre.

Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas vu le Russe. Ils vivaient côté à côte, mais leurs vies de plus en plus accaparantes – celle d’Estelle, du moins – les avaient forcés à se distancer. En invitant inopinément son voisin à cette exposition qui venait d’ouvrir à Merkeley, la blonde espérait remédier à la situation. Pour une fois, le destin semblait leur être favorable, puisque tous deux étaient libres en cette belle journée d’automne.

La blonde enfila son manteau et son écharpe, ramassa grossièrement ses longs cheveux en un ample chignon et, tout en laçant ses bottes, leva le nez en direction de son daemon, qui n’avait toujours pas quitté le rebord de la fenêtre.

– Tu viens?
– Tu es bien pressée, chérie.
– Ne me dis pas que tu n’as pas hâte de voir Nuna?

Ils échangèrent un regard, puis l’oiseau déploya ses ailes et vint se poser sur l’épaule de sa tendre moitié. Cassiel n’avait pas tort : Estelle avait bel et bien hâte de revoir Mali. Son emploi du temps l’avait peu à peu privée d’interactions sociales, ne lui laissant pour seule compagnie que celle de son collègue Ryan. Même si leur relation tendait à s’améliorer, ils demeuraient éternellement incompatibles. Il tardait à Estelle de discuter avec un véritable adulte.

Une légère brise, la même qui décrochait les feuilles des arbres, accueillit la jeune femme à l’extérieur. Elle ajusta son écharpe, verrouilla la porte derrière elle et descendit les quelques marches qui la séparaient du trottoir avant de bifurquer en direction de la maison voisine. Dans la cour de Mali, Louise et Kelly se pourchassaient joyeusement. Le regard d’Estelle croisa celui de la rousse, et toutes deux se fixèrent un bref instant avant que Louise, dans un cri de guerre surexcité, ne plaque sa babysitter dans un tas de feuilles mortes. Un sourire amusé fleurit sur les lèvres d’Estelle alors qu’elle atteignait la porte de la maison voisine et qu’elle levait la main pour y toquer trois coups.
  
MessageMer 22 Nov - 15:47
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Date d'inscription : 09/10/2013Nombre de messages : 1546Nombre de RP : 379Âge réel : 26Copyright : solosand (sign) / sweet disaster (av)Avatar daëmon :
Mali A. LeonidovLife is a biche


Les deux tasses de porcelaine laissent se dissiper dans l'air tiède de la cuisine les fumées presque invisibles à l'odeur de cannelle et de clou de girofle de leurs thés respectifs. Cela faisait plusieurs semaines que Louise n'avait pas revu Kelly, et à défaut d'être capable de le dire sincèrement, je pense que la présence de la jeune femme nous fait énormément de bien à tous. Comme Kelly fait à présent partie de la famille, c'est vers elle qu'il faut se tourner, au lieu de toujours mettre ce poids sur Kayla, lorsqu'il s'agit de confier Louise à quelqu'un de confiance. Et ces personnes sont si rares, même au sein de notre famille, que Kelly a une place toute particulière dans notre vie. Garder la fille d'un ex-bureaucrate à cravate asocial n'avait pas que des avantages, et à plusieurs reprises je me suis surpris à la voir rester, envers et contre tout. A montrer les dents lorsqu'il s'agissait de Louise, et jusqu'à sortir les griffes pour la protéger. Il n'y a qu'à voir les forme de loutres ou d'ourson que prenait son daëmon pour essayer de ressembler à Mattheus.

Quand le téléphone avait sonné ce midi, je ne m'attendais pas à ce qu'il s'agisse d'un message d'Estelle. La proximité de nos vies respectives n'empêchaient pas celles-ci de s'être largement déliées à cause de nos emplois du temps. Moins de mèches blondes à apercevoir entre deux persiennes, ou moins de chantonnements par dessus la haie de nos jardins accolés. Mais l'occasion était la bienvenue : trois jours après être revenus de Russie et s'était à peine remis du décalage horaire, une sortie sans enfant nous ferait à Nuna et moi le plus grand bien. Quand bien même la biche se sentait affreusement coupable de délaisser Louise.

« Le thé est sur la table Kelly ! »

Entre les rires de Louise et les grognements faussement menaçant de son daëmon, j'ai fort à parier qu'elle ne m'ait pas entendu. Il reste cependant assez de chaleur au coeur de la tasse pour qu'elle ne s'en occupe que d'ici une dizaine de minutes. Le mien entre les mains, je monte l'escalier direction la chambre pour récupérer une fine écharpe bordeaux et deux petites boîtes de la même couleur, ornées de dorures aux formes de palais orthodoxes, laissées volontairement à coté pour ne pas l'oublier. De nouveau en bas, je dépose l'une d'elle près des tasses à l'attention de Kelly en espérant que la boîte à musique en dorures lui fera plaisir (elle découvrira à quel point quand elle saura que c'est une des seules musiques qui endort paisiblement Louise en s'épargnant les caprices fatigués), et garde l'autre dans ma poche. J'ai à peine les doigts hors de celle-ci que l'on frappe à la porte.

« Déjà ?
- JE M'EN OCCUPE ! »

A nouveau, j'imagine que c'est peine perdue. Les rires de ma fille l'emportent sur ma propre voix.
Ça promet pour les années à venir.

« Bonjour Estelle »

Comme si mettre un prénom sur ce visage permettait de le resituer alors qu'elle habite à côté. Ma main est restée dans la poche contenant le petit paquet.

« ... et Cassiel. »

L'idée étant entendue de ne pas froisser l'oiseau. Cassiel me fait penser à ces tableaux d'artistocrates que ma mère peignait à peu près à l'époque de mon adolescence, à contre-courant du mouvement moderniste de l'art qui sévissait à ce moment. Le port de tête fier, le plumage et les habits colorés, le ton mielleux mais agréable. Pas nécessairement sournois. Pas autant que Nuna qui me pousse pour que j'avance en direction de Louise, qui a cessé de torturer Kelly afin de venir me serrer la jambe en réclamant un câlin.

« Papa revient tout à l'heure chaton, tu reste un petit moment avec Kelly ? Ça lui fait très plaisir de te voir. »

La mine boudeuse nous est épargnée en quelques secondes seulement à l'évocation du bonheur que Kelly a à la retrouver. Du moins j'imagine. Je ne me rends compte que maintenant que j'ai laissé ma tasse pleine sur la commode dans la chambre. Louise réclame malgré tout son bisou, et retourne courir vers Kelly après avoir récupérer une immense feuille morte dans chaque main. J'aime Louise du plus profond de mon âme, mais être un père à temps-plein a également ce coté épuisant qu'une pause artistique pourrait soulager un tant soit peu.

« Je vous ai ramené un souvenir. »

Trop fier pour attendre d'être à l'exposition afin de lui offrir, je tends la boîte à Estelle, tandis que nous prenons le chemin en direction du parc de Merkeley. J'espère qu'elle aime le thé, parce que la boîte en contient une poignée de variétés.

« Merkeley donne l'impression d'avoir retrouvé un tel calme... » Simple constat. Comme si une couche de cendres recouvrait l'horreur de l'an passé. Je remets mes mains dans mes poches, et pose mon regard sur Estelle. L'automne lui va bien. « Ou c'est peut-être l'effet secondaire d'avoir quitté le gouvernement et de ne plus être au courant de rien qui donne cette sensation. »

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