Sauvetage - Matèu

 
  
MessageJeu 28 Déc - 22:12
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Nathan McNeilNothing will be the same...

Sauvetage


Merkeley
6 Janvier 2016


Je ne sais pas ce qu’il m’a pris. Pourquoi ai-je fugué ? Pourquoi est-ce que j’ai quitté ce fichu foyer ? Ce n’est pas facile de se trouver un toit fixe sur la tête. Pourtant, je n’ai pas réussi à me convaincre d’y rester plus longtemps. Ce n’était pas possible. Je ne pouvais plus le supporter. Cette famille sans méchancetés, qui m’a accueilli avec condescendance et pitié, comme on recueille un chiot. Je me souviens sans mal de ces sourires attristés, faussement bienveillants, que l’on m’accordait. Les regards de vautours affamés. A se réjouir de mes mésaventures, à me harceler de questions comme un pivert heurte le bois pour en faire sortir les vers. Pour trouver ce qui me ronge, ce qui me fait mal. A soupirer devant mes silences. Je n’avais pas d’intimités. La porte de ma chambre était toujours ouverte. On me trouvait trop renfermé, on se souciait de mon air sombre, on ne craignait que je ne commette un acte irrémédiable ou autre connerie… Que de bonnes attentions, me direz-vous.

Mais le peu d’expériences que j’ai eues dans ma vie m’ont permis de comprendre que je ne pourrais pas vivre avec eux. Je leur ai parlé de ma passion pour la danse. Ils m’ont ri au nez. Ils m’ont dit que ce n’était pas le genre d’activités qui me permettrait de m’épanouir. D’une part, en raison de mon handicap, ensuite car je serais entouré de filles. L’homme qui m’a recueilli m’avait d’ailleurs bousculé et s’était amusé à me traiter de « dragueur ». Jusqu’à ce qu’un de leurs vrais enfants émette l’hypothèse que je puisse être homosexuel… Ils ont ri de nouveau. Je ne me sentais pas bien chez eux. J’étais mieux à l’orphelinat. Quoi que. Avec tout ce que j’ai entendu dernièrement, je ne sais plus quoi penser.

Depuis que je suis parti de chez eux, j’essaye de me débrouiller, tant bien que mal. Dans la rue, mon allure de gosse, avec mon visage épargné par le temps, mon corps frêle, est loin d’attirer la pitié que l’on pourrait escompter. Au contraire, on détourne les yeux, on change de trottoir ou pire, on m’insulte. C’est auprès des autres sans-abris que j’ai trouvé de l’aide. Ils m’ont partagé leur toit, rudimentaire. Parfois, un peu de nourriture. Certains m’ont fait peur. Trop saouls pour tenir debout. A murmurer qu’ils ont besoin de leur dose. D’autres, au contraire, se sont montrés d’une gentillesse incroyable. Selon les personnes que je croise, Freyja se cache contre moi, vole au dessus de moi ou reste perchée sur mon épaule. Comme toujours, nous ne parlons que par pensées. On se transmet nos sensations. Nos peurs. Nos impressions.

Pendant les trois quart de ma vie, je n’ai pas eu le choix que la cacher aux yeux des autres. On peut la croire effacée. Inexistante. Alors qu’elle est là. Puissante. Ses pensées guident les miennes. Son amour me réchauffe tout entier. Quand j’hésite, elle est là. Quand j’ai peur, elle me rassure. Quand je doute, elle me conseille. Et quand je faiblis, elle me relève. Elle est d’ailleurs là. Elle vole, au dessus de moi, alors que nous cherchons un refuge pour la nuit. Elle perçoit de la chaleur. Du son l’attire. Intriguée, elle m’attire vers elle alors qu’elle va se percher sur une fenêtre d’un bâtiment abandonné. Pourtant, vu le brouhaha qu’on entend, l’endroit n’est pas si désolé que ça.

« Freyja… »

J’ai murmuré son nom. Elle revient vers moi, d’un battement d’ailes, pour se percher tout en légèreté sur mon épaule.

Je suis là, Nathan. Sois prudent.

Sa voix douce, mature, me donne de l’assurance. Je me rapproche prudemment des personnes rassemblées. Elles s’agitent, applaudissent, crient. Je reste en retrait, sur mes gardes. Mon regard se tourne vers ma daemonne.

Reste là…

Elle s’envole, discrète, jusqu’au plafond où elle observe le combat mené. Un combat des rues. Elle reconnaît un des sans-abris qui m’a aidé, parmi les spectateurs. Certains sont prêts à tout pour un peu d’argent. Je devrais m’en aller. Pourtant, je me surprends à vouloir me redresser pour mieux voir ce qu’il se passe…


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