Never forget, never give up [Nathan]

 
  
MessageMar 6 Fév - 22:53
avatar
Date d'inscription : 09/01/2018Nombre de messages : 143Nombre de RP : 76Âge réel : 22Copyright : Moi-mêmeAvatar daëmon :
Alexie TaijiNothing will be the same...
Petite musique à la fin

Un autre cours de musique. Une nouvelle épreuve pour moi. Pas si nouvelle que ça en réalité. Je devais jouer devant la clase le morceau de musique que j’avais préparé la semaine dernière. Ce morceau que j’avais inventé, et que – comme d’habitude – je n’avais pas réussi à jouer correctement. Pas par manque de compétences, seulement parce que j’angoissais bien trop. Mes mains tremblaient, et je finissais inévitablement par paniquer. Notre professeur connaissait bien mon stress. Il ne savait pas à quoi il était dû, mais il le savait, tout comme le fait que cela déclenche des crises. J’étais déjà sortie en plein milieu du cours pour aller me planquer aux toilettes en attendant que ça passe. Mais j’avais commencé mes séances avec Loana. Elle me l’avait dit. Jouer quand je ressentais l’envie de m’enfuir en courant et d’aller me planquer. Jouer quand je sentais une crise de panique arriver. Jouer pour avancer. Je devais grandir, évoluer, arrêter d’être faible. Cela faisait trois jours depuis mon entretient avec Loana. J’avais fait des crises, mais je n’avais pas réussi mon défi. J’avais essayé pourtant, mais je ne pouvais pas.

* Stop ! M’exclamais-je dans mon esprit. Je devais me battre, coute que coute. Mes mains étaient moites, ma respiration accélérait. Mon tour approchait. Mon professeur me donnait une deuxième chance, je devais la prendre, et me battre, encore. Ma respiration accélère un peu plus. Je sens la panique monter. *Stop !* M’exclamais-je à nouveau.

Le professeur appelle mon prénom. Mes doigts se serrent sur mon archet. Je me lève et m’avance vers la scène. *Tu sais jouer, tu peux le faire, tu es douée* Encouragement positif, il parait que ça marche. Je me tourne vers la scène, portant le violon à mon épaule. Je pris une profonde inspiration, fermant les yeux. Je sais jouer. Je pouvais jouer malgré mes mains moites, malgré l’angoisse qui augmentait, ma respiration et les battements de mon cœur qui accéléraient. Je perdais le contrôle, je le sentais…. *Stop !* Criais-je pour me concentrer. *Stop et joue !* Comme un soubresaut, mes mains réagirent et commencèrent les premières notes. D’abord mal à l’aise, et à moitié paniqué, je réussis à me plonger un peu plus dans ma musique. Me dire que c’est une bonne chose, que c’était positif. Que je ne pouvais pas fuir. Que je n’avais pas le droit de fuir. Et puis se fut terminé. Mon morceau en tout cas. Je n’étais pas tout à fait détendue, mais j’allais mieux. J’étais moins en crise de panique. Je retournais m’asseoir sur mon siège, avec les applaudissements des autres, comme ç chaque fois. Mais cette fois, j’avais l’impression de les mériter. Je m’assis sur mon fauteuil, en prenant une profonde inspiration. *Félicitation ! C’était génial !* Me dit Seth. Je sentis un léger sourire apparaitre sur mon visage, et mes joues me chauffer. Réaction que je dissimulais en baissant la tête.

Le cours se termine. Je sors dehors, le pas presque sautillant. Me sentant un peu mal à l’aise d’exprimer ma joie ainsi, devant tout le monde. Ils ne comprendraient pas. Je sortis dehors, me dirigeant vers un lieu un peu plus isolé. Je venais souvent m’y réfugier. C’était un peu éloigné, mais accessible, avec assez peu de passage malgré tout. Rien de mieux pour être tranquille.

« J’ai réussi ! m’exclamais-je. J’ai vraiment réussi ! continuais-je à nouveau »

Seth saute sur un rocher pour être à ma hauteur. Je le pris dans mes bras, et me redressais pour ébouriffer ses poils. Pour la première fois depuis des années, je me sentais bien. Je me sentais fier de moi. J’avais réussi. Ce n’était pas grand-chose pour les autres. Juste jouer devant un public. A peu prêt ce que tous les musiciens doivent faire, le métier que je voulais faire. Mais j’avais réussi. Enfin, à jouer devant des gens. Ce n’était pas parfait, au vu de l’état de mes oreilles et des fausses notent que j’avais fait. Mais au moins, j’avais réussi à jouer correctement. A repousser pour la première fois une de mes crises. A retrouver mon calme.

« Félicitation ! me répète Seth. Tu es fantastique. Et ne dis pas le contraire, sinon je te frappe, dit-il en riant »

Je souris en me redressant. Tout ça me donnait envie de jouer. Pour moi cette fois, pas parce qu’on m’y obligeait. Je sortis mon violon, me plaçant pour jouer. Ce n’était pas ma composition cette fois, mais celle d’un homme dont j’appréciais les compositions. Daniel Jang. Je n’avais jamais eu besoin de la partition pour connaitre les notes, et me laissais donc emporter par le rythme, fermant les yeux. J’avais plus de chance de me faire surprendre par quelqu’un, mais peut-être que je le faisais inconsciemment exprès, voir jusqu’où je pourrais aller.
  
MessageSam 10 Fév - 21:39
avatar
Date d'inscription : 08/10/2017Nombre de messages : 38Nombre de RP : 19Âge réel : 21Copyright : Maryelsatanas et ByronAvatar daëmon :
Nathan McNeilNothing will be the same...

Never forget Never give up

Je n’avais pas cours, cette après-midi.

J’étais installé paisiblement au bord du lac, un livre sur mes cuisses. Freyja était près de moi, occupée à soigneusement nettoyer son plumage à l’aide de son bec. Je tournais régulièrement les pages de mon livre. Je l’avais pris à la bibliothèque de l’Université. Un roman contant l’histoire d’un chevalier traversant des terres inconnues, pour y trouver le Roi des Elfes et lui porter le message de son meilleur ami, le Roi. Malheureusement, les évènements commençaient à virer au tragique quand le contenu du parchemin n’était autre qu’un ordre de guerre, annonçant la chute certaine du Royaume tant aimé par le Chevalier qui n’avait pas pu protéger ses Terres. D’ailleurs, je me doutais que lorsqu’il pourrait enfin rentrer chez lui aux côtés de l’armée des Elfes, il trouverait son Roi mort, tué par l’ennemi. Ou pris en otage. Cette pensée me découragea de continuer et je finis par fermer le livre alors que Freyja, inquiète, relevait ses douces prunelles sombres dans ma direction.

Ca ne va pas ?

« Si… Je n’ai juste plus envie de lire. »

Elle n’insista pas. Je n’appréciais pas tellement qu’elle vienne, parfois, s’introduire dans mes pensées ou pire, dans des sentiments que je ne souhaitais pas toujours lui partager. Respectueuse, elle se contenta d’ouvrir ses ailes pour s’étirer et se débarrassa de quelques plus d’un battement d’ailes. Pour ma part, j’attrapai ma canne. Me redresser sur le sol meuble ne fut pas chose aisée. Je pliai ma jambe, m’accrochai à ma canne à 2 mains, me tirai vers le haut. Je dus m’appuyer sur ma jambe plus fragile et la douleur, familière, me traversa le bassin, remontant vers mon dos. Je reprenais mon souffle quand je pus me stabiliser, avant de m’avancer. Malgré mon handicap et mon boitement, j’avançais bien mieux depuis que je vivais chez Byron. J’avais dû reprendre quelques séances de rééducation… Encore. Ma déformation entraînait irrémédiablement un affaiblissement des muscles de ma jambe gauche, ce qui gênait énormément la pratique de la danse. Je devais revoir au moins 1 fois par semaine le kinésithérapeute et je m’entraînais dans la piscine de mon hôte pour toujours faire travailler mes muscles. Je pensais qu’après l’hôpital, je n’aurais plus besoin de tout ça… Mais j’ai un handicap, à vie et il m’impose des contraintes, que je dois accepter, un jour ou l’autre. La restriction de ma liberté reste un sujet très difficile pour moi.

Ne considère pas ça comme une limite, mais comme une aide pour te permettre de danser comme tu l’entends…

Freyja n’a que très rarement tort. Je m’apaisai et j’esquissai un sourire en levant les yeux pour suivre son vol, alors qu’elle plane doucement au-dessus de ma tête. J’aimerai être comme elle. Voler comme elle peut le faire. Mais notre lien l’emprisonne. Il est rare que nous parvenions à nous séparer de plus de quelques mètres. Probablement les conséquences de ce que nous avions endurés. Toute notre enfance, elle était obligée de se dissimuler au plus près de mon corps, pour échapper aux surveillants, aux mains baladeuses d’autres enfants. Pour ne pas que l’on nous sépare ou qu’on la touche. Insecte ou rongeur, elle restait blottie directement contre ma peau, sans un son, sans une parole, sans oser même penser parfois. Freyja est restée timide, peu loquace. Je parle toujours pour nous deux, malgré tout ce temps.

De la musique finit par attirer mon regard. Du violon. Je clignai des yeux et je m’approchai. Les cheveux longs ne m’évoquèrent aucun souvenir. Je m’arrêtai pour l’écouter et Freyja se posa sur la branche d’un arbre, près de moi. C’est elle qui la reconnait. C’est elle qui me fit ressentir une sensation de familiarité, assez pour m’inviter à m’approcher encore un peu, jusqu’à ce que mes yeux se reposent sur elle. Ils remontèrent vers son profil que j’étudiais avec attention. Je connaissais son visage. Et progressivement, je parvenais à retrouver le lieu où nous nous étions vus. Son nom ne me vint pas immédiatement. Cela lui permit, probablement, de jouer sa partition jusqu’à sa fin. D’ailleurs, je n’aurais pas osé l’interrompre. Je respectai bien trop l’art, sous toutes ses formes.

« Salut, Alexie, Seth. Ca va ? »

Je leur offrais un de mes rares sourires. Ces noms… ne me rappelaient pas de bons souvenirs. Ca n’avait strictement rien à voir avec eux. Au contraire, je crois que j’étais soulagé de les voir en vie. Dehors.

Pas enfermés, une fois de plus.


  
MessageSam 10 Fév - 22:52
avatar
Date d'inscription : 09/01/2018Nombre de messages : 143Nombre de RP : 76Âge réel : 22Copyright : Moi-mêmeAvatar daëmon :
Alexie TaijiNothing will be the same...
Emportée par la musique, je me coupais de tout ce qui m’entourais, devenant sourde aux autres bruits autres que mon violon. Tout comme Seth qui m’observait. Il était content de me voir sourire – un événement assez rare pour qu’il en profite. Malgré tout, il gardait cette hypervigilance qui le caractérisait depuis notre sortie de l’hôpital. Il entendit des bruits qui se rapprochait. Les ailes d’un oiseau beaucoup trop bruyant pour être celui d’un simple moineau. Il pivote la tête pour voir un infirme se rapprocher de nous. Il ne lâcha pas des yeux les deux personnes, sentant une impression de déjà-vu sans pour autant se rappeler d’où elle pouvait provenir. Les deux ne faisaient qu’observer, et aucun des trois ne pipèrent mot. Assez pour que je termine ma musique. Je sursautais lorsque j’entendis une voix proche de nous. Je pivotais rapidement, rabaissant mes bras qui tenaient mes instruments de musique. Méfiante, je fis un pas en arrière, mes yeux se posant sur les inconnus. Inconnus qui connaissaient nos prénoms. Je le fixais pendant quelques secondes, prenant quelques temps avant de le reconnaitre.

« Nathan, Freyja ? dis-je avec une légère pointe d’hésitation, et de surprise »

Je ne m’étais pas attendue à les revoir. La dernière fois que je l’avais vu, je sortais de l’hôpital, et c’était il y a environ deux ans. Au moins en les reconnaissant, je réussis à me détendre légèrement. Et réussis même à leur offrir un léger sourire. Les souvenirs de l’hôpital me revenaient en mémoire. Pas forcément de bons souvenirs d’ailleurs. Ca n’avait rien à voir avec eux. Malgré quelques mésententes entre nous, et un départ difficile pour nous, nous avions réussi à nous entendre.

« Oui, oui, ça va, finis-je par répondre une fois la surprise passée. Désolé, je m’attendais pas à vous voir ici, et vous, vous allez bien ? »

Enfin, physiquement j’allais bien. Je mettais remise de tout ce qu’on m’avait fait. Mentalement par contre… J’étais un véritable champ de bataille, complètement détruite et ravagée. Peut-être qu’il s’en doutait, ou non. De toute manière, très rare était les gens qui déclaraient aller mal de but en blanc en répondant à la question « ça va ». Et moi qui avait tendance à tout dissimuler pour que personne ne voit rien, je ne risquais pas de répondre sincèrement à cette question.

Je me sentis soudainement gênée d’être surprise ainsi entrain de jouer. Particulièrement par quelqu’un qui m’avait connu au moment où j’étais la plus faible. Au moment où j’étais incapable de cacher mes faiblesses – contrairement à maintenant. Nerveusement, je passais une main dans mes cheveux, suivant avec automatisme l'une des marques qui s'étendaient sur ma tête. Je ne pus m'empêcher de me rappeler qu’il m’avait vu raser, avec les cicatrices des expériences qu’on m’avait faites. Il était la seule personne de mes connaissances actuelles à connaitre mon passage dans le laboratoire. Je détournais les yeux, rangeant mon instrument dans sa boite. Malgré ce sentiment désagréable de me sentir à découvert devant lui, j’étais quand même contente de le voir. Voir qu’il allait bien.

Je me tournais à nouveau vers lui, le visage plus ou moins neutre, même si j’essayais d’étirer un sourire. Je n’étais pas sûre de quoi dire, ou faire, assez peu à l’aise face à cette situation.

« Tu es inscrit à la fac depuis longtemps ? En danse ? »

Oui, bon la première question était sûrement bête, puisqu’il se trouvait sur le campus, et qu’à part les étudiants, rares étaient les gens qui venaient ici, bien que l’endroit soit accessible à tout le monde à vrai dire. Et pour la deuxième, cela pourrait paraître tout aussi idiot pour des personnes extérieures à cette conversation. Quiconque verrait Nathan, sa canne, et la difficulté qu’il avait pour se déplacer, se demanderait bien ce qu’il ferait en dans une discipline telle que la danse. Mais je connaissais sa passion pour la danse, et si beaucoup devait le trouver fou pour essayer la pratique, ce n’était pas mon avis. Après tout – bien que je n’aie aucun handicap physique – j’étais un peu dans le même cas. Qui aurait pu croire qu’une fille des bas quartiers, sans le moindre sou, aurait pu se passionner pour la musique, et finir par avoir une formation classique. Finalement, ça avait été tout aussi handicapant. Enfin, ce n’était plus un handicap maintenant – bien que j’aie encore quelques soucis d’argent. Au final, me comparer à lui n’était pas très pertinent, et assez arrogant, et stupide.
  
MessageMar 27 Fév - 10:55
avatar
Date d'inscription : 08/10/2017Nombre de messages : 38Nombre de RP : 19Âge réel : 21Copyright : Maryelsatanas et ByronAvatar daëmon :
Nathan McNeilNothing will be the same...

Never forget Never give up

Sa méfiance me laisse de marbre. Je reconnais la peur dans ses yeux. Cette peur qu’on l’approche, qu’on la touche, qu’on l’attrape, qu’on lui fasse du mal. Elle est dissimulée sous une prudence raisonnée, étranglée par sa conscience qui la rappelle à l’ordre, mais elle est là, elle gronde au fond de ses prunelles, elle est prête à sortir les griffes. Je connais ce regard. Je connais sa crainte. Je n’ai pas eu d’autres choix qu’y faire face, quand nous partagions notre chambre d’hôpital. Je me souviens de ses crises, assez violentes pour réussir à m’effrayer et me faire reculer jusqu’au lit, quand je ne prenais pas mon courage à deux mains pour la rassurer. Mes tentatives ont bien souvent échoué et je me suis pris quelques mouvements violents ou craintifs de sa part.
Pour moi, la voir dehors, c’est comme surprendre un ours polaire en Afrique. Sans vouloir l’insulter, je l’imaginais passer sa vie dans un Institut spécialisé pour l’aider à passer outre ses nombreux traumatismes. Moi-même, je continue mes visites à l’hôpital et je reste chaque jour surpris de me voir capable de marcher dehors, entouré de personnes. Nous sommes les rescapés d’une guerre que personne n’a connue, à laquelle personne ne pense. Des vétérans d’un autre temps, d’une autre dimension, où les enfants ne sont plus considérés comme des êtres précieux et intouchables, mais comme de la vermine qui pullule, dont on s’occupe dans le seul but de s’en débarrasser. Ces pensées totalement déprimantes me prennent à la gorge et je m’appuie un peu plus sur ma canne alors que je laisse le soin à Alexie et Seth de replacer nos identités sur nos faciès.

« Ca va. On fait avec. »
Je réponds sans un sourire, avec un certain fatalisme. Je me sens comme un vieil homme, comme si la voir me rappelait des blessures pas si oubliées que ça, comme si sa vue remettait sur mes épaules le fardeau terrible que je portais quand nous nous sommes rencontrés. Elle m’a renvoyé à une réalité inacceptable, à des traitements qui m’ont retourné le ventre et en sont venus à me faire pleurer, une fois. Je suis un sensible. Et quand je la contemplais, brisée, gisant dans le coin de la chambre, envahie par des visions, des fantômes, contre lesquels je ne pouvais absolument rien faire, ma propre impuissance me poignardait, me sortait les tripes par la bouche, me faisait vomir et gémir pendant des heures. Mes plaintes s’unissaient aux siennes et alors que ses mains protégeaient son crâne presque rasé, les miennes se plantaient dans mon cuir chevelu. Je pleurais quand elle souffrait.

« Ouais… Ca va faire un ou deux ans. Je me suis trouvé une famille d’accueil. Et toi ? »

Je m’appuie contre un arbre pour soulager ma jambe. Freyja se pose sur la petite branche au-dessus de ma tête et unit franchement ses beaux yeux à ceux de Seth puis d’Alexie. Elle, elle est terriblement heureuse et ne s’en cache pas.

_ Vous avez bien meilleure mine à présent. Ca nous rassure.

Freyja parle très rarement aux autres. Elle est cette petite voix qui exprime bien souvent des pensées que je n’ose pas formuler, dont je n’ose pas même avoir conscience. Elle entrouvre ses ailes dans un beau bruit soyeux puis les referme dans son dos.

« J’ai eu une première famille avec qui ça c’est mal passé… Mais je me suis trouvé un autre type pour me recueillir. Il est plutôt cool, il a payé mes études et bon, il fait en sorte que ça se passe bien pour moi. Je continue d’aller à l’hôpital, à peu près une fois par semaine, surtout pour ma jambe. Même si je danse, elle reste… atrophiée enfin tu dois le voir. J’ai besoin encore de kiné… Quelques temps en tous cas… Hm… Je ne savais pas que t’aimais jouer, t’es vachement douée. »

Je lui offre un sourire, un de mes rares sourires. J’espère la détendre…


  
MessageMar 27 Fév - 23:34
avatar
Date d'inscription : 09/01/2018Nombre de messages : 143Nombre de RP : 76Âge réel : 22Copyright : Moi-mêmeAvatar daëmon :
Alexie TaijiNothing will be the same...
Malgré le fait qu’on se connaisse, je restais très méfiante vis-à-vis de lui. Ou plutôt, parce qu’on se connaissait, j’étais encore plus méfiante d’eux. Je croisais les bras sur ma poitrine, dans une posture défensive. Je détestais l’idée qu’il voit à travers mon comportement, à travers le masque que je dressais face à tous. Ce masque était loin d’être parfait, encore moins face à Nathan. Lui, j’en étais sûr, pouvait voir la peur que je dissimulais – que je tentais d’enterrer serrait plus exact. Il avait été obliger de subir ma peur dans cette chambre d’hôpital. D’entendre mes pleurs que je cherchais à faire aussi silencieux que possible durant la nuit. A ce moment, je voulais que tout s’arrête, que ma vie s’arrête. Je ne supportais pas tout ce qui m’étais arrivée – je ne le supportais toujours pas très bien. Je n’arrivais pas à passer outre, et faisait semblant d’avancer finalement. Je me souvenais aussi que j’avais bien failli le blesser, plusieurs fois durant mes crises. Quelle idée de mettre quelqu’un avec moi ? Avec une télékinésiste qui ne contrôle pas du tout ses pouvoirs. Les médecins étaient tous des abrutis pour ne pas avoir compris que j’étais dangereuse à ce moment. Ils auraient dû me laisser seule. Ils ont fini par le faire de toute manière. C’était une bonne chose. Vraiment ? Me dit une petite voix dans ma tête que j’étouffais. Cette voix qui me disait de baisser ma garde, de me sociabiliser un peu. D’avoir des contacts avec ce monde, et d’arrêter de vivre en marge. Une voix que je n’avais aucune intention de suivre ou même d’écouter.

Incapable de supporter les idées qui venaient en le voyant, je détournais les yeux quelques instants, écoutant ce qu’il me disait, tout en repoussant tout ça. Une fois l’esprit un peu plus clair, je levais les yeux vers le duo face à moi.

« Difficile de faire pire, fit remarquer Seth à Freyja en essayant de paraître amuser. Vous aussi, vous avez l’air d’aller mieux »

Il ne voulait pas utiliser un ton ironique, voir blessant, notre passé commun nous rapprochant un peu trop. Quan à moi, je n’avais pas tout de suite répondu à Nathan, le laissant s’expliquer un peu plus sur sa situation. Je ne voulais pas vraiment me faire plaindre ou quoique ce soit d’autres. Déjà à la sortie de l’hôpital j’avais vingt ans, donc l’âge de ne plus être en famille – ce que j’aurais refusé de toute manière, et trouver un moyen de fuguer, comme toujours.

Je détourne le regard face à son compliment, dissimulant la légère rougeur qui prit mes joues derrière mes cheveux. Je m’éclaircis la gorge un instant puis relevais la tête.

« Merci, même s’il y a mieux. Je fais de la musique depuis très longtemps, lui dis-je sans trop m’étaler sur la question. C’est bien que tu es trouvé des gens qui t’aident. La kiné a l’air de bien t’aider, il y a des chances que ça s’améliore encore ? »

Une question parfaitement maladroite. Je baissais la tête gênée. Quelle idiote je faisais de poser cette question. C’était comme demandé à quelqu’un qui venait d’avoir un mort dans sa famille si ça allait aller pour le mort en question. Une véritable abrutie. Et Seth décida de parler pour enchainer sur autre chose.

« Alex et sa façon de mettre les pieds dans le plat, une véritable virtuose, dit-il sur un ton amusé en me lançant un regard »

Je lève les yeux au ciel, essayant d’étirer un léger sourire. Mais je n’arrivais pas à me détendre quoique l’un et l’autre dise.

« Nous, on vit dans un petit studio universitaire, et Alex vient d’intégrer la fac cette année en licence d’art et spectacle. Du coup elle bosse dans un bar-restaurant à Merkeley pour payer tous nos frais »

Seth faisait l’intermédiaire entre moi et les autres dans ce genre de moment. Il parlait sur un ton amical, observant Nathan et Freyja face à nous. Moi j’étais légèrement en retrait, essayant de me dérider un peu. Je n’arrivais vraiment pas à me décoincer. J’étais pourtant contente de revoir Nathan mais… Je ne pensais pas le revoir. Jamais. J’essayais pourtant de lancer une petite blague, ne manquant pas de conserver mon ton sarcastique, avec cette pointe d’auto-dérision. Mon maximum pour le moment.

« Si monsieur voulait bien participer aux frais, dis-je en lançant un regard à mon Daëmon. »

Ce dernier tourna la tête vers moi, et souleva ses babines, en les tirant légèrement an arrière, dévoilant ses crocs et le début rosé de ses gencives. Certains auraient pu interpréter ça comme une menace, moi je le voyais comme un sourire. Il conservait la face d’une panthère après tout.

« Oh ça va, on a quand même quelques aides de l'Etat, pas besoin de bosser.

- Flemmard, rétorquais-je ce qui provoqua un léger grognement de la part de Seth, qui pouvait s'assimiler à un rire »
  
MessageVen 23 Mar - 15:43
avatar
Date d'inscription : 08/10/2017Nombre de messages : 38Nombre de RP : 19Âge réel : 21Copyright : Maryelsatanas et ByronAvatar daëmon :
Nathan McNeilNothing will be the same...

Never forget Never give up

Aller mieux ? On peut dire ça. Ouais, ça va mieux, au moins, j’ai une famille d’accueil et de vrais soins pour ma jambe. Pour ma tête. Je les ai demandés et Byron me les a accordés sans une hésitation. Je souffre d’une dépression, de cette merde qui te bouffe la tête et l’énergie, ce parasite qui me laisse sans cesse épuisé et pourtant, enragé, toujours sur la défensive, toujours à craindre le pire, sans pour autant me convaincre de me laisser dépérir. Au contraire. Je veux vivre. Comme je l’ai toujours voulu, voulu du fond de mes tripes. Vivre et m’en sortir. Vivre, pour profiter de ce que je peux encore faire, des petits plaisirs quotidiens dont j’ai longtemps été privé. Passer du temps avec des amis, boire un verre dehors, danser, danser des heures, regarder la télé, cuisiner, bref, des choses quotidiennes, des trucs qui n’épatent personne mais qui sont partie de l’essence même de l’existence, ces choses nécessaires qui affirment son indépendance, que je peux enfin vivre en pleine conscience, sans les médicaments qui m’assomment, sans la peur ou le désespoir qui gâche tout le plaisir. La remarque maladroite d’Alexie n’est probablement pas mal intentionnée et pourtant, elle me fait mal, assez pour que je perde légèrement mon sourire et que mon regard réponde à ma place. Malheureusement, mon handicap est… grave. On ne peut pas… on ne peut rien y faire. Seulement s’assurer à ce que ma jambe restante puisse me porter et que l’autre ne s’atrophie pas trop. Ça me demande des exercices quotidiens, dans la piscine ou ailleurs, pour conserver le minimum de muscles que j’ai encore… Et aussi de ne pas prendre trop de poids.

« Ca a beaucoup progressé depuis qu’on s’est quittés. Je peux réussir à marcher un peu sans canne, pas longtemps mais sur 5 mètres. Et puis j’arrive à danser et à m’appuyer un peu sur elle. Je ne sais pas si je… si ça peut vraiment s’améliorer mais je peux toujours bosser sur la souplesse ou l’endurance… »

La tête fémorale se trouve carrément en dehors de la hanche, donnant cette différence de taille majeure entre ma jambe et l’autre, sur laquelle je ne peux que m’appuyer sur le bout des orteils. Malheureusement, toute ma colonne vertébrale, liée au bassin, s’est construite avec cette anomalie. Me la remettre correctement demanderait une opération majeure qui pourrait avoir des conséquences gravissimes sur ma mobilité, au moins pendant des années, et qui exigerait une rééducation éreintante. A quel prix ? Pour, peut-être, un jour, marcher comme tout le monde sans même en être sûr au final ? L’opération me fait peur et, parfois, très souvent en fait, je me dis qu’il vaut mieux que je reste avec ce que j’ai, que nous verrons bien par la suite.

J’écoute Seth avec attention. Si Seth parle pour eux, j’en fais de même pour Freyja. Heureusement, ils l’ont toujours connue silencieuse, observatrice, mais toujours bienveillante à mon adresse ou celle des autres. Les seules fois où, peut-être, elle a pu faire preuve d’opposition était quand Alexie était en… pleine crise et que des objets manquaient de me toucher. Dans ces cas là, sous la panique, Freyja me protégeait de ses ailes et criait, suppliait Seth d’intervenir… Elle avait toujours été très protectrice envers moi. Nous n’étions que nous deux. Et si Seth était la force paisible qui veillait sur Alexie, j’étais celui qui prenait les devants, celui qui osait s’aventurer sur le chemin difficile des conversations qu’on pouvait avoir avec l’extérieur. Ce qui n’empêchait pas ma tendre Freyja de toujours me partager ses sentiments, ses émotions, ses pensées, comme en cet instant où elle se soulageait de découvrir Alexie dehors, occupée à sa passion, en compagnie de son daëmon. Sa blague, cette fois ci, me fit rire et j’offre un tendre sourire à leur adresse.

« Ca va, tous mes frais sont payés, une vraie princesse. Ma famille d’accueil, c’est un neurochirurgien donc bon, je n’ai pas à me plaindre. J’ai même une piscine et ma chambre ! »

J’explique avec une certaine fierté.

« Ce n’est pas ma première famille d’accueil… Celle avant lui, ça c’était super mal passé, j’ai même… fugué et j’ai fini quelques temps dans la rue avant qu’il ne me ramasse littéralement et qu’il ne me garde avec lui. Et vous, ça… ça fait longtemps que vous êtes sortis ? »

Sorti de l’hôpital. Sorti de cet univers carcéral, pour elle. Pour ma part, ça allait, j’étais plutôt en bons liens avec les hommes de soins. Je n’étais pas comme elle, je n’avais pas eu toutes ses mauvaises expériences, j’avais encore confiance. D’un côté, je n’avais pas le choix. Je ne pouvais pas me laisser gagner par le doute. J’avais trop peur de… me détruire. Et contrairement à elle, je ne sais pas si j’aurais trouvé la force de me reconstruire après ça.

« En tous cas, je me répète, tu joues vraiment très bien… On a toujours du chemin à faire, jamais rien n’est parfait, mais t’as bien avancé et c’est super encourageant. Pour toi et pour moi. Même quand c’est difficile, on peut encore aller de l’avant. »

Des propos que je veux pleins d’espoir, qui changent bien de ma mentalité habituelle. Parce que je tiens à elle malgré tout ce qu’elle me rappelle. Parce que je veux au moins la voir sourire pour de vrai encore une fois. On est des survivants. On va s’en sortir. On peut le faire.

Je veux y croire. Et la convaincre.




  
MessageDim 25 Mar - 14:37
avatar
Date d'inscription : 09/01/2018Nombre de messages : 143Nombre de RP : 76Âge réel : 22Copyright : Moi-mêmeAvatar daëmon :
Alexie TaijiNothing will be the same...
Idiote, idiote, idiote, me répétais-je en boucle. Et l’explication que me donna Nathan par la suite malgré ma bourde monumentale, ne fit qu’enfoncer un peu plus le couteau dans la plaie. Il devait se sentir obligé de répondre, de s’expliquer, et moi j’étais de plus en plus gênée, et me sentais de plus en plus coupable. Quelle idée de se lancer sur le sujet de sa jambe. Ce n’est pas comme si c’était une simple coupure, ou un os cassé qui guérit au bout d’un moment. C’était le genre de chose qui ne passerait jamais, qui l’handicaperait toute sa vie, et qui le limitait dans ce qu’il pouvait faire, son rêve. J’imaginais pendant un instant si on me brisait les doigts et qu’ils ne retrouvent jamais leur agilité m’empêchant de jouer comme avant. Cette simple idée provoqua un frisson d’angoisse chez moi. Jouer c’était toute ma vie, ce qui m’avait permis de tenir jusque-là. Si on me retirait la musique, je n’avais plus rien, strictement rien. Après tout, c’était la seule chose pour laquelle j’avais un minimum de talent. Sans ça, je pourrais tout aussi bien en finir maintenant ça vaudrait mieux pour moi. Je n’avais pas cette force que semblait afficher Nathan – ou je ne l’avais plus en tout cas. Ma dépression, mon trouble de stress post-traumatique et mes crises d’angoisses régulières ne faisaient que me tirer vers le bas. Elle me bouffait toute mon énergie, m’étouffait, me faisait sombrer. Je luttais du mieux que je pouvais, mais c’était comme si j’étais dans des sables mouvants – des sables mouvants sans fond. Plus je luttais, et plus je sombrais. Et il y avait cette peur. Cette peur constante qui me bouffe. Cette peur constante de la prochaine crise d’angoisse qui finirait par me terrasser. Et cette angoisse constante ne faisait que m’épuisée encore plus. Finalement, je ne fais que fuir, fuir, pleurer, et m’effondrer. Je fais de mon mieux, mais je n’y arrive pas… J’échoue encore et encore, comme si ça ne pouvait pas être autrement. Je suis obligée d’échouer parce que je ne suis qu’une bonne à rien, que je suis inutile. Inutile et seule.

Je serre les dents et les poings pour repousser ces pensées. Dire que j’allais un peu mieux ces derniers temps, assez pour repousser plus ou moins ce genre de choses. Mais le revoir faisait remonter mes plus sombres pensées, et des souvenirs que je préférerais oublier. Je cherche à mettre tout ça de côté en entendant le rire de Nathan. Je réussis à revenir à la conversation, un peu plus rassuré de voir que je n’avais pas tout foiré cette fois. Mais je préférais me taire pour de bon afin d’éviter de blesser de nouveau le danseur. Seth était content de voir que Freyja et Nathan ne semblait pas m’en vouloir, que ce soit par rapport à notre passé, ou à mes paroles maladroites. Enfin, Freyja ne disait pas un mot, mais elle semblait tranquille, et calme.

« Fait gaffe, Alexie risque d’être le vagabond qui t’arrache à ta vie de princesse, dit Seth sur le ton de l’amusement »

Je lève les yeux au ciel en soupirant. C’est vrai que je me comportais plus comme un garçon, que j’étais une vraie délinquante lorsque j’étais jeune, et maintenant je n’étais pas vraiment riche, mais tout de même, il y avait des limites. Jusqu’à ce qu’il nous parle de sa fugue. Je pouvais bien imaginer ce qu’il avait vécu, moi qui fuguais tout le temps avant. Ca n’avait pas été facile pour moi, alors pour lui, dans son état physique, ça n’avait pas dû être la joie.

« Au moins tu sembles avoir trouver des gens bien qui veille sur toi maintenant, c’est cool, dit Seth en accord avec mes pensées. Pour nous, disons que ça n’a pas toujours été facile mais ça été. Après notre sortie de l’hôpital, on a été envoyé dans un centre de thérapie pendant une année. Tu connais notre révulsion pour les médecins, ça n’était pas vraiment la joie. Finalement on est arrivé en avril l’année dernière ici. Finalement on s’en sort pas trop mal, termine-t-il »

Il passait très rapidement sur le fait qu’on avait détesté cet endroit parce qu’au final, c’était plus une prison qu’autre chose. Qu’ils ne faisaient que nous enfoncer encore plus, plutôt que nous aider à surmonter notre traumatisme. Un traumatisme qu’on n’avait toujours pas surmonté d’ailleurs. Je faisais semblant d’aller bien – à peu près bien – et j’arrivais à tromper la plupart des gens. Cet effort m’épuisait encore plus. Et je préférais courir pour m’enfermer chez moi dès la fin de ma journée plutôt que de sortir avec des gens de ma promo. Un comportement plus autodestructeur qu’autre chose, mais je n’arrivais pas à faire autrement. Et puis, j’avais toujours tendance à m’autodétruire de toute manière.

J’offris un sourire crispé à Nathan lorsqu’il me parla d’aller de l’avant. De l’avant ? Ca faisait des années que tout le monde me répétait ça. Que j’étais vivante et c’est tout ce qui comptait, que je pouvais aller mieux quoiqu’il en soit désormais. Tu parles, ce genre de personnes ne savaient rien de ce que je vivais. Mais Nathan le savait mieux qu’eux. Il vivait la dépression comme moi, sauf qu’il s’en sortait mieux que moi à ce qu’il semblerait.

« Merci, mais je suis loin d’être aussi douée que certains, lui dis-je vis-à-vis de son compliment »

Moi et ma tendance à toujours me rabaisser constamment. Je me trouvais toujours moins douée que les autres, malgré les compliments de quelques personnes qui m’entouraient.

« Et pour la suite… Espérons que tu dises vrai, qu’on puisse s’en sortir, rajoutais-je aussi convaincue que je pouvais sembler »

C’était les phrases que je ne croyais pas le moins du monde. Le genre d’espoir que les autres semblaient avoir, et que moi j’étais incapable de posséder. J’étais incapable d’oublier ce qui nous était arrivés. Incapable de passer à autre chose. Plus de trois ans c’était écoulés depuis l’incendie, et tout était encore gravé dans ma mémoire.

« Mais comme on dit, le temps guérit toutes les blessures, il suffit d’être patient et de ne pas abandonner, dit Seth alors qu’il n’en croyait pas un mot. Dit-moi, tu connais beaucoup de gens, faudrait nous les présenter, qu’Alexie fasse moins asociable, dit Seth toujours sur le ton de l’humour.

- En même temps, si tu arrêtais de faire flipper tout le monde, renchéris-je en croisant les bras.

- Moi ? Moi je fais peur ? répliqua Seth, le ton de sa voix dans l’exagération. Je ressemble à une grosse peluche sur patte, rien qui pourrait faire peur, rajoute-t-il. Et puis, arrête de dire ça, les autres vont finir par croire que c’est moi le méchant, termine-t-il.

- Et tu crois que je ne le vois pas ton sous-entendu que ce serait moi la méchante peut-être ? dis-je en le regardant, les mains sur les hanches, ce qui fit rire mon Daëmon »

De l’extérieur, cela pouvait s’apparenter à une dispute, mais ce n’était que l’un de nos jeux. A s’envoyer des piques pour que l’autre réagisse. C’est ce qui se passait lorsque j’étais à l’aise avec la personne avec qui j’étais en train de discuter. Et j’étais moins maladroite dans ces cas-là. Mais pour le moment, je n’étais à l’aise qu’avec Seth.
  
MessageJeu 17 Mai - 9:08
avatar
Date d'inscription : 08/10/2017Nombre de messages : 38Nombre de RP : 19Âge réel : 21Copyright : Maryelsatanas et ByronAvatar daëmon :
Nathan McNeilNothing will be the same...

Never forget Never give up

J’ai toujours été assez déstabilisé de voir des daemons aussi… bavards. Ma paisible Freyja préfère, dans la majorité des cas, rester discrète et silencieuse. Présente, attentive, observatrice, elle prend toujours le temps d’examiner ce qu’il se passe autour de nous, apporte son raisonnement plus posé, moins inquiet, que le mien. Elle veille sur moi, comme elle l’a toujours fait, sans pour autant me reprocher mes erreurs, bien qu’il lui arrive d’intervenir pour corriger le tir. Je suis le plus habile en communication, malheureusement, ma maladresse s’apparente bien souvent à un manque de tact qui peut altérer mes relations… Et sans les interventions apaisantes de Freyja, j’aurais perdu plus d’un ami. Elle est bien plus sensible que moi. Elle sait ce qui peut blesser ou déranger, elle le sent. La remarque de Seth me fait rire et je réponds en haussant les épaules.

« Quand elle veut… »

Je n’ai jamais refusé de m’amuser. A dire vrai, c’est un peu ce qu’il me manque, ce qu’il doit Nous manquer. Il est difficile de voir la vie simplement après ce qu’on a vécu. De profiter des petits plaisirs de la vie alors qu’on a vu tout le malheur qu’on pouvait recevoir. Quand vivre est une souffrance, quand il devient difficile d’assumer chaque jour d’existence, le bonheur est une utopie, une étoile qu’on ne peut que regarder, sans espérer l’atteindre, parce qu’elle est loin, hors de portée, et quand enfin on s’en approche, elle semble s’éteindre. Disparaît, pour revenir plus loin encore. Car chaque instant de bonheur est chassé par la peur, chaque joie est fugace, éphémère, délétère, emportée par des angoisses qui n’ont pourtant plus lieu d’être. La peur, c’est ce qui finit par diriger notre destinée, la peur parce que nous avons été des victimes, des proies, et que ces blessures ne s’effacent pas, que le traumatisme reste toujours là. On ne peut pas demander à un amputé d’user de son bras quand on le lui a coupé. Comme on ne peut pas nous demander de vivre comme si rien n’était, d’être heureux, alors que tout ça nous a été arraché.

D’ailleurs, le parcours qu’il me décrit ne me surprend pas. Moi aussi, je continue la rééducation, tant mentale que physique. On n’a pas le choix si on veut s’en sortir. Si on veut réussir à vivre, non plus subir. Si on veut se reprendre en mains et non plus se laisser commander par ses instincts, ceux de survie, ceux de la préservation, ceux de l’évasion. Il est épuisant d’endurer toutes les minutes, harassé de toutes parts par des pensées intrusives, menaçantes et nuisibles, des parasites qui nous épuisent, sans faim, sans fins. Occupés à aspirer toute notre énergie pour survivre. Quitte à nous en faire crever. Les pilules que je dois prendre chaque matin pour réussir à voir le ciel un peu moins gris, ma vie, un peu moins pourrie, je les vois comme un vermifuge, comme un traitement pour tuer cette bête qui me grignote, cette dépression qui ne laisse plus rien de moi, quelques miettes, une ombre, une plaie qui saigne. Sans Freyja, je sais que je ne serais plus là. Sans son amour, sa protection, sans son espoir, sans sa belle voix douce et réconfortante, sans sa présence rassurante, je me serais laissé dévorer, j’aurais été emporté par l’obscurité. Je serais mort, tué, suicidé, j’aurais au moins abandonné. Abandonné ce combat qui ne s’arrête pas. Ces affrontements incessants avec ces pensées plus ou moins conscientes.

« C’est bien que vous ayez pu en sortir. Franchement… bravo. Je sais que… c’est pas facile d’en venir à là. Et finalement… voilà qu’on se retrouve tous dehors. Ca ne fait pas de mal. »

J’hausse les épaules dans un sourire. Ça ne fait pas de mal ? En fait, ça fait même franchement du bien de voir qu’on s’en est sortis. Qu’on est là, à profiter de l’air. Avec nos boulets à nos pieds, avec la douleur qui martèle, les pensées noires qui harcèlent, mais capable de marcher sous le soleil, de sentir le vent dans nos cheveux, de faire ce qu’il nous plaît. De la musique. De la danse. Nous récupérons progressivement notre liberté. Notre vie. Petit à petit. En trébuchant, en tombant, en s’ouvrant le cœur, en se laissant parfois submerger par la douleur. Puis nous reprenons courage, assez pour se lever, assez pour avancer.

« Ce n’est pas une question d’être douée, Alexie. On est tous… plus ou moins blessés. On n’a pas les mêmes fardeaux, on n’a pas les mêmes forces ou les mêmes faiblesses. Tu sais je… je continue à voir un psy. Je prends des médicaments. Je ne suis pas… doué. Je ne suis même pas fort. Mais j’ai envie de vivre. J’ai envie d’être heureux, au moins un peu. Je suis… fatigué d’avoir mal. D’avoir mal tout le temps, pour rien, tellement que des fois, j’en viens à pleurer par terre. Mais j’ai besoin d’espoir. »

J’ai tout lâché. Avec peine, avec la voix qui tremble, avec les yeux qui se baissent. Parce que j’ai l’impression que je peux lui faire confiance. Parce qu’elle a probablement vécu la même chose que moi, probablement en pire. J’ai connu la fugue. J’ai connu la rue. J’ai connu les maltraitances. Mais moi, au moins, j’ai quelques bons souvenirs pour me soutenir… et un père sur lequel compter. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de lui faire part de ce monstre qui m’habite, de cette bête qui nous chasse tous les deux. Et je lui fais part de mon besoin, mon besoin de croire qu’un avenir nous reste possible, mon refus de penser que nous sommes condamnés, condamnés à vivre l’enfer sur terre, pour nous punir de crimes que d’autres ont commis. Pour nous reprocher d’avoir subi la folie humaine, d’avoir été les proies de leur mépris, de leur haine. Je ne veux pas penser que nous l’avons mérité. Je refuse ces chaines, je ne veux pas être entravé pour l’éternité. J’ai perdu, tant perdu, et je ne veux pas que ça continue. J’ai besoin d’espoir comme on a besoin d’eau et de nourriture, de se reposer et d’aimer, j’ai besoin de penser que je vais m’en sortir, que je vais réussir. Le passé est un boulet qui nous traîne en arrière et regarder l’avenir, fixer le ciel, me donne déjà l’illusion de voler.

« On ne mérite pas ce qu’on nous a fait. On ne mérite pas d’en baver toute notre vie. Bordel, qu’est-ce qu’on a fait ? Rien. On s’est contenté de vivre et rien que ça, on est venus nous… nous l’interdire. Maintenant, les choses ont changé. On a réussi à s’échapper. On a encore des choses qui marchent, qui peuvent nous aider à… guérir. Toi, la musique, moi, la danse, rien que sortir un peu dehors, rien que réfléchir, décider de ce qu’on peut faire, sans plus subir totalement… enfin… je veux saisir cette chance. Parce que j’en peux plus de cette agonie qui dure tous les jours, de cette… mort qui plane, de cette pourriture qui me bouffe l’âme… Alors ouais, j’ai besoin de me dire qu’on peut s’en sortir. Et vous pouvez réussir autant que nous. On peut vous soutenir, on peut peut-être vous aider… Je… je ne veux plus voir des gens comme nous souffrir… J’ai… j’ai trop souffert à cause de l’ignorance et je ne veux plus laisser faire ça. Vous comprenez… ? »

J’ai peur. Peur alors que j’ose vider mon sac. Ma voix tremble, trébuche, les mots s’alignent, boitent comme ma putain de jambe ! Je dois m’appuyer contre un arbre alors que Freyja s’empresse de venir sur mon épaule, de frotter sa tête contre la mienne. Parler de tout ça m’est difficile. Ça sort, comme le pus d’une plaie, ça me laisse un goût dégueulasse sur la langue, un goût aigre dans la gorge, une boule dans le torse. J’ai envie de pleurer. Je n’ai encore jamais avoué… tant de choses, de choses qui me touchent. J’ai senti tout mon désespoir s’échapper, croasser dans ma voie, alors que l’espoir, l’illusion d’avenir, a tenté d’adoucir mes termes, de tamponner ma plaie ouverte. De calmer la douleur qui m’a traversé, cette tristesse qui, comme eux, me déchire, me brise, me crève. Cette dépression que Freyja affronte tous les jours, à sa manière.

_ Vous pouvez vous en sortir. Vous le méritez. Comme nous, nous le méritons. Nous n’étions que des enfants. Nous avons été blessé par des hommes sans pitié. Je ne leur laisserai pas voler nos vies en leur entièreté. Ils ont bien assez pris. Bien assez volé.

Pour une fois, elle est intervenue. De sa voix douce et posée, alors qu’elle m’encourage, sa tête presse la sienne, efface une larme qui m’a échappé. Je lève la main pour la caresser et préfère, finalement, changer de sujet.

« On pourra vous les présenter, oui… ça fait du bien de voir… des gens sympas, avec qui rire de temps en temps… On pourra en discuter. Rien que nous, on pourrait aller voir un film au cinéma ou je ne sais pas… bref. Je suis désolé de m’être emporté, ça m’est sorti tout seul, je suis vraiment désolé. »

Désolé, par peur de les avoir blessés, de les avoir effrayés ou dérangés. Ça fait partie des sujets qu’on tait, par malaise, par gêne, comme si souffrir était un crime, comme si admettre sa douleur, la partager, c’était déplacé. Je pense qu’ils peuvent me comprendre et que l’inverse est vrai. Et dans un monde où on est rejetés, ça fait du bien de voir qu’on n’est pas seuls à affronter un même passé. Un même monstre à terrasser. Mais je ne veux pas les déranger, je ne veux pas qu’ils s’en aillent et je sais que c’est un des risques à jouer cartes sur tables.

Plus encore avec Alexie… elle est… sensible. Très sensible. Et je ne veux pas… la refaire plonger dans ces crises où je l’ai déjà vues succomber à ses angoisses. Je veux l’aider et voilà que moi-même, je me suis mis à pleurer, que j’ai vidé mon sac, instable, vulnérable. Et pourtant, c’était… enfin c’était dans un geste que je voulais bien intentionné. Maladroit, une fois encore. Mais sincère. Sincère, parce que j’ai aimé la voir jouer, j’ai aimé la voir heureuse et libérée.

Parce que c’est la première fois que je l’ai vue ainsi. Bien. Bien et épanouie.

Quelques secondes. Et si seulement ça pouvait durer quelques minutes. Puis quelques heures. Et enfin, quelques jours.

Réussir, petit à petit, à récupérer un peu de bonheur, un peu de vie.

Elle a déjà fait un premier pas. Elle a déjà eu une petite victoire. Et je sais qu’elle peut remporter d’autres combats. Car contrairement à ce qu’elle croit, elle est forte. Et comme l’a dit Freyja, elle mérite de réussir. Elle mérite de vivre.



  
MessageLun 21 Mai - 23:16
avatar
Date d'inscription : 09/01/2018Nombre de messages : 143Nombre de RP : 76Âge réel : 22Copyright : Moi-mêmeAvatar daëmon :
Alexie TaijiNothing will be the same...
Je continuais de regarder Nathan. J’avais l’horrible impression de me voir en miroir – avec plus ou moins de ressemblance. J’avais une idée de ce qui pouvait lui passer à par la tête. Raconter nos parcours était pour certains particulièrement facile, mais pas pour nous. Nous avions beau ne pas entrer dans les détails, cela nous rappelait toujours notre souffrance. Je me rappelais à quel point j’étais une proie à cette époque. Une proie qui cherchait à fuir tous les prédateurs qui m’entouraient : mes parents, les policiers, les médecins, les autres vivants dans la rue. Toutes ses personnes qui représentaient un danger pour nous deux. Etre une proie, ne jamais se sentir en sécurité nulle part, était toujours accompagné de la sensation de n’avoir le contrôle sur rien. Absolument tout nous échappe. Les coups qu’on nous assène, les mots qui nous brisent, et bien plus loin. La perte de contrôle est poussée jusqu’à ne plus maîtriser notre propre corps, nos idées, et notre esprit. Ce sont les autres qui nous contrôlent. Nos tortionnaires, qu’ils soient vivants, ou de simples idées qui nous bouffent – une chose bien plus destructrice que des coups de poing. Les idées noires qui nous harcèlent en permanence. Les pires choses contre lequel nous devions nous défendre. Que nous subissions à chaque moment de notre vie. J’étais épuisée face à tout ça, alors je me laissais guider par mes réflexes. Pour pouvoir survivre.

La queue de Seth vint frôler mon bras, dans une caresse discrète et de soutient. Je tourne les yeux vers lui quelques secondes. Sans lui, je ne serais plus là. Sans son soutient, ses encouragements, ses remontrances, ses blagues, sa passion, sa bonne humeur, son esprit, son amour, je ne serais plus là. Sans lui j’aurais abandonné depuis longtemps. Sans lui, je me serais tuée depuis longtemps. Sans lui, je n’aurais pas supportée la souffrance, la solitude, le rejet, la peur, les angoisses, la dépression, et ce combat. Ce combat que nous menions chaque jour, à chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui s’écoulait. J’ignorais comment Seth faisait pour endurer tout cela, alors que je n’y arrivais pas moi-même. Je savais simplement que s’il abandonnait, je ne pourrais plus me relever seule.

Je relève les yeux vers Nathan, l’écoutant silencieusement. Je n’aurais peut-être pas dû sortir de cet hôpital psychiatrique au vu de ce que j’avais vécu, au vu de ma forte dépression. Mais ces médecins avaient voulu se débarrasser d’une patiente qui n’avançait pas et qui ne pouvait leur donner de l’argent. Parfois je m’étais même demander si Adam n’avait pas donné son accord lui aussi pour ma sortie. J’espérais que non. Il avait été mon seul soutient durant ces années. Avec lui j’avais réussi à m’ouvrir un peu. Le seul avec qui je l’avais fait. Je souhaitais sortir de cet endroit horrible, mais je ne voulais pas qu’Adam met repousser. Parce qu’il était important à mes yeux et que j’espérais l’être aux siens – plus que je ne le souhaitais, plus que je ne me l’avouais à moi-même. Je voulais le revoir parfois, mais je n’en faisais rien, je ne le contactais pas. J’avais déjà Loana en ce moment. J’avançais grâce à elle.

Les mots que prononcent Nathan… Ils entrent en résonnance avec mes pensées. Ils me frappent en plein cœur. Chaque chose qu’il dit me touche, me coupe le souffle. Ils me semblent si vrais, si forts, que j’ai l’impression de perdre pied quelques instants. C’est si dur à entendre. Si dur à comprendre. Comprendre que ce n’est pas de notre faute. Que nous n’avions pas à vivre cela. Que les seuls fautifs étaient nos tortionnaires. Que nous avions le droit de vivre malgré tout ce que l’on avait subi. Que nous avions le droit de vivre. Malgré ce que tout le monde peut nous dire, ce que l’on a pu nous asséner toute notre vie : nous avons le droit de vivre. Ces mots si simples. Cette idée si simple… C’était si dur à entendre. Si douloureux. Et si bon. Tellement bon d’entendre ces mots. C’était un soulagement d’entendre quelqu’un me dire ça. D’entendre que j’avais le droit de vivre. Cela semblait si évident pour les autres. Et pourtant, c’était si compliqué à entendre. Si compliqué de se dire ça, alors que tout le monde m’avait dit le contraire toute ma vie.

Ma vue se brouille. Mes jambes tremblent. Je suis obligée de m’appuyer contre le rocher. Il était si sincère, si ouvert avec moi. Des mots libérateurs. Des mots que j’avais tant besoin d’entendre. Que je devais essayer de me répéter chaque jour. Que je n’arrivais pas à accepter. J’avais besoin que quelqu’un me dise ça. Et je ne m’en étais jamais rendue compte. Jamais.

« Tu n’as pas à t’excuser de nous avoir dit ça, intervint Seth d’une voix douce et posée. Tu as le droit de parler de tout cela. C’est même important. Vous n’êtes pas coupable de tout ce que vous avez vécu, et vous avez le droit de partager tout ce que vous voulez »

Seth n’aimait pas que je m’excuse pour quoique ce soit, parce que je le faisais tout le temps. Et il ne voulait pas que Nathan fasse pareil. Si nous nous excusions pour la souffrance que nous ressentions, alors que pourrions-nous assumer ? Si les autres étaient dérangés par la notre souffrance, alors ils avaient cas sortir de leur vie. Nous n’avions pas à nous sentir coupable de notre souffrance malgré tout ce qu’on nous soufflait encore et encore.

« Je sais bien, que nous n’avons pas à souffrir. Que ce n’était pas de notre faute… Tout ce que l’on a subi, dis-je à Nathan, la voix tremblante »

Je peinais à me confier. Je ne me confiais jamais à personne. Mais Nathant m’avait fait assez confiance pour s’ouvrir à moi, alors j’essayais de faire la même chose. Et j’en avais besoin. Je ressentais le besoin de me confier, à quelqu’un dont je savais qu’il comprendrait ma souffrance. Alors j’essayais de parler, d’une façon ou d’une autre. Les pensées se bousculaient dans mon esprit, sombres, embrouillés, et j’avais peur de faire une erreur. De dire quelque chose de travers et de faire fuir Nathan. Je ne souhaitais pas le faire fuir, pas après ce qu’il m’avait dit, ni ce que je m’apprêtais à dire.

« Mais c’est difficile. D’accepter que nous ne sommes pas responsables de tout ce qu’on a subi. J’ai mis tellement de temps avant… Avant d’accepter que ce n’était pas moi. Que ce n’était pas de ma faute. Et même maintenant, j’ai encore du mal à me dire que c’est la faute de ces… De ces hommes, j’avais du mal à prononcer ces mots. Ce n’était pas des hommes, mais des monstres. Mais, même après tout ce temps… Je ne crois pas mettre échapper. J’ai toujours l’impression d’y être encore, et qu’ici, ce n’est qu’un rêve. Un rêve qui finira toujours par tourner au cauchemar. Un rêve qui s’arrêtera dès que je me réveillerais. »

Mes yeux s’abaissent. Je suis incapable de le regarder alors que je vide mon sac. Ma vue est brouillée, mes mains tremblent, ma voix se brise avant la fin de mes phrases. Je ne peine à m’exprimer. Chaque mot qui sort de ma bouche est une plaie. Un poids qui tombe, qui allège mes épaules. Quelques instants. Jusqu’à ce que la peur me torde les tripes, m’empêche de continuer. Me fait sombrer à nouveau.

« J’ai du mal à penser que je peux m’en sortir. Mais je fais tout pour me convaincre de ça. Parce que j’en ai marre de cette peur qui m’enserre dans son étau en permanence. J’ai tant de mal à me battre, à lutter, mais j’essaie, avec le peu de choses qu’il me reste. J’essaie parce que je veux croire que je peux enfin m’en sortir. Et je veux voir que vous vous en sortez, parce que ça me donne de l’espoir. L’espoir que je peux m’en sortir aussi. L’espoir que nous ne sommes pas obligés de souffrir encore et encore. L’espoir que malgré tout, on peut encore avoir une vie. Une vie heureuse… »

Ma voix se brise. J’ai une boule dans la gorge. Je n’arrive plus à prononcer un mot. Je retiens difficilement mes larmes. L’une d’entre elle s’échappe. Seth vient frotter sa tête contre ma joue, essuyant les gouttes. Je pose ma main dans son dos, serrant mes doigts sur son corps. Je tremblais encore d’avoir dit tout cela.

« Tu te trompes, rajoute Seth en posant ses yeux vers Nathan. Vous vous trompez tous les deux. Vous êtes fort. Plus fort que beaucoup, parce que malgré tout ce qui nous est arrivé, nous sommes encore là. Abimés, brisés, mais nous sommes encore là, et nous continuons de nous battre. Même si c’est dur, même si l’on a envie d’abandonner. Même si l’on demande l’aide d’un psy, ou que l’on prend des médicaments. Nous sommes forts »

Seth essaye de nous convaincre, tous autant que nous sommes de notre force. Que nous pouvons nous en sortir. Que c’est possible. Qu’importe ce que l’on doit endurer. Nous pouvons nous en sortir. Nous devions avoir confiance en nous, en notre force.

Je finis par relever la tête, mettant un peu reprise après tout ce que je venais de dire. Intérieurement j’étais chamboulée. Je peinais à tenir debout, à me concentrer sur notre conversation. J’étais épuisée. Je voulais me cacher. Me laisser tomber sur mon lit, et pleurer. Vider mon sac s’était si terrifiant, si épuisant, si éprouvant, et me faisait sombrer. Et pourtant cela me soulageait à un point que je n’aurais jamais imaginé.

« Je serais contente de rencontrer tes amis, même si je ne suis pas de très bonne compagnie, finis-je par dire pour changer de sujet, comme lui l’avait fait même si j’avais repris le sujet pour m’ouvrir à lui. Et je crois que… Ca me plairait, de sortir de temps en temps avec toi »

Jamais je n’aurais cru m’entendre dire ça un jour. J’avais fait le choix de rester seule avec Seth. De me couper de tout le monde parce que c’était trop dur à encaisser. La peur de me faire trahir par les autres. La peur encore et encore. Mais j’en avais marre d’avoir peur. Peut-être est-ce qu’il était temps pour moi de m’ouvrir. De cesser d’avoir peur. D’avancer.
  
Message
Contenu sponsorisé
Page 1 sur 1