Huis clos imprévu. #Lulla

 
  
MessageSam 17 Fév - 1:56
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Audrain FaustNothing will be the same...
    Audrain ne retient pas son grognement quand Stan arrive près de lui pour lui filer un coup de coude. Est-ce que son batteur vient de se rendre compte qu’il vient de perdre une bonne gorgée de bière avec son action ? Non, non, il s’en fiche le Stan, c’est bien autre chose qui l’interpelle.

    « Vise un peu le morceau.  »

    Et quand Stan parle de morceau, il ne parle pas de musique. Non, monsieur vient de désigner une fille qui vient de monter sur la scène, avec sa guitare. Audrain, il s’en tamponne pour le moment mais le deuxième coup de coude le force à tourner la tête vers la scène.

    « Putain. » Il vient de recracher ce qu’il avait avalé de bière. Ce qui vaut un deuxième juron.
    « Ouais, j’savais que ça allait t’plaire.  »

    Rien à voir. De dos, dans la pénombre, dans n’importe quelle fichue circonstance, il peut la reconnaitre cette fille, celle qui vient de monter sur scène. Son exclamation ne veut pas dire qu’il la trouve canon – bien que sur ce point, elle n’a pas changé – non, ça veut dire : putain de bordel de merde, qu’est-ce qu’elle fou là ?! Evidemment, il savait en venant en ville, il y avait une chance de tomber sur elle. Dans le fond, il l’espérait même un peu. Mais pas maintenant, pas dans ce contexte et pas s’en y être préparé. Quitte à se trouver sur son chemin, il veut faire ça bien, marquer les esprits un bon coup. Avec un peu de chance, lui faire aussi mal que ce qu’elle avait pu lui faire ce soir-là…

    « Elle gère la meuf, non ?  » Voilà que Niko, le bassiste, vient s’y mettre aussi.
    « Mouais… Je regrette le temps des cages autour des scènes et des tomates à balancer. »

    Ce n’est pas une tomate qu’il aurait balancée, c’est la cagette entière, ainsi que le producteur des tomates et le magasin qui les commercialise. Puis, s’il avait été en forme, il aurait fini par un feu de joie sur les cagettes en question. Ouais, ça c’était une belle façon de se retrouver. Il sent le soupire d’Agata dans sa tête parce qu’elle sait très bien qu’il aurait été incapable de faire tout ça.

    *Ouais, bah le penser... Ça me fait du bien. *
    « Les gars ? Réunion de crise. Maintenant.  »

    Ils se retrouvent tous autour d’une table et Audrain doit frapper sur la tête de Stan pour qu’il se concentre sur la conversation. Faut dire que le guitariste vient de leur demander de chanson de chanson pour leur passage, autant dire qu’il vient de se prendre pas mal de réflexion dans la tronche. Allan, le chanteur, ne pense pas que changer de chanson soit une bonne idée. Niko, le bassiste, crie au scandale parce qu’il a travaillé une autre tablature. Stan… Stan il faut lui mettre une nouvelle tape sur le coin de la tronche pour qu’il décolle ses putains d’yeux de cette fille. En fait, c’est lui qu’Audrain allait cramer s’il continuait de la regarder comme un bout de viande.

    *Sérieusement, t’es jaloux ? *
    *C’est pas l’moment ! *

    « Sérieusement Audrain, on passe dans vraiment pas longtemps, on ne peut pas changer comme ça.  »
    « Vous la connaissez tous cette chanson, c’est pas la fin du monde. »

    ça l’est. En quelque sorte. Ce soir est vraiment particulier parce que la soirée permet à plusieurs personnes de passer sur scène. En plus, il a été annoncé qu’une sorte de producteur ou chercheur de talent serait présent. Une foutue opportunité pour eux.

    « Attends, c’est toi qui a décidé de partir sur une chanson plutôt joyeuse. Et là, tu nous demande de partir sur les paroles que parle d’une espèce de connasse qui s’est enfui après avoir promis mondes et merveilles. »
    « C’est ça.  »

    Et tout le monde comprend qu’il ne donnera pas plus d’explication que ça alors, ça hoche la tête moyennement convaincue. Tout le monde a, d’ailleurs, sortit son smartphone pour aller chercher la partition de la chanson en question, celle écrite y a bien longtemps pour Audrain. Évidemment toute ressemblance avec une histoire ou une personne existante… N’est pas du tout un fait du hasard !

    *Tu es conscient que tu peux ruiner une chance pas possible… A cause d’elle. *
    *ça ne sera pas la première fois et, on s’en sort plutôt bien. *

    Audrain a prit soin de rester hors du champ de vision de cette fille – non, il ne veut pas prononcer son prénom – et quand c’est à leur tour de passer, il espère bien qu’elle ne l’a pas encore vu. Le groupe s’installe sur scène, font deux/trois réglages de dernières minutes et… Et disons qu’avant de chanter, Audrain, dans un sourire des plus charmants, explique dédier cette chanson à une fille dans la salle. Et le groupe commence. Il n’y a pas de détail sur leur relation, pas de prénom pouvant la désigner directement mais les termes sont assez explicites. La fille de sa chanson passe pour une sorte de mante religieuse qui vous fait passer votre garde, vous endort avec ses promesses, pour mieux vous arracher le cœur par la suite. Enfin, ce genre de choses bien sympathique !

    Ce qui étonne le reste du groupe, ce n’est pas vraiment qu’il décide de dédier cette chanson à quelqu’un. Ils ne sont pas cons, ils ont bien compris que ce changement avait une raison. Non ce qui les perturbent c’est qu’Audrain à réussi à se planter une ou deux fois dans ses accords et ça, par contre, ça ne lui arrive jamais. Ses tablatures il les connait bien plus que n’importe qui. Son pouvoir est un formidable outil pour ça. Et là, il trouve le moyen de se tromper de manière quasi imperceptible mais, se tromper quand même.

    Ils finissent ce morceau pris au dernier moment et, en sortant de scène, avant même qu'ils puissent parler de ce qui venait de se passer, un type s'approche d'eux. Honnêtement, sur le moment, Audrain ouvre la bouche pour dire au gars de dégager, qu'ils ont besoin de quelques minutes pour débriefer avant de signer le moindre autographe. Ouais, parce que forcément, il vient pour ça ! Sauf qu'Agata lui demande de la fermer avant de risquer d'être ridicule. Heureusement parce qu'il n'est pas question d'autographe mais d'aller dans un bureau.

    « Je t'avais dis de ne pas changer de chanson. »
    « Ferme là »

    Stan et Audrain chuchotent en suivant le gars. Le batteur commence à croire que la chanson était trop crue, trop explicite pour passer en public. Ils finissent tous dans une pièce avec un autre gars derrière le bureau. Il explique très rapidement qu'il est un chercheur de talent mais qu'avant de commencer, ils doivent attendre une autre personne convoquée. C'est le détail qui saoule prodigieusement Audrain, bien qu'il se tait et garde un soupir pour lui, il ne comprend pas comment on peut hésiter entre eux et une autre personne... ça doit bien être pour cette raison qu'ils sont tous convoqués, juste une hésitation. Pourtant, ça semble clair, ce sont eux qui sont meilleurs que n'importe qui passé sur scène avant eux. Un jour, il va s'étrangler avec son égo.
  
MessageSam 17 Fév - 19:30
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 258Nombre de RP : 60Âge réel : 28Copyright : BenedictAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Début Février 2018

Ça n'a rien de feint, cette émotion sur mes traits quand je suis sur scène. C'est comme retourner chez soi après longtemps. La lumière, le regard des spectateurs, la hauteur. Seule. Entourée par des dizaines et des dizaines de personnes. Inaccessible. Dieu que j'aime cette sensation. J'enchaîne les accords de Millions Reasons. J'y mêle ma voix au timbre cassée. Cassée comme les fêlures intérieures que j'expose sans en avoir honte. Après tout, sur les planches, je suis libre d'être sincère sous couvert de jouer un rôle... Bien trop vite, il faut saluer. Si j'ai l'air serein, je ne suis qu'émotion vive. J'avais vraiment besoin de ça pour souffler. Après m'être inclinée, le sourire aux lèvres, je laisse ma place pour redescendre dans le public. Mahkha m'attend en bas des escaliers. Il pousse son museau contre ma cuisse sans rien me dire. On n'a pas besoin de parler lui et moi. Pas dans ce genre de circonstances. Il sait, aussi profondément que moi, que j'avais besoin de renouer avec cette part de moi. Pour quelques heures encore, nous nous accordons le droit de n'être que lui et moi.

J'accorde quelques remerciements aux personnes qui me félicitent, échappant rapidement à cette grosse main venue taper sur mon épaule. C'est gentil, mec, mais ne me touche pas. On n'a quand même pas gardé les cochons ensemble. Je me dirige vers le bar pour m'enquérir de ma conso' gratuite. Assez naturellement, j'entame une conversation avec le barman. Forcément, s'il commence à me complimenter, je ne vais pas lui tourner le dos. J'ai toujours aimé être le centre de l'attention. J'écoute distraitement les groupes suivants sans y prêter attention jusqu'à ce que ça me frappe comme un coup-de-poing en plein visage. Cette voix. Non !

Je laisse ma phrase en suspens. Non, non, non ! C'est pas possible. Je pivote sur le tabouret pour observer la scène. Ils ont beau être plusieurs, je ne vois que lui. Je sens que Mahkha cherche à m'atteindre, à me parler. Par réflexe, je le repousse de toutes mes forces de mon esprit. Mon daëmon n'a jamais eu sa place quand il s'agit de... Audrain... Je défaille. Je pâlis. Mon corps tout entier se retrouve soumis à deux impulsions contraires. D'un côté, une nausée violente qui m'enjoint de fuir. De l'autre, la sensation de manque et l'envie de courir vers lui. Ma peau frémit.

- Lulla ?
Je ne réponds pas à ce type. Il a perdu le droit de m'adresser la parole, là.
- Lulla ? C'est la voix de Mahkha qui gronde, aussi audible que l'est l'inquiétude qui y perce. L'angoisse. - On s'en va, Lulla.

Je le repousse un peu plus jusqu'à me fermer totalement à ma moitié. Je ne l'ai jamais pardonné d'avoir posé ses crocs sur mon poignet ce soir-là. J'peux pas détacher mes yeux d'Audrain. Il a cette prestance naturelle, même sous les lumières factices. Putain, ce qu'il est beau. Il attire tous les regards quand il annonce dédicacer cette chanson à une personne dans la salle. Mon cœur bondit. L'espoir débile que ce soit pour moi, qu'il m'ait vue, me saisit. Celui qu'il m'aime encore après tout ce temps... Je préfère me bercer d'illusion plutôt que d'affronter la réalité. Je vais rester, juste pour sa chanson. Après, je partirai. Comme ça, je pourrais garder ce souvenir de lui sans qu'il ne puisse être ébréché.

Mon plan se fait brutalement contrer dès le premier couplet de la première chanson. Audrain vient, si je peux me permettre, de me mettre mon nez dans ma merde. - Le fils de pute ! soufflé-je rageusement. Pardon à sa mère, qui n'a rien à voir avec tout ça. La douleur peut faire dire des horreurs. Et, dieu qu'il me fait mal ! Me voilà dépeinte comme la reine de garce. Il tourne les choses à son avantage. Je fulmine depuis mon tabouret, le fusillant lui du regard tout en sachant que ça ne l'atteindra pas, de là où il est. Avec ses grosses chaussures, il écrase toute la beauté de notre relation. Il dénigre mes sentiments. Il me dénigre, moi ! J'vais me le faire, cet enfoiré ! Quand les dernières notes du morceaux s'élèvent, je tremble de colère. Oui, uniquement de colère ! Je ne ressens rien d'autre vis à vis de ce petit con. Il ne revient que pour tout gâcher.

Je me retourne vers le barman pour lui demander un autre verre. Il doit avoir compris que quelque chose se trame, car il fait glisser faire moi un autre rhum. Heureusement, il n'y a pas que des imbéciles sur terre. Pas comme cet inconnu qui m'interpelle au risque de se faire envoyer chier sans aucune grâce. Mais, quand il me dit que son boss voudrait me voir, j'exulte. J'imagine que c'est Audrain qui, trop fier de sa petite manigance, veut fanfaronner et remuer le couteau dans la plaie. - J'ai deux mots à lui dire, ça tombe bien ! Le type en question paraît étonné, mais ne souffle mot. Je le suis, ma guitare sur le dos, Mahkha sur les talons.

Il nous ouvre la porte d'une espèce de bureau en m'enjoignant d'y entrer. Je n'ai pas tellement envie de sourire. - Tu restes dehors, toi. Mon ordre rancunier est miraculeusement accepté par le chacal. Il s'assoit docilement à côté de la porte. Je ne veux pas aller voir ce qu'il peut bien ressentir. Je ne veux pas savoir. J'inspire profondément en m'avançant dans la pièce, prête à en découdre. Je m'arme de mon plus beau sourire factice.

La première personne que je vois est un homme, derrière son bureau, qui m'accueille avec un sourire enjoué. - Ah vous voilà ! Ensuite, je distingue les quatre autres à ma gauche. L'un d'entre eux en particulier. Ça me souffle de le savoir si près. Je m'astreins à ne pas croiser ses yeux, à ne pas le regarder. Vois comme je m'en fous, Audrain. Je resterai inaccessible. Tu ne pourras plus me faire mal. Je pose ma guitare contre le mur, bénissant le fait qu'elle soit dans un étui. Au moins, il ne pourra pas la reconnaître comme le cadeau qu'il m'a fait, il y a un milliard d'années de ça. Ainsi, ça m'est plus facile d'avoir l'air détachée.

Il y a pourtant des signes qui me trahissent. Quand l'inconnu nous propose de nous asseoir, je m'exécute. Mes mains se crispent sur le tissu de ma robe. J'ai l'impression qu'elle est trop courte alors que sa longueur me paraissait parfaite quelques heures avant de partir. Il y a aussi cette tension qui me raidit les épaules. Et, cette crispation sur mes lèvres, presqu'imperceptible pour un néophyte.

- Je peux savoir ce qu'on fait ici ?
- Bien, je ne vais pas y aller par quatre chemins, j'ai adoré vos prestations, cependant, je crois que réunir vos talents respectifs serait judicieux !
- Non !
Ma réponse a fusé, glaciale, sans appel. Je refuse d'en entendre davantage. Je le vois venir gros comme une maison.

Je redresse, le menton en avant. Je suinte l'orgueil. Je m'arme de mon sourire le plus radieux en me tournant vers le chanteur du groupe d'Audrain. Je refuse toujours d'accorder le moindre regard à ce dernier. Je joue l'ignorance. Ce qui ne m'empêchera nullement de l'attaquer.

- Je suis désolée, sincèrement. Votre guitariste est un gros con, j'essaie d'éviter les gros cons, aussi bien sur scène que dans ma vie personnelle. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
Bouffe ça dans tes dents ! Et, pendant que j'y suis, j'en rajoute une couche. - En plus, il s'est planté dans ses accords. En vérité, j'en sais rien du tout. Je n'étais pas suffisamment concentrée pour repérer ce genre de détail. Je mens pour écorcher son égo. Pour lui faire mal. Je mens pour l'atteindre. Au moins autant qu'il m'a atteinte.
  
MessageLun 19 Fév - 11:40
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Audrain FaustNothing will be the same...
    Et merde !

    Combien de personnes sont passées sur scène ce soir ? Pourquoi, sur toutes ces personnes, il faut que ce soit Elle qui entre dans la pièce ? Audrain n'est pas croyant, loin de là. Mais là, bordel de merde, y a forcément un Dieu à la con qui a décidé de lui pourrir la vie. C'est qu'il doit bien se marrer, l'autre barbu, posé tranquille sur son nuage à bouffer ses Ferrero Rocher, pour ses fêtes infinies. Y a quand même une putain de différence à l'affronter de loin, sur une scène, à travers une chanson que de la voir là. Tout près. Heureusement pour lui, sur le moment, elle ne croise pas son regard et ça évite qu'elle voit le trouble qui passe sur son visage pendant un court instant. Et merde !

    Il daigne la regarder du coin de l’œil quand elle s’assoit, c'est plus fort que lui. Putain ce qu'il aimerait ne pas être aussi faible, faire comme si tout cela n'avait pas la moindre importance, imaginer qu'elle est seulement une fille parmi les autres... Sans la moindre importance. Il n'y arrive pas et il se déteste pour ça. Agata, elle cherche le daemon du regard mais ne le voit pas, ça l'interpelle, elle en fait la réflexion à Audrain qui hurle mentalement qu'il s'en balance. Que tout ce qui peut la concerner Elle, n'a pas d'intérêt. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a changé la chanson au dernier moment... Pitoyable.

    Et puis y a l'autre gars qui tape son discours normalement. Y a donc personne pour voir les étincelles qui se forment dans cette pièce ? Personne pour ouvrir les yeux sur cette tension qui existe ? Non, non, il faut croire que tout le monde est aveugle. Alors y a toujours ce Dieu hypothétique, du chocolat plein la bouche, qui décide de corser un peu les choses. A croire qu'il joue aux sims, du haut de son trône, et qu'il demande au gars de parler d'une association entre tout ce petit monde.

    « Non »

    Cette réponse claque en même temps que la sienne, à Elle. Au moins, ils sont d'accord sur un point. Puis il y a les trois autres membres du groupe qui se regardent tous, qui se demandent ce qui se passe. De toute évidence, les deux guitaristes se connaissent, de toute évidence y a un contentieux entre les deux. Tu m'étonne. Et voilà que l'autre, Elle, se met à vociférer sur le fait qu'Audrain est un gros con. Franchement, ma belle, ce n'est pas un scoop. Elle aurait pu trouver mieux. Et puisque c'est de notoriété publique, Audrain décide de jouer ce rôle à fond. Il affiche un sourire radieux sur son visage, lève une main en claquant des doigts en direction de cette fille pour, enfin, désigner ses yeux. Hein, si elle veut lui parler, il est là, elle peut le regarder.

    « Le gros con ne s'est pas trompé dans ses accords, c'est un effet de style pour montrer l'imperfection de la fille dont il est question dans la chanson. » si elle veut jouer sur ce registre, autant y aller. « C'est un effet de style mais, apparemment ça ne doit pas te parler. »

    De toute façon il est bien trop fier pour admettre avoir fait une erreur. Il n'en fait pas, jamais. Enfin si, il en a fait une dans sa vie et c'est Elle. Il a fait l'erreur de la croire quand elle a dit l'aimer, de lui accorder sa confiance et de l'avoir attendu quand elle a juré sur tous les Dieux qu'elle allait venir. Tient, encore une histoire de Dieu, il doit bien se marrer l'autre, là-haut. Audrain pose son regard sur l'homme derrière son bureau.

    « C'est hors de question. Franchement, dès que vous allez lui demander de faire une date dans une autre ville, elle dira venir et va laisser tout le monde en plan. Très mauvaise opération. »

    Le chercheur de talents, lui, il a des dollars qui s'affichent dans ses rétines. Il est super content de la tournure que peut prendre la situation, c'est bon pour le business. Il ne sait pas trop ce qui a pu se passer entre les deux mais, bordel, ça va faire parler les magasines de potins, ça va faire vendre et... DING DING jackpot !

    « Vous avez déjà tout compris au marketing dans un groupe. » Ok. Définitivement, Audrain se dit que y a quand même beaucoup plus con que lui sur cette putain de terre. Il en serait presque vexé si la situation était différente. « Vous savez que ça, tout ça. » Et il désigne Lulla et Audrain dans un vaste geste de la main. « C'est très bon pour les affaires. »

    Y a Niko, le bassiste, qui semble soudainement se réveiller en se tournant vers Audrain, avant de jeter un œil à Lulla et revenir sur le guitariste.

    « Attends, vous vous connaissez ? »
    « Putain tu as trouvé ça tout seul ? »

    Ok, le ton est sec. Mais, pour la défense d'Audrain, la situation commence doucement à lui courir sur le haricot. Les choses n'étaient pas supposées se passer de cette manière et le manque de contrôle, ça l'énerve.

    « Mais tu connais toutes les meufs de cette ville ou quoi ?  C'est quoi l'histoire, tu te l'ai faite ?» Notons qu'il ne fait aucun effort de langage devant la dite personne.
    « Qui ? Elle ? » Un doigt désigne Lulla avec un certain dédain, sans y prêter un regard. « Non. »

    Et, très honnêtement, il n'a pas l'impression de mentir. Cette fille, il ne se l'ai pas faite comme ça avait été le cas avec d'autres. Elle avait été différente. Leur relation entière n'avait rien à voir avec ce qu'on peut trouver à tous les coins de rue. Il ne se l'était pas faite, il l'avait aimé. C'est une putain de différence.
  
MessageLun 19 Fév - 21:23
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Lulla C. PietruNothing will be the same...
Ça me fait chier, ce frisson qui remonte le long de ma colonne, quand j'entends le son de sa voix. À croire que mon corps n'a pas oublié, lui, ce que mon esprit a refoulé. Ce qui ne ressortait que les soirs d'ivresse, quand j'explosais en envoyant tout balader. Ça m'emmerde aussi qu'Audrain soit d'accord avec moi, comme si on pouvait avoir le même avis sur quoi que ce soit. Par principe, et surtout parce qu'il m'a mis les nerfs en pelote, j'ai une furieuse envie de le contredire. Sur tout et n'importe quoi. Même sur les évidences. Parce qu'il a tort. Peu importe le sujet, il a tort. Point barre.

Apparemment, il a décidé de mettre un point d'honneur à agir comme le dernier des pauvres types ce soir. Son claquement de doigts à mon égard, comme on siffle un chien pour le rappeler à l'ordre, lui vaut un regard orageux de ma part. Mes lèvres se pincent tandis que j'agite à mon tour ma main, l'air de chasser un moustique me tournant autour. Il ne m'est pas facile de garder l'allure de celle qui n'écoute rien de ce qui sort de sa bouche. Je tiens bon, pourtant. Disons que c'est ça ou bien lui répondre "nia nia nia" en le singeant avec énormément de maturité. Très classe, je sais. Je vais donc m'en tenir à mon rôle de garce insensible, ça vaudra mieux pour tout le monde.

C'est sans compter sur cet emmerdeur en chef, qui n'en rate pas une pour enfoncer le clou. Avec un tel talent, d'ailleurs, qu'il aurait dû choisir charpentier comme plan de carrière. Je manque subitement d'air. Ses mots sont comme un coup de poing en plein plexus scolaire. J'inspire bruyamment, très clairement outrée. La colère bouillonne dans mes veines. Je me lève d'un bond souple, le menton en avant. Je dois avoir l'air d'un chat, le poil hérissé, en train de feuler, prêt à sauter à la gorge du premier qui l'ouvrira. Mes yeux le défient d'en dire plus. Il sait rien. Il n'a vraiment rien compris. Et, il me casse les couilles modèle géant.

Si j'avais une once d'empathie et un soupçon moins d'égocentrisme, je pourrais comprendre qu'il m'en veut parce que je lui fait mal. Mais, en fait, je préfère me voiler la face. J'ai pas envie d'assumer les conséquences de mes actes. C'est déjà beaucoup trop difficile de me retrouver là, face à lui, et de subir ce que je lis dans ses yeux. Je préfère lui en vouloir d'être un gros con. Je préfère être une connasse plutôt que de n'être rien du tout. Cette scène-là, j'ai vraiment tout fait pour l'éviter. Le moment fatidique qui fait exploser deux ans d'intensité. Le point final. Comme si je pouvais moi, supporter qu'il ne fasse plus partie de ma vie. Au moins, jusque-là, j'avais mes illusions pour me réconforter. Pourquoi fait-il qu'il me les arrache ? De quel droit vient-il tout piétiner ? Je ne suis pas prête pour ça. Pas prête pour les adieux. Je t'interdis de me quitter, Audrain.

- Tu me fais chier, Audrain ! Le rôle de victime ne te va vraiment pas.

Sa présence dans un rayon de dix mètres a tendance à réveiller chez moi les côtés les moins sympas de ma personnalité. Incluant la vulgarité. De si vilains mots dans une bouche de poupée, ça peut surprendre. Surtout que je n'ai plus pour habitude d'employer un langage fleuri. Non, moi, je suis une jeune fille respectable, voyez-vous. Un modèle exemplaire. La majeure partie du temps, en tout cas.
J'avais presque oublié la présence des autres dans la pièce. Heureusement, l'espèce de manageur - ou je ne sais pas trop ce qu'il est et je m'en balance à vrai dire - se rappelle à nous, s'attirant les foudres de mon regard. Et puis, ce geste-là, à notre encontre, me file la nausée. Il plaisante, non ? Dîtes-moi qu'il n'est pas en train de sous-entendre ce que je crois. Je ne suis pas une pute. Il peut crever s'il croit que je vais nous prostituer pour de fric. J'ose espérer, une fois n'est pas coutume, qu'Audrain l'enverra se faire foutre. Ce qu'il ne fait pas alors je m'en charge.

- Non, j'vois pas ce que vous voulez dire.


S'il ose me parler de tension sexuelle, je jure de lui balancer son pot à crayon dans la tronche. Avec un peu de chance, un stylo pourrait finir planter dans l'un de ses yeux. Devenir borgne lui fera peut-être y voir plus clair. Un autre protagoniste décide d'intervenir sur le devant de la scène. Avant même qu'il ouvre son claque-merde, je le fusille des yeux. Déjà, parce qu'il m'a regardé sans autorisation.. Ensuite, parce que ce qui se passe ici ne regarde aucun de ces glandus. Glandus doublés d'une deuxième affection pénible : fanboy d'Audrain. On ne me la fait pas à moi, il a toujours été le centre de l'attention, le cœur battant, le noyau dur des groupes. C'est un leader né, légèrement mégalo.

Que ? Quoi ? Mais va chier, sac à merde ! Je ne suis pas sûr auquel de mes trois interlocuteurs je dois affubler ce qualificatif gracieux. Son "non" tonne dans mes oreilles comme la négation de tout ce qu'on a été l'un pour l'autre. Meurtrie, je décide de rendre coup pour coup, prenant à témoin celui qui aurait mieux fait de se la fermer.

- Non mais tu m'as bien regardé ? J'fais pas dans la troisième démarque.
Sous-entendu, je suis clairement au-dessus de ses standards. Mon cœur cogne contre ma poitrine comme s'il voulait s'en évader. Aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Mon organe vital a bien compris, qu'ici, ça craint pour lui. Ça m'énerver ça aussi. J'imaginais pas qu'il aurait repris contact avec ses morues du coin. Rien que de l'imaginer dans les bras d'une de ces guenons, j'en ai la nausée. Alors, c'est plus fort que moi. Il faut que le venin s'expulse. - Puis, tu devrais faire gaffe. La fidélité c'est pas son truc. Dès que les choses vont se compliquer dans votre affaire, il va se tirer ailleurs. Peut-être avec les meufs de cette ville, d'ailleurs.

Je ne regarde pas cet autre type. Je n'ai d'yeux que pour Audrain que je fixe avec intensité. Je le défie de dire le contraire, de nier. J'ignore où s'est enfuie la jolie nana désabusée de tout à l'heure, mais, une chose est sûre, elle est très loin d'ici. Par chance, je parviens encore à retenir mes émotions, à contenir les tremblements de rage, et les larmes de colère qui pourraient me monter si vite aux yeux.

J'entends même pas la porte s'ouvrir brusquement. Si je ne m'étais pas coupée de Mahkha, j'aurai su qu'il bouillonnait de me savoir ici. J'aurai compris son inquiétude. Le chacal fait une entrée fracassante, se plaçant instinctivement entre moi et le reste du monde, tout crocs dehors. Il grogne tandis que ses yeux se mettent en quête d'une âme familière. Si je lui ai interdis de se mêler de mon histoire avec Audrain, je n'ai rien dit au sujet de Patate. Alors il l'appelle, silencieusement.

- Agata ? Ne peux-tu pas raisonner ton humain ? Ce dernier mot sonne comme une insulte. Il suinte de toute la rancœur que le daëmon éprouve.

Je lève les yeux au plafond. Il me fait chier, Mahkha, à ne jamais écouter un traître mot de ce que je peux lui dire. Si je ne peux pas ouvertement l'envoyer chier, étant donné que c'est mon seul allié, je note soigneusement dans un coin de ma mémoire de lui faire payer son geste. Son arrivée semble avoir jeté un froid dans la pièce.

En tout cas je le croyais jusqu'à ce que le manager-directeur-chasseur de tête- abruti fini se lève en plaquant ses deux grandes paumes sur son bureau.

- C'est votre daëmon ? Débile. Il est définitivement débile. D'autant plus qu'il ne cache pas l'enthousiasme dans sa voix. - Merveilleux ! Je crois qu'aucun de vous n'a véritablement conscience de votre potentiel. Si vous pouviez vous rassoir qu'on discute des conditions de notre accord. Je veux dire... Avec vous deux en tête d'affiche... fait-il en nous désignant successivement Audrain, puis moi, du doigt. Il est vraiment temps que quelqu'un lui dise qu'on en a rien à foutre.
  
MessageMar 27 Fév - 14:32
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Audrain FaustNothing will be the same...
    Putain ce que ça peut lui faire plaisir de voir ce regard énervé contre lui, de la voir se pincer les lèvres de cette façon et d'agiter la main. Il croit que ça lui fait plaisir parce qu'il arrive à lui faire fondre une durite juste avec un geste, une parole. C'est qu'il peut être très fier d'être con... Ce qui, pour le coup, le rend doublement con. En réalité, ce qu'il refuse d'admettre, c'est que ça lui fait plaisir qu'elle réagisse, qu'elle ne soit pas assez indifférente pour qu'il ne puisse pas l'énerver. Il provoque quelque chose chez elle, peu importe que ce soit négatif parce que, dans le fond, ça reste positif. Il n'est pas rien, pas un simple nom sur une potentielle liste, pas une simple erreur de passage dans sa vie. Il l'énerve et ça, bordel, ça lui fait un bien fou. Mais il ne prend pas conscience de toute ça, vraiment pas.

    En revanche, ce qu'il voit très bien c'est la manière dont elle se lève, dont elle se positionne pour lui faire face. Allez Lulla, sort les griffes. Elle peste, par le de victimisation et il a bien envie de... De... Il ne sait pas vraiment de quoi il a envie mais ça le fout hors de lui. Lui ? Jouer la victime ? Putain mais c'est quand même elle qui ne s'est pas pointé. Quoi ? Elle avait été bourrée pendant deux ans et s'était, soudainement, réveillée sobre pour oublier toutes ses promesses. SA putain de promesse. C'était quoi son excuse, à elle, pour se permettre de dire qu'il jouait les victimes ? Parce que, il ne l'avouera jamais ouvertement, mais il est bien la victime dans cette histoire... En tout cas sur la fin de cette histoire. Il a eu l'impression d'être comme ces types faibles, qui chialent une meuf qui vient de leur briser le cœur. Tous ces types qu'il déteste profondément parce qu'il les trouve trop faibles, trop émotifs, parce qu'il pense que personne ne doit s'attacher assez pour risquer de perdre des plumes. Il a été comme ces gars et ça le fout en l'air. Il l'a été à cause d'elle.

    Niko, quand vient son tour d'avoir un regard noir, bat en retraite. Lui, il n'a rien demandé, il s'est juste posé une question sans avoir demandé que les sept plaies lui tombent dessus en même temps. Même s'il est prit à témoin, il préfère ne pas faire de commentaire. C'est le genre de situation où, s'il dit quelque chose, il va se manger une furie sur le coin de la tronche, doublé d'un guitariste qui n'a pas l'air dans les meilleurs dispositions. Il lève les mains en signe de retrait à défaut de pouvoir agiter un drapeau blanc. D'ailleurs, il faut bien l'avouer, ça l'arrange bien qu'Audrain reprenne la parole à ce moment-là.

    « Argh, ce qu'il ne faut pas entendre. » Il appuie sa phrase d'un long soupir en basculant sa tête en arrière, avant de revenir sur la furie. « Donc, il est normal, quand quelqu'un se barre d'attendre de voir si cette personne va revenir. Y a une loi, une règle, pour ce genre de situation qui explique au bout de combien de temps on peut passer à autre chose. » Le terme exact est ESSAYER de passer à autre chose. « Les gens sont supposés deviner tout seul que quelqu'un va revenir. » Il hausse les épaules. « Trois PUTAINS de semaines sans nouvelle, qu'est-ce qui pouvait me dire que ça n'allait pas être un mois, deux, ou même un an ? » Il balance les mains genre, hein Lulla, qu'est-ce qui pouvait me dire que tu allais même revenir ? « Sérieux, qui joue les victimes là ? »

    Et voilà que, soudainement, tous les autres membres du groupe font un pas en arrière à l'arrivée du daemon de Lulla. Audrain, lui, il soupire. Ce n'est pas cette apparition qui lui vaut cette attitude mais la sorte de joie que peut ressentir Agata. La belette, faut dire, elle aime bien Mahka. Elle n'a jamais trouvé que Lulla et Audrain soit une bonne idée, pas assez compromis entre les deux, trop intense pour fonctionner. Mais le chacal, lui, elle l'aimait bien. Audrain repousse les ressentis d'Agata, il n'a pas envie que ça influence sur ce qui se joue dans cette pièce. A vrai dire, la belette déchante assez vite, quand elle arrive sur le sol et qu'elle entend le chacal lui demander de calmer son humain. Crachant presque ce dernier mot comme si c'était la pire chose sur terre. Si elle peut dire que son humain est un gros con puéril, il n'est pas question que quelqu'un d'autre puisse émettre cet avis. C'est son humain, sa partie d'elle.

    **Comme tu arrives à raisonner ton humaine ? Non parce que si tu as une méthode qui fonctionne, je veux bien que tu me la donne.** Le ton, pour le coup, est assez ironique.

    Et voilà que l'autre type décide d'en rajouter une couche, ne lâchant pas cette histoire de tête d'affiche.

    « Wahou.. » Il secoue la tête l'air de ne pas y croire. « C'est possible d'être aussi con ? »

    Et pourtant, il en connaît un rayon dans le domaine. Derrière lui, un membre du groupe va pour dire quelque chose mais il est rapidement stoppé par Niko. Au moins, y en a un qui a compris qu'il est préférable de ne pas intervenir. Audrain se déplace pour faire face au type, laissant qu'un bureau entre les deux.

    « Ou c'est propre à ce milieu de ne pas comprendre quand une fille vous dit non ? » ça l'agace qu'il veuille se servir de Lulla, plus que le fait de vouloir les utiliser tous les deux. « En plus d'être parfaitement vexant pour le chanteur de notre groupe. » Si c'est secondaire, il n'a pas envie de laisser entendre qu'il n'y a que le sort de Lulla qui l'interpelle. « Est ce que je peux vous poser une question ? »
    « Euh, bien sûr. » Il sort son grand sourire colagte.
    « Est-ce que je peux vous éclater la tête contre votre bureau ? »
    « Bien sûr que non ! »

    Audrain tend la main, sans lui laisser le temps de réagir et, attrapant l'arrière de la tête du type, il lui fracasse contre le bureau. Au bruit du nez sur le bois, et aussi au saignement quand il relève la tête, Audrain comprend qu'il vient de lui casser.

    « est-ce que là, tu saisis un peu mieux l'importance de comprendre un non ? »

    Oublié le vouvoiement, ce gars il n'arrive même plus à le voir. Agata secoue la tête. Définitivement, et pas de manière ironique, si un autre daemon à un manuel d'explication pour canaliser un humain, elle est prête à payer très cher.
  
MessageSam 10 Mar - 19:45
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 258Nombre de RP : 60Âge réel : 28Copyright : BenedictAvatar daëmon : La Prince
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Spoiler:
 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, veuillez applaudir Audrain Faust dans son tout nouveau numéro d'incarnation de la mauvaise foi. Sa performance élève la connerie au rang d'art, vraiment ! Je n'en crois pas mes yeux. Ni mes oreilles, d'ailleurs, contre lesquelles se heurtent son plaidoyer pour le droit à l'infidélité. Le rouge me monte aux joues parce qu'à cette époque, j'avais cette certitude inébranlable qu'on ne pouvait pas passer à autre chose. Sauf que ma conception de l'amour n'était apparemment pas la même que la sienne. Je m'offusque face à ses justifications. Ai-je bien entendu ? Quel culot ! Me remettre ça sur le dos ! Comme si j'étais, MOI, responsable de ses petites coucheries. Quant au fait qu'il remettre ma fugue sur le tapis, c'est un coup bas. J'ouvre la bouche, prête à rétorquer, quand il m'assène le coup de grâce. Je manque de m'étouffer en inspirant. Sa mesquinerie atteint des sommets quand il me balance que je joue les victimes. Putain, mais j'y peux quoi, moi, s'il est pas capable de s'abstenir de se jeter dans la première paire de nichons venue lui tourner autour ! D'ailleurs, je me serais peut-être pas barrée, cette fois-ci, si une grognasse n'avait pas décroché son foutu téléphone à sa place, à lui !
J'ai vraiment envie de lui arracher les yeux, sauf que ce serait admettre officiellement qu'il parvient encore à me blesser. J'estime que mon charisme, tout comme mon rôle de nana inaccessible, a été suffisamment malmené jusqu'ici. Je ne trouve pas quoi lui répondre. Non pas que les mots me manquent, il en faut bien plus pour me coupler le sifflet. Disons plutôt qu'il y a bien trop d'insultes qui me viennent à l'esprit en même temps. Tellement, en réalité, que ça paralyse ma réflexion. L'émotion prend le pas sur mes capacités oratoires. Demain, je penserais sans doute à une dizaine de réparties cinglantes que j'aurais pu, que j'aurais dû, lui jeter au visage. L'arrivée impromptue et agaçante de Mahkha a le mérite de m'éviter de me ridiculiser en répliquant sans réfléchir.

Le chacal grogne de frustration. Personne n'aime qu'on lui rappelle ses propres faiblesses. Il sait bien qu'Agata a raison et qu'ils sont, finalement, tous les deux dans le même bateau. Il pressent juste une issue catastrophique à ce huis clos. Son silence sonne comme un aveu de culpabilité. C'est juste qu'il avait oublié, lui, que la belette les connaissait si bien. Difficile, dans ces conditions, de coller à l'image qu'il s'est scrupuleusement forgé depuis la dernière fois qu'ils se sont vus. - On ne peut pas les laisser continuer ! Sa voix emprunte la couleur de la crainte. Il a fait tout ce qu'il pouvait pour que cette confrontation n'arrive pas. Il a tout essayé pour nous éloigner de ce chemin-là. Pour nous éloigner du risque que représente Audrain. - Agata ! Ah ! Quelle horreur de devoir implorer. - Tu sais que rien de bon ne sortira de ça. Il faut qu'elle l'aide à limiter les dégâts. Comme une odeur nauséabonde, entêtante, son angoisse parvient à suppurer jusqu'à moi par le biais de notre lien. Supplique silencieuse et désespérée. Je repousse mon daëmon de plus belle, lui jetant à la face toute ma rancune. Ses crocs sur mon poignet ont achevé de nous dissocier l'un de l'autre, il y a déjà bien longtemps. Je ne te pardonne pas, Mahkha. Ni maintenant, ni jamais.

Quand le manager reprend la parole pour faire la démonstration de son QI négatif, ma colère ne sait plus contre qui se déverser. Comment ce type fait-il pour ne pas comprendre ? Je hais sa proposition parce qu'elle revient à sacrifier notre relation sur l'autel d'une quelconque gloire minable qui ne durera pas. Si j'adore être le centre d'attention, je ne supporte pas l'idée d'avoir à exposer quelque chose d'aussi précieux. D'aussi intime. Jalousement, je préfère garder pour nous, uniquement pour nous, la nature de ce qui nous a liés. Je supporterai mal d'avoir à partager ça avec qui que ce soit. Le souvenir de notre histoire est comme une oasis de liberté pour moi. Ou une drogue dure. Le genre dans lequel tu te plonges pour oublier que ta vie est fade avant de te réveiller, encore plus mal qu'avant, entre la sensation de manque et le goût amer de la culpabilité.

Le vent va tourner. La tempête approche. Je le sens à la façon qu'à Audrain de se tenir, à l'éclat métallique de son regard. Ça vrombit sans sa voix comme une menace sous-jacente. Il va vriller, je le sais. J'ignore par contre de la forme que va prendre sa colère. Je jette un regard aux trois autres musiciens, espérant qu'ils le connaissent assez pour faire diversion. Il y en a bien un qui tente quelque chose mais l'abruti en chef l'en dissuade. Il s'attire un second regard meurtrier de ma part. Fichus fanboys ! Même pas capable de se prendre le risque de se prendre un revers pour éviter à Audrain de faire de la merde. Le genre d'attitude que je déteste. Ce qu'ils sont faibles !

La conversation entre les deux hommes au bureau parait surréaliste. Et moi, comme une idiote, je n'entends que ce que je veux. Il me défend ! D'un côté, j'ai toujours envie de l'envoyer se faire voir, histoire de lui rappeler que je ne suis pas une petite chose fragile incapable de se défendre par elle-même. D'autant plus que je n'ai digéré ni sa chanson, ni ses propos à mon encontre. De l'autre... Je me retrouve projetée presque cinq ans en arrière, la première fois que je l'ai vu. La sensation est la même que celle de se prendre un camion, lancé à pleine vitesse. En tout cas, c'est l'effet que ça m'a fait. Ce type intense, indomptable et sans compromis m'en met toujours plein la vue. Il va vraiment lui "éclater la tête contre son bureau" ? Non, ce serait vraiment trop stupide. Trop irréfléchi et risqué. Un coup à finir en taule.

Bordel !

Je sursaute au moment du choc. Les yeux agrandis d'effarement, bien incapable de prononcer le moindre mot. Si j'en crois le cri de douleur que pousse le manager et le sang qui coule de sa narine, il vient de se faire casser le nez. Un frisson me remontre le long de la colonne, alors que plus rien n'a de sens dans ma tête. Mon rythme cardiaque se fait anarchique avant d'accélérer une nouvelle fois. Doucement, il faut que je me calme. Mahkha recule jusqu'à frôler ma jambe, l'air de vouloir bouffer quiconque serait assez stupide pour approcher. Faudrait peut-être que quelqu'un lui dise que je viens d'être reléguée au rang de simple spectatrice. Mon instinct déraille lui aussi. Une pulsion déraisonnable m'invite à m'approcher d'Audrain, à poser ma main sur son bras, à l'emmener ailleurs. Allez viens, on se casse d'ici. Chose que je ne fais pas. C'est bien la preuve que je ne suis pas totalement suicidaire.

Je ne peux pas en dire autant du manager, par contre. Chancelant, la main sur son nez, il s'est reculé à une distance qu'il croit suffisante de son assaillant. Comme tous les crétins du monde, quand ils se croient à l'abri, il essaie stupidement de sauvegarder les restes de sa dignité. - Vous avez perdu la tête ? Vous êtes complètement malade ! Apparemment, il n'a toujours pas compris qu'il serait mieux pour son intégrité physique qu'il se la ferme. Tout en parlant, il se déplace vers l'angle droit de son bureau, plus près de moi. Il doit considérer que je représente la menace la plus minime de la pièce. Il regarde les membres du groupe, à la recherche d'un témoin conciliant qui lui viendrait en aide. Son regard dérive une seconde sur moi. Le grognement hostile de Mahkha le dissuade de cherche à faire de moi son alliée. L'homme fait un pas sur le côté. - Vous venez de faire une erreur, une grosse erreur ! Je connais beaucoup de monde. Sous-entendus, vous pouvez tous oublier votre carrière. Il a l'intention de ruiner leur réputation auprès de ses collègues. Des connards de cette qualité minable, j'en ai croisé beaucoup dans ma vie.

Je n'aime pas du tout la tournure que prend cet échange. Instinctivement, j'entrouvre la porte que me séparait de mon daëmone. Dans sa tête, ma voix n'est qu'un chuchotement.
- Mahkha ?
- Je suis là.
- Le téléphone.


Alors qu'une main ensanglantée, tremblante, commence à s'approcher de l'appareil. Le chacal bondit, attrape le combiné dans sa gueule avant de se reculer souplement.
- Vous croyez que ça va m'empêcher d'appeler les flics ? Il m'apostrophe. L'agressivité de sa voix ne fait pas le moindre doute sur le fait qu'il ait clairement envie de m'en coller une. Heureusement, il paraît qu'on ne doit pas lever la main sur une femme. C'est un atout que je n'ignore pas. En réalité, j'en fais une force qui me permet d'être encore plus odieuse et prétentieuse que n'importe quel homme. Je ne crains rien. À mon tour, je m'approche du bureau, me plaçant judicieusement entre Audrain et le roi des cons. Si j'peux éviter qu'il lui colle en plus son poing dans la figure, ça sera déjà ça de gagner. Je fais claquer la paume de ma main contre le bureau.

- Va falloir arrêter de me prendre pour la première petite conne venue. Pas la peine d'essayer d'atteindre votre portable. Vous croyez vraiment que c'est un jean qui va l'empêcher de vous le prendre ? fais-je en indiquant Mahkha du menton. Le calme de ma voix contraste avec ce que je ressens. J'ai la chair de poule. La colère frémit sous ma peau, prête à déborder comme une marmite d'eau sous un grand feu. Comme pour illustrer mes dires, le chacal entreprend de serrer la mâchoire, mordant dans le combiné volé jusqu'à ce qu'il un craquement symptomatique se fasse entendre. Sûr qu'il a rendu l'appareil hors d'usage, il lâche l'objet qui vient rouler sur le sol. Puis, Il relève ses babines pour dévoiler ses crocs saillants. Les muscles tendus, à l'affût, Mahkha l'observe à la façon d'un prédateur qui scrute sa proie. Ma menace n'est pas vaine. Je suis prête à prendre le risque qu'il puisse toucher mon âme. - Il n'aura pas le temps de m'atteindre que je lui aurai broyé les parties. On s'habitue à l'orgueil de Mahkha avec le temps. Je compte cependant sur le fait qu'il ne connaissent pas suffisamment les limites des daëmons pour me faire entendre. - Bien. Maintenant que vous avez rebranché votre cerveau, on va pouvoir discuter.

Par pitié, qu'Audrain ferme sa gueule en attendant. De toutes façons, quoi qu'il dise, je me dois de l'ignorer pour gagner en crédibilité. Le manager se redresse en me regardant. Son langage corporel m'indique qu'il cherche à me dominer. Mais, son regard fuyant, alors qu'il vérifie la position des autres musiciens, laisse entendre qu'il est loin de se sentir en sécurité. Tant mieux. Je compte sur cette situation pour le manipuler. Je claque des doigts à hauteur de mon visage, geste qui n'est pas sans rappeler celui qu'Audrain a eu à mon encontre.

- Je suis là. C'est avec moi que vous parlez maintenant. Je vais essayer d'être la plus claire possible pour vous éviter des difficultés de compréhension.
Bon, maintenant que j'ai son attention, j'en fais quoi ? J'ourdis le premier mensonge qui me vient à l'esprit. Il est peut-être bancal, cliché, et peu inventif, mais, faute de mieux, il devra faire l'affaire.
- Il n'y a plus rien à dire, mademoiselle. Je crois que la situation est très claire.
Il tente de me déstabiliser avec un sourire narquois. Ah, les hommes et leur incapacité à regarder une femme comme leur égal. Je suis sûre que si c'était Audrain qui avait parlé, il se serait abstenu de prendre un air supérieur. Je compte bien le lui faire ravaler aussi sec.

- Effectivement, on est cinq à pouvoir attester que vous avez essayé de m'agresser. Cinq à pouvoir donner avec exactitude, la même version de l'histoire. Si on prend en plus en compte mon apparence, mon âge, et la réputation du milieu, je crois que même le plus incrédule des jurys ne votera pas en votre faveur. Donc, à votre place.... Je laisse ma phrase en suspens, lui laissant le loisir d'imaginer les conséquences. Je me pare d'un sourire hautain, des plus factices. Il n'y a plus qu'à espérer que mon petit stratagème fonctionne.
  
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