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Sexy, Genius, and Immortal - Nikola Kosanovic et Natalya

 
  
MessageVen 27 Avr - 0:50
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Date d'inscription : 26/04/2018Nombre de messages : 11Nombre de RP : 0Âge réel : 35Copyright : MeAvatar daëmon :
Nikola KosanovicNothing will be the same...
Note : Ce personnage est une adaptation de Nikola Tesla, le scientifique connu pour avoir créé le courant alternatif


Nikola Kosanovic

« Etre seul c’est le secret de l’inventivité ; être seul c’est le moment où les idées naissent »

Identité

Nom Prénoms : Nikola Milutinov Kosanovic
Age : 162 ans en réalité, mais on lui donne 35 ans
Date et lieu de naissance : 10 juillet 1856 à Smiljan dans l'ex Empire d'Autriche (actuellement en Crotatie)
Nationalité : Serbe, naturalisé Américain en 1892
Métier ou étude : ingénieur mécanicien et électricien à la base
Précision :
- Maîtrise une quinzaine de langues, et sait lire sur les lèvres
- A monté son propre laboratoire dans lequel il recrute des génies
- Travail comme consultant pour le FBI
- Tous deux sont des sociopathes

Jonathon Young
(c) copyright avatar: Moi

Citoyen Daëmonien

Natalya


Natalya, une fière représentante de la race des harpies féroce. Comme toutes les femelles de cette espèce, elle est plus grande que les mâles. Elle fait un bon mètre de haut, avec une envergure de plus de deux mètres, et un poids de neuf kilos. Le dessus de son poitrail est noirâtre et contraste avec la couleur blanche située juste en dessous. Sa tête blanche est surmontée d’une crête érectile noirâtre sur l’occiput. Son bec bleu-noir est extrêmement puissant, tout comme ses pattes jaunes, dont le dessus est striées de bandes noires, et dont la griffe du doigt postérieur atteint les six centimètres. Ses ailes sont longues, arrondies et noires. Son envergure, relativement petite par rapport à sa taille, augmente sa manœuvrabilité dans des lieux comme les habitats forestiers, la rendant particulièrement agile, et lui permet d’atteindre une vitesse de 80 km/h. Ses deux yeux noirs semblant vous transpercer tant ils vous examinent.

Natalya est très possessive et jalouse, doublée par une férocité dont celle de son espèce mérite bien le nom. Elle déteste que qui que ce soit s’approche d’un peu trop près de Nikola, en particulier lorsque c’est une femme. Fourbe, elle n’hésite pas à fomenter quelques plans pour la faire disparaitre du secteur. Et comme les harpies, elle est très patiente, et observatrice. Elle pourra prendre des jours, des semaines, des mois, à examiner les autres, à les connaitre, leurs habitudes, leur façon d’agir, ceux à qui ils tiennent. Elle apprend à les connaitre, et les blesse là où ça fait le plus mal. Elle est un super-prédateur, de ceux qui ne laissent jamais leur proie lui échapper. Et si c’est vous qui blesse le duo, sachez bien qu’elle n’oubliera pas, et retournera la lame contre vous. Cette tendance à observer tout le monde, lui a donné la capacité d’être particulièrement douée en science de la déduction, et en analyse du comportement humain, un génie dans ce domaine – amenant Nikola à se moquer d’elle en la comparant à Sherlock Holmes ou Cal Lightman. C'est une psychiatre qui a révolutionné certaines notions dans le domaine.

Vous l’aurez compris, Natalya ne souffre d’aucun remord, ou de pitié. Que ce soit pour satisfaire ses envies, et sa curiosité, elle n’a pas de limite. Elle se fiche de savoir si elle blesse les autres ou si elle se crée des ennemis. Égoïste au plus haut point, la seule chose qui compte c’est Nikola et elle. Et encore… Natalya est une solitaire, et s’éloigner de lui ne la gêne pas. Ils se disputent très souvent, et lorsqu’elle s’énerve c’est l’une de ces colères froides qui vous glacent le sang. Elle sait dire les choses qui blessent, et les balancent à Nikola sans sourciller. Elle a beau regretter ensuite, elle est bien trop fière pour venir s’excuser et préférera ignorer la tension entre eux jusqu’à ce que les choses se tassent.

Beaucoup la verront comme mauvaise, mais elle ne l’est pas tant que ça. C’est seulement son égoïsme et narcissisme développés qui font qu’elle pense essentiellement à elle. Finalement, elle réalise les choses par intérêt personnel, et comprenez qu’elle est prête à tout pour protéger ses intérêts. Humains, Daëmoniens, elle se fiche de tout cela, elle n’aime aucun des deux. Elle ne les déteste pas non plus. Elle ressent seulement de la curiosité scientifique vis-à-vis d’eux. Une curiosité froide et calculatrice. Si vous attisez son intérêt, elle vous analysera sans vergogne jusqu’à ce que sa curiosité soit satisfaite, ensuite elle passera à autre chose. Les amis, la famille, tout cela n’a pas d’importance pour elle. Elle ne suit que sa propre logique.

Elle est Nikola s’entende généralement bien, travaillant en équipe lorsqu’ils en ont envie. Mais il n’est pourtant pas rare de les voir séparés, tous deux supportant plutôt bien la distance et la douleur associée. Si elle est très possessive avec Nikola, ce dernier s’amuse de son comportement et il lui arrive de jouer avec elle. Si elle sait le blesser avec des mots, il sait parfaitement la blesser en retour. Une sorte de relation complice et conflictuelle à la fois, dans un duo surprenant. Ils aiment jouer ensemble à des jeux d’esprits, cherchant à se battre l’un l’autre. Ils discutent souvent ensemble, quant à Natalya, elle parle assez peu souvent aux autres personnes, sauf les rares qui attirent son intérêt.

Caractère

Physiquement, Nikola a une silhouette sèche, musclée par les années d’entrainements, sans once de rondeur – son corps consommant trop rapidement ses réserves énergétiques. Ni trop grand, ni trop petit, il mesure un mètre soixante-dix-neuf. Ses cheveux bruns sont souvent en bataille, le style à se coiffer en passant seulement la main dans ses cheveux rapidement le matin. Il ne fait pas spécialement attention à ses cheveux, bien qu’il les coupe assez souvent pour ne pas être gêné par ceux-ci. Le plus souvent, il et rasé de près. Son visage marque la plupart des gens, en particulier ses yeux. Deux yeux bleu clair pleins de malices, et d’intelligence, qui dissimulent une amertume profonde. Le plus amusant pour lui son ses canines, plus pointues que la moyenne, ce qui fait que lorsque les autres découvrent sa vraie identité, ils le prennent pour un vampire. Nikola n’a qu’un seul tatouage sur l’intérieur de l’avant-bras droit. Une suite de numéro : 10143. Certains le verront comme une fantaisie de sa part, un code pour lui qui représente quelque chose d’important, d’autres comme une profanation des mémoires. Et pour ceux qui savent, l’enfer qu’il a vécu.

Nikola, c’est un véritable paradoxe ambulant, car il est sujet à des changements d’humeurs surprenants et imprévisibles. A certains moments, il peut être assez réservé et sophistiqué, dû à son époque d’origine et son parcours – ce qui explique aussi son style vestimentaire en général. Mais il peut devenir sauvage et exubérant quand cela lui prend. Nikola est un gentleman qui est aussi imbu de sa personne. Son génie a fait croître son ego et il aime rappeler qu’il est supérieur aux autres. Il cherche également à dépasser ses limites, parfois sans prendre en compte les conséquences – et il lui est arrivé plusieurs fois d’en payer le prix. Pour autant, c’est un homme qu’il est possible de raisonner de temps en temps, et qui peut être d’une aide inestimable.

Le comportement paradoxal du scientifique s’exprimait parfaitement à une époque, aux côtés de la femme qu’il aimait et admirait. Il pouvait autant s’amuser à flirter avec elle pour obtenir ce qu’il voulait, que la mettre dans des situations dangereuses pour obtenir ce qu'il voulait. Il pouvait lui arriver de l’aider également lorsque cela lui chantait.

Vous l’aurez compris, Nikola est comme Natalya, il agit par intérêt, même si cela blesse les rares personnes à qui il tient. Faites attention à vous si vous attirez son attention, vous finirez surpris de ses actes, et blessez, et vous pourrez attendre longtemps avant qu’il ne vous fasse des excuses. Mais n’ayez pas trop de soucis à vous faire, Nikola ne se lie à personne. Il préfère rester neutre dans toutes ses relations pour ne plus souffrir. Vous trouvez ça cliché ? Un homme amoureux qui perd celle qu’il aime ? Oui peut-être. Si cet homme était banal. Mais Nikola est immortel. Il voit les autres vieillir et mourir, tandis qu’il reste jeune et en vie. Horrible destin que celui-ci.

C’est souvent dans ses excès que Nikola se révèle d’ailleurs le plus charmeur et exubérant. Plein de malice, il manie les mots pour se sortir des pires situations, et il est difficile de ne pas se prendre à ce jeu. Ainsi, il apporte aisément une bonne dose d’humour quand il est présent, malgré le fait que ses divers échecs ont fini par le pousser à avoir un regard plus amer sur le monde qui l’entoure. Grâce à son charme naturel et son talent pour la parole, il ne se bat pas souvent, mais il ne faut pas croire qu’il ne vous frappera pas si vous le cherchez un peu trop – femme ou homme d’ailleurs. La plupart des gens le voient faible à cause de son côté sophistiqué, mais n’oubliez pas son côté sauvage et imprévisible. Nikola sait se battre, bien plus que la plupart des gens. Après tout, avec toutes ses années de vie, il a appris toutes sortes d’arts martiaux, et est très doué en la matière, il est également un tireur d’élite, et son sang-froid en toute circonstance lui permette de garder un calme parfait dans n'importe quelle situation. Le fait qu’on le sous-estime, l’amuse plus qu’autre chose, en particulier lorsqu’il voit l’étonnement sur le visage de ses adversaires lorsqu’il réplique et les met au tapis. De plus, son pouvoir et ses expériences lui ont donné une résistance à la douleur hors du commun.

Nikola est autant capable d’agir par orgueil que pour aider quelqu’un – même s’il ne l’admettra jamais trop fière pour cela. Il a un côté plus noble qu’on peut le croire, et sait lutter pour les bonnes causes lorsque c’est important. C’est en grande partie pour cela qu’il déteste lorsque les autres détournent ses inventions pour s’en servir dans leur propre intérêt, cela le rend furieux. Et si c’est lui-même qui rate l’une de ses expériences, il tient à la rattraper lui-même, bien souvent vexé qu’il ait pu échouer. Lorsqu’il est plongé dans une expérience, Nikola peut être trop absorbé dans son travail en oubliant parfois certaines choses comme se laver et manger. Car, même après toutes ses années, Nikola conserve sa curiosité. Génie en mécanique et électricité, il a étendu ses connaissances à l’informatique, dans lequel il est tout aussi doué. Il s'est passionné par différent domaine de la physique, surtout l'étude des particules de Poussières. Il a un penchant pour le vin de bon goût.

Grâce à ses connaissances, Nikola peut devenir un véritable caméléon. Il sait pirater toutes choses électroniques, sait se créer de fausse identité, changer de style vestimentaire, et de comportements. Polyglotte, il sait modifier son accent, le ton de sa voix pour se fondre dans un pays.

Doté d’une mémoire eidétique, plus communément appelé mémoire photographique, il peut retenir les choses avec une vitesse surprenante, et les décrire avec exactitude même des années plus tard. Il a également un don de visualisation exceptionnelle qui lui permet de se passer de schéma ou maquette, et de construire dans les moindres détails une machine dans son esprit. Il n’est pas rare de le voir faire des mouvements en l’air lorsqu’il invente – Natalya le comparant désormais à Tony Stark mais sans les effets spéciaux. Malgré son génie, ou à cause de celui-ci, Nikola souffre d’insomnie chronique, et ne dort généralement pas plus de deux ou trois heures par nuit. Si à une époque il était particulièrement humaniste, Nikola a bien changé depuis, devenu bien plus amère. Il cherche surtout à satisfaire sa curiosité, et peut être aussi impitoyable que Natalya. Egoïste et arrogant, il place ses désirs avant les autres.

Nikola et Natalya cherchent tous deux à stimuler en permanence leurs esprits, et ils sont prêt à tout pour ça. Que ce soit en recherchant le danger, ou en travaillant pendant des heures sur leur projet plus ou moins fous. Tous deux ont un quotient émotionnel assez bas, et ont du mal dans la communication avec les autres, ce qui les fait paraître brutal, direct, et insensible. Nikola en particulier, a toujours l’esprit en ébullition. Toujours en train de penser à des inventions, à les réinventer, les modifier jusqu’à ce qu’elles soient parfaites, toujours en train de faire des calculs complexes, de trajectoires, de distances, de temps, à penser à de nouvelles théories. Il maintient son esprit en permanence occupé, et ne supporte pas de ne rien faire, ce qui l’oblige à toujours faire quelque chose, même si ce n’est que penser à des théories ou des inventions.

Aussi agaçant qu’il puisse être, Nikola est d’un naturel imprévisible et charmant, pour lequel il est difficile de résister.

Auto-guérison


Depuis qu’il a failli mourir de la tuberculose, et suite à son passage à tabac, Nikola découvrit que ses cellules pouvaient guérir d’elles-mêmes lorsqu’elles ne sont pas détruites. Son code génétique permet une activation constante d’enzyme qui se trouvent uniquement dans les cellules souches et les empêchent de vieillir, mais leur permet également de se diviser plus rapidement et plus efficacement que les cellules unipotentes. Ainsi, pour des blessures, la vitesse de guérison de Nikola est plus rapide que la moyenne, prenant quelques minutes à quelques heures selon la gravité de la blessure. Cela empêche également les mutations, et donc les cancers. Il ne peut pas attraper de maladie, d’infection, ou tout autre substance exogène qui puissent nuire à ses cellules. Mais il ne peut pas faire repousser de membre, et doit extraire les objets qui sont dans son corps. Les blessures mortelles directes, comme celle infligées au cœur ou au cerveau, le tuent.
Nikola n’a pas le contrôle sur ce pouvoir, et ne peut donc pas contrôler les effets secondaires.
Les effets à courts termes de cette guérison sont une certaine fatigue et une hypoglycémie plus ou moins accentuée en fonction de la gravité des soins à fournir. Il y a également des effets à long termes, bien plus désavantageux, et tout aussi paradoxaux que Nikola. De manière très lente, son pouvoir modifie son système nerveux. Actuellement, Nikola ne ressent plus la faim, le sommeil, ou la douleur. Pour les deux premiers, il lui arrive régulièrement de faire des crises d’hypoglycémie car il oublie de manger, et de s’endormir de manière imprévisible lorsqu’il s’assoit, ou en plein milieu d’une phrase. Pour la douleur, bien que cela puisse paraitre être avantageux, Nikola ne sait jamais quand s’arrêter, et ne se rend pas compte lorsqu’il est blessé, ni s’il aggrave une blessure. C’est plus contraignant qu’autre chose, en particulier pour une personne qui recherche l’adrénaline permanente et qui se blesse aussi souvent que lui. Aujourd’hui, son pouvoir le rend petit à petit empathique, et pour une personne qui ne l’a jamais été, c’est particulièrement perturbant, et frustrant.

Résumé de l'histoire

10 juillet 1856, Smiljan :

Nikola, un garçon particulier dès sa naissance de part sa nature daëmonniene, mais aussi par son génie. Très rapidement, il développa son intelligence. Une intelligence qui le mit à l’écart de tout le monde : sa famille mais aussi les gens de son village. Il se faisait frapper par les autres enfants, mais aussi par son professeur lorsque Nikola répondait de manière insolente et intelligente. Un garçon qui pour échapper à l’ennui, aux coups, aux moqueries nombreuses et variées, voyageait dans son esprit, parlait avec des gens aussi intelligents que lui. Finalement, la seule personne qui puisse le comprendre, c’était Natalya. Non, pas qu’elle. Il y avait aussi Marica, sa petite sœur. Elle n’était pas un génie, mais sa grande empathie compensait le peu d’émotions qu’exprimaient son grand-frère. Marica était son lien avec le monde réel. La seule capable d’entrer en contact avec Nikola et Natalya. La seule capable de comprendre les deux génies, et de leur faire comprendre le monde.

1867, Smiljan : 11 ans

Nikola découvre son pouvoir cette année-là. Un pouvoir qui se déclenche lorsqu’il attrape la tuberculose. Plutôt que de prendre des médicaments, il décide de faire chanter son père pour que ce dernier accepte que son fils devienne un scientifique, et non un prêtre ou un militaire. Malheureusement, il prit les médicaments trop tard, et aurait du mourir, mais son pouvoir le sauve.

1875, Graz 19 ans

Il part enfin de Smiljan et des idiots de son village qui ne cessent de l’injurier à cause de son génie et de sa différence. Mais voilà, maintenant il part pour des études supérieures. Il boucle deux années de l’école polytechnique de Graz en une seule, tout comme Natalya mais en psychologie. C’est durant cette année que Natalya fixe son apparence. Une chose qu’ils acceptèrent plutôt facilement, et qui les mena sur d’autres recherches, comme toujours. Malheureusement, leurs études se terminent rapidement, à cause de la coupure de leur bourse. Ne pouvant continuer, ils cherchent un travail que Nikola pourrait faire avec ses connaissances, et même devenir meilleur.

1886, New-York 30 ans

Après quelques années instables, mais pleine d’inventions de la part de Nikola, il travaille avec Edison dans sa société. C’est là qu’il invente le courant alternatif, et que la bataille avec Edison commence. Edison qui fut le mentor et le meilleur ami de Nikola. Son premier véritable ami en réalité. Nikola avait pensé qu’il le comprenait vraiment, qu’ils étaient deux génies capables de se comprendre mutuellement, contrairement à tous les autres. Mais Edison le trahit, et Nikola finit par démissionner, cherchant un moyen pour développer le courant alternatif sans le concours de la société d’Edison.

1890, New-York 34 ans

C’est la première fois que Nikola subit une blessure si grave qu’il aurait dû en mourir. Une balle en plein cœur, et celui à l’autre bout de l’arme, c’était Thomas Edison. Une ultime trahison entre eux. Par colère, par jalousie, l’impuissance face à la perte de sa fortune, de sa réputation, de son intelligence face au génie de Nikola. Des sentiments qui font naître la haine et qui transforme un homme pourtant bon en un tueur.

1912, New-York 56 ans

En vingt-deux ans Nikola n’a pas pris une ride, et il le sait, et c’est pour cela qu’il a pris cette décision en 1897. Disparaitre, changer de vie. Mais un homme comme lui ne peut pas disparaître sans que personne ne se pose de questions. Il prend un sosie assez intelligent pour comprendre ses théories, mais pas assez pour les inventer lui-même. Un homme qui lui ressemble assez pour que tous se prennent au jeu, petit à petit. En avançant pas à pas pour remplacer le véritable Nikola par un sosie et que tous tombent dans le panneau naïvement. Et lui prit une fausse identité, puis partit pour l’Angleterre sur le Titanic.

1918, Tranchées dans le Marne en France : 62 ans

Cela fait deux ans qu’il se bat dans les Tranchées contre les Allemands quasiment sans interruption. Il est devenu soldat pour une seule raison : sauver la femme qu’il aime. Et oui, qui aurait pu croire qu’un homme aux émotions si faible puisse tomber amoureux de quelqu’un. Et pourtant, il l’aime tellement qu’il serait prêt à tout pour elle. Il finit par passer un accord avec le MI6 qui avait compris que son identité était fausse. Ce dernier ne tuait pas Hélène, et Nikola montait au front, puis travaillerait pour le gouvernement Britannique. Mais le génie en avait décidé autrement. A la fin de la guerre, il simula sa mort.

1926, Cambridge :

Nikola n’a pas pu s’en empêcher. Il est retourné auprès d’Hélène malgré sa fausse mort. Il sait que c’est dangereux, mais il n’a pu rester loin d’elle plus longtemps. Et maintenant, il devient père. Incroyable, surprenant, impossible. Et pourtant, il est père, et plus heureux qu’il ne l’a jamais été.

1931, Cambridge :

Ils sont morts. Amelia et Feodor son Daëmon. Ses enfants. Ils sont morts d'un cancer. Ils sont morts. Nikola sombre en enfer.

1941, France :

Sa fille est morte. Sa petite-sœur Marica est morte. Et maintenant, Hélène est morte. La seule personne qu'il aimait dans ce monde, est morte. Sous ses yeux, tué par des Allemands.  Des nazis. Nikola n’est plus qu’un robot sans âme. Il réalise un moyen de communication plus sûr que la machine Enigma pour les Alliés : l’autotype. Mais il sombre de plus en plus en enfer.

6 octobre 1943, Auschwitz :

Nikola s’est fait capturer par les Allemands, et se fait torturer par un SS, Schmidt pendant des mois. Torture psychologique et physique. Les pires qu’un homme puisse imaginer pour le faire céder, pour lui faire dire les plans de l’autotype, ou comment intercepter les communications. Mais il ne craque pas.

5 avril 1944, Auschwitz-Birkenau

Depuis octobre, Nikola est aux mains d’un homme pire que le SS : Josef Mengele, le médecin de l’horreur. Il menait des tortures bien plus abominables que Schmidt, et poussait son pouvoir à ses limites.

Mai 1944, Slovaquie :

Nikola et deux autres prisonniers ont réussi à s’échapper d’Auschwitz, et se sont réfugiés en Slovaquie. Les deux autres prisonniers réalisent un rapport qui va changer la face du monde. Un rapport que Nikola transmet aux forces Alliés via un autotype qu’il a construit.

1960, Amazonie

Depuis la fin de la guerre, Nikola voyage partout dans le monde, et surtout les endroits les plus isolés. Il se remet des traitements qu’on lui a fait subir, de la façon qu’il a toujours fait : en mettant ses sentiments dans des cases – le peu qu’il est capable de ressentir –, en les rationalisant, et se concentrant logiquement sur les évènements.

1979, Sao Paulo

Il l’a retrouvé, Josef Mengele. Il l’a retrouvé et il l’a tué. Cela n’a pas changé grand-chose à tout ce qu’il s’est produit entre eux. Ca il n’a pas fait que torturé Nikola, il a tué Hélène. Et pour toutes ses raisons, Nikola l’a tué.

1998, Washington

Il tombe à nouveau amoureux. Surprenant, et totalement en incohérence avec sa personne, ses choix, sa façon de vivre robotique et dénuée de sentiments depuis des années. Il tombe de nouveau amoureux. Une femme fantastique, qui le fait aller mieux, qui lui fait oublier toutes les choses qu’il a déjà vécu, mais il ne s’en rend pas compte. Kara l’aime en retour. D’un amour inconditionnel, désintéressé. Elle aime cet homme avec toutes ses failles, et ses mensonges. Elle comprend sa complexité, et l’aime dans son entièreté, et l’influence positivement. Avec elle, il ressent à nouveau des sentiments, tous plus vrais et puissants. Elle est le calme après la tempête. Le baume qui ramène sa pauvre carcasse vide à la vie.

2000

Nikola a fini par lui dire la vérité, à Kara. Il lui a dit qui il était réellement. Elle sait, et elle n’a pas peur. Elle est restée auprès de lui. Elle l’aime toujours. Qu’importe ce qu’il est, qu’importe ce qu’il a fait ou ce qu’il a vécu. Elle l’aime.
Kara le guérit. Elle retire la douleur qu’il garde en permanence en lui. Elle lui permet de passer à autre chose.

2001

Il s’en va. Il a abandonné Kara, parce qu’il sait. Nikola sait parfaitement qu’il ne supporterait pas de la perdre, alors il la fuit. Qu’importe si cela le ramène à cette époque où il ne ressent plus rien. C’était mieux que ressentir la douleur que de voir l’être qu’on aime mourir sous ses yeux, à nouveau.

2011

L’annonce de l’existence des Daëmoniens. Nikola s’en fiche, il connait déjà, et se fiche pas mal de la haine des Humains. Il la connait déjà, et a bien d’autres choses à faire que de s’occuper d’elle. Il sait se cacher, et n’a pas peur de se faire repérer.

19 juin 2013

Nikola se fait enfin recenser. Pas parce qu’il en ressentait le véritable besoin, et il savait que c’était un contrôle de la population, comme tous les recensements de toute manière, mais seulement pour arrêter de se fabriquer de fausses identité, et parcourir le monde de manière simple.

18 novembre 2014

Nikola réalise sa conférence sur les particules de Poussières. Il est le premier à l’avoir analysé et émettre des théories sur celle-ci, et révolutionne les théories avancées sur les Daëmoniens.

2018

Nikola vit à Merkeley dans son propre appartement. Avec le temps, il a amassé une assez grande quantité d’argent qui le met à l’abris du besoin. Il a ouvert son propre laboratoire dans lequel il engage des génies qui comme lui, n’arrivent pas à s’intégrer dans ce monde.


Qui tire les ficelles

Pseudo/Prénom : Mylène
Âge : 20 ans
Double Compte : DC d'Alexie Taiji
Activité sur le forum : très souvent
Comment as-tu connu le forum ? internet et ses méandres obscurs
Un commentaire ? Un avis ? Une suggestion ? C'est si cool que j'ai fait un deuxième perso Pardon pour le pavé pour l'histoire
Et si je te demande le code du règlement ? Certifié par Baphoow'.
  
MessageVen 27 Avr - 0:51
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Date d'inscription : 26/04/2018Nombre de messages : 11Nombre de RP : 0Âge réel : 35Copyright : MeAvatar daëmon :
Nikola KosanovicNothing will be the same...

Histoire

Vous vous demandez qui est Nikola n’est-ce pas ? Qu’a-t-il pu vivre pour qu’il devienne l’homme qu’il est actuellement ? Cet homme réputé pour être un grand humaniste, rêveur et qui désire sauver le monde, qui est devenu quelqu’un de cynique et si désintéressé par les autres. Etait-il comme ça depuis le début de sa vie, et n’a fait que jouer un rôle, ou les traumatismes qu’il a subis l’ont-ils transformé si profondément ? Peut-être un mélange des deux. Ou alors rien de tout cela. A vous de juger, à vous de comprendre. Peut-être que cet homme est finalement trop complexe pour que quelqu’un le comprenne réellement.

10 juillet 1856, Smiljan


L’orage gronde au-dessus de leur tête. Le vent fait trembler la toiture des maisons, et claquer les volets mal fermés. La pluie frappe violemment le sol et les tuiles. A chaque coup de tonnerre, à chaque rafale, tout semble sur le point de disparaitre. Les habitants du petit village de Smiljan tremblent au fond de leur lit, incapable de dormir, persuadés que la colère de Dieu s’abat sur leur tête. Les mains jointes, ils prient. Ils prient de tout leur cœur pour que le ciel se calme, et que le tonnerre cesse. Et dans l’une de ces maisons, les individus évoluant en leur sein prient eux-aussi, mais pour une autre raison.

Un éclair illumine le ciel, le tonnerre gronde, couvrant le cri de la femme. Cette femme en train d’accoucher. Elle serre la main de son mari à la broyer. L’accouchement est difficile, le bébé ne se présente pas bien, le médecin est inquiet. Le cordon est enroulé autour du cou de l’enfant à naître. C’est son quatrième enfant, elle connait la douleur et pourtant… Aucun accouchement n’a été aussi douloureux. Un dernier hurlement et c’est enfin la libération. Le médecin récupère le bébé et coupe le cordon enroulé autour de son cou, mais il ne pousse pas un cri. Son visage est cyanosé. Le médecin ne panique pas, contrairement au père et à la mère qui prit leur dieu. Puis soudain, un éclair, juste au-dessus de la maison, et le bébé pousse enfin son premier cri. Des larmes se mettent à couleur sur le visage de la femme. Des larmes de joie, laissant échapper toute l’inquiétude, la douleur, et le soulagement déferler à travers ses larmes. Le médecin donne l’enfant à la sage-femme qui s’occupe de lui rapidement, puis elle l’emmène auprès de la mère qui le prend avec soulagement dans ses bras, heureuse. La sage-femme, sursaute à chaque éclair, posant un regard effrayé sur l’enfant.

« Ce sera l’enfant des ténèbres, dit-elle.

- Non, il sera un enfant de lumière, répondit la mère en observant le visage de son fils, un sourire béat sur les lèvres »

Puis se fut au tour du père de le prendre entre ses mains, et de le serrer contre lui.

« Nikola, ce sera son prénom. Nikola Kosanovic, dit-il fier de son fils »

Le père rendit l’enfant à sa mère, tous deux souriant. Djuka aperçut un petit oisillon blottit dans le cou de son fils.

Un Daëmonien…

Djuka connait leur existence, son père en était un, et cela ne la rendit que plus fier de son fils.

Et c’est ainsi qu’il rejoignit la fratrie des Kosanovic, lors d’une nuit d’orage, qui porte malheur selon les dire. Une fratrie déjà composée de trois enfants : Danilo, Angelina, et Milka. Quelques années plus tard, ils furent rejoints par Marica. Et il fut le seul Daëmonien de tous. La seule anomalie de la famille. Malgré tout, la présence de Natalya fut plutôt bien accueillie par sa famille. Une présence qu’ils dissimulèrent tous au reste du village, sachant que tous verraient dans le Daëmon un signe du diable.

8 septembre 1865, Smiljan

Voilà Nikola âgé de neuf ans maintenant. Il a grandi rapidement, tout comme son génie. Et dans une certaine solitude malgré sa famille nombreuse. Personne de sa famille ne le comprenait. Ils étaient tous effrayés par lui, par son intelligence. Il commençait déjà à apprendre d’autres langues, savaient déjà compter de manière bien plus complexe que les autres, lire, et écrire parfaitement. Son développement rapide en impressionnait plus d’un, et les effrayait tous. Sauf une personne, Marica. Sa petite sœur âgé de sept ans maintenant. Elle adorait poser des questions à Nikola parce qu’il lui répondait toujours la vérité, même si c’était trop complexe pour elle. Le pire, c’était sûrement Danilo, son grand-frère. Il était jaloux de la présence de Natalya, et tous deux ne cessaient de se disputer. Des disputes qui s’arrêtèrent brutalement à la mort de son frère suite à sa tuberculose l’an passé. Ce qui modifia la vie de Nikola. Jusqu’alors, son père, qui considérait Danilo comme son successeur, reporta tous ses espoirs sur son second fils, le dernier de la fratrie. Mais ses espoirs ne consistaient pas à encourager son fils dans son génie. Non, il voulait que Nikola devienne soldat, ou prêtre. Comme lui l’avait été. Deux idées qui déplaisaient fortement au garçon. Il n’était pas très patriotique, ni même croyant. Alors Nikola fuyait le plus souvent la maison pour se planquer dans le jardin, ou la forêt aux alentours, et faisait des expériences avec Natalya. Des expériences auxquelles elle se prêtait avec joie, car elle aussi était aussi intelligente et curieuse que lui. Les expériences étaient basiques, rien d’incroyable, ce que des enfants pouvaient faire. Des enfants qui souhaitaient comprendre ce que Natalya était. Alors ils firent des tests, comme : combien de transformation pouvait-elle faire en trente secondes, ou la plus grosse forme qu’elle pouvait prendre. Quelle distance de séparation pouvaient-ils supporter ?

Cette façon de fuir n’avait pas amélioré les relations avec son père. Un père qui ne le comprenait pas, et qui était incapable d’établir un lien avec son fils. Sa mère n’était pas mieux d’ailleurs. Certes elle était plus intelligente que on père, et réussissait à donner des intérêts à Nikola, comme la poésie, mais le lien émotionnel entre une mère et son enfant ne se formait pas. Elle était incapable de comprendre son fils, tout comme ses sœurs plus âgées. Toute sa famille n’arrivait pas à créer un lien avec lui et Natalya, tous deux inaccessibles et plus obsédés par leur expérience que par autres choses. Seule Marica réussissait à faire cela.

Aujourd’hui encore ils s’adonnaient à une expérience, mais différente de d’habitude. Nikola travaillait sur ce projet depuis un moment. Il avait déjà testé plusieurs fois ses inventions, et aujourd’hui c’était le grand jour. Il avait fabriqué une sorte de parapluie, mais beaucoup plus grand pour pouvoir supporter son poids. Il s’était préparé avant, avait fait plusieurs expériences avec de petits objets plus ou moins lourd qui avait plané quelques instants. Et maintenant c’était à lui. Il désirait voler depuis qu’il était tout petit. Depuis qu’il voyait Natalya prendre une apparence d’oiseau et fendre le ciel avec grâce. Il voulait faire comme elle.

« Tu es sûr de ce que tu fais ? dit-elle peut sûre d’elle.

- Ne t’inquiète pas. J’ai pris en compte la vitesse du vent, mon poids, et la surface de la toile. C’est linéaire, c’est facile. Tout se passera bien. C’est scientifique »

Malgré ses paroles, Natalya n’était toujours pas rassurée à l’idée de voir Nikola se laisser tomber de l’amas rocheux haut de trois mètres avec son instrument branlant. Mais lui n’était pas du tout inquiet. Il adorait tester des choses. Son génie inventif n’avait cessé de se développer, favoriser par ses remarquables qualités intellectuelles, comme sa mémoire photographique instantanée, et son don de visualisation exceptionnelle - encore en développement à cette époque - lui permettant de se passer de maquettes et de schéma, ainsi que ses facultés de calculs rapides. C’est d’ailleurs pour cela qu’il détestait l’école de Gospic depuis qu’il y était entré à l’âge de sept ans. A vrai dire, ce n’est pas l’école en soit qu’ils détestaient. Natalya et lui adoraient apprendre, mais les autres étaient si lent. Là où il arrivait déjà à multiplier, diviser des chiffres même avec une virgule, lire et écrire au bout de peu de temps, les autres apprenaient encore à faire des additions. Leur lenteur les exaspérait tous les deux. Et à cause de son intellect, Nikola fut rapidement repoussé par tous les autres. Même le professeur qui en avait marre de cet élève qui ne cessait de le reprendre. Oui, parce que Nikola n’arrêtait pas de corriger l’enseignant. Celui-ci n’était jamais assez précis. Quelle idée de dire que sept-cent trois n’est pas divisible par quatre. Bien sur que si, cela ne faisait simplement pas un chiffre entier. Pour avoir dit ça, Nikola s’était fait taper sur les doigts. Ils étaient tous incapable de comprendre son génie.

Le garçon regarde le vide, resserre sa prise autour de son invention, et attend une rafale de vent. Il se jette dans le vide sous le regard inquiet de son Daëmon. Pendant une seconde, il eut l’impression de flotter dans les airs, comme les oiseaux. La seconde suivante, il tombe dans le vide. Ses pieds percutent le sol avec force. Il lâche son invention, s’effondre, et roule au sol pour tenter d’absorber l’impact. Sa respiration est rapide, son cœur bat la chamade, l’adrénaline court dans ses veines. Et il adore ça. Natalya se précipite vers lui, passant d’un oiseau à une chat, tandis que le garçon éclate de rire en se tournant sur le dos.

« Tu es fou, lui dit-elle. Tu es complètement fou »

Nikola continue de rire. Il pose la main sur le pelage blanc de Natalya, et lui ébouriffe les poils. Elle le repousse et s’éloigne, remettant son pelage dans le bon sens. Elle avait eu peur, s’était inquiétée, mais elle préférait ne pas le montrer.

« Je me suis trompée dans mes calculs, dit-il en se redressant. Il faut absolument que je refasse tout. Où est-ce que j’ai bien pu me tromper ? Et si ce n’était pas linéaire ? Il manquait peut-être du vent ? »

9 septembre 1867, Smiljan


Le génie est allongé sur le lit, et tousse à s’en arracher les poumons. Il est malade. Très malade. Il a attrapé la tuberculose, comme son frère avant lui. Ses parents sont très inquiets. Le médecin est venu avec le diagnostic et lui a prescrit des médicaments qui pourraient le soigner, s’il les prenait rapidement. Mais Nikola refuse catégoriquement de les prendre, et ses parents n’arrive pas à comprendre pourquoi. Est-ce qu’il est suicidaire ? Bien sur que non, il veut simplement que son père l’écoute. Depuis le temps que son fils essaye de lui faire comprendre en vain qu’il n’a aucune intention de faire militaire ou prêtre. Mais son père continue de faire la sourde oreille, comme toujours. Pour lui, dès la fin de ses études secondaires, il partirait faire la guerre. Idiotie. C’était une idiotie.

« Il faut que tu prennes tes médicaments Nikola ! s’exclame son père. Ne me force pas à te les faire avaler, rajoute-t-il.

- Je les prendrais si vous me promettez quelque chose, rétorque le garçon en se redressant. Vous me laissez choisir ce que je veux faire plus tard, même si cela ne vous plait pas »

Le garçon plonge ses yeux céruléens dans ceux plus foncés de son père. Un regard qui ne souffre pas d’un manque de détermination par rapport à sa décision. L’enfant est prêt à aller jusqu’au bout pour pouvoir être capable de faire ce qu’il souhaite. Il n'a pas peur de mourir. Les deux s’affrontent du regard, tous deux inflexibles. Jusqu’au soupire de son père. Il connait son fils. Il sait que le garçon ne céderait pas. Il ne cédait jamais. Et son père ne veut pas perdre un second enfant.

« D’accord, je te promets que tu pourras faire n’importe quelle carrière. Mais prends ces médicaments »

Nikola connaissait son père. Si les deux n’arrivaient pas à s’entendre, ils étaient tous deux des hommes de paroles. Et le fils garderait toujours en mémoire cette conversation. Comme tous ses souvenirs depuis ses deux ans.

Le génie prit les médicaments que lui tendaient son père. Mais c’était trop tard. La maladie était déjà trop avancée. C’était trop tard, et il allait mourir. La souffrance ne faisait qu’augmenter à chaque instant. Une douleur de plus en plus profonde, qu’il n’avait encore jamais connu. Il était près à mourir pour pouvoir faire ses expériences, mais maintenant qu’il avait obtenu ce qu’il voulait, il ne pouvait pas mourir. Pas maintenant. Il avait tellement d’idée, tellement de choses à apprendre, à découvrir. Mais il était en train de dépérir, à cause de cette fichue tuberculose, et de ces fichus médicaments qui ne fonctionnaient pas. Son corps allait lâcher. Son corps ne pouvait pas lutter contre cette maladie. Le médecin finit par déclarer qu’il va bientôt mourir. Ses parents cherchaient à cacher leur larme devant lui, mais Nikola est assez grand pour savoir ça.

14 septembre 1867, Smiljan

Nikola est guéri. Personne ne sait comment, mais il a guéri. La douleur n’avait fait qu’augmenter au fil des jours. A cause de la maladie, et la douleur, il n’avait pas arrêté de vomir. Et cela n’avait fait qu’augmenter sa douleur. Et puis un jour. Plus rien. Plus de douleur, plus de toux, plus de fièvre. Il allait bien. Le médecin était venu l’examiner, et n’arrivait pas à comprendre comment un garçon en phase terminale de la tuberculose avait réussi à s’en remettre. S’en remettre à tel point qu’il était en forme après avoir réussi à manger un bon repas. Personne ne le savait à ce moment, mais c’était la première déclaration de son pouvoir. Une déclaration douloureuse, et urgente, car sans lui, il serait mort.

18 octobre 1867, Smiljan

Des brutes attrapent Nikola, l’attirent dans un coin, et le frappent. Encore pour des raisons stupides. Le garçon se protège du mieux qu’il peut, et essaye de s’enfuir, mais ils sont trois, tous plus grand que lui, et plus musclé que lui. Le génie les a énervés. Ou plutôt, ils ont énervé le génie en premier. Ces idiots ont osé chercher Marica. Sa petite sœur que Nikola tenait à protéger de tout le monde. Et Nikola ne laissait pas passer ça. Il s’était vengé pour sa sœur en les remettant en place via des stratagèmes de son cru, qui les humiliaient. Sauf qu’ils avaient compris que c’était Nikola qui avait fait tout ceci. Ils étaient peut-être moins stupides qu’il ne le pensait. Ou alors ces stratagèmes étaient trop ingénieux pour être dû à une autre personne que Nikola.

Les garçons continuent de le frapper, jusqu’à ce que le génie tombe au sol. Une fois vengé, ils s’en vont en riant, lui tournant le dos. Nikola se redresse, appuyant son dos contre le mur. Son visage est en sang, et des bleus commençent déjà à se former.

« Mère et père ne vont pas apprécier de te voir dans cet état, dit Natalya. Comment tu te sens ?

- Comme quelqu’un qui vient de se faire frapper pendant trois minutes trente et une seconde, dit Nikola. Mais tu as raison, il vaut mieux que je trouve une sacrée bonne excuse. Quoique, pas sûr que Père voit quelque chose, puisqu’il me regarde à peine. C’est surtout Marica qui va m’en vouloir, et se sentir coupable si elle apprend ce qui s’est réellement passé »

Et c’est elle qui risquait de lui passer le plus gros savon entre tous les membres de sa famille si elle apprenait ce qu’il avait fait. D’un côté, c’était aussi de sa faute si ces garçons venaient chercher Marica, car c’était lui l’anomalie du village. Lui que tout le monde cherchait à cause de son génie. A cause de sa différence.

Et alors qu’il était contre le mur, la douleur, plutôt que de diminuer, se mit à augmenter petit à petit. Nikola grimace en fermant les yeux, et serrant les dents. Pourquoi est-ce que cela faisait si mal ? Ce n’était pas la première fois qu’on le frappait, et ça n’avait jamais été aussi douloureux après la fin des coups.

« Nikola… Tu as vu tes plaies ? On dirait qu’elle se referme »

L’adolescent rouvre les yeux pour les poser sur sa compagne sans comprendre. Il se lève précipitamment, et fonce jusqu’à un seau en métal qui trainait rempli d’eau. Il se penche par-dessus, et peu voir que les coupures, et les bleus commençaient à disparaitre petit à petit. Il ne ressentait plus la douleur tant il se sentait excité par cette découverte. Il guérissait. Il guérissait trop vite. C’était incroyable. Nikola se redresse et se tourne vers Natalya, leurs yeux respectifs brillant de curiosité.

« Il faut absolument que nous fassions des tests ! s’exclame Nikola, ayant totalement fait abstraction ce qui venait de se passer avec les garçons »

15 décembre 1873, Smiljan

Voilà dix-sept ans que Nikola était sur terre, et il avait enfin surmonté son problème. Depuis sa plu tendre enfance, Nikola souffrait d’apparition d’images soudaines et violentes dans son esprit accompagnés de flash brutaux qu’il avait pu voir durant sa maigre existence. Le plus souvent, lorsqu’on lui disait un mot, l’image de l’objet qu’il désignait se présentait rapidement à sa vue, et parfois il était incapable de dire si ce qu’il voyait était réel ou non. C’était une source d’angoisse pour lui, et aucun psychologue ou physiologiste ne put dire ce qu’il avait. Tous semblaient d’accord sur un point, son cas semblait être unique. En grandissant et étudiant, Nikola en avait déduit que les images étaient le résultat d’une action réflexe du cerveau sur la rétine dans des situations de grande excitation. Ce n’étaient certainement pas des hallucinations, comme celles qui apparaissent au cerveau des malades et angoissés, car à d’autres égards, il était tout à fait calme et normal. Malgré tout, c’était assez insupportable. Imaginez-vous, qu’il a assisté à l’enterrement de son frère, et parfois dans la nuit, une image très vivante de la scène surgissait immanquablement devant ses yeux sans qu’il ne puisse rien faire pour la supprimer. Parfois elle restait toujours en place, bien qu’il puisse la traverser avec la main. Nikola partait alors du principe qu’il était possible de projeter sur un écran n’importe quelle visualisation et de la rendre perceptible. Une telle avancée serait une véritable révolution dans les relations humaines.

Pour se débarrasser de ces images, Nikola dut faire beaucoup d’efforts. Pour se débarrasser de ces images traumatisantes, il a tenté de concentrer son esprit sur les images d’une perception antérieure, ce qui lui permis d’obtenir un soulagement temporaire, mais il fallait qu’il fabrique continuellement de nouvelles images. Images qui furent bientôt épuisées par le manque de connaissance du monde extérieur, ressassant simplement les éléments familiers de son environnement. Et ces exercices lui apportaient de moins en moins de soulagement. Instinctivement, Nikola décida d’étendre ses projections, pour lancer ses excursions au-delà des limites de son monde familier mais restreint, et il vit de nouvelles scènes. D’abord brouillées et vagues, elles s’évanouissaient lorsqu’il essayait de se concentrer sur elles. Cependant, avec l’expérience et le temps, les images devinrent de plus en plus nettes et distinctes, jusqu’à prendre l’apparence de choses concrètes. Nikola réalisa qu’il était au mieux de sa forme lorsqu’il forçait son imagination à aller de plus en plus loin, pour obtenir continuellement de nouvelle impression. C’est ainsi qu’il se mit à voyager mentalement. Toutes les nuits, et parfois même durant le jour, lorsqu’il était seul, ou qu’il s’ennuyait, il voyageait, et découvrait des endroits, des villes, et des pays nouveaux. Il vivait là-bas, rencontrait des gens, se liait d’amitié avec certaines personnes et aussi incroyables que cela puisse paraître, elles étaient tout aussi expressives que celles dans sa vraie vie.

Nikola avait pratiqué ses exercices jusqu’à dix-sept ans, puis son esprit se tourna de plus en plus sérieusement vers les inventions. Grâce à ces exercices, il avait développé un immense pouvoir de visualisation, et ne se servait pas de modèle, de dessins, ou d’expérimentations. Il les imaginait et ils étaient réels dans son mental. Nikola a développé seul une nouvelle méthode de matérialisation de concepts et d’idées créateurs, en parfaite opposition avec la méthode purement expérimentale. Alors que les autres s'escriment à fabriquer un prototype, le modifier, construire de nouvelles pièces au détriment de la qualité, Nikola ne se précipitent pas dans les travaux pratiques. Une fois qu’il a une idée, il commence à l’élaborer dans son imagination, modifie sa construction, lui apporte des améliorations, et fait marcher l’appareil dans sa tête. Peu importe s’il teste son invention dans un laboratoire, ou dans son esprit. Il peut même savoir si elle ne fonctionne plus correctement. Cela ne fait aucune différence pour lui, les résultats sont les mêmes. C’est ainsi que Nikola développe et perfectionne un concept sans toucher à la matière. Et c’est seulement lorsqu’il est arrivé au point où il a intégré dans son invention tous les perfectionnements qu’il puisse imaginer et qu’il n’y voit plus rien qui ne soit parfait, il passe à la concrétisation de ce produit final élaboré dans son cerveau. Invariablement, l’appareil fonctionne tel qu’il l’avait imaginé, et les expérimentations se passent exactement comme il les avait prévues.

C’est ainsi qu’à simplement dix-sept ans, grâce à un problème qu’il a eu étant jeune, Nikola commença sa carrière d’ingénieur autodidacte. Cette façon de faire, de s’évader, ne fit que creuser un peu plus la distance avec sa famille. Seule Marica l’encourageait dans cette voix. Natalya, elle, était partie à l’opposé. Plutôt que d’étudier la science, elle avait décidé d’étudier la psychologie, bien qu’il n’y ait pas d’étude de cette matière à Smiljan. Simplement, à cause des psychologues qu’avaient vu Nikola pour son problème, et de leur incapacité à le gérer, elle s’était mise en tête de trouver une solution. C’est elle en grande partie qui lui permis de travailler son don de visualisation de la sorte. Vous connaissez la théorie du palais mental ? C’est elle qui a déposé un article sur cette technique de mémorisation après l’avoir développé avec Nikola. Elle aussi s’améliorait dans ses capacités d’observation sur les autres. Elle s’amusait à essayer de deviner ce que pensait les gens, et ce qu’ils allaient faire.

Les deux génies s’entraidaient mutuellement. Ils se poussaient chacun dans leur retranchement, se défiaient sans cesse. Ils passaient le plus clair de leur temps à la bibliothèque, lisant bouquin sur bouquin en cachette. La plupart les jugeait bien trop complexe pour un garçon aussi jeune. Mais presque trop simple pour lui. Des livres qui commençaient à les ennuyer car ils finirent par tous les lire, même ceux pour lequel il portait le moins d’intérêt. Leur père également avait une grande bibliothèque, et les deux compagnons ne cessaient de les lire, ce qui énervait le père qui n’aimait pas les voir ainsi. Lorsque son père découvrit que Nikola lisait les livres la nuit à la simple lueur d’une bougie, il décida de confisquer toutes les bougies pour l’en empêcher. Une chose qui n’arrêta pas le génie. Il se fabriqua une bougie avec une mèche, du suif, et des moules en étain de la cuisine. Rien ne les arrêtait une fois qu’ils décidaient de faire quelque chose.

18 Août 1875, Gospic


Ça y est, c’est le grand jour. Nikola va enfin partir de Smiljan. Et dans quelques jours, il sera à l’Ecole polytechnique de Graz pour commencer des études supérieures. Nikola a travaillé dur pour atteindre ce stade, pour obtenir la bourse des Confins militaires qui lui permet d’aller en faculté. Sinon, il serait resté à Smiljan, ses parents trop pauvres pour l’envoyer ailleurs. Enfin il va pouvoir augmenter ses connaissances en mathématiques, en physique, en mécanique. Il pourra enfin satisfaire sa curiosité, et peut-être même devenir un ingénieur de talent. Oui, lui pourrait devenir un ingénieur, et Natalya étudierait la psychologie. Ils ne savaient pas encore comment est-ce qu’ils allaient se débrouiller tous les deux, mais elle étudierait la psychologie. Tant qu’elle avait encore la capacité de changer d’apparence cela ne serait pas trop compliqué pour elle. Tous deux étaient surexcités à l’idée d’aller à Graz. C’était la première fois qu’il quittait Smiljan – mise à part leur voyage mental et l'internat à Gospic. Peut-être qu’ils rencontreraient d’autres Daëmoniens, comme lui. Et encore plus important, ils rencontreraient peut-être d’autres personnes aussi intelligentes que lui, et se sentiraient enfin accepter par les autres.

Alors ils attendent, sur le quai de la gare. Avec lui se trouve son père, sa mère, mais aussi Marica. Angelina et Milka ont déménagé dans d’autres villes après leur mariage. Marica est émue, inquiète, triste. Elle ne veut pas voir son frère partir, alors elle n’arrête pas de le serrer dans ses bras, en retenant tant bien que mal ses larmes. Nikola essaye de paraître le plus humain possible en la serrant à son tour dans ses bras. Les au revoir avec ses parents furent plus court, et moins touchant. Il serre la main de son père, et rapidement sa mère dans ses bras. Natalya volait haut dans le ciel. Elle n’était pas pressée de rentrer dans le train pour y être enfermer pendant des heures en attendant d’atteindre Graz. Elle préférait de loin rester dehors. Mais le temps était venu. Le train n’allait pas tarder à partir. Ses parents s’éloignent et le laissent seul sur le quai de la gare, avec Marica qui ne veut toujours pas le lâcher.

Nikola lève la tête vers Natalya, un léger sourire sur les lèvres. Il allait enfin pouvoir commencer une vie d’adulte. Sa vie d’ingénieur. Cette perspective ne l’effrayait pas le moins du monde. Au contraire, il se sentait de plus en plus excité à cette idée. Natalya était comme lui, et n’attendait qu’une chose : partir de cette ville qu’ils n’appréciaient pas réellement. Plonger dans le monde réel. Marica partit elle aussi après une dernière étreinte pour son frère. Tout le monde est déjà dans le train, attendant le départ. Il ne reste plus que Nikola sur la gare. Natalya descend, et se pose sur son bras. Elle a pris l’apparence d’une harpie féroce. Magnifique rapace qu’elle affectionne.

« Prête ? demande Nikola.

- Depuis toujours, dit-elle »

A ce moment, tous deux surent que Natalya ne changerait plus jamais.

21 Mai 1882, Budapest

Voilà un an que Natalya et Nikola sont à Budapest maintenant. Ils n’ont pas réussi à terminer leurs études à Graz. Ils ont pourtant tout fait pour. Avec ses capacités, et sa motivation, Nikola a fusionné deux années d’études en une seule. Tout comme Natalya en psychologie, bien qu’elle ne soit pas véritablement inscrite. Elle assistait au cours grâce à l’intermédiaire de Nikola qui arrivait à assister au cours des deux filières. Cette année fut éprouvante pour l’un comme pour l’autre, et c’était une chance qu’ils n’aient pas besoin de dormir beaucoup. Cela ne leur laissait aucun instant de répit pour sortir. Et de toute manière, ils n’en avaient pas envie. Ils préféraient de loin travailler sur leurs théories qui florissaient de plus en plus au fur et à mesure que leur connaissance augmentait. Mais la disparition de leur bourse mit fin à leurs études, car ils n’étaient plus capables de payer. Plutôt que de se morfondre, ils ont déménagé à Marburg et ont été employé en tant qu’assistant ingénieur pendant une année, coupant les ponts avec sa famille. Mais son père réussit à le convaincre d’aller à l’université de Charles de Prague en 1880. Il ne termine même pas le semestre d’étude, car des gens avaient remarqué Natalya et se posaient des questions, les forçant à déménager.

Suite à cela, ils devinrent plus prudents, surtout lorsque Nikola trouve ce nouveau boulot à Budapest en tant qu’ingénieur à l’Office Central du Télégraphe. C’est ici qu’il commença sa première invention pour créer des turbines doubles produisant une puissance continuelle. A l’ouverture du commutateur téléphonique, Nikola devient électricien en chef de la compagnie, puis ingénieur en chef pour le premier système téléphonique en Hongrie. C’est durant cette période qu’il invente un amplificateur de téléphone, qui se rapproche des haut-parleurs de nos jours. C’est durant cette période qu’il découvre son intérêt pour la mythologie hindoue, ainsi qu’à la langue sanskrite. C’est durant cette période que Nikola fut totalement convaincu de sa capacité à inventer, et, pourquoi pas, à changer le monde.

Quant à Natalya, elle n’était pas en reste. Portant toujours autant d’intérêt à la psychologie, elle lut énormément de livre à ce sujet. Ne les trouvant pas assez détaillés, elle fit ses propres recherches sur le sujet, d’abord en observant le comportement de personnes saines, leurs habitudes, leurs comportements, leurs mouvements. Elle examinait chaque chose pour déterminer ce qui pouvait déterminer un être, ou le modifier. Ce qui pouvait former la personnalité en particulier. Elle prit également Nikola comme sujet de test, ce génie si différent des autres. Elle développe en particulier des théories sur la mémoire, et l’organisation au sein du cerveau. Grâce à l’aide de Nikola, qui lui servait d’intermédiaire, elle pouvait étudier les cerveaux.

18 novembre 1886, New-York

Nikola vient de démissionner de la société de Thomas Edison. Cet homme fut son mentor, et son ami. Nikola l’a aidé à améliorer le courant continue à cause de nombreux dégâts causés par les dysfonctionnements du courant, entre les explosions, les incendies, les pannes régulières, et des problèmes d’acheminement de l’énergie avec des centrales tous les trois kilomètres. Malgré son aide, le courant continu ne marchait pas assez. Alors Nikola eut l’idée de développer le courant alternatif, une idée qu’Edison détestait. Edison refusait que les idées de Nikola puissent surpasser les siennes malgré les problèmes rencontrés. Pourtant, Edison finit par accepter qu’il travaille sur cette technologie, et lui promet 50 000 dollars s’il réussit – ce que Nikola parvient quelques mois plus tard. Malheureusement, Edison ne tint pas sa promesse, trop fier pour accepter que Nikola l’ait surpassé. Il consent pourtant à augmenter son salaire. Comme si cela suffisait pour récupérer sa confiance. Qui lui dit qu’à sa prochaine invention, Edison ne lui referait pas le même coup ? Non, Nikola ne pouvait pas accepter cela. Alors il démissionne tout simplement.

Cela s’était déroulé il y a un an. Après cela, Nikola décide de développer sa propre entreprise, la Kosanovic Electric Light & Manufacturing. Durant cette période, il dépose plusieurs brevets, en achevant la mise au point du premier moteur à induction fonctionnant au courant alternatif, ainsi que plusieurs instruments utilisant les champs magnétiques rotatifs. Mais suite à des différents avec ses investisseurs, ils le forcent à démissionner. Encore naïf à cette époque, Nikola avait investi tout son argent dans cette entreprise, et ses associés gardèrent ses brevets. Il se retrouva ruiné, et contraint de devenir terrassiers dans les rues de New York pour survivre. Ce ne fut pas l’une des plus glorieuses parties de sa vie. Ni pour Natalya. Elle se retrouvait confronter au manque de moyen technique pour explorer le cerveau. Agacer par ce frein de la technologie, elle décida d’étudier d’autres choses, comme les maladies mentales. Tout le monde pensait que ces personnes étaient folles, et bonnes à jeter, sûrement contagieuse dans leur folie. Mais pas Natalya. Ce fut ce moment qu’elle se servit du travail de terrassier de Nikola. Pendant un moment il travaille près d’un asile, ce qui permis à Natalya de voir les traitements infligés aux patients, et étudier les malades. Ce fut à ce moment qu’elle choisit de publier son premier livre sur la folie. Ou plutôt, sur les maladies psychiatriques. Ce fut la première fois que quelqu’un traita la folie non pas comme un problème provenant du diable, ou quelque chose ainsi, mais une véritable maladie, ce qui implique que le soigner est possible. Une première révolution. Pour elle, les traitements étaient tout aussi inutiles que stupides et archaïques. Simplement, elle n’avait pas encore les connaissances pour proposer d’autres traitements pour le moment.

6 aout 1890, New-York

Nikola sort d’un bar. Il n’est pas accompagné par une femme cette fois. Ce n’est pas que personne ne lui avait porté d’intérêt, mais il n’était pas d’humeur ce soir. C’est encore de la faute à Edison, pour changer. Cela fait longtemps qu’une guerre entre Westinghouse, et Edison a commencé. L’un pour avoir le monopole de l’électricité grâce au courant alternatif, avec l’aide de Nikola, le second pour garder le monopole avec le courant continue. Une guerre épuisante, car l’un et l’autre camp ne cesse de faire pencher la balance de l’Etat de son côté. Pourtant, Nikola sait parfaitement que son invention est la meilleure, mais évidemment, les pontes de l’Etat sont incapables de le voir. Et Edison fait tout pour prouver l’infériorité et la dangerosité du courant alternatif. Si au début, Edison ne faisait que de simple démonstration d’électrocution d’animaux, il était passé à un niveau supérieur. Ses fichues démonstrations venaient de créer la chaise électrique, et le premier mort par chaise électrique venait de se passer : William Kemmler. Cet homme était un assassin, mais il ne méritait pas de mourir électrocuté de la sorte. Mais ce qui énervait le plus Nikola, c’était cette façon de détourner son invention. A la base, elle était sûre. Bien plus sûr que le courant continue qui provoquait des incendies. Il n’était pas fait pour être utiliser à si grande échelle, contrairement à son invention. Mais Edison était si jaloux, si imbu de sa personne, qu’il était prêt à tout pour décrédibiliser Nikola.

« Nikola… dit Natalya en sentant la ccolère qu’il ressentait. Ce n’est pas de ta faute. Ce n’est pas toi qui a créée cette chaise électrique. Tu n’es pas responsable de ce qui s’est passé.

- Je sais bien, rétorque Nikola. Mais c’est exaspérant de voir quelqu’un prendre tes inventions pour la détourner de son but. Je n’ai pas créé le courant alternatif pour que des personnes l’utilisent pour en tuer d’autres. Les humains sont vraiment tous les mêmes. »

Natalya sentait sa rancœur, mais ne pouvait rien faire pour l’aider à se libérer de celle-ci. Mais peut-être pouvait-elle essayer de se venger en retournant l’esprit d’Edison. Avec ses observations, elle avait découvert beaucoup de choses sur la manipulation des gens, particulièrement utilisé par les hommes politiquent, ou les patrons de grandes entreprises. Elle déploie ses ailes et s’envole, cherchant à apaiser l’esprit de sa demie-âme grâce au calme de la nuit.

« Alors Nikola ? Pas trop vexé de ce qu’est devenu ton invention ? lâche soudainement une voix derrière lui »

L’intéressé se retourne pour découvrir Thomas Edison derrière lui. Un ami. Son premier ami à vrai dire. Le premier à avoir vu son potentiel, et à l’avoir aidé pour le développer. Oui, le premier. Et voilà où ils en étaient désormais. Edison essayait d’anéantir son travail.

« Thomas, je ne pensais pas te voir dans ce genre de quartier. Ce n’est pas vraiment dans tes habitudes, répond Nikola. Et pour te répondre, que veux-tu que cela me fasses ? Tu as découvert une nouvelle façon d’utiliser une invention brillante, et supérieure à la tienne, donc c’est une bonne chose.

- Tu cache bien ton jeu, comme toujours Nikola. Personne n’a jamais réussi à réellement te comprendre. Peut-être devrais-tu rejoindre ces asiles que tu sembles affectionner, lâche Edison. Mais je ne suis pas là pour discuter de cela, rajoute-t-il et il sort une arme de sa poche.

- Thomas, qu’est-ce que tu fais ? dit Nikola en reculant d’un pas.

- On sait tous que sans toi, le courant alternatif ne serait pas viable. Même Westinghouse ne pourrait pas le commercialiser sans la personne qui l’a inventé. Alors je suis désolé Nikola, sincèrement, mais… Il faut que tu meurs.

- Quoi ? Tu vas vraiment me tuer ? Tu n’es pas un tueur Thomas, dit Nikola, cherchant à rester aussi calme que possible, alors qu’il recule d’un pas »

Ce simple mouvement fait faire un mouvement à Edison.

« Ne bouge pas ! S’exclame Thomas. Je suis désolé Nikola. Mais je n’ai pas le choix. Sans les contrats je serais ruiné. Je vais tout perdre. Je suis vraiment désolé »

Nikola veut parler, mais trop tard. Edison appuie sur la détente. Le coup de feu résonne brutalement dans la ruelle. La balle part et fuse, puis s’enfonce dans la poitrine du génie, en plein dans le cœur. La douleur explose dans sa poitrine. Nikola s’effondre.

« NIKOLA ! hurle Natalya et fonce vers le sol »

Edison est déjà parti. Natalya se pose à côté de son âme sœur. Elle lui donne des coups de tête, continue de l’appeler, mais il ne réagit pas. Les yeux bleus de Nikola fixent le ciel. Son corps se vide de ses forces. Il a l’impression d’entendre chaque battement de cœur qui cherche à lutter contre cette balle, et continuer de pomper le sang dans son corps. Ce sang qui envahit sa bouche, et qu’il tente de cracher tant bien que mal. Et la douleur s’intensifie, encore et encore, alors qu’il se vide de son sang.

Nikola est en train de mourir.

Des gens l’entourent. Des gens cris. Il n’entend rien de tout cela. Il est complètement coupé du monde. Il n’entend que le sang qui bat furieusement ses tempes. Il ne sent plus le froid de la pierre sous son corps. Il ne sent que la douleur qui ravage chacune de ses veines. Il veut hurler, mais il n’en a plus la force. Il veut perdre connaissance, mais la douleur l’en empêche.

Et il souffre. Il souffre le martyr. Il a l’impression qu’un feu ronge chaque parcelle de son corps en partant de sa poitrine. Il a si mal qu’il veut mourir. Mais la mort ne le prend pas dans ses bras glacials. Il continue de souffrir. Il veut que tout s’arrête et qu’il meurt. Il veut que tout continue parce qu’il ne veut pas mourir.

9 juin 1897, New-York


Nikola se trouve dans le bureau de Georges Westinghouse. Celui-ci lui explique qu’à cause de la guerre avec Edison, l’entreprise éprouve des difficultés financières. Une manière très imagée de dire qu’ils sont ruinés. Mais au moins, ils ont obtenu le contrat d’installation de toute l’infrastructure électrique des Etats-Unis. Georges lui expliquait que si cela continuait, Nikola aurait à traiter avec les banquiers pour continuer à percevoir des redevances. Lui jeter directement des menaces au visage aurait été bien plus efficace et direct que de détourner l’attention sur des banquiers. Nikola accepte la proposition de Westinghouse. L’entreprise rachète ses droits et ses brevets pour la somme de 216 000 dollars. Cela ne valait pas tout ce qu’il avait créé, mais peu importe. Il était préoccupé par bien d’autres choses actuellement, et il allait se servir des nombreux renvois des ouvriers. Il savait déjà ce qu’il allait faire après.

Nikola sort du bureau pour partir dans une maison. *Va falloir que tu m’aide pour le coup. Cet homme doit être en colère, et je vais devoir paraître un peu plus humain* *Humain ? Crois-tu que je vais paraître plus humaine que toi ? Je ressemble autant à tes machines que toi. Mais je pourrais peut-être prédire son comportement* Une chose dans laquelle elle devenait particulièrement douée, remarquant le moindre changement de comportement. Elle était encore en train de faire des recherches sur cette capacité, et ce qu’elle remarquait sans le savoir. *Certes, mais cela m’évitera peut-être un coup de poing* Etrangement, depuis qu’il était mort, Nikola était devenu plus glacial et dénué d’émotion qu’avant. Peut-être est-ce dû à la sensation de mourir, ou bien à celle d’être trahi par un ami, un mentor, un homme qu’il avait admiré pendant quelques temps malgré leurs nombreux désaccords. Second phénomène qu’il avait remarqué : depuis sept ans, il ne vieillissait plus. Personne n’avait encore remarqué, mais il le voyait bien lui, et Natalya. Il n’avait pas pris une ride. Pas une seule. Sa forme physique n’avait pas diminué, au contraire, il avait l’impression qu’il était même en meilleur forme. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, Nikola ne vieillissait plus.

La porte de la maison s’ouvre. L’homme apparait, et voit Nikola ainsi que Natalya posé sur son bras. Il comprend : Daëmon. Lui aussi en avait un. Il reconnait Nikola, il l’a vu à de nombreuses reprises dans l’entreprise. De nombreuses fois il a été confondu avec cet homme. Ce n’était pas surprenant. L’ouvrier face à lui semblait encore jeune malgré ses trente-neuf ans et son métier. De même taille et même corpulence que Nikola, les cheveux bruns, les yeux bleus. Même leur visage était similaire. Il ferait parfaitement l’affaire. Et ce plan aiderait Natalya dans ses recherches sur la mémoire d’ailleurs.

Nikola explique la raison de sa venue. Une raison folle, totalement, mais avec l’appât du gain, de la notoriété, et les promesses derrière, cet homme qui n’avait jamais pensé pouvoir s’élever dans la société, voyait un nouveau chapitre de son avenir bien plus prometteur. Cet homme était assez malin pour comprendre les théories de Nikola lorsqu’elles lui étaient expliquées, et pour fabriquer ses inventions. Avec de l’entrainement, il ferait le Nikola parfait. Et tout le monde tomberait dans le panneau si l’on croyait aux théories de Natalya sur la mémoire et la manière de l’influencer.

15 janvier 1912, salle de conférence, New-York

John Jones, le faux Nikola Kosanovic, fait un discours sur l’une de ses inventions. Enfin, ses inventions. Ce n’était pas lui qui l’avait inventé, il ne faisait que suivre les plans que Nikola lui avait fourni, mais qu’importe. Il n’était pas ici pour ça. Un certain nombre de personnes se trouvaient dans la salle, bien qu’elle soit loin d’être rempli. Ce n’était pas grave, cela pourrait servir amplement de test. Le dernier test. Un aboutissement de quinze années de travail. Cela pouvait paraître idiot, mais Nikola tenait à ce sosie. Il n’y aurait aucune question suite à sa disparition, puisque personne ne penserait qu’il a disparu. Il était connu, et un génie, il serait recherché, mais pas avec John dans les parages. Puisque tout le monde pensait que John était Nikola. De plus de cela, Natalya avait pu avancer sur ses recherches sur la mémoire. La façon dont on pouvait influencer les gens, dont on pouvait modifier leur souvenir. Si durant un bon nombre d’années, seulement la carrière de Nikola avait avancé, cette fois c’est celle de son Daëmon qui avait fait une avancée.

Avec les théories de Natalya, ils avaient mis en place un bon nombre de stratégies pour que tout le monde croit au sosie de Nikola, même les personnes plus ou moins proche de lui. Tout d’abord, ils avaient appris à John à parler, marcher et se comporter comme Nikola. Ce fut assez rude, mais l’homme avait un caractère plus que conciliant, et être sujet à des expériences ne le gênaient pas du tout. Surtout sachant ce qui se passerait in fine. Ensuite, ils avaient commencé à le remplacer petit à petit dans des apparitions publiques, mais éloignés. Comme les conférences. Il y avait toujours de grands espaces entre le public et le conférencier, et les lumières n’arrangeaient pas pour voir le visage. Après la conférence, c’est le vrai Nikola qui prenait la relève. A force, même durant les soirées après la conférence, ils finissaient par échanger leur place. Les gens s’en rendaient un peu compte, mais la plupart étaient si peu observateur, qu’ils passaient outre. Et les années passant, John vieillit, mais pas Nikola. Et l’esprit cartésien des gens fit le reste.

Et pour que lui disparaisse pour de bon, Nikola se fit de faux-papiers. C’est fou comme copier des papiers étaient compliqués. Mais ce n’était pas aussi impossible pour un génie comme lui. Il se fit chimiste, calligraphe, et photographe. Grâce à ses connaissances en chimie, il copia la formule des papiers d’identité, utilise ses capacités de calligraphie avec la même ressemblance que les papiers officiels, et développe la photo comme celle des photos d’identité. Finalement, faire de faux-papiers n’étaient pas si compliqués lorsque l’on détenait les connaissances adéquates en chimie de base.

Et c’est ainsi que l’homme qui vieillit devint Nikola, alors que celui qui restait jeune devint un triste inconnu aux yeux de tous.

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MessageVen 27 Avr - 0:52
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Date d'inscription : 26/04/2018Nombre de messages : 11Nombre de RP : 0Âge réel : 35Copyright : MeAvatar daëmon :
Nikola KosanovicNothing will be the same...

Histoire


15 avril 1912, perdu au milieu de l’Atlantique.

« Eh bien, je t’avais prévenu que je n’aimais pas ce bateau, dit Natalya, volant au-dessus de lui en cercle.

- Tu n’es pas objective, tu déteste les bateaux parce que tu ne vois que la mer. Et c’est le seul moyen pour traverser l’Atlantique je te rappelle.

- Oui, mais en attendant, c’est toi qui est couché sur un bout de planche en attendant que quelqu’un vienne te sauver, et complètement frigorifié. Et ces types qui ne sont pas foutus de voir un iceberg en plein milieu de l’océan.

- L’insubmersible… Véritable connerie oui. Quel type d’ingénieur est-ce qu’ils ont bien pu engager pour avoir mit des tôles de si mauvaises qualités. Et pas assez de canot de sauvetage. Bande d’abruti »

Nikola jurait rarement, mais il avait besoin de ça pour rester éveiller. Ses dents claquaient, mais il avait arrêté de trembler. Cela signifiait que sa température était descendue trop bas pour que son corps continue de le maintenir en vie de cette manière, et qu’il n’avait plus assez d’énergie pour maintenir ce frisson. Ses paupières étaient lourdes. Il peinait de plus en plus à garder les yeux ouverts. C’est pour ça que Natalya lui parlait. Pour maintenir son cerveau en activité. Pour le forcer à réfléchir.

« Quelle idée d’aller dans la salle des machines aussi ? Nous aurions pu monter dans un canot je suis sûr, même si nous étions en troisième classe.

- Tu es un peu trop naïve cette fois. Les trois-quarts des personnes autour de nous sont de troisième classe, lui dit Nikola. Et puis, je m’ennuyais, et je n’aurais pas pu résister à une telle machinerie, rajoute-t-il.

- Toi et ton obsession pour les machines, soupire Natalya.

- Toi et ton obsession pour les comportements, rétorque-t-il la voix de plus en plus basse »

Ses yeux se fermaient tout seul. Il tombait de fatigue.

« Nikola ! Nikola réveille-toi ! Nikola ! Nikola ! Nikola ! »

La voix de son Daëmon devenait de plus en plus lointaine. Fatigue. Trop fatigué. Il s’enfonçait dans les ténèbres. Natalya continue de l’appeler, mais il ne réagit plus. Elle s’envole alors plus haut dans le ciel. Ce n’était pas un oiseau de nuit, mais la lune lui permettait de voir un minimum, et l’acuité de sa vision lui permettrait de voir les lumières de ceux qui recherchaient les naufragés. Il devait forcément y en avoir. Nikola allait mourir sinon. Et puis elle les voit, les secours. Elle pousse un cri strident pour qu’il la remarque. Elle descend un peu, continuant de voler au-dessus de son Daëmonien. Ils la voient, et se dirigent par là et récupère enfin Nikola. Il était sauf. Il allait survivre. C’est tout ce qui comptait. Elle se pose sur le rebord du canot. Les hommes présents la regardent, inquiet, essayent même de la faire partir. Mais ils comprirent rapidement qu’elle n’en ferait rien, et qu’elle n’était pas menaçante. Alors ils reprirent leur recherche.

11 juin 1913, Université d’Oxford :

« Te voilà professeur maintenant, dit Natalya sur un ton légèrement dédaigneux. On aura tout vu, et ton sosie aux Etats-Unis, qu’est-ce que tu en fais ? »

Nikola effaçait avec la brosse les écritures à la craie sur le grand tableau noir de l’amphithéâtre. Il n’écoutait que d’une oreille les palabres de son Daëmon.

« Je suis enseignant chercheur, dit-il. Si je dois donner quelques cours pour avoir assez de financement pour mes recherches, ça ne me pose pas de problème. De plus, j’envoie assez d’information à l’autre pour qu’il puisse faire des discours. Mais bon, je ne crois pas pouvoir relancer la carrière de Kosanovic actuellement, dit-il avec une pointe de déception dans la voix.

- Si tu reprenais ta véritable identité, plutôt que de te planquer derrière un faux nom et un sosie, dit Natalya, les plumes sur sa tête se redressant d’agacement, trouvant cette situation insupportable. »

Nikola se tourne vers elle en posant une main sur sa hanche.

« Et que vais-je leur dire ? Bonjour, je suis Nikola Kosanovic, j’ai cinquante-sept ans, même si j’en fais que trente-cinq et dans dix ans j’aurais encore la même tête. A part ça tout va bien. Ah oui, autre chose, la harpie féroce qui passe son temps avec moi est douée de pensée et peut parler. Tu connais les Humains, c’est la meilleure façon pour que l’on nous traite de démon et que l’on cherche à nous tuer. Et déjà faire passer une harpie féroce pour un animal de compagnie est légèrement compliqué alors n’enfonçons pas le clou, termine-t-il sachant qu’elle détestait le fait de se faire passer pour un stupide animal alors qu’elle était bien plus intelligente que les humains.

- Que feront-ils ? Une balle en pleine tête, ça ne te tueras pas, dit Natalya sur un ton toujours aussi dédaigneux.

- Non, mais ce sera particulièrement douloureux. Et puis, à quoi cela pourrait nous servir ? Ils croiront m’avoir tué, et ensuite nous partirions ailleurs et ensuite ? C’est bien plus simple de changer de lieu tous les cinq ou dix ans et se créer une fausse identité, dit Nikola en se tournant et se concentrant à nouveau sur le tableau »

Il termine de l’effacer, puis se tourne vers ses notes. A vrai dire, donner des cours ne lui déplaisait pas tant que cela. Cela changeait de son travail chez Westinghouse, et la longue période où il avait dû introduire son sosie à sa place, pour que les gens pensent qu’il était le véritable Nikola Kosanovic. En réalité, cela le libérait un peu de ne plus être Nikola Kosanovic pour les autres. Il pouvait penser à autre chose que le regard des autres sur lui qui attendait une nouvelle invention de génie, ou un nouveau fiasco et décision stupide. Non, pour le moment il n’avait plus à penser à ça. Et il n’aurait sûrement plus jamais à le penser puisqu’un jour son sosie devrait mourir, et son nom avec lui.

Nikola ramasse ses affaires, et sort de l’amphithéâtre, partant vers son bureau. Il se laisse tomber sur son fauteuil, observant ses notes. Seulement cinquante-sept ans, et il avait déjà l’impression d’avoir trop vécu et de ne plus savoir quoi faire, où aller. Il se perdait dans sa fausse vie et ces mensonges. Lui qui ne cherchait qu’à aider le monde. Il devait trouver quelque chose à faire, et justement, maintenant qu’il n’était plus lié à l’électricité et la réputation qui va avec, il pouvait s’adonner pleinement à ses autres recherches. Celle sur les Daëmons. Il n’avait plus à se soucier qu’on le traite de fou maintenant, puisqu’il finirait par partir dans cinq ou dix ans finalement.

Il sort les différents livres anciens composés de diverses légendes, et continue de prendre des notes. C’était fou le nombre de références aux Daëmoniens dans la littérature, qui passaient pour des légendes, ou des hallucinations.

« Professeur Anderson, dit soudainement une voix à la porte. Désolé de vous dérangez, mais le Professeur Baker m’a demandé de venir vous donner ces documents, dit-elle en levant les feuilles qu’elle tenait »

Nikola lève les yeux et sentit un léger sourire étirer ses lèvres en voyant la jeune femme brune, très élégante fasse à lui.

« Miss Adams, n’est-ce pas ? dit-il, et elle prit un air légèrement surpris. Vous pensiez que je ne me souviendrez pas de vous ? Une femme qui participe à mon cours, sachant que c’est interdit, et en se faisant passer pour une simple assistante qui se résume à faire du secrétariat, comment ne puis-je pas vous avoir remarqué ? Mais entrez »

Nikola se lève, contourne le bureau sans la lâcher du regard. Hélène semble hésiter entre s’enfuir en courant, ou le suivre. Une femme qui mène des études, c’étaient interdit, et punissable. Mais Nikola n’était pas un homme orthodoxe. Sa mère était d’une grande intelligence, et elle aurait pu faire des miracles si elle avait pu aller à l’école. Hélène finit par entrer et fermer la porte derrière elle.

« Pourquoi n’avoir rien dit ? demande-t-elle en le regardant droite et fière.

- Pourquoi aurais-je dis quoique ce soit ? rétorque-t-il. Contrairement aux autres anciens de ces universités, je ne tremble pas de peur à l’idée qu’une femme puisse développer une pensée et réfléchir par elle-même, dit-il et se permet de rajouter en approchant d’elle. D’ailleurs, le rôle que Baker vous donne ne fait pas honneur à vos capacités si vous arrivez à suivre mon cours »

Hélène se mort légèrement la lèvre inférieure, et détourne les yeux en rougissant. Les valeurs victoriennes et son éducation lui permirent de reprendre rapidement le contrôle de ses émotions. Elle se permit même de le regarder dans les yeux, et de lui tenir tête.

« Vous avez raison, et il me semble important de vous faire remarquer que votre cours comporte des erreurs, dit-elle en lui tendant les papiers qu’il prit sans même les regarder.

- Ah oui ? J’aimerai bien savoir lesquelles, dit-il alors qu’elle se rembrunissait quelque peu. C’est simple de déclarer des erreurs, beaucoup plus difficile de les expliquer n’est-ce pas ? »

Nikola lui tourne le dos, déposant les documents sur le bureau, puis il pivote vers Hélène s’appuyant en arrière, croisant les bras sur sa poitrine, l’observant en attendant la suite. Elle semblait gênée, troublée, et pourtant elle prit le parti de continuer quitte à se mener au suicide social.

« Vos explications sur les particules atomiques ne collent pas avec des détails. En particulier dans les formules que vous utilisez, commence-t-elle en se laissant emporter par ses explications. Elle saisit même une craie et écrivit quelques formules. Ces formules datent de l’époque où l’on considérait les atomes comme une seule particule, et non pas subdivisé en d’autres particules. Et le plus surprenant, rajoute-t-elle en se tournant vers lui. C’est qu’un professeur tel que vous n’ait pas au courant des nouvelles découvertes et ne les prennent pas en compte.

- Je vois, c’est très courageux de votre part, de me montrer mes erreurs. Enfin, si l’on peut voir ceci comme des erreurs… dit-il un sourire en coin sur les lèvres.

- Pardon ? dit-elle, surprise, puis elle sembla saisir ce qu’il sous-entendait. Est-ce que vous le feriez exprès ? Mais pourquoi ?

- N’est-ce pas évident ? C’est un test, dit-il, et devant la mine surprise d’Hélène, il explique. La plupart des élèves se croient tous plus intelligent que les autres, et se pavanent avec leur suffisance. Ils sont convaincus qu’en tant que professeur, nous savons tout, et qu’il suffit de nous écouter pour devenir un scientifique. Ils ne comprennent pas l’esprit critique d’un scientifique qui remet toujours tout en question, ses propres connaissances. C’est ce que vous avez fait, en réalisant vos propres recherches. Vous êtes bien plus méritantes que ces élèves dans mon cours, dit-il »

En entendant ce compliment surprenant, Natalya lève la tête et pose ses yeux sur Nikola – qui jusqu’ici n’avait pas lâché Hélène du regard. Nikola ne faisait de compliments à personne. Jamais, pas même à elle, ou à lui-même. Elle ramena ses yeux sur la jeune femme, tout juste âgé d’une vingtaine d’année, l’examinant de haut en bas, observant sa posture, ses expressions. La jalousie s’installe, plus puissante qu’elle ne l’avait jamais été.

« Ce n’est pas un peu radical comme méthode ? Ce sont des élèves, pas des scientifiques, dit Hélène, ayant perdu toute réserve.

- Tout dépend comment vous le voyez. Vous êtes bien une élève et vous avez réussi à découvrir ma supercherie, dit Nikola toujours avec ce sourire narquois sur les lèvres. Il serait temps que vous passiez au niveau supérieur, dit-il en s’approchant d’elle, réduisant la distance entre eux presque à sentir le souffle de l’autre sur son visage. Je peux vous donner des cours personnels. Vous avez un certain potentiel, il serait dommage de le gâcher en servant de simple assistante à un vieux professeur »

Hélène sembla surprise face à cette soudaine proposition, et particulièrement gêné par leur soudaine proximité et la séduction qu’il instaurait entre eux. Elle voulut parler mais quelqu’un ouvrit soudainement la porte. Les deux se tournèrent, Hélène reculant de quelques pas.

« Bon sang Miss Adams, que faites-vous ? Ce n’est pas bien compliqué de donner des documents si ? lâche le professeur Baker en entrant dans le bureau de Nikola. Et je ne crois pas que M. Anderson veuille écouter vos discussions sans intérêt, rajoute-t-il.

- Veuillez m’excuser Professeur, répondit Hélène poliment, mais ses poings se serraient violemment derrière les plis de sa robe.

- A dire vrai, nous menions une discussion fort intéressante, dit Nikola. Mais je suppose que vous ne pouvez vous passez bien longtemps d’une femme aussi charmante que Miss Adams, dit Nikola dans une sorte d’insulte à Baker et de compliment pour Hélène. Il se tourne vers cette dernière. Merci pour les documents, j’espère que nous nous verrons bientôt, lui dit-il en souriant »

Hélène fit se sourire intimider, gêner, et flatter lorsqu’un homme charmant fait un compliment, lâche un bonne journée professeur, puis tourne les talons et s’en va en suivant Baker. Nikola la suit du regard avec ce sourire en coin. Natalya la fusillait du regard jusqu’à ce que la porte se referme derrière eux.

« Me dit pas que tu aimes bien cette… Cette potiche, dit-elle jalouse.

- Tu es jalouse ? dit Nikola en se tournant vers elle, amusé. Il faudrait vraiment que tu arrêtes, Hélène est intrigante, lorsque je me serais lassé de l’analyser, c’est à peine si je la regarderais, tu le sais bien, répondit-il pour la rassurer »

Mais ça ne fonctionne pas. Elle se ferme à lui, et lève les yeux vers la porte repensant à Hélène. Nikola ne se comportait pas comme d’habitude avec cette femme. Il n’était jamais intrigué par les femmes, et s’en servait juste pour satisfaire ses envies. Nikola ne trouvait personne intrigant, il les trouvait juste utile en certaines occasions. Mais avec cette femme… Il se comportait différemment, et même ses sentiments étaient totalement nouveaux. Il ne s’en rendait pas compte, mais elle si. Nikola était sous le charme de cette enfant. Natalya ne pouvait pas laisser faire ça. Sûrement pas.

25 septembre 1914, Oxford

Nikola écrivit quelques molécules sur le tableau, puis baisse le regard sur ses notes. Cela faisait quelques mois qu’il planchait sur ce projet, des années même. Il voulait savoir comment son pouvoir fonctionnait. Etudier ses cellules étaient le meilleur moyen pour ça, mais tout ce qu’il voyait ne donnait rien. Ce n’était pas assez précis. Ce n’était pas les bonnes cellules. Forcément. Il était parti du postulat que prendre des cellules, et les endommagés suffirait pour voir leur réparation. Mais rien. Tout ceci commençait à l’agacer.

« Vous semblez obsédé par vos études sur les cellules, dit Hélène en entrant dans la pièce »

Il se retourne et la voit penché sur le microscope, à observer les cellules de sa peau. Il sourit légèrement en la voyant, et s’avance vers elle.

« Je suis obsédé par toutes mes expériences, c’est peut-être pour ça que je suis aussi doué, lui dit-il, ce qui déclencha un rire chez Hélène, qui se redressa pour le regarder.

- Professeur Anderson, vous semblez si convaincu de toujours avoir raison, c’est en total opposition avec la vision du scientifique que vous m’avez affirmé, dit-elle en souriant.

- Si je pensais toujours avoir raison, je ne ferais pas de recherches très chère. Et je vous ai déjà dit de m’appeler James. Après un an de travail ensemble, vous devriez pouvoir m’appeler ainsi Hélène, fit Nikola.

- Que cherchez-vous à trouver au juste à propos de ces cellules ? demande-t-elle en se penchant à nouveau sur le microscope, et éludant la demande de Nikola »

Nikola contourne le bureau, pour s’approcher d’Hélène qui réalisait une mise au point.

« Les cellules sont capables de se renouveler, je cherche à savoir comment est-ce possible.

- On le sait, grâce à la division cellulaire, dit Hélène en se redressant.

- Oui, quand les cellules sont saines. Mais lorsqu’elles sont détruites, qu’est-ce qui peut les réparer ? Il doit y avoir un mécanisme dans le corps pour cela, répondit Nikola en croisant les bras.

- Vous partez peut-être du mauvais postulat, fit Hélène en saisissant la craie qu’il tenait en main. Vous réfléchissez comme un ingénieur, mais pas comme un biologiste. Vous partez du postulat que ces cellules vont être réparées comme des pièces avec une machine, dit-elle en commençant à écrire. Mais si l’on pense comme un biologiste, les cellules ne sont pas remplacées, mais peut-être est-ce quelque chose qui les créée. Un mécanisme qui détruit les anciennes cellules trop endommagées et qui peuvent se diviser et se transformer en ces cellules, mais qui de base était d’autres cellules »

Nikola s’approche, observant son schéma. Hélène se retourne en souriant, et se retrouve nez à nez avec lui, très proche d’elle. Elle se fige tandis qu’il la regarde en souriant.

« Je ne suis peut-être pas le seul génie dans cette pièce, dit-il »

A ces mots, Natalya ébouriffa ses plumes, et poussa un cri en fusillant Nikola et Hélène du regard. Plus leur relation évoluait, et plus elle détestait cette femme.

« Il serait temps que vous pensiez à faire une thèse, et devenir Docteur. La biologie a l’air de vous intéressez particulièrement, alors partez sur l’un de ces sujets qui vous passionne. Après Marie Curie, une autre femme qui obtient un prix Nobel pour ses recherches, les gens commenceraient peut-être à changer »

Nikola sourit tandis que Hélène détournait les yeux, particulièrement gênée.

« Je devrais être habituée à vos fausses flatteries maintenant. Il serait temps que vous arrêtiez ce jeu non ?

- Hélène, vous me connaissez si mal. Je flatte les autres pour deux raisons. Pour obtenir quelque chose et – ce qui est très surprenant pour moi – parce que vous me plaisez vraiment, dit-il »

Elle se fige en plongeant son regard dans le sien. Elle commençait à le connaitre. A savoir qu’il était volage, et qu’il jouait avec les gens comme avec les calculs.

« Merci pour cet intérêt, mais je ne suis pas intéressée, dit Hélène essayant de paraître sur »

Elle le contourne et sort de la pièce. Nikola la suit du regard en souriant amusé. Il n’était pas aussi doué que son Daëmon pour ça, mais il voyait bien l’attirance d’Hélène pour lui. Quant à Natalya, elle ne la lâche pas du regard, ses serres s’enfonçant dans le bois de son perchoir. Pas intéressée ? Bien sûr, son comportement laissait entendre le contraire, qu’elle le remarque ou non. Nikola lui plaisait – il fallait dire qu’il était un bel homme – mais il y tombent sous le charme l’un de l’autre. Tombent amoureux comme ce que dise les autres. Ce sentiment absurde et stupide qui n’existe qu’entre elle et Nikola, parce qu’ils sont la moitié de l’âme l’un de l’autre. Et cette femme… Cette femme essayait de se mettre entre eux, et ça elle ne pouvait pas le supporter. Alors elle devait trouver un moyen de les séparer, définitivement. Avant la fin des dix ans qu’il comptait passer ici. Parce que ce serait sûrement trop tard.

21 Février 1916, Oxford.

Nikola s’appuie contre la porte, les bras croisés. Il pose les yeux sur elle, souriant légèrement. Elle était concentrée sur l’étude d’un livre. Elle avait fini par arrêter la physique, il y a une année, pour se concentrer sur la biologie – une matière dans laquelle elle était bien plus douée – malgré sa très grande compréhension. Il avait détesté cette idée de la voir partir dans une autre matière qu’il maitrisait moins, car cela signifiait moins la voir. Alors il s’y était mis lui aussi, pour comprendre, pour lui expliquer, pour l’aider. Simplement pour passer du temps avec elle. Hélène avait commencé sa thèse cette année. Avec l’appuie de Nikola, qui mettait désormais en jeu sa réputation, en appuyant une femme dans le rôle de Docteur. Mais il s’en fichait. Il connaissait les capacités d’Hélène. Elle n’était pas simplement intelligente. Elle était un génie. Il ne doutait pas du fait qu’elle puisse faire des découvertes surprenantes et révolutionnaire dans le rôle de la biologie.

Hélène remit une énième fois l’une de ses boucles brunes – qui s’était échappée de sa coiffure – derrière son oreille. Une mèche qui retombait à chaque fois. Elle regardait dans un microscope, étudiant des cultures cellulaires. Nikola s’approche d’elle. Il saisit la mèche gênante, et la replace dans la coupe de cheveux.

« Cela vous gênera moins, dit-il en souriant »

Hélène se redresse, et se tourne vers lui. Elle pose une main sur sa hanche, l’air vexé, mais le petit sourire en coin qu’elle laisse apparaitre lui démontre le contraire.

« James, vous devriez garder vos mains le long de votre corps de temps en temps, cela vous causerez moins de problème, lui dit-elle.

- Mais je ne me cause aucun problème, rétorque-t-il en souriant. Alors, vos recherches avances ? Vous devez me tenir au courant, je suis votre Maitre de Thèse, essayons de faire les choses dans les protocoles, dit Nikola »

Il se pencha en avant, observant à l’intérieur du microscope, alors qu’Hélène n’avait pas bougé. Leur corps se touchait, mais elle n’essayait pas de se soustraire à son contact.

« Depuis quand suivez-vous les protocoles ? Vous les détestez, et ne les suivez jamais, retorque-t-elle en se tournant et pose sa main sur son épaule.

- Si l’on respectait toujours les règles, le monde serait d’un ennui, répondit Nikola avec un léger sourire en coin »

Hélène laisse échapper un rire en secouant la tête. Elle finit par retirer la main de son épaule et contourner la table pour aller écrire quelques-unes de ses observations sur un carnet. Nikola lève la tête vers elle, l’observant discrètement.

Natalya en avait de plus en plus marre de cette situation, et elle faisait en sorte que tout se brise. Mais Hélène s’accrochait à Nikola, autant que Nikola s’accrochait à Hélène. Pour le moment, ses tentatives de dissuasions n’avaient rien donné. Hélène continuait. Alors Natalya décida de passer à un niveau supérieur. Nikola lui en voudrait pendant un moment, mais ce n’était pas si grave, cela lui passerait. La harpie concoctait déjà son plan. Aveuglée par sa jalousie, elle se fichait de ce que cela pourrait provoquer. Alors elle tape sur la machine à écrire :

    Monsieur le directeur,

    Je crains que malgré vos recherches longues et approfondis, vous n’ayez repéré le mensonge de l’un de vos professeurs. Plus je participe au cours de l’un de mes professeurs, plus j’ai l’impression qu’il est un charlatan. Il fait énormément de fautes dans ses cours, et laisse même une femme participée à ces derniers. Peut-être que ses diplômes sont réels, mais j’ai des doutes sur ses véritables capacités. Peut-être que sa jeunesse explique ses nombreuses erreurs.
    J’espère que vous prendrez ma lettre au sérieux, car je crains réellement que ce professeur puisse abaisser le niveau de cette prestigieuse école, et en ternir sa réputation.

    Veuillez agréer mes sincères salutations,
    John James.


Elle saisit la feuille avec son bec, et tire la feuille pour la libérer de la machine. Elle avait utilisé quelques méthodes de psychologie qu’elle connaissait bien. Flatté quelqu’un dans son ego pour qu’il soit attentif, puis le réduire à néant en le traitant d’idiot. Lui faire remarquer ses erreurs, puis lui rappeler ce qu’il risque de perdre s’il ne fait pas ce qu’il doit. Ainsi il agira. Et elle avait laissé assez d’indice pour faire comprendre que c’était Nikola le coupable. Il était l’un des professeurs le plus jeune de l’école, tous les autres ayant plus de la cinquantaine. Et le fait qu’elle se soit nommé James en nom de famille ferait penser immédiatement aux fameux professeur James Anderson, qui est nul autre que sa demie-âme. La harpie féroce s’envole à travers la fenêtre ouverte. C’était les heures de ménages en ce moment. La femme de ménage ouvrirait les fenêtres, et partirait un instant du bureau, comme toujours. Natalya en profita pour entrer par la fenêtre. Elle déposa la lettre sur le tas de paperasses qu’il avait à gérer, puis elle s’envola à nouveau, rejoignant le bureau de Nikola.

Mauvaise ? Non, ce n’était pas de la méchanceté. Elle désirait protéger Nikola. Elle désirait le garder pour elle. Elle n’avait aucune envie de le partager avec une autre. Et cela faisait déjà trop de temps que cela se passait ainsi. Déjà trois ans qu’elle était obligée de partager son âme-sœur avec une autre. Elle ne laisserait personne lui prendre Nikola. Personne. Qu’importe les conséquences. Qu’importe ce qu’elle devrait faire pour récupérer son Nikola. Elle ne laisserait personne les séparer, et entrer dans leur cercle intime. Cette femme n’avait rien à faire là.

29 Février 1916, Oxford.

Nikola observait Hélène. Elle était assise sur un banc avec un jeune homme du même âge qu’elle, qui passait une thèse de doctorat lui aussi. Il n’aimait pas beaucoup les voir ensemble. Ces deux-là s’étaient rapprochés en très peu de temps, et cela provoquait des sentiments étranges et nouveaux. Des sentiments qu’il connaissait à cause de Natalya. Ce genre de sentiment de jalousie mêlé à de l’inquiétude. Il s’inquiétait parce qu’il voyait l’intérêt que portait ce Killian à Hélène. Bien plus que de simple collègue thésard. Et il détestait ces sentiments. Il détestait cette façon qu’il avait de lui sourire, et dont elle lui répondait. Elle n’était pas insensible à son charme, et il détestait cela. Il s’avance pour aller parler à Hélène, pour interrompre leur conversation. Mais alors qu’il s’approchait, des hommes en uniforme lui coupèrent la route.

« James Anderson ? Suivez-nous sans résister,[/Color] dit l’un des policiers.

- Qu’est-ce que vous me voulez ? répondit Nikola sur la défensive.

[b]- James Anderson, nous vous arrêtons pour utilisation de faux papiers, et d’une fausse identité. Ainsi que la falsification de diplôme »


Il ne réagit pas tout de suite, son esprit trop occupé sur la façon dont ils pouvaient l’avoir découvert. Il réfléchit aussi au moyen de s’enfuir, et courir n’était pas la meilleure des idées, alors il se laisse faire. Les policiers passent derrière lui et lui mettent les menottes. Nikola garde son calme. Il lance un coup d’œil à Hélène. Elle s’était levée et regardait la scène. Il pouvait voir la surprise, la peur, et la profonde inquiétude dans son regard. Puis on l’emmena dans la voiture de police. Soudain, il sentit un sentiment étrange. Celui de la culpabilité. Mais ce sentiment ne venaient pas de lui. Il venait de Natalya. *Pourquoi tu te sens coupable ?* Sa demie-âme ne répond pas, mais les sentiments s’amplifièrent. *Natalya ! Réponds-moi Natalya ! Qu’est-ce que tu as fait ?!* s’exclame-t-il. Sa réaction, le fait qu’il hausse la voix fit trembler la Daëmon volant au-dessus de la voiture. *Réponds-moi ! Qu’est-ce que tu as fait ?!* Mais elle reste silencieuse, et ferme son esprit à Nikola. Il pouvait sentir sa culpabilité, mais il s’en moquait. Natalya avait fait quelque chose de grave, et elle le savait. Il finirait par découvrir quoi, s’il ne se faisait pas tuer avant.

*-*-*

Quelques heures au poste, les mains attachées à la table, il attendait. Il attendait depuis des heures. Natalya lui refusait toujours l’accès à son esprit, et il était dans l’incapacité de savoir ce qu’elle avait fait. S’il n’avait pas senti sa culpabilité, il aurait pu croire que ces idiots avaient eu un peu de chance en faisant quelques recherches, mais elle s’était sentie coupable. Cela voulait clairement dire pour lui qu’elle était responsable de toute cette histoire. Elle ne s’était pas rendue compte des conséquences que ça aurait ? En temps normal, il aurait pu s’en sortir avec quelques manipulations, et son ingéniosité. Mais ils étaient en temps de guerre. Si on ne l’accusait pas d’être un Allemand infiltré, il finirait tout de même par le déclarer comme un traitre à la nation et le ferait exécuter pour s’assurer qu’il ne dévoilerait rien à d’autres nations ennemies. Mais malgré la pression qu’il ressentait, Nikola restait calme. C’était le propre de son génie. Il n’avait pas un quotient émotionnel très développé, et le peu d’émotion qu’il ressentait, il les mettait dans des cases. Ne jamais se laisser emporter, ou contrôler par quoique ce soit. C’était en quelque sort son credo.

Enfin, un homme rentre. Un lieutenant apparemment. Nikola le suivit du regard, observant sa posture, son visage. Il semblait totalement fermé, et professionnel, mais il ne pouvait pas cacher l’hostilité qu’il avait à l’égard du récent prisonnier. Le policier s’assoit en face de lui, il pose papier et crayon, bien droit, tel un maniaque.

« Vous semblez très calme pour quelqu’un qu’on accuse d’usurpation d’identité, dit l’enquêteur.

- Je n’ai usurpé l’identité de personne, dit Nikola. Et pour répondre à vos prochaines questions, non je ne suis pas Allemand, et je n’ai aucun contact avec eux. »

Le seul Allemand avec qui il s’entendait bien, s’appelait Albert Einstein, et cela faisait un moment qu’il n’était plus en Allemagne.

« Ah oui ? Alors pourquoi avoir une fausse identité ? J’avoue qu’ils sont bien réalisés pour de faux papiers. Tout comme votre diplôme, qui vous les a fait ? »

Nikola sourit, et se penche en arrière, s’appuyant sur le dossier de sa chaise.

« Je transmettrais vos compliments. Le nom sur le diplôme est peut-être faux, mais pas le diplôme en soit, rétorque Nikola toujours aussi calme »

Les questions s’enchainèrent sans que Nikola ne laisse passer quoique ce soit. Le lieutenant finit par sortir, dissimulant tant bien que mal son agacement. Le génie ne dissimule pas son sourire, alors qu’il s’appuie sur la table. Ces hommes pensaient que le garder enfermer ici le ferait parler ? Mais face à quelqu’un comme lui, difficile de lui faire perdre son calme. Il ne montrait rien, et s’imaginait la suite de ses inventions, de ses calculs. S’évader, c’était quelque chose de si simple pour lui.

Il finit par être emmener en cellule. Il s’assoit sur la couchette, observant chaque chose. Comment allait-il pouvoir se sortir de là ? La meilleure façon, c’était sûrement de se faire tuer. Pendaison ou fusillé, il survivrait. Son corps serait emmené vers une tombe. Il guérirait et s’enfuirait. Mais s’il devait passer sa vie en prison, cela se compliquerait. Avec un peu de chance, il pourrait trouver un moyen de s’évader. Et les heures passaient, encore et encore, et il continuaient de réfléchir, son esprit concentré sur la façon de s’en sortir, une autre part sur le contact avec Natalya, et la dernière sur ses inventions. Il commençait à avoir faim, et soif. Une chance qu’il ne soit ni blessé, ni malade. On finit par lui emmener à manger, sans qu’on lui adresse un mot.

Il resta plusieurs jours dans cette cellule. Plusieurs jours et il put enfin discuter avec Natalya. Elle se pose devant la fenêtre de sa cellule.

« Nikola, tu vas bien ? lâche-t-elle avec une certaine hésitation, ce qui est loin d’être dans ses habitudes »

L’homme se lève et vient la regarder.

« Natalya… Qu’à tu fais cette fois ?

- J’ai écrit une lettre pour que le directeur se questionne sur ton identité, dit-elle en se redressant, essayant de faire la fière.

- Pourquoi ? dit-il sur un ton glacial, mais la harpie resta fière. Réponds-moi, pourquoi tu as fait ça ? A cause d’Hélène ? Il vit l’œil noir de la harpie trembler légèrement et il sut. Quoi ? C’est juste à cause d’elle ? Tu te rends compte de ce que l'on risque ou pas ?

- Tu survivras. Et c’était nécessaire. Cette femme est un poison. Tu me remercieras plus tard »

Nikola ouvrit la bouche pour répondre, de plus en plus énervé, mais la porte de la prison s’ouvre.

« A qui parlez-vous ? lâche un homme et Nikola se retourne. Ou alors est-ce le propre des fou ? »

Nikola se retourne, et ses yeux tombent sur un inconnu. Sa tenue, et son comportement changeait des policiers habituels. Ca n’en était pas un. Peut-être un militaire ?

« Plutôt le propre des génies, mais la plupart des gens confondent, rétorqua Nikola. Et qui êtes-vous ?

- C’est plutôt à moi de vous demander ça. Vous n’êtes pas James Anderson, mais personne ne sait qui vous êtes. Certains pensent à un espion Allemand, mais pourquoi Oxford ? Ce n’est pas logique. Qu’importe. Je suis ici pour vous interroger et vous faire parlez »

Nikola fit ce sourire amusé qu’il entretenait pour montrer une assurance sans faille.

8 mars 1916, Centre d’opération du MI6

Voilà une semaine que Nikola se trouve au MI6. On lui pose encore et encore les mêmes questions, et le passe plusieurs fois à tabac. Pourtant il n’a toujours rien dit. Ce serait jeter de l’huile sur le feu. Avouer qu’il était Nikola Kosanovic, un homme censé avoir soixante-ans, et actuellement aux Etats-Unis… Ce serait du suicide. Et son interrogateur entre à nouveau dans la pièce. Il s’assoit, sort une cigarette, et l’allume.

« Vous êtes d’une résistance à la douleur impressionnante, dit-il. Si je ne m’y connaissais pas, je dirais que vous êtes un soldat. Mais vous êtes le genre d’homme à détester les règles et les supérieurs n’est-ce pas ? Vous êtes aussi de ce genre à faire semblant de vous moquer de tout, et celui qui ne tient à personne n’est-ce pas ? Mais vous pouvez continuer à faire le malin, moi je sais, lâche l’homme en soufflant une cigarette.

- Et de quoi êtes-vous si persuadé ? rétorque Nikola toujours aussi calme.

- Que vous tenez réellement à quelqu’un, répondit l’agent, ce qui provoqua un léger tremblement de la mâchoire cher Nikola, qui finit par lâcher un rire et son sourire. Il reprit. Vous ne répondez pas ? Surprenant, vous qui semblez être amoureux de votre voix.

- C’est une fausse idée en réalité, les gens détestent entendre le son de leur propre voix, essayer de vous enregistrer et vous écouter par la suite, vous allez détester, rétorque Nikola. Non, je trouve juste surprenant que vous pensiez que je tienne à qui que ce soit. A part la science, je ne vois pas quoi d’autre.

- Ah bon ? Alors je suppose que si l’on fait arrêter cette… Il sort des documents et lit un prénom. Cette Hélène Adams et que l’on accuse de trahison, de conspiration avec un traitre, cela ne vous fera rien »

Nikola ne put s’empêcher de serrer les poings sous la table. Son regard bleu clair se fit plus tranchant. Il ne réussit pas à cacher sa colère face à cette menace sur Hélène. Et sa réaction provoqua un sourire triomphant sur le visage de l’agent, provoquant chez Nikola une forte envie de le cogner. L’agent pose ses coudes sur la table et se penche en avant.

« Vous voyez ça, c’est la première chose sincère que vous exprimez depuis que je vous connais, dit-il. Alors, que ferez-vous pour sauver cette femme ?

- Pourquoi voudrais-je éviter la prison à cette femme ? Ce n’est que l’une de mes élèves, lâche Nikola.

- Je suis sûr du contraire. Personne ne risque sa réputation, surtout pas un homme comme vous, même si cette réputation est fausse, pour qu’une femme obtienne un doctorat, dit l’agent, puis s’appuie sur sa chaise et prit une inspiration de sa cigarette et recrache la fumée. Vous voyez, la plupart des gens disent qu’ils seront prêt à sacrifier leur vie pour sauver leur conjoint, leurs enfants. Mais une fois fasse à ce danger mortel, la seule chose qu’ils font, c’est sauver leur peau. Finalement, rare sont les gens sont ceux qui sont prêt à se sacrifier. Mais vous… Je sais que ce n’est pas le cas. Vous seriez prêt à sacrifier beaucoup plus que votre vie pour cette femme. Je pense… il se penche en avant. Je pense que vous seriez prêt trahir votre patrie, et toutes vos convictions pour elle. Je pense que vous seriez même prêt à sacrifier ce qui compte le plus pour vous, ce qui fait de vous ce que vous êtes, et pour un homme comme vous, ce n’est pas votre vie, mais votre esprit. Cette chose qui fait que vous êtes si brillant. Sans lui vous n’êtes rien. Je me trompe ? »

Nikola ne réagit pas tout de suite, essayant de rester aussi stoïque que possible. Mais sa mâchoire s’était serrée par la colère.

« Voilà une autre réaction sincère, dit l’agent avec ce sourire si fier de lui.

- Hélène n’a rien à voir dans cette histoire. Vous ne pouvez pas l’accusé ainsi.

- Bien sûr que si. De plus, c’est très facile en temps de guerre.

- Qu’est-ce que vous voulez ? lâche Nikola les poings serrés.

- La vérité pour commencer. Nous verrons ce que nous ferons de vous plus tard.

- Nikola Kosanovic, lâche l’intéresser. Même si vous n’allez pas me croire, reprit-il.

- Vous êtes un daëmonien c’est ça ? J’en ai déjà entendu parler. Des sortes de montre de foire, avec des pouvoirs, ce qui explique votre longévité ? Nikola reste silencieux. Ne répondez pas, je connais la réponse. Vous n’êtes ni Allemand, ni un traitre, mais ce dont on vous accuse est grave. Alors… Je vous propose un marché. Nous avons besoin de soldat sur le front. Le genre qui sont prêt à mourir, que ce soit pour sa patrie ou pour une toute autre raison, dit-il en désignant le dossier d’Hélène. Soit vous vous portez volontaire, et toutes les charges retenues contre vous seront retirés, et vous pourrez même garder votre fausse identité. Soit… Eh bien, cette Hélène Adams sera accusée de traitrise et sera morte avant demain matin.

- Et après ? dit-il ce qui sembla surprendre l’agent alors que Nikola prenait une profonde inspiration pour se calmer, et éviter que ses yeux ne le fusillent encore plus du regard. Je suis sûr que vous ne me lâcherez pas comme ça, même avec vos promesses. Donc après ? Vous me forcerez à travailler pour vous et construire des armes, ce genre de choses je supposes ?

- C’est ça, ou vous mourrez maintenant, ainsi que cette femme. Si vous revenez de la guerre, dites-vous que vous ne vous en sortirez pas trop mal. Et elle survivra »

Nikola n’eut pas une seconde d’hésitation lorsqu’il répondit. Pour Hélène.

1 novembre 1916, la Somme en France. Les tranchées

La pluie tombe, rendant la visibilité quasiment nulle. L’air était froid, les soldats frigorifiés. Ils tentaient de se couvrir comme ils pouvaient. Pour le moment, les tires avaient cessé, leur laissant prendre un peu de repos. Les sentinelles veillaient dans les tourelles. Certains qui avaient encore assez de force, essayaient de transporter les cadavres. Ils s’enfonçaient dans la boue jusqu’aux chevilles, rendant le moindre déplacement compliqués. Chaque fois qu’ils fermaient les yeux, les rats les attaquaient. Et dès qu’ils avaient leur ration de nourriture, les rats se jetaient dessus. Les cris des hommes agonisants qu’on transférait dans une autre section des tranchées étaient insupportables. Les autres priaient. Certains profitaient de l’accalmie pour écrire à leur famille malgré la pluie. Et Nikola était là, en première ligne. Depuis quarante-trois jours. Quarante-trois foutus jours qu’il manquait de mourir à chaque fois. Et encore, ce n’était pas la première fois qu’il allait au front. A chaque fois, il restait une semaine ou deux en troisième ligne. Si peu de temps.

236 jours qu’il se trouvait au front.

Encore 129 jours, et cela ferait un an qu’il s’y trouvait. Un an à vivre dans des conditions insalubres, à souffrir le martyr à chaque fois qu’il tombait malade à cause des cadavres, des rats, de l’eau contaminée, et de la nourriture rassis. Et si ce n’était que ça. Il y avait les douleurs, à chaque fois qu’il se prenait une balle, ou un obus. Et il survivait toujours. Il en revenait à regretter son pouvoir qui le guérissait à chaque fois. La dernière fois, il avait marché sur une mine, ce qui lui avait presque arraché la jambe. Et un morceau d’obus c’était fiché dans sa poitrine. Il avait dû l’arracher lui-même de la poitrine, juste avant de ne perdre conscience à cause de la douleur qui ravageait chaque morceau de son être. Il s’était réveillé juste avant la fin de la bataille, au moment de se replier. Et pourtant, tout le monde le surnommait le Chanceux. Parce qu’il revenait toujours vivant des batailles, et que ses blessures n’étaient jamais bien grave. Evidemment qu’elles n’étaient pas grave. Il avait juste l’impression de mourir à chaque fois, mais mise à part ça, ce n’était pas grave. Les soldats se mettaient même à croire qu’il portait chance, et qu’ils avaient plus de chance de survivre au côté de Nikola. Ils étaient même persuadés que c’était l’oiseau qui le suivait qui était porteur de chance. Evidemment, Natalya était avec lui, toujours. Elle restait dans les tranchées à chaque fois, dans un abri que Nikola lui avait concocté. Contrairement à lui, elle ne pouvait pas survivre si elle se prenait un obus. Au départ, sa présence avait soulevé des questions, mais lorsqu’ils avaient vu qu’elle mangeait des rats – les sains – ils avaient laissé cette excentricité passer. Ça arrangeait tout le monde.

Et la grande Natalya. Elle était en colère. Pourquoi Nikola ne faisait rien pour s’en aller du front ? Maintenant qu’ils étaient partis d’Oxford, il n’avait qu’à simuler sa mort pour pouvoir s’enfuir. Combien de soldats avaient fait ça ? Un certain nombre. Puis elle avait compris. Il faisait ça pour la punir. Evidemment, après ce qu’elle avait osé faire, il se vengeait. Nikola trouvait toujours un moyen de faire ça. Ça avait toujours été comme ça entre eux. Un coup donné, un coup rendu. Et ils étaient des génies dans ce domaine. Elle l’avait forcé à quitter Oxford. A quitter Hélène. Alors maintenant il la forçait à se rabaisser. Elle était obligée de manger des rats. Ses plumes magnifiques, ses serres acérées son bec puissant. Tout son corps était recouvert de boue. Il osait la rabaisser Elle ! La reine des cieux à une pauvre charognière de bas étages. Comme ces maudits corbeaux qui volaient dans le ciel à chaque bataille, et se jetaient sur les corps dès qu’elle se terminait.

Natalya hurlait, mais cela semblait faire rire Nikola. Non mais sérieusement ? Est-ce qu’il était devenu fou ? Ou complètement abruti ? Les quelques balles enfoncées dans son crâne avaient peut-être endommagé son cerveau. Pourtant, elle pouvait le sentir les fois où il était trop fatigué pour lui dissimuler ses pensées. Il était épuisé, et horrifié par ce que pouvait faire les êtres Humains, Daëmoniens ou non. Il les détestait pour ce qu’ils faisaient. Il détestait cet endroit. Ces cadavres autour de lui, cette puanteur, les gaz moutarde censés le tuer, les bruits des explosions. Il haïssait chaque chose. Et il haïssait ce monde. Mais plus ces forces s’amenuisaient, moins il devenait capable de se battre. Sa volonté – aussi forte soit-elle – s’amenuisait au fil des jours. Il était sur le point de craquer, elle le sentait. Il avait besoin d’une permission, au moins d’un bon mois. En dehors de ce lieu violent et traumatisant, car personne ne pourrait sortir indemne d’ici. Mais ils savaient tous les deux qu’ils n’auraient pas de permission. Pas pour un traitre comme lui. De temps en temps ils pouvaient se reposer en troisième ligne quelques jours, mais ce n’était pas assez loin. Ils entendaient toujours les bombes exploser, et les hurlements des soldats blessés qui attendaient d’être transférés ailleurs. Et elle aussi était sur le point de craquer. Elle se fichait pas mal de ces hommes. Ils pouvaient tous mourir. Mais l’état dans lequel se trouvait Nikola… Et elle culpabilisait de ce qu’elle avait fait. Mais elle ne s’excusait pas. Jamais elle ne s’excuserait. Encore moins lorsqu’elle entendait certaines des pensées de Nikola. Il pensait à Elle. A Hélène. Il pensait à cette maudite femme même après tout ce temps. Alors ils restaient, tous deux trop têtu pour être le premier à céder.

Mais ce que Natalya refusait de croire, c’est qu’il restait pour une autre raison, parce que cela voulait dire qu’il ne pensait pas totalement à se venger. Nikola restait ici pour protéger Hélène. Il pouvait se faire passer pour mort, mais pas encore. Ce type du MI6, d’après Natalya, il préférait garder le secret sur leur identité réelle. Alors à part ce type, déjà bien vieux, personne ne devait savoir qui il était. Cet homme s’attendait à ce qu’il s’enfuie aussi vite que possible, pas qu’il attende aussi longtemps. Sa fausse mort n’en sera que plus crédible. Et même les supérieurs sur le front ignoraient qui il était. Ils savaient simplement qu’ils n’avaient pas de permission à lui accorder. Pourquoi ? C’était des abrutis de soldats. Tout ce qu’ils savaient faire c’était obéir aux ordres bien sagement. Natalya commençait à faire des observations sur la soumission à l’autorité. C’est dingue ce que les gens sont capables de faire lorsqu’ils peuvent se dédouaner par le fait qu’on leur ait donné des ordres. Et puis, Nikola n’était pas comme les autres hommes. S’il avait envie de craquer, c’est parce qu’il ne supportait plus cet endroit, ces abrutis qui l’entourait. Pas parce qu’il avait peur de mourir – ayant très peu de chance de se faire tuer à moins qu’une bombe lui tombe directement dessus et encore – ou de tuer. L’un ou l’autre lui importait peu. Il savait ce qu’il risquait, et ce qu’il faisait. Il assumait parfaitement les conséquences de ses actes. Tout ce qu’il désirait, c’était retourné à ses expériences. Pas participer à cette tuerie.

Mais pour Hélène, il restait.

9 novembre 1918, dans la Marne, France.


Qui a tiré le premier ? Personne ne sait. Les Allemands, ou les Alliés ? Tout ce que l’on sait, c’est que quelqu’un a tiré, et que ça a déclenché la bataille. Pourtant ils attendaient tous. Ils attendaient tous la fin de la Guerre. La signature de l’Armistice. L’arrêt de ces morts sans fin. Ils attendaient tous. Amis comme ennemis. Ils attendaient. Mais voilà, un coup de feu est parti. Puis un autre. Une sentinelle est morte. Et la bataille a commencé. Ils se sont tous jetés dans la bataille, poussé par leurs officiers, alors qu’aucun ne voulait y aller. Les obus ont plu. Les balles ont volé. Les morts augmentèrent. Nikola s’est jeté avec eux. Mais avec une toute autre idée. Il s’en fichait de cette bataille. Tout était déjà fini, alors à quoi bon continuer ?

609 jours qu’ils vivaient dans cet enfer, et c’était terminé. Ils n’avaient plus besoin de souffrir. Cela avait duré bien trop longtemps. Un obus explosa près de lui, mais il évita les éclats de justesse en se jetant au sol. Des acouphènes torturèrent son ouïe, l’empêchèrent de marcher droit. Mais il s‘en fiche. Le corps à côté de lui était calciné. Impossible à identifier. Nikola saisit les plaques autour du cou de l’homme et les arracha, puis il passa les siennes autour de celui-ci. Ensuite il lança les autres plaques. Voilà comment il allait échapper au chantage du gouvernement Britannique. En ce faisant passer pour mort. Dans cette guerre ce n’était pas difficile. Une autre bombe explose près de lui. Il fut projeté au loin, des éclats fichés dans la poitrine, et finit à moitié enterré sous terre Il perdit conscience à ce moment.

Nikola sent des coups sur son front. Il ouvre les yeux et tombe sur le bec de Natalya juste au-dessus de lui.

« Nikola, il faut partir maintenant, lui dit-elle »

La bataille était encore en cours, mais plus personne n’obéissait aux ordres. La confusion régnait, les soldats manquaient de percutées de justesse Natalya plusieurs fois. Nikola rassembla ses dernières forces sous les encouragements de sa demie-âme. Ils devaient profiter de la confusion pour s’enfuir. Maintenant. Il s’extirpe de terre, saisit son Daëmon dans ses bras pour la protéger des balles et se mit à courir. Courir hors du champ de bataille, de plus en plus loin. Chaque membre de son corps, chacune de ses cellules lui criaient d’arrêter, le faisaient souffrir le martyr. Mais il continuait de courir. C’était la fin de la Guerre, et il devait s’enfuir. Il partirait ailleurs. Loin, très loin d’ici. Ils l’oublieront, comme à chaque fois. Dans l’euphorie de la Guerre, tout le monde l’oublierait. Et puis, il était mort après tout. Personne ne le verrait. Ils fuyaient cet enfer. Et ils allaient survivre.

Hélène s’en sortirait. Il l’avait prévenu. Elle survivrait. Elle était intelligente. Et une battante. Elle s’en sortirait.

  
MessageVen 27 Avr - 0:53
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Nikola KosanovicNothing will be the same...

Histoire


11 septembre 1923, Oxford

Voilà cinq ans qu’il était déclaré mort à la guerre. Et en cinq ans, Nikola n’avait pas chômé. Il avait profité de sa liberté pour voyager dans le monde, et continuer ses explorations. Visite de l’Egypte, en étudiant les pyramides. Mais il fut vite lassé du désert et du sable. Il partit en Inde. Lui qui aimait le Sanskrit, il était temps qu’il découvre ce pays, bien que ce pays ne parle plus cette langue. Il y était resté plus de deux ans, découvrant us et coutume. Cela lui faisait du bien de s’éloigner des pays anciennement en guerre. Même s’il n’en montrait rien, il conservait un certain traumatisme de cette période. A tel point qu’il en faisait des cauchemars. Pour quelqu’un qui faisait des rêves lucides, faire des cauchemars c’était vraiment un comble. Natalya avait commencé une thérapie avec lui. Quand certains médecins l’auraient jeté dans un asile pour folie, délire paranoïaque et autres choses du genre puis lui auraient fait des électrochocs, Natalya était partie sur un autre concept : l’exposé à son traumatisme pour le forcer à se détacher de ce qui s’était passé. Une méthode violente, et radicale il fallait l’avouer, mais plutôt efficace sur quelqu’un comme Nikola. Elle avait d’ailleurs fait une autre découverte. Lorsqu’une personne utilise une fausse identité durant trop longtemps, elle devient paranoïaque, instable. C’est ce qui était arrivé à Nikola durant tout ce temps. Mais depuis la fin de la guerre, il utilisait son véritable prénom, ne dévoilant jamais son nom de famille. Après ses années en Inde, Nikola parti visiter plusieurs pays d’Afrique, dans les confins de ces régions.

Après tous ses voyages, le génie était de retour en Angleterre. Ce n’est pas qu’il affectionnait particulièrement ce pays, simplement que la femme qu’il aime vivait ici. Et en particulier ce jour très particulier pour elle. Après une longue bataille, Hélène venait enfin d’obtenir son doctorat. Nikola avait assisté à sa soutenance, puis à l’attente de la longue délibération du jury. Après tout, ils étaient vieux, usés, et persuadés que les femmes étaient plus utiles à la maison qu’autre part, et sûrement pas dans la science. Mais finalement, elle l’avait obtenu. Il savait à quel point cette thèse était importante pour Hélène, et il n’avait pu se résoudre à rester plus longtemps éloigné. Il l’aimait toujours autant, et l’éloignement n’avait pas diminué ses sentiments. Au contraire, avec le manque, il avait eu l’impression d’être déchiré, et ce n’est que maintenant qu’il s’en rendait compte parce que ce sentiment était nouveau pour lui. Jamais il n’avait ressenti ce manque, et l’identifié était jusqu’alors impossible. C’était d’ailleurs pour cela qu’il s’était dit qu’il la verrait seulement, pour assister à son moment de gloire, puis il repartirait dans ses voyages. Mais non. Dès qu’il avait posé les yeux sur elle, il s’était perdu à nouveau dans ses yeux, bien qu’elle ne puisse le voir. Et dès qu’il l’avait vu, il avait repoussé Natalya, alors que toutes ses années ils avaient réussi à s’entendre à nouveau. La harpie détestait de plus en plus cette femme. Mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle il restait. Il avait vu un homme tourner autour d’Hélène. Le même élève qu’il y a des années. Et Hélène était charmée, mais trop obsédée par ses études pour tomber dans ses bras. Mais maintenant qu’elle venait de terminer, elle était plus sensible à son charme, ce qu’il avait remarqué durant la soirée de gala.

Nikola entre par effraction dans la maison d’Hélène. Il regarde son intérieur : simple, bien ranger. C’était bien elle ça. Quoique, s’il allait dans son bureau, il trouverait une pile de dossier. Le bruit de fusil qu’on arme se fait entendre derrière lui, et la lumière s’allume.

« Ne bougez plus, fit la voix claire d’une femme qu’il reconnut immédiatement.

- Une femme avec un fusil, c’est plutôt rare, répond Nikola en se retournant lentement.

- C’est impossible, dit-elle le visage teinté par la surprise, ses mains tremblants légèrement. Mais elle se reprit rapidement. Vous êtes mort, et sûrement un traire. Alors qui êtes-vous ? »

Natalya s’envole de son perchoir derrière Hélène. Elle lui fonce dessus, saisit le canon du fusil, et s’envole avec. Elle le laisse tomber dans les mains de Nikola pour se poser sur son bras.

« Désolé, Natalya n’aime pas beaucoup qu’on pointe une arme sur moi, répondit Nikola en posant le fusil sur la table à côté de lui sans lâcher Hélène du regard.

- Vous êtes un daëmonien n’est-ce pas ? dit-elle après s’être remise de la surprise. Je m’en doutais. Mais pourquoi la fausse identité ? Sur quoi d’autre avez-vous menti ? Ou plutôt… Sur quelle chose n’avez-vous pas menti ? »

Ses yeux bleus lançaient des éclairs. Sa voix était glaciale, et emplie de colère tout juste retenu. Elle était en colère par son retour, mais pour le reste, il était incapable de comprendre ses sentiments. Incapable de comprendre qu’elle était en colère parce qu’il lui avait menti tout ce temps, et en colère de l’avoir pleuré pendant des jours.

« J’ai menti sur beaucoup de choses, c’est vrai. Mais pas l’attachement que je ressentais à votre égard Hélène, dit-il en s’approchant d’elle. Je vous dirais la vérité à partir de maintenant. Toute la vérité, même si vous aurez du mal à me croire. Il avance encore jusqu’à être près d’elle, mais elle recule. Je m’appelle Nikola Kosanovic, l’inventeur du courant alternatif, lui dit-il, et il put voir le choc passer sur le visage d’Hélène. Mais ce n’est pas le plus important. Hélène, je t’aime.

- Cessez de me mentir, ce n’est pas un jeu, et surtout pas l’amour, dit-elle en serrant les poings »

Nikola arrivait à sa hauteur, et elle était coincée contre le mur. Il lève la main, caressant sa joue.

« L’amour n’est pas un jeu… Mais j’ai gagné »

Il l’embrasse avec douceur, puis une certaine passion. Hélène résiste un instant, puis cède aux sentiments qu’elle ressent pour lui. Un homme incroyable, menteur, et charmant. Un homme impossible.

8 Mai 1926, Cambridge


Il va être père. Lui, Nikola Kosanovic va être père. Vous imaginez ? Pas lui. Il ne s’en est toujours pas remis, alors qu’Hélène le lui a annoncé depuis déjà deux semaines. Il n’a jamais imaginé avoir de famille. Il a toujours consacré sa vie à la science. Les quatorze doctorats honorifiques d’université du monde entier le prouvaient. Et voilà qu’Hélène venait le voir, et lui annonçait sa grossesse. De lui. Evidemment de lui. Elle n’était pas allée voir à droite à gauche, contrairement à lui durant ses voyages. Hélène était vraiment une femme différente pour supporter un homme aussi extravagant et fou que lui. Et la voilà enceinte. Et elle l’aimait déjà cette enfant. Il le voyait bien, à la façon dont elle passait la main sur son ventre rond d’un peu plus de trois mois, sans même s’en rendre compte la plupart du temps. Et elle avait ce doux sourire qu’il ne lui avait jamais vu. Elle était heureuse, et lui… Lui il n’avait aucune idée de ce qu’il ressentait. Un enfant ? Un enfant ? Il n’arrivait pas à se remettre de cette nouvelle. Et la présence de Natalya n’arrangeait rien. Elle était jalouse. Elle l’avait toujours été d’Hélène, mais depuis qu’elle était enceinte, sa jalousie n’avait fait qu’empirer. Nikola tentait de s’isoler des sentiments négatifs de son Daëmon, mais y arrivait à peine. Il n’arrivait pas à garder l’esprit assez clair pour cela.

Il n’était pas fait pour être père. Il le savait. Il courait dans tous les sens – que ce soit en voyage, ou avec les femmes. Hélène le savait, l’acceptait, et ne lui demandait pas d’assumer la paternité. Elle était prête à élever cet enfant seule. Et pourtant, c’était dur à cette époque pour une femme d’avoir un enfant hors-mariage, et en plus de l’élever seule. Elle était déjà stigmatisée à cause de son doctorat, alors avec un enfant… Non, il serait un mauvais père. Un très mauvais père. L’idée d’avoir un enfant le terrifiait. Pour quelqu’un qui avait connu les tranchées de la Guerre Mondiale, et qui n’avait pas eu peur, voilà qu’il était terrifié par un amas de cellule. Un simple fichu amas de cellule qui n’avait aucune pensée consciente. Un amas de cellule informe qui ne pouvait rien faire. Et lui il en avait peur. Le grand Nikola Kosanovic avait peur de cette chose.

Nikola se penche en avant, posant les coudes sur son bureau, passant la main dans ses cheveux.

Il n’était pas fait pour être père.

*-*-*

Hélène est assise dans le bureau de sa maison, un livre ouvert sur les genoux. Elle est habillée élégamment comme toujours. Il l’observe avec une certaine tendresse. Il était toujours aussi indécis sur ce qu’il allait faire. Mais la voir ainsi. Simplement voir la femme heureuse qu’elle avait l’air d’être, le rendait heureux. Plus qu’il ne l’avait été. Mais lorsque son regard descendait vers le ventre arrondi de son aimée, il ressentait l’angoisse. Et elle lève la tête vers lui. Elle lui sourit, et tend une main vers lui. Elle pouvait voir sur son visage l’angoisse qu’il ressentait, et elle tentait de le rassurer. Pas pour qu’il prenne une décision immédiate, mais pour l’aider à aller mieux. Il s’approche. Elle lui prend la main et la pose sur son ventre. Il attend quelques instants et soudain, il sent un mouvement. Ses paupières tremblent légèrement. Un étrange sentiment nait. La masse informe de cellule prend soudainement vie à ses yeux. Il lève les yeux vers le visage d’Hélène. Elle lui sourit. Elle a compris. Elle voit le nouvel éclat dans les yeux de Nikola.

15 Novembre 1930, Cambridge


Nikola a les bras passé autour de sa fille. Il l’aide à monter un système électrique simple avec quelques câbles, une batterie, et une lampe. En même temps, il lui explique le fonctionnement du mécanisme. Trop compliqué pour une fille de quatre ans ? Pas du tout. Amelia avait hérité du génie de ses parents. Et de la nature daëmonienne de son père. Le petit Feodor préférait jouer aux échecs avec Natalya. Une Natalya qui aimait les deux enfants. Oui, elle les aimait. Natalya, l’égoïste de service, la plus grande jalouse qu’on puisse voir, aimait d’autres personnes que Nikola. Elle les aimait, prenait soin d’eux, les surveillait, faisait attention – pas pour les blesser – mais pour les protéger. Et le Serbe les aimait tout autant, si ce n’est plus. Il ne s’était pas attendu à ça. A réussir à être un père. Enfin, il le supposait. Mais il doutait de ce qu’il faisait – et le doute n’était pas un sentiment habituel pour lui. Il ne voulait simplement pas répéter les erreurs que son propre père avait commise avec lui. Les deux n’avaient jamais réussi à établir de lien ensemble. Alors il passait autant de temps avec elle que possible – quitte à mettre de côté sa carrière pour elle. Pour quelqu’un d’aussi insensible que lui, ce qu’il ressentait pour ses enfants, c’était d’une puissance incroyable. Plus puissant encore que ce qu’il ressentait pour Hélène. Il était prêt à tout pour ses amours.

L’ampoule s’allume soudainement. Amelia la regarde avec l’étonnement et la surprise d’un enfant qui découvrait ce monde. Un large sourire illumine ses lèvres, et elle se met à rire. Nikola la regarde, avec ce regard protecteur, et ce sourire tendre qu’il ne réserve qu’à Feodor et Amelia. Sa petite Amy. Il pose sa main sur sa tête, et ébouriffe ses cheveux bruns aux mêmes boucles que sa mère. Il félicite son ange, et la prend dans ses bras.

« Nikola, Amy, Feodor, Natalya, où êtes-vous ?! s’exclame la voix d’Hélène en dehors de l’abris. Elle pousse la porte et entre, les mains sur les hanches. Nikola, que fais-tu encore avec notre fille ? Je suis sûr que tu n’as pas oublié notre rendez-vous chez le photographe, et tu entraines encore Amelia dans tes expériences, elle semblait en colère, mais Nikola pouvait voir le sourire en coin qu’elle retenait. Maintenant il serait temps de vous nettoyer, et vous changer.

- C’est toi qui a insisté pour se faire prendre en photo, ce n’est pas étonnant que nous n’ayons pas envie d’y aller »

Nikola avait les mains sur les hanches en regardant son aimée. La petite Amelia imite la posture de son père en hochant la tête, l’air grave, ce qui déclencha un rire chez la mère. L’ingénieur finit par prendre sa fille dans ses bras et l’emmener faire un brin de toilette et mettre des vêtements propres.  Ils partirent prendre ces photos. Des photos assez peu conventionnelles pour l’époque. Nikola ne se plaçait pas en père de famille supérieure, mais en égale d’Hélène. Ils prirent plusieurs photos tous les cinq, heureux comme jamais aucun d’eux ne l’avaient été.

Amelia et Feodor. Leurs Anges. Leur raison de vivre.

Ils étaient heureux oui.

31 octobre 1931, Cambridge


6 mois. Cela fait 6 mois que le diagnostic est tombé. Horrible diagnostique. Nikola lui tient la main, lui sourit, il caresse son visage, et repousse les boucles brunes humides qui encadrent son visage. Il dissimule son inquiétude derrière son sourire. Il ne veut pas qu’elle soit encore plus effrayée. Elle essayait de rester forte, de continuer de sourire, mais il voyait dans ses yeux bleus la peur. Il n’y avait plus rien à faire. Ils avaient pourtant tout fait. Des recherches. Dès que le diagnostique était tombé, ils s’étaient mis en quête d’un remède. Quelque chose qui pourrait améliorer ses chances de survie. Ils la sauveraient, quoiqu’il en coûte. Pendant des mois ils s’étaient convaincus de cela, se relayant à son chevet, tandis que l’autre travaillait. Jour et nuit. Ils ne fermaient quasiment pas l’œil, ni ne mangeaient. Mais rien. Ils ne trouvaient rien. Et maintenant s’était trop tard. Le médecin les avait prévenus. Elle ne survivrait pas longtemps. Alors ils ne bougeaient plus, ils restaient à son chevet. A leur chevet.

Amelia et Feodor.

Amelia, Feodor, et cette foutue Leucémie.

Les deux enfants luttaient contre elle, de toute leur force. Mais c’était trop tard. Les parents le savaient. Ils étaient effondrés. Ils suffoquaient à chaque instant. A chaque inspiration difficile de leur fille, ils suffoquaient, la boule d’angoisse dans leur gorge obstruant leur gorge. Ils suffoquaient, et mourraient un peu plus à chaque douloureuse inspiration de leur fille. Ils tiennent chacun une main d’Amelia. Natalya a posé sa tête contre celle du petit chaton qui se pressait contre sa demie-âme.

Nikola déteste ce qui se passe. Il déteste cette impuissance. Il ne peut rien faire. Il veut frapper tout ce qui l’entoure, hurler chaque fois qu’on lui parle. Trouver un maudit remède contre cette leucémie. Il veut faire quelque chose. N’importe quoi. Mais il ne peut rien faire. Rien du tout.

Nikola est impuissant.

Alors Nikola prit. Il prit même s’il ne croit pas en Dieu. Il ferait n’importe quoi pour la sauver, et si un quelconque dieu existe, alors qu’il prenne sa vie plutôt que celle de sa fille. Sa petite fille. Son Ange, son Amour. Si un foutu dieu contrôlait chacune de leur action, contrôlait leur destin, alors qu’il prenne la vie de Nikola en échange de celle de sa fille. Elle n’avait que cinq ans. Cinq petites années. Elle commençait tout juste à vivre. Alors qu’il n’était qu’un vieillard. Elle devait vivre.

Nikola prit.

Mais rien ne change. Chaque inspiration sifflante d’Amelia est un calvaire à voir, à entendre. Et il les regarde ces inspirations. Il regarde sa petite poitrine se soulever et s’abaisser à nouveau. Et il prit pour que sa poitrine se soulève encore une fois. Il prit pour que ce ne soit pas la dernière. Il serre la main de sa fille, retenant tant bien que mal ses propres tremblements. Il tient cette main pour essayer de mémoriser la chaleur de sa paume contre la sienne. Il plonge son regard dans le sien pour garder en mémoire la moindre nuance bleutée de ses yeux. Il lui sourit, il lui parle, et il lui ment. Il lui dit que tout va bien se passer, qu’elle va s’en sortir. Il veut pleurer, mais il ne le fait pas. Il sourit, et il ment. Il la rassure du mieux qu’il peut. Malgré sa peur. Il refuse même de cligner des paupières de peur qu’elle ne disparaisse durant ce simple instant où ses yeux se ferment.

Mais Amelia a peur aussi. Il peut le voir dans ses yeux. Son Ange aussi a peur de fermer les yeux. Elle est épuisée, mais elle refuse de fermer les yeux. Elle refuse de s’endormir, car elle craint de ne plus pouvoir les rouvrir. Elle lutte pour prendre chaque inspiration. Elle lutte pour écouter ses parents. Elle lutte pour parler. Elle lutte encore et encore. Les secondes s’étalent, deviennent des minutes. Trop longue et trop courte à la fois.

Les yeux bleus d’Amelia se pose sur lui.

« Papa…

- Je suis là mon Ange, dit-il en caressant les cheveux de son amour.

- Je suis fatiguée Papa, dit-elle, ses paupières tombant sur ses yeux alors qu’elle luttait pour les garder ouvert.

- Je sais mon Ange. Essaye de dormir un peu ma chérie. Ta maman et moi seront là lorsque tu te réveilleras. C’est promis, dit-il en souriant »

Une quinte de toux soulève le corps si mince de sa petite fille chérie. Il sent les muscles de son cou se contracter, mais se force à sourire tendrement à sa princesse. Hélène est à côté. Elle se penche et embrasse le front de leur fille tout en souriant pour la rassurer. Nikola fait la même chose.

« Je t’aime mon cœur. Essaye de dormir un peu maintenant, tu te sentiras mieux après »

Amelia sourit difficilement. Ses yeux se ferment, sa tête tombe sur le côté, sa poitrine s’abaisse. Et…

Plus rien.

Le cœur de Nikola s’arrête. En même temps que celui de sa fille. Il a les yeux figés, posé sur elle, sous le choc. Sa vision se réduit, il ne voit plus que sa fille. Un petit nuage de poussière s’élève devant eux. Il perd pied.

Son monde s’effondre. Il perd pied.

La voix d’Hélène lui parvient à peine. Il ne sent pas les larmes couler sur ses joues. Il ne sent plus rien. Il n’entend plus rien. Tout ce qu’il voit c’est le corps de sa fille, et les quelques grains de poussières qui flottent dans l’air – seul preuve de l'existence de Feodor. Une preuve qui disparut. Et il ne reste plus que sa fille. Son Ange, son amour, sa raison de vivre. Sa fille morte.

Son monde s’effondre. Plus rien n’a de sens.

3 Novembre 1931, Cambridge


Nikola est dans un bar. Il boit. Il boit jusqu’à se souler. Mais jamais il n’y arrive, son métabolisme fonctionne trop vite. Il s’en fiche. Il continue de boire. Il boit depuis trois jours. Il n’a pas fermé l’œil depuis ce jour. La mort d’Amelia. Depuis ce moment, il a complètement craqué. Incapable d’exprimer ses émotions, il s’est enfermé, et a tout abandonné. Natalya, Hélène. Il ne leur a pas adressé la parole depuis ce jour. Il n’a pas regardé Hélène dans les yeux. Il ne l’a pas revu depuis qu’ils ont emmené son corps pour le préparé aux obsèques. Il s’est enfui, comme un lâche. Il n’a même pas osé assister aux funérailles. Il déteste ce mot. Il hait devoir l’associer à sa fille. Il se hait d’avoir été aussi impuissant. Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas trouvé ce fichu remède à cette salope de maladie ? Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas été assez intelligent pour trouver ce foutu remède pour cette foutu maladie ? Pourquoi est-ce qu’il était un tel abruti ? Pourquoi ? Pourquoi ?

« POURQUOI ? hurle-t-il »

Nikola se lève brutalement, le tabouret tombe, la bouteille qu’il repousse tombe elle aussi, et se brise au sol. Tous les bruits lui sont assourdissants, sa vision est réduite, et les flashs. Les flashs de lumière de son enfance lui reviennent. Et suite aux flashs venaient les souvenirs. Les souvenirs parfaits qu’il conservait de sa fille. Sa fille morte. Ces derniers instants, ses dernières paroles, son odeur déformée par l’odeur âcre et détestable de l’hôpital, la chaleur de sa peau contre la sienne. Et pire que tout, le dernier souffle s’échappant de la bouche de son Trésor. Le corps se vidant de toute vie, se vidant de sa chaleur, de tout ce qui faisait sa fille. Et ce vide qu’elle avait créé était là. Il était là. Nikola est vide. Vide de tout. Il ne ressent plus rien. Juste la douleur, la mort, et le vide. Il ne ressent plus rien.

Quelqu’un s’approche, saisit le bras de Nikola. Des paroles sont prononcées, mais il ne les entend pas. Nikola se retourne, et donne un coup de poing à l’homme qui s’effondre. Et tout s’envenime. Les autres s’y mettent aussi, tentent de l’attraper. Mais il s’en fiche, Nikola veut se battre. Pour ressentir quelque chose, pour extérioriser sa douleur, il arrêterait peut-être de souffrir intérieurement. Il rendait coup pour coup, mais il était dépassé en nombre, et trop instable psychologiquement pour gagner. Il se faisait laminer, mais c’est ce qu’il attendait. Il n’attendait que ça, pour tout oublier. Pour oublier sa fille.

On le jette dehors. Il s’effondre dans une flaque d’eau, le visage couvert de sang, boursoufflé par les coups, et une côte cassée, ainsi qu’un poumon perforé. Natalya se pose à côté de lui, le regardant avec une certaine pitié. Elle aussi était triste, et désespérée, parce qu’elle tenait énormément à Amelia, mais elle ne pouvait pas céder. Nikola était déjà perdu, elle ne pouvait pas se perdre aussi.

« Nikola… Il faut que tu te reprennes.

- Ferme-là ! s’exclame Nikola. J’ai aucune envie de te parler, alors dégage ! »

Il lui lance quelques morceaux de pierres. Natalya se couvre avec son aile, puis s’envole et le laisse dans sa dépression, et sa solitude.

1931-1937

Après la mort de ses enfants, Nikola perdit totalement pied. Incapable de rester plus longtemps en Angleterre, et surtout, incapable de regarder Hélène dans les yeux, il s’exila en Russie. Pourquoi là-bas ? Pour changer complètement d’environnement. Il choisit de se couper de tout sentiment, et de son ancienne vie, ce qui mit fin à sa carrière d’inventeur durant cette période. Et ce changement drastique de vie, s’accompagna aussi d’une nouvelle carrière. Il s’engagea dans la Bratva, la mafia Russe, en se faisant repérer grâce aux faux-papiers de bonne facture qu’il créait, mais aussi des différents problèmes qu’il s’attira. Un de leur homme de main s’intéressa particulièrement à lui, intrigué par le comportement presque suicidaire et dénué de sentiments de Nikola. Cet homme était un ancien agent du KGB, reconvertit depuis. Il entraina l’inventeur pour qu’il ne soit plus qu’un simple receleur, mais un tueur au service de la mafia, voir un haut-gradé après plusieurs années. Ce fut à ce moment que Nikola apprit à résister à la torture – physique comme mentale – ainsi que des compétences d’assassin. Le tir fut pour lui une source de distraction parfaite, alliant ses compétences de calculs, travail de précision, et entrainement. Etre un agent de la Bratva combla sa recherche d’adrénaline, de violence, et d’oubli de ses sentiments.

Pendant des années, Nikola n’affronta pas ses émotions. Jusqu’au jour où il revit Hélène. Elle était là pour le ramener à la raison, détestant le voir dans cette situation. La voir fut un choc, mais elle réussit à le ramener à la raison, et l’emmener dans un endroit plus stable et sain pour lui. Cela prit un certain temps avant qu’il n’arrive plus ou moins à accepter tout ceci.


11 Octobre 1938, Smiljan

Nikola se tient dans l’ombre d’un pilier de la petite église de Smiljan. C’était à première fois qu’il revenait ici. Depuis la dispute avec sa sœur à vrai dire il y a sept ans. Et il était ici pour une bonne raison. La pire des raisons. Depuis qu’il était entré ici, il n’avait pas lâché le cercueil du regard. Cercueil encore ouvert. Un cercueil où il ne pouvait pas voir le corps de sa sœur. Marica… C’était la dernière-née de toute leur famille, et c’était également la dernière encore en vie de ses sœurs. Une vie qu’elle venait de perdre. Et il n’avait rien pu faire pour l’en empêcher. Il n’avait pas pu être là. Tout cela n’aurait pas dû se passer ainsi. Il n’aurait pas dû enterrer la petite Marica. Non. C’était lui dans l’ordre de naissance qui aurait dû mourir avant elle. Il avait quatre-vingt-deux ans, et elle quatre-vingt. Elle avait eu une belle vie, mais c’était à lui de l’enterrer, et il détestait ça. Il avait déjà enterré son frère lorsqu’il avait sept ans, et il s’en souvenait parfaitement à cause de la façon dont fonctionnait son cerveau. Ensuite ses parents, puis ses grandes sœurs, et enfin Marica. Il culpabilisait. Oui il culpabilisait, parce qu’il n’avait pas été auprès de sa petite sœur et sa longue agonie suite à sa maladie. Il était trop occupé à voyager. C’est ce qu’elle lui avait reproché à l’époque, c’est ce qui les avait séparés pour de bon. Et il souffrait de sa mort, de son idiotie. Marica était restée en colère contre lui jusqu’à sa mort. Et il se détestait pour ça. Pourquoi est-ce qu’il n’avait pas été plus présent pour sa famille ? Trop obsédé par ses expériences, par ses recherches. Et tous les souvenirs de sa sœur lui revenaient en mémoire. Toutes ses fois où ils se disputaient, se réconciliaient, jouaient ensembles, riaient ensembles. Toutes ses fois où, malgré les disputes, il avait joué son rôle de grand-frère, de protecteur. Il n’était pas d’un naturel à se battre, mais pour elle, il se battait à chaque fois. Combien d’idiots tournant autour de sa sœur avaient-ils chassé pour l’empêcher d’avoir le cœur brisé ? Combien de fois elle lui en avait voulu pour ça, et combien de fois elle avait pleuré sur son épaule lorsque dans son entêtement, elle finissait avec le cœur brisé ?

Et tous ses souvenirs remontaient violemment, aussi clair que s’ils venaient de se dérouler il y a peu. Les images parfaites, les sentiments ressentis, tout revenait. Chaque instant devenait douloureux, même les instants le plus joyeux – comme tous les autres souvenirs liés au reste de sa famille. C’est dans ces moments qu’il regrettait cet esprit brillant qu’il était. Cette mémoire sans faille qu’il possédait. Parce que les gens normaux, eux, ils oubliaient. Les souvenirs devenaient flous, les sentiments s’estompaient. Tout disparaissait dans un flou général, devenait moins puissant, moins violent. Le temps guérit toutes les blessures. Un proverbe vrai pour les autres, mais pas pour lui. Non, pas pour lui… Parce que lui était incapable d’oublier quoique ce soit. Et toute cette douleur s’accumulait, sans jamais s’évacuer. Jamais. Alors Nikola fait ce choix. Le choix de compartimenté ses émotions. De les mettre dans des boites et de les ranger bien gentiment pour ne plus s’en occuper. Parce que c’était plus facile comme ça. Et le voilà, devenu une de ces machines qu’il aimait tant. Une machine au cœur d’acier, incapable de ressentir des émotions, le regard posé sur ce cercueil. Ce foutu cercueil.

Les voix chantant des prières de la cérémonie résonnaient dans l’église, rebondissaient sur les murs, enflaient de secondes en secondes. Nikola, bras croisé sur la poitrine, referme ses doigts sur le tissu de sa veste sombre. Qu’ils se taisent. Tous ! Ça ne se résumait à rien. Ça ne voulait rien dire. Toutes ses choses, comme si elle pouvait les entendre encore. Il voulait crier, frapper chacun d’eux pour qu’ils se réveillent. Chanter n’aiderait aucun d’entre eux à aller mieux. Prier non plus. Personne ne répond aux prières, ils devraient le savoir. Ils sont seuls à devoir gérer leur problème et les résoudre, alors que toute cette mise en scène stupide et ridicule cesse. Oui, que tout ceci cesse. Ses yeux bleus brillaient d’agacement, ses doigts se serraient jusqu’à ce que ses phalanges deviennent blanches. Il peinait à respirer, son regard ne lâche pas le cercueil depuis le début. Et pourtant il reste. Il ne bouge pas. Parce qu’il veut la voir. Une dernière fois.

La cérémonie se termine, le monde se lève, se penche au-dessus du cercueil pour prononcer quelques mots, puis vont voir la famille. Les enfants de sa sœur. Ses nièces et neveux. Et lui il attend. Il ne bouge pas. Personne ne l’a remarqué. Personne ne le connait, pas même les enfants de sa sœur. Nikola ne voit personne sortir de l’église, son regard n’a toujours pas lâché le cercueil. Il attend. Encore. Tout le monde est sorti. Enfin. Les croquemorts ne tarderont pas à fermer le cercueil et emmener la dépouille au cimetière. Pourtant il prend son temps. Il arrive à faire un pas, puis deux. Il se retrouve devant le cercueil. Ses yeux se baisse, et il la voit. Son visage fripé par son âge avancé, mais elle reste belle. Il se rappelait son sourire, et sa joie de vivre. Elle l’avait toujours été, avait toujours su mettre du baume sur son cœur dans des phases difficiles de sa vie. Un bruissement d’aile se fait entendre. Natalya, resté percher dans l’ombre tout ce temps, se pose sur l’hôtel face à lui. Ses yeux sombres le regardent, mais elle ne dit rien. Nikola s’était coupé totalement d’elle depuis qu’il avait appris la mort de sa sœur, et plus particulièrement depuis qu’il était entré dans cette église. Il n’avait pas dit un mot, et son comportement l’inquiétait de plus en plus. Elle aussi était triste, parce que même si elle avait toujours été jalouse de Marica, elle l’aimait quand même. Comme toute la famille Kosanovic. Mais ils n’étaient plus. Ils étaient tous mort.

Nikola ne dit rien. Pas un mot. Il pose une main sur la joue de Marica. Il se penche en avant, et pose ses lèvres sur le front de sa petite sœur. Sa très chère sœur. Il se redresse et recule. Les croquemorts arrivent et ferme le cercueil. Il regarde pour la dernière fois le visage de sa sœur. Il sent ses émotions devenir plus forte, sur le point de déborder, mais il reste aussi stoïque. Ils emmènent sa sœur en dehors de l’église, et la procession jusqu’au cimetière commence. Nikola la suit au dernier rang. Ils entrent. Toutes ses tombes alignées le débecque. C’est ridicule toute cette cérémonie. Pourtant il suit. Natalya plane au-dessus d’eux, et se pose dans un arbre, observant la scène. Elle aussi compartimentait. Elle aussi était plus affectée qu’elle ne le laissait paraître. Et elle aussi ne dirait jamais à quel point elle était anéantie par cette mort.

Quelques mots sont prononcés, mais tout passe très vite. Le cercueil descend dans ce trou. Les gens partent, mais pas lui. Nikola reste. Il ne veut pas partir. Ils se retrouvent seul. Enfin presque. Quelqu’un approche, mais c’est à peine s’il le remarque. Il s’en fiche.

« C’est vous n’est-ce pas ? Nikola ne bouge pas. Mon oncle ? »

Il lève enfin la tête pour poser les yeux sur le garçon qui lui parle. Un garçon qui semble plus vieux que lui, la cinquantaine. Dragiša, le fils le plus âgé de Marica. Il avait les yeux gonflés, mais il restait droit et fier. Quand était-ce la dernière fois qu’ils s’étaient vu déjà ? Pas à la mort d’Angelina. Peut-être lorsqu’il avait quinze ans. Il y a des années.

« Vous n’avez pas changé depuis tout ce temps… murmure-t-il, mi surpris, mi choqué. M-Mère nous en avait parlé, mais…

[color:0578= #000099]- Je sais, difficile à croire, répondit Nikola d’une voix neutre, alors que celle de  Dragiša peinait à ne pas trembler.

- Je… Oui… Enfin… Je… bafouille-t-il, et puis il cherche à l’intérieur de sa veste et sort une lettre. Il la regarde. Mère voulait que je vous donne ceci, commence-t-il, sans lâcher le papier du regard, puis il finit par la tendre à son oncle. Vous savez, elle disait toujours qu’elle s’en voulait beaucoup… D’avoir rompu tout contact avec vous… Il semble hésité, avant de continuer. A vrai dire… Elle a essayé de vous appeler, mais vous étiez injoignable »

A ces derniers mots, Nikola sentit sa mâchoire se contracter, et la boite de sa colère et sa culpabilité se fissurer. Il n’en voulait pas à sa sœur d’être morte, ou de l’avoir repoussé. Non, il s’en voulait à lui. A lui d’avoir été aussi idiot. Il s’en voulait tant. Et il était si en colère contre lui-même.

Nikola prit la lettre sans dire un mot, contenant à grand peine ses émotions. Il ne devait pas craquer. Les émotions n’étaient pas utiles. Il devait les enterrer, comme tout le reste. Dragiša observa encore son oncle, puis commença à tourner les talons. Il se stoppa et jeta un regard par-dessus son épaule, alors que Nikola regardait la lettre.

« Puis-je vous demandez, ce qu’elle vous dit ? questionne-t-il. Et Nikola répondit simplement en écartant sa veste et en rangeant la lettre dans sa poche intérieure, contre son cœur. Je comprends, cela n’appartient qu’à vous… rajoute le garçon puis fait un pas.

[color:0578= #000099]- Est-ce qu’elle était heureuse… A la fin ? finit par demander Nikola les yeux sur la tombe de sa sœur.

- Oui, très heureuse, répondit le fils »

Nikola se retrouve seul avec les croquemorts. Ils saisissent les pelles et jettent la terre sur le cercueil. Le bruit sourd résonne durement aux oreilles de l’endeuillé. Le moindre bruissement de feuilles, le moindre coup de pelle, le moindre choc lui semble violent et assourdissant. Il veut partir, mais il en est incapable. Il veut hurler, crier, pleurer, mais il en est incapable. Il veut s’effondrer, mais ça aussi, il en est incapable. Il veut ressentir des émotions, mais c’est comme s’il était vide, complètement vide. Une machine qui dysfonctionne, incapable de gérer toutes ses informations. Une machine qui se bloque et s’arrête totalement de fonctionner, en attendant que quelqu’un la répare. Mais personne ne viendra. Parce qu’il est seul, et la présence de sa moitié d’âme ne suffit pas à le sauver de la noyade. Ses yeux passent tour à tour sur les noms autour de lui. Le nom de chacun des membres de sa famille : Danijol, son frère, Milka, Angelina, ses sœurs, Đuka, sa mère, Milutin, son père, et enfin Marica. Ils étaient tous là. Et lui était seul.

La pluie commence à tomber, ruisselant sur son crâne, plaquant ses mèches sombres sur son front, trempant son costume. Il ne bouge toujours pas. Natalya non plus. Les croquemorts terminent leur travail, et s’en vont. Lui il reste. Il attend. Quoi ? Tout et rien. Il veut partir, il le doit. Sa sœur aurait détesté l’idée qu’il soit là pour son enterrement. Il n’était que son monstre de frère après tout.

Et il se noie. Dans cette culpabilité et cette colère qui le rongent. Il suffoque …

La pluie s’arrête de tomber sur lui, mais continue autour, comme si quelqu’un avait dressé un dôme au-dessus de lui. Il sent un doux parfum qui vient jusqu’à lui. Un parfum qu’il connait si bien. Une main se glisse dans la sienne, et la serre doucement, tendrement. Il réagit en retour, entremêlant ses doigts au sien. Hélène… C’était Hélène.

20 Janvier 1939, Harvard

Cela fait trois mois que Marica est morte. Nikola est retourné à Harvard. Il a repris ses recherches, sous un faux nom. Ou plutôt, il se plonge dans les recherches, et s’y noie. C’est l’une des rares choses pour laquelle il arrive à penser clairement. La seule chose qu’il a envie de faire à vrai dire. Il ne cesse de faire ses recherches, parce que c’est la seule chose qu’il peut encore faire. La seule foutue chose qui lui semble avoir le moindre intérêt. Il a perdu le goût à tout, même du vin – bien qu’il ne cesse de boire – ainsi que des femmes. Parfois il voyait Hélène, mais il la repoussait. Il ne voulait pas la voir, ni elle, ni personne. Même Natalya, il lui parlait à peine. Il continuait de faire ses calculs, ses schémas. Réfléchir, encore et encore. Réfléchir pour ne pas penser à autre chose. Pour ne pas sombrer. Il ne veut pas penser à la douleur. Il a trop souffert – soufre encore de la mort de celle-ci, qui lui rappelait la douleur encore vive de la mort de sa fille. Mais il refusait de laisser ses émotions prendre le dessus, et préférait agir comme une machine. Ce comportement commençait sérieusement à agacer Natalya. En tant que comportementaliste, elle sait reconnaître un comportement autodestructeur. Il ne s’était jamais remis de la mort de sa fille, et voilà que sa petite sœur mourrait elle aussi. Sa sœur qui l’avait toujours compris et encouragé malgré leur désaccord. Il n’en pouvait plus de ces pertes. Ses parents, ses sœurs, et sa fille. Bientôt il perdrait tout le reste, et cette idée lui était insupportable.

« Bon sang Nikola ! Reprends-toi ! s’exclame-t-elle du haut de son perchoir. Et lis cette fichue lettre que t’as laissé Marica. Tu en meurs d’envie.

- Cesse de me donner des leçons, dit-il.

- Je suppose que tu vas dire une chose comme : Je vais bien. Tu mens, et tu le sais, alors reprends-toi pour une fois ! rajoute-t-elle. Je te signale que c’est la cinquième fois que tu refais ce calcul, et même moi j’ai fini par le résoudre, dit-elle en battant des ailes de plus en plus agacée. Tu es dans un état catatonique, on dirait un mollusque. Encore un peu, et tu seras au même niveau que tous les autres êtres humains stupides ! »

Nikola se retourne et lance la craie en direction de la harpie, qui l’esquive en s’envolant. Elle lui lance un regard noir, puis s’envole par la fenêtre ouverte.

L’immortel se laisse tomber sur le fauteuil de son bureau, le coude posé sur l’accoudoir, ses doigts pinçant l’arrêt de son nez. Il laisse échapper un soupir. Il sentit la colère, la culpabilité chercher à refaire surface. Il chercha à l’enfouir un peu plus. A ranger cette boite qui ne cessait de vouloir sortir.

« Elle n’a pas tort tu sais, dit la voix d’Hélène sur le pas de la porte »

Il lève les yeux vers elle, tandis qu’elle rentre, refermant la porte derrière elle. Elle marche jusqu’à Nikola, s’asseyant à côté de lui. Il ne la lâche pas du regard. Le simple fait de l’entendre fit se relâcher ses épaules, et se sentir un peu mieux. Juste un peu. Assez pour avoir l’impression qu’un poids léger ce détachait de ses épaules. Mais en l’entendant, il finit par se lever, agacé. Il n’avait pas besoin qu’elle le juge.

La femme qu’il aime s’assoit à sa place, et se penche. Elle ouvre un des tiroirs de son bureau, et sort la lettre, la posant sur le bureau face à lui. Nikola pose les yeux sur elle. Il appuie ses mains sur le bois, se penchant vers elle. Il la regarde dans les yeux, appuyant chacun de ces mots dans la phrase qu’il prononça.

« Je n’ai aucune envie de lire les reproches de ma sœur, dit-il.

- Qui te dis que ce sont des reproches Nikola ? Dit-elle doucement, compréhensive. Elle pose la main sur sa joue, l’observant avec cette douceur et cet amour dont elle seule était capable à son égard. Je sais que tu as peur de ce que ta sœur a pu t’écrire. Mais ce sont ces derniers mots. J’aurais donné beaucoup pour pouvoir recevoir les derniers mots de mon frère »

Son frère mort au combat sur les frontières françaises. Il étira un rictus sarcastique étira ses lèvres.

« Ce n’est pas vraiment la même situation, dit-il.

- Peut-être, mais tu te torture toujours à cause de ça. Peut-être que cette lettre t’aidera, dit Hélène en posant ses lèvres sur celle de Nikola »

Elle retire sa main, se lève, contourne le bureau et s’en va, le laissant seul. Il regarde la lettre scellée. Après tout, ce n’était qu’un bout de papier, ça ne le ferait pas plus souffrir qu’autre chose. Il s’assoit sur la chaise. Il tend la main, et retire le sceau de cire, puis il sort la lettre, et parcours le texte du regard, reconnaissant l’écriture de sa sœur, légèrement tremblante à cause de la maladie.



    Mon cher Nikola,Le cours de ma vie ne m’a jamais semblé si long mais je crains désormais que ma fin ne soit proche. La maladie progresse malgré ma lutte constante. Je suis épuisée, et je t’écris cette lettre avec les forces qui me restent. J’espère sincèrement que jamais tu ne la liras, car cela signifie que nous ne nous sommes jamais revus. Alors je vais te dire, ce que je n’ai jamais pu te dire. Je regretterai toujours de ne jamais avoir pu te revoir. Je regretterai toujours cette dispute entre nous. Et pire que tout, je regretterai toujours t’avoir dit toutes ses choses. Tu n’es pas un monstre mon frère, et ce n’est pas de ta faute. Je sais que tu vas culpabiliser d’être encore en vie alors que nous sommes tous partis, et que tu seras en colère. J’en suis sûr parce que je te connais. Mais s’il te plait, ne te sens pas coupable trop longtemps. Tu n’y es pour rien. Tu n’as pas choisi ta nature, ni le pouvoir qu’y t’a été accordé. C’est une décision de Dieu, et je suis sûr qu’il te réserve un grand destin. A chaque fois que je vois l’électricité, je pense à toi, car je sais que c’est grâce à toi, et cela me fait sourire. Je sais que tu es destiné à des choses encore plus grandes. Tu sauveras le monde plus d’une fois, même si les autres ne seront pas au courant. Moi je le saurais du paradis, et je continuerai de te soutenir, pour toujours. Mère a toujours dit que tu étais un Ange tombé du ciel. Moi aussi j’en suis persuadée, même si je fus longtemps en colère contre toi. Tu survivras à bien des personnes, mais je t’en prie, écoute ta sœur pour une fois, ne te renferme pas sur toi. Reste ouvert au monde, et n’ai pas peur d’être blessé par la vie, car tu auras autant de joie en retour.N’oublie jamais mon frère. Je t’aime, et je t’aimerai toujours.Que Dieu te protège, mon cher frère. Mon Ange solitaire.



Sa main tremble. Il laisse tomber le papier sur le bureau, bascule son dos sur le dossier, et pose ses mains sur son visage en soupirant. Il ne savait plus quoi penser, et se sentait encore plus coupable d’avoir laissé sa sœur mourir sans lui. Elle avait essayé de le recontacter. Et il n’avait rien vu. Trop occupé par le fait de partir explorer les ruines mayas.

Il était perdu… Complètement.

19 octobre 1940, Londres, Cabinet de Guerre :

« Ecoutez Churchill, il faut que vous m’envoyez en France ! s’exclame Nikola pour couvrir le bruit d’une bombe, et le tremblement qui s’en suivit »

Ils étaient à l’abris dans le bunker secret sous Londres. Le quartier général de Winston Churchill n’avait rien à craindre des Allemands et leur fichu bombardier qui ne cessait de faire des raides nocturnes depuis leur première attaque du 7 septembre. Et Nikola s’était retrouvé embarqué dans cette galère. Et malgré sa fausse identité, Churchill avait rapidement compris qui il était. Un homme très intelligent malgré ce que l’on pouvait dire de lui.

Le premier ministre se retourne, retirant le cigare de sa bouche et souffle la fumée sur Nikola.

« Ecoutez mon vieux, je n’ai aucune idée de comment vous pouvez être encore en vie et paraitre aussi jeune, et j’en ai rien à faire. Tout ce qui compte c’est que vous pouvez nous construire des armes avec deux bouts de ferrailles, et trouver un moyen de décoder se fichu code Allemand et leur machine Enigma. Et si la machine que vous construisez fonctionne, alors nous pourrons envoyer des messages. Vous êtes bien trop important pour partir je ne sais où ! s’exclame Churchill, toujours aussi véhément. Et sérieusement, qu’est-ce que vous allez foutre en France sous occupation Allemande ? Vous voulez mourir peut-être ? »

Churchill n’attendit pas la réponse de Nikola pour tourner les talons et entrer dans le cabinet où tout se passait. Nikola sert les dents alors que Natalya se pose sur son bras qu'il avait levé. *Comment est-ce que cette femme a fait pour te convaincre de rester ici te battre ? La première guerre mondiale dans les tranchées ne t’a pas suffi peut-être ? Partons d’ici, et allons ailleurs pour continuer nos études* lui dit-elle via leur lien. *Cesse d’être jalouse d’Hélène. Je dois aller en France. Elle y est* *Elle a fait ce choix. Elle s’est jetée sur l’idée d’aller sauver la France dès qu’elle a appris l’Occupation. C’est son choix et elle n’est pas obligée de nous mêler à ça ! Cesse d’essayer de l’impressionner* *Arrête ça, nous n’avons rien à craindre en allant là-bas. Et je refuse de la perdre* Nikola mit fin à la conversation en abaissant brutalement le bras et en tournant les talons, et en rentrant dans son bureau. Il rassembla ses papiers. De toute manière, il n’avait jamais été un bon soldat obéissant. Mais il était très doué pour tirer et piloter un avion. Il laisse ses notes. Peut-être que l’un de ces idiots pourra comprendre le projet sur lequel il bossait. Bien plus performant que la machine Enigma que les Alliés utilisaient. Tout ce qui tournait dans sa tête, c’était l’appel d’Hélène. Son appel au secours, et le danger qui la menaçait. Hélène n’appelait jamais au secours. Elle se débrouillait toujours seule. Cette fois c’était grave.

Sortir du bunker durant un raid aérien n’était pas si compliqué. Et il ne laisserait pas Churchill lui dicter sa conduite. Il allait en France pour sauver Hélène, qu’importe ce que pense les autres. En particulier Natalya et sa jalousie maladive. Il saisit un sac et parti dans les cuisines. Personne ne faisait attention à lui. Pour eux, il n’était qu’un scientifique de plus sous le nom de Jack Lawrence. Il prit des provisions sans que personne ne le remarque, puis s’avance vers l’une des sorties du bunker, la moins surveillé. Il appela les gardes en prétextant un problème. Ils s’approchent de lui, confiant. Nikola les assomme immédiatement. Il était inquiet, beaucoup trop inquiet. Il refusait de perdre Hélène. C’était la dernière personne à qui il tenait. La première femme qu’il aimait. Son âme-sœur, et il refusait de la perdre, quitte à faire des choses folles, et d’être considéré comme un traire. Il s’en fichait, il survivrait. Il survivrait toujours. Mais la vie serait bien trop terne sans elle, et il y perdrait goût. Il n’était pas homme à se suicider, il ignorait s’il pouvait mourir d’ailleurs. Alors il refusait de la perdre. Parce qu’il l’aimait.

  
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Date d'inscription : 26/04/2018Nombre de messages : 11Nombre de RP : 0Âge réel : 35Copyright : MeAvatar daëmon :
Nikola KosanovicNothing will be the same...

Histoire



13 Décembre 1940, Normandie, France

Nikola est arrivé en France sain et sauf. Enfin, lui allait bien, car son avion s’était craché. Heureusement, il avait pu s’échapper avant que les Allemands ne viennent, malgré le morceau d’acier qui avait transpercé son ventre. Natalya n’avait de cesse de le traiter d’idiot, durant tout le trajet, mais il s’en fichait. Il voulait revoir Hélène, savoir si elle allait bien. Depuis qu’il était au courant pour l’envahissement de la France, Nikola avait se pressentiment. Cette angoisse que quelque chose allait lui arriver. Cette angoisse qu’elle meurt. Et voila deux mois qu’il la cherchait. Il était parti de sa dernière position, puis il avait cherché. Il avait cherché pendant des semaines. Des indices, des personnes ayant vu une femme d’une cinquantaine d’année, aux boucles brunes. Ce comportement énervait à tel point Natalya que c’est à peine si elle communiquait avec Nikola. Tous deux avaient toujours eu leur espace personnel, cette façon d’éviter de pénétrer dans les pensées de l’autre. De toujours être bloqué, en particulier depuis ce jour où elle l’avait trahi. Ils étaient toujours aussi liés, mais jamais ils n’avaient été plus éloignés qu’à ce jour. Nikola se fichait désormais de l’avis de Natalya sur sa relation avec Hélène. Il l’aimait même si c’était compliqué. Elle était tout pour lui. Il l’aimait comme jamais il n’avait aimé quelqu’un. Comme jamais il n’aimerait. Il se moquait des conséquences de ses sentiments, il était trop aveuglé pour voir ce que cela finirait par donner malgré l’intervention de son Daëmon. Car elle. Oui, elle savait ce qui finirait inexorablement par se passer. Et les pensées qu’elle captait dans l’esprit de Nikola. Ce qu’elle savait des sentiments qu’il avait envers elle, de la façon dont il la considérait. Il n’était pas seulement amoureux d’elle, il l’admirait, il la considérait, il faisait attention à elle. Les rares autres personnes avec qui il s’était comporté de la sorte était sa famille. Personne d’autre. Alors que ferait-il lorsque l’inévitable finirait par se produire ? Il serait anéanti, et ça, c’était impossible. Nikola était fort, il était ce génie que rien n’affectait. Ce génie qui trouvait les relations humaines éphémères, et utiles seulement à certains moments. Jamais elles ne duraient, jamais il ne s’attachait à ces relations. Ce n’était que des personnes qui passaient dans la vie de Nikola. Que Nikola laissait entrer et faisait briller leur pauvre vie dénué d’intérêt par son Génie. Aimer une femme, c’était se rabaisser au niveau des autres, devenir aussi faible, stupide, et pitoyable que les autres.

Voilà ce que pensait Natalya. La reine Natalya, celle qui maitrisait les cieux.

Cette femme finirait par faire tomber le Génie.

15 Décembre 1940, Carentan, village de Normandie en France

Les regards méfiants, les visages fermés, le pas rapide. Voilà ce que Nikola voit depuis des mois partout en France. Mais par-dessus tout, il voit la peur. La peur qu’un inconnu soit un nazi, la peur qu’on les dénonce pour une simple remarque. Ils veulent lutter, mais comment faire ? Le Président a rendu les armes. Les Allemands ont envahi la France.

Nikola se dissimule, il a troqué sa classe habituelle pour des vêtements plus passe partout. Il fait comme les autres, marches la tête basse, le regard fuyant, alors qu’il observe tout autour de lui. Il ne sait pas pourquoi, mais il sait. Il sait qu’Hélène se trouve dans ce village. Et il va la trouver. Si elle était en danger… Il repousse cette idée. Il devait réfléchir clairement, logiquement, avec la froideur et la réflexion d’un scientifique. Pas celui d’un paranoïaque qui passe son temps à imaginer des théories du complot sans queue ni tête. Des faits. Seulement des faits. Voilà comment il devait réfléchir. Il ne se laisse pas envahir par le doute, et continue sa route. Des forces armées sont présentes. Il ne doit pas se faire remarquer. Alors il continue tranquillement sa route, sans poser de multiples questions, en faisant semblant de ne rien voir. Contrairement aux autres, il a un avantage non négligeable. Natalya. Malgré leur désaccord, elle continue de le protéger, et vole haut dans le ciel pour que personne ne la remarque, ses yeux noirs observant le village au complet. Les déplacements des gens, leur visage lorsqu’ils ne gardaient pas la tête baissée. Et parmi toutes les personnes qu’elle voyait de son point de vue, l’une d’entre elle se démarqua de toutes les autres. Son comportement… Il n’agissait pas comme les autres. Il avait peur certes, mais pas que. Il exprimait la colère, la frustration, mais pas de façon résignée comme tous les autres. De façon puissante, de celui qui veut se battre. Elle voyait ses poings se fermer à chaque fois qu’il passait près d’un SS. Un résistant. Ceux dont ils avaient entendu parler. La Daëmon reporte son regard sur son âme-sœur. Son âme-sœur obsédé par une autre âme que la sienne. Elle ne dit rien, pas tout de suite. Elle le voulait pour elle seule, personne d’autre. Malgré tout, elle culpabilisait. Et elle n’avait pas le droit de ressentir de la culpabilité. C’était pour son bien. Il finirait par abandonner. Elle le savait. Elle en était sûr. Elle essayait de s’en persuader. Mais elle connaissait trop bien Nikola. Elle savait qu’il n’abandonnerait pas. Il était bien trop têtu pour cela. Bien trop obsédé.

La harpie ferme les yeux. Le vent ne suffisait pas à faire en sorte que ses mauvaises pensées disparaissent. Elle finit par les rouvrir. *Nikola. Je viens de trouver quelqu’un qui pourrait t’intéresser. Il faut que tu tourne à droite. Un homme avec un pantalon marron, et une veste grise de travailleur. Je vais le suivre voir où il va* Il ne répondit pas, mais sentit qu’il lui faisait un semblant de remerciement. C’était déjà ça. Surtout de la part de Nikola. Natalya baisse les yeux et suit l’homme. Il finit par rentrer dans un bar. Elle se pose sur le toit en face, regardant par la fenêtre. C’était bientôt la nuit, le bar était fermé à cause du couvre-feu. Tout le monde commençait à rentrer chez lui. Mais pas cet homme. Elle prévint Nikola, qui ne tarda pas à arriver. Il fait comme d’habitude, et ne prend pas de gant. Il rentre dans le bar.

Les regards des trois hommes présents se tournent vers lui. La porte se ferme derrière Nikola dans un grincement sonore dans ce silence de plomb.

« Le bar est fermé monsieur, sortez s’il vous plait, dit le tenancier en passant une main sous le bar sûrement pour prendre une arme.

- Il est toujours fermé pour quelqu’un prêt à payer sa consommation et qui meurt de soif ? En France vous avez d’excellent vins, répondit Nikola sur un ton décontracté dans un français parfait.

- Ailleurs que dans mon bar, dit l’homme en sortant le fusil et le pointant sur la poitrine de Nikola »

Nikola était d’un calme olympien. Il n’avait pas peur de cette arme. Et cet homme ne tirerait pas. Pas avec les nazis dehors qui faisaient leur ronde. Le port d’arme était interdit forcément. Donc, à moins d’être suicidaire, le tenancier ne tirerait pas.

Et soudain, la porte arrière s’ouvrit. Les yeux de Nikola se pose le nouvel arrivant. Non. La nouvelle arrivante. Il sentit ses lèvres s’étirer en un sourire alors qu’il la voit.

« Hélène, toujours aussi magnifique, dit-il.

- Nikola, quelle coïncidence, moi qui pensais que tu préférais te tenir à l’écart, dit-elle en souriant. Puis elle tourne la tête vers les hommes. Messieurs, ne vous inquiétez pas, c’est un ami de confiance »

Ils hésitent, puis le tenancier finit par ranger son arme. La femme s’approche de Nikola. Elle saisit doucement chaque côté de son col, le remettant en place, et lève la tête pour le regarder.

« Ces vêtements ne te font pas honneur Nikola, dit-elle.

- Mais ils ne suffisent pas à dissimuler mon charme habituel. C’est difficile de passer inaperçu, lui dit-il »

Elle secoue la tête, en levant les yeux au ciel, puis finit par faire demi-tour. Elle partit rejoindre les hommes, accompagné de Nikola, et tous les quatre se glissèrent dans la cave pour rejoindre d’autres résistants. L’ingénieur restait en retrait. Il observait Hélène. *Elle veut organiser la résistance maintenant ? Cette femme cherche vraiment les ennuis* Dit Nikola à Natalya. *Elle a toujours cherché les ennuis, tu devrais le savoir à force* Répondit-elle sur un ton cassant, et elle mit fin à leur conversation. Il pouvait sentir qu’elle continuait de voler haut dans le ciel. Elle était énervée, mais cela lui passerait.

*-*-*

La réunion passe. Tous finirent par s’en aller, sauf lui et Hélène. Il pouvait voir le lit de fortune dans le coin de la pièce. Cela devait faire plusieurs jours qu’elle dormait ici. Son amour s’approche de lui, s’appuyant contre une table en posant la main sur celle-ci.

« Alors Nikola ? Que fais-tu ici ?

- Je me suis dit que faire un tour en France sous occupation ennemi… Je ne pouvais pas rater cela, répondit-il et elle s’approche de lui.

- C’est cela oui, dit-elle. D’habitude tu ne réponds jamais à mes appels, dit-elle. Pourquoi aujourd’hui ? questionne-t-elle en s’avançant à nouveau vers lui pour n’être qu’à quelques centimètres de lui.

- Je suis plein de surprises, tu devrais le savoir depuis toutes ses années, répondit-il »

Elle voulut lui répliquer quelques mots, mais il l’en empêcha en plaquant ses lèvres contre les siennes.

Ils passèrent la nuit ensemble.

*-*-*

Hélène passe sa main sur son torse, la pulpe de ses doigts frôlant sa peau de manière délicieuse. Nikola passe la main dans ses cheveux.

« Quelque chose te tracasse, dit-il. Qu’est-ce que c’est ? »

Hélène hésite, se mord la lèvre. Elle finit par se redresses, ramenant ses jambes contre sa poitrine, passant ses bras autour de ses genoux. Nikola la regarde sans rien dire, patientant jusqu’à ce qu’elle se lance, un bras sous sa tête. Il ne la touche pas, bien qu’il en meure d’envie. Elle avait besoin de son espace pour se confier, il en avait conscience.

« Je me demande, ce qu’il va se passer pour nous, finit-elle par dire. Je sais bien que nous n’avons jamais été un couple normal, tous deux toujours en train de voyager, de vivre chacun de notre côté. Mais regarde-moi, regarde nous. Je vieillis, et toi non. Lorsque l’on s’est rencontré, je n’avais que vingt ans, et toi tu semblais en avoir trente-cinq. Et maintenant… Maintenant j’ai cinquante ans, et toi... Toi tu n’as pas changé, elle marque une pause, serrant les poings. Et voilà comment perdre toute crédibilité en te parlant de ce genre de choses que tu trouves si futiles et idiotes, dit-elle en laissant échapper un rire sec »

Les yeux céruléens de Nikola la fixe sans bouger quelques instants. Elle venait d’énoncer à voix haute, ce qu’il pensait depuis des années. Une pensée qui n’avait fait que s’amplifier à chaque mort d’un membre de sa famille. Il finit par se redresser, et, doucement avec une certaine tendresse qui ne lui était pas habituelle, il pose sa main dans le dos d’Hélène. Il la sent frissonner.

« Je sais que quoiqu’il arrive, je finirais par mourir. Et tu sais ce qui m’inquiète le plus ? C’est ce qu’il va t’arriver à toi. Je te connais Nikola. Tu ne vas pas accepter ma mort. Tu vas tout intérioriser. Et si c’était possible, tu ferais ton possible pour me ramener à la vie. Et tu vas être désespéré, et te sentir coupable pour des choses que tu ne peux changer. Tu vas être en colère contre toi-même, et te détruire. Je ne veux pas que tu ressentes tout ça. Parce que rien de tout cela ne sera de ta faute.

- Hélène… murmure-t-il »

La femme se retourne. Elle pose un doigt sur les lèvres de Nikola, ses yeux bleus plongeant dans les siens.

« Ne dit rien s’il te plait. Sa main glisse sur sa joue. Ne me dis rien. Je ne veux pas t’entendre dire que tu as peur toi aussi. Laisse-moi croire que tout va bien se passer. Qu’on continuera de se revoir toi et moi. Toujours. Et que tout ira bien pour toi »

Il n’était pas doué pour ça. Pas avec les sentiments, il ne l’avait jamais été. Mais pour elle, il devait être doué.

Nikola saisit doucement sa main.

« Tout ira bien Hélène, dit-il, et l’attire contre lui. Je t’aime. »

Ils restent silencieusement dans les bras l’un de l’autre, alors que chacun ne cesse de penser à ce qu’elle vient de dire. Cette dure réalité.

24 Décembre 1940, Carentan, village de Normandie, France


Il fait nuit. Les cris résonnent partout autour de lui. Des coups de feu se font entendre, assourdissant. Les éclairs provoqués par les tirs éblouissent. Nikola se voit de retour à la guerre. Parce qu’ils sont coincés, comme dans les tranchées. Coincés dans ce bar, alors que les Allemands tirent leur balle chaque fois qu’ils cherchent à sortir. Mais toutes les sorties sont prises. Il n’y a aucune échappatoire. Les Allemands ont appris que des résistants se trouvaient ici. Ils ont attendu l’une de leur réunion pour pouvoir tous les tuer. Et les voilà. Prit comme ces lapins qu’on chasse, sur le point de se faire abattre. Cinq d’entre eux sont déjà au sol. Hélène, Nikola, et six autres personnes sont encore debout. Malgré les coups de feu, ils tentent d’échafauder un plan pour s’échapper. Ils auront peut-être une chance de survivre, pour continuer de se battre et de vivre.

Il y avait une porte de sortie, par l’arrière, dans la ruelle, assez bien dissimulée pour que les Allemands ne l’aient pas repéré. Mais même ainsi, s’enfuir serait compliqué, les Allemands devaient couvrir plus que la porte avant. Mais comme toujours, Hélène voulait sauver tout le monde. Pas Nikola. Bien sûr que non. Il savait ce qu’ils devaient faire. Se servir des quatre autres comme des appâts pour détourner l’attention des nazis, et en profiter pour s’échapper. Bien évidemment, Hélène ne pouvait pas être d’accord avec ce plan. Elle était bien trop intègre pour son propre bien. Il pouvait toujours essayer de l’assommer et de l’emmener de force. Avec un peu de chance, il arriverait à s’échapper avec une femme inconsciente sur les bras… Une action désespérée, et totalement stupide. Le Serbe s’en rendait compte, mais, à part suivre le plan d’Hélène et avoir une très faible chance de survivre avec les autres, ou suivre son propre plan et peut-être augmenter les leur, il ne voyait pas quoi faire. Nikola mettait dans des cases ses sentiments, les compartimentait pour ne pas être influencer par ceux-ci, mais cela devenait de plus en plus difficile lorsqu’Hélène était impliquée. Natalya ne cessait de lui dire de partir maintenant. Il ne risquait rien à part la douleur.

Sauf qu’il n’écoute pas son Daëmon. Pas lorsque Hélène est là. Elle est la seule capable de le raisonner. La seule qui réussit à faire ressortir ce côté humaniste qu’il a abandonné il y a des années. Et c’est pour cela qu’il l’aimait. Parce qu’elle était forte, courageuse, et prenait toujours des risques, qu’importe le danger. Elle n’était pas l’une de ces femmes faibles qui passent son temps à se reposer sur les hommes et qui cherchent le grand amour, un amour parfait, stable, sans surprise. Et parce que c’était elle, il allait suivre son plan. Même s’il savait que c’était suicidaire. Parce que s’il la suivait, il avait plus de chance de la garder en vie. Alors ils foncent. Ils foncent vers l’arrière, pliés en deux pour ne pas être touché par les balles qui brisent les vitres et s’enfoncent dans le bois du bar. Ils foncent malgré la peur, animé par l’envie de vivre.

Les yeux ne Nikola ne lâchent pas cette femme, tandis que certains souvenirs lui reviennent en mémoire. La première fois qu’il a posé les yeux sur elle. Cette fois-là, il donnait cours dans l’amphithéâtre à Oxford. Il se souvenait. Son cours venait tout juste de commencer. Il avait terminé d’écrire quelques équations au tableau, et c’était retourné pour les expliquer. C’est alors qu’elle était entrée en toute discrétion, personne ne la remarquant, sauf lui. Il ne pouvait que la voir. Cette femme magnifique aux boucles brunes, aux yeux bleus, avec cette posture droite, fière, dissimulant son angoisse d’être ici, de se faire remarquer, et de perdre son emploi. Elle s’était assise au dernier rang, avait posé ses affaires, et commencé à prendre des notes. Son regard intelligent s’était posé sur les équations, comme si elle comprenait déjà tout. Pas ce regard vide des autres, qui peinaient à comprendre. Non, elle n’était pas comme tous ces idiots qui n’avaient pas la moindre idée des choses qui se produisaient. Alors Nikola avait fait un cours plus complexe que ce qu’il avait prévu, pour voir si elle suivait. Et elle avait fini par poser une question, surprenant tout le monde. Tous ces hommes s’étaient tournés vers elle, choqués qu’une femme puisse assister au cours, choqué qu’elle ose poser une question. Mais elle ne s’était pas démontée, et Nikola lui avait donné la parole. Elle s’était servie d’une fausse excuse, comme quoi le professeur Baker lui avait demandé de prendre des notes pour lui. Puis elle lui avait posé une question. Le genre de question surprenante, auquel un professeur ne s’attend pas de la part de ses élèves. Les questions qui sont en réalité le cours d’année bien supérieure. Il était tombé sous son charme à ce moment-là. Sans s’en rendre compte. Un sentiment nouveau. Celui de perdre pied. Pour la première fois de sa vie, il s’était perdu dans la contemplation d’une femme. Il était resté silencieux à la regarder, les yeux plongés dans les siens. Elle ne l’avait pas lâché du regard. Elle attendait sa réponse. Et lui était resté silencieux, presque sous le choc. Il avait perdu la notion du temps à cause d’une personne pour la première fois de sa vie. La voix claire, et harmonieuse de cette femme le déstabilisant pour la première fois. Pendant quelques secondes, il n’avait vu qu’elle. Elle, son intelligence, sa curiosité, et son courage. Une femme qui lui sembla soudainement insaisissable, en dehors de son époque. Puis Natalya l’avait ramené à la réalité. Il s’était détourné d’elle, pour se reprendre, s’éclaircir la voix, pour ne pas perdre le contrôle de son ton grave et suave habituel. Il avait fait semblant de s’intéresser au tableau, et fait ses explications. Il avait fini son cours, encore troublé par ses nouvelles sensations.

Et alors qu’il fuyait, qu’il revoyait ces souvenirs incroyables, de nouveaux se créaient. Leur fuite dans l’arrière du bar. La porte qu’ils atteignirent. L’espoir qu’ils pourraient tous survivre. L’homme qui pose sa main sur la poignée pour l’ouvrir. Puis tout change. La porte s’ouvre brutalement, presque arrachée de ses gonds. Les soldats qui entrent en masse dans le bar, leur visage se gravant dans sa mémoire. Les coups de feu de plus en plus assourdissant. Les cris de terreur et de douleur. De rage aussi, de ceux qui se battent pour essayer de rester en vie. Et un hurlement, qui surpassa tous les bruits autour de lui. Qui lui vrilla les tympans tant il sembla puissant à ses oreilles, qui étouffe et assourdis les autres bruits, qui ne furent plus qu’au second plan. Comme toutes les autres choses. Elle fut à nouveau la seule chose qu’il voyait, tout le reste devenant un grand flou, pourtant si claire. Tout se fixait dans sa mémoire. Cette foutue mémoire eidétique qui ne le laissait jamais en paix. Cette foutue mémoire qui gravait tous ces moments dans son esprit, et qui ne les effaçait jamais, ne les estompait jamais. Pour toujours ses souvenirs resteraient aussi clairs, aussi puissant, aussi douloureux.

Il entend un hurlement. Quelqu’un cri. Un homme. Un cri de douleur. Un cri de désespoir. C’est lui qui cri. Nikola attrape Hélène avant que son corps ne touche le sol. C’est à peine s’il sent les balles se fichées profondément dans son corps. Tout ce qu’il sent, c’est elle. Elle dans ses bras, et la vie qui lui échappe. Il la tient contre lui, passe la main dans ses cheveux, repoussent ses mèches brunes. Il tremble, sa voix tremble.

« Hélène… Ne me laisse pas. Reste avec moi. Je t’en supplie, reste avec moi. Ne m’abandonne pas, sa voix se brise. Il cherche à arrêter l’hémorragie en posant ses mains sur sa plaie au ventre.

- Nik… essaie-t-elle de dire, sa voix cassée. Elle crache du sang. Nikola… J’ai mal…

- Je suis là Hélène. Ca va aller, tu vas guérir, je te le promets, dit-il, essayant de se persuader lui-même.

- J’ai peur Nikola…

- Ca va aller, ça va aller. Fais moi confiance. Laisse moi te sauver cette fois… »

Il retire sa veste, déchire le tissu, tente de faire un garrot. Il veut la sauver, absolument. Il ne voit que la blessure. Le sang qui coule à flot de celle-ci. Un flot continue. Inarrêtable.

« Non, non, non… Pas ça. Ne me laisse pas. Ne m’aban… »

Hélène lui saisit soudainement la main. Une main si pâle. Il se fige.

« Nik… Nikola. Une dernière fois… Regarde-moi… Dis-le moi encore une fois »

Il tourne le visage vers elle. Sa vision se floute un instant. Il ne comprend pas. Il veut la voir, la voir clairement. Un liquide coule le long de ses joues, tombent sur le visage d’Hélène. Un visage si pâle. De plus en plus pâle. La couleur de la mort. Il la regarde dans les yeux, caresse son visage, ses cheveux sombres, ses lèvres maculées de sang.

« Je t’aime Nikola… Je t’ai… »

Ses lèvres se figent, son regard fixe le plafond, yeux grand ouvert. Sa tête bascule en arrière.

« Hélène ? Hélène répond moi ! hurle-t-il. Hélène ne me laisse pas ! Je t’en prie... Sa voix se brise. Il n’a pas pu lui dire. Elle ne l’a pas entendu. Hélène je t’… »

Une explosion. La douleur qui explose dans sa tête. La balle qui brise son crâne, s’enfonce dans son cerveau. Il ne voit plus rien. Tout s’arrête.

Le corps de Nikola s’effondre sur celui d’Hélène.

Sur son amour. Son seul et unique amour.

Une femme aussi insaisissable que les rêves.

24 mars 1941, Londres, Cabinet de guerre

90 jours.

130 980 minutes.

7 858 800 secondes.

C’est le temps qui s’est écoulé depuis sa mort. Et il n’arrête pas de compter. Il n’a pas arrêté de compter depuis ce jour. Il est obsédé par ces chiffres. Ces maudit chiffres. Et il ne peut s’empêcher de compter. Il n’essaie même pas. C’est comme le tic-tac répétitif et régulier d’une horloge. Personne ne l’interrompt. Lui aussi, personne ne l’interrompt. Qu’on lui parle, qu’il parle, qu’il pense, qu’il invente. Rien n’y fait. Il continue de compter.

130 981 minutes.

Nikola n’a pas besoin d’une horloge. Il sait le temps qui passe. Et il compte. Pourtant, il ne vit plus. Le temps s’est arrêté lorsqu’Elle est morte. Il n’est plus qu’un automate. Une machine qui fait son travail. Il se plonge dans ses théories, dans la construction de cette machine dont il a déjà fini les plans. Avant, à chaque mort, cela suffisait. Il lui suffisait de réfléchir pour que son chagrin disparaisse. Mais pas cette fois. Il a beau ne dormir que quelques minutes par jour, ne quasiment pas boire et manger pour se tuer au travail, rien n’y fait. Il n’arrive pas à se distraire, même quelques instants. Ces derniers instants avec Elle lui reviennent en mémoire. Leur dernière nuit passée ensemble. Les discussions qu’ils ont eues, les confidences, les peurs qu’Elle ressentaient. Chaque souvenir lui revient, teinter de cette douceur amère, car plus jamais il ne pourra en créer d’autres. Et le pire. Le pire de tous revient chaque fois, venant ternir sa mémoire. Sa mort. Les derniers qu’Elle a prononcés, ses derniers mots à lui. Et rien. Plus rien. Seulement la mort. Son corps entre ses bras, de plus en plus froid. Il se souvient de son réveil. De la douleur alors qu’il la tenait encore. Ses larmes, et ses cris. Incapable de s’en détacher. Incapable de la laisser partir. Il est resté sans bouger des heures, au milieu des cadavres, en tenant le sien dans ses bras. Puis il a réagi. Il l’a emmené avec lui, dans la nuit. A l’écart de ce lieu de malheur. Il l’a emmené et il l’a enterré. A chaque coup de pelle, il se sentait défaillir. A chaque coup de pelle, il voulait juste se laisser tomber auprès d’elle et mourir à ces côtés. Cette possibilité dont on l’avait privé. Tout ça parce qu’il était né Daëmonien, il ne pouvait mourir. Alors il l’a chassé. Il a chassé Natalya. Il la hait. Parce qu’à cause d’elle, il n’a pas pu finir sa vie au côté de la femme qu’il aime. A cause d’elle, il est obligé de creuser. A cause d’elle, il est obligé de l’enterrer. A cause d’elle, il est vivant et pas Elle.

Et il se hait. Il se hait d’être incapable de mourir. Il se fait parce qu’il est capable de guérir. Il se hait d’avoir été trop faible pour la sauver. Il se hait parce qu’il est trop lâche pour la rejoindre. Il se hait. Et il hait ce monde.

130 983 minutes.

Depuis son enterrement, il est mort avec Elle. Il tombe au fond du gouffre. Il est incapable de repousser ses sentiments qui l’envahissent. Cette colère, cette peur, cette angoisse. Ce désespoir. Il est incapable de les ressentir. Son esprit s’est déconnecté.

Une machine.

Il agit comme tel. Il ne cherche pas à lutter. Il a abandonné. Il se sent vide. Alors il continue son travai sans relâche car c’est tout ce qui lui permet de tenir. Il travail et ne fait que ça. Comme une machine sans âme, et sans esprit. Sans capacité de réflexion, d’agir. Il travail.

Et il compte.

130 986 minutes.

C’est à peine s’il lui a adressé deux mots depuis. A Natalya. Elle essaie de l’aider. Mais il lui a fermé son esprit. Totalement hermétique. Sa voix est incapable de l’atteindre. Elle déteste ce sentiment d’impuissance. Elle a envie de pleurer, mais la harpie féroce ne le fait pas. Elle ne sait pas pleurer. Elle n’a jamais pleuré. Elle est trop fière pour pleurer. Elle a ressenti toute la détresse de Nikola, sa douleur, lorsqu’Elle est morte, et ce fut de loin la sensation la plus horrible - presque à l'égale de la perte d'Amelia et Feodor. Pire qu’une douleur physique. Pire que cette balle qu’on lui a tiré en pleine tête. Pire que tout. Et pourtant, elle s’en est réjouie de cette mort. Enfin ! Enfin elle était débarrassée de cette femme. Cette maudite femme qui avait volé le cœur et les pensées de Nikola. Cette femme qui l’avait détourné d’elle. Mais voilà. Elle regrettait. Elle regrettait la mort de cette femme. Natalya voulait qu’Elle revienne. Oui, pour la première fois de toute sa vie, elle acceptait qu’une personne puisse compter plus qu’elle-même pour sa demie-âme. Qu’une femme est une place plus importante qu’elle dans la vie de Nikola. Elle l’acceptait parce qu’elle voulait retrouver son Nikola. Elle voulait retrouver cet homme fort, intelligent, sans remord, que rien ne pouvait affecter. Qui se rit des autres et du danger. Elle veut retrouver cet homme, même s’il pense à une autre. Parce que cet homme vaut toujours mieux que celui qu’elle a en face d’elle. Cet homme si n’a plus rien à voir avec l’ancien génie. Cet homme n’est plus qu’une loque. L’ombre du grand génie qu’il fut. Cet homme n’est plus Nikola. C’est un inconnu.

« Alors Kosanovic ! s’exclame la voix de Churchill à l’entrée de son bureau. Vous avez enfin terminé cette machine ? Ca fait des mois que l’on attend depuis votre escapade en France »

Nikola serre les dents à ce douloureux rappel. Comme s’il en avait besoin. Il reprend son calme, cet air neutre et vide, puis se tourne vers le Premier Ministre Britannique.

« Je viens de finir les tests. Vous serez heureux d’apprendre que mon invention fonctionne, répondit le scientifique avec cette maitrise habituelle malgré son envie de frapper quelqu’un »

D’autres chercheurs suivent Churchill, impatients de savoir comment marche l’instrument sur lequel Nikola travaille, puisqu’aucun d’entre eux n’a été capable de comprendre les théories que Nikola a couché sur le papier.

Ils s’approchent comme l’enfant qui s’apprête à recevoir une leçon d’un grand maître qu’ils admirent. Ou comme des rapaces près à lui sauter dessus à la moindre hésitation. A la moindre faille dans ses explications.

« C’est un dispositif de communication qui peut transmettre et recevoir une fréquence électromagnétique fluctuante et qui est qusiment impossible à intercepter, dit Nikola en leur montrant son invention. Je l’ai appelé l’Autotype.

- Quasiment ? Je veux quelque chose de sûr à cent pour cent. Pas un quasiment sûr Kosanovic !

- Rien n’est sûr à cent pour cent. Sur les tests que j’ai fait avec la technologie Allemande, aucun n’a réussi à intercepter les messages, rétorqua Nikola en lançant un regard à son invention »

Aussi grosse et à peu près du même poids que la machine Enigma utilisée actuellement, son invention était pourtant plus perfectionnée, et beaucoup plus efficace.

Les questions se mirent à fuser sur son fonctionnement, sur la façon de s’en servir. Nikola répondit à toutes les questions malgré son impatience de tous les renvoyer. Il voulait être seul avec ses machines et continuer de boire son vin en toute tranquillité. Seul. Mais non. Ils restaient. Ils l’interrogeaient. Comme s’il pouvait avoir fait une erreur. Aucun d’entre eux n’était un génie. Aucun d’entre eux n’avait réussi à comprendre ses notes. Alors pourquoi croyaient-ils qu’ils pourraient saisir maintenant son invention ? Cette bande d’abruti l’exaspérait de plus en plus et lui donnait envie d’être violent. Pour un automate, c’était presque surprenant qu’il puisse ressentir ça. Mais s’il commençait à ressentir des choses, alors il finirait par craquer. La fine barrière mentale qu’il avait construit, craquerait et il serait obligé de ressentir toutes ces choses qu’il bloquait depuis Sa mort. Alors il se contient.

« J’ai construit trois modèles pour le moment, et je préconise que l’on évite de le faire en série. Ce serait dommage que les Nazis tombent dessus et comprennent comment l’utiliser pour intercepter nos messages, dit Nikola

Churchill était un homme intelligent, plus que la plupart des hommes, et qui pouvait suivre les conseils de temps en temps.

« Je vais réfléchir à ce que vous dites. En attendant, essayez d’en faire plus. Si ce système fonctionne aussi bien que vous l’affirmez, cela pourrait nous être d’une très grande aide, di Churchill »

Nikola ne réagit pas à ce compliment, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Les questions se tarissent. Le monde part. Enfin. Il est enfin seul.

7 862 400 secondes.

131 040 minutes

2 184 heures

91 jours.

6 octobre 1943, Auschwitz


La porte de sa cellule s’ouvre. Nikola tente de se redresser, mais il n’a pas le temps. Les soldats nazis le frappent. Un voile sombre tombe devant ses yeux sans qu’il ne perdre totalement connaissance. Il sentit qu’on le saisit par les bras et qu’on le traine hors de sa cellule l’emmenant jusqu’à une autre pièce. Cette pièce de torture qu’il commençait à connaître. On l’assoit sur une chaise, lui passe les menottes au poignet et l’attache aux accoudoirs. Ses pieds subirent le même sort. Nikola sentit sa vision revenir. Il pouvait sentir l’inquiétude de sa demie-âme au-dessus de lui, voler dans le ciel. Elle n’était pas blessée, ni lui d’ailleurs. Il avait guéri, mais combien de temps pourrait-il tenir ? Juste assez pour tomber dans le coma, et ensuite les SS ne pourraient plus rien lui demander, ni le torturer. Il ne devait pas céder. Ne rien dire aux Allemands. Sinon les Alliés pourraient perdre. Et dire qu’il était ici à cause d’une négligence. Une simple négligence. Au lieu de se planquer comme tout le monde durant le Blitz, il était resté dehors à subir les bombes. Qui sait, si l’une d’entre elle lui tombait dessus, il mourrait peut-être définitivement cette fois. Et il désirait cette mort plus que tout. La mort d’Hélène l’avait achevé, après toutes celles qu’il avait déjà vu. Il ne désirait qu’une chose, mourir. Mais la mort ne le prenait toujours pas. Jamais. Cette fois, c’était un commando d’Allemands déposés durant le bombardement qui l’avait attrapé et emmené en Allemagne. Une cible de choix après tout, il était l’inventeur du meilleur moyen de communication actuel.

La porte grince et s’ouvre. Nikola lève la tête, posant ses yeux bleus sur son tortionnaire. Il prit son attitude habituelle de celui qui n’en a rien à faire, et réussit même à sourire.

« Günter Schmidt, j’ai bien cru que vous alliez rater notre rendez-vous journalier, dit Nikola. »

Rendez-vous qui durait depuis le 4 juin.

« Lawrence, en forme j’espère ? J’ai quelques idées à tester sur vous, dit le SS en se dirigeant vers la table sur lequel était posé de nombreux instruments de tortures.

- Ce petit jeu commence à devenir lassant Schmidt, vous devriez changer de disque. On dit que la carotte est plus efficace que le bâton, rétorque Nikola sans perdre son ton sarcastique.

- Si agiter une carotte sous votre nez suffisait, je l’aurais depuis longtemps fait. Quoique… Nos petites séances de tortures m’amusent énormément, répondit Schmidt »

Il partit prendre une batterie, et à la pose près de Nikola, saisissant deux fils avec des pinces au bout.

« Vous savez ce que c’est n’est-ce pas ? Bien sûr que vous savez, après tout, vous avez permis une grande avancée dans le domaine de l’électricité, Nikola Kosanovic, dit-il en appuyant sur son nom. A vrai dire, je n’ai pas la moindre idée de la manière dont vous pouvez être encore en vie, commence Günter en saisissant l'une des pinces pour la brancher sur Nikola. Nos scientifiques travaillent sur votre prétendu immortalité, mais n’arrive pas à trouver quelque chose de probant, rajoute-t-il en plaçant une pince sur le rebord en métal de la chaise d’acier »

Nikola essaya de le repousser en se débattant, mais les liens le maintenaient solidement en place.

« Si vous me demandiez gentiment, je vous répondrai peut-être, déclara Nikola en essayant de bouger son corps pour échapper à son sort.

- Oh, je suis persuadé que vous ne diriez pas un mot. Après tout, cela fait quatre mois que vous êtes là, et vous vous obstinez à ne rien dire. C’est plutôt surprenant pour un petit bourgeois comme vous, dit le nazi en allumant la batterie et en tenant le second fil. Il appuya ses coudes sur ses genoux, tenant la seconde pince entre ses mains. Mais nos scientifiques finiront bien par trouver comment vous faites pour guérir aussi vite. Au fait, quel âge avez-vous réellement ? »

En même temps qu’il parlait, Schmidt faisait tourner la pince dans ses mains. Nikola avait déjà fermé les poings, et serré les dents. Il savait ce qui l’attendait, et n’importe quel homme angoisserait à l’idée de subir encore une fois une torture. Cela faisait des mois que tout ceci avait commencé, et il maitrisait sa douleur de moins en moins. Mais il ne devait rien montrer, rien du tout.

« Si vous parliez plus vite, je commence à m’endormir, dit-il.

- C’est simple, j’attends que vous répondiez à mes questions. Vous avez construit cette machine de communication plus perfectionné qu’Enigma, vous savez comment elle fonctionne, et vous savez comment nous pouvons intercepter les messages que s’envoie les Alliés. Dites-moi comment et je mettrai fin à votre calvaire. »

- Je n’ai aucune idée de ce dont vous parlez, répondit Nikola.

- Bien sûr que vous savez. Comment l’avez-vous appelé d’ailleurs ? L’autotype c’est ça. Alors dites-moi plus sur l’autotype et je vous libérerai »

Nikola répondit par un large sourire sans dire un mot. Le SS mit en place la pince, le courant passe. Nikola serre les dents, et les poings, alors qu’il retient un cri de douleur. Natalya se mit à hurler, dans le ciel, à chercher désespérément un moyen de faire échapper Nikola, prise de fureur, alors que lui tentait de la protéger de la douleur.

« Vous savez ce qu’il y a d’étrange avec un type comme vous, dit le SS. D’habitude, les hommes ont toujours une motivation pour tenir sous la torture. Certains c’est par dévotion pour leur pays. Si grande qu’ils mourraient pour elle. D’autres c’est pour la gloire. Ceux-là généralement, ils craquent très rapidement parce qu’ils tiennent plus à la vie qu’autre chose. D’autres, c’est parce qu’ils veulent rentrer chez eux, revoir la femme qu’ils aiment, et ils se disent que plus ils tiendront, plus ils auront de chance d’être libérés par les Alliés. Ceux-là sont stupides. Bizarrement, vous ne faites partis d’aucune de ces catégories, et pourtant vous ne craquez pas. Alors qu’est-ce qui vous fait tenir ? »

Schmidt éteint la batterie, Nikola se relâche. Sa tête tombe sur son torse, le souffle court. Il avait encore l’impression que le courant traversait son corps, et la douleur de la régénération de ces cellules endommagées commençaient déjà à le faire souffrir. Et encore plus que d’habitude, parce qu’il n’était pas capable de lutter contre, trop épuisé pour ça.

« Vo-Votre monde est tellement réducteur, lâche Nikola. Vous croyez que je suis le genre d’homme à avoir des convictions aussi banales que tout le monde ?

- Je crois que vous vous surestimez beaucoup, comme tous les génies.

- Je suppose donc que vous parlez aussi de votre Führer non ? Vous le considérez tous comme un génie. Tu parles, s’il était un génie alors il remarquerait à quel point son concept est stupide. Sérieusement la race Aryennes ? Des grands, blonds aux yeux bleus. Si je me trompe, Hitler, est petit, brun, aux yeux noirs. Exactement l’inverse. Qui serait assez stupide pour dire au monde entier qu’il n’est pas parfait en réalisant des génocides de masses au nom de cette utopie ? Un idiot. C’est lui que vous devriez tuer »

Un éclat de colère s’allume dans le regard de Schmidt qui remet l’électricité à un niveau beaucoup plus fort. Un niveau auquel Nikola ne put retenir un cri de douleur. Le mur entre Natalya et lui s’effondre, et ils partagent leur douleur. Elle cherche à le protéger autant qu’elle peut, à le soustraire à la douleur.*Nikola !* hurle Natalya en tirant dans son esprit.

Puis tout s’arrête. Nikola s’évanouit et tombe dans le coma. Vider de ses forces alors que ses cellules cherchent à se régénérer sans arrêt.

9 octobre 1944, Auschwitz :


Nikola ouvre les yeux en sursaut. Il étouffe. Quelque chose lui coule dans la gorge. Il essaye de lever la main, mais un bruit de métal se fait entendre. Il baisse la tête et voit des menottes autour de ses poignets. Il tire dessus. Essaye de les arracher, mais ça ne rime à rien. La sensation du liquide qui coule dans sa gorge alors qu’il n’a rien en bouche était insupportable. Il entend des bruits autour de lui et un visage apparut au-dessus de lui. Quelqu’un coupe l’arrivé de nourriture, et retire le tuyau. Il serra les poings fasse à cette sensation désagréable.

« Eh bien, vous êtes enfin réveillé, dit la voix de Schmidt. Nous ne pensions pas que vous nourrir marcherait. Trois jours que vous êtes dans le coma après notre dernière discussion, dit le nazi. J’aurais vraiment été désolé que vous mourriez, rajoute-t-il.

- J’en suis sûr, dit Nikola en toussant. Et maintenant ?

- Puisque vous n’avez rien dit, voyons voir comment vous vous débrouillez dans le camps, dit Schmidt. Si je ne vous ai pas à la torture, je vous aurais à l’usure. Les camps de travailleur ont bien besoin de main d’œuvre. Quoique… Non, ce serait encore trop doux pour vous. Je pense vous confier à mon ami, médecin, et scientifique, Josef Mengele. Vous en avez entendu parler ? A côté de lui, je suis un ange »

Nikola ne dit rien, épuisé, il fit seulement en sorte de lui rendre un regard noir avec son sourire narquois, la seule chose qu’il était encore capable de faire.

Schmidt rit, puis se lève.

« Je finirais bien par vous faire craquez, et comprendre ce qui vous motive »

Puis le SS fait demi-tour et s’en va. Nikola desserre les poings, et laisse retomber sa tête. Il sentit la douleur dans son cou alors que les cellules refermaient le trou qu’il avait dans la gorge petit à petit. Mais il était bien trop fatigué pour avoir mal. *Nikola, tu es enfin réveillé. J’ai bien cru que tu allais mourir cette fois-ci* Lui dit la voix rassurante de Natalya. *Ne t’inquiète pas, je vais bien. Où es-tu ?* *Planquée dans les sous-pentes des toits. Personne ne me remarque, ne t’inquiète pas. C’est plutôt toi qui m’inquiète. Tu ne tiendras pas plus longtemps là-bas* *Je sais, mais apparemment, ils ont décidé d’arrêter de me torturer. Ils préfèrent me jeter au bagne. Et il doit exagérer à propos de ce Mengele. Pas sûr que ce soit mieux, mais ça me laisse une marge de manœuvre. Je vais pouvoir tenter de m’évader. Fais juste attention à ne pas te faire repérer. Je ne supporterai pas qu’ils te fassent du mal* Mais Natalya était inquiète. Elle le dissimulait à Nikola, mais elle était rongée par l’inquiétude. Elle avait vu ce que ce Mengele était capable. C’était horrible. Encore plus horrible que ce qu’avait fait subir Schmidt à son Daëmonien. Le SS avait raison en disant qu’il n’était qu’un enfant de cœur à côté. Ce que Nikola allait subir ensuite… Elle ne pouvait pas laisser faire. Elle devait l’aider à s’enfuir. Maintenant !

Quelqu’un vint mettre fin à leur conversation mentale. Ils lui donnèrent une assiette de pain rassis et de bouilli informe, qu’il mangea sans rien dire, puis on l’emmena au bagne, à Auschwitz-Birkenau. Il fut traité comme les autres prisonniers. Des sabots de bois trop petit pour lui, des vêtements qui puaient la mort, le triangle rouge sur sa poitrine avec la nationalité Autrichienne brodé dessus. Cet endroit… C’était l’enfer. La maladie et la mort régnait dans le camp, les hommes se battaient entre eux pour essayer d’avoir une ration de plus, un lit plus haut pour dormir. Et le travail, encore et encore. Ils n’étaient jamais tranquilles, et même lui qui n’avait habituellement besoin de dormir deux heures par jour, il était exténué. Plus les jours s’écoulaient, et plus il se vidait de son énergie. Ils étaient dépouillés de tout ici. De leur savoir, leur nationalité, leur identité, jusqu’à leur dignité. Il ne restait rien aux prisonniers. Même les animaux étaient mieux traités qu’eux. Et Nikola était comme eux-tous. La torture lui avait retiré toute sa résistance et le camp ne l’aidait pas. Il était si maigre qu’il manquait de tomber dans le coma à chaque fois qu’il tombait malade. Et il ne la voyait pas. Natalya. Elle ne pouvait pas se montrer. Elle se cachait en permanence dans les toitures, les arbres. Tout ce qui pourrait servir d’abris. Ils discutaient souvent, très souvent mentalement, mais ils ne pouvaient pas être ensemble, se toucher, se serrer l’un contre l’autre pour se rassurer. Ils étaient isolés et cette distance les faisait souffrir tout autant que se subissait Nikola. Nikola qui essayait de l’épargner en coupant les ponts avec elle lorsque la douleur était trop forte, jusqu’à ce qu’il soit trop épuisé pour maintenir ce mur entre eux. Il servait d'expérience à Mengele, qui s'y donnait à coeur joie au vu de l'immortalité de son cobaye. Et le SS Günter Schmidt ne faisait rien pour améliorer son calvaire. Il venait le voir, toutes les deux semaines pour le torturer à nouveau. Ce SS aimait faire ça, son sourire sadique gravé dans la mémoire de Nikola à chaque fois qu’il le faisait souffrir le martyr, qu’il le faisait hurler. Il voulait lui faire cracher le morceau mais pas que. Il voulait l’anéantir, le briser complètement jusqu’à ce qu’il ne puisse plus ne serait-ce qu’avoir une pensé cohérente. Et Schmidt était passé à d'autres formes de tortures, tout aussi horrible les unes que les autres, et plus humiliantes à chaque fois. Il voulait tout lui faire dire. Mais il ne disait rien, il ne suppliait même pas. Nikola s'évadait, loin, très loin dans ses visions qu'il était le seul à pouvoir voir et qui lui permettait de se soustraire à la douleur, et aux plus grandes bassesses qu'il subissait. Il ne dirait jamais rien. Parce que ce serait la trahir.

5 Avril 1944, Auschwitz

« Hélène… murmure Nikola, les yeux perdus dans le vague »

Une main vient caresser sa joue. Des cheveux viennent chatouiller sa peau. Le visage d’Hélène apparaît au-dessus d’elle. Il délirait complètement. La douleur, la sous-nutrition, et son besoin de s’évader en dehors de tout ceci, lui provoquait des hallucinations.

[color:5f19=#green]- Ca va aller Nikola, je suis là. Je suis toujours là, avec toi, lui dit-elle en souriant »

Un sourire si calme, si reposant, si doux. Il se perdit dans ses yeux.

« Hélène… dit-il encore une fois.

- Je t’aime Nikola, rajoute-t-elle à sa place, se penchant vers lui et l’embrassant.

- Kosanovic, ne me dites pas que vous faites cela à cause d’une femme ?! s’exclame Schmidt et son fort accent Allemand »

Le génie tourne les yeux vers son ex-tortionnaire qui regardait dans le coin de la pièce. A côté ce trouvait Josef Mengele, le médecin de l’horreur. Un homme contre lequel il portait une haine féroce qu’il dissimulait autant que possible. Une haine sans lequel il n’aurait jamais tenu. Hélène restait à côté de lui, une main sur son épaule.

« Vous l’avez tué, dit Nikola la voix sans colère, trop faible pour l’exprimer.

- Moi personnellement ? Je ne crois pas non. Mais ne me dites pas que vous agissez par vengeance, ce serait vraiment pitoyable.

- Les nazis et votre idéologie, c’est ça qui l’a tué. Comme des milliers d’autres gens. Ce n’est pas de la vengeance, mais aider l’Humanité contre vous, dit Nikola la voix morne, tandis qu’Hélène se penche à son oreille.

- N’essaie pas de discuter avec lui, rappels-toi de tes prévisions, de tes calculs. Tu sais ce qu’il va se passer n’est-ce pas ? lui dit-elle, alors qu’il tournait la tête vers elle. Dis-le moi, Nikola. Rappel moi ce que tu as prévu.

- I-Ils vont perdre. Les Allemands vont perdre, dit-il.

- C’est ça Nikola, tu le sais. Il faut que tu tiennes jusque-là. Tu ne te trompes jamais dans tes calculs n’est-ce pas ? »

Son hallucination passe la main dans les cheveux de Nikola avec tendresse, son regard empli d’amour posé sur lui.

« Vous délirez complètement mon pauvre. Nous gagnerons, quoiqu’il en coute. Et sinon, nous tuerons tout le monde. Personne ne survivra, dit Schmidt en s’approchant de Nikola. Mais vous savez ce que j’ai appris sur les génies ? Apparemment ils auraient la capacité de s’évader en se créant un monde, est-ce que c’est ton cas ? J’en suis sûr, c’est sûrement pour ça que tu tiens aussi bien. Qu’est-ce que tu vois en ce moment ? Cette Hélène ? Dites-moi, elle ressemble à quoi ? dit-il le ton plein de sollicitude. Jusqu’à planter un couteau dans la main de Nikola qu’il pousse un cri de douleur. Que je puisse te torturer avec elle.

- Ne l’écoute pas, dit Hélène en l’embrassant sur les lèvres. Je ne te ferais jamais de mal.

- V-Va te faire voir, dit Nikola, la voix empli de douleur. »

Schmidt sort de la salle, et Josef reprend là où il s’était arrêté. L’une de ses foutues expériences. Il prenait plaisir à expérimenter sur les jumeaux habituellement, ayant déjà essayer de faire certains d’entre eux des siamois. Mais avec Nikola… C’était encore pire. Il n’avait habituellement aucune limite sauf qu’il savait qu’avec le génie, il pouvait faire les pires atrocités qui existaient, et laissaient libre court à toutes ses perversités les plus horribles. Ce n’était plus des expériences à ce niveau, juste du pur sadisme, son large sourire en témoignait largement. Il avait pris plaisir à découper Nikola morceau par morceau pour voir sa capacité de régénération. Il l’avait même opéré puis retiré certains de ces organes pour tester la limite de ses pouvoirs. Vous ne pouvez imaginer la douleur d’essayer de respirer avec un seul poumon, la cage thoracique ouverte, et l’effort que son corps produisait pour créer un nouveau poumon, alors que son thorax était toujours ouvert. Et Mengele faisait en sorte que Nikola reste éveillé malgré son cerveau qui perdait conscience à cause de la douleur. Comment ? En enfonçant quelques aiguilles dans son crâne et fournissant des décharges constantes, et le nourrissait via un tuyau dans la gorge, comme les gueules cassées de la Première Guerre mondiale pour lui éviter le coma. Alors Nikola ressentait la douleur. Toute la douleur. La douleur lorsqu’il découpait sa chair, brisait ses os, découpait ses ligaments, et son corps. Il ressentait la douleur de ses organes en train de repousser, de son corps en train de guérir. Il ressentait tout, et il ne pouvait pas échapper à la douleur, pas avec ses techniques de visualisations habituelles. Ca ne fonctionnait pas à cause des électrodes. Et même l’hallucination d’Hélène ne suffisait pas à le protéger de la douleur. Il hurlait de douleur à s’en briser la voix. Ses cordes vocales guérissaient, et il hurlait de nouveau, encore et encore. C’était un cycle sans fin. Et encore, ce n’était qu’un petit aperçu de ce qu’il ressentait, de ce qu’il vivait. Il trouvait bien des manières perverses pour l'humilier.

Hélène n’était pas la seule à l’aider. Natalya était là aussi. Elle ne s’était toujours pas faite repérer. Elle l’aidait. Elle essayait de prendre sa douleur – même s’il était plus résistant qu’elle en temps normal. La harpie faisait de son mieux pour le soutenir, son esprit enrobant celui de Nikola, mais ce n’était pas assez. Jamais. Son esprit finissait toujours par se résorber. Ce n’était pas de sa faute. C’était instinctif, incontrôlable. Parce que cela la briserait, et l’instinct de protection de l’esprit était bien plus forte que n’importe quoi. Elle s’en voulait. Elle faisait de son mieux. Mais c’était insupportable.

Et cela faisait six mois qu’ils supportaient les expériences de Mengele.

*-*-*

« Tient le coup Nik, dit Rudolf. Il faut que tu tiennes debout »

Nikola ramasse ces dernières forces et réussit à contracter les muscles de ces jambes pour se tenir debout. Les soldats arrivent à son niveau qui font l’appel pour vérifier la présence des prisonniers, et s’arrête soudainement. L’un d’entre eux à vrai dire, un des chefs. Il parle à Nikola, mais c’est à peine s’il l’entend. Quelque chose comme « Dommage que ton corps soit à Mengele, sinon on s’occuperait de toi au bagne ». Enfin, de toute manière, Nikola était bien trop absent pour réagir. Voyant qu’il ne l’écoutait pas, on lui asséna un coup de matraque dans l’estomac, qui le plia en deux. D’autres coups suivirent. Il était si épuisé qu’il sentit à peine ce qu’on lui infligeait, son esprit à moitié éteint. Il ne sentit même pas les coups s’arrêter. Ni n’entendit les soldats partirent et continuer leur petite routine. Des mains saisirent ses bras et le remirent debout, puis l’emmenèrent à une couchette, à l’écart. Enfin, s’il pouvait y avoir un écart avec les autres dans cet endroit clos.

« Ca va aller Nik ? Tu tiens le coup ? demande la voix de Rudolf dans un brouillard que la voix peinait à percer.

- Ils t’appellent Nik, dit la voix d’Hélène qui était très claire elle. C’est d’un ridicule et d’un vulgaire. On dirait une insulte. Toi qui est si élégant d’habitude. Même tes sœurs ne t’ont jamais appelé ainsi. C’était toujours Nikola. Tu devrais leur dire plutôt que de te laisser faire, dit-elle, assise sur un lit en face de lui.

- Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, je m’en fiche, répondit-il à Hélène »

Rudolf et Alfred se lancèrent un regard inquiet, et finir par le secouer.

« Nik, réveille-toi. Il faut que tu manges, dit-il en le secouant »

En même temps, deux autres prisonniers s’approchèrent d’eux. Ils brisèrent un bout de leur miche de pain, et le tendirent à leur groupe. Tous les cinq avaient un plan. Tous savaient que peu s’en sortirait, et qu’un seul valait le coup : Nikola. Leur plan était prévu pour demain. Ils pourraient le faire, mais Nikola devait être en état de marcher, de courir, c’était une absolue nécessitée. Rudolf et Alfred le forcèrent à manger ce qu’on lui donnait, donnant eux aussi une part de leur ration – déjà si maigre – à celle de Nikola. Il devait survivre, car Nikola pouvait faire un rapport à des autorités. Il avait des relations avec les hauts gradés, il connaissait Churchill. Si Nikola s’en sortait, il pourrait faire un rapport et tout le monde le croirait. Parce qu’il était Nikola Kosanovic et que sa parole comptait plus que les leur.

« Et voilà qu’ils te nourrisse comme un animal. C’est d’un ridicule ! s’exclame Hélène. Et elle s’approche de lui, posant ses mains sur ses genoux. Il faut que tu te reprenne Nikola ! Tu crois que tu vas pouvoir t’échapper dans cet état ? On dirait un légume ! Elle frappe se genoux, rapproche soudainement son visage et hurle. Réveille-toi Nikola ! »

L’hallucination d’Hélène disparait alors qu’il sort de son état catatonique en sursaut. Il relève la tête, fixant les quelques personnes autour de lui. Il les remercia, rapidement, revit le plan avec eux, puis ce fut le moment de dormir.

  
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Nikola KosanovicNothing will be the same...

Histoire


10 Avril 1944, Birkenau, sous un tas de bois

Trois jours. Rudolf, Alfred, et Nikola. Cela faisait trois jours qu’ils attendaient planquer dans ce trou sous cette pile de bois, et s’étouffaient par l’odeur nauséabonde du tabac russe mélangé à de l’essence pour couvrir le flair des chiens. Trois jours qu’ils tremblaient de froid et de peur. Trois jours qu’ils attendaient dans l’angoisse. Il y avait tellement d’inconnue dans leur opération. Les traces qu’ils auraient pu laisser. Les autres prisonniers à qui ils avaient demandé de l’aide et qui étaient restés dans le camp à souffrir. Vous savez ce que sait ? D’attendre et de s’imaginer que ces prisonniers vont les vendre pour sauver leur peau, pour arrêter de souffrir face aux violences des SS lorsque des prisonniers manquent. Leur vie ne leur appartenait pas. Elles étaient entre les mains d’autres prisonniers, et c’était sûrement le pire dans cette situation. Parce qu’à chaque moment, ils pouvaient voir les soldats débarqués. Et ils sursautaient. Au moindre petit bruit. Trois jours qu’ils attendaient dans l’angoisse, trop épuisés pour garder les yeux ouverts. Trop épuisés pour dormir. Mais la nuit tombait, et plus personne ne les cherchait. Mais ce n’était pas fini. Loin de là. Ils avaient encore beaucoup à faire, et c’est à peine s’ils avaient la force de bouger. Pourtant ils n’avaient pas le choix s’ils voulaient s’en sortir. Et c’est avec la force du désespoir qu’ils se mirent à bouger.

Ils repoussent les planche, prudents, les membres ankylosés par l’immobilisation, la faim, la fatigue, et la faim tordait leur estomac. Mais c’était leur chance. Cet endroit du camp n’était pas surveillé la nuit, et ils étaient en dehors des barbelés. L’endroit parfait pour s’enfuir. Alors ils s’enfuirent. Ils courent aussi longtemps qu’ils peuvent. Cours plus longtemps que leur force ne leur permette. Aucun d’eux n’a de contact, complètement livrés à eux-mêmes pour traverser la campagne polonaise. Avec leur vêtement civil, ils réussissent à se faire aider par des paysans qui les nourrissent et les logent dans leur ferme. Et ils sont toujours rongés par la peur. La peur de se faire prendre. Mais Nikola est enfin loin de cette peur, parce qu’il peut enfin la voir, la toucher, la serrer contre lui : Natalya. Après leur fuite, après que les autres se soient endormis, elle est venue le rejoindre à l’écart. Ce fut l’un des moments le plus euphorique de leur vie. Pouvoir enfin se revoir, se toucher sans la peur que les nazis ne le tuent, ne lui fassent du mal. Pour la première fois depuis des années, ils avaient complètement abaissé leur barrière, fusionné leur esprit à tel point qu’ils avaient du mal à se différencier l’un de l’autre. Un moment d’euphorie totale, et terrifiant, perdant leur identité l’un dans l’autre. Après dix mois, c’était une sensation si indescriptible… Aucun Daëmonien ne devait avoir vécu une expérience pareille après toutes ces tortures. Et ils ne le souhaitaient à personne. Une telle attache aujourd’hui, qu’ils refusaient de se séparer. Alors ils ne le firent pas. Les autres s’interrogèrent sur la présence de d’une harpie féroce, mais ils passèrent rapidement, trop épuisés et obsédés par leur fuite pour cela.

Ils prirent dix jours avant d’atteindre la frontière Slovaque. Et trois jours encore pour atteindre un endroit civilisé, et finir chez des connaissances de Rudolf. Des personnes qui les recueillir, les nourrir, les aidèrent autant qu’il pouvait dans les soins, le sommeil. Mais aucun ne se reposa réellement. Ils devaient raconter leur histoire. Et c’est ce que commencèrent à faire Rudolf et Alfred en écrivant un rapport. Nikola, lui, créa un nouvel Autotype avec tout ce qui lui tombait sous la main. Un Autotype qui pouvait envoyer un message aux quelques autres qui existaient dans ce monde. Un Autotype qui transmettrait leur rapport aux forces Alliés. Un Autotype qui pourrait sauver des milliers de vie. La Solution Finale avait commencé, et des milliers de prisonniers étaient déjà tué. Tous les trois avaient assisté aux massacres. Savaient ce qui se passaient. Grâce à Rudolf, et son travail de secrétaire. Grâce à Mengele qui était beaucoup trop bavard avec Nikola. Ils publièrent le rapport de manière officiel, tentèrent de le faire lire à tout le monde. Ils l’envoyaient à toutes les forces Alliés grâce à l’invention de Nikola. Ils contactaient tout le monde. Il fallait qu’on les croie. Absolument.

Et malgré ceux qui les traitaient de menteur, ils continuaient. Ils continuaient jusqu’à ce qu’on commence à les croire. Pour que tous prennent conscience de ce qui se passait réellement dans les camps. Le tatouage sur leur bras leur rappelait en permanence pourquoi ils faisaient tout ceci. Alors ils le firent. Ils continuèrent d’avancer, de se battre malgré les hommes brisés qu’ils étaient. Peut-être avaient-ils besoin de ça pour pouvoir se reconstruire. Pour pouvoir avoir l’espoir de redevenir un minimum ce qu’ils étaient avant. Et pour une fois, une des rares fois, Natalya était d’accord avec lui. Imaginez la douleur et la torture psychologique de voir sa demie-âme se faire torturer sans jamais pouvoir rien faire. Un calvaire sans nom, aussi douloureux que le calvaire de Nikola. Alors ils faisaient ça pour se reconstruire tous les deux. Pour aller mieux. Pour survivre, et pour tous ceux qui continuaient de mourir à Auschwitz.

Et malgré le fait qu’on les repousse, les gens commencent enfin à les croire. Les chefs aussi. Parce que c’est Nikola qui leur raconte cette histoire, avec les codes secrets pour valider son identité. Ils leur racontent tout. L’horreur des camps. Ces histoires qui se répandaient de plus en plus à cause des rumeurs. Des histoires que tous avaient peur de croire. Des histoires qu’ils finirent par croire à cause de Nikola. Tous commencèrent à prendre conscience des réalités des camps de la mort. Vous trouvez cela trop simple ? Ce fut loin d’être le cas. Nikola et Natalya était anéantis, tout juste des êtres pensants. Convaincre des gens de les écouter dans leur état… Ce fut l’horreur. Chaque fois qu’ils fermaient les yeux, ils se réveillaient peu de temps après en criant de peur et de douleur, les souvenirs revenants violemment. Et chaque fois qu’ils trouvaient un instant de répit, les souvenirs revenaient, encore et encore. Brutaux, violents, inhumains. Ils revivaient tout cela, encore et encore.

Alors Nikola laisse tomber. Il ne peut plus rien faire pour aider qui que ce soit. Il n’est même pas capable de s’aider lui-même. Il s’isole des autres autour de lui. Il a déjà trop fait pour eux. Il a déjà trop donné. Dix mois à être torturé, même lui atteignait ses limites. Que les autres aillent se faire voir. Ils avaient toutes les pièces pour gagner la guerre. Lui n’était plus que l’ombre de lui-même. Un déchet inutile dans son état. C’est à peine s’il réagissait à la présence des autres, trop inconscient pour cela. Et lorsqu’il n’était pas complètement dans le brouillard, il ne supportait personne. Personne sauf Natalya. Tous deux restaient ensembles, tout le temps. Ils ne supportaient plus d’être séparés. Pas après tout ceci. Ils étaient trop effrayés à l’idée de revivre ce calvaire pour se séparer à nouveau. Ne serait-ce que quelques instants.

La peur, toujours la peur.

8 avril 1960, Amazonie

Depuis la fin de la guerre, Nikola a décidé de reprendre ses voyages, et d’arrêter ses recherches ne serait-ce que quelques années. Il n’en pouvait plus du monde occidental, et de ses manipulations, alors il émigre dans le monde plus au sud, ou celui oriental selon ses envies. Et il continue de voyager. Après la fin de la guerre, il fut assailli par de nombreux cauchemars des tortures qu’il avait subis. Tout comme Natalya. Cela leur demanda un effort long et fastidieux pour se libérer de tout cela. Et encore, pas véritablement libéré puisqu’ils s’en souviennent dans les moindres détails tout comme la douleur qui ne disparaitra jamais. Disons simplement qu’ils font comme avec le reste. Ils ont appris à compartimenter et mettre de côté ce qui est inutile à leur tâche. Leur long passage dans un temple bouddhiste près de l’Everest leur parmi ce retour à la tranquillité. Et contrairement à ce qu’en pense beaucoup, ils ne sont pas aussi faibles que le dise les autres. Ils leur ont appris à maitriser leur esprit, à retrouver leur volonté, et à se battre. Bien sûr, Nikola avait déjà pu expérimenter bien des moyens de se battre, mais il en avait découvert d’autres, basé sur la maitrise et le contrôle de soi, et non sur l’explosion de puissance. Suite à cela, il partit escalader le mont Everest jusqu’à son sommet – ce qui lui valut un certain nombre d’hallucinations à cause du manque d’oxygène. Mais tout ceci valait bien l’expérience, et il ne regrette pas le moins du monde ce risque qu’il a pris.

Tous deux visitèrent les coins les plus reculés de ce monde. Des plaines de Russie, aux champs de Chine. Du Sahara en Afrique, aux ruines perdus et oubliés des anciens temples Aztèques, Mayas, et autres anciennes civilisations. Et en ce moment, il vivait dans l’Amazonie, avec un peuple reclus, et coupé de toute influence extérieure. Découvrir leurs coutumes, leur langue, fut plutôt instructif et réparateur. Une vie simple, mais utile et pleines d’expériences surprenantes et d’offres de leçons.

7 février 1979, Sao Paulo, Brésil.

Nikola était assis dans une voiture, habillé comme un véritable Brésilien. Il avait les yeux rivés sur la terrasse d’un café. Sur le visage d’un homme. Un seul. Ses yeux bleus lançaient des éclairs, sa mâchoire se contractait à lui en faire mal. Il ne cessait de serrer le volant qu’il tenait depuis tout à l’heure, à tel point qu’il commençait à avoir des crampes. Son esprit est en ébullition. Il peine à tenir en place. Les souvenirs remontent à chaque instant tandis qu’il fixe le visage de cet homme qui a bien vieilli. Cet homme qui l’a tant fait souffrir. C’était la première fois qu’il ressentait une telle haine envers qui que ce soit. C’était même la première fois que ses sentiments étaient aussi violents à part pour Hélène et sa fille. Et c’est cet homme qui l’avait privé d’Hélène. Cet homme qui l’avait torturé pendant des mois soi-disant pour la science.

Josef Mengele.

Le génie trépigne d’impatience, de frustration, de haine. Les traits de son visage sont déformés par ses émotions. Il n’avait jamais pensé à se venger durant tout ce temps. Mais depuis qu’il avait revu Josef par un coup de chance dans les rues de Sao Paulo… Toutes ses émotions qu’il avait longtemps maintenu sous clef avaient explosé. Toutes en même temps. Pour un homme aussi peu émotif que lui, c’était dangereux. Mais il s’en fichait. Plus rien ne comptait à part Josef. Il allait le tuer. Sans aucun remord. Sans aucun scrupule.

Natalya fulminait elle aussi. A l’extérieur, posé sur la branche d’un arbre, elle se retenait de ne pas se jeter sur Mengele et de le tuer immédiatement. Elle se souvenait de chaque chose que ce sadique avait fait à Nikola. De toute les tortures qu’il lui avait fait subir. Et elle, impuissante, ne pouvait que regarder son frère souffrir le martyr. L’impuissance, l’un des pires sentiments qu’elle est connue. Mais elle ne l’était plus impuissante. Elle allait pouvoir le tuer pour tout ce qu’il a fait à Nikola. Cette simple idée ne faisait qu’attiser un peu plus sa soif de sang, et sa haine. Ses serres s’enfonçaient dans l’écorce. Elle d’habitude si patiente, se retenait à grand peine de se jeter sur sa proie. Seule la logique froide et logique de leur génie à tous les deux réussissaient à les tenir en place. Ils devaient attendre. Parce qu’ils avaient un plan. Ils tueraient Josef. Bientôt. Et personne ne le saurait.

*-*-*

La nuit était tombée. Nikola attendait, dissimulé derrière des arbres. Il pouvait voir Josef dans sa maison, qui mangeait. Et ils patientaient. Ils ne bougèrent pas jusqu’à ce que le SS parte se coucher. Ils attendirent encore jusqu’à ce que la lumière s’éteigne. Il était seul dans cette maison. Nikola s’avance enfin. Il ouvrit la porte par effraction très facilement, et monte à l’étage. Josef dormait dans son lit. Nikola le saisit par la gorge, appuyant simplement sur chaque jugulaire. L’homme se réveille, et cherche à lutter. Mais trop tard, cela fait déjà plus de cinq secondes que son cerveau est coupé d’oxygène. Josef perd conscience.

Il se réveille, couché au sol, quasiment incapable de bouger, au bord du ponton. Nikola est accroupi au-dessus de lui, Natalya posé sur son avant-bras, la lumière d’une lampe et de la pleine lune pour seule éclairage. Leurs yeux sont fixés sur le SS, emplis de haine. Josef semble le reconnaitre, et veut parler, mais un bâillon sur sa bouche l’en empêche. Les lèvres de Nikola s’étirent en un sourire glacial, dénué de toute émotion.

« Ca faisait longtemps n’est-ce pas ? commence Nikola la voix calme et terrifiante. Trente-quatre ans et dix mois très exactement. Ca aurait été notre anniversaire dans deux mois, mais puisque vous êtes là, autant vous tuez maintenant, un éclat de peur apparu dans les yeux de Mengele lorsqu’il vit le sérieux de Nikola. A vrai dire, je ne comptais pas vraiment vous tuez, sauf que vous avez jouer de malchance. Vous auriez pu finir votre vie tranquillement, mais vous avez tuer bien trop de personnes pour vous laisser finir ainsi. Enfin, je ne me serais pas senti concerné par la mort de toutes ces personnes, mais avec ce que vous m’avez fait subir, je vais vous tuer.   dit Nikola, et lui saisit soudain le col pour le rapprocher de son visage. Et vous savez ce qui est le plus ironique ? C’est que j’aurais pu passer sur les tortures, mais vous avez tué la mauvaise personne, et vous ne vous en souvenez même pas, alors faisons un rappel, dit-il, sa voix perdant petit à petit de son calme pour se teinter par la colère froide et terrifiante. Carentan, en France, le 24 décembre 1940. Vous avez attaqué un bar, et tuez tous ces occupants. Vous m’avez tiré une balle à l’arrière du crâne, mais avant ça, vous avez tué une femme. Et c’est pour ça que je vais vous tuer. Parce que vous avez abattu la dernière personne qui avait de l’importance pour moi dans cette vie »

Natalya s’envole, se posant à côté d’eux, ses yeux foudroyant Josef. Sans le lâcher, Nikola tend sa seconde main et saisit une aiguille remplie à moitié de liquide. C’était bien plus que suffisant. Il se redresse, forçant Mengele à se mettre à genoux.

« Cette seringue est pleine d’adrénaline. Pour un homme normal, cela augmenterait son métablisme, et risquerait de le tuer à cette dose. Mais pour vous qui a des problèmes d’hypertension artérielle, cela causera votre mort. Vous avez de la chance. Je ne suis pas un sadique. Votre mort sera douce. Enfin... »

Le regard de Nikola se fit encore plus inquiétant alors qu’un sourire en coin étirait ses lèvres. Il ne dit rien d’autre et enfonce l’aiguille dans la gorge de Josef. Il presse le bout, injectant le liquide dans son organisme. Il retire l’aiguille, et retire le bandana. Puis il pousse Mengele à l’eau. L’homme se débat, essaye de saisir le pont. Mais chaque fois, Nikola repousse ses mains. Josef décide de s’éloigner, d’aller voir un autre bord, mais c’est trop tard. Son cœur s’emballe, un caillot se forme dans son cerveau, provoque un accident vasculaire cérébrale. Ses mouvements ralentissent, et il commence à sombrer sous l’eau. Il se débat, essaye de remonter, mais l’eau rempli ses poumons. Il a peur. Il essaye de crier, d’appeler à l’aide. Mais personne ne viendra. La seule personne assistant à la scène le regarde, une main dans a poche, l’autre tenant l’aguille et le bâillon. Ce sourire glacial étire ses lèvres, ses yeux bleus continuant de lancer des éclairs. Il ressent presque un certain plaisir à voir cet homme mourir par noyade – l’une des pires morts à ce qu’il semblerait. Mengele lui a pris la seule chose à laquelle il tenait. Il lui avait tout pris. Alors Nikola lui prenait le peu qu’il lui restait. Cela n’apaisait pas le chagrin qu’il ressentait toujours aussi fort même après toutes ses années. Cela n’apaisait pas sa haine. Mais cet homme était enfin mort. Et il ressentait cette joie froide et sans fond que procurait la mise à mort d’un homme qui l’avait tant blessé. D’un homme qui l’avait brisé mainte et mainte fois. Mais la souffrance restait. La Souffrance, la Haine. Tout restait en lui, marqué au fer rouge. Il était incapable d’oublier. Aucune de ses émotions, de ses souvenirs ne s’estompaient. Jamais.

Josef Mengele était enfin mort.

Et Nikola Kosanovic continuait à souffrir.

6 mars 1998, Washington


Nikola assiste à une conférence sur les nouvelles technologies, en particulier sur l’amélioration du débit d’internet. Les quelques aberrations que disait le conférencier faisait bien rire le génie. Il avait eu l’idée d’internet avant même que la radio ne soit inventée, et cela faisait longtemps qu’il savait comment améliorer le débit de celui-ci. Il devrait sûrement proposer son expertise sur la question, et déposer un brevet. Quoique… Il s’amusait bien trop à mettre au tapis chaque théorie qu’avançait l’homme face à eux. Cet homme qui n’arrêtait pas de le fusiller du regard depuis tout à l’heure, ce qui ne faisait qu’augmenter l’amusement de l’ingénieur. Mais ce petit jeu l’ennuya assez rapidement. S’il était venu à la base c’était pour voir de véritable théorie, pas un simulacre. Et cela ne suffisait pas à stimuler son esprit assez longtemps. Ce fut à ce moment qu’il parle à la femme à côté de lui, qui semblait s’amuser de ses interventions répéter. Aussi surprenant soit-il, c’était censé être un rendez-vous galant. Il y avait mieux comme rendez-vous. Et cet homme était plus concentré sur la conférence que sur cette femme. Sûrement la raison pour laquelle elle se mit plutôt à écouter Nikola et une conversation plus intéressante.

Kara. C’est ainsi qu’elle se présenta, et, à ce moment, il se présenta comme Alan Jones – son identité actuelle. Elle n’était pas un génie, pas idiote non plus, mais dans une moyenne. Le genre de femme qu’il séduisait assez rapidement, et avec qui il passait une nuit avant de partir. Mais pas celle-ci. Ils ne passèrent même pas la nuit ensemble. Kara était différente des autres femmes – et très différente d’Hélène. Par un moyen inconnu, elle réussit à ramener un côté plus humain. A faire ressortir des émotions qu’il avait enterré depuis longtemps, et qu’il pensait disparu il y a des années. Avec la mort d’Amelia, et de Feodor. Elle arrivait à le faire rire pour de vrai, et plus il passait du temps avec elle, plus il sentait une certaine joie l’envahir. Et cela faisait si longtemps qu’il ne s’était pas senti ainsi, qu’il ne pensait pas à fuir, bien trop envahit par l’euphorie que Kara lui procurait. Tant qu’il ne faisait qu’en profiter, il n’y avait pas de mal de toute manière. Bientôt il finirait par se lasser d’elle et les émotions se dissiperait rapidement. Il tombe à nouveau. Surprenant, et totalement en incohérence avec sa personne, ses choix, sa façon de vivre robotique et dénué de sentiments depuis des années. Il tombe de nouveau amoureux. Une femme fantastique, qui le fait aller mieux, qui lui fait oublier toutes les choses qu’il a déjà vécu, mais il ne s’en rend pas compte. Kara l’aime en retour. D’un amour inconditionnel, désintéressé. Elle aime cet homme avec toutes ses failles, et ses mensonges. Elle comprend sa complexité, et l’aime dans son entièreté, et l’influence positivement. Avec elle, il ressent à nouveau des sentiments, tous plus vrais et puissants. Elle est le calme après la tempête. Le baume qui ramène sa pauvre carcasse vide à la vie.

Et Natalya détestait déjà cette femme, et faisait en sorte de l’éloigner de Nikola. Après tout, cette femme aussi était Daëmoniene. La harpie féroce savait ce qui finirait par se passer. Elle était heureuse que Nikola retrouve un peu de joie d’antan, mais elle savait comment cela finirait. Alors elle devait le protéger, lorsque lui ne pouvait pas se protéger lui-même.

12 juin 2001, Pérou


Le voilà à nouveau obligé de partir. Il s’exile, encore, comme il le fait depuis des années. Une fuite constante pour dissimuler son identité, pour que personne ne se rende compte qu’il ne vieillit pas. Un changement, encore un, parmi les dizaines qu’il a déjà faites. Changer d’identité, faire de faux papiers, s’inventer une nouvelle vie, de nouveaux détails lorsqu’on lui posait des questions. Cela devenait de plus en plus lourd à supporter. En particulier maintenant. Parce que ce n’est pas son identité d’Alan Jones qu’il fuyait cette fois-ci. Non. Cette fois-ci, il fuyait Kara. Cette femme fantastique, forte et qui, à sa façon, intelligente bien qu’elle ne soit pas un génie. Elle avait réveillé chez lui ses sentiments, et le peu de sentiment humaniste qu’il avait conservé bien enfouie au fond de lui. Et c’était ça le problème. Kara le rendait humain. Et plus il était humain, plus il risquait de souffrir, comme à chaque fois qu’il s’était attaché à quelqu’un. Il s’était tant attaché à Kara, qu’il avait fini par lui révéler sa véritable identité. Elle avait semblé à peine surprise d’apprendre cela. Et pas plus intéressée non plus. Elle était restée elle-même. Si humaine. Si vivante. Si émotionnel. Tout le contraire de lui. Kara le rendait heureux. Et bien plus que cette simple joie, il tombait amoureux d’elle. Et c’était une très mauvaise chose. Alors il s’était enfui. Il n’avait rien dit à Kara, et avait juste fait ses bagages, et il était parti.

Nikola ne devait pas tomber amoureux. Plus jamais.

Natalya avait fini par lui remettre les idées en place. Certes elle était jalouse, mais plus que cela, elle voulait le protéger. Elle lui avait rappelé ce qui finirait par arriver inévitablement. Elle, elle finirait par mourir, et lui resterait jeune. Et il finirait par souffrir, comme il avait souffert avec la mort d’Hélène. Comme il avait souffert au chevet d’Amelia. Et à chaque fois il ressentirait la souffrance, l’impuissance, qui ne ferait que se rajouter à ces sentiments qu’il avait déjà emmagasiné en lui. La seule personne qui serait à jamais là pour lui, c’est sa demie-âme. Malgré ses coups-bas, et ses mensonges, Natalya serait toujours là. Et elle aussi ressentirait la même souffrance que lui. Elle aussi serait incapable d’oublier le déchirement, et l’impuissance. Des sentiments qui ne disparaitraient jamais, et ne s’estomperaient jamais, pour l’un comme pour l’autre.

Foutu mémoire eidétique.

A cause d’elle, il était incapable d’oublier un minimum Hélène. Et maintenant, aussi surprenant soit-elle, il serait incapable d’oublier Kara. Mais il la libérait au moins. Elle pourrait continuer de vivre. Trouver une autre personne, et avoir une vie de famille. C’était sûrement égoïste de sa part, ou bien trop humaniste, il n’en savait rien. Il savait simplement qu’il en avait marre de voir les gens qu’il aime mourir sous ses yeux, alors que lui continuait d’avancer. Il détestait ce sentiment d’impuissance qu’il ressentait à chaque fois. Il l’avait déjà vécu trop de fois. Il ne supporterait pas de voir Kara mourir. Et elle ne supporterait pas la vie avec un immortel, parce que personne ne le supportait. Alors il partait.

Pour la sauver de lui.

27 mars 2006, Vancouver, Canada.


Nikola entre dans l’hôpital, et s’arrête au secrétariat. La femme occupée sur son ordinateur ne le remarque pas tout de suite.

« Bonjour, dit-il »

La femme fait un petit salut, continue de taper sur l’ordinateur. Nikola ne dit rien, attendant plus ou moins patiemment. Elle finit par lever la tête vers lui, se fige un instant, et son attitude change assez rapidement. Tout de suite son regard fatigué, et de mauvaise humeur disparait, pour laisser place à un sourire charmeur, et charmé. Il étira un sourire aguicheur qui sembla la captiver.

« Bonjour, vous désirez ? lance-t-elle avec un langage corporelle plutôt explicite sur ce qu’elle pensait.

- Je cherche un patient. Il doit être dans l’unité cancérologie j’imagine. Il s’appelle Walter Rosenberg.

- Je vais vous trouver ça. Vous êtes quelqu’un de la famille ?

- En quelque sorte, répondit Nikola.

- Vous avez raison, il est en chambre 307 en unité cancérologie.

- Bien, merci »

Nikola tourne les talons et s’en va. Il avait vu le regard désolé de la femme, ses lèvres s’entrouvrirent pour lui faire des condoléances sûrement, mais il n’avait pas besoin de les entendre. Il n’était pas assailli par le chagrin, comme on pouvait s’y attendre. Ce n’était pas cette émotion qu’il ressentait. Quelque chose comme de la mélancolie peut-être ? Nikola n’était pas doué pour analyser ses propres sentiments. Ni pour comprendre ceux des autres, bien qu’il soit assez doué pour les reconnaître.

Nikola arrive devant la porte, et l’ouvre. Il entre dans la pièce et la referme derrière lui. Le vieil homme allongé sur le lit dort. Les machines émettent des bips récurrents, presque trop bruyant pour les oreilles sensibles du génie. Il part à la fenêtre, et l’ouvre. Natalya descend du ciel, et se pose sur le rebord de la fenêtre, ses serres s’enfonçant dans le mur, laissant des marques sur le mur. Elle aussi se trouvait dans le même état que Nikola. Elle n’avait pas vécu les mêmes choses avec cet homme, mais elle les avait ressentis via leur lien. Peut de gens pouvaient s’imaginer le lien qui existait entre Nikola et Walter, alias Rudolf Vrba. Ce n’était pas comme avec les policiers qui se sauvaient entre eux. Là c’était bien plus complexe comme relation. Ils avaient survécu au camp d’Auschwitz ensemble. Ils s’en étaient échappés ensemble. Durant tout ce temps, ils n’avaient pu compter que sur eux-mêmes à ce moment. Nikola ne s’attachait pas facilement, mais il tenait un minimum à cet homme pour l’avoir suivi via internet pour prendre de ses nouvelles. Ils ne s’étaient jamais revus depuis.

Nikola s’assoit sur le siège, pose sa cheville sur son genou, et attend, les yeux posés sur le visage du vieillard face à lui. C’était étrange de le voir ainsi. La première fois qu’ils s’étaient vu, Rudolf avait la vingtaine. Et maintenant il en avait quatre-vingt-un. Vieil homme ridé, et malade. Il était maigre à cause des différents traitements qu’on lui administrait pour chercher à soigner son cancer. Mais la science ne marchait pas toujours. Il était mourant.

Le soleil se couche. Une infirmière passe pour vérifier ses perfusions. Elle demande à Nikola de partir car c’était la fin des visites. Il réussit à la convaincre de rester avec quelques paroles charmantes bien placées. C’était l’avantage de savoir prendre un air désolé face à la mort futur de son grand-père, et qu’il a fait un long voyage pour venir ici. Et c’est peu de temps après le passage de l’infirmière que Rudolf se réveille. Shooté par la morphine, l’homme ne se rend pas tout de suite compte de la présence de Nikola. L’homme tourne la tête et voit le génie. La surprise se peint sur son visage.

« Nik ? C’est toi ? dit l’homme, qui fut prit soudainement d’une quinte de toux qui tord son visage de douleur. Je dois halluciner, tu n’as pas changé »

Nikola se lève pour s’approcher du lit du malade.

« Non, tu n’hallucine pas. Même si les médicaments ne doivent pas beaucoup t’aider à voir clair, dit l’ingénieur avec son sourire en coin habituel »

Le vieil homme prend la télécommande à côté de lui, et fait se redresser le lit. Il a une nouvelle quinte de toux douloureuse. L’homme saisit une autre télécommande et appuie sur un bouton. Celle-ci était reliée à la morphine. Mais la machine ne délivra pas plus de l’anti-douleur, réglée sur une dose maximale. Dose qu’il avait atteinte.

« Cette foutue machine qui veut pas me filer plus de morphine, dit-il. Tu crois que si je donne des coups dedans elle m’en filera plus ?

- Je crois que tu peux attendre encore longtemps, lâche Nikola »

Les deux se mirent à discuter d’un peu tout et rien. Surtout de la vie de Rudolf. L’homme avait vécu une belle vie malgré le traumatisme du camp de la mort. Un traumatisme qu’il avait toujours tatoué sur son avant-bras. Tout comme Nikola. C’était amusant. Rudolf n’avait pas l’air d’être plus surpris que ça de voir Nikola toujours aussi jeune. Il s’en fichait à vrai dire. Le lien qui les unissait était bien plus fort que de voir l’anomalie qu’était Nikola. Leur conversation se tarit. Ils restèrent silencieux pendant un moment, Rudolf continuant de tousser pendant un moment. Nikola pouvait le voir sur son visage. Le survivant voulait mourir. La morphine ne lui faisait plus réellement d’effet. Le génie pouvait voir que l’homme désirait mourir, mais ne se suicidait pas. Il était bien trop croyant pour cela. Et le suicide était interdit chez les Juifs – comme dans beaucoup de religion. Nikola lui fait alors une proposition.

« Je peux abréger tes souffrances, dit-il »

Il voit le supplice dans les yeux de son ami. Cet homme qui a traversé l’enfer, et qui y a survécu, supplie qu’on le tue. Ce n’est pas anodin. Nikola se lève, et s’approche de la machine à morphine. Il ouvre le boitier arrière et provoque une surtension. La machine se réinitialise. Nikola referme le boitier et saisit la petite télécommande. Tout le monde penserait à un dysfonctionnement de l’appareil. Les deux hommes se lance un dernier regard, puis Nikola presse le bouton. La machine délivre le produit sans arrêt. Rudolf sourit. Il tourne la tête vers la fenêtre, alors que le soleil commençait à se lever. Et il sombre doucement dans l’inconscient. Les machines émettent un bip sans interruption. Nikola regarde le corps de son ami mort. Il met les mains dans ses poches, silencieux, le visage grave. Il venait de tuer quelqu’un de sang-froid. Ce n’était pas la première fois. Mais cette fois c’était différent. C’était quelqu’un a qui il tenait. Sûrement la dernière personne avec qui il avait vécu des expériences fortes et à qui il tenait. Il venait de tuer un ami, de sang-froid, et il ne se sentait pas coupable. Certains le traiteraient de de sociopathe. Il avait fait cette action par pitié. Ou alors il essayait de se convaincre que cela ne lui faisait rien ?

« Allons-y Nikola, lui dit Natalya »

Des pas se faisaient entendre, des gens accouraient. Nikola fit demi-tour, et sorti de la chambre. La harpie déploie ses longues ailes et s’envolent, volant gracieusement au-dessus de l’hôpital. Au-dessus de Nikola, comme une ombre protectrice et rassurante.

18 aout 2011, Rome

L’annonce est tombée ! Les Daëmoniens existent ! Incroyable mais vrai ! L’excitation, la peur, l’incrédibilité agitent les humains, et même les Daëmoniens qui découvrent qu’ils ne sont pas seul au monde. Une excitation oui. Mais qui n’atteint pas le moins du monde Nikola. Il est au courant de l’existence des autres depuis qu’il est né, sa mère lui en ayant parlé, et au cours de sa vie il en avait rencontré de nombreux. Natalya et lui avait étudié longuement leur physiologie pour comprendre la différence avec les Humains, mais à l’époque la technologie n’était pas assez évoluée. Maintenant elle l’était, et les études de Nikola avait pris un sacré tournant depuis. Mais toute cette agitation commençait à devenir agaçante à vrai dire. Les Humains avaient peur, et devenaient violents, mais ce n’était pas comme si les Daëmoniens étaient en reste. Enfin, de toute manière, c’était dans la nature de l’Homme d’avoir peur de ce qu’il ignore. Rares sont ceux qui sont capables de s’émerveiller face à l’inconnu, et de s’en amuser. Il faisait parti de ses élus. Mais le commun des mortels n’était que des idiots, incapables d’utiliser leur cerveau, contrôler par la peur, et non pas par leur intelligence. Ces idiots l’exaspéraient plus que tout, surtout qu’ils étaient persuadés d’être meilleur, d’être supérieur. Exaspérant.

Une chance pour lui, Nikola était un véritable caméléon, tout comme Natalya. Cela faisait cent cinquante-cinq ans qu’ils dissimulaient leur nature, et cent quatorze ans que Nikola utilisait une fausse identité. Personne ne réussirait à découvrir ce qu’ils étaient. Pas à moins que Nikola ne le veuille. A vrai dire, il avait cru que si la vérité sur leur existence serait dévoilée, enfin il pourrait faire avancer ses expériences, et tester plus longtemps la nature Daëmonienne, mais vu la tournure des choses, il allait encore expérimenter sur lui et Natalya pendant un moment. Une Natalya qui avait fait de grandes avancées sur les neurosciences, et la neuropsychiatrie. Des avancées qui ont grandement changer les traitements des personnes souffrant de maladie mentale, de toute sorte de maladie d’ailleurs. Mais aussi sur le fonctionnement du cerveau, et les communications nerveuses entre les différents systèmes. Dernièrement, elle avait publié de nombreux articles sur les émotions universelles, et les expressions associées : les micros-expressions comme elle aimait les appeler.

La science, c’est tout ce qui comptait pour eux, et les affres politiques, ils n’en avaient rien à faire. Jamais.

19 juin 2013, Merkeley

« Bonjour, c’est pour le recensement ?

- C’est ça, et cela risque d’être compliqué, dit-il ce qui fit soulever un sourcil à la secrétaire en face de lui.

- Bien, votre nom s’il vous plait.

- Kosanovic, K.O.S.A.N.O.V.I.C répondit-il, et elle ne réagit pas.

- Votre, ou vos prénoms ?[/Color]

- Nikola comme premier prénom avec un K et sans S, et Milutinov comme deuxième, et cela s’écrit M.I.L.U.T.I.N.O.V.

[b]-Votre date de naissance.


- 10 juillet 1856, elle commence à écrire sans réaction.

- dix juillet dix-hui-cent… Elle s’arrête dans son écriture et lève la tête. Pardon ? Dix-huit-cent cinquante-six ? C’est une blague ?

- Non pas du tout, je suis Nikola Kosanovic, le vrai né le 10 juillet 1856, reprit-il. J’ai même réussi à retrouver mon acte de naissance de l’époque, dit-il en sortant une feuille jaunis par le temps »

Le regard de la secrétaire passe de son visage à ce papier, puis à nouveau son visage, sa bouche légèrement entrouverte. Elle n’y croit toujours pas. Elle s’excuse, se lève, et part chercher un supérieur. Nikola se retient d’éclater de rire, tandis qu’il caressait la tête de Natalya posée sur son bras. Elle laisse échapper un soupir d’agacement. *Je sens que tout ceci va prendre du temps* Dit-elle agacé, ce qui fit sourire Nikola. *Tu es sûr que tu ne veux pas continuer de faire semblant d’être un Humain ? Cela prend moins de temps de créer de fausses cartes d’identité* *Eh bien, si tu veux continuer de devoir te cacher et te comporter comme un animal stupide, on peut partir* Aussitôt, il sentit qu’elle se renfrogne. Elle écarte une de ses longues ailes qui rencontre son visage. Il la repousse doucement pour ne pas lui briser l’aile. *N’empêche, c’est une très mauvaise idée, tu sais que ce genre de chose, c’est pour contrôler la population* *Oui, comme tous les recensements, et comme tout Gouvernement, mais c’est une habitude pour nous, et cela ne nous empêchera pas de faire ce que l’on veut, comme toujours* Nikola et son habitude de ne respecter les règles que lorsque ça l’arrange.

La secrétaire revient avec sa supérieure, coupant court à leur discussion. Suivit une longue bataille juridique qui vint presque à bout de la patience de Nikola. Une patience qu’il n’avait qu’envers ses expériences, et surtout pas les gens. Ils faillirent même venir à bout de la patience de Natalya qui voulut les écharper plus d’une fois. Heureusement, il fut capable de leur expliquer leur parcours, le pourquoi du comment. Toutes ces choses qu’il avait besoin de savoir. Un agent du FBI vint même pour discuter de son cas, pour enquêter sur lui. Ce fut une procédure longue, et inutile d’après Nikola, mais ils tenaient tous tant à prouver qu’il était réellement Nikola Kosanovic qu’ils ne se limitaient pas à quelques minutes de recherches. Finalement, ces recherches s’arrêtent enfin, et il obtint ses papiers. Ce n’était qu’une pauvre carte avec marqué son identité. Son foutu nom et son foutu prénom, pourtant ça comptait plus qu’on ne pouvait le penser pour lui. Il pouvait enfin retrouver son identité. Arrêter de se casser la tête à créer des fausses cartes, et à déménager toutes les cinq minutes. Enfin, cela ne l’empêcherait pas de voyager, puisqu’il passait son temps à le faire. Mais tous deux pourraient voyager beaucoup plus facilement désormais sans la contrainte de l’oiseau exotique qu’est la harpie féroce. De plus, ils avaient également remis à neuf tous les brevets que l’un et l’autre avait déposé sous différentes identités. Là aussi ce fut long pour récupérer tout le travail de leur vie, mais ils réussirent.

15 décembre 2014, aux informations

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    Nikola Kosanovic, le génie qui a inventé le courant alternatif, et censé être mort le 7 janvier 1943, semblerait-il être encore en vie. Est-ce un canular du gouvernement Daëmonien, ou bien une vaste blague d'un homme? Ou alors est-ce que Nikola Kosanovic aurait découvert le secret de l'immortalité? Une telle avancée scientifique conférerait des possibilités incroyables. Nous avons cherché à l'interviewer, mais Kosanovic n'a accepté aucune de nos interviews.Homme égoïste qui refuse de partager ses secrets, ou mensonge du gouvernement? Cela reste encore a découvrir.



Nikola regarde les informations, amusé. Le secret de l'immortalité ? Et c'était lui l'égoïste ? Bientôt tout le monde finirait par parler d'une conspiration. Et dire que ces idiots pensaient qu'il avait découvert le secret pour ne pas vieillir. C'était tellement plus complexe qu'un arrêt de vieillissement. Plus complexe et tellement plus difficile à vivre pour des personnes normales.

[b]17 octobre 2018, Merkeley


La chute du Conseil, la reconstruction d’un nouveau gouvernement Daëmonien. Prévisible. Si prévisible et ennuyeux. Combien de gouvernement avait-il vu tomber ? Des dizaines. Et il y portait le moindre intérêt que lorsque cela pouvait lui être utile. Et puis le peut de scrupules qu’il avait à suivre les règles et les lois, un gouvernement ou un autre ne le changeait pas beaucoup. Il avait tellement voyagé, eut tellement d’identité, de nationalités, qu’il était un expert en la matière. C’était tout autant un jeu que le reste d’ailleurs. Il s’était inscrit sur la nouvelle liste de recensement, puis avait continué ses recherches comme si de rien n’était. Nikola avait ouvert son propre laboratoire de recherches basé à Merkeley. Un laboratoire assez particulier qui engageait des génies comme employé, ces génies incompris que tous avaient rejeté. Un laboratoire qui n’avait aucune spécialisation, qui étudiait tout ce sur quoi ces génies travaillaient. Un endroit où ils n’avaient pas besoin de faire semblant, tout comme Nikola, bien qu’il reste à l’écart des autres.

Comment a-t-il fait ? Facile. Avec toutes ses années de vie, il a économisé beaucoup d’argent, bien qu’il ne soit pas cupide, et plutôt dépensier pour ses expériences. Mais avec la mondialisation, la naissance d’internet, et des bourses, un homme comme Nikola ne pouvait que s’enrichir. Il lui était presque aisé d’anticiper la valeur de la bourse, et d’investir là où les placements seraient le plus productif. Pour le reste, il n’avait plus qu’à attendre que l’argent entre. Un génie capable de calculer les aléas de la bourse, cela l’ennuyait assez rapidement à vrai dire.

« Je me demande ce qui nous arriverais si tu étais contaminé par ce virus, dit Natalya qui observait les informations.

- Eh bien… Techniquement cela fait perdre le contrôle des pouvoirs, puisque je n’ai aucun contrôle sur le mien… C’est une bonne question. Ce serait presque amusant à tester. Quoique… Je n’ai pas spécialement envie de souffrir le martyr des heures si cela m’affecte de la sorte. J’ai eu mon lot de souffrance merci. On devrait peut-être chercher un remède tout compte fait.

- C’est moi la biologiste, et le médecin. Ce serait à moi de faire ça, mais je n’y vois pas vraiment l’intérêt à vrai dire.

- Tu y verras l’intérêt si je suis contaminé un jour, et que mon pouvoir ne peut pas soyer l’infection n’est-ce pas ? »

La harpie secoue la tête, redressant ses plumes sur sa tête. Bien sur qu’elle chercherait un remède seulement si cela avait le moindre intérêt pour eux, rien d’autre. En attendant, tous les deux continuaient d’étudier leur sujet respectif d’expérience qu’ils trouvaient intéressant. Continuaient de mener ce train de vie incroyable qu’était la leur. Après tout, ils avaient voyagé dans le monde entier, fait toutes les expériences possibles. Des choses incroyables qu’ils vivent depuis si longtemps.

Peut-être sont-ils lassés de la vie désormais ? Sans ami, sans attache, sans personne. Juste eux deux, pour l’éternité, et le monde qui s’effondre et se reconstruit autour d’eux. Et ces gens qui vivent et qui meurent à chaque instant. Combien de temps encore pourront-ils vivre en autarcie ? Couper de ce monde, détestant ces personnes, tout en améliorant leur vie. Un de leur nombreux paradoxe, comme toujours.

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MessageVen 27 Avr - 15:11
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Je mords!..
Bienvenue à lui sur le forum ;)
Effectivement, c'est une grooooooosse feuille lol
  
MessageSam 28 Avr - 18:29
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Stella HemingwayMODO• Nothing will be the same...
Re-bienvenue
  
MessageDim 29 Avr - 15:10
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Nollaig E. O'MalleyNothing will be the same...
Hello rebienvenue c'est un beau pavé que tu nous a mis là! Bon courage pour la validation!
  
MessageDim 29 Avr - 17:01
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Je mords!..
N'hésites pas a nous prévenir lorsque tu auras terminer ;)
  
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