la nuit nous appartient (PRYSIAM)

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Mar 4 Sep - 21:57


la nuit nous appartient

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Siam ϟ  Pryam.



«  — Tu es sûr que c'est une bonne idée ? Tu connais la nature d'un fantasme, d'une rêverie. Si tu apparais comme cela, tu pourrais lui faire peur. Ou pire, finir au poste. Ce que tu fais s'apparente pas mal à du harcèlement, Pripri. »
« — Tout ira bien, d'accord ? »

Trois fois que nous faisons le tour de ce parc en attendant que la nuit tombe. Trois éons, trois siècles, trois fois trop de battements de coeur. J'ai l'impression de passer un entretien d'embauche. Le palpitant affolé. La nervosité qui palpite dans les doigts. Innocence, pourtant, dans chaque cellule, chaque émotion véhiculée par le carmin liquide dans les veines. Mais l'idée de la voir, enfin, en vrai ...

Tout avait débuté il y avait de cela presque deux mois. Je venais d'arriver en ville, et je reprenais doucement mes empreintes sur la ville, mes habitudes, dont celle féroce et ancrée de sortir la nuit. Non pour faire la fête ou draguer, loin de là. Pour profiter des lumières célestes, parfois camouflées par les lucioles électriques de lampadaires urbains. Pour observer la ville endormie, les voitures - squelettes métalliques éteints et mornes, ou encore pour marcher dans les parcs comme celui-ci. C'est là que je l'avais entendue - l'Inconnue. Ma Belle Mystérieuse. Tout cela avait tourné à la manière de lettres épistollaires perdues, c'était presque romantique, si cela avait mêlé l'amour au sentiment perdu de proximité, et celui rassurant de l'anonymat.

Elle était assise sur un banc. J'avais décidé de la laisser tranquille, de faire le tour derrière l'arbre. Et les mots avaient transpercés la nuit. Poétiques. Simples. Vrais. Je m'étais immobilisé ; Kiligara s'était fondue dans les ombres, attentive mais perplexe. Mais elle devait comprendre, par notre lien, combien j'étais touché par la beauté de ces mots envolés, perçus sans le vouloir par mes oreilles intruses. J'étais revenu, après l'avoir laissé partir. Tous les soirs ou presque. Plusieurs fois par semaine, elle entrait dans ma nuit, pour la parer de poésie, de tranches de vie. Deuil, douleurs, plaisirs simples, tout ce qui lui passait par la tête. Puis, je m'étais mis à disposer de petites offrandes, comme à une déesse nocturne. Cela avait démarré avec une note, pour lui apprendre que j'existais, que j'étais là, que je voulais son acceptation avant d'aller plus loin dans son défoulement. Je ne voulais pas être un intrus. Elle avait accepté ma présence, me laissant être une ombre dans la nuit. Puis, un café, des fleurs, un livre avec un note dedans - cela m'a aidé quand j'ai perdu ma fille, j'espère que vous l'apprécierez autant que moi - sans signature. L'anonymat, toujours. La nuit nous appartenait, mais seulement ces heures volées à toutes les vies autour de nous. Ce n'était pas une romance, mais un lien tout de même. Elle avait ouvert son coeur, et nous partagions bien plus qu'une vie humaine, que des respirations communes. Les ombres m'avaient par trop caché ; je désirais à présent lui montrer mon visage, et accueillir ses paroles, pouvoir la couver du regard quand elle parlait en ouvrant ses émotions à la nuit ambiante.

«  — Tu t'en fais trop. Tout ira bien. Elle me paraissait jolie, de dos. »  Kiligara adorait me taquiner là-dessus ; je n'avais vu que son dos, sa façon de se vêtir, vaguement, jamais son visage. Mais cela m'importait peu qu'elle soit jolie ou non - c'étaient ses mots qui avaient touché l'être et l'écrivain en moi. La tigresse eut un grognement amusé. « La première personne dont tu deviens proche réellement ... Et c'est une inconnue sur un banc la nuit. On ne te refera plus. »
« — Je sens que tu aimes ça, ce mystère, cachottière » je murmure en lui caressant le crâne.

Les lampadaires offrent une lumière tamisée. Nous nous asseyons finalement sur le banc. Le bois humide ne me gêne pas ; les odeurs du parc se font plus précises. L'air gorgé d'eau de la pluie de la journée ; l'herbe foulée ; la terre retournée ; les variétés de fleurs plahtées ici ou là. Kiligara s'est allongée calmement à côté de moi, ses deux pattes arrières pendant du banc car sa stature trop grande dépasse. « Je ne suis pas grosse » grogne t-elle en pensée.

J'ai un petit rire, avant de retenir mon souffle - la silhouette est là, féminine, familière. Elle approche, cette inconnue, dont je vois le visage pour la première fois. Elle est là, et j'ai soudain peur qu'elle ne refuse ma soudaine proximité.





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Mer 5 Sep - 19:01
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La nuit ne m'a jamais effrayé. Je ne crains pas sa lumière volée par l'obscurité, ni la farouche compagnie de la solitude. Ensemble nous parcourons, main dans la main, un petit bout de chemin que, jalouse, nous envie la lune. Solitaire nichée parmi les étoiles. Certains soirs, lunatique, elle irradie de beauté. Voleuse d'ombres qui embrasse de ses rayons laiteux les égarés nocturnes. D'autres soirs, en revanche, elle disparaît, laisse son ciel sans surveillance, laisse à la merci des rêveurs ses étoiles. Suis-je de la catégorie des rêveurs ? Moi, la colérique qui frappe les murs lorsque le sang bouillonne ? Moi, la perfectionniste, qui prône la tangibilité des théories ? Suis-je réellement la rêveuse des chimères qui papillonnent à la lueur d'un espoir ? Un peu, oui. Je suis une sorte de rêveuse au regard éveillé. Celle qui parcourt les rues sans bruit, qui se destine au risque des sentiers empruntés au hasard. Celle qui marche sans but, qui laisse son ombre s'évanouir dans l'anonymat pour mieux réapparaître sous les néons des lampadaires. Mon unique compagnie ? Loki. Sa discrétion me drape les épaules d'un bras rassurant. Notre lien me chatouille l'esprit.
Le renard n'a pas besoin d'user le silence par la parole pour prouver qu'il est là.
Le seul moment où nous osons rompre cet état de paix environnant, cette tranquillité que les jours amphigouriques troublent, c'est pour nous lancer à voix haute dans une discussion. Une discussion avec mon daemon. Mais parfois aussi avec Fay. Ou encore Aïdan. Les plus rationnels diront qu'un fantôme fait vœu de silence. Les plus rationnels nient l'infondé, fuient le faux au démontré. Personnellement, je veux croire que mes paroles trouvent écho à une oreille familière.
Ou moins familière.

La rue est une toile noire où peignent les phares des voitures, de leur reflet orangé, sur les devantures des magasins ou des maisons le détail d'une brique ou d'un portillon. Leur lumière se diffuse dans les flaques d'eau. Décor d'un tableau impressionniste. Quelques ombres s'animent devant un restaurant ou un café. Des prétentieux, armés d'un éclat de rire, qui volent la nuit aux insomniaques. Des prétentieux enivrés par l'alcool ou par la conquête d'une chaleur à partager.
Je fuis cette zone. Je vais là où personne n'aime se rendre la nuit car sa pénombre inquiète, angoisse. Je vais là où, depuis mon arrivée dans cette ville hétéroclite, l'étranger ne l'est pas à la nuit. Je vais là où l'inconnu ne porte pas de nom, n'a pas de visage. Il est les mots couchés sur le papier, l'odeur amer rassurante d'un café, la douceur d'une pétale accroché à une fleur. Il est la présence réconfortante à laquelle j'ai souhaité me soustraire au début. Mes secrets, mon intimité, sont des trésors que je ne saurais confier. Alors, je ne pouvais pas supporter qu'un inconnu se fabrique un carnet des réminiscence tirées de ma mémoire. De mon vécu. Pourtant, petit à petit, j'ai accepté sa présence. J'ai accepté qu'un inconnu apaise mes tourments, modèrent mes démons. Il est devenu ce que j'aime à la nuit.

Qu'est-ce que tu comptes faire une fois que tu l'auras rencontré ? Il ne sera plus simplement un inconnu. Il ne sera plus cette ombre qui attrapent tes mots à leur envol. Il aura un visage. Un nom.
Justement. Je jette un coup d’œil au plafond étoilé. Je ne veux plus discuter avec une ombre. J'en ai déjà bien trop qui partage ma vie.

Loki comprend, n'insiste pas. Il bâtira son propre jugement au cours de cette rencontre qu'il patientait de voir arriver. C'est facile de critiquer un inconnu, de lui jeter à la figure la méprise et le dédain d'un jugement hâtif. Le renard préfère aisément l'honnêteté et la franchise d'un avis construit sur des bases solides.

Nous arrivons au parc, témoin secret et muet de mes balades. De ma relation sans nom avec un inconnu.
J'ai le cœur qui tremble d'un enthousiasme singulier lorsque mon regard rencontre une silhouette assise sur un banc. L'identité d'un inconnu qui contraste dans un jeu de clair-obscur. Je sais ce qu'Aïden m'aurait conseillé si, de son vivant, il avait pu. Décroche ton téléphone, histoire de paraître occupé. Avance sans ralentir. Dis bonjour par politesse. Et continue ton chemin. Comme ça, si la gueule du mec te revient pas, tu sais qu'à l'avenir ce tronçon de chemin ne t'es plus réservé le soir. L'amusement de Loki me contamine. Mes lèvres tressaillent. « C'est tout à fait lui », chante de sa voix grave celle de mon daemon.
Grâce au fantôme de mon jumeau, ou de ma témérité sauvage, j'ai franchi les quelques mètres sans ralentir. L'inconnu n'est plus enveloppé par un brouillard persistant. Enfin je peux décrire son visage, plutôt que le deviner. Visage que j'observe à la dérobée avant de m'asseoir aux côtés d'un inconnu qui n'en a plus que le surnom. Le renard reste près de moi, attentif. Curieux. Il hésite sur l'attitude à adopter avec la masse gigantesque représenté sous les traits d'une tigresse. Daemon qu'il trouve magnifique bien qu'il n'envie à aucun leur forme définitive. La sienne lui sied à merveille.

Je croise les jambes, resserre le gilet sous lequel se glisse les morsures gentillettes du vent. Que dire... ?  Bonjour ? Comment vas-tu ? Belle soirée ? Ou faut-il simplement attendre ? Attendre que le silence se taise et nous accorde un moment de répit ?

J'aime bien cet endroit. C'est... J'inspire, cherche le terme correct. calme. Personne n'aime s'y promener la nuit. Les gens réfutent l'idée du grand méchant loup mais ils ne sont pas suffisamment fous pour vérifier la véracité de ce préjugé. Ils préfèrent jouer la carte du conformisme. Et si c'était vrai finalement ? Et si le grand méchant loup existait réellement ?

Aïdan vivant, il m'aurait dit de faire attention. Il aurait vu le mal avant d'envisager le bien. Mais pourquoi penser à mal avant ? Pourquoi considérer que le pire peut arriver en premier ?
Je pivote légèrement, tourne la tête vers l'inconnu pour lui adresser un sourire bienveillant. Je croise un regard, y cherche le bout de ce lien crée lors d'une soirée où tandis que je faisais étalage de mes émotions, une oreille discrète m'a accordé son attention. Une attention prévenante. Douce. Où le doute d'un comportement indécent n'existe pas. J'effleure les décombres d'un souvenir commun qui a laissé à vif une plaie que nous partageons et comprenons mais refusons d'accepter. Ma curiosité, attisée, se mord la langue. Elle voudrait poser mille questions. Aucune n'est plus rapide que ce premier mot, tombé du nid :

Salut.

J'avais tellement hâte de te rencontrer, terminé-je d'une voix feutrée. Ces derniers mots, avalés, que la décence se refuse d'exprimer aussi librement.



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Mer 5 Sep - 19:44


la nuit nous appartient

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Siam ϟ  Pryam.



L'attente fait de ce moment quelque chose de précieux. La nuit tombe comme une veste sur le monde, teintant tout ce parc, les frondaisons, les sentiers, d'une ombre bienfaisante dans laquelle je me suis niché ces derniers mois. Le vent fait écho aux paroles de cette voix familière, sans réussir à se rapprocher de son timbre féminin. Je sens la nervosité augmenter, au fur et à mesure que le tic tac incessant du temps s'égrène comme des grains dans un sablier. «   Tout se passera bien ? Tu es aussi nerveux que si tu risquais de te faire kidnapper. Au pire, que se passera t-il ? Vous pourrez ne plus jamais revenir après ce soir. » « C'est peut-être ça, qui me fait peur » je glisse entre nous comme une mélopée du coeur. C'est ce qui m'inquiète, à vrai dire, plus que l'idée de lui paraître repoussant - qu'importe le physique, mais je ne voudrais pas perdre nos entrevues. Elle a vécu des horreurs, et la perte de son frère jumeau m'a longtemps fait penser à la perte de ma petite Mila. La douleur partagée me semblait supportable, alors qu'elle mettait des mots précis sur ce que l'on partageait sans vraiment le savoir.  

«   Tu devrais cesser d'être aussi seul, Pripri. » Elle s'inquiète pour moi, la tigresse qui partage ma vie. Je caresse son imposant crâne, la douceur de sa fourrure apaisant mes émotions. Il est rare que je bouillonne à ce point de sentiments, mais ce soir, je n'aurai pas pu dormir même si j'avais voulu. «   La voilà. » Avertissement bien inutile, alors que je vois la silhouette approcher. Une femme, et un renard. Même si c'est la première fois que je les fois de façon aussi franche, j'ai l'impression diffuse de les connaître depuis des années. J'inspire, les narines frémissantes, le coeur en émoi. Kili s'est assise près du banc, incapable de se poser comme moi, sensible à mes humeurs changeantes. Siam en fait de même, posant son corps près de moi, à quelques centimètres. Je pense que je pourrais sentir la chaleur de son corps. Kili avait raison - elle a une délicatesse en elle que l'on pourrait qualifier de jolie. Mais ce qui me met en émoi c'est simplement sa présence. On est deux créatures blessées par la vie, qui continuent de marcher et d'avancer, sans pour autant se morfondre, sans pour autant oublier. Je ne sais que dire, les mots se bousculent sans sortir ; elle pose alors sa trame verbale sur la nuit. Je regarde droit devant moi, puis lève les yeux au ciel ; combien de fois ai-je été bercé par sa voix ? J'ai un sourire doux aux lèvres, à ses paroles.

«  — S'il existe, alors il doit exister pléthore de jeunes gens à capuchon rouge, de mère-grand alitées et de bûcherons. » Nouveau petit sourire, et je tourne enfin mon visage vers elle ; nos regards se rencontrent, avec impatience et illusions. Peut-être attendions nous beaucoup l'un de l'autre ; je m'en voudrais profondément de la décevoir. Alors, elle me salue, et mon sourire s'accentue ; peut-être la nuit me donne t-elle des ailes, mais ma timidité tait sa férocité habituelle. Pourquoi devrais-je être timide ? Nous nous connaissons.

«  — Bonsoir » je répond, avec une politesse simple. J'hésite puis je tend une main amicale, en me tournant vers elle. Toute mon attention est à elle. J'inspire, pour trouver du courage, parce qu'elle était la seule à parler, qu'elle était la seule à jouer de sa voix. La mienne me semble soudain pleine d'émotion, loin de celle grave et basse que j'ai habituellement - le stress, peut-être. « Je suis ravi de pouvoir mettre un visage sur la voix qui a bercé nos nuits » je continue avec un petit sourire. « Je n'ai jamais pu me présenter officiellement ; à croire que nous n'aimons pas ce qui est ordinaire et ... conforme » je reprend son mot. Nous ne sommes pas ordinaires, non, deux ombres qui se rencontrent. « Ravi de vous rencontrer enfin, je suis Pryam. » Les mots sortent - et nulle éthique, nulle politesse ne les enfermera plus. J'observe son visage gracile, jeune et féminin ; j'observe sa façon de se tenir, en essayant de ne pas paraître trop avide de ce qui m'avait manqué.

A côté de moi, Kiligara s'est levée pour renifler le renard avec curiosité. Elle reste silencieuse, de voix, mais son esprit bouillonne lui aussi. « Un renard. Roux, comme moi. Je l'aime bien.» Jugement si hâtif qu'il manque de me faire rire. Je repousse finalement mes cheveux en arrière ; la timidité refait surface, malgré l'émotion d'habitude qui est là, comme un serpent noué dans mon estomac.

«  — Oh oui, nous sommes ravis de faire enfin connaissance des deux ombres que nous écoutions. La nuit est à nous. » Kiligara observe le renard et la jeune femme d'un même regard d'émeraude, ses moustaches frémissantes, le ton amusé et royal. Elle tente de faire bonne impression, bien entendu - elle ne changera jamais.
«  — Voici Kiligara, ma daemonne.» Je lui fais les gros yeux - mais elle est retournée renifler les effluves du renard. Elle aime rencontrer d'autres daemons, d'autres daemonniens. Nous avons tant souffert, tant d'années, de devoir nous cacher. Je me tourne à nouveau vers Siam, incapable de rajouter quoi que ce soit. Je me sens maladroit et crétin - et à présent ? Les étoiles forment des lucioles, et la nuit nous entoure. Nous sommes les maîtres de ce monde nocturne.





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Dim 9 Sep - 18:53
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Le petit chaperon rouge rencontre finalement son grand méchant loup. Il tend une main, lance une invitation que j'accepte sans hésiter. Mains qui s'effleurent, se rencontrent. Tissage d'un lien consolidé par un sourire qui caresse mes lèvres. Un sourire qui résiste difficilement aux cajoleries des compliments de l'inconnu. Un sourire stimulé par sa voix suave. Je pourrais aisément fermer les yeux, me laisser bercer par ce timbre de voix. Imaginer les mots couchés sur le papier prendre vie, se fondre dans l'obscurité. Respirer à cœur reposé l'odeur boisé, fraîche, sucré de la pluie. Ce serait néanmoins dommage de laisser s'échapper cet instant que nous attendions, apparemment, tous les deux avec impatience.

Enchanté Pryam. Moi c'est Siam.

Et soudainement, le brouillard qui enveloppait l'inconnu s'évapore. Les ombres et la lumière opaline sculptent un visage que je découvre enfin. Je plonge, curieuse, dans son regard qui m'attire. Il me rappelle la nuit. Il me rappelle cette pénombre qui m'est si familière. Vagues sombres dans lesquelles je nage soir après soir, insouciante du danger.
Étrangement, je me sens plus légère. Je ne comprenais pas ce poids qui me titillait l'estomac jusqu'à ce qu'il s'envole. Sans l'appréhension, j’émerge d'une marée de doutes qui n'avaient pas lieu d'être. Le soulagement colore mes joues d'une teinte rosée que je remercie la nuit de masquer. Encore une fois, elle et moi faisons la paire. Nous nous comprenons, liées par une silencieuse intimité.

Il évoque les présentations officielles auxquelles nous avons refusés de nous soumettre. Une relation atypique ne se soumet pas aux règles d'une société maîtresse de l'ordre. Elle obéit aux frivolités de la liberté, laquelle palpite dans mes veines. Et une rencontre traditionnelle, couplée à la vertueuse petite politesse infligeant de s'appeler par un prénom, nous aurait-elle mené sur ce banc ? Serions-nous ici, l'un à côté de l'autre, si nous nous étions un jour croisés en ville ? J'aime l'impulsivité de ce lien. Deux êtres balafrés par la mort qui font appel à l'insécurité de la nuit pour semer des lettres, cataplasmes pour les bleus à l'âme. Je suis heureuse d'enfin connaître son prénom, de pouvoir peindre son portrait. Mais ce n'est pas son prénom qui a su me réconforter lorsque la douleur me tenait dans l'étau de ses griffes. Ce n'est pas son prénom qui a su comment gommer le passage d'une larme discrète sur mes joues.

Et je suis ravie que tes mots aient enfin une autre tonalité que celle de ma voix quand je les lisais et les laissais se mélanger à l'intérieur de ma tête.

Loki se tient droit, formel. Il se cille pas lorsque la tigresse s'approche de lui. Au contraire, il admire la splendeur de sa robe, la force de sa musculature qui roule sous son pelage rayé, l'or de ses yeux. Le renard ne jalouse pas l'apparence des autres daemons, la sienne lui convenant parfaitement. Toutefois il s'émerveille du choix que chacun décide de s'approprier. Lorsque Loki regarde la tigresse, elle lui rappelle Siam. Sauvage, gracieuse. « Elle est magnifique », est le seul adjectif qui lui vient immédiatement en tête. L'humain n'est pas en reste. Pryam et son daemon sont deux homologues qui s'apparentent autant physiquement qu'ils semblent être dissociable émotionnellement.
Voilà une description hâtive que Loki refuse cependant de croire.

La nuit n'appartient à personne. Personne ne peut s'approprier l'indomptable. Personne ne peut manier les ombres. Nous lui empruntons ses heures qui nous glissent entre les doigts et nous courrons derrière, à perdre haleine. Le renard n'a pas peur d'exprimer son ressenti ni de formuler son opinion. Il termine néanmoins sur une note plus polie, qui appelle moins au débat et plus au divertissement imposé par cette rencontre. Le plaisir est partagé Kiligara.
Lui c'est Loki.

Il cligne des yeux, officialisant sa présentation. Il regarde Kiligara et opte pour une position moins hautaine que lui attribut son poitrail bombé. Il se met debout et s'approche de la tigresse, réglant les derniers détails de ces présentations en l'inspectant de plus près, gardant toutefois une distance respectueuse aussi appelée bulle d'intimité.

Je colle le dos au dossier du banc et me laisse bercer par la musicalité du silence. Je pourrais le trouver gênant si nous n'étions pas si familier l'un à l'autre. Je ne voudrais toutefois pas que Pryam me croit désintéressé. Je suis habituée à ses petites attentions matériels mais ce soir, c'est à lui que je veux m'habituer. À sa voix. Aux gestes qu'il leur donne. À ses mimiques. Aux mouvements de son corps selon l'émotion qu'il transpire. Je veux naturellement m'imprégner de chaque instant pour que notre lien ne me soit plus aussi inconnu que nous l'étions l'un pour l'autre physiquement.

Alors... déçu ?

Loki soupire en silence.
Force est d'avouer qu'il ne comprend toujours pas comment je peux jeter, avec cette facilité inconvenante, des questions incommodantes à la tête des gens. Sans doute que la timidité ne m'inspire aucune crainte. J'aime échapper à son contrôle et me lancer à corps perdu dans une discussion ne lui laissant pas la possibilité du contrôle. Ne pas la laisser bâillonner ma personnalité. Ne pas la laisser maîtriser une situation qui repose sur nous et nos regards échangés. Nous et nos sourires complices de nos nuits partagées.

C'est une chose d'entendre quelqu'un parler, d'apprendre par cœur le son de sa voix. C'en est une autre de rencontrer ce quelqu'un, d'associer une voix à un visage. Je lui souris. Ta voix je ne l'ai jamais entendu et j'ai eu plusieurs occasions pour lui inventer un son. Voix grave ? Voix de ténor ? De baryton ? Voix basse ? Plutôt sensuelle ? Plutôt veloutée ? Qui rassure ? Qui fait trembler ? Ou tout à la fois ?

Je me tourne légèrement vers lui, gardant intact néanmoins la maigre distance nous séparant. Il m'est tellement inconnu, songé-je. Et il m'est tellement proche. Je le découvre, pourtant je crois déjà le connaître. Je l'ai imaginé et aujourd'hui l'illusion nocturne a pris forme charnelle. Il est à l'opposé de mes imaginations autant qu'il s'en rapproche étonnamment.
Ce banc est imprégné de mes conversations avec Loki, avec Aïdan, avec Fay. Cette nuit, il vole l'histoire d'une nouvelle discussion.

Parle-moi un peu de toi. J'ai l'impression que tu en sais plus sur moi que l'inverse et je n'aime pas être désavantagé.

Loki reconnaît cet air mutin qui prend vie dans mes yeux. Une étincelle qui appelle à la flamme.



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Mer 12 Sep - 18:45


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Siam ϟ  Pryam.



Je n'ai aucune idée de ce qui a motivé Siam a parler de conte, tout comme l'embrouillamini de mes pensées ne peut atteindre son crâne. J'essaye de garder mon maëlstrom cognitif pour moi - bien que l'impératrice tigrée à mes côtés en soit également le réceptacle. Pas de secret. Une entente confinant à l'inintimité. Je souris aux mots de la demoiselle, prononçant son nom contre mes lèvres, tout bas comme un sortilège, uniquement entendu des étoiles et de la reine nocturne, astre rond et pâle. Nous nous observons avec ce soupçon de méfiance mâtiné de toute cette frustration, de toute cette envie. Le besoin viscéral de l'inconnu. Cette peur excitante d'enfin rencontrer les ombres, de les dévoiler en pleine lumière, peu importe qu'elle soit celle d'une nuit au croissant lunaire. Nos regards s'accrochent, se heurtent, comme deux planètes en colision. Nos mondes ne seront plus jamais les mêmes. Nos rencontres familières étaient toutes différentes de celle-ci, tournant capital dans nos vies - dans cette vie que l'on partageait, ces soirs-là. Je semble voir dans ses yeux - ou je le devine, peut-être que je l'imagine même, cette compréhension de l'impossible devenu possible, de ces changements que nous mettons en branle. Je pourrais avoir peur de ce que demain, tout à l'heure, ou même la prochaine seconde, nous promettent, mais elle est là, et c'est le principal. Beauté fugace, fleur crépusculaire dont j'ai l'honneur de profiter, moi seul, en ces heures volées.

Sa voix est là, me semble plus réelle, plus tangible, comme un voile contre ma peau. Frisson sur ma carnation, qui se change en sourire doux, amusé, enfantin.

«  — Tu pourras à présent souffler mes mots avec ma voix.» Espérance futile de plaire. Timbre presque ronronnant. Esbrouffe, quand bien même ma voix réelle est toute aussi grave, et rauque, et chaude. J'y met toute ma fougue, dans ce filet de voix qui sort de ma gorge serrée d'émotion. Je jette un coup d'oeil aux deux daemons : Kili semble gigantesque à côté du renard, mais il possède un profil vif, agile, plus pointu. Je devine une grande conscience, et j'espère une malinité semblable à celle de la tigresse. Elle renifle doucement, curieuse, pensive. Je suis heureux qu'elle apprécie d'enfin apposer des visages de chair sur des élans vocaux, des présences teintées de ténèbres. J'ai un rire bas, que j'essaye de réfréner, aux paroles du renard - la voilà mouchée, elle qui possède un si grand égo ! «   Idiot » assène t-elle pour me faire taire, mais elle gonfle son poitrail, le regard rieur, les oreilles vibrant comme ses moustaches.

«  — Personne ne peut dompter l'indomptable. Mais nous ne poursuivons pas la nuit. Oh non. Penses-tu que les autres peuvent chevaucher la nuit comme nous le faisons ? Nous sommes aussi indomptables, particuliers que la nuit qui nous entoure, Loki » prononce t-elle, presque aguicheuse dans son ton. Je secoue la tête, entre amusement et exaspération. Elle adore tirer l'attention à elle, lançant des phrases grandiloquentes, des pensées philosophiques sans queues ni têtes. «   Ce n'est pas parce que tu n'y comprends rien que c'est inintelligible» gronde t-elle encore, et je camoufle encore un sourire. La tigresse se laisse faire, diminuant sa stature à l'instar du renard, pour qu'ils soient à égalité - tant bien que mal, la pauvre pesant plus d'un quintal. Mais elle se faire féline quand elle le désire ; patte de velours, yeux de braise et langue râpeuse pour offrir de doux baisers de chat. Je détourne les yeux : aux daemons les présentations animales.

J'imite Siam en m'adossant au banc, dans un pur mimétisme dans ma volonté de la mettre à l'aise. Néanmoins, je réalise que je n'ai pas besoin de la singer involontairement pour ressentir notre lien sans aucune réelle timidité. «   Menteur » glousse Kili, en m'imaginant danser sur le banc en faisant des claquettes. Peut-être n'ai-je pas chassé ma timidité à ce point-là ... La question de Siam me prend au dépourvu, et je lui lance un regard interloqué avant d'y laisser naître une chaleur amicale.

«  — Non. Comment pourrais-je l'être ?» L'incertitude aux mots : ai-je voulu dire qu'en réalisant ce que j'avais sous les yeux, la personne que je connaissais, je ne pourrais jamais être déçu, ou plutôt que je n'attendais et que par conséquence, la déception ne faisait pas partie de nos émotions ? Je ne sais pas ; est-ce utile de le savoir ? Dans le fond, ce qui compte, c'est que je suis simplement heureux. Je songe une seconde qu'elle pourrait aussi avoir cette peur au ventre, cette timidité chevillée au corps. Je la laisse continuer, et j'aime voir bouger ses lèvres en même temps que sa voix berce mes tympans. Je détourne les yeux quand elle me sourit, pour ne pas fixer sa bouche - cela serait inconvenant. Indécent.

Ses interogations sont lancées, et je glisse un rapide coup d'oeil vers elle.

«  — Tu ne faisais que lire des mots d'encre sur du papier. Tu ne faisais que voir les coloris de fleurs, que recevoir ce que je te laissais comme des offrandes, ne pouvant que t'imaginer voix et visage, carnation et timbre.» J'ai un petit sourire. «   Alors, déçue ? » Je reprend son interrogation avec un petit éclat moqueur dans le regard ; rien de méchant. Bon enfant, divertissement sans méchanceté, écho d'elle-même dans la réalité de notre timidité. Elle a terriblement raison dans ses raisonnements - j'en sais sûrement bien plus sur elle qu'elle n'en devine sur moi. J'ai un avantage indéniable, qui doit sûrement la terrifier au fond d'elle-même. Courageuse créature qui se tient là, devant les ombres inconnues que je dessine. Sa question est donc légitime et je hoche la tête, docilement.

«  — Remettons donc les scores à zéro. » Je me sens soudain intimidé, incapable de soutenir son regard, le poids de sa curiosité via ses prunelles sombres. Mes yeux se posent sur la tigresse, toujours assise près du renard. «   Je suis journaliste, je viens de New-York. J'ai désiré de moi-même venir à Olkonir, pour  » et ma voix se fêle un instant, la tigresse lève les yeux, alarmée, mais je change de sujet, j'esquive habilement le deuil, pas tout de suite, pas maintenant, plus tard, plus tard quand elle ne me fixera pas, «   pour changer d'air, disons. Je suis à moitié Grec par ma mère, et Américain par mon père. J'ai grandi à New-York, et c'était assez compliqué avec ma daemone. Du coup l'arrivée à Olkonir est une bouffée d'air frais.  » J'ai l'impression dérangeante de déballer mon CV. J'entre un peu plus dans les détails, en faisant fi de la douleur. Toujours pas d'elle. «   J'écris derrière les pages d'un journal, plutôt que de me tenir derrière un micro, parce que je ne suis pas à l'aise à l'oral. J'ai été bègue étant plus jeune, et je garde de mauvais souvenirs là-dessus. Et puis, j'ai été marié, mais nous avons divorcé il y a ... quelques années, j'ai perdu le compte. »

«   Menteur » répète Kili, mais d'un ton maternel. Elle sait que ce mensonge là, il est innocent, parce que je ne veux pas me rappeller, pas là, alors que cet instant se doit d'être joyeux. J'inspire et me force à sourire - non, le sourire me vient tout seul, parce que je ne le suis pas, seul. Jamais. Je tourne mes yeux vers Siam, heureux que la nuit dissimule mon visage rougi sous ma timidité.

«  — Ce résumé convient, ou tu as d'autres questions ? » je souris encore, presque un défi d'enfant dans les yeux. Je n'ai pas besoin de me forcer pour me sentir bien - sa présence m'était familière bien avant que nos visages se fassent face.




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Dim 16 Sep - 20:12
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Pryam, il a ce quelque chose qui le rend attachant. L'esquisse d'une qualité qui vibre dans sa voix, dans l'ébauche de son sourire, lequel convie le mien à se glisser continuellement sur mes lèvres.
Il manipule les mots avec agilité et tendresse. Il est cette lettre vivante que je me hâtais de découvrir le soir venu, freinant au possible l'ardente impatience qui me guidait la nuit vers ce banc, prenant soin de masquer l'évidente fébrilité qui parcourait mes nerfs. Si je m'écoutais, je nous emmènerais sur l'herbe humide, perlée de la pluie tombée au cours de la journée, où nous pourrions nous allonger comme deux enfants insouciants de se salir ou de se tremper, avides de s'apprendre l'un l'autre à travers une discussion sans fin.

Je ne savais pas à quoi m'attendre en venant ici ce soir. Et si finalement tu n'étais qu'un pervers cinglé qui s'était inventé poète ? Ou un martyr qui trouverait sa satisfaction dans le malheur d'un autre ?

Mille possibilités, aucune de vraie. Des psychoses que les médias nous enfoncent dans le crâne en communiquant les crimes commis sur des femmes qui auront eu l'imprudence de se promener seule le soir. Des femmes à la recherche du calme et du bien-être que convoque la nuit et qui trouveront à la place la brutalité de l'homme. Avais-je peur que ce soit le cas avec Pryam ? Craignais-je que le rêveur se révèle être la bête ? Je me tourne légèrement dans sa direction et la stupidité de ma question me consterne. Depuis le début, bien que troublé premièrement qu'une oreille vole mes secrets que la nuit et moi avions jurés comme étant confidentiels, je sais que Pryam n'est pas l'ombre du danger qui effraie. Assise à côté de lui je ne ressens aucune inquiétude sinon celle qu'il mette soudainement notre discussion en suspend car elle ne lui inspire que de l'ennui.

Tu aurais aussi bien pu être sourd et muet, en fauteuil roulant comme amputé d'un membre, cela ne ferait aucune différence. Tu es l'inconnu qui m'a tenu compagnie sur un banc, le soir, sous forme vaporeuse matérialisée en lettres et fleurs, et que je me réjouissais de rejoindre parce que quelqu'un part, dans cette ville inconnue, quelqu'un faisait plus que m'entendre. Tu m'as écouté.

Ça fait une très grosse différence. Entendre et écouter sont certes liés à l'ouïe mais n'en sont pas pour autant complémentaires. Entendre, c'est laisser le son traverser nos oreilles sans assimiler le message ou tout juste l'essentiel, ne tolérer que le principal de l'histoire et ignorer les détails qui forment le paysage. Écouter, c'est portée une attention particulière à chaque inspiration, à la ponctuation, à l'émotion qui fait vibrer sa corde.
Non, je ne connais pas le Pryam à côté de moi. Je découvre ses mimiques, j'enregistre le son de sa voix, j'accorde mon sourire au sien. Cependant, je connais le Pryam qui a accompagné certaines de mes nuits où ce banc devenait mon ultime réconfort. Ces nuits où les fantômes dévoraient les illusions d'un quotidien meilleur. Ces nuits-là, je me sentais moins seule, moins misérable dans ma douleur. J'ai rapidement pris plaisir à venir ici plusieurs fois par semaine. J'ai évidemment d'abord songé à changer de lieu, cette fois-ci à l'abri de l'indiscrétion d'un inconnu, au lieu de me conforter à la sécurité en restant planqué chez moi. Et puis quoi ? Vivre de la peur dès que la lumière disparaît, rongée par l'obscurité de l'aurore tombante ? J'ai préféré boudé les angoisses qui tombent sur nos épaules la nuit comme un voile trop sombre.
J'ai préféré la présence de cet inconnu, de Pryam, à celle des murs de mon appartement si grand pour ma solitude et si petit pour contenir mon chagrin.

Non. Non, je ne suis pas déçue.

Et un sourire satisfait termine de conclure le fil de mes pensées actuel.

A mon tour d'écouter. Pour reprendre les mots de Pryam, rapidement le compteur est remis à zéro. Il me conte sans trop de détails quelques faits de sa vie, de son passée. Déformation professionnelle oblige, ou peut-être car je me passionne pour cela, pour les mots et la force qu'ils peuvent donner à une simple image que personne ne regarderait, mon imagination reprend ces quelques détails et exploite leur potentiel. Elle peint le décor de la Grèce qui part à la rencontre de l'Amérique. Elle crayonne les éléments d'une jeunesse baignée dans deux cultures différentes. Elle met en couleur les jours grisailles. Elle trace grossièrement d'un noir charbon les débris de ce qui fut un jour mais qui n'est plus désormais. Je retiens ma main de se poser sur le bras de Pryam, incertaine. Ce dernier continu, reprend son souffle l'air de rien. Je voudrais croiser son regard, il me le refuse. La distance est plus que physique.

Quand il en a terminé, j'hésite à lui sourire alors que lui le fait, comme si les souvenirs ne l'avaient pas étouffé peu auparavant. Où l'ai-je inventé ? Loki me propose de passer à autre chose et de revenir sur ce sujet si l'occasion se présente, s'il me consente à en parler. Il a beau m'inviter à l'interroger, je me sentirais vicieuse de l'obliger à m'en dire plus sans paraître d'une curiosité déplacée.

Marié hein ? Mon couple n'est pas arrivé jusque là. Je suis amère. Non. Envieuse plutôt. Envieuse qu'il ait connu ce dont j'ai été privé malgré le triste dénouement de son histoire à lui. J'ai longtemps cru que pour être une femme accomplie il me faudrait être marié et...

Maman. Je ne peux pas prononcer ce mot. C'est au-dessus de mes forces. Alors j'inspire. Je ravale ce foutu mot. Il reste coincé dans ma gorge. Je regarde Loki qui cligne des yeux, me caresse mentalement d'un geste affectif, puis regarde Pryam. Je m'accroche à son regard comme le ferait un désespéré à une bouée de sauvetage. Je me rends compte que je risque de le mettre mal à l'aise, aussi je lui adresse un énième sourire. A ce stade-là, j'ai perdu le compte. En sa compagnie, j'ai apparemment un quota illimité de sourire à partager.
De plus, le sien, trop charmant, est difficile à lui résister.

Journaliste tu disais ? Sur quoi tu écris ? Je n'ai pas conscience de m'être rapproché, la passion prenant le dessus sur la politesse de rester sagement à distance. Et tu sais, le duc d'York était bègue en plus d'être terriblement timide. C'était un grand homme.

J'espère ne pas être maladroite en évoquant un fait de son enfance qui lui a laissé des traces. Au contraire. J'aimerais lui intimer la conviction que cette faiblesse est une force qui le caractérise. Mais je ne suis pas Pryam. Affronter le quotidien avec un handicap, qu'il soit physique, mentale ou sociale, ne devrait pas donner matière à rire ou à se moquer. « L'homme est stupide Siam. Et ce qui diffère de la normalité le rend plus con encore », murmure le renard, en mémoire de la violence que nous avons affrontés lors de la révélation de notre, soit-disant, race.
Il lève le museau, cherche le contact que je lui offre en passant délicatement la main dans son pelage. En même temps, je jette en biais un regard à la tigresse. Splendide. Majestueuse.
Finalement, l'humain et la tigresse semblent tout à fait s'accorder. Plus que ce que les apparences, souvent trompeuses, laissent supposer.



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