Keep my glass full until morning light

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Jeu 4 Oct - 4:40
Si quelqu’un m’avait dit quelques mois plus tôt que je finirais en Norvège, cloué à un fauteuil roulant et a travaillé comme bibliothécaire, je lui aurais ri au nez. Je contemplais avec amertume le tournant qu’avait pris ma vie. Je me sentais si lasse. Mon sommeil empreint de souvenirs cauchemardesques n’avait rien de réparateur, ce qui ne faisait qu’accentuer ma lassitude et mon humeur morose. La gorge nouée je me demandais bien quel coup du sort m’avait permis de survivre. J’étais devenu un poids pour le peu de gens qui me restait. Ma sœur ne me le disait pas, mais je me doutais bien que j’étais un poids de trop dans sa vie si bien remplie. Elle ne m’avait jamais que toléré dans son existence et le temps n’avait rien changé. Toute ma vie, je m’étais senti comme le vilain petit canard. Cela ne faisait qu’accentuer mon impression et me mettait dans une colère que je contenais difficilement. Je me sentais comme le boulet qu’elle traînait dans son quotidien, tous ses gestes me le criaient bien plus que chacune de ses paroles. Comment pouvait-on espérer avoir un sentiment d’appartenance quand même avec notre propre famille on ne se sent pas accepté dans notre propre famille. J’aurais préféré qu’ils me laissent à mon sort et pour ça je leur en voulais. Je ne méritais pas cette place après tous les gens dont j’avais causé la mort par mes décisions malavisées. Le regard sans vie de cette petite fille me hantait chaque jour. Je n’arrivais plus à me regarder dans le miroir sans la revoir qui me fixait de ses yeux éteints à jamais. Je suffoquais de simplement vivre.

J’étais prise au piège dans un corps abîmé, mon esprit voulait s’en échapper, mais j’étais prisonnière. Je ressentais constamment le besoin irrépressible de déchirer mon enveloppe charnelle simplement pour m’envoler et m’évader de cette prison qu’était devenue ma vie. Sauf que j’étais condamné à perpétuité à y rester. Je gardais les traces rosées de mes impulsions désespérées. La seule chose qui me retenait c’était Koda. Ma douce moitié qui n’avait rien demandé et pourtant qui subissait ma noirceur. Je ne pouvais le condamner, ce serait d’un égoïsme lamentable. J’essayais de trouver la force de me relever pour lui, mais je n’y arrivais tout simplement pas. Je savais que je le décevais constamment. Cela ne faisait qu’accentuer mon sentiment de rejet, mon impression d’être le boulet que l’on traînait constamment dans son sillage. Il réalisait son rêve et moi je le transformais en cauchemars, mais je ne trouvais pas la force de m’en réjouir. Cette incapacité me faisait sentir encore plus coupable. Si seulement Koda pouvait vivre sans avoir à me supporter. Les choses étant ce qu’elles sont, il n’avait d’autres choix que de me supporter et endurer mes sautes d’humeur de plus en plus fréquentes. Il faisait des pieds et des mains pour que je ne fasse pas trop de dégâts. Je me dégoûtais encore plus. Il ne disait rien, le gentil Koda. Au contraire, il faisait tout pour ne pas me froisser le doux daemon. Il ne prononçait jamais un mot de trop, il mesurait toujours ses phrases avec précision. Il parlait peu le timide ours brun, pourtant son esprit était en constante ébullition. Je ne méritais pas un être aussi tendre à mes côtés. Je me sentais comme un imposteur dans ma propre vie ce qui m’amenait à m’isoler encore plus, même de mon âme. Je ne pouvais juste pas tolérer de l’entraîner dans ma chute, donc je le gardais à distance à son grand désarroi. Le pauvre Koda, il était si désemparé. Les relations humaines avaient toujours été mon domaine, celui de ma moitié c’était la connaissance. Il devait se découvrir des compétences qu’il n’avait jamais eu à entraîner. Nous étions tous deux perdus dans cette nouvelle réalité qu’était la nôtre.

Je regardai ma bouteille qui se vidait dangereusement vite. Ça n’avait pas été ma meilleure idée de demander au barman de me donner la bouteille au complet de scotch. La tristesse n’est jamais une bonne conseillère. Dans le brouillard éthylique, je sentais le regard inquiet de mon daemon. Je faisais mon possible pour ne pas croiser son regard afin de ne pas accentuer mon mal-être. C’était peine perdue. Seulement le fait que je me trouve dans un bar un soir de semaine témoignait de ma déchéance. Quelqu’un de raisonnable serait sûrement déjà retourné à la maison ou il ne serait pas entrer dans cet établissement. J’appartenais désormais à la catégorie de gens déraisonnable de gens qui était déjà éméché a à peine 9 h 30. À l’instar de Koda, je sentais le regard de certaines personnes se poser sur ma personne. À vrai dire, je n’en avais cure. J’étais assise à devant une table basse, étant donné que je ne pouvais m’installer directement au comptoir trop haut pour moi. Cela ne faisait qu’accentuer mon sentiment d’être marginalisé. Je pris une autre gorgée du liquide ambré dont sa brûlure dans mon œsophage me procura un sentiment de bien-être éphémère. Pendant ces quelques secondes j’oubliais presque mon mal-être pour ne me concentre que sur la fugace euphorie. Je fis tournoyer le liquide dans mon verre perdu dans mes sombres pensées. Je ne remarquai pas l’autre âme en peine qui venait de s’installer près de moi. Cela n’échappa pas au regard aiguisé de l’ours brun, qui reconnut aussitôt mon cousin. Il le reconnut grâce aux photos d’un voyage au Canada qu’Estelle leur avait envoyé par courriel. L’absence de Praline se faisait cruellement sentir. Le cœur lourd pour l’ancien daemonien, Koda ferma son livre.
« Alicia… Byron est ici » me prévint télépathiquement mon daemon.
Je sursautai en entendant la voix grave de l’ours résonner dans ma tête. Je jetai un coup d’œil vers la direction que m’indiquait ma moitié. L’homme était douloureusement seul. Je m’avançai jusqu’à lui, ma bouteille de fort à la main, abandonnant mon verre à moitié vide sur la table basse. J’avais entendu parler des événements de Merkeley, mes sœurs en avaient fait les frais, l’une d’elles n’était jamais revenue. Cette épidémie avait arraché à certains leur âme. C’était d’une cruauté sans nom de vivre seulement avec une moitié de soi-même. Je ne pouvais concevoir une vie après la perte d’un daemon. Je ressentis un sentiment que je croyais éteint, de l’empathie. Comment pouvait-on survivre sans âme ? La gorge nouée, je n’osais imaginer la douleur qu’il devait ressentir suite à la perte de Praline. En d’autres circonstances, je n’aurais peut-être pas approché mon cousin. Nous n’étions pas très proches et le temps n’avait pas arrangé les choses. Je n’éprouvais pas particulièrement l’envie d’entamer une conversation, mais je ressentais l’impulsion de partager sans un mot notre douleur. Le réconfort que nous pouvions retrouver l’un chez l’autre se faisait bien maigre, mais c'était mieux que rien.
- Byron Blythe, je peux m’asseoir avec toi, demandais-je. Mais qu'est-ce que je racontes, je suis déjà bien assise, je suis même clouée sur mon nouveau trône.
Je laissai échapper un rire amer, tout en buvant une nouvelle gorgée à même la bouteille. Au point où j’en étais, je ne me formalisai plus d'aller me chercher un nouveau verre.


Koda:
 
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Sam 13 Oct - 15:52
Installé seul au bar, fidèle à mes habitudes, j’observe le barman me servir un verre de vodka pur comme je l’aime. Je le remercie d’un simple hochement de tête avant de prendre le verre entre mes doigts afin d’avaler ma première gorgée qui me brûle littéralement la gorge. Cette sensation me fait toujours autant de bien et je me retiens presque de soupirer en tentant d’oublier tous mes malheurs actuels. L’absence de Praline me fait énormément souffrir, tout comme celle de Freyja, et il n’y a que quand je bois que j’arrive à les oublier partiellement. Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux que rien. Je suis bien placé pour savoir que l’abus n’est pas bon pour la santé, mais je suis incapable de faire autrement pour tenter d’apaiser la douleur. Mon comportement doit aussi affecter Nathan et c’est pour lui que je fais attention à ne pas revenir trop tard. Par contre, revenir plus tôt que prévu ne fait pas en sorte que je sois moins saoul... mais bien souvent, il dort déjà quand je reviens à la maison. C’est mieux comme ça, il évite ainsi de me voir dans un tel état.

Pour lui, j’aimerai être en mesure de me passer de l’alcool, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici, depuis une bonne vingtaine de minute peut-être quand je songe finalement à terminer mon verre pour pouvoir rentrer chez moi. J’entends alors une voix féminine derrière moi, une voix qui ne me dit rien aux premiers abords. Intrigué par la présence de cette femme près de moi, je me tourne lentement en direction de celle-ci en me demandant de qui il peut bien s’agit. J’ai eu de nombreuses conquêtes à Perth Amboy, la plupart étant des humaines alors je doute qu’elles aient été téléportées ici pendant le bombardement de Merkeley. Ce n’est pas non plus la voix d’Estelle, ni celle de Kayla. Dès que mon regard se pose sur la femme en question, mon visage se décompose. Je reconnais sans mal Alicia, ma cousine que je n’ai pas vu depuis plusieurs années maintenant et je ne sais pas ce qui me surprend le plus entre le fait de la voir ici, dans ce bar perdu, ou bien le fait qu’elle soit désormais en chaise roulante.

- A... Alicia ? demandai-je, incrédule. Co... comment c’est possible ? Je veux dire... Tu as été téléportée à Okolnir toi aussi ?

Je n’étais pas au courant de sa condition... je croyais qu’elle était encore en voyage humanitaire dans je ne sais quel pays défavorisé. Toutefois, notre différence de hauteur me perturbe un peu et je jette alors un rapide coup d’œil autour de moi en ayant l’intention de changer d’endroit. Je n’aime pas lui parler à la hauteur du banc sur lequel je suis assis au bar et quand mes yeux se pose sur un ours resté seul au fond de la pièce, je crois comprendre qu’il s’agit de son daemon. Bien que je n’ai jamais été proche de ma cousine, c’est peut-être l’occasion pour nous de nous rapprocher un peu puisque nous sommes au même endroit et visiblement aussi souffrant l’un que l’autre. J’ai envie de savoir ce qui lui est arrivé comme Estelle ne m’a rien dit à ce sujet et j’invite rapidement la jeune femme à me suivre jusqu’à la même table où elle était installée quelques minutes plus tôt. Je sens mon cœur se serré de douleur en revoyant l’ours de plus près étant donné qu’il me rappelle Praline. De toute façon, n’importe quel daemon me fait cet effet depuis qu’elle a soudainement disparue.

- Ton nouveau trône ? répétai-je en ayant bien compris son allusion. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je sais que bien des daemoniens ont eu des séquelles diverses suite à la téléportation, comme la perte d’un daemon ou encore d’un pouvoir, mais est-ce que c’est aussi possible d’en revenir paralysé ? Toute cette histoire est vraiment très étrange et je ne peux m’empêcher de prendre une nouvelle gorgée de l’alcool fort pour tenter de me préparer mentalement à sa réponse. J’ai peur d’entendre ce qu’elle a à dire.


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Mer 31 Oct - 3:05
Dès qu’il pose les yeux sur moi, le visage de Byron se décompose. De prime abord, je perçois sa réaction comme étant de la pitié à mon égard. Je rencontre ce genre de réaction la plupart du temps depuis mon accident. La frustration envers mon état n’en est qu’accentuée par l’apitoiement que je discernais dans les yeux des autres. C’est déjà assez pénible d’accepter cette situation dans laquelle je ne pouvais plus me réaliser, je n’avais pas besoin de leurs bons sentiments qui ne contribuaient aucunement à améliorer ma condition. De ce fait, je tolérais difficilement le regard d’autrui. Je retins de justesse une remarque sarcastique. En réalité, mon interprétation initiale de sa réaction était faussée par mon mal-être. En vérité, Byron était plus surpris de me rencontrer à Òkòlnir, enfin c’est ce que me permettait de conclure ses premières paroles. Il dut se reprendre pour me demander si j’avais été téléporté dans la ville norvégienne en même temps que les gens de Merkeley.
- Non, je n’ai pas été téléporté ici, lui répondis-je en laissant échapper un rire amer. Je n’étais pas à Merkeley au moment de l’épidémie. Je n’ai pas mis les pieds aux États-Unis depuis la révélation. Si je suis ici, c’est parce que ma famille a décidé que je serais plus en sécurité ici et qu’Estelle est la mieux placée pour s’occuper de moi. Comme si j’étais une enfant…
Je ne pus retenir l’amertume de percer ma voix lorsque je répondis à la question de Byron. J’avais l’impression d’avoir été dépouillée de mon libre arbitre. Cela me ramena aux sombres pensées que j’entretenais avant de reconnaître mon cousin. Je considérer que j’aurais dû rester pourrir là-bas. Jenny était celle qui aurait dû continuer à vivre à Òkòlnir. Elle avait un fils qui avait encore besoin de sa maman, moi je n’avais rien. Personne n’avait besoin de moi et pourtant j’étais là, encore en vie. Si on pouvait estimer comme exister le fait de ne bouger qu’à moitié. J’en voulais énormément au coup du sort qui m’avait survivre. Si on me donnait le choix, j’aurais sacrifié mon existence pour que ma petite sœur prenne ma place. Contrairement à moi, elle aurait apprécié à sa juste valeur cette deuxième chance. Pour moi, la vie ici n’était qu’un rappel constant de ma perte de contrôle sur celle-ci. Je ne me sentais que plus ingrat de ne pouvoir me réjouir d’être vivant. Je n’y arrivais tout simplement pas, car mon existence avait perdu tout son sens. Je ne servais à rien derrière un comptoir d’une bibliothèque, ma présence ne faisait aucune différence. Je n’acceptais pas ma situation, donc cette place aurait dû revenir à quelqu’un qui l’aurait appréciée.

Un autre rappel de ma déchéance était le fait que du haut de mon fauteuil roulant, j’atteignais à peine le bar. Je devais élever la tête pour regarder Byron qui était assis sur un tabouret assez haut. C’était ainsi dans tous les aspects de ma vie, je voyais désormais le monde d’en bas. Cela ne faisait qu’accentuer l’amertume que je ressentais. Mon cousin sembla éprouver lui aussi un malaise face à sa position qui donnait l’impression qu’il m’observait  de haut. Il ne tarda pas à se lever et rejoindre la table où j’étais quelques instants plus tôt. Je ne manquai pas de remarquer la douleur évidente qu’il ressentit lorsqu’il posa ses prunelles sur Koda. La seule présence de mon daemon était un rappel de sa perte. Je comprenais la claque au visage que représentait chaque chose qui nous ramenait notre perte en pleine figure. Je le vivais au quotidien dans chaque geste et dans les yeux des autres.

Koda sentit le regard empreint de tristesse de Byron se poser sur lui. Le daemon ne savait comment réagir à la détresse évidente de l’homme déchiré. Le principal problème de l’ourse c’est qu’il n’arrivait pas à trouver les mots. Il cherchait frénétiquement des idées, mais son esprit  demeurait vide. Que pouvait-on dire à quelqu’un à qui notre seule existence constituait un rappel de sa douleur. Le daemon n’avait jamais été doué avec les mots et la gestion des émotions des autres. Son domaine c’était les livres et la connaissance, les relations humaines c’était l’arène de la daemonienne. Pourtant, il souhaiterait être capable de dire tant de choses, mais il n’arrivait pas à trouver les mots pour les exprimer. L’ursidé ressentait tellement d’empathie pour les autres que ça le déstabilisait. Son esprit en ébullition paniquait devant le vide sidéral d’idées. Le silence de l’ours pourrait être interprété comme de la froideur et de l’indifférence. La réalité était toute autre, son silence n’était que l’expression de son désarroi devant la souffrance des autres et de ne pouvoir les soulager de leur fardeau. Son éventail ne lui était d’aucune utilité dans ce genre de situation. Son impression d’être inadéquat n’en était qu’accentuée. Il craignait de dire ou faire quelque chose d’offensant ou d’inapproprié.

Je perçus la détresse de mon daemon avec acuité. Son appel silencieux à l’aide ne me laissa pas indifférente. Un instinct que je croyais disparu refit surface. Je n’avais jamais supporté que mon daemon soit dans la tourmente. Les séquelles de mon accident m’avaient plongé dans un brouillard où je n’arrivais plus à ressentir autre chose que de la colère et de la culpabilité. J’avais l’impression d’être devenue insensible et que plus rien ne pourrait m’atteindre. La souffrance de Byron et la détresse de Koda réveillaient mon empathie endormie. Je ressentis le besoin irrépressible de rassurer mon daemon.
« Koda, du calme, le rassurai-je télépathiquement. Il n’y a aucun mot ou phrase toute faite qui pourront étancher sa peine. Ce qui compte c’est la sincérité de tes mots, quels qu’ils soient.»
L’ours me regarda surpris par mon intervention silencieuse. Un mince éclat d’espoir brilla dans son regard sombre de voir revenir une ombre de celle que j’avais été.
« Mais si je dis quelque chose qu’il ne faut pas, ou que je m’emmêle dans mes mots, comme à chaque fois que je parle, s’inquiète le daemon. »

« Koda, avec des mots sincères tu ne peux jamais te tromper, lui rétorquai-je. »

« Je ne sais pas plus quoi dire, c’est mieux que je garde le silence, se résigna l’ursidé en baissant la tête. »

« Koda, contente-toi d’être toi-même et tout va bien aller. »
Cet échange est comme une écho du passé. Un rappel vivace de ce que nous étions. La réalité reprend rapidement ses droits lorsque Byron me demande ce qui s’est passé pour que je me retrouver prisonnière de mon fauteuil roulant. L’impression de m’être retrouvé s’écroule comme un château de cartes. La morosité refait surface alors que je repense aux événements qui ont mené à ma paralysie. J’ingurgite une nouvelle gorgée de la bouteille d’alcool fort comme pour reprendre un courage que je ne possédais plus. Les souvenirs refont surface avec une acuité surprenante. Je me sens légèrement nauséeuse, alors que les odeurs, les sons et les images m’assaillent. Le fait que nous semblions partager une souffrance similaire m'encouragea à m'ouvrir un peu à Byron.
- C’est arrivé durant ma dernière mission humanitaire, me résignai-je à répondre. Notre campement a été attaqué et j’ai été projeté par une explosion sur les ruines d’un mur de brique. Les médecins ne savent pas si je pourrai remarcher, ils disent qu’il est trop tôt pour se prononcer. C'est tellement ridicule. Comment une simple chute peut mener à ça ?
Je fis un mouvement des bras indiquant mon corps désormais à moitié invalide avec dérision. L'amertume était palpable dans chacune de mes paroles. Je me concentrai sur les faits les plus banals de mon histoire. Tant que je n’avais pas à entrer dans les détails, je pourrais tenir mes cauchemars à distance. Je pris une nouvelle gorgée à même la bouteille. Demain matin j’allais sûrement regretter mes abus, mais pour l’instant je n’en avais cure. Je souhaitais seulement oublier même si ce n'était que pour quelques instants.
- Si je me souviens bien, Estelle m’avait vaguement raconté que tu étais à Merkeley, alors j’imagine que toi tu as été téléporté ici. Comment ça se passe pour toi depuis que tu es arrivé ici, lui demandai-je.
La situation avait quelque chose d’irréel dans la mesure où il a fallu qu’on se retrouve dans un bar en Norvège pour que l’on commence à nouer un lien quelconque. Une compréhension mutuelle semblait nous rapprocher sans que nous ayons à échanger trop de mots. C’était également ironique de constater qu’il fallait que l’on soit tous les deux au fond du baril pour que cela arrive. Un petit ricanement m'échappa lorsque j'en pris conscience.


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Mar 6 Nov - 22:44
Je ne sais plus trop quoi penser entre ma situation, celle d’Alicia et notre souffrance commune. Elle n’a pas été causée de la même façon, mais cela reste que nous ne sommes pas bien tout les deux en ce moment, comme s’il nous manquait une partie de notre identité. Dans mon cas, c’est carrément ça. Praline faisait partie de moi comme tous les autres daemons existants dans ce monde et la perte des jambes de ma cousine doit être tout autant difficile à surmonter. Juste en entendant ses paroles j’ai l’impression qu’elle n’est plus elle-même, que le temps l’a façonnée de façon brutale et cela perturbe énormément les souvenirs que j’avais d’elle. C’est vrai que cela fait des années que je ne l’avais pas revue, je n’ai pas non plus pris beaucoup de nouvelles d’elle de la part d’Estelle, mais jamais je n’aurai cru qu’une personne puisse autant changer avec le temps et ses expériences passées. Moi-même je ne dois plus être comment avant après les pires moments que j’ai vécu au travail entre la perte d’un enfant sur la table ou de devoir annoncer à un patient qu’il a une tumeur au cerveau.

Repenser à mon travail me pousse à prendre une nouvelle gorgée et si je continue de boire à ce rythme, la sensation d’ivresse ne devrait pas tarder à se faire sentir. Alicia a du vivre bien des choses horribles à l’étranger et son histoire me fait grimacer. C’est fou comme la vie est fragile et tout ce que l’on croit acquis peu facilement être balayé par un souffle d’air. Je suis bien placé pour le savoir puisque j’étais persuadé que Praline mourrait en même temps que moi une fois que je serais vieux et que j’aurai accompli une belle vie... mais elle est partie bien avant ça.

- Je... je suis vraiment désolé, répondis-je presque dans un murmure, la tristesse m’écrasant le torse de l’intérieur. Autant par ce qui t’es arrivé récemment que par ce que ta famille te force à faire. La vie est parfois cruelle et je n’aurai pas du te poser cette question. Ça ne doit pas être facile de se retrouver, disons... enfin tu vois, ajoutais-je en esquissant un vague geste de la main vers son fauteuil. Je crois que tu peux vivre chez Estelle sans qu’elle soit obligée de s’occuper de toi et cela devrait te faire du bien de te poser un moment, à un endroit sécuritaire. Si vraiment tu ne te plais pas ici... j’imagine que tu peux toujours repartir pour trouver un endroit qui te convient mieux.

Après tout, c’est une adulte qui peut amplement prendre ses propres décisions sans avoir sa famille sur le dos. J’espère que Estelle partage les mêmes opinions que moi et qu’elle ne se sentira pas obliger de veiller constamment sur sa sœur. D’accord elle est considérée comme une personne à mobilité réduite, mais elle n’est pas paralysée entièrement. Pas encore du moins. Sa nouvelle demeure n’est peut-être pas adaptée à sa condition, mais selon moi ça lui ferait du bien de faire une pause le temps de reprendre sa vie en main, car j’ose imaginer qu’elle n’est pas au meilleur de sa forme si elle est ici en train de boire comme je le fais. Et puis, comme je lui ai dit, elle n’est pas non plus attachée à la Norvège jusqu’à la fin de ses jours. La jeune femme me demande ensuite comment je vis ma vie depuis que je suis ici et honnêtement, je crois que j’ai touché le fond. Mes pensées se dirigent d’un coup vers Praline qui aurait très probablement profité de ce moment pour faire l’une de ses fameuses blagues à mon égard, mais il n’y a que le silence qui m’accompagne.

- Oui, j’ai été téléporté. Je suis tombé malade à Merkeley à cause du virus qui se propageait dans l’eau et je croyais m’en sortir jusqu’à ce que je mette les pieds ici contre mon gré. Praline m’a été arrachée et à partir de ce moment, ma vie n’a plus été la même. Chaque jour est un défi en soit que je dois relever, je dois constamment me battre avec moi-même pour survivre, alors... disons que ma vie est plutôt difficile en ce moment.

Pour ne pas dire que juste le fait de respirer est un supplice. Je pense alors à Nathan qui est probablement le seul être humain en ce moment qui parvient à me maintenir la tête hors de l’eau. Sans lui, je ne sais pas ce que je serais devenu.

- Je continue d’avancer grâce à Nathan, ajoutai-je en songeant qu’Alicia ignore tout de son existence et du fait que je suis père désormais. Il est, heum... mon fils adoptif. Estelle l’a trouvé dans la rue après qu’il ait fuit sa famille d’accueil et elle m’a demandé de le garder quelques jours pour le protéger du conseil. Je l’ai écouté sans poser de question et j’ai finalement décidé de le prendre sous mon aile. Le pire dans tout ça est qu’il a lui aussi perdu sa daemonne à cause de l’épidémie et notre maison est décidément trop vide en ce moment.

La lynx et la chouette effraie s’entendaient très bien ensemble et je pense que c’est ce qui me fait le plus de mal. Leur présence à toutes les deux me manque et j’essaie au mieux de soulager Nathan de sa tristesse à chaque jour qui passe. Ce n’est clairement pas facile de faire le deuil de sa moitié, mais on finira forcément pas y arriver.

- Alors... qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ? demandai-je en prenant une nouvelle gorgée tout en remarquant que mon verre est déjà pratiquement vide.


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