Keep my glass full until morning light

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Nothing will be the same...

Jeu 4 Oct - 4:40
Si quelqu’un m’avait dit quelques mois plus tôt que je finirais en Norvège, cloué à un fauteuil roulant et a travaillé comme bibliothécaire, je lui aurais ri au nez. Je contemplais avec amertume le tournant qu’avait pris ma vie. Je me sentais si lasse. Mon sommeil empreint de souvenirs cauchemardesques n’avait rien de réparateur, ce qui ne faisait qu’accentuer ma lassitude et mon humeur morose. La gorge nouée je me demandais bien quel coup du sort m’avait permis de survivre. J’étais devenu un poids pour le peu de gens qui me restait. Ma sœur ne me le disait pas, mais je me doutais bien que j’étais un poids de trop dans sa vie si bien remplie. Elle ne m’avait jamais que toléré dans son existence et le temps n’avait rien changé. Toute ma vie, je m’étais senti comme le vilain petit canard. Cela ne faisait qu’accentuer mon impression et me mettait dans une colère que je contenais difficilement. Je me sentais comme le boulet qu’elle traînait dans son quotidien, tous ses gestes me le criaient bien plus que chacune de ses paroles. Comment pouvait-on espérer avoir un sentiment d’appartenance quand même avec notre propre famille on ne se sent pas accepté dans notre propre famille. J’aurais préféré qu’ils me laissent à mon sort et pour ça je leur en voulais. Je ne méritais pas cette place après tous les gens dont j’avais causé la mort par mes décisions malavisées. Le regard sans vie de cette petite fille me hantait chaque jour. Je n’arrivais plus à me regarder dans le miroir sans la revoir qui me fixait de ses yeux éteints à jamais. Je suffoquais de simplement vivre.

J’étais prise au piège dans un corps abîmé, mon esprit voulait s’en échapper, mais j’étais prisonnière. Je ressentais constamment le besoin irrépressible de déchirer mon enveloppe charnelle simplement pour m’envoler et m’évader de cette prison qu’était devenue ma vie. Sauf que j’étais condamné à perpétuité à y rester. Je gardais les traces rosées de mes impulsions désespérées. La seule chose qui me retenait c’était Koda. Ma douce moitié qui n’avait rien demandé et pourtant qui subissait ma noirceur. Je ne pouvais le condamner, ce serait d’un égoïsme lamentable. J’essayais de trouver la force de me relever pour lui, mais je n’y arrivais tout simplement pas. Je savais que je le décevais constamment. Cela ne faisait qu’accentuer mon sentiment de rejet, mon impression d’être le boulet que l’on traînait constamment dans son sillage. Il réalisait son rêve et moi je le transformais en cauchemars, mais je ne trouvais pas la force de m’en réjouir. Cette incapacité me faisait sentir encore plus coupable. Si seulement Koda pouvait vivre sans avoir à me supporter. Les choses étant ce qu’elles sont, il n’avait d’autres choix que de me supporter et endurer mes sautes d’humeur de plus en plus fréquentes. Il faisait des pieds et des mains pour que je ne fasse pas trop de dégâts. Je me dégoûtais encore plus. Il ne disait rien, le gentil Koda. Au contraire, il faisait tout pour ne pas me froisser le doux daemon. Il ne prononçait jamais un mot de trop, il mesurait toujours ses phrases avec précision. Il parlait peu le timide ours brun, pourtant son esprit était en constante ébullition. Je ne méritais pas un être aussi tendre à mes côtés. Je me sentais comme un imposteur dans ma propre vie ce qui m’amenait à m’isoler encore plus, même de mon âme. Je ne pouvais juste pas tolérer de l’entraîner dans ma chute, donc je le gardais à distance à son grand désarroi. Le pauvre Koda, il était si désemparé. Les relations humaines avaient toujours été mon domaine, celui de ma moitié c’était la connaissance. Il devait se découvrir des compétences qu’il n’avait jamais eu à entraîner. Nous étions tous deux perdus dans cette nouvelle réalité qu’était la nôtre.

Je regardai ma bouteille qui se vidait dangereusement vite. Ça n’avait pas été ma meilleure idée de demander au barman de me donner la bouteille au complet de scotch. La tristesse n’est jamais une bonne conseillère. Dans le brouillard éthylique, je sentais le regard inquiet de mon daemon. Je faisais mon possible pour ne pas croiser son regard afin de ne pas accentuer mon mal-être. C’était peine perdue. Seulement le fait que je me trouve dans un bar un soir de semaine témoignait de ma déchéance. Quelqu’un de raisonnable serait sûrement déjà retourné à la maison ou il ne serait pas entrer dans cet établissement. J’appartenais désormais à la catégorie de gens déraisonnable de gens qui était déjà éméché a à peine 9 h 30. À l’instar de Koda, je sentais le regard de certaines personnes se poser sur ma personne. À vrai dire, je n’en avais cure. J’étais assise à devant une table basse, étant donné que je ne pouvais m’installer directement au comptoir trop haut pour moi. Cela ne faisait qu’accentuer mon sentiment d’être marginalisé. Je pris une autre gorgée du liquide ambré dont sa brûlure dans mon œsophage me procura un sentiment de bien-être éphémère. Pendant ces quelques secondes j’oubliais presque mon mal-être pour ne me concentre que sur la fugace euphorie. Je fis tournoyer le liquide dans mon verre perdu dans mes sombres pensées. Je ne remarquai pas l’autre âme en peine qui venait de s’installer près de moi. Cela n’échappa pas au regard aiguisé de l’ours brun, qui reconnut aussitôt mon cousin. Il le reconnut grâce aux photos d’un voyage au Canada qu’Estelle leur avait envoyé par courriel. L’absence de Praline se faisait cruellement sentir. Le cœur lourd pour l’ancien daemonien, Koda ferma son livre.
« Alicia… Byron est ici » me prévint télépathiquement mon daemon.
Je sursautai en entendant la voix grave de l’ours résonner dans ma tête. Je jetai un coup d’œil vers la direction que m’indiquait ma moitié. L’homme était douloureusement seul. Je m’avançai jusqu’à lui, ma bouteille de fort à la main, abandonnant mon verre à moitié vide sur la table basse. J’avais entendu parler des événements de Merkeley, mes sœurs en avaient fait les frais, l’une d’elles n’était jamais revenue. Cette épidémie avait arraché à certains leur âme. C’était d’une cruauté sans nom de vivre seulement avec une moitié de soi-même. Je ne pouvais concevoir une vie après la perte d’un daemon. Je ressentis un sentiment que je croyais éteint, de l’empathie. Comment pouvait-on survivre sans âme ? La gorge nouée, je n’osais imaginer la douleur qu’il devait ressentir suite à la perte de Praline. En d’autres circonstances, je n’aurais peut-être pas approché mon cousin. Nous n’étions pas très proches et le temps n’avait pas arrangé les choses. Je n’éprouvais pas particulièrement l’envie d’entamer une conversation, mais je ressentais l’impulsion de partager sans un mot notre douleur. Le réconfort que nous pouvions retrouver l’un chez l’autre se faisait bien maigre, mais c'était mieux que rien.
- Byron Blythe, je peux m’asseoir avec toi, demandais-je. Mais qu'est-ce que je racontes, je suis déjà bien assise, je suis même clouée sur mon nouveau trône.
Je laissai échapper un rire amer, tout en buvant une nouvelle gorgée à même la bouteille. Au point où j’en étais, je ne me formalisai plus d'aller me chercher un nouveau verre.


Koda:
 
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Sam 13 Oct - 15:52
Installé seul au bar, fidèle à mes habitudes, j’observe le barman me servir un verre de vodka pur comme je l’aime. Je le remercie d’un simple hochement de tête avant de prendre le verre entre mes doigts afin d’avaler ma première gorgée qui me brûle littéralement la gorge. Cette sensation me fait toujours autant de bien et je me retiens presque de soupirer en tentant d’oublier tous mes malheurs actuels. L’absence de Praline me fait énormément souffrir, tout comme celle de Freyja, et il n’y a que quand je bois que j’arrive à les oublier partiellement. Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux que rien. Je suis bien placé pour savoir que l’abus n’est pas bon pour la santé, mais je suis incapable de faire autrement pour tenter d’apaiser la douleur. Mon comportement doit aussi affecter Nathan et c’est pour lui que je fais attention à ne pas revenir trop tard. Par contre, revenir plus tôt que prévu ne fait pas en sorte que je sois moins saoul... mais bien souvent, il dort déjà quand je reviens à la maison. C’est mieux comme ça, il évite ainsi de me voir dans un tel état.

Pour lui, j’aimerai être en mesure de me passer de l’alcool, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici, depuis une bonne vingtaine de minute peut-être quand je songe finalement à terminer mon verre pour pouvoir rentrer chez moi. J’entends alors une voix féminine derrière moi, une voix qui ne me dit rien aux premiers abords. Intrigué par la présence de cette femme près de moi, je me tourne lentement en direction de celle-ci en me demandant de qui il peut bien s’agit. J’ai eu de nombreuses conquêtes à Perth Amboy, la plupart étant des humaines alors je doute qu’elles aient été téléportées ici pendant le bombardement de Merkeley. Ce n’est pas non plus la voix d’Estelle, ni celle de Kayla. Dès que mon regard se pose sur la femme en question, mon visage se décompose. Je reconnais sans mal Alicia, ma cousine que je n’ai pas vu depuis plusieurs années maintenant et je ne sais pas ce qui me surprend le plus entre le fait de la voir ici, dans ce bar perdu, ou bien le fait qu’elle soit désormais en chaise roulante.

- A... Alicia ? demandai-je, incrédule. Co... comment c’est possible ? Je veux dire... Tu as été téléportée à Okolnir toi aussi ?

Je n’étais pas au courant de sa condition... je croyais qu’elle était encore en voyage humanitaire dans je ne sais quel pays défavorisé. Toutefois, notre différence de hauteur me perturbe un peu et je jette alors un rapide coup d’œil autour de moi en ayant l’intention de changer d’endroit. Je n’aime pas lui parler à la hauteur du banc sur lequel je suis assis au bar et quand mes yeux se pose sur un ours resté seul au fond de la pièce, je crois comprendre qu’il s’agit de son daemon. Bien que je n’ai jamais été proche de ma cousine, c’est peut-être l’occasion pour nous de nous rapprocher un peu puisque nous sommes au même endroit et visiblement aussi souffrant l’un que l’autre. J’ai envie de savoir ce qui lui est arrivé comme Estelle ne m’a rien dit à ce sujet et j’invite rapidement la jeune femme à me suivre jusqu’à la même table où elle était installée quelques minutes plus tôt. Je sens mon cœur se serré de douleur en revoyant l’ours de plus près étant donné qu’il me rappelle Praline. De toute façon, n’importe quel daemon me fait cet effet depuis qu’elle a soudainement disparue.

- Ton nouveau trône ? répétai-je en ayant bien compris son allusion. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je sais que bien des daemoniens ont eu des séquelles diverses suite à la téléportation, comme la perte d’un daemon ou encore d’un pouvoir, mais est-ce que c’est aussi possible d’en revenir paralysé ? Toute cette histoire est vraiment très étrange et je ne peux m’empêcher de prendre une nouvelle gorgée de l’alcool fort pour tenter de me préparer mentalement à sa réponse. J’ai peur d’entendre ce qu’elle a à dire.


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