Rien ne sert de courir ?

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Don't play  or
you'll end cold.

Lun 8 Oct - 15:19

Nikolaï était habillé d’un vieux jogging gris et d’un t-shirt sale. À Perth, il avait des vêtements de sport dernier cri mais comme il avait tout perdu, il se retrouvait avec des affaires miteuses. Yulia le tannait pour qu’il retourne en ville dans un magasin spécialisé. Elle ne retenait aucune remarque sur son style pendant tout le long de ses courses.
Lui qui n’aimait pas courir avant, chaque matin à 6h quand tous les autres dormaient encore il sortait pour se fatiguer. S’épuiser. Il accélérait et continuait tant que son esprit tournait sur les mêmes souvenirs, les mêmes images, les mêmes visages. À un moment son souffle devenait tempête, ses muscles faiblissaient, la sueur coulait dans ses yeux. Et il trouvait enfin la paix. La souffrance le lâchait pour un temps. Il oubliait tout. Ne restaient que sa respiration, ce qu’il voyait, l’instant présent.
Puis il revenait, essayait d’être présent pour sa famille et disparaissait le soir. Pour boire, se battre. Il essayait vainement de ne pas y aller mais tournait comme un lion en cage. Il n’avait rien à faire de ses journées et retapait la grande maison, le grand châlet, peu importait comment on l’appelait mais le refuge des Lockwood à Olkonir. Seul, dans cet automne frais, avec ses scies, le bruit des oiseaux, et Yulia qui lisait avec un thé.
Il regagnait son sourire avec Alice, sa précieuse petite fille. Il se retrouvait avec elle. Mais tous les matins, c’était le même rituel. Il avait grandi, et il se débrouillait mieux qu’avant, se détruisait moins. Magdalena l’avait beaucoup fait grandir lui et son caractère de cochon, parfois toxique. Et s’il digérait le deuil, il ne s’en sortait pas si mal. La plupart du temps.
Une grande bouteille d’eau dans son dos, sa montre qui indiquait 5h50. Il s’étirait en silence et Yulia claquait de sa langue à cause de sa tenue.
Dimitri l’avait déjà accompagné plusieurs fois. Le drame avait bouleversé toute la fratrie. Différemment. Dimitri était devenue plus dur, plus froid, plus déterminé aussi. Il s’isolait sur un projet dont il ne voulait pas parler. Son esprit affuté marchait à plein régime. Eva était détruite. Elle était l’ombre d’elle-même. Inatteignable. Comme à la mort de son premier mari. Personne ne la reconnaissait, elle se laissait aller dans une dépression morbide. Elle s’énervait sans raison, devenait tout d’un coup affectueuse presqu’étouffante puis s’isolait de tous. Comme le mauvais penchant de tous les Lockwood, elle allait boire son saoul dans des bars. Nik et elle s’évitaient soigneusement. Le manque de travail, la perte de Mira… sa douleur, son inactivité.
Nikolaï aurait aimé l’aider mais il portait son propre fardeau, qui le pliait, le mettait à genoux, l’empêchait de voir, de sourire. Il pleurait souvent, les soirs, seul dans son lit. Mais Eva ne pleurait pas, ne tombait pas. Une tornade interne qui la rongeait et dont elle ne pouvait se débarrasser. Comme si elle tenait un contrôle de fer sur sa peine, qui la détruisait dans le même temps. Entre le frère et la sœur, les regards se faisaient fuyants, ils voyaient la même peine, la même mort de l’enfant. Ils ne pouvaient se parler, même pas en cri. L’ambiance à la maison était sombre. Nikolaï était encore celui qui avait l’air de s’en sortir le mieux. Il s’exprimait, verbalisait, lui qui n’avait jamais su ou pu gérer un deuil. Il ne mentait pas, ne souriait pas quand il n’y arrivait pas. Et prenait les choses avec une certaine philosophie. Si Dimitri était devenu plus dur, Nikolaï lui était devenu plus doux. Il alternait des périodes de croyance féroce en un Dieu qui prendrait soin de son fils et des périodes de doutes. Mais il savait sur quoi se raccrocher et qu’on se raccrochait à lui. Cela lui donnait envie de vivre. Et Yulia, la merveilleuse et exigeante Yulia l’accompagnait. Même s’il avait parfois l’impression de porter la famille à bout de bras. Dimitri le poussait à aller voir un psy. Mais Nikolaï malgré sa nouvelle sagesse et sa bienveillance avait bien du mal à voir les psychologues d’un bon œil. Il restait ce qu’il avait toujours été, un homme aux valeurs rigides et au grand cœur. Un homme aux penchants agressifs et protecteurs, aux stéréotypes bien ancrés et avec une grande force de caractère.
Il en était là de ses pensées, s’échauffant avec des sauts et des pompes quand il vit des chaussures arriver, avec quatre sabots. Il se releva instinctivement, les sourcils froncés. Et se détendit quand il reconnut sa sœur. Son regard à elle glissa sur la pommette bleutée et ouverte de Nikolaï. Il baissa les yeux. Presque honteux. Mais il l’avait déjà ramené plus d’une fois dans un bien pire état ces dernières semaines, ils étaient dans un rapport d’égalité.
Nikolaï ouvrit la bouche pour dire quelque chose et … ne dit rien. Elle était là. Elle s’était levée et préparée et elle était là. C’était plus qu’un discours. Nikolaï comprenait bien plus ce langage là que celui compliqué qu’elle utilisait, sa sœur cette intellectuelle brillante. Sa douleur lui enlevait les mots et il comprenait ses gestes, ça suffisait.
Par contre Yulia soupira d'aise en voyant Andreï arriver.

*Ne fais pas attention à sa tenue. Il doit encore aller s'acheter des habits.*

Puis elle observa Eva.

*C'est bien qu'elle soit venue. Tu y es pour quelque chose ? Nikolaï ne va pas la ménager...*

Il n’eut pas à réfléchir, il savait déjà qu’elle lui demandait quelque chose. Et il allait le lui donner. Sa grande sœur lui donnait l’autorisation. Il allait utiliser son propre remède sur elle. Alors il commença à courir à une allure modérée par rapport à d’habitude. Mais c’était un grand sportif depuis sa jeunesse alors son allure modérée serait bien suffisante pour vite épuiser Eva. Eva n’était pas molle et aimait faire du sport. Mais face à l’endurance travaillée pendant des années de Nikolaï elle ne faisait pas le poids. Il passait son temps à faire des travaux de force, que ce soit le bricolage, le sport, les bastons. Une bonne condition physique ça avait toujours été son truc à lui. Il n’était pas aussi intelligent qu’elle ou sympathique et drôle que Dimitri. Mais il était fort, rapide, nerveux et endurant.
L’air était plus que frais et une brise aurait fait frissonné Nik s’il n’avait pas eu son pouvoir qui le réchauffait presque en tous temps. Sa respiration se fit vite haletante. Il ne jetait pas un regard en arrière. L’itinéraire choisi les conduirait bientôt en montée. Et même lui peinait à la faire. Mais il fallait qu’Eva lutte, et qu’elle peine elle aussi. Il fallait la pousser dans ses retranchements.


Beware the owl...

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Nothing will be the same...

Hier à 1:51
Le plafond tourne, la nausée prend l'endormie à la gorge. La brûlure de l'alcool la fait encore souffrir, les souvenirs de la veille recouverts d'un voile. Elle se relève, le monde tangue, elle traine son corps vers la salle de bain au sol jonché de vêtements. Et elle manque de s'écrouler devant son miroir, se rattrape in extremis au lavabo de ses deux mains, plaquées contre le marbre. Tête baissée vers le sol, yeux clos, la télépathe a l'impression d'accueillir le monde sous son crâne. Un hall de gare. Voix, cris, hurlements. C'est un supplice...
Doucement, son regard se relève, se confronte à son reflet. Elle n'y voit qu'un fantôme. Une ombre, une pâle copie d'un Elle passé. Au regard vide, aux joues creuses.
Sa bouche se tord d'un rictus, son poing se lance, désespéré, contre la glace. La brise. Ce poing se fixe, ne retombe pas. Arrêt du temps. Un liquide chaud, âpre, perle sur ses phalanges. Une goutte de sang explose contre le marbre riche de l'évier.

Elle retient un gémissement, quelques larmes roulent sur ses joues rougies des pleurs de cette nuit. Et dans ce même silence, alors qu'elle sait que sa demi-âme l'observe, inquiet, elle ôte ses vêtements imprégnés de cette odeur âpre d'alcool, allant joncher le sol de la salle de bain. Doucement, elle se glisse dans la douche. L'eau glacée coule sur sa peau, emporte le sang et les larmes dans le siphon. Son regard, à elle, fixe ce rouge intense s'écouler dans cet empire d'un blanc immaculé. Ignore la douleur de sa blessure. Elle n'est rien comparée à celle du coeur...
Elle ne voit rien d'autre qu'Eux.
Ces visages. Leurs yeux si doux, leurs sourires. Leurs rires.
Nouveau gémissement étouffé. Les larmes se tarissent, elle a l'impression de se vider... mais ses larmes jamais ne cessent. Jusqu'au soupir, elle prend le large. Et ne voit que leurs visages. Alors, elle ferme les yeux, glisse sur le sol de sa douche. Accroupie, serrant ses genoux entre ses bras, elle imagine les serrer, tous les deux, contre son coeur. Ses deux anges, ses amours.

Ses enfants.

Mira... Louka... sa fille... son fils... ses enfants, sa raison de vivre. Elle a failli. La russe n'a pas su les protéger, elle n'a pas su être leur mère. Le remord l'habite, la haine la traque.
Elle n'a pas pu les sauver...

- Ev'.

La russe rouvre ses yeux, aperçoit l'ombre d'une imposante silhouette se dresser au-dessus d'elle. Andreï-Feodor. Elle relève son regard, le dirige dans sa direction. Visage dévasté. Meurtri. Le cervidé s'approche.

- Regardes-toi. Crois-tu que Mira et Louka aimeraient te voir ainsi ?

Dur. Direct. Honnête, implacable. Il le doit, pour son bien, à elle. Pour le sien aussi. Il est celui qui la réveillera, cette endormie au coeur explosé. Il la relèvera, comme il l'a toujours fait. Il la soutiendra, la portera. Et il doit le faire de cette façon. La tendresse n'a pas sa place, les douces paroles sont vaines. Andreï ne prend pas de pincettes. Cette voie seule, il le sait, la relèvera.

- Réveilles-toi, tu as quatre enfants qui ont besoin de toi. Ta famille a besoin de toi.

La télépathe tremble, sous l'eau glacée. Les mots l'atteignent, flèches empoisonnées écoulant leur venin dans ses veines palpitantes. Pourtant, elle ne bouge pas alors que ses boucles collent à sa peau. Elle se contente de l'observer, sourcils froncés de cette douleur lancinante. Andreï ne bouge pas, reste droit, tête haute. Et il l'observe, dans ce silence rythmé par le murmure de l'eau.
Un échange, partage de sentiments. Quelque chose traverse leurs corps, atteint leur âme. Transperce leur coeur.

Elle comprend.

Eva-Line se relève. Eva-Line laisse la peine s'écouler, Eva-Line nettoie ses plaies. Elle se saisit d'un linge, évacue. Sors de la douche, s'approche de son jumeau, joues sèches. Elle se stoppe l'espace d'un instant, plante son regard d'océan dans le sien, obscur.
La russe enfouit son visage dans le pelage duveteux de son daemon. Ses mains glissent, s'agrippent aux poils, enserre son étreinte autour de son cou. Et elle le sent, pencher sa lourde tête, la déposer sur son épaule. L'enlacer à son tour.

- Merci...

Un écho résonne, un message de tendresse destiné au cervidé. Je t'aime.

- Tu as besoin d'eux. Et ils ont besoin de toi... Tu devrais rejoindre notre frère, ce matin. Vous vous fuyez depuis bien trop longtemps déjà.

La fuite est plus douce que l'affrontement. Et les deux ainés Lockwood en sont experts... Ils se fuient, ne tentent rien et laissent les choses aller sans se voir. Ils ferment les yeux et se laissent aller. S'éviter l'un l'autre, fuir le regard et éviter les mots.
Il est temps pour eux de se retrouver... et de parler. Elle le sait, elle le sent. Ils doivent s'ouvrir, impérativement. Le silence ne doit plus durer... Jamais.
Eva-Line brise l'étreinte, à contrecoeur. Elle dépose un baiser sur le museau de son frère, s'éloigne. Dans sa penderie, elle trouve des vêtements de sport, qu'elle enfile distraitement, sans conviction. Elle chausse ses baskets, soupire. Quand avait-elle couru pour la dernière fois ? Pour la simple envie de courir ? Sa mémoire ne parvient pas à en trouver le souvenir...

La russe sort de sa chambre. Poing rougit de douleur, le sang sèche lentement. Elle le dissimule dans son sweat alors que le duo descend les escaliers de cette si grande maison. Trop vide.

Et il est là.
Face à elle, s'échauffant. Il se relève instinctivement, devant sa soeur. Leurs regards se croisent, se captent. Pour la première fois depuis des semaines, ils se voient enfin. Prennent conscience de l'autre.
Elle la voit, cette pommette bleutée, ouverte, alors qu'elle dissimule sa propre blessure de rage. Et elle comprend. Son instinct lui crie de hurler, de gesticuler, de comprendre. De l'étreindre. Elle n'en fait rien. Son coeur meurtri ne répond plus.
Ils sont égaux. Blessés, épris d'une colère explosive. Lorsqu'il baisse son regard, elle ne rêve que de le fuir. Parce qu'elle comprend, ils se ressemblent. Depuis toujours.

Andreï s'avance vers sa belle Yulia, sa lueur parmi l'apocalypse. Celle qui est tout et qu'il a cru perdre, à en mourir. Celle qui seule vaut le combat.

*Oh je l'espère, regardes-moi cette silhouette, quelle honte. Je compte sur toi pour le remettre sur le droit chemin.*

Il l'observe, prend quelques secondes. Alors que leurs humains restent debout, l'un face à l'autre. Silencieux.

*Nos daemoniens sont terribles, affreusement têtus. Eva-Line ne serait jamais venue sans que je ne la pousse à le faire, tu le sais... Nikolaï ne doit surtout pas la ménager. Ils fonctionnent comme ça, ils se bousculent, craquent, hurlent, frappent et retrouvent leur unité. Notre unité.*

Par sa simple présence, l'aînée donne la permission d'entrer. La permission de pousser. Elle le sait, il la poussera à bout. Elle en a besoin... Andreï a raison. Il a toujours raison. Il est temps d'ouvrir les yeux, de sortir de ce cauchemar. Si seulement il est possible de s'en échapper...
Ils sortent de la maison.
L'air matinal frais finit de réveiller l'endormie. Dans ce silence qu'ils se sont accordés, Nikolaï part en petite foulée. Sa soeur le suit. Il accélère, elle accélère. Il tourne, elle tourne. Elle le suit. Et elle sent sa respiration devenir haletante, son coeur battre fort dans sa poitrine. Ses pensées se stoppent nettes, elle ne pense qu'à ses jambes martelant le sol poussiéreux.

Il n'échangent pas le moindre mot lorsqu'ils entament cette montée.


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When you were asleep and I was out walking, The voices started to speak And they wouldn't stop talking. Hold on they're not for me.
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