Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
 

No Sound Without Silence [Anja & Cillian]

 
  
MessageMer 22 Avr - 14:06
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 473Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
No sound without silence


Campement des rebelles ~ début décembre 2014

« - O’Shea, tu pars avec Müller. »

Je me souviens de ma réaction, de cette sorte de haut-le-cœur désagréable, et de mon air de surprise et d’inquiétude que je ne suis certainement pas parvenu à cacher autant que je l’aurais voulu. Voilà un moment que l’on ne m’avait plus imposé de missions en duo. J’étais parvenu, après de longues négociations ardues, à faire accepter l’idée que j’étais toujours plus doué seul à certains de nos leaders. Mais pas aujourd’hui, visiblement. Pas avec ceux-là. D’un coup d’œil furtif, j’ai plongé mon regard dans les prunelles claires de la daemonienne au pigeon et mon cœur a raté un battement à l’idée que cette femme pourrait avoir ma vie entre ses mains ne serait-ce qu’une seconde. Alors, je n’ai fait que recroiser le regard de notre supérieur sans un mot, attendant la fin de ma sentence.

« Vous partez pour Washington sur le champ. Un pick up est à votre disposition. Certaines sources ont fait état d’une réunion plutôt officieuse dans un bâtiment d’affaires de Downtown D.C., au cinquième étage, dans l’après-midi. L’adresse est déjà rentrée dans le GPS. Et y aura du bon monde. Quelques têtes pensantes du Conseil, une petite partie du gratin. S’ils décident de s’enfermer ensemble dans une mienne pièce, c’est certainement pas pour prendre des nouvelles de leurs mômes. Tâchez de savoir de quoi il s’agit et surtout de quelles infos on pourrait se servir. Vous avez un motel miteux avec une chambre au cinquième, à vingt mètres du lieu de la réunion, à utiliser comme poste d'observation et surtout d'écoute. Si t’es aussi bon que tu le prétends, O’Shea, ça devrait pas poser de problème. »

Vingt mètres. Seulement vingt mètres. A vrai dire, j’aurais mille fois préféré plusieurs centaines de mètres de distance. A vingt mètres, si la réunion est bien surveillée, il est toujours possible qu’un connard de garde remarque quelque chose de louche dans une des fenêtres d’en face. Et, une fois que je me concentre sur une seule source sonore, je suis incapable de remarquer ce qui se passe autour de moi. S’ils se décident à investir l’hôtel pour vérifier quoi que ce soit, je ne les entendrais même pas arriver… Un poste beaucoup plus éloigné aurait permis de diminuer grandement ce risque, mais je crois qu’ils sous-estiment mon hyperacousie et sont persuadés de mon incapacité à percevoir clairement les propos d’une telle réunion si j’étais placé aussi loin, surtout dans une ville bruyante comme la capitale. Je serai donc à découvert, priant pour que personne ne nous remarquent Anja et moi, ces deux daemoniens aux regards trop appuyés pour être honnêtes. Ma collègue deviendra finalement mon unique rempart, la seule capable de me ramener à la réalité si jamais les choses tournaient mal. Plus les minutes passent et plus je réalise que mon sort est déjà entre les mains de cette mystérieuse rebelle, et cela m’exaspère autant que cela m’effraie.

Anja et moi n’avons jamais échangé quoi que ce soit d’autre que quelques bonjours insipides, presque froid, et des regards à la fois méfiants et curieux. La confiance est une garce qui rue quand on la sollicite et qu'on n'apprivoise qu’à coups de patience et d’attention. Malheureusement, ni elle ni moi n’avons jamais fait l’effort d’agir en ce sens, nous contentant de servir tous deux la Rébellion dans une royale indifférence. Pourtant, il semblerait que la coopération nous soit imposée pour les prochaines vingt-quatre heures et je prie seulement pour que nos hésitations communes ne nous mettent pas plus en danger que nous ne le serons déjà.

« Apprenez tout ce que vous pouvez, mais ne vous éternisez pas. Je veux vous savoir sur la route dès la fin de la réunion. On reste en contact jusqu’à votre départ de Washington. Des questions ? »

Je ne répond rien et me contente de me diriger vers les voitures. Arrivé devant le pick up, j’ouvre la portière pour jeter ma veste sur la banquette arrière ainsi qu’un petit sac à dos contenant deux ou trois affaires, principalement un casque audio dont l’isolation sonore hors du commun m’a coûté une petite fortune. Nul besoin de prévoir beaucoup d’affaires. L’aller-retour se ferait dans la journée - il ne faut pas plus de trois heures et demie pour se rendre à Washington depuis Perth Amboy. Alors que j’attends qu’Anja me rejoigne, ma main vient discrètement se coller à ma poche droite pour vérifier qu’elle contient bien cette petite boîte orange sans laquelle je ne saurais accepter de sortir, et encore moins pour une mission de ce genre. Jusqu'ici, personne n'a encore soupçonné mes crises d'angoisse ou ma dépendance à ces maudits cachets et je suis bien décidé à ce que cela demeure ainsi.

Lorsqu’Anja me retrouve, je prends quelques secondes avant de me retourner en claquant la portière. Sans autre forme de cérémonie, je lui lance alors :

- Tu sais conduire ?

Il est de nombreuses choses en ce monde que je tente d’éviter le plus possible, et conduire en fait évidemment partie. Trop de tension, trop de bruit. Je n’apprécie que rouler sur d’interminables routes de campagne, entièrement seul, loin des klaxons, des bouchons et des bruits de freinage. Par ailleurs, je ne vois aucune honte à me voir conduit par une femme contrairement à certains de mes comparses. Si la belle accepte donc de prendre le volant, je le lui laisserai sans l’ombre d’un regret. Encore faut-il qu’elle ait son permis de conduire, chose dont je n’ai pas la moindre idée, à vrai dire.

- On devrait pas en avoir pour plus de trois heures et demie. Si tu es prête, je te propose de prendre la route dès maintenant.

Je tente de maintenir son regard, mais je n’aime pas cette situation. Je n’aime pas être ainsi lié à elle de force, je ne la connais pas assez et ne peux me résoudre à lui faire confiance. Ce duo, je ne le soutiens pas, je le crains bien plus. Mais je ne suis qu’un simple espion parmi la Rébellion et n’ai aucun pouvoir décisionnel quel qu’il soit. Aussi, même si je ne l’approuve pas, je m’y accommode néanmoins, me doutant bien que mon équipière doit elle aussi avoir des réticences à se voir ainsi enchaînée à un rebelle dont elle ne connait que trop peu les secrets. Alors, mon regard se fait quelque peu fuyant et j’attends simplement que nous nous mettions en route pour achever cette mission au plus vite et revenir au campement. Plus tôt cette mascarade sera terminée et plus vite je serai débarrassé de ce tandem imposé.
lumos maxima
  
MessageMer 22 Avr - 19:12
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/12/2014Nombre de messages : 246Nombre de RP : 63Âge réel : 25Copyright : Faestock & Arya ; RavenofthenightAvatar daëmon : Klodevig, pigeon biset (et guindé)
Anja MüllerNothing will be the same...
« O’Shea, tu pars avec Müller. »

Je manque regarder autour de moi pour vérifier de quel Müller on parle. Mais je suis la seule et je le sais. Nos regards se croisent brièvement, au moins ledit O’Shea semble aussi enchanté que moi. Klodevig note qu’il a presque l’air d’avoir peur, et je me demande pourquoi. Je le trouve louche, Cillian, et pas seulement à cause de sa joue tatouée – quelle personne saine pourrait envisager de se coller un nombre sur la figure pour le restant de ses jours ? Non, il n’y a pas que cela. A chaque fois que je le vois il semble tendu, regarde autour de lui comme si quelqu’un allait soudain jaillir d’un fourré, d’un meuble ou d’une ruelle et lui coller une balle dans la tête. On n’est pas dans un état de stress pareil sans avoir quelque chose à se reprocher.

« Vous partez pour Washington sur-le-champ. Un pick up est à votre disposition. Certaines sources ont fait état d’une réunion plutôt officieuse dans un bâtiment d’affaires de Downtown D.C., au cinquième étage, dans l’après-midi. L’adresse est déjà rentrée dans le GPS. Et y aura du bon monde. Quelques têtes pensantes du Conseil, une petite partie du gratin. S’ils décident de s’enfermer ensemble dans une même pièce, c’est certainement pas pour prendre des nouvelles de leurs mômes. Tâchez de savoir de quoi il s’agit et surtout de quelles infos on pourrait se servir. Vous avez un motel miteux avec une chambre au cinquième, à vingt mètres du lieu de la réunion, à utiliser comme poste d'observation et surtout d'écoute. Si t’es aussi bon que tu le prétends, O’Shea, ça devrait pas poser de problème. »

Un motel. Génial. On aurait pu nous trouver un parc, un monument, une ruine, n’importe quoi, et un motel. Il va falloir retirer les clés vu qu’il n’en est pas question. Donc se faire passer pour des gens qui s’entendent un minimum, ce qui est loin d’être le cas. Nous n’avons presque jamais échangé autre chose que des salutations distantes, presque forcées. Et si on voit son joli minois marqué à l’encre, qui le rend repérable à des kilomètres, et que les choses tournent mal… je décide aussitôt que je serai celle qui récupérera les clés, lui fera autre chose pendant ce temps, comme par exemple rester dans la voiture. Chambre au cinquième étage, comme le lieu de réunion, ce sera donc un endroit d’où je pourrai voir mais aussi être vue. Et un motel miteux près d’un bâtiment d’affaires ? Louche. Très louche. Je me demande pourquoi on nous a envoyés tous les deux, d’ailleurs. D’ordinaire nous nous en sortons très bien chacun dans notre coin. Je me suis renseignée bien sûr, je connais son pouvoir, je sais qu’il se focalise sur certains bruits au détriment des autres au point d’en devenir vulnérable. J’ai l’impression qu’on m’envoie pour lui servir de nounou, impression renforcée par le fait qu’on n’a pas mentionné mon pouvoir, mon daemon ou autre chose que ma seule présence, et j’ai horreur de cette idée.

Peut-être s’agit-il de faire en sorte que vous vous entendiez un peu mieux afin d’être à nouveau envoyés ensemble à l’avenir ?

Hmpf. Drôle d’idée. Drôle d’idée qui me met d’humeur encore plus chagrine.

« Apprenez tout ce que vous pouvez, mais ne vous éternisez pas. Je veux vous savoir sur la route dès la fin de la réunion. On reste en contact jusqu’à votre départ de Washington. Des questions ? »

Mais on ne discute pas les ordres. Je me contente de demander à quel nom les chambres ont été réservées et de retenir la réponse. Je donnerais cher pour avoir du fond de teint dans mes affaires, pour dissimuler un tant soit peu le tatouage de mon binôme, hélas je n’ai jamais réellement eu besoin de ces artifices pour mes missions et au fond je doute qu’un quelconque fond de teint permette de dissimuler efficacement de l’encre noire… Je me contente donc de vérifier que j’ai bien mon appareil photo, mes noyaux d’abricot, mes chewing-gums, mon couteau, la Guerre des Gaules de César et quelques autres objets de première nécessité, ainsi qu’une place pour Klodevig en cas de besoin, puis je rejoins l’Irlandais au pick-up. Il m’ignore, alors qu’il a certainement entendu le moindre gravillon crisser et qu’à cette distance il entend peut-être même mes globules rouges se cogner dans mes veines, puis il claque la portière, se retourne et me demande de but en blanc :

« Tu sais conduire ? »

Voilà qui commence bien. J’avoue en levant le nez pour le regarder dans les yeux – qu’il a fort bleus, tiens :

« Je crains que non. J’espère que toi oui, ce serait fâcheux de devoir bloquer un chauffeur pour la journée… »

Ou comment retourner la situation et le faire culpabiliser lui si d’aventure il ne sait pas conduire non plus. Sans attendre de réponse, je lui plaque mon écharpe contre la poitrine en disant :

« Ce sera certainement utile, vu le temps qu’il fait. »

Et je tapote ma pommette gauche pour faire comprendre que ma préoccupation première n’est pas le rhume qu’il pourrait attraper mais le souvenir que les gens garderont de ce superbe 21 sur son visage. Je ne parle pas des tatouages dans son cou, il comprendra tout seul, et s’il garde les mains dans les poches on ne verra pas ceux de ses mains. Au pire, les tatouages aux mains sont déjà plus courants que ceux au visage… L’écharpe ne me manquera pas, il fait tellement plus froid à Naestved qu’à Perth, si je porte un manteau c’est presque uniquement pour éviter qu’on se retourne sur mon passage. L’autre avantage de l’écharpe est qu’au moindre geste suspect envers ma personne, je pourrai l’étrangler. Ou essayer. Ou faire semblant. J’ai beau ne pas l’aimer pour un millier de raisons, je ne me sens pas la moindre vocation de meurtrière, même face à un traître – s’il s’avérait en être un. La question me travaille depuis un moment.

« On devrait pas en avoir pour plus de trois heures et demie. Si tu es prête, je te propose de prendre la route dès maintenant. »

Non, je suis venue te voir juste pour le plaisir de profiter quelques secondes de plus de ta merveilleuse présence tatouée. Bien sûr que je suis prête, andouille. J’en déduis qu’il sait conduire, mais la mission n’a pas commencé que j’ai déjà envie qu’elle soit terminée. Klodevig m’enjoint silencieusement de faire l’effort de rester polie et diplomate pour la réussite de la mission, aussi je me borne à répondre un peu sèchement :

« Je suis toujours prête. »

Et en plus il n’arrive pas à soutenir mon regard. Il essaie, mais il hésite, il faiblit, il échoue. De mieux en mieux. Je pince les lèvres et prends place sur le siège passager, calant nos deux sacs à mes pieds et invitant Klodevig à s’y installer. Le voyage va être très long….

Alors que la route commence à défiler, je réfléchis à haute voix.

« Une fois sur place il nous faudra être anonymes. Tranquilles. Discrets. Et avoir une histoire à servir en cas de question. »

Le seul conte crédible que j’ai trouvé pour expliquer la présence pendant moins d’une journée de deux jeunes gens aussi visiblement différents dans un motel miteux est, disons-le, assez ignoble pour que j’accepte une idée venant de lui. Mais s’il faut jouer l’amoureuse transie, je pourrai probablement faire un effort. S'il le faut, après tout...
  
MessageJeu 23 Avr - 15:49
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 473Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
No sound without silence

Campement des rebelles ~ début décembre 2014

Je mets un certain temps avant d’oser me retourner et d’affronter le regard de celle qui aura ma vie entre ses mains entre les quatre murs de cette chambre miteuse d’un motel pourri de Washington. Le malaise entre nous est palpable et je crois sentir qu’elle aussi aurait préféré ne pas tomber avec moi. En même temps, je sais ne pas être des plus chaleureux, et surtout pas lorsque ma seule phrase à son encontre demande implicitement si elle se sent de conduire à ma place. Mais sa réponse est sans appel…

- Je crains que non. J’espère que toi oui, ce serait fâcheux de devoir bloquer un chauffeur pour la journée…

Un soupire las se fraye un chemin le long de ma gorge alors que je réalise que je n’échapperai pas à la conduite aujourd’hui. Les grandes routes ne me posent pas de problèmes, mais conduire en pleine métropole sera une toute autre affaire et je n’ai pas eu à me plier cet exercice depuis longtemps. Mais je n’ai pas le temps de réagir que déjà, Anja vient plaquer quelque chose contre mon torse, ce qui me fait la regarder, consterné.

- Ce sera certainement utile, vu le temps qu’il fait.

Je fronce les sourcils sans bien comprendre. Alors, la rebelle désigne sa pommette gauche et tout s’éclaire.

- C’est une plaisanterie ?

Mais la belle me regarde sans flancher et, plutôt que de débuter cette mission de la pire des façons, je préfère encore laisser tomber et passer cela sous silence. L’écharpe est sombre, quelque part, et si cela peut nous éviter de nous étrangler avant même notre arrivée sur place, je lui daignerai ce petit plaisir. Je retourne dans la voiture pour vérifier que j’ai bien une boîte de bouchons d’oreille dans une poche de mon sac. Si je dois bel et bien conduire à Washington, je prends limite cela comme une question de survie. Une fois rassuré, je lui propose donc de prendre la route, ce à quoi elle répond d’un ton sec et sans détour.

- Je suis toujours prête.

Un rictus vient étirer le coin de mes lèvres et je contourne le véhicule pour prendre place derrière le volant et mettre le contact. C’est uniquement à ce moment-là que Sin se décide à sortir de sa cachette dans le col de mon épais gilet. Doucement, elle grimpe sur la laine jusqu’à atteindre mon épaule et observe un à un nos deux passagers. Puis, je la sens me lancer un regard anxieux. Elle sent mon inquiétude dans son petit corps de phasme et je sais combien cela l’affecte.

*- Ca va aller, Sin. C’est bon… lui dis-je silencieusement d’une voix que je veux rassurante.
*- T’es tendu comme un string. Joue pas à ça avec moi.
*- Je la connais pas et elle sera certainement mon seul rempart entre moi et ces types si jamais on venait à merder. Evidemment que je suis tendu. Et elle aussi. Ca se sent…
*- On peut pas vraiment dire que tu fasses de ton mieux pour détendre l’atmosphère non plus, Cil’…

Je tique mais garde mes réflexions pour moi. Lentement, nous sortons du camp et traversons plusieurs routes de Perth Amboy. Le bruit du moteur m’irrite les tympans comme si j’avais la tête sous le capot et je viens doucement allumer la radio jusqu’à trouver uns station qui passe de la musique acceptable et laisse le son très bas, juste assez fort pour que je puisse me concentrer dessus et atténuer de ce fait les vrombissements insupportables de la mécanique. Un lourd silence s’installe pendant de longues minutes entre Anja et moi, jusqu’à ce que nous quittions la ville et que se succèdent les paysages pâles de la campagne du New Jersey illuminée par les rayons du soleil matinal. Alors, enfin, la voix d’Anja vient vibrer à mes oreilles :

- Une fois sur place il nous faudra être anonymes. Tranquilles. Discrets. Et avoir une histoire à servir en cas de question.

Je pouffe d’un rire narquois.

- En cas de question ? Tu crois vraiment que les gérants de motels s’amusent à tenir un registre avec toutes les excuses de leurs clients venus réserver une chambre ?

Mais dans le fond, je sais que, même si elle est improbable, une curiosité mal placée pourrait nous obliger à balancer une histoire quelconque pour justifier notre présence à Washington, que cela soit le gérant du motel ou toute autre personne un peu trop intéressée par ces deux jeunes venus réserver une chambre pour la journée à Downtown D.C..

*- Fais pas ta tête de mule, Cil’. Tu sais très bien qu’elle a raison.

Je jette un coup d’œil à ma daemon qui se tourne pour regarder nos deux coéquipiers.

- Il me semble ne pas y avoir trente-six raisons possibles pour expliquer la présence d’un jeune couple dans un motel bas de gamme en plein milieu de l’après-midi et uniquement pour l’après-midi… Vous êtes simplement deux jeunes de passage à Washington qui ont eu envie d’une chambre pour quelques heures. Pour le reste, ils seront assez grands pour comprendre les suggestions tout seuls.

Je souris, comprenant toute la surprise que peut impliquer l’intervention de Sin, cette petite bestiole qu’Anja n’avait peut-être pas encore remarquée, et certainement jamais rencontrée. Alors, j’ajoute :

- Anja, je te présente Sin. Ne te fie pas aux apparences, elle peut être une véritable plaie.
- Comparée à toi, je suis un amour. Elle aura tôt fait de s’en rendre compte.

Je souris à nouveau et ralentit pour prendre un long visage avant de remettre les gaz. La phasme lance alors un regard à l’oiseau docilement déposé sur nos sacs et lui lance :

- Et comment vous nomme-t-on, brave volatile ? Pardonnez mes quelques appréhensions mais vous comprendrez certainement pourquoi j’ai tendance à être quelque peu méfiante vis-à-vis des oiseaux…

Le ton pompeux de ma daemon ne trompe personne et chacun dans cette voiture sera à même de percevoir son ironie que je ne prends donc pas la peine de signifier. Les présentations faites, je jette un coup d’œil à ma collègue et lui d’une voix terriblement neutre :

- Concernant les raisons de notre présence sur place si cela s’avérait nécessaire, je crois que Sin a raison. Je vois difficilement une autre explication plausible.

Cette idée est loin de m’enchanter, mais celle d’être démasqué ou du moins catégorisé de suite en tant que « type louche » m’enchante encore bien moins. S’il faut prétexter un rendez-vous amoureux pour avoir une couverture décente, ma foi, je crois que nous serons tous les deux capables de faire un tel sacrifice.

- Après tout, tu m’as déjà offert ton écharpe. On peut considérer ça comme un début…

La pique aurait pu certainement être drôle avec une voix un peu plus chaleureuse, mais la tension dans la voiture est encore palpable et la route risque d’être longue. Très longue… Après un certain temps, mes réflexions s’enchainant au rythme de la musique qui passe à la radio, nous traversons une route près de Mansfield, continuant sur une ligne droite qui paraît interminable. Une incertitude me tiraille depuis notre départ et je sais que nous ne pouvons pas mener à bien cette mission avant qu’elle ne soit soulevée. Me raclant la gorge, je finis donc par aborder le sujet tant que nous avons tout le temps qu’il nous faut pour en faire le tour.

- Anja, j’aimerais savoir… Que sais-tu exactement de mon « pouvoir » ?

Jamais je n’ai aimé ce terme pour désigner les facultés des daemoniens, mais il est un des seuls avec lesquels je sais qu’il n’y a aucune ambiguïté. Wyatt préférait appeler cela un don, un bien joli terme pour toutes les galères qu'il implique au quotidien... Anja sait que je parle de mon hyperacousie et de ce qu’elle implique. Et je voudrais être sûr…

- Je voudrais être sûr que tu sais exactement de quoi il en retourne. Simplement ça.

Quelque part, nous n’avons jamais eu à en parler et ce qu’Anja peut savoir, elle ne l’a certainement pas appris de ma bouche. Si mon hyperacousie est connue de tous les rebelles, peut-être ignore-t-elle cette concentration extrême qu’il me faut pour parvenir à isoler tout bruit étranger à la source que je veux percevoir. Et, si nous ne nous retrouvons qu’à vingt mètres de ces membres du Conseil, elle doit savoir que je serais incapable pendant notre mission d’entendre et de voir ce qui se passe autour de nous. Toute ces responsabilités ne reposeront alors que sur ses seules épaules.
lumos maxima
  
MessageSam 2 Mai - 22:03
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/12/2014Nombre de messages : 246Nombre de RP : 63Âge réel : 25Copyright : Faestock & Arya ; RavenofthenightAvatar daëmon : Klodevig, pigeon biset (et guindé)
Anja MüllerNothing will be the same...
« C’est une plaisanterie ? »

A ton avis. Ai-je l’air de plaisanter ?

« Hélas non. Je suis désolée mais il te rend particulièrement repérable. On se souvient facilement des gens repérables. »

Je suis péremptoire, je m’en rends bien compte, mais aussi quelle question idiote. Je note tout de même qu’il est chatouilleux sur la question de ses tatouages. Il paraît qu’ils veulent parfois dire quelque chose, qu’on ne se marque pas la peau à vie simplement pour l’esthétique. Celui qui a dit ça ne connaît visiblement pas les tatoués que j’ai pu rencontrer au cours de mes études… plus le tatouage était voyant plus ils se croyaient cools, supérieurs, tout permis. Ce 21 sur la figure et ces… choses… dans son cou sont tout de même excessivement voyantes, bien assez pour faire l’amalgame. Quand bien même, je ne comprends simplement pas que l’on puisse ressentir ce besoin de graver un événement, bon ou mauvais, dans sa peau. Il est gravé dans la mémoire, n’est-ce pas assez ? Et doit-on à toute force le hurler au monde, fût-ce dans une langue codée ? Je ne sais pas si je préfère l’hypothèse du gros bras ou celle du sens "caché" et intime étalé au grand jour, mais aucune des deux n’a l’heur de me satisfaire.

Le véhicule démarre, la radio aussi. Je me tais un moment le temps de réfléchir, je lui laisse une part dans mes réflexions, et il ricane. J’inspire profondément. Je suis désolée mon doux, mais je crois que je ne tiendrai pas jusqu’à Washington.

« En cas de question ? Tu crois vraiment que les gérants de motels s’amusent à tenir un registre avec toutes les excuses de leurs clients venus réserver une chambre ? »

J’ai beau faire de gros efforts pour ne pas devenir agressive, car ce n’est ni le moment ni le lieu ni la circonstance, je ne peux m’empêcher de lâcher froidement :

« Si tu préfères improviser quand quelqu’un posera la question… »

L’improvisation peut fonctionner quand on est seul et chanceux, mais pas quand on est deux. Et je n’ai jamais aimé m’en remettre à la chance.

Une voix grêle s’élève alors, je retiens un sursaut et tourne la tête, un peu trop vite, en quête de son origine. Il me faut une seconde pour repérer un mouvement sur l’épaule de Cillian et comprendre que ce que j’avais déjà vu à quelques reprises et toujours pris pour une brindille était en réalité un phasme. Une phasme même, qui a visiblement eu la même idée que moi. L’entendre de quelqu’un d’autre en revanche, c’est… comment dire… à la fois vexant et humiliant. Surtout que le "quelqu’un d’autre" c’est presque le concerné. Je pince les lèvres mais ne dis rien, notant mentalement qu’elle s’appelle Sin. Quelle idée d’appeler son daemon ainsi…

Lorsqu’elle s’adresse à Klodevig d’une petite voix pompeuse, j’inspire profondément et noue mes doigts pour réprimer tout geste brusque. J’ai beau savoir que c’est un daemon, il serait sifacile d’écraser un phasme. Ou de le gober, comme me le signale fort à propos Klodevig qui n’apprécie que moyennement qu’on tente d’imiter son inénarrable diction. Nous savons pourtant tous les deux que la seule viande qu’il ingurgite consiste en quelques morceaux de kebab échappés de leur sandwich.

« Klodevig, enchanté de faire votre connaissance. N’ayez crainte très chère brindille, je ne consomme jamais d’insectes. Vous auriez davantage à craindre de moi si vous étiez une baguette de pain français. »

Mon adoré ayant dignement lavé l’affront et restauré son honneur, Cillian reprend froidement la parole. Je tique à la mention de l’écharpe.

« Ne t’emballe pas, elle s’appelle "Reviens". »

Avec à peu près n’importe qui d’autre j’aurais pu en plaisanter, badiner, voire me prendre au jeu… mais pas avec lui. Pas sur ce ton. J’aime bien plaisanter malgré mon amour pour les auteurs classiques qui pousse certains à me considérer d’office comme une rabat-joie, et j’ai de plus en plus besoin d’occasions de sourire et de rire depuis que j’ai quitté mon père et mon frère, depuis que je vis seule à Perth dans une chambre chez l’habitant. Mais Cillian est l’une des dernières personnes avec qui j’ai envie de m’amuser, juste devant les chiens du Conseil.

Un silence gluant s’est installé à nouveau, entre le moteur et la radio. Finalement le tatoué reprend la parole pour me demander ce que je sais de son pouvoir. C’est tout naturellement que je réponds après quelques secondes, d’un ton neutre :

« Ton ouïe est surdéveloppée. Je ne connais pas les détails je le crains, mais ils risquent de s’avérer utiles, puisque nous allons devoir travailler ensemble. »

Je me suis certes renseignée sur son pouvoir, mais les détails ne seront pas un luxe, ceux que j’ai pu obtenir par ailleurs ne sont pas forcément d’une fiabilité à toute épreuve. Une fois la réponse obtenue et mémorisée, je lui retourne la politesse :

« Et toi, que sais-tu du mien ? »

Je suis toujours restée vague à propos de mon pouvoir. Rares sont ceux qui savent qu’il n’est pas sélectif, et que si je peux l’utiliser sur plusieurs personnes à la fois sans grand souci je ne peux l’utiliser sur une même personne qu’une seule fois en plusieurs mois voire plusieurs années. Milo le sait évidemment puisque je l’ai déjà utilisé sur lui et que j’ai bien dû lui expliquer pourquoi il m’avait oubliée la veille mais pas le jour même, lorsqu’il m’a invitée à intégrer la rébellion. Wyatt, Esteban et Kayla le savent de même puisque ce sont nos chefs et qu’ils doivent bien connaître les capacités de leurs ouailles… mais avec les autres, j’ai toujours été discrète. Surtout avec ceux qui ne m’inspirent pas confiance, et, n’y allons pas par quatre chemins, je n’ai aucune confiance en Cillian.
  
MessageJeu 7 Mai - 1:50
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 473Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
No sound without silence

Washington ~ début décembre 2014

Les bruits incessants du moteur ronronnent à mes tympans alors que sur mon épaule, Sin fait connaissance avec le daemon de ma coéquipière d’infortune. Je ne saurais dire comment le volatile la considère alors qu’elle me semble avoir imité son ton légèrement bourgeois sans même le savoir, car c’est bien la première fois que ces deux-là s’adressent la parole. Après tout, tant qu’il n’essaye pas de la bouffer, ils peuvent bien se haïr de toutes leurs forces, cela m’indiffère.

- Vous m’en voyez fort aise, répondit-elle au pigeon. Peut-être aurons-nous finalement toutes les raisons de nous entendre.

Un drôle de rictus se dessine sur mes lèvres lorsque je réalise combien il aurait été plus simple que nous puissions penser une telle phrase au sujet d’Anja et moi. Peut-être cela sera-t-il le cas un jour, mais l’atmosphère glaciale qui imprègne ce pick-up tend à me faire penser que ça ne sera pas pour tout de suite. Alors que je lui lance une petite provocation visant davantage à la tester qu’à vraiment lui arracher un sourire, ma coéquipière me répond d’ailleurs d’une réplique tranchante, me faisant bien comprendre que cette écharpe ne sera qu’un prêt et uniquement destinée à couvrir nos arrières. Je ne m’attendais pas vraiment à autre chose en y réfléchissant, mais je ne me risque pas à lancer l’arrogance de trop et préfère me murer dans le silence un moment pour laisser s’atténuer naturellement les tensions que je sens, presque palpables.

Alors que nous sommes sur la voie rapide depuis de longues minutes, les idées fourmillent dans mon esprit alors que je tente vainement de planifier chacun de nos prochains faits et gestes à Washington. Mais une inconnue de taille demeure dans mon équation et je suis finalement contraint de mettre le doigt dessus. Si nous devons faire équipe, inutile de tout savoir l’un sur l’autre. Nos histoires respectives ne concernent que nous. En revanche, il nous faut connaître nos capacités en profondeur. Aussi, je me décide à lui demander ce qu’elle connaît de mes capacités, ce à quoi elle me répond de manière tout à fait correcte, quoiqu’incomplète. Mais avant que je n’ai le temps d’ajouter quoi que ce soit, c’est Sin qui répond pour moi.

- Au moins, tu as l’essentiel, n’est-ce pas Cillian ?

Je sais exactement ce qu’elle cherche à faire et adoucir mes humeurs semble un challenge que la phasme n’est toujours pas prête à abandonner, même après vingt-sept ans de vie commune… Je peine cependant à réprimer un sourire amusé avant de m’adresser à Anja d’une voix que je veux très sérieuse, à la limite du professionnel :

- Les médecins appellent cela une « hyperacousie ». Je suis capable d’entendre tous les bruits qui m’entourent avec une force et une précision décuplées, au point que cela devienne handicapant dans les lieux très sonores. Mais ça, tu le sais déjà. En revanche, j’ai appris à ne plus me focaliser que sur une seule source sonore qui est devenue assez éloignée avec le temps. Si nous ne sommes réellement qu’à une vingtaine de mètres du lieu de la réunion, tu peux d’ores et déjà considérer que j’entendrai tout ce qui s’y dira avec la même facilité que si tu te trouvais au bras d’un des participants. Mais pour cela, je dois faire le vide autour de moi, de manière totale. Je n’entendrai alors plus que ce qui se passera dans cette pièce et plus du tout autour de nous, et je garderai aussi les yeux fermés. Inutile de te faire un dessin : je serai entièrement vulnérable car incapable de sentir quoi que ce soit venant de là où je me trouve.

Là arrive la partie délicate alors que nous commençons à comprendre tous les deux ce à quoi nos leaders ont pu penser en décrétant qu’Anja m’accompagnerait pour cette mission. Ce n’est pas un autre espion qu’ils m’ont donné, mais une baby-sitter…

*- Si cela peut te rassurer, Cil’, je crois que ça l’agace au moins autant que toi.

Je jette un coup d’œil furtif en direction de la daemonienne et réfléchit à ce que Sin vient de me dire. Vu sous cet angle, sa mission est également loin d’être palpitante. Ils en ont fait ma protectrice, mon rempart, ni plus ni moins. J’avoue sans peine qu’il existe des rôles bien plus séduisants. Dans cette affaire, nous nous retrouvons tous les deux dans une position ingrate qui est loin de nous satisfaire : je suis épié et trop proche de nos ennemis à mon goût, elle est bloquée avec moi et ne possède guère plus qu’un rôle de gardienne… Alors, non sans difficulté, je tente de donner un peu plus de chaleur à ma voix, comme pour lui faire comprendre que je sais combien le contenu de cette mission doit lui peser.

- J’imagine que ce n’est pas vraiment ce dont tu rêvais en t’engageant parmi les rebelles. J’en suis désolé.

Et je le suis, sincèrement.

- Mais puisque nous sommes condamnés à faire tout cela ensemble, autant éviter d’y aller par quatre chemins. Une fois détaché de tout ce qui fait mon environnement, tu seras seule, et je ne pourrai compter que sur toi pour réagir si jamais quelque chose tournait mal. La seule façon de me tirer de ma concentration est un bruit extrêmement fort ou le sens du toucher. Au moindre contact, je reviendrai à moi.

Un instant, mon regard se détache de la route pour croiser celui d’Anja. Nulle animosité ne l’habite alors, uniquement une invitation à faire la paix pour les quelques heures pendant lesquelles nous auront tous les deux besoin de l’autre.

- Dès que nous aurons les informations qu’il nous faut, je sortirai de ma bulle et nous pourrons filer.

Dis ainsi, cela paraît si simple…

- Lorsque Cillian partira ainsi, je resterai avec toi, prononce alors ma daemon en direction d’Anja avec une voix qui se veut rassurante. Je demeure entièrement éveillée, même lorsque lui n’est plus là. En revanche, il est presque impossible pour moi de le réveiller avant qu’il ne le fasse de lui-même. Je n’ai pas assez de poids ou de force pour réellement attirer son attention et le tirer se sa concentration. C’est un des inconvénients d’être phasme… Mais au moins, tu ne seras pas entièrement seule.

Intérieurement, je remercie Sin d’incarner cette part de chaleur humaine que j’ai tellement de mal à exploiter avec ceux dont je ne parviens pas à me faire une opinion. Anja est mystérieuse, taciturne, absolument hermétique, et je suis incapable de me faire une idée de qui se cache derrière ses deux grands yeux, ce qui ne peux que nourrir ma méfiance à son égard. Au vu de ses réactions depuis que nous avons parcouru les premiers kilomètres en voiture, elle ne me porte pas non plus dans son cœur pour le moment. Mais il n’est nul besoin d’affection pour être efficace. Aussi, tout ce que je souhaite, c’est rentrer en un seul morceau au campement ce soir avec les informations que les leaders nous ont chargé de rapporter. Rien d’autre.

Vient alors une nouvelle question, de la part de ma collègue, cette fois-ci. A vrai dire, je ne pouvais que m’y attendre.

- Assez peu de choses… murmuré-je en enclenchant mon clignotant pour dépasser une voiture. Je sais que tu agis sur la mémoire des gens. Tu leur fais… oublier des choses. Comment ? Selon quelles conditions ? Je t’avoue n’en avoir aucune idée. Je ne connais que ce que les autres ont bien voulu me dire, et tu demeures mystérieuse pour beaucoup d’entre eux. Moi y compris.

C’est un aveu qui n’est au fond pas très difficile à faire car nous en sommes conscients tous les deux. Je la laisse donc combler mes lacunes sans l’interrompre et note tout ce qu’elle me dit.

₪ ₪ ₪

Les heures se succèdent alors et les paysages changent, tantôt plus urbains, tantôt plus lumineux. Bientôt, Washington s’ouvrira devant nous et notre mission débutera vraiment. Alors que le pick-up avale les kilomètres de bitumes, un panneau indique que l’entrée de la capitale n’est plus qu’à une dizaine de miles et je sens immédiatement mon cœur accélérer la cadence, galvanisé par la grandeur de l’enjeu qui se dessine petit à petit. Déjà, les véhicules se multiplient sur les voies et le bruit de tous ces moteurs commencent à faire naître une douloureuse migraine qui s’aggrave à mesure que l’inconfort augmente.

- Anja, regarde dans la poche avant de mon sac, s’il-te-plaît. Tu devrais y trouver des bouchons d’oreille... Nous sommes bientôt arrivés.

Je ne prends pas la peine de lui expliquer pourquoi je les lui demande. J’estime qu’elle doit le comprendre aisément. Une par une, je protège mes oreilles et les sons s’atténuent brutalement jusqu’à devenir tout à fait acceptables. Alors, nous entrons à dans Washington. Dès lors, les voitures et les habitants deviennent innombrables et je me laisse surprendre les premiers temps par cette fourmilière humaine tant je n’ai plus conduit dans une ville de cette envergure depuis longtemps. Mais ma petite absence est de courte durée et je me reconcentre immédiatement sur la raison de notre présence ici. Il nous faut à présent gagner Dowtown D.C. et repérer notre motel ainsi que le lieu de la réunion à laquelle nous devons nous inviter discrètement. Un à un, j’enchaîne les carrefours et traverse les avenues, slalomant entre les bus touristiques et les taxis.

- Une chose est malgré tout sympathique, dis-je alors, brisant le silence. Avec nos amis Sin et Klodevig, nous avons bien plus de chance de nous fondre dans la masse que certains de nos camarades. Jusqu’où peut-il s’envoler seul ?

Un pigeon à Washington, voilà qui ne choquerait personne, surtout s’il peut garder une certaine distance sans problème, un avantage qu’il serait plutôt utile de mettre à profit. Au détour de plusieurs immeubles, je m’enfonce alors dans deux ou trois rues avant de voir changer l’ambiance du quartier. Mon cœur accélère davantage. Il semblerait que nous soyons proches…

lumos maxima
  
MessageLun 8 Juin - 20:19
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/12/2014Nombre de messages : 246Nombre de RP : 63Âge réel : 25Copyright : Faestock & Arya ; RavenofthenightAvatar daëmon : Klodevig, pigeon biset (et guindé)
Anja MüllerNothing will be the same...
Klodevig se rassérène quelque peu aux paroles de la phasme, ce qui se traduit par un dandinement pour mieux s’installer sur mon sac. Face à quelqu’un d’autre peut-être aurait-il même lâché un petit bruit de gorge, un "rrrou" assourdi et si caractéristique d’un fier pigeon.

« J’en serais positivement ravi, Sin. » répond-il. « Un minimum d’entente est nécessaire à la cohésion de tout groupe, n’est-ce pas. »

Puis-je connaître la raison de cette pique gratuite ? m’enquiers-je en silence, avec un brin d’agacement.

Ma douce, je crains qu’il n’y ait rien d’autre à comprendre que ce que j’ai dit.

Je rumine un peu en silence. Il n’a pas tort sur le fond… mais je suis désolée, je ne sens pas cette histoire, je ne sens pas du tout Cillian et ses tatouages, je ne sens que moyennement Sin et vois du sarcasme dans le moindre mot que forme sa petite bouche de phasme.

Je reste de marbre à sa nouvelle pique où je sens une condescendance presque palpable, et écoute son humain m’expliquer en détail comment fonctionne son "hyperacousie", apportant d’utiles précisions et confirmant ce que j’ai déjà deviné : je suis uniquement là pour lui servir de nounou. Passionnante mission que celle qui s’annonce. J’ai bien fait de prendre de la lecture, tiens. Klodevig ne répond pas à ce qu’il sait être un sarcasme gratuit et sans conséquence sur ce que je ferai, à savoir surveiller le passage à l’intérieur du motel de tous mes yeux et de toutes mes oreilles. Enfin, surtout de mes oreilles, bien qu’elles soient loin d’être aussi efficaces que celles de Cillian, étant donné que je ne vois pas encore à travers les murs. Klodevig surveillera l’extérieur, comme à l’accoutumée.

Les excuses du tatoué me ramènent brusquement à la réalité et je le fixe une seconde, le temps de le laisser poursuivre. Klodevig m’exhorte à faire un effort et je réponds, m’efforçant d’être neutre et non bougonne ou franchement agacée :

« Ce n’est pas comme si nous avions le choix j’imagine, les uns comme les autres. »

Satisfait ?

Essaie de sourire la prochaine fois, ce sera parfait. m’encourage silencieusement Klodevig.

Sin reprend la parole, j’écoute sa petite voix aiguë m’expliquer pourquoi ils ont besoin d’une baby-sitter autre qu’elle et m’indiquer qu’elle allégera quelque peu ma solitude pendant le temps de notre mission, temps qui risque de se compter en heures et d’être d’un ennui létal. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose honnêtement, mais Klodevig me tance et me signale que s’il doit faire le guet dehors à la merci des chats, des pigeons et des daemons des participants il ne s’amusera peut-être pas à discourir sur l’usage du duel dans l’Iliade, et que je serai bien contente d’avoir quelqu’un à qui parler.

« C’est gentil Sin. Cillian, je te tapoterai l’épaule en cas de souci. Ca ira, tu ne risques pas d’avoir un choc comme un somnambule qu’on réveille ? »

Si nous devions fuir et que je me retrouvais avec un cadavre sur les bras parce qu’il aurait été réveillé trop brusquement… j’en frissonne rien que d’y penser.

J’apprends avec un brin de satisfaction qu’il ne sait pas grand-chose de mon pouvoir – ou prétend ne pas savoir grand-chose. Je n’en ai pas envie puisque je ne lui fais pas confiance, mais la mission passe avant tout. Je complète donc avec les informations nécessaires :

« Je peux m’effacer de la mémoire des gens, avec Klodevig. Ce que j’ai dit, ce que j’ai fait, à quoi je ressemble. Qui est cette fille qu’ils voient, ce qu’elle a pu dire, l’existence de son daemon. Ils ne voient plus qu’un monstre de banalité. Plus ils en savent sur moi et plus il est difficile de m’en faire oublier. Évidemment cela fonctionnerait moins bien si j’étais plus… repérable. » Je n’ai pas pu retenir cette petite pique. J’hésite à continuer, Klodevig m’encourage en silence. « Les gens regardent tout ce qui sort de l’ordinaire, ils le retiennent plus facilement. C’est un pouvoir puissant mais très ciblé, je ne peux rien faire oublier d’autre, et il suffit d’un enregistrement ou d’une trace écrite pour qu’il soit totalement neutralisé. Et je ne peux l’utiliser qu’une fois par personne. »

J’ai volontairement tu le fait que je pouvais en réalité l’utiliser plusieurs fois à quelques années voire quelques mois d’intervalle. D’une part ce serait totalement inutile en mission, d’autre part j’en ai déjà bien trop dit à mon goût, sacrifiant la prudence aux impératifs de la Cause. J’aime avoir une marge de manœuvre, même minime.

Le temps s’écoule lentement, en silence. Je m’efforce de rester calme, de garder la tête froide. Inutile de m’inquiéter pour rien, je ne dois pas laisser la nervosité me dominer sinon, en plus d’être ridicule face à Cillian et à son insecte, je risque de devenir inefficace et ce sont bien les dernières choses dont j’ai envie actuellement.

D’un autre côté, ma douce, tu n’auras pas grand-chose à faire.

Merci de me le rappeler, je me sens soudain beaucoup mieux. persiflé-je.

Au bout d’un moment je devine les tours de Washington. J’avoue mal connaître la ville, j’essaie de la déchiffrer, mais on ne déchiffre pas une ville comme on déchiffre une carte ou un être humain. Les autoroutes et les buildings ne me parlent pas, et seules les voitures témoignent que le cœur de la ville bat encore.

« Si le besoin se fait sentir de me parler une fois sur place, appelle-moi Aloisia. Aloisia Vogel. La chambre a été réservée au nom de Macaleigh, je suppose que ce sera ton nom pour la mission ? »

Du coin de l’œil je vois le visage de Cillian se crisper peu à peu au fil de notre avancée, et il finit par me demander ses bouchons d’oreilles. Je fouille dans le sac sans faire de commentaire sur l’impératif de sa demande, songeant que sa vie doit tout de même être bien difficile s’il ne peut même pas aller en ville sans se boucher les oreilles. Je finis par trouver une petite boîte en métal et la lui tends en silence.

Nous arrivons finalement en ville, le bruit devient prenant même pour moi, pendant que la petite voix du GPS nous fait longer le quartier d’affaires. J’étudie déjà l’environnement en quête de daemons un peu trop voyants, un peu trop exotiques, lorsque la voix de Cillian me rappelle à la réalité. Je me penche pour recueillir mon adoré entre mes mains, je caresse les plumes toutes douces qui épousent les formes de mes mains en coupe. Il est tout chaud. J’embrasse le sommet de son crâne avec amour, il me donne un petit coup de tête au coin des lèvres en réponse, et je me sens bien. Apaisée. Tout va bien se passer. Comme d’habitude. Avec ou sans Cillian.

« Nous pouvons nous éloigner de deux à trois cent mètres. C’est particulièrement pratique pour surveiller deux endroits à la fois. C’est une chance que nous avons que sa forme définitive soit aussi discrète. » murmuré-je en lissant quelques plumes du pouce. C’est de famille. Le daemon de mon père est une fourmi légionnaire, celui de mon petit frère n’est pas encore stabilisé mais aime bien se tenir sur son épaule ou dans sa poche sous forme de rat ou de gerbille. Je suis celle des trois qui a le plus l’habitude de s’éloigner de son âme, et je m’en éloigne bien davantage que la plupart des daemoniens. Avec un soupir, j’ouvre les mains pour le laisser s’envoler.

Nous finissons par trouver le motel. Pouilleux, crasseux, coincé entre deux immeubles en bien meilleur état et visiblement plus récents. Voilà qui sent le propriétaire qui refuse de lâcher son boui-boui au profit d’un bâtiment d’affaires. Et qui y arrive. Comment ? Pression, appuis haut placés, ou simple opiniâtreté ? Je m’attends plutôt à trouver des dealers qu’un vieux bonhomme accroché à son établissement familial. Je glisse à Cillian, tout en fourrant un chewing-gum dans ma bouche :

« Dépose-moi à l’entrée, je vais chercher les clés. Gare la voiture. Et remonte cette écharpe. »

Je descends, je me dirige vers l’accueil où personne n’attend. Sale, odeur de renfermé, de garage automobile et d’autres choses que je n’arrive pas à identifier. Je cherche quelque chose pour sonner, mais rien. Quelqu’un finit par arriver, une fille de mon âge avec assez de tatouages et de piercings visibles pour faire passer Cillian pour un jeune homme parfaitement fréquentable, et une partie du crâne rasée ne laissant que des cheveux d’un centimètre, visiblement pour aller avec ses vêtements et son déhanché que je me hasarderais volontiers à qualifier de "vulgaires au dernier degré". Nous nous affrontons en silence un instant, son sourire en coin qui s’agrandit insensiblement face à ma dignité et à ma raideur de jeune fille comme-il-faut qui tente de se mettre au niveau des locaux. En temps normal j’aurais pu mâchonner mon chewing-gum pendant des heures en attendant que ses piercings aillent voir ailleurs si j’y étais, mais nous n’avons pas le temps. Je renonce donc et prends un léger accent allemand :

« On a réservé pour deux. Macaleigh. »

Je suis sèche. Mais je n’ai aucune raison ni aucune intention d’être aimable. Elle prend son temps, elle fait mine de regarder sur le registre mais je suis à moitié sûre qu’elle ne cherche même pas, elle veut juste sentir mon malaise croître. Lorsque Cillian finit par entrer, j’ai à peine besoin de me forcer pour venir me blottir contre lui. Je n’aime tellement pas cette mission.
  
MessageJeu 11 Juin - 22:12
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 473Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
No sound without silence

Washington ~ début décembre 2014

Le choix… Beaucoup d’optimistes s’accordent à dire que l’on a toujours le choix. Je sais aujourd’hui que ces jolies phrases n’ont que peu de sens lorsque l’on baigne dans des situations comme la nôtre. Qu’avons-nous comme choix, alors que nous parcourons les derniers kilomètres jusqu’à Washington ? Tenter de survivre à cette mission et de revenir au camp avec les informations demandées sans nous entretuer ou faire immédiatement demi-tour car il est clair que nous sommes incapables de faire équipe correctement ? Est-ce qu’un seul homme sur cette terre peut penser que nous avons ne serait-ce que l’ombre d’un choix ? Non. Les leaders nous ont imposé ce duo infernal, cette piaule miteuse bien trop proche du lieu de la rencontre de ces cadres du Conseil, cette entente impossible que nous allons devoir supporter pourtant pendant les prochaines vingt-quatre heures… La fille au pigeon et l’homme au phasme. Je serais presque tenté de croire que ces connards nous ont mis ensemble par pur sens de l’humour tant il était évident dès le départ que nous ne pouvions pas nous accorder.

Sur mon épaule, Sin essaye tant qu’elle le peut d’arrondir les angles, et je sais que je ne fais pas grand-chose pour l’aider. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Anja n’y semble pas très sensible. Après tout, cette pauvre fille paraît si glaciale que je me demande même si le monde l’a déjà vue sourire un jour. Je sens son daemon moins hermétique, à raison ou à tort. Peut-être que notre salut se trouve en ces deux petites bêtes ? Voilà qui serait pour le moins un comble : les deux espions sauvés par un pigeon et un phasme… De quoi écrire un putain de sketch !

Malgré tout, nos efforts respectifs parviennent à venir à bout du silence, ne serait-ce que par pur intérêt professionnel, et parce que parler de nos capacités respectives jouera indéniablement un rôle dans nos chances de survie en cas de problème. Ainsi, même si son ton demeure d’une froideur implacable, Anja semble s’intéresser un minimum à ce que je lui raconte, assez pour me demander si me réveiller de ma concentration n’aura aucun impact sur mon comportement pour la suite. Je lui réponds alors d’une voix neutre et malheureusement encore trop dénuée de chaleur :

- Non, je ne risque rien. Je n’ai besoin que de quelques secondes, le temps de réaliser où je me trouve et de reprendre mes repères, un peu comme lorsque tu te réveilles en sursaut en plein milieu d’un rêve. Mais rien qui ne nous handicapera davantage.

Quelques secondes… Beaucoup de choses peuvent se dérouler en quelques secondes, me dirait-elle certainement. J’en suis conscient, mais ne m’en formalise pas pour autant. Après tout, ces quelques instants de battement n’ont toujours pas suffi à me faire prendre ne serait-ce qu’une seule fois par les pro-co.

*- Touche du bois, camarade.

Je souris sans relever sa pique et double un camion avant de faire revenir le pick-up sur la file de droite. Puis, Anja me renvoie la politesse et comble mes lacunes concernant les formalités de son propre don. Se faire oublier… On trouve difficilement plus pratique pour un espion. Néanmoins, ce pouvoir semble venir avec de nombreuses contraintes, la plus grande semblant demeurer cette limitation à une seule utilisation par personne. Une seule erreur lui est donc permise avec chaque homme sur cette terre. J’espère de tout cœur qu’elle n’aura pas à l’utiliser aujourd’hui…

Dans son explication se glisse alors une nouvelle attaque à peine dissimulée et mon sang se met à bouillir à l’intérieur de mes veines, chose que Sin sent immédiatement alors que mes mains se crispent sur le volant.

*- Cil’… ? me murmure-t-elle avec sa petite voix tremblant d’inquiétude.
*- Je vais me la faire… grondé-je alors en lançant à Anja un regard mauvais.
*- Tu vas rien faire du tout. Conduis et laisse couler. Tu m’entends ?

Je ne réponds pas, et la voix de la phasme se fait plus ferme.

*- Cillian ?
*- Arrête, Sin. C’est bon…

Ma daemon ronge son frein mais garde le silence et je laisse mon pied appuyer davantage sur l’accélérateur tant je suis impatient de voir ce voyage se terminer. Il en va de notre survie à tous dans cette voiture, car si je reste trop longtemps dans cette prison de fer avec cette fille, je risquerais de faire plonger la bagnole dans un ravin pour le simple plaisir d’enfin la voir arrêter ses sarcasmes. Fort heureusement, il semblerait qu’elle soit capable de lire dans mes crispations ne serait-ce qu’une infime partie de mon état d’esprit actuel, et c’est en silence que nous avalons les derniers kilomètres de bitume. Et ce n’est que lorsque les tours de la capitale se dessinent enfin à l’horizon qu’Anja reprend la parole pour que nous mettions au point nos nouvelles identités pour les prochaines vingt-quatre heures. Elle sera Aloisia Vogel. Soit. Je serais presque tenté de l’appeler « mon cœur » toute la journée pour le simple plaisir de la voir enrager.

*- Tu veux bien arrêter de jouer au con ?

Je soupire intérieurement, serrant les dents pour ne pas envoyer Sin balader, comme sa nouvelle copine daemonienne. Mais je ravale encore mon irritation, travaillant ma patience, et je réponds à Anja, sans la regarder :

- Kenan Macaleigh. Avec un accent comme le mien, autant rester dans les prénoms irlandais.

On peut renier ses origines, mais certaines traces perdurent, et mes restes d’accent gaélique m’empêcheront toujours de me faire passer pour un Américain de souche. Mais avec la bonne vieille immigration irlandaise aux Etats-Unis, je ne dois certainement pas être le seul à commencer à rouler les « r » lorsque j'ai un coup dans le nez ! A côté de moi, Anja prend son daemon sur ses genoux et m’annonce qu’ils peuvent se séparer d’une distance qui me semble terriblement impressionnante. Alors que je ne peux m’écarter à plus de cinq mètres de Sin sans ressentir un début de gêne, et que les premières douleurs m’envahissent dès dix mètres de distance, Klodevig peut s’envoler assez loin pour être un allié de taille dans ces missions d’espionnage et pour la première fois, je serais même heureux de savoir mes deux acolytes avec moi. Le pigeon sera nos yeux et nos oreilles hors de cette chambre d’hôtel minable pendant que je me concentrerai sur cette unique pièce de l’immeuble d’en face. Voilà de quoi rendre cette mission moins angoissante, sans nul doute. Ouvrant la fenêtre Anja le laisse prendre son envol pendant que nous traversons les premiers boulevards de Washington et, en quelques minutes, je finis par nous arrêter devant la destination indiquée par le GPS.

Anja et moi observons le lieu un instant et rien dans ce pauvre motel ne peut faire l’objet d’une quelconque publicité. L’endroit est affreux, sale, mal entretenu, et ses clients semblent tout sauf dignes de confiance. De quoi rebuter la plupart des clients de passage, même pour une partie de jambes en l’air entre collègues dans le temps de midi… Ahem…

La voix d’Anja revient alors me violer les tympans et sa dernière phrase a sur moi l’effet d’une déflagration à l’intérieur de ma poitrine alors qu’elle claque la portière pour pénétrer dans le bâtiment. Attendant qu’elle disparaisse de mon champ de vision, je finis par plaquer mon crâne contre le volant et je lâche un profond soupire.

- Cillian…
- J’vais pas tenir… soufflé-je alors, bouillant d’une rage sourde. Je vais lui en mettre une, Sin, j’te jure…
- Arrête, Cillian, répond-elle alors d’une voix conciliante. Tu feras rien et tu le sais très bien. Ce n’est que pour vingt-quatre heures, Cil’. Va falloir que tu prennes sur toi.
- Si je m’écoutais, j’te jure que…
- Je sais, Cil’, j’entends tout ce qui se passe dans ta tête. Et c’est pas un remake d’Alice au Pays des Merveilles…
- Nan, ça serait plutôt Saw, là…

Un petit rire aiguë s’échappe de la bouche de ma daemon et ce son m’apparaît comme le plus agréable de tous en cet instant.

- Allez, Cillian. Fais un effort. Ce soir, tu pourras retourner t’enfermer dans ta piaule et écouter tes CDs tout seul dans ta bulle. Mais là, t’as du boulot et, quoi qu’on en dise, tu sais qu'il est important qu'elle soit là.

La vérité qui résonne dans sa dernière phrase me paraît particulièrement amère, mais je ne cherche pas à nier l’évidence. Alors, plutôt que de me morfondre plus longtemps, je me redresse, passe une main sur mon crâne, et remet le contact pour faire retourner le pick-up dans la circulation et trouver un parking un peu plus loin. Rentrant la voiture en marche arrière sur une place au deuxième étage d’un immense complexe pour être capable de redémarrer en trombe si besoin, je ferme les portières sans les verrouiller et retrouve le motel à pieds après avoir enlevé mes bouchons d’oreilles que je garde dans leur boîte cachée dans le fond de ma poche. Alors que je retrouve toute la force de mon ouïe, mon visage se crispe et je viens déposer deux doigts sur ma tempe. Bon sang… La douce cacophonie des métropoles…

- Ca va aller, Cil’ ? me demande ma daemon qui subit malgré tout mon inconfort en même temps que moi, bien qu’il ne lui soit pas infligé directement.
- Ouais, ça va aller… J’ai juste besoin d’une minute.

Lentement, je me fais au bruit, j’apprends à prévoir les sons plus puissants et cherche à adoucir le tout pour paraître le moins gêné possible par cet environnement assourdissant. L’exercice prend une ou deux minutes, yeux fermés, sous le regard attentif de ma daemon. Doucement, je parviens à faire en sorte de diminuer cette agression constante de mes tympans, assez pour marcher dans cette ville sans plaquer constamment mes mains contre mes oreilles. Puis, lorsque je me sens enfin de taille à affronter la grande Washington, je me redresse et murmure, plus pour moi que pour Sin :

- Allons-y.

Quelques minutes plus tard, je pousse la porte d’entrée de ce motel crasseux et met un instant à m’habituer à l’obscurité du lieu tant elle tranche avec la clarté du dehors. Rapidement, je distingue Anja au comptoir et vérifie d’une main distraite que sa putain d’écharpe est placée assez haute pour lui éviter de me piquer une crise alors que je la rejoins. Face à nous, la réceptionniste m’apparaît plus comme la caricature déjantée de la marginale, avec sa peau plus trouée qu’intacte et sa tignasse qui semble tout droit tirée d’une mauvaise série de SF, que comme une nana digne d’être postée à l’accueil d’un motel, même aussi pourri que celui-ci. Mais je me force à ne lui lancer aucun regard pouvant me trahir. Après tout, nombreux seraient ceux qui me trouveraient bien mal placé pour faire ce genre de remarques – et Anja en ferait très certainement partie ! – et il m’est bien difficile de dénigrer ce genre de personnages tant ils m’aident à faire marcher mes affaires à Perth !

Alors que je viens poser un coude sur le comptoir, faisant lever les yeux de notre réceptionniste de l’espace, je sens Anja passer ses bras autour de moi et se blottir dans mon cou. Un affreux frisson me prend tout le dos tant elle me prend de court et je fais tout pour ne pas laisser ma surprise transparaître sur mon visage, mais suis incapable de savoir à quel point je peux être convainquant.

*- Ta main, Cil’ !
*- Quoi ?
*- Ta main ! Sur sa taille ! T’es pas censé monter là-haut pour faire une partie de scrabble j’te rappelle !

Obéissant sans plus réfléchir, je me force à glisser tendrement une main vers Anja que j’arrête sur sa hanche. Nom de Dieu… Quelle mission !

Lancer de dés a écrit:

1 : la réceptionniste ne remarque rien et donne les clés de la chambre sans un mot
2-3 : la réceptionniste remarque l'hésitation mais donne les clés sans attendre. Les hommes peu démonstratifs, y en a partout, non ?
4-5 : la réceptionniste fronce les sourcils et observe le couple d'un œil curieux. Elle garde les clés plusieurs secondes dans la main avant de les donner.
6 : quelque chose cloche et la réceptionniste garde les clés, préférant poser une ou deux questions. Simple conscience professionnelle, évidemment.

Résultat : 4

Face à nous, la réceptionniste récupère les clés mais reste bloquée un instant, comme prise d’un doute. La main toujours délicatement posée sur la hanche d’Anja, je penche la tête sur le côté comme un naïf qui lui demanderait silencieusement si quelque chose ne va pas. La fille fronce les sourcils, joue un instant avec les clés entre ses doigts. J’ai peur qu’elle soupçonne un truc louche. Alors, discrètement, je relève mes manches pour dévoiler les tatouages de mes bras. Je connais ce genre de milieux et les pattes blanches sont bien différentes selon les cultures. Dans ce genre de coins, mes tatouages rassurent là où la peau blanche d’Anja fait tache. Doucement, j’approche ma main gauche, le coude toujours posé sur le comptoir, et je la tends silencieusement pour lui demander les clés en plongeant mon regard dans celui de la réceptionniste. Miss-piercing hésite encore un instant, puis finit me donner nonchalamment les clés en baragouinant que l’ascenseur est en panne. L’inverse m’aurait davantage étonné. Appuyant contre la hanche d’Anja pour l’inciter à me suivre sans attendre, je nous dirige alors vers les escaliers qui puent l’herbe et la clope et monte jusqu’au cinquième en évitant au passage deux clients endormis sur les marches et un vomi de cuite.

Arrivés à la chambre 509, j’enfonce la clé dans la serrure et fait tourner le mécanisme avant de pousser la porte dont le grincement s’apparente à un gémissement sinistre. Laissant passer Anja, je referme derrière nous et verrouille sans tarder, laissant les clés dans la serrure, et je me retourne pour admirer notre observatoire. Une immonde tapisserie vert foncé occupe la totalité des murs entourant un vieux lit dont la couverture est couverte d’auréoles dont je ne veux même pas connaître l’origine. Sur notre droite se trouvent deux fenêtres à la vieille peinture écaillée qui font face à un immense building tout de verre et d’acier que j’imagine être notre cible. Deux tables de nuit, un vieux tapis aux couleurs délavées et une porte abîmée ouvrant l’accès à une salle d’eau qui n’a plus été rénovée depuis au moins trente ans… Même pour un jeune couple uniquement soucieux de s’accorder du bon temps à l’abri des regards de la bonne société, cette piaule est juste répugnante !

Ravalant le goût âpre qui est venu imprégner ma bouche, je fais quelques pas vers l’une des fenêtres, la plus proche du lit, sur laquelle je force plusieurs secondes jusqu’à parvenir à la faire coulisser et s’ouvrir. Immédiatement, les bruits de l’effervescence urbaine viennent emplir la chambre et je grimace un instant, le temps de m’habituer. Puis, j’observe l’immeuble face à nous quelques secondes et murmure d’un ton pensif :

- Nous y voilà...

Je regarde ma montre. Nous avons près de deux heures d’avance sur les horaires prévues de la réunion d’en face. Il va encore falloir apprendre à tuer le temps. Je soupire et quitte la fenêtre pour ne pas paraître trop suspect. Doucement, Sin grimpe sur le rebord pour continuer son observation du dehors. Sa discrétion sera toujours plus probante que la mienne.

Faisant quelques pas vers le lit, je me débarrasse de cette immonde écharpe que je balance sur les oreillers puis empoigne mon sac et ouvre les fermetures éclair pour atteindre la grande poche. J’en ressors un des sandwiches et lance à l’attention d’Anja sans oser me tourner vers elle cependant :

- T’as faim ?

N’allez pas croire que je préoccupe tout particulièrement de son bien-être, mais je me souviens des derniers conseils de Sin, et un minimum d’attention de ma part pourrait nous éviter de nous arracher les yeux avant la fin de cette putain de mission. Alors, quitte à devoir tuer le temps, autant essayer d’être un minimum agréable… J’aurais fait mon premier pas.
lumos maxima
  
MessageMer 1 Juil - 2:55
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/12/2014Nombre de messages : 246Nombre de RP : 63Âge réel : 25Copyright : Faestock & Arya ; RavenofthenightAvatar daëmon : Klodevig, pigeon biset (et guindé)
Anja MüllerNothing will be the same...
Cillian - enfin Kenan, je dois penser à lui comme Kenan pour ne pas risquer de l'interpeller de travers - frissonne à mon étreinte, sursaute presque, et je le maudis copieusement en pensées avant qu'il finisse par réagir à mon geste et m'enlace doucement. Je me suis préparée, j'en ai eu le temps, je suis censée être sa dulcinée pour l'après-midi après tout, pourtant je me fais violence moi aussi pour ne pas frissonner, ne pas grimacer, ne pas fermer les yeux de dégoût. J'ai peur que cela ne suffise pas. J'enfouis donc mon visage dans l'écharpe, faussement câline, l'oreille assez près de son torse pour entendre que son coeur n'est pas beaucoup plus calme que le mien. Le premier choc passé, la proximité ne me dérange pas outre mesure. Sa main est sur le manteau. Sous mon visage c'est mon écharpe, mon odeur, je m’y raccroche pour ne pas sentir la sienne. Et lui... tatoué ou non, possible traître ou non, il reste moins répugnant que la créature qu'on veut nous faire passer pour une réceptionniste. Il n'a que le crâne rasé ou presque, une peau couverte de tatouages du bout des doigts jusque sur la pommette... et des choses qui distendent ses lobes d'oreille... et sûrement d'autres choses que je n'ai pas vues et que je ne veux pas voir... enfin il n'est pas aussi vulgaire qu'elle, disons. Et il a le mérite de garder ses mains à ses endroits appropriés. Décents. Il ne profite pas de la situation. A en juger par son temps d'arrêt avant de m'enlacer et par ses battements de cœur, il est probablement aussi enchanté que moi de cette petite mascarade.

Oui, mascarade. Ce n'est que du fard, de la poudre aux yeux des curieux qui trouveraient que ma présence ici détone trop. De quoi leur faire penser qu'Aloisia la petite bourgeoise est venue s'encanailler dans ce bouge avec son "bad boy" de copain mais que le changement est un peu trop brusque pour elle. Et de fait, c'est le cas. Enfin, à moitié disons. A la différence d'Aloisia Anja n'est pas venue s'encanailler, mais lorsque je lève les yeux je ne feins pas ma répugnance ni mon soupçon de crainte, mon avatar et moi les ressentons toutes deux. Les lieux sont sales, décrépits, puants, la réceptionniste m'évoque plutôt un repoussoir à non-initiés qu'autre chose, et je suis justement une de ces non-initiés qu'elle ne doit pas vouloir dans son motel crasseux aux murs pourris. De là où je suis je ne peux pas sonder Kenan, je ne peux pas savoir s'il connaît les lieux, s'il est familier de tels bouges, de la faune qui les hante, des codes à respecter - qui m'échappent visiblement, je devrais en avoir honte, au moins un peu, mais j'en suis surtout profondément agacée. J'inspire lentement à côté de l'écharpe. Aloisia n'en aurait que honte. Aloisia n'a pas à être agacée des connaissances et des laissez-passer de Kenan. Puisque Kenan, eh bien, elle est là avec lui pour, sinon consommer une union répréhensible ailleurs, du moins passer un moment loin du regard de ses parents qui, eux, se passent sans doute bien de connaître l'existence de l'Irlandais. Kenan elle l'aime, ou du moins elle y croit, elle fait semblant, en tout cas il ne la dégoûte pas, ne l'agace pas. Elle voudrait être comme lui peut-être, un peu. La tendre et naïve Aloisia est servie, pour le coup. Veut-elle toujours être comme lui, traîner dans ce genre d'endroits avec lui, vivre comme lui ? Peut-être n'est-ce qu'une erreur, peut-être n'est-ce qu'une façade, peut-être les chambres seront-elles mieux. Aloisia lève les yeux vers son Kenan, elle lui sourit, un peu nerveuse mais confiante encore. La "réceptionniste" est en train de lui donner les clés de la 509 et de dire que l'ascenseur est en panne. Surprenant. Voilà, nous allons partir, nous allons...

...monter les escaliers. Qu'avons-nous fait. Je laisse passer Cillian - Kenan, d'ailleurs je lui tiens toujours la main, et je n'aurais jamais tenu la main de Cillian - devant, nous ne pouvons pas marcher de front de toute façon, mais quelle faune, quels remugles, quels... yeurk. Il y a des choses dont j'aurais préféré ignorer l'existence, vraiment. Aloisia se cramponne à Kenan, Anja maudit Cillian, les responsables qui nous ont trouvé cette planque pourrie - sûrement un qui ne m'aime pas, à tous les coups - et n'a qu'une envie, faire demi-tour. Mais Anja tient bon, Anja survit à sa sensibilité offensée, à son éducation. Elle a déjà vu des cuites, elle a déjà vu des shootés, elle a déjà vu le résultat. A Naestved, dans une autre vie. Ici c'est juste un peu pire, mais aussi elle n'a plus seize ans, eux non plus, c'était à prévoir. Alors Anja étudie les types qu'elle croise, à travers le regard craintif et mal à l'aise d'Aloisia, elle note tout ce qu'elle peut, apprend tout ce qu'elle peut apprendre de l'allure des hommes et des regards des femmes, des chambres entrouvertes, des bruits qui s'en échappent - tiens, à la 203 ils ne doivent pas être que deux à s'envoyer en l'air -, note les escaliers dérobés et entraîne à deux reprises Kenan dans un couloir désert et raisonnablement éclairé pour emprunter les escaliers en question et voir où ils débouchent. A la 508, mitoyenne de la nôtre, une femme prend si fort son pied que c'en est totalement outré. L'idée me traverse sérieusement de m'arrêter pour toquer à la porte et lui signaler qu'elle a depuis longtemps franchi les bornes de la crédibilité et que son étalon n'est probablement pas dupe, mais je me retiens. Ce ne sont pas mes affaires. Qu'Aloisia rougisse et prie pour que monsieur s'épuise bientôt, et qu'Anja note que les murs sont assez fins pour qu'un homme bien bâti les enfonce. Qu'Anja note également de faire part à Kenan de ce constat et qu'elle lui demande s'il pense que leurs gabarits respectifs auraient une chance d'enfoncer les murs au besoin.

Nous finissons par passer la porte, enfin, et je lui lâche la main. Je repère déjà les lieux pendant qu'il referme la porte. Sales, évidemment, à croire que personne n'a fait le ménage ni rien lavé depuis plusieurs années, et vétuste à faire peur - la date du dernier ameublement doit se donner en décennies. Je n'ose même pas toucher l'interrupteur pour allumer l'ampoule nue qui pend du plafond au bout d'une bonne longueur de fil. De toute façon... Je soupire. J'aurais aimé être Milo en cet instant, pour pouvoir sonder mon environnement électrique sans avoir d'effort à fournir. Mais je ne suis pas Milo, je ne suis que moi, et je dois me débrouiller avec ce qu'il m'a appris. Et faire abstraction des glapissements de la femme de l'autre côté de la cloison.

Alors je regarde autour de moi, surtout aux endroits où personne ne regarde. D'abord du centre de la pièce, puis en longeant les murs. Comme si je cherchais des traces de poussière, alors qu'il suffirait de passer un doigt sur la table de nuit pour en trouver. Je cherche bien quelque chose, mais certainement pas de la poussière ni même un bijou ou un billet oubliés par inadvertance. Mais rien, aucune trace d'électronique mal placée, aucune caméra cachée en vue, visiblement pas de micro près du lit ni dans les oreillers. Je suis presque déçue pour le coup, nous aurions eu un prétexte pour décamper. Je récupère mon écharpe que Cillian - Kenan - Cillian, je ne vois plus que Cillian à présent qu'il ne m'est plus possible d'incarner Aloisia, traumatisée qu'est la pauvre petite je nous desservirais plus qu'autre chose en continuant à la jouer - a jetée sur les oreillers en question. Pendant qu'il fouille dans son sac je plie soigneusement l'écharpe, et je m'enquiers auprès de mon adoré des premiers éléments qu'il a pu recueillir.

J'ai vu quelques costumes entrer ma douce, mais vous êtes en avance, ce ne sont pas les bons. Je n'ai pas encore repéré de daemon qui n'ait rien à faire à Washington, je te tiens au courant.

Evidemment. Nous allons devoir tuer une bonne heure ensemble avant de commencer à sérieusement guetter.

« Tu as faim ? »

Je lève la tête et rencontre le dos de Cillian.

« Pas pour l'instant, je m'en voudrais de salir encore davantage cette pauvre chambre. »

Appelons ceci une pathétique tentative d'humour : je suis assise à côté d'une superbe auréole dont l'origine est probablement la même que celle que je viens d'évoquer. La "pauvre chambre" n'est plus à une régurgitation près je le crains...

« Tu as faim toi ? »

Visiblement, puisqu'il est en train de sortir un sandwich. Les cris dans la 508 sont plus lents à présent, moins forts aussi. Je me prends à espérer qu'elle va se calmer, dormir, et nous ficher la paix. Je secoue la tête avec un lourd soupir.

« Comment peut-on avaler quoi que ce soit dans des conditions pareilles ? Ces odeurs, ces bruits... moi ça me soulève le cœur. »

Ma voix n'est qu'un marmonnement, moitié pour lui moitié pour moi. Frustrée d'avoir ainsi dévoilé une telle faiblesse, je me lève et marche un peu dans la chambre, vers la fenêtre. Je n'ai pas étudié la vue encore, ni la façade. Je m'en doutais mais on ne pourrait pas filer par là, il n'y a strictement rien où s'accrocher. Quant à la vue... l'immeuble où aura lieu la réunion occupe le plus gros de l'espace visible depuis la fenêtre.

« Tu as l'habitude de ce genre d'endroits ? Je veux dire... tout ça. Cette ambiance. Ces... » Nouveau glapissement à côté. Je pince les lèvres, et mon ton doit assez clairement exprimer tout le bien que je pense du voisinage : « ...gens. »

Je ne peux m'empêcher de songer qu'un mauvais film verrait dans les gémissements luxurieux de la voisine une occasion inespérée de rapprochement entre l'espion et l'espionne, je préfère maintenir autant de distance que possible entre lui et moi, au moins psychologiquement. A présent qu'Aloisia s'est rendormie, Anja se répète en boucle qu'il est aussi tatoué et rasé du crâne que les autres hommes qu'elle a pu croiser dans les escaliers, qu'il fait bien une tête de plus qu'elle, et que si par hasard il devait tenter quelque chose contre elle ce ne serait certainement pas le voisinage qui tenterait quoi que ce soit pour l'aider.

Ahrum, si ce hooligan devait tenter quoi que ce fût contre toi, ce ne serait certainement pas ma diète qui m'empêcherait d'attraper sa brindille par le thorax, toute sympathique qu'elle me soit déjà.

J'envoie une pensée réconfortée à mon adoré, de l'autre côté de la rue, et observe Sin en silence, petite brindille perchée sur le rebord de la fenêtre, à portée de main. Ce ne doit pas être évident à gérer, un daemon si petit, si fragile. J'aurais tellement peur de lui briser une patte...

Exaspérée par le volume des ébats des voisins, je finis par me retourner vers Cillian, oubliant que j'allais affronter son regard, et lâche :

« Penses-tu qu'il soit possible de la faire taire d'une façon ou d'une autre..? »
  
MessageSam 12 Sep - 1:25
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 473Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
the good and the evil
This is war
No sound without silence

Washington ~ début décembre 2014

Alors que je m’assieds par terre, laissant mon dos se reposer sur le bord du lit – car il est hors de question que je ne fasse qu’y poser mes fesses compte tenu des centaines de paires qui se sont succédées là-dedans ! – je mords une première fois dans mon sandwich tout en essayant de faire abstraction des gémissements de la fille d’à côté et des relents de crasse qui imprègne les lieux. Dire que j’ai fin serait assez mensonger, d’autant que cet hôtel a un pouvoir assez impressionnant pour me couper l’appétit. Mais alors qu’il nous reste au moins une heure à attendre, manger m’apparaît comme une manière assez simple de m’occuper, et rien n’est pire lors d’une mission d’espionnage que d’être constamment sollicité par son ventre creux qui ne cesse de rappeler que l’on a sauté le repas de midi. Dans le doute, autant prévoir… Mais alors que je propose à Anja de m’accompagner, la réponse qu’elle me donne est la plus prévisible qui soit : un refus.

- Pas pour l'instant, je m'en voudrais de salir encore davantage cette pauvre chambre.
- Pour ce qu’il en reste, murmuré-je avec cynisme.

Laissant malgré tout le sac ouvert près d’elle pour la laisser se servir si elle change d’avis, je reprends silencieusement ma mastication.

- Tu as faim toi ?

Je réprime un soupir mais ma mâchoire se crispe, car je sens que la suite va me gonfler. Finalement, c’est son soupir à elle que j’entends, tout comme ce qu’elle se met à ruminer.

- Comment peut-on avaler quoi que ce soit dans des conditions pareilles ? Ces odeurs, ces bruits... moi ça me soulève le cœur.

Ah, dommage ! Mon soupir est sorti tout seul…

- Avec un peu de détachement et de force de caractère… On ne sait pas combien de temps on va rester dans cette piaule, et c’est pas vraiment le moment de n’être qu’à 80% de nos moyens parce qu’on a la dalle. Alors je préfère faire un petit effort, mais éviter les problèmes idiots.
*- T’as un don pour mettre l’ambiance, toi, tu sais ?

Je ne réponds même plus à ma daemonne. Cette journée m’exaspère. Cette fille m’exaspère. Et les prochaines heures à venir m’exaspèrent plus encore. Etonnamment, je crois que je partage ce sentiment avec Anja, ce qui devrait peut-être nous rapprocher quand on y pense. La bonne blague ! Comme une provocation, je mords dans mon sandwich comme un affamé sur un bout de pain. A côté, les cris retentissants de l’amante en furie viennent se coupler au martèlement singulier d’un bois de lit qui heurte le mur à intervalles réguliers. De quoi ravir la Danoise davantage encore, j’en suis sûr.

- Tu as l'habitude de ce genre d'endroits ? Je veux dire... tout ça. Cette ambiance. Ces... « gens ».

Un rictus amer étire le coin de mes lèvres alors que cette fois, je me retourne pour croiser son regard. Je la fixe ainsi un instant avant de gronder d’une voix rauque :

- T’aimes pas ça, hein ?

Elle a prononcé ce terme avec tellement de dégoût. Ces « gens »… Pas un seul instant je ne doute du fait qu’elle me range dans cette catégorie qui la répugne. Les tatoués. Les drogués. Les marginaux. Parce qu’une peau marquée à l’encre ne peut dire que tout cela, pas vrai ? Parce que les tatouages ne sont que les signatures des rebuts de la société, c’est bien connu. Elle est tellement pétrie d’orgueil et de préjugés, la grande Anja Müller. Je sens son dégoût dans chacun de ses pincements de lèvres, son dédain dans tous ses soupirs, et je sais qu’elle n’a certainement pas beaucoup plus d’estime pour moi que pour cette cinglée de réceptionniste en bas ou la grognasse qui continue de gueuler dans la chambre d’à côté.

- Les tatouages, les blousons en cuir et les rangers, les signes du « bas de l'échelle », des fous dangereux et des putes… Avec ma dégaine, je dois certainement passer mes soirées à snifer de la coke après avoir tatoué quelques cas sociaux dans mon salon, hein ? Je ne dors pas la nuit parce que je fais le tour des bars clandestins dans les sous-sols et je baise une ou deux pétasse contre un mur avant de rentrer chez moi ivre mort pour dégriser en écoutant du métal bien dégueulasse à la radio, c’est ça ?

Finalement, c’est elle qui me fait perdre le peu d’appétit que j’étais parvenu à conserver, et je balance mon reste de sandwich dans le sac d’un revers de main pour venir attraper mon paquet de clopes dans ma poche et m’en allumer une immédiatement pour calmer mes nerfs. Juste le temps de tirer une première bouffée et je reprends :

- Tu te crois supérieure avec ta peau toute blanche et ton vocabulaire de bonne famille, hein ? Après tout, on peut pas être quelqu’un de bien quand on a un piercing à la lèvre et un motif encré sur le corps, n’est-ce pas ? C’est forcément qu’on est un connard d’antisocial et un voyou antipathique tout juste bon à peloter les culs des filles sur le trottoir et à cramer des bagnoles. T’étouffes tellement dans tous tes préjugés à la con que t’arrives même plus à te concentrer sur autre chose.

D’un geste brusque, je remets mon paquet de cigarettes dans ma poche avant d’avaler une nouvelle bouffée de tabac, puis je continue, mais d’un ton plus bas.

- Oui, je suis tatoueur, je suis moi-même tatoué, je fume, certainement un peu trop, et j’aime le whisky irlandais. Mais si ça peut te rassurer, j’ai un casier vierge, comme beaucoup de ces gens que tu soupçonnes d’être des dangers publics parce qu’ils ont le malheur d’avoir un motif tatoué sur l’avant-bras. Je dors la nuit, et j’ai jamais fréquenté ce « genre d’endroits » même s’il m’arrive parfois de rencontrer des gens qui en sont issus. Parce que oui, le tatouage est plutôt apprécié au sein de ces milieux que tu détestes. Mais pour chaque marginal comme cette gamine à la réception qui vient ajouter une nouvelle monstruosité à toutes celles qui marquent déjà son corps, ce sont des dizaines de gars biens qui entrent dans mon salon. Désolé de te décevoir, ma belle, mais je suis pas une de ces bêtes de foire grâce à laquelle tu auras plein de choses à raconter à ton entourage parfait lors de ton prochain repas de famille.

Je fais une pause, le temps de tirer à nouveau sur ma clope, et j’achève enfin :

- Tu connais rien du monde que tu juges, Anja, parce que t’es persuadée que tous les tatoués, les crânes rasés et que sais-je encore sont dans le même panier. Mais t’as pas plus hétéroclite que le milieu du tatouage. Ces connards auxquels tu penses, ils existent. Tu as raison, ils existent. J’en ai connu plus d’un dans ma carrière. Mais je t’assure que j’ai connu bien plus de raclures avec des cravates qu’avec des tatouages. Alors je t’en prie : arrête de me regarder avec ces yeux suspicieux que tu gardes sur moi depuis notre départ du camp et accorde-moi le bénéfice du doute, comme à tous ceux que tu croiseras dorénavant. Ca te décrispera un peu, et ça fera des vacances pour tout le monde.

Et je me relève pour faire les quelques pas qui me séparent de la fenêtre et vais m’asseoir contre le mur, en prenant soin de ne pas être visible du dehors, pour installer entre elle et moi un espace vital que j’aimerais renforcer d’un putain de mur de Berlin. Le cœur tambourinant dans ma poitrine, j’arrive déjà au bout de ma clope et jette le mégot par la fenêtre ouverte avant de reprendre une cigarette immédiatement et de l’allumer sans attendre, en évitant le regard de la Danoise. Dans mon esprit, Sin arrive pour me refaire un sermon, mais je romps le lien tout de suite, peu enclin à me faire traiter comme un gosse après avoir envoyé chié ma très chère coéquipière. Putain… Perdu dans ma colère, le regard plongeant dans le vide de l’autre côté de la fenêtre, je ne vois même pas Sin se diriger vers Anja pour aller s’excuser à ma place. Qu’elle se vexe de toute façon, je n’en ai plus rien à foutre. Car moi aussi, je suis vexé : cette attaque était la dernière que je pouvais supporter sans rien dire.

Recroquevillé sur moi-même comme un môme qui boude dans son coin, je reste enfermé dans mon mutisme un long moment, refusant catégoriquement de jeter le moindre regard en direction d’Anja. Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Assez longtemps pour que ces putains d’hommes d’affaires s’apprêtent à commencer leur réunion, je l’espère. Sin ne me parle plus non plus. Je pense qu’elle aussi fait la gueule, mais uniquement à cause de moi. Tant pis. Je n’ai pas la patience nécessaire pour faire un pas vers qui que ce soit.

Soudain, alors qu’elle semblait avoir fait une pause de quelques merveilleuses minutes, la gueularde reprend son opérette à côté, et j’entends Anja qui perd patience :

- Penses-tu qu'il soit possible de la faire taire d'une façon ou d'une autre..?

Je recroise enfin son regard et souffle d’une voix neutre :

- Pas sans attirer l’attention sur nous, ce qui n’est pas du tout dans notre intérêt pour la suite. Mais je donnerais beaucoup moi aussi pour le simple plaisir de leur balancer un sceau d’eau froide sur la gueule.

Et je me surprends à sourire, comme si ce long silence m’avait permis de retrouver non seulement mon calme, mais aussi la capacité de lui parler sans être directement agressif. Rien de tel qu’une bonne engueulade pour se détendre… D’un œil distrait, je regarde l’avancement des aiguilles de ma montre avant d’observer le building en face de notre chambre. Je perçois alors plusieurs ombres dans la pièce où le rendez-vous est normalement prévu et mes sourcils se froncent. Je m’accroupis, cherchant à mieux discerner les silhouettes qui évoluent dans l’immeuble. Et, baissant instinctivement la voix comme s’ils pouvaient nous entendre, je lance à Anja :

- Hey… Je crois que ça bouge là-bas.
lumos maxima
  
MessageDim 20 Sep - 17:29
Groupe
avatar
Date d'inscription : 10/12/2014Nombre de messages : 246Nombre de RP : 63Âge réel : 25Copyright : Faestock & Arya ; RavenofthenightAvatar daëmon : Klodevig, pigeon biset (et guindé)
Anja MüllerNothing will be the same...
Et de me faire la morale sur le fait que je ne mange pas. Bon sang. Sur le fond il n’a pas tort, mais qu’aurai-je à faire de la journée sinon le materner pendant que Monsieur utilisera son si précieux pouvoir ? Et de me traiter de chochotte à mots couverts. Déployant des trésors de patience pour ne pas lui envoyer une réplique bien sentie je me retourne, constate à mon grand dam que le sac est ouvert et à portée de main, et n’ai donc plus aucune excuse pour ne pas tendre le bras et saisir, avec toute la mauvaise volonté du monde, le deuxième sandwich. Je l’extrais lentement de son papier et l’attaque à petites bouchées, mais mon estomac proteste vraiment avec trop de véhémence et je referme l’emballage d’aluminium après seulement quelques morceaux arrachés du bout des dents.

Je me lève, je vais étudier le terrain à mon tour, je tente de faire la conversation pour ne plus entendre, au moins un instant et fût-ce au prix de la voix de Cillian, les glapissements de la traînée d’à côté – car oui, je suis désolée, mais pour hurler ainsi… – et je me fais recevoir par un regard d’acier, une voix anormalement rauque et une remarque lapidaire. Je le toise en retour, un masque de mépris plaqué sur le visage pour cacher toute autre réaction qu’il pourrait m’inspirer. Non je n’aime pas cela, Cillian O’Shea, je n’aime pas cela parce que je ne vois pas quel genre d’individu normalement constitué pourrait aimer cela. Peut-être avais-je besoin que tu me dises que toi non plus pour me sentir solidaire d’au moins une personne dans ce motel pouilleux, peut-être avais-je besoin que tu me dises que tu connaissais ce genre de milieu pour me sentir vaguement soutenue en terrain hostile, vaguement rassurée au moins de voir que quelqu’un maîtrisait les codes de cet endroit où je n’étais clairement pas la bienvenue et que ce n’était pas juste pour tes beaux yeux que la réceptionniste t’avait donné les clés à toi et pas à moi. Peut-être, Cillian O’Shea, attendais-je un peu d’aide de ta part, parce que la situation me dépassait, mais que je n’allais pas m’abaisser à te supplier de me rassurer. Visiblement tu n’as rien trouvé de mieux à faire compte tenu de notre situation que de m’agresser. Au temps pour moi, je n’aurais pas dû rechercher le moindre soutien de ton côté. Alors en attendant que tu aies fini la pathétique diatribe qui s’annonce, je vais me contenter de te mépriser en silence.

C’aurait été trop facile évidemment. Bien trop facile. Il faut que tu appuies là où cela fait le plus mal. Il faut que tu aies raison. Au moins un peu. Non Cillian O’Shea, je ne sais pas ce que tu fais "avec ta dégaine" et je n’en aurais absolument rien à faire si tu n’étais pas des nôtres, de cette Rébellion où le moindre faux pas, la moindre brebis galeuse, peut faire tomber tout le troupeau entre les mains du Big Bad Wolfgang Loewer. Et je me méfie de ce qui est différent, simplement, comme tout le monde – quoi qu’on veuille en dire, malgré les grandes phrases et les beaux discours, nous avons tous peur de la différence, tout dépend du seuil à partir duquel nous considérons que l’autre est un Autre. En l’occurrence, je crois que tu n’as rien compris, ni à ma personne ni à mon attitude. Vraiment rien compris. N’est-ce pas décevant pour un espion ? Rien compris, rien. Je le répète à chacune de ses ponctuations pour m’en convaincre, je le laisse parler sans cesser de le toiser avec tout le mépris que m’inspirent son timing minable et ses récriminations creuses, mais lorsqu’il commence à m’insulter je serre involontairement les dents et mon regard se fait plus sombre. Je croise les bras face à son agressivité montante. Du calme voyons, du calme, il n’y a qu’à toi que tu fais du mal. Ou presque. Il m’énerve. Il me traite de petite bourgeoise bien-pensante et pleine de préjugés. Mais qui exactement est plein de préjugés depuis tout à l’heure et me prête des pensées que je n’ai pour la plupart jamais eues – jamais consciemment, jamais ne serait-ce que formulées en esprit ? Et surtout, surtout, de quel droit ose-t-il parler de ma famille ? Mon prochain repas de famille a eu lieu il y a trois ans, Cillian O’Shea, c’était à Noël 2011, c’était avant que mes parents ne divorcent à cause de la Révélation, avant que je ne vienne à Merkeley, avant que je n’entre dans la Rébellion, avant que je ne rencontre ta pauvre face de tatoué, alors je t’interdis de parler des miens comme si tu savais à quoi ressemblaient nos repas de famille !

C’est à peine si j’écoute la suite, bouillante. Vas-y, traite-moi de coincée et prône l’ouverture d’esprit, cela te va tellement bien, après tout ce n’est pas toi qui viens de m’attribuer des pensées totalement fausses, de me traiter de tout ce que tu as l’air de détester au plus haut point, et d’insulter le temps où j’avais encore des repas de famille ! Toi tu es parfait évidemment, connard.

Un silence enfin, plus long que le précédent, marqué par son mouvement pour se lever. Et il va vers moi en plus. Je lève le menton, défiante, j’ai presque envie qu’il me frappe pour avoir une raison supplémentaire de le haïr – parce que oui, Cillian, mon cher Cillian, là c’est de la haine dans mes yeux, tu la vois qui brille rien que pour toi ? Non. Non, tu n’as même pas le courage de me regarder, tu m’évites, tu m’ignores et tu regardes partout sauf vers moi. Que tu es pathétique.

« C’est bon, tu as fini ? »

Ma voix est glaciale. Trop douce, trop lente pour ne suinter que le mépris. Ils sont rares ceux qui arrivent à me mettre dans cet état Cillian, ils sont rares ceux qui entendent cette voix. Dommage que je ne la contrôle pas encore totalement et qu’elle soit un peu trop aiguë, qu’elle trahisse le fait que je ne suis pas absolument maîtresse de moi-même. Dommage que tu entendes peut-être mon cœur battre assez fort pour te sauter à la figure et te frapper.

« Maintenant tu vas m’écouter. Je ne suis pas là pour être ton amie, que ça me plaise ou non je n’ai rien à dire sur ta vie. Tu peux traîner avec toutes les putes que tu veux, avoir un casier long comme le bras et passer ta vie dans les caves de Perth à te retourner le cerveau, je m’en fous tant que tu es efficace et loyal à notre Cause. Que ça me plaise ou pas, ça me regarde, et que ma peau blanche ou mon élocution te dérangent, ça te regarde. Mais m’entendre dire que je suis bourrée de préjugés par quelqu’un qui ne me connaît pas et qui prétend savoir ce que je pense et ce que je vis, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Alors tu vois, mes préjugés, ils t’emmerdent. Parle encore une fois – une seule fois – de ce que je peux penser ou de ce qui peut se passer chez moi, et je te jure que je ferai de ta vie un enfer. »

Et je le ferai, Cillian O’Shea, tu n’imagines pas à quel point je peux être têtue quand j’ai décidé que je haïssais quelqu’un. Je n’ai peut-être l’air de rien, je n’ai pas le gabarit pour te faire avaler tes dents, mais ne me sous-estime pas. J’ai beaucoup de temps libre à consacrer à des haines plus accessibles que celles de Merkeley.

« Oh, et avant que j’oublie. Je ne suis pas "ta belle", et je me crispe si ça me chante, ça m’a plutôt bien permis de survivre jusqu’ici. Alors fais-moi plaisir… garde tes forces pour écouter cette foutue réunion. »

J’ai lutté pour retenir le "mange ton sandwich et ferme-la" qui me brûlait la gorge.

« Ahrum, ma douce, peut-être devrais-tu te calmer, tu deviens vulgaire. »

« S’il l’ouvre encore je ne réponds de rien. »

« Les piques du phasmes ne devraient pas atteindre la blanche palombe, en t’énervant tu l’encourages à persévérer. »

Il a raison, comme toujours. Je soupire lourdement et vais m’asseoir sur un coin de moquette pas trop sale.

Un moment s’écoule avant que la petite voix de la brindille ne s’élève pour me présenter des excuses. Je la regarde, les lèvres pincées, avancer lentement ses petites pattes de phasme vers moi sur le sol en guère meilleur état que la couverture immonde, et je finis par détourner la tête avec un léger soupir. Je murmure :

« Inutile de t’excuser. Tu n’as rien dit… toi. »

Quand la fille d’à côté recommence à hurler, je ne peux m’empêcher de demander s’il n’a pas une idée pour la faire taire. Un adversaire commun, rien de tel pour enterrer la hache de guerre. Que je veuille ou non lui coller mon poing dans le pif, nous ne sommes pas là pour cela et la Cause est plus importante que nos querelles. Tant qu’il lui est loyal, ce dont j’aimerais bien être convaincue… je doute de tout le monde ou presque, pas seulement de lui – il n’y a que de Milo que je suis réellement sûre, et c’est une certitude sans réel fondement quand on y réfléchit. Juste… que c’est Milo qui m’a fait venir dans la Rébellion, qui m’a appris presque tout ce que je sais, et que je lui fais confiance pour ces seules raisons.

« Peut-être en enfonçant le mur… il doit être assez fragile, si on le frappe à coups de table de nuit on peut lancer une cuvette à travers. »

Je plaisante à moitié. Je fais surtout passer l’information que la porte de la chambre voisine peut être une alternative à la nôtre en cas de souci, et que le mur ne doit pas être un obstacle insurmontable à notre fuite…

Klodevig me signale du mouvement en bas de l’immeuble, une tête connue qui entre avec son daemon tout aussi connu. Je regarde l’heure, c’est pour bientôt, j’ouvre la bouche pour prévenir Cillian, mais visiblement il a vu ou entendu lui aussi.

« Oui, Klodevig vient de voir une tête connue entrer. » je murmure aussi. J’espère qu’ils n’ont pas quelqu’un avec le même genre de don que Cillian, sinon nous sommes très, très mal engagés. « Tu vas pouvoir t’installer je pense, les murmures d’avant-réunion sont souvent aussi intéressants que le reste… »

Pour ma part je m’adosse au mur, légèrement décalée par rapport à la fenêtre, pour voir sans être vue. Klodevig va se percher un peu plus loin et me donne quelques noms que je répète à mi-voix à l’adresse de Cillian pour l’aider à remettre tout ce monde. Les querelles sont passées à présent, nous avons une mission à accomplir et nous devons y consacrer toute notre énergie. Même si pour moi elle se limitera, espérons-le, à du baby-sitting...
  
Message
Groupe
Contenu sponsorisé
Page 1 sur 3
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant