Trahison, Disgrâce [Wolfgang & Wanda]

 
  
MessageMer 22 Juil - 2:08
Groupe
avatar
Date d'inscription : 01/07/2015Nombre de messages : 116Nombre de RP : 32Âge réel : 22Copyright : MyselfAvatar daëmon :
Wanda E. HellworthNothing will be the same...
Trahison, Disgrâce


Washington ~ mi-mai 2015

Dix jours.
Dix jours qu’elle attendait d’enfin avoir un résultat. Dix jours que ses hommes subissaient ses colères à chaque déception. Incapables. Menteurs. Le Conseil devait être doté des services de renseignements parmi les meilleurs du monde pour contrôler toute la population daemonienne, et ils se trouvaient incapables de repérer la trace d’un homme aussi connu dans leur milieu que Wolfgang Maël Loewer ! Assise derrière son bureau, oscillant entre son ordinateur et son téléphone, Wanda ne vivait plus que pour le retrouver et enfin se confronter à son regard, ce regard qu’elle avait tant admiré, tant chéri, et qui lui apparaissait désormais comme l’incarnation même de la pire des blessures, de la traitrise la plus noire et la plus abjecte.

Au sein de son service, l’atmosphère était restée glaciale depuis l’annonce de l’intervention de Wolfgang qui clamait son désir de voir tomber le Conseil. Pouvait-elle concevoir pareille infamie de la part de celui qu’elle avait formé depuis tant d’années, de celui qu’elle avait construit depuis ses treize ans jusqu’à lui offrir cette place au sein du Conseil de Merkeley ? Elle l’avait porté depuis ses débuts, guidé jusqu’aux sommets, et s’était portée garante de lui face aux plus éminents membres du Conseil. Et que lui rendait-il ? Un rejet odieux. Toute une relation bafouée, et une manigance ignoble visant à détruire l’œuvre de sa vie en la faisant tomber avec elle.

Wanda était blessée, rabaissée, humiliée, et tout en elle n’était plus que rage et incompréhension, regrets et désir de vengeance. Chaque jour qui passait ne faisait qu’accentuer son impatience et attiser sa colère. Mais Wolfgang était un homme intelligent. Elle l’avait su au moment où elle l’avait rencontré lors de ce festival en France. Et les hommes intelligents savent bien couvrir leurs traces… Les menaces comme les promesses de récompenses semblaient incapables d’accélérer les choses et Wanda passait ses journées enfermée dans son bureau, renvoyant à sa secrétaire des plateaux repas laissés presque intactes et terrorisant le moindre associé qui tentait de la convaincre de laisser le temps à ses employés de trouver Wolfgang. Ses accès de colères s’accumulaient, tout comme le retard sur les nombreux dossiers qu’elle aurait dû traiter si son esprit n’était pas constamment perturbé par l’image de Wolfgang. Apprenant la nouvelle, le « Très Haut » du Conseil l’avait contactée sans tarder, mais en entendant la voix de celle qui avait été son soutien dès les premiers jours, il n’avait finalement émis aucun reproche, comprenant que la veuve subissait déjà bien assez la trahison de son poulain. Sa sanction, Wolfgang Loewer la lui avait infligée de lui-même au moment où il avait fait cette annonce. D’une voix grave, il avait alors demandé à Wanda de faire le nécessaire pour lui permettre de retrouver pleinement ses esprits, qu’importe le temps ou les moyens dont elle aurait besoin. Et la réponse à tous ses maux lui apparut comme une évidence : elle devait le voir.

Dix jours passèrent quand sa secrétaire fit de nouveau sonner le téléphone sur son bureau. Wanda soupira et décrocha en haut-parleur avant de répondre d’une voix lasse :

- Oui, Abby ?
- Madame Hellworth, j’ai Harper sur la 2.

La veuve fronça les sourcils.

- Passez-le moi.
- Tout de suite, madame... Vous l’avez.

Wanda pressa la touche sur le téléphone et établit immédiatement la communication.

- Madame Hellworth ?
- Je vous écoute, Harper.
- Je l’ai.

₪ ₪ ₪

Boston ~ le même jour

Boston. Wanda s’est maudite de ne pas y avoir elle-même pensé plus tôt. Boston a toujours été sa ville, son fief, et elle aurait dû y faire débuter toutes les recherches. La nouvelle de sa trahison l’avait peut-être bouleversée au point d’en perdre tous ses moyens depuis tout ce temps. Mais aujourd’hui, la période où Wanda avait un genou à terre est terminée. Aujourd’hui, elle se le jure, elle affrontera ce fils qui l’a reniée. Elle se le doit, pour enfin redevenir cette femme d’affaires qui s’est éteinte le jour de l’annonce de sa traîtrise. Et s’il faut le détruire pour cela, ainsi soit-il. Personne ne fera s’effondrer ce qu’elle a mis toute une vie à bâtir, pas même Wolfgang Loewer.

Wanda s’est rendue à Boston par le premier avion le soir même, mais seule. Cette rencontre, elle la voulait en terrain neutre, sans caméra ni micro, seulement elle et lui. Plus de politique. Plus de Conseil. Seulement la veuve et son poulain, celui qu’elle avait formé, celui qu’elle avait aimé, avant qu’il ne balaye tout d’un revers de main. Elle doit le voir pour comprendre. Pour qu’il lui explique, à elle et elle seule.

Dehors, l’effervescence de Boston grouille dans chaque avenue et Wanda observe les voitures d’un œil distrait à travers la fenêtre da chambre d’hôtel. En silence, elle amène son verre de Brandy à ses lèvres et laisse l’alcool irradier sa poitrine. Elle tourne autour du téléphone depuis son arrivée. Elle hésite, craint de chuter plus durement encore. Dix jours à désirer cet instant plus que tout autre chose, et maintenant qu’il se présente, elle retarde l’échéance, attend, la peur au ventre, rongée par l’angoisse et les incertitudes.

- Ta lâcheté me répugne.

Wanda ferme les yeux alors que derrière elle, le corps de Mogrim se traîne sur le sol en se rapprochant de la fenêtre.

- Regarde-toi, la grande Wanda Hellworth… La cadre supérieure du richissime Conseil de Merkeley, l’éminente politicienne et conseillère du grand manitou. Une seule petite pique et tu t’effondres comme un château de carte.

La veuve soupire, rouvre les yeux, mais ne se retourne pas.

- Voilà dix jours que tu dépéris comme une vieille carne. Et maintenant que tu as l’occasion de redevenir celle que tu es censée être, tu te caches derrière ton téléphone et ton verre de Brandy. Tu es pathétique…

Wanda serre les dents. Les mots de son daemon sont coupants comme des lames.

- Alors que vas-tu faire ?
- Mogrim, arrête…
- Que vas-tu faire, Wanda ?
- Que veux-tu que je fasse ?!

Son verre de Brandy se brise contre l’immense armoire un peu plus loin alors qu’elle se retourne vers le crocodile en lui lançant un regard furibond.

- Ce que je veux que tu fasses ?

Un rire malsain s’échappe de sa gorge reptilienne, un rire moqueur, acide.

- Je veux que tu redeviennes celle que tu étais avant que le petit chiot ne vienne mordiller la main de sa maîtresse.

Un râle désabusé s’échappe de la gorge de la politicienne alors qu’elle mène une main à son front. Lentement, elle se déplace vers le lit, Mogrim sur ses talons.

- Ce n’est pas ta première déception, Love. Dois-je en déduire que tu te ramollis ?
- Ce n’était pas la même chose.
- Et qu’est-ce qui a changé ?

Wanda se retourne alors brusquement en tendant le bras comme pour donner une gifle imaginaire.

- Ce n’était pas Wolfgang !

Son cri résonne un instant dans la chambre alors qu’un lourd silence s’immisce entre eux. Le cœur de Wanda tambourine dans sa poitrine à lui en briser les côtes, et elle transperce son daemon d’un regard brûlant de rage :

- Ce n’était pas Wolfgang. Ça n’a jamais été Wolfgang et ça n’aurait jamais dû être Wolfgang.

Sa voix tremble et son souffle se fait plus fort.

- Ca ne pouvait pas être lui… ajoute-t-elle alors d’une voix éteinte.

Douloureusement, elle prend une grande inspiration en levant les yeux vers le plafond. Mogrim l’observe en silence, lui laissant quelques secondes de répit. Lorsque sa voix rauque s’échappe de nouveau entre ses crocs, elle se fait moins dure, moins cassante.

- Ne te l’avais-je pas dit, Love ?

Lentement, les yeux de Wanda reviennent sur lui, les iris brouillés derrière un voile humide.

- Ne t’avais-je pas dit que nous n’avions besoin de personne ?

Un léger soupire passe par les narines de la veuve alors qu’elle baisse les yeux.

- S’attacher, c’est se créer des faiblesses. Chaque petit protégé que tu prends sous ton aile n’est qu’une déception à venir.
- Mais Wolfgang…
- … était différent ? la coupe-t-il. Félicitations, Love : les résultats sont très probants.

Wanda soupire à nouveau, contrainte au silence. Mais ce dernier semble trop durer pour son daemon. Brutalement, Mogrim fait un geste menaçant en avant en faisant claquer sa mâchoire, faisant sursauter son humaine.

- Réveille-toi, Wanda ! Ta léthargie a assez duré ! Alors avale-moi une rasade de Brandy si ça peut raviver tes derniers sursauts d’orgueil et appelle-moi cette pourriture. Il a voulu voler de ses propres ailes ? A lui de montrer qu’il tient seul la distance et sait se faufiler entre les prédateurs. Tu nous dois bien ça…

Une dernière fois, Wanda croise le regard de son daemon. Des milliers d’émotions contradictoires semblent se livrer bataille dans son esprit. Mais sa mâchoire se crispe, et dans le regard rouge du crocodile marin, elle trouve une colère plus noire encore que la sienne, capable d’annihiler tout le reste…

D’un geste, elle s’empare du téléphone de sa chambre et compose le numéro fourni par Harper. La veuve se redresse en attendant les premières sonneries. Mogrim dit vrai. Il a toujours dit vrai. Elle n’a besoin de personne. Et Wolfgang paiera pour sa trahison…

Soudain, la communication s’établit et la voix qui résonne de l’autre côté du combiné ne laisse place à aucun doute. Pourtant, l’angoisse et la tristesse semblent avoir disparu, et il ne reste que la colère. Alors, sa voix prononce, désespérément froide :

- Bonsoir, Wolfgang.

Toute présentation est inutile. Wolfgang connait sa voix aussi bien qu’elle la sienne. Il est temps d’en finir.

lumos maxima
  
MessageJeu 23 Juil - 0:38
Groupe
avatar
Date d'inscription : 04/07/2010Nombre de messages : 1538Nombre de RP : 186Âge réel : 25Copyright : Grimestone et Ronron <3Avatar daëmon : cheshire
Wolfgang M. LoewerADMIN-whatever
bad for the greater good

Trahison, Disgrâce

No matter how strong, eventually even the firmest grip slips. The strongest armor cracks. The most intricate make up runs. and the most protected heart bleeds in the spotlight.
Wanda & Wolfgang

Dean Loewer voulait un héritier pour le remplacer.
Dean Loewer ne croyait pas en l'amour ni en l'attachement, Dean pensait au futur plutôt qu'au présent, Dean ne voyait que sa compagnie et les millions qu'elle brassait, Dean pensait que le plus beau des cadeaux pour un Loewer c'était de faire vivre cet héritage vieux d'un demi-siècle. Dean pensait que plonger directement son fils dans le grand bain ferait de lui le plus gros requin de l'océan. Dean aimait son entreprise, Dean était un inventeur, Dean voulait que son fils soit meilleur que lui, Dean voulait un homme fort capable de plier des conseils d’administration, Dean voulait un génie qui révolutionnerait le monde. Dean n'aimait pas la politique, Dean n'a jamais pu supporter les choix de carrière de son heir.
Wanda Hellworth voulait un fils pour marcher à ses côtés.
Wanda Hellworth ne croyait pas en l'amour ni en l'attachement. Wanda avait toujours un temps d'avance sur le monde, Wanda était une femme de pouvoir et d'image. Wanda pensait qu'en prenant un jeune homme plein d’ambition sous son aile, elle offrirait au monde un duo de politique inoubliable et irremplaçable. Wanda pensait qu'en dessinant le parcours de son poulain, elle ferait de lui le plus loyal de ses pairs. Wanda aimait Wolfgang, Wanda était une oratrice brillante, Wanda voulait que son 'fils' soit à ses côtés, Wanda voulait d'un homme fort capable de faire plier ses adversaires, Wanda voulait un diplomate avec qui elle changerait le monde. Wanda aimait la politique, Wanda ne s'était pourtant jamais imaginer que ce fils la préférait à elle.

À eux deux, ils forgèrent ce bâtard mi-loup mi-requin, quand Dean martelait des chiffres dans son esprit, Wanda lui chuchotait des apophtegmes. Un hybride mi-ingénieur mi-orateur, créé à l'image de ses figures parentales qu'il ne saura jamais égalé.
Sans ses ''parents'' à décevoir, Wolfgang n'aurait rien été de plus qu'un playboy parmi tant d'autres.
Malheureusement, il devait à Wanda ce qu'il avait offert à son père.
Une trahison à la hauteur des espoirs qu'elle avait placée en lui.
Parce qu'il était excellent là-dedans Wolfgang.
Et ainsi, tous deux connurent déception et trahison à travers ce fils en qui ils avaient mis tous leurs espoirs.

C'est lorsque l'on a passé sa vie entière sous les caméras qu'on se rend compte à quel point il est difficile de les éviter. En particulier à notre époque où chaque homme, femme et enfant peut devenir reporter rien qu'à l'aide de leur smartphone. J'étais passé maître dans l'art de faire jouer les lentilles pour moi, je savais quel sourire pouvait plaire à quelle audience, je connaissais le langage corporel adapté à toutes les circonstances, je dominais le jeu des apparences.
Observer Wanda Hellworth toute votre vie et vous apprenez très vite à faire des caméras vos minions.
Elle avait fait de moi le roi du « smoke & mirror ».
Mon père en revanche m'avait appris à mépriser les caméras, Dean était un maître de la vie dans l'ombre, il l'a bien prouvé ces dernières années, une dernière leçon de papa et dieu qu'elle était utile là maintenant.
Cacher ses traces, disparaître, je n'avais jamais pensé que cela me serait utile. Et pourtant.
Mon avion personnel était du côté de Washington, mon hélicoptère parti faire un tour à New-York, quant à mes voitures labellisées Loewer1,2,3…etc la plupart se baladaient aux quatre coins des états unis ( à mon plus grand dam ) . Les différents pilotes avaient pour consigne de se faire flasher ça et là, histoire d'attirer l'attention des fouines qui me suivaient à la trace.
Brouiller les pistes, c'était fait.
Ensuite, il fallait se cacher là où on l'on n'irait pas vous chercher, parce que justement, c'est tellement gros.
Ma famille vivait à Boston depuis des générations, notre manoir familial trônait en banlieue et pourtant personne n'irait me chercher là-bas. Du moins pour les premiers jours. Nana était morte d'inquiétude, bien entendu. Elle savait ce que j'avais fait et ce que cela signifier.
Renier le conseil était une chose, prendre des mesures contre ce dernier en était une autre.
J'avais donné un coup de pied dans une fourmilière de fourmis bulldog, autrement dit, je venais de ramener mes chances de survivre à cette année à plus ou moins 0,5%.
Le pire dans tout ça ? Mes chances de réussite à renverser le conseil n'étaient pas si énormes. Je ne savais pas comment Washington réagirait à mes propositions, je sais que j'ai mes soutiens là-bas, je sais que je peux compter sur plusieurs sénateurs, mais seront-ils suffisants face au soutien que le conseil peut avoir ? D'après tes calculs, oui. Certes. Wolfgang. Tu fais le bon choix, tu le sais, c'est ce qu'il y a de mieux pour le futur des daemoniens, le conseil n'est qu'un boulet qui a profité d'un système pourri bien trop longtemps. Ils ne veulent pas le bien des daemoniens, ils veulent s'enrichir et fortifier leurs pouvoirs sur une population qu'ils ont eux-mêmes mis à part. Je le sais ça. Et tu vas le montrer à tout le monde, et tu sais comment les gens réagissent face à l'injustice. Je soupire tes chances de réussite sont plus grande que tu ne le penses. Et pourtant, il ne faut jamais se réjouir trop vite.

Si j'avais passé les premiers jours de ma cavale au manoir, j'avais vite pris le parti de naviguer entre les hôtels de la ville – toujours sous une fausse identité - . Puisqu'en plus d'être paranoïaque, j'étais un tantinet sentimental, et si on venait me cueillir un petit matin, je ne voulais pas que Nana soit blessée même si je reste persuadé qu'elle leur aurait botté le cul à tous. C'est une vieille dame de 70 ans. Wanda est une vieille dame de presque 70 ans, et pourtant, elle te terrorise. Pardon ? Wanda ne m'a jamais terrorisé. Alors pourquoi ne l'appelles-tu pas ? tu sais très bien pourquoi Cheshire. Wolfgang, plus tu l'évites, plus votre confrontation va virer au massacre. Elle ne comprendrait pas. tu crois ? Wolfgang, cette femme t'a aidé toute ta vie. Elle a toujours été là pour toi, tu lui dois au moins une explication. Pas maintenant, plus tard. Plus tard ? Comme quand tu auras détruit l’œuvre de sa vie ? Le conseil n'est pas l’œuvre de sa vie ! Ces salauds l'ont manipulée ! Ils lui font croire qu'elle a du pouvoir mais elle n'a rien ! Niet ! Nada ! Ils se font de l'argent sur son dos ! Elle- « ELLE A CRÉE MERKELEY AVEC EUX WOLFGANG. »

Je me tourne enfin vers le chat bleu au regard furibond qui pourtant s'adoucit quand il croise mes prunelles. « Elle sait ce qu'elle fait, ne la réduit à un pantin, elle a voulu tout cela. » « Mais elle- » « Mais elle quoi ? Wolfgang, elle n'est pas sénile, elle sait ce qu'elle fait, elle sait ce qu'elle veut, Wanda aurait pu les détruire avant même que l'idée ne vienne germer dans ta petite tête, si elle ne la pas fait, c'est qu'elle a ses raisons » Je baisse les yeux un temps « et rien de ce que tu pourras trouver ne la fera changer d'avis Wolf' » « Bien sûr que si, je n'ai juste pas encore trouvé ce qu'il faut. Une preuve qu'il l'utilise… Quelque chose pour lui faire ouvrir les yeux quitte à blesser son égo. » « et s'il n'y a pas d'égo à blesser, mais juste une vérité à accepter ? » Je secoue la tête. « Non. Elle n'est pas comme eux, elle n'a jamais été comme eux, elle ne sera jamais comme eux. » Le chat soupire, ce n'est pas ce soir qu'il arrivera à briser l'image de Wanda dans mon esprit.

Cette femme était mon modèle, mon inspiration, elle était tout ce que j'ai toujours rêvé d'être. Je sais qu'à l'heure qu'il est, elle devait me haïr, elle en a tous les droits. Je sais qu'elle est persuadée que le conseil est bon, moi-même je l'ai pensé pendant longtemps. Je sais aussi que ce n'est qu'une question de jours avant qu'elle me retrouve, et avant ce moment fatidique, je dois avoir cette preuve irréfutable que le conseil l'a bafoué, s'est joué d'elle comme il s'est joué de moi.

Perdu dans les archives que j'avais dérobées avant de fuir, c'est avec un geste mécanique que je réponds au téléphone de la chambre d’hôtel.

« Chambre 503, j'écoute. »
« Bonsoir, Wolfgang. »

Vous savez cette impression d'avaler une brique ? Je l’expérimente à ce moment même. Wanda. Je savais qu'elle me retrouverait avant tout le monde, je le savais. Cependant, je ne pensais pas qu'elle serait aussi rapide. Dix jours seulement. Je m'en donnais au moins douze. Ne jamais sous-estimer son adversaire, elle me l'avait tellement répété cette phrase. Wanda était un monstre d'intelligence et de ruse, pour ce que j'en sais, elle m'a peut-être suivi depuis le début et m'a fait croire à se semblant de liberté. Ma voix est plus hésitante que je le voudrais quand je lui réponds enfin.

« … Bonsoir Wanda. » Je continue à l'appeler par son prénom, comme si j'en avais encore le droit. Elle devait être folle de rage. Elle n'avait dit que deux mots et pourtant j'avais déjà l'impression d'avoir été jugé et mis à l'échafaud. Mon regard navigue jusqu'à Cheshire qui s'est rendu partiellement invisible pour aller visiter l'étage. Si elle savait que j'étais là, elle ne devait pas être très loin.
De mon côté, j'essaie de reprendre un peu de contenance même si je sais qu'elle ne peut pas me voir – ou le peut-elle ? Après tout, elle pourrait avoir des caméras cachées ici. - Mon dos se redresse, je bombe un peu le torse, garde le menton haut, ma voix reprend ses accents presque insolent compte tenu de la situation.

« Je dois t'avouer que je ne m'attendais pas à un appel de ta part... Ou du moins pas si tôt. » Plus de mensonge entre nous, pas besoin de faux-semblant. Ça ne ferait que la frustrer, je la respectais bien assez pour ne pas jouer de petit jeu idiot avec elle. « Que puis-je faire pour toi ? » Dis-je, aussi prévenant que possible.
Elle ne m'appelait pas pour prendre de mes nouvelles, j'allais devoir répondre de mes actes, et dire que je n'étais pas prêt était un euphémisme.

  
MessageDim 2 Aoû - 20:49
Groupe
avatar
Date d'inscription : 01/07/2015Nombre de messages : 116Nombre de RP : 32Âge réel : 22Copyright : MyselfAvatar daëmon :
Wanda E. HellworthNothing will be the same...
Trahison, Disgrâce


Boston ~ mi-mai 2015

- … Bonsoir Wanda.

Alors que cette voix si familière prononce son prénom, la main de la cadre se crispe sur le combiné et elle ferme les yeux, car l’entendre formulé ainsi par cet homme qu’elle a pourtant forgé de ses propres mains lui paraît désormais terriblement inapproprié, presque répugnant. Wolfgang a rapidement eu ce privilège de pouvoir l’appeler ainsi, comme si peu de gens le peuvent sans crainte – un de ces nombreux privilèges qu’il avait acquis du simple fait qu’il était lui, celui qu’elle avait toujours désiré, celui qu’elle avait façonné pour le faire devenir celui qu’il était désormais, ce politicien surdoué qui montrait chaque jour combien ses leçons avaient posté leurs fruits, cet allié inébranlable avec lequel elle ne pouvait que s’accorder de la manière la plus parfaite qui soit, du simple fait qu’elle l’avait elle-même formé depuis qu’il nourrissait ses grands rêves politiques sur les bancs de l’école, celui dont rien ne pourrait jamais entacher l’image…
Mis à part sa traîtrise.

Peut-être est-ce cela, celle boule de colère qui s’immisce dans le fond de sa gorge alors qu’elle redécouvre sa voix pour la première fois depuis dix jours. Wanda réalise que les derniers mots qu’elle avait entendus de lui depuis tout ce temps n’étaient que ces infamies relatées par les média, ces attaques acides jetées au Conseil, à son Conseil, et cette promesse terrible de faire tomber cette institution à laquelle il doit pourtant toute sa consécration. Wanda sent de la surprise et une certaine hésitation dans la voix de son poulain, une impression qu'elle savoure, car elle comprend qu’il n’a pas oublié qui elle est malgré tout ce qu’il a rejeté. Peut-être est-elle toujours ce guide qu’il suivait aveuglément autrefois ? Ou peut-être est-elle au moins encore un adversaire dont il est suffisamment lucide pour se méfier ? Elle ne peut nier l’espérer…

Un silence retombe pendant plusieurs secondes, lourd comme une mise en garde, alors que tous deux savent que la discussion qui s’engage dictera à elle seule toute la suite de leur histoire commune. Wanda attend, son cœur affolé tambourinant dans ses tempes. Des hommes, elle en a écrasés des centaines, plus ou moins connus, plus ou moins puissants, du simple stagiaire dont elle a ruiné la carrière au politicien expérimenté auquel elle a fait perdre tous ses soutiens les uns après les autres. Mais si sa vie l’a déjà menée à affronter un ancien allié, jamais encore elle n’a eu à se confronter à quelqu’un de si proche d’elle que Wolfgang Loewer. Peut-être parce qu'il n’existe personne d’aussi proche d’elle que ce fils prodigue qu’elle s’est elle-même créé, pas même sa propre fille... Au fond d’elle, Wanda sait qu’elle espère encore être capable de lui faire entendre raison, elle espère n’être là que pour lui donner cette occasion qu’il attend de lui faire part de tous ses regrets et de s’excuser, pour qu’elle puisse ensuite faire jouer ses relations et laver son honneur par un long travail d’influence, le faire rentrer avec elle à Merkeley, au sein de ce Conseil qui lui a tout donné, et retrouver cet équilibre qu’ils ont toujours si naturellement conservé pendant toutes ces années. Après tout, Wolfgang n’a jamais eu la bêtise de nier l’apport de celle qui a toujours été son mentor : malgré cette proximité évidente qui les liait l’un à l’autre, il était resté entre eux comme une estime précieuse, un respect sincère et inattaquable qui les faisait toujours se regarder avec une légère étincelle de fierté pour l’une, et de reconnaissance pour l’autre, une étincelle que la veuve craignait de voir perdue à jamais, à moins que cette retenue qu’elle perçoit ne soit que le résultat du souvenir de ce qu’elle demeure pour lui. Si seulement elle ne pouvait évoquer que cela…

Mais bientôt, la voix de Wolfgang lui revient, plus ferme, plus assurée, et la cadre du Conseil reconnaît bien là celui qu’elle a formé.

- Je dois t'avouer que je ne m'attendais pas à un appel de ta part... Ou du moins pas si tôt.

Cette remarque a le mérite d’être teintée de franchise, ce que Wanda apprécie malgré la réalité coupante qu’elle évoque. Il ne se jouera pas d’elle, pas plus qu’elle de lui. Tous deux se respectent certainement bien trop pour cela.

- Il semblerait que nous nous soyons tous deux sous-estimés ces derniers temps, ajoute-t-elle alors avec un certain regret.

Car Wanda en est convaincue : elle a sous-estimé celui qu’elle pensait pourtant connaître par cœur en le croyant incapable de jamais la trahir. Cette gifle en plein visage, elle n’aurait jamais dû la laisser l'atteindre. Et pourtant, aveuglée par cette affection débordante qu’elle ressentait pour lui, elle n’a su voir aucun signe, aucun doute en lui assez puissant pour le voir détruire tout ce qu’ils avaient construit ensemble pendant toutes ces années. Là a été sa plus grande erreur, celle qui la rend si faible en cet instant, alors qu’elle lutte pour ne rien laisser paraître face à celui auquel elle a appris à toujours dissimuler ses faiblesses. Et jamais il ne lui est arrivé de s’en vouloir à un tel point…

- Que puis-je faire pour toi ?

Baissant les yeux, Wanda réprime un soupire las. Ce que tu peux faire pour moi, Wolfgang ? Tout effacer. Tout oublier. Reprendre là où tout a basculé et redevenir celui que tu as toujours été, celui que tu aurais toujours dû être. Un retour en arrière, sans hésitation ni questionnement. Serait-ce dans tes cordes ? Non. Bien sûr que non. Alors, la veuve inspire douloureusement et s’efforce de retrouver une voix la plus ferme possible.

- Tu peux commencer par demander un chauffeur à la réception de ton hôtel.

L’ordre implicite que cette demande comporte est on ne peut plus clair, et Wanda ne doute pas un seul instant que Wolfgang le comprenne aussitôt. La politicienne n’a jamais été commune des affrontements par téléphone, encore bien moins avec un adversaire qu’elle respecte autant que lui. Malgré toute l’inquiétude qui accompagne les prémices de cette rencontre, la veuve ne dérogera pas à cette règle qu’elle s’est fixée toute sa vie et c’est donc avec une détermination implacable qu’elle achève sa réponse.

- Je t’attendrai au W Boston Hotel, au 100 Stuart Street. Présente-toi à l’accueil, les employés te guideront là où nous ne risquons pas d’être dérangés.

« Là où tout va se jouer » aurait-elle sans doute ajouté, si seulement elle avait eu le courage de le formuler plutôt que de le penser seulement, si la peur ne lui serrait pas tant la gorge à la simple idée que cette rencontre ne fasse qu’achever la déchirure qui ronge déjà leur relation depuis dix jours.

- Inutile d’ajouter que je suis venue seule.

Si Wanda n’avait voulu que le retrouver pour le livrer au Conseil, son cher poulain serait déjà menotté à l’arrière d’un fourgon avec le sang noyé dans l’anti-don depuis longtemps et cela, Wolfgang était bien assez intelligent pour le comprendre. Si elle était là, c’était pour qu’ils aient juste une fois l’occasion de se livrer l’un à l’autre sans être épiés par des yeux étrangers, pour qu’ils puissent retrouver le temps d’une seule soirée ce duo qu’ils formaient jusque là et pour que leur explication ne soit dictée que par une franchise pure, et non travestie par la présence d’une audience quelconque. Ce soir, il n’y aurait qu’elle et lui, Wanda Hellworth et Wolfgang Loewer, peut-être réunis ainsi pour la dernière fois.

- Ne me fais pas l’affront de me fuir, Wolfgang. C’est la dernière blessure que tu ne m’aies pas encore infligée.

Et après quelques secondes, la veuve raccroche. Un silence glacial retombe alors dans sa chambre, comme avant l’attaque d’un prédateur, et au milieu de ce calme factice, elle sent le regard lourd de Mogrim qui la fixe sans relâche. Alors que son cœur ralentit difficilement l’allure, elle met plusieurs secondes à trouver le courage de croiser les deux yeux rouges de son daemon et tous deux demeurent ainsi longuement, sans se transmettre la moindre pensée ou prononcer le moindre mot, car ils savent ce qui les attend. Ils savent où cette soirée les mène. Et aucun guerrier ne parle avant une bataille.

₪ ₪ ₪

Assise à l’extrémité de l’immense table de la salle de réunion qu’elle a réservée jusqu’au lendemain matin, Wanda mène à ses lèvres un verre de brandy qu’elle savoure comme un breuvage salvateur, la seule petite once de beauté qui lui reste, perdue de cette nuit noire. Dehors, les boulevards ne sont plus illuminés que par les hauts buildings de Boston depuis longtemps, et l’effervescence du jour a laissé place aux activités nocturnes dont les sons chantants résonnent dans les ruelles, toujours plus forts à mesure que l’heure avance. Les jambes croisées sous la table, la cadre attend dans la pénombre, si faiblement illuminée par les spots au plafond réglés à leur minimum que la pièce trouve davantage de lumière grâce aux immeubles adjacents qu’à ses propres luminaires. L’humeur de la veuve est trop sombre pour accepter l’éclat des plafonniers, et les prédateurs évoluent toujours mieux dans l’ombre. Attendant son heure, Mogrim est resté en retrait derrière elle, son corps blanc si aisément distinguable dans cet environnement trop sombre. C’est ainsi que Wanda aime l’avoir près d’elle, en protecteur, caché dans l’obscurité, alors qu’elle se nourrit de sa colère pour pallier à ses faiblesses. Et alors que des pas se font entendre dans le couloir, la veuve ne lève pas les yeux, profitant de cette dernière seconde qui la sépare du choc qu’elle s’apprête à affronter. Aujourd’hui tout se décide. Aujourd’hui tout se grave à jamais. Aujourd’hui, tout reprend son cours.
Ou tout s’arrête.
lumos maxima
  
MessageJeu 17 Sep - 23:55
Groupe
avatar
Date d'inscription : 04/07/2010Nombre de messages : 1538Nombre de RP : 186Âge réel : 25Copyright : Grimestone et Ronron <3Avatar daëmon : cheshire
Wolfgang M. LoewerADMIN-whatever
bad for the greater good


Trahison, Disgrâce


I'm sorry for everything I've done, from the second that I was born it seems I had a loaded gun and then I shot, shot, shot a hole through everything I loved. I shot, shot, shot a hole through every single thing that I loved
Wanda & Wolfgang

« Il semblerait que nous nous soyons tous deux sous-estimés ces derniers temps » avoue-t-elle .

Je retiens le soupir qui ne demande qu'à sortir de ma gorge. J'avais sous-estimé ses moyens et son efficacité, certes. Elle… Oh elle, elle n'avait rien sous-estimé, elle m'avait juste sur-estimé, comme beaucoup. Sans doute s'imaginait-elle que ma loyauté envers elle serait sans faille. Je devais tellement à cette femme, j'irais même jusqu'à dire que si je suis toujours vivant, c'est bien grâce à elle. Elle m'écoutait là où mon père me sceller les lèvres, m'avait récupéré dans tes états inimaginables et remis sur pied. Si je suis où je suis aujourd'hui, même, si je suis l'homme que je suis devenu, c'est bien grâce à elle.
Et voilà comme je la remercie.
Avec un bon gros poignard dans le dos.

« Tu peux commencer par demander un chauffeur à la réception de ton hôtel. »

Sa voix est ferme, mais pas autant qu'elle le voudrait. Elle a encore de l'espoir, ça se sent, ça se voit aussi. Si elle n'en avait plus à l'heure qu'il est, je ne serais probablement pas en état de discuter avec elle au téléphone. Je ne sais pas ce que le conseil réserve au traître, et je ne suis pas certain de vouloir satisfaire ma curiosité sur ce point. Le fait est que je devrais redoubler de vigilance si je sors de cette future confrontation en un seul morceau. – Parce que oui clairement, je vais me déplacer pour aller la voir - .

« Je t’attendrai au W Boston Hotel, au 100 Stuart Street. Présente-toi à l’accueil, les employés te guideront là où nous ne risquons pas d’être dérangés. » Je vois. Pas très loin d'ici. Normal. On ne fait pas attendre Wanda Hellworth. « Inutile d’ajouter que je suis venue seule. »

Je hoche la tête, comme si elle pouvait me voir. Je l'avais bien compris Wanda, et je devrais probablement la remercier pour cela. Enfin, c'était à la fois une bonne chose comme une très mauvaise. Comme dit plus haut, il lui reste de l'espoir, je vais la voir en face-à-face, j'vais prendre sa confiance et la détruire devant ses yeux. J'vais la briser en direct. J'vais pouvoir croiser son regard empli de déception. Déception dont je serais la seule cause.
Et il faudra que je vive avec ça.
Encore une personne trahie par le grand Wolfgang Maël Loewer.
Encore une qui a fait l'horrible erreur de poser tous ses espoirs sur moi.
N’apprendront-ils donc jamais ?
Wanda le sait pourtant, cette facilité que j'ai à détruire les gens autour de moi. Peut-être se pensait-elle immunisée parce que c'est elle qui m'a appris à ne jamais trop s'attacher ?
Est-ce ta dernière leçon Wanda ?
On ne peut même pas faire confiance à ceux pour qui on a tout donné ?
Ou est-ce que c'est moi qui te la donne celle-ci ?

« Ne me fais pas l’affront de me fuir, Wolfgang. C’est la dernière blessure que tu ne m’aies pas encore infligée. »

J'souris. Désabusé.
Non Wanda, la dernière blessure, t'y aura droit en face-à-face.

Elle raccroche. Je laisse un long soupir sortir de mes lèvres, la tension redescend aussi bien dans mon corps que dans la pièce. Cheshire est revenu, il semble inquiet. J'étais déjà tout retourné rien que par cette conversation, je n'ose même pas imaginer ce que ça va donner quand je vais la voir.
Le petit garçon en moi n'a envie que d'une chose, aller s'excuser auprès d'elle, s'accrocher à ses jupons et la supplier de le pardonner.
L'ado' a surtout envie de la confronter, de lui demander si elle savait pour le conseil, et si oui pourquoi elle n'a rien fait, pourquoi elle prétendait en avoir quelque chose à foutre quand elle ne pensait qu'à sa gueule !
Quant à l'homme, l'homme, il aimerait juste pouvoir discuter calmement de nos différends, s'excuser s'il s'avère qu'il a heurté sa sensibilité plus que de raison, et par-dessus tout, il aimerait pouvoir la guider loin du conseil. Loin de cette aura toxique, loin de ces gens qui prétendent vouloir le mieux pour elle quand, au fond, ils ne font que l'utiliser comme ils l'ont utiliser lui.

Cheshire vient ronronner près de mon oreille, il sait le point où Wanda peut être importante pour moi. Il sait comme cette situation me met mal à l'aise, mais quand il faut y aller, il faut y aller. Le chauffeur est appelé. Comme elle dit, je lui dois bien ça.
J'me lève et passe quand même prendre une très brève douche avant de m'habiller d'un simple costume Tom Ford bleu nuit ( pas noir, je ne veux pas nous enterrer si vite ), une chemise Eton bleu ciel et une cravate marine Hermès. Mes richelieus Emling sont noirs tout comme ma ceinture. Je ne fais aucune faute de goût, et j'enfile même cette montre Breitling qu'elle m'avait offerte à ma remise de diplôme.
J'étais bon pour partir.
Je descends quand le chauffeur arrive, impossible de partir en courant maintenant.
Un soupir.
Et on y va.

Le W Boston Hotel ne m'a jamais semblé plus impressionnant que là maintenant. J'ai l'habitude d'y séjourner – j'y ai même passé une nuit la semaine dernière – mais là … Là, il me paraît terrifiant. Comme l'a pu être le manoir Loewer quand mon cher père était présent. J'ai la même boule au ventre que j'avais ado. C'est désagréable.
Wanda ne m'a jamais fait ressentir ce genre de chose, au contraire, c'était l'anti-Dean. J'adorais passer du temps avec elle, je savais que je pouvais aller la rejoindre sans risque de me faire hurler dessus à cause des mauvais chiffres de la Loewer ou du fait que je visais Syracuse, Stanford ou Harvard plutôt que le MIT.
On s'est toujours compris tous les deux, elle m'a toujours soutenu et pourtant… Voilà nous en sommes aujourd'hui.
J'passe l’accueil, on me reconnaît, me donne l'étage et le numéro de la salle. Elle n'a pas fait les choses à moitié.
Je prends l’escalier plutôt que l’ascenseur pour retarder encore un peu ce moment. C'est dans ce genre d'instant que je regrette ma prise de position. Tout serait tellement plus simple si j'étais resté aveugle. La salle de réunion apparaît bien trop vite à mon goût. J'reste une bonne dizaine de seconde planté devant la porte avant de tourner la poignée, le temps de me remettra d’aplomb. Parce qu'un politique ça montre jamais ses faiblesses.

La pénombre donne à cette pièce un côté intimiste malgré la grandeur du lieu. Mon regard est directement attiré par la femme assise de l'autre côté de l'immense table. J'ai la gorge qui s’assèche. D'ici déjà, je peux voir qu'elle n'est pas au mieux de sa forme. Cheshire flotte derrière moi. Il va vite se planquer dans un coin de la pièce, Mogrim l'a toujours terrorisé
Je ne fais aucun commentaire là-dessus et laisse mes pas me porter.
Dire que Wanda n'était pas au mieux de sa forme était un euphémisme. Même quand je la surprenais chez elle à deux heures du matin, elle n'avait pas l'air si éreinté et puis ce verre de Brandy là devant elle ..
Le conseil avait dû lui en faire voir de toutes les couleurs depuis ma ''trahison''. C'était elle qui avait parlé pour moi après tout. Manquerait plus qu'ils aient osé lui faire du mal. J'irais à Merkeley dans le premier avion pour les défoncer si c'était le cas.

Sans que je me rende vraiment compte, je finis par arriver à quelques centimètres d'elle, mon regard se pose sur Mogrim et je décide de m'asseoir du côté où il n'est pas, juste à côté de celle que je considérais, et considère encore, comme ma mère.
Je n'ai pas vraiment réfléchi à une façon d'entamer la discussion et pourtant, j'me jette directement dans le grand bain. La franchise, c'est ce qui fonctionnera le mieux avec elle de toute façon. Ma voix est posée, pas froide même un peu chaude, faut dire qu'il est difficile de contrôler son timbre quand on discute avec la personne à laquelle on a eu l'habitude de se confier.

« Tu te souviens, la première fois qu'on s'est croisé. Parce que moi oui, tu as été la première personne de mon entourage à m'écouter, la première à croire en moi et à m'encourager. Je n'oublierais jamais que si je suis là, c'est entièrement grâce à toi. » Toujours bon de le rappeler, je n'étais pas aussi ingrat qu'on peut le penser. « Maintenant, tu te souviens de Dean » Pas ''mon père'' non, je le considère à peine en tant que tel. « Tu te souviens de cette influence qu'il avait sur moi. Influence qui faisait que, en sa présence, je me taisais. » Parce qu'il devait avoir le spotlight, personne ne devait lui faire de l'ombre, pas même son propre fils. « Tu vas probablement me dire d'aller me faire voir, mais j'aimerais te rendre cette chance que tu m'as donnée et enlever de ta vie le parasite qu'est le conseil. Tu vaux tellement mieux que ça Wanda. »

Mon regard s'encre dans le sien pour la première fois de la soirée. C'est fou, et très con ''d'attaquer'' comme cela, mais je me devais de mettre les conventions à la poubelle. Pour elle.
Elle qui allait probablement me rire au nez, ou me mettre une gifle, je suis à la distance de sa main. Dans le pire des cas, j'en ai l'habitude. Au fond de moi, j'espère, je prie même, pour qu'elle m'écoute et qu'elle croit en moi comme elle l'a toujours fait jusque-là.
Seulement, je n'ai rien de plus que des paroles pour la convaincre là, maintenant, tout de suite.
Et je doute que cela soit suffisant.

  
MessageMar 10 Nov - 23:29
Groupe
avatar
Date d'inscription : 01/07/2015Nombre de messages : 116Nombre de RP : 32Âge réel : 22Copyright : MyselfAvatar daëmon :
Wanda E. HellworthNothing will be the same...
Trahison, Disgrâce


Boston ~ mi-mai 2015

La chaleur de l'alcool irradie son corps alors que son regard se noie dans la couleur brune de la liqueur qui tourne lentement dans son verre. Son regard fatigué se reflétant dans la transparence de la vitre teintée de la table, Wanda écoute les battements lancinants de son cœur et le souffle grave de son daemon derrière elle, dont l'immobilité ferait presque croire à un simple monstre empaillé. Mais la créature est bien vivante, et son désir de vengeance brûle si fort qu'il en consumerait son humaine si l'identité du traître ne la déchirait pas toute entière. Comment oublier ainsi vingt-cinq ans de loyauté sans faille, d'admiration sans borne et d'amour sans tâche ? Mogrim l'avait prévenue de ne jamais s'attacher. Lui-même y parvenait avec une facilité déconcertante. Mais est-ce le fait d'être née femme qui l'empêche ainsi de suivre absolument les conseils de son âme ?

Dehors, la rue paraît si vivante comparée à cette pièce où ne règne qu’un silence implacable. Mais dans l’esprit de Wanda, c’est un cri incessant qui résonne, un cri de douleur, de colère  et de rage face à cette situation où elle n’a aucun contrôle. Toute sa vie n’a pourtant été qu’une application minutieuse à toujours contrôler les variables pour prévoir toutes les éventualités. Telle a été sa seule erreur : ne pas considérer Wolfgang comme une variable, lui qui semblait ne pouvoir suivre qu’une ligne toute tracée, celle qu’elle lui avait tracée. Alors que la souffrance prend progressivement le pas sur sa déception, elle sent Mogrim gronder derrière elle, ce qui lui fait reposer son verre sur la table. Ne pas ployer devant la douleur. Il ne la laissera pas faire. La colère est la seule arme qu’il lui reste, il ne la laissera pas se faire noyer par le chagrin. Son aveuglement leur a déjà coûté trop cher. La poitrine de la cadre se soulève en tremblant avant de laisser échapper un profond soupir, le dernier qu’elle pourra se permettre, car déjà, des pas se font entendre dans le couloir et elle ne doute pas une seconde de qui s’apprête à entrer dans la pièce.
 
Lentement, Wanda ferme les yeux, et compte les secondes qu’il lui reste. Le silence se fait soudain lourd comme une menace. Elle reconnaît là la patience de celui qu’elle a formé : prendre le temps d’être maître de soi, de réfléchir à son entrée, d’enterrer ses émotions, de choisir ses premier mots et d’éliminer les tremblements de sa voix. Alors que la porte s’ouvre enfin, la veuve se demande si son poulain réussira, car pour elle, nul doute que malgré toute son expérience, tout le temps du monde ne parviendrait pas à lui faire vaincre tous ces démons qui l’assaillent. Peut-être cette pénombre dans laquelle elle s’est enfermée n’est en réalité que la seule chance qu’il lui reste de dissimuler les fissures de son masque…
 
Wolfgang se rapproche. Son pas n’est pas hésitant. Elle sourit, mais ne lève pas les yeux. Elle n’a pas la force de le regarder. Elle craint tout ce que son regard pourrait traduire, cette colère farouche qui la déchire tant elle aimerait ne jamais avoir eu à la sentir. Alors qu’il arrive à sa hauteur, son sourire se fane, car la réalité de leur situation la rattrape. Rien n’a le droit de l’attendrir ce soir, pas même la fierté. Lorsque qu’il s’assied, c’est donc un visage de glace qui s’offre à Wolfgang, toujours privé du regard de la dame au crocodile. Mais lorsque sa voix se met à vibrer près d’elle, Wanda peine à lutter contre les sensations qui lui tiraillent le ventre.
 
- Tu te souviens, la première fois qu'on s'est croisé. 
 
Elle ferme les yeux. Ne joue pas sur cette corde, Wolfgang, s’il-te-plaît.
Toujours allongé près du mur, Mogrim demeure impassible. Mais Wanda sent qu’il cesse de fixer avec amusement la silhouette du chat parti de camoufler dans un coin pour tenter s’échapper à ses deux pupilles rouges. Son regard n’est désormais orienté plus que vers le daemonien qui fait face à sa Wanda, et ses iris se font brûlantes, comme s’il se trouvait en face du pire scélérat.
 
- Parce que moi oui, tu as été la première personne de mon entourage à m'écouter, la première à croire en moi et à m'encourager. Je n'oublierais jamais que si je suis là, c'est entièrement grâce à toi. 
 
Comme il est aimable de t’en souvenir… Wanda retient de pouffer d’amertume.
 
- Maintenant, tu te souviens de Dean.
 
Cette fois, elle fronce les sourcils.
 
- Tu te souviens de cette influence qu'il avait sur moi. Influence qui faisait que, en sa présence, je me taisais. Tu vas probablement me dire d'aller me faire voir, mais j'aimerais te rendre cette chance que tu m'as donnée et enlever de ta vie le parasite qu'est le conseil. Tu vaux tellement mieux que ça Wanda. 
 
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle trouve la force de croiser son regard, et son expression se fait plus dure et intransigeante qu’elle n’aurait jamais pu l’espérer. Elle a reconnu le respect de Wolfgang qui lui a au moins épargné une rhétorique sénatoriale infecte et un parler de politicien qu’elle connaît bien assez pour ne plus avoir à le subir en sa présence. Tous deux savent combien l’autre en maîtrise les ficelles et dans la joute qui s’annonce, leurs failles ne se trouveront pas dans les pièges de la langue. Cette sincérité qui transparaît dans ses paroles ne rend pourtant pas moins coupantes les attaques qui l’accompagnent et seul ce respect mutuel demeuré intact empêche la cadre de laisser de suite éclater sa colère.
 
Elle le regarde ainsi longuement, cherchant la moindre hésitation dans ses yeux, la moindre faille dans ses certitudes qu’elle pourrait exploiter pour lui faire entendre raison, pour démonter sa réflexion viciée pierre par pierre et le faire rentrer avec elle dans le droit chemin, celui qu'ils s'étaient tracé et qui passe désormais par cette remarquable institution que le jeune Loewer a honteusement fragilisée. Mais ce n'est qu'une détermination farouche qui s'offre à elle, et une conviction que même les arguments les plus puissants ne sembleraient pas capables d'ébranler. Au fond d'elle, elle sait déjà qu'elle a perdu : cette soirée ne sera pas celle d'un échange forcené d'arguments pour le faire revenir à elle. Ils ne sont ici que pour s'expliquer pourquoi leurs chemins se séparent, ici et maintenant.

- Sais-tu combien cela fait mal, Wolfgang ?

Les mots sont sortis de sa bouche sans être réfléchis, pesés, étudiés... Seulement parce qu'ils étaient là et qu'elle a eu besoin de se libérer de leur poids. Au diable la stratégie ! Le cœur parle d'abord.

- De se voir ainsi trahi par celui en qui on croyait le plus sans que celui-ci n'ait pris la peine de venir une seule fois confier ses doutes ?

Car telle est certainement sa pire blessure : le silence qui a précédé le coup. Tout deux jouissaient d'une relation de confiance incomparable depuis plus de vingt ans. Et après toutes ces années à se suivre et se soutenir, il ne lui avait pas confié ses craintes, ses doutes ou ses intentions une seule fois. Elle devait être son alliée la plus précieuse, celle à qui il disait tout depuis le début, et avait été reléguée au simple statut d'observatrice avec une telle violence que les mots de Wolfgang restent encore gravés dans sa mémoire, comme imprimés au fer rouge. « - J’ai prévu de faire tomber le Conseil et toute la politique qui les entoure … une refonte totale de la façon dont Merkeley est gérée … J’ai fait une erreur … J’regrette d’avoir fait confiance à ces gens dont j’connais même pas le nom… on fonce droit dans le mur.   » Wanda ne quitte pas son regard, elle veut qu'il observe les dégâts de sa folie dans le blanc de ses yeux, dans le creux de ses traits, dans la noirceur de ses cernes. Qu'il réalise qu'avant d'avoir blessé le Conseil, c'est elle qu'il a blessé la première.

- Qu'as-tu pensé lorsque tu as terminé ton annonce ? Comment se sent-on après avoir trahi tous ceux qui se sont battus pour nous ?

As-tu pensé à moi, Wolfgang, une seule fois?
Peu à peu, la colère monte en elle, ce qui convainc Mogrim de rester en arrière pour le moment. Cette haine, c'est tout ce qu'il désire voir envahir cette pièce, et la voix de Wanda se fait plus forte alors qu'elle en arrive au cœur de leurs différends.

- Ce Conseil, c'est tout ce qu'il me reste... lance-t-elle malgré ce tremblement dans la voix qu'elle ne parvient pas à contrôler. J'ai tout abandonné pour lui. C'est mon œuvre. L’œuvre de ma vie.

Pendant une seconde, l'image du fondateur du Conseil se forme dans sa tête, puis elle le revoit vingt ans plus tôt dans le bar de ce luxueux hôtel de Vancouver. Elle lui doit le sens qu'a pris sa vie depuis la mort de Dan, ce projet fou qui lui a permis de garder toute la vigueur dont elle fait preuve aujourd'hui, cet idéal qui lui sert de moteur depuis sa conception jusqu'à sa mise en œuvre et les efforts qu'elle déploie désormais pour son maintien. Une institution aussi longuement pensée par des hommes d'une telle qualité ne peut être mauvaise. Elle se refuse à y croire.

- Te rends-tu compte de tout ce qu'il a permis ? De toutes les promesses qu'il peut encore tenir ? Le Conseil est le salut de notre nature en ce monde, la seule institution à notre mesure. As-tu oublié pourquoi tu m'as demandé de t'y faire entrer ? Tu as su cette vérité autrefois.

Ses yeux plongent dans les siens alors qu'elle attend des réponses, tant de réponses...

- Pourquoi m'as-tu fait cela... ?
lumos maxima
  
MessageVen 29 Avr - 13:34
Groupe
avatar
Date d'inscription : 04/07/2010Nombre de messages : 1538Nombre de RP : 186Âge réel : 25Copyright : Grimestone et Ronron <3Avatar daëmon : cheshire
Wolfgang M. LoewerADMIN-whatever
bad for the greater good

Trahison, Disgrâce

“As they spoke, the only thing I could think about was that scene from Julius Caesar where Brutus stabs him in the back. Et tu, Wolfgang?”
Wanda & Wolfgang



Fût un temps où je me serais écrasé face au regard de la veuve. Où j’aurais tout simplement baissé les yeux face au sermon qui m’attendait. Un temps où l’admiration pour la femme au crocodile m’aveuglait tellement que je ne pensais même pas à la contredire. Aujourd’hui, tout était différant. Aujourd’hui, je me faisais à la fois juge et avocat de l’Américaine. Aujourd’hui, je soutenais son regard avec une détermination sans faille. Aujourd’hui, ni elle, ni moi n’étions en position de forces.
Pour la première fois depuis notre rencontre, j’aime penser que ce futur échange et se fera d’égal à égal.
« Sais-tu combien cela fait mal, Wolfgang ? »
Je déglutis, bien malgré moi, cette question rhétorique, je ne l’attendais pas aussi tôt. J’ai été stupide de croire que je pourrais rester de marbre, toute la préparation du monde est inutile face à ce genre de mot, ce genre de regard.
« De se voir ainsi trahi par celui en qui on croyait le plus sans que celui-ci n'ait pris la peine de venir une seule fois confier ses doutes ? »
Une seule fois… Si son regard ne me clouait pas sur place, j’aurais probablement détruit cette accusation. Tous ses cris dans son bureau, toutes ses vagues aux réunions. N’était-ce pas des avertissements suffisant ? Elle qui prétend me connaître mieux que n’importe qui, elle devrait savoir que dès lors où une situation me déplaît, je trouverais un moyen de la changer. Ne lui avais-je pas déjà dit ? Que ce que faisait le conseil me rendait fou ? Ne l’avait-elle pas vu dans mon attitude que je n’étais plus le cadre docile du début ? A-t-elle seulement réellement regardé dans ma direction ses derniers mois ? A-t-elle seulement vu les doutes qui m’assaillaient ? Le dégoût avec lequel je faisais mon job ? Les kilos que j’ai perdus ? Les cheveux gris qui sont déjà présents sur mon crâne ? Mon visage qui paraît avoir 15 ans de plus ? Et elle ose me dire que je ne lui ai rien confié. Fut un temps, un seul de ses signes lui aurait fait entrer en furie chez mon père pour lui demander des explications. T’as mal depuis 10 jours Wanda, depuis cette « trahison », ça fait des mois que j’crève à petit feu.
« Qu'as-tu pensé lorsque tu as terminé ton annonce ? Comment se sent-on après avoir trahi tous ceux qui se sont battus pour nous ? »
Si je te dis que j'me suis senti libéré d'un poids, comment tu réagirais Wanda ? Tu leur donnes beaucoup plus d'importance qu'ils n'en ont réellement. Du moins à mes yeux. Ces types ne se sont jamais battus pour moi, bien au contraire. À ce que je sache quand ils se baladent dans la rue y'a personne pour les regarder avec un air haineux, personne pour citer leurs noms quand on parle de « salaud du conseil », personne pour leur coller le blâme au dos quand un problème survient. Et elle ose me dire qu'ils se sont battus pour moi.
« Ce Conseil, c'est tout ce qu'il me reste... » C'est faux. Tellement faux. « J'ai tout abandonné pour lui. C'est mon œuvre. L'œuvre de ma vie. » Et quelle œuvre. Je ne peux retenir un soupir pour le coup. Elle est tellement persuadée de ses mots. Le conseil lui a tout retiré. Il a tout fait pour être la ‘'dernière'' chose qu'il lui reste. Elle vaut tellement mieux que ça.
« Te rends-tu comptes de tout ce qu'il a permis ? » Oui. « De toutes les promesses qu'il peut encore tenir ? » Oui. « Le Conseil est le salut de notre nature en ce monde, la seule institution à notre mesure. » Non. « As-tu oublié pourquoi tu m'as demandé de t'y faire entrer ? » Non. « Tu as su cette vérité autrefois. » La vérité, c’est tellement loin d’être immuable.
« Pourquoi m'as-tu fait cela... ? »
À nouveau, je déglutis, ma réponse à cette question va tout conditionner. De la fin de notre échange à la suite – ou fin - de notre relation. Tout. Je laisse le silence planer. Trois solutions s’offrent à moi. La vérité, la rédemption et l’attaque. Je sais qu’elle rêve de rédemption et dieu sait que j’aimerais lui donner ce plaisir. Arrêter tout pour revenir avec elle, lui dire que je suis désolé et que ça ne se reproduira jamais. La supplier de me reprendre parmi les siens, de m’offrir une seconde chance. La vérité ? Pourquoi ? Lui faire encore plus mal ? Lui dire, désolé Wanda, je l’ai fait pour éviter d’avoir à me tirer une balle dans le crâne d’ici à 6 mois. Alors reste l’attaque, enlever la muselière qu’elle a bien trop souvent serrée autour de mes cordes vocales, lui faire comprendre que tout ce qu’elle pourra dire ou faire dans les secondes à venir ne servira qu’à exciter l’animal avide de sang que je représente. La faire me détester pour que la rupture soit moins douloureuse.
Oui, je lui dois bien ça.
La seconde qui suit, j'applique tout ce qu'elle m'a toujours appris, ne plus voir la personne en face de soi comme un être humain à part entière, ne pas penser à l'entité pleine de sentiment, ne surtout pas imaginer être face à un membre de sa propre espèce. À la place, on imagine une cible, un insecte, un organisme anonyme qu'il est possible d'écraser sous le talon de sa chaussure. Mon attitude change au fil de ce process qu'elle sait irréversible, j'ai toujours été extrêmement doué pour mettre mes sentiments à la porte y compris et surtout en ce qui concerne ma famille. Le fait que je suive un traitement au lithium aide pas mal aussi dans ce genre de situation. Elle n'est plus Wanda, la femme qui m'a élevé, que j'admire et face à laquelle je donnerais tout. Elle devient Mrs Hellworth, une femme crocodile dont la seule ambition est d'être transformée en sac à main. Je ne la vois plus comme humaine, si sur mon visage très peu de traits ont changé ce sont mes yeux qui trahissent le fil de ma pensée. D'inquiet et plein d'espoir, il passe au froid sibérien des plaines de Russie. La machine trop bien huilée fonctionne à merveille quand ma voix dure et sourde vient troubler le silence.
« Te confier mes doutes ? Wanda, si tu n’as pas su ouvrir les yeux sur ce qui se passait sous ton nez, je n’y suis pour rien. Toi qui prétends me connaître, qui prétends s’être battu pour moi, tu n’as pas été fichu de voir que dès lors où cette organisation avait franchi la ligne rouge, j’étais devenu un électron libre. »
Et quel électron. Si tu avais su desceller plus tôt mes doutes Wanda, peut être aurais-tu pu éviter tout cela, peut être m’aurais-tu fait assassiner aussi, tant qu’il en était encore temps. Ça aurait été tellement facile, ce n’est pas comme si la liste de mes ennemies tenait uniquement sur les doigts d’une main.
« Ne me reproche pas ton manque de discernement. N’es-tu pas celle qui me répétait toujours que le langage corporel était la plus importante des langues ? Ou peut-être t’es-tu juste reposé sur tes lauriers en t’imaginant que ma loyauté envers toi me forcerait à rester à cette place que j’abhorre. »
Je n'ai pas un mot plus haut que l'autre, pourtant, je crache mon venin comme je ne l'ai jamais fait en sa présence. Le peu de fois où j'ai été en conflit contre elle, j'étais tout sauf au contrôle de mon propre corps et de mes sentiments, j'étais tout au mieux un gamin, au pire un politicien au bord de la crise de nerfs. Aujourd'hui tout était différant. Aujourd'hui, j'étais cet homme qu'elle avait élevé pour devenir une pointure en politique, cet homme qui applique chacun de ces si précieux conseils. S'était-elle un jour imaginer que je prendrais un tel soin à les utiliser contre elle ?
« Maintenant, tu vas m'écouter attentivement, parce que je veux que tu saches ce qui va se passer si tu ne sors pas de cette institution au plus tôt. Elle va tomber, dans le calme ou dans le sang. » Comme s'il y avait une solution pacifique, on sait très bien tous les deux que le sang coulera. « Dans les deux cas, ta carrière sera terminée. Tu ne deviendras rien de plus qu'une des nombreuses ombres laissées derrière le trio dont personne ne se souviendra. » Et rien ne changera ça. Qu'importe le temps qui passe, tu seras toujours Wanda Hellworth, cette femme qui a choisi le pire camp possible au moment où le monde changeait. N'oublie jamais que ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire Wanda.
Je me redresse pour ma dernière phrase, essayant de me faire plus imposant que je ne le suis, mon regard s'ancre dans le sien. Ma voix, lourde de menace, sonne comme un glas.
« Je veux que tu saches Wanda, qu'importe notre passé, je ne changerais pas d'avis. Je mènerais une action contre le conseil et ne t'imagine pas une seule seconde que je serais aussi désorganisé que ces imbéciles de rebelle. »
Même Cheshire a les poils qui se redressent un peu. Cette détermination, elle n’était bonne pour personne.


  
MessageLun 13 Juin - 13:48
Groupe
avatar
Date d'inscription : 01/07/2015Nombre de messages : 116Nombre de RP : 32Âge réel : 22Copyright : MyselfAvatar daëmon :
Wanda E. HellworthNothing will be the same...
Trahison, Disgrâce


Boston ~ mi-mai 2015

Fut un temps où elle se serait attendrie face au regard de son poulain. Où elle aurait tout simplement souri face à ses airs d’enfant égaré et ses erreurs de débutant. Un temps où son admiration pour ce politicien surdoué l’aveuglait tellement qu’elle ne pensait même pas à le blesser, même dans son orgueil. Aujourd’hui, tout est différent. Aujourd’hui, elle se fait à la fois mère et bourreau de l’Américain. Aujourd’hui, elle soutient son regard avec une colère sans faille. Aujourd’hui, ni lui, ni elle ne sont en position de force.

₪ ₪ ₪

Alors que ses questions se succèdent, dures et pressantes, la veuve sent Wolfgang se raidir, son armure se fêler à plusieurs reprises. Elle a espéré cette réaction, a prié pour qu’elle ait lieu, car si lui rappeler le temps de leur accord parfait le bouleversait encore, cela signifiait qu’il n’avait pas tout renié, qu’elle avait encore un semblant d'importance pour lui. Elle sent aussi qu’il voudrait la couper plusieurs fois, contrer ses reproches à la racine, l’empêcher de suivre son cheminement qu’il ne peut admettre. Mais il se retient, la laisse déverser ses regrets, sa douleur, qu’elle ne contrôle plus depuis longtemps. Elle voudrait être capable d’appliquer elle-même tous les conseils qu’elle lui a répétés des centaines de fois par le passé, savoir dissimuler toutes ces émotions qui l’empêchent d’être maîtresse d’elle-même. Mais si elle a déjà affronté nombre d’adversaires par le passé, jamais encore elle n’a eu à faire face à quelqu’un qui s’est fait une place dans son coeur. Elle s’était tant protégée de cette situation, poussée par son daemon qui craignait tant pour elle une déchirure comme aujourd’hui. Mais tous ses efforts n’ont finalement pas empêché cette terrible confrontation.

Lorsque sa dernière question est murmurée entre ses lèvres, tremblante de colère et d’appréhension, elle sait que les réponses ne tarderont par à venir et à tracer une fois pour toutes les lignes directrices de leur relation à venir. Elle veut le voir baisser les yeux. Elle veut le voir abandonner cette folie, revenir vers elle, oublier cet écart et rentrer à ses côtés. Elle pourra le protéger du courroux du trio dirigeant. Elle pourra lui sauver encore. Elle le pourra encore. Mais pas plus longtemps. Si Wolfgang refuse d’entendre raison aujourd’hui, tous deux ne pourront plus revenir en arrière.

Alors, la voix du jeune loup se remet à gronder.

- Te confier mes doutes ? Wanda, si tu n’as pas su ouvrir les yeux sur ce qui se passait sous ton nez, je n’y suis pour rien.

Les paupières de la veuve se referment. Tout est fini.

- Toi qui prétends me connaître, qui prétends s’être battue pour moi, tu n’as pas été fichue de voir que dès lors où cette organisation avait franchi la ligne rouge, j’étais devenu un électron libre.

La pique lui transperce le coeur, bloquant tous ses mots dans sa gorge et laissant le champ libre à la hargne de son poulain.

- Ne me reproche pas ton manque de discernement. N’es-tu pas celle qui me répétait toujours que le langage corporel était la plus importante des langues ? Ou peut-être t’es-tu juste reposée sur tes lauriers en t’imaginant que ma loyauté envers toi me forcerait à rester à cette place que j’abhorre.

Nouvelle griffe et nouveau coup de maître. Cet aveuglement, Wanda ne peut le nier, et Mogrim le lui a rappelé des dizaines de fois depuis l’annonce publique de Wolfgang. Il entame son estime d’elle-même autant qu’il la rassure sur sa capacité à aimer. Mais alors que c’est son fils qui vient lui claquer ce reproche à la figure, c’est la honte qui l’envahit en premier, la honte de ne pas avoir su appliquer ses propres principes. Il semblerait que contrairement à elle, son poulain n’ait pas eu cette faiblesse.

- Maintenant, tu vas m'écouter attentivement, parce que je veux que tu saches ce qui va se passer si tu ne sors pas de cette institution au plus tôt. Elle va tomber, dans le calme ou dans le sang.

C’est dans la colère de Mogrim que Wanda trouve la force de replonger son regard dans celui de son fils, un regard résolument décidé à ne plus retomber dans les mêmes pièges. Sa paralysie comme sa passivité sont terminées désormais. Elle refuse de s’incliner face à celui qu’elle a formé.

- Dans les deux cas, ta carrière sera terminée. Tu ne deviendras rien de plus qu'une des nombreuses ombres laissées derrière le trio dont personne ne se souviendra. Je veux que tu saches Wanda, qu'importe notre passé, je ne changerai pas d'avis. Je mènerai une action contre le conseil et ne t'imagine pas une seule seconde que je serai aussi désorganisé que ces imbéciles de rebelle.

Coup de grâce ? Les chose auraient été tellement plus simples… Mais la cadre parade et se redresse, son regard toujours aussi dur. Derrière elle, elle sent Mogrim qui s’anime, s’avançant vers eux par des gestes lents qui font glisser ses écailles et crisser ses griffes sur le carrelage. Elle ne peut plus le décevoir. Son incapacité à voir la traîtrise de son poulain leur a déjà coûté trop cher.

- Oui, finit-elle par dire d’une voix grave. Oui, j’ai été aveugle de croire que tu me suivrais toujours, aveugle de croire que tu me ferais confiance, même dans les moments difficiles où chaque solution que l’on apporte semble avoir un prix que l’on n’est pas prêt à payer.

Son poing se serre sous la table alors que Mogrim continue d’approcher.

- Mais c’est cela, la politique ! Voilà ce que c’est, changer les choses, avoir la force de ses ambitions, bouleverser l’équilibre du monde, ce que tu as toujours voulu !

Sa voix s’emballe malgré elle, de plus en plus forte à mesure que les mots s’enchaînent.

- Je t’ai tout donné ! Tout ce que tu voulais ! Cette place, tu l’as désirée autant que moi ! Et maintenant que les choses ne sont plus aussi simples qu’elles l’étaient, que le moindre petit doute t’envahit, tu quittes le navire comme un rat pour aller rejoindre ces raclures de rebelles que tu as haïs autant que moi !

Son coeur bat si fort que l’on peut voir chacune de ses pulsations soulever sa jugulaire.

- Ne me dis pas que c’était la dernière chose que tu pouvais faire, que tu n’avais d’autre solution que de venir me poignarder dans le dos de la sorte ! C’est la pire insulte que tu pouvais me faire !
- Love !

La voix rauque du crocodile fait taire celle de sa daemonienne. Elle ne quitte toujours pas Wolfgang des yeux. Le saurien n’est plus qu’à un mètre de sa moitié, ses yeux rouges désormais tout droit dirigés vers ce traître qu’il voudrait voir brisé entre ses crocs.

Le silence se fait un moment pendant que Wanda reprend ses esprits. Elle sait déjà que si elle se montre incapable de se contrôler face à son fils, c’est Mogrim qui prendra la main et le moins que l’on puisse dire c’est que la discussion risque de se montrer bien plus dangereuse qu’elle ne l’est déjà. La veuve inspire, ferme les yeux une seconde avant de les rouvrir. Lorsqu’elle reprend, ses cris se sont tus, mais sa voix se fait terriblement lasse.

- Tu ne feras rien tomber,Wolfgang, murmure-t-elle avec une certitude désarmante. Tu n’es qu’un chiot perdu dans une arène de combats de chiens, et crois moi, cette première morsure que tu m’as infligée est la dernière dont tu seras capable.

Son regard revient se planter dans celui de son fils, déterminé et brûlant comme si elle voulait déjà l’écraser.

- Tu surestimes ton pouvoir, tu surestimes tes forces, et crois moi : si tu me connais en alliée, tu ne m’as encore jamais connue en ennemie.

Elle fait une dernière pause avant d’achever.

- Obstine-toi à prendre cette voie et c’est moi qui briserai tes derniers espoirs, est-ce clair ?

La menace a sifflé entre ses dents comme le dernier son d’un serpent avant qu’il ne bondisse sur sa proie. Si Wolfgang veut se mesurer aux monstres de ce monde, elle est bien décidée à faire partie de ceux-là. Mais malgré la hargne qu'elle tente de garder intacte au fond de son cœur, chacun de ses mots fissure son âme à lui en tirer les larmes aux yeux.

Sa main passe alors sur un étui blanc en carton qui était posé sur la table depuis le début de la soirée. Derrière elle, elle entend le grondement de Mogrim qui se renforce alors qu’elle le fait glisser jusqu’au politicien sans rien dire. L'albinos s’était opposé à cette idée, et compte bien le lui rappeler. Wofgang ne le mérite pas, pas après tout ce qu’il a fait. Mais Wanda a tenu bon. Ce sera peut-être la dernière fois qu’elle s’opposera à son daemon. Mais ce n’est qu’une fois que les sourcils de son fils se froncent qu’elle souffle :

- C’est un billet pour la Suisse. L’avion part cette nuit. Aller simple. Là-bas, contacte Eric Vonlanthen. Il te fera disparaître, jusqu’à ce que ça se calme.

Elle hésite un instant, puis ajoute enfin, sans parvenir à cacher un tremblement dans sa voix :

- C’est la dernière chose que je puisse faire pour toi.

Sa dernière offre. Sa dernière main tendue à cet homme qui ne peut plus faire machine arrière et retourner dans les rangs du Conseil. Sa dernière tentative de sauver son fils de l'orage dans lequel il s'est engouffré. Sa dernière supplique pour qu'il ne l'oblige pas à le briser comme tous ses adversaires avant lui. Pour qu'elle n'ait pas à le briser.

Pas lui...
lumos maxima
  
MessageMar 19 Juil - 12:23
Groupe
avatar
Date d'inscription : 04/07/2010Nombre de messages : 1538Nombre de RP : 186Âge réel : 25Copyright : Grimestone et Ronron <3Avatar daëmon : cheshire
Wolfgang M. LoewerADMIN-whatever
bad for the greater good

Trahison, Disgrâce

If you truly want to be respected by people you love, you must prove to them that you can survive without them.
Wanda & Wolfgang




Bien entendu, elle se redresse. Qu’est-ce que je m’imaginais ? La dame au crocodile abandonner si facilement ? Flancher face à quelques menaces ? Non. Bien sûr que non. Un frisson me parcourt l’échine quand j’aperçois Mogrim dans ma vision périphérique. Ses griffes crissent sur le sol, je suis persuadé qu’il le fait exprès, il a toujours eu le don de la mise en scène. Comme porté par son horrifique daemon, Wanda se redresse un peu plus, je retiens un soupir. Du courage Wolfgang. Du courage.
« Oui, j’ai été aveugle de croire que tu me suivrais toujours, aveugle de croire que tu me ferais confiance, même dans les moments difficiles où chaque solution que l’on apporte semble avoir un prix que l’on n’est pas prêt à payer. » Te faire confiance ? Moments difficiles ? Solution ? Prêt à payer le prix ? Oh my lord, à partir du moment où le prix à payer correspond à marcher sur ma race pour fortifier la tour d’ivoire d’une pseudo élite, tu ne peux pas prétendre m’en vouloir de marcher sur la pseudo confiance que je suis censé d’offrir. « Mais c’est cela, la politique ! Voilà ce que c’est, changer les choses, avoir la force de ses ambitions, bouleverser l’équilibre du monde, ce que tu as toujours voulu ! »
Mon regard la fusille. Qui est-elle pour prétendre savoir ce que j'ai toujours voulu. Elle s'emballe pendant que je bouillonne. Oh non, cette rencontre ne finira pas bien.
« Je t'ai tout donné ! Tout ce que tu voulais ! Cette place, tu l'as désirée autant que moi ! Et maintenant que les choses ne sont plus aussi simples qu'elles l'étaient, que le moindre petit doute t'envahit, tu quittes le navire comme un rat pour aller rejoindre ces raclures de rebelles que tu as haïs autant que moi ! »
Rejoindre les rebelles ? Oh non Wanda mon idéologie est bien différente de celle de ces idiots finis qui ne comprennent rien à ce qui se passe, sûre ils me seront d'une aide précieuse si on en venait aux mains mais les rejoindre ? Non, je n'en suis pas là. Je ne partage pas leur goût pour l'anarchie et le plaisir d'être en dehors des règles parce que c'est cool. Ne me rabaisse pas à leur niveau s'il te plaît.
« Ne me dis pas que c’était la dernière chose que tu pouvais faire, que tu n’avais d’autre solution que de venir me poignarder dans le dos de la sorte ! C’est la pire insulte que tu pouvais me faire ! »
« Love ! »
Mon regard passe de Wanda à Mogrim, ce daemon plein de haine, il suffit de fixer ses yeux pour comprendre. Ils rougeoient dans la pénombre. Mogrim est le monstre que Wanda s’efforce de garder au plus profond de son être, cette partie sombre de sa personne a pris forme en tant que son âme mais Wanda n’est pas Mogrim, Wanda n’est pas un crocodile sans pitié, Wanda est tout sauf un monstre tapi dans l’ombre. Quand elle reprend, je ne peux que sentir la lassitude, le manque de foi.
« Tu ne feras rien tomber,Wolfgang. Tu n’es qu’un chiot perdu dans une arène de combats de chiens, et crois moi, cette première morsure que tu m’as infligée est la dernière dont tu seras capable. »
Un chiot. J’étouffe un rire, cette tentative de déstabilisation ne fonctionne tellement pas, je sais que je ne suis pas forcement le plus dangereux des daemoniens, que je ne suis pas le féroce loup que veut faire croire mon prénom et pourtant…. Je soutiens son regard quand elle vient s’attaquer à mes prunelles, qu’est-ce que tu t’imagines Wanda ? Que je vais rentrer la queue entre les jambes ? Que tu me fais peur ? Please.
« Tu surestimes ton pouvoir, tu surestimes tes forces, et crois moi : si tu me connais en alliée, tu ne m’as encore jamais connue en ennemie. » Non, mais je t’ai déjà vu attaquer tes ennemis, jamais de front, toujours dans l’ombre, tu les écrases sans qu’ils ne s’en rendent compte. Wanda, ce rendez-vous est la preuve même que tu n’es pas capable de me détruire. « Obstine-toi à prendre cette voie et c’est moi qui briserai tes derniers espoirs, est-ce clair ? » On en vient aux menaces maintenant. Encore une fois je ne baisse pas le regard, comme une invitation. Tel un ado mal élevé je regarde ma mère de haut, essaie de m’empêcher de faire ce que je veux maman, essaie. Pour voir.
Sa main se pose sur un étui, automatiquement je me mets sur mes gardes, dieu seul sait ce qui pourrait se trouver là-dedans. Je n’y touche pas quand il s’arrête à quelque cm de mon bras. Un bref regard sur l’étui puis je fixe de nouveau la veuve. « C’est un billet pour la Suisse. L’avion part cette nuit. Aller simple. Là-bas, contacte Eric Vonlanthen. Il te fera disparaître, jusqu’à ce que ça se calme. » Et c’est la rage. « C’est la dernière chose que je puisse faire pour t- Don’t you fuckin dare. » Je siffle et la coupe pour la première fois de la soirée. J’aurais aimé laisser les sentiments de côté, j’aurais aimé pouvoir paraitre froid et inaccessible, j’aurais aimé être capable de contrôler ma colère, je m’en tirais presque bien jusqu’à ici. Mais ce geste, ô ce geste…. C’est pour ça qu’elle a demandé à me voir, c’est pour ça qu’elle a voulu un tête-à-tête, c’est juste pour ça. Pour m’éloigner, pour me garder loin, pour que je me cache comme un petit garçon effrayé, pour qu’elle resserre cette emprise qu’elle a sur moi, parce qu’elle n’a aucune confiance en ce que je peux faire, parce qu’elle veut s’épargner mon adversité. Ce n’est pas facile hein Wanda ? Quand dans l’autre camp y’a ceux pour qui fut un temps tu aurais donné ta vie ? Alors on essaie de leur faire croire qu’on veut les protéger, alors qu’au fond, la seule personne qu’on protège c’est nous-même. Don’t try to trick the trickster.
« Don’t you fuckin dare pretend you CARE about me after what you just said. You can’t have it both way. »
Mon corps semble stoïque, d’un point de vue extérieur on pourrait croire que je suis de marbre, du marbre taillé par Michel-Ange avec tous les détails qui vont avec. Du sang qui pulsent du bout de mes doigts jusqu’à ma carotide. Les contours de ma mâchoire sont plus carrés que jamais. Un lion prêt à bondir de sa cage, jusqu’au moment où l’on s’arrête sur mes yeux. Mon regard qui n’a jamais su réellement caché mes pensées, il est brillant, un peu trop. Ma voix, elle, est féroce, chacun de mes mots accentué sur la syllabe la plus agressive.
« I won’t leave. I won’t hide. I will fight for what’s right. I want to do good for once. I’m tired of the masquerade we play over and over again. I wanna end all of this. I want… » Qu’est-ce-que je veux finalement ? La paix ? Elle me rirait au nez, non je dois être plus précis que cela. Alors je passe de l’agresseur à l’homme plein d’espoir, le futuriste, celui prêt à sacrifier le présent au profit de l’avenir, celui qui se croit assez important pour prendre les décisions pour tous les daemoniens.
« I want … the future to be a place where you don’t have to hide in one city to live your life. I want peace between daemonien and humans. I want an alternative for the rebel we – I included – left for dead outside.» En parlant de ça… Je soupire, passe une main sur mon visage et la fixe, interrogatif. « How can we thought this was a good idea ? How could you let me make the statement ? And how… How could you pretend to care about me now ? »
Elle savait que cette annonce attisera la haine comme jamais, elle savait que celui qui prononcerait ses mots deviendrait une cible à abattre, elle savait. Pourtant, elle m’a laissé, pourtant elle m’a encouragé, à toujours être au centre de l’attention, à être sur tous les fronts, tant que c’était dans son camp qu’importe les retombés, qu’importe les risques, c’était pour eu-… elle. Tout aller bien.
« What I saw when I was down there at Washington what the humans plan to do, and the council … it didn’t make a move, they didn’t give a shit, they just wanted to get rid of the rebel. Don’t tell me they try to help the daemoniens I won’t believe you, they just wanna help themselves by controlling the only city where daemoniens can live freely. »
Je me suis approché durant ce laïus, je m’en rends compte maintenant alors que mon regard affronte le sien. Mon corps se redresse avant que je ne lâche mes derniers mots.
« And you expected me to do nothing … »
J’crois que ma voix se casse, non, j’en suis certain, le reste est murmuré, presque silencieux, comme une vérité que je n’aurais jamais voulu entendre.
« Maybe you never had a clue of who am I. »
La tête basse, un fin sourire me barre les lèvres, soulignant toute la tristesse d’une relation qui s’effondre. Mes pas me conduisent vers la sortie, on a plus rien à se dire.
Nous n’avons jamais rien eu à nous dire.

Spoiler:
 

  
MessageSam 20 Aoû - 8:25
Groupe
avatar
Date d'inscription : 01/07/2015Nombre de messages : 116Nombre de RP : 32Âge réel : 22Copyright : MyselfAvatar daëmon :
Wanda E. HellworthNothing will be the same...
Trahison, Disgrâce


Washington ~ mi-mai 2015

- Don’t you fuckin dare.

Wanda ferme les yeux, détourne le regard. Elle craignait cette réaction, tout comme elle savait qu’elle aurait lieu. Wolfgang est trop fier, trop obstiné, et cette discussion semble renforcer sa détermination plutôt que de la détruire.

- Don’t you fuckin dare pretend you CARE about me after what you just said. You can’t have it both way.

Elle ne lève toujours pas les yeux, perdue dans ses pensées entre ce geste qu’elle regrette déjà, cette discussion qu’elle n’arrive pas à maîtriser, les blessures que lui infligent son fils et cette situation qui empire chaque fois qu’elle essaie de le faire ployer. Elle voudrait le couper maintenant, lui montrer ce qu’il ne comprend pas dans son geste, dans sa tentative désespérée de le voir à l’abri du regard des autres têtes du Conseil, dans sa supplication pour qu’il arrête cette folie avant qu’elle ne puisse plus rien faire pour le sauver. Ne comprend-il pas tout ce que ces menaces veulent dire ? Ce qu’elle cherche à faire par tous les moyens possibles ?

- I won’t leave. I won’t hide. I will fight for what’s right. I want to do good for once. I’m tired of the masquerade we play over and over again. I wanna end all of this. I want… I want … the future to be a place where you don’t have to hide in one city to live your life. I want peace between daemonien and humans. I want an alternative for the rebel we – I included – left for dead outside.

Tant d’idéalisme, tant de naïveté, tant de vœux pieux… Le monde serait tellement beau ainsi fait n’est-ce pas ? Mais Wanda n’y croit plus. Elle n’y croit plus depuis des années, des années à fréquenter l’élite de ce monde, à entendre leurs projets, leurs désirs, et leur haine pour tout ce qui complexifie leurs affaires. Une nouvelle race, plus puissante, plus attirante, moins prévisible… voilà qui complexifie beaucoup trop l’avenir des têtes pensantes. Voilà ce qui empêche les gouvernements, les entreprises, les plus hauts milieux, de penser un monde construit avec les daemoniens. Lorsque l’on reste si longtemps en haut de la pyramide, on aime rarement être détrôné, même par la simple génétique. Vivre avec les humains ? Utopie. Les rebelles n’ont pas su comprendre cela non plus, et voilà que c’est Wolfgang qui tombe à son tour dans cette erreur.

Il soupire et passe une main sur son visage. A une autre époque, dans une autre ville, dans une autre vie, Wanda lui aurait posé une main aimante sur le bras, aurait cherché son regard, aurait murmuré quelque parole encourageante dont elle a toujours eu le secret. Mais aujourd’hui, elle n’est plus celle qui soigne. Aujourd’hui, elle est celle qui blesse, celle qu’il combat, et celle qu’il vainc peu à peu, même si cela leur coûte à tous les deux.

- How can we thought this was a good idea ? How could you let me make the statement ? And how… How could you pretend to care about me now ?

Elle revient enfin croiser son regard.

- What I saw when I was down there at Washington what the humans plan to do, and the council … it didn’t make a move, they didn’t give a shit, they just wanted to get rid of the rebel. Don’t tell me they try to help the daemoniens I won’t believe you, they just wanna help themselves by controlling the only city where daemoniens can live freely.

Alors, il se redresse, et sa voix s’assombrit encore, de sorte que le dos de la veuve se tende.

- And you expected me to do nothing …

Sa voix s’affaiblit sur la fin de sa phrase. Wanda frissonne.

- Maybe you never had a clue of who am I.

Et le voilà, le coup de grâce, ce fin sourire qui étire les coins de ses lèvres, cette attaque sifflante remplie de regrets qui se glisse entre ses dents. Wanda l’attendait, mais le coup reste tout aussi dur. Elle peine à trouver les mots, ne sait pas quelle conduite adopter, quelle stratégie pourrait encore ramener Wolfgang à la raison. Le jeune loup rue dans les brancards, et elle ne sait plus comment le maîtriser, mère dépassée par son propre prodige.

- Ne comprends-tu pas ce que j’essaye de faire ?

Sa voix tremble, indescriptible : entre l’abrupte et le conciliant, comme si elle ne savait plus quel ton choisir. Ses yeux se plongent dans ceux de son fils, tentant de lui transmettre tout ce que ses mots ne parviennent visiblement plus à faire entendre. Elle veut l’atteindre. Il faut qu’elle l’atteigne.

- Je ne veux pas te combattre…

Sa voix se déchire sur la fin de sa phrase et elle sent cet étau qui s’empare de sa gorge, cette émotion qu’elle tente de faire taire depuis le début de leur joute et qui gagne progressivement du terrain. Elle détourne les yeux un instant, le temps de ravaler ses larmes.

- Mais si tu continues sur cette voie… que tu me forces à choisir entre le Conseil et toi…

Les mots sont douloureux à lui en déchirer la gorge.

- … Je ne pourrais pas choisir de te suivre.

Elle revient à lui, les yeux brûlant d’une flamme nouvelle qui enhardit le timbre de sa voix.

- Je ne peux pas te laisser te mettre en travers de l’histoire, Wolfgang. Je ne peux pas. C’est de notre futur à tous dont il est question, et il ne se jouera pas avec les humains, qu’importe ce que tu peux penser. Voilà plus de soixante ans que j’ai compris cela : notre place ne sera jamais avec eux, ils ont fait leur choix. Nous avons trop de puissance pour eux. Penses-tu réellement qu’ils nous laisseraient une chance de travailler avec eux alors qu’un seul d’entre nous pourrait les renverser avec le bon pouvoir ? Une manipulation mentale et un anonyme détient les codes de l’arme nucléaire ! Un don de destruction et un fanatique peut supprimer tous les lieux de pouvoir du monde : à Washington, New-York, Shanghai ou Bruxelles ! Quelques daemoniens ensemble, et nous voilà avec le groupe terroriste le plus dangereux et imprévisible jamais créé sur Terre ! Et toi, tu penses que nous pourrons faire entendre notre voix au Sénat ? Devenir citoyens, avec les mêmes droits que les humains, les mêmes devoirs ? Nous sommes une trop grande menace pour les institutions en place, Wolfgang. Notre seul salut est à part, dans un organisme parallèle créé par et pour nous ! C’est le Conseil ! Les rebelles ne l'ont pas compris, mais ils verront, ils se laisseront convaincre par l'évidence lorsque notre institution sera pleinement accomplie et qu'elle dépassera toutes les autres. Nous pouvons arriver à cela, Wolfgang, nous pouvons être salutaires pour notre nature grâce à lui.

Elle se tait un instant, sans lâcher son fils du regard. Puis ajoute, ma mort dans l’âme.

- C’est pourquoi je ne peux pas te laisser le détuire…

Et elle repose une main sur l’enveloppe sur la table.

- Je t’en supplie, Wolfgang, reste en dehors de ça. Car sois sûr que je défendrai ce en quoi je crois, quoi qu’il m’en coûte. Mais… Si je dois te combattre pour cela…

Les mots se font de plus en plus faibles, la réalité de plus en plus sombre.

- … j’en mourrais.

Alors surprends-moi, Wolfgang, moi qui crois te connaître trop bien pour penser que tu accepteras. Montre-moi que j’ai tort, je t’en supplie, et prends cette enveloppe. Sauve-toi. Et sauve-moi.

lumos maxima
  
Message
Groupe
Contenu sponsorisé
Page 1 sur 1