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♦ Le coeur sait ce que les yeux ignorent (Elois)

 
  
MessageMar 5 Jan - 21:35
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Apolline C. LedouxUNBEAR ABLE
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Sous les oliviers, le feu d'un soleil aoûtien de fin de journée zèbre en tranches lumineuses l'herbe sèche et la terre argileuse sous les pieds dansants d'une famille à l'extérieur. L'on entend les assiettes qui s'entrechoquent, peut-être quelqu'un qui met la table. Les cigales changent à n'en plus pouvoir, interrompues parfois par le jeune beagle adopté deux mois plus tôt par les parents d'Apolline, qui court comme un dératé entre les oliviers et les herbes brûlées par la chaleur en espérant en attraper au moins une. Pour faire payer leurs chants entêtants qu'on entend même au premier étage de la vieille maison de chaux, malgré l'épaisseur des murs.

Dans l'obscurité tamisée d'une chambre aux volets fermés, quelques rais de lumière laissent deviner trois présences : deux allongées dans le haut lit d'une ancienne chambre d'enfant, et Léon sur le parquet. Enfin, si l'on y prête un oeil plus attentif, il est possible d'entendre le battement d'ailes discrets d'un papillon de nuit, installé sur la commode près du lit. C'est à l'ombre qu'il fait le plus frais, et c'est ici qu'ils ont trouvé leur refuge après le long trajet en avion, allongés dans la fraîcheur de la chambre qui a autrefois vu grandir Apolline, et qui est devenue une chambre d'amis pour les fois où elle revient passer quelques vacances dans le Sud.
Ces vacances là, elles sont particulières.

« Cassiopée ! On va passer à table ! »

Le sourire de la française est fatigué, mais heureux. Il lui fait plisser le coin des yeux et retrousser légèrement son nez lorsque sur la couette elle se tourne face à Elois et lui embrasse le bout du nez avant de répondre à sa mère :

« On arrive ! »

Pas pressée, mais néanmoins soucieuse de paraître raisonnable pour un premier "rendez-vous" entre Elois et ses parents, Apolline l'enjambe en le chatouillant au passage, récoltant un « C'est pas bien de profiter de sa faiblesse » de la part de Léon au passage, puis gambade jusqu'à l'énorme armoire de bois ciré pour récupérer une petite robe d'été qu'elle laisse ici. A New York, disons que ses tenues sont plus excentriques, mais elle a gardé le goût d'une Provence simple et florale. Comme cette robe rouge coquelicot qu'elle demande à Elois de lui refermer dans le dos en le guidant jusqu'à la fermeture éclair avec ses mains. Une fois vêtue, elle se retourne face à Elois, ses pieds nus crissant légèrement sur le vieux parquet.

« Prends ton temps. Ils te diront rien »

Bien que Charlotte soit à cheval sur sa ponctualité, elle a toujours pardonné celle des autres. Une fois en bas, avec Léon à ses côtés qui va s'allonger non loin du barbecue moderne que Piotr a acheté récemment, Apolline va aider sa mère à terminer de mettre la table.

« Ce soir y'a Piou et Timo qui passent boire un verre à l'apéro, ça fait longtemps qu'ils t'ont pas vue. »

Malgré quelques mèches rebelles qui lui donnent un air presque innocent, Apolline jette un regard désespérément sérieux à sa mère.

« 'Man ! C'est la première fois qu'Elois vient à la maison, t'étais pas obligée de ramener les Gispy Kings dès le premier soir !
- C'est Piou qui a insisté pour te voir. »

Vu comme ça. Elle repense un instant au gitan qui fait presque partie de la famille et de son jeune fils adolescent qui suit ses traces, mais finit par abdiquer. Quand ils décident de passer, ils passent. Elois ou non. Un battement d'ailes qu'elle connait bien précède d'ailleurs son arrivée sur la terrasse illuminée par quelques lampions que Piotr commence à allumer.

« Oh, chłopak ! »

C'est même le premier à saluer Elois de loin, broche à barbecue d'une main et barquette de viande dans l'autre, prêt à dégainer le charbon de bois.

« Tu bois quelque chose chat ? »

Il n'a même pas le temps de répondre que dans un excès d'intérêt pour son presque-gendre, Charlotte commence à l'interroger.

« Linette nous a dit que vous étiez avocat ? »

AVENGEDINCHAINS
  
MessageMar 12 Jan - 16:26
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Hey Jude,
Don't be afraid.
Août 2014.

En ouvrant les yeux, le son des cigales suffit à me rappeler où je suis. C’est la première chose qui m’a frappé en arrivant dans la région natale d’Apolline, en plus des différentes odeurs et de la chaleur assommante en cette période de l’année. Ces vacances ont un goût particulier, outre le fait que c’est la première fois que je me rends en France. Sans bouger d’un centimètre, je pousse un long soupir. La fatigue liée au décalage horaire se fait sentir. Je n’ai pas vraiment dormi, ni dans l’avion ni en arrivant chez Apolline. Même si elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, je ne peux m’empêcher de stresser. Le premier contact avec ses parents, bien que rapide, s’est plutôt bien passé. Par politesse, ils ne m’ont pas assailli de questions, mais j’appréhende néanmoins les prochaines heures, car je sais très bien que je n’y échapperai pas. Si le but de ces vacances n’était pas en partie de bien paraître face aux parents d’Apolline, je serais bien resté allongé dans ce lit, à ne rien faire si ce n’est laisser le temps nous échapper. Malgré la quiétude du moment, je perçois l’agacement de Nyx qui n’arrive pas à se reposer à cause du bruit que font les cigales. *Kss kss kss kss … elles n’en ont jamais marre ?!* *Désolé de t’apprendre qu’elles ne s’arrêtent qu’à la nuit tombée.* *Eh merde.* Sourire. Contrairement au papillon de nuit, je trouve ce son particulièrement apaisant. Il fait écho au côté insouciant et indompté d’Apolline.

La voix de sa mère me tire de mes songes. Le moment tant redouté se rapproche de plus en plus. Encore prisonnier d’une apathie dans laquelle je me complais, je souris néanmoins lorsqu’Apolline m’embrasse le bout du nez. Ça fait peu de temps qu’elle a commencé à faire ça. Ses marques d’affection me surprennent toujours, même si elle est beaucoup plus démonstrative que moi. Quand elle répond à sa mère, je ferais presque la grimace, une moue qui s’efface bien vite alors qu’elle commence à me chatouiller. Elle sait que je déteste ça, mais je me laisse faire malgré tout et me défends comme je peux. C’est du Apolline tout craché. Elle me cherche souvent, mais jamais méchamment. Ça fait partie de son caractère. Espiègle et imprévisible. Ce qui m’a le plus attiré chez elle. Je m’assieds au bord du lit après qu’elle se soit levée et l’aide à fermer la fermeture éclair de sa robe. Une robe légère et estivale, comme je peux en juger en touchant le tissu. Je ne peux peut-être pas la voir, mais je suis sûr qu’elle lui va bien. Je lui adresse un sourire lorsqu’elle se retourne face à moi. « Prends ton temps. Ils te diront rien. » Aussi gentils et ouverts que puissent être ses parents, être ponctuel était tout de même la meilleure chose à faire pour être bien vue. À nouveau seul dans la chambre, j’attrape mes lunettes posées sur un meuble à côté du lit et tâtonne ici et là pour retrouver ma valise. J’en sors une chemise à manches courtes, bien plus adaptée pour la chaleur estivale que celles que je porte habituellement. Alors que je suis en train de me changer, j’entends les battements d’ailes de Nyx s’approcher, puis je sens le papillon de nuit se poser sur ma tête, se battant avec mes cheveux, sûrement pour remettre en place une mèche rebelle. Cela me rappelle avec amusement le jour où Apolline m’avait demandé, avec tout le sérieux dont elle pouvait faire preuve, comment je faisais pour me coiffer. Je n’avais pas eu de véritable réponse à lui donner parce qu’il n’y en avait pas, je me débrouillais comme je pouvais. Une fois prêt, j’attrape ma canne que j’avais laissée dans le coin à côté de la porte et tente de me rappeler la composition de la maison. En arrivant, Apolline m’avait laissé emprunter sa vue afin que je puisse me débrouiller, sans me perdre ni me prendre un mur.

La différence de température entre l’intérieur de la maison et l’extérieur nous surprend, Nyx et moi. Mais le papillon de nuit oublie très vite ce détail en rejoignant Léon. Les cigales n’ont toujours pas cessé de chanter, mais cela ne semble pas vraiment la perturber. Quand elle est avec Léon, elle oublie le reste. « Oh, chłopak! » Le père d’Apolline me salue de loin dans sa langue maternelle, ce qui me fait sourire. Un peu de Pologne dans le sud de la France. Bizarrement, je me sens pour le moment beaucoup plus à l’aise avec Piotr qu’avec Charlotte, la mère d’Apolline ; très probablement parce que Piotr et moi partageons la même langue et la même culture. Je m’avance timidement sur la terrasse, le bruit léger que fait ma canne est à peine audible, submergé par celui des cigales. *Souris, sinon ça va faire bizarre.* Apolline me rejoint très vite, ce qui me rassure. Mais à peine a-t-elle le temps de s’adresser à moi que Charlotte commence l’interrogatoire que je redoutais depuis notre arrivée. « Linette nous a dit que vous étiez avocat ? » Et comme je le craignais, elle s’adresse à moi en français. Apolline a beau m’avoir appris quelques bases depuis que nous sommes ensemble, je suis encore très loin de maîtriser cette langue. Je tourne légèrement la tête vers elle. Nyx se moque gentiment, mais elle n’a pas tout compris non plus. Comme elle, je n’ai saisi que le début de la phrase, le surnom d’Apolline, et vaguement la fin qui, si je ne me trompe pas, concerne mon métier. Perplexe mais sans pour autant me montrer hésitant face à Charlotte, je lui réponds.

– Oui, c’est bien ça.
  
MessageLun 18 Jan - 20:52
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Parmi les cigales et les aboiements du jeune beagle, une présence plus lumineuse encore que le soleil fait son apparition au coeur de la Provence. Evidemment, Apolline n'en rate pas une miette, même si elle fait mine de mettre la table. Ses gestes sont précis, les assiettes volent plus qu'elles ne passent réellement entre les mains de la jeune femme, les verres ne s'entrechoquent même pas et l'on n'entend guère le tintement des couverts entre eux, signe que la 'magie' Apolline fait son oeuvre. Mais tout le monde est tellement concentré sur le nouvel arrivant que personne ne saura qu'elle a triché -sauf Elois ou Nyx, mais ils ne le diront pas, n'est-ce pas?- pour mettre la table.

En fait, son coeur s'emballe.
Non pas parce qu'elle craint de présenter Elois à ses parents, car Charlotte comme Piotr sont des exemples de tolérance et de partage. Ils étaient les premiers, lorsqu'elle était plus jeune, à lui dire qu'une personne différente n'était pas fondamentalement mauvaise, et qu'il fallait toujours apprendre l'histoire de quelqu'un avant de se permettre le moindre jugement de valeur. Surtout qu'Elois est typiquement le genre de gendre que les beaux-parents s'arracheraient en dépit de sa cécité, parce qu'il a tout de l'homme idéal. La vue en moins. Certes. Il est avenant, souriant mais pas envahissant, poli mais pas prêt à se laisser marcher sur les pieds.
C'est pas tellement ça, le problème.

Le problème il a quelques semaines, n'arrondit pas encore mon ventre et me fait mourir de panique à l'idée que mes parents prennent mal la nouvelle. Même si j'ai largement l'âge d'enfanter, qu'ils m'ont déjà laissé entendre qu'ils ne seraient pas contre devenir de grands parents... Quelque chose bloque. Un mauvais pressentiment. Le fait aussi de ne pas les avoir fait se rencontrer avant alors que cela fait bientôt un an que nous sommes ensemble. La faute à l'Atlantique qui nous sépare, probablement.

« 'Man, on avait dit pas d'interrogatoire »

Charlotte s'insurge, et ses traits bronzés laissent ressortir une moue boudeuse qu'elle exagère, avec ses grands yeux rieurs qui la trahissent. Un trait qu'elle a légué à sa fille.

« Oh, dis, toi ! Je lui demande juste son métier. J'ai pas demandé la couleur de ses sous-vêtements. »
Pas encore.
Une fois la table mise, Apolline en fait le tour et se rapproche d'eux, en jetant un coup d'oeil amusé à Nyx.
« J't'avais prévenu, ils sont insupportables. »

Son père décide de changer de sujet pour ne pas alourdir la conversation. Curieusement, il a senti une sorte de détresse chez Elois. Autant ne pas le mettre mal à l'aise dès leur première rencontre, ce qu'il sous-entend à sa femme d'un regard insistant.

« T'en fais pas, Charlotte est chiante mais elle fait foutrement bien à manger, ça aide à tout lui pardonner. »

Charlotte fait mine de bouder et retourne dans sa cuisine en marmonnant un théâtral 'personne ne m'aime de toutes façons ici' sous les yeux complices d'Apolline et de son père. La jeune femme prend la main d'Elois et l'installe à table, à côté d'elle, juste au moment où Charlotte revient avec un plateau garni de plusieurs bouteilles.

« Blanc ou rosé ? Le rouge on garde ça pour la viande tout à l'heure. Sinon nous avons du pastis, ou de la bière tout simplement ? Apolline, toi aussi ? »

Silence.

« Euh... non j'vais commencer par la citronnade. »

C'est assez subtil pour que Charlotte ne pose pas d'avantage de question sur le fait que pour la première fois depuis sa majorité, Apolline ne prenne pas de vin avec l'apéritif. Léon arrive derrière sa chaise pour poser son gros menton sur son épaule, et il attend sagement que Piotr soit trop occupé avec les grillades et Charlotte à retourner dans la cuisine chercher la citronnade pour parler à voix basse.

« C'est quoi le plan ? On attend le dessert ? »

C'est plutôt au futur papa qu'il faut demander ça. Sérieuse, Apolline tourne sa tête vers Elois dans l'espoir d'avoir une réponse, ou une solution.

AVENGEDINCHAINS
  
MessageMar 26 Jan - 20:58
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Hey Jude,
Don't be afraid.
Il règne finalement une bonne entente, contrairement à ce que j'avais pu imaginer. Je ne peux même pas en vouloir à Charlotte de me poser des questions, car après tout, c’est la première fois qu’elle me rencontre il est tout à fait légitime qu’elle veuille en savoir plus sur celui qui partage sa vie avec sa fille. C’est normal qu’une mère s’assure du bonheur de son enfant. Surtout que dans son cas, Apolline est fille unique, alors ça ne m’étonnerait même pas que Charlotte soit encore plus vigilante à mon égard. Après une petite réprimande d’Apolline, sa mère laisse finalement tomber l’interrogatoire – pour l’instant. Bizarrement, elle n’a pas rebondi sur ma réponse, peut-être rassurée de reconnaître qu’un tel métier implique généralement d’être une personne réfléchie et avec certaines valeurs. Je reste où je suis tandis qu’elle s’éloigne. Apolline se rapproche mais je n’ose pas sourire à sa remarque sur ses parents, de peur que ces derniers le prennent mal. C’est finalement Nyx qui décide d’en rajouter une couche, à l’attention d’Apolline.

– Oh, t’inquiète pas, sa mère est pareille… voire pire.

Je l’entends ricaner. Si j’avais pu la fusiller du regard, je l’aurais fait. À la place, je me contente de la réprimander mentalement. Zofia n’est pas chiante, elle est juste… un peu trop protectrice. Elle l’avait toujours été, mais à petites doses, jusqu’à ce que cela « empire » à partir du jour où l’on m’a annoncé ma maladie. Puis il m’avait fallu deux longues semaines de négociations pour qu’elle accepte que je reste vivre aux États-Unis. Repartir à l’autre bout du monde sans moi était impensable pour elle, mais elle avait finalement accepté ; en échange, elle pouvait m’appeler quand elle le souhaitait, c’était sa seule condition pour s’assurer que je m’en sortais tout seul. Ça compense mes visites qui se font de plus en plus rares, et Zofia s’en est souvent plainte. D’ailleurs, je ne lui ai parlé d’Apolline pour la toute première fois il y a quelques jours quand je lui ai annoncé que je partais rencontrer ses parents en France. Je m’en suis voulu d’avoir attendu aussi longtemps pour lui annoncer ma relation avec Apolline, mais elle était beaucoup trop enthousiaste à l’idée de la rencontrer un jour pour s’en préoccuper. Un passage par la Pologne sera donc nécessaire, un jour. Avec un père polonais, Apolline ne devrait pas être trop déstabilisée, normalement.

Alors que Charlotte s’éloigne en rouspétant (je me retiens de rire bien qu’elle ait le dos tourné), sa fille attrape ma main pour me guider et m’installer à table, à côté d’elle. Je ne lâche pas sa main tout de suite, seulement quand sa mère revient vers nous. Les démonstrations d’affection en public ne sont pas vraiment mon fort, et je préfère rester raisonnable (plus que nécessaire) en présence des parents d’Apolline. Le malaise se fait clairement sentir lorsqu’elle lui demande ce qu’elle veut boire. Le genre de piège qu’il faut éviter avec habileté, surtout dans la situation d’Apolline. Nyx et Léon reviennent enfin vers nous. Le papillon de nuit vient se poser sur mon bras tandis que le grizzli se rapproche de sa moitié afin de lui chuchoter quelques mots. « C'est quoi le plan ? On attend le dessert ? » Bien qu’impassible, je sens mon estomac se nouer. Je sens le regard d’Apolline sur moi. Elle ne dit rien, mais je devine facilement ce qu’elle pense. Elle est autant perdue que je le suis. Notre secret ne se voit pas encore, mais leur annoncer maintenant semble être la meilleure chose à faire. Et pourtant, j’appréhende leur réaction. Ils ne me connaissent que depuis quelques heures et je suis peut-être à deux doigts de me faire détester (ou pire, selon l’humeur de Charlotte). Je tente malgré tout de réfléchir et de trouver une solution. On a fait cet enfant ensemble, alors c’est à deux que nous devons assumer notre décision, celle de le garder.

– Tes parents vont peut-être se poser des questions si tu ne bois pas une goutte d’alcool… À moins que tu aies des excuses plausibles, je doute qu’on tienne tout le repas sans éveiller les soupçons.
– Des soupçons à propos de quoi ?

L’interruption de Charlotte manque de me faire sursauter. Trop concentré à réfléchir à quand et comment annoncer la nouvelle, je ne l’avais pas entendue revenir vers nous. Le silence s’impose de nouveau, seules les cigales continuent de chanter sans se préoccuper de nos histoires de famille. Je tourne légèrement la tête vers Apolline. Et maintenant ?
  
MessageMar 9 Fév - 21:10
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Il y a quelque chose qui tient de l'interrogation dans le regard de Charlotte, pendant une seconde. Et pendant cette seule seconde, le coeur d'Apolline s'affole en croyant que la bombe a déjà été lancée, échappée de ses mains glissantes. Quand sa mère détourne le regard et part en cuisine, la tension de ses épaules disparaît en même temps que l'anxiété dans les yeux de Léon. Le grizzli jette un regard incertain au papillon de nuit, et fait mine d'essayer de l'attraper avec sa lourde patte alors qu'il n'en a pas la moindre intention. C'est plutôt le jeune beagle de Charlotte et Piotr qui vient se coller à lui et remuer dans tous les sens pour jouer.

En réalité, Apolline ne se sent pas prête à lâcher la bombe. Ses mains sur ses genoux serrent le bord de la robe rouge coquelicot dont elle s'est vêtue. Assez fine pour être élégante, mais suffisamment vaporeuse pour ne laisser paraître aucune rondeur. Nyx ne manque pas de lui faire savoir à chaque repas qu'elle va rouler au lieu de marcher d'ici quelques semaines, mais Charlotte n'a pas besoin de le savoir. Pas tout de suite. Elle essaie de s'en convaincre, mais le chuchotement d'Elois la ramène un peu brutalement à la réalité : ils n'auront pas le choix. Au lieu de maltraiter sa robe, l'une de ses mains vient plutôt se poser sur le genou d'Elois, et son visage se détend légèrement lorsqu'elle lui sourit.

Enfin. Jusqu'à ce que Charlotte déboule à nouveau, avec une carafe de citronnade dans une main et une bouteille de rosé. En plus, j'aime pas la citronnade. Ça a pas de goût. Moi j'parie qu'elle l'a coupé avec du Limoncello. C'est surprenant avec quelle facilité la fille Ledoux se recompose une face amusée et taquine sa mère sans rien laisser paraître.

« Ben, pour mon alcoolisme évident. »
Toujours à son barbecue à côté, Piotr renchérit :
« Tu m'étonne ! T'es tombée dans le tonneau de vin quand t'étais petite. Comme ta mère ! »

Diversion bienvenue : Charlotte est plus occupée à essayer de claquer un torchon sur la cuisse de son époux qu'à attendre véritablement une question.

« Les chiens font pas des chats ! T'as transmis ta bêtise à ta fille, toi. »

Inconsciemment, Apolline a cherché à glisser ses doigts entre deux d'Elois pour se rassurer. Elle le sait aussi inquiet qu'elle, surtout que la barrière de son handicap était une première appréhension qu'il faut ajouter à l'équation. L'un dans l'autre, il doit se sentir un peu perdu dans tout ça, surtout avec leurs amis qui vont probablement pointer leur nez pour le repas. Vu le nombre d'assiettes que Charlotte a entreposées à table, elle avait prévu le coup à n'en pas douter.

« Vous venez de quel coin de la Pologne, Elois ? »

Sur le coup, Apolline croit capter un regard entendu de son père. Comme s'il avait compris quelque chose et qu'il essayait de détourner la conversation. La relation père-fille entre eux a toujours été particulière, toujours empreinte d'une sorte de connexion implicite et complice. Raison pour laquelle Charlotte a toujours prétendu -en riant- qu'ils se liguaient contre elle, ces "sales immigrés". La jeune femme se permet d'adopter enfin une attitude plus sereine et lâche la main d'Elois pour attraper le verre d'Elois et le guider jusqu'à sa main de façon détachée. Trop naturelle pour surprendre qui que ce soit.

« Allez allez, à table ! »

Même le beagle vient s'asseoir à côté de Charlotte pour espérer avoir un petit boût de côtelette. On dirait Léon. Mais...

« Apolline n'est pas très loquace par téléphone, j'ai presque du lui arracher de la bouche pour qu'elle me dise qu'elle était avec quelqu'un ! »
Charlotte rit. Pas Apolline.
« 'man ! »
« C'est difficile d'exercer un métier aussi pointu avec votre condition ? »

Cette fois, Apolline ne râle pas. Charlotte n'a pas trébuché sur les mots ni hésité pour parler de la cécité de son presque-gendre.
AVENGEDINCHAINS
  
MessageLun 21 Mar - 18:39
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Elois S. Lewyn
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Je sens qu’Apolline n’est pas prête à révéler notre secret qui ne se voit pas encore assez pour nous trahir. Secret qui nous est tombé dessus au moment où l’on s’y attendait le moins, mais que nous avons néanmoins voulu préserver, après plusieurs longues nuits blanches à en parler et à nous projeter. Cela n’avait pas été une décision facile à prendre, entre son incertitude quant au désir de devenir mère et ma crainte concernant l’éducation d’un enfant qui pourrait hériter de l’un de mes gênes défectueux. On s’est posé des tas questions. On s’est pris la tête aussi. Souvent. On a fait chambre à part. Et voilà finalement où nous en sommes rendus, quelques semaines plus tard. Futurs parents qui réalisent à peine ce qu’il se passera d’ici plusieurs mois. Apolline m’avait assuré que ses parents prendraient très bien la nouvelle… Je continue de penser qu’elle ne se lassait pas de me le répéter simplement pour se convaincre elle-même que l’annonce allait être bien reçue par ses proches. « Vous venez de quel coin de la Pologne, Elois ? » La question me surprend, mais quelque chose me dit que le père d’Apolline l’a fait exprès pour faire taire la curiosité de Charlotte. Peut-être a-t-il compris que sa fille cachait quelque chose, je ne peux malheureusement pas en être certain. Mais bizarrement, j’apprécie ce léger détournement de conversation, même si Charlotte, d’après ce que j’entends, semble plutôt se trouver entre l’agacement et l’amusement.

– Cracovie, mais je n’y suis pas resté très longtemps, j’ai surtout vécu aux États-Unis. Je sens qu’Apolline lâche ma main, mais je ne réagis pas. Mais mes parents sont rentrés au pays il y a un peu plus de deux ans, ils ont racheté une ferme en pleine campagne.

Nouvelle qui devrait probablement enchanter Apolline qui n’était pas encore au courant. Cela me donnerait une raison supplémentaire pour rentrer chez moi durant quelques temps. C’était le souhait de mes parents de retrouver une vie et simple et proche de la terre, telle qu’ils l’avaient vécue lorsqu’ils étaient plus jeunes, bien avant qu’ils se connaissent. Les longues années éprouvantes de travail acharné à l’autre bout du monde ne les avaient jamais vraiment comblés, je ne m’en rends compte que maintenant, avec le recul. Maintenant que je fais ma vie et que je m’en sors plutôt bien, ils ont mérité d’aspirer à une vie beaucoup plus calme et sereine – si on oublie le stress quotidien dont ma mère fait preuve car inquiète que je ne m’en sorte pas tout seul. Pas sûr que ça s’arrange quand je lui annoncerai pour le bébé. M’enfin.

– Et vous ? Je ne crois pas qu’Apolline m’en ait déjà parlé.

Je surprends Nyx en train de voleter autour de moi tandis que Charlotte reprend la parole. « Apolline n'est pas très loquace par téléphone, j'ai presque du lui arracher de la bouche pour qu'elle me dise qu'elle était avec quelqu'un ! » Je souris. Ceci explique cela. Bizarrement, ça ne m’étonne pas. Apolline n’est pas forcément très bavarde selon les sujets, et elle a ses petits et grands secrets qu’il est bien difficile de lui soutirer. Je n’ai jamais essayé et ne compte pas le faire, je la respecte beaucoup trop pour cela. Il en est de même dans le sens inverse, elle n’insiste (presque) jamais lorsqu’elle se retrouve face à un mur. Elle avait très vite compris qu’elle n’arriverait pas à briser mon silence aussi facilement, même en faisant preuve d’ingéniosité et en usant de ses charmes (et plus). Car après tout, j’avais bien réussi à la faire courir plusieurs semaines avant de reconnaître mes sentiments pour elle. Maintenant que le couple de freaks que nous formons est reconnu comme tel, nous n’avons plus grand-chose à prouver à qui que ce soit. Les quelques disputes finissent toujours par se résoudre par une simple étreinte. Ou plus. Mais ça, personne n’a besoin de le savoir.

Le papillon de nuit quitte son perchoir en ricanant pour retourner se poser sur la tête de Léon. Si un jour on m’avait dit que Nyx la misanthrope s’attacherait au premier grizzli venu, je ne l’aurais certainement pas cru. *Je t’entends, hein.* *Mais tu sais que j’ai raison.* *Blablablablaaa.* J’étouffe un rire avant de retrouver une attitude sérieuse mais néanmoins plus détendue. Sans surprise, Charlotte revient à la charge. « C'est difficile d'exercer un métier aussi pointu avec votre condition ? » J’affiche un sourire poli mais néanmoins gêné. Le plus difficile, c’est plutôt de trouver une réponse satisfaisante à toutes ces questions que l’on peut me poser par rapport à mon handicap. Même si elles ne sont jamais bien méchantes, les gens font toujours preuve d’une curiosité qui se révèle assez dérangeante au bout d’un moment. Je ne réponds pas tout de suite, réfléchissant à une réponse convenable. C’est toujours délicat de répondre à ce genre de questions. Faire telle ou telle chose quand on ne peut plus compter sur un sens essentiel a forcément son lot de difficultés, mais on n’a pas le choix si on veut continuer de vivre, il faut s’obliger à s’en sortir. En général, les voyants comprennent. En général.

– Pas vraiment. Je continue de réfléchir. Enfin… On s’y fait avec le temps, comme pour le reste. J’ai appris à me débrouiller. Et ne pas voir les clients que je défends m’oblige à faire encore plus preuve d’impartialité.

Trouver du positif dans son propre malheur.
À croire que tous les juges et avocats devraient avoir les yeux bandés. L’allégorie de la Justice prendrait alors tout son sens.
  
MessageLun 28 Mar - 13:54
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Spoiler:
 





Le regard de mon père se pose sur moi comme s'il avait compris quelque chose. Cela ne dure qu'un bref instant, avant qu'il ne retourne à ses grillades et au paquet d'herbes de Provence qu'il éventre pour en saupoudrer une partie de la viande et des poissons, mais suffisamment longtemps pour que je détourne le regard et fixe la table comme si elle avait soudainement quelque chose de passionnant. Je n'ai pas le courage de tout déballer maintenant, et même si cela fait des mois que nous sommes ensemble, je sais que je ne trouverais aucun réconfort dans le regard vide -malgré lui- d'Elois, et encore moins dans les taquineries de Nyx. Ne reste que Léon, derrière nous, qui bien qu'allongé et d'apparence calme, fait tout son possible pour me communiquer sa sérénité. Il sait pertinemment que Charlotte n'aurait aucun à priori quant à élever un enfant avec un parent handicapé et une mère qui sort tout juste d'un procès qui a ruiné sa passion, et que sa seule crainte se réduira au fait d'être aussi éloigné de son futur petit-enfant.

La discussion revenue sur la Pologne nous laisse un répit temporaire, le temps de se plonger dans les origines communes entre Elois et mon père. Il semble d'ailleurs heureux d'avoir trouvé en son presque-genre (comme il dit) un point commun de la sorte. Lui avait traversé toute l'Europe pour fuir la famine et s'était retrouvé par le plus grand des hasards dans un petit village de France où se trouvait la femme de sa vie. Eux aussi se sont battus pour leur couple, alors pourquoi pas nous ?

« Moi j'étais vers Siedlce, vous devez pas connaître mais c'est normal. Je suis parti quand j'avais seize ans, et j'ai atterri dans un trou perdu du Languedoc
- Tu sais ce qu'il te dit le trou perdu ?
- Ah bon, je t'en avais pas parlé ? » m'étonne-je en chuchotant vers Elois, surprise de ne pas m'être étalée sur ses parents. C'est plus facile que de parler de soi, pourtant. D'autant plus facile que j'ai horreur de raconter ma vie à n'importe qui.

Ahem. On parle d'Elois et toi, là.
Oui, 'fin au début. C'était juste mon avocat, au début.
À qui t'as bien été obligée de raconter une bonne partie de ta vie si tu voulais qu'il te défende. Ce qui t'a d'ailleurs sauvé la peau des fesses, si tu vois c'que je veux dire.


Je souris, bêtement. Elois les a eues mes fesses après, donc c'était donnant-donnant, j'ai pas été aussi radine que ce que Léon essaie de me faire croire. Mon sourire ne passe pas inaperçu puisqu'il ne se prête pas au sérieux de la question que ma mère a posée à Elois : elle me regarde d'ailleurs avec un drôle d'air, et je coupe le lien mental à Léon avant qu'il ne nous trahisse. Tu vas te trahir toute seule, j'fais rien moi. Oui ben continue à ne rien faire. Je prends la citronnade dans les mains à contre-coeur et écoute la réponse de mon compagnon à Charlotte, qui s'en satisfait et détourne enfin son attention de moi.

« C'est vrai que dit comme ça...
- C'est Piou qui arrive ?
- Oh, Elois, on a des amis qui viennent dîner avec nous ce soir, ça fait deux ans qu'ils n'ont pas vu Apolline, j'espère que ça ne dérange pas ? »

Sérieusement ? Le mettre devant le fait accompli c'est une chose, avec aussi peu de délicatesse c'en est une autre. Le bol de tapenade encore fermé dans les mains, elle va avec Piotr accueillir leur ami et son fils. Apolline profite des quelques secondes de répit pour faire un topo à Elois.

« Ce sont des amis gitans, que je connais depuis que j'ai l'âge de marcher. A la base Piou voulait me marier à tout prix avec son fils, mais t'inquiète pas, maintenant qu'il sait qu'on est ensemble ça devrait aller. »

Tu devrais en profiter pour asséner le coup de grâce à son fils et annoncer ta grossesse.
C'est fourbe.

Mais pas totalement idiot.

« Oh Linette ! Tu nous ramène un gadjo ? »

Léon se redresse un peu, et malgré sa carrure, n'impressionne pas Piou. Le gitan a pris l'habitude, et n'a pas accusé Léon d'être le fruit du mauvais oeil. Un des rares d'ailleurs. Je jette un oeil à Nyx, qui doit être aussi ballottée qu'Elois par cette arrivée tonitruante.

« Oh con ! Comme Dolores, il y voit rien ! Enchanté, moi c'est Piou, et l'gamin c'est mon fils Timo. P'tain oh Linette t'as encore changé, j'y crois pas. T'as pas un peu grossi aux states avec toute c'te malbouffe ? »
Prends ça...
« T'as oublié qu'on dit jamais à une femme qu'elle a grossi ? C'est hyper dangereux.
- Installez vous on allait passer à table. J'te sers du vin ?
- Envoie Carlita. Et mets-en un peu à Timo aussi, c'est bon il a l'âge. Bon c'est la première fois que Linette nous présente un gadjo, c'est l'bon lui ? »

Léon ne demande mentalement si j'ai osé oublier leur façon de mettre les pieds dans le plat. Je crois que non. Mes yeux se posent sur Elois, et je souris, apaisée. C'est le moment ou jamais.

« Ben j'espère, vu que Charlotte va être grand mère d'ici cet hiver. »

Un ange passe. Piotr s'étouffe avec un bout de pain.
AVENGEDINCHAINS
  
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