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Faire la guerre au monde entier ▲ Anja Mullër

 
  
MessageDim 14 Fév - 17:33
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Kyllian GriffinI'm all kind of BAD luck



faire la guerre

au monde entier


Anja Müller & Klodevig | Kyllian Griffin & Kaya | Forêt de Merkeley | Février 2016






Par les fenêtres de la petite roulotte volkswagen blanche et orange, la lumière oblique de cette fin d'après midi baigne la petite pièce d'ombre nettement découpée et de teintes dorées. Dans les pieds de lumière, quelques grains de poussière dansent lentement. On se croirait presque au printemps, avec cette lumière chaleureuse, malgré la neige s'étendant toujours à perte de vue dans la forêt alentour. D'ailleurs, il fait étonnamment doux à l'extérieur pour cette mi-février.

L'espace exiguë comporte une seule pièce. À l'avant, deux sièges font face au pare brise, celui du conducteur et du passager. Tout juste derrière, sans mur pour les séparer, il n'y a qu'un simple comptoir avec un lavabo, un mini-réfrigérateur et un petit fourneau, quelques armoires de bois en dessous ainsi qu'un support à vaisselle remplit d'assiettes fraîchement lavées. Au centre, il y a des fauteuils en L autour d'une petite table, qui sert principalement de débarras pour plusieurs petites boites, objets éparses et piles de papiers désorganisés. Le propriétaire ne possède pas grand chose, et pourtant il ne semble pas s'être donné la peine de classer celles-ci. Sinon, une petite télévision repose sur un buffet fixé au mur et la porte latérale du camping-car est située sur la droite. À l'arrière finalement, tout juste derrière le dossier des fauteuils, un lit double. Il n'y a pas de salle de bain.

Le propriétaire, un homme aux cheveux sombres assez long pour commencer à friser, rejeter vers l'arrière pour ne pas gêner sa vue, est penché au dessus de la petite table au centre de la pièce, cherchant visiblement quelque chose dans l'une des boites. Il porte un manteau de vieux cuir élimé sur les épaules, par dessus une chemise bleu à carreau et un t-shirt noir, ainsi qu'une simple paire de jean sombre et de lourdes bottes de travail en cuir hautes.

« Qu'est-ce que tu cherches là dedan, Kyllian? »

L'homme ne redresse pas la tête en réponse à la voix qui l'interpelle de l'extérieur, se contentant de répondre par une autre question :

« Tu sais où j'ai rangé les choses de mon père ? »

Une tête de coyote entre à l'intérieur, par la porte laissée entrebâillée.

« Dans le compartiment sous le lit, pourquoi? Et bon sang, ferme cette porte, sinon on va mourir de froid cette nuit! »

Sans prêter attention aux grondement mécontent de sa daemonne, Kyllian laisse les boites sur la table en plan pour se tourner vers l'arrière du véhicule. Il dégage le compartiment puis se penche pour en sortir une boite qu'il reconnaît aussitôt comme l'objet de sa convoitise. Il ouvre celle-ci, l'air préoccupé et les sourcils froncés, et ses doigts légèrement blanchit par le froid fouillent dans les quelques objets qui s'y trouvent. Un insigne militaire, quelques photos, une alliance de mariage, une pièce d'un vieux fusil de poing qui ne fonctionne plus, mais surtout une quinzaines de vieilles cassettes de musiques aux étiquettes décolorées par le temps et le soleil. C'est vers celles-ci que ses doigts se dirigent, les sortant une par une pour y lire le nom du groupe ou de l'artiste qui y figure, les remettant presque aussitôt, pèle mêle, dans la boite, jusqu'à ce qu'il s'arrête sur celle qu'il cherche.

Kyllian remet la boite dans le compartiment, se relève, attrape une bière dans le mini-réfrigérateur puis ressort enfin à l'extérieur. Son campement est sommaire, puisque temporaire, mais d'une grande efficacité. Le véhicule placé de façon à couper le vent du nord, le campement s'étend en demi cercle autour. Un feu de bois brûle au centre alors que quelques bûches font offices de sièges, à coté de deux chaises pliantes plantées dans la neige aplanie au sol. À droite, à une sorte de support fait de branches d'arbres, deux lièvres et un faisant, gibier de la journée, reposent la tête en bas. Un long fusil Winchester est adossé au camping-car près de la porte, juste à coté d'une réserve de bois de chauffage.

La daemonian s'avance vers le feu. Une grosse bûche sert de table basse, sur laquelle est posé une petite radio branchée à la génératrice du véhicule. Il dépose sa bière dans la neige à coté puis se penche sur la radio, ouvrant l’étui de la cassette. Sous le regard intrigué de Kaya, qui tente de lire dans ses pensées pour comprendre ce que fabrique son daemonian, Kyllian appuie sur la touche « jouer ».

Des accords de guitar s'élèvent dans l'air silencieux de la forêt, accompagnés de quelques voix.

« ♫ La la la la la. ♫ »

Kaya hausse les sourcils, légèrement surprise, et tourne son regard ambrée vers Kyllian qui se laisse tombé avec lassitude dans sa chaise près du feu. La voix de Cat Stevens couvre le bruit de l'ouverture de sa bière, avant qu'il ne jette le bouchon dans les flammes devant lui.

« ♫ Now that I've lost everything to you
You say you wanna start something new.
And it's breakin' my heart you're leavin'.
Baby, I'm grievin'.
But if you wanna leave, take good care.
Hope you have a lot of nice things to wear.
But then a lot of nice things turn bad out there. ♫ »


Kaya sent alors la détresse de son daemonian la frapper, tel une vague, et un vent de panique la prend elle même. Elle s'approche de Kyllian, s'assoyant à coté de lui et pose sa tête sur ses genoux. Les yeux de Kyllian sont perdus dans les flammes devant lui.

« ♫ Oh, baby, baby, it's a wild world.
It's hard to get by just upon a smile, girl.
Oh, baby, baby, it's a wild world.
I'll always remember you like a child, girl . ♫ »


Kyllian lève les yeux vers le ciel, levant sa bière comme pour porter un toast à une personne invisible, puis, sans un mot, boit une grande gorgée. Kaya comprend, avec un temps de retard, de quoi toute cette histoire retourne, et un vide semble se créer dans sa poitrine. Elle ferme les yeux, couchant les oreilles avec douleur. Ressentant les émotions de sa daemonne, Kyllian posa une main sur sa tête, pour la réconforter à son tour.

« ♫ You know I've seen a lot of what the world can do.
And it's breakin' my heart in two.
Because I never wanna see you sad, girl.
Don't be a bad girl.
But if you wanna leave, take good care.
Hope you make a lot of nice friends out there.
But just remember there's a lot of bad and beware. ♫ »


Aucun des deux ne veux interrompre la musique, aussi, Kaya murmure simplement mentalement :

« C'est aujourd'hui, n'est-ce pas? C'est son anniversaire? »

Kyllian hoche la tête et sourit faiblement, d'un sourire plus triste que joyeux.

« Il adorait cette musique, tu te souviens? Il mettait tout le temps cette vieille cassette en voiture. »

Kaya pousse un soupire pour toute réponse. Malgré tout ce qui les avait finalement éloigné avec les années, qui avait détruit sa santé, qui les avait divisés... Sam Griffin leur manque incroyablement à tout les deux. Le père de Kyllian avait été la seule personne a ne jamais l'abandonner, à l'aimer malgré la distance qu'ils devaient s'imposer entre eux, à cause du don de Kyllian, à l'aimer malgré leur vie, son don, leur histoire, les morts, la guerre... Seul la mort les avaient finalement séparés.

« ♫ But if you wanna leave, take good care.
Hope you have a lot of nice things to wear.
But then a lot of nice things turn bad out there . ♫ »


Kyllian ferme les yeux. Il tente de ne pas penser à la mort de son père, repoussant la colère et la culpabilité qui l'acable, se concentrant sur un souvenir. Il se souvient à la perfection de Sam, sourire au lèvre, qui chante à tue tête cette même chanson qui résonne à ses oreilles au volant de leur voiture. Son père voulait lui redonner le sourire, lui, âge d'à peine 12 ans, qui était malheureux de devoir de nouveau changer de ville. Il se souvient que Sam avait du attendre au deuxième refrain avant que Kyllian ne se déride et se mette à chanter avec lui. Avalant les kilomètres sur une interminable route solitaire dans le désert mexicain, même Kaya avait joint sa voix à la leur. Oubliant le reste du monde le temps d'une chanson, ils avaient été seuls au monde, se riant de ceux qui les recherchaient, de cette malédiction qui planait sur les épaules de l'adolescent. Envoyant tout au diable, et malgré leur voix de casserole à tout les trois, Sam avait augmenter le volume jusqu'à leur faire mal aux oreilles et ils avaient chanté, chanté, chanté...

Sa colère est apaisée, ne laissant qu'une sensation douce-amère enserrer son cœur, oscillant entre la peine de la perte et le réconfort du souvenir.

« ♫ Oh, baby, baby, it's a wild world.
It's hard to get by just upon a smile, girl.
Oh, baby, baby, it's a wild world.
I'll always remember you like a child, girl . ♫ »


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MessageSam 20 Fév - 0:19
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Anja MüllerNothing will be the same...
La forêt est belle sous la neige, mais Anja se demande pour la cinquième fois en une heure si elle a vraiment été bien inspirée de mettre une jupe. Elle n’avait pas exactement prévu d’aller voir Kyllian, à sa décharge. Elle avait prévu de bouquiner au chaud, mais justement il fait trop chaud et la chose en perd tout son charme.

De là à ramasser trois paquets de pâtes, à embarquer un tupperware congelé de poulet au curry, un autre de rôti de porc aux pommes et aux pruneaux, un troisième d’une recette de soupe française à base de légumes non broyés, de pâtes – encore – et de fromage, pas mauvaise du tout, le tout se retrouvant au fond d’une glacière avec un bloc de glace, et à fourrer la moitié des petits gâteaux aux amandes de la veille dans un sac… et surtout à ne réfléchir qu’une seconde et demi avant de glisser une certaine enveloppe dans son petit sac à main, tout de même, Klodevig trouve que c’était un peu exagéré. Voire précipité. Et en tout cas, mal avisé. Mais voilà plus de six mois qu’Anja n’écoute plus son avis que d’une oreille distraite, quand elle l’écoute. Il s’est donc borné à lui conseiller d’être "mesurée dans tes propos" une fois sur place, afin de "ne pas faire quelque chose que tu pourrais regretter"". En même temps elle ne risque plus grand-chose en la matière… trois mois plus tard elle ne sait toujours pas si elle regrette. Elle a mis un peu de distance néanmoins depuis, se contentant de laisser ses colis à l’endroit habituel sans chercher à voir le Mexicain – auquel elle n’arrive pas vraiment à penser comme à un Américain, ce qui est étrange au demeurant parce qu’il l’est bien plus qu’elle, Américain. L’expérience a été intense à plus d’un titre et elle ne tenait pas à revenir dessus. Elle n’y tient toujours pas d’ailleurs, préférant la garder pour elle sans devoir y mettre des mots ou réaliser qu’une tension nouvelle les sépare en plus de cette aura de malheur.

C’est au milieu d’une forêt enneigée qu’Anja se demande également, parfois, si elle n’aurait pas dû rajouter le numéro de la prof de yoga de son père. Elle a beau avoir parfaitement conscience que Kyllian n’est définitivement pas le genre de personne à pratiquer des exercices de respiration sur une musique d’ambiance, quelque part elle aimerait bien qu’il fasse au moins l’effort d’essayer. Ce n’est pas comme si son pouvoir ne nuisait qu’à lui après tout. Mais une chose après l’autre, le débat du jour portera sur le contenu de la fameuse enveloppe. En réalité, le plus clair de la balade forestière d’Anja en quête du vieux camping-car orange et blanc qui sert de lieu de vie à Kyllian a consisté en une tentative de préparation psychologique à l’engueulade de l’année, avec crise de larmes éventuellement. Ceci sans compter le fait qu’il s’agira de leur première rencontre depuis la "chose qu’elle pourrait regretter", évidemment… l’aura de Kyllian est invisible, pourtant elle a déjà l’impression de la voir enfler et désenfler autour de lui, au rythme d’un cœur qui bat. Avec elle dans la zone à risque.

Par moments l’envie l’étreint d’aller laisser son barda dans le coin habituel et de décamper une fois de plus, mais avec ses tupperwares encore congelés ce serait stupide. La chose est donc mal engagée, et de toute façon elle est sûre de la regretter. Le temps est compté. Il ne reste plus que quelques semaines pour se décider et Kyllian, en plus d’être encore plus méfiant qu’elle, est au moins aussi têtu. Retarder la discussion plus longtemps devient dangereux. Elle s’inquiète. Et qui sait ce qui pourrait lui arriver s’il reste seul, sans le support au moins lointain de la Rébellion ou d’une organisation quelconque ? Et s’il est blessé ? Comment paiera-t-il les soins sans assurance ? Même elle a bien dû reconnaître que sa fugue aurait pu avoir des conséquences encore plus désastreuses si son père n’avait pas malgré tout continué à payer son assurance…

Anja, récemment nommée agent d’accueil au service de recensement des parias – ce nom d’ailleurs, brrr – et de tout temps petite personne inquiète, tâtonne donc dans la neige dans sa jupe à froufrous préférée. Enfin, ce qu’Anja appelle des froufrous sont quelques discrets volants de dentelle, qui ne gênent pas davantage sa marche en pleine forêt que la jupe proprement dite, et certainement moins que la neige. A chaque fois qu’elle voit cette jupe elle a envie de la mettre, elle lui fait de jolies jambes… La jeune femme se fige soudain en se demandant comment sa tenue, son léger maquillage, sa rousseur nouvelle, bref sa féminité à nouveau mise en valeur depuis quelques mois, sera perçue par le Mexicain, et si cela ne risque pas de porter à confusion. Elle ignore le soupir mental résigné de Klodevig et le "à quoi penses-tu donc" qu’il traduit et reprend sa marche, un brin plus nerveuse. Comme si elle avait besoin de cela.

Les premières notes d’une musique parviennent à ses oreilles, et elle s’arrête une seconde. La chanson ne lui dit rien, pour ce qu’elle en saisit. Il est rare qu’elle entende ce genre de bruit près du campement de Kyllian, à vrai dire elle n’est même pas sûre d’avoir déjà entendu de la musique près du vieux véhicule. Pour un peu elle s’attendrait à ce qu’il soit en compagnie. Elle hésite. Peut-être vaut-il mieux partir ? Elle ne veut pas déranger, et quelque part elle aurait presque envie de ce prétexte pour remettre le débat à plus tard. Elle ralentit, essayant de voir ou d’entendre quelqu’un, en vain. Elle finit par apercevoir le vieux van, puis lui et Kaya, enlacés. Une terrible gêne l’envahit, la certitude de ne pas être à sa place, et elle recule discrètement. Sa tentative est néanmoins réduite à néant lorsqu’une racine pernicieuse lui frappe le talon pour le plaisir de la faire tomber les fesses dans la neige avec un petit couinement étouffé, une gerbe blanche et un bruit étouffé de glacière partie à la découverte de sa grande sœur neigeuse. Si par hasard elle avait réussi à rester inaperçue jusqu’à présent, là c’est fini. Elle se relève aussi vite que possible, en s’époussetant dignement le derrière, et récupère la glacière.

« Désolée… »

De vous déranger. D’être là au mauvais moment. D’avoir fait du bruit. D’être venue.

« Comment allez-vous ? »

Elle ne s’attend pas à une réponse sincère. Quelque chose lui souffle pourtant que la réponse à "tout va bien ?" serait un mensonge si éhonté qu’il vaut mieux les en dispenser tous les quatre et se contenter de cette tentative d’ouverture paisible. Autant éviter de le contrarier avant de sortir l’enveloppe… une fois à portée elle lui tend la glacière.

« Tiens… il y a trois tupperwares, il faudrait les mettre au frais si tu peux, j’ai fait un essai tu me diras ce que tu en penses ? Des pâtes comme d’habitude, et puis des gâteaux secs maison. Tu m’avais dit que tu les aimais bien l’autre fois alors… et puis ça se conserve bien… »

Perché sur une branche un peu à l’écart, Klodevig secoue la tête. Elle est nerveuse, déjà, rien que de lui tendre cette nourriture. Elle ferait bien de s’éloigner si elle tient tant à avoir cette fameuse conversation avec lui…
  
MessageVen 26 Fév - 3:32
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Anja Müller & Klodevig | Kyllian Griffin & Kaya | Forêt de Merkeley | Février 2016






Entre deux notes de guitare, un bruit de chute accompagné d'un petit cri fait émerger de leurs souvenirs et redresser vivement la tête à Kaya et Kyllian, en parfait duo. Le mexicain se lève, sur ses gardes et sourcils froncés, mais plus perplexe que sur la défensive.

Assise dans la neige à quelques mètres du campement, Kyllian aperçoit Anja et hausse les sourcils de surprise. Il ne s'attendait pas vraiment à la voir, bien qu'il en soit heureux. Son amie ne l'a plus visité ainsi depuis... enfin, depuis environ trois mois. Elle est bien venu lui porter ses traditionnels plats cuisinés et ses boites de pâtes, mais elle s'est toujours arrangé pour ne pas le croiser, laissant ses paquets à leur point de rendez-vous habituel.

Kyllian est convaincu qu'elle lui en veut. Certes, il est évident qu'elle l'évite, et Kyllian ne voit pas trente six raisons pour motiver son comportement. Un tic nerveux apparaît au coin de sa mâchoire, signe de sa tension, alors que les souvenirs de leur dernière rencontre s'imposent de manière plutôt intense à son esprit.

Sortant de l’hôpital, Anja s'était retrouvé chez lui, et ils avaient pu partager leurs confusion à la suite de la fin de la rébellion. Ce qui s'était passé ensuite lui avait paru à la fois incroyablement non prémédité, mais comme allant de soi. Trouver du réconfort et de la stabilité pour une nuit dans les bras l'un de l'autre, en envoyant balader la rébellion, le monde entier ainsi que l'aura de Kyllian avait été un geste qu'il ne croyait pas devoir regretter. Ils ne sont ni amoureux, ni dépendant l'un de l'autre, et pourtant, cela a définitivement jeter un froid. Kyllian n'est tout bonnement pas la référence numéro un en matière de relation sociale...

Kaya couche les oreilles sur son crane et laisse échapper un son entre l'agacement et le dégoût. Évidement, comme l'esprit de Kyllian est aussi efficace qu'une passoire à pâtes pour retenir ses pensées d'être communiqués à Kaya, celle-ci à droit à un magnifique replay de la scène.

« Sincèrement, tu penserais en permanence au sens de la vie selon Platon que tu me donnerais moins envie de t'enfoncer la tête dans la neige. »

Kyllian tire un grimace et lance un regard oblique à sa possessive et acerbe daemonne.

« Fais un effort s'il te plait. C'est la première fois qu'elle revient depuis trois mois. »

« Tss. Raison de plus! Si elle croit s'en sortir avec des yeux doux après trois mois de silence après t'avoir b... »

« Kaya! Tu sais très bien que ce n'est pas comme ça entre elle et moi. »

Kaya émet une sorte de grommellement, ni approbateur ni l'inverse, mais Kyllian choisis d’interpréter cela comme une victoire temporaire et se détourne de la coyote pour s'avancer vers Anja. La jeune femme s'est remise sur pied et s'est avancée dans l'air dégagée de son campement.

« Désolée… »

Kyllian balaye la question de la main pour signifier que ce n'est rien. Les dernières notes de « Wild World » s'estompent dans l'air et Kyllian sent un creux se former dans sa poitrine, étrange malaise teinté de douleur. Les premières notes du morceau suivant, « Father and Son », débutent et la pression semble se relâcher un peu. Le tout est plutôt ironique, compte tenu du sujet et des paroles de la chanson, mais celle ci avait moins de signification pour Sam Griffin.

« ♫ It's not time to make a change,
Just relax, take it easy.
You're still young, that's your fault,
There's so much you have to know.
Find a girl, settle down,
If you want you can marry.
Look at me, I am old, but I'm happy. ♫ »


Il prend une grande inspiration, tentant de mettre de l'ordre dans ses idées, ne sachant pas du tout par où commencer. Qu'est-ce que quelqu'un de normal et de sensé peut bien sortir pour ne pas empirer une situation awkward lorsque l'une de ses seules amies reviens vous voir après avoir couché ensemble? « Hey, long time no see! » est définitivement hors de question. Parler de la température n'aidera pas non plus. Anja lui épargne le calvaire des premiers pas en prenant les devants.

« Comment allez-vous ? »

Kyllian reste d'abord muet, son regard trouvant le sien, ses propres iris verts clairs s'accrochent dans ceux bleutés d'Anja. Il lui offre ensuite un petit sourire en coin, haussant les sourcils comme pour dire « Well, you know... ». Elle le connait trop pour gober son « ca va » habituel. Pour lui, rien n'est jamais complètement « bien », ni tout à fait « mal ». Il a trouvé un équilibre étrange entre les deux, que son isolement aide à entretenir et qui s'écaille dès que l'implication d'autres personnes devient trop importante, réveillant des émotions étouffées dans cet équilibre précaire construit de toute pièce, tel un château de carte qu'on peut souffler en expirant trop fort.

Anja lui tend la glacière qu'elle tient entre ses mains et alors que Kyllian baisse les yeux pour s'en saisir, se rend compte que la demoiselle est en jupe. Sa première réflexion, « Mais qu'est-ce que tu fou en jupe en plein hiver au beau milieu de la forêt? » est très rapidement remplacé par le souvenir un peu trop connu de ses jambes dénudées. Kyllian avale de travers, priant pour que l'air frais justifie le rouge qui a du lui monter aux joues, et attrape rapidement la glacière.

Kaya ne manque pas de relever mentalement son état de malaise chaotique mental. Entre l'anniversaire de son père, le fait de la revoir enfin et le souvenir de leur dernière soirée ensemble... C'est la fiesta dans le baromètre à émotion.

« Ton aura va faire fondre la neige autour de toi si tu continue à la laisser jouer au yoyo avec ta tête, Hermano. »

Bon. Malgré le sarcasme et le commentaire déplaisant et non complètement justifié envers Anja, la coyote n'a pas tord. S'il ne souhaite pas que la situation déjà précaire se transforme rapidement en une scène de drame à la Victor Hugo, il doit mieux se contrôler.

« Tiens… il y a trois tupperwares, il faudrait les mettre au frais si tu peux, j’ai fait un essai tu me diras ce que tu en penses ? Des pâtes comme d’habitude, et puis des gâteaux secs maison. Tu m’avais dit que tu les aimais bien l’autre fois alors… et puis ça se conserve bien… »

Il n'a jamais été très à l'aise avec l'idée de recevoir des choses de quelqu'un d'autre, de recevoir de l'aide en général non plus. Habitué à se débrouiller tout seul, à être auto-suffisant ou encore à venir lui même en aide aux autres, se retrouvé dans la position d'aidé lui semble aussi incongrue que non nécessaire. Mais Anja avait insisté, et il ne peut pas nier à quel point les repas qu'elle lui prépare ont apporté de la diversité et du bonheur à sa table. Kyllian sait chasser et cuisiner pour survivre, mais si l'on parle de manger pour le plaisir... c'est un domaine inconnu.

Même Kaya se déride à la mention de la nourriture. Il serait mal venu de mordre tout de suite la main qui vous nourrit, et elle apprécie encore plus que Kyllian de ne pas avoir à manger toujours la même chose tout les soirs. Ainsi, pour contrer le malaise que ces « dons » lui font vivre, Kyllian a plutôt instaurer un système d'échange. En fournissant de la viande fraîche en quantité à Anja en échange de ses plats cuisinés, il fait économiser à la jeune femme sur sa facture d'épicerie. Tout le monde y gagne, et c'est mieux ainsi.

Kyllian lui sourit en la remerciant, déposant la glacière de coté sans l'ouvrir. Ils ont définitivement d'autres choses à discuter avant de papoter culinaire, et il fait assez frais pour ne pas s’inquiéter de perdre la nourriture.

« Merci Anja. J'ai plusieurs paquets pour toi aussi au congélateur. Du daim, du faisant et du lapin. J'espère que ça payera l'équivalent de ce que tu fais pour nous avec ta cuisine. »

Sa voix grave aux légers accents espagnol semble sonner un peu faux. Comme il s'y est attendu, bien que le remerciement soit sincère, les banalités ne servent à rien pour atténuer la tension ou le malaise dans lequel ils se trouvent. Le silence s'impose donc pendant de longues secondes où seul la musique en trame de fond est audible.

« ♫ How can I try to explain, when I do he turns away again.
It's always been the same, same old story.
From the moment I could talk I was ordered to listen.
Now there's a way and I know that I have to go away.
I know I have to go. ♫ »


Kyllian tente de lire ce qui se passe dans la tête de son amie, question de savoir par où commencer. Elle est nerveuse, il l'a sentit dans sa voix, et tout dans son expression jusque dans sa posture lui confirme cette idée. Est-ce que le seul fait qu'ils aient eu une histoire peut justifier cette nervosité? Et son éloignement? Pourtant, c'était autant elle que lui qui avait amorcé la chose. Non, il doit y avoir autre chose. Plusieurs idées traversent l'esprit de Kyllian, allant de la crainte qu'Anja ait des problèmes avec les autorités jusqu'à l'éventualité où elle craindrait qu'il ressente des sentiments autre que de l'amitié pour elle. Kyllian voudrait tout rectifier d'un coup, lui dire à quel point il est désolé si leur histoire l'a mise mal à l'aise et que pour lui, rien ne change entre eux, sinon de se comprendre mieux qu'avant, mais son naturel protecteur, inquiet et paranoïaque prend le dessus.

Penchant la tête vers elle, soucieux.

« Qu'est-ce qui se passe Anja, est-ce que tout va bien? Est-ce que tu as des ennuis? »

Une autre option vient s'accaparer malgré lui une partie de son esprit. Comme une petite voix mesquine au fond de sa tête. Et si elle se tenait éloigné de lui, non par malaise, mais pour une autre raison? Pour quelque chose qu'elle ne sais pas comme lui dire ou a peur de la faire? La question du recensement est déjà épineuse entre eux mais... s'il s'agit d'autre chose? Et surtout, pourquoi maintenant, après trois mois?

Plutôt que de rougir, Kyllian se sent cette fois un peu blêmir. Kaya capte ses pensées et se tend aussitôt. Oubliant sa trêve passagère à l'encontre d'Anja pour sa contribution alimentaire, et avec sa franchise acide s'exclame :

« Si està embarazada, te estoy advirtiendo, que va a desmayarse. »

La choc l'a fait parler en espagnol, et compte tenu que la traduction consiste en « si tu es enceinte, je te préviens, il va tourner de l'oeil », Kyllian est plutôt content qu'elle n'ait pas employé l'anglais. Et pourtant, l'idée lui semble de plus en plus plausible. C'est la raison parfaite pour ne pas vouloir lui parler avant. Trois mois... Ses yeux descendent malgré lui vers le ventre d'Anja. À trois mois, la grossesse se voit à peine, surtout sous un manteau comme l'hiver lui impose de porter. Pourtant, c'est le moment critique. Avant que les choses s'ébruitent, elle vient le lui annoncer, parce qu'elle n'a plus le choix. C'est absurde, irréaliste, et pourtant, cela est tout à fait logique et fait tellement de sens.

En deux secondes, le cerveau de Kyllian se met à tourner à 200 à l'heure et une foule d'information lui traversent l'esprit. L'horreur et la panique, déjà. Non pas d'un enfant à proprement parler, ni l'idée qu'Anja en soit la mère – ça c'est plutôt la bonne nouvelle malgré tout -, mais à cause de son aura. Comment pourrait-il être père, alors que sa seule présence pourrait rendre malade son propre enfant? Il n'a d'ailleurs aucune qualification comme parent et avec son aura, ses traumatismes, son passé militarisé, sa qualité de paria et j'en passe, il doit bien être au bas de la liste des prétendant de choix pour les futur papa modèles, à coté des ivrognes de fond de taverne et des meurtrier psychopathes de ce monde.

Pour Anja comme pour l'enfant, l'idéal est qu'il disparaisse. Qu'ils vivent comme s'il n'avait jamais exister. Il se voit remballer ses affaires et reprendre la route. Disparaître dans la nature, abandonner son parrain, Dem', Nicolae... toutes les personnes qui ont gagné une place dans son cœur et sa vie depuis la dernière année. Et pourtant il n'aura pas le droit d'en être triste. Son sacrifice sera essentiel. Jamais il ne pourrait mettre la santé ou le bonheur de son propre enfant en jeu. Si, tout comme son père, l'enfant tombe malade à force d'être exposé à son aura, de le toucher... Il ressent pour la première fois la certitude qu'il ne pourrait pas le supporter.

Et pourtant, comment pourrait-il seulement les abandonner? Il devra trouver une solution. Se recensé, déjà, pour pouvoir travailler d'avantage et ne pas les mettre en danger. Continuer de vivre dans les bois, limiter les contactes, ne jamais se permettre de toucher l'enfant... Cette idée lui fait grimper un frisson d'horreur dans le dos. Il ne sait plus si la douleur sera plus grande de ne pas pouvoir voir son enfant grandir ou celle de l'avoir tout près sans jamais pouvoir le toucher ou être réellement présent pour lui.

Son cœur s'est emballer et il secoue la tête pour tenter, sans succès, de dissiper ces idées. Kaya fixe toujours Anja avec une intensité toute particulière, les échos de sa phrase cryptés flottant toujours en l'air, et Kyllian se sent obligé de demander :

« Est-ce que tu es... enfin... est-ce qu'on... »

Nope. Il n'y a définitivement pas moyen qu'il parvienne à prononcer cette simple phrase. Kaya en revanche...

« For God's sake... Tu es enceinte, c'est ça? »

Si Kyllian n'était pas actuellement figé sur place, pendu aux lèvres d'Anja pour entendre la réponse, il se serait frapper le front avec ses deux mains. La subtilité est un art que ni lui ni Kaya ne semblent avoir côtoyé, de près ou de loin.

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MessageSam 5 Mar - 4:06
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Evidemment Anja ne s'attend pas à ce qu'il n'entende pas, c'est déjà surprenant qu'elle ait pu approcher aussi près du van sans susciter la moindre réaction de leur part. Inquiétant, même. Mais elle aurait presque aimé qu'il fasse semblant de ne pas l'entendre, pour la laisser poser la glacière dans un coin et filer. Il n'a pas l'air spécialement content de la voir, mais pas mécontent non plus et c'est toujours ça de pris. Oh, bien sûr, elle saisit les oreilles rabattues de Kaya, les échanges de regards entre les deux, mais ce que pense Kaya lui est au fond souverainement égal. La jeune femme n'a rien de particulier contre le coyote, même si elle a bien remarqué qu'elle ne la porte pas dans son coeur et que trois mois de silence radio n'ont probablement - et visiblement - rien arrangé. Kyllian attrape son regard au vol, elle aimerait bien se défiler encore mais elle n'ose pas, il y a quelque chose dans ses yeux qui la retient. Elle aime bien leur couleur en temps normal mais là elle repense à la dernière fois qu'elle les a vus de près et, non, mauvaise idée. Il aurait mieux valu penser au reste d'émotions mêlées qu'elle aurait pu y distinguer. Elle n'obtient aucune réponse formulée à sa question, juste un haussement de sourcils et un petit sourire qu'elle a appris à connaître et à traduire par "rien de grave/important/dont j'aie envie de parler", et répond d'un petit sourire maladroit avant de tendre la glacière à bout de bras comme la lycéenne japonaise en minijupe qu'elle n'est... pas du tout. Elle ne devrait pas s'en formaliser mais s'en inquiète un peu quand même, peut-être en partie à cause de l'aura qu'elle ne voit pas, si au moins elle pouvait la voir, elle saurait au moins quand l'angoisse ou l'énervement viennent d'elle et quand ils viennent de ce pouvoir de malheur. Au lieu de ça, elle réinstaure une distance de sécurité minimale avec sa glacière et son babillage. Quoi que, le babillage n'est peut-être qu'une façon bien commode de tromper l'angoisse qui lui serre doucement la gorge. Quand le Mexicain baisse les yeux vers la glacière alors qu'elle parle encore mais l'étudie toujours, il lui semble le voir rougir, et il n'en faut pas plus pour la faire rougir aussi. Peut-être n'est-ce que de froid ou de gêne qu'elle lui ait encore amené un convoi de ravitaillement, mais tout de même. Ils doivent être beaux, tiens. On dirait deux ados effarouchés qui hésitent à s'effleurer les lèvres... ... ...elle aurait tellement dû trouver une comparaison plus pertinente.

Kyllian finit enfin par prendre la glacière, mais ce n'est que pour la poser à côté de lui. Visiblement il ne tient pas à la laisser repartir sans discuter. Si au moins elle était sûre qu'il ne va pas l'agonir de reproches... ou lui dire que c'était chouette et que remettre ça une fois de temps en temps ça serait sympa, parce qu'elle a tellement évité d'y penser qu'elle ne saurait pas quoi répondre... Il lâche simplement quelques mots qui n'arrangent qu'à moitié les choses. Le remerciement est sincère, elle l'imagine mal ne pas l'être de toute façon, juste... juste quelque chose ne va toujours pas. Trop de non-dits, trop d'évitement qui flottent dans l'air. La jeune femme aurait bien aimé avoir quelque chose de plus spirituel à répondre que :

« Oui, oui bien sûr... ça le vaut largement. J'ai trouvé des tas de recettes pour en faire autre chose que de la daube, c'est très bon et puis ça change de ce qu'on trouve en ville. Ne t'inquiète pas. »

Que n'a-t-elle pas dit là. Même la musique parvient à peine à détourner son attention de l'air épais qui les entoure.

« Qu'est-ce qui se passe Anja, est-ce que tout va bien? Est-ce que tu as des ennuis ? »

Visiblement "ne t'inquiète pas" n'était pas la chose à dire à Kyllian si on ne voulait pas qu'il fasse le contraire. Cet esprit de contradiction purement masculin a quelque chose de surnaturel.

« Hein ? Non non, tout va bien... beaucoup de travail simplement, et puis la DHP, et les cours de langues à côté pour arrondir les fins de mois... »

Danois, allemand, grec, latin. La demande n'est pas énorme, c'est surtout l'allemand et un peu le latin qui intéressent, mais quelques heures par semaine suffisent à assurer un revenu complémentaire loin d'être négligeable. Elle a des livres à acheter. Trop heureuse d'avoir trouvé un sujet presque anodin sur lequel broder un peu, elle ne remarque pas tout de suite qu'il devient brusquement translucide, seulement lorsque le cri acide de Kaya la fait sursauter. L'espagnol ne figure pas parmi ses compétences linguistiques, la phrase a l'air trop longue pour une insulte sortie de nulle part... Kaya parle à peine d'habitude, est-ce qu'elle lui pèse à ce point avec son babillage et la phrase pourrait-elle se traduire par quelque chose comme "mais tu vas la fermer oui ?!" ? Anja cligne des yeux, interdite, le regard posé sur le canidé, en se demandant s'il vaut mieux répondre tardivement "hein ?" ou la prendre de haut et lui rappeler que ça ne se fait pas de parler dans une langue inconnue à son interlocuteur. Elle fixe à nouveau l'humain du duo qui bafouille, les sourcils inquiets. Il se passe quelque chose entre les deux, mais elle n'a pas encore compris quoi. Le "est-ce qu'on..." de Kyllian lui serre la gorge. Ca y est, à tous les coups c'est la question qui tue, "est-ce qu'on est ensemble ?". Horreur, désespoir. Son premier réflexe est de tendre son esprit vers Klodevig en quête de soutien, mais Klodevig est toujours perché sur sa branche là-bas à se geler les pattes, et n'a suivi la conversation que de loin, en plus leur lien mental est dans un état catastrophique, alors sent-il seulement qu'elle a envie de l'appeler à l'aide, mystère. De toute façon Kaya finit par lâcher, en anglais cette fois, et avec toute sa délicatesse coutumière :

« For God's sake... Tu es enceinte, c'est ça ? »

Et Anja la fixe sans comprendre, le temps que son cerveau traduise le mot et tout ce qu'il implique.

« ...non mais ça va PAS la TÊTE ?! »

C'est un couinement étouffé qui s'achève en cri paniqué, un recul maladroit de deux ou trois pas et un regard soudain terrifié. Enceinte, enceinte, non mais et puis quoi encore ?! C'est pas possible, elle a eu ses règles, puis elle a vérifié quand même au cas où... non, c'est pas possible. C'est pas possible, elle a eu les papiers entre les mains, mais soudain elle a terriblement besoin d'une confirmation quelconque. Elle réalise avec un temps de retard, en sentant le regard vert braqué sur elle, que sa réaction posée et mesurée pourrait, avec sa chance, être traduite par "je préférerais encore porter l'enfant d'un porc plutôt que le tien, Kyllian Griffin". Elle s'efforce de rectifier le tir.

« Enfin je veux dire... non, non j'ai vérifié. J'ai vérifié. Ca et le reste. Nous sommes clean. Mais bon sang. Je t'aurais prévenu quand même, tu ne crois pas ? Et... et où as-tu été chercher ça d'abord ? »

Peut-être a-t-il des fantasmes de paternité refoulés ? La crise de la trentaine qui approche ? Ou peut-être est-ce une espèce de peur plus ou moins commune chez les hommes ? Ou une peur spécifique chez lui ? D'habitude elle fait le nécessaire pour que la question ne se pose même pas, mais l'autre jour... elle n'avait pas de quoi, et si par hasard lui en avait il n'y a pas davantage pensé qu'elle.

« Non Kyllian, vraiment. Je ne suis pas... enceinte. »

Le mot est difficile à prononcer.

« J'ai juste... »

La jeune femme pousse un gros soupir et traîne des pieds jusqu'à l'une des bûches disposées autour du feu. Elle a comme qui dirait besoin de s'asseoir avant de retomber les fesses dans la neige. Et ses mains sont passionnantes, en plus.

« ...je voulais juste éviter ce genre de discussion. »

Les yeux d'Anja sont humides lorsqu'elle les lève de ses mains pour regarder Kyllian. Là tout de suite, elle a désespérément besoin que quelqu'un lui dise que tout va bien.

« Tu... est-ce que... quelque chose a changé tu crois ? »

Elle ne sait pas. Elle ne sait plus. Et elle a soudain désespérément besoin de savoir avant de sortir son enveloppe.
  
MessageMar 29 Mar - 19:31
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Anja Müller & Klodevig | Kyllian Griffin & Kaya | Forêt de Merkeley | Février 2016






« ...non mais ça va PAS la TÊTE ?! »

Le poids du monde semble se dérober sous lui lorsqu’Anja prononce enfin ces paroles. Ses épaules s’affaissent mais la tension sur son visage ne s’envole pas. Il devrait être rassuré, heureux même. C’est pratiquement une catastrophe qu’il vient d’éviter, pas pour lui-même, mais pour Anja et leur avenir. Pourtant, tout cela lui laisse un gout amer dans la bouche.

Regrets ? Coup de fouet de sa réalité en plein visage ? Malaise ? Probablement un peu de tout cela. Les frissons qui lui parcourent la peau et l’adrénaline qui pompe dans ses veines l’empêche de réfléchir clairement.

Nerveux, il se passe les deux mains dans ses cheveux sombres, lâchant une sorte de soupir retenu. Il cherche les bons mots pour expliquer ses craintes et sa réaction sans les trouver. Heureusement, Anja enchaine rapidement.

« Enfin je veux dire... non, non j'ai vérifié. J'ai vérifié. Ça et le reste. Nous sommes clean. Mais bon sang. Je t'aurais prévenu quand même, tu ne crois pas ? Et... et où as-tu été chercher ça d'abord ? »

Ses bras retombent avec un abattement et il la dévisage sans s’en vraiment s’en rendre compte. Une ride soucieuse barre alors son front, son masque tombant pour révéler l’inquiétude et l’angoisse que le silence d’Anja avait cause chez lui.

« No sé… »

S’apercevant qu’il a commencé a parlé espagnol, il secoue la tête en serrant la mâchoire. Non mais qu’est-ce qu’il lui prend, bon sang ? Pourquoi toute cette histoire le met dans un tel état, au point de lui faire reprendre sa langue maternelle ?

Même Kaya est surprise. C’est généralement elle qui utilise l’espagnol pour s’exprimé lorsqu’elle est anxieuse ou énervée, Kyllian ayant étrangement plus de maitrise sur la langue qu’il emploie. Pour une fois que ce n’est pas l’inverse…

« Je ne sais pas Anja! Tu ne donnais plus de nouvelles, je… J’ai cru… »

Kyllian serre les poings et détourne les yeux. Parler lui semble dangereux maintenant, tant qu’il n’aura pas calmé ce tourbillon d’émotions contraires qui ragent à l’intérieur de lui. Il sent qu’il pourrait exploser, pas contre elle, mais contre lui, quoi que l’effet ne serait pas franchement différent, d’où la nécessité d’éviter.

Il s’est inquiéter, à imaginer tous les scénarios possibles, de l’accident à une hypothétique haine profonde qu’elle aurait ressentie contre lui. Il s’en veut tellement maintenant, d’être allé trop loin, mais tout ce qu’il ressent lui semble trop compliqué pour être expliqué.

Kaya est étrangement silencieuse près de lui, mais tel une antenne radio, il capte le malaise et les regrets du coyote. C’est elle qui a finalement insisté sur cette option et elle regrette maintenant le chaos mental que cela à créer chez son daemon. Kyllian est trop pris par ses propres pensées et par le fait de tenter d’expliquer l’inexplicable à une Anja tout aussi troublée que lui pour la rassurée.

« Non Kyllian, vraiment. Je ne suis pas... enceinte. J'ai juste... »

Kyllian relève les yeux vers elle en entendant sa voix se brisée. C’est avec un pincement au cœur qu’il la voit s’avancé lourdement vers l’une des bûches près du feu et s’y laissée tombée avec abattement. Ses propres craintes sont balayées et l’ouragan se calme, laissant un vent froid lui glisser un frisson dans le dos. Il a toujours été incapable de voir quelqu’un qu’il aime être malheureux ou blessé sans qu’une force viscérale le pousse à vouloir renverser le monde entier. La sensation est particulièrement violente lorsqu’il est la cause de cette souffrance.

« ...je voulais juste éviter ce genre de discussion. »

Elle relève les yeux vers lui et ceux-ci sont brillants de larmes à naitre. Il ne s’en veut que d’avantage.

« Tu... est-ce que... quelque chose a changé tu crois ? »

Kyllian secoue la tête négativement puis prend une grande respiration en silence. Hésitant, il fait un pas en avant, puis avec plus d’assurance, franchis la distance qui le sépare d’Anja. Il s’agenouille devant elle, pour se mettre à sa hauteur et cherche son regard.

La rassurer. Faire disparaitre ces larmes avant qu’elles ne naissent réellement. Éclaircir une page d’ombre de leur histoire qui leur cause du mal pour rien. C’est tout ce qui compte.

Il vient pour lever la main et prendre la sienne mais avorte son geste. Ils n’en sont définitivement plus à un touché près, mais il préfère éviter. Avec son propre chaos émotif des dernières minutes, entre l’anniversaire de son père, le fait de revoir Anja après tant de temps, l’angoisse et la peur d’une révélation qui aurait changé leur vies… son don n’est certainement pas à un seuil raisonnable de dangerosité.

Sans compté que s’il souhaite lui faire comprendre qu’il ne lui en veut pas, qu’il n’attendait rien d’elle de plus, que rien n’a changé… lui prendre la main n’est pas le geste par excellence pour illustrer le tout. En particulier lorsque la question porte justement sur un écart dans leur relation ayant mené à « trop » de contacts physiques.

Il lui sourit doucement, d’un sourire qu’il ne parvient pas à ne pas rendre un peu triste, la barre soucieuse toujours présente sur son front, puis de la voix la plus rassurante qu’il possède, lui dit :

« Hey… Anja, ça va aller. Je suis tellement désolé, je… Je n’ai jamais voulu que ce qui s’est passé entre nous te blesse ou... »

Il hésite, les mots sont difficiles à dire. Il pousse finalement un léger soupire, abandonnant cette partie d’excuse pour l’instant, puis répond enfin à sa question. Il espère qu’elle comprendra la sincérité de ses mots. Il ne peut lui offrir beaucoup plus.

« Non. Non rien n’a changé, pour moi du moins. Pour toi ? »

Implicitement, cette question en contient beaucoup d’autres. Est-ce que tu m’en veux ? Est-ce que j’ai été trop loin ? Est-ce que tu ressens quelque chose pour moi ? Cette dernière avenue lui semble entièrement étrangère et absurde. Il ne s’imaginait pas une seule seconde qu’Anja puisse ressentir autre chose pour lui que cette forte amitié qui les avaient liés, mais la situation est assez brouillonne et ambiguë pour que n’importe quoi puisse faire office d’option envisageable.

Bon. Ce n’est probablement pas la question la plus efficace pour éviter un sujet épineux et la rassurer, mais Kyllian n’a pas le choix. Ils doivent absolument éclaircir la question afin qu’aucun malentendu ne subsiste et qu’enfin, ils puissent réellement faire comme si rien n’avait changé.

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MessageJeu 21 Avr - 11:23
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Anja MüllerNothing will be the same...
Il a presque l'air déçu. Choqué. Triste. Nerveux, en tout cas. Alors elle rectifie le tir, vite. Elle sent sa gêne quand il finit par lâcher deux syllabes en espagnol, ne les saisit pas. Il a l'air énervé soudain, et reprend en anglais.

"Je ne sais pas Anja ! Tu ne donnais plus de nouvelles, je... j'ai cru..."

Et lui, a-t-il cherché à en avoir, des nouvelles ? Anja lui rend un regard neutre. Elle lui a donné son téléphone à l'époque de la Rébellion, il aurait pu appeler depuis le garage... non ? Non, à ce qu'il paraît. Peut-être que Kyllian a eu trop peur de lui attirer des ennuis... ou de la braquer... ça se tient au fond, connaissant le personnage. Pourtant elle aussi avait attendu des nouvelles. Elle n'avait rien cru, elle. Pour une fois. Kyllian est un grand garçon, habitué à vivre dehors dans les pires conditions. Si lui n'est pas capable de se débrouiller tout seul, ce n'est certes pas elle qui va pouvoir l'y aider... et puis il a pris ses tupperwares de toute façon, il était donc vivant et bien portant.

Elle va s'asseoir, et la bûche est froide et dure sous ses fesses. Elle arrive enfin à regarder le brun. Elle ne sait pas si l'eau salée dans ses yeux est bien à elle, ou si c'est celle du pouvoir de Kyllian, et ça l'énerve. Elle cligne des yeux en espérant chasser le flou et fixe à nouveau ses doigts pendant qu'il se rapproche. Elle est désolée. Si désolée. Elle le voit tendre les doigts, se figer, renoncer, et quelque part ça la blesse. Elle a le coeur serré, toujours sans bien savoir pourquoi. Il aurait voulu la toucher et n'a pas osé. Pudeur ou pouvoir, encore ? Elle a envie de le serrer dans ses bras, soudain. Il est triste, elle le sait, elle le voit, et elle a besoin qu'on la prenne dans des bras rassurants en lui disant que tout va bien. Foutu pouvoir. Foutu pouvoir... Elle serre les dents, ravale la pluie dans ses yeux. La dernière fois qu'elle lui a pleuré sur l'épaule, ils ont bien vu ce que ça donnait, hors de question de renouveler l'expérience... et hors de question de lui causer encore du souci.

Elle l'entend à peine s'excuser, lui jurer qu'il ne voulait pas la blesser. Elle a envie de le toucher, besoin de le toucher, tel l'enfant touche les braises et regarde en pleurant la cloque enfler sur ses doigts, besoin de le rassurer à son tour, de lui dire que ça va, pourtant si elle parle sa voix va vaciller et elle ne veut pas qu'il soit encore plus désolé. Alors elle essaie de sourire elle aussi, un sourire tendu en écho au sourire triste en face d'elle, dénoue et renoue ses doigts avec une nervosité qu'elle espère cacher un tant soit peu. Le verdict sonne enfin. Rien n'a changé. Elle aurait dû être soulagée. Son coeur se serre encore, pourtant, et sa gorge aussi. Ca va aller. Sans répondre, elle dégage à nouveau les doigts de droite et saisit, avec une douceur non départie d'une certaine poigne, le poignet droit de Kyllian. Elle ne le touche pas, juste ses habits. Ca ira. Elle le regarde dans les yeux et parvient à esquisser un vrai sourire. Ca va aller. Elle est toujours là pour lui, et il est là pour elle. Deux frères de guerre en quelque sorte, bien qu'elle n'ait appris que deux saisons plus tôt que les pistolets disposaient d'une sécurité... sa guerre elle l'avait toujours faite sur un front où ces sinistres engins l'auraient plus desservie qu'autre chose.

Après quelques secondes, elle tente d'articuler quelque chose. Sa voix est éraillée. Elle tousse, réessaie.

"Toujours là, vieux. La prochaine fois que tu t'inquiètes, appelle, au lieu d'aller te retourner le cerveau, d'accord ?"

Pas tout à fait une réponse, peut-être pas celle qu'il attend. Elle n'est pas sûre d'arriver à répondre en toute franchise, le regard droit et la voix assurée, que non, rien n'a changé. Si rien n'avait changé, réalise-t-elle soudain, elle n'aurait sans doute eu aucun souci à revenir en souriant avec la cargaison de tupperwares suivante, à lui claquer deux bises sur la joue, et à discuter de la pluie et du soleil. Elle l'avait fait tant de fois avec d'autres, avant, à Naestved. Peut-être que "Naestved" et "avant" étaient devenues paroles à bannir, à présent que son bras était balafré de cette hideuse cicatrice et qu'elle avait vu le trépas de près.

Elle finit par lâcher le bras de son vis-à-vis, sourit sans parvenir à écarter pour de bon le voile dans ses yeux. Elle a toujours des difficultés à avaler et à respirer.

"Je préfère t'avoir, toi, plutôt que de risquer d'avoir plus et n'avoir plus rien. Que rien ne change Kyllian, c'est ce qui peut nous arriver de plus souhaitable je crois."

Ce n'est pas d'elle. Elle s'inquiète presque, à tenir de tels propos. Elle inspire. Ca brûle, ça suffoque.

"Alors non. Rien n'a changé."

Rien ne doit avoir changé. Sinon ils vont se faire souffrir et finir par se perdre. Tels la braise et la paille, qui deviennent quelque chose de beau, de chaud, de brillant, et finissent par s'éteindre l'un avec l'autre d'avoir trop brillé.
  
MessageMer 4 Mai - 4:17
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Son geste de recul n’aura servi à rien. Kyllian n’est pas certain de ce qu’il a voulu préservé en retenant sa main de saisir celle d’Anja. L’habitude d’éviter les contacts physiques est une réponse trop vague, trop facile et définitivement plus adaptée pour sa relation, quelle qu’elle soit, avec la jeune daemonienne.

Alors, plutôt, pour éviter d’aggraver la tristesse dans ses yeux ? Pour éviter de rappeler les autres gestes posés des mois plus tôt ayant mené à cette situation douloureuse ? Un peu de tout. De la peur aussi. De lui-même, de ce qu’il est comme de ses sentiments, de ce qu’il pourrait ressentir. Allez savoir.

Peu importe ce qui l’a réellement motivé, Anja l’efface du bout des doigts en saisissant son poignet. Un mélange confus d’inquiétude et de soulagement lui serre alors la poitrine, comme s’il avait attendu, espérer ce geste, tout en souhaitant qu’il n’arrive pas. Mais le soulagement l’emporte. Anja ne lui en veut pas, du moins… pas autant qu’il l’avait craint.

« Toujours là, vieux. La prochaine fois que tu t'inquiètes, appelle, au lieu d'aller te retourner le cerveau, d'accord ? »

Kyllian esquisse un sourire en coin puis hoche la tête. Elle lui a manqué plus qu’il ne se le laissait croire.

Il n’a aucune idée si cela est une bonne ou une mauvaise chose, mais peu lui importe maintenant. La confusion perpétuelle entre les différentes façons d’aider et de protéger ceux qu’il aime ne fait pas plus de sens, après toutes ces années. Ce n’est pas seulement les sentiments qui s’entremêlent, mais aussi différentes logiques et raisons. S’éloigner pour protéger de lui, de son aura. Rester pour protéger de la folie du reste du monde. L’un ne l’emporte jamais vraiment complètement sur l’autre avec lui, de toute façon, alors pour ce soir du moins, il se laisse être cette personne qui affronte mer et monde aux côtés d’Anja.

« Je préfère t'avoir, toi, plutôt que de risquer d'avoir plus et n'avoir plus rien. Que rien ne change Kyllian, c'est ce qui peut nous arriver de plus souhaitable je crois. »

Le cœur du Mexicain se serre soudainement, à ces paroles. Il espère qu’il n’en a rien laissé paraitre et que ces années à feindre mille et une émotions et expressions lui rendront service.

Le plus souhaitable… Oui, elle a raison. Mais l’idée même fait mal. Alors qu’il aurait pu lui dire les mêmes paroles quelques instants plus tôt, les entendre lui fait étrange. C’est une chose de savoir que même le simple fait d’envisager ressentir des sentiments plus forts que l’amitié pour une personne n’est pas souhaitable, voire impossible pour soi, et se le faire clairement dire. Encore un bon sang de paradoxe. C’est un foutu festival ce soir.

Kyllian peut difficilement ne pas songer à ce qui se passerait s’il tombait amoureux, d’Anja ou de quelqu’un d’autre. Ce genre de sentiments arrivent de nulle part et vous heurtent en pleine gueule sans que vous ne puissiez rien faire. Kyllian se voile déjà beaucoup trop la face en la matière, en espérant prévenir, mais cela ne sert à rien à part justement l’aider à prévenir le coup. Faire comme si les sentiments n’existent pas, c’est jouer à l’aveugle au milieu de l’autoroute. Lorsqu’on ouvre enfin les yeux, il n’y a plus rien à faire pour éviter le camion qui vous fonce dessus. Joyeuse, la métaphore.

Qu’il les voit ou ne les voit pas venir, le problème serait le même. Sera-t-il capable de surmonter ses craintes pour tenter le coup ?

« Bonjour le bordel, si c’est le cas… »

Kyllian réprime une grimace dépitée, mais Kaya a raison. Il a appris à ses dépens ce qu’une entorse à sa plus élémentaire règle de sécurité pouvait causer comme dégâts. Le visage d’Ana s’impose à lui et Kyllian baisse les yeux pour les poser sur la main d’Anja.

« Alors non. Rien n'a changé. »

Kyllian relève les yeux pour les planter dans ceux d’Anja. Il balaye ses réflexions douloureuses, maintenant n’est pas le moment pour songer à cela. Maintenant est un moment heureux, doit l’être, où il retrouve une amie qu’il avait cru avoir perdue. Les mots sont clairs après tout, les siens comme ceux de la jeune femme. Rien n’a changé, alors il ne sert à rien de se torturer l’esprit avec des idées abstraites et des peut-être.

« On est passés maitres là-dedans, Hermano. Mais je suis contente que l’idée soit écartée. »

Kyllian sent que Kaya se détend un peu. Elle lance toujours un regard froid vers Anja, mais elle n’est plus ouvertement confrontant, ce qui est un énorme pas en avant. L’absence de grossesse, d’accusations et visiblement de sentiments qu’elle aurait jugé indésirable l’ont adoucie. Kyllian doute que le coyote devienne amie avec la jeune femme dans un avenir rapproché, mais au moins il ne ressent plus chez elle cette envie irrépressible de déchainer toute sa furie amère sur elle.

Le Mexicain sourit de nouveau, sincère. Envoyant au diable les précautions, et tant pis s’il commet un impair social, il les collectionne de toute façon et il a décidé de vivre son bonheur de la retrouvé, il fait glisser sa main dans la sienne, serrant ses doigts. Il se redresse brièvement sur ses jambes de sorte à venir déposer un baiser sur le front d’Anja.

« Désolé d’être ce fucked up idiot que je peux être, ma vieille. Tu m’as manquée. »

Après une dernière pression sur ses doigts, Kyllian se recule puis prend place sur une buche face à Anja. Les questions s’entremêlent de nouveau dans son esprit. Par quoi est-ce qu’on est censé commencer, dans ce genre de situation, après ce qui vient d’être dit ? Hey, maintenant que tout est éclairci, quoi de neuf, depuis quatre mois ? Non, définitivement pas. Les banalités n’ont de toute façon jamais fait partie de leurs conversations à lui et Anja.

Il reconnait alors soudainement les accords et les paroles de « Trouble », la petite casette de Cat Stevens ayant continué à jouer, indifférente à la scène se déroulant en sa présence. Kyllian l’avait oublié, en avait fait abstraction sous les différents chocs répétés.

« ♫ Trouble.
Oh trouble set me free,
I have seen your face,
And it's too much too much for me. ♫ »


Kyllian tourne la tête vers la petite radio avec un vague sourire étrangement embarrassé, comme s’il vient de se faire prendre à faire quelque chose d’honteux, mais il s’agit plutôt de quelque chose de trop privé pour qu’il soit à l’aise à le montré en public. Il désigne la radio d’un vague geste que la main avant de dire, un petit rire perceptible dans sa voix :

« Hem… Tu connais? C’est une vieille cassette de Cat Stevens. C’était la cassette préférée de mon père, il la faisait jouer tout le temps en voiture. Les mêmes huit morceaux, encore et encore. Il me faisait chanter, moi et Kaya, avec lui à tue-tête, je les connais par cœur. »

Kyllian rit à ce souvenir, lançant un œil complice vers Kaya. Lorsqu’il se retourne vers Anja pourtant, le sourire sincère qui s’était accroché à son visage alors qu’il parlant s’efface et son rire s’étouffe.

« ♫ Trouble.
Oh trouble can't you see,
You have made me a wreck,
Now won't you leave me in my misery. ♫ »


Il se racle la gorge puis se passe une main dans les cheveux, tic typique de sa personne symptôme de ses moments de malaise.

« C’est l’anniversaire de mon père, aujourd’hui, du coup… »

Il s’arrête, ne trouvant pas les mots. Il ne sait pas trop pourquoi il en parle à Anja, dans ce moment si particulier en plus. Peut-être simplement parce qu’une personne ne peut décemment vivre toutes ces gammes d’émotions intenses dans la même demi-heure sans perdre un peu le nord.

Son regard se perd dans le vide quelques instants, alors qu’il ravale les sentiments de peine, de colère et de manque qui reviennent à la charge. Ceux-ci n’avaient été mis en veille que temporairement, il n’aurait pas pu y échapper.

Kyllian finit par se secouer puis balayer symboliquement la question du revers de la main.

« Ne fais pas attention à ça. Tu disais que tu avais beaucoup de travail ? Tu t’es trouvé un emploi alors ? »

Kaya, qui est resté assis à côté de Kyllian et avait même collé son flanc contre sa jambe alors qu’il avait parlé de son père, en signe de soutien, se lever et s’éloigne. Elle vient d’apercevoir Klodevig, perché sur une branche un peu plus loin. Elle s’approche de l’arbre, puis penche la tête de coté en lançant un regard interrogateur au daemon pigeon, l’air de lui demander qu’est-ce qu’il fou perché là-haut tout seul à la laisser se démerder avec les deux bipèdes à problèmes assis autour du feu.

« ♫ Trouble.
Oh trouble please be kind,
I don't want no fight,
And I haven't got a lot of time. ♫ »



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MessageJeu 30 Juin - 22:57
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Anja MüllerNothing will be the same...
Klodevig suit de loin les échanges entre Anja et son hôte, par les oreilles et le lien fragile entre eux. Il ne l'aime pas, ce Kyllian. Dans son style, il fait aussi mauvais genre que son homophone à tatouages. En plus, lui, il chasse. Bien que les faisans ne soient guère plus intelligents que Søren, le pigeon des rues avec lequel il avait vaguement sympathisé à l'hôpital, et ses semblables, et sans doute moins compte tenu de leur rapport tête/corps... brrr. Pauvres bêtes. Et son Anja en mange, en plus. Horreur. Bien sûr, le régime alimentaire du barbu n'est qu'une des nombreuses raisons faisant de lui un individu ni recommandé ni recommandable. S'il n'avait pas été impliqué dans la Rébellion, Anja l'aurait fui comme la peste d'Athènes – qui était sans doute un typhus d'ailleurs. Kyllian a passé sa vie une arme dans les mains, ce seul fait aurait dû suffire à faire fuir sa colombe adorée. Mais non, il avait fallu que ses idées dangereuses trouvent un écho chez sa douce qui les trouvait trop peu préparés en cas de riposte armée. Anja qui n'avait jamais tenu une arme de sa courte vie et s'était toujours montrée scrupuleusement attachée à l'ordre et à la paix était désormais prête à entendre parler de violence envers les forces de l'ordre. Tout cela grâce à Mister Griffin. Bravo, vraiment. Par chance, il n'avait pas réussi à la convaincre d'apprendre à utiliser une arme à feu... A présent que les choses ont retrouvé un semblant de normalité, lui continue à vivre comme naguère les Rebelles du camp, dans la forêt, à travailler au noir le soir venu, et à dissimuler assez d'armes illégales pour passer pour un contrebandier – ce qu'il était peut-être d'ailleurs, pour ce qu'ils en savaient. Et son pouvoir, son pouvoir ! Il faut en parler, de cette abomination que Dieu, le Destin ou Dame Nature lui a infligée ! Sans parler de ce que ce pouvoir peut ou non indiquer de son possesseur, il n'est tout simplement pas sain. Lui garde toujours ses distances, et s'en porte très bien tant que l'hurluberlu n'a aucune arme à feu à la main – des fois qu'il le confonde avec une tourterelle des bois ou une quelconque espèce forestière qui aurait une raison de se trouver en Amérique –, mais Anja, qu'a-t-elle fait la dernière fois ! Dans quel état s'est-elle réveillée, au point de s'éclipser en catimini sans bonjour ni au revoir ! Même lui en a été chiffonné, malgré leur lien si fragile en dépit du temps passé... Non, vraiment, Kyllian Griffin est une plaie ambulante, la pire des fréquentations dont Anja ait pu s'enticher en vingt-et-un ans de vie.

C'est presque avec pitié que le pigeon regarde l'humain s'étouffer en imaginant le pire – une grossesse. Où a-il été la pêcher, celle-là, franchement. Anja en tombe presque elle aussi, mais pas pour les mêmes raisons apparemment. Tseuh. Au moins elle a le bon sens de briser ses espoirs et tout risque de futur "accident". Oh, bien sûr, il sent son trouble, lointain, distant, refoulé, mais réel. Cela passera. Elle a bien répondu, et il s'efforce de lui transmettre satisfaction et réconfort. Ils ne sont pas faits pour être ensemble, et quoi que veuille prétendre Anja il est encore prêt à beaucoup pour sa sécurité et son bien-être, y compris à dire ses quatre vérités à un guerillero-braconnier-contrebandier-garagiste. Cet homme est bien assez présent ainsi.

« Tu m'as manqué aussi gros bêta. » murmure Anja en réponse à ses mots.

Klodevig n'est pas très content de voir qu'elle lui prend le poignet, encore moins quand il répond en lui prenant la main et en l'embrassant sur le front. Oh, cette onde qui traverse le lien, presque aussi forte qu'avant juin. Elle a le cœur qui se serre d'un coup Anja, à en pleurer, c'est à peine si elle arrive à réprimer un hoquet. Maléfique pouvoir, côtoyer sa douce ne lui suffit donc pas à ce malappris, faut-il qu'il la fasse pleurer en prime ?! Le pigeon en fait bouffer ses plumes avec un roucoulement sourd et menaçant qui passe, apparemment, complètement inaperçu. Peut-être un raclement de gorge aurait-il été plus efficace.

Un silence vaguement gêné ne s'en installe pas moins. Sa Danoise préférée s'efforce de reprendre contenance. Il n'y a pas eu que le pouvoir, comprend le philosophe volatile avec indignation. Elle n'est pas loin de craquer, de lancer peut-être un "mais au diable le bon sens" qui ne l'aurait même pas surpris. Il s'abstient de tout commentaire, mental ou non, de crainte de l'encourager dans sa folie.

Un commentaire sur la musique ramène la conversation sur des sentiers moins périlleux. Anja ne connaît pas Cat Stevens, lui non plus, aucun des deux n'en a jamais entendu parler. La musique a cette allure paisible des vieilles ballades américaines. C'est presque reposant en un sens. Mais imaginer Kyllian sur un rocking-chair, fumant la pipe sous un chapeau de cow-boy... ça le rendrait presque sympathique, et c'est plus que Klodevig ne peut en supporter.

« Jamais entendu non. C'est un bel air. Mais les paroles... c'est triste comme chanson. »

En effet. Relativement adapté à la situation, mais triste.

« ...oh. Je... pardon. » souffle la rouquine.

Et de rougir et de regarder à nouveau sa main comme si elle hésitait à la reprendre. Non non non, c'est comme ça que ça a commencé la dernière fois, tu as vu où ça a mené. corrige fermement le pigeon. L'agacement d'Anja est perceptible, mais elle ne bronche pas. C'est l'essentiel. Kyllian a parlé à Anja de son père, brièvement, ils savent qu'il est mort. Ils ont cru le leur mort, quelques heures, sans doute les heures les plus horribles de leur existence. L'anniversaire d'un proche absent... et ne pas pouvoir le prendre dans ses bras ou lui tapoter l'épaule... sa tendre n'est que détresse en cet instant, et ça doit se voir.

La diversion sur le travail, bienvenue, fait relever son nez à Anja. Pendant ce temps, Kaya se dirige vers Klodevig d'un air interrogateur que lui rend l'oiseau. Il n'a jamais vraiment parlé à la coyote, et puisqu'elle ne l'a pas salué il ne s'embarrasse pas de politesse et lâche, avec tout le mépris que lui inspire le métis - pas parce qu'il est métis, mais parce qu'il est tout bonnement infréquentable :

Ils sont navrants, n'est-ce pas.

Au diable la diplomatie, tout devient bon pour l'empêcher de corrompre sa douce. Anja cependant ignore tout de ce commentaire, et se jette sur la perche tendue sans voir tout de suite quelle en sera la conséquence immédiate.

« Oh, oui. Au gouvernement. On en avait un peu parlé, tu te souviens ? J'ai... j'ai trouvé un poste d'accueil. » Elle déglutit, mettant le geste sur le compte d'une respiration. « Au service du recensement. »

Ca y est, elle a compris dans quoi elle vient de se jeter. L'accalmie est finie. Elle aura bien peu duré. Il n'y aura pas d'autre occasion sans doute.

« D'ailleurs Kyllian... je voulais te donner ça. »

Elle ouvre son petit sac à main et en sort l'enveloppe, un peu froissée mais autrement intacte.

« Je sais que... ce n'est pas dans tes projets. Mais je t'aurais mal vu aller les chercher même si tu changeais d'avis, et... » Elle a soudain l'impression d'avoir fait une énorme bêtise. Elle aurait dû lui donner en partant. Là ça va être le feu d'artifice, et adieu la sérénité retrouvée. « ...j'ai mis tous les détails dont je dispose, sur une feuille à part. Tu me promets de tout lire même si tu veux les jeter au feu ? » Elle baisse encore plus le nez, cachant ses yeux rouges derrière ses cheveux. « N'en parlons plus d'accord ? Tu attendras que je sois partie pour l'ouvrir ? »

Un formulaire de recensement. commente Klodevig à l'adresse de Kaya. Il est content, quelque part. Avec un peu de chance, Don Juan tempêtera et la jettera hors de son campement sauvage en lui interdisant d'y remettre les pieds, et il sera temps de trouver des fréquentations plus saines à son Anja. Elle, pendant ce temps, regarde Kyllian de ses grands yeux humides, en espérant qu'il n'éclate pas comme un volcan en éruption.
  
MessageLun 4 Juil - 16:31
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Kyllian GriffinI'm all kind of BAD luck



faire la guerre

au monde entier


Anja Müller & Klodevig | Kyllian Griffin & Kaya | Forêt de Merkeley | Février 2016






« ...oh. Je... pardon. »

Kyllian lui sourit doucement en secouant la tête. Il ne parvient néanmoins pas à lui dire de ne pas s’inquiéter qu’elle ne le dérange pas ni la remercier. Déjà, il ne sait pas quels mots choisir, et ensuite, il lui semble que sa gorge est si serrée qu’il ne parviendrait pas à prononcer un son.

Le mexicain inspire un bon coup, prenant sur lui pour reprendre contenance. Il vit beaucoup trop d’émotions fortes et contradictoires en même temps pour que cela soit réellement sain, mais il ne souhaite pas perdre pied. Pas maintenant que les choses semblent s’être arrangées entre lui et Anja. Pas pendant que la jeune femme est toujours face à lui, en tout cas.

Il voit dans ses yeux qu’elle lutte par moment contre les larmes et qu’elle aussi doit se battre pour ne pas flanchée sous le poids des émotions. Ce spectacle à lui seul l’enrage. Il l’aurait détesté si elle avait été dans cet état pour une raison extérieure, lui qui déteste voir les gens qu’il aime souffrir, et Anja fait définitivement partie de ces personnes. Il le déteste encore plus maintenant qu’il en est la cause, se maudissant du même coup.

Aussi, il ne considère pas qu’il ait le droit de craquer davantage. Kyllian sait qu’elle voudra l’aider, mais elle n’a pas - il ne veut pas - à prendre le poids qui pèse sur ses épaules à lui d’une manière ou d’une autre. IL l’a assez troublée comme cela, de toute façon.

Un peu plus loin, Kaya fixe le pigeon qui se morfond sur sa branche. La relation entre Anja et son daemonien semble enchanter le volatile autant qu’elle, sinon encore moins, si cela est possible. Son impression est confirmée lorsque Klodevig lui lance mentalement, sur le ton le plus méprisant qu’elle lui ait entendu jusque-là :

« Ils sont navrants, n'est-ce pas. »

Kaya hausse un sourcil et lance un bref regard derrière elle vers les deux daemoniens. Les paroles de l’oiseau la laissent étrangement mitigée. Elle aurait dû être entièrement d’accord, non? Elle aussi désapprouve. Et pour être entièrement honnête, elle n’aime pas Anja. Même sans sa jalousie naturelle envers cette femme s’étant approchée une fois trop près de sa précieuse moitié, elle ne l’apprécie pas particulièrement.

Trop… faible, probablement. Kaya ne la voit que comme une énième personne que Kyllian tente d’aider, comme toutes ces victimes des intentions génocidaires du gouvernement mexicain. Comme une personne que Kyllian voudra protéger, comme tant d’autres, si les choses s’enveniment ici comme au Mexique, parce que c’est ce qu’il a toujours fait. Elle ne sera pas une aide dans ce cas de figure, mais un poids, non? Elle ne sait même pas se défendre, n’a pas, de l’avis du coyote, la moindre once de savoir-faire en termes de survie. Ho elle doit bien trop tenir à sa petite vie respectable et bien rangée pour cela, après tout, non? Cela en est presque étonnant qu’elle s’entête à venir voir Kyllian dans la forêt, lui qui est si loin de ces bonnes fréquentations de bonnes familles qu’elle doit tant aimer normalement.

Kaya renifle de dédain, mais aussi de dépit. Si seulement tous ces privilégiés d’Américains qui prennent leur sacrosainte « civilité » pour un bien acquis savaient à quel point celle-ci est fragile. Un instant de panique, une décision gouvernementale un peu plus extrémiste prise sous le coup de la peur, de la haine ou de l’intolérance, et tout vole en éclat. Les bombes n’ont aucune conscience. Les hommes derrières, eux, sont dangereux de par le fait même qu’ils réfléchissent.

La révolution de Merkeley fut « terrible » ? Ha! Please… Quelques explosions ciblées, malheureusement une centaine de morts, quelques semaines de peur et de désordre… Puis tout est « rentré dans l’ordre ». La pseudo « civilité » des occidentaux les rend aveugles. Cet épisode n’est rien, une bavure, une tache minuscule dans l’histoire, alors qu’ailleurs, les bombes pleuvent depuis des années, les gens se font arrêter partout au pays, emprisonnés, exécutés, torturés. Mais les Occidentaux s’en foutent, non? Ils ne savent même pas ce qui se passe sous leur nez parce qu’ils n’en ont rien à faire de regarder. Et s’ils regardent? Ils ne voient que des pays « sous-développés », que des gens, hommes, femmes et enfants qui n’ont pourtant rien demandé, avec le même regard que celui qu’ils poseraient sur des animaux. C’est triste, ces milliers de morts, mais cela se passe dans un pays « sous civilisé », non? Alors on s’en fou. Ils l’ont cherché, après tout, à ne pas vivre exactement comme eux. JAMAIS un truc semblable ne pourrait arriver dans leur vie bien rangée. Mais Kaya, comme Kyllian, n’est pas aveugle comme eux. Ils savent que leur illusion est fragile. Ils savent aussi le prix qu’ils auront tous à payer si l’illusion tombe.

Kaya a un frisson de colère et d’indignation. Elle serre les dents, détachant ses yeux du dos d’Anja, un dégout profond ajoutant une couche à sa frustration initiale. Elle s’ébroue pour oublier ces pensées, retournant son attention sur Klodevig.

Non, si quelque chose la dérange dans les paroles de l’oiseau, ce n’est pas son opinion sur la relation de leurs deux idiots de bipèdes. C’est… autre chose. Quelque chose de plus insidieux, dans le non-dit, les sous-entendus de l’oiseau.

« Le terme navrant n’est probablement pas celui que j’aurais choisi, mais c’est probablement une façon de décrire la situation. »

Elle penche la tête de côté en plissant les yeux pour le regarder. Klodevig doit autant apprécier Kyllian qu’elle Anja. Après tout, ce n’est qu’un juste retour des choses… Pourtant, l’instinct de protection de Kaya envers sa moitié lui fait dresser les poils de l’échine, sur ses gardes, échaudée. Dans une tentative mitigée de partialité, elle lui lance finalement cette simple réplique :

« Ils ne devraient pas être ensemble, c’est tout. Va savoir ce qui les pousse à continuer à vouloir se voir. »

La conversation autour du feu attire de nouveau l’attention de la daemonne et elle se détourne de Klodevig.

« Oh, oui. Au gouvernement. On en avait un peu parlé, tu te souviens ? J'ai... j'ai trouvé un poste d'accueil. »

Kyllian s’est un peu tendu en entendant le mot “gouvernement”. Oui, il se souvient très bien qu’Anja lui ait fait part de ses intentions, avant… avant l’évènement. Il ne savait pas trop quoi en penser alors et ne le sait toujours pas. Ce gouvernement daemonien semble être la « solution parfaite », la voie de l’avenir de la cohabitation entre les humains et les daemoniens. Il devrait être heureux que les choses prennent cette direction plutôt que celle de la haine et de l’indifférence, non? Pourtant il a de la difficulté à y croire.

Il se force néanmoins à sourire pour montrer qu’il est heureux pour elle, qu’elle ait réussi à obtenir ce poste dans une organisation en laquelle elle croit malgré tout.

« Au service du recensement. »

Le sourire disparait. Kyllian se fige, mal à l’aise. Elle aussi semble hésitante, comme si elle craignait sa réaction, mais le mexicain reste immobile et n’ajoute rien.

« D'ailleurs Kyllian... je voulais te donner ça. »

Anja sort alors une enveloppe de son sac et la lui tend. Le logo gouvernemental sur l’enveloppe ne ment pas sur sa provenance et Kyllian la prend plus par automatisme que par réelle envie. L’enveloppe lui semble lourde, brulante entre ses mains, et il ne parvient pas à détacher son regard de celle-ci. Colère, peur, frustration, hésitation, reconnaissance… tout se bouscule dans sa tête et aucune émotion ne parvient à prendre le dessus sur les autres, alors il reste impassible, les yeux rivés sur l’enveloppe. Les paroles suivantes d’Anja lui parviennent un peu comme si elle lui parlait depuis un téléphone avec une très mauvaise connexion.

« Je sais que... ce n'est pas dans tes projets. Mais je t'aurais mal vu aller les chercher même si tu changeais d'avis, et... »

Elle a raison, il ne serait jamais allé les chercher lui-même. Avant, le tout lui semblait donc simple. Maintenant qu’il a l’option en main… le tableau vient entièrement de changer. Pour la première fois de sa vie, il à l’opportunité de vivre une vie légale, « normale », autant que possible, d’être reconnu, d’avoir des droits. Et surtout, la possibilité de ne plus mettre en danger ses proches en les mêlant à ces histoires d’illégalité. L’effet est violent. Un peu comme donner un billet de loto gagnant à un homme ayant vécu dans la rue et la pauvreté toute sa vie.

« ...j'ai mis tous les détails dont je dispose, sur une feuille à part. Tu me promets de tout lire même si tu veux les jeter au feu ? »

Kyllian ne répond pas. La jeter au feu… il devrait vouloir le faire dès maintenant, simplement balancé ce foutu bout de papier dans les flammes du feu de camp dansant devant lui. Et pourtant, il est incapable de lâcher l’enveloppe des mains ou des yeux.

« N'en parlons plus d'accord ? Tu attendras que je sois partie pour l'ouvrir ? »

« Anja, soy no… »

Kyllian se tait, à peine conscient d’avoir débuté sa phrase en espagnol, puis se passe une main sur le front, frottant des doigts l’arrêté de son nez comme s’il souffrait d’un terrible mal de crâne. Il pousse un soupir, ne sachant pas quelle attitude adopter ni quelle décision prendre. Il ne sait pas, ne sait plus, n’en sait rien.

Kaya dévisage, depuis l’arbre dans lequel est perché Klodevig, la scène avec incompréhension. La garce n’a pas osé faire ce qu’elle croit qu’elle vient de faire, non? Klodevig se fait un plaisir, visiblement, de lui confirmer que si.

« Un formulaire de recensement. »

Le coyote saute sur ses pattes et s’avance de nouveau vers le feu de camp.

« Ho non, on n’en restera pas là, crois-moi. Tu as pourtant compris une chose de la bonne façon, ce n’est pas dans nos plans! À quel point crois-tu que nous sommes inconscients? Tu crois vraiment qu’on s’amuse à vivre dans cette putain de forêt par plaisir? Tu as écouté lorsque Kyllian t’a raconté ce qu’y est passé au Mexique? Bon sang, je crois que je rêve… »

Kyllian se lève brusquement et lance un regard froid vers Kaya, qui soutient ce dernier, du défi dans ses prunelles ambrées. Kyllian finit par briser leur joute visuelle. Elle ne s’excusera pas, mais au moins, elle a cessé de parler. Il se met alors à faire les cent pas devant le feu, tel un lien on cage, une main serrée sur l’enveloppe et l’autre passant compulsivement dans ses cheveux sombres. Il est définitivement et visiblement troublé, nerveux, retenant une tempête latente derrière ses iris verts qui regardent autour de lui sans sembler voir quoi que ce soit.

Sans la regarder, et choisissant visiblement avec prudence et difficulté chacun de ses mots, il s’adresse finalement à Anja.

« Je ne sais pas, Anja. J’aimerais pouvoir y croire. Vraiment. J’aimerais, mais… C’est comme cela que ça a commencé. C’est comme cela qu’ils ont su qui viser, qui aller chercher en premier pour… Et si cela se reproduit, hein? S’ils nous mentent, ils sauront, eux aussi, qui aller chercher. Et s’ils savent où me trouver, comment est-ce que je pourrais vous aider, toi, Daryl, Dem’…? Je ne sais pas, je ne... peux pas. »

Kyllian Griffin ▬ I'm all kind of BAD luck

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MessageMar 8 Nov - 18:50
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Anja MüllerNothing will be the same...
Kyllian est comme figé. Kaya ne tarde pas à revenir vers eux au pas de charge, en commençant à... pourrir ? Est-ce le mot ? Probablement. A pourrir Anja, donc. Elle lui jette un regard où le malaise et la douleur le disputent à la colère. Kyllian se lève, ils s'affrontent en silence, Kaya se tait. Anja respire à peine mieux. Se faire traiter de la sorte par un canidé sauvage, même lorsqu'on a l'habitude de côtoyer des daemons de toutes formes, reste perturbant.

"Je veux qu'il ait le choix. Que vous ayez le choix. Je n'oblige à rien, je ne suis pas là pour ça. Je connais vos raisons, je les comprends, je les accepte, j'ai eu les mêmes et si j'ai arrêté c'est uniquement parce que ma santé était en jeu. Ma santé mentale. Ca me rendait dingue d'imaginer des procos dans chaque ombre, des menaces derrière chaque daemon, de vivre loin de ma famille et de penser à ce qu'on leur ferait si on m'attrapait et qu'on faisait le lien avec eux. Je... je n'ai peut-être pas les nerfs pour ce genre de vie, je crois. Je ne sais pas comment vous avez pu passer tant de temps à vivre ainsi. Comment vous pouvez encore."

L'aveu lui coûte. Ils le savent déjà, ils en ont discuté la dernière fois et c'est ainsi que la situation a dérapé. Elle tiendra bon, cette fois-ci.

"J'ai eu ce choix, je veux que vous l'ayez aussi. Ca ne changera rien pour moi, je n'ai aucun intérêt à vous pousser au recensement, je n'ai pas de commission sur les dossiers que je gère et j'ai largement de quoi faire. Je continuerai à venir vous voir et à faire nos échanges de plats, comme avant, et je n'ai aucune raison de parler de vous à qui que ce soit. Je veux juste... que pour une fois..."

Elle se tait quand sa voix tremble à nouveau. Elle ne veut pas pleurer. Pas déjà. Pas encore. Kyllian a commencé à faire les cent pas avec une nervosité si palpable qu'elle sent monter sa propre crise d'angoisse.

"...que pour une fois vous puissiez agir librement. Pas par contrainte ou par défaut, mais parce que vous avez le choix. Tu comprends ?"

Elle ne sait pas trop à qui elle s'adresse. Kyllian, Kaya, un invisible qui l'écouterait et aurait la courtoisie de lui répondre.

A défaut de tierce personne c'est Kyllian qui répond finalement. Des arguments frappés au coin du bon sens, évidemment, et elle ne peut que comprendre. Pourtant quelque chose la dérange, la perturbe, quelque chose que le bon sens a du mal à tenir à l'écart.

"Je sais Kyllian. Je sais. Mais arrête de penser aux autres, pense à toi aussi un peu tu veux ? A ta santé, à tout. Quand la Rébellion existait encore il y avait un semblant d'organisation, on se connaissait tous plus ou moins, on savait qui aller voir en cas de problème, on avait des médecins dans le groupe, quelques réserves, tout ça, on se faisait soigner gratuitement ou presque parce qu'on était tous dans la même galère. Mais aujourd'hui ? Imagine que tu aies un souci de santé, une blessure ou quelque chose de grave qui t'oblige à aller à l'hôpital d'urgence, comment feras-tu sans papier d'identité ? Avec quoi comptes-tu payer les soins, comment ?"

Pas d'existence légale, pas d'assurance, pas de compte en banque forcément, s'il n'a pas de liquide caché quelque part il va ruiner son parrain. Même en ayant continué à l'assurer malgré sa fugue, son père a déboursé des sommes indécentes suite à son admission à l'hôpital - peut-être à cause du venin de serpent exotique qu'on lui avait trouvé, certes, reste qu'il avait bien fallu trouver l'argent quelque part.

"Ca m'inquiète Kyllian. Tu as plus l'habitude que moi de tout ça, avec Kaya, peut-être que tu gèrerais très bien tout ce qui pourrait t'arriver... sûrement d'ailleurs... mais ça m'inquiète, si tu savais..."

Elle se lève aussi, fébrilement, presque comme une fuite, et frappe ses vêtements pour en chasser une neige qui n'existe qu'à moitié. Entre la gêne d'en avoir trop dit et sa gorge qui se serre et se desserre beaucoup trop rapidement à son goût, son besoin de disparaître devient trop impérieux pour être encore étouffé.

"Je suis désolée. Je ne devrais pas... n'en parlons plus d'accord ? Je n'en parlerai plus. Je veux que vous décidiez seuls. C'est vous que ça concerne. Si tu as des questions, si vous en avez, n'importe quoi, je suis là, mais c'est tout. Je ne veux pas vous influencer. Je n'aurais déjà pas dû dire tout cela, tu as déjà assez de choses à gérer, à penser... Pardon. Je vais partir. On se reverra... plus tard ? Dans deux semaines peut-être ? Ou trois ?"

Pas trois mois. Plus trois mois.

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