Troisième sexe - Aleks

 
  
MessageLun 28 Mar - 15:51
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Date d'inscription : 14/06/2015Nombre de messages : 321Nombre de RP : 44Âge réel : 32Copyright : Mert Alas & Marcus PiggottAvatar daëmon : Yempew, messager sagittaire
Yaaba NyamekyeBaba-Yaga en string
Liberté.

Ca lui a pris y a quelques jours à Yaaba. Madame dort roulée en boule le pouce au coin des lèvres, et se réveille en pleine nuit en hurlant ou en chialant, ou les deux à la fois d'ailleurs. Ca poppe, des fois, elle sait pas pourquoi qu'elle dit. Lui il a bien une idée, mais ça impliquerait qu'elle ait une conscience et franchement il est pas sûr. Ptet juste des mauvaises dates toutes ramassées au même endroit qui lui rappellent qu'avant elle avait une petite soeur, une tante et une cousine, qu'avant elle vivait à Kingston, qu'avant elle avait Khalil, et que tous les dix ans il lui arrive une couille et que peut-être qu'elle a peur de la suivante parce qu'il lui reste plus rien à perdre et qu'après la famille et l'espoir un compte en banque vidé c'est pas une catastrophe suffisante. Enfin, plus rien à perdre... plus que lui quoi. Ca les ferait sûrement ricaner aussi fort un que l'autre si on osait leur dire. Puis les crises repartent comme si de rien était, au bout de deux jours, trois jours, dix jours, deux mois, et pouf retour à la normale, à pioncer vautrée au milieu des chats. En attendant ça fait autant de nuits où malgré sa méfiance maladive de la Médecine elle doit s'assommer de somnifères pour dormir, à doses de cheval - c'est Anatoly qui lui avait donné la marque, à l'époque, "t'en auras b'soin quant tu rentreras" qu'y disait. Tout ce temps où elle est chargée comme une mule, lui, Yempew, vu l'état de trafiquage de leur lien, est non seulement réveillé mais encore recouvert non de plumes mais de poils et de maquillage, et même de vêtements. Autant de temps dont il profite à fond en se disant qu'en plus ça l'empêche de sucer son pouce à l'autre dégénérée.

Ah que c'est jouissif de pouvoir se balader à hauteur d'humain. Oh bien sûr, cette forme a ses défauts, en plus d'être féminine et le portrait craché de ce qu'il déteste le plus au monde, à savoir Yaaba. Franchement, l'absence de machins qui dépassent ne le gêne plus depuis longtemps, il a l'habitude maintenant d'avoir cette apparence et d'en faire quelque chose de supportable. Il a appris à maquiller ce visage sec et aigri pour en faire quelque chose de plus doux, de moins osseux, il lâche les cheveux ou les tresse vite fait pour atténuer ce visage trop dur et ne plus être totalement dégoûté d'en croiser le reflet dans les vitrines. Dans le tas des autres inconvénients : il peut pas voler, et il doit redoubler d'attention face aux contacts physiques, donc porter des gants. Mais pour enfiler ses gants, il a des mains. Il peut ouvrir des portes, il peut signer des papiers, il peut composer des digicodes, bordel il peut même conduire !

Pourtant, tout ça c'est de la gnognotte à côté du principal, du suprême, de l'inénarrable bonheur de placer un peu partout de petites mines qui pèteront à la gueule de sa grognasse à la première occasion. Il a passé la journée à glisser des insinuations dans les magasins où elle traîne souvent, le genre qui d'ici quelques jours de travail de sape feront d'elle le genre de client qu'on regardera de travers et qu'on jettera dehors au moindre prétexte. Là il s'amuse toujours mais d'une autre façon. Genre, en forçant un peu le déhanché en marchant, ou en testant le croisé-décroisé à la Sharon Stone quand il sent des regards appréciateurs posés sur les longues jambes d'échassier ou le visage définitivement plus avenant que celui de l'humaine. Sous les néons colorés du bar, ça rend super bien.

Enfin faut pas croire, elle aussi est capable d'être sortable... quand elle a décidé de chasser du mâle pour la soirée. Mais c'est pas commun ça. En général le plat de résistance elle va le chercher à la salle de sport et là elle étale plutôt les mecs en question par terre que les sourires sur sa figure. Ca lui arrive des fois d'avoir envie d'autre chose que d'un tas de muscles, pourtant. Le problème c'est que les autres se rendent vite compte qu'en plus d'avoir un caractère de merde et d'être bordélique au dernier degré elle est ignare, pas analphabète mais tout juste, merci Khalil d'ailleurs maintenant elle écrit mieux arabe qu'anglais, et donc que les seuls types qui peuvent la supporter plus de trois soirs c'est le même genre de crétins sans cervelle qu'elle. Heureusement qu'elle a pas encore chopé la crise de la trentaine et qu'elle a pas désespérément envie de se maquer, parce que sinon la pauvre elle finirait vite par se pendre tellement personne voudrait d'elle.

C'est ce qu'il se dit en tout cas, assis tout seul à la petite table du coin à boire un cocktail sans alcool - un des rares points sur lesquels il est encore plus attentif que sa grognasse, lui doit en plus réagir rapidement s'il voit qu'on essaie de le toucher. On l'a assez touché pour dix vies, dans les salles blanches aux néons blancs. Juste, c'est pas une raison pour passer l'année dans les arbres. Et surtout c'est pas une raison pour pas faire chier Yaaba.

Il voit qu'on le regarde, Yempew, il voit des femmes chuchoter - difficile de les entendre à travers la musique qui hurle de tous les coins - et devine à leurs mimiques qu'elles commentent sa tenue bien couvrante pour un avril clément, les gants qui couvrent ses doigts, le legging qui dévoile ses jambes davantage qu'il les habille et ferait possiblement mauvais genre. Seul son visage et ses cheveux dépassent de l'armure de vêtements, en fait. Il leur sourit avec le beau visage de Yaaba et elles changent de sujet de conversation, pendant qu'il se dit que c'est presque dommage que ce ne soit pas l'humaine qui ait entendu ça. Il voit des hommes évaluer tout juste discrètement les mensurations du corps mal caché par la robe moulante d'un rose poudré qui le couvre pourtant des poignets aux cuisses en passant par le menton, et il a envie de lancer "32,5-24-34, et toi mon biquet ?". En fait il le ferait volontiers si ça ne risquait pas d'amener à des contacts quelque peu malvenus vu sa condition de daemon. C'est frustrant, mais il aime bien qu'on le regarde comme ça faut dire - même si au fond c'est pas lui qu'on regarde mais juste le corps de Yaaba - et pas juste parce qu'il sait que ça va la faire chier plus tard quand le même type voudra lui sauter dessus. Il aime bien parce que c'est de l'attention et que l'attention, c'est pas la garce qui va lui en donner, elle se souvient de lui que pour lui piquer des bouts, genre les serres ou quoi. Et parce que de l'attention, quand on en donne à un piaf bizarre, c'est pas en pensant à l'individu sous les plumes, mais en pensant à l'autre moitié du tandem de l'enfer, l'humaine, et pourquoi elle est pas avec lui. Au fond, tout au fond, et encore plus qu'elle, il a juste besoin que quelqu'un lui donne l'impression d'exister. Alors quand quelqu'un a l'air de vouloir approcher de la table, il regarde avec toute l'attention du monde et le début du sourire le plus charmeur que les traits de Yaaba peuvent offrir.
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