Cheers for fears ♣ Willy

 
  
MessageVen 1 Juil - 10:14
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Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
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Cheers for fears
Feat.
William D. Hobbs
« For we are nothing without brotherhood. »

Flashback – Juillet 2008. Base française de Tall Afar, Nord Est de l’Irak.

Je déteste cette chaleur. Elle m’étouffe, m’empêche de dormir. Même sans couverture, la sueur plaque mon t-shirt contre mon corps et des perles d’eau ruissellent le long de mes tempes. J’aime mon métier, j’aime mes frères d’armes. Mais ce pays, je le hais. Lui et toutes les violences, l’hypocrisie et l’horreur qui le composent. J’en ai vu ici plus en trois ans qu’en vingt-et-un ans de vie aux Etats-Unis. De quoi revoir mon opinion sur la nature humaine et les milliers de blaireaux qu’elle abrite. Lassé, je finis par me passer une main sur le visage – veine tentative visant à éponger l’être humide que je suis. Une douleur dans l’abdomen m’arrache une grimace. J’ignore ce qu’ils m’ont encore fait, mais je vis mal ma dernière expérience de rat de laboratoire. Le dosage devait être trop puissant ou le toubib trop gauche. Je n’en sais rien, mais le résultat est là : depuis deux jours, j’en bave. A voir si les autres sont dans le même état que moi. Si tel est le cas, on se serrera les coudes, comme d’habitude. On s’en moquera, on en rira. La vie continuera – une cicatrice de plus sur la peau et l’incertitude soigneusement nichée au creux de la poitrine.

Je m’extirpe de mon lit, une main posée sur ce ventre qui m’est douloureux, et relève la tête. Je croise les prunelles inquiètes de Sybelle et leur question silencieuse, à laquelle je réponds d’un simple sourire. Elle suit le cours de mes pensées, de jour comme de nuit, et j’en fais de même. Chacun de nous connait le point de vue de l’autre sur la question ; inutile donc de perdre son temps en argumentation et en disputes. Un jogging et des baskets, et ma gueule de déterré se retrouve bientôt en dehors du dortoir où mes camarades dorment encore. Il fait un peu plus frais, par ici. Le jour ne va pas tarder à se lever – et la fameuse corne à réveiller les troupes – autant en profiter pour courir un peu tant que ce n’est pas le branle-bas de combat sur la base. J’occulte bientôt ma souffrance pour me concentrer sur mon souffle et le rythme de mes foulées. Le calme ambiant me fait un bien fou. Syb, ravie de pouvoir voler comme elle le souhaite, ne cesse plus de tournoyer dans les airs, à quelques mètres au-dessus de moi. Son bonheur est contagieux : bientôt, un sourire amusé étire mes lèvres. Je m’amuse à zigzaguer et à accélérer subitement, bloquant mes idées et virant à l’improviste pour la surprendre. L’étourneau se prend au jeu, déploie ses ailes, prend un peu de hauteur pour mieux fondre en piqué ensuite. Lorsque tout d’un coup, je fais demi-tour et commence à sprinter, je l’entends pester dans un battement d’ailes imprévu. Elle finit par me rattraper, comme d’habitude, et je ralentis légèrement. L’écouter me traiter de sale môme m’arrache même un éclat de rire.

Il me faut presque trente minutes pour parvenir à faire taire le fil de mes pensées. Quand je reviens devant le dortoir, dégoulinant, le réveil est fait depuis longtemps. Et pourtant, trois lits sur quinze seulement sont faits au carré. Comme d’habitude hein, on ne vous changera pas. Ouais, c’est vrai. De tous les casqués présents ici, on est sûrement les moins bien éduqués. Pire encore que les français ce qui, aux yeux de notre supérieur, est une honte absolue. La bonne nouvelle, c’est qu’aucun d’entre nous ne se sent concerné par les lamentations des hauts gradés sur notre groupe, d’autant que le boulot est assez bien fait pour qu’ils ne trouvent (presque) rien d’autre à dire. Presque, ouais. Parce qu’il n’est pas rare que certains d’entre nous finissent dans le bureau des galonnés pour une petite piqûre de rappel sur ce qu’est la discipline. Et il est encore plus courant que Will et moi nous retrouvions parmi ceux-là. Will, mon frère, tant sur le terrain que dans les conneries. D’ailleurs où il est passé, cet animal ? Je cherche du côté des lavabos et du réfectoire avoisinant, sans apercevoir une seule des bouclettes de Hobbs. La plupart de mes compagnons sont encore à table, et m’adresse de grands signes en m’apercevant. Je salue chacun d’eux avant de leur demander s’ils n’ont pas vu Will. C’est Simon – qui doit bien faire la moitié de ma taille et qui peine à passer inaperçu avec sa crinière de feu et ses taches de rousseur – qui finit par répondre d’un ton nonchalant.

« Il a dit qu’il voulait tâter du français, et il s’est barré. »

J’hausse un sourcil perplexe, questionne Matthew du regard qui se contente de hausser les épaules, fataliste. Tâter du français, hein. Je doute qu’il se contente de tapoter gentiment le haut du casque de ceux qu’il croisera, mais ça n’a l’air d’inquiéter que moi. Je fronce les sourcils. A cette heure-ci, la majorité des soldats français doit trainer autour des tables, pas loin du terrain d’entrainement. Il y a donc de grandes chances que Will y soit aussi. Je presse le pas jusqu’au lieu-dit, Sybelle sur l’épaule. Pourvu que j’arrive avant la catastrophe… Il a beau être seul contre une dizaine de mecs, je sais qu’il ne sera pas celui qui se fera mal dans cette histoire – je parle aussi bien de blessure physique mais surtout et de loin de la plus marquante, de blessure d’égo. Alors que j’atteins mon but, des éclats de voix se glissent jusqu’à mes tympans. Je finis par tomber sur un petit attroupement au milieu duquel parade, je vous le donne en mille : William Hobbs.

« Répète un peu ce que tu viens de dire. »

Et apparemment, il a déjà commencé à asticoter sa première victime – un molosse aussi grand que large et qui a l’air d’avoir le sens de l’humour d’une chèvre constipée depuis trois jours, excusez-du peu. Je tente de capter le regard de Will, en vain. Soit il fait exprès de ne pas me voir, soit il est trop occupé à préparer son coup foireux pour réagir à mes prunelles accusatrices. Je crois bien que cette fois, si personne ne le tue, je le ferai moi-même. Cette remarque fait ricaner Sybelle. Comme si je pouvais me passer de ce gamin insupportable… La tension monte encore d’un cran tandis que William balance des piques aussi acides que provocatrices. L’autre finit par perdre patience et se jette sur son adversaire ; ma voix résonne juste avant qu’il ne passe à travers le corps de Will.

« Sinon, il y a une façon plus simple de régler ça. »

Les têtes se tournent instantanément dans ma direction, suspendant l’attaque en cours, et Syb regrette une fois encore de ne pas avoir trouvé de muselière à ma taille lorsqu’on était en ville l’autre jour. Un petit sourire ironique se dessine sur mes lèvres, tandis que j’intercepte enfin les iris de mon frère.

« Vous ne voulez pas vous débarrasser que de lui, je me trompe ? »

Quelques regards interrogateurs s’échangent devant moi, jusqu’à ce que le molosse balance la question que tout le monde se pose.

« Qu’est-ce que tu proposes ? »
« Une manière plus amusante et humiliante d’essayer de nous faire ravaler notre suffisance. Vous contre nous, ce soir. Tout défi autorisé. Le premier groupe qui abandonne sera de corvée pendant quinze jours. »

Mon sourire s’accentue. Le reste de la troupe va m’adorer, je le sens. Je désigne du menton William, juste derrière eux.

« Et cet abruti sera de la partie, évidemment. »

Il n’essaiera même pas d’y échapper, le connaissant. Je tends la main dans la direction du molosse. Je n’ai rien perdu de mon aplomb et pourtant, quelque chose me dit que je vais regretter mon idée. Pensée que Syb confirme en m’insultant de tous les noms d’animaux possibles et imaginables.

« Alors, deal ? »

Les prunelles du français s’illuminent d’une lueur malsaine tandis qu’il attrape finalement la main que je lui propose.

« Entendu, mais pour trois semaines et non deux. Ce soir, vingt-et-une heure, bande de lopettes. »

Je lui souris à pleine dents, conscient que mon enthousiasme et ma capacité à ne pas me laisser impressionner l’énerveront plus que n’aurait pu le faire n’importe quelle remarque. Tandis que je les regarde s’éloigner, et avant même que Will n’ouvre la bouche, je déclare simplement :

« Prépare ton foie, buddy. Tu voulais tâter du français ? Je t’en offre quinze sur un plateau d’argent. »

Je tourne ensuite la tête dans sa direction, balançant mon poing contre mon épaule, comme j’ai l’habitude de le faire lorsque je le taquine. Sans attendre qu’il ne me réponde, j’avance en direction de la salle où les autres ont déjà dû commencer l’entrainement.

« Ah, et je maintiens ce que j’ai dit. T’es vraiment un abruti. »

Rien qu’il ne sache déjà, en somme.

*

Le reste de la journée passe tranquillement. Enfin, « tranquille » a une définition particulière avec ces hommes-là. Le cours de boxe s’est fini par Willy attaqué de toute part lorsque j’ai annoncé ce qui nous attendait le soir-même, mais aucun d’entre nous ne s’était dégonflé. Bien au contraire, je sentais les autres plus motivés que jamais à donner une leçon d’humilité à ces orgueilleux de français. Le cours de tir s’est terminé par un Samuel balancé dans une flaque de boue. Et cette après-midi, mission d’évacuation dans un village, à trente kilomètres à l’Est de notre position. Rien d’inhabituel pour nous. Il est vingt-et-une heure pile lorsque nous débarquons, certains déjà légèrement entamé par l’apéro qui a précédé. Je retrouve mon charmant français qui m’observe d’un œil mauvais, insensible à la beauté de mon sourire.

« A vous l’honneur. »

L’autre ricane et bombe le torse, sûr de lui.

« Défi au mètre, pour commencer. Un contre un. »

Mon regard glisse jusqu’aux deux mètres de bière qui trônent sur une table, à côté de nous. Il n’aurait pas pu trouver plus compliqué ? Je suis déçu. En soupirant, je me tourne vers les braillards qui gesticulent et parlent bruyamment derrière moi.

« Oh les gars, un volontaire pour une rinçade ? »

Je ne devrais pas avoir à attendre longtemps pour que quatorze bras se lèvent. La question n’est pas de savoir qui sera le plus rapide à s’enfiler les bières, mais lequel de mes camarades sera le plus rapide à s’installer à table.


CREDIT → OSWINWHO
  
MessageMar 12 Juil - 17:55
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Moonage Daydream.
Je n’arrête pas de remuer sur ce lit inconfortable. Difficile de trouver le sommeil dans une base militaire au confort rudimentaire. Je ne sais même pas quelle heure il est. J’ai la flemme de vérifier. Je me retourne une énième fois sur le côté avant de recevoir un oreiller (si on peut appeler ça un oreiller…) dans la figure. Le coupable ne se dénonce pas, probablement en train de faire le mort pour éviter ma terrible vengeance, mais je suis sûr que c’est Simon. Toujours à se plaindre de son sommeil léger. On ne dirait pas, mais j’l’aime bien Simon. C’est le plus jeune d’entre nous, c’est le petit frère de tout le monde. Le premier à se faire taquiner, certes, mais surtout le premier que l’on n’hésiterait pas à protéger coûte que coûte. Finalement, je reste immobile. Je cogite. Je rumine. Je compte le nombre de jours qu’il reste avant la permission dont je ne verrai probablement pas la couleur si je continue de passer pour l’insubordonné de cette unité. C’est quasiment sûr que je ne rentrerai pas au pays, on me l’a suffisamment répété lors de mes dernières remontrances. Je m’en veux d’imposer ça à Sally, je sais à quel point elle voudrait rentrer. À cette pensée, j’entends des battements d’ailes non loin ; la demoiselle vient de se poser tout près. Elle vient me faire part de sa présence en me donnant de légers coups de becs sur mon bras. Je ressens sa fatigue. Elle non plus n’a quasiment pas dormi. Il faut reconnaître qu’on ne vit pas vraiment dans une zone propice aux nuits longues et reposantes. La fatigue, tant physique que psychologique, les blessures, ces putains d’expériences qui rythment notre quotidien, à force, on ne sait plus vraiment qui on est. On s’oublie. Mais avec le temps, on finit par s’y habituer. Et ce n’est plus qu’à ça que se résume dans vie dans le désert. Sentant que je commence à broyer du noir, Sally me propose d’aller prendre l’air, ce que j’accepte sans même me poser de questions.

Je me lève, enfile mon jogging et mes baskets en faisant le moins de bruit possible, attrapant au passage le sweat à capuche roulé en boule se trouvant au bout de mon lit. La lumière des néons dans le couloir est plutôt violente, il me faut plusieurs longues secondes avant que mes yeux ne s’y habituent. Hagard quelques instants, je reste sur place sans trop savoir où aller. Je ne sais toujours pas quelle heure il est. C’est silencieux, presque dérangeant. Mes pieds se décident finalement à bouger et je commence à errer dans les couloirs, sans but précis. En passant près des douches, je prends le risque d’aller me regarder dans un miroir, par curiosité. Ouais. J’aurais mieux fait de m’abstenir. Sans la moindre réaction envers mon propre reflet (je n’ai même pas la force de soupirer, c’est dire), je me contente de constater les dégâts. Les traits tirés, les joues très légèrement creusées, des cernes plus présentes que d’habitude. C’est la première fois depuis plusieurs jours qu’on a droit à une vraie nuit de sommeil, et je n’ai pu dormir que deux heures. Great. En baissant les yeux pour fuir ce reflet que j’ai du mal à reconnaître, ceux-ci se posent sur mes bras. Le regard vide, je les fixe et les lève légèrement pour les examiner. Ici et là, sur chacun d’eux, des traces de piqûres et des bleus, L’inconvénient quand on a une peau qui marque facilement. Conséquences visibles et désagréables de l’expérience de la veille qui avait duré deux heures interminables. En voyant l’état de mes bras, n’importe qui en dehors de notre unité pourrait penser que je me pique régulièrement à l’héroïne ou je ne sais quelle autre drogue. Mais je crois bien que j’aurais préféré me droguer intentionnellement. Au moins, dans la toxicomanie, je suppose qu’il y a une partie de plaisir. Pas dans ce que ces types en blouse blanche nous font régulièrement subir. Ils ont déjà piqué un peu partout, mais ce ne sont pas ces marques ni les effets indésirables de leurs injections qui les feront arrêter, loin de là.

Posée sur le rebord du lavabo, Sally m’observe d’un regard triste et compatissant. Je sais qu’elle a mal, mais elle n’en parle jamais. Elle ne se plaint pas. Je lui adresse un léger sourire pour la rassurer et enfile mon sweat afin de dissimuler les marques de mes bras. Tant pis pour la chaleur, je préfère crever de chaud plutôt que d’inquiéter mes frères d’armes. En mettant ma capuche, Sally vient s’y cacher, comme pour se sentir en sécurité. Elle n’aime pas cette base. Elle n’aime pas l’armée tout court.

*

– T’étais passé où ?
– Sorti prendre l’air.

Tandis que je m’assieds, Simon hoche la tête et se contente de cette simple réponse sans chercher à en savoir plus. Pour eux, « sortir prendre l’air » signifie bien souvent « explorer les coins interdits de la base pour tuer l’ennui. » Et ça tombe bien, je ne tiens pas à partager mes petits secrets sur les quelques passages secrets de la base que j’emprunte régulièrement pour avoir accès au toit afin d’assister au lever de soleil. Un peu comme je faisais à la maison quand j’étais gamin. Sauf qu’à cette époque, je ne le faisais pas en pensant que ce serait peut-être le dernier que je verrais. M’enfin. Recroquevillé sur la table, la tête dans les bras, capuche sur la tête, j’attise la curiosité de Simon.

– Tu manges pas ?

En guise de réponse, il a droit à un grognement digne d’un ours réveillé bien avant la fin de l’hibernation.

– Ça veut dire non.

Mais Sally ne peut évidemment pas s’empêcher de faire la traduction, ce qui les fait rire. Bien que je sois caché, sa réponse me fait sourire. Ce qui me fait moins rire, en revanche, ce sont les français qui, bien qu’ils ne soient qu’une dizaine présents dans le réfectoire, gueulent comme des poissonniers alors qu’il est, quoi, six ou sept heures du matin ? Sérieux. Je me redresse et me retourne discrètement dans leur direction. Sally sait déjà ce que je vais faire et elle ne compte pas m’en empêcher ; après des centaines de tentatives qui se sont toutes soldées par un échec, elle a fini par abandonner. Je décide finalement de me lever.

– J’vais tâter du français, j’reviens.

Un rapide coup d’œil à mes camarades peu surpris et me voilà déjà sur le territoire du camp adverse.

– Qu’est-ce que tu veux, l’ricain ? Tu t’es perdu ?

Notons l’accent très frenchy de son anglais.

– C’est votre égo surdimensionné qui vous empêche de la fermer ?

Sans surprise, ma remarque ne lui plaît pas et ses copains commencent à se lever et à nous encercler. Je reste où je suis, serein, alors que lui croit me faire peur parce qu’il est plus grand et plus développé, musculairement parlant. Mais il n’en est rien. Je me fous ouvertement de sa gueule, ce qui finit par l’exaspérer. D’un coup sec, il m’enlève ma capuche. Sally lui jette un regard noir.

– Répète un peu ce que tu viens de dire.
– Oh, pardon, c’est peut-être juste votre stupidité, en fait.

Le molosse change de couleur, il devient rouge écarlate. Il n’aime pas mon ton ni mon sens de la provocation. Tant mieux, c’était le but. Je ne bouge toujours pas et le laisse même attaquer le premier. … « Sinon, il y a une façon plus simple de régler ça. » Alors que tous les français tournent la tête pour confronter celui qui avait osé les interrompre, je lève les yeux au ciel en soupirant. Jack. Toujours là pour débarquer au moment le plus intéressant. Pour m’empêcher de faire des conneries, aussi. Ou pour me suivre, malgré lui. Nos regards se croisent. Je fais la gueule comme un enfant pris la main dans le sac. Je secoue la tête en soupirant quand il commence à négocier avec les français. « Et cet abruti sera de la partie, évidemment. » Encore heureux que j’en serai, j’vais pas te laisser les humilier sans moi. Le marché enfin conclu, les français finissent par s’éloigner. Je n’ai même pas le temps de protester ou dire quoi que ce soit.

« Prépare ton foie, buddy. Tu voulais tâter du français ? Je t’en offre quinze sur un plateau d’argent. »
– C’est trop gentil de ta part, je crois que je vais pleurer. Oublie mon cadeau de Noël, c’est celui-là le meilleur cadeau du monde.

Je fais semblant d’être ému tout en le suivant, c’est déjà l’heure d’aller à l’entraînement. Il sait que je n’ai pas envie d’y aller. Je n’ai pas envie de faire d’efforts, pas aujourd’hui. Il sait aussi que je préférerais me cacher dans un placard à balais. Il serait capable de me chercher toute la journée pour m’obliger à aller à l’entraînement et m’éviter de m’attirer encore plus d’ennuis. Malgré ma moue réticente, je le suis. Pas le choix.

« Ah, et je maintiens ce que j’ai dit. T’es vraiment un abruti. »
– Abruti, c’est mon troisième prénom.

*

Vingt-et-une heure. Toute l’unité a répondu présente malgré le sale quart d’heure qu’ils m’ont fait passer quand Jack leur a expliqué ce qui nous attendait si on perdait. Derrière tout le monde, je me contente d’observer de loin. J’ai pas prévu de me défiler, j’attends juste de voir ce qu’ont prévu les français… et la déception est grande. « Défi au mètre, pour commencer. Un contre un. » Deux mètres de bière ? C’est tout ? Le molosse se fout de ma gueule, c’est pas possible. Je croise le regard de Jack et fronce les sourcils pour lui faire part de ma déception. Et évidemment, nous sommes tous partants. Avant même que l’un des nôtres ne bouge, je passe devant tout le monde – poussant gentiment Jack au passage – et attrape une première bouteille de bière, fixant le molosse pour le mettre au défi.

– Allez mon joli, fais pas ta lopette.

Je reprends ses mots exprès. Provocation supplémentaire à laquelle il répond en saisissant à son tour une bouteille. Plutôt confiant et fier de moi, je ne peux effacer ce petit sourire provocateur qui se dessine progressivement sur mes lèvres.

– Cheers!
  
MessageLun 18 Juil - 19:04
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We don't remember days.
We remember moments.
J’intercepte le regard déçu de Will, mimétisme parfait de celui qui s’est gravé sur mon visage quelques instants plus tôt. Je sais parfaitement ce qu’il pense de ce soi-disant défi. Si je ne m’étais pas mis en tête de ménager les excès de la soirée qui allait suivre, j’aurais certainement sauté sur l’occasion avant tous les autres. Will joue finalement des coudes pour se rapprocher de la table des français, me bousculant au passage, ce qui m’arrache un grognement exaspéré. Quel gamin, il n’en perd pas une.

« Allez mon joli, fais pas ta lopette. »

Des rires sarcastiques émanent de mon groupe de garnements. Will trinque à la santé du molosse, et il lui faut environ dix secondes – j’aurais aimé avoir un relevé précis mais l’action a été trop rapide pour que je puisse avoir le temps de consulter ma montre – pour vider la première bouteille. Un sourire amusé se peint sur mon visage, tandis que les autres lui gueulent dessus pour qu’il accélère encore. Je croise les bras sur ma poitrine, observant tranquillement le gouffre qui me sert de frère d’armes tandis qu’il se fait une razzia de binouze sans même songer à partager. Elle est belle, la solidarité.

Trois bouteilles.
Will a l’air de s’amuser comme un fou. Quant aux zouaves qui m’accompagnent, je ne crois pas avoir déjà vu le jeune Simon aussi hystérique ces quatre derniers mois. Il lui hurle littéralement dessus, applaudissant toutes les trois gorgées, insultant l’adversaire de Will. D’ailleurs, si quelqu’un peut me dire à quoi ressemble une déjection de poulpe, je suis preneur.

Sept bouteilles.
J’ai dit gouffre ? Je crois que le mot est encore trop faible. Les autres commencent à balancer des capsules vers les français, qui répondent en jetant leurs gobelets dans notre direction. Je le sens moyen, cette affaire.

Dix bouteilles.
Mes camarades entonnent un chant de victoire et frappent leur poitrine de leurs poings – on dirait des gorilles. J’ai beau être amusé, je ne serai pas contre une petite accélération de la part de Will. Il se traîne plus que ma grand-mère.

Onze bouteilles.
Will a à peine le temps d’avaler sa dernière gorgée que les premières bouteilles commencent à voler. Je hausse les sourcils, interloqué, et me retourne juste à temps pour attraper par le col les deux sauvages que sont Jerry et Nate. Un coup d’œil éloquent suffit à ce qu’ils retournent du bon côté de la ligne sans poser plus de difficulté. J’en profite pour laisser les mecs atteindre Will et l’occuper avant qu’il ne fasse disjoncter mon mastodonte préféré – ce qui devrait être envisageable, dans les faits.

Lorsqu’il pose les yeux sur moi, je secoue lentement la tête, une moue faussement déçue étirant mes traits.

« Tu t’es traîné le fion, chéri. Je me suis ennuyé.»

Je le bouscule légèrement pour le taquiner, puis m’approche de nos nouveaux amis. Avec une nonchalance évidente, je me passe l’index sur le bord des lèvres, fixant le molosse en silence dans un premier temps. Finalement, sourire en coin à l’appui, je lève les mains au ciel, insensible au vacarme effroyable que causent les terreurs des bacs à sable qui m’accompagnent.

« Je dois avouer que je suis plutôt déçu. J’espère que la suite sera plus divertissante, plus pour votre honneur que pour le nôtre. »

Pas trop mon genre d’être aussi provoquant, et ce n’est pas plus mal que Nina soit à des milliers de kilomètres de ce trou perdu. Elle aurait sans doute un peu de mal à me reconnaître. Le français grogne, visiblement furibard.

« C’était même pas l’apéritif, morveux. »

Morveux. Je pose la main sur ma bouche, mais la lueur malicieuse et tout sauf effrayée qui brille dans mes prunelles contredit nettement la mine effarée que j’essaie tant de bien que mal de prendre. Matthew apparait subitement sur ma gauche.

« Jack, mon petit Jack. Je t’ai déjà dit de ne pas ennuyer les personnes âgées. C’est pas bon pour leur tension et encore moins pour la survie de leur dentier. »

C’en est trop. La surprise passée, j’éclate d’un rire bruyant. Matt, imperturbable, sort son sourire Colgate le plus enjôleur pour poursuivre la conversation que je n’arrive plus à mener sans m’étouffer.

« Alors, messieurs. Si on découvrait la prochaine surprise ? »

*

Je savais bien que cette soirée allait finir par déraper. J’ignorais juste quand et surtout, de quelle manière. Et pour l’heure, je reconnais que j’aurais vraiment voulu ne pas avoir à le découvrir.

Après le mètre de bière, il y a eu les défis gros bras, entre pompes et poiriers plus que précaires, les bras de fer, les défis de courses, de filles (qui ont d’ailleurs failli mal tourner et interrompre la soirée plus tôt que prévu lorsque l’une d’elle a collé un gnon mémorable à Steven) et j’en passe et des meilleurs. Grosso modo, nous sommes à égalité – et pour la plupart déjà sacrément entamés. Il n’y a plus qu’un défi, le dernier de cette charmante nuit, celui qui va décider du groupe qui serait de corvées pour les semaines à venir. Et cette épreuve est pour nous. Par nous, je n’entends pas les quinze avortons qui composent le groupe. Je veux dire Will et moi. Ouais, je sais, on ne change pas une équipe qui gagne. Mais là, franchement, les chances de perdre sont quand même nettement moins négligeables que d’habitude – et inversement proportionnelles à la soufflante qu’on va se prendre par le chef si on réussit notre coup.

Vous aimez jouer les cadors, vous deux. Alors ce défi est pour vous.

Quel cadeau. Merci bolosse. Pardon, molosse.

Vous allez vous introduire dans le bureau du général Castagné et lui laisser un petit souvenir. Choisissez ce qui vous fera plaisir, mais ramenez nous une preuve.

Général Pince-Sans-Rire, sûrement le plus coincé de tous ceux qu’on a eu le loisir de croiser jusqu’à présent. Et français qui plus est ! Autant dire que Will est ravi. Il a le sourire d’un gamin de quatre ans devant une glace trois boules supplément chantilly. Je me passe une main sur le visage, réfléchissant à la manière d’aborder les choses. Il faut un plan simple et efficace, tout ce que nous ne ferons pas. Non, je ne suis pas pessimiste, juste réaliste. Ça part toujours en vrille quand on se retrouve tous les deux dans ce genre de merde, alors autant improviser.

« Putain Will, tu veux pas un mégaphone non plus ? »

Je jette un œil agacé à mon frère d’armes avant de continuer à longer les bâtiments des gradés. Il est aussi discret qu’un mammouth dans un couloir – et encore, c’est une insulte pour le mammouth. Je m’immobilise au niveau d’une des portes secondaires que je sais non verrouillée.

« Le chef a un pass qui donne accès à tous les bureaux du premier. Je lève les yeux au ciel et lui cloue le bec avant même qu’il ne pose sa question. Peu importe comment je le sais. On rentre dans sa chambre après avoir vérifié qu’il dort, on prend le pass et on se tire de là. Ok ? »

Je scrute un instant le visage faussement innocent que l’homme qui me fait face. Evidemment, qu’il va faire des siennes. Mais si on pouvait éviter l’engueulade par le chef pendant qu’il est en calebar, si ce n’est pire, j’avoue que ça m’arrangerait.

« Go. »

Je me glisse à l’intérieur du bâtiment, utilisant les indications de Sybelle pour me diriger dans la pénombre sans heurter quoi que ce soit. Si ma moitié a passé ces dix dernières minutes à m’insulter copieusement, elle est désormais concentrée et résolue à nous éviter le pire. J’espère que Sally en est au même point.
Je colle mon oreille à la porte de la chambre qu’on cherche. Pas un son ne s’en extirpe, laissant supposer que le chef est bel et bien plongé dans un demi-coma. Doucement, j’appuie sur la poignée et pousse doucement dessus, ce qui ouvre l’accès à la pièce dans un léger grincement. Un dernier coup d’œil, comme une assurance silencieuse, et je me faufile à l’intérieur.

Le chef dort paisiblement. Il ronfle, même. Marmonne deux trois mots inintelligibles de temps à autre. En silence, j’atteins la chaise sur laquelle il a posé son uniforme. Putain qu’est-ce que… C’est quoi ça ? Avec un dégoût évident, je dégage le caleçon aux motifs innommables qui squatte la veste. Je préfère occulter l’idée que le chef est donc nu sous ses couvertures. C’est le genre d’images qui pourrait éventuellement me faire foirer. Je fouille une poche, puis une autre, sans rien trouver. Où il la met, sa fichue carte ? Je cherche sur le bureau, regarde dans le premier tiroir, le second. Finalement, une carte noire dans le pot à crayon attire mon attention. Bingo ! Je chope le pass et me retourne pour dire à Will qu’on peut dégager la zone.

Mes yeux s’écarquillent lorsque je découvre mon compagnon penché sur notre belle au Bois dormant. Je fais de petits gestes vifs pour attirer son attention, mais il m’ignore superbement. Je ne peux pas l’appeler, au risque de réveiller le chef. J’attends anxieusement la prochaine manœuvre de William Hobbs. Nul doute que j’aurais préféré me retrouver en plein raid ennemi plutôt qu’ici.

Mamamia Jack.

Et je dirais que Sybelle encore plus.

  
MessageVen 5 Aoû - 21:44
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Moonage Daydream.
Je n’ai pas perdu de temps pour m’attaquer à la première bouteille. Je crois même que j’ai surpris tout le monde, y compris le molosse. Je prends de l’avance par rapport à la concurrence, mais il n’a pas vraiment l’air de saisir le principe du défi. Il se contente de me regarde engloutir deux bouteilles avec des yeux ronds. Il pensait peut-être que j’allais me dégonfler au dernier moment. Mieux que ça, il pensait sûrement que j’allais partager avec les autres gars de mon unité. Nope. C’est mal me connaître. En me saisissant de la troisième, je hausse les épaules. Je m’impatiente.

– C’est quand tu veux, hein. Si t’as trop peur de te prendre la raclée d’ta vie, dis-le tout de suite.

C’est la provocation de trop pour le français qui attaque sa première bouteille. Et c’est à ce moment-là que ça devient beaucoup plus intéressant. Encouragé par mes frères d’armes (sauf Monsieur Parfait qui se contente de me juger en silence), je garde l’avance sur mon adversaire. En arrivant à sept bouteilles, l’ambiance commence légèrement à changer. Des capsules volent devant mes yeux. Tout va bien. Malgré la petite altercation entre les deux camps, je reste sur ma lancée même si je commence à en avoir un peu marre. Le molosse fait une drôle de tête, mais je ne me laisse pas déconcentrer. À la dixième, notre victoire est quasiment assurée. Damn, Simon est quasiment hystérique. À la onzième, les bouteilles vides commencent à voler dans tous les sens. J’en évite une de justesse et d’autres m’ont probablement traversé sans que je m’en rende compte. Une fois la dernière gorgée avalée, je pose assez brutalement la bouteille sur la table pour signifier aux français leur défaite. Les gars deviennent fous et viennent me féliciter les uns après les autres. Jack se ramène en dernier, quand les autres sont déjà en train de narguer les français. « Tu t’es traîné le fion, chéri. Je me suis ennuyé. »

– Tes beaux yeux m’ont ralenti.

Sans plus de cérémonie, je remets la capuche de mon hoodie et le bouscule à mon tour. Je traine les pieds jusque dans un coin où je me laisse glisser au sol. Sally a un peu de mal à voler droit, mais elle réussit quand même à arriver jusqu’à moi. La tête trop retournée pour suivre quoi que ce soit, j’ai préféré laissé les autres gérer la suite des festivités. Au final, on se retrouve à égalité, et le molosse n’a pas dit son dernier mot. Pire qu’un chien enragé celui-là. Ce dernier défi imposé par les français s’annonce… intéressant. Je suis toujours assis par terre quand le molosse me pointe du doigt en précisant que c’est avec moi que Jack doit faire équipe. Je lui fais coucou. S’introduire dans le bureau Général ? Un jeu d’enfant. Simon m’aide à me relever et je m’avance jusqu’au molosse pour lui faire face et le provoquer encore un peu avec un salut militaire tout sauf sérieux. Finalement, Jack attrape mon bras et m’emmène avec lui avant que je ne provoque une bagarre générale.

*

Je fredonne un air sans vraiment me soucier du manque de discrétion dont je fais preuve, mais cela n’a pas vraiment l’air d’amuser Jack qui s’empresse de me faire une remarque. Amusé, et surtout pour le taquiner, je me tais rapidement en faisant comme les enfants, en mettant un doigt sur la bouche… avant de recommencer à fredonner la même chanson trente secondes plus tard lorsque Jack me tourne le dos à nouveau. Si on se fait choper, il y a fort à parier que ce sera de ma faute, comme pour toutes les autres fois. Je m’immobilise à sa suite et lui jette un regard étonné en l’écoutant partager des infos que seuls des fouineurs dans mon genre pouvaient connaître. Sous ses airs de soldat parfait, Jack n’est finalement pas si irréprochable que ça. Un grand sourire se dessine sur mes lèvres alors qu’il m’explique rapidement son plan d’action. Je me contente de hocher la tête comme un adolescent trop impatient de mettre à exécution une nouvelle connerie.

Même si Sybelle et Sally sont loin d’approuver ce pari stupide, elles n’ont pas d’autre choix que de nous guider du mieux possible dans la pénombre afin que l’on reste le plus discret possible. Je ris intérieurement en voyant Jack prendre autant de précautions pour s’introduire dans la chambre du Général. J’sais pas, c’est pas comme s’il avait un passe-muraille à disposition juste à côté de lui. M’enfin. Les bras croisés et adossé contre le mur, j’attends. Je l’observe s’introduire à l’intérieur comme lors d’une véritable mission commando, alors que moi, j’entre dans la chambre comme s’il s’agissait de la mienne. Alors que Monsieur Parfait s’affaire le plus discrètement possible à trouver la carte d’accès dans les affaires du Général, je reste planté là, à écouter les ronflements. Et finalement, je ne sais pas pourquoi, mais je commence tout doucement à m’approcher du lit. À pas de loup. J’sais pas. Juste pour rigoler. Je me penche au-dessus du Général. J’entends bien les réprimandes mentales de Sally et j’ai bien vu les petits signes de Jack pour attirer mon attention, mais je ne me préoccupe ni de l’une, ni de l’autre. Finalement, après quelques brèves secondes qui ont paru des heures pour Sally, je me redresse et étouffe un rire en faisant vite demi-tour, quittant vite la chambre en traversant le mur malgré la porte encore légèrement entrouverte. Lorsque Jack me rejoint, ça se voit qu’il n’a pas envie de rire, mais je ne peux pas m’empêcher de faire l’innocent. C’est plus fort que moi.

– Alors, Alabama, je chuchote, quelle est la suite de la mission ?

Je me tiens droit comme le ferait n’importe quel autre soldat face à un supérieur. Même si Jack est gradé, c’est bien le seul que j’asticote autant. Sans regret et toujours avec le sourire.
  
MessageMer 17 Aoû - 13:51
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Date d'inscription : 26/02/2016Nombre de messages : 238Nombre de RP : 30Âge réel : 22Copyright : Aki (sign) & angel dust (av)Avatar daëmon :
Jack L. WildeI'm not after fame and fortune
    I'm after you



Chacun a père et mère, mais rien de plus difficile à trouver qu'un frère.
Alors, voyons voir. J’ai deux options. Peut-être trois, bien que la dernière soit un tantinet plus bruyante donc risquée donc inenvisageable. Soit je reste là, les bras ballants, les yeux rivés sur l’air enfantin de Will, et j’attends de voir ce qui va se produire. Soit je le percute littéralement et le pousse à travers le mur. Avec un peu de chance – beaucoup de chance, mais je n’en suis plus à ça près dans mes pronostics – son pouvoir se déclenchera à temps pour qu’il ne s’écrase pas contre la cloison avec la puissance d’un pachyderme et il terminera sa course dans le couloir, où je pourrais ensuite l’égorger tranquillement. Peut-être après lui avoir coupé la langue et cousu la bouche, histoire qu’il n’hurle pas comme un goret. A voir. De toute façon, le temps que je me décide, il aura choisi pour moi.

Et c’est ce qu’il fait. Sybelle fait sonner tous les signaux d’alarme dans mon crâne et vole dangereusement autour de moi, mais je n’ai pas le temps de bouger que Will se redresse, étouffe un éclat de rire et traverse le mur avoisinant. Je vais le tuer. Je vous jure que je vais le tuer. D’une main, je m’empare du caleçon tombé à terre et me dirige vers la porte d’entrée de la chambre, mais un mouvement dans mon dos m’oblige à m’immobiliser.

« Mm… Non… Non Maman, pas de soupe au potiron… »

Ma main suspend son geste sur la poignée et je patiente, tous sens aux aguets, prêt à utiliser mon pouvoir en cas de besoin. Mais un slip à pois volant en solitaire dans les airs, même pour un cerveau encore ensommeillé en règle générale, ça réveille. Il serait donc génial que le chef se rendorme vite fait bien fait. Ce doit être mon jour de chance – ironie quand tu nous tiens – puisqu’il recommence à ronfler, me permettant ainsi de m’extirper de la chambre sans plus de cérémonie. Will est là, m’attendant bien sagement, avec sa mine innocente qui me donne des envies de meurtre, et je lui balance un regard furieux à en faire pisser un adjudant dans son froc. Je crois que je vais lui arracher ses stupides bouclettes une par une, pour commencer.

« Alors, Alabama, quelle est la suite de la mission ? »

Je ne sais pas ce qui est le plus ridicule, le surnom qu’il me donne ou la manière dont il se tient. Gradé ou non, on est dans la même merde, il n’a donc aucun rang distinctif à l’heure actuelle, surtout que je sais qu’il agit ainsi dans le seul but de m’énerver. Au moins a-t-il pris la peine de chuchoter. D’un geste sec, je lui lance le calebar en plein visage, priant pour qu’il ne le voie pas venir. J’aurais moins vite fait d’essayer de le lui faire bouffer, donc pourquoi perdre mon temps… Bougon, j’avance dans le couloir en marmonnant.

« Tu mériterais que je t’arrache les couilles. »

Pas sûr qu’une voix de crécelle nous aide dans cette situation, cependant. Je soupire donc et m’avance jusqu’à la porte d’entrée avant de me glisser hors du bâtiment. Quelques pas plus loin, j’effleure d’un geste distrait le Pass soigneusement rangé dans la poche de mon pantalon. Hors de question que mon ahuri préféré se retrouve avec ça entre les doigts, ce serait bien trop risqué. Bref, je m’arrête au beau milieu d’une allée, la peau trop réchauffée par notre dernière petite expédition pour réagir à la morsure du vent frais du désert. Sybelle vient se poser sur mon épaule et je sens peser sur moi son regard accusateur. Je fais n’importe quoi, comme d’habitude, mais c’est souvent – toujours – ce qui arrive lorsqu’on me laisse un peu trop longtemps avec Hobbs. Et maintenant, gros malin ? Justement, telle est la question. Que faire maintenant ? J’ai prévu les choses jusqu’à l’obtention de la clé, mais pour ce qui est du petit souvenir à laisser au général, j’ai pas vraiment d’idées. J’aimerais un truc original. Plus original en tout cas que des guirlandes de papier toilettes ou qu’une nuée de post-it. Je lève les yeux vers mon frère d’armes et le questionne.

« Une idée du cadeau qu’on pourrait laisser à Castagné, Einstein ? Un truc original, tant qu’à faire. Autant marquer le coup. »

Après tout, Will l’énergumène ne manque jamais de propositions lorsqu’il s’agit de faire des conneries, et ce fabuleux défi lui laisse le loisir de prouver qu’il excelle dans ce domaine. Je suis juste là pour éviter qu’il offre aux autres des semaines de corvées supplémentaires et/ou qu’il se fasse canarder après avoir été confondu avec un intrus ou une bestiole du type asticot géant. Pour le reste, it’s on him. Au loin, l’écho des cris nous renseigne sur l’avancée de la soirée ; les gars ne nous ont pas attendus pour continuer de faire la fête. Je crois même que je les entends chanter. A cette pensée, une grimace déforme mes traits : le meilleur moyen de déclencher un nouveau cataclysme est de demander à l’unité de dévoiler ses talents de karaoké. Là, pas de doute, c’est la tempête de sable assurée.

Comme Will tarde à me faire part de son ingéniosité, je finis par m’avancer le long des bâtiments. Tout est calme dans ce secteur, à croire que les locaux sont vides ou que les mecs qui y logent ne sont pas d’humeur à descendre quelques bouteilles. Une lumière vive dans le hangar à trente mètres devant nous attire pourtant mon attention. Attends, c’est quoi là-bas déjà ? Je fronce les sourcils en fixant la bâtisse, incapable de me rappeler de ce que dissimulent ces murs de tôle.

Mécaniciens aéronautiques. Français.

Ah ouais, c’est vrai. Encore une bande de boys scouts, la différence c’est qu’eux ont des tâches d’huile sur leur tenue. M’enfin, il faut bien reconnaître qu’en règle générale, les mécanos sont plus sympas que les pilotes de chiasse. De chasse, pardon. Moins pète-culs et plus blagueurs, enfin pour la plupart en tout cas. Plongé dans mes pensées, je ne fais pas attention à Will et encore moins à ce qu’il peut bien me raconter. Dommage, j’ai peut-être raté l’idée du siècle à cause de quelques minutes d’inattention… Je désigne du menton le hangar de maintenance.

« On trouvera peut-être notre bonheur là-dedans. »

Sans attendre qu’il réagisse, je me dirige vers le bâtiment et commence à en faire le tour. Discrets comme on est, il aurait sûrement été aussi efficace de passer par la porte d’entrée mais bon, pour la forme, je choisis de faire les choses dans les règles. Je jette un œil par l’un des trous de la structure et émet un sifflement discret entre mes dents. Damn, ça pullule de français là-dedans. Y a quasi tout un régiment. Et ça discute, ça piaille, ça se descend quelques bières en riant grassement. Mon regard effleure les outils, pots de graisse et de colle en tout genre. Ouais, définitivement, quelque chose me dit qu’il y a là de quoi égayer le bureau du Général. Je me redresse et sourit finalement, aussi amusé que Syb est exaspérée par ma nouvelle idée.

« On se joint à la fête ? »

Allez, quoi. Tu ne vas pas faire ta poule mouillée, Hobbs ! Sur un dernier regard, je disparais du champ de vision de mon camarade. J’ignore combien de temps mon pouvoir peut tenir, surtout avec les expériences de ces dernières semaines. Sans prendre la peine de vérifier que Will me suit (il ne prendra sûrement pas la peine de trouver une entrée décente), j’ouvre discrètement la porte de service du hangar et m’engouffre à l’intérieur.



Jack à propos de Willy:
 
  
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