Requiem for a drink [Gareth & Cillian]

 
  
MessageVen 30 Sep - 19:18
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Date d'inscription : 10/04/2015Nombre de messages : 473Nombre de RP : 127Âge réel : 22Copyright : © Arya ✗ Tim MyersAvatar daëmon : Sin
Cillian O'SheaA warning to the people
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Requiem for a drink


Un bar du Bronx ~ fin septembre 2016

Cela fait longtemps que je ne compte plus mes verres. Cela fait longtemps que je ne compte plus les heures. La nuit noire. Le bruit de fond du vieux poste de télévision derrière le bar. Tout ici indique que l’heure des raisonnables est passée depuis un bail. Autour de moi, il ne reste plus que quelques rares paumés dont la moitié sont endormis sur leur bière. Un quasi-silence pèse dans l’atmosphère, et je le savoure comme une douce pause au milieu de la cacophonie quotidienne.

Ce vieux pub était un des derniers bars encore ouverts quand je me suis décidé à sortir. Cauchemars, insomnie… Toujours ces problèmes de sommeil qui me poursuivent depuis l’adolescence. Entendre toute l’effervescence du monde, même à l’heure des prédateurs nocturnes, ça tiendrait éveillé un narcoleptique des jours entiers. Parfois, je reste un moment dans une bonne phase : je parviens à me concentrer sur un son moins fort, j’arrive à atténuer le bruit permanent, et je m’endors, presque comme tout le monde, plusieurs semaines durant. Et puis il y a ces jours où rien ne semble pouvoir vaincre ce brouhaha incessant, où mon inconscient se focalise malgré moi sur tous les sons en même temps, tenant mon cerveau en alerte malgré toutes les suppliques de mon corps pour qu’il se laisse aller. Alors, lorsque les cigarettes ne suffisent plus, je vais chercher l’air du dehors. Et lorsque la succession des rues monotones m’ennuie trop, j’entre dans un de ces bars perdus, le premier que je trouve, en priant pour qu’il ait un vrai whisky entre toutes ses bouteilles de gnolles tout juste bonnes à déboucher les chiottes.

Par chance, celui-ci avait un vieux Jameson caché au fond d’un placard, le genre d’alcool si bon qu’il devient traître si on ne prend pas la peine de se surveiller. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’fais plus vraiment gaffe depuis un moment maintenant. Je lève ma main droite, coude sur le comptoir, et observe mes phalanges pour vérifier que j’y vois encore clair. Y a pas encore de brume et je compte bien cinq doigts. Ça doit être bon signe. Je regarde autour de moi : pas de vision au ralenti ni de plancher qui bouge. Merveilleux.

- Tu m’en ressers un double, mate ?

J’ai pris l’habitude de tutoyer d’office ceux qui prennent cette liberté avec moi, et c'est le cas du patron de ce pub. Le gars a l’air de s’en foutre royalement de toute manière. Il s’approche, essuie ses doigts sur torchon qui pend sur son épaule en passant, et remplit mon verre sans un mot. J’ai toujours apprécié les serveurs taciturnes en troisième partie de soirée. Je viens pas pour faire la causette de toute manière. A cette heure-ci, je crois que personne ne vient pour faire la causette. On vient se poser au chaud, oublier ses merdes, attendre sa maitresse, ou retarder encore le plus possible le temps où il faudra retourner à son morne quotidien. Lorsque je regarde tous les mecs autour de moi, j’en vois pas un seul qui sortirait du lot. Sauf peut-être… L’espèce de beau gosse quadragénaire un peu plus loin, seul au comptoir, comme moi. Je sais pas trop ce qu’il fout là, mais il détonne un peu par rapport aux autres. Je sais pas non plus ce qui me fait dire ça. Peut-être juste le fait que nos œillades se soient croisées une ou deux fois depuis qu’il est arrivé là.

A la télévision, un flash info fait déblatérer à la présentatrice les mêmes conneries qu’aux journaux qu’on s’est tapé le matin, le midi, et le soir. Comme si j’espérais qu’ils trouveraient autre chose à raconter pour les mecs bourrés après deux heures du mat'… J’écoute malgré tout d’une oreille distraite son discours millimétré que je crois connaître déjà par cœur.

« … On ne connaît toujours pas la date du procès pour les membres de l’ancien gouvernement de Merkeley accusés d’être responsables directement ou non de plusieurs dizaines de morts pendant la guerre civile qui a touché cette ville du New Jersey l'année dernière, ainsi que de nombreux autres chefs d’accusation qui ont entaché l’ère du Conseil. Plusieurs haut placés de l’ancienne institution dirigeante demeurent également toujours en fuite, même si les autorités assurent faire tout leur possible pour les retrouver rapidement et … »
- Pfff… Conneries.

Mon grognement a réveillé Sin qui s’étaient endormie sur mon épaule. Elle ne dit rien, mais je sais qu’elle n’aime pas que je fasse des commentaires sur le Conseil en public. Un an que cette monstruosité est tombée, et on ne parvient toujours pas à avoir le fin mot de l’histoire. Maintenant que tout est dans les mains de l’administration américaine, on ne maîtrise plus rien, et j’ai la terrible impression que rien ne bouge. On ne voit plus l’évolution de notre situation, on ne sait pas ce que deviennent nos anciens bourreaux. Avec un peu de chance, ils sont bien tranquillement installés chez eux et regardent les infos comme moi, sur leur putain d’écran plat, avec un sourire satisfait devant la lenteur des démarches judiciaires. Peut-être sont-ils juste assignés à résidence en attendant ? Mieux encore. Simplement privés de sortie du territoire. Connards. Ce que je crains au plus profond de moi c’est qu’ils puissent s’en sortir les couilles nettes. Avec toutes leurs relations, ça pourrait certainement se terminer comme ça, au moins pour les plus influents d’entre eux. Pourritures.

Je soupire et amène mon verre à mes lèvres. Une large lampée de whisky, O’Shea. Allez. Fais comme tout le monde ici : oublie tes emmerdes.
lumos maxima


  
MessageVen 30 Sep - 22:46
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Gareth K. CadiganNothing will be the same...
All drinks and no talks drown memories.
Et ce soir je me noie dans cet océan de souvenirs qui ne m'appartiennent plus tant j'ai apprit à les regarder seulement de loin pour ne plus les regretter.
Ce n'est pas lui que l'on fixe, généralement. Tous les regards sont d'ordinaire concentrés, rivés, accrochés à la fourrure épaisse et brune qui se balance au rythme des pas de la créature, du monstre, de la montagne de muscles qui la porte. Gareth a l'habitude, à force, de ne pas être le centre d'attention de tout le monde, et ça lui va très bien comme ça. Il n'a pas besoin de se sentir oppressés par le regard des autres comme un adolescent complexé. Lux est assez grande pour se débrouiller avec ça, même si c'est son âme, même si elle est sa moitié, ça fait 45 ans qu'ils vivent ensemble, qu'ils partagent les mêmes galères, par la faute de l'un et de l'autre. Ils se partagent le rôle du connard et de la figure parentale autoritaire. Des fois, c'est Lux qui est trop irritée, des fois, c'est Gareth qu'est franchement trop con. Être rappelés à l'ordre leur fait du bien, des fois, ça les empêches d'aller trop loin dans leur délire.
Pourtant, et malgré ses tentatives d'auto-persuasions, Gareth se sent oppressé par les regards multiples et insistants sur sa grande ourse. Franchement, ça l'emmerde de pas se sentir bien à cause de ça, il a l'habitude maintenant, non ? Souvent, ils s'en foutent, tous les deux, mais parfois ça les rattrape, ça leur plante une seringue dans le pied avant de disparaître. Et alors là, ça leur prend à la gorge comme une odeur d’ammoniaque. C'est franchement affreux, ça tourbillonne dans leur poitrine, ils sont à fleur de peau, prêts à sauter à la gorge du premier venu.

Mais ça, c'est quand les gens regardent Lux.

Et étrangement, ce soir, c'est lui qu'on regarde.

Ils sont peu dans ce bar qui était encore plein à craquer y a une heure. Il doit être quoi, deux, trois, quatre heures du matin ? Ahh, sans doute... Sans doute est-ce l'alcool qui lui fait perdre la notion du temps, mais dans cette salle, la luminosité ne change jamais. Constante. Elle fige l'horloge, le moment, tout. Les seules aiguilles qui tournent sont les gens qui vont et viennent dans le bar, mais hélas ne donnent pas de claires indications quant à l'instant présent. Gareth n'a absolument aucune idée de l'heure qu'il est, sa sobriété ne tenait qu'au fil que les Moires ont tôt fait de tisser, dérouler, couper.
Ils sont deux, appuyés sur ce comptoir ; les pieds croisés entre les barreaux du tabouret, le gallois se tient assez convenablement malgré la situation. Même ivre, il ne semble pas avoir perdu ses habitudes de dandy poli professeur à l'université, voyez-vous. C'est qu'il lèverait presque le petit doigt en avalant ses dernières gorgées de Bailey's. Par patriotisme, quand il était jeune, il s'empêchait d'en boire, juste parce que les relations entre les nations anglaises, c'est pas trop ça. Aujourd'hui, il s'en fout royalement. C'est bon, le Bailey's, ça se boit comme du petit-lait. Le problème du petit-lait, c'est qu'on se ressert vite et qu'il a oublié combien de verres il a pris depuis son arrivée dans le bar. Lux ne va clairement pas l'aider à compter, elle est parfaitement endormie, comme une loque, le long du marbre du comptoir, enroulée autour du tabouret.
Et y a ce mec, là-bas, qui ne regarde pas Lux, mais qui le regarde lui. Si sa première réaction a été de jouer au vieux con et de le darder plus que de vraiment le regarder quand leurs prunelles se sont croisées, le traitant mentalement de sale petit punk, de marginal, du genre à se laisser pousser des rêves et à courir après les étoiles, reste que, quand même, il est intriguant. Dans une certaine mesure, en tout cas... Tous ces tatouages, là, pourquoi il les a faits ? Pourquoi ils sont comme ça, quelle raison ? Pourquoi sur le visage, en fait ? C'est carrément moche. C'est con, il aurait pu lui plaire, mais même bourré il arrive à pas trouver ça attirant du tout. Une légère moue, son regard semble s'être perdu ailleurs quand ils se croisent encore, puis sa tête pivote vers la télévision accrochée au mur, en hauteur. Les yeux prennent du temps à suivre et le cerveau à capter ce qu'il est en train d'écouter ; encore sur le Conseil hein. Les derniers membres en cavale, tout ça, tout ça... Dans le domaine du journalisme, y en a qui s'arrachent la moindre miette d'information à ce sujet-là. Y en a même qui harcèlent la police pour avoir des infos cachées, c'est une vraie mine d'or cette connerie. Gareth, lui, il s'en fout. Il est plus préoccupé par le fait qu'on soit en train de le regarder que par l'idée même que d'anciens membres du Conseil soient en cavale. Y en a pour qui ça importe plus, on dirait. En vitesse, il avale sa dernière gorgée de Bailey's.
    Un dernier, s'il vous plaît.

Il est étrange quand il est bourré, Gareth. Parce qu'on dirait qu'il va parfaitement bien, il parle très bien, et d'une seconde à l'autre, il peut s'écraser sur le comptoir et baver dessus jusqu'à ce que déshydratation s'en suive.
Le gars là-bas, il semble finir son verre aussi. Alors Reth se lève.
Ah, pardon, se vautre sur la grosse masse de fourrure à ses pieds. Heureusement qu'il a posé son verre au préalable ; pensant pouvoir gérer la situation, pensant évidemment que les 500kg de gras, d'os et de fourrure qu'est l'entièreté de Lux allaient se pousser, s'envoler comme une feuille sous prétexte qu'il recule son Saint Trône. Raté, il s'étale sur elle, elle pousse un grondement, il se cogne la tête, se redresse en marmonnant. Suite à ça, l'énorme masse se lève, s'ébroue, et le gallois rit, accoudé au comptoir. Lux, quant à elle, ne trouve pas la situation très drôle et ne tarde pas à le lui rappeler.
    Gareth, tu es ivre. Elle tonne à haute voix, histoire que tout le monde entende. Jusqu'à preuve du contraire tu ne sors pas d'hibernation et tu es entrée avec moi dans ce bar. Tu pensais qu'on allait y faire quoi ? Clairement pas que tu allais t'amuser à me tomber dessus, en tout cas. L'on peut voir sa grosse babine inférieur d'ours se tirer vers l'avant tandis qu'elle plisse les yeux. L'avantage d'avoir un animal expressif... Gareth souffle comme un gosse qu'on vient de gronder injustement et reprend son verre. T'as fini ?

Et il marche en direction de l'autre côté du comptoir pour s'y accouder, juste à côté du gars tatoué, sans pour autant le regarder, lui prêter la moindre attention même. Lux le reprend de volée, lui demandant s'il compte le draguer ou non, parce que c'est pas son genre d'habitude, qu'il a 0 chance vu l'état dans lequel il est et qu'en plus c'est pas comme ça qu'il va y arriver. Dodelinant un peu de la tête, Gareth la toise assez méchamment cette fois-ci. Sa voix raisonne encore dans sa tête, et tant mieux que ça ne soit que là-dedans. Lux n'oserait jamais dire ce genre de choses à haute voix, de toute façon. La dernière fois qu'elle a essayé, ça a mal fini. Pour Gareth. On peut pas avoir raison tout le temps hein...
    C'est quand même dingue hein le bruit que ça fait. Lui il est dans le journalisme, alors il sait de quoi il cause, même si c'est pas le bon secteur. Tu verrais le chahut qu'il y a dans les locaux des gros journaux ; c'est la jungle. Limite le Black Friday est plus soft.

On sait pas vraiment à qui il s'adresse ; Lux est assise à côté de lui, la tête posée sur le comptoir, sa salive dégouline même un peu dessus. Elle semble... Lassée, très lassée, et n'attend que de pouvoir rentrer à la maison, ça commence à bien faire les âneries de Gareth.
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MessageSam 1 Oct - 6:02
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Un bar du Bronx ~ fin septembre 2016

Beau gosse redemande à boire, et je lui jette une nouvelle œillade. Je crois que c’est pas le premier verre qu’il commande, lui non plus, loin de là. Bah… C’est sa vie après tout. Je reviens à mon whisky. Il a plutôt l’air de bien tenir de toute manière. Toujours l’œil vif et le dos droit. Tout le contraire de la masse qui dort appuyée sur le comptoir. Son daemon est un putain d’ours, énorme, l’exact contraire de Sin. Ce n’est pas la première âme de cette envergure que je croise, peut-être est-ce pour cela que je ne l’ai pas fixée plus de quelques secondes, à l’inverse de plusieurs ivrognes aux quatre coins du bar. C’est vrai que les daemons aussi massifs ne sont pas les plus répandus, comme si nos moitiés savaient que dans un monde comme le nôtre, mieux valait être capable de passer facilement dans les encadrements de porte. Je trempe à nouveau les lèvres dans l’alcool quand soudain, un fracas terrible couplé d’un raclement sonore des pieds d'un tabouret et d’un grognement rauque d’ursidé me fait affreusement grimacer. Bordel ! Mais qu’est-ce que…

A ma droite, la gravure de mode vient de se prendre les pieds dans la carpette qui lui sert de daemon et de s’étaler de tout son long sous les regards indifférents des autres clients du bar. Je contracte la mâchoire, le temps de faire passer le sifflement qui résonne à mes tympans. Puis ma main se détend lentement sur mon verre. Pendant ce temps, notre compagnon de beuverie qui a visiblement légèrement surestimé ses forces se redresse tel un prince sous les sermons de sa daemon qui me semblent être prononcés un peu trop fort pour n’être destinés qu’à lui. Essayerait-elle de rallier les autres clients à sa cause ? Chacun sa moitié, ma grosse, et de toute manière, tu me sembles assez costaude pour le traîner dehors par la peau du cou si t’en as envie. Je ne m’en mêle pas et prends soin de ne pas les regarder pour en pas attirer leur attention. Mais lorsque j’entends des pas se rapprocher à côté de moi, je ne peux que tourner la tête pour voir le Play Boy s’accouder au comptoir, juste à madroite. Je me redresse, pris de court. What the… ?

Il me regarde pas pour autant, ce qui me fait me demander même s’il s’est seulement rendu compte de l’endroit où il se trouve, et j’hésite un instant à lui faire remarquer que son tabouret est toujours au même endroit que tout à l’heure. Le voir tourner la tête pour fusiller maman ours du regard me convainc de fermer ma gueule et de revenir à mon whisky. Il va certainement partir comme il est venu, de toute façon. Je dois pas être le genre de gars qu’il fréquente. Il attend juste que le barman lui file des cacahuètes, et il va partir gentiment, hein ?

- C'est quand même dingue hein le bruit que ça fait.

Ah, ben non… J’ai comme bien l’impression qu’il va rester là.

- Tu verrais le chahut qu'il y a dans les locaux des gros journaux ; c'est la jungle. Limite le Black Friday est plus soft.

Je cligne des yeux en le dévisageant, mon verre de whisky en suspens dans le creux de ma main. Il me regarde même pas. C’est à moi qu’il parle, ou… ? Je jette un coup d’œil à sa daemonne qui bave comme un gros toutou sur le comptoir sous le regard mauvais du patron qui n’ose visiblement pas se risquer à faire une remarque à un mastodonte pareil. Je le comprends un peu. Mais l’ourse ne regarde pas son humain non plus, préférant fixer tristement les bouteilles d’alcool derrière le bar ou l’écran poussiéreux de la télévision. J’ai l’impression d’être dans un putain de sketch, accoudé là avec un ivrogne à belle gueule et son ours de compagnie, à me demander si je dois répondre ou non à ses réflexions intenses et embrumées par l’alcool tout en sachant qu’une erreur me ferait immédiatement condamner à être bouffé par son monstre en peluche. Mais pourquoi fallait-il que mon insomnie tombe aujourd’hui, putain ?

Après plusieurs secondes de réflexion, je détache mon regard d’eux pour garder les yeux rivés droit devant moi, et je finis par gronder en avalant une autre gorgée de whisky :

- Ca fait toujours moins de bruit qu’un mec qui se prend les pieds dans un ours…

C’était pas vraiment chaleureux, plus comme une petite pique que Sin me reproche aussitôt, me rappelant que le gars a un putain de garde du corps qui, s’il reste couplé à une limace, demeure capable de me casser en deux d’un seul coup de patte. Je me force donc à ajouter quelque chose, plus pour faire passer ma première intervention qu’autre chose.

- Mais ça fait surtout beaucoup de bruit pour rien. Y a rien qui avance. Comme toujours… Alors ils répètent toujours la même chose : on sait rien, on les trouve pas, mais ça va venir bientôt, surtout changez pas de chaîne !

Je prends une grande lampée de whisky, comme pour me faire avaler ce que je viens de dire. Et toujours sans regarder mon camarade de gnolle, j’ajoute :

- Tu bosses là-dedans ? Ça te dirait pas de leur faire se bouger le cul ? Histoire qu’on arrête de nous prendre pour des cons et qu’on sache qui freine des quatre fers pour pas qu’on fasse tomber ces enculés ?

Toujours tutoyer ceux qui me tutoient. C’est la règle. Même si c’était peut-être pas à moi qu’il parlait au départ.

*Cil’, bordel ! Qu’est-ce qui te prend ? T’es malade ?

Ah, oui ! C’est vrai. Je le connais pas le bougre.

*Arrête ça tout de suite, et pose ce verre. Tu sais même plus ce que tu dis avec tes conneries !

Putain… Voilà que Jiminy Cricket s’est réveillé. La dernière chose qui me manquait pour embellir ma soirée.

*Tu veux pas te rendormir, maman ?
*Joue pas à ça avec moi, Cil’. Ça suffit.

Je soupire et lève encore le coude. Bois, O’Shea. Bois… Ca sent encore les emmerdes.

lumos maxima


  
MessageDim 2 Oct - 16:54
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Gareth K. CadiganNothing will be the same...
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Et ce soir je me noie dans cet océan de souvenirs qui ne m'appartiennent plus tant j'ai apprit à les regarder seulement de loin pour ne plus les regretter.
Hm, oui, faut admettre que comme entrée en matière, Gareth n'est pas le plus habile. Si d'habitude il s'incruste dans les conversations avec panache et peut aborder la moindre personne avec beaucoup d'agilité, quand on est tombé de son tabouret et que l'on est ivre, on perd tout de suite en charisme. Pourtant, il est pas mal habillé. Toujours ses éternels t-shirts serrés qui dessinent ses muscles, sa veste en cuir qui traîne sur le comptoir, bien pliée malgré tout, avec ses lunettes de soleil posées dessus - deux choix s'offrent ici: soit il est rentré en pleine journée et dans ce cas c'est logique qu'il soit bien imbibé, en plus de la note qui va être salée, soit c'est juste un putain de dandy chiant pseudo-classe qui fait attention à son style et qui met des lunettes de soleil même en pleine nuit. Ridicule ; reste qu'il a une certaine tenue, un certain port de tête visiblement travaillé, et c'est sans mal que l'on peut deviner sa classe sociale. C'est pas qu'artiste ça paie bien, c'est que quand on cumule trois boulots, bah on a de quoi se torcher au Bailey's en rentrant. Non, il n'est pas allé noyer sa peine dans le premier bar qui suit ; c'était juste une sortie entre amis, à la base, qui a résulté à une courte mais puissante envie de solitude. Ils sont partis, il est resté et prévoyait de rentrer quand il en aurait marre. C'est vraiment super rare qu'il ne fasse rien comme ça, alors autant en profiter comme on peut. D'une certaine façon, s'il a commencé à boire assez... Férocement, c'est peut-être parce que rester là, le cul vissé sur une chaise, à attendre que le temps passe, lui faisait affreusement peur. Peur de perdre son temps, peur de le voir s'envoler ; en perdre la notion semble être la meilleure idée pour pallier à tout ça, et l'alcool est ce qui aide le mieux.

En tout cas, il semble bien aider ce jeune tatoué, à la gauche de notre bon gallois appuyé au comptoir, qui avait visiblement tout sauf envie d'être dérangé durant sa beuverie solitaire. Mais en être-humain irrespectueux qu'il est, le gallois n'a pas pu s'empêcher d'aller violer son espace privé, ses esgourdes et sa tranquillité. En plus de faire des remarques franchement cyniques, il ne se donne même pas la peine de les adresser à qui que ce soit. Le patron du bar pourrait bien répondre qu'il s'en ficherait, mais vu la tête qu'il a fait en voyant la grosse tête d'ours baveuse se vautrer contre le marbre de la structure Gareth comprend très bien qu'il ne va pas tout de suite se mêler à la conversation. Non, c'est le jeune tatoué qui se contente de le regarder, franchement déconcerté, et ça même du coin de l'oeil Gareth peut le voir. Un instant s'écoule, la présentatrice à la télévision récite son texte comme un robot.
La réflexion du tatoué le fait rire silencieusement. En se redressant un peu, le comédien passe une main dans ses cheveux blonds qu'il devrait songer à faire raccourcir. Pas le temps pour ça, de toute façon longs ou courts ça lui va bien. Mais, eh, le sujet n'est pas là. Se prendre les pieds dans le tabouret ? Lux grogne:
    Comme il dit.

Bien à voix basse, histoire qu'il n'y ait que Gareth qui puisse l'entendre. Il affiche une petite moue peu commode, à l'intention du gros ursidé, même si d'un point de vue extérieur ça s'apparente à la réaction qu'il aurait pu avoir face au tatoué. Tranquillement malgré tout, il porte son verre à ses lèvres, goûte encore la crème de whisky qu'il commence à ne connaître que trop bien.

Ce jeune homme semble être un peu trop révolté par la situation pour vraiment bien réagir, sur le coup. Peut-être que l'alcool y est pour quelque chose, et vu ce qu'il boit, ça n'étonnerait notre bon gallois qu'à moitié. Un whisky qui a l'air ma foi bien dosé qu'il n'hésite pas à boire à la chaîne, comme pour chercher à se faire taire sans vraiment s’apercevoir que l'alcool alimente sa véhémence. L'ourse relève la tête en entendant parler du travail de Gareth. C'est que ça devient intéressant, même pour elle. Le gallois fait une petite moue, hausse les épaules, sans même relever le ton presque brutal, sans même relever le tutoiement.

Ils ne se regardent pas, et à vrai dire ne semblent même pas vouloir le faire ; se regarder c'est accorder de l'importance à l'autre, peut-être plus qu'à soi-même, c'est occulter cette espèce d'égalité entre eux, c'est sans doutes faire éclater la bulle temporelle qui les entoure et qui garde le ton bas malgré la dureté des propos.
    C'est pas la faute aux reporters, tu sais. On a vraiment tendance à faire des doigts à ceux qui ne sont pas forcément les vrais coupables ; et se ramasser la merde des autres c'est jamais bien sympathique. Pour le coup, Gareth se veut presque défenseur idéaliste des opprimés, ce qui fait rouler les yeux de Lux qui repose ses babines sur le comptoir en grognant. Ils y peuvent pas grand-chose si les flics se bougent pas les miches. M'enfin... Je joue pas dans la même catégorie qu'eux. On est dans les mêmes bâtiments, mais pas dans les mêmes secteurs ni bureaux. Si je devais bouger le cul à qui que ce soit, on me reprendrait sûrement de volée. Il commente finalement avant de presque boire son Bailey's d'une traite. Un léger rire s'en suit, il décide d'éclater la bulle d'indifférence de l'autre en tournant lentement la tête vers le tatoué. Puis je pense pas que tu sois bien en position de faire ce genre de remarques.

Son sourire adoucit franchement l'ambiance, du moins s'y essaie. Après tout, il n'a nullement envie de s'engueuler avec ce type - et vu son attitude présente ça risque de vite partir dans les tours si l'on ne met pas le holà tout de suite.
    Puis eh, sans se mentir. C'est pas la première fois qu'ils nous prennent pour des cons...

Un peu plus triste, cette fois, mais faut ce qu'il faut. La véhémence n'est pas forcément la bienvenue ce soir, et en fait, à y réfléchir, il était pas du tout venu pour parler de ça ; il a des questions sur les tatouages de ce type, et l'alcool va bien lui dénouer la langue quand il aura la moindre occasion de les poser.
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MessageMer 12 Oct - 18:21
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Un bar du Bronx ~ fin septembre 2016

On se regarde pas. Toujours pas. On fait mine de mater le poste de télévision ou les bouteilles d'alcool sur les étagères. On s'évite tout en s'ouvrant à l'autre, drôle d'entrée en matière visant à s'imposer sans inciter l'autre à continuer la conversation. On se laisse une porte de sortie, comme pour éviter de s'enfermer dans une discussion qui deviendrait soudainement ennuyeuse à souhait. On veut une échappatoire, même illusoire, juste un moyen de se rassurer lorsque l'on croise quelqu'un qui n'a clairement pas l'air du même monde que soi. Sauver les apparence en faisant mine de contrôler une situation que l'on aimerait fuir. Toujours répondre pour rappeler qu'on est là. Ne jamais regarder pour feindre l'indifférence.

Beau gosse hausse les épaules, je le vois en coin. J'sais pas vraiment ce qu'il pense et je suis pas certain d'en avoir quelque chose à foutre. Mais il s'est éveillé en moi comme une curiosité irrépressible, une envie étrange de décrypter ce qui se cache derrière cette mâchoire carrée et cette chevelure soyeuse de beau gars propre sur lui. Peut-être que c'est uniquement parce que c'est lui qui s'est rapproché que ce mec m'intrigue. Il faut dire que c'est pas souvent qu'on vient m'accoster à cette heure-ci, encore moins quand on a cette allure là qui, comparée à la mienne, prouve bien qu'on vient pas du même monde. Alors mes prodigieuses oreilles s'ouvrent à sa défense des journalistes, attendue, certes, mais que je ne relève pas. Les grands débats aussi tard, c'est pas mon délire. Je vois son coude à ma droite qui se lève et son verre vide qui revient claquer le comptoir. C'est qu'il en a encore dans le ventre, le bougre. Mais si j'en crois le regard blasé de son gros nounours qui bave toujours de l'autre côté et sa cascade de tout à l'heure, il ferait bien de freiner un peu la cadence s'il veut pas finir comateux dans un coin du bar comme l'autre gars un peu plus loin qu'on entend plus depuis une bonne heure. Alors, j'entends un rire alcoolisé s'échapper de sa gorge, et je fronce légèrement les sourcils en me forçant à ne pas me retourner quand il ajoute :

- Puis je pense pas que tu sois bien en position de faire ce genre de remarques.

Je sens Sin qui se raidit contre moi, s'attendant certainement à ce que je lui rentre dans la gueule. Mais j'ai vraiment pas la tête à ça ce soir, et le ton du gars me fait dire qu'il ne se veut pas franchement agressif.

- Pourquoi ? Parce que j'ai pas une gueule à pondre des articles ?

Le sourire en coin qui étire mes lèvres sur la droite indique bien le sarcasme qui habite mon propos. Je sais très bien la dégaine que je me coltine et l'effet que ça fait sur la plupart des gens. J'ai clairement pas la tête d'un rédacteur de papelard, même pas pour un magazine indépendant.

- Puis eh, sans se mentir. C'est pas la première fois qu'ils nous prennent pour des cons...
- Ah, ça...

Je souris et lève légèrement mon verre en direction de la télévision.

- A leur santé !

Et j'avale une nouvelle lampée de whisky. J'admire un moment la couleur ambrée de l'alcool qui s'habille du reflet des spots du bar lorsque le liquide s'agite. La chaleur irradie à nouveau ma cage thoracique et je m'enivre de cette sensation comme si je m'injectais une dose de morphine. Un bon gros shoot bien droit dans le cerveau. Je laisse le silence s'installer entre nous quelques secondes, mais il m'ennuie soudain ce qui me donne presque l'impression d'apprécier cette conversation qui s'engage. Je devrais me méfier de ce whisky, il me rendrait presque sympathique.

- Et c'est quoi, vous alors, votre catégorie ?

Paraît que les gens biens doivent s'intéresser à leurs semblables. J'ai pas grand chose à y perdre de toute façon. Mais ça me fait penser que je ne lui ai toujours pas offert un regard...
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