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Ne me mangez pas, je ne mord pas et je vous aime déjà ♥ - Ana Esme Santiago.

 
  
MessageSam 1 Oct - 13:46
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 76Nombre de RP : 12Âge réel : 22Copyright : Aki' ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoNothing will be the same...

Ana E. Santiago

« Rayon de Soleil et Poudre à Canon »

Identité

Nom Prénoms : Ana Esme Santiago
Age : 27 ans
Date et lieu de naissance : Née au Mexique, le 13 février 1989.
Nationalité : Mexicaine.
Métier ou étude : Femme de chambre, Herboriste.
Précision : Bilingue anglaise, fort accent espagnol. Attirée autant par les hommes que par les femmes.

Stéphanie Sigman
(c) Aki'

Résidente permanente

Tehwa


Je me présente. Tehwa. Pas de nom de famille, rien que ça. Juste Tehwa. Ca me va très bien, c'est joli, court et j'aime tout particulièrement sa signification.
Tehwa. Nous. En Nahualt. Un mot inconnu qui pourtant dans cette autre langue signifie tant de choses. Un mot résumé de cette relation qui existe entre elle et moi. Un lien indéfectible qui n'a cessé de grandir, de s'accentuer. Ce truc inexplicable qui nous rend indissociables l'un de l'autre. Nous sommes nous. Je suis Tehwa. Elle est Ana. Et pourtant...
C'est Nous.
Un duo qui ne s'est jamais séparé. Un tout. Longtemps, je suis resté caché. Prenant de toutes petites formes pour me glisser dans ses vêtements, ses cheveux. Aujourd'hui, je le fais encore. Me cacher dans ses cheveux et vêtements. Parfois par simple plaisir du souvenir. Autrefois, c'était de la pure timidité. Un refus de se mélanger au monde, une volonté de rester auprès de celle que j'aime.
Ma Ana.
On ne se quitte pas. Elle ne part pas sans moi comme je ne pars pas sans elle. Nous sommes un tout, nous ne supportons pas la distance entre nous deux. Littéralement. Une dizaine de mètres, c'est tout. Et encore. Après tout, nous n'avons jamais essayé de plus grande distance que quelques mètres. Une seule pièce parfois entre nous, c'est tout. Et encore.
On ne se quitte pas. Jamais.
Il ne s'agit pas de fusion, mais de passion. Nous ne faisions pas de distinction entre nos corps et notre âme. C'est peut-être pour cette raison que je suis ainsi...

Nerveux, méfiant. Je ne fais que rarement confiance, il me faut du temps. J'analyse, j'observe et rend mon verdict. Je protège ma jumelle, je suis là pour elle.
Elle a tellement souffert... Je le sais. J'ai ressenti chaque déchirement de son coeur, chaque battement, chaque arrêt. Toutes ses pensées, je les entend. On ne se cache rien. Elle sait ce qu'il se cache dans mon esprit, je sais ce qu'il se cache dans le sien. Pourquoi des secrets entre nous ? Ridicule que cette idée.
Nous ne sommes qu'un. Un seul esprit pour deux corps. Je suis son reflet. Sa moitié.
Et nous sommes un.

Je veux son bonheur. Mais que puis-je faire, moi, petit daemon ? Je ne suis pas grand, pas effrayant, je ne suis qu'un phalanger volant.
Je la protégerai au péril de tout. Malgré mon apparence de souris. A défaut d'être grand et fort, je suis malin. Timide, mais rusé. J'ai lu beaucoup de livres, enfin, ceux qu'Ana a réussi à me trouver. Et oui, je lis tout ce que je peux. J'aime la philosophie, j'aime la psychologie. A défaut d'un physique protecteur, j'ai cultivé mon esprit. Une toute autre sorte de protection.
Et je le cultive encore. A Merkeley, j'ai hâte de pouvoir trainer avec Ana dans les bibliothèques pour dévorer des livres. Elle a promis de m'en acheter quand elle pourra.

Mais je n'aime pas parler de moi. J'aime parler, mais pas de moi. Ana me bouscule souvent à ce sujet, elle rit lorsque quelqu'un arrive à me délier la langue. Elle dit alors que c'est la fin du monde, que le moulin à paroles est lancé. C'est peut-être vrai... J'ai tendance à m'emporter un peu lorsqu'un sujet m'intéresse et qu'on m'encourage à partager mes pensées, mes idées. Peut-être est-ce ce petit philosophe que je cache qui s'exprime.
En réalité, je suis timide. Il arrive cependant des fois où l'on ne peut plus me stopper dans mon discours. Je l'avoue.

Je reste tout de même silencieux, un observateur averti. Parce que je pense à Nous. Je prend le relais, Ana en a bien assez fait. Son esprit détruit trouve enfin un semblant de paix, elle se reconstruit.

Je ne tolérerai pas qu'on la brise à nouveau.


Caractère

Utopiste militante à l'état pur. Pour les droits de l'homme, de tous.

Elle n'est pas grande, ni même impressionnante. Pourtant, elle en impose par ses idées et ses convictions. Elle défend corps et âme la vie et les droits, la liberté de tous. Jusqu'au bout. Qu'importe les détails, elle se bat pour la liberté sans hésitation aucune.
La lutte daemonienne pour leur reconnaissance est ce qui la touche le plus, ce sujet sensible qu'elle défendra toujours. Qu'on défendra toujours. Ongles acérés et paroles fulminantes, elle n'en démord jamais. La liberté, les droits, la vie.
L'injustice est un concept qu'elle combat à force de sa rage et de sa passion. Ses réactions sont imprévisibles lorsqu'il s'agit de défendre quiconque, intenses, passionnées, presque violentes.

Ce sont des sensations indescriptibles, alors qu'elle fulmine, qu'elle se bat, je ressens tous ses sentiments. Elle se battra toujours, qu'importe les événements. C'est ce qu'elle a fait... Elle s'est battue. Et même si son esprit a été détruit, elle s'est relevée.
Et elle repart au combat.

Oui, l'injustice est bannie de son vocabulaire. Au même titre que l'autorité a toujours été un problème pour elle, depuis petite. Pour Nous. C'est un concept que nous avons toujours trouvé agaçant. Alors on l'évite, le plus possible. Avoir une autorité au-dessus de la tête, ce n'est qu'elle n'a simplement pas le choix. Si ce dernier, elle l'avait, il est certain qu'elle ne serait pas ici.
Il nous faut seulement nous battre pour obtenir cette vie désirée. Le Mexique n'est pas fait pour nous, nous n'y sommes que gibier. On rêve de bien plus, on rêve d'un avenir loin d'ici. Elle le rêve pour sa famille. Alors on s'oblige à obéir à l'autorité. On musèle notre part utopiste. Et on prend sur nous.
La combattre ne nous a pas réussi...

Et Ana se concentre sur cette passion qui l'anime : aider les autres. Prendre soin de tout un chacun. Depuis petite, elle s'est occupée de ses frère et soeurs. Nous nous donnons corps et âme aux autres, nous nous occupons d'eux. Comme une mère, Ana est aimante. Toujours.
Même auprès d'inconnus. Je l'ai vu, je l'ai ressenti. Ces années où nous faisions parti de la rébellion mexicaine, Ana était une référence au campement. Tous la connaissaient comme celle qui aide tout le monde, quoiqu'il lui soit demandé. Elle est comme ça, ma Ana. Qu'ils soient enfants ou adultes, elle ne fait pas de distinctions. Ces premiers, elle les adore. Peut-être tient-elle cela de son enfance alors qu'elle était bien obligée d'aider sa mère avec ses frère et soeurs ? Ou même après sa mort... Elle est devenue responsable d'eux. Une seconde mère, sans le vouloir réellement.
On ne touche pas à un enfant devant elle. Au risque de se frotter à une furie hurlant un bouquet d'insultes espagnoles.
L'injustice, elle la combat, l'aide, elle la donne. Malgré tout.

Ana est un volcan. Au repos ou en fusion ? Là est le mystère. Moi je l'ai percé depuis toujours.

Vous savez, Ana était quelqu'un de particulièrement souriant. Avant. Elle aimait rire, aimait sourire. Avant. Elle faisait confiance à la vie, elle aimait vivre. Je n'ai pas souvenir de l'avoir vu un seul instant baisser les bras.

Avant.

Je n'ai jamais eu confiance en lui. Je n'ai jamais cru qu'il était bon pour elle. C'est sa faute, il l'a détruite. Il a détruit ma Ana.
Depuis ce jour, elle n'est plus la même. Depuis ce geste, elle est différente. Son sourire, je le cherche parfois. Je le trouve, elle rit toujours un peu. Il est moins cristallin. La vie l'a rattrapée. Et sa personnalité a éclaté.
Aujourd'hui, elle sombre plus facilement, plus rapidement. La culpabilité l'a dévorée, les doutes l'ont emportée. Et cette confiance qu'elle se portait, elle s'est échappée. Malgré mes efforts pour l'encourager, je ressens ses peines.
Et je ne sais plus quoi faire ou dire. Elle a mal et j'ai mal. C'est une souffrance indescriptible que celle de son esprit...

Pourtant, j'ai réussi, à force de courage, à la ramener. En partie. Elle s'est accrochée, mais son rire n'est plus le même. Elle ne sera jamais plus la même. Une parcelle d'elle est restée sur le champ de bataille.
Elle fait des cauchemars. Des insomnies. Des crises de paniques. Les armes à feu, elle les a en horreur. En voir une la fait sortir de ses gonds, elle fuit. Et c'est sa faute, à lui. Il a provoqué tout ça. Il l'a détruite, il a brisé son esprit.
Aujourd'hui, elle est agoraphobe. Alors je ne la quitte pas. Jamais.

Malgré tout, elle tente de cacher ses cicatrices devant les autres. Son entêtement est tel, son réflexe d'autoprotection si grand, qu'elle est trop fière pour montrer qu'elle peut s'effondrer. Parler de tout ça, hors de question. Il faudrait l'y contraindre.
Lui demander quel est cet événement qui l'a brisée ? Si vous tenez à la faire exploser, n'hésitez pas. Dans le cas contraire, abstenez-vous.

Moi, je sais. Et je le hais, lui qui a provoqué tout ça. Ana le hait. Elle lui porte un dégoût hors du commun, lui qui l'a détruite. Lui qui l'a rendue folle. Lui qui a provoqué ce geste impardonnable. Irréparable.
Mais pas seulement.
Si aujourd'hui elle souffre, c'est sa faute. Et je ne suis pas seul à le croire. Ce ne sont pas mes pensées que je partage, mais les siennes. A Ana. Pour elle, ses souffrances d'aujourd'hui, elle les lui doit.
Et elle ne l'en hait que plus encore.
Je peux vous le dire, à présent. Cette colère et cette haine dirigée vers lui sont ses seuls repères. Elles l'empêchent de retomber dans cette folie qui la guette. Dans ces remords sans limites, dans cette dépression qui la fait couler. Sans lui, toutes ces émotions seraient... pour elle-même. L'unique utilité de cet avorton : lui servir de bouc émissaire.
Elle l'a pensé, me l'a dit. Elle s'interdit de raisonner tout ça. Pour son équilibre mental.
Ne pas y penser. Pour ne pas sombrer.
Heureusement, il est mort. On en est sûrs. Loin de ma Ana, il ne peut rien lui faire qu'il n'a déjà fait. Ce n'est rien de plus qu'un souvenir de haine.
Kyllian Griffin est mort.

Et malgré tout, elle essaye de s'accrocher. Et croit au gouvernement Daemonien. Nous croyons en lui. Peut-être pourrait-il être la solution à tous nos problèmes ? Nous voulons plus que tout nous rapprocher de la capitale... Avec la famille. Pour les sauver de ce Mexique toxique. Qui ne veut pas de nous, qui n'a qu'une idée en tête : nous exterminer. Peut-être qu'un jour pourrions-nous aider ? Malheureusement, il nous manque quelques détails... Comme un niveau de compétences ou d'études... Et elle n'est pas américaine. Moi, je ne suis pas plus qu'un daemon. Nous ne pourrons jamais atteindre un de ces postes, mais l'espoir est le seul remède qui lui reste.
Alors je l'accroche à l'idée qu'une vie meilleure l'attend ailleurs. Et elle me sourit, me croit. Et on avance, tous les deux.

Un jour, nous viendrons à Merkeley. Nous ouvrirons un petit commerce d'herboristerie. Privé, à domicile, pour commencer. Nous n'avons pas assez d'argent, il va nous falloir en gagner...

Et une fois installés, nous emmènerons la famille. Tous. Peut-être trouverons-nous une paix ? Enfin.
Guérison par les plantes

Le don d'Ana est magnifique. A force de maitrise, elle a réussi à se l'approprier. Il ne la contrôle plus, c'est elle qui le contrôle. J'ai toujours eu peur qu'elle abandonne, qu'elle ne persévère pas. Sauf que je savais ce qu'elle ressentait. Tout. Je me balade dans sa tête comme elle le fait dans la mienne.
Et j'ai su. Qu'elle allait y arriver. Qu'elle allait l'adorer.

Oui, elle ne changerait son don pour rien au monde. Demandez-le lui, elle vous dépeindra tous les bonheurs qu'elle trouve en lui.
Aider les autres. C'est ce qu'elle aime. Nous aimons aider les autres. Alors quoi de mieux que ce don ? Que pouvait-elle demander de plus qu'une opportunité d'aider plus encore ?

La guérison par les plantes. Complexe et subtile. Il a deux aspect : agissant à la fois comme un don de guérison et comme un transfert d'énergie. Toujours centré sur l'utilisation des plantes médicinales. Comment ? C'est tout simple. Son corps fait office de transmetteur entre la plante et ses propriétés médicinales et la personne qu'elle souhaite soigner. Un détail seulement pour cela, il lui faut impérativement connaître l'origine du mal, physiologiquement, ainsi que bien maîtriser ses connaissances sur la-dite plante utilisée.

Je l'ai vu tant de fois l'utiliser, elle rayonne. Pas uniquement physiquement. Je le ressens, dans sa tête, dans notre esprit. Elle aime son pouvoir, elle aime l'utiliser pour soulager les maux des autres. Malgré les quelques dangers.

Je me souviens d'un jour, alors que le petit Nod avait des nausées abominables, de son regard angoissé à elle, de son esprit paniqué. Qu'elle calma dans la seconde, pour que nous courrions dans la cuisine. Je l'observais, perché sur son épaule, farfouiller dans des bocaux, des boites. Pour en trouver une racine de gingembre.
Elle s'est penchée vers son frère, a déposé sa main délicate sur son ventre nu. De l'autre, elle tenait la plante entre ses doigts. Je vois encore ses yeux se fermer instantanément, ses sourcils se froncer, sa respiration se calmer jusqu'à n'être qu'un vague écho.
Et le transfert prit quelques minutes. Les propriétés médicales de la plante semblèrent rejoindre, par l'intermédiaire du corps d'Ana, l'endroit responsable du mal de Nod. Ses larmes cessèrent, elle rouvrit les yeux, déposa le gingembre sur la table de chevet, prit son frère dans ses bras.
Son mal avait disparu. Et la plante venait de rendre son dernier souffle, son énergie entière transférée au petit garçon.
A cette époque, son don n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Pour de simples nausées, aujourd'hui, elle ne prend que quelques secondes pour procéder au transfert. Pour des cas plus complexes, c'est une autre histoire. Il faut du temps.

Le gingembre mort ? C'est normal. Ana utilise l'énergie de la plante pour soigner, c'est un transfert. Elle ne peut utiliser deux fois la même racine, fleur ou plante. Elle applique directement cette énergie au corps de son patient.
Quand à la concentration ? Un aspect important du processus. Souvent, je l'aide à calmer son esprit pour qu'elle parvienne à soigner plus rapidement et efficacement.
C'est un travail d'équipe.
Nous lisons tous deux des ouvrages sur le sujet, plantes et corps humain, herboristerie complexe. En plus des leçons pratiques et anciennes de sa grand-mère.

Malheureusement, son don ne guérit pas tout. Certes, les transferts qu'elle effectue sont dix fois plus puissant qu'une simple infusion de la-dite plante, ceux-ci étant directs. Il n'existe cependant aucun miracle.
Elle ne peut en aucun cas sauver quelqu'un d'une blessure mortelle. Elle a essayé, pourtant. Sans succès. Une maladie chronique ne se soignera pas en un claquement de doigt. Il lui faudra de longues années avant de parvenir à un résultat. Son don est dépendant des plantes qu'elle utilise.

Les livres que nous avons lu ne sont cependant rien de bien extraordinaire. Le talent d'Ana, elle le doit à sa grand-mère. Elle lui a tout appris.

A base de traditions.
Il était une fois
13 février 1989.


Nous.
Jour particulier, jour qui nous appartient. Jour où tout commence.
Nous.
Instant épuisant, instant décisif. Pleurs et gémissements. Geignements et étincelle.
Nous.
Deux étincelles. Se réveillent au même instant, en échos parfait, comme sortis d'un long rêve. D'un mirage.
Nous.
C'est étrange, la découverte du monde. C'est étrange, cette toute première fois où nos yeux s'ouvrent. Et pourtant, personne ne s'en souvient. De ce moment. Personne n'est capable de relater les faits. Personne ne se souvient de ce premier jour.
Nous.
Et pourtant, un quelque chose reste ancré. Une date. Une année. Un mois. Un jour. Une heure. Parce qu'on le raconte, on l'entend par ces bouches, on en voit quelques vieilles photographies. Celles dans la chambre, cet être recroquevillé et fragile dans les bras de cette femme qui l'aime.
Nous.
C'est différent. Sur ces photos, la crevette rose n'est pas seule. Sur ces vieilles couleurs délavées, la crevette rose tient un quelque chose entre ses petits bras. Tenir ? Enlace. La petite larve endormie semble sourire, cet autre coeur collé contre le sien. Les deux petites têtes sont collées l'une à l'autre, les respirations sont profondes. En échos.
Le bébé humain et le chaton nouveau né sont enroulés l'un à l'autre.
Nous.
Ana et Tehwa.
Elle ne se souvient pas de sa naissance, pas plus que je ne m'en souviens. Comme tout le monde. Nous savons simplement que nous avons toujours été Nous.
Dès notre premier contact. Dès la première seconde.
Depuis toujours.
Une fusion.

4 ans.


- Maman, maman, maman !! Où est maman ?!

Je m'accroche vainement à son épaule de mes petites griffes de souris, elle court dans tous les sens en quête de sa mère. Elle tourne encore et encore, mais personne ne semble vouloir lui accorder la moindre attention. Aujourd'hui, sa tante est venue avec leur grand-mère. Une dame est là, on ne la connait pas. Elle est arrivée tôt ce matin, elle nous a réveillé en entrant en trombe dans la maison. Les cris, aussi. Ils nous ont réveillés avant.
Alors nous sommes descendus, Ana a demandé dans un bâillement ce qu'il se passait, de sa petite voix d'enfant endormie. On nous a regardé, aucun mot. Ils semblent tous trop occupés.
Là ? On ne dort plus. Midi arrive vite, ça fait six heures que la maison est réveillée.
Et Ana, elle court, elle veut savoir ce qu'il se passe. Je l'entend, dans sa tête. Elle s'inquiète, elle veut comprendre. Nous voulons comprendre. Tout ça nous échappe. Alors elle court, demande. Et moi je me cache dans ses cheveux, à la base de son cou. Et je m'accroche à ses vêtements pour ne pas tomber alors qu'elle court dans toute la maison.

Soudain, une grosse main vient stopper la course et les cris de la petite fille. Nous tournons nos regards, tombons nez à nez avec lui. Je sens son esprit se recroqueviller, je la sens retenir un énième cri de sa gorge.
Son père est là, devant elle. Il lui lance un regard réprobateur, presque sévère. Quelques secondes, ce lien qu'elle cherche toujours dure quelques secondes. Avant qu'il ne la lâche et qu'il ne prenne ses clés et la porte. La laissant derrière lui.

On est là, debout. Devant la grande porte de bois, la porte d'entrée. Celle que nous regardons souvent, fixement. Dans l'attente de cet homme. Qui ne vient jamais. Nous sommes tristes. Perdus. Et on veut juste son regard...

Des pleurs nous sortent de notre pensée, Ana se précipite dans le salon et saute presque sur sa abuela.

- Abuela, abuela, c'est maman qui pleure ?

Abuela Esme se penche vers nous, elle nous fait un clin d'oeil et sourit.

- Ta maman ? Oh non, elle ne pleure pas, mon ange.

- Mais c'est qui alors, si c'est pas maman ?

Abuela rit.

- Mais c'est Marisol, ta petite soeur !

Explosion. Nos pensées explosent. Ana rit, elle sourit, elle me prend dans ses bras, me sert fort, je suis heureux. Nous sommes heureux. Et elle saute partout, se précipite vers la chambre de sa mère, évitant les mains qui essayent de la stopper dans sa course d'amour.
Une petite soeur !
Devant la porte, elle s'arrête. Je glisse de ses doigts pour grimper à nouveau sur son épaule. Je me penche vers son oreille, frotte mon museau de rongeur.

*Vas-y, tu rêves d'être grande soeur. C'est maintenant.*

Elle sourit, je sens son esprit serein. Et elle entre. Sa maman lève les yeux vers elle, sourit à sa fille. Son regard se pose sur moi, elle sourit plus encore. Elle tient un petit paquet gigotant entre ses bras, le bruit vient de là. A côté du lit, l'inconnue. Ana s'avance vers la tête de lit, elle essaye de nous faire monter dessus. Elle saute, rate de peu le succès. Soudain, elle sent des mains la soulever et la déposer sur le lit. Abuela est là. Ana s'avance à quatre pattes, elle s'assied à côté de sa maman.

Ana se penche. Sa maman lui montre le trésor qu'elle garde entre ses bras. Ana ne sourit plus, elle est perturbée. Son esprit est une explosion d'émotions, nos coeurs battent. Et là, elle laisse son bonheur s'échapper à nouveau. Pour ne plus se museler.
Elle s'approche plus encore du petit bébé rose, il ouvre les yeux et arrête de pleurer lorsqu'il pose les yeux sur nous.

- Bonjour, petite soeur !... Nous te faisons une promesse. D'être toujours là pour toi.

6 ans.


Perché sur sa tête, je la regarde jouer. Elle semble si heureuse, je suis heureux aussi. Nous sourions. Parce que c'est nous, pas elle et moi. Nous. La différence n'existe pas, le Je n'est pas.
Et on joue, avec Marisol. La petite fille de deux ans ne marche pas, elle connait quelques mots qu'elle brandit fièrement entre ses petites lèvres roses. Et son sourire... il est vivant, vivifiant.
On joue. Tous les trois, maman arrive. Ana relève la tête, la petite main de sa soeur dans la sienne. Aujourd'hui, le petit lapin blanc que je suis relève la tête, le museau rose trépignant.
Maman est grosse. Très. Très beaucoup. Nous regardons son ventre, les yeux écarquillés.

*Maman va exploser.*

- Maman, ton ventre il est énorme !

Maman sourit, penche la tête sur le côté. Nous avons l'impression qu'elle est fatiguée.

- Oui, il fait sa taille. Mais c'est normal, mon coeur.

Ana se lève, se penche pour prendre Marisol dans ses bras. Moi, je ne bouge pas, mes oreilles bien droites. Ana se rapproche de maman, sa petite soeur la serre fort. Maman, elle, prend une chaise et s'assied. Ana s'approche, mais elle ne veut pas parler à maman. Nous, on veut parler au ventre. On se rapproche alors, Marisol dans les bras.

- Mari', on va faire un pacte. On va être les meilleures grandes soeurs du monde.

Mari' fait un bruit, puis deux, son sourire s'étire. Et elle rigole. Alors, Ana se penche vers le ventre, pile à sa taille. Mon museau est tout près.

- Vous entendez, mes petites soeurs ? Mari' et moi, on s'occupe de vous !

Ana est obnubilée par ses soeurs. Maman, elle, je la regarde. Ses yeux brillent. Et je devine qu'ils ne voient qu'Ana.

7 ans.


Après, on prendra un bain. On va en avoir besoin. Mais là, on travaille. Et on travaille dur, très dur. Je m'acharne à creuser de mes griffes de chiot, je creuse le plus vite possible, mais j'essaye de ne pas en mettre dans les autres trous. Ana, à côté de moi, a une petite pelle dans sa main, elle creuse aussi.
On a déjà fait plusieurs petits ronds dans la terre, sur une ligne bien droite. On est des professionnels, si si. Ca fait quelques semaines qu'on embête maman pour pouvoir commencer notre projet. Et maintenant qu'elle a dit oui, on a l'impression d'être des professionnels.

On va le faire ! Notre petit jardin !

Maman nous a donné un petit quart du jardin, au fond. On a enlevé toutes les mauvaises herbes, il ne reste que la terre. Maman nous a donné de la bonne terre acheté au marché, pour recouvrir un peu plus le terrain. Et maintenant ? On peut enfin s'amuser ! Et on va planter pleins de choses différentes.
Ana aime les plantes, elle veut y planter pleins de choses. De la menthe, des fleurs, du persil, un petit arbre, des concombres. On aime les concombres. Et des carottes !
Mais des fleurs, surtout. Des plantes vertes. Des plantes médicinales, pour abuela. Celles qu'elle nous a montré.

Ana est sur un nuage. Je suis heureux, je sens cette chaleur qui brûle en elle. Ma Ana n'a jamais été aussi heureuse. Ses soeurs jouent derrière, elles courent dans le jardin, maman nous surveillant. Et nous deux, on creuse. Et on plante.
Il manque seulement... lui.
Mais Ana est heureuse.
J'éternue, elle me regarde. Et elle sourit. Elle prend la première fleur dans sa main, elle l'observe pendant de longues minutes. Et soudain, elle pense pour nous seulement.

*Nous le faisons ensemble ? Nous allons faire un paradis. Pour nous, pour maman, pour elles trois.*

Je n'ai pas besoin de lui répondre, elle sait. Parce qu'on est Nous. Et qu'on se comprend. Alors, elle se penche, ses genoux sales de terre bien enfoncés dans le sol, une main dans la terre pour ne pas tomber. Et elle dépose la première fleur dans ce qui allait devenir notre paradis.
Ensemble, nous recouvrons les racines. La fleur reste droite, belle, elle est encore si petite. Et Ana prend son petit arrosoir, verse de l'eau dans la terre. Je la regarde faire, j'entend les petites jouer derrière nous.
Et je souris.

9 ans.


- Uuuun... deuuuuux... troiiiiiiis...

Nous cachons nos yeux, Ana avec ses mains, collée contre l'arbre du jardin, moi avec ma petite queue de galago. Et on compte ensemble. Elle à voix haute, moi dans notre tête. Comme en écho. Les trois petites ? Elles se cachent. Tant bien que mal, étant donné que nous sommes imbattables à ce jeu-là. Des années de pratique à essayer de retrouver des petites soeurs qui s'amusent à se cacher dans tous les recoins de la maison, sans compter nos parties à nous ! Sauf que nos parties ne dépassent que rarement la minute.
On sait toujours où se trouve l'autre. Quoique l'on fasse, il est impossible pour nous de se cacher l'un de l'autre. On sait pas, mais c'est comme ça. Maman et Némerion, son daemon, nous l'on expliqué.
Un daemon. C'est bizarre, comme concept. Pourquoi d'ailleurs nos petites soeurs n'ont pas de daemon ? On ne comprend pas. C'est trop compliqué. Tout ce qu'on sait, c'est que les autres ne doivent pas savoir.
Mais pourquoi alors devrais-je me taire devant les autres... Faire semblant d'être ce que je ne suis pas... Un animal... Pourquoi devrions-nous nous cacher, Ana et moi ? Après tout, nous ne sommes qu'un, pourquoi se cacher du monde ?

Nous ne comprenons pas. Ce n'est pas logique. On est gentils, non ? Pourquoi se cacher, alors ?

- Quarante-huit, quarante-neuf, cinquante ! Si vous n'êtes pas cachées, nous voilààààà !

Lorsqu'on se tourne pour courir après Marisol et les jumelles, Rosa et Karen, nous nous retrouvons sans voix. Debout sur le pas de la porte de derrière, une silhouette.
Maman. Elle nous sourit.
Notre regard s'illumine, on veut courir vers elle. Sauf qu'on ne bouge pas. Parce qu'on sait. Ca fait deux jours qu'elle est dans sa chambre. Et aujourd'hui, abuela nous a interdit d'aller la déranger. Et la femme qui n'est plus si étrangère que ça est revenue chez nous. Nous croyons savoir qui c'est, maintenant.

Maman est droite comme un i, elle nous sourit. Son regard est... Nos yeux tombent sur Némerion, à côté d'elle. Il pose ses fesses sur le sol. Il est toujours impressionnant, même assis. C'est mon modèle. Je veux aussi être un loup quand je serais grand. Un loup blanc, comme lui. Peut-être un peu moins grand, quand même.
Notre attention se refixe sur maman, Némerion souriant de ses babines retroussées à côté d'elle. Et dans ses bras...

Ana ne peut plus se retenir, elle court vers maman. Aussi vite qu'elle peut, et elle appelle ses petites soeurs. Les trois têtes dépassent dans la même seconde de derrière un buisson.
Ana est grande maintenant, on peut voir dans les bras de maman, resserrés sur un petit paquet. Et Ana se penche.

- Coucou petit fr...

Notre coeur fait un saut. On s'arrête de penser, on se concerte tous deux le temps d'une seconde. Cela suffit. Et notre regard est fixé sur la petite crevette dans les bras de maman.
La petite crevette et le tout petit chiot sans poils qui est endormi dans ses tout petits bras.

12 ans.


- Et ça, c'est quoiiii ?

Les jumelles parlent tout le temps en même temps. Ca nous amuse, on aime bien. Et puis les voir s'intéresser à ce qu'on fait, c'est tellement chaud. Dans notre coeur, on sent la chaleur. Du plaisir ? De l'amour ? Nous savons que c'est un mélange des deux.
Je suis assis au milieu de notre petit paradis, maman nous a céder la plupart du jardin. Abuela nous donne pleins de plantes pour décorer le jardin et depuis le premier jour, on n'arrête pas. C'est devenu un véritable paradis derrière la maison.
Et les filles, elles sont assises dans la terre, les fesses brunes de terre. Et elles nous posent des questions sur les plantes. Ana ? Je ne l'ai jamais vu si heureuse. Elle répond vite, ce qu'elle peut. Et je l'aide, dans notre esprit. Tricher ? Non. Parce qu'on est qu'un. Alors notre esprit est à nous deux, on pense ensemble. Alors on répond ensemble.

- Ca ? Abuela m'a raconté que c'est du gingembre, on s'en sert pour le ventre. Tu sais, quand tu as mal. Bah tu en bois un thé chaud et hop, t'as plus mal.

- Ooooh, c'est vrai ? Quand ça fait mal là, on peut boire ça ?

La petite Karen a les yeux qui brillent. Comme Rosa et Marisol. Et nous, on sourit. Parce qu'on les aime. Et qu'on veut les protéger, parce qu'on est les grands. Oui, on les aime. Comme le petit Nod et son Jaek. Lui, il joue entre les jambes de sa grande soeur. Et Jaek, il est à côté de moi, endormi.

- Oui, mais tu demandes toujours à maman d'abord, hein. Ou à moi. Vous demandez d'abord.

Les sourires des petites s'étirent loin, vers le ciel. Très loin.

On l'a construit, notre paradis. Partout, dans ce jardin, les plantes sont abondantes. Mais le paradis, ma Ana, c'est eux. Nos soeurs et notre frère.

Notre paradis.

13 ans.


La chambre est silencieuse. Depuis des semaines. Les mouches, on les entend voler. Et moi, je suis couché sur le lit, les yeux grands ouverts. L'esprit submergé de nos pensées.
Ana est triste.
Assise sur une chaise, les jambes recourbées vers son visage, la tête posée sur ses genoux. Et elle regarde dehors. Sans une parole, sans un mot. Elle regarde dehors, le regard vague. Sans une réelle envie de regarder. Elle fixe un point, sa tête ne bouge pas d'un millimètre. Seul le point est net. Tout le reste, un flou persistant.
Deux heures. Deux heures que je l'observe. Deux heures qu'elle envahit notre esprit de pensées...
Ana est dévastée.
Je l'observe, je l'écoute. Et j'ai arrêté d'essayer de la consoler. Nous sommes là, en silence. Elle me tourne le dos, mais je sais chaque sentiment qui traverse son visage. Et son coeur.
Ana n'est pas que dévastée. Elle en veut au monde. Elle veut hurler, se débattre, se battre. Parce qu'elle sait qu'à partir de ce jour, elle se battra. Pour ce en quoi elle croit et pour ce qu'elle veut.

Je l'entend renifler. Et je sais qu'elle pleure. Je me lève, m'avance. Je contourne la chaise et quand je saute, je change de forme. De petit chien, je deviens écureuil. Et je me glisse dans son cou, enroule ma queue rousse autour de son cou.

Je suis là. Nous sommes forts. Nous traverserons tout. Je te le promet.

Elle sanglote toujours. Son nez coule, elle l'essuie du revers de sa manche. Repose sa tête sur ses genoux. Et son regard reste fixe sur l'extérieur.

Papa est parti...
Elle se le répète. Beaucoup. Comme pour essayer de se convaincre que c'est un mensonge. Une farce. Dans notre tête, elle l'entonne comme une ritournelle. De celle qui vous reste en tête, incapable de l'en sortir.
Papa est parti...
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi...
Ces mots, eux aussi, tournent en rond. Nous sommes incapables d'y placer une réponse. Quelques semaines plus tôt, il est parti comme d'habitude. Tôt. Et le soir, on l'a attendu. Longtemps. Le lendemain, aussi. Et le sur-lendemain.
Papa est parti...
On ne comprend pas. Comment a-t-il pu ? Maman dit qu'il ne pouvait plus rester à la maison, que son travail l'oblige à quitter le Mexique. Mais nous, on n'y croit pas.
Il a toujours été absent. C'est sûr, on commençait à s'y habituer. Il travaille beaucoup, il sort beaucoup. Sortait.
Mais pourquoi s'en aller... Pourquoi ne pas revenir. Presque un mois. Pourquoi nous abandonner... Abandonner maman ? Nous savons qu'il l'aime. Nous avons le droit à la vérité... Mais abuela nous a fait comprendre que c'était une histoire d'adultes. Alors on se tait...
Ana aime papa.
Elle veut le revoir. Elle a toujours voulu qu'il la regarde, elle a toujours rêvé qu'il la prenne réellement dans ses bras. Qu'il lui dise qu'il l'aime. Elle a rêvé d'un papa. Que lui n'est pas.

Papa est parti.
Ana déteste papa.

Deux boules d'énergies s'introduisent en furie dans notre chambre. Ana sourit vite, essuie son visage. Lorsqu'elle se retourne, son visage est rayonnant. Et moi, toujours perché dans son cou, je sens sa douleur. Et pourtant, elle sourit à ses soeurs qui se plantent devant elle.

- Anaaaaa, tu veux jouer avec nouuus ?

Karen et Rosa n'ont pas l'air de réaliser. Elles jouent, s'amusent, rient. Et ne voient pas. Elles sont encore petites. Et on veut les protéger. Alors on sourit, et on fait semblant. On joue avec elles, on est là.

- Jouer ? A quoi ?

Ana se lève d'un coup, je m'accroche. Elle attrape ses deux soeurs, les serre fort.

- Aux guilis ?

Elles hurlent, elles rient. Et Ana, je le sens, est toujours dévastée. Mais elle sourit, c'est la grande soeur.

15 ans.


- Ana ?...

La voix est lointaine. Comme un songe. Voilé de pensées. Le coeur perturbé, lourd. Plus que tout incapable de contrôler les larmes.
Dos à la porte d'entrée, dos à abuela, Ana observe la grande pièce vide. Plus rien. Aucun meuble, quelques traces encore visibles de bêtises d'enfants. Nos bêtises. Les volets des fenêtres prêts à être rabattus.
Dans ses bras, Nod dort.
Il n'a que six ans. La disparition d'un père, puis... ça.

Il a besoin d'une famille. Nous avons besoin d'une famille.
Il a besoin d'un modèle.

- Ana, mon ange ?

Abuela parle dans le vide. Ana ne l'écoute pas. Moi-même je la perçois à peine. Notre esprit est parti, trop anéanti pour penser, pour écouter. Pour être.
Nous ne réalisons pas. C'est tellement... irréaliste. Tout s'est passé... si vite.
Une main se pose sur l'épaule d'Ana, je me cramponne à elle et me cache dans ses boucles noires. Ma Ana ne le remarque même pas. Je le sens, elle n'est plus réellement là.
Comme morte.

Et soudain, je sens la gravité prendre le contrôle de nous. Ma Ana, elle tombe à genoux. Et elle sert son petit frère dans ses bras, fort. Pour ne jamais plus le lâcher. Le garder ici, sain et sauf. Entre ses bras. Le garder loin, très loin de ce monde cruel. Et de ces gens qui...
Les larmes ne sont plus des larmes. Un torrent apocalypse. Sa voix tressaute, elle ne formule aucune phrase. Elle pleure, sonore. Et serre son frère, il se réveille doucement. Sa main d'enfant vient frotter ses yeux, il lève un regard vers sa grande soeur.
Une perle goutte sur son front.
Son bras se relève lentement, mouvement sûr, pour atteindre le visage de sa soeur. De ma cachette, je le vois sourire à demi. Lui, il ne pleure pas. Seule l'humidité de sa sieste est suspendue à sa paupière.
De sa paume, il frôle la joue d'Ana, dépose son doigt sur son oeil fermé. Elle ne bouge pas, ses pleurs cessent de secouer son corps.
Elle n'ouvre pas les yeux. Et je sais pourquoi. Tous ses efforts pour paraître forte devant lui se briseront, elle recommencera sa symphonie de soupirs.
Et soudain, la voix du petit garçon s'élève.

- Faut pas pleurer, An'. J'suis sûr qu'elle veut pas.

Ces simples mots, ces simples phrase nous font sourire. Alors, elle le regarde enfin. Et elle ne pleure plus. Il lui ressemble tellement... Son sourire... Ses yeux...
Respiration intense. Elle peine à trouver son air, l'agrippe enfin. Et parle, d'une traite.

- Tu as raison. Maman ne voudrait pas que ton joli visage soit mouillé, pardonnes-moi.

Il lui sourit, de toutes ses dents.

- Et pis maman, elle nous regarde, là-bas.

*Oui, elle nous regarde...*

Notre coeur hurle de douleur, pourtant, elle sourit. Grâce à Nod. Elle le sert davantage dans ses bras, presque surtout pour lui cacher ce coeur brisé en elle.

- Mon soleil, heureusement que tu es là.

Et je l'entend, dans notre esprit. Cette promesse. Promesse de les protéger. Tous les quatre. Contre tout. D'être cette frontière entre les maux et leurs coeurs.
Promesse de protéger Nod comme elle aurait dû protéger maman. Promesse que jamais plus on ne touchera à sa famille.
Tant qu'un souffle nous animera. Capables de tout. Qu'importe tout.
Nous protégerons.

*Je te le promet.*

*Moi aussi, je te le promet.*

16 ans.


- Abuela, je te l'ai répété encore et encore. Je ne reprendrai pas mes études, c'est hors de question. Nous sommes toujours limite à la fin du mois, ce n'est juste pas discutable. Je vais continuer comme ça, un point c'est tout. Le fait est que ton salaire ne suffit pas et je refuse que mes soeurs cessent leurs études. C'est à moi de le faire. Je ne te demande pas ton avis.

Abuela Esme a les sourcils froncés. Petite gerbille, je me cache dans la poche de veste d'Ana. Elle se retourne, finit de préparer son sac.
La discussion est close, pour elle. Pas pour abuela. Depuis quelques mois, Ana et moi avons pris une grande décision pour la famille. Le revenu d'Esme est loin d'être extraordinaire, couturière ne paye pas beaucoup. Nous avons pris les devant et ça ne lui a pas plus. Ni une ni deux, tracé l'école de notre vie.
Aujourd'hui, nous travaillons. Sans ce salaire, nous ne pouvons vivre. Alors chaque matin, nous nous rendons au Grand Hotel, au bord de la mer. Ce n'est pas grand chose, un travail simple et mal payé. Mais un travail et de l'argent qui aide.

- Tu ne réalise pas, Ana. Si tu veux faire mieux que ça, tu dois travailler dur. Il te faut faire des études et construire des connaissances. Je sais que tu veux aider pour...

Ana lui coupe soudain la parole, ne se donne pas même la peine de se retourner.

- La discussion est close. Tu ne veux pas me croire, mais j'apprend malgré tout. Tu sais, ils m'apprennent à parler anglais. C'est un plus énorme, pour moi. Et puis je me fiche bien de tout ce qu'ils nous implantaient dans notre mémoire. Je n'arrive pas à apprendre par leurs méthodes... Et ce n'est pas le sujet ! Je fais ça pour nous, pour que nous puissions vivre décemment.

La pression monte, je m'enroule plus encore dans le tissu.

- Je...

Elle se retourne, sa veste me secoue dans tous les sens.

- NON !

Le volcan est en éruption. Prêt à cracher sa lave fumante. Je sors ma petite tête de sa poche, lève mes yeux vers abuela, sourcils toujours froncés. Même caractère.
Vite, je m'empresse d'essayer de calmer ma jumelle, mes émotions se mélangeant subtilement aux siennes. Et vice versa.
Elle semble respirer davantage, soupire.

- Excuse-moi. Je comprend ce que tu me dis. Tout ce que j'ai envie d'apprendre, ça me vient de toi. Tu connais mon envie de devenir herboriste, tu sais que j'ai envie d'apprendre. Je ne veux pas du reste, je n'en ai pas besoin aujourd'hui. On a besoin d'argent...

Abuela ferme les yeux. Sa main se pose sur le bord du petit canapé, elle s'assied. Et soupire à son tour. Yeux fermés, elle répond.

- Ce soir, après le diner, je te donnerai ton premier vrai cours d'herboristerie.

...

Les mois passent. La routine s'installe, les jours filent. Tôt le matin, direction l'hôtel. Ana enfile son habit de femme de chambre, elle retrousse ses manches et enchaine chambre après chambre. Son patron, un américain, est extrêmement satisfait, il en profite même pour lui donner une plus grosse charge de travail. Nous en avons parlé, avec Ana, mais malgré notre envie de nous élever contre cette injustice, nous essayons de nous convaincre qu'il s'agit là d'un défi d'apprentissage d'une vie. Nous haïssons son autorité, nous forgeons notre ténacité.
Nous le savons. Il le faut, cette vie, ce pays. Nous. La vie sera dure pour nous.
Abuela nous l'a dit, Koalt nous l'a dit. Ne vous faites pas remarquer, passez entre les gouttes. Vous êtes daemoniens, vous n'existez pas en tant que tel. Le monde n'est pas prêt...
Et nous rageons. Parce que nous ne comprenons pas. Comment se peut-il encore aujourd'hui qu'une telle injustice face à la différence existe ?
Nous savons pourtant... Un tel retournement basculerait le monde.
L'être humain n'aime pas le changement. Les imprévus.
Pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de trouver l'injustice dans l'histoire...

Là, nous rentrons enfin à la maison. Et nous parlons encore et toujours du même sujet, nos leçons d'herboristerie. Nos questions, nos révisions, nous travaillons. La route est longue entre le travail et la maison, nous avons le temps. Plus d'une heure de révision par jour. En plus des leçons de la soirée.
Et nous sommes heureux. Le sourire aux lèvres, nous savons que la maison n'est plus très loin. Et donc nos soeurs et notre frère, par association.

Nous voyons enfin le toit de la petite maison d'abuela où nous vivons tous, désormais. Ana commence gentiment à trotter, elle veut rentrer vite. Nous le voulons tous les deux. Moi pour mes propres livres et elle pour nos leçons.
Mais lorsque nous arrivons près de la porte d'entrée, des hurlements s'élèvent jusqu'à nous. Forts. Atroces. Et nous reconnaissons cette voix. Clair, habituellement douce.
Marisol.
Le temps d'un souffle, notre coeur s'emballe, manque des battements, les talons d'Ana décollent. Sa main ouvre la porte d'entrée à la volée, elle se précipite vers la source des cris. Le salon.
Là, elle voit sa petite soeur allongée, recroquevillée, dans le vieux canapé. Larmes aux yeux, elle hurle de douleur. Je relève la tête, m'accroche dans le sac d'Ana. Elle le lâche soudain, je n'ai qu'à peine le temps d'entrevoir son regard terrifié, lorsque je m'extirpe du sac pour décoller et me poser sur son épaule alors qu'elle-même se penche vers sa soeur, genou au sol. Sa main prend la sienne, elle n'arrive plus à contrôler ses émotions. Je me sens... perdu. Elle est perdue.

Marisol ne semble pas même prendre conscience que nous sommes là. Elle souffre. Beaucoup. Lorsqu'Ana se retourne, elle voit abuela qui prépare quelques infusions dans la cuisine, calme.
Choc premier. Ana dépose un baiser sur le front de sa soeur, se précipite dans la cuisine. Je manque de dégringoler sur le sol. Elle empoigne les plantes que tient la main d'Esme. Surprise, elle se retourne vivement pour planter son regard étonné sur le visage d'Ana.
Je la sais tendue, je le sens. Et soudain, elle crie. Furieuse.

- Tu fais quoi ? Tu vois pas que Marisol ne va pas bien, pourquoi prépares-tu des infusions ?? Elle souffre ! Il nous faut appeler un médecin, tout de suite !!

Sitôt, ma moitié se retourne et se précipite à nouveau vers sa petite soeur. Toujours en larmes.

Mari' a besoin d'un médecin, elle a mal. Quelque chose est... Je vois les pensées d'Ana. Elle ne les contrôle plus. Nous ne nous cachons rien, mais en cet instant, son esprit est plus ouvert que jamais.
Et je vois maman dans sa tête.
Ana pense à maman. Elle la voit, elle a peur. De perdre sa petite soeur. De faillir à nouveau...
Elle s'agenouille près de Marisol, lui prend la main, dépose un baiser sur sa paume. Son coeur bat à tout rompre, elle est en panique. Je panique. Je me précipite sur son épaule, je suis frustré de ne pouvoir faire grand chose. Je ne peux pas même m'approcher de Mari'...
La respiration d'Ana se fait saccadée, elle est effrayée. Sa soeur hurle à la mort par moments, devient silencieuse, les commissures de ses yeux toujours humides.
Abuela parle soudain, nous sommes surpris. Nous ne l'avons pas entendue.

- Ana, arrêtes de t'inquiéter, ce n'est pas ce que...

-QUOI ? Je ne devrais pas m'inquiéter quand ma soeur crie de douleur lorsque je rentre de l'hôtel et de te découvrir occupée dans la cuisine ? ELLE A MAL !

La panique prend le dessus. Ana hurle, son coeur explose. Mari' ouvre les yeux, elle murmure deux mots. Nous ne l'entendons pas, elle recommence.

- Mal au ventre....

Ana pose sa main sur le front de sa soeur, elle n'a pas de température. Son regard se tourne alors vers l'estomac de sa soeur, elle dépose avec délicatesse sa paume sur son bas-ventre.
Ma moitié tremble... Ses pensées ne sont plus en ordre... Je n'arrive plus à lui parler, elle ne m'écoute pas. Plusieurs minutes s'écoulent, elle n'a plus aucun contrôle sur rien. Une larme roule sur sa joue, je frotte mon museau contre celle-ci.
Elle est persuadée que sa soeur va mou...

Tous les muscles d'Ana se tendent. Son coeur bat plus fort, elle manque de s'étouffer... Et les cris cessent. Elle ouvre les yeux dans la seconde, Marisol la regarde... Elle sourit. L'incompréhension prend la place des hurlements.

Ana tourne soudain la tête, vive, vers sa main gauche. Je me précipite sur son épaule. Elle observe sa main. Quelques secondes, perplexes, nous ne comprenons pas. Lorsqu'elle ouvre sa main...

- Ana, tout ce que je voulais te dire c'est que Marisol n'a rien de grave. Ce ne sont que ses premiers premières règles. Rien de plu....

Abuela ne parle plus. Et je sais où sont dirigés ses pupilles.

Dans la main d'Ana.

Des plantes mortes. Desséchées. Vidées de toute vie.
Notre esprit file droit. Et nous comprenons. Il s'agit des plantes d'abuela.

Serait-ce... un miracle ? Ou ce truc que maman nous a raconté ?

17 ans.


- ANA ANA ANA !!

*ANA ANA ANA*

Je saute sur notre lit, c'est un trampoline pour moi. Je saute, encore et encore. Je suis heureux ! Je n'arrive pas à me contrôler, j'ai envie de hurler, alors c'est ce que je fais !

- ANA ANA ANA !! REVEILLE-TOI !

*ANA ANA ANA !! REVEILLE-TOI !*

Je ne me qualifierai pas de quelqu'un de désagréable et de sang pitié, là c'est un cas d'extrême urgence. Alors je saute sur le lit, quand je suis dans les airs, je déploie mes petites pattes et je descend légèrement en piqué vers le lit et la boule enroulée sous la couverture.
Soudain, la boule émerge lorsque je hurle une troisième fois. Elle semble... contrariée. Et je peux la comprendre. Seulement, elle le sera pas plus longtemps.

- Tehwa.... T'abuse là, t'sais quelle heure il est, et puis tu m'as fait peur ! Heureusement que ta forme d'aujourd'hui n'est pas trop lourde, sinon tu m'aurais cassé les côtes en plus des tympans...

Je stoppe mes bonds, m'assied sur mes deux pattes arrières.

- En plus, tu n'es pas obligé de hurler en vrai et dans notre tête.... C'est encore pire.

Je lui souris de toutes mes dents de rongeur, elle ne semble pas comprendre. Et ça me fait rire. J'ai envie d'éclater de rire, de crier plus encore. Parce que je suis heureux. Et ma Ana, elle n'a pas encore réellement émergé. Et elle n'a pas compris.

- Il fallait que je te réveille, regarde-moi ! Je suis un phalanger !

- ... ouais, et alors ? Hier t'étais un lapin, demain tu seras sûrement un... petit singe ? Un oiseau ? Que sais-je.

Et je ris. Fort. Et elle se vexe, parce qu'elle est encore éméchée de sa courte nuit.

- Ana, je SUIS un phalanger.

J'insiste sur mes mots. Elle hausse un sourcil, j'entendrai presque les rouages de ses méninges se mettrent gentiment en marche. Et...
BINGO.
Elle crie. Sourit, m'attrape de ses deux mains et me lance dans les airs avant de me rattraper pour déposer un baiser entre mes oreilles. Enfin, elle m'élève face à elle.

- TU T'ES STABILISE ! Comme abuela et Koalt nous l'ont dit ! C'est merveilleux !

Et on commence alors à danser.

22 ans.


Le 1er août 2011. On s'en souvient tous.
Abuela nous a interdit de sortir sans elle ou Koalt, son propre daemon. C'est un grand danois. Très sage, il m'a toujours donné cette impression d'être en sécurité.
La Grande Révélation.
Le monde entier connait notre existence. Celle des daemoniens et de leurs daemons. Tout a explosé les quelques mois après la Révélation. Le Mexique n'est qu'un champ de bataille, aujourd'hui. Une violente chasse à l'homme. Aux daemoniens.

Nous nous souvenons très bien de ce jour, du message à la radio. Ana s'est levée, le regard noir, ses soeurs l'ont regardée alors qu'elle se réfugiait dans sa chambre. J'entend encore son coeur battre à tout rompre. Car elle savait. Ce qui allait inévitablement arriver, nous le savions. Et nous pensions à notre famille.
L'être humain n'aime pas la différence. Il en a peur. Nous l'avions pressenti, gardant tout de même l'espoir que tout se passerait bien. Piètre utopie. Nous nous sommes fourvoyés.
Aujourd'hui, au Mexique, les daemoniens subissent une répression violente de la part des autorités...

Malgré notre espoir, nous avons continué à travailler, pour ne pas élever les doutes. Ils n'ont pas été dupes. Ana m'a bien trop de fois fait passé pour un animal de compagnie, un animal local. Nous ne nous séparons jamais, ils l'ont toujours vue en ma compagnie, sous différentes formes.
Les soupçons se sont élevés seuls.
Ses collègues ont commencé à s'éloigner d'elle. Mais par dessus tout, nous avons remarqué ces regards... Effrayés, menaçants. Nous n'avons pas eu le choix.

Alors aujourd'hui, nous avons pris une décision. Partir pour le sud de Mérida. Se réfugier dans la jungle. Plus que ça, rejoindre la rébellion. Prendre les armes pour se battre et défendre ceux qui n'ont même plus d'identité. Ceux que l'ont chasse sans relâche.
Indignés. Un mot bien faible pour décrire nos sentiments face à tous ces événements. Nous brûlons d'agir, de faire la différence. Ana plus que moi. Elle ne supporte plus de rester là, à attendre. Agir. Bouger les choses.
Mais plus que tout, se battre pour protéger notre frère. Nos soeurs, abuela. Pour leur donner l'avenir que nous avons toujours voulu pour eux. Avenir pour l'instant plus sombre qu'auparavant.

- Tu pars longtemps ?

- Je ne sais pas, Nod.

Ana ferme notre sac, il finit inévitablement bien accroché dans son dos. Elle se penche alors vers son frère, dépose un baiser sur son front. Abuela nous regarde, l'oeil triste. Ana s'approche d'elle, prend ses mains entre les siennes.

- Ne t'inquiètes pas. Si je reste, vous n'êtes pas en sécurité. Koalt est un danois, il passe inaperçu. Vous êtes en sécurité. Ils ne savent pas pour vous. C'est mieux ainsi, je ne veux pas vous mettre en danger. Et puis, je reviendrai bien plus vite que tu ne le crois, je te le promet.

Etreinte. Je me réfugie au fond de la poche de sa veste. Je ne veux pas qu'ils me voient pleurer. J'entend des pas, je les sais être à Mari'. Les vêtements se froissent, j'imagine leur étreinte à elles. Et un murmure.

- Je les protégerai, ma soeur. Ne t'inquiètes pas.

- Je le sais, Mari'. Prends soin d'eux, prends soin de toi.

Je me rend compte bien tard que nous avons passé le pas de la porte. Ignorant où nous nous dirigions réellement. Je sors ma tête, voit les larmes sur les joues de ma jumelle. Son regard toujours noir, déterminé. Plus que jamais. Alors, je grimpe le long de ses vêtements et me colle dans son cou, recouvert de ses boucles noires. Son souffle se calme, elle respire normalement.

Direction la jungle au sud de Mérida.

23 ans.


Les livres sont si rares ici. J'ai l'impression que nous sommes perdus au milieu de nul part, je me sens entouré de bien trop de monde. Et pourtant, je suis heureux d'être là, d'aider. D'être utile, simplement. Mes livres me manquent quand même... J'ai moins le temps, de toute façon. Ana et moi sommes sans cesse occupés. Ana plus que moi. Son don est précieux, ici. Là où nous nous battons pour trouver et récupérer des médicaments, pour offrir une chance de vivre à ceux qui se font traquer, elle peut utiliser les plantes pour soulager et soigner les petits maux. Notre connaissance est précieuse pour nos blessés. Celle des plantes comme celle des corps, mais également celles bien plus complexes. Elle n'est pas médecin, il lui manque bien des connaissances. Mais elle n'hésites jamais lorsqu'il s'agit de sauver des vies.
Alors nous aidons.
Et tout le monde l'apprécie. Elle est une référence pour tous. Un modèle sans réellement le vouloir. Elle aide quiconque, quoiqu'il lui soit demandé.
Ana sait se faire remarquer.

- Encore une mission ?

Les missions. Sa grande gueule, sa force, son ambition, sa détermination. Tout un mélange explosif qui plait aux rebelles. Ana mène des missions. De main ferme, couvant chaque rebelle du même regard protecteur, elle sait être une meneuse. Chose que je ne suis et ne serais jamais.

- Oui, Tehwa. Encore une.

Je m'inquiète un peu, parce qu'elles sont dangereuses. Les daemoniens sont chassés, Ana est une tête brûlée. Utopiste qui croit encore que l'on peut sauver l'humanité. Sauver tout le monde. Sans exception. Elle va finir par nous tuer.

- Il faut que j'en parle avec Kyllian.

Encore lui. Je le sens pas. Je ne sais pas, c'est une sensation indescriptible. Mais je le sens pas. Jaloux ? Je n'ai pas l'habitude de l'être. Mais lui, il a ce regard étrange posé sur ma Ana. Un regard que je n'avais vu chez personne d'autre auparavant. Et elle, je sais ce qu'elle pense. De lui. Et de ses yeux.

J'entend chaque battement de son coeur. Il bat, il bat, il bat. Fort. C'est pire lorsqu'il la regarde...
J'ai un mauvais pressentiment.

24 ans.


2013. Le Conseil Daemonien annonce un recensement. Personne ne signe. Prévisible. Pourquoi signer ? C'est leur laisser la possibilité de nous chasser plus simplement, avoir un nom, quelqu'un à traquer. Des parias, moins que des animaux, pourquoi signer ce papier, un arrêt de mort. Ana comprend la réaction des daemoniens. Je comprend. Et pourtant, malgré sa réticence face à ce Conseil bancal et douteux, elle continue à penser que mieux qu'un Conseil, un gouvernement serait une des rares solutions. Qu'il nous faut des personnes pour nous représenter, nous défendre aux yeux de tous. La rébellion est bien belle, mais n'apporte rien de concret... Nous ne sommes que des monstres se débattant pour survivre à l'homme... Si l'on tue les leurs, ils nous voient comme une menace. Ana pense qu'il nous faut être plus malins, diplomatiques.
Nous avons lu des choses, dans les quelques journaux que nous récupérons. A propos de cette ville, Merkeley. Aujourd'hui, elle est fermée aux humains. Seuls daemoniens et daemons y vivent.

Allons-y... Fuyons. Partons loin, pour vivre une vie. Notre vie. Avec Mari'. Karen, Rosa, Nod, abuela...

Impossible. Ici, au Mexique, la situation a empirée. Rien ne s'arrange. Tout explose, les morts se succèdent. Nous débordons de travail. Les missions s'enchainent, les daemoniens ne cessent de venir jusqu'au campement de la rébellion.
Ils l'ont découvert, le campement. Ils l'ont détruit. La milice nous a tout pris, le peu qu'il nous restait. Nous avons dû fuir les lieux, trouver un nouveau refuge plus isolé encore du reste du monde.
Dans la Sierra Madre Occidentale.
Partir est impossible. Après cet événement, il a fallu plusieurs mois pour reprendre des forces. Ils ont besoin d'Ana. De sa force et de ses longues phrases d'encouragements, sourires en entrée. Elle est une explosion de bonne humeur, elle entraine tout le monde. C'est naturel. Elle est comme ça, Ana. Elle rayonne. Sans le vouloir, sans même le savoir. Mais moi je le vois, je le sens. Au fond de mes tripes, dans notre esprit.
Ana rayonne.

Un rayon de soleil, de la poudre à canon. Prête à exploser à chaque seconde. Subtil mélange d'un énorme coeur et d'un esprit d'acier.

Aujourd'hui, la rébellion est plus forte encore. Féroce, prête à tout. Défendre la vie coûte que coûte. Aujourd'hui, nous sommes toujours debout, nous nous battons. Nous avons atteint les places fortes des autorités mexicaines, nous avons atteint les centres de détention des daemons. Les combats s'y situent, explosifs.
Nous y croyions. Nous pouvons gagner notre liberté.

L'utopie prend forme de réalité.

Nous ne pouvons pas partir. Notre but n'est plus seulement de résister. Nous prenons les armes pour défendre et libérer. Surtout libérer. Et Ana brûle d'un feu nouveau, ardent. Protecteur et destructeur. Les missions, elle en mène davantage. Je reste caché dans sa chevelure ou ses vêtements, mais je sais.
Elle est passionnée. Elle veut libérer les daemoniens, montrer l'exemple. Ne tuer personne, libérer tout le monde. Aucune distinction entre humain et daemonien. Ne blesser aucun humain. Être ce modèle d'utopie qu'elle veut montrer aux autres.
Un modèle pour tous. Daemoniens comme humains.

Emotions partagées, je sais qu'il existe une faille. D'un nom qui ne m'est jamais revenu. Kyllian. Il est... dangereux. Son don est un poison. Je suis triste, pour lui. Vivre avec doit être une souffrance hors norme. Cela n'empêche qu'il reste dangereux. Pour ma Ana.
Pourtant, elle l'aime. Plus que de raison. En lui, elle voit tout. Et elle croit pouvoir résister à son aura, elle croit pouvoir échapper à sa malédiction, à lui. Je la sais forte. Un mauvais pressentiment plane malgré tout, je ressens les changements dans le coeur de ma jumelle. Elle maîtrise ces pulsions qu'il fait naître malgré lui en elle, elle se contient. C'est ce qu'elle dit...

- Pour la centième fois, je te dis que ça va aller. Je me contrôle parfaitement.

Blotti dans sa longue chevelure bouclée, je garde un oeil sur l'homme qui marche à ses côtés. Il revient d'une mission, avec sa daemonne. Je relève la tête, j'observe le visage d'Ana. Elle est agacée par l'attitude du mexicain. Il s'inquiète pour elle, il gagne quelques points.
Il pense comme moi. Ana sera rattrapée par son don, un jour ou l'autre. Même lorsqu'elle maintient le contraire.

- Ce n'est pas en toi que je n'ai pas confiance, Ana.

Soudain, elle pousse un soupir. Exaspérée. Elle stoppe sa marche, se retourne, d'un geste, empoigne l'homme par le collet. Pour plaquer sa bouche contre la sienne.
Je le sens... Ce sentiment qui palpite en elle, ce feu qui brûle, plus fort encore depuis qu'il est là... Parce que son coeur est de flammes par sa faute, à lui. Je l'ai lu, dans notre tête. Elle est prête à tout pour lui... Je ne l'ai jamais ressenti comme ça.
Leur lien... il égal presque le nôtre.
Sauf qu'elle ne dit pas tout. Cette lueur ? Elle croit que je ne l'ai pas vue. Cet éclat dans son âme, dangereux, colérique. Un instant. Un seul instant...
Elle l'a ressenti. La haine.
Elle disparait aussi vite qu'elle est venue.

Plus intense que les autres fois... Lueur persistante. Effrayante.

Mais elle sourit. Et lorsqu'elle l'observe, je me rend compte de l'état de son coeur... Elle l'aime.

- Je suis sérieuse, Kyllian. Je vais bien, je me contrôle. Je ne veux plus t’entendre douter de cela, c’est compris ?

...


[ Suite quatre messages plus loin.... je n'avais pas prévu de faire si long et je n'ai plus de place, mes excuses...... ]

Qui tire les ficelles

Pseudo/Prénom : Y a trois fourbes ( ) qui me connaissent sous le nom de Lea, mais Ana me va aussi
Âge : Je suis une gamine..... j'ai 21 ans. Des paillettes ?
Double Compte : J'essaye d'éviter, mon médecin m'a dit que c'est pas bon pour c'que j'ai
Activité sur le forum : Très difficile de le dire, je dirais que je peux poster à 50%, études obligent, mais 85% à trainer, donc un total de... 4/7. J'ai un vieux forum à administrer et quelques persos à gérer, donc ça fait que je suis obligée de me couper en pleins de petits bouts, mais il parait que je gère bien, selon mes sources. Donc ça devrait le faire
Comment as-tu connu le forum ? PAR DES SALETES DE TENTATRICES MAL INTENTIONNEES QUE J'AIME..... cherchez-les, elles se démasquerons. Sinon, le forum sur lequel je les ai connues on un partenariat et même avant, je bavais sur le forum, dooonc... c'est à moitié leur faute /PAN
Un commentaire ? Un avis ? Une suggestion ? Ce forum est magnifique, j'aime le concept, les animaux, les daemoniens, j'aime j'aime j'aime (Et ce smiley. Définitivement.)
Et si je te demande le code du règlement ? Certifié par Baphoow'
  
MessageSam 1 Oct - 14:00
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Date d'inscription : 24/11/2014Nombre de messages : 1353Nombre de RP : 120Âge réel : 22Copyright : Valyrian Steel / Erwan (pour Lewis) / Eriam (pour l'aesthetic)Avatar daëmon :
Tessa B. O'CahanNothing will be the same...
C'est Kyky qui va être content Bref, bienvenue et bon courage pour ta fiche
  
MessageSam 1 Oct - 14:06
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Date d'inscription : 20/11/2015Nombre de messages : 663Nombre de RP : 92Âge réel : 22Copyright : Quantum Mechanics © & me. Avatar daëmon :
Aelya FeredenLiving like we're renegades
Oh. OH. OHHHHHHHHH.
Mon amouuuuur
Tu sais deja à quel point je suis ravie que tu sois arrivée sur LD, je suis certaine que tu te plairas ici, en plus avec un Perso aussi cool *___*
ca valait le coup de te torturer un peu
Et puis je dénigre toute responsabilité en fait
C'pas moi c'est Aki


JE T'AIME D'AMOUR TU ROCKS DES PAILLETTES BB !
J'ai hâte de te lire <3
  
MessageSam 1 Oct - 15:48
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Date d'inscription : 13/01/2016Nombre de messages : 248Nombre de RP : 25Âge réel : 19Copyright : ShalyniaAvatar daëmon : Hermine (Mustela erminea)
Levy R. Sherwood√ And fade out again.
Mais je
Qu'est ce que
LEAAAAAAAAAA MON DIEU QU'EST CE QUE TU FICHES D'ICI JE MEURS D'AMOUR AAAAH JE SUIS TROP CONTENTE VIENS DANS MES BRAS ❤️❤️❤️
Je comprenais pas quand Lya m'a envoyé un message pour me dire qu'il y avait une surprise dans les présentations puis... Haaan. Je suis trop contente j'espère que tu vas te plaire ici, tu verras c'est super, et en plus tu as pris un prédéfini qui envoie du pâté ❤️
Bisous à toi, tu as fais ma journee ❤️

(Et si tu te demandes qui c'est cette tarée qui te saute dessus : Emy chou 8D)
  
MessageSam 1 Oct - 16:42
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 76Nombre de RP : 12Âge réel : 22Copyright : Aki' ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoNothing will be the same...

Histoire


24 ans. Suite.


La tension est à son paroxysme. Au coeur des montagnes, notre groupe est au bord d'un précipice. Nous revenons d'une mission d'extraction. Nous avons libéré une jeune daemonienne, Areli Nora. Utilisée, l'armée la forçait à user de son don d'annulation contre ses semblables. Contre nous. Plus maintenant. Les forces rebelles, notre groupe, venons de la libérer. Dans notre fuite, un problème.
Un prisonnier. Militaire.
La tension est à son paroxysme. Je le ressens au travers de tous, mais plus encore que d'autres, d'Ana. Alors que nous arrivons à leur hauteur, je vois du coin de l'oeil Kyllian se tenir en retrait. Ma jumelle, elle, s'avance. Elle se retrouve face au militaire. Je glisse de son cou, me penche pour la regarder. Pour qu'elle me regarde. Elle n'en fait rien. Son regard est fixé sur l'homme, adossé à un arbre, poings liés.
Elle a de la peine pour lui. Haine ? Bien sûr qu'elle la ressent. Comme moi. Nous la ressentons. Cet homme a sûrement tué un bon nombre des nôtres. Et pourtant, Ana a ce coeur. Qui l'empêche de haïr l'humanité. Son utopie vit toujours en elle. Alors elle l'observe. Et elle pense à ces hommes, ces femmes, ces enfants... qu'elle a dû aider. Qu'elle a recousu comme elle pouvait, qu'elle a réconforté tant bien que mal.
Et à tous ces morts.
A ceux qu'elle n'a pu sauver.
A ceux qu'elle ne sauvera jamais.
A sa famille... A abuela, à Nod. Qui pourraient subir leur châtiment.

Son coeur bat plus vite. Il s'emporte. Elle le quitte alors des yeux, son esprit reste pourtant accroché à lui. La discussion déborde, devient plus violente encore. Pour savoir quoi en faire. Ses camarades hurlent presque, leurs sourcils froncés et leur regard menaçant.
Alors j'ai peur. Je sais ce qu'il se passe. Je le pressens. Ana n'est pas d'accord avec moi...

Je le vois partir, quitter le groupe. Et je n'avertis personne. Pourquoi ? Parce que tous les deux, nous savons. Kyllian sait qu'il vaut mieux. Même si ça me brise le coeur, je le laisse disparaître. C'est mieux ainsi. Je l'apprécie, mais son don...

- Où vas-tu comme ça ?

Je ne l'ai pas remarquée. Ana s'est tournée dans la direction de l'homme qu'elle aime. Son coeur bat si fort... Ses pensées tournent tellement vite, je n'arrive plus à y mettre de l'ordre... Je sens que je la perd et...

- Je ne peux pas rester, Ana. Je ne peux pas continuer d’être présent et d’influencer de la sorte le jugement des autres, surtout pas pour une question aussi importante.

Je n'arrive plus à l'apaiser... Comment... Comment est-ce seulement possible ? Je ressens cette colère monter en elle, je ressens son agacement, mais je n'y peux rien... Je suis. Inutile.
Et elle hurle. Le groupe se tait, écoute.

- Tu ne peux pas continuellement tenter de te dérober comme ça, Kyllian ! De quoi est-ce que tu as réellement peur ? Arrête de fuir, bon sang ! Je n’en peux plus de te voir agir en lâche !

J'essaye d'attirer son attention, je gratte sur sa peau, je lui parle.

*Ana, arrêtes, ce n'est pas...*

*Tais-toi, Tehwa, il faut qu'il comprenne !!*

Muet. Mes yeux restent fixes sur son visage déformé par la colère. Ana... Jamais je ne l'ai vue ainsi... Si monstrueuse. Si déterminée à faire mal. Si emplie de cette colère immature. Et pourtant... Mon coeur ne fait qu'un bond.
Où est ma Ana ?

- Je n’ai pas le choix !

- Ho, oui, c’est vrai… parce que moi et les autres n’avons aucune maitrise de nous-mêmes et qu’on va soudainement devenir fous ! Fais-moi plaisir et cesse de nous sous-estimer et de nous prendre pour des enfants.

- Tu ne penses plus clairement à cause de moi, je dois partir…

Elle lui attrape le bras. Refuse qu'il parte. Elle va trop loin... Ca ne lui ressemble pas... Ma Ana, si calme, si patiente... Elle fulmine, explose. Alors je le regarde, lui. Parce que je sais, moi, que c'est sa faute. Elle le nie, elle croit qu'il peut être sauvé. Mais moi, je suis bien moins rêveur qu'elle. Je sais que c'est impossible. Il ne sera jamais sauvé, il sera toujours ainsi.
Un poison pour tous. Son don, tout. Tout est un poison. Je le fixe du regard, je sens la colère d'Ana m'envahir. Prendre contrôle de moi. Je sens son influence, à lui. J'en suis sûr. Pourtant, j'ai bien l'impression que c'est la réalité.
Je le hais. Il transforme ma Ana en cette chose qu'elle n'est pas. Il...

- Ce n’est pas bientôt fini votre cirque ? On a des choses franchement plus importantes à débattre que vos foutues histoires, bon sang !

Elle fait volteface, je manque de tomber de son épaule. Elle marche, assurée, dans sa direction. Se retrouve à quelques centimètres de son visage. Je suis si inquiet. Et en colère. Mais Ana...
Son coeur est en pleine éruption.

- Tu veux qu’on parle de ce fils de pute ? On va en parler ! C’est très simple, pas question de l’emmener au campement comme prisonnier. Vous imaginez qu’il parvienne à s'échapper ? Il connaitrait notre position et mettrait tout le monde en danger. Avez-vous déjà oublié ce qui s’est passé dans l’ancien campement ?

- Bien sûr que non ! Mais il pourrait avoir des informations importantes à nous apprendre.

- Tss… il ne dira jamais rien. Il n’a pas ouvert la bouche depuis le début du voyage. Il ne nous servira à rien et ne sera qu’un danger pour nous !

Tout le monde se tait. Observe.

- Qu’est-ce que tu suggères alors ? Tu ne souhaites tout de même qu’on procède à une exécution ?

- Excellente idée.

Sang glacé, coeur de glace. Ma Ana a disparu... Qui est-elle ? Je me glisse vers son oreille, grimpe comme je peux sur sa tête, me penche en avant pour la regarder. Elle me jette à peine un regard.
Du coin de l'oeil, je vois sa main. Décrocher le cran de sureté. Prendre son arme. La coller sur la tempe du prisonnier.

Tout se passe alors si vite...

Je saute, me jette, désespéré vers la main tendue de ma jumelle. Les autres ne bougent pas. J'entend à peine Kyllian, dans son dos, se précipiter vers elle, prononcer son nom.

Détonation.

La scène est irréelle. Tout se fige. J'atterris sur sa main, sur l'arme. Mon poids fait trembler sa main, elle reste droite. Je tourne sur moi-même, croise les regards hébétés des rebelles. Plonge le mien dans celui de ma Ana.

Rien. Le néant. Ses yeux sont vides. Son teint est blême. Et elle le fixe. Ce corps. Ce sang. Glisser le long de cette tempe. Ses mains commencent à trembler, je cours le long de son bras. Ce dernier tombe, l'arme fait un bruit sourd sur le sol. Elle panique, recule. Son esprit est chaos, je n'arrive plus à entrer dedans.
Elle bouscule quelqu'un. Kyllian. Il la retient de tomber.

Et elle réalise. Leurs regards se croisent, elle panique. Non... elle a peur. Elle réalise et a peur. Soudain, elle le repousse.
Recule, loin. Du corps, de lui. Cet homme qu'elle aime...

- Ne me touche pas !

Sa voix tremble, veut fuir. Loin.

- Ana...

- NON! Va-t’en, éloigne-toi de moi ! Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi…

Elle panique. Son corps entier tremble.

*J'ai... j'ai... non... ce... ce n'est pas moi... Tehwa... s'il te plait... dis-moi que...*

Elle n'arrive plus à prononcer un seul mot à voix haute. Les larmes recouvrent son visage, torrent de panique, de peur. Ses yeux ronds, fous, ne parviennent à trouver une ancre. Elle ne m'entend plus... Elle est ailleurs...

Kyllian fuit. Je l'observe partir, Kaya sur ses talons. Et je me colle à Ana.

*Je l'aime... je je je... je l'aime... il... il il il... c'est sa faute... Tout ça, c'est... c'est sa faute... Tehwa, je... suis désolée... je pensais que je pouvais... je pensais être forte... je pensais... c'est ma faute... tout ça, c'est ma faute. J'ai été si sotte, tellement bête, je... je suis la seule fautive. C'est moi. Moi. Moi... Moi... Pas lui. Moi.*

Elle s'effondre sur l'herbe.

25 ans.


Huit mois. De douleur. De cauchemars. De tout. Se réveiller au beau milieu de la nuit, ne plus savoir où l'on se trouve. Et hurler. Encore. Toujours. Hurler et voir des fantômes. Un fantôme. Ce visage, face à elle, cette main qui tremble.
Ce coeur fou qui tressaute à chaque bruissement. Cette peur constante de refaire une erreur... Cette certitude de n'être plus qui elle était... Se perdre dans son esprit, folle, devenir instable. Et se voir refuser les missions, observer le regard des autres, compatissants.
Devoir vivre avec ça... Cette erreur, ce sang. Sur ses mains.

Tout ce en quoi elle a cru, envolé. Son utopie, trop grande pour ses épaules.

*Je me suis sur-estimée...*

Alors je la regarde, moi, Tehwa. Je la regarde se détruire. J'ai tenté de la rassurer, de la soigner. Rien n'y fait. Ana n'écoute personne. Une seule pensée en tête.

*J'ai tué. Je l'ai fait. J'ai pris une vie...*

Syllabes tournant constamment dans son esprit, hantant ses nuits. Elle s'enfonce. Les tréfonds de son esprit la happent, l'emportent loin de moi. De toute raison. De la moindre petite voix criant son nom. Parce que je l'ai fait, j'ai essayé. De crier son nom. En vain.
Ana est sourde, Ana est persuadée que tout s'est écroulé. Son sentiment, ses remords, tout. Ce qu'elle clamait haut et fort, elle a failli. Elle ne supporte plus le regard des autres. Elle ne supporte plus de le voir, lui. Alors elle l'évite, le plus possible.

*J'ai... Tehwa, j'ai si peur. De refaire la même erreur.*

C'est sa faute. A lui. Elle ne le tient pas pour responsable, non. Une bribe d'Ana reste encore, elle vit parmi les décombres de cette femme détruite. D'une détonation.
C'est ce don, ce poison d'influence. C'est à cause de cette aura, son aura. Sa faute à lui...

*J'ai été influencée... Je suis restée trop proche, trop longtemps... Cette sensation, Tehwa... si glaciale, amer, effrayante...*

Ses pensées tournent, folles, prêtes à exploser. Le remord... Les larmes... Les crises de paniques...

- Non, Ana. Tu ne me feras pas changer d'avis. Tu es excellente dans ce que tu fais, mais plus aujourd'hui. Tu n'es plus maître de rien. Tes crises de panique devant une arme, devant la mort, elles nous ont coûté plus que tu ne le crois. Alors c'est non. Tu ne participeras plus aux missions.

- Et tu comptes me laisser là, pourrir, ne servir à rien ?! Me tourner les pouces pendant que d'autres se battent à ma place ?! C'est tout simplement hors de question, tu sais que je suis bien plus efficace sur le front que dans le campement ! Alors ce n'est pas même une question que je te pose, pas une requête, je viens. La discussion est close, tu n'as pas le pouvoir de m'empêcher de venir avec vous.

J'ai baissé les bras. Ses émotions me contaminent. Je n'arrive plus à lutter, notre lien est bien trop fort. Et je tombe dans son gouffre à elle, je glisse et perd pieds. Je l'entend, dans la réalité, dans son esprit. Et je n'ai plus la force de me battre pour qu'elle vive. Pour elle, pour sa santé.
Je ressens son mal-être. Tellement fort... Tout est tellement fort... Ma Ana, où es-tu ? Reviens-moi, je t'en conjure...

...

Tout explose. Tout vole autour des arbres, du champ de bataille. Une embuscade. Les balles fusent, les cris résonnent. Forts. Tout se passe si vite, tout est si violent.
La folie, le désespoir, nous sommes recroquevillés derrière un arbre. Nous tremblons. Apeurés, incapables du moindre mouvement. La panique nous prend au ventre, notre arme à quelques mètres de nous. Dans les herbes.
Tout explose. Tout vole.
Et nous ne bougons plus. Ce visage constamment devant les yeux, nous rappelant cette balle, cette détonation. Qui résonne fort à notre oreille, dans l'écho de celles qui fusent dans la jungle.

*Je ne suis pas celle que je prétendais être... Je ne suis pas meilleure que d'autres... Je ne suis qu'une folle utopiste ridicule...*

Les détonations se font fortes. Trop. Des voix nous appellent, nous sommes incapables du moindre bruit. Rien ne sort de notre gorge. Nous tremblons de tous nos membres, incapables de nous relever. Et pourtant, nous percevons leur présence. Ils approchent. Ils tirent. Ils hurlent. Et tuent.
Ils tuent.

*Ils tuent.*

Nous ouvrons les yeux, notre coeur bat si fort. Tout est fort. Tout explose, tout vole.

Et soudain, nous perdons tout. Notre lien explose alors qu'un impact résonne contre le tronc de l'arbre. Nous ne percevons plus l'autre. Et notre regard est le même. Vide. Les jambes soulèvent le corps lourd, un souffle un seul marque le temps. Et le premier pas se fait. Se pose sur le sol, sort de sa cachette. Et là...
Face à ce corps, bras ballants, désespéré, des hommes courant dans tous les sens. Des balles qui fusent. Des cris. La haine vibre et les morts pleurent.

La folie nous a atteint.

Et nous avançons. Ce monde n'est pas pour nous, toutes ces chasses à l'homme... Ce sang sur nos mains... Nous ne méritons pas l'utopie dont nous rêvions.

Et pourtant, nous ramassons l'arme au sol. La pointons au loin et tirons. Sauver le plus des nôtres. Quitte à tuer, garder un semblant de dignité... C'est un mensonge. Il n'existe rien de digne lorsque l'on donne la mort.

Alors nous sautons. A pieds joints. Sous les feux ennemis.

Nous tombons...

...

Le bruit a cessé. Le coeur ralentit.
Les cris se sont envolés. Sommes-nous sur un nuage ? Dans le ciel tout semble si calme. Silencieux. Sommes-nous à la maison ? Sûrement pas. C'est bruyant, la maison.
Le bruit est mort. Le coeur ralentit.
Le froid s'immisce dans notre cou. Le calme est reposant. La douleur ? Pourquoi ce point de feu dans notre ventre ? La douleur... Elle efface ce sentiment de bien-être. De plénitude. Elle prend toute la place. Nous réveille.
Le bruit est mort. Le coeur accélère.

J'ouvre les yeux.

Les arbres. Feuillages dansant dans la brise de l'après-midi, masquant le ciel bleu-roi. Et rien. La seule symphonie du silence retrouvé de la jungle.
Et la douleur. Tellement forte. Et cette sensation d'être mouillée. Poisseuse. Je reprend conscience. Lentement. Ma main glisse difficilement vers mon flanc, un bruit étrange résonne lorsque je touche mes vêtements. Sourd.
Et je réalise. Je veux crier, pour qu'on m'entende. Rien ne sors de ma gorge. Muette. Et la folie disparaît. J'ai peur. Je tremble de tout mon corps, je cherche à me souvenir. Et je me revois... marchant dans leur direction. Tirant dans toutes les directions... Prête à éliminer n'importe qui. Pour la survie des miens.

Je sens cette larme sur ma joue.

Peut-être l'ai-je mérité... Je paye pour ma faute, je paye pour ce sang. Par le mien. Mes remords, mes cauchemars. Un avant-goût de cette ultime punition.
La mort. Je prend lentement conscience du froid, des battements de mon coeur. Et je l'accepte. Un sourire se fraye un passage à mes lèvres, je ne pense à rien. Juste à la délivrance. Loin, ces crises de panique. Cauchemars et coeur déchiré. Certitude d'avoir échoué dans ma campagne. Tout ça, définitivement derrière moi... La liberté de pouvoir sourire à nouveau...
Et soudain... j'entend l'appel. Furtif, discret. Si faible. Et je panique. Parce que je comprend si vite d'où il vient...

- Teh... wa ?

Je peine à élever ma voix. Je sais qu'il n'est pas loin, mais je n'arrive à bouger. Il le faut... Tehwa...

*Tehwa ? ... Tehwa ??*

Je sens une griffe frôler mon cou.

L'adrénaline me prend. Et je me tourne. Parce que lui, il est tout. Parce que lui, il n'a pas à souffrir. Parce que lui, il n'est pas fautif. C'est moi. Moi seule. Nous sommes un, mais il est tout. Pour moi. Mon jumeau, ma raison. Celui qui est là, quoiqu'il se passe. Notre esprit, pas deux, mais un.
Il ne doit pas mourir. Il ne le mérite pas. Je ne peux pas mourir. Pour lui, mais aussi pour... je réalise qu'il n'est pas le seul. Ces visages... plus un, disparu. Mais cinq.

*Je veux vivre...*

Alors je me tourne. Adrénaline soutenant mes gestes. Le sang coule de mes blessures. Et pourtant, la première chose que je fais n'est pas de les soigner.
Je ramasse mon jumeau, le porte à ma joue. Et je pleure dans sa fourrure.

- Pardonnes-moi... pardonnes-moi... je t'en supplie...

Il ne répond pas. Il bouge à peine. Alors, je vois sa petite poitrine se soulever. Il souffle. Et sa voix résonne, légère.

- Restes en vie... et je te pardonne.

J'ai mal, mais je souris. Je suffoque, mais je glisse Tehwa dans la poche avant de ma veste.
Et je me glisse à la force de mes bras vers une plante que je reconnais bien.

- Je te le promet...

Tu mérites bien mieux que moi... Je te sauverais, mon Tehwa. Toujours.
Je te sauverai, en soignant ces gouffres ensanglantés.

25 ans. Suite.


Douleur. Cri. Haine. De ne s'être stoppée plus tôt. D'avoir été si faible. Par sa faute, lui qui s'est infiltré en son coeur. Dénaturé. Il l'a polluée. De ses ondes. La détonation, sa faute. Cette colère, son fait. Ce suicide. Toujours lui.
Douleur. Cri. Peur. De la tuer, cette lueur. Qui, elle, a toujours su être là. Et pourtant, mourir peu à peu. Quoique l'on fasse, sentir sa flamme s'éteindre. Et voir ce petit être souffrir le martyr lorsque les impacts n'ont atteint moi seule.
Voir sa lumière diminuer... devenir étincelle... puis s'éteindre.

Et se réveiller. Grands yeux ouverts sur ce grand plafond gris. Les bruits dans la cuisine, les voix chuchotant dans le salon. Et cette larme qui roule sur ma joue.
Encore un cauchemar.
Près de moi, Tehwa dort profondément. Je suis brisée. Je souffre encore. Mes blessures externes se referment peu à peu. Mon jumeau ressent mes douleurs. Celles de mon esprit aussi...
Dans la jungle, j'ai fait ce que j'ai pu. Pour survivre. Elle n'a plus aucun secret pour moi, j'ai passé tant de temps à y chercher la moindre plante utile au campement. J'ai survécu grâce à mon don. Pas soignée, survécue. Comme j'ai pu. Pour nous tirer hors de tout ça. Revenir à la maison.
Abuela a poussé un cri terrifiant en nous voyant devant la porte... Marisol s'est précipitée pour me porter. Elle a tellement grandi... Et Nod... Les jumelles...
J'ai tant raté. Je nous ai presque privé de tout ça. Non. Lui, c'est lui. Il nous a presque privé de cette vie. Lui, pas moi. Mon double, celui d'influence. Celui qu'il a transformé.

Je suis rentrée à la maison. Oublié la rébellion, je n'y ai plus ma place. Il a détruit la rebelle irrémédiablement sûre d'elle, prête à tout. Je ne suis qu'épave. Couchée dans ce lit, incapable du moindre mouvement. Recluse dans cette simple pièce. Refusant de mettre un pied dehors.
Je ne sortirai plus. Je ne veux plus du monde, je veux mon monde. Ma famille... J'ai peur du monde. Je ne suis pas prête pour lui. Pas encore...

Qu'ils me croient tous morte. C'est bien mieux ainsi.

Je suis catastrophe. Epave. Incapable d'être de ce monde. Je resterai ici. Je n'ai plus aucun contrôle sur ma vie... sur mes émotions... J'ai l'effroyable impression d'exploser. De perdre la raison...

J'ai failli le tuer. J'ai failli tuer mon jumeau. Tehwa. Comment...

Les larmes défigurent les traits de mon visage. Et pourtant, le silence. Ne faire aucun bruit. Ne pas alerter leurs inquiétudes. Je sais seulement qu'ils le sont... je suis rentrée recouverte de blessures. Presque morte.

Je m'en veux tellement... Je lui en veux... Je veux disparaître. Devenir qu'une silhouette passée, recommencer une vie. Et me l'approprier enfin. Choisir celle que je désire. Et y emmener ceux que j'ai toujours aimé. Pour leur offrir le meilleur.
J'ai bien failli les perdre... Ils ont failli me perdre...

Ma bêtise, incommensurable.

La porte de ma chambre s'ouvre. Je ferme les yeux. Fais croire au sommeil profond. Respiration longue.

...

Quatre mois. La douleur physique a disparu. Tehwa est en pleine forme, il rayonne. Rosa lui rapporte un nombre incalculable de livres, il les dévore si vite... Et moi. Je reste là. Dans ce grand lit. Couchée, yeux rivés sur ce grand plafond. Tehwa ressent tout et me le cache. Il fait face, pour moi. Je le sais. Il veut faire de son mieux, à son tour, pour nous.
Quatre mois. L'autre douleur est tellement présente. Partout. Dans ma tête, dans mon coeur. J'explose. Des visages tournent autour de moi. Ceux de mes camarades, mais plus que tout... Ceux des hommes que j'ai abattu.
De sang froid.
Je les vois, encore, toujours. Plus encore, le militaire de la mission... Ils m'observent, me jugent. Mes utopies détruites par ces sourires malsains qu'il me renvoient. Comme un écho bien sombre au mien. Pour finir par me cribler de balles. Et je laisse mes doigts glisser sur mes cicatrices, pensive.

La porte de ma chambre s'ouvre. Nod entre distraitement, un journal à la main. Il me sourit, s'assied sur le bord de mon lit. Je me force pour lui, je lui répond d'un sourire.

*Ce n'est pas ta meilleure façade.*

D'un oeil, je fusille mon jumeau. Mon frère prend alors la parole, observant quelques minutes les pages du journal.

- Je crois que certaines pages pourraient t'intéresser.

Je n'ai pas même le temps de répondre qu'il enchaine.

- Notre tante vient manger à la maison ce soir. Tu crois que tu nous rejoindras ?

Je sais ce qu'il pense. Ce qu'ils pensent tous. Leur faire croire que je suis encore souffrante... Ils ne sont plus dupes. Cela fait bien trop de semaines que mon corps a guéri. Tehwa plus que tous, il sait.
Soudain, Nod s'en va. Et je remarque son daemon à l'entrée. Ils disparaissent, referment la porte derrière eux. Et les bruits de discussions s'intensifient dans le salon.

- Tu devrais y aller.

- Mmmh ?

- Tu devrais manger avec eux ce soir.

- Ah. J'y réfléchirai.

Mes yeux n'ont pas quitté un seul instant le journal abandonné sur mon lit. Le gros titre a explosé ma rétine. Mon coeur. Mon esprit dépressif. Je tombe, encore. De haut.

La rébellion mexicaine est un échec.

C'est fini. Tout. On a perdu. Ils ont perdu. Capturés, peut-être, je l'ignore à vrai dire. Je refuse de lire l'article. Je sens des larmes hurler, je sens ma gorge se serrer. Et les battements dans ma poitrine s'affoler. Parce que je pense à mes amis... Je refuse de penser... Parce que je sais qu'inévitablement, je vais finir par voir leur visage. Encore. Pour les imaginer, gisant dans leur propre sang.

Je commence à trembler. Je croise les bras, les empêche de trembler. Je n'y peux rien. Je le sens toujours. Ce corps devenu inutile, devenu épave. Et mon regard tombe sur les plantes au pied de mon lit, baignant dans la faible lueur du soleil. Et je suis dégoûtée. J'ai envie de hurler. Je hais ma faiblesse.
Que puis-je face à ça ?
Je ne suis qu'un bateau échoué. Je me penche alors, avance à quatre pattes sur mon lit. Tehwa relève la tête, m'observe. Et je sais ce qu'il me dirait. S'il osait seulement me le dire à voix haute. Sauf qu'il garde son coeur fermé, qu'il évite de me contrarier.
Mon esprit n'est plus stable. Mes crises de paniques augmentent. J'essaye de les dissimuler.
Je me glisse au pied de mon lit, fait tomber le journal sur le sol. Je ne le ramasse pas et je sens toujours le regard de mon jumeau. Je l'ignore. Me penche vers mes plantes, ma main vient attraper une des plantes. Y cueille délicatement un échantillon.

Et je sens le torrent ruisseler sur mon visage. Je panique. J'ai l'impression que tout tourne autour de moi, je les vois tous. Morts. Lui aussi. Kyllian. Lui, peu m'importe. Tout est sa faute. Tout...
Il m'a rendu ainsi. Incapable de rien. Inutile. Une épave irréparable. Sa faute... Je le hais. Je le hais. Tellement. Je le hais. Et cette phrase tourne et tourne, j'ai beau penser à lui. Tout le reste s'est évaporé. Sauf la haine.

Il est mort. Et je le hais.

Je me recouche, la plante entre mes doigts. Et je souris. Malgré mon souffle qui manque, ma poitrine qui s'affole, je trouve une ancre. Mon don. Cette plante. Drogue désactivant la moindre pensée. Me plongeant dans un long sommeil sans rêve.
Alors j'empoigne la plante. Main sur ma tempe. Et j'effectue le transfert.

Je sombre.

26 ans.


Je suis assise à mon bureau, Tehwa sur le lit. Il lit encore, je ne l'ai jamais vu dévorer tant de pages. Il doit rattraper le retard qu'il a pris ces dernières années. Devant moi, une montagne de journaux.
Je me suis reprise en main. J'essaye de sortir un peu, d'occuper mes journées, dans tous les cas. Mes crises sont moins fréquentes, mes cauchemars me laissent parfois dormir.
Et je rattrape cette année hors du monde, hors du temps. Je n'ai aucune idée du monde extérieur, je me rattrape comme je peux. Et je lis les journaux accumulés par Nod, à mon attention. Il sait que j'aime me tenir au courant. Il sait que j'aime lire le journal. Alors il les a tous gardés ou les plus importants.

Beaucoup parlent de la capitale daemonienne. Merkeley. J'ai longtemps rêvé de les emmener là-bas, jusqu'au moment où la ville n'était plus accessible aux humains. Mon plan était compromis... Cette ville rêvée pour tout daemonien, cette ville promesse d'un renouveau pour notre famille. D'une certitude de n'avoir plus à se cacher.
Et je tombe sur cet article. A propos d'un orphelinat subissant une terrible explosion lorsque les rebelles font une percée au sein de l'opinion.
Mes penchants rebelle et combattante reviennent... Pourtant, je ne panique plus. Mon esprit est calme, je lis simplement. Je m'informe. Et constate.
Une guerre civile. A Merkeley. Ces journaux, j'observe leurs dates des heures durant. Avant d'en faire plus encore pour chaque article. Je ne m'attarde pas sur ce détail. Remuer de mauvais souvenirs est une idée plutôt catastrophique pour mon esprit dépressif.

Et je tombe dessus. Mon sang ne fait qu'un tour. Le 3 septembre 2015. Réouverture totale de Merkeley aux êtres humains. Un traité sur les droits des daemoniens.

Je me tourne, manque de tomber de ma chaise, mes yeux roulent et fixent Tehwa, surpris. Je brandis le journal au-dessus de ma tête.

- TEHWA ! Viens vite lire cet article !

Il fait un bond, plane l'instant de quelques secondes, grimpe sur le bureau et parcourt le journal à toute vitesse. Je ne lui laisse pas même le temps de terminer sa dernière phrase.

- Tu te rends compte de ce que ça veut dire ?

Un nouveau gouvernement daemonien. Un nouveau recensement qui fait d'un daemonien citoyen à part entière. Une possibilité pour les daemoniens étrangers d'atteindre Merkeley... Les humains peuvent y habiter de nouveau...
Une opportunité. Une occasion. La possibilité, enfin, de partir. D'oublier le passé, d'ouvrir une nouvelle page, d'y déposer une nouvelle encre.

- Tu... t'imagines ce que ça implique ?

Et je pleure. De joie. De savoir que nous pourrons nous en sortir. Que je peux faire quelque chose, que je suis bien loin d'être une épave. Que je peux sauver ma famille de la folie mexicaine...

...

Décembre. Nous avions élaboré nos plans. Nous avions pris une date, nos idées en place. Et nous voilà bousculés par le passé. Il nous faut partir. Vite.
Je me suis réadaptée au monde, j'accepte presque de regarder mon reflet. Nous avions des plans pour Merkeley. Je sors à nouveau, je vis comme je peux.
Mais il nous faut partir. La rébellion détruite, les visages et les noms des anciens rebelles sont à portée de main... Qui sait s'ils ont déjà trouvé le mien... Je ne veux pas mettre notre famille en danger plus longtemps. Mon visage, bien trop connu des rebelles. De la milice. Abuela nous a caché, il est temps pour nous de partir. Pour leur construire un avenir ailleurs.

Alors nous partons en urgence. Ce soir. Nous ne sommes pas prêts pour la capitale daemonienne, nous n'avons pas un sou en poche. Notre direction ? San Diego, Californie. Des amis de la famille vont nous accueillir.

- Et tu comptes faire comment ?

Je sors ma tête de mon sac, observe ma soeur. Mari' a tellement grandi... c'est une jeune femme. Et j'ai raté tant de choses...

- Pour ?

- Quand tu seras là-bas. Pour Merkeley.

- Oh. Je vais travailler, trouver un boulot de femme de chambre dans un hôtel, qu'importe, je trouverai. A défaut de pouvoir trouver mieux, je ferais tout. Pour gagner de l'argent et vous faire venir à Merkeley.

Son regard. Elle est sceptique. Et pourtant, j'ai l'impression de retrouver ma confiance dans sa pupille. Malgré tout, elle continue de croire en moi... Je sens mon souffle s'emballer, mes yeux me piquer. Je ravale tout.
Elle se rapproche. M'enlace.

- Ne t'inquiètes pas. On va s'en sortir. Fais en sorte de me réserver la plus belle chambre.

Et mon sourire revient. Peu à peu. Mon esprit est encore fragile.

Il est temps de partir.

27 ans.


- Ana ? Ana, c'est toi ?

- Oui, je viens juste de terminer au boulot. Je te dis pas le nombre de chambres que nous avions à faire aujourd'hui à l'hôtel, toutes aussi dégueulasses les unes que les autres. C'est un hôtel de luxe, mais j'ai bien l'impression qu'ils n'accueillent que des porcs.

Je ne prend pas même la peine de déchaussé mes bottes. Je passe par le salon. Mes yeux trainent quelques secondes par la baie vitrée, vue directe sur San Diego.
Clara est seule à la maison, Pete n'est pas encore rentré. Cela fait un an qu'ils nous ont accueilli, Tehwa et moi. Et on travaille dur. On s'occupe de quelques tâches ménagères, on travaille à l'hôtel. Nos journées tournent autour des petits boulots, nous ne faisons rien de plus. Pas d'amis, pas de sorties. Juste l'épuisement pour le rêve. Et aujourd'hui, j'ai fait les comptes sur le chemin.

Notre cagnotte est bombée. Nous allons pouvoir mettre les voiles. Cap sur cette ville. Sur l'avenir. Et notre famille.

Alors je suis heureuse. Mon sourire est énorme, Tehwa le ressent et je ressent sa propre joie. Alors je marche jusqu'à la chambre d'amis, attrape mon sac de sport. J'ai besoin de me défouler, d'exprimer mes émotions. Alors je repasse devant Clara, lui dépose un baiser sur la joue. Et lui sourit. Tewha endormit dans la poche de ma veste.

- Je file à la salle, besoin de frapper quelques sacs !

Le temps de partir, mettre de l'ordre, quelques semaines à peine. Ouvrir une boutique d'herboristerie ? Peut-être un peu prématuré. Dans tous les cas, commencer en privé, à domicile. Rêver n'est plus l'unique possibilité... Nous pouvons les faire devenir réalité... Ces chimères...

Merkeley sera nôtre. Enfin.








______________________________


Merciii Tessaaaa !! Je crois qu'elle est hystérique depuis quelques jours déjà, la pauvre, c'ma faute J'adore le lièvre de mars, donc je t'aime déjà, d'ailleurs, que tu saches !

MA LYLYYYYYY !!!!! TU ES TOUT AUSSI FAUTIIIIVE, ASSUMES, MON CHATON ! Mais torturez-moi moins fort, la prochaine fois

ET ENFAITE DU COUP JE CONNAIS PLUS QUE DEUX GENS ICI BAS, MWAHAHAHAHAH JE SERAIS PAS DEPAYSEE ENFAITE, ET PIS PLEINS D'AUTRES GENS QUI ONT L'AIR COOOOL !!!!

................................... tu sais, ma Emy. Jusque là, je savais même pas que tu étais sur LD... Si j'avais su.......
....................

JE T'AIME MA EMYCHOU, ON VA POUVOIR REPOSTER ENSEMBLE !!!!!!! Je suis trop super méga heureuse que tu sois là, et surtout, d'avoir fait ta journée, mon coeur, rooooooh c'est toiiii *meurtd'amouretkidnappesaEmyLevy*


*est encore plus hystérique qu'avant....... ce forum est beau, les gens sont beaux, l'hystérie est à son comble, les amis*
  
MessageSam 1 Oct - 18:26
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Date d'inscription : 23/10/2015Nombre de messages : 1032Nombre de RP : 79Âge réel : 24Copyright : (c) aki'Avatar daëmon : Coyote
Kyllian GriffinI'm all kind of BAD luck
Ma Léa qui adopte ma Ana
À peine deux mois après que ma petite Dem' ait été adoptée elle aussi.

C'est... OMG. JE SUIS HYSTÉRIQUE. LITTÉRALEMENT. COMMENT C'EST POSSIBLE D'ÊTRE AUSSI HEUREUSE. TOO MUCH LOVE I'M GONNA DIE.





Je peux pas commencer à te dire comment ça me rend heureuse que tu sois là, et encore moins que tu sois tombée amoureuse de ma Ana ♥ Tu gère déjà le pâté de licorne, je ne m'en fais pas du tout pour la suite de ta fiche.
Donc lâche toi ma belle, I BELIEVE IN YOU

Et je te réserve déjà un RP, tu le sais, ca va être plus qu'épiqe. Et je te réserve aussi un lien avec Ryan, pas le choix. Et puis j'ai trop hâte de lire la suite. Et... et... JE T'AIME! D'amour. Et de paillettes. Toutes les paillettes.
*va prendre un thé pour sa calmer avec de faire un arrêt cardiaque*

Ovearload de Joie et d'amour:
 

Tu sais que je suis toujours là si tu as besoin de quoi que ce soit, si tu as des questions ou si tu veux juste de l'amour. J'en ai plein à te donner, PLEIN je te dis ♥
  
MessageSam 1 Oct - 19:29
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Date d'inscription : 22/11/2012Nombre de messages : 3089Nombre de RP : 149Âge réel : 22Copyright : Air (C'EST MALI) (avatar) ; .TITANIUMWAY (signature) + Nora Roberts & Victor Hugo (citations)Avatar daëmon : Tatouage de phénix sur l&#39;omoplate gauche. Un phénix qui s&#39;enflamme.
Kayla P. LaneFire burns into me
It consumes me
Bienvenue !

Je vois que tu fais des heureux ici !
Bon courage pour la suite :p
  
MessageSam 1 Oct - 20:11
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Date d'inscription : 13/01/2016Nombre de messages : 248Nombre de RP : 25Âge réel : 19Copyright : ShalyniaAvatar daëmon : Hermine (Mustela erminea)
Levy R. Sherwood√ And fade out again.
OWI OWI JE VEUX REPOSTER ÀVEC TOI :ohoui:
JE TE RÉSERVE UN LIEN ET UN RP ET DES AVENTURES DE FOLIES ET DES BÉBÉS (... Heu attends)
Je t'aime d'amour ❤️

Je t'envoie un message quand tu auras fini ta fiche et je vais aller déverser mon amour ailleurs mihihi
*se laisse kidnapper et disparaît dans un nuage de fumée*
  
MessageSam 1 Oct - 20:46
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Date d'inscription : 14/06/2015Nombre de messages : 321Nombre de RP : 44Âge réel : 32Copyright : Mert Alas & Marcus PiggottAvatar daëmon : Yempew, messager sagittaire
Yaaba NyamekyeBaba-Yaga en string
Coucou et bienvenue parmi nous

On se connaît pas, mais il nous faudra quand même un lien avec mon DC Anja... la miss ne va pas aimer qu'Ana redébarque dans la vie de Kyllian à un moment où il est tout cassé What a Face

Bon courage pour la fin de la fiche
  
MessageDim 2 Oct - 22:00
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 76Nombre de RP : 12Âge réel : 22Copyright : Aki' ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoNothing will be the same...
Mon Kyllian, arrêtes de faire des prédéfs qui me séduisent, sinon je vais me retrouver avec 43 persos à gérer MAIS JE T'AIME QUAND MÊME ET TES GIFS OMG J'espère faire honneur à Ana... et pis ta Ana c'est trop un genre de persos que j'aime jouer alors bon.... enfin, ma Ana enfaite, maintenant ♥
Je vais t'envahir de mes questions demain sûrement hehe ♥

Merciiii Kaylaaaaa !!! ♥ On dirait bien que je fais des heureuses ici, oui XD Je les rend hystériques d'un rien, ces petites

OUI LEVY CHERIE, DES RPS, DES AVENTURES, DES FOLIES ET DES BEBES, TOUSSAAAAA !!! Bombarde moi de messages, mon chaton que j'aime d'amour !!!! ♥♥

Merciii Yaabaaa !! ♥ Ouiii, un lien, je suis pour ! Et si en plus c'est un lien stylé comme celui-là, un bonus à ne pas ignorer ! Ca peut nous faire un rp chouette à faire et tout !!! *.* JE VEUX !

Sinon, au niveau de l'histoire et la fiche, je compte la finir dans la semaine, mais j'ai un peu de choses à faire, donc on verra comment je vais m'organiser x) Valà ♥
  
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