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Le silence est un cri qui fait mal • Elisa

 
  
MessageSam 5 Nov - 16:08
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Date d'inscription : 21/09/2016Nombre de messages : 44Nombre de RP : 8Âge réel : 25Copyright : Kiki d'amourAvatar daëmon :
Erin CarmichaelNothing will be the same...
« Tu vas vraiment mettre ça ? »

Sa voix a claqué, me fait sursauter. Il y a dans ces mots un fond de déception, un rien de bouderie. Du plat de la main, je lisse les épaisses mailles de mon chandail irlandais. La pluie n’a pas cessé aujourd’hui. La brume matinale ne s’est dissipée qu’aux alentours de midi, faisant place à une bruine persistante comme seule l’Écosse les connaît. Une petite pluie fine, insidieuse, qui s’infiltre sous les vêtements et entre les murs jusqu’à glacer les os. Le genre de temps qui donne envie de s’emmitoufler confortablement au coin du feu. Pas de faire des effets de style.

« J’ai eu froid toute la journée… Ça ne te plait pas ? » « Tu aurais au moins pu faire un effort. Regarde Elisa… » Je le vois hausser les épaules, comme exaspéré, et je me demande pourquoi j’ai seulement essayé de me justifier. Évidemment, que je ne tiens pas la comparaison avec Elisa. En plein hiver norvégien ou sous les averses écossaises, elle semble toujours fraîche et pimpante. Désespérément impeccable. Et définitivement plus soignée que moi qui ai tendance à sauter dans les premiers vêtements qui me viennent, en privilégiant le confort avant tout.
J’aimerais bien lui expliquer que quoi que je fasse, je n’approcherai jamais de son élégance naturelle, que c’est peine perdue. Mais je suis fatiguée ce soir, je n’ai pas envie de me lancer dans d’interminables débats. Trop fatiguée pour avoir envie de quitter mon pull douillet, et plus encore pour argumenter. Alors dans un soupir, frigorifiée par avance, je le retire pour passer un simple gilet.

« Je descends. Tu nous rejoins ? » Un simple signe de tête pour toute réponse. Il y a encore tant de déception et de mécontentement dans sa voix... Ses yeux s'attardent encore une seconde sur mon jean et je me retourne pour attraper ma brosse à cheveux, attendant que décroisse le son de ses pas dans l'escalier.

« Connard. » Le museau de Syph dépasse de mon tiroir à sous-vêtements. Je hausse les épaules, sans m'interrompre. « Il n'est pas comme ça, d'habitude... » « Il est pas tellement mieux. M'enfin, je t'accorde que c'est pire avec l'autre nazi dans les parages. Vivement qu'il se casse, celui-là. » « Plus que deux jours à tenir. » Son grognement est éloquent. Et je sens bien qu'il se retient d'en dire davantage. En deux bonds, il s'extirpe de sa cachette et atteint le sommet de la commode d'où il renifle la courbe de mon ventre, ses pattes avant posées de part et d'autre de mon nombril. « On ne voit vraiment pas grand chose pour le moment. » J'esquisse un sourire et pose ma brosse pour lui tendre la main, attrapant un énorme foulard de l'autre. « Ça viendra. Tu viens ? Ils vont nous attendre, en bas. » Sur un nouveau grognement désapprobateur, il monte le long de mon bras, retrouvant sa place habituelle dans mon cou, loin des regards.

Les verres sont déjà à demi vidés quand nous descendons. Elliot s'est installé dans un fauteuil, Fredrik dans le second. Tout à leur conversation enflammée, ni l'un ni l'autre ne m'adresse le moindre regard et je me glisse dans la cuisine pour me servir un fond de jus de fruit.
« Ils ne s'arrêtent jamais... » J'adresse un mince sourire à Elisa.

  
MessageSam 5 Nov - 19:12
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Elisa G. LullyNothing will be the same...

Le silence est un cri qui fait mal
Erin & Elisa


Plus que deux jours. Deux jours seulement, et le séjour en Ecosse sera fini, et il faudra rentrer en Norvège. Là où elle se retrouvera de nouveau seule avec Fredrik et ses remarques contre les dæmoniens. L'idée n'est pas enthousiasmante, pas alors qu'elle peut le voir dans le coin de son oeil, confortablement installé dans un fauteuil, verre de bière à la main tandis qu'il attend qu'Elliot redescende pour reprendre leur conversation. Erin peut rester en haut, il s'en moque. Elle ne compte pas, juste la copine d'Elliot, une non-entité à ses yeux. Un peu comme elle en ce moment, tête se secouant pour s'éclaircir les idées avant qu'une raideur envahisse ses épaules en entendant le parquet craquer, sourire figé glissant sur ses lèvres. Une grande main attrape sa taille, la ramène contre un long torse aux muscles étirés par la natation, coton du pull fin râpant contre sa joue avant d'être rejoint par une paire de lèvres. Elle le laisse faire, yeux perdus dans le vide, main toujours posé sur son couteau, l'autre reposant sur le comptoir.

"Tu dormais déjà quand je suis rentré hier soir... Tu m'as manqué, Eli. Tu n'aurais vraiment pas pu faire l'effort de m'attendre ?"
"Désolée..." La réponse est un automatisme, à ce point, alors qu'elle se tourne dans l'étreinte et lui lance un sourire d'excuse qui tire un soupir à Fredrik. Comme si il ne s'attendait pas à autre chose, comme si elle l'avait déçu.

Encore un baiser dans son cou et il repart pour rejoindre son cher Elliot et reprendre leur conversation, doigts de l'italienne se crispant autour du manche de couteau en les entendant parler une fois encore de l'asile politique que la Couronne offre aux dæmoniens, toujours aussi indignés. Ce n'est pas récent, pourtant, mais non. Toujours la même discussion, toujours les mêmes arguments. La Reine met ses citoyens en danger en accueillant de tels monstres, ils vont se répandre dans la population, contaminer les gens normaux, renverser le gouvernement et instaurer leur dictature, et elle doit se mordre la lèvre pour retenir l'envie de leur dire qu'ils ont trop regardé de films. Ce serait inutile, ça ne ferait que rajouter de l'huile sur le feu. Un soupir lui échappe, lassitude courbant sa nuque avant qu'elle se redresse et plaque un sourire sur ses lèvres en entendant la voix d'Erin. Elle n'avait même pas remarquée qu'elle était entrée dans la pièce.

"Ils ont l'air de nous avoir déjà oubliées... Tu vas bien ? Tu as l'air pâle..."

Elle a l'air fragile, Erin. A se demander ce qu'elle fait avec Elliot. Il n'a pas l'air... très attentionné, au moins lorsqu'ils le voient. Peut-être que c'est différent, lorsqu'il n'y a pas de Fredrik pour l'encourager... Qui sait.

C'est étrange... Ce n'est pas la première fois qu'elles se voient, mais elle ne sait pas grand chose de l'autre femme, au final. Elle sait qu'elle est écossaise, qu'elle est avec Elliot, qu'elle reste aussi silencieuse qu'elle lorsque la conversation porte sur les dæmoniens (et la conversation revient toujours à eux...), qu'elle n'a pas l'air très heureuse. Le couteau est délaissé, sa main libérée montant à son cou pour chasser le souvenir des lèvres qui s'y sont posées (pas de barbe pour faire frémir sa peau, pas de sourire qu'elle peut sentir contre sa jugulaire non plus, juste un contact propriétaire et froid) avant de venir se poser sur l'épaule d'Erin, doucement. Elle ne sait pas vraiment quoi dire ou quoi faire Elisa, dents s'enfonçant de nouveau dans sa langue quand un éclat de rire monte de l'autre pièce pour s'empêcher de parler. Ils ne savent pas, ils ne savent rien. Qu'est-ce qu'elles font encore là, qu'est-ce qu'Erin fait encore avec Elliot ? Elle est jolie, elle a l'air intelligente... Elle pourrait le quitter.

Comme tu pourrais quitter Fredrik ?


Ce n'est pas pareil, et elle chasse la pensée et l'amertume qu'elle fait monter en elle avant de se presser doucement contre Erin, sourire aux lèvres. Elle peut le sentir, Elisa, aussi pâle que ses lèvres, arrêté à mi-chemin de ses yeux, pendant qu'elle scrute l'écossaise, inquiète, avant que ses yeux glissent vers les voix des deux hommes.

"Tu penses qu'ils sortiront encore, ce soir ?"

Le murmure est hésitant, alors qu'elle jette un regard incertain vers le salon, pour s'assurer qu'ils n'aient rien entendu. Fredrik est plutôt de bonne humeur pour l'instant, elle préférera que ça continue. Il est plus véhément encore quand il est contrarié, comme si sa colère faisait s'empirer ses opinions, et elle n'aime pas le voir, dans ces moments. Ce sont les moments où ses yeux deviennent presque indifférents, où sa voix est froide, où ses mots sont comme des lames. Il s'excuse, après, mais... le doute reste, comme la sensation que le sol a disparu sous ses pieds, la laissant déstabilisée et incertaine, alors qu'elle essaie machinalement de l'apaiser en s'excusant, sans trop savoir pourquoi. Comme elle ne sait pas si elle veut qu'ils sortent ou non. Dans les deux cas, la soirée sera passée à échanger des regards gênés avec Erin et à essayer d'ignorer l'éléphant dans la pièce...

AVENGEDINCHAINS
  
MessageSam 5 Nov - 23:51
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Leurs voix enflammées et l'écho de leur conversation me tirent un frisson. Je sais de quoi ils parlent. Et je ne veux pas les entendre. Je ne veux pas entendre leurs avis, ni leurs imprécations. Mais je ne peux pas m'empêcher d'écouter, de tendre instinctivement l'oreille même si chacun de leurs mots est une lame de plus qui m'écorche. La rage de Syph palpite contre mon cou, se mêle aux battements effrénés de mon cœur. Je passe une main lasse sur ma nuque, autant pour la contenance que pour tenter de le calmer. Et désespérément, obstinément, je m'accroche aux yeux d'Elisa pour tenter de les ignorer. D'un sourire, j'écarte son inquiétude. « Ça va... J'en ai juste ras le bol de cette isolation pourrie. J'ai froid. Je le supporte mieux d'habitude. Mais cette année, j'ai l'impression d'être totalement frileuse. »

Elisa est toujours si... « Niaise. » « Attentionnée. » « Dans son cas, ça revient au même. » Attentionnée, oui. Je ne devine pas grand chose derrière la politesse parfaite qu'elle affiche généralement. Elle s'anime parfois, quand nous sommes seules. Mais ça reste si furtif... Juste de quoi me laisser l'impression que derrière l'image lisse qu'elle renvoie, il y a... plus. Mais je n'ai jamais osé creuser, je ne suis pas assez curieuse pour ça. « Moi si. J'aimerais bien savoir si elle est aussi insipide qu'elle y paraît. » « Arrête ça ! »
Je ramène mon attention aux deux hommes, suivant le regard d'Elisa. Et je hausse les épaules, un peu désabusée. « Je ne sais pas. C'est possible. Même si je ne suis pas sûre qu'il reste un seul bar à Édimbourg qu'ils n'aient pas testé... » En réalité, je suis certaine qu'ils s'installent systématiquement au Prancing Poney, à deux pas d'ici. Les voir systématiquement sortis me laisse un sentiment mitigé. Je suis tellement habituée à passer mes soirées avec Elliot que m'endormir en son absence me perturbe chaque fois. D'un autre côté, le soulagement d'être débarrassée de Fredrik est au moins égal. Peut-être même supérieur. Ce type me tape sur le système. Je déteste son ton méprisant, je déteste le regard supérieur qu'il pose sur tout et tout le monde, je déteste l'attitude possessive qu'il a sur Elisa. Je déteste sa coupe de cheveux, ses pulls trop ajustés et sa façon d'écarter les jambes quand il s’assoit, comme s'il voulait montrer au monde entier qu'il en a dans le pantalon. Et plus encore, je déteste ses idées, je déteste sa façon de les clamer haut et fort et je déteste voir l'influence qu'il a sur Elliot.

Prenant conscience du silence qui s'installe ici, je m'ébroue et recule d'un pas dans la cuisine pour être certaine d'être hors de portée de leurs regards. Dans la porte du frigo, j'attrape une bouteille de jus de pomme. « Tu veux boire quelque chose ? Pas de raison qu'ils soient les seuls à s'amuser. » « Wouhouhou, tellement de fun par ici... » J'ignore Syph et ses remarques acerbes pour me pencher sur ce qui mijote doucement en attendant sa réponse. « Qu'est-ce tu as préparé au fait ? Ça sent super bon. Je suis désolée, je suis restée là haut un bon moment, sans même venir voir si je pouvais filer un coup de main... »

Un éclat de voix plus véhément que les autres coupe mes excuses. Un éclat de voix improbable, venu tout droit de cette même bouche qui savait autrefois murmurer de jolis mots. Qui aujourd'hui me fige et me fait blêmir.
« Au fond, ce qu'il faudrait c'est rétablir la peine de mort. On les fiche tous, on les parque et à la moindre incartade... couic. »
  
MessageDim 6 Nov - 2:12
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Le silence est un cri qui fait mal
Erin & Elisa


L'isolation. Peut-être que c'est bel et bien le cas, mais une part d'elle en doute, alors que les voix continuent à leur parvenir, un peu étouffées mais trop proches. Elles ne disent que des horreurs, ces voix, alors qu'elle sourit à Erin et fronce légèrement les sourcils en notant le gilet. Si elle a froid, elle devrait être plus couverte... A moins que quelqu'un soit intervenu pour l'en empêcher, yeux se levant un bref instant au plafond. Si c'est le cas, c'est une raison supplémentaire de détester la situation dans laquelle l'écossaise est piégée, main compatissante d'Elisa frottant son bras comme pour essayer de le réchauffer, murmure évoquant la possibilité de monter le chauffage avant qu'elle mette fin au contact. Ce n'est pas sa place... Ce n'est pas sa place d'essayer de la réchauffer et de faire en sorte qu'elle soit bien chez elle, c'est celle d'Elliot. Elliot qui est trop occupé à boire les mots de Fredrik pour s'en rappeler, et de nouveau un soupir lui échappe tandis qu'elle croise le regard d'Erin et force un sourire sur ses lèvres en entendant sa réponse. Sa voix a l'air tellement... désillusionnée.

Aussi désillusionnée qu'Elisa se sent alors qu'elle acquiesce avant de retourner à sa préparation, sans chercher à briser le silence qui s'instaure. Le discours dans l'autre pièce pèse le long de son corps, comme une chape de plomb qui l'enserre et l'étouffe, évoquant une vague de souvenirs qui contredit chacune de leurs remarques sans qu'elle puisse ouvrir la bouche. Parler, avoir une opinion, c'est risquer de contrarier Fredrik, surtout ici, où il peut jouir de l'emprise qu'il a sur son ami et se baigner dans son admiration. Il ne supporterait pas la contradiction, de voir son autorité remise en question. Elle se mord la langue à la place, encore, et retourne à la sauteuse après avoir refusé une quelconque boisson pour remuer les morceaux de viande dans leur jus avant de lancer un regard rapide à la jeune femme qui approche et lui tendre une cuillère pour lui faire goûter la préparation, son geste s'interrompant à mi-chemin, visage pâlissant. Les mots d'Elliot emplissent la cuisine, alors qu'elle croise le regard d'Erin et enregistre de loin l'absence de couleur sur son visage.

Elle a l'air choquée, ou blessée, elle ne sait pas trop, Elisa, alors qu'elle péniblement sa salive et recompose le masque poli qui lui tient lieu de visage, dissimulant son trouble. Ce n'est pas la pire chose qu'elle ait jamais entendu, et tant pis si son sourire tremble pendant qu'elle essaie de prétendre que rien ne s'est passé. Avec le rire approbateur de Fredrik qui emplit l'espace, c'est plus difficile qu'elle ne le voudrait.

"C'est la garniture... Je fais une tourte de viande, ça nous réchauffera..." Ça l'occupe, surtout, et elle a l'espoir imbécile que le duo soit trop occupé à manger pour parler lorsqu'ils passeront à table. Ce ne sera pas le cas, elle le sait déjà. Ils seront trop occupés à parler pour manger, au contraire, ignorant autant leur nourriture que les femmes silencieuses à leurs côtés. "Ne t'en fais pas pour ne pas avoir aidé, j'ai presque fini de toute façons, juste à garnir la tourte et l'enfourner... Si tu veux, on peut peut-être faire une salade avec ? Ou tu penses que ça leur suffira ?"

Une fois, ils n'ont pas eu assez, et elle préférerait que l'expérience ne se renouvelle pas, avant de se figer de nouveau, cuillère de bois manquant glisser d'entre ses doigts gourds. C'est la voix du norvégien qui s'est élevée cette fois, pleine de fierté et d'assurance tandis qu'elle emplissait tout l'espace.

"Tu as raison... Il faudrait les stériliser au passage, s'assurer qu'ils ne puissent pas se reproduire. On va faire face à une pandémie sinon... Ils feront tout pour séduire nos femmes et les forcer à avoir leur progéniture, pour augmenter leur nombre. Empêche-les de se reproduire, et la menace finira par être éradiquée sans plus d'efforts de notre part. Simple, et civilisé."

Stériliser. Eradiquer. Leur progéniture. Et tout ce qu'elle peut voir, ce sont les mains qui se tendent vers elle, si petites et maladroites, avec leurs minuscules ongles translucides, et la manière dont elles se refermaient autour de ses doigts comme si elles ne voulaient plus jamais les lâcher. Elle ne peut même pas être certaine de si il a fait exprès de dire ça ou non, si les implications étaient délibérées, alors qu'elle plaque une main contre sa bouche et ravale sa nausée, encore. Et encore. Elle ne veut pas passer, reste au fond de sa gorge, comme un rappel de la situation pendant qu'Elisa se force à se redresser et à étirer ses lèvres en direction d'Erin. Son sourire ressemble probablement plus à une grimace, mais tant pis.

"Tout compte fait... je veux bien un peu d'eau à boire. L'odeur de la viande a dû me lever l'estomac à force de la respirer, désolée... Tu sais ce que c'est."

Mentir. Encore. Et prétendre, avaler péniblement le verre d'eau en adressant une prière mentale à quiconque voudra bien l'entendre de l'empêcher de se sentir mal, et de faire en sorte qu'Erin n'attire pas l'attention des deux hommes à côté. Elle ne peut pas voir Fredrik, pas maintenant. Il risquerait de comprendre, elle risquerait d'être malade à sa simple vue. Elle ne peut pas, mains se crispant, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes avant qu'elle détende ses doigts et aille remplir de nouveau son verre. Chaque gorgée est un combat, la nausée ne demande qu'à prendre le dessus, paupières s'abaissant un instant. Respire. Il ne sait pas. C'était un accident. Tu es juste à fleur de peau, respire. Respire. Et retourne-toi vers Erin avec un nouveau sourire plastique.

"Encore désolée... Je ne sais pas si trop ce qui m'a pris. Tu veux bien m'attraper la pâte dans le frigo ? La viande est prête, on pourra mettre à cuire comme ça."

Respire. Et prétends. Et ignore les échos qui résonnent dans ton esprit. Ils ne sont pas là. Ce ne sont que des fantômes.
AVENGEDINCHAINS
  
MessageDim 6 Nov - 23:21
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J'essaye d'avaler une gorgée de jus de pomme, à grand peine. Le goût fruité n'atténue absolument pas la nausée qui monte, ne dissimule pas l'amertume. L'impression de trahison est là, si présente... Mais quelle trahison ? Où est le véritable traître, entre ces murs ? Là-bas, affalé sur un fauteuil, à glousser et exprimer ses opinions ? Ou ici même, dans cette cuisine minuscule, transie de peur, murée dans un silence opaque et destructeur ? « Tu pourrais... » « Non. » Non. Je ne veux pas l'envisager. Je ne veux même pas y penser. Il... il entendra. Un jour, je lui expliquerai. Et il comprendra. Il comprendra parce qu'il m'aime, parce qu'il aime notre bébé, parce que je ne peux pas imaginer passer ma vie loin de lui. Il faut juste...
Même s'il tente de ne rien dire, je connais trop Syph pour ne pas savoir exactement ce qu'il pense. Sa colère et sa tristesse palpitent contre mon cou, résonnent dans tout mon corps. Pourtant, je commence à avoir l'habitude de leurs discours nauséabonds. Mais c'est tellement plus douloureux de les entendre venir d'Elliot...

Quelques mots me parviennent. Tellement lointains que je peine d'abord à les comprendre. La voix d'Elisa. Comme une bouée dans l'océan qui menace de m'engloutir. À grand peine, je sors la tête de l'eau pour revenir vers elle. « Oh. Une salade, oui. Ce sera très bien. Ne t'en fais pas, il y aura assez. Et si ce n'est pas le cas... On doit avec des glaces quelque part au congel. Ça complétera. » Mes yeux suivent ses gestes avec attention, mon sourire figé ne s'adresse qu'à elle. Mais tout mon corps, toute mon attention sont tournés vers le salon, vers les prochains mots qui seront prononcés. Comme si je cherchais à être certaine de bien les entendre pour mieux m'en rendre malade.
Et ça ne tarde pas.
Avec un résultat au delà de toute espérance. Au delà de tout cauchemar. Finalement, les mots de Fredrik peuvent être tout aussi tranchants que ceux d'Elliot. J'en reste le souffle coupé. « Ils sont malades... » Ce n'est plus de la colère qu'il me communique. Juste une terreur blanche. Paralysante. Son petit corps de gerbille s'est fait aussi tremblant que celui d'une proie face au chasseur. Et je sens combien il déteste se sentir si démuni. « Ils sont malades... » « On ne sait même pas si c'est génétique ! » Je ne sais pas si j'ai murmuré ces mots ou s'ils sont restés en mon for intérieur. Peu importe au fond. La peur est partout. Omniprésente. Comme détachée de mon propre corps, je m'observe remplir le second verre au robinet pour le tendre à Elisa, remettre un peu de jus de fruit dans le mien. Pour toute réponse, je hoche mécaniquement la tête. L'odeur de la viande. Ce doit être ça. Par un effort de volonté qui me vient de je-ne-sais-où, j'ouvre la porte du frigo pour lui tendre la pâte à tarte. Je prends aussi la salade, la sauce vinaigrette préparée la veille.

« Ahah, au moins du côté d'Erin, je suis tranquille pour les huit prochains mois ! Mais tu ferais mieux de garder un œil sur la tienne, mon gars ! »
Oh ce rire gras qui les secoue tous les deux, cette plaisanterie déplacée. Une nouvelle nausée. J'ouvre le sachet de salade, le vide dans un saladier. S'occuper les mains. S'occuper l'esprit. Ne plus les écouter. Surtout pas. Reprendre une gorgée de jus de fruit.
« D'un autre côté... Paraît qu'ils supportent pas que tu touches à leur bestiole. Alors il y aurait surement des expériences intéressantes à faire. Imagine une de ces horreurs avec un môme. Si t'embarques son gamin d'un côté, l'animal de l'autre : elle court après lequel à ton avis ? »
Une seconde de silence. Comme une éternité. De nouveau leurs rires. Et le fracas d'un verre qui se brise au sol.


  
MessageLun 7 Nov - 0:46
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Le silence est un cri qui fait mal
Erin & Elisa


Comment est-ce qu'ils peuvent dire ça ? Comment est-ce qu'ils peuvent dire ça, et prétendre... Respire, respire. Le murmure d'Erin n'aide pas, rappelle trop la réalité. On ne sait pas si c'est génétique, mais elle doute que le duo s'en soucie. Et s'il s'en souciait, ce serait uniquement pour pouvoir faire des expériences, torturer et découper, réduire à néant juste parce qu'ils ne supportent pas l'idée que leur monde étriqué ait pu changer. Comment est-ce qu'elle a pu tomber dans le panneau ? Comment est-ce qu'elle a jamais pu croire... elle ne peut même pas finir la pensée. Le nouveau verre d'eau tendu par Erin est une ligne de survie. Il aide, par le simple fait de devoir se concentrer sur le fait de garder le verre stable en dépit des tremblements qui cherchent à monter à la surface, de devoir avaler chaque gorgée, prudemment, pour garder la nausée à distance, deviner son cheminement tant sa gorge est nouée par l'horreur. Erin a accepté ses excuses, le mensonge de l'odeur de la viande (et ce n'est même plus un mensonge, alors qu'elle verse la garniture et referme la tourte, incisant le couvercle avant de mettre le four à préchauffer. L'odeur de la viande lui évoque l'odeur de la mort, et mêlé à leur discours, elle ne veut que prendre la fuite, s'enfoncer dans les rues d'Edimbourg et entrainer Erin avec elle, là où elles ne pourront plus les entendre), tout va bien. Ils ne pourront pas surenchérir à de telles horreurs, même eux ont des limites... Ils ne peuvent pas décemment continuer sur une lancée pareille. Ils roulent juste des mécaniques, il faut juste qu'elles les ignorent, alors que la main de l'italienne reste crispée autour de son verre et que ses yeux s'accrochent à l'écossaise qui s'apprête à commencer la salade. Ils ne peuvent pas...

Ils peuvent. Seigneur, ils peuvent, alors qu'Elliot plaisante et qu'elle peut presque deviner cette fierté dans sa voix qui le rendrait tolérable si il n'y avait pas tout le reste, alors que leurs rires gras résonnent. Elle essaie désespérément de les ignorer, se focalise sur la salade qui se déverse dans le saladier, propre et belle, de la feuille de chêne colorée plutôt que la laitue que Fredrik préfère quand ils sont chez eux. Elles sont belles, les couleurs de la feuille de chêne... vert, et ce rouge si sombre, presque pourpré ou violacé... Comme un hématome. Et encore Elliot parle, ses mots répandant une sueur froide le long du dos d'Elisa. Ils sont allés plus loin encore... ils ont trouvé plus horribles encore, doigts gourds se desserrant autour de son verre. Dans le silence de la cuisine, si différent de la conversation répugnante de l'autre pièce, le bruit que font les deux verres lâchés de concert est terrible. Comme une sentence, la preuve qu'elle n'a pas halluciné, alors qu'elle tombe machinalement à genoux au milieu des morceaux de verre et tente de les ramasser, vite. Ses cheveux forment un voile sombre devant ses yeux alors qu'elle referme la main sur un éclat, notant la douleur lorsqu'il coupe sa paume comme à travers une brume. Comment est-ce qu'ils peuvent dire ça alors qu'Erin est enceinte ? Comment est-ce qu'ils peuvent dire cela tout court ? Àsgard hurlant, déchiré entre Kementári et Ida... Ida adulte, celle qu'elle ne voit que dans son imagination, en larmes alors que son âme sans nom et l'enfant qu'elle n'aura jamais sont emportés loin d'elle... Des femmes sans noms ni visage, torturées à l'aide de ce qu'elles ont de plus cher, juste parce qu'elles sont différentes...

Sa main continue de se resserrer autour du bout de verre sans qu'elle en ait réellement conscience, sang gouttant d'entre ses doigts, aussi rouge et brillant que les bordures des feuilles de chêne, genoux protestant douloureusement leur rencontre brutale avec le carrelage. Il faudrait réagir, se relever, mais elle reste idiote, ramassant les morceaux de verre en une pile avec sa main valide avant de se faire relever, membres obéissant aussi aisément que ceux d'un pantin. La main de Fredrik encercle son poignet, regard gris plein de contrariété la faisant se tétaniser, épaules se courbant machinalement sur elles-même. Qu'est-ce qui l'a mis de mauvaise humeur comme ça ? Les yeux verts croisent un instant les iris acier afin de se faire fuyants, fixant un point au-dessus de son épaule, appréhension nouant son estomac.

"Alors comme ça vous écoutez aux portes ?" La remarque pourrait presque sembler amusée, si elle ne voyait pas la froideur de son regard. Eli... tu n'as plus cinq ans, tu sais, ce n'est plus vraiment de ton âge, ce genre de comportement. Je m'attendais à mieux de ta part. Et regarde-toi, non seulement tu t'es coupée mais tu as du sang plein ta robe... Vraiment..." Elle se courbe encore un peu plus sur elle-même pour toute réponse, dents mordant sa lèvre inférieur, malaise augmentant à chaque mot. Maintenant qu'il l'a pointée, elle peut vraiment sentir la douleur sourde dans ses genoux et sa main, la manière dont sa peau commence à coller, gémissement discret lui échappant quand le morceau de verre est retiré sans délicatesse, lèvres se posant sur sa main valide en guise de consolation. D'ici, le geste lui semble presque robotique, aussi robotique que ses excuses et le sourire reconnaissant qui glisse sur son visage avant de disparaitre face au rire et au sourire complice que Fredrik lance à Elliot. "Sorry mate, Eli a tendance à trouver que j'exagère, elle se rend pas compte du danger que ces saloperies représentent... Mais t'inquiètes, elle finira par comprendre ! Et Eli, ramasse ce verre tu veux ? Je parie qu'Erin pourra t'aider à soigner tout ça après."
"Désolée..."

Il s'est déjà détourné pour retourner au salon, alors qu'elle cligne des yeux un instant et s'agenouille de nouveau, ramassant le verre plus doucement maintenant, en veillant à ne pas se couper de nouveau, tout en s'excusant à mi-voix auprès d'Erin pour les gouttes sombres qui perlent et tombent sur son sol et en promettant de le nettoyer après. Il sera encore plus contrarié, si elle ne répare pas sa bêtise...
AVENGEDINCHAINS

  
MessageLun 7 Nov - 18:09
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Erin CarmichaelNothing will be the same...
Oh mon Dieu.
Comment est-ce possible ? Comment peut-il dire des choses pareilles ? Et pourquoi ? De stupeur, mes deux mains sont venues se plaquer sur mon ventre, en un geste défensif. Protecteur. Ils ne toucheront pas à mon bébé. Ils ne pourront pas. Personne n’y touchera. Jamais. De blême, je suis devenue livide. La chute de nos verres ne m’atteint pas, l’empressement d’Elisa à ramasser le carnage non plus. Rien n’a d’importance, que cette vie qui grandit en moi et qui semble subitement si fragile. Je ne veux pas qu’ils me le prennent. Je ne veux pas qu’ils fassent des expériences sur lui. Ou sur moi. Ou sur n’importe qui d’autres. Nous sommes humains. Pas des monstres, pas des erreurs de la nature. Juste des humains. Un peu différents, voilà tout. Mais humains tout de même, bordel !
« Ils ne s’en approcheront pas. Jamais. Je te le promets. Ça va aller. » Je sens bien combien ma terreur affecte Syph, combien il lutte contre la sienne pour nous éviter d’être submergés. De sa langue râpeuse, il lèche doucement mon cou, à l’abri des regards, sans cesser de m’inonder d’ondes réconfortantes. « Ça va aller. Ils ne se doutent de rien et ça continuera aussi longtemps que tu le souhaites. Ils n’ont aucune raison de s’en prendre à toi ou au bébé. Ça va aller. » Je veux y croire. Je veux écouter cette petite voix de la raison qui tente de me rassurer. Mais d’imaginer les mains d’Elliot emportant mon bébé. D’imaginer celles de Fredrik se refermer autour de Syph… « Je ne veux pas qu’il te touche. Jamais, jamais, jamais, jamais. Je ne veux pas, je ne veux pas. » Comme une litanie, les mots défilent en boucle dans mon esprit. « Ils ne me toucheront jamais. Ni l’un, ni l’autre, ni personne. Que toi. » « Je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas… » Les souvenirs sont si proches… Images d’un passé si lointain, jamais cicatrisé. Souvenir de ces dizaines d’enfants curieux aux mains tendues vers le pelage soyeux. « Jamais, jamais, jamais. » Les larmes coulent le long de mes joues, mécaniques. « Jamais, je te le promets. Mais il faut que tu te reprennes. Erin, s’il te plait. Ils se sont levés, ils arrivent. Tu dois te reprendre, pour qu’ils ne comprennent pas. Pour le bébé. Courage. Je suis avec toi. »

Ils arrivent… Comme étrangère à mon propre corps, je lève une main à mon visage pour en chasser les larmes frénétiques. Juste à temps pour les voir surgir, pour entendre les reproches à peine voilés de Fredrik. Pour prendre conscience du sang sur les mains d’Elisa et du désastre dans la cuisine. Elliot s’approche de moi doucement, glisse une main sur mon épaule. Une main qui semble tendre mais dont le contact m’écœure brusquement. « Hey, ça va toi ? T’as pas l’air en forme. » Je n’ai pas la force de lui répondre. « Tu n’as pas besoin de lui répondre, hoche juste la tête pour le rassurer et qu’il s’écarte. Voilà, comme ça. Tu t’en sors super bien. » J’obéis machinalement à Syph, bercée par les ondes d’amour qu’il m’envoie. Elliot semble se contenter de cette pauvre réponse, la mettant probablement sur le compte de la fatigue et sur un sourire, répond en riant à son grand ami : « T’en fais pas, la mienne n’a pas l’air dans son assiette non plus ! Elles ont le cœur trop tendre, nos femmes ! » Il me serre un peu plus contre lui, dans un geste affectueux qui me donne envie de fuir. Je l’aime pourtant. Je l’aime. Mais en cet instant précis, sa présence m’est insupportable. Enfin, son étreinte se desserre. Il dépose un baiser sur mon front, prêt à rejoindre le salon pour y reprendre sa conversation. Mais une odeur âcre lui fait tourner les yeux vers la poêle abandonnée.
La préparation d’Elisa semble avoir profité de ces quelques minutes d’inattention pour caraméliser gaiement. Rien d’immangeable, probablement mais pour avoir vu les colères dont est capable le Norvégien, je doute qu’elle ait très envie de prendre le risque de la servir. Il attrape la poêle, la retire du feu en humant soigneusement. « C’est un peu cuit tout ça. En tourte, ça risque d’empirer. On pourrait… » Ses projets culinaires s’interrompent à la vue du sang qui tâche les doigts d’Elisa. « Vous m’avez pas tellement l’air d’être en état de cuisiner, vous deux. Je vais nous commander des pizzas, ce sera plus simple. Erin, tu devrais l’aider à désinfecter tout ça. On doit avoir ce qu’il faut dans la salle de bain, là-haut. » Il presse brièvement mes doigts qu’il n’avait pas encore lâchés avant de chercher son portable dans les poches de son jean.

Sans attendre de plus belle occasion de m’éclipser, j’aide Elisa à jeter les derniers éclats de verre, les évacuant d’un coup de balayette. Puis je l’entraine hors de la cuisine, vers l’escalier en m’efforçant soigneusement de ne pas jeter un œil vers le salon. Mais même sans l’avoir croisé, je sens le regard glacial de Fredrik nous poursuivre jusque dans les marches.
  
MessageVen 18 Nov - 16:27
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Elisa G. LullyNothing will be the same...

Le silence est un cri qui fait mal
Erin & Elisa


Elisa n'aurait jamais cru penser cela mais... Dieu merci pour Elliot. Merci pour sa réaction, plutôt, pour la manière dont il balaye les suspicions de Fredrik et ne se vexe pas de l'état du diner ni des verres brisés qu'elle continue à ramasser, main blessée en coupe pour tenter de retenir le sang et de salir davantage le sol. Elle peut sentir le regard du norvégien peser sur elle, brûlant d'une rage qu'il ne peut plus laisser s'exprimer maintenant que l'écossais a pris le contrôle de la situation, pas sans risquer de lui sembler excessif, couinement de semelles sur le carrelage et longues jambes bougeant au coin de son œil lui indiquant qu'il s'éloigne, l'irritation palpable dans l'air. Qu'importe, il retourne au salon en lançant simplement sa commande de pizza à Elliot avec un remerciement peu sincère qu'elle sait déjà que l'autre ignorera. Il est aveuglé là où Fredrik est concerné, après tout. C'est dommage, alors que ce genre de moments laisse entrevoir comment Erin a pu en tomber amoureuse, en le rendant plus humain, plus... banal. C'est ça. Il lui semble terriblement banal Elliot en cet instant, juste un type comme tant d'autres, assoiffé de contrôle sur les évènements et de la reconnaissance de ses ainés. Dommage qu'il soit parti la chercher là-bas. Dans d'autres circonstances, s'il avait été de l'autre côté de l'équation, elle aurait pu l'apprécier. Mais après ce qu'il a dit ? Elle n'a qu'une boule de dégout au fond du ventre, tournée vers lui et son compère.

Le verre tinte en se déversant dans la poubelle alors qu'elle dirige un sourire pâle mais reconnaissant vers Erin avant de se redresser et de prendre le temps de rincer rapidement sa main, sang affleurant de nouveau à la surface. Tant pis, ça ira, italienne baissant la tête et jetant un regard en coin vers Fredrik tandis qu'elle suit l'écossaise dans les escaliers, froid envahissant ses veines en notant qu'il n'a pas l'air calmé. C'est mauvais. Elliot aurait dû être en mesure de le distraire, il doit vraiment se sentir humilié par sa réaction pour lui en vouloir encore, dents se refermant sur sa lèvre et la mâchonnant sous la nervosité.

Au moins, elles sont isolées dans la petite salle de bain, Elisa s'installant sur le rebord de la petite baignoire et tendant sa paume vers Erin avec une grimace gênée. La coupure n'est pas si profonde qu'elle a besoin de poings, mais elle n'a jamais eu le meilleur temps de coagulation, et elle n'est pas certaine de comment elle apparaitra à la femme enceinte. Enceinte, et Elliot a dit ça, tout sentiment positif qu'elle pouvait commencer à avoir à son sujet s'effaçant.

"Je peux m'en occuper, si tu te sens mal... Ce n'est pas très profond, une fois désinfecté et une compresse et bandage en place, ça ira. Et je suis désolée pour Fredrik..."

Désolée qu'il encourage Elliot de la sorte et se comporte en homme de la maison dès que la possibilité lui est laissée, désolée qu'il ne fasse qu'empirer la situation et l'ait entrainé dans son monde de préjugés et d'intolérance, qu'il lui donne l'impression qu'il est un bon modèle. Le contact de l'eau le long de sa plaie est désagréable, avant qu'elle la tamponne et sente la piqure du désinfectant le long de la coupure. On dirait une balafre, et elle se prend à espérer, stupidement, qu'elle laisse une cicatrice. Ça serait une façon de se rebeller contre lui, d'avoir la peau entachée comme ça. Elle est fatiguée d'être la compagne parfaite, docile et silencieuse... mais elle n'a pas la force d'essayer de le contredire, pas le courage de le quitter non plus. Elle a perdu Àsgard à cause de lui, elle ne peut pas renoncer si facilement. Il finira bien par s'y faire, par accepter les dæmoniens, non ? Il faut qu'elle le croit, tandis qu'un rire discret lui échappe avant qu'elle étire un sourire amusé vers Erin.

"Au moins il devrait être trop occupé à me faire sentir son mécontentement tout à l'heure pour continuer cette conversation... Qui sait, le repas sera peut-être un peu plus agréable, comme ça..."

Ses reproches et piques sont infiniment préférables à les entendre débattre de comment expérimenter sur les dæmoniens et leurs enfants, et l'isolation de la salle de bain est bienvenue, la porte fermée étouffant les deux voix qui montent du salon et distordant leurs mots jusqu'à les rendre incompréhensibles. Il n'empêche... même en la sachant enceinte et gênée par ce genre de conversations, Elisa n'aurait pas suspecté qu'Erin serait si affectée, iris verts pleins de considération se posant sur elle. Peut-être qu'elle a connu des dæmoniens, qu'elle a appris de première main qu'ils sont aussi humains que n'importe qui d'autre, avec leurs qualités et leurs défauts, et leurs différences aussi visibles soient-elles. Peut-être... ses yeux s'abaissent sur le bandage enroulé autour de sa main, doigts fléchissant doucement avant de se rouvrir, s'assurant de ne pas avoir en mobilité ou autre pour s'épargner une visite à l'hôpital, avant de se poser de nouveau sur l'écossaise.

"Tu le sais, pas vrai ? Qu'on a pas juste le cœur trop sensible..."

AVENGEDINCHAINS
  
MessageMar 7 Fév - 17:47
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Machinalement, j'ai fermé la porte derrière nous, cherchant mon calme dans le silence de la salle de bain. D'un placard, je tire notre trousse à pharmacie, sans trop savoir qu'y prendre. «Le désinfectant. Dans le petit flacon transparent, là. Et une bande. Sa coupure n'a pas l'air trop profonde mais un pansement ne fera pas l'affaire. » Un à un, j'attrape les éléments en question, les déposant sur le bord du lavabo. « Oh, et une compresse aussi. Dans la poche de derrière. » Je devine dans ce ton sérieux tous les efforts de Syph pour tenir le coup, pour donner le change. Derrière ses instructions précises, il n'est qu'émotion. Colère, horreur, rage et terreur. Je le sens frémir, boule d'énergie vibrante contre mon cou. Mais à son exemple, je ne dis rien, cherchant dans mes gestes une échappatoire aux pensées qui m'obsèdent.

« Ça va aller. Je ne suis pas tellement sensible à la vue du sang... » Au contraire de leurs mots abjects, marqués au fer rouge dans mon esprit. Je n'ai pas voulu mettre de sous-entendu dans cette phrase mais l'idée implicite semble flotter entre nous. M'asseyant à ses côtés sur le rebord de la baignoire, je lui tends la compresse imbibée d’antiseptique. Silencieuse, je la regarde tamponner précautionneusement la vilaine plaie qui barre son poignet. Mes doigts jouent machinalement avec la bande, l'enroulant et la déroulant en attendant qu'elle soit prête à la poser. «Elle ne s'est pas ratée. » Je hoche la tête, tant pour lui répondre que pour Elisa.
Je peux déjà visualiser l'atmosphère délétère du repas de ce soir. Fredrik, furieux. Cherchant la moindre excuse, la moindre broutille pour avoir quelque chose à reprocher à Elisa. Elisa qui se taira, s'excusera. Elliot qui tentera tant bien que mal de détendre l'ambiance par quelques plaisanteries et boutades.
Et moi.
Moi me demanderai une fois encore ce que je fous là. Qui compterai les heures nous séparant de leur départ. «42 heures et 34 minutes. » La spontanéité de cette réponse parvient à me tirer un gloussement nerveux qui m'attire un regard surpris d'Elisa. C'est vrai que ses derniers mots ne portent guère à rire. « La fatigue... » J'élude d'un haussement d'épaules en l'aidant à fixer la bande autour de son poignet blessé. Puis je me relève pour attraper l'épais polaire pendu à une patère proche. Le mien pour une fois. Je n'ai pas vraiment envie de sentir l'odeur d'Elliot en ce moment. Trop de sentiments, trop de contradictions.

« Il n'est pas comme ça, tu sais. » Les mots sont venus tout seuls. Je ne sais pas vraiment ce que j'essaye de lui dire. Excuser son comportement dégueulasse. M'excuser d'être avec. « Il n'est pas... comme ça. » Comme Fredrik. «N'étais pas... » N'étais pas, peut-être. Pour une fois, ce n'était pas un reproche dans la Syph. Juste un ton désolé, d'entrevoir le bout de ce chemin que je me refuse à envisager. « Je l'aime... » Malgré ses colères, ses remarques parfois blessantes. Malgré son sale caractère et ses idées bien arrêtées. Trop arrêtées. Je l'aime encore. Je crois.

Je crois. Et ce doute me mortifie, me terrifie. Des larmes montent à nouveau, embuent mon regard. Et la question fuse, plus directe que je ne l'aurais voulue. « Comment tu fais pour supporter ça ? »
  
MessageDim 26 Fév - 17:10
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Le silence est un cri qui fait mal
Erin & Elisa



La fatigue. Elle peut aisément le croire. Ce n'est pas reposant, ces périodes. Pas avec la tension qui repose entre ses épaules, l'appréhension quand ils rentrent ivres de leurs préjudices et d'alcools, les jeux de domination et d'humiliation... C'est épuisant. S'il n'y avait pas Erin, elle aurait probablement tenté de persuader Fredrik de la laisser rester en Norvège. Elle aurait peut-être réussi. Peut-être déclenché sa colère. Elle ne sait pas, regard baissé sur le bandage créé par les doigts d'Erin, désinfectant, pressant une compresse, enroulant le tissage autour, avant de le relever, la voyant enfiler une polaire. A sa taille. Elle peut comprendre. Elle refuse de porter les vêtements de Fredrik, là où elle volait constamment ceux d'Àsgard. L'odeur de Fredrik n'est pas rassurante, ne lui tire aucun sourire.

Il n'est pas comme ça. Les mots de l'écossaise font écho, trop semblables à ceux qu'elle peut se dire parfois le soir. Il n'est pas comme ça. Laquelle d'elles deux est-ce qu'elle tente de convaincre ? L'italienne reste silencieuse. Yeux verts posés sur la trop jeune femme, attendant, impassibles. Pas de jugement, pas de pitié. Elle ne sait pas trop quoi faire. Elle veut lui pointer que si, il est comme ça. Ce serait hypocrite, quand elle reste avec Fredrik en dépit de tout. Et Erin aime Elliott. C'est plus qu'elle ne peut dire, pour sa part, lèvres s'incurvant à cette idée avant de s'entrouvrir, surprise se peignant sur son visage. Elle ne s'attendait pas à cette question, pas comme ça, pas si directe.

Elle emplit l'espace, cette question. Étrange comme six mots peuvent la rendre claustrophobe. Comment tu fais pour supporter ça. Sa bouche s'ouvre, se referme. Elle se senti si vulnérable, sous le regard de l'écossaise, mise à nue, prise au dépourvue. Pas de mensonge derrière lequel s'abriter, pas de fuite possible. Pas alors qu'elle sait exactement de quoi elle parle, comment il peut se comporter, comment ses épaules tendent à se redresser lorsqu'il est dehors, absence lui offrant une bouffée d'oxygène salvatrice. Comment tu fais pour supporter ça. Et l'autre question, cachée derrière. Pourquoi tu restes avec ce type. Elle aimerait pouvoir dire qu'il n'est pas comme ça, pouvoir dire qu'elle l'aime. Mensonge, mensonge. Il est comme ça. Elle ne l'aime pas. Son regard tombe sur le carrelage, décision un tourment dans son esprit. Si quelqu'un mérite d'entendre la vérité, c'est cette femme trop jeune aussi piégée qu'elle. Enceinte. Inquiète. Si savoir la vérité peut la pousser à ouvrir les yeux, à partir... Et les hommes ne les appellent pas encore. Le temps que les pizzas arrivent, elle peut essayer de lui parler. De lui faire comprendre. D'éviter qu'elle fasse son erreur.

Elle mérite mieux que ça. Son enfant mérite d'être en sécurité, pas de risquer la haine et le dégoût de son père.

"Je le supporte parce qu'il est la pire erreur de ma vie. Je suis tombée amoureuse d'un homme qui me traitait comme une reine, j'ai emménagé avec, j'ai eu une fille avec lui. Et elle est... je ne pouvais plus me voir en face. Plus lui parler, plus le regarder. Elle avait ses yeux, ses cheveux. Et Fredrik était là, juste un collègue, quelqu'un avec qui je pouvais parler sans me sentir m'écrouler. Et j'ai fini par tromper le père de mon enfant avec, pour une raison que je pourrai même plus t'expliquer. Il l'a appris, forcément. Il m'a dit de partir, et c'est ce que j'ai fait. Fredrik a bien voulu de moi. Alors je reste. Parce que je ne suis plus du tout sûre de mériter autre chose."
Une pause. Les mots sortent dans un murmure, précipité, craintifs, haineux. Répugnés par celle qui les prononcent, par la situation. Mais elle continue. Il faut qu'elle finisse, il faut qu'Erin comprenne. Leurs situations sont différentes. "Il n'est pas toujours comme ça, tu sais. Mais quand il est sur ses forums, ou avec Elliott ou d'autres... il a besoin de parader. Je ne suis pas amoureuse de lui, pas comme j'ai pu aimé... comme j'aime, vraiment. Il a mon cœur, et Fredrik le sait, je pense. Et il était dæmonien. Je me demande si c'est pour ça qu'il les hait tant, parfois. Ma fille l'était aussi." Encore une pause. Pour se forcer à respirer, à ravaler les larmes que seulement penser à Àsgard et Ida fait monter à ses yeux, main bandée passant un instant devant ses paupières. Ne pas pleurer. Fredrik sera plus cruel encore tout à l'heure s'il s'aperçoit qu'elle a pleuré. Il est perceptif, il saura. Elle se force à respirer, à la place. "Ne fais pas mon erreur, s'il te plait. Ne risque pas ton enfant. S'il nait dæmonien, il grandira avec un père qui aura peur de lui, qui le haïra. Pour lui comme pour toi... s'il te plait... Ne prends pas le risque de te réveiller un jour aux côtés d'un homme que tu ne reconnaitras plus, qui te méprisera d'avoir donné le jour à un enfant qu'il verra seulement comme une aberration, et non un miracle."

S'il y a quelqu'un là-haut, faites qu'elle l'entende. Faites qu'elle fuit, et emporte son enfant loin de tout ça. Elle a l'habitude, Elisa. Elle ne veut pas qu'Erin fasse de même. Elle ne veut pas qu'elle se lève un jour, et qu'elle soit incapable de croiser le regard de son reflet.
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