La mauvaise herbe n'est jamais qu'une plante mal aimée.

 
  
MessageSam 1 Avr - 6:17
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 151Nombre de RP : 59Âge réel : 21Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?


« Non mais c'est quoi ça …. ça se mange pas c'est trop dur ! »

« C'est du butternut, une courge. C'est très bon pour la santé. »

Eléonore ne put retenir un soupir bruyant et posa la chose dans le sac en plastique que lui tendait Jumbo. Elle se plaça de nouveau sur le caddie déjà bien remplie avec un regard catastrophé.

« Jumbo je te préviens si tu achètes que des trucs comme ça je te quitte. »

L'ignorant royalement il se mit derrière elle pour prendre les rennes du caddie. La roue arrière droite opposait un peu de résistance, comme souvent au Bronx. Il s'arrêta pour prendre des tomates, Eléonore gémit.

« Pas la peine de faire ton cinéma, on va en prendre du coca et toutes tes cochonneries. »

Léo leva les yeux au ciel en souriant à moitié. Depuis quelques temps son Jumbo avait bien repris du poil de la bête. Avec sa lentille et son gros sweat on n'y voyait que du feu. Elle aussi rien n'était visible des restes de l'accident, elle avait repris de la vigueur dans les jambes qui ne lui permettaient toujours pas de courir et elle avait toujours cet espèce de hoquet de téléportation parfois mais le reste allait. Bon par contre la nouvelle obsession de Jumbo avec la nourriture allait un peu trop vers le healthy à son goût mais c'était mieux que rien. Surtout qu'il mangeait pour quatre, depuis qu'il avait repris du poids il s'était mis à se muscler à côté. Dès qu'il avait pu avoir suffisamment de forces, il l'avait accompagné à l'hôpital, elle réapprenant à marcher d'un côté et lui faisant des pompes, des abdos, des squats, soulevant des poids de plus en plus gros. Il était devenu un mastodonte. Il avait toujours été un peu gros, parfois avec un bidon, mais là sa carrure était impressionnante.
Au début ils évitaient de sortir, pour ne pas affronter le regard des autres mais ils avaient dû sortir, faire leurs courses à côté puisqu'ils n'avaient plus de voiture et préféraient éviter l'usage de celle-ci vu les angoisses qui en ressortaient. Angoisses niées par Léo bien évidemment.
C'est vrai que dans le supermarché du coin ils avaient un drôle d'air. D'un côté un imposant gorille avec sweat et casquette (et un air classe quand même), de l'autre une jeune femme au jean noir troué et une sucette à la bouche, les cheveux ébouriffés (et pas d'air classe).
Dès qu'on les regardait avec un air bizarre, Léo lançait froidement une pique.

*Tu ne te lasses pas ?*

*De quoi ? Et pourquoi maintenant on parle plus à haute voix.*

*D'insulter les gens. Parce que j'aimerais bien qu'on passe inaperçu de temps en temps.*

*Passer inaperçu ? Tu peux compter là-dessus.*


Eléonore mit fin à la discussion en se téléportant près des paquets de céréales pour en prendre trois énormes et très sucrés après avoir longuement hésité entre les chocapic et les miel pops.

« Trois ! Tu ne vas jamais les manger … et c'est moi qui vais encore porter les courses j'imagine. »

« Ah bah maintenant tu parles. Au moins on reviendra pas la semaine prochaine, et puis tu mesures plus de 2 mètres pour … beaucoup de muscles, tu vas me faire pleurer… »

Au moins une chose n'avait pas changé après l'accident, ils se chamaillaient encore.

***



Jumbo était harnaché comme un mulet, il haletait. Arrivé en haut des escaliers il posa lourdement des sacs sur le plancher qui grinça. Léo passa devant en sautillant, elle inscrivit le code, zippa le passe et la porte blindée s'ouvrit.

« Après vous… »

La porte se referma en coulissant, sans un bruit, derrière eux. Jumbo avançait vers la cuisine tandis qu'Eléonore se regardait dans le miroir. Elle enregistra qu'il y avait un manteau sur le porte manteau qui était d'habitude inutilisé. L'information s'inscrivit dans le fond de son cerveau, observation sans intelligence. Elle murmura comme à elle même.

« Sympa le ...»

Jumbo plaqua sa main rugueuse contre la bouche de Léo pour empêcher tout autre son d'en sortir. Elle vit son regard sérieux et alarmé et compris aussitôt. Il y avait quelqu'un chez eux. Un manteau de femme… mais ce pouvait être n'importe qui au fond. Il était tard presque l'heure du dîner et le soleil se couchait déjà. Ce n'était certainement pas son père ni la femme de ménage qui partait toujours à l'heure.
Un voleur ? Mais comment aurait-il su pour leur planque ? La police suite au passage à tabac la semaine passée d'un daemonophobe ? Une vengeance ? Eléonore se téléporta vers sa chambre. Bien fermée, tout comme celle de Jumbo. Elle se téléporta ensuite à l'intérieur et prit son arme. Quand elle en sortit, elle vit Jumbo inspecter le sol et d'éventuelles traces. Un silence planait sur l'appartement.

*Pourquoi tu as pris le pistolet tu ne sais même pas t'en servir !*

*Il ne le sait pas ça.*


Le regard d'Eléonore était aussi dur et inflexible que de l'acier. Ses yeux verts brillaient d'une violence à peine contenue. Les sourcils de Jumbo était froncé, il ouvrit sans un bruit la porte de la bibliothèque tandis que Léo tendait les deux bras, les doigts fermés sur la gâchette. Sans avoir même pensé à enlever le loquet de sécurité. Ils passèrent en revue les différentes pièces… personne. En chuchotant Léo se tourna vers Jumbo,

« Ça doit être un oubli de la femme de ménage, y'a personne ici. »

C'est vrai qu'ils devenaient parano. S'exciter autant pour un manteau oublié… mais ces derniers temps ils recevaient tellement de violence et de haine que leur échelle de valeur avait changée et une intrusion dans un lieu aussi secret pouvait être un danger important. Léo baissa les bras, le regard encore sérieux quand elle vit Jumbo lui faire signe de se taire tout en fermant ses deux yeux. Il écoutait.

*Il se passe quelque chose en haut.*

*La vache ton ouïe s'est vachement développée...*


Eléonore se transporta sur le toit. Le vent plaqua son t-shirt contre elle, elle retint un frisson qui parcourait sa colonne vertébrale. Le bruit du vent sur un toit était sifflant. Ses cheveux détachés s'envolaient partout, lui gâchant en partie la vue. Elle braqua quand même son viseur devant elle et malgré l'obscurité, aperçut une ombre. Impossible de l'entendre par contre. La porte de la serre était ouverte. Un lampe grésillante avec un éclairage doux rendait la visibilité confisquée par la nuit.
Devant le spectacle, Léo baissa son arme.

*C'est qui elle ?*

*La femme de ménage.*


Jumbo était arrivé derrière elle, il restait dans l'obscurité mais elle sentait sa présence. Ils étaient cachés du regard de la jeune femme, très concentrée par ailleurs. Elle sentit son sourire dans son dos.

*Comment ça tu connais la femme de ménage ?*

*Ton père me fait plus confiance qu'à toi. Allez range cette arme tu vas l'effrayer. Je vais faire préparer un petit apéritif en bas. Tu penses qu'elle préfère le thé ou que c'est le moment pour l'apéritif ?*


Il ne laissa pas Eléonore répondre, c'était une question rhétorique. Elle était hypnotisée, dans la semi pénombre. Incapable de faire un pas ou prononcer un mot, d'esquisser un sourire. Elle ne savait pas elle-même ce qu'elle pensait. Elle observait juste les gestes sûrs et minutieux de la jeune femme. Sa peau mate témoignait de ses origines du sud, le Mexique ou l'Amérique latine… Ses cheveux étaient d'un noir profond et des mèches semblaient vouloir revenir devant ses yeux. Eléonore ne pouvait voir son visage mais elle sentait l'importance du travail que la jeune femme entreprenait. Elle avait presque l'impression d'être face à un pianiste en plein morceau. Le vent soufflait tout autour de cette serre solide, criant autour des murs de verre comme s'il voulait les briser. Cette serre emplie de bijoux, dorénavant plus luxuriante qu'elle ne l'avait jamais été, avec des plantes plus étonnantes les unes que les autres. Cette nature harmonieuse en complète rupture avec l'allure chaotique d'Eléonore, habillée comme une rockeuse, un pistolet caché dans son pantalon arrière, un perfecto encore sur les épaules et des bagues plein les doigts y compris une bague prenant deux doigts qu'elle avait acheté dans une boutique bizarre.
Eléonore était désemparée et n'arrivait pas à mettre les mots dessus. C'était nouveau et étrange. Elle n'avait pas envie de parler et en même temps le silence la gênait.
Bon sang un peu de courage je suis pas une perverse qui mate des gens… en même temps elle est dans ma maison...

Ce fut le moment idéal pour que son don se déclenche sans qu'elle le lui demande. Elle se téléporta trente centimètres au-dessus des outils, à quelques mètres de la femme de ménage. Le fracas métallique aurait pu réveiller un mort. Eléonore maudissait cette espèce de maladie bizarre.

« Putain !»

Le cri était sorti tout seul. Encore assise entre des sécateurs et des seaux qui rentraient à moitié dans sa chair, elle maugréait mentalement quand elle se rendit compte une nouvelle fois qu'elle n'était pas seule, et certainement plus invisible. Elle leva son regard et sourit par habitude mais avec une pointe de malaise en plus.

« Euh bonjour… je suis … en fait j'habite là. »

Elle se frotta la tête qui avait cogné contre un bac en bois dans la chute et se releva avec un semblant de dignité. Elle effaça ses balbutiements de présentation et se reprit aussitôt. Elle savait être à l'aise. Son sourire habituel dont on ne savait discerner s'il était moqueur, joueur, innocent, dangereux, se posa sur ses lèvres et elle parla sans une hésitation

« Moi c'est Léo. Tu veux pas rentrer à l'intérieur ? Enfin en bas, ici il caille un peu. »

Malgré l'air de nonchalance, Eléonore observait attentivement le visage et le langage corporel de la jeune femme. Elle avait du mal à deviner les gens et s'appuyaient sur les signes qu'elle pouvait décrypter pour comprendre ce qu'ils pensaient. Et si d'habitude elle se fichait éperdument de ce que pouvait penser les gens elle faisait attention.
Maintenant qu'elle pouvait voir le visage de la femme de ménage elle se rendit compte que ses yeux et son regard lui disaient quelque chose. Elle gardait tout de même une certaine réserve de voir une humaine inconnue chez elle. Depuis ces derniers temps les seuls humains dont elle ne se méfiait pas se comptaient sur les doigts d'une main… d'une demi main en fait. De deux doigts. Kyle et Elisa. Et encore Kyle était un militaire donc il pouvait potentiellement l'arrêter s'il le voulait.

*N'empêche pourquoi tu m'avais pas dit que c'était pas une mama mexicaine !?*

*Parce que tu pensais que c'en était une ? Ah non pitié.*


Eléonore l'entendit rire mentalement. C'est vrai que la femme de ménage était tout sauf ce qu'elle avait imaginé. Elle était bien plus agréable visuellement.
  
MessageMar 13 Juin - 1:03
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 116Nombre de RP : 18Âge réel : 22Copyright : Aki' ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Cette étincelle que tu sens au creux de ta paume alors qu'enfin tu te sens bien. Celle que tu protège, bec et ongles, contre tout danger. Celle que tu chérie, aime. Cette étincelle qui te murmure qu'enfin, tu es au bon endroit. Qu'ici, c'est chez toi. Loin de tes racines ? Peu importe. Tu es chez toi. Parce que tu te sens appartenir à ce monde. Ni chassée, ni reniée. Ni aberration, ni monstre. Juste quelqu'un. Ce quelqu'un que tu as tant recherché. Et tu le sais, il te tend les bras, là, juste devant toi. Tu n'as qu'à faire un pas, unique, pour l'enlacer.
Cette étincelle devient flamme lorsque tu comprend enfin qui tu dois être et où tu dois la déposer, cette flamme, dans l'espoir qu'elle devienne enfin brasier.
Cette étincelle, Ana la découvre. Bulbe d'un nouvel avenir dans l'oeil, bulbe d'une roseraie entre les mains. Son sourire s'élargit, parce qu'elle le sent, ce coeur meurtri, animal blessé, respirer mieux. La mexicaine lève les yeux, les plonge entre les feuillages des arbustes qu'elle a réussi à planter dans la serre. Les bourgeons n'apparaitront pas avant un bon mois. Pourtant, elle se sent si bien...

La serre. Ce monde hors du temps qu'elle a construit. Grâce au propriétaire de ce mystérieux appartement aux nombreuses portes fermées. Peu importe, on lui offre la serre. Et du travail. Qui serait-elle pour se plaindre ?
Cette serre. Son monde, son extérieur, la représentation de son esprit presque apaisé de n'être plus au coeur des conflits. Et pourtant, si frêle à la simple idée de savoir sa famille si loin, sans elle. Et malgré tout, inquiètes du futur du gouvernement...

La mexicaine chasse ces pensée néfastes. Aujourd'hui, elle doit prendre soin d'elle. De son coeur, de son esprit. Retrouver ces quelques pièces du puzzle de son âme encore introuvables.
Alors, elle se penche, dépose le bulbe dans la terre, le recouvre. L'arrose. Et elle sourit, impatiente qu'il devienne si grand et si fort. Pour affronter les intempéries, se relever. Elle l'aidera. Comme elle l'a toujours fait, aider les autres. Parce qu'après tout, n'est-ce pas là le fond d'Ana ? Une utopiste au service des autres. Toujours attentive. Attentionnée.
Et ici, elle redécouvre ce bonheur. Loin des conflits, loin des chasseurs. Elle redécouvre cette joie de marcher, sereinement dans ces rues. Croiser des inconnus sans sentir cette main se rapprocher immanquablement de cette arme qu'elle cachait constamment sur elle.
Oui, aujourd'hui encore, elle sursaute au moindre bruit. Son corps s'affole lorsqu'il craint d'être coincé. Pourtant, elle est heureuse. Parce qu'elle sait, qu'un jour, tout se terminera. Et que tout est en bonne voie.

La mexicaine se relève, empoigne l'arrosoir et le dépose sur le sol. Tuyau en main, elle tourne le robinet et rempli de ce précieux liquide si froid l'arrosoir. Lourd, terriblement lourd. Cette fois, elle a vu les choses en grand. Trop, peut-être. Cet arbuste a été difficile à monter jusqu'ici, et on ne parle pas du ménage supplémentaire qu'elle a dû effectuer pour effacer les traces de son passage terreux dans l'appartement.

Ana aperçoit du coin de l'oeil, une ombre s'envoler du sommet d'un citronnier planté quelques semaines plus tôt. Délicatement, il plane quelques secondes avant de se poser sur son épaule. Ses petites griffes plantées dans ses vêtements pour ne pas glisser au sol, il jette un regard admiratif devant le nouvel arbuste planté par sa jumelle. Un nouvel arrivant dans ce paradis irréel.
Tehwa se moque gentiment.

- J'espère que tu compte t'arrêter avant que la serre n'explose ?

Léger rire, elle verse le contenu de l'arrosoir au pied de l'arbuste. Un oranger. Peut-être qu'un jour, elle en verra les fruits. Pour l'instant, elle en admire les fraiches nervures de chaque feuilles, l'écorce solide de son jeune tronc.
La femme répond à son daemon, sourire aux lèvres.

- J'espère plutôt au contraire que tout explose et finisse par envahir le reste du monde. Ne serait-ce pas beau ?

Une terre rendue à la nature... Un endroit exterminé des guerres. Juste la nature et la vie. Son oeil tombe sur l'insecte attiré par les coroles des fleurs. Un lieu où tous peuvent vivre, quoiqu'ils puissent être. Ne jamais écraser ces fourmis, ne jamais exterminer la différence... Bien au contraire, la fêter. Fêter la vie et ces âmes si uniques les unes des autres, qu'importe qui elles sont.

Rien qu'une utopie, une fois de plus... Sa voix se fait murmure.

- Malheureusement, je vais me contenter de cette utopie-ci...

Le petit phalanger bâille bruyamment, davantage dans l'espoir d'attirer l'attention de sa jumelle sur l'heure tardive que par réelle fatigue.

- Par contre, je crois qu'il est tard... On doit partir à quelle heure d'habitude ?

Surprise, Ana relève le nez, se rend compte que la nuit est tombée. Le vent s'est levé, frissonnant. Seule la lampe grésillante éclaire la serre à présent, la jeune femme ne s'est pas même rendue compte du temps passé.
Une phrase sourde prononcé d'espagnol, elle dépose doucement Tehwa sur une branche basse du citronnier, entreprend de ranger l'arrosoir dans son coin et les divers outils qu'elle a laissés prostrés sur le sol.

- Idiota! No deberías estar aquí...

Il lui faut malheureusement encore terminer de planter les quelques bourgeons de dahlia encore dans le panier. Vite, elle se met à la tache. Toujours consciencieuse. Calme. Précise dans le moindre de ses gestes. Pourtant, elle essaye de se dépêcher, pour ne pas croiser la propriétaire des lieux. C'est dans le contrat. Ne pas les voir. Partir avant leur retour. Faire seulement ce pourquoi elle est payée.
Pourtant, elle ne peut se contraindre à accélérer. Les bourgeons ont besoin de douceur, d'attention. Rien ne doit être fait dans la hâte.

Et soudain, un bruit assourdissant. Ana sursaute, retient difficilement un cri de surprise. La main sur la pince coupante à côté d'elle, sur la table, comme un réflexe de survie acquis depuis des années. Elle sent à peine Tehwa se réfugier dans ses boucles noires, apeuré.
Son coeur presque calme, la mexicaine éloigne sa main lorsqu'elle aperçoit la silhouette écrasée dans les outils qu'elle venait de rassembler. Une femme. Elle semble soudain se rendre compte qu'elle n'est plus seule, lève son regard vers Ana et sourit. Et elle parle.
C'est la jeune femme. La jeune femme du piano. Elle finit par confirmer ses craintes, elle habite ici. La propriétaire des lieux... Vite, elle se relève de son lit douloureux. Et lui propose de rentrer à l'intérieur. De rentrer ?
La mexicaine est muette. Etonnée. Comment est-elle arrivée ici ? Pourquoi ne lui fait-elle pas la morale ? Après tout, le contrat ne spécifie pas qu'il lui est interdit de croiser les habitants de l'appartement ?

- Je m'excuse, je ne devrais plus être ici...

Son accent se fait plus fort encore. La mexicaine se retourne vivement, vide l'arrosoir sur les bourgeons plantés, le dépose sur le sol avant de s'affairer à ranger le tuyau d'arrosage. Soigneusement, elle évite le regard de la jeune femme. Ne pas la regarder, ne pas la froisser. Perdre ce travail est bien la dernière chose qu'elle souhaite.

- Je ne voudrais pas déranger, je fini de ranger et je m'en vais...

Tehwa ne bouge plus. Ana se penche pour ramasser plusieurs outils, une paire de gants et autres petites choses éparpillées. Et lorsqu'elle se retourne, elle se retrouve à nouveau face à la jeune femme. Leurs regards se croisent, son coeur sursaute. Elle croit les reconnaître, se perd et ignore ce souvenir si flou. Et soudain, elle se rend compte qu'elle ne s'est pas même présentée à son tour. Quoiqu'elle doit sûrement connaître son nom.
Toujours face à face, elle lui offre un sourire à son tour. Cessé ses allers-retours, ses mains se calment.

- Ana. Moi c'est Ana.

Elle frissonne, se rendant soudainement compte de la fraicheur de la nuit enveloppant les toits.

- Je ne veux pas déranger, je ne suis pas sensée être ici à cette heure-ci selon le contrat. Je... j'ai oublié l'heure, je plantais...

Elle se tourne, montre l'oranger à la femme.

- ... un oranger.

Gênée, elle avance, passe à quelques centimètres de la femme, range précieusement les outils de jardinage dans le coffre, qu'elle referme immédiatement.

- Je comprendrai si vous en faites rapport à la compagnie.

Regard plongé sur le coffre, elle se retourne enfin pour faire de nouveau face à cette Léo qui l'observe.



[ ♥ ]
  
MessageVen 16 Juin - 13:47
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 151Nombre de RP : 59Âge réel : 21Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?

Elle entendit l’accent mexicain et aussitôt lui revint en tête sa nourrice, puis l’espagnol des rues qu’elle avait appris à maîtriser plus ou moins avec un son fort accent américain. Elle chercha ses mots mais resta bras ballants devant la fille qui s’affairait à ranger ses affaires tout en s’excusant. Eléonore l’observait, presque amusée, sans même penser à proposer son aide. Son attitude contrastait avec l’extrême concentration qu’elle avait quelques minutes plus tôt. Eléonore nota mentalement les détails de son langage corporel. Elle semblait tendue, stressée. Son regard fuyait. Eléonore se questionna, qu’est-ce qui lui faisait peur comme ça. Elle interrogea donc son conseiller en relations humaines.

*Elle a dépassé l’horaire autorisée. Et connaissant William, il a dû spécifier que personne ne devait t’associer à cet endroit, donc te voir. Peut-être qu’elle sait que tu es l’héritière Lovelace et qu’elle a peur des représailles. Elle a probablement besoin de cet emploi.*

*Dammit c’est compliqué.*


Finalement elle se retrouvait à être silencieuse en regardant la femme de ménage se dépêcher ranger ses affaires. Il fallait qu’elle dise quelque chose pour briser cette espèce de relation de pouvoir étrange. Défilèrent dans sa tête des phrases toutes plus stupides les unes que les autres, qu’elle abandonna au fur et à mesure. Elle ne connaissait même pas son nom. Une pensée lui vint que cette jeune femme pouvait tout aussi bien appartenir à un mouvement anti-daemonien qui viendrait la kidnapper chez elle. Leurs regards se croisèrent. Et l’inconnue lui fit un sourire. Un sourire timide mais si brillant. Il ne ressemblait à aucun de ses sourires à elle. Il était plus honnête, moins grand mais plus innocent, plus sincère. On devait certainement lui faire confiance. Plus qu’à Eléonore en tout cas. Elle murmura son nom… Ana … Ana… l’avait-elle rencontré quelque part ? Ses grands yeux noirs lui rappelaient quelqu’un.
Ana frissonna. C’est vrai que des courants d’air s’engouffraient parfois. Eléonore voulut lui proposer son manteau et aussitôt se retint. Non mais enfin… depuis quand elle offrait des manteaux à ceux qui avaient froid ! Elle aurait dû mieux se couvrir ! Eléonore ce n’était pas la charité chrétienne, ni la bonté, ni quoi que ce soit qui aurait pu y ressembler. Elle se recula d’un pas pendant qu’Ana répéta qu’elle ne voulait pas déranger, justifiant sa présence tardive, balbutiant ses excuses.
Eléonore voulut poser sa main sur l’épaule de la jeune femme pour aspirer toute cette frénésie, cette inquiétude quant à son emploi pour la tranquilliser. Elle se sentait différente, pas d’étincelle de violence, de jouissance, d’humour piquant, de méfiance au fond du cœur. Rien de tout cela.
Ana lui montra ce qu’elle venait de planter … un oranger. Et elle ne put retenir une exclamation

« Un oranger … C’est genial ! On va avoir des fruits alors !? Amazing… »

Mais la jeune femme continua de virevolter, ses boucles laissant derrière elle un parfum que Léo n’identifia pas tout de suite. Léo attendit donc qu’elle ait fini de ranger dans un silence malaisant. De toute manière elle n’était pas sûre que sa voix atteigne Ana si celle-ci ne se posait pas et ne la regardait pas.
Un rapport à la compagnie ? Ah c’était bien son genre à Eléonore à se faire chier à écrire un rapport à la compagnie. Elle pouffa devant l’idée. La jeune femme la frôla, l’esquiva pour se diriger vers le coffre. Léo écarquillait les yeux, ne sachant que faire pour briser le rapport employeur/employé et le comportement de la femme de ménage qu’elle se refusait à appeler comme ça.. la botaniste lui conviendrait plus.
Les outils rangés dans le coffre, Ana sembla enfin à cours. Plus rien pour occuper ses mains et détourner son regard. Léo était plantée devant elle, Ana ne lui échapperait pas.

«Tranquila Ana. Je ne vais pas faire un fichu rapport j’ai autre chose à faire. Et… tu ne me déranges pas… c’est plutôt moi ! Ce que tu fais ici, c’est … vraiment bien. Je sais que tu as reçu l’ordre de ne jamais me rencontrer mais no te preocupes celui qui a donné cet ordre n’en saura rien. Il ne vit même pas ici. »

Elle ne précisa pas que c’était son père. Dans son anglo-espagnol fabriqué elle observait Ana, espérant que sa gêne disparaisse. Puis elle reprit son regard pétillant.

« Oh et puis … tu n’as pas le choix ! Je te prends en otage, on t’offre un verre et un apéro. No puedes rechazarme ! »

Eléonore fronça les sourcils et se rendit compte de son erreur.

« Euh … rechazar pas rechazarme bien sûr. »

Elle se sentait bête, c’était pourtant une erreur de débutant. Tant pis, il fallait passer à autre chose. Sa soirée serait bien plus intéressante avec quelqu’un pour la partager. Et puis les oranges … quand elle le dirait à Jumbo il serait tellement content. Peut-être devraient-ils agrandir la serre… elle le lui demanderait. Eléonore se rendit compte qu’elle fixait les yeux d’Ana, elle se retourna alors.
Elle espérait qu’Ana la suivrait, elle lui dit par-dessus l’épaule :

« J’imagine que tu connais le chemin. »

Elle aurait voulu savoir comment la rassurer, l’assurer qu’elle pouvait se sentir à l’aise. La mettre à l’aise… mais Léo n’était pas du genre à dire des phrases telles que « je t’en prie ne t’inquiète pas » ou à supplier, à mettre des formules de politesse partout, à utiliser tact et délicatesse.
Néanmoins elle vérifia qu’elle la suivait en plongeant son regard dans le sien.

« N’aie pas peur, je suis une vampire au régime. Je me contente de vin, tu es en sécurité. »

Elle lui lança un clin d’œil avant de descendre l’escalier. De toute façon à moins Ana devrait aussi passer par là. Jumbo, dans une chemise blanche, avec sa lentille qui rendait insoupçonnable son œil bleu avait préparé un apéro qui mit la salive à la bouche de Léo.

« MJ voici Ana. Tu sais qu’elle a planté un oranger là-haut ! C’est dingue non ? »

Puis, à l’intention d’Ana,

« Lui non plus, il te fera pas de mal. C’est un daemon domestiqué. »

C’était un moment de vérité. Au Mexique, Eléonore l’avait appris, la révélation des daemoniens avait donné lieu à une guerre civile. De toute façon cela se verrait très vite, un air terrifié s’afficherait sur son visage. Et encore elle ne voyait ni la cicatrice sur le torse de Jumbo ni son vrai œil, ni ses dents. Restait juste la cicatrice qui barrait son œil lui donnant un air de pirate ou de bandit.

« Enchanté Ana, je m’appelle Jumbo Merlin. Voulez-vous partager un apéritif avec nous ? Nous n’avions rien de prévu. »

Il en faisait toujours un peu trop dans la politesse, comme une réserve excessive, surtout avec les inconnus. En même temps vu qu’elle les avait découvert, dans le contexte actuel, il valait mieux la connaître un peu plus, pour connaître ses intentions. Jumbo se méfiait des humains. Humains qui profitaient de privilège sans même s’en rendre compte et qui excluaient ceux qui ne leur ressemblaient point. La politesse le rapprochait de ce statut d’humain, d’être civilisé. Et le ton pouvait devenir subrepticement dédaigneux vu l’ignorance et la fermeture d’esprit de certains humains.
L’ambiance était donc semi-détendue. D’un côté par le rapport de force vécu par Ana, de l’autre par la prudence de Jumbo et le trouble d’Eléonore.
  
MessageJeu 29 Juin - 15:44
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Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Plus de quoi occuper ses mains, Ana se résigne à plonger son regard sombre dans celui de la jeune femme. Les tremblements de sa main ont cessés depuis quelques minutes, à l'instar de sa gorge. Alors, elles sont plantées là, l'une en face de l'autre. Et c'est Elle qui rompt le silence, faisant sourire la mexicaine, lorsqu'elle essaye de trouver quelques mots en espagnol. Son accent est plutôt drôle, presque mignon si elle osait le dire. Sa tentative de la mettre à l'aise réchauffe le coeur de la femme, détend un peu plus son dos hérissé.
Tehwa, lui, ne bouge toujours pas. Caché plus encore entre les boucles brunes de sa jumelle.

Léo la rassure, elle ne dira rien. Elle la complimente même, sur la serre. Et Ana ? Elle ne sait plus quoi dire. C'est si déroutant, depuis tout ce temps, elle s'attend à tellement de complications dès l'instant maudit où elle aura croisé la route d'un des propriétaires. Et depuis ce jour, ce jour où elle a recouvert le dos glacé d'une inconnue endormie de son manteau, elle ne pense qu'à leurs visages... Et maintenant qu'elle est là, devant elle...
Le silence. Des balbutiements. Des excuses. Pathétique. Où est passée la véritable Ana ? Ailleurs...
Et cette jeune femme lui dévoile un si beau sourire, la rassure. Et lui offre de descendre se réchauffer avec elle dans son appartement. Bienveillante, accueillante.

Soudain, son regard devient si éclatant... Ana peine à le relâcher... Et là, la jeune femme fait naitre un rire des lèvres de la mexicaine.

- Dans ce cas-là, si c'est une prise d'otage, no puedo rechazar.

Ana reprend contenance, les couleurs reviennent sur ses joues, elle taquine la propriétaire sur sa malheureuse faute de grammaire. Toujours ce léger sourire sur ses lèvres, elle lui fait comprendre que ce n'est pas grave.

- J'ai parfois encore un peu de peine avec l'anglais, alors qui serais-je pour juger les coquilles.

Leurs regards ne se quittent plus. Plongés l'un dans l'autre, les deux jeunes femmes laissent le silence s'installer entre elles l'espace de quelques secondes, avant que la propriétaire des lieux ne se retourne, lançant une phrase par-dessus son épaule.
Toujours un peu tendue, la mexicaine hésite. Léo est sans doute humaine, peut-être ne montre-t-elle aucune hostilité, mais qu'en est-il réellement ? Ana n'a jamais fait de différence entre les genres, elle ne commencera pas. Seulement, elle a tant perdu à cause de cette guerre entre daëmoniens et humains... L'idée de se retrouver en tête à tête avec l'un d'entre eux, qui plus est si mystérieux que toutes les portes sont fermées lorsqu'elle vient ici. Et pourquoi ne pas connaître l'identité des clients de la société ? Ana hésite. Est-ce raisonnable ?

Pourtant, ce regard... Si doux, apaisant. Pourtant, elle la suit finalement dans les escaliers. Une pointe de malaise encore persistante.
Elle sourit aux remarques de l'américaine avant qu'elle ne descende enfin les escaliers. Ana à sa suite, Tehwa caché dans ses boucles, le poil hérissé.
Et lorsqu'elle pose son pied dans le salon, son coeur fait un bond. Là, devant elle, un gorille colossal, vêtu d'une chemise blanche, un oeil arborant une cicatrice, ayant apparemment préparé un apéro pour tous trois. Oeil écarquillé, il ne tarde pas à reprendre son état naturel, la mexicaine dévoilant un sourire neuf.
Une daëmonienne. Pas humaine, daëmonienne.

*Un daëmon...*

Tewha l'a vu, aussi. Attentif malgré sa cachette, rassuré de cette apparition soudaine. Jumbo Merlin, puisqu'il s'appelle ainsi, se présente, d'une politesse exemplaire.
Une daëmonienne et son daëmon qui se cachent dans un appartement de Merkeley. En soit, rien d'exceptionnellement étonnant dans le monde, plutôt déroutant dans une ville qui se veut utopique – ou presque – à l'intention des daëmoniens. Quoiqu'il en soit, les jumeaux sentent un poids quitter leurs épaules.
Détendue par la présence du daëmon, la mexicaine reste tout de même en retrait alors que sa langue se délie.

- Enchantée. On ne nous a pas laissé le choix, il me semble qu'il s'agit d'une prise d'otage, d'après ce que j'en ai compris. Heureusement que nous n'avons pas mieux à faire, ce serait donc avec grand plaisir.

Ana rit du regard interloqué de ses hôtes à l'étrange mot émanant de sa bouche. Nous. Doucement, elle relève sa main, la dépose paume ouverte à côté de son épaule. Soudain, un petit museau sort de sa cachette, suivit de deux petites pattes, puis du reste de son corps de rongeur. Il se pose sur la main de sa jumelle, cette dernière le ramenant devant elle. Assis dans ses mains en coupe, il les observe quelques secondes.

- Bonsoir, je suis la seconde partie du “nous“, mon nom est Tehwa.

Ana sait que cette phrase sera, pour l'instant, la seule que son frère prononcera. Il lui suffira d'observer, de prendre confiance pour oser prendre la parole plus longtemps. Tehwa n'est pas quelqu'un de bavard. Surtout lorsqu'il s'agit d'inconnus.

- Excusez-nous de ne pas l'avoir dit plus tôt...

... mais il nous est difficile d'accorder notre confiance depuis bien longtemps.

La mexicaine sourit, ne laisse pas le temps à qui que ce soit de reprendre la parole.

- Nous acceptons donc votre invitation.

Tous quatre se dirigent alors vers le salon, Ana s'assied sur un canapé, Tehwa sur ses genoux. Sur la table, face à elle, une bouteille de rouge et quelques verres. D'un geste assuré, l'une de ses mains s'empare de la bouteille, l'autre d'un verre. Elle se retourne, son regard attiré par celui de Léo. D'une voix calme, elle demande s'ils souhaitent un verre. Et de cette main experte, elle sert les verres, les tend aux intéressés avant d'en prendre un pour elle-même. Tehwa ne boit pas.

Assis dans ce salon qu'elle a tant de fois nettoyé, face à face les uns des autres, cet apéro disposé avec attention sur la table, Ana ignore comment redémarrer la conversation. Que peut-elle leur demander ? Que doit-elle dire ?

*Ana, je me méfie encore. Fais attention.*

*Je ne crois pas que nous ne craignions grand chose... laissons leur le bénéfice du doute...*

... parce que ces yeux, ce sourire...

Que peut-elle dire ? A défaut de mots, la jeune femme porte le verre à ses lèvres, laisse glisser plusieurs longues gorgées le long de sa gorge. Lorsqu'elle dépose son verre entre ses mains, elle prend la parole.

- Les oranges ne risquent pas d'apparaître avant un bon moment, mais dès que les premières seront mûres, je vous en déposerai dans un panier. J'ai aussi planté un citronnier depuis peu. Je me suis dit que ça pourrait être sympa d'avoir des fruits et légumes dans la serre. C'est toujours plus agréable à cuisiner que ceux que l'on achète en magasin.
  
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