La mauvaise herbe n'est jamais qu'une plante mal aimée.

 
  
MessageSam 1 Avr - 6:17
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 172Nombre de RP : 67Âge réel : 21Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?


« Non mais c'est quoi ça …. ça se mange pas c'est trop dur ! »

« C'est du butternut, une courge. C'est très bon pour la santé. »

Eléonore ne put retenir un soupir bruyant et posa la chose dans le sac en plastique que lui tendait Jumbo. Elle se plaça de nouveau sur le caddie déjà bien remplie avec un regard catastrophé.

« Jumbo je te préviens si tu achètes que des trucs comme ça je te quitte. »

L'ignorant royalement il se mit derrière elle pour prendre les rennes du caddie. La roue arrière droite opposait un peu de résistance, comme souvent au Bronx. Il s'arrêta pour prendre des tomates, Eléonore gémit.

« Pas la peine de faire ton cinéma, on va en prendre du coca et toutes tes cochonneries. »

Léo leva les yeux au ciel en souriant à moitié. Depuis quelques temps son Jumbo avait bien repris du poil de la bête. Avec sa lentille et son gros sweat on n'y voyait que du feu. Elle aussi rien n'était visible des restes de l'accident, elle avait repris de la vigueur dans les jambes qui ne lui permettaient toujours pas de courir et elle avait toujours cet espèce de hoquet de téléportation parfois mais le reste allait. Bon par contre la nouvelle obsession de Jumbo avec la nourriture allait un peu trop vers le healthy à son goût mais c'était mieux que rien. Surtout qu'il mangeait pour quatre, depuis qu'il avait repris du poids il s'était mis à se muscler à côté. Dès qu'il avait pu avoir suffisamment de forces, il l'avait accompagné à l'hôpital, elle réapprenant à marcher d'un côté et lui faisant des pompes, des abdos, des squats, soulevant des poids de plus en plus gros. Il était devenu un mastodonte. Il avait toujours été un peu gros, parfois avec un bidon, mais là sa carrure était impressionnante.
Au début ils évitaient de sortir, pour ne pas affronter le regard des autres mais ils avaient dû sortir, faire leurs courses à côté puisqu'ils n'avaient plus de voiture et préféraient éviter l'usage de celle-ci vu les angoisses qui en ressortaient. Angoisses niées par Léo bien évidemment.
C'est vrai que dans le supermarché du coin ils avaient un drôle d'air. D'un côté un imposant gorille avec sweat et casquette (et un air classe quand même), de l'autre une jeune femme au jean noir troué et une sucette à la bouche, les cheveux ébouriffés (et pas d'air classe).
Dès qu'on les regardait avec un air bizarre, Léo lançait froidement une pique.

*Tu ne te lasses pas ?*

*De quoi ? Et pourquoi maintenant on parle plus à haute voix.*

*D'insulter les gens. Parce que j'aimerais bien qu'on passe inaperçu de temps en temps.*

*Passer inaperçu ? Tu peux compter là-dessus.*


Eléonore mit fin à la discussion en se téléportant près des paquets de céréales pour en prendre trois énormes et très sucrés après avoir longuement hésité entre les chocapic et les miel pops.

« Trois ! Tu ne vas jamais les manger … et c'est moi qui vais encore porter les courses j'imagine. »

« Ah bah maintenant tu parles. Au moins on reviendra pas la semaine prochaine, et puis tu mesures plus de 2 mètres pour … beaucoup de muscles, tu vas me faire pleurer… »

Au moins une chose n'avait pas changé après l'accident, ils se chamaillaient encore.

***



Jumbo était harnaché comme un mulet, il haletait. Arrivé en haut des escaliers il posa lourdement des sacs sur le plancher qui grinça. Léo passa devant en sautillant, elle inscrivit le code, zippa le passe et la porte blindée s'ouvrit.

« Après vous… »

La porte se referma en coulissant, sans un bruit, derrière eux. Jumbo avançait vers la cuisine tandis qu'Eléonore se regardait dans le miroir. Elle enregistra qu'il y avait un manteau sur le porte manteau qui était d'habitude inutilisé. L'information s'inscrivit dans le fond de son cerveau, observation sans intelligence. Elle murmura comme à elle même.

« Sympa le ...»

Jumbo plaqua sa main rugueuse contre la bouche de Léo pour empêcher tout autre son d'en sortir. Elle vit son regard sérieux et alarmé et compris aussitôt. Il y avait quelqu'un chez eux. Un manteau de femme… mais ce pouvait être n'importe qui au fond. Il était tard presque l'heure du dîner et le soleil se couchait déjà. Ce n'était certainement pas son père ni la femme de ménage qui partait toujours à l'heure.
Un voleur ? Mais comment aurait-il su pour leur planque ? La police suite au passage à tabac la semaine passée d'un daemonophobe ? Une vengeance ? Eléonore se téléporta vers sa chambre. Bien fermée, tout comme celle de Jumbo. Elle se téléporta ensuite à l'intérieur et prit son arme. Quand elle en sortit, elle vit Jumbo inspecter le sol et d'éventuelles traces. Un silence planait sur l'appartement.

*Pourquoi tu as pris le pistolet tu ne sais même pas t'en servir !*

*Il ne le sait pas ça.*


Le regard d'Eléonore était aussi dur et inflexible que de l'acier. Ses yeux verts brillaient d'une violence à peine contenue. Les sourcils de Jumbo était froncé, il ouvrit sans un bruit la porte de la bibliothèque tandis que Léo tendait les deux bras, les doigts fermés sur la gâchette. Sans avoir même pensé à enlever le loquet de sécurité. Ils passèrent en revue les différentes pièces… personne. En chuchotant Léo se tourna vers Jumbo,

« Ça doit être un oubli de la femme de ménage, y'a personne ici. »

C'est vrai qu'ils devenaient parano. S'exciter autant pour un manteau oublié… mais ces derniers temps ils recevaient tellement de violence et de haine que leur échelle de valeur avait changée et une intrusion dans un lieu aussi secret pouvait être un danger important. Léo baissa les bras, le regard encore sérieux quand elle vit Jumbo lui faire signe de se taire tout en fermant ses deux yeux. Il écoutait.

*Il se passe quelque chose en haut.*

*La vache ton ouïe s'est vachement développée...*


Eléonore se transporta sur le toit. Le vent plaqua son t-shirt contre elle, elle retint un frisson qui parcourait sa colonne vertébrale. Le bruit du vent sur un toit était sifflant. Ses cheveux détachés s'envolaient partout, lui gâchant en partie la vue. Elle braqua quand même son viseur devant elle et malgré l'obscurité, aperçut une ombre. Impossible de l'entendre par contre. La porte de la serre était ouverte. Un lampe grésillante avec un éclairage doux rendait la visibilité confisquée par la nuit.
Devant le spectacle, Léo baissa son arme.

*C'est qui elle ?*

*La femme de ménage.*


Jumbo était arrivé derrière elle, il restait dans l'obscurité mais elle sentait sa présence. Ils étaient cachés du regard de la jeune femme, très concentrée par ailleurs. Elle sentit son sourire dans son dos.

*Comment ça tu connais la femme de ménage ?*

*Ton père me fait plus confiance qu'à toi. Allez range cette arme tu vas l'effrayer. Je vais faire préparer un petit apéritif en bas. Tu penses qu'elle préfère le thé ou que c'est le moment pour l'apéritif ?*


Il ne laissa pas Eléonore répondre, c'était une question rhétorique. Elle était hypnotisée, dans la semi pénombre. Incapable de faire un pas ou prononcer un mot, d'esquisser un sourire. Elle ne savait pas elle-même ce qu'elle pensait. Elle observait juste les gestes sûrs et minutieux de la jeune femme. Sa peau mate témoignait de ses origines du sud, le Mexique ou l'Amérique latine… Ses cheveux étaient d'un noir profond et des mèches semblaient vouloir revenir devant ses yeux. Eléonore ne pouvait voir son visage mais elle sentait l'importance du travail que la jeune femme entreprenait. Elle avait presque l'impression d'être face à un pianiste en plein morceau. Le vent soufflait tout autour de cette serre solide, criant autour des murs de verre comme s'il voulait les briser. Cette serre emplie de bijoux, dorénavant plus luxuriante qu'elle ne l'avait jamais été, avec des plantes plus étonnantes les unes que les autres. Cette nature harmonieuse en complète rupture avec l'allure chaotique d'Eléonore, habillée comme une rockeuse, un pistolet caché dans son pantalon arrière, un perfecto encore sur les épaules et des bagues plein les doigts y compris une bague prenant deux doigts qu'elle avait acheté dans une boutique bizarre.
Eléonore était désemparée et n'arrivait pas à mettre les mots dessus. C'était nouveau et étrange. Elle n'avait pas envie de parler et en même temps le silence la gênait.
Bon sang un peu de courage je suis pas une perverse qui mate des gens… en même temps elle est dans ma maison...

Ce fut le moment idéal pour que son don se déclenche sans qu'elle le lui demande. Elle se téléporta trente centimètres au-dessus des outils, à quelques mètres de la femme de ménage. Le fracas métallique aurait pu réveiller un mort. Eléonore maudissait cette espèce de maladie bizarre.

« Putain !»

Le cri était sorti tout seul. Encore assise entre des sécateurs et des seaux qui rentraient à moitié dans sa chair, elle maugréait mentalement quand elle se rendit compte une nouvelle fois qu'elle n'était pas seule, et certainement plus invisible. Elle leva son regard et sourit par habitude mais avec une pointe de malaise en plus.

« Euh bonjour… je suis … en fait j'habite là. »

Elle se frotta la tête qui avait cogné contre un bac en bois dans la chute et se releva avec un semblant de dignité. Elle effaça ses balbutiements de présentation et se reprit aussitôt. Elle savait être à l'aise. Son sourire habituel dont on ne savait discerner s'il était moqueur, joueur, innocent, dangereux, se posa sur ses lèvres et elle parla sans une hésitation

« Moi c'est Léo. Tu veux pas rentrer à l'intérieur ? Enfin en bas, ici il caille un peu. »

Malgré l'air de nonchalance, Eléonore observait attentivement le visage et le langage corporel de la jeune femme. Elle avait du mal à deviner les gens et s'appuyaient sur les signes qu'elle pouvait décrypter pour comprendre ce qu'ils pensaient. Et si d'habitude elle se fichait éperdument de ce que pouvait penser les gens elle faisait attention.
Maintenant qu'elle pouvait voir le visage de la femme de ménage elle se rendit compte que ses yeux et son regard lui disaient quelque chose. Elle gardait tout de même une certaine réserve de voir une humaine inconnue chez elle. Depuis ces derniers temps les seuls humains dont elle ne se méfiait pas se comptaient sur les doigts d'une main… d'une demi main en fait. De deux doigts. Kyle et Elisa. Et encore Kyle était un militaire donc il pouvait potentiellement l'arrêter s'il le voulait.

*N'empêche pourquoi tu m'avais pas dit que c'était pas une mama mexicaine !?*

*Parce que tu pensais que c'en était une ? Ah non pitié.*


Eléonore l'entendit rire mentalement. C'est vrai que la femme de ménage était tout sauf ce qu'elle avait imaginé. Elle était bien plus agréable visuellement.
  
MessageMar 13 Juin - 1:03
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 192Nombre de RP : 34Âge réel : 23Copyright : Rafi & Aki ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Cette étincelle que tu sens au creux de ta paume alors qu'enfin tu te sens bien. Celle que tu protège, bec et ongles, contre tout danger. Celle que tu chérie, aime. Cette étincelle qui te murmure qu'enfin, tu es au bon endroit. Qu'ici, c'est chez toi. Loin de tes racines ? Peu importe. Tu es chez toi. Parce que tu te sens appartenir à ce monde. Ni chassée, ni reniée. Ni aberration, ni monstre. Juste quelqu'un. Ce quelqu'un que tu as tant recherché. Et tu le sais, il te tend les bras, là, juste devant toi. Tu n'as qu'à faire un pas, unique, pour l'enlacer.
Cette étincelle devient flamme lorsque tu comprend enfin qui tu dois être et où tu dois la déposer, cette flamme, dans l'espoir qu'elle devienne enfin brasier.
Cette étincelle, Ana la découvre. Bulbe d'un nouvel avenir dans l'oeil, bulbe d'une roseraie entre les mains. Son sourire s'élargit, parce qu'elle le sent, ce coeur meurtri, animal blessé, respirer mieux. La mexicaine lève les yeux, les plonge entre les feuillages des arbustes qu'elle a réussi à planter dans la serre. Les bourgeons n'apparaitront pas avant un bon mois. Pourtant, elle se sent si bien...

La serre. Ce monde hors du temps qu'elle a construit. Grâce au propriétaire de ce mystérieux appartement aux nombreuses portes fermées. Peu importe, on lui offre la serre. Et du travail. Qui serait-elle pour se plaindre ?
Cette serre. Son monde, son extérieur, la représentation de son esprit presque apaisé de n'être plus au coeur des conflits. Et pourtant, si frêle à la simple idée de savoir sa famille si loin, sans elle. Et malgré tout, inquiètes du futur du gouvernement...

La mexicaine chasse ces pensée néfastes. Aujourd'hui, elle doit prendre soin d'elle. De son coeur, de son esprit. Retrouver ces quelques pièces du puzzle de son âme encore introuvables.
Alors, elle se penche, dépose le bulbe dans la terre, le recouvre. L'arrose. Et elle sourit, impatiente qu'il devienne si grand et si fort. Pour affronter les intempéries, se relever. Elle l'aidera. Comme elle l'a toujours fait, aider les autres. Parce qu'après tout, n'est-ce pas là le fond d'Ana ? Une utopiste au service des autres. Toujours attentive. Attentionnée.
Et ici, elle redécouvre ce bonheur. Loin des conflits, loin des chasseurs. Elle redécouvre cette joie de marcher, sereinement dans ces rues. Croiser des inconnus sans sentir cette main se rapprocher immanquablement de cette arme qu'elle cachait constamment sur elle.
Oui, aujourd'hui encore, elle sursaute au moindre bruit. Son corps s'affole lorsqu'il craint d'être coincé. Pourtant, elle est heureuse. Parce qu'elle sait, qu'un jour, tout se terminera. Et que tout est en bonne voie.

La mexicaine se relève, empoigne l'arrosoir et le dépose sur le sol. Tuyau en main, elle tourne le robinet et rempli de ce précieux liquide si froid l'arrosoir. Lourd, terriblement lourd. Cette fois, elle a vu les choses en grand. Trop, peut-être. Cet arbuste a été difficile à monter jusqu'ici, et on ne parle pas du ménage supplémentaire qu'elle a dû effectuer pour effacer les traces de son passage terreux dans l'appartement.

Ana aperçoit du coin de l'oeil, une ombre s'envoler du sommet d'un citronnier planté quelques semaines plus tôt. Délicatement, il plane quelques secondes avant de se poser sur son épaule. Ses petites griffes plantées dans ses vêtements pour ne pas glisser au sol, il jette un regard admiratif devant le nouvel arbuste planté par sa jumelle. Un nouvel arrivant dans ce paradis irréel.
Tehwa se moque gentiment.

- J'espère que tu compte t'arrêter avant que la serre n'explose ?

Léger rire, elle verse le contenu de l'arrosoir au pied de l'arbuste. Un oranger. Peut-être qu'un jour, elle en verra les fruits. Pour l'instant, elle en admire les fraiches nervures de chaque feuilles, l'écorce solide de son jeune tronc.
La femme répond à son daemon, sourire aux lèvres.

- J'espère plutôt au contraire que tout explose et finisse par envahir le reste du monde. Ne serait-ce pas beau ?

Une terre rendue à la nature... Un endroit exterminé des guerres. Juste la nature et la vie. Son oeil tombe sur l'insecte attiré par les coroles des fleurs. Un lieu où tous peuvent vivre, quoiqu'ils puissent être. Ne jamais écraser ces fourmis, ne jamais exterminer la différence... Bien au contraire, la fêter. Fêter la vie et ces âmes si uniques les unes des autres, qu'importe qui elles sont.

Rien qu'une utopie, une fois de plus... Sa voix se fait murmure.

- Malheureusement, je vais me contenter de cette utopie-ci...

Le petit phalanger bâille bruyamment, davantage dans l'espoir d'attirer l'attention de sa jumelle sur l'heure tardive que par réelle fatigue.

- Par contre, je crois qu'il est tard... On doit partir à quelle heure d'habitude ?

Surprise, Ana relève le nez, se rend compte que la nuit est tombée. Le vent s'est levé, frissonnant. Seule la lampe grésillante éclaire la serre à présent, la jeune femme ne s'est pas même rendue compte du temps passé.
Une phrase sourde prononcé d'espagnol, elle dépose doucement Tehwa sur une branche basse du citronnier, entreprend de ranger l'arrosoir dans son coin et les divers outils qu'elle a laissés prostrés sur le sol.

- Idiota! No deberías estar aquí...

Il lui faut malheureusement encore terminer de planter les quelques bourgeons de dahlia encore dans le panier. Vite, elle se met à la tache. Toujours consciencieuse. Calme. Précise dans le moindre de ses gestes. Pourtant, elle essaye de se dépêcher, pour ne pas croiser la propriétaire des lieux. C'est dans le contrat. Ne pas les voir. Partir avant leur retour. Faire seulement ce pourquoi elle est payée.
Pourtant, elle ne peut se contraindre à accélérer. Les bourgeons ont besoin de douceur, d'attention. Rien ne doit être fait dans la hâte.

Et soudain, un bruit assourdissant. Ana sursaute, retient difficilement un cri de surprise. La main sur la pince coupante à côté d'elle, sur la table, comme un réflexe de survie acquis depuis des années. Elle sent à peine Tehwa se réfugier dans ses boucles noires, apeuré.
Son coeur presque calme, la mexicaine éloigne sa main lorsqu'elle aperçoit la silhouette écrasée dans les outils qu'elle venait de rassembler. Une femme. Elle semble soudain se rendre compte qu'elle n'est plus seule, lève son regard vers Ana et sourit. Et elle parle.
C'est la jeune femme. La jeune femme du piano. Elle finit par confirmer ses craintes, elle habite ici. La propriétaire des lieux... Vite, elle se relève de son lit douloureux. Et lui propose de rentrer à l'intérieur. De rentrer ?
La mexicaine est muette. Etonnée. Comment est-elle arrivée ici ? Pourquoi ne lui fait-elle pas la morale ? Après tout, le contrat ne spécifie pas qu'il lui est interdit de croiser les habitants de l'appartement ?

- Je m'excuse, je ne devrais plus être ici...

Son accent se fait plus fort encore. La mexicaine se retourne vivement, vide l'arrosoir sur les bourgeons plantés, le dépose sur le sol avant de s'affairer à ranger le tuyau d'arrosage. Soigneusement, elle évite le regard de la jeune femme. Ne pas la regarder, ne pas la froisser. Perdre ce travail est bien la dernière chose qu'elle souhaite.

- Je ne voudrais pas déranger, je fini de ranger et je m'en vais...

Tehwa ne bouge plus. Ana se penche pour ramasser plusieurs outils, une paire de gants et autres petites choses éparpillées. Et lorsqu'elle se retourne, elle se retrouve à nouveau face à la jeune femme. Leurs regards se croisent, son coeur sursaute. Elle croit les reconnaître, se perd et ignore ce souvenir si flou. Et soudain, elle se rend compte qu'elle ne s'est pas même présentée à son tour. Quoiqu'elle doit sûrement connaître son nom.
Toujours face à face, elle lui offre un sourire à son tour. Cessé ses allers-retours, ses mains se calment.

- Ana. Moi c'est Ana.

Elle frissonne, se rendant soudainement compte de la fraicheur de la nuit enveloppant les toits.

- Je ne veux pas déranger, je ne suis pas sensée être ici à cette heure-ci selon le contrat. Je... j'ai oublié l'heure, je plantais...

Elle se tourne, montre l'oranger à la femme.

- ... un oranger.

Gênée, elle avance, passe à quelques centimètres de la femme, range précieusement les outils de jardinage dans le coffre, qu'elle referme immédiatement.

- Je comprendrai si vous en faites rapport à la compagnie.

Regard plongé sur le coffre, elle se retourne enfin pour faire de nouveau face à cette Léo qui l'observe.



[ ♥ ]
  
MessageVen 16 Juin - 13:47
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 172Nombre de RP : 67Âge réel : 21Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?

Elle entendit l’accent mexicain et aussitôt lui revint en tête sa nourrice, puis l’espagnol des rues qu’elle avait appris à maîtriser plus ou moins avec un son fort accent américain. Elle chercha ses mots mais resta bras ballants devant la fille qui s’affairait à ranger ses affaires tout en s’excusant. Eléonore l’observait, presque amusée, sans même penser à proposer son aide. Son attitude contrastait avec l’extrême concentration qu’elle avait quelques minutes plus tôt. Eléonore nota mentalement les détails de son langage corporel. Elle semblait tendue, stressée. Son regard fuyait. Eléonore se questionna, qu’est-ce qui lui faisait peur comme ça. Elle interrogea donc son conseiller en relations humaines.

*Elle a dépassé l’horaire autorisée. Et connaissant William, il a dû spécifier que personne ne devait t’associer à cet endroit, donc te voir. Peut-être qu’elle sait que tu es l’héritière Lovelace et qu’elle a peur des représailles. Elle a probablement besoin de cet emploi.*

*Dammit c’est compliqué.*


Finalement elle se retrouvait à être silencieuse en regardant la femme de ménage se dépêcher ranger ses affaires. Il fallait qu’elle dise quelque chose pour briser cette espèce de relation de pouvoir étrange. Défilèrent dans sa tête des phrases toutes plus stupides les unes que les autres, qu’elle abandonna au fur et à mesure. Elle ne connaissait même pas son nom. Une pensée lui vint que cette jeune femme pouvait tout aussi bien appartenir à un mouvement anti-daemonien qui viendrait la kidnapper chez elle. Leurs regards se croisèrent. Et l’inconnue lui fit un sourire. Un sourire timide mais si brillant. Il ne ressemblait à aucun de ses sourires à elle. Il était plus honnête, moins grand mais plus innocent, plus sincère. On devait certainement lui faire confiance. Plus qu’à Eléonore en tout cas. Elle murmura son nom… Ana … Ana… l’avait-elle rencontré quelque part ? Ses grands yeux noirs lui rappelaient quelqu’un.
Ana frissonna. C’est vrai que des courants d’air s’engouffraient parfois. Eléonore voulut lui proposer son manteau et aussitôt se retint. Non mais enfin… depuis quand elle offrait des manteaux à ceux qui avaient froid ! Elle aurait dû mieux se couvrir ! Eléonore ce n’était pas la charité chrétienne, ni la bonté, ni quoi que ce soit qui aurait pu y ressembler. Elle se recula d’un pas pendant qu’Ana répéta qu’elle ne voulait pas déranger, justifiant sa présence tardive, balbutiant ses excuses.
Eléonore voulut poser sa main sur l’épaule de la jeune femme pour aspirer toute cette frénésie, cette inquiétude quant à son emploi pour la tranquilliser. Elle se sentait différente, pas d’étincelle de violence, de jouissance, d’humour piquant, de méfiance au fond du cœur. Rien de tout cela.
Ana lui montra ce qu’elle venait de planter … un oranger. Et elle ne put retenir une exclamation

« Un oranger … C’est genial ! On va avoir des fruits alors !? Amazing… »

Mais la jeune femme continua de virevolter, ses boucles laissant derrière elle un parfum que Léo n’identifia pas tout de suite. Léo attendit donc qu’elle ait fini de ranger dans un silence malaisant. De toute manière elle n’était pas sûre que sa voix atteigne Ana si celle-ci ne se posait pas et ne la regardait pas.
Un rapport à la compagnie ? Ah c’était bien son genre à Eléonore à se faire chier à écrire un rapport à la compagnie. Elle pouffa devant l’idée. La jeune femme la frôla, l’esquiva pour se diriger vers le coffre. Léo écarquillait les yeux, ne sachant que faire pour briser le rapport employeur/employé et le comportement de la femme de ménage qu’elle se refusait à appeler comme ça.. la botaniste lui conviendrait plus.
Les outils rangés dans le coffre, Ana sembla enfin à cours. Plus rien pour occuper ses mains et détourner son regard. Léo était plantée devant elle, Ana ne lui échapperait pas.

«Tranquila Ana. Je ne vais pas faire un fichu rapport j’ai autre chose à faire. Et… tu ne me déranges pas… c’est plutôt moi ! Ce que tu fais ici, c’est … vraiment bien. Je sais que tu as reçu l’ordre de ne jamais me rencontrer mais no te preocupes celui qui a donné cet ordre n’en saura rien. Il ne vit même pas ici. »

Elle ne précisa pas que c’était son père. Dans son anglo-espagnol fabriqué elle observait Ana, espérant que sa gêne disparaisse. Puis elle reprit son regard pétillant.

« Oh et puis … tu n’as pas le choix ! Je te prends en otage, on t’offre un verre et un apéro. No puedes rechazarme ! »

Eléonore fronça les sourcils et se rendit compte de son erreur.

« Euh … rechazar pas rechazarme bien sûr. »

Elle se sentait bête, c’était pourtant une erreur de débutant. Tant pis, il fallait passer à autre chose. Sa soirée serait bien plus intéressante avec quelqu’un pour la partager. Et puis les oranges … quand elle le dirait à Jumbo il serait tellement content. Peut-être devraient-ils agrandir la serre… elle le lui demanderait. Eléonore se rendit compte qu’elle fixait les yeux d’Ana, elle se retourna alors.
Elle espérait qu’Ana la suivrait, elle lui dit par-dessus l’épaule :

« J’imagine que tu connais le chemin. »

Elle aurait voulu savoir comment la rassurer, l’assurer qu’elle pouvait se sentir à l’aise. La mettre à l’aise… mais Léo n’était pas du genre à dire des phrases telles que « je t’en prie ne t’inquiète pas » ou à supplier, à mettre des formules de politesse partout, à utiliser tact et délicatesse.
Néanmoins elle vérifia qu’elle la suivait en plongeant son regard dans le sien.

« N’aie pas peur, je suis une vampire au régime. Je me contente de vin, tu es en sécurité. »

Elle lui lança un clin d’œil avant de descendre l’escalier. De toute façon à moins Ana devrait aussi passer par là. Jumbo, dans une chemise blanche, avec sa lentille qui rendait insoupçonnable son œil bleu avait préparé un apéro qui mit la salive à la bouche de Léo.

« MJ voici Ana. Tu sais qu’elle a planté un oranger là-haut ! C’est dingue non ? »

Puis, à l’intention d’Ana,

« Lui non plus, il te fera pas de mal. C’est un daemon domestiqué. »

C’était un moment de vérité. Au Mexique, Eléonore l’avait appris, la révélation des daemoniens avait donné lieu à une guerre civile. De toute façon cela se verrait très vite, un air terrifié s’afficherait sur son visage. Et encore elle ne voyait ni la cicatrice sur le torse de Jumbo ni son vrai œil, ni ses dents. Restait juste la cicatrice qui barrait son œil lui donnant un air de pirate ou de bandit.

« Enchanté Ana, je m’appelle Jumbo Merlin. Voulez-vous partager un apéritif avec nous ? Nous n’avions rien de prévu. »

Il en faisait toujours un peu trop dans la politesse, comme une réserve excessive, surtout avec les inconnus. En même temps vu qu’elle les avait découvert, dans le contexte actuel, il valait mieux la connaître un peu plus, pour connaître ses intentions. Jumbo se méfiait des humains. Humains qui profitaient de privilège sans même s’en rendre compte et qui excluaient ceux qui ne leur ressemblaient point. La politesse le rapprochait de ce statut d’humain, d’être civilisé. Et le ton pouvait devenir subrepticement dédaigneux vu l’ignorance et la fermeture d’esprit de certains humains.
L’ambiance était donc semi-détendue. D’un côté par le rapport de force vécu par Ana, de l’autre par la prudence de Jumbo et le trouble d’Eléonore.
  
MessageJeu 29 Juin - 15:44
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Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Plus de quoi occuper ses mains, Ana se résigne à plonger son regard sombre dans celui de la jeune femme. Les tremblements de sa main ont cessés depuis quelques minutes, à l'instar de sa gorge. Alors, elles sont plantées là, l'une en face de l'autre. Et c'est Elle qui rompt le silence, faisant sourire la mexicaine, lorsqu'elle essaye de trouver quelques mots en espagnol. Son accent est plutôt drôle, presque mignon si elle osait le dire. Sa tentative de la mettre à l'aise réchauffe le coeur de la femme, détend un peu plus son dos hérissé.
Tehwa, lui, ne bouge toujours pas. Caché plus encore entre les boucles brunes de sa jumelle.

Léo la rassure, elle ne dira rien. Elle la complimente même, sur la serre. Et Ana ? Elle ne sait plus quoi dire. C'est si déroutant, depuis tout ce temps, elle s'attend à tellement de complications dès l'instant maudit où elle aura croisé la route d'un des propriétaires. Et depuis ce jour, ce jour où elle a recouvert le dos glacé d'une inconnue endormie de son manteau, elle ne pense qu'à leurs visages... Et maintenant qu'elle est là, devant elle...
Le silence. Des balbutiements. Des excuses. Pathétique. Où est passée la véritable Ana ? Ailleurs...
Et cette jeune femme lui dévoile un si beau sourire, la rassure. Et lui offre de descendre se réchauffer avec elle dans son appartement. Bienveillante, accueillante.

Soudain, son regard devient si éclatant... Ana peine à le relâcher... Et là, la jeune femme fait naitre un rire des lèvres de la mexicaine.

- Dans ce cas-là, si c'est une prise d'otage, no puedo rechazar.

Ana reprend contenance, les couleurs reviennent sur ses joues, elle taquine la propriétaire sur sa malheureuse faute de grammaire. Toujours ce léger sourire sur ses lèvres, elle lui fait comprendre que ce n'est pas grave.

- J'ai parfois encore un peu de peine avec l'anglais, alors qui serais-je pour juger les coquilles.

Leurs regards ne se quittent plus. Plongés l'un dans l'autre, les deux jeunes femmes laissent le silence s'installer entre elles l'espace de quelques secondes, avant que la propriétaire des lieux ne se retourne, lançant une phrase par-dessus son épaule.
Toujours un peu tendue, la mexicaine hésite. Léo est sans doute humaine, peut-être ne montre-t-elle aucune hostilité, mais qu'en est-il réellement ? Ana n'a jamais fait de différence entre les genres, elle ne commencera pas. Seulement, elle a tant perdu à cause de cette guerre entre daëmoniens et humains... L'idée de se retrouver en tête à tête avec l'un d'entre eux, qui plus est si mystérieux que toutes les portes sont fermées lorsqu'elle vient ici. Et pourquoi ne pas connaître l'identité des clients de la société ? Ana hésite. Est-ce raisonnable ?

Pourtant, ce regard... Si doux, apaisant. Pourtant, elle la suit finalement dans les escaliers. Une pointe de malaise encore persistante.
Elle sourit aux remarques de l'américaine avant qu'elle ne descende enfin les escaliers. Ana à sa suite, Tehwa caché dans ses boucles, le poil hérissé.
Et lorsqu'elle pose son pied dans le salon, son coeur fait un bond. Là, devant elle, un gorille colossal, vêtu d'une chemise blanche, un oeil arborant une cicatrice, ayant apparemment préparé un apéro pour tous trois. Oeil écarquillé, il ne tarde pas à reprendre son état naturel, la mexicaine dévoilant un sourire neuf.
Une daëmonienne. Pas humaine, daëmonienne.

*Un daëmon...*

Tewha l'a vu, aussi. Attentif malgré sa cachette, rassuré de cette apparition soudaine. Jumbo Merlin, puisqu'il s'appelle ainsi, se présente, d'une politesse exemplaire.
Une daëmonienne et son daëmon qui se cachent dans un appartement de Merkeley. En soit, rien d'exceptionnellement étonnant dans le monde, plutôt déroutant dans une ville qui se veut utopique – ou presque – à l'intention des daëmoniens. Quoiqu'il en soit, les jumeaux sentent un poids quitter leurs épaules.
Détendue par la présence du daëmon, la mexicaine reste tout de même en retrait alors que sa langue se délie.

- Enchantée. On ne nous a pas laissé le choix, il me semble qu'il s'agit d'une prise d'otage, d'après ce que j'en ai compris. Heureusement que nous n'avons pas mieux à faire, ce serait donc avec grand plaisir.

Ana rit du regard interloqué de ses hôtes à l'étrange mot émanant de sa bouche. Nous. Doucement, elle relève sa main, la dépose paume ouverte à côté de son épaule. Soudain, un petit museau sort de sa cachette, suivit de deux petites pattes, puis du reste de son corps de rongeur. Il se pose sur la main de sa jumelle, cette dernière le ramenant devant elle. Assis dans ses mains en coupe, il les observe quelques secondes.

- Bonsoir, je suis la seconde partie du “nous“, mon nom est Tehwa.

Ana sait que cette phrase sera, pour l'instant, la seule que son frère prononcera. Il lui suffira d'observer, de prendre confiance pour oser prendre la parole plus longtemps. Tehwa n'est pas quelqu'un de bavard. Surtout lorsqu'il s'agit d'inconnus.

- Excusez-nous de ne pas l'avoir dit plus tôt...

... mais il nous est difficile d'accorder notre confiance depuis bien longtemps.

La mexicaine sourit, ne laisse pas le temps à qui que ce soit de reprendre la parole.

- Nous acceptons donc votre invitation.

Tous quatre se dirigent alors vers le salon, Ana s'assied sur un canapé, Tehwa sur ses genoux. Sur la table, face à elle, une bouteille de rouge et quelques verres. D'un geste assuré, l'une de ses mains s'empare de la bouteille, l'autre d'un verre. Elle se retourne, son regard attiré par celui de Léo. D'une voix calme, elle demande s'ils souhaitent un verre. Et de cette main experte, elle sert les verres, les tend aux intéressés avant d'en prendre un pour elle-même. Tehwa ne boit pas.

Assis dans ce salon qu'elle a tant de fois nettoyé, face à face les uns des autres, cet apéro disposé avec attention sur la table, Ana ignore comment redémarrer la conversation. Que peut-elle leur demander ? Que doit-elle dire ?

*Ana, je me méfie encore. Fais attention.*

*Je ne crois pas que nous ne craignions grand chose... laissons leur le bénéfice du doute...*

... parce que ces yeux, ce sourire...

Que peut-elle dire ? A défaut de mots, la jeune femme porte le verre à ses lèvres, laisse glisser plusieurs longues gorgées le long de sa gorge. Lorsqu'elle dépose son verre entre ses mains, elle prend la parole.

- Les oranges ne risquent pas d'apparaître avant un bon moment, mais dès que les premières seront mûres, je vous en déposerai dans un panier. J'ai aussi planté un citronnier depuis peu. Je me suis dit que ça pourrait être sympa d'avoir des fruits et légumes dans la serre. C'est toujours plus agréable à cuisiner que ceux que l'on achète en magasin.
  
MessageJeu 3 Aoû - 23:46
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 172Nombre de RP : 67Âge réel : 21Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?

Ana s'arrêta devant Jumbo. Eléonore sentit un fourmillement familier se répandre à travers les veines. Elle ne supporterait pas un rejet de son âme. Le poids du pistolet appuyait sur son dos. Jumbo posa sa main sur le dos de Léo.

*Elle n'est pas choquée, elle est rassurée, regarde ses épaules et son sourire.*

Eléonore observa le sourire nouveau que la mexicaine lui présentait. Il était différent, il lui plaisait plus mais elle n'aurait pas su exprimer la différence avec celui qui précédait. Elle faisait confiance en Jumbo et en effet les épaules semblait s'être allégée d'un poids. Mais pourquoi ? Qui se sent plus en sécurité auprès des daemoniens ? De plus un gorille balafré et costaud dont l'apparence n'inspirait pas forcément la confiance au premier abord.

*Je suis toujours étonnée que ton analyse, aussi aiguë soit elle, se retrouve aussi perdue quand on parle des émotions des gens. Elle est mexicaine, tu sais ce qui s'est passé au Mexique. Tu peux deviner le reste. *

*Une daemonienne ?*

*Ou un allié. Mais ça ne m'étonnerait pas vu son impressionnante serre. A moins que je ne sois vraiment pas doué.*

*Le grand Mister Merlin serait jaloux ?*


Il ne répondit pas mais elle sourit intérieurement. Sourire qui s'étendit à son visage lorsqu'elle entendit la voix douce et chaude du soleil du sud. Une longue phrase et moins de balbutiements, il semblait que leur invité se soit un peu plus détendue. Elle était polie, elle parlait bien. Eléonore se retint de fermer les yeux tout en haussant les épaules devant Jumbo. Une prise d'otage ? Bon c'est pas la manière la plus élégante de proposer un dîner mais après tout … c'était Léo. Jumbo sourit sans pour autant dévoiler ses dents, de son sourire posé, il jeta un regard sur sa daemonienne qui semblait parfaitement fière d'elle. Sa daemonienne qui n'avait pas interrompu une seule fois la jeune femme. Inhabituel mais pourquoi pas, il attendait de voir la suite.
Cependant le cerveau de Léo remarqua vite l'anomalie dans le discours. Parler à la troisième personne du singulier ? Elle fit instantanément la liste de toutes les raisons qui pouvaient amener à employer ce « on ». Maladie mentale de type schizophrénie ou multiples personnalités, compagnon humain aux environs et probabilité d'une attaque ou d'un imprévu, daemon… pourtant invisible. Léo adopta alors un regard suspicieux, le sourcil levé tandis que Jumbo s'était redressé.
La jeune femme échappa un rire qui fit une impression étonnante chez Léo. Elle eut l'air vraiment décontenancée. C'était moins par rapport à la situation que par rapport à ce que le rire avait fait. Ç'avait été furtif mais elle n'avait aucune idée de ce que ç'avait été. Une espèce de sensation nouvelle, pas désagréable. Elle tirerait tout cela au clair plus tard.
Elle se rendit alors compte qu'une petite bête était sortie de … quelque part sur Ana et s'était mise dans le creux de sa paume. Le regard de Jumbo s'était adouci sur le coup. Elle reconnaissait là le Jumbo d'avant, avant l'accident. Celui qui accueillait avec douceur, bienveillance et tolérance chacun. Il avait toujours cette tendresse particulière pour les daemons et surtout les plus petits. Il donnait une impression très différente selon qui on était. Politesse pour tous mais menace pour les uns et protecteur pour les autres.
Il abaissa légèrement sa tête en guise de respect. Il en faisait toujours beaucoup pour les daemons. Pour lui, ils manquaient de considération de la part de tous alors qu'ils étaient plus intéressants que tous les humains et qu'une bonne partie des daemoniens. On ne faisait pas assez attention aux daemons alors il les traitait mieux que quiconque. Un souci de justice, et un sentiment de fraternité.

« C'est un plaisir Tehwa. »

Eléonore quant à elle, illumina son sourire tout en hochant la tête.

« Eh bien ! » 

Elle n'en rajouta pas plus, cela se voyait déjà sur son visage. Elle accueillait une consœur. La mexicaine s'excusa et laissa une phrase en demi suspens. Ils ne l'avaient pas dit parce que … ni Eléonore ni Jumbo n'avait de mal à deviner la suite de la phrase. Dévoiler que l'on était daemonien ces temps-ci… et depuis toujours en vérité… c'était prendre un risque. Chaque daemonien avait une histoire, certains en avaient une plus lourde que d'autres. Eléonore voulut lui dire que de toute façon elle adorait les surprises mais Ana continua tout de suite. Elle acceptait… ou plutôt ils acceptaient l'invitation.
Ils se dirigèrent tous vers le salon et Jumbo posa le plateau sur la table basse. Il prit le fauteuil et s'y assit tout en croisant ses jambes. Il ne buvait que rarement mais le vin était excellent et il accepta qu'elle lui serve un verre qu'il goûta. Eléonore avait très bon goût en vin. Il hésita à demander mentalement à Tehwa ce qu'il voulait. Il savait que les daemons pouvaient communiquer mentalement entre eux mais songea que c'était sans doute une intrusion qui aurait pu le mettre mal à l'aise aussi il contenta de lui demander à voix basse s'il voulait quelque chose à boire ou à manger en particulier. Il prêta particulièrement attention à la réponse du daemon.
Eléonore s'était d'ailleurs assise à l'autre bout du canapé, les pieds nus et les jambes en tailleur, tournée vers leur invitée. Curieuse mais surtout incapable de s'en éloigner de trop loin ou de s'en approcher trop près. Elle accepta bien sûr le verre de vin en observant le mouvement précis des mains d'Ana. Aussi délicates que son regard, que son sourire, son rire, sa voix...

*Ne le bois pas tout de suite ! *

*Hein ? Mais pourquoi ?*


Il offrit son verre au tintement habituel que l'on fait avant de s'autoriser à boire et prononça un « tchin tchin » français dont ils avaient pris l'habitude dans les dîners mondains. Tout ce qui touchait à la gastronomie et à l'alcool leur rappelait immanquablement leurs origines françaises et surtout leur enfance et le monde duquel il venait. Eléonore mit le verre à la bouche et prit une gorgée se retenant de ne pas finir le verre cul sec. Jumbo lui avait bien fait la remarque que les gens normaux ne buvaient pas du vin comme des shots

*Personne ne boit du vin aussi vite. Si tu ne veux pas qu'on te remarque sur ta vitesse d’absorption de l'alcool et donc qu'on en déduise quoique ce soit alors tu dois y aller plus lentement. Tu tiendras plus longtemps en plus.*

Léo s'en était toujours foutu. Aucun intérêt pour elle, les gens pensaient ce qu'ils voulaient.
Sauf là.

*A quelle vitesse alors ?*

*Regarde son verre et essaie d'en avoir à peu près la même quantité.*


Elle prit donc une gorgée en vérifiant le plus discrètement possible le contenu du verre en face d'elle. Tout à sa concentration elle ne se rendit pas compte qu'un silence s'était installé. Et la mexicaine buvait de longues gorgées, Eléonore fit donc de même. Elle ne pouvait s'empêcher de garder ses yeux rivés sur son invitée et Jumbo retint un sourire moqueur. Eléonore comme ça c'était littéralement une première… Attentive et complètement weird dans sa concentration. Au moins elle souriait, ça lui enlevait ce côté creepy. Ce fut donc Ana qui brisa le silence. Elle n'avait pas planté qu'un oranger mais aussi un citronnier et elle leur proposait de faire un panier de ces fruits.

« C'est très prévenant de votre part mademoiselle. Effectivement c'est toujours plus savoureux quand on utilise en cuisine ce qu'on fait pousser … mais pour certains plats, nous aurions besoin d'un champ entier et de soleil, ce qu'il manque ici. Merci beaucoup de nous en amener nous les dégusterons avec plaisir. Et il est évident que vous pouvez prendre ce dont vous avez envie dans la serre … après tout c'est le fruit de votre travail. »

« J'ai hâte ! En gros elles seront mûres cet été ?»

Jumbo regardait Léo quand il se rendit compte qu'elle avait toujours son pistolet derrière elle. Une lueur de panique passa dans ses yeux mais il lui revint à la discussion comme s'il n'avait rien vu.

*Léo tu n'as pas rangé cette chose ?*

*Ah merde j'avais oublié.*


« Excuse moi deux secondes. »

Elle disparut alors et s'empressa de ranger l'arme sous une pile de vêtements dans sa chambre fermée à clef. Elle revint pendant que Jumbo finissait sa phrase. Elle n'eut pas à expliquer quoi que ce soit à propos de la téléportation, elle parlait d'elle-même, et puis son pouvoir était assez connu.

« Vous êtes dans la zone de Merkeley depuis longtemps ? »

Alors que Léo aurait déjà mis ses énormes sabots dans le plat en demandant quelque chose à propos de l'immigration du Mexique ou bien du statut de daemonien, autant de choses qui pouvaient être douloureuses, Jumbo lui rentra sur un terrain neutre, se souciant déjà de la qualité de vie d'Ana, qu'il espérait assez bonne.
Eléonore voulait dire quelque chose, elle voulait vraiment participer mais rien ne lui venait à l'esprit. Pas une vanne, pas de provocation. Elle attendait juste la réponse d'Ana, elle voulait juste en savoir plus sur elle.
Elle but sans faire exprès une longue gorgée de vin avant de piocher des chips aux légumes. Elle jeta un regard noir à Jumbo quand elle sentit le goût de la carotte au lieu du gras habituel des chips classiques.

« Le soleil du Mexique … enfin c'est de là d'où tu viens non ? Il te manque pas trop ?»

C'est vrai qu'on entendait les éléments se déchaîner d'ici. En haut d'une tour les vents étaient d'autant plus violents. Jumbo espérait que ça n'était pas un présage de pluie ou d'orage. Ils étaient bien mieux ici que dehors. On aurait dit un cataclysme. Alors qu'à l'intérieur il faisait bon et la lumière était tamisée. Décidément Jumbo pensait à tout. Il ne manquait qu'un petit fumet s'échappant de la cuisine. Que prépareraient-ils ce soir ?
Eléonore n'avait pourtant pas faim. Et elle ne ressentait pas non plus cette envie lancinante de finir le verre. Par contre les yeux foncés d'Ana étaient particulièrement intéressants.
  
MessageVen 24 Nov - 15:22
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Date d'inscription : 01/10/2016Nombre de messages : 192Nombre de RP : 34Âge réel : 23Copyright : Rafi & Aki ♥Avatar daëmon :
Ana E. SantiagoEstoy en llamas
Lumière tamisée, vin et apéro. Verre déposé sur la table. Les mains d'Ana ne peuvent s'empêcher de torturer son vêtement. Tehwa est assis sur les jambes d'Ana, collé contre son ventre. Il observe, ne dit rien. Et se contente d'être le simple spectateur de cette rencontre étrange. Spectateur des émotions éparses envahissant le corps de sa jumelle.
Elle ne semble pas paniquée, aucune crise à craindre. C'est plutôt déroutant, sachant que le moindre petit rond dans l'eau lui donne des sueurs froides. Rassurant plus qu'inquiétant, Tehwa reste tout de même sur ses gardes. Malgré le fait qu'il doute de craindre quoique ce soit ici, avec une daemonienne et son daemon. Cela étant, ils se cachent. Ca demande réflexion quand au danger...
Tehwa avance soudainement son museau, ses pattes, et se couche sur les mains de la mexicaine, qui se détend à ce contact. Arrête de tourner le tissu entre ses mains. La tête du phalanger dans une main, elle se met à lui caresser délicatement le dos. Pour se rassurer.

Le daemon, Jumbo, est extrêmement bien élevé. Une diction irréprochable, des manières plus que parfaites. Et Ana sourit doucement le long de son discours. Ils ne lui feront rien. Parce qu'ils ne semblent pas dangereux. Parce que la jeune femme a ce regard si profond, captivant. Qu'elle ne parvient pas à relâcher.
Le gorille accepte avec plaisir la proposition d'Ana, de leur laisser un panier de fruits et légumes lorsqu'ils seront mûrs. Et lui propose même d'en prendre, elle ne se le fera pas dire deux fois. Elle se souvient encore du potager de sa maison, au Mexique. Qu'est-ce qu'il lui manque... Tout y poussait. Alors, elle sourit à Jumbo, quittant l'espace d'un instant le regard de la jeune femme.

- Je prendrais avec un grand plaisir quelques légumes et fruits. Je n'ai pas l'occasion d'avoir un potager chez moi.

Et son regard retourne vers Eléonore, reprenant la suite de la conversation, lui demandant quand est-ce que les oranges seront mûres. Et avant même que la mexicaine ait le temps de répondre, la propriétaire des lieux s'excuse soudainement et disparaît.
Yeux ronds, Ana observe la place vide laissée par la daemonienne. Téléportation. Et dans le vague, elle perçoit la voix de son hôte continuer la conversation. Seulement, elle est bien trop étonnée par cette facilité déroutante que les américains ont de dévoiler leur don au grand jour. C'est si différent, chez elle... Au Mexique...
Et, aussi subitement qu'elle était partie, la silhouette d'Eléonore réapparaît. A sa place.

L'esprit d'Ana revient dans la réalité, son regard se tourne vers Jumbo. Elle sent qu'il lui a posé une question, mais n'a rien écouté. Elle sent son pouls battre plus vite. Et la voix de son jumeau s'élève dans sa tête.

*Il t'a demandé si nous étions depuis longtemps dans la zone de Merkeley.*

La mexicaine soupire.

*Merci, Tehwa.*

Elle sait qu'il sourit, regard fixé sur les deux silhouettes de leurs hôtes. Ana stoppe quelques secondes de caresser le dos du phalanger de ses doigts, pour venir se saisir de son verre. Et boire une longue gorgée de vin. Son verre est vide. Elle le dépose sur la table, là où elle l'avait laissé quelques secondes plus tôt. Sa main retourne se poser sur le dos de son jumeau, douce.

- Quelques mois seulement, mais nous étions à San Diego, avant. Nous sommes aux Etats-Unis depuis un peu plus longtemps, du coup.

- Le soleil du Mexique... enfin c'est de là d'où tu viens non ? Il te manque pas trop ?

L'oeil de la mexicaine se tourne vers la jeune femme, son coeur ressent un étrange soubresaut. Qu'elle ignore. Et ce lien, elle le maintient. Déstabilisée par son visage.

- Le soleil me manque, oui.

Un sourire se fraye un passage sur ses lèvres, doux, nostalgique. Presque triste. Ses soleils lui manquent. Ses soeurs, sa grand-mère, son frère. Tous. Ils lui manquent et ce déchirement au coeur depuis son départ ne se referme pas. Il s'agrandit de jour en jour, loin de cette famille pour qui elle respire encore aujourd'hui. Pour qui elle se bat. Travaillant jour et nuit, inlassablement, pour payer cet appartement. Pour les faire venir ici, tous, un jour. Enfin.
Le soleil ne lui manque pas, c'est un mensonge. Il est le même partout où l'on va. Le pays ? Plutôt retoucher la mort du doigt que d'y retourner ne serait-ce que l'espace d'une seconde.

Dehors, le vent gronde. Le ciel de nuit recouvert sans doute d'une couche de nuages orageux, prêt à engloutir Merkeley sous les torrents de pluie. Une tempête se prépare, si douce comparée à celle qu'elle a pu vivre là-bas...
Le Mexique ne lui manque pas. Ne leur manque pas. Tehwa, elle, les cauchemars...

Ana n'a pas brisé le lien, son regard toujours planté dans celui d'Eléonore.

- Nous sommes bien mexicains, là où la nourriture vous arrache le palet alors qu'elle ne fait que chatouiller le nôtre.

Elle sourit, se sent étrangement à l'aise. Et laisse échapper un léger rire. Malgré cet instant déroutant de nostalgie, elle se sent bien. La femme a ce quelque chose qu'elle peine à décrire qui ne l'inquiète pas. Qui la séduit.
Elle en aura mis du temps à se réadapter au monde. A concevoir à nouveau les rencontres. Et pourtant, elle parle à des inconnus.

- Je crois que ce sont les tamales et les empanadas de ma grand-mère qui me manquent le plus. Quoiqu'elle m'a appris à les faire. Cela dit, c'était beaucoup plus amusant quand on les faisait à plusieurs.

Ana sourit, repensant aux longues journées de cuisine en famille.

- Et vous, vous êtes d'ici ? De Merkeley ? Ou d'ailleurs ?
  
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