La mauvaise herbe n'est jamais qu'une plante mal aimée.

 
  
MessageSam 1 Avr - 5:17
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Date d'inscription : 13/07/2016Nombre de messages : 123Nombre de RP : 52Âge réel : 20Copyright : AkiAvatar daëmon :
Eléonore LovelaceWhat did you expect ?


« Non mais c'est quoi ça …. ça se mange pas c'est trop dur ! »

« C'est du butternut, une courge. C'est très bon pour la santé. »

Eléonore ne put retenir un soupir bruyant et posa la chose dans le sac en plastique que lui tendait Jumbo. Elle se plaça de nouveau sur le caddie déjà bien remplie avec un regard catastrophé.

« Jumbo je te préviens si tu achètes que des trucs comme ça je te quitte. »

L'ignorant royalement il se mit derrière elle pour prendre les rennes du caddie. La roue arrière droite opposait un peu de résistance, comme souvent au Bronx. Il s'arrêta pour prendre des tomates, Eléonore gémit.

« Pas la peine de faire ton cinéma, on va en prendre du coca et toutes tes cochonneries. »

Léo leva les yeux au ciel en souriant à moitié. Depuis quelques temps son Jumbo avait bien repris du poil de la bête. Avec sa lentille et son gros sweat on n'y voyait que du feu. Elle aussi rien n'était visible des restes de l'accident, elle avait repris de la vigueur dans les jambes qui ne lui permettaient toujours pas de courir et elle avait toujours cet espèce de hoquet de téléportation parfois mais le reste allait. Bon par contre la nouvelle obsession de Jumbo avec la nourriture allait un peu trop vers le healthy à son goût mais c'était mieux que rien. Surtout qu'il mangeait pour quatre, depuis qu'il avait repris du poids il s'était mis à se muscler à côté. Dès qu'il avait pu avoir suffisamment de forces, il l'avait accompagné à l'hôpital, elle réapprenant à marcher d'un côté et lui faisant des pompes, des abdos, des squats, soulevant des poids de plus en plus gros. Il était devenu un mastodonte. Il avait toujours été un peu gros, parfois avec un bidon, mais là sa carrure était impressionnante.
Au début ils évitaient de sortir, pour ne pas affronter le regard des autres mais ils avaient dû sortir, faire leurs courses à côté puisqu'ils n'avaient plus de voiture et préféraient éviter l'usage de celle-ci vu les angoisses qui en ressortaient. Angoisses niées par Léo bien évidemment.
C'est vrai que dans le supermarché du coin ils avaient un drôle d'air. D'un côté un imposant gorille avec sweat et casquette (et un air classe quand même), de l'autre une jeune femme au jean noir troué et une sucette à la bouche, les cheveux ébouriffés (et pas d'air classe).
Dès qu'on les regardait avec un air bizarre, Léo lançait froidement une pique.

*Tu ne te lasses pas ?*

*De quoi ? Et pourquoi maintenant on parle plus à haute voix.*

*D'insulter les gens. Parce que j'aimerais bien qu'on passe inaperçu de temps en temps.*

*Passer inaperçu ? Tu peux compter là-dessus.*


Eléonore mit fin à la discussion en se téléportant près des paquets de céréales pour en prendre trois énormes et très sucrés après avoir longuement hésité entre les chocapic et les miel pops.

« Trois ! Tu ne vas jamais les manger … et c'est moi qui vais encore porter les courses j'imagine. »

« Ah bah maintenant tu parles. Au moins on reviendra pas la semaine prochaine, et puis tu mesures plus de 2 mètres pour … beaucoup de muscles, tu vas me faire pleurer… »

Au moins une chose n'avait pas changé après l'accident, ils se chamaillaient encore.

***



Jumbo était harnaché comme un mulet, il haletait. Arrivé en haut des escaliers il posa lourdement des sacs sur le plancher qui grinça. Léo passa devant en sautillant, elle inscrivit le code, zippa le passe et la porte blindée s'ouvrit.

« Après vous… »

La porte se referma en coulissant, sans un bruit, derrière eux. Jumbo avançait vers la cuisine tandis qu'Eléonore se regardait dans le miroir. Elle enregistra qu'il y avait un manteau sur le porte manteau qui était d'habitude inutilisé. L'information s'inscrivit dans le fond de son cerveau, observation sans intelligence. Elle murmura comme à elle même.

« Sympa le ...»

Jumbo plaqua sa main rugueuse contre la bouche de Léo pour empêcher tout autre son d'en sortir. Elle vit son regard sérieux et alarmé et compris aussitôt. Il y avait quelqu'un chez eux. Un manteau de femme… mais ce pouvait être n'importe qui au fond. Il était tard presque l'heure du dîner et le soleil se couchait déjà. Ce n'était certainement pas son père ni la femme de ménage qui partait toujours à l'heure.
Un voleur ? Mais comment aurait-il su pour leur planque ? La police suite au passage à tabac la semaine passée d'un daemonophobe ? Une vengeance ? Eléonore se téléporta vers sa chambre. Bien fermée, tout comme celle de Jumbo. Elle se téléporta ensuite à l'intérieur et prit son arme. Quand elle en sortit, elle vit Jumbo inspecter le sol et d'éventuelles traces. Un silence planait sur l'appartement.

*Pourquoi tu as pris le pistolet tu ne sais même pas t'en servir !*

*Il ne le sait pas ça.*


Le regard d'Eléonore était aussi dur et inflexible que de l'acier. Ses yeux verts brillaient d'une violence à peine contenue. Les sourcils de Jumbo était froncé, il ouvrit sans un bruit la porte de la bibliothèque tandis que Léo tendait les deux bras, les doigts fermés sur la gâchette. Sans avoir même pensé à enlever le loquet de sécurité. Ils passèrent en revue les différentes pièces… personne. En chuchotant Léo se tourna vers Jumbo,

« Ça doit être un oubli de la femme de ménage, y'a personne ici. »

C'est vrai qu'ils devenaient parano. S'exciter autant pour un manteau oublié… mais ces derniers temps ils recevaient tellement de violence et de haine que leur échelle de valeur avait changée et une intrusion dans un lieu aussi secret pouvait être un danger important. Léo baissa les bras, le regard encore sérieux quand elle vit Jumbo lui faire signe de se taire tout en fermant ses deux yeux. Il écoutait.

*Il se passe quelque chose en haut.*

*La vache ton ouïe s'est vachement développée...*


Eléonore se transporta sur le toit. Le vent plaqua son t-shirt contre elle, elle retint un frisson qui parcourait sa colonne vertébrale. Le bruit du vent sur un toit était sifflant. Ses cheveux détachés s'envolaient partout, lui gâchant en partie la vue. Elle braqua quand même son viseur devant elle et malgré l'obscurité, aperçut une ombre. Impossible de l'entendre par contre. La porte de la serre était ouverte. Un lampe grésillante avec un éclairage doux rendait la visibilité confisquée par la nuit.
Devant le spectacle, Léo baissa son arme.

*C'est qui elle ?*

*La femme de ménage.*


Jumbo était arrivé derrière elle, il restait dans l'obscurité mais elle sentait sa présence. Ils étaient cachés du regard de la jeune femme, très concentrée par ailleurs. Elle sentit son sourire dans son dos.

*Comment ça tu connais la femme de ménage ?*

*Ton père me fait plus confiance qu'à toi. Allez range cette arme tu vas l'effrayer. Je vais faire préparer un petit apéritif en bas. Tu penses qu'elle préfère le thé ou que c'est le moment pour l'apéritif ?*


Il ne laissa pas Eléonore répondre, c'était une question rhétorique. Elle était hypnotisée, dans la semi pénombre. Incapable de faire un pas ou prononcer un mot, d'esquisser un sourire. Elle ne savait pas elle-même ce qu'elle pensait. Elle observait juste les gestes sûrs et minutieux de la jeune femme. Sa peau mate témoignait de ses origines du sud, le Mexique ou l'Amérique latine… Ses cheveux étaient d'un noir profond et des mèches semblaient vouloir revenir devant ses yeux. Eléonore ne pouvait voir son visage mais elle sentait l'importance du travail que la jeune femme entreprenait. Elle avait presque l'impression d'être face à un pianiste en plein morceau. Le vent soufflait tout autour de cette serre solide, criant autour des murs de verre comme s'il voulait les briser. Cette serre emplie de bijoux, dorénavant plus luxuriante qu'elle ne l'avait jamais été, avec des plantes plus étonnantes les unes que les autres. Cette nature harmonieuse en complète rupture avec l'allure chaotique d'Eléonore, habillée comme une rockeuse, un pistolet caché dans son pantalon arrière, un perfecto encore sur les épaules et des bagues plein les doigts y compris une bague prenant deux doigts qu'elle avait acheté dans une boutique bizarre.
Eléonore était désemparée et n'arrivait pas à mettre les mots dessus. C'était nouveau et étrange. Elle n'avait pas envie de parler et en même temps le silence la gênait.
Bon sang un peu de courage je suis pas une perverse qui mate des gens… en même temps elle est dans ma maison...

Ce fut le moment idéal pour que son don se déclenche sans qu'elle le lui demande. Elle se téléporta trente centimètres au-dessus des outils, à quelques mètres de la femme de ménage. Le fracas métallique aurait pu réveiller un mort. Eléonore maudissait cette espèce de maladie bizarre.

« Putain !»

Le cri était sorti tout seul. Encore assise entre des sécateurs et des seaux qui rentraient à moitié dans sa chair, elle maugréait mentalement quand elle se rendit compte une nouvelle fois qu'elle n'était pas seule, et certainement plus invisible. Elle leva son regard et sourit par habitude mais avec une pointe de malaise en plus.

« Euh bonjour… je suis … en fait j'habite là. »

Elle se frotta la tête qui avait cogné contre un bac en bois dans la chute et se releva avec un semblant de dignité. Elle effaça ses balbutiements de présentation et se reprit aussitôt. Elle savait être à l'aise. Son sourire habituel dont on ne savait discerner s'il était moqueur, joueur, innocent, dangereux, se posa sur ses lèvres et elle parla sans une hésitation

« Moi c'est Léo. Tu veux pas rentrer à l'intérieur ? Enfin en bas, ici il caille un peu. »

Malgré l'air de nonchalance, Eléonore observait attentivement le visage et le langage corporel de la jeune femme. Elle avait du mal à deviner les gens et s'appuyaient sur les signes qu'elle pouvait décrypter pour comprendre ce qu'ils pensaient. Et si d'habitude elle se fichait éperdument de ce que pouvait penser les gens elle faisait attention.
Maintenant qu'elle pouvait voir le visage de la femme de ménage elle se rendit compte que ses yeux et son regard lui disaient quelque chose. Elle gardait tout de même une certaine réserve de voir une humaine inconnue chez elle. Depuis ces derniers temps les seuls humains dont elle ne se méfiait pas se comptaient sur les doigts d'une main… d'une demi main en fait. De deux doigts. Kyle et Elisa. Et encore Kyle était un militaire donc il pouvait potentiellement l'arrêter s'il le voulait.

*N'empêche pourquoi tu m'avais pas dit que c'était pas une mama mexicaine !?*

*Parce que tu pensais que c'en était une ? Ah non pitié.*


Eléonore l'entendit rire mentalement. C'est vrai que la femme de ménage était tout sauf ce qu'elle avait imaginé. Elle était bien plus agréable visuellement.
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