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Rafael GarcíasNothing will be the same...
Kyllian Griffin & Rafael Garcías ▬ Delilah & Kaya
Everything's that's broke leave it to the breeze
Le sursaut secoua papiers, crayons, ordinateur, jusqu'à la boule de poils qui s'était blotti contre son bras. Le cœur battant, Rafael lança des coups d’œil effarouchés à son environnement qui n'était éclairé que par la luminosité d'une lampe de bureau et de l'écran de l’ordinateur, il fallut encore quelques inspirations précipitées avant qu'il ne se souvienne du lieu où il se trouvait.

Habituée de ces nuits, Delilah tenta de se remettre de ce réveil en d'en chasser la mauvaise humeur qui pouvait en découler. Elle se redressa doucement sur le bureau en laissant échapper un bâillement tandis que son compagnon se laissait aller sur le dossier de son fauteuil et tentait de chasser les images qui l'avaient extrait du sommeil qui l'avait assommé quelques instants auparavant. Silencieuse, elle observa ces mains tremblantes qui se posaient sur les traits de son visage avant d'aller repousser en arrière ces cheveux.

▬ " Lo siento. " Presque un rituel, Rafael s'excusa auprès de la créature qu'il entraînait dans ses maux avec une dégoûtante application. Non-content d'avoir un esprit sournois bien décidé à profiter du moindre moment de faiblesse pour le tourmenter il devait aussi y inclure la miss qui, si elle ne s’obstinait pas aussi à venir se lover contre lui, passerait de bien meilleur nuit. Mais il fallait croire que Delilah préférait amplement partager ses sueurs nocturnes plutôt que de les ignorer en allant se coucher un peu plus loin. D'ailleurs elle ne réagit pas particulièrement aux excuses de son compagnon et, après un léger étirement, descendit un peu lourdement du bureau pour se traîner vers l'espace cuisine.

Sa nuit était finie, il le sentait dans les battements de son cœur qui avaient du mal à revenir à la normale et aux images ancrées derrière ses paupières. Il n'eut même pas l'envie de regarder l'heure, indifférent au temps conséquent qui devait lui rester avant le lever du soleil. Le regard levé au plafond il laissa son corps aux tourments qu'il s'assénait et écouta les fouilles de Delilah avant d'entendre ses pas revenir vers lui et grimper à nouveau sur le bureau. Il sentit son regard sur lui mais mit quelques instants avant d'avoir la motivation nécessaire pour se redresser et ce n'est qu'une fois cela fait que la demoiselle lui tendit quelques carrés de chocolat. Machinalement mais sans véritable envie, Rafael attrapa ce morceau de friandise et observa la créature grignoter les carrés qu'elle n'avait pas oublié de prendre pour elle. Toujours dans un état second, il ne croqua dans le chocolat que lorsqu'il rencontra le regard inquisiteur de Delilah qui tenait de toute évidence à ce que son don soit consommé.

▬ " On y va ? " Ce n'est qu'une fois satisfaite que la demoiselle l'interrogea sereinement en reconnaissant le regard égaré de son compagnon. Il peinait à refaire surface, elle connaissait les rouages de ces nuits ainsi que leurs parades et savait identifier les réponses appropriées aux diverses crises.

Ils avaient donc quitté leur appartement en silence et furent recueilli par l'obscurité de la nuit. Rafael glissa ses mains dans sa poche tandis que la créature se blottissait dans sa capuche pour affronter la fraicheur qui régnait à cette heure. Il l'entendit bâiller à nouveau et tandis qu'elle commençait à nouveau à somnoler il sentit son propre esprit se vider doucement. Après cette vague usante d'angoisse le silence s'installa, inspirant un néant plus reposant que déroutant dans sa tête qui à défaut de sommeil se contentait de ces moments où elle n'était plus sollicitée.

Il commençait à connaître les recoins de Merkley, l'environnement se faisait familier même si la nuit et l'éclairage synthétique des lampadaires rendaient le paysage un peu particulier. Mais Rafael n'y apportait aucune attention, il ne faisait même pas garde au chemin qu'il empruntait et ne réagit pas lorsque les habitations disparurent au profit de la forêt et que la lune devint sa seule source de lumière, il marchait et respirait l'air frais car c'était là tout ce qu'il avait besoin et s'occuperait du chemin du retour lorsqu'il en aurait envie, pas avant.

Mais aussi vide que puisse être son esprit il demeurait des apparitions capables d'invoquer sa conscience, des apparitions venues d'un autre âge qui ne pouvaient souffrir de son état cathartique. Alors quand son regard se posa machinalement sur le véhicule qui occupait une place de stationnement le pressentiment gela ses pas. Il ne savait pas combien de temps il avait marché et ne s’aperçut guère qu'il ne connaissait pas la rue qui se présentait à lui. Il stoppa sa marche bien avant de comprendre les messages de sa mémoire qui s'évertua à se faire une place dans le néant de son esprit. Attiré par l'apparition, Rafael dû s'approcher de la moto pour en avoir le cœur net. Sentant l'évolution d'humeur de son compagnon, Delilah sortit de sa somnolence pour extraire sa tête de sa cachette et jeter un coup d’œil aux alentours. Malgré le faible éclairage d'un lampadaire à bout de souffle Rafael ne tarda pas à voir les traces d'un passé sur l'appareil, d'un passé qu'il connaissait et qu'il avait même vécu pour certaines.

À la recherche d'une confirmation notre homme sorti une de ses mains pour poser ses doigts sur la selle, réflexe de l'illusionniste habitué aux frasques du regard, et il sentit son cœur louper quelques battements lorsqu'il sentit l'assise sous sa main. Maintenu en haleine par le brouhaha dans l'esprit de son compagnon, Delilah ne résista pas plus longtemps et grimpa sur son épaule pour elle aussi observer le sujet de toute cette animation. Et tandis qu'elle analysait à son tour cette apparition Rafael lui en avait le cœur net et releva le regard vers les alentours pour localiser un autre indice avant qu'un son métallique n'attire son attention en arrière, vers le garage automobile d'où filtrait un rayon de lumière.

Soudainement enthousiaste, Delilah tourna elle aussi son museau vers l'établissement et prit un bref instant de réflexion.

▬ " Ils sont là ! " Moins encline à l’appréhension sur ce coup-là, la créature descendit agilement de Rafael avant d'ouvrir la voie sans même prendre on considération l’amorce de protestation de son compagnon.

▬ " Non attends ! " Le murmure fut nerveux et totalement ignoré par la demoiselle qui pour une fois ne semblait pas s'inquiéter des quelques mètres qui les séparaient progressivement. Et s'ils se trompaient ? Et s'ils ne se trompaient pas ? Et si ce n'était pas le moment ? Et s'il était trop tard ? Le vide de son esprit s'était de nouveau vu investi par des angoisses imprévues et surtout inédites, le désarmants un instant en le plantant au milieu de ce trottoir. Son corps décida comme à son habitude de le trahir, n'attendant pas que sa conscience choisisse pour finalement suivre Delilah dans un automatisme que l'angoisse aurait bien voulu contrecarrer.

Quelques pas lui furent nécessaire à l'intérieur pour retrouver sa compagne qui triomphait avec un enthousiasme presque outrancier face à l'état de Rafael. La miss bondissait sur place, rongeant le frein qui n'avait été que l'absence de son daemonien. Ce dernier réussi à traîner son appréhension jusqu'à la demoiselle en rangeant de nouveau sa main dans sa poche, lui ouvrant ainsi la perspective sur le noctambule qui tenait le garage éveillé à cette heure. La patience de Delilah s'acheva là et elle s'élança avec un léger rire dont Rafael se nourrit pour repousser juste assez loin ses craintes afin d'afficher un fin sourire pour ses retrouvailles qu'il avait espéré plusieurs années mais que son esprit rendait bien plus nerveuses que prévu à un point qui l'empêcha de s'exprimer autrement que par ce sourire.
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MessageVen 12 Mai - 4:51
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Everything that's broke

Leave it to the breeze


Rafael Garcias & Delilah | Kyllian Griffin & Kaya | Garage Flynt | mai 2017






Les yeux ouverts, couché sur le dos, Kyllian fixe le plafond. Toutes les lumières de la maison sont depuis longtemps éteintes et plus un son, sinon celui occasionnel des branches raclant la fenêtre sous l’effet du vent, ne vient perturber le silence depuis plusieurs heures. Il a eu beau s’être tourné, retourné d’un côté puis de l’autre, rien n’y fait. L’insomnie est plus forte que son épuisement.

Il avait déjà souvent de la difficulté à bien dormir et trouver le sommeil, tenu éveillé par des cauchemars aux allures de flashback plus réalistes que ses souvenirs eux-mêmes, avant. Suite aux récents évènements, aux nouveaux souvenirs qui viennent hanter ses nuits dès qu’il ferme les paupières, sa situation s’est encore davantage détériorée. Il semble d’ailleurs qu’il entame sa quinzième nuit d’affilé d’insomnie.

Aussi, comme les jours précédents, Kyllian pousse finalement un profond soupire avant de repousser les draps et se lever. Dans l’ancienne chambre de Demelza, chez les Flynt où il réside depuis un peu plus de deux semaines, le daemonien cherche ses vêtements du regard. Il s’habille sans faire de bruit puis ouvre la porte pour s’engager dans le corridor de l’étage. À cet instant, il entend le bruit des griffes de Kaya racler le sol alors qu’elle se lève pour le suivre sans prononcer un mot. Il ne souhaitait pas la réveiller, mais à vrai dire, il ignore si elle dormait ou non.

Depuis cette fameuse nuit, quelque chose s’est brisé entre eux. Quelque chose qui bloque désormais leur connexion, qui était pourtant si fusionnelle, et qui l’empêche de lire sa moitié en autre chose que des échos imprécis. Quelque chose qu’il craint ne pas savoir comment réparer, ni s’il en a l’envie ou la force.

Car depuis cette nuit, il ne survit qu’une heure à la fois. Au bout de chaque heure, il savoure la victoire amère de sentir l’air toujours pénétrer ses poumons. C’est tout. Pour le reste, il s’occupe les mains afin d’embrouiller son esprit, pour ne plus penser. Entre cet état et son manque de sommeil, il ne fait que tanguer de sa chambre au garage ou il travaille, tombant endormi sans s’en apercevoir sur le coin d’un table ou adossé au mur extérieur de la maison alors qu’il sort prendre une cigarette.

Et les Flynt le laissent tranquille. Étonnant, d’ailleurs, pour Beth qui a tellement tendance à materner tout le monde, en particulier ceux qu’elle considère comme sa famille. Mais ils ne lui posent pas les questions qu’il sait leur brûle les lèvres et se contentent de le surveiller de loin. Il voit bien l’inquiétude dans leurs regards et sait qu’il leur a fait mal, au-delà des mots aussi, par son geste raté. Il voudrait les rassurer, mais ne sait pas comment, alors il s’applique simplement à garder la tête hors de l’eau. Et Kyllian s’en veut de leur faire subir tout cela. Une autre note à ajouter à la longue liste des choses pour lesquelles le daemonien se ronge de culpabilité.

Kyllian descend les escaliers sur la pointe des pieds puis se dirige vers la porte arrière donnant directement dans le garage de mécanique automobile de son parrain. Après avoir refermé derrière lui, il allume la lumière puis commence aussitôt à s’affairer. Faute de voiture actuellement au garage pour réparation, il entreprend de ranger l’établi et le comptoir de travail. Kaya, elle, saute sur le vieux canapé défraichi au fond de la grande pièce, s’y roule en boule puis, faisant dos à Kyllian, ferme les yeux de nouveau.

Le mécanicien passe l’heure qui suit à trier différents outils et pièces mécaniques, à nettoyer des surfaces et à balayer le plancher. Bientôt, néanmoins, il ne reste plus rien à faire, ses nuits d’insomnie précédentes ayant déjà accompli une partie du travail.

Alors qu’il se lave les mains dans le grand évier industriel, y enlevant traces de graisses et d’huile à moteur, il croise le regard de son reflet dans le vieux miroir accroché devant lui. Sur le coup, il se fige, ne se reconnaissant pas tout à fait. L’homme qui le dévisage à d’énormes cernes sous les yeux, qui eux sont ternes, injectés de sang et creux dans leurs orbites. Ses joues sont plus creuses qu’à l’habitude, lui donnant un air presque malade, et sa barbe de plusieurs jours couplée à ses cheveux sombres éternellement en bataille lui donne l’air d’un clochard. La comparaison le ferait presque rire. Il n’en est pas loin, après tout, et ce depuis toujours. Cet homme qui le regarde lui est à la fois intimement connu et infiniment étranger. Se perdre soi-même est quelque chose qu’on pourrait penser impossible, mais qui laisse un gout amer et très réel au fond de la bouche.

Kyllian avale de travers puis ferme les yeux quelques instants, le temps de prendre une grande inspiration. Il se penche ensuite vers l’évier et s’asperge le visage d’eau froide. Il se promet à lui-même que lorsqu’il rentrera à l’intérieur, il ira aussitôt se raser. Il tente ensuite tant bien que mal de refaire de l’ordre dans ses cheveux. L’une de ses mèches rebelles lui donne du fil à retordre, celle-là même que Karolinja aimait particulièrement.

L’homme grimace à cette pensée, le vide dans sa poitrine se rappelant brutalement à lui. C’est avec l’impression d’étouffer qu’il se dirige rapidement vers la porte donnant à l’extérieur et ouvre celle-ci, laissant l’air frais du printemps entrer dans le garage. Il a besoin d’air. Il a besoin de frissonner pour que son corps reprenne toute la place sur son esprit. Jusque-là, ce soir, il a réussi à ne pas se laisser aller aux souvenirs de Karo, de sa fausse couche, de la mort de leur bébé et de leur séparation qui en a suivi, ni aux sombres idées qui lui avaient presque arraché la vie de ses propres mains par la suite. Certes, arrêter d’y penser est impossible. Il pense à eux constamment, à chaque instant. Mais s’occuper aide à ne pas sombrer, à s’accrocher désespérément au présent.

Soudain frappé d’un énorme coup de fatigue, Kyllian se dirige vers le vieux canapé ou est installée Kaya et se laisse tombé à côté d’elle, laissant la porte du garage ouverte sur l’extérieur. Un instant, il vient pour poser sa main familièrement sur la fourrure du coyote, mais se ravise au dernier instant. Kaya lui en veut. Énormément. Et lui s’en veut encore plus de l’avoir blessée si profondément et de continuer à la faire souffrir par son propre mal d’exister.

Kaya, entendant du bruit avant lui, redresse la tête et couche les oreilles contre son crâne en fixant la porte. Quelques instants plus tard, Kyllian entend des pas puis, sans crier gare, sans lui laisser le temps de se préparer, ils sont là. Rafael et Delilah. Deux apparitions dignes d’un rêve ou d’une mauvaise blague, il ne saurait dire. Son cœur rate un battement et il reste cloué sur place, là, tout simplement assis sur le canapé, incapable de bouger. Rafael lui sourit, mais lui ne peut que le fixer, le dévisager.

Mais Rafi ne peut pas être là. Rafi est au Mexique, peut-être même n’est-il même plus vivant, pour ce qu’il en sait. Il l’a cherché longtemps sans jamais parvenir à le trouver et à rêver de ce moment trop de fois ces trois dernières années pour que comme ça, tout bonnement, à ce moment précis de sa vie, il apparaisse sur le pas de sa porte. Alors il doit rêver, s’être endormi, écroulé de fatigue, sur le vieux canapé de son parrain. Ou alors il hallucine. N’a-t-il pas cru entendre des pleurs d’enfants en se réveillant en sursaut, il y a quelques jours, alors même qu’il n’a jamais eu le bonheur d’entendre ceux de son fils ? L’imagination est quelque chose de bien cruel, parfois. Comme là, maintenant. Il aurait tellement besoin de son ami, de se raccrocher à quelque chose et d’avoir le plus infime des aperçus de son histoire de vie sans uniquement y voir des morts. Cruelle et sadique, cette imagination.

Le rire de Delilah fait battre les oreilles du coyote et Kaya saute en bas du canapé, se ruant vers le coati qui court elle aussi dans sa direction. Puis, lorsqu’elles se rencontrent enfin, Kaya enfouit son museau dans la fourrure de Delilah et une vague d’euphorie la submerge, s’étendant jusqu’à l’esprit de Kyllian. Ses yeux ambrés s’illuminent alors et elle devient plus excitée qu’un chiot. Elle n'a pas été aussi vivante depuis des jours. C’est la voix aigüe, presque hystérique, qu’elle dit :

« Ils sont là ! Kyllian ils sont vraiment là, c’est eux ! »

Lentement, Kyllian se redresse. Incertain, prudent, il esquisse quelques pas en direction de son ami qu’il n’a pas vu depuis tellement longtemps. Il ne comprend pas très bien ce qu’il ressent. Quelque chose entre l’incrédulité et la peur, peut-être. L’euphorie de Kaya également, et sa propre joie sourdes à la possibilité que ses yeux ne lui mentent pas. Il arrive enfin devant lui et l’image ne s’est pas dissoute.

« Rafi ? »

L’émotion vient lui bloquer la gorge et, avant même d’avoir eu une réponse, Kyllian oublie toute réserve et précaution pour réduire à néant la distance qui les sépare. Alors qu’il le serre dans ses bras si fort qu’il en tremble, le mexicain cherche quoi dire, par où commencer, trouver les bons mots et les bonnes questions à poser, mais n’en trouve aucuns. Sa vue se brouille et il ferme les yeux, le sentiment de bonheur, de soulagement incroyable qu’il ressent là maintenant contraste brutalement avec son état des dernières semaines.

« Yo ... no puedo creer que estés aquí de verdad. Bon sang Rafi… tu vas bien ? Comment m’as-tu retrouvé ? Que… »

Il s’arrête, l'émotion étant trop forte et ne trouvant plus ses mots dans le désordre de son esprit. Puis il se détache de son ami pour pouvoir le regarder en face alors qu'un sourire, le premier depuis longtemps, vient étirer ses lèvres.


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MessageVen 12 Mai - 7:38
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Combien de temps avait-il marché ? Jusqu'où ? Il n'en avait pas la moindre idée, il n'avait même pas pris garde à son environnement jusqu'à ce que ses yeux captent l'élément familier. Ce processus donnait à la découverte une chape irréelle qu'il avait tenté d'éloigner en effleurant cette apparition d'un autre âge. Mais l'arrivée de la certitude n'avait pas aidé son esprit qui avait aussitôt réveillé ses démons que la marche nocturne avait jusque-là endormis. Bien sûr qu'il l'avait cherché, bien sûr qu'il avait espéré mais même les airs de refuge qui enveloppaient Merkley et ses environs ne l'avaient pas préparé à la concrétisation de cet espoir. Et il y avait toutes ces questions et ces craintes qui tentaient inlassablement de prendre le pouvoir, sans Delilah notre homme y aurait sans doute cédé en rebroussant chemin.

Mais il suivit la demoiselle, il rangea de nouveau sa main dans sa poche et rehaussa ses épaules pour ériger le bouclier dérisoire qui le protégerait peut-être de sa découverte. Mais Rafael n'était pas prêt à faire face à cette silhouette assise qui le dévisageait. Il se raccrocha à la joie de Delilah qui rayonnait dans son âme alors qu'elle riait et se livrait à quelques acrobaties avec une Kaya tout aussi expansive. Il s'y accrocha pour tenter de donner l'impression qu'il aurait véritablement voulu inspirer à ces retrouvailles mais ne pu qu'en gagner un fin sourire.

▬ " Rafi ? " Regardez les ces deux grands nigauds plantés là alors que leur daemone respective laissaient éclater leur joie... Mais Kyllian en menait tout de même plus large que notre visiteur qui restait planté là, muet, alors que son ami était capable d'attaquer la distance qui les séparait et d'exprimer quelques syllabes. Entendre ce surnom égratigna cependant le poids qui paralysait Rafael, cela faisait tellement longtemps qu'on ne l'avait pas appelé ainsi qu'il avait oublié la sensation de cette familiarité. Il sentit alors qu'il n'avait plus besoin de l'influence de Delilah pour sourire et il commençait tout juste à acquiescer à cette interrogation qu'il sentit les bras de Kyllian se refermer sur lui.

Le coup de massue fut double. Rafael sentit cette fatigue accumulée depuis un temps innommable s'abattre sur son corps sans crier gare et il vacilla sous le choc. Mais il demeura debout, porté par la force de cette embrassade mais aussi par la disparition du poids de certaines angoisses qui avaient tenté d'assombrir cet instant en vain. Pas d'ignorance, pas d'indifférence, pas d'hostilité, des craintes s'échappaient en lui redonnant un goût de confiance qu'il avait égaré depuis un certain temps. Ses mains s’extirpèrent du sweet, elles se dégagèrent doucement pour qu'à leur tour ses bras se referment autour de Kyllian dans une prise cependant moins vigoureuse que sa compagne.

▬ " Yo ... no puedo creer que estés aquí de verdad. Bon sang Rafi… tu vas bien ? Comment m’as-tu retrouvé ? Que… " La sensation de retrouver un élément important, de remplir un espace laissé vide trop longtemps, le soulagement était sans doute proportionnel à la fatigue qu'il ressentait et cette fois il ne semblait plus capable de se défaire de ce sourire auquel se mêla une larme sans qu'il en ait conscience.

▬ " Lo sé... Yo " Les mots moururent entre ses lèvres mais Rafael ne tarda pas à reprendre un brin de confiance en resserrant sa propre étreinte. " Tu as laissé trainé tes affaires. J'ai suivi la piste. " Il s'étonna d'entendre sa propre voix qui finalement parvenait à sortir de sa gorge nouée. Sans cette moto il serait passé à côté du garage sans même le voir et serait probablement encore en train d'errer sans avoir la moindre idée d'à côté de quoi il passait. Lui qui avait cherché des pistes des années durant dans un autre pays avait finit par en trouver une à des milliers de kilomètres de sa zone de recherche. De quoi redonner un goût au Destin.

▬ " On est arrivé à Merkley la semaine dernière. " Delilah avait abandonné ses acrobaties pour mieux se redresser et se tenir à la hauteur de son amie qui n'avait elle aussi pu échapper à son câlin. Consciemment ou non le duo échappait à la première interrogation et s'attardait plus volontiers sur les raisons de leur présence ici. Rafael se redressa en même temps que son ami dont il retint cependant doucement un bras. Sa main se referma sur son coude dans une poigne qui trahissait peut-être son manque d'équilibre qu'il contrait ainsi.

▬ " Et toi ? " Si son propre corps ne trahissait pas véritablement ses faiblesses, il ne pouvait décemment pas manquer les marques sur le visage de Kyllian qui s'atténuaient légèrement à cette joie partagée. Rafael glissa un regard vers Kaya, lui adressant à son tour un sourire. " Vous avez l'air d'être là depuis plus longtemps. " Cette supposition était teintée de soulagement. Il préférait amplement imaginer le duo ici durant tout ce temps plutôt que de courir comme il avait dû le faire, son esprit peinait à décrier un passé qui s'était déroulé loin de leur patrie de naissance.
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MessageDim 14 Mai - 4:01
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« Lo sé... Yo. Tu as laissé trainer tes affaires. J'ai suivi la piste. »

Kyllian n’est pas certain de comprendre à quelles « affaires » Rafael fait référence, mais pour être honnête, il s’en fou. Entendre la voix de son ami de nouveau est tout ce qui importe. Rafael aurait pu lui dire n’importe quoi, des mots sans queue ni tête, des phrases ne faisant aucun sens, c’est tout de même le son de sa voix aux intonations si familières et trop longtemps absentes qui l’aurait fait sourire de la sorte.

Et Kyllian ne sait pas quoi faire de toutes ces émotions variantes, contradictoires et violentes qui se battent dans son esprit. Voilà trop de jours qu’il ne connait que la peine, la rage et, au mieux, le vide. Cette joie intense qu’il ressent lui semble étrangère, explosion de couleur dans un monde en noir et blanc.

S’ajoutent à cela les questions qui se bousculent dans son esprit, les incompréhensions, l’inquiétude des dernières années… Il voudrait tout savoir. Comment Rafael a-t-il survécu à la dernière attaque sur leur camp de réfugiés? Qu’a-t-il fait pendant les deux dernières années et demie, chaque petit détail, chaque rencontre? Comment a-t-il franchi la frontière? Légalement ou illégalement? Est-il recensé aux États-Unis? Mais plus encore comment va-t-il? A-t-il été blessé, en novembre 2014? Et maintenant? Dort-il la nuit ou, comme lui, trop de démons hantent le noir de ses paupières closes? Kyllian sait que Rafael en avait, avant même l’échec de la rébellion mexicaine, mais que sont-ils devenus?

Il veut tout savoir comment si ces connaissances pouvaient effacer le temps perdu. Comme si savoir et comprendre pourrait l’excuser de ne pas avoir été avec lui tout ce temps et de ne pas l’avoir retrouvé. Car oui, comme à peu près tout dans sa vie, même dans une étincelle de bonheur comme celle-ci, Kyllian s’en veut.

Il n’a jamais cessé de s’en vouloir pour ne pas être resté auprès de Rafael lors de l’attaque finale, d’être allé tenter de secourir son père et ainsi d’avoir été séparé de son ami. Il n’a jamais cessé non plus de se demander s’il n’aurait pas pu faire les choses différemment, continuer de le chercher au Mexique plus longtemps, jusqu’à ce qu’il le trouve ou ait la confirmation qu’il soit mort. Malgré les chemins différents que sa vie avait pris ici, il ne l’a jamais oublié. Prononcer son nom était trop difficile, mais il a quelques fois parlé de lui à Demelza, Anja ou Nicolae. Entre sa culpabilité et la douleur de son deuil qui ne parvenait pas à cicatriser, ses histoires n’étaient jamais bien longues. Une évocation, un sourire à un souvenir ayant refait surface, un simple clin d’œil à un passé révolu simplement pour s’assurer qu’il a bien existé et qu’il ne l’a pas rêvé.

C’est Delilah qui répond à sa question, tout à son enthousiasme et assaillie par les attentions hautement tactiles d’une Kaya ressemblant à une louve venant de retrouver son lionceau perdu.

« On est arrivé à Merkley la semaine dernière. »

Une semaine. Une semaine qu’ils sont si près l’un de l’autre et l’ignorent. Ce laps de temps semble alors une éternité aberrante pour le daemonien qui sous la réalisation, l’émotion et très probablement le manque de nourriture sent un vertige le saisir. Kyllian se nourrit, certes, mais très peu et principalement pour faire plaisir et rassurer Beth et Daryl. Son appétit a disparu en même temps que la vie de son fils.

« Et toi ? Vous avez l'air d'être là depuis plus longtemps.»

Le vertige s’accentuant, Kyllian avale de travers et resserre se prise sur l’épaule de son ami, l’incitant d’un mouvement à le suivre et venir prendre place sur le canapé. Il préfère s’assoir rapidement avant que son malaise ne devienne apparent.

« Hem… oui et non. Le garage n’est pas à moi, on est ici chez mon parrain, Daryl Flynt. »

Kyllian sait avoir déjà parlé de Daryl à Rafael, de cet homme, meilleur ami de son père, qu’il n’a jamais vu, mais qui lui avait envoyé des dizaines et dizaines de lettres avant que la guerre civile mexicaine ne vienne bloquer la poste pour les rebelles. Il n’a aucune idée si Rafi se souvient de ce détail raconté il y a trop longtemps, mais il ne s’attarde pas sur celui-ci. Trop d’autres choses plus importantes doivent être discutées.

« Je travaille ici, comme mécanicien. J’ai un campement dans la forêt, non loin, et j’y vis dans une vieille Westfalia depuis… Depuis déjà deux ans. Enfin, sauf depuis deux semaines. »

Kyllian secoue la tête comme pour tenter d’effacer sa dernière phrase, regrettant déjà ses paroles à peine les a-t-il prononcées. Il n’a plus envie de parler de lui. Ne souhaite pas non plus que le sujet dérive tout de suite vers des sujets qu’il brûle pourtant d’aborder avec Rafael. Il ne peut pas, pas tout de suite. Il s’effondrerait. Juste y penser a pour effet de faire trembler ses mains légèrement, et Kaya redresse la tête dans sa direction avec une lueur d’inquiétude au fond des yeux. Il ne peut pas se briser en mille morceaux dans les mains de son ami alors qu’il vient tout juste de le retrouver. Surtout pas si lui aussi a besoin de mains pour le rattraper.

Son vertige ne s’améliore pas et Kyllian détourne les yeux pour les poser sur le duo maintenant inséparable que forment Kaya et Delilah pour le dissimuler. Son trouble est accentué par le gout amer de ses paroles dans sa bouche. Il lui semble absurde de décrire ainsi sa vie à Rafael, et toujours une note de culpabilité s’ajoute à la saveur des mots sur sa langue. Et si la vie de Rafael, ces dernières années, a été un enfer? A-t-il été fait prisonnier? Torturé de nouveau? A-t-il vécu en fugitif, dans la peur, constamment traqué et seul? Sa propre vie, si elle n’a pas été joyeuse, surtout dernièrement, a au moins eu le luxe de ne pas être continuellement en danger.

Il retourne ses iris verts sur les traits de Rafael et cette fois sa détresse et culpabilité y sont visible. Son sourire à également disparut et le mexicain s’agite, la respiration plus laborieuse.

« Je t’ai cherché, tu sais ? Juro que lo intente. Je ne savais pas si tu étais vivant, mon visage est connu des autorités, ils me cherchaient et… »

Des excuses. Il se dégoûte. Kyllian ferme la bouche et reste silencieux un moment avant de lâcher les seuls mots qui comptent vraiment tout en étant infiniment trop peu.

« Lo siento, Rafi. »

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MessageDim 14 Mai - 7:22
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Kyllian Griffin & Rafael Garcías ▬ Delilah & Kaya
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Rafael n'avait jamais été un très bon solitaire, si Delilah avait été et serait toujours son essentiel, notre homme avait toujours eu ce besoin d'entourage pour trouver son équilibre. Les périodes où il n'avait ni famille, ni amis avaient toujours été les plus sombres de sa vie, celles qu'il traînait dans ce boulet fixé à sa cheville. Il n'avait jamais couru après l'amitié cependant, jouer un rôle pour être accueilli était un concept qui lui était étranger et seul l'acceptation de sa présence, de sa personne lui était essentiel. Une petite place auprès d'un feu social, c'était ce qui le faisait avancer mais aussi ce qu'il avait perdu ces dernières années. Et ses démons s'étaient engouffrés dans cette faille béante entretenue par la constante insécurité, à tel point qu'aujourd'hui, alors qu'il semblait pouvoir reprendre son souffle et que les auspices étaient favorables, il n'avait pas encore réussi à s'arrêter auprès d'un feu. Mais il ne s'en était pas inquiété, pas encore, c'était bien trop tôt pour cela et à cet instant il aurait presque été heureux de ne pas avoir eu l'occasion de tourner cette page.

L'angoisse des marques et de l'inconnu, la joie profonde de retrouver un essentiel, un trop-plein d'émotions que la fatigue écrasait de tout son poids. Rafael n'était pas ignorant, il avait conscience de ce qui pesait ainsi sur ses épaules mais n'avait pas la moindre envie de rebrousser chemin. Préférant mille fois faire face à ces sensations plutôt que d'ignorer cet ancrage. Ils ne se lâchèrent pas, l'un comme l'autre semblait avoir la nécessité de s'accrocher pour tenir, du moins c'est ce que Rafael déduisit de la poigne qui tenait son épaule. Il se laissa entraîner par Kyllian, trouvant assez rapidement que l'option du canapé était une brillante idée au vu de ses propres forces qui vacillaient.

▬ " Il n'a pas l'air en forme. " Delilah avait achevé sa distribution de câlins pour observer les deux amis du regard maternel et scrutateur qui avait l'expertise du sujet.

▬ " Lo veo... " Rafael avait pu relâcher Kyllian à son arrivée sur le canapé, il fit l'effort de répondre intelligiblement à sa compagne dont il sentait la préoccupation au milieu de son propre capharnaüm.

▬ " Tu devrais... " " Por favor Delilah. " La pression l'épuisait et sa requête fit aussitôt dévier l'attention de la demoiselle vers lui. Ses yeux sombres scrutèrent sa silhouette, décelant sans peine ces signes qu'elle connaissait par cœur et décida de le laisser tranquille. Elle s'assit aux côtés de Kaya et jaugea ce duo de bric et de broc qui de toute évidence n'en menait pas large.

▬ " Hem… oui et non. Le garage n’est pas à moi, on est ici chez mon parrain, Daryl Flynt. " Rafael n'était pas forcément un grand bavard mais il savait écouter, véritablement écouter, il était de ceux qui pouvaient entendre un récit complet et en garder des informations. Alors même à cet instant il identifia ce nom auquel il avait d'ailleurs repenser dernièrement avec son arrivée aux États-Unis. " Je travaille ici, comme mécanicien. J’ai un campement dans la forêt, non loin, et j’y vis dans une vieille Westfalia depuis… Depuis déjà deux ans. Enfin, sauf depuis deux semaines. " Quelque chose est là, Rafael le sent mais n'arrive pas à le saisir. Il s'autorise à quitter Kyllian du regard pour apposer son dos sur le dossier avant de basculer ses cheveux en arrière d'une main peu assurée. Son sourire est toujours là à trainer, sincère mais égaré sur ses lèvres tandis qu'il préfère se faire une image d'homme des bois de deux années plutôt que d'essayer de dégager cette faille qu'il ressent dans ce récit et cette attitude.

▬ " Une Westfalia vraiment ? " L'amusement était simple, sans véritable taquinerie et il lui était plus facile de sourire de ce détail à cet instant. À vrai dire il lui semblait même favorable de mobiliser ce genre de sensation qui allégeait son épuisement. Il resta donc là avec la trace de son sourire tourné vers le vide jusqu'à ce que Kyllian reprenne d'un ton qui le força à oublier son arrangement.

▬ " Je t’ai cherché, tu sais ? Juro que lo intente. Je ne savais pas si tu étais vivant, mon visage est connu des autorités, ils me cherchaient et… " Son regard s'arracha au vide pour fixer la crevante culpabilité de son ami. Cette sensation trouvait un tel écho chez lui qu'il sentit bien vite son cœur se serrer douloureusement autour de ces souvenirs. Bien sûr qu'il savait, il n'en avait même pas douté un instant, sachant parfaitement que s'il était vivant, la seule raison qui les poussait à ne plus se recroiser était que leurs chemins étaient différents. Jamais il n'avait pensé avoir été mit volontairement sur le côté de la route et voir cette culpabilité sur le visage de Kyllian le faisait renouer avec ses propres souffrances.

▬ " Je t'ai cherché aussi, dès que j'ai pu. Mais je doute que quelqu'un ait pu tirer une piste de cette nuit. " Il n'avait qu'assez tardivement remonté le fil de ses pas, la solitude de la perte de son dernier compagnon l'avait insité à tenter de reprendre l'histoire de cette attaque pour trouver d'autres survivants, en vain. Rafael se redressa légèrement, juste assez pour accrocher ses mains à ses genoux et ainsi arrêter leur tremblement. Sous le regard attentif de Delilah il tenta de se concentrer sur sa respiration pour s'éloigner de ses souvenirs qui guettaient déjà bien assez ses sommeils.

▬ " Lo siento, Rafi. " Dios mío, il n'était tellement pas prêt pour ça. Ces excuses l'étouffaient en lui rappelant cette page qu'il voulait juste tourner. Lui qui s'était déjà porté en avant, appuyé sur ses mains, laissa sa tête s’affaisser vers son torse, cédant aux battements harassants de son cœur. Delilah refrénait quant-à elle son envie de venir se blottir contre lui en changeant de côté de Kaya pour s'asseoir.

▬ " No es tu culpa Kyllian. " Qu'il chasse cette culpabilité infondée, ce n'était bon ni pour l'un, ni pour l'autre. Ses mains se crispèrent sur ses genoux, il sentait l'anarchie de son cœur et son souffle qui diminuait. Ces traces il les connaissait toutes mais n'avait pas la moindre envie de les laisser arriver à leur terme contrairement à son habitude. Au diable la fatigue, la douleur des souvenirs, l'angoisse du pourquoi et du comment, il ne voulait pas se laisser étouffer, pas maintenant. Se bousculant à la force de cette décision il releva son visage. " Les seuls responsables sont loin maintenant, enfin juste assez pour voir qu'on les emmerde encore. " Un sourire effronté se posa sur son visage parce que cette idée était assez attrayante dans les méandres sombres de son histoire. Il n'avait pas traversé la frontière pour éloigner sa voix ou se taire, bien au contraire et à défaut de compagnie il s'était accroché à ce but. " Il va falloir que tu me racontes comment tu as pu traîner cette vieille moto jusqu'ici. " Un silence était passé, un silence durant lequel il s'était accroché à ce brin de révolte qui allégeait son esprit pour trouver un nouveau soupçon d'amusement dans la source de leurs retrouvailles et ainsi éloigner la source de ses maux.

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Kyllian GriffinI'm all kind of BAD luck



Everything that's broke

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Rafael Garcias & Delilah | Kyllian Griffin & Kaya | Garage Flynt | mai 2017






« Je t'ai cherché aussi, dès que j'ai pu. Mais je doute que quelqu'un ait pu tirer une piste de cette nuit. »

Il n’avait jamais douté un seul instant que Rafael l’aurait cherché lui aussi, s’il était vivant. Ce qu’ils ont bâti comme amitié pendant la guerre civile dépasse le rationnel. Ce besoin de créer des liens, de se raccrocher a quelque chose de réel, de positif, dans les conditions extrêmes qu’ils ont vécues faits souvent cet effet-là. L’intensité et la quantité des épreuves et conditions qu’ils y ont vécues n’y sont pas pour rien non plus. Ils n’ont donc pas eu besoin de longtemps, de plusieurs années pour devenir plus proches que des amis d’enfance.

Pourtant, l’entendre de la bouche de Rafael fait se serrer la poitrine du daemonien. Ils se sont cherchés sans se trouver. Au-delà de ce drame en soi, cela n’apaise pas la culpabilité de Kyllian. Au contraire, cela la renforce. Sans même l’échanger en paroles, leur amitié a toujours été basée sur cette promesse d’être là pour l’autre, alors que le monde entier s’effondre autour d’eux et qu’ils ne pouvaient compter sur personne d’autre. Mais Kyllian a failli. Il n’aurait jamais dû arrêter ces recherches. Peu importe les faibles chances de le retrouver ou même qu’il soit toujours vivant. Même si sa vie était en danger en restant au Mexique. Au lieu de cela, il a sauvé sa propre vie et a abandonné Rafael.

Sauver sa propre vie… Pour en faire quoi au juste? Quelle valeur elle a cette bon sang de vie? À quoi il sert sinon propager d’avantage la malédiction qui lui sert de pouvoir et sur lequel il n’a aucun contrôle? Peu importe ce qu’il fait, ce qu’il souhaite ou combien il fait d’effort, cela n’a aucune importance. Sa vie ne lui a jamais appartenu, elle a toujours été à cette « chose » qui irradie de sa peau comme un poison. Plusieurs lui ont dit que ce n’est pas sa faute, qu’il n’a jamais voulu cela et qu’il ne peut pas s’en vouloir de porter cette chose comme une maladie. Et ils ont raison.

Là où la responsabilité lui revient, c’est lorsqu’il choisit de quitter la quarantaine avant que son virus mortel n’ait été guéri et ainsi propager l’épidémie. C’est lorsqu’il choisit de nouer des liens malgré tout, d’être assez fou pour essayer de vivre « normalement ». Plus viscéralement encore, lorsqu’il choisit de vivre.

Coupable de laisser son existence se poursuivre. Coupable de ne pas mettre fin à cette peste qu’il porte en lui. Coupable de ne pas avoir appuyé sur cette foutue gâchette.

« No es tu culpa Kyllian. »

Kyllian, son vertige ne s’améliorant pas malgré sa nouvelle position assise, manque de tomber. Il ferme les yeux et enfouit son visage dans ses mains, coudes sur les genoux. Il ne remarque donc pas l’état de Rafael semblable au sien.

Ces simples mots lui font l’effet d’un raz de marée. Il en a à la fois désespérément besoin, comme d’air pour respirer, et est infiniment reconnaissant à Rafi de les lui offrir aussi facilement. Dieu sait qu’il aurait toutes les raisons de lui en vouloir, après tout. Mais tout à la fois, Kyllian doit se faire violence pour réprimer son envie de hurler que Rafael se trompe. Car ce pardon, dans l’esprit troublé du daemonien, n’arrive qu’à grande peine à s’attacher à sa source d’origine. Kyllian ne parvient pas à l’entendre sans y associer également la peine qu’il a causée à Karolinja où à la mort de leur fils, chose pour laquelle il ne peut supporter l’idée d’être excusé.

Kaya, de son côté, s’agite de plus en plus. Nerveuse, elle hésite, ne sachant plus quelle attitude adoptée. Avec un pincement au cœur, elle vient frotter son nez contre l’épaule de Delilah et s’adresse à elle mentalement, uniquement pour la daemonne, sur un ton qui ne cache rien de sa détresse intérieure.

Oh, Deli, tu m’as tellement manquée si tu savais… Mais… Il s’est passé quelque chose. Quelque chose d’horrible, Deli et je… Kyllian ne va pas bien. Pas bien du tout. Je ne sais plus quoi faire.

Sur le canapé, Kyllian prend de grandes respirations, tentant de contrôler les tremblements de ses mains, et ne se rend pas compte que l’humidité sur ses joues a ses propres larmes comme origines. Les paroles suivantes que lui offre son ami, néanmoins, lui arrachent un petit rire nerveux et l’aide à garder momentanément pied.

« Les seuls responsables sont loin maintenant, enfin juste assez pour voir qu'on les emmerde encore. »

Kyllian redresse la tête de nouveau, se passant une main compulsivement dans les cheveux. Il ne parvient pas à rien dire du remerciement qui lui serre pourtant la gorge. Il hoche plusieurs fois de la tête à la place, espérant que Rafael comprendra tout ce que les mots qu’il vient de lui offrir en cadeau représentent pour lui.

Il fixe également la nuit à l’extérieur, par la porte du garage restée ouverte, repoussant un peu le moment où il recroisera le regard de Rafael. Il a peur de l’effet de ce regard sur lui, alors qu’il se sent de plus en plus glisser vers cette folie qu’il tente désespérément de repousser depuis des jours en s’engouffrant dans un vide peut-être tout aussi dommageable, mais moins dangereux.

« Il va falloir que tu me racontes comment tu as pu trainer cette vieille moto jusqu'ici. »

Kyllian sourit alors qu’il comprend ce que Rafael a voulu dire plus tôt en parlant de « laisser trainer ses affaires », puis il parvient enfin à tourner de nouveau la tête en direction de son ami.

« Avec de faux papiers et une fausse identité en passant aux douanes entre Nuevo Laredo et le Texas. Et toi, il va falloir que tu me racontes comment tu as réussi à passer les douanes. Je peux presque te voir envoyer un doigt d’honneur au Mexique en entier dès que tu as mis le pied de l’autre côté. »

Nouveau rire, plus sincère cette fois. Jouant nerveusement avec ses mains, Kyllian tente de détailler les traits de Rafael, d’y lire les épreuves qu’il a vécues comme l’état dans lequel il se trouve présentement.

« Et aussi, ce qui s’est passé. Joder, Rafi, pareces una mierda. »

Une barre soucieuse se creuse entre les sourcils du mécanicien alors qu’il lui offre une grimace en sourire d’excuse.

« Je sais, je sais. J’ai encore plus l’air d’une merde. Et je suis infiniment reconnaissant que tu ne sois pas dans le même état que moi. Dios, je suis juste heureux de te revoir en fait, je... »

Kyllian se mord la langue, tentant de mettre de l’ordre dans ses idées et émotions.

« Si tu n’es à Merkeley que depuis une semaine, où étais-tu avant ? Au Mexique ? »

Sa dernière question est posée sur le ton de l’incrédulité. Kyllian a du mal à s’imaginer son ami vivre en fugitif et tout ce qu’il a dû endurer ces deux dernières années si c’est le cas. Il ne veut pas y croire et préfère pour l’instant l’idée qu’il est aux États-Unis depuis longtemps, simplement ailleurs qu’au New Jersey.

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MessageLun 15 Mai - 18:15
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C'est ce qu'elle détestait le plus: que son aide soit inutile voire contre productive. Delilah demeurait le regard fixé sur Rafael alors qu'elle sentait les éléments s'amasser. Elle se sentait maintenant bien idiote de ne pas avoir songé à cela, l'aura de Kyllian conjugué à leur inévitable conversation ne pouvait pas être contrebalancée par leur réunion, elle aurait dû prendre le temps d'écouter Rafael plutôt que de suivre son propre enthousiasme. Nerveuse, la créature ne savait plus vraiment comment tenir en place, elle s'allongea un bref instant avant de s'asseoir à nouveau et de se souvenir que son propre calme était la seule aide qu'elle pouvait lui fournir pour ralentir cet engrenage. Tout à sa réflexion, la demoiselle manqua de sursauter en sentant le museau de Kaya et s'arracha de son observation de Rafael qui se tenait la tête baissée.

▬ " Oh, Deli, tu m’as tellement manquée si tu savais… Mais… Il s’est passé quelque chose. Quelque chose d’horrible, Deli et je… Kyllian ne va pas bien. Pas bien du tout. Je ne sais plus quoi faire. " Focalisée sur Rafael, Delilah devait bien avouer avoir oublié ses premières impressions sur l'état de leur ami bipède, impressions qu'elle n'apprécia guère confirmer en tournant sa tête vers Kyllian et son expression défaite et larmoyante. C'était à ne plus savoir lequel il fallait aider le premier, pourquoi la vie s'entêtait-elle à leur compliquer la tâche ainsi ? L'espace d'un instant, Delilah aurait voulu s'énerver sur cet ennemi invisible qui ne cessait d'abimer tout ce qu'il touchait mais elle ne put oublier que sa propre sérénité pouvait aider au moins l'un des deux hommes et inspira profondément avant de se tourner à nouveau vers Kaya contre laquelle elle s'appuya affectueusement en demandant doucement.

▬ " Racontes moi. "

Il ne serait pas étonné le jour où son cœur lâcherait, cet imbécile ne tiendrait jamais la longueur à ce rythme. Il mettait trop de soin à suivre les sursauts de son esprit, l'embrouillant d'avantage sous la tension d'un flux trop rapide. Mais à cet instant Rafael se refusait à n'être que la marionnette de son corps, il ne se souvenait plus de la dernière fois où il avait eu le courage d'engager cette lutte mais ce soir cela lui semblait naturel. Il ne voulait pas offrir ce spectacle, pas à ces regards qui importaient et s'accrocha à la légèreté d'une pointe d'humour, forçant son visage à se détendre dans un sourire alors qu'il redressait sa tête.

▬ " Avec de faux papiers et une fausse identité en passant aux douanes entre Nuevo Laredo et le Texas. Et toi, il va falloir que tu me racontes comment tu as réussi à passer les douanes. Je peux presque te voir envoyer un doigt d’honneur au Mexique en entier dès que tu as mis le pied de l’autre côté. " Mais la défaillance n'était pas loin et le saisi à la gorge, déformant son air amusé par une ironie sombre. Si seulement il avait pu... Mais son passage de frontière ne lui avait même pas donné la force de le faire. Il se souvenait vaguement avoir été soutenu par ces hommes mais la scène demeurait floue et ce souvenir était bien suffisant pour meurtrir sa volonté. Sa tête s'affaissa de nouveau vers son torse alors que ses mains se crispaient sur ses genoux." Et aussi, ce qui s’est passé. Joder, Rafi, pareces una mierda. " Un bref rire d'une ironie douloureuse s'échappa des lèvres de l'intéressé qui confiait là probablement son seul assentiment à ce sujet, parfaitement conscient que son état tenait sur un fil oscillant entre la fatigue et l'angoisse. Mais un simple regard vers Kyllian lui rappela qu'ils semblaient avoir quelque point commun dans ce domaine et il aurait aisément préféré avoir pu se concentrer sur cette détresse qu'il lisait plutôt que sur le tremblement de ses mains trop crispées ou sur sa respiration trop courte. " Je sais, je sais. J’ai encore plus l’air d’une merde. Et je suis infiniment reconnaissant que tu ne sois pas dans le même état que moi. Dios, je suis juste heureux de te revoir en fait, je... Si tu n’es à Merkeley que depuis une semaine, où étais-tu avant ? Au Mexique ? " Les questions étaient légitimes, ils avaient un vide de plusieurs années à découvrir chez l'un et chez l'autre mais Rafael craignait sa propre mémoire, s'était elle qui lui imposait cette tension qui l'épuisait à cet instant et il savait ce qu'il allait advenir s'il la sollicitait.

▬ " Si. On a passé la frontière il y a un mois. En passant par Sonora. " Seul, comme ces dernières années, parce qu'ils avaient assez rapidement découvert que les passeurs n'avaient aucune fiabilité lorsque les autorités payaient plus cher que le client. Et passer un point de contrôle était un autre genre de folie à laquelle ils ne s'étaient pas risqués. " On s'est fait des amis tout empressés de nous aider. On a obtenu quelques papiers. Y aquí llegamos. " Cette aide lui avait paru si étrange après cette solitude et cette traversée du désert tout aussi littérale que métaphorique. Mais sans ses nouveaux amis américains il serait probablement en train d'attendre en essayant de rester la tête au-dessus de cette administration suffocante et il y avait aussi des chances pour que Sonora ait eu sa peau, cessant à la source cette histoire. Sonora, ses saletés de cactus, ses broussailles, ses pierres qui ne tiennent sous aucune semelle et son climat infernal.

Rafael sembla égaré lorsqu'il sentit les pattes avant de Delilah posée sur ses jambes. Ce n'est qu'en posant son regard sur la créature qu'il sentit qu'il se tenait au bord du précipice. Il réussit à décrocher une main de son genou et la porta faiblement contre la tête de la demoiselle qui témoignait silencieusement de sa présence et l'aidait ainsi à rester avec eux.

▬ " Lo siento. " Ce murmure était tout aussi bien adressé à Delilah qui faisait de son mieux pour exposer sa sérénité même s'il devinait son angoisse, qu'à leurs amis qu'il avait la sensation d'avoir oublié un instant. Sa main affaiblie par la tension caressa maladroitement le pelage de la demoiselle alors qu'un sourire fatigué se posait sur son visage. Plus il prenait conscience de l'état que lui assenait la tension de son corps plus il sentait ses démons vaciller sous le poids de cette fatigue alors il s'accrocha doucement à cette dernière, préférant cette faiblesse à l'épreuve de la crispation extrême. Dans un soupire il se laissa tomber contre le dossier, offrant ainsi à Delilah la possibilité de se rouler en boule sur ses genoux. Chose que la demoiselle fit aussitôt avant de tourner sa tête vers Kaya qu'elle n'oubliait pas entre les démons de Rafael. " Ce n'est pas beau à voir hermano. Ils sont tous devenu fous... " Il lui était plus simple d'évoquer ce sujet à l'état de loque sur ce canapé plutôt qu'en luttant contre son corps. Il avait même peine à voir dans sa mémoire cette chasse aux sorcières dont il avait lui-même été la proie, c'était probablement là la manière la plus productive pour tenir cette conversation même si elle emmêlait ses pensées dans un brouillard opaque. " Et toi ? Tu me racontes pourquoi tu n'en mènes pas plus large dans ta belle vie d'americano ? " C'est avec un sourire lasse mais plus apaisé que Rafael laissa tomber son visage sur le côté pour observer Kyllian. Parce qu'il devait avouer que s'il devait s'épuiser dans cette bataille de mots et de souvenir pour lui répondre il aimerait ne pas être le seul à exorciser ses démons en cette belle soirée de retrouvailles.
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