Take the angel by the wings ♦ Ryan

 
  
MessageJeu 8 Juin - 13:10
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Aelya FeredenLiving like we're renegades
Take the angel by the wings

Ryan & Aelya


« Together we stand, divided we fall,
A reason to lay down the arms.
To face crisis and other threatens,
All the arms we need are for hugging. »


19 février 2017.

Douleur, intarissable douleur qui roule le long de ses veines, remontant son mollet, parcourant son abdomen pour s’égarer aux bords de ses yeux. Des prunelles invisibles, dissimulées par le gonflement de ses orbites et dont la brûlure lui arrache un gémissement au passage. D’une main rageuse, elle fait disparaitre la larme qui roule le long de sa joue, avant de balancer son poing dans le mur qui lui fait face. Encore. Et encore. Lorsqu’un trou se forme finalement dans l’architecture, elle marque une pause. Constate que ses phalanges ont laissé des marques ensanglantées sans s’en émouvoir. Puisqu’elle ne ressent rien, rien d’autre qu’une colère qui l’assourdit, amenant dans son sillage vertiges et insomnies. Puisque pour la première fois depuis longtemps, Aelya souffre. Et elle se déteste d’être ainsi. Elle se hait de ne pas savoir contrôler ses émotions ou ces pulsions qui l’empoisonnent. Elle se maudit de n’être qu’un concentré de souffrance, dont le corps meurtri l’empêche de se déplacer comme elle le souhaiterait. Emprisonnée. Voilà comment elle se sent. Emprisonnée dans sa condition d’oisillon blessé, à la merci de n’importe quel inconscient qui choisirait de franchir la porte de son appartement.

Quarante-trois. Le nombre d’heures qui ont découlées depuis qu’elle est tombée dans ce piège, aussi stupide soit-il. Le nombre d’heures qu’elle a vu défiler sur l’horloge du grand salon, tandis qu’elle passait des heures immobile, assise dans le canapé et le regard perdu dans le vide. Le nombre d’heures depuis lesquelles elle s’était réveillée sur ce parking, en pleine nuit, couverte de sang. Le ventre et le visage en feu, elle s’était pourtant relevée puis, Eko sur la banquette arrière, avait conduit jusqu’ici pour s’y enfermer depuis. Loin du monde et de la folie des hommes. Loin, elle l’espère, de cette peur qui lui tord les entrailles et l’empêche de trouver le sommeil. Elle a mal. Et cette souffrance qu’elle n’extériorise pas s’amoncèle en elle comme un tas d’immondices dont elle ne sait que faire.

Quelques pas douloureux, esquissés en direction de la table à manger, pour qu’elle puisse s’emparer du téléphone qui y traine, perdu entre dossiers, tasses et bouteilles trop rapidement vidées. Combien de temps sans sommeil ? Combien de temps sans manger, sans parler, sans vivre ? Emmurée dans son silence, Aelya se contente de donner des nouvelles par sms. A son père, prétendre travailler sur l’affaire et ne pas avoir le temps de passer avant plusieurs jours. A Dem, lui assurer que tout va bien, reporter leur pause-café à plus tard pour cause de, je cite « déplacement imprévu pour le boulot ». Elle se mord la lèvre inférieure en écrivant ces quelques mots, ignorant la blessure que ce geste provoque. Ce message lui prend un temps fou à écrire, chaque lettre du mensonge s’imprimant au fer rouge dans sa poitrine, trace indélébile de la trahison qu’elle impose à sa meilleure amie. Mais elle ne veut parler à personne. Ni à Adam, ni à Ryan, ni à Dem. Pas même Dem. Elle veut prétendre qu’elle peut encore rattraper la chose. Qu’il n’est pas trop tard ; qu’elle n’a pas merdé. Et que tout va bien. Ou du moins, que ça finira par aller.

Une main qui trouve le bouton de la chaine Hifi, radio lancée à fond dans l’appartement tandis qu’elle abandonne une nouvelle fois son téléphone. Une main, la même, qui glisse ensuite sur son abdomen, puis le long de ses côtes. Sensibles, ses côtes. Il n’est pas impossible qu’elle en ait une ou deux de fêlées. Mais elle refuse l’hôpital, les médecins, les pharmaciens. Puisque la douleur lui rappelle…

Sa faiblesse. Son impuissance. Son échec.
Sa colère.


Terrible, cette rage qui coule au creux de ses veines jusqu’à ses poings ; son visage ; ses poumons. Et ses pieds se jettent encore contre les chaises du salon ; la table ; le canapé. Dieu qu’elle aimerait hurler. Dieu qu’elle aimerait exprimer cette souffrance, ce poison venin qui l’enserre peu à peu jusqu’à lui couper le souffle. Mais elle n’est plus qu’un ange muet, une âme errante et gorgée de culpabilité. D’un mouvement brusque – un geste qui lui coûte, en force comme en vitalité – Aelya envoie valser tout ce qui se trouve sur sa commode. La souffrance de son crâne la ramène à la réalité ; elle ne peut pas craquer. Mais Dieu qu’elle s’en veut. Indéniablement, elle s’en veut de n’avoir su le protéger. De n’avoir su être apte à l’empêcher d’intervenir, ce soir-là. Apte à l’empêcher de finir dans cet état…

Elle abandonne le salon pour se trainer jusqu’à la chambre. Avec, toujours, cette impression de n’être qu’une carcasse, une enveloppe vide qu’on ballote contre les murs, une poupée de chiffon qu’on agite au gré du mouvement. Elle s’immobilise sur le seuil de la porte, tente d’habituer ses yeux à la pénombre ambiante – rien n’y fait. Alors, l’irlandaise avance. S’assoit sur le lit avec précaution, pour finalement passer ses doigts dans le pelage d’Eko. La respiration du caracal est sifflante, rauque ; il a mal. Elle finit son geste, une poignée de poils coincée entre les doigts et le cœur en balançoire. Elle ne supporte pas de le voir comme ça, autant qu’elle ne parvient à endurer le silence dont il fait preuve depuis deux jours. Elle ne sait pas faire, Aelya. Elle ne sait pas être livrée à elle-même, privée de son aide comme de l’acerbité de ses commentaires. Où est-il ? Que lui ont-ils fait ? Qu’ont-ils brisé ? Elle veut pleurer sans y parvenir. Et, toujours cet échec, encore ce désespoir qui lui monte à la gorge et pointe au creux de son cœur. Il lui manque. Lui, son compagnon de toujours, celui qui pour l’heure n’est qu’une loque en perdition. Elle voudrait l’aider. Mais sa crainte d’affronter le monde extérieur est trop grande pour être surmontée. Alors, l’avocate l’apaise comme elle le peut. Sans paroles, juste en caresses, en infusion, en encens et en chaleur humaine. Elle lui offre tout ce qui lui reste. Sans compter. Sans restriction. Et définitivement, sans amélioration…

Les minutes s’écoulent sans qu’elle ne s’en aperçoive, seulement ramenée à la vie par le souffle d’Eko. Lorsqu’elle s’élève de nouveau, c’est pour se diriger vers la salle de bain, alors que les premières notes de Prayer of the Refugee résonnent dans l’appartement. Lentement, Aelya ouvre le peignoir qui couvre son corps, gardant les yeux clos jusqu’à ce que ce dernier roule sur ses hanches et s’écrase au sol. Là, seulement, elle se découvre pour la première fois.

Et elle voit.
Elle voit les ecchymoses se dessiner sur ses bras. Des dizaines de nuances de bleus pour autant de meurtrissures.
Elle voit les hématomes enfler autour de ses seins, défiler le long de ses côtes et de ses hanches. Et au bleu s’ajoute le gris, puis le vert ; tant de teintes, qu’on aurait aisément pu faire d’elle un tableau vivant.
Elle voit ses jambes. Griffées. Lacérées. Abusées par cette violence qu’on dit impensable.
Et pour finir, son visage.

Elle n’aurait su définir ce à quoi elle ressemblait. Il ne restait d’elle que ses cheveux, certes ternes, mais toujours présents. Le reste n’était que boursoufflures, griffes et contusions. Ses yeux, cachés sous deux énormes cocards, laissent à peine deviner l’émeraude de ses iris. Menton, arcades, lèvres. Si gonflés. Si douloureux au toucher.

Elle passe un moment debout devant le miroir, à s’empreindre de ce qu’elle est devenue. A essayer. A faire semblant. Et si les larmes refusent toujours de couler la colère, elle, ne cesse de monter. Jusqu’à ce qu’elle s’empare de ce rouge à lèvres, laissé à l’abandon sur le lavabo, et se mette à tracer des formes sur le miroir. Cercles. Triangles. Rectangles. A chaque esquisse, une blessure. Bleu. Gonflement. Griffure. A chaque blessure, un mot. Revenge. Punishement. Payback. Les lignes se croisent et s’entrecroisent ; bientôt, le miroir n’est plus qu’un océan vermillon, dont les vagues s’échouent sur les contours de son corps. Enveloppée par la musique autant que par sa hargne, Aelya se plonge dans sa contemplation. S’y noie, même. Jusqu’à cette voix, à l’intérieur de son crâne. Ce coup de tonnerre qui lui remet les pieds sur terre.

Il y a quelqu’un. Dans l’appartement.

Et cette peur panique qui lui tort de nouveau l’estomac alors qu’elle s’empare de son peignoir et l’enfile à la hâte, pour finalement se dissimuler derrière son rideau de douche, à l’abri, assise dans la baignoire. Un sèche-cheveux à la main comme seule arme de défense, l’oreille attentive au moindre mouvement. Mais la musique est trop forte et l’empêche d’entendre quoi que ce soit. Alors, Aelya patiente.

Le cœur empreint d’une terreur que ses tremblements, eux, ne cachent pas.


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MessageSam 17 Juin - 4:34
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Date d'inscription : 18/05/2016Nombre de messages : 374Nombre de RP : 49Âge réel : 24Copyright : Aki' (me)Avatar daëmon : Berger Allemand
Ryan FarellWe can be HEROES
Just for one day
TAKE THE ANGEL BY THE WINGS
FEAT. RYAN FARELL & JAY ▬ AELYA FEREDEN & EKO



I'll carry you if I must 'cause I ain't letting go




Ryan lance un nouveau coup d’œil vers son téléphone, mais aucun nouveau message n’apparait à l’écran. Sa mâchoire se tend et il pousse un soupir de frustration. La chienne assise derrière lui dans un canapé, une paire de lunettes de lectures posée sur le bout de son nez et penchée au-dessus d’un épais roman, relève la tête en tournant les oreilles vers le daemonien.

▬ Toujours rien ?

L’homme reste muet.

▬ Tu vas aller voir chez-elle, non ?

Ryan ne lui répond toujours pas, mais Jay sait qu’elle a raison lorsqu’il referme le dossier qu’il tente de lire depuis une heure sans en retenir le moindre mot et se lève. La chienne pousse un bref soupire avant de prendre précautionneusement son signet du bout des crocs et le glisser dans son livre à la page qu’elle lisait. Elle laisse ensuite tomber ses lunettes sur la petite table du salon et saute en bas du canapé pour suivre Ryan vers la chambre. Elle le regarde, soucieuse, changer son vieux t-shirt de star-wars pour une chemise à carreaux grise et rouge, puis se risque à demander :

▬ Ce n’est probablement rien. Elle ne veut peut-être simplement pas te parler maintenant, ou elle a rencontré quelqu’un d’autre…

Le détective lui lance un regard noir et la chienne roule des yeux. Ce n’est pas comme si lui-même s’empêchait de voir qui que ce soit d’autre après tout! Mais Jay sait qu’il ne s’agit pas ici de jalousie. La relation entre Ryan et Aelya n’a jamais été teintée de sentiments amoureux, ni de possessivité ou d’exclusivité, d’un côté comme de l’autre. Néanmoins, ce fait ne veut pas dire qu’il est indifférent à la jeune femme. Au contraire, il la considère comme l’une de ses plus proches amies et il l’apprécie énormément. Pour tout dire, si ce n’était pas d’une autre personne dans sa vie qui vient actuellement ébranlé ses convictions, Aelya et la relation qu’ils ont actuellement aurait été la seule forme de ‘couple’ qu’il aurait pu vouloir pour le reste de ses jours.

Aussi, le silence dans lequel Aelya le laisse depuis deux jours, alors qu’ils devaient se voir la veille, l’inquiète. Elle n’a pas l’habitude de ne pas donner de nouvelles. Et comme elle semblait préoccupée et distante ces derniers temps, l’homme s’inquiète. Ryan avait mis le coup sur l’un de ses contrats difficiles d’avocate, ou encore sur la perte d’une de ses amies quelque mois plutôt aux mains de son mari violent, mais il doute de plus en plus de cette logique. De plus, il la connait assez pour savoir que son fort caractère et sa fichue fierté l’empêcheraient surement de demander de l’aide si elle en avait besoin.

Rien pour l’apaiser ou le rassurer, en bref.

Jay n’insiste donc pas et le suit en silence alors qu’ils quittent leur appartement pour embarquer rapidement dans la voiture de Ryan. Aelya ne restant qu’à quelques minutes de chez lui, ils arrivent rapidement devant chez elle. Un rapide coup d’œil aux fenêtres, alors même qu’il stationne sa voiture, lui indique qu’il ne semble pas y avoir la moindre lumière allumée dans l’appartement, et ce malgré l’heure avancée.

▬ Elle est peut-être en voyage et a oublié de te prévenir ?

Possible, mais Ryan veut s’en assurer. Il escalade deux par deux les escaliers menant à la porte, se faisant trempés au passage par la pluie battante qui s’abat sur Merkeley depuis la matinée, et s’arrête un instant devant celle-ci en entendant une forte musique en provenance de l’intérieur. Il y aurait donc quelqu’un? Il cogne. Aucune réponse. Nouveau froncement de sourcil, puis Ryan sort sa clé de l’appartement.

▬ Si tu tombes sur elle au lit avec un autre, j’vais mourir de rire, je t’avertis.

▬ Nan, c’est pas son genre de laisser la lumière éteinte comme ça.

La chienne doit se cacher le museau sous une patte pour s’empêcher d’éclater de rire et Ryan lève les yeux au ciel.

▬ Ta gueule, Jay.

Ryan grogne en souriant, amusé malgré tout, avant de redevenir sérieux en ouvrant la porte. À l’intérieur, la musique est si forte qu’il en grimace. Laissant entrer Jay, il referme derrière lui puis hausse la voix afin d’appeler son amante.

▬ Lya ?

Seule la radio lui répond, hurlant ses notes à pleins poumons. Irrité, Ryan lance mentalement à Jay :

Va voir si tu un trouve quelque chose, je vais éteindre cette satanée musique.

L’homme trouve dans le noir l’interrupteur de la lampe du salon et, lorsque la lumière se fait sur la scène qui s’offre à ses yeux, le cœur de Ryan rate un battement. Tasses et bouteilles d’alcool s’empilent entre un chaos de dossier sur les tables, comme si un vieil ivrogne y avait élu domicile. Des objets jonchent le sol, certains brisés, comme si une lutte s’y était déroulée, ou que quelqu’un avait rageusement tout lancer par terre. Il y a également un trou dans le mur, avec quelques marques de sang.

L’inquiétude et l’urgence explosent dans sa poitrine et lui fait serrer les poings. Il n’y a plus aucun doute, quelque chose de grave s’est produit, et il craint aussitôt le pire, mais son esprit entrainé à l’analyse de scènes de crimes l’empêche de sauter trop rapidement aux conclusions. Il doit rester calme s’il souhaite savoir au plus vite ce qui se passe et où se trouve Aelya.

Ryan s’avance donc rapidement vers la chaine Hifi pour l’éteindre. Dans le silence lourd qui s’ensuit, il ouvre la bouche pour appeler la jeune femme de nouveau, mais la voix de Jay, alarmée, résonne au même moment dans sa tête.

Ryan, j’ai trouvé Eko, dans la chambre, mais pas Lya. Il est blessé.

Ryan s’élance en courant vers le corridor menant à la chambre, sa voix tremblant sous le coup de l’adrénaline et de l’inquiétude qui frôle maintenant la peur alors qu’il appelle de nouveau en criant. Si Eko est là, Aelya ne peut pas être loin. En tournant le coin, il remarque de la lumière sous la porte de la salle de bain et sans hésiter, il l’ouvre à la volée. Ses yeux s’accrochent avec perplexité et angoisse au rouge qui couvre le miroir, mais il ne s’agit heureusement pas de sang. Lentement, il met un pied sur le carrelage de la salle de bain. Aelya ne s’y trouve pas à priori, mais un doute le prend et il s’avance pour tirer le rideau de douche.

Tremblement de terre et raz de marée.

Le sang quitte son visage et il sent un gouffre s’ouvrir dans sa poitrine lorsque ses yeux se posent sur son amie, recroquevillée au fond de la douche, un sèche-cheveu à la main comme pour se défendre. Ryan a déjà vu plus que son lot de gens en piteux états. Accidents de la route, morts violentes, femmes battues… et jamais il n’est tout à fait possible de s’habituer. Mais avec les inconnus, dans le cadre de son travail, il parvient à garder une distance professionnelle qui l’empêche de craquer devant tant de violence et de souffrance. Cette fois, il n’a pas cette barrière, et le choc est d’autant plus grand qu’il tient énormément à la jeune femme. Car entre ses mèches de cheveux sombres et sous les bleues, les coupures et autres blessures, le visage comme le corps de son amante sont méconnaissables.

Ses mains tremblent légèrement lorsqu’il s’agenouille lentement, sans mouvements brusques, pour se mettre à sa hauteur, de choc comme de rage. Il veut savoir qui a fait ça. Il veut l’avoir devant lui et lui faire payer, peu importe ses motivations, peu importe qui il est. Mais cette colère n’arrive qu’en second après sa douleur de la voir ainsi et son désir de l’aider, de la soigner, de la rassurer.

Il tend la main, s’arrête pour lui laisser la refuser si elle le souhaite. Il a trop l’habitude de ce genre de situation pour succomber à la violente tentation de la prendre dans ses bras.

▬ It’s me, beautiful. I’m here, it’s ok, you’re safe now. I won’t let anything happen to you, I promise.





(c) aki' sur Lindwuën Daëmon
  
MessageDim 25 Juin - 19:28
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Ryan & Aelya


« Said you’d always be my white blood, circulate the right love,
Giving me your white blood, I need you right here with me... »


On lui a toujours dit qu’il était facile d’aimer.

Qu’il est aisé de s’attacher à quelqu’un sans remords pour ensuite donner. Donner du temps. De la patience comme de la passion, de l’affection comme de l’espoir. Lorsqu’elle était plus jeune, sa mère lui répétait sans cesse qu’il fallait partager sans compter et que tous ces efforts, même minuscules, vaudraient de l’or un jour ou l’autre. Puisqu’après tout, tout se paie – même ce que l’on offre.

Il est donc facile d’aimer, le plus compliqué étant de se laisser aimer. Puisque ce sentiment, qu’il soit amant ou ami, ne se soustrait à aucun ordre ni aucune règle, et qu’il n’existe à ce jour aucun moyen de le contrôler. Il traine dans son sillage joies et rires, mais également son lot de peines, de douleurs et de doutes. Il transforme, apaise, chamboule. Il fait mûrir, grandir. Et de temps en temps, il dévaste.

Aelya n’a jamais su se laisser aimer.

Elle a essayé, pourtant. Depuis toujours, elle a tenté d’oublier cette boule d’anxiété qui se fige au creux de sa poitrine lorsqu’elle se lie à quelqu’un d’autre. Mais plus qu’aucune autre chose, elle déteste s’exposer. Elle haït cette certitude selon laquelle ce lien nouveau pourrait à tout instant exploser. Disparaître. Et la laisser seule, abandonnée, vulgaire fleur brisée que la tempête aurait écrasée.

A cet instant, assise dans le fond de la baignoire à trembler de tous ses membres, jamais elle ne songerait que celui qui est entré puisse être un allié. Elle ne voit que la peur, celle qui l’incite à serrer ce sèche-cheveux jusqu’à s’en faire blanchir les jointures ; celle, aussi, qui lui retourne l’estomac à lui en donner la nausée. Et cette colère, sourde à lui en faire siffler les oreilles, l’entraîne dans son idée. Elle se défendra, cette fois. Elle frappera, lynchera, brisera. Elle fera payer à ces enflures les marques que leurs coups ont laissées sur son corps et sur son âme.

Puisqu’Aelya ne veut plus aimer.

Elle veut se venger. Faire payer. Mener la violence à son paroxysme, laisser libre-court à ces pulsions qui guident ses muscles et enlisent les connectiques de son pauvre cerveau. Au rythme de la musique encore hurlante, l’irlandaise visualise alors l’action comme si elle y était. Et elle imagine, le sang sur le visage détesté, les cris qu’elle pourrait enfin pousser et, peut-être, la satisfaction d’être finalement libérée. Dans un autre temps, elle se serait sermonnée, puis Eko l’aurait traitée de psychopathe en lui demandant d’aller se faire soigner. Mais pas aujourd’hui. Non. Aujourd’hui, Eko reste silencieux, liaison télépathique coupée par ce que le destin leur a arraché. Et sans lui, il n’y a plus aucune limite. Plus aucune barrière.

Quand soudain, ce silence.

Pesant. Brûlant. Elle déteste le silence. Il l’oppresse, la rend folle. Plus qu’elle ne l’est déjà en tout cas. Instinctivement, la jeune femme se raidit, et vient reculer jusqu’à sentir le mur glacé percer le tissu du peignoir qu’elle porte. Elle entend des pas sur le parquet – agités, ces pas. Presque inquiets, bien que cette détresse ne l’atteigne pas. L’embrasement de son estomac devient fournaise, tandis qu’elle s’immobilise.

Lya.

Un appel. Un piège ? Elle n’en sait rien, elle ne cherche pas à comprendre. Le monde n’est qu’un océan flou, une vaste peinture bariolée dont elle ne définit aucun contour. Elle ne répond pas. Le devrait-elle ? Qu’il connaisse son nom ne signifie rien. Elle ne peut pas avoir confiance – en personne, même pas en elle. Ses sens, encore victimes des vapeurs d’alcool, se révèlent trop embrumés pour qu’elle puisse s’y fier. Elle ne bouge pas, statue de cire sous laquelle prône la tempête, enfant perdue enveloppée dans sa bulle de douleur. L’étau qui comprime son crâne se fait plus violent encore, alors que les pas à l’extérieur reprennent. Empressés. Terrorisés. Malgré elle, elle le sent. Sans le comprendre, mais elle le sent. Elle sent cette peur panique, la même que celle qui l’étreint depuis quelques temps. Le bruit s’arrête ; sa respiration aussi. Peut-être a-t-elle réfléchi trop fort ? Peut-être que ses mots ont dépassé ses pensées, comme ça, sans s’en apercevoir, et que le monstre l’a entendue. Elle se mord la lèvre inférieure jusqu’au sang, tremblant à cette idée. Elle aurait dû éteindre la lumière. Il a un avantage, maintenant. Elle devrait peut-être se lever ? Défaire la ceinture de son peignoir, histoire d’avoir de quoi l’étrangler.

Car Aelya ne veut pas mourir.

Elle n’est pas prête pour cela. Sans avoir peur de la Mort, la jeune femme fait partie de ceux qui pensent qu’il y a un temps pour tout – et le sien n’est pas terminé. Il reste trop de choses à voir, à visiter. A vivre, même seule. Depuis presque deux jours, elle ne craint plus la solitude – au contraire, elle s’y attache ; s’y accroche. Comme si son existence entière en dépendait et qu’à elle seule, elle constituait sa fuite et unique bouée.

La porte s’ouvre à la volée et l’irlandaise se terre dans l’ombre. Elle est prise au piège, finalement. Coincée à la merci du monstre qui s’avance sur le carrelage. Elle l’entend s’arrêter, sûrement en découvrant le miroir sur lequel sa rage s’est déversée quelques instants plus tôt. Elle se demande à quoi il pense, maintenant. Est-il surpris ? Lassé ? Désemparé ? Elle ne le saura jamais. Le souffle retenu, l’avocate espère secrètement qu’il choisira de faire demi-tour. Oui mais… Et Eko ? Le caracal se rappelle brusquement à son esprit, lui arrachant un gémissement plaintif. Le temps suspend son vol, quelques secondes durant, jusqu’à ce que le rideau de douche s’envole. Elle plisse les yeux, tentant de définir les formes de la silhouette avec précision – ce jean foncé, cette chemise à carreau grise et rouge qu’il lui semble connaître et pour finir, ce visage. Son visage. Pâle, presque transparent. Empreint d’une pitié nouvelle, une pitié qu’elle ne lui connaît pas. Il se baisse à son niveau, lentement, tandis qu’elle serre contre son cœur son arme de fortune. Lorsqu’il tend finalement la main vers elle sans la toucher, Aelya tressaille.

« It’s me, beautiful. I’m here, it’s ok, you’re safe now. I won’t let anything happen to you, I promise. »

Les mots s’entrechoquent dans son crâne avec la puissance d’un ouragan. Elle demeure immobile, l’esprit vide de toute pensée cohérente, à la recherche d’une action à faire ou d’un mot à dire.

Ryan.
Ryan est là, dans cette pièce.
Ryan. Pas le monstre. Juste son amant. Son ami.

Elle aurait dû fermer les yeux. Montrer de la reconnaissance, même feinte, puis tourner la tête, fuir ce regard à la compassion douce, inconnue, et lui inventer un sourire bienveillant pour ne jamais se souvenir de ses lèvres pincées par l’angoisse de la découvrir dans cet état. Tout, sauf cette douleur qu’elle lui inspire. S’en remettre à son inconstance et chercher le pardon, l’absolution qui par magie, transcende parfois la tragédie et invente l’oubli. Rêver qu’il n’y pense déjà plus, comme une étincelle ne brillerait qu’une fraction de seconde pour laisser derrière elle une allumette à peine fumante et rougie. Mais la fumée qui pique les yeux… On n’y pense jamais.

Alors, les prunelles rivées sur cette main qui ne pense qu’à aider, Aelya songe qu’elle pourrait à son tour devenir sa bouée. Ses yeux violacés s’embrument brusquement, tandis que le sèche-cheveux vient s’écraser contre l’émail de la baignoire dans un bruit sourd.

« Ryan… »

Un souffle, une autre barrière qui s’effondre. Combien en reste-t-il ? D’un geste hésitant, l’irlandaise abandonne une partie de ses incertitudes pour venir placer sa main gelée dans la sienne, ignorant la souffrance que ce simple contact lui apporte. Elle se fiche de son pouvoir autant que de sa tenue, et se contente de laisser libre-court aux larmes qu’elle retient depuis trop longtemps. Dans de lourds sanglots, la douleur d’Aelya s’exprime alors, et elle serre l’appui qu’il lui offre de toutes ses forces restantes.

« Don’t let me go… »

C’est un murmure. C’est une demande. Presque une supplication, qu’offrent ses lèvres toujours tremblantes. Elle refuse de sortir. D’affronter le monde extérieur, les dangers et les regards en biais. Au fil des larmes, le visage de Ryan devient flou. Et pourtant, ce sont bien ses yeux qu’elle fixe tout en murmurant d’une voix blanche :

« … ‘Cause there’re too many monsters, out there. And I’m scared. »

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