Take the angel by the wings ♦ Ryan

 
  
MessageJeu 8 Juin - 13:10
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Aelya FeredenLiving like we're renegades
Take the angel by the wings

Ryan & Aelya


« Together we stand, divided we fall,
A reason to lay down the arms.
To face crisis and other threatens,
All the arms we need are for hugging. »


19 février 2017.

Douleur, intarissable douleur qui roule le long de ses veines, remontant son mollet, parcourant son abdomen pour s’égarer aux bords de ses yeux. Des prunelles invisibles, dissimulées par le gonflement de ses orbites et dont la brûlure lui arrache un gémissement au passage. D’une main rageuse, elle fait disparaitre la larme qui roule le long de sa joue, avant de balancer son poing dans le mur qui lui fait face. Encore. Et encore. Lorsqu’un trou se forme finalement dans l’architecture, elle marque une pause. Constate que ses phalanges ont laissé des marques ensanglantées sans s’en émouvoir. Puisqu’elle ne ressent rien, rien d’autre qu’une colère qui l’assourdit, amenant dans son sillage vertiges et insomnies. Puisque pour la première fois depuis longtemps, Aelya souffre. Et elle se déteste d’être ainsi. Elle se hait de ne pas savoir contrôler ses émotions ou ces pulsions qui l’empoisonnent. Elle se maudit de n’être qu’un concentré de souffrance, dont le corps meurtri l’empêche de se déplacer comme elle le souhaiterait. Emprisonnée. Voilà comment elle se sent. Emprisonnée dans sa condition d’oisillon blessé, à la merci de n’importe quel inconscient qui choisirait de franchir la porte de son appartement.

Quarante-trois. Le nombre d’heures qui ont découlées depuis qu’elle est tombée dans ce piège, aussi stupide soit-il. Le nombre d’heures qu’elle a vu défiler sur l’horloge du grand salon, tandis qu’elle passait des heures immobile, assise dans le canapé et le regard perdu dans le vide. Le nombre d’heures depuis lesquelles elle s’était réveillée sur ce parking, en pleine nuit, couverte de sang. Le ventre et le visage en feu, elle s’était pourtant relevée puis, Eko sur la banquette arrière, avait conduit jusqu’ici pour s’y enfermer depuis. Loin du monde et de la folie des hommes. Loin, elle l’espère, de cette peur qui lui tord les entrailles et l’empêche de trouver le sommeil. Elle a mal. Et cette souffrance qu’elle n’extériorise pas s’amoncèle en elle comme un tas d’immondices dont elle ne sait que faire.

Quelques pas douloureux, esquissés en direction de la table à manger, pour qu’elle puisse s’emparer du téléphone qui y traine, perdu entre dossiers, tasses et bouteilles trop rapidement vidées. Combien de temps sans sommeil ? Combien de temps sans manger, sans parler, sans vivre ? Emmurée dans son silence, Aelya se contente de donner des nouvelles par sms. A son père, prétendre travailler sur l’affaire et ne pas avoir le temps de passer avant plusieurs jours. A Dem, lui assurer que tout va bien, reporter leur pause-café à plus tard pour cause de, je cite « déplacement imprévu pour le boulot ». Elle se mord la lèvre inférieure en écrivant ces quelques mots, ignorant la blessure que ce geste provoque. Ce message lui prend un temps fou à écrire, chaque lettre du mensonge s’imprimant au fer rouge dans sa poitrine, trace indélébile de la trahison qu’elle impose à sa meilleure amie. Mais elle ne veut parler à personne. Ni à Adam, ni à Ryan, ni à Dem. Pas même Dem. Elle veut prétendre qu’elle peut encore rattraper la chose. Qu’il n’est pas trop tard ; qu’elle n’a pas merdé. Et que tout va bien. Ou du moins, que ça finira par aller.

Une main qui trouve le bouton de la chaine Hifi, radio lancée à fond dans l’appartement tandis qu’elle abandonne une nouvelle fois son téléphone. Une main, la même, qui glisse ensuite sur son abdomen, puis le long de ses côtes. Sensibles, ses côtes. Il n’est pas impossible qu’elle en ait une ou deux de fêlées. Mais elle refuse l’hôpital, les médecins, les pharmaciens. Puisque la douleur lui rappelle…

Sa faiblesse. Son impuissance. Son échec.
Sa colère.


Terrible, cette rage qui coule au creux de ses veines jusqu’à ses poings ; son visage ; ses poumons. Et ses pieds se jettent encore contre les chaises du salon ; la table ; le canapé. Dieu qu’elle aimerait hurler. Dieu qu’elle aimerait exprimer cette souffrance, ce poison venin qui l’enserre peu à peu jusqu’à lui couper le souffle. Mais elle n’est plus qu’un ange muet, une âme errante et gorgée de culpabilité. D’un mouvement brusque – un geste qui lui coûte, en force comme en vitalité – Aelya envoie valser tout ce qui se trouve sur sa commode. La souffrance de son crâne la ramène à la réalité ; elle ne peut pas craquer. Mais Dieu qu’elle s’en veut. Indéniablement, elle s’en veut de n’avoir su le protéger. De n’avoir su être apte à l’empêcher d’intervenir, ce soir-là. Apte à l’empêcher de finir dans cet état…

Elle abandonne le salon pour se trainer jusqu’à la chambre. Avec, toujours, cette impression de n’être qu’une carcasse, une enveloppe vide qu’on ballote contre les murs, une poupée de chiffon qu’on agite au gré du mouvement. Elle s’immobilise sur le seuil de la porte, tente d’habituer ses yeux à la pénombre ambiante – rien n’y fait. Alors, l’irlandaise avance. S’assoit sur le lit avec précaution, pour finalement passer ses doigts dans le pelage d’Eko. La respiration du caracal est sifflante, rauque ; il a mal. Elle finit son geste, une poignée de poils coincée entre les doigts et le cœur en balançoire. Elle ne supporte pas de le voir comme ça, autant qu’elle ne parvient à endurer le silence dont il fait preuve depuis deux jours. Elle ne sait pas faire, Aelya. Elle ne sait pas être livrée à elle-même, privée de son aide comme de l’acerbité de ses commentaires. Où est-il ? Que lui ont-ils fait ? Qu’ont-ils brisé ? Elle veut pleurer sans y parvenir. Et, toujours cet échec, encore ce désespoir qui lui monte à la gorge et pointe au creux de son cœur. Il lui manque. Lui, son compagnon de toujours, celui qui pour l’heure n’est qu’une loque en perdition. Elle voudrait l’aider. Mais sa crainte d’affronter le monde extérieur est trop grande pour être surmontée. Alors, l’avocate l’apaise comme elle le peut. Sans paroles, juste en caresses, en infusion, en encens et en chaleur humaine. Elle lui offre tout ce qui lui reste. Sans compter. Sans restriction. Et définitivement, sans amélioration…

Les minutes s’écoulent sans qu’elle ne s’en aperçoive, seulement ramenée à la vie par le souffle d’Eko. Lorsqu’elle s’élève de nouveau, c’est pour se diriger vers la salle de bain, alors que les premières notes de Prayer of the Refugee résonnent dans l’appartement. Lentement, Aelya ouvre le peignoir qui couvre son corps, gardant les yeux clos jusqu’à ce que ce dernier roule sur ses hanches et s’écrase au sol. Là, seulement, elle se découvre pour la première fois.

Et elle voit.
Elle voit les ecchymoses se dessiner sur ses bras. Des dizaines de nuances de bleus pour autant de meurtrissures.
Elle voit les hématomes enfler autour de ses seins, défiler le long de ses côtes et de ses hanches. Et au bleu s’ajoute le gris, puis le vert ; tant de teintes, qu’on aurait aisément pu faire d’elle un tableau vivant.
Elle voit ses jambes. Griffées. Lacérées. Abusées par cette violence qu’on dit impensable.
Et pour finir, son visage.

Elle n’aurait su définir ce à quoi elle ressemblait. Il ne restait d’elle que ses cheveux, certes ternes, mais toujours présents. Le reste n’était que boursoufflures, griffes et contusions. Ses yeux, cachés sous deux énormes cocards, laissent à peine deviner l’émeraude de ses iris. Menton, arcades, lèvres. Si gonflés. Si douloureux au toucher.

Elle passe un moment debout devant le miroir, à s’empreindre de ce qu’elle est devenue. A essayer. A faire semblant. Et si les larmes refusent toujours de couler la colère, elle, ne cesse de monter. Jusqu’à ce qu’elle s’empare de ce rouge à lèvres, laissé à l’abandon sur le lavabo, et se mette à tracer des formes sur le miroir. Cercles. Triangles. Rectangles. A chaque esquisse, une blessure. Bleu. Gonflement. Griffure. A chaque blessure, un mot. Revenge. Punishement. Payback. Les lignes se croisent et s’entrecroisent ; bientôt, le miroir n’est plus qu’un océan vermillon, dont les vagues s’échouent sur les contours de son corps. Enveloppée par la musique autant que par sa hargne, Aelya se plonge dans sa contemplation. S’y noie, même. Jusqu’à cette voix, à l’intérieur de son crâne. Ce coup de tonnerre qui lui remet les pieds sur terre.

Il y a quelqu’un. Dans l’appartement.

Et cette peur panique qui lui tort de nouveau l’estomac alors qu’elle s’empare de son peignoir et l’enfile à la hâte, pour finalement se dissimuler derrière son rideau de douche, à l’abri, assise dans la baignoire. Un sèche-cheveux à la main comme seule arme de défense, l’oreille attentive au moindre mouvement. Mais la musique est trop forte et l’empêche d’entendre quoi que ce soit. Alors, Aelya patiente.

Le cœur empreint d’une terreur que ses tremblements, eux, ne cachent pas.


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MessageSam 17 Juin - 4:34
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FEAT. RYAN FARELL & JAY ▬ AELYA FEREDEN & EKO



I'll carry you if I must 'cause I ain't letting go




Ryan lance un nouveau coup d’œil vers son téléphone, mais aucun nouveau message n’apparait à l’écran. Sa mâchoire se tend et il pousse un soupir de frustration. La chienne assise derrière lui dans un canapé, une paire de lunettes de lectures posée sur le bout de son nez et penchée au-dessus d’un épais roman, relève la tête en tournant les oreilles vers le daemonien.

▬ Toujours rien ?

L’homme reste muet.

▬ Tu vas aller voir chez-elle, non ?

Ryan ne lui répond toujours pas, mais Jay sait qu’elle a raison lorsqu’il referme le dossier qu’il tente de lire depuis une heure sans en retenir le moindre mot et se lève. La chienne pousse un bref soupire avant de prendre précautionneusement son signet du bout des crocs et le glisser dans son livre à la page qu’elle lisait. Elle laisse ensuite tomber ses lunettes sur la petite table du salon et saute en bas du canapé pour suivre Ryan vers la chambre. Elle le regarde, soucieuse, changer son vieux t-shirt de star-wars pour une chemise à carreaux grise et rouge, puis se risque à demander :

▬ Ce n’est probablement rien. Elle ne veut peut-être simplement pas te parler maintenant, ou elle a rencontré quelqu’un d’autre…

Le détective lui lance un regard noir et la chienne roule des yeux. Ce n’est pas comme si lui-même s’empêchait de voir qui que ce soit d’autre après tout! Mais Jay sait qu’il ne s’agit pas ici de jalousie. La relation entre Ryan et Aelya n’a jamais été teintée de sentiments amoureux, ni de possessivité ou d’exclusivité, d’un côté comme de l’autre. Néanmoins, ce fait ne veut pas dire qu’il est indifférent à la jeune femme. Au contraire, il la considère comme l’une de ses plus proches amies et il l’apprécie énormément. Pour tout dire, si ce n’était pas d’une autre personne dans sa vie qui vient actuellement ébranlé ses convictions, Aelya et la relation qu’ils ont actuellement aurait été la seule forme de ‘couple’ qu’il aurait pu vouloir pour le reste de ses jours.

Aussi, le silence dans lequel Aelya le laisse depuis deux jours, alors qu’ils devaient se voir la veille, l’inquiète. Elle n’a pas l’habitude de ne pas donner de nouvelles. Et comme elle semblait préoccupée et distante ces derniers temps, l’homme s’inquiète. Ryan avait mis le coup sur l’un de ses contrats difficiles d’avocate, ou encore sur la perte d’une de ses amies quelque mois plutôt aux mains de son mari violent, mais il doute de plus en plus de cette logique. De plus, il la connait assez pour savoir que son fort caractère et sa fichue fierté l’empêcheraient surement de demander de l’aide si elle en avait besoin.

Rien pour l’apaiser ou le rassurer, en bref.

Jay n’insiste donc pas et le suit en silence alors qu’ils quittent leur appartement pour embarquer rapidement dans la voiture de Ryan. Aelya ne restant qu’à quelques minutes de chez lui, ils arrivent rapidement devant chez elle. Un rapide coup d’œil aux fenêtres, alors même qu’il stationne sa voiture, lui indique qu’il ne semble pas y avoir la moindre lumière allumée dans l’appartement, et ce malgré l’heure avancée.

▬ Elle est peut-être en voyage et a oublié de te prévenir ?

Possible, mais Ryan veut s’en assurer. Il escalade deux par deux les escaliers menant à la porte, se faisant trempés au passage par la pluie battante qui s’abat sur Merkeley depuis la matinée, et s’arrête un instant devant celle-ci en entendant une forte musique en provenance de l’intérieur. Il y aurait donc quelqu’un? Il cogne. Aucune réponse. Nouveau froncement de sourcil, puis Ryan sort sa clé de l’appartement.

▬ Si tu tombes sur elle au lit avec un autre, j’vais mourir de rire, je t’avertis.

▬ Nan, c’est pas son genre de laisser la lumière éteinte comme ça.

La chienne doit se cacher le museau sous une patte pour s’empêcher d’éclater de rire et Ryan lève les yeux au ciel.

▬ Ta gueule, Jay.

Ryan grogne en souriant, amusé malgré tout, avant de redevenir sérieux en ouvrant la porte. À l’intérieur, la musique est si forte qu’il en grimace. Laissant entrer Jay, il referme derrière lui puis hausse la voix afin d’appeler son amante.

▬ Lya ?

Seule la radio lui répond, hurlant ses notes à pleins poumons. Irrité, Ryan lance mentalement à Jay :

Va voir si tu un trouve quelque chose, je vais éteindre cette satanée musique.

L’homme trouve dans le noir l’interrupteur de la lampe du salon et, lorsque la lumière se fait sur la scène qui s’offre à ses yeux, le cœur de Ryan rate un battement. Tasses et bouteilles d’alcool s’empilent entre un chaos de dossier sur les tables, comme si un vieil ivrogne y avait élu domicile. Des objets jonchent le sol, certains brisés, comme si une lutte s’y était déroulée, ou que quelqu’un avait rageusement tout lancer par terre. Il y a également un trou dans le mur, avec quelques marques de sang.

L’inquiétude et l’urgence explosent dans sa poitrine et lui fait serrer les poings. Il n’y a plus aucun doute, quelque chose de grave s’est produit, et il craint aussitôt le pire, mais son esprit entrainé à l’analyse de scènes de crimes l’empêche de sauter trop rapidement aux conclusions. Il doit rester calme s’il souhaite savoir au plus vite ce qui se passe et où se trouve Aelya.

Ryan s’avance donc rapidement vers la chaine Hifi pour l’éteindre. Dans le silence lourd qui s’ensuit, il ouvre la bouche pour appeler la jeune femme de nouveau, mais la voix de Jay, alarmée, résonne au même moment dans sa tête.

Ryan, j’ai trouvé Eko, dans la chambre, mais pas Lya. Il est blessé.

Ryan s’élance en courant vers le corridor menant à la chambre, sa voix tremblant sous le coup de l’adrénaline et de l’inquiétude qui frôle maintenant la peur alors qu’il appelle de nouveau en criant. Si Eko est là, Aelya ne peut pas être loin. En tournant le coin, il remarque de la lumière sous la porte de la salle de bain et sans hésiter, il l’ouvre à la volée. Ses yeux s’accrochent avec perplexité et angoisse au rouge qui couvre le miroir, mais il ne s’agit heureusement pas de sang. Lentement, il met un pied sur le carrelage de la salle de bain. Aelya ne s’y trouve pas à priori, mais un doute le prend et il s’avance pour tirer le rideau de douche.

Tremblement de terre et raz de marée.

Le sang quitte son visage et il sent un gouffre s’ouvrir dans sa poitrine lorsque ses yeux se posent sur son amie, recroquevillée au fond de la douche, un sèche-cheveu à la main comme pour se défendre. Ryan a déjà vu plus que son lot de gens en piteux états. Accidents de la route, morts violentes, femmes battues… et jamais il n’est tout à fait possible de s’habituer. Mais avec les inconnus, dans le cadre de son travail, il parvient à garder une distance professionnelle qui l’empêche de craquer devant tant de violence et de souffrance. Cette fois, il n’a pas cette barrière, et le choc est d’autant plus grand qu’il tient énormément à la jeune femme. Car entre ses mèches de cheveux sombres et sous les bleues, les coupures et autres blessures, le visage comme le corps de son amante sont méconnaissables.

Ses mains tremblent légèrement lorsqu’il s’agenouille lentement, sans mouvements brusques, pour se mettre à sa hauteur, de choc comme de rage. Il veut savoir qui a fait ça. Il veut l’avoir devant lui et lui faire payer, peu importe ses motivations, peu importe qui il est. Mais cette colère n’arrive qu’en second après sa douleur de la voir ainsi et son désir de l’aider, de la soigner, de la rassurer.

Il tend la main, s’arrête pour lui laisser la refuser si elle le souhaite. Il a trop l’habitude de ce genre de situation pour succomber à la violente tentation de la prendre dans ses bras.

▬ It’s me, beautiful. I’m here, it’s ok, you’re safe now. I won’t let anything happen to you, I promise.





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MessageDim 25 Juin - 19:28
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Ryan & Aelya


« Said you’d always be my white blood, circulate the right love,
Giving me your white blood, I need you right here with me... »


On lui a toujours dit qu’il était facile d’aimer.

Qu’il est aisé de s’attacher à quelqu’un sans remords pour ensuite donner. Donner du temps. De la patience comme de la passion, de l’affection comme de l’espoir. Lorsqu’elle était plus jeune, sa mère lui répétait sans cesse qu’il fallait partager sans compter et que tous ces efforts, même minuscules, vaudraient de l’or un jour ou l’autre. Puisqu’après tout, tout se paie – même ce que l’on offre.

Il est donc facile d’aimer, le plus compliqué étant de se laisser aimer. Puisque ce sentiment, qu’il soit amant ou ami, ne se soustrait à aucun ordre ni aucune règle, et qu’il n’existe à ce jour aucun moyen de le contrôler. Il traine dans son sillage joies et rires, mais également son lot de peines, de douleurs et de doutes. Il transforme, apaise, chamboule. Il fait mûrir, grandir. Et de temps en temps, il dévaste.

Aelya n’a jamais su se laisser aimer.

Elle a essayé, pourtant. Depuis toujours, elle a tenté d’oublier cette boule d’anxiété qui se fige au creux de sa poitrine lorsqu’elle se lie à quelqu’un d’autre. Mais plus qu’aucune autre chose, elle déteste s’exposer. Elle haït cette certitude selon laquelle ce lien nouveau pourrait à tout instant exploser. Disparaître. Et la laisser seule, abandonnée, vulgaire fleur brisée que la tempête aurait écrasée.

A cet instant, assise dans le fond de la baignoire à trembler de tous ses membres, jamais elle ne songerait que celui qui est entré puisse être un allié. Elle ne voit que la peur, celle qui l’incite à serrer ce sèche-cheveux jusqu’à s’en faire blanchir les jointures ; celle, aussi, qui lui retourne l’estomac à lui en donner la nausée. Et cette colère, sourde à lui en faire siffler les oreilles, l’entraîne dans son idée. Elle se défendra, cette fois. Elle frappera, lynchera, brisera. Elle fera payer à ces enflures les marques que leurs coups ont laissées sur son corps et sur son âme.

Puisqu’Aelya ne veut plus aimer.

Elle veut se venger. Faire payer. Mener la violence à son paroxysme, laisser libre-court à ces pulsions qui guident ses muscles et enlisent les connectiques de son pauvre cerveau. Au rythme de la musique encore hurlante, l’irlandaise visualise alors l’action comme si elle y était. Et elle imagine, le sang sur le visage détesté, les cris qu’elle pourrait enfin pousser et, peut-être, la satisfaction d’être finalement libérée. Dans un autre temps, elle se serait sermonnée, puis Eko l’aurait traitée de psychopathe en lui demandant d’aller se faire soigner. Mais pas aujourd’hui. Non. Aujourd’hui, Eko reste silencieux, liaison télépathique coupée par ce que le destin leur a arraché. Et sans lui, il n’y a plus aucune limite. Plus aucune barrière.

Quand soudain, ce silence.

Pesant. Brûlant. Elle déteste le silence. Il l’oppresse, la rend folle. Plus qu’elle ne l’est déjà en tout cas. Instinctivement, la jeune femme se raidit, et vient reculer jusqu’à sentir le mur glacé percer le tissu du peignoir qu’elle porte. Elle entend des pas sur le parquet – agités, ces pas. Presque inquiets, bien que cette détresse ne l’atteigne pas. L’embrasement de son estomac devient fournaise, tandis qu’elle s’immobilise.

Lya.

Un appel. Un piège ? Elle n’en sait rien, elle ne cherche pas à comprendre. Le monde n’est qu’un océan flou, une vaste peinture bariolée dont elle ne définit aucun contour. Elle ne répond pas. Le devrait-elle ? Qu’il connaisse son nom ne signifie rien. Elle ne peut pas avoir confiance – en personne, même pas en elle. Ses sens, encore victimes des vapeurs d’alcool, se révèlent trop embrumés pour qu’elle puisse s’y fier. Elle ne bouge pas, statue de cire sous laquelle prône la tempête, enfant perdue enveloppée dans sa bulle de douleur. L’étau qui comprime son crâne se fait plus violent encore, alors que les pas à l’extérieur reprennent. Empressés. Terrorisés. Malgré elle, elle le sent. Sans le comprendre, mais elle le sent. Elle sent cette peur panique, la même que celle qui l’étreint depuis quelques temps. Le bruit s’arrête ; sa respiration aussi. Peut-être a-t-elle réfléchi trop fort ? Peut-être que ses mots ont dépassé ses pensées, comme ça, sans s’en apercevoir, et que le monstre l’a entendue. Elle se mord la lèvre inférieure jusqu’au sang, tremblant à cette idée. Elle aurait dû éteindre la lumière. Il a un avantage, maintenant. Elle devrait peut-être se lever ? Défaire la ceinture de son peignoir, histoire d’avoir de quoi l’étrangler.

Car Aelya ne veut pas mourir.

Elle n’est pas prête pour cela. Sans avoir peur de la Mort, la jeune femme fait partie de ceux qui pensent qu’il y a un temps pour tout – et le sien n’est pas terminé. Il reste trop de choses à voir, à visiter. A vivre, même seule. Depuis presque deux jours, elle ne craint plus la solitude – au contraire, elle s’y attache ; s’y accroche. Comme si son existence entière en dépendait et qu’à elle seule, elle constituait sa fuite et unique bouée.

La porte s’ouvre à la volée et l’irlandaise se terre dans l’ombre. Elle est prise au piège, finalement. Coincée à la merci du monstre qui s’avance sur le carrelage. Elle l’entend s’arrêter, sûrement en découvrant le miroir sur lequel sa rage s’est déversée quelques instants plus tôt. Elle se demande à quoi il pense, maintenant. Est-il surpris ? Lassé ? Désemparé ? Elle ne le saura jamais. Le souffle retenu, l’avocate espère secrètement qu’il choisira de faire demi-tour. Oui mais… Et Eko ? Le caracal se rappelle brusquement à son esprit, lui arrachant un gémissement plaintif. Le temps suspend son vol, quelques secondes durant, jusqu’à ce que le rideau de douche s’envole. Elle plisse les yeux, tentant de définir les formes de la silhouette avec précision – ce jean foncé, cette chemise à carreau grise et rouge qu’il lui semble connaître et pour finir, ce visage. Son visage. Pâle, presque transparent. Empreint d’une pitié nouvelle, une pitié qu’elle ne lui connaît pas. Il se baisse à son niveau, lentement, tandis qu’elle serre contre son cœur son arme de fortune. Lorsqu’il tend finalement la main vers elle sans la toucher, Aelya tressaille.

« It’s me, beautiful. I’m here, it’s ok, you’re safe now. I won’t let anything happen to you, I promise. »

Les mots s’entrechoquent dans son crâne avec la puissance d’un ouragan. Elle demeure immobile, l’esprit vide de toute pensée cohérente, à la recherche d’une action à faire ou d’un mot à dire.

Ryan.
Ryan est là, dans cette pièce.
Ryan. Pas le monstre. Juste son amant. Son ami.

Elle aurait dû fermer les yeux. Montrer de la reconnaissance, même feinte, puis tourner la tête, fuir ce regard à la compassion douce, inconnue, et lui inventer un sourire bienveillant pour ne jamais se souvenir de ses lèvres pincées par l’angoisse de la découvrir dans cet état. Tout, sauf cette douleur qu’elle lui inspire. S’en remettre à son inconstance et chercher le pardon, l’absolution qui par magie, transcende parfois la tragédie et invente l’oubli. Rêver qu’il n’y pense déjà plus, comme une étincelle ne brillerait qu’une fraction de seconde pour laisser derrière elle une allumette à peine fumante et rougie. Mais la fumée qui pique les yeux… On n’y pense jamais.

Alors, les prunelles rivées sur cette main qui ne pense qu’à aider, Aelya songe qu’elle pourrait à son tour devenir sa bouée. Ses yeux violacés s’embrument brusquement, tandis que le sèche-cheveux vient s’écraser contre l’émail de la baignoire dans un bruit sourd.

« Ryan… »

Un souffle, une autre barrière qui s’effondre. Combien en reste-t-il ? D’un geste hésitant, l’irlandaise abandonne une partie de ses incertitudes pour venir placer sa main gelée dans la sienne, ignorant la souffrance que ce simple contact lui apporte. Elle se fiche de son pouvoir autant que de sa tenue, et se contente de laisser libre-court aux larmes qu’elle retient depuis trop longtemps. Dans de lourds sanglots, la douleur d’Aelya s’exprime alors, et elle serre l’appui qu’il lui offre de toutes ses forces restantes.

« Don’t let me go… »

C’est un murmure. C’est une demande. Presque une supplication, qu’offrent ses lèvres toujours tremblantes. Elle refuse de sortir. D’affronter le monde extérieur, les dangers et les regards en biais. Au fil des larmes, le visage de Ryan devient flou. Et pourtant, ce sont bien ses yeux qu’elle fixe tout en murmurant d’une voix blanche :

« … ‘Cause there’re too many monsters, out there. And I’m scared. »

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MessageSam 12 Aoû - 5:35
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Aelya met quelques seconds à le reconnaitre, mais enfin, elle lâche le sèche-cheveux. Elle vient poser sa main dans la sienne. Ses doigts sont glacés et Ryan les serre doucement, réprimant son envie de l’attirer à lui pour la prendre dans ses bras.

▬ Don’t let me go…

Ryan secoue négativement la tête.

▬ I won’t. Ever.

Ce qu’il y a entre Ryan et Aelya n’est peut-être pas de l’amour romantique, mais ça n’en reste pas moins de l’amour. Une amie, une amante, l’une des personnes dont il est le plus près à Merkeley… Alors non, il ne la lâchera pas. Tant qu’elle aura besoin de lui, il sera là. Le monde extérieur n’a plus d’importance. Tout ce qui compte c’est tout faire pour éloigner cette peur et cette douleur dans les yeux de cette personne qui compte tellement pour lui, d’une manière que beaucoup ne comprendront jamais.

Les yeux d’Aelya se remplissent de larmes et lentement, Ryan tend l’autre main pour venir chercher son épaule et la ramener à lui. Il craint de la faire paniquer davantage, mais cette crainte disparait lorsqu’elle dit :

▬ … ‘Cause there’re too many monsters, out there. And I’m scared.

Ryan referme ses bras autour d’elle, la serrant aussi fort qu’il le peut sans lui faire mal. Il ne peut retenir le léger tremblement de ses mains alors qu’il caresse doucement ses cheveux et dépose un baiser sur le sommet de sa tête. Il veut parler pour la rassurer, mes ses mâchoires sont trop serrées par la colère. Il veut connaitre l’identité de celui ou ceux qui ont fait ça. Il se fou du pourquoi, se fou de tout sauf leur mettre la main dessus et leur faire payer. Ils n’ont aucune idée à qui ils ont affaire maintenant.

La voir ainsi, elle qui est si forte, qui défie l’univers avec ses mots comme son attitude, elle qui n’a peur de rien, qui l’a accompagné malgré lui à l’assaut de preneurs d’otages lors de leur première rencontre en déployant la force de son caractère et sa détermination… Le trouble profondément. Il ne croit pas non plus se souvenir de l’avoir vu pleurer, ou du moins pas comme ça. Jamais comme ça, de peur, de douleur, de blessure plus profondément que ce que les yeux peuvent voir. Il n’aurait pas cru que cela lui ferait aussi mal de voir Aelya dans cet état, mais peut-être est-ce simplement parce qu’il ne croyait pas possible de la voir ainsi un jour. Qui s’imaginerait retrouver un être cher violement battu et en état de choc au fond de sa salle de bain, après tout ?

Ils restent un long moment ainsi, jusqu’à ce que les sanglots d’Aelya se calment. C’est uniquement à ce moment que Ryan relâche un peu son étreinte pour venir prendre le visage de la jeune femme dans ses mains et la regarder dans les yeux.

▬ You’re ok, beautiful. I’m not letting anybody touch you again, you hear me ?

Il l’embrasse doucement sur le front, prenant soin de ne pas toucher l’une des coupures ou contusions qui parcellent son visage. Puis avec le plus de douceur dont il est capable, il passe un bras dans son dos et l’autre sous ses jambes pour la prendre dans ses bras. Ryan la ramène dans sa chambre et la dépose sur le lit près d’Eko. Il lance un regard à Jay qui comprend aussitôt ce qu’il veut, sans même qu’ils n’aient besoin d’échanger de paroles mentales. La chienne saute elle aussi sur le lit, venant se coucher tout contre le caracal. Elle entreprend alors de lisser doucement ses poils du museau, comme une chienne le ferait avec ses chiots, dans l’effort de le rassurer et le calmer. Le blond reporte son attention sur Aelya et en replaçant une mèche de ses cheveux lui dit :

▬ Je reviens tout de suite.

Ryan retourne dans la salle de bain et fouille dans l’armoire sans faire attention à ce qu’il fait tomber dans les mouvements brusques et précipiter de ses mains. Lorsqu’il trouve le matériel de premier soin, il s’empare du désinfectant et de pansements puis prend un linge qu’il passe sous l’eau du robinet. Ses yeux retombent sur le miroir bariolé de rouge et sa rage monte de nouveau, lui faisant serrer les poings. Il a envie de frapper dans quelque chose, mais ferme les yeux et prend quelques secondes pour se ressaisir. Elle a besoin de lui, pas de sa colère. Pas maintenant en tout cas, pas tout de suite.

Il revient dans la chambre avec son matériel et s’assoit près d’elle. En douceur, il se met à nettoyer les blessures qui, bien que datant visiblement de quelques jours, semblent avoir saigné de nouveau par endroit.

▬ Lya, j’ai besoin que tu me dises ce qui s’est passé, d’accord ?

Il essaie de trouver son regard, laissant ses réflexes professionnels prendre le dessus pour calmer l’ébullition de ses réactions personnelles. Il ne souhaite pas la brusquer, mais a besoin de réponses, alors il y va une question à la fois.

▬ Quand est-ce que c’est arrivé ?





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MessageDim 3 Sep - 11:47
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Ryan & Aelya


« Jusqu'où faut-il s'enfuir pour échapper à sa douleur, à son ombre, à sa vie? »


Passe, passe, passera. La dernière y restera. Nous l’attraperons, la petite hirondelle…

Les secondes comme les larmes se confondent ; elle tremble. De tous ses membres, de toutes ses craintes. Les doigts enserrés autour de ceux de Ryan, engourdie par la douleur qu’elle ressent à son contact, elle qui n’est que piqûre légère à côté de ses contusions et hématomes. Elle ne sait plus bien ce qu’elle doit faire, Lya. Par où partir, courir ou fuir. Fuir le monde qui l’entoure et les griffes de ses chimères ; fuir la colère qui envenime son corps et gonfle ses poumons de rancœur ; fuir ces gens qui ont pitié d’elle, de cette faiblesse dont elle ne cesse plus d’avoir honte et qui pèse sur ses épaules comme une chape de plomb. Elle ne veut pas de leur compassion, pas de leurs regards éplorés sur sa peau contusionnée. Il faut donc éviter l’agitation des rues, la douceur d’une après-midi ensoleillée au parc, la fraîcheur d’un footing dans les bois au petit matin. Il faut se soustraire aux caresses, au sourire gêné de la boulangère qui n’a plus de monnaie, aux mots des amis qui soi-disant apaisent. Il n’en est rien. Cette succession de lettres ne fait qu’empirer les choses. Lorsqu’ils parlent, la réalité prend le pas sur l’illusion et le traumatisme se fait constant, latent. Destructeur.

Et Ryan ? Ryan ne parle pas. D’un geste doux, tendre quoiqu’hésitant, l’agent l’a ramenée contre son torse et la serre en silence. Tout contre son cœur. Contre son âme – et qu’elle est belle, son âme. Ses doigts nerveux effleurent les cheveux de l’avocate en de longs mouvements lents, imprécis. Teintés d’une colère qu’elle refuse de provoquer chez lui mais qu’elle n’a pas la force de battre pour l’instant. Et Lya s’abandonne. C’est interminable, c’est tortueux, mais les sanglots finissent par s’espacer. Peu à peu, ses muscles retrouvent de leur souplesse et son souffle se fait plus calme, plus apaisé. Le front posé contre le torse de son amant et de la reconnaissance au creux du cœur. De ne rien dire, parce qu’il n’y a aucun mot à mettre sur ce genre de situations. De ne pas exploser en plein vol, parce qu’il sait qu’elle ne supporterait pas. D’être là, simplement. Une lueur dans la pénombre, une bulle de tendresse dans ce monde où pullulent la maladie et les abrutis.

Il relâche son étreinte, s’emparant délicatement du visage tuméfié de la jeune femme pour la forcer à croiser son regard. 

« You’re ok, beautiful. I’m not letting anybody touch you again, you hear me ? »

Elle t’entend, Ryan. Elle n’entend que toi, que le son de ta voix qui tente de la ramener à la vie, que cette promesse qui l’enveloppe comme un nuage de coton. Mais il n’y a que le vide comme réponse, Ryan, l’entends-tu à ton tour ? Entends-tu l’écho de tes paroles dans son crâne, perçois-tu la douloureuse mélodie qui ondule contre cette tempe que tu embrasses ? Elle voudrait te sourire Ryan, je t’assure qu’elle aimerait te dire que oui, elle va bien, ou qu’au moins elle ira bien. Que le temps et tes bras peuvent à eux seuls constituer la cure dont elle a maintenant besoin. Mais c’est faux. Tout est faux, et elle le sait. Tu le sais. Alors, elle laisse tes bras entourer sa taille, grimace accrochée aux traits lorsqu’elle sent la souffrance de ses côtes se raviver. Elle s’accroche, Ryan, regarde. A ton cou, à ton col. A toi. Ne la lâche pas.

Mais il le fait, Lya lentement posée sur le lit à côté de sa moitié. Elle n’entend pas les paroles de Ryan, les yeux rivés sur ce qu’il reste d’Eko ; il a maigri. Des boules de poils s’échouent sur les draps autour de lui. Il est allongé, les yeux mi-clos et tournés vers elle. Impossible de savoir à quoi il pense, malgré toute la volonté dont elle fait preuve pour le savoir. La blâme-t-il ? Lui en veut-il ? Elle le dévisage en silence, tente de l’appeler. Une fois, deux fois. Aucune réponse. Les larmes reviennent. Que lui a-t-elle fait ? Que leur a-t-elle fait ? Fallait-il nécessairement en arriver là pour qu’elle se rende compte de l’égoïsme dont elle a fait preuve à son égard ? Que lui a-t-elle imposé ? Des nuits sans sommeil, peuplées d’angoisses et de cauchemars. Des missions risquées, qu’il lui a dix fois supplié d’abandonner. Une agression. Des coups, des blessures ; peut-être certaines qui ne guériraient jamais. Elle lève une main vers lui, hésite quelques secondes pour finalement se raviser. Jay prend soin de lui, langue râpeuse maternellement passée sur son corps abîmé. Peut-être est-ce tout ce dont il a besoin, lui aussi.

Ryan est revenu ; elle le sent, bien qu’elle ne le voie plus. Les compresses parcourent son visage, le désinfectent et le purifient de toutes les marques de violence dont il recèle encore.

« Lya, j’ai besoin que tu me dises ce qui s’est passé, d’accord ? »

Elle ne tourne toujours pas la tête. Prise par la honte comme par la crainte d’affronter la vérité. Ce qu’il s’est passé ? Il s’est passé l’arrogance, Ryan. Il s’est passé l’adrénaline, la prise de risque, l’envie de faire justice soi-même et ce au détriment de tout.

« Quand est-ce que c’est arrivé ? »

Ça. L’innommable. Cette fois, l’irlandaise croise le regard inquiet de son ami. Elle fronce les sourcils, cherche un point d’accroche – quelque chose qui l’aiderait à savoir quel jour on est et donc surtout, depuis combien de temps elle est enfermée ici.

« C’était le 17 février. »

Ça au moins, c’est une date qu’on ne peut lui enlever. Elle triture la couverture du bout des doigts, silencieuse pour un temps.

« Quel jour on est ? », murmure-t-elle.

Il ne jugera pas, elle le sait. Il ne la jugera pas elle alors qu’il les a déjà condamnés, eux. Elle sent sa colère poindre à travers chacun de ses mouvements, bien qu’il fasse tout son possible pour la contenir. Peine perdue. Elle connait chacun de ses tressaillements, devine la tension des muscles sous le tissu de son haut. Il est en rogne, mais il ne peut l’être plus qu’elle.

Il va revenir à l’assaut. Reposer la question, tenter de comprendre ce qu’il s’est passé, mettre à profit ses compétences d’agent pour lui rendre justice et faire passer à ces sales petits cons l’envie de tabasser quelqu’un à qui il tient. Mais là encore, c’est l’égoïsme de Lya qui frappe en plein cœur ; elle ne veut pas qu’il s’en mêle. Et c’est là toute l’essence de cette noirceur qui l’imprègne depuis deux jours ; la vengeance comme seul crédo, la haine comme unique tempo. Cette valse à deux temps qui l’entraîne sur une voie qu’elle n’avait auparavant jamais foulé – et c’était certainement mieux ainsi. Elle va l’envoyer bouler. Poliment, doucement, parce qu’après tout il est là quand les autres ne le sont pas, et ce malgré lui. 

« Dis-lui. »

Sursaut. Lya tourne brusquement la tête vers la provenance de la voix, provoquant un nouveau pic de souffrance qui l’électrise toute entière. Eko a relevé la tête et la fixe. Non, il ne la fixe pas. Il la défie. Il la met au défi de mettre des mots sur cette histoire, de passer outre la honte et le dégout, de prendre le risque de voir le monstre tapi entre ses reins faire surface.

A deux, ils se taisent. Ils donnent alors l’impression qu’un échange silencieux s’opère, là où il n’existe pourtant qu’un simple jeu de regards. Chacun campe sur ses positions – pour que finalement, l’un d’entre eux gagne.

Soupir. De nouveau, les yeux d’Aelya découpent la silhouette de Ryan, dont les contours sont difficiles à percevoir dans la pénombre de la chambre.

« Ils étaient trois… Peut-être quatre. Cagoulés. Ils m’attendaient à la sortie du cabinet, il devait être une heure du matin. »

Les mots s’alignent sans qu’elle ne se force comme si, au fond, ils n’attendaient que ça.

« Ils parlaient espagnol. Je l’ai entendu dans leurs insultes. Il devait y avoir un daemonien dans le lot… »

La dernière phrase, plus douloureuse que les autres, s’achève dans un murmure. S’il est difficile d’être mis à nu, il l’est encore plus d’assumer son impuissance.

« Quand ils ont vu que je répondais à leurs coups, il a usé de son pouvoir. J’étais… J’étais comme pétrifiée. Tétanisée. »

Grande inspiration, les muscles qui se nouent de nouveau. Elle donnerait n’importe quoi pour un shooter de vodka, là.

« A partir de là, j’étais une simple spectatrice. Eko a tenté de me protéger… Elle tourne la tête vers son daemon, qui ne l’a toujours pas quittée des yeux. Mais ils l’ont frappé, lui aussi. »

Fin de l’histoire, il est temps de baisser le rideau. Elle ne ressent aucun soulagement à raconter ça à Ryan mais au fond, elle sait qu’elle a fait le bon choix. S’il n’est pas en mesure de l’aider à guérir, il pourra au moins l’accompagner dans sa quête de vengeance – et c’est à ses yeux ce qu’il y a de plus important en ce moment. La colère vibre entre ses lèvres, le long de sa mâchoire et court jusqu’en bas de son dos, anesthésiant toute trace de douleur sur son passage. Elle y arrivera. Elle n’a plus rien à perdre, après tout.

Passe, passe, passera. La dernière y restera. Nous l’attraperons, la petite hirondelle…

Mais il n’est pas né, celui qui l’attrapera.

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MessageMar 3 Oct - 21:45
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▬ C’était le 17 février. Quel jour on est ?

▬ Le 19.

Deux jours, alors. Peut-être un peu moins, à voir la couleur des ecchymoses sur le corps de la jeune femme. Ryan frissonne à l'idée qu'elle est restée seule dans le noir de son appartement depuis tout ce temps, toutes ces heures. Est-ce qu'elle a seulement réussi à dormir? À manger quelque chose? Le souvenir de l'alcool sur la table de la cuisine le fait douter de ce dernier point.

▬ Ils étaient trois… Peut-être quatre. Cagoulés. Ils m’attendaient à la sortie du cabinet, il devait être une heure du matin.

Ryan est entièrement concentré sur les paroles d'Aelya. Il ne l’interrompt pas, l'écoute tout simplement en restant près d'elle et en ne la lâchant pas des yeux. À l'intérieur de lui, la tempête de colère se calme un peu pour laisser place à un tourbillon plus ordonné, celui-là même qu'il a lorsqu'il se lance sur une nouvelle enquête. Ryan tente de retenir tous les détails importants, de faire des liens entre les informations, d'analyser la situation d'un point de vue extérieur et de trouver les bons éléments à cibler pour retrouver ces enfoirés.

Retrouver des mécanismes de réflexions et de pensées qu'il connait bien l'apaise un peu et il s'y accroche. Il doit être là pour Aelya et ne lui sera d'aucune utilité s'il se transforme en un Hulk fou furieux. Pire encore, après ce qu'elle a vécu, si elle voit l'ampleur de sa colère, et ce même si elle n'est absolument pas dirigée contre elle, la daemonienne pourrait prendre peur.

▬ Ils parlaient espagnol. Je l’ai entendu dans leurs insultes. Il devait y avoir un daemonien dans le lot…

Ryan lâche Aelya des yeux une fraction de seconde pour croiser le regard de Jay. Lui et la chienne passent rapidement en revue les noms qu'ils connaissent de par leurs enquêtes sur les groupes anti-humains. S'il y a bien quelques noms hispaniques dans le lot, rien ne semble vraiment coller avec la situation actuelle pour l'instant. Pourquoi des anti-humains s'attaqueraient à une daemonienne? Pour créer un climat de peur et faire passer l'attaque sur le dos d'anti-daemoniens? Peut-être. Ou peut-être que cela n'a rien à voir, mais aucune piste n'est à négligée. Il se penchera sur la question dès qu'il sera de retour chez lui.

▬ Quand ils ont vu que je répondais à leurs coups, il a usé de son pouvoir. J’étais… J’étais comme pétrifiée. Tétanisée.

La mâchoire de Ryan se contracte de nouveau alors que sa colère, trop brièvement et faiblement estompée, revient à la charge. Il imagine Aelya clouée au sol, incapable de bouger sous l'effet du pouvoir, puis trois hommes en profiter pour la rouée de coups, comme des lâches. Avait-elle pu crier? Ou le don l'en empêchait-il? Combien de temps avait duré l'attaque? Quelques secondes seulement ou plusieurs longues minutes? L'ont-ils frappé à coups de poing, de pieds ou d'objets contondants?

Un haut de coeur le prend. Toutes ces possibilités passent dans son esprit, tel un montage de scène de film mettant en vedette un être qui lui est cher dans des situations tous plus horribles les unes que les autres.

Il devra lui poser ces horribles questions plus tard, pour savoir exactement ce qui c'est passé, mais pas maintenant. Les détails viendront plus tard, lorsqu'il aura besoin de remplir les dossiers pour l'enquête. Car il ne fait aucun doute que retrouver les agresseurs d'Aelya soit la prochaine enquête prioritaire de Ryan, que ses patrons soient d'accord ou pas. Pour l'instant, néanmoins, il doit s'occuper d'elle, et elle doit aller mieux avant de même penser à lui faire remplir une déposition.

▬ À partir de là, j’étais une simple spectatrice. Eko a tenté de me protéger… Mais ils l’ont frappé, lui aussi.

C'est au tour de Jay de coucher les oreilles contre son crâne en serrant la mâchoire. La chienne frissonne d'horreur à la simple idée de ce qu'Eko a dû vivre, puis elle colle son museau contre le cou et l'épaule du caracal. Elle veut le soutenir autant que possible, lui apporter un réconfort qui, elle le sait, ne sera surement pas suffisant, mais au moins lui offrir une présence sur laquelle s'appuyer. Qu'il sache qu'il n'est pas seul. Qu'ils le sachent tous les deux, lui et Aelya.

Un moment de silence passe après l'explication de l'avocate, et Rayn prend une grande inspiration.

▬ Est-ce que tu te souviens s'il t'on dit quelque chose? Pourquoi ils t'attendaient, toi?

Il lui laisse tout le temps dont elle a besoin pour répondre puis, sentant d'avance le terrain glissant sur lequel il s'engage, ajoute :

▬ Quelqu'un d'autre sait ce qui s'est passé? Demelza?




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MessageJeu 23 Nov - 10:47
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Ryan & Aelya


« Je ne pense pas qu’un homme se fasse à la faveur des rencontres.
C’est à grands coups de ruptures que se fait un homme, à coups de ceintures, de fractures, de séismes, de lésions, de grandes lézardes au travers du corps, de commotions cérébrales, d’émotions apoplectiques et de collapsus salutaires. »


Une main subitement portée jusqu’à sa bouche, pour retenir le haut-le-cœur qui lui tord les boyaux ; pas besoin d’être un génie pour deviner que ses nausées n’iront pas en s’améliorant, à la vue de la quantité de whisky qu’elle a eu le temps d’ingurgiter ces deux derniers jours. Deux jours… Deux jours passés dans la pénombre de son salon, sans rien voir d’autre que le mur nacré qui lui faisait face et sentir les griffes acérées de ses chimères contre sa peau. Deux jours. C’est si long, et à la fois si court. Deux jours, quarante-huit heures durant lesquelles la colère et la honte n’ont fait que s’envenimer, comme un poison latent coure le long de ses veines déjà gonflées d’un sel amer. Tant de minutes, pas assez cependant pour faire un bilan de son état, ou pour diminuer la soif de vengeance qu’elle sentait poindre en elle – malgré elle. Aelya fulmine. Et ces muscles qui se crispent, ces sourcils qui se froncent et ces dents qui se serrent ne sont qu’un minuscule échantillon de la rage qui bout continuellement sous son crâne depuis son agression.

« Est-ce que tu te souviens s'il t'on dit quelque chose? Pourquoi ils t'attendaient, toi? »

Un éclat de rire sans joie s’échappe de sa gorge sans qu’elle ne cherche à le retenir. Lentement, Aelya passe une main dans le pelage de son daemon, prenant soin d’épargner Jay et d’emporter dans le sillage de ses doigts quelques doses de poils roux. Impossible d’ignorer la douleur latente du caracal, sa respiration sifflante et cette sensation désagréable d’être la cause de son mal-être – elle ne prend même pas la peine d’essayer. Comme si ces sentiments, cumulés à ceux qu’elle porte déjà en elle lui plaisaient, d’une certaine manière. Une nouvelle forme de masochisme jusque-là inconnue au bataillon et qui, elle s’en persuade sans pour autant s’en émouvoir, apportera à la longue son quota d’ombres et de destruction.

« Quelqu'un d'autre sait ce qui s'est passé? Demelza? »

Tension. Tension accumulée au creux des muscles, du cœur, des poumons. En entendant ce prénom, elle ne peut s’empêcher de serrer le poing qu’elle tient encore posé près d’Eko. Et la colère monte, salvatrice, incontrôlable, tandis qu’elle se décale brusquement loin de Ryan, yeux braqués sur lui – les iris emplies d’un indiscernable mélange de colère, de méfiance et de craintes.

« Non. Non... »

Elle secoue la tête, reculant encore jusqu’à sentir le cadre du lit contre son dos – prisonnière, Aelya, prisonnière de cette pièce qui semble rétrécir à vue d’œil, de ce regard pourtant aimant qui souhaite à présent juger, de ce mal-être permanent qui encore une fois étouffe. Elle devient folle. Brusquement levée, en proie aux vertiges alcoolisés qui rendent son équilibre fragile, l’irlandaise panique.

Et hurle. Sa douleur, sa terreur, sa rancœur. Hurle.

« NON ! ET TU NE LUI DIRAS RIEN, TU M’ENTENDS ! »

Les cheveux qui s’ébouriffent, l’index qui accuse. Dans son esprit, il l’a déjà trahie. Et la douleur est trop vive pour être supportable – les mots, les gestes ne suffiront plus à apaiser cette plaie béante qui pisse à grands flots dans sa poitrine. Les regards sont transparents, les mains brûlantes et le monde, éblouissant. Elle se noie. Panique, panique, panique. Sur le lit, Eko laisse échapper un gémissement plaintif. Les doigts ancrés dans son crâne, elle tourne comme un lion en cage dans la chambre, incapable de remettre de l’ordre dans ses pensées et encore moins de se calmer. Le prénom de l’océanologue tourne en continu dans son esprit – il n’est pas le seul. Joris, Eleanor, Jake … Tous défilent tour à tour, accentuant le raidissement de ses muscles; de ses ligaments; de son corps tout entier.

Jusqu’au point de rupture.

Immobile, l’irlandaise, la main levée pour l’empêcher de s’approcher d’elle, les larmes coulant sur ses joues rougies par cette colère à peine envolée. Elle se voulait volcan, Aelya, la voilà à présent animal apeuré qu’on ne peut consoler. A chaque pas qu’esquisse Ryan, elle en exécute un en arrière. Elle n’entend ni les mots qui apaisent, ni les promesses qui rassurent. Rien n’ira, Ryan. Rien ne sera jamais pareil – les nuits seront synonymes de cauchemars, le reste symbole de souffrance et de noirceurs. Elle aimerait perdre la mémoire plus que la douleur. Est-ce qu’il peut faire ça ? Lui qui se dit ami, amant. Lui qui dit être là, lui qui assure qu’il ne partira pas. Peut-il retirer de son âme toute cette douleur qu’elle ressent ?

Lorsqu’elle sent le mur contre le peignoir qui couvre ses épaules, la torture est à son comble. La tête oscille frénétiquement de gauche à droite, le regard devient fou, les tremblements agitent bras comme jambes. Les barrières ont cédé, finalement. Et les mouvements se font plus vagues, plus incertains qu’ils ne l’étaient jusqu’alors ; elle ne sait plus si elle cherche à fuir ou à s’abandonner à la tourmente.

Trop de questions, trop d’émotions pour un seul être. Lentement, la jeune femme se laisse glisser le long de l’architecture. Jambes repliées contre son corps, mains posées sur ce visage qu’elle voudrait à tout prix dissimuler ; disparaître, elle rêve de disparaître. Honteuse de ne savoir contrôler ces craintes et ces déferlements, honteuse de passer de loque à ouragan en un instant. Salie, aussi. De l’extérieur comme de l’intérieur. Elle n’ose pas le regarder – le pourrait-elle ? Il est venu la chercher, il est le seul à vouloir l’aider, la sortir de ce guêpier dans lequel elle s’est encore fourré, et elle… Elle le repousse, de toutes ses forces, quitte à être injuste, quitte à le blesser. Aucune parole n’est contrôlée ; pas plus que ses regrets.

Noyée dans la tempête de ses émotions, Aelya, le souffle court dû aux sanglots qui l’agitent. Les yeux toujours cachés, elle finit par murmurer à l’intention de son ami :

« Ne dis rien. A personne. S’il te plaît. »

Pas tout de suite. Pas alors que les plaies sont encore vives et l’échec, si cuisant.

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MessageLun 4 Déc - 23:20
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La réaction d'Aelya est pour le moins... violente. Il aurait du s'y attendre, pourtant. Entre le fait qu'elle se soit enfermée ici sans l'avertir, et à priori pour que personne ne sache, et le fait qu'Aelya a toujours débordé de fierté, ce n'est pas étonnant. Néanmoins, sa réaction le surprend sur le coup et il lève les mains devant lui en signe d'apaisement.

▬ Hey, ça va, Lya. Personne ne sait. J'en parlerais à personne si tu ne le veux pas. Promis.

Il doit la calmer, la rassurer. Ce qu'il voit dans ses yeux ce sont la peur, la colère aussi. Si elle se met à croire qu'il lui veut du mal, va la trahir, alors elle va le repousser et ne lui fera plus confiance. Il ne peut pas risquer cela, pas maintenant, pas alors qu'il est probablement le seul qui puisse l'aider.

Pourtant, il faudra bien en parler à quelqu'un. Ryan est inquiet, et pas uniquement, car les salauds qui l'ont violemment battu sont toujours en liberté. Ce genre de contusions peut cacher des blessures internes graves, voire parfois mortelles. Une commotion cérébrale, une perforation d'organes, une hémorragie interne... et ce sont toutes des possibilités qui ne se révéleront que plusieurs jours après l'incident, alors qu'il est trop tard pour vraiment agir. Le fait qu'Aelya ne soit pas allée à l’hôpital tout de suite après son agression est déjà problématique en soi, elle ne peut pas attendre encore longtemps.

Ryan ne restera certainement pas les bras croisés à la regarder encourir un risque d'embolie ou une crise épileptique, voir carrément mourir pour un excès de fierté. Il préfère de loin qu'elle soit vivante et le déteste de l'avoir forcée à voir un médecin plutôt que morte.

Il songe rapidement à contacter subtilement Demelza par message tête afin de la demander en renfort. Si quelqu'un peut convaincre Aelya de faire quelque chose, c'est bien elle. De plus, si quelqu'un est moins à risque de la "juger" ou quoi que ce soit qu'Aelya craint en ce moment, c'est Demelza. Bref, elle reste sa bouée de sauvetage, mais pour l'instant il ne touche pas à son téléphone.

Ce n'est pas comme s'il allait appeler son père, franchement! Ryan ne l'a jamais rencontré, mais avec ce qu'il en sait de la brune, il vaut effectivement mieux qu'il reste à l'écart pour un moment.

Une chose à la fois ceci dit, il peut encore tenter de la convaincre en tentant d'y aller en douceur.

▬ Tu n'as vu personne alors? Une infirmière ou un médecin?

Il attend sa réponse, reprenant doucement ses gestes réguliers pour nettoyer ses blessures. Cela aidera peut-être à la calmer ou la rassurer un peu et Ryan peut en profiter pour l'examiner subtilement. Il n'a pas de formation médicale poussée, seulement des cours de premiers soins et une habitude des blessures de par son métier, mais il pourra ainsi peut-être s'assurer que rien n'est urgent.

Du ton le plus calme et neutre possible, il ajoute après un moment :

▬ Je connais des gens. Je pourrais demander à des professionnels de venir directement ici pour s'assurer que tu n'as rien de grave, ou t'emmener dans une clinique privée. Personne ne sera au courant de rien, je te le garantis.

Un des plus d'être un agent spécial du FBI, il faut croire. L'infirmière à laquelle il pense lui doit un service, et le médecin en clinique privé qu'il connait, s'il coûte une fortune, a au moins le mérite d'être parfaitement discret. Il se fou d'ailleurs de coûts qu'une telle idée pourrait engendrer. Ryan a de l'argent de côté, de toute façon, et avec aucun projet d'avenir digne de ce nom ou d'enfants à garantir l'avenir, ses économies ne font qu'attendre l'un de ses caprices d'achats de consoles vidéos ou de chaises de massage inutiles.

Tout en grimaçant en arrivant à une ecchymose particulièrement violente au niveau du bras d'Aelya, Ryan tente de se concentrer sur son argument suivant.

▬ Sans parler de la trousse légale. Si on veut faire payer le plus gros pris en justice à ces connards, on aura besoin d'un rapport médico-légal que je peux pas faire seul.

Il se fige alors d'un coup avec l'impression que son cœur tombe de plusieurs centimètres dans sa poitrine. Vertige, colère, horreur. Tout danse et se fracasse de nouveau, sa trop fragile paix apparente troublée par une simple idée en goutte de pluie.

La trousse médico-légale pourrait également servir si les agresseurs d'Aelya ne se sont pas contentés d'uniquement - le terme est horriblement employé - la battre sauvagement. Néanmoins, Ryan ne peut pas se résoudre à poser la question et il reste figé, les mains tremblantes. Déjà qu'il contient mal sa colère pour ce qu'il SAIT qu'ils lui ont fait...

Jay vient alors à sa rescousse, avec son calme exemplaire de toujours. Comment elle fait? Comment elle parvient à dégager ce calme apaisant, cette confiance inébranlable sur laquelle on peut toujours compter pour s'appuyer, et ce malgré la tempête de rage que Ryan sait bouillir en elle? Il la connait mieux que personne, elle est une partie de lui, mais Ryan l'ignore complètement.

Elle lèche une nouvelle fois la fourrure d'Eko puis tourne doucement la tête vers Aelya. Sa voix n'est que douceur lorsqu'elle parle enfin.

▬ Aelya, ma belle, est-ce que ces hommes t'ont fait autre chose? T'on touché autrement? C'est important d'en parler, tu n'as pas à garder cela pour toi seule, et tu peux nous faire confiance, tu sais?

Dans l'attente d'une réponse, le temps semble horriblement fragmenté pour Ryan. Il doit se contrôler, n'a PAS le droit d'exploser devant Aelya. Pas alors qu'elle a aussi peur, pas après ce qu'elle a vécu. Sa propre colère, sa propre violence, elle doit attendre, il ne s'agit pas de lui maintenant. Pourtant, même s'il sait tout cela, Ryan ignore comment il réagira s'il apprend que cette femme qu'il adore qu'il aime à sa façon a été agressée encore plus loin et violemment qu'il ne l'a d'abord cru.

Il ignore comment il fera alors pour suivre les procédures, également. Comment il fera pour ne pas se rendre coupable d'agression ou de meurtres à son tour. Il devra peut-être se retirer de l'enquête? Impossible, inenvisageable. Il se connait, s'il n'en fait pas partie officiellement, il mènera la sienne en marge, illégalement, peu importe les conséquences. Est-ce que cette fois encore, ses patrons s’arrenteront pour le sortir de la merde dans laquelle il est certain de s'enliser jusqu'au cou? Peu probable. Très peu probable. Alors les conséquences risquent d'être lourdes pour lui. Néanmoins, le fait qu'il s'en fou lui fait étrangement peur.




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