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Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi ! (J. Cocteau)

 
  
MessageJeu 24 Aoû - 22:44
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 70Nombre de RP : 15Âge réel : 27Copyright : MojeAvatar daëmon :
Lulla C. PietruNothing will be the same...
mi août 2017

J'ai claqué la porte de chez-nous, frustrée et en quête de solitude. Bouillonnante de colère, je suis partie à pied en direction de la forêt. Mon père part en mission. Soit, qu'il aille faire ce qu'il veut où il désire, ça ne me regarde apparemment plus depuis longtemps. Ça, je l'ai intégré, avalé, digéré, et recraché. Mais qu'il m'impose d'aller résider chez Augustus par manque de confiance, ça ! Non ! C'est pas possible ! Je n'ai pas pris la peine de pester. Papa m'a fait son regard de "ce sujet n'est pas ouvert à la négociation". Rien à foutre, je n'irai pas ! Je vais trouver un hôtel ou me faire passer pour passer pour une gamine qu'on a mise à la porte. Peu importe ! Je suis capable de rester quelques jours en totale autonomie dans notre maison. Quitte à choisir, je préférai largement être seule ! Sauf qu'on est jamais seul lorsqu'on est daemonien. Heureusement pour moi, Mahkha n'a pas pour habitude de s'imposer dans mon esprit. Il se contente de marcher à mes côtés, comprenant ma colère. Il ne me demande pas non plus où je compte aller ni pourquoi. Être dehors lui suffit. Qu'il soit là, me suffit aussi. Il me faut une bonne heure de marche à une allure soutenue avant que la tension s'apaise légèrement. Sur une échelle de furieuse à blasée, je me situerais aux alentours de vexée. Je m'enfonce dans la forêt, sans me douter que ma moitié m'a insufflé cette pensée. La cadence de mes pas sur le sentier rassemble mes idées éparpillées, mettant un peu d'ordre dans la chaos que ce doit être là-haut.

- Je ne veux pas y aller, bougonné-je. Mahkha s'arrête, calme et fier.
- Alors, nous n'irons pas.
Tout semble simple présenté de cette façon. Je m'étonne qu'il soit de mon côté. D'ordinaire, il s'évertue à me rappeler quelle place je tiens dans cette famille autant que pourquoi il m'est nécessaire de me montrer raisonnable. Raisonnable. Quel mot affreux ! - Presque autant qu'inconsciente ! se moque-t-il. Tsssss. Je me contente de la fusiller du regard, plus par habitude que par réelles représailles. - Viens chasser petit chacal. Tout sera plus clair après. J'inspire profondément. Ce n'est pas une mauvaise idée. Avec un peu de chance, nous pourrions rester coincés sous cette forme et goûter enfin à la liberté. Je ferme les yeux. Une à une, mes pensées s'évacuent. Seule persiste le rythme régulier de ma respiration. Lente. Profonde. Toujours plus au fond de moi. Il me faut quelques minutes pour atteindre une quiétude suffisante. Puis, vient le tourbillon. Noir et si vif que j'en ai le tournis. Et enfin, la lumière. La forêt par ses yeux à lui.

Chaque fois, je me sens engloutie par la précision de paysage. La force de ses muscles me rassure. Ici, je suis bien à l'abri. Sanctuaire de paix et de sérénité où les tracas des hommes n'ont pas leur place. Pas de manipulation, pas de mensonge. Que la pureté de Mahkha. Et, quand il s'élance, je pourrai en pleurer. C'est d'une beauté à couper le souffle. Il fend le vent, tasse la terre de ses pattes. Je suis libre. Nous sommes libres et rien ne peut plus nous enchaîner. Nous quittons le sentier pour rejoindre le cours de la rivière. Là-bas, nous attrapons un poisson. Sa chair se déchire sur mes crocs. Repus, nous prenons la décision d'aller nous reposer dans une clairière. Le soleil brûlant de cette fin d'après-midi saura sécher notre pelage. Pas besoin de mot quand on est à sa place. Le temps s'arrête. J'ai l'impression d'avoir volé un morceau d'éternité. Mahkha a toujours été très proche de sa forme animal. Il en a intégré les principes de vie. Il n'y a pas d'hier, pas de demain, juste un aujourd'hui. Maintenant, notre ventre est plein, la météo est de notre côté, l'endroit est tranquille. Tranquille ? Vraiment ?

Un bruissement à peine audible nous perce l'oreille. Je relève la tête. Mahkha voudrait la baisser pour profiter de la chaleur, mais j'ai le dessus. - Proie ! Je gronde pour lui faire entendre raison. Au fond de son ventre, la perspective de la chasse le titille. Il cède rapidement, me laissant le contrôle. Je me tapis entre les herbes hautes de la petite clairière, à quelques mètres de la rivière. J'avance lentement. - Tu n'as aucune discrétion, laisse-moi faire ! Je le repousse mentalement, bien décidée à faire mes preuves. Mes yeux ne lâchent pas le lapin du regard. J'attends le moment propice. Là ! Je bondis gracieusement. - Je n'aurais pas dit "gracieusement". - Tais toi ! À cause de lui, le rongeur s'est enfui. Il est hors de question que je perde mon repas ! J'engage donc une course effrénée contre ma proie. Quand enfin, je suis à un bond de m'en saisir, quand je peux presque sentir son corps craquer entre mes griffes, Mahkha se met à hurler : - RECULE ! Cette fois-ci, sa détermination est si forte qu'elle m'ébranle. C'est comme recevoir un coup en plein dans l'estomac. La violence du choc me fait perdre toute concentration. Les inquiétudes ressurgissent brusquement. Ma vision s'obscurcit, tout tourbillonne autour de moi. J'ai l'impression d'être aspirée dans un trou noir. D'un coup, je suis éjectée du corps du chacal et mes retrouve les fesses au sol, ma main s'écorchant contre une pierre. Je lâche un cri dans lequel se mêle douleur et frustration ! J'essaie de ne pas y prêter attention. Basculant en avant, sur les genoux, je me redresse avant d'évacuer :- Mais qu'est ce qui te prends, bordel ?! Un frisson désagréable ma parcours. Visiblement, mon estomac n'est pas très tolérant vis à vis de mes fusions. Je fusille Mahkha du regard, mais lui, me dédaigne. Son attention est toute ailleurs. La chose que nous chassions n'est plus du tout un lapin ! - Oh ! Hors de question d'admettre que cet imbécile de pseudo chien vient de nous éviter une expérience odieuse et contre-nature. Par contre, ce qui m'inquiète.... S'il y a un daemon, ça veut dire qu'il y a un daemonien. - Merde. fais-je en prenant conscience de l'extrême bêtise que j'ai failli faire. Sentant mon angoisse, Mahkha montre les crocs et se met à grogner. Il ne manquait plus que ça. Je me relève le plus vite possible et époussette mes vêtements de ma main valide. Une jeune fille digne de ce nom n'est pas supposée avoir l'air d'une souillon s'étant roulée dans la terre (ce qui n'est nullement mon cas de toutes façons). Ceci dit, elle n'est pas non plus supposée de promener seule en forêt. Avant même de savoir à qui je m'adresse, j'emprunte un ton profondément condescendant. Hors de question de perdre la face. - Vous devriez faire plus attention à votre daemon ! On n'a pas idée de les faire passer pour de simples animaux !
  
MessageSam 26 Aoû - 12:44
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 52Nombre de RP : 8Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
« When I was alive and had a human heart » answered the statue, « I did not know what tears were for I lived in the Palace of Sans-Souci, where sorrow is not allowed to enter. In the daytime I played with my companions in thye garden, and, in the evening I led the dance in the Great Hall. Round the garden ran a very logty wall, but I never cared to ask what lay belong it, everything about me was so beautifull. My… »
– Mes courtisans m’appellent le Prince Heureux, et effectivement, j’étais heureux, si on considère que plaisir égale le bonheur ! dit la petite voix de Muirne troublant le silence paisible des sous bois. Ma langue claqua contre mon palais en guise de désapprobation.
– Tu as des milliards d’autres livres à lire, pourquoi faut-il toujours que tu relises celui-là !
– Pour le plaisir de t’entendre râler je suppose ? dis-je en murmurant à peine, sans lever les yeux du bouquin. Je replongeai dans ma lecture lorsqu’elle m’interrompit de nouveau :
– Tu devrais en parler à Chris.
– Tu sais comme moi ce que Chris pense d’Oscar Wilde.
– Pas de ça, gros bêta !
– Je ne vois pas de quoi tu parles alors.
– Oh que si, tu vois ! Ben, tu relis ce bouquin chaque fois que quelque chose te tracasse !

Le problème d’avoir une relation fusionnelle avec mon daemon, c’était que je ne pouvais rien lui cacher car Muirne connaissait tous mes états d’âmes. J’avais fini par quitter l’écrit des yeux, faisant mine de réfléchir. Le rat gris, posé sur mon genou me dévisageait de ses petits yeux brillants.
– Non. lâchai-je finalement, refusant d’admettre qu’elle avait raison.
Elle se transforma en chat tigré noir et blanc et se posa entre mon livre et moi, me regardant de ses yeux de félin hautain.
– Muirne ! T’es chiante !
– Mrrr !
Elle se frotta à l’arrête de ma mâchoire en me donnant de petits coups de tête provocateurs.
– Arrête !
J’essayai de la repousser, sans grande conviction, en riant à moitié, comme lors d’une lutte contre moi-même, sachant pertinemment que je ne pouvais ni perdre, ni gagner. Puis elle s’arrêta d’elle-même et fit soudain volte-face pour bondir un peu plus loin, me laissant seul bien que je sente sa présence à quelques mètres de là. Elle n’était pas bien loin.
Je restai coi un instant, puis je souris en secouant la tête d’un air hébété. Plutôt que de laisser divaguer mes pensées, je me replongeais dans ma lecture du Happy Prince, que je connaissais pourtant presque par cœur.

Muirne était passée à travers un buisson et s’était retrouvée dans une clairière. Les herbes étaient hautes et le bruit d’un petit ruisseau attira son attention et attisa son esprit joueur. Elle se transforma en lapin noir et blanc pour se dégourdir les pattes et alla sautiller jusqu’au bord du cours d’eau où elle comptait bien patauger gaiement. Elle songeait tout juste à se transformer en poisson pour profiter de l’eau quand elle entendit du bruit dans les fourrés. Ses grandes oreilles pivotèrent dans la direction du prédateur qu’elle ne vit que du coin de son œil bleu. Elle détalla. Son cœur battait la chamade et étrangement, elle prenait un malin plaisir à cette course poursuite. Elle sauta sans encombre dans le buisson qu’elle avait traversé à l’allée et qu’elle remercia de retrouver sur son chemin car elle avait cru sentir l’haleine du chacal. Une fois de l’autre côté, elle fit volte-face, dos à un arbre.
Quelle scène étrange, vue d’un œil extérieur, un minuscule lapin acculé contre un arbre faisant face à son prédateur en le fixant d’un regard aussi féroce que puisse l’être celui d’un rongeur.
– Approche ! marmonna-t-elle entre ses dents.
Ne comprenant pas trop ce qu’il prenait soudain au chacal qui freina des quatre fers, elle n’attendit pas de le savoir pour se métamorphoser une nouvelle fois, en tigre blanc et elle poussa un rugissement féroce.
Une daemoniene venait d’apparaître à côté du chacal, mais Muirne ne quittait pas le chacal des yeux. Ce dernier se mit à grogner et elle en fit de même, mais en plus fort. C’était son jeu favori avec Ainsley, jouer à celui qui avait la plus grosse. Sauf que c’était nettement moins drôle depuis qu’il ne se transformait plus.
Un daemon changeant de forme était un indicateur sur la tranche d’âge du daemonien. Le daemon qui se trouvait en face d’elle ne changeait pas, elle en déduisit donc que son daemonien était adulte et donc sûrement plus mature que Benedict et qu’elle-même.

– C’est ça fait le malin maintenant ! grognait Muirne à l’intention du chacal.
Elle s’était avancée de quelques centimètres, l’air menaçant et elle avait fait quelques pas sur le côté comme pour amorcer un cercle autour de ses « proies ». Le poil du tigre blanc se hérissa. Elle s’immobilisa.

Quant à moi, j’avais émotionnellement ressenti tout ce qu’avais ressenti Muirne et j’étais dans le même état d’excitation puérile qu’elle. J’avais manqué de me casser la figure de la branche sur laquelle j’étais perché lorsque j’avais cru qu’elle allait se faire attaquer par le chacal. Mais elle m’avait transmis ses pensées « T’inquiètes ! Regarde plutôt ça ! » Je la savais téméraire mais je n’avais pu m’empêcher d’éprouver un mélange de peur, de fierté et de satisfaction en la voyant se métamorphoser.

J’avais décidé que c’était le meilleur moment pour moi de faire mon entrée. J’entrepris de descendre de l’arbre, mais la branche à laquelle je me retenais cassa sous mon poids.
– Merde !
Mon livre m’échappa des mains et chuta au sol. La décharge magnétique qui m’échappa sous le coup de stress rendit les poils du tigre blanc statiques et je du me raccrocher maladroitement aux branches et au tronc de l’arbre pour ne pas faire une chute de plusieurs mètres de haut, m’écorchant les mains et les avants bras au passage. J’avais pris une branche dans la tronche également qui m’avait imprimé une belle griffure sur la joue droite.
Muirne se métamorphosa encore, en panda cette fois-ci et me rattrapa au vol. Un claquement sonore retenti à notre contact et je lassai malgré-moi échapper un gémissement de douleur. Le panda couina aussi. Plus Muirne était volumineuse et chargée en électricité statique, plus les décharges étaient violentes.

Elle me posa au pied de l’arbre et recula d’un pas peu assuré pour se mettre à une distance de sécurité de moi au cas ou je n’arriverais pas à contenir une nouvelle vague magnétique, avant de se métamorphoser en lynx des neiges. Elle était aussi sonnée que moi mais s’interposa quand même entre le chacal et moi, lançant des regards foudroyants à la daemonienne.
– Si tu savais retenir ton… elle ne termina pas sa phrase parce qu’elle n’avait pas eu le temps d’analyser ce qui s’était passé. Qui de la daemonienne ou du chacal était responsable ? Les daemon avaient pour habitude de régler leurs problèmes entre eux, et les daemoniens faisaient de même. Mais peu importait. Dans sa tête, j’étais blessé à cause d’eux, et l’instinct protecteur de Muirne s’était réveillé. Elle ne les laisserait pas approcher.
– Si tu avais deux doigts de jugeote et que tu savais te tenir on n’en serait pas arrivés là ! grogna-t-elle.

J’avais repris mes esprits et ma respiration avait retrouvé un rythme à peu près normal. Toujours appuyé contre le tronc d’arbre, j’adoptai une attitude nonchalante en totale contradiction avec le flot d’émotions qui me traversait et je finis par répondre à la fille :
– On n’as pas idée…
Ok, je l’avais sans doute joué trop détendu. J'avais encore l'air d'un jeune présomptueux et mon sourire en coin n'arrangeait rien. Ça fleurait trop la provocation.
  
MessageDim 27 Aoû - 20:04
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 70Nombre de RP : 15Âge réel : 27Copyright : MojeAvatar daëmon :
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Ma proie s'est changée en prédateur et tourne en cercle autour de nous. Je n'apprécie pas foncièrement l'inversion de cette chasse mais, je ne me sens pas en danger. Jamais un daemon n'oserait toucher un autre être humain que celui auquel il est lié. Par contre, si cette chose ose ne serait-ce qu'égratigner Mahkha, je le jure devant tous les dieux existants, je le démolis. - Je crois que tu en assez fait, riposte mon âme. J'essaie de m'inspirer de son calme nonchalant tandis que je me relève. Le chacal ne riposte pas face aux fanfaronnades de la créature. Il se contente de le fixer de ses yeux ambrés, tournant autour de moi comme pour me protéger, s'ajustant au rythme de l'autre. Il n'a pas peur, lui non plus. Il y a, au fond de lui, cet instinct sauvage qui le pousse à apprécier cette confrontation. Ses babines se relèvent, révélant des crocs luisants. - Je ne vais pas céder le terrain face à un enfant. Il n'a aucune chance, lapin ou pas m'assure-t-il. Je n'aurais pas dit ça comme ça. Vraiment pas. Son assurance doit m'apaiser puisqu'à mon tour, je me permets d'être condescendante, alpaguant la moitié humaine de ce tigre sans savoir à qui je m'adresse. Ou alors, j'ai juste pour habitude de jouer les pestes. Allez savoir.

J'observe les daemons mesurer leur arrogance, toujours aussi fière de la prestance de Mahkha. Le soleil se reflète dans ses poils roux tandis qu'il se meut avec l'agilité de celui qui connaît depuis longtemps la chasse et l'affrontement. Il m'impressionnera toujours. Comme à son habitude, il ne daigne pas dire un mot. Ce serait honorer son partenaire d'un privilège qu'il n'a pas mérité. J'aime cet aspect de sa personnalité, il me rassure. Une part de moi souhaiterait sans doute bénéficier d'un même charisme. Ou qu'au moins, il déteigne un peu sur mes attitudes. Sauf que moi, je suis la fille qui s'est retrouvée les fesses par terre et qui a beuglé quelques secondes avant. Je crois que pour la classe, je peux repasser.

Un bruit sourd chatouille les oreilles du chacal. Il me transmet sa pensée, m'élevant au rang de partenaire dans ce combat d'égo. Lui s'occupe du daemon, je gère les problèmes annexes. Mes yeux doivent chercher quelques secondes avant de trouver l'objet du délit. Non, j'ai trouvé toute seule ! Rien à voir avec le boucan qu'on entend dans les branches de l'arbre adjacent. Quand le tigre s'élance, devenant panda, Mahkha a un mouvement en avant, mordant dans l'air rageusement. Je suppose que c'est sa technique d'intimidation ou sa façon de dire qu'il a gagné la joute. J'arque un sourcil en observant la scène, moqueuse. S'il voulait nous surprendre c'est raté. - Humain stupide ! ronchonne ma moitié, visiblement déçu de ne pas avoir pu se mesurer plus longuement à son adversaire. Il n'a pas tort. C'est tout de même une entrée en scène totalement ridicule. J'en profite pour soigner ma posture. je croise les bras et relève le menton, imprimant sur mon visage un air aussi snob et altier que possible. Juste histoire de lui montrer à qui il a à faire.

Une fois au sol, j'étudie le nouveau venu. Moi qui m'attendait à un chiard de quatorze, me voilà forcée de lui attribuer quelques années supplémentaires. Pas très grand, un visage encore enfantin et des yeux d'un bleu hallucinant. Instantanément, je décide de ne pas l'aimer. Une nouvelle fois, l'autre daemon change d'apparence, me forçant à abandonner mon examen approfondi du daemonien. Pardon ? Il dit quoi, le chaton, là ? Mahkha reprend immédiatement une position agressive, n'appréciant visiblement pas le possessif utilisé. Moi, ce qui me hérisse le poil, c'est son conseil totalement inadéquat. Je décide de piquer la bestiole au vif.

- Tu me parles de savoir me tenir ? Toi, qui vient de changer quatre fois de forme ? Vraiment ?


Allez, retourne jouer aux billes, chaton. Je sens Mahkha frissonner de plaisir. Il avance lui aussi de quelques pas, ne tolérant pas qu'on adopte une posture menaçante envers moi. C'est ce moment là que choisit son humain pour enfin ouvrir le bec. Évidemment ! Je suis soufflée. Je sens mes joues me brûler son un accès de colère. Quelle arrogance ! Je le fusille d'un regard courroucé. Je crois qu'il vient de remporter la palme de la plus grande tête à claque de l'univers. J'aurai pu en rire si son daemon ne m'avait pas agacé, si la migraine ne menaçait pas de tambouriner contre mes tempes. Ma moitié détourne ostensiblement le regard avant de le reporter sur son lynx. À croire que la conversation l'ennui et qu'il trouve tout cela parfaitement ridicule.

- Tu serais beaucoup plus crédible sans la balafre sur ta joue, fais-je avec un petit haussement d'épaule. Et puis, on n'a pas idée de jouer les machos quand on n'a pas trois poils sur le menton. Oui, je sais, c'est un coup bas. Mais, je n'ai jamais prétendue me battre à la loyale. Au moins, ça m'a permis d'évacuer un soupçon de la colère qui m'habitait. Je peux donc reprendre mon rôle d'adulte sermonnant un gamin. Un sale mioche, de surcroît ! Sérieusement, tu te rends compte que j'ai failli la toucher ! Toucher une âme est une inadmissible. Voilà bien une chose qu'on m'a appris depuis toujours. Les daemons sont sacrés pour mon clan. Rien que d'imaginer ce qui aurait pu se produire, mon estomac se révolte. Je suis peut-être une garce mais, j'ai quelques principes. Il sont si peu nombreux que je veille à les respecter. Si Mahkha ne m'avait pas arrêtée .... J'en perds mes mots.

- Ce ne s'est pas produit, m'énonce la voix de Mahkha à l'intérieur de ma tête.
- Mais ça aurait pu ! Je sais qu'il ne comprend pas. Il ne voit même pas l'intérêt de s'inquiéter au sujet d'hypothèses. Puisque ce n'est pas arrivé, pas besoin de s'en inquiéter. Je n'arrive pas à avoir cet état d'esprit, ni à être aussi sereine. Par contre, quand il s'agit de mes erreurs, il a tendance à se montrer beaucoup moins tolérant. Je m'apprête à me plaindre de son traitement de faveur quand il se décide à bouger. Lentement, il s'avance vers l'autre daemon et commence à effectuer des demis arcs-de-cercle autour de lui.

- Qu'est-ce que tu fais ?
- Nous n'avons pas terminé
, gronde-t-il.

Quoi ? Pardon ? Il doit plaisanter parce que je perçois une pointe d'amusement dans son esprit. Oh non ! Je sens ma bouche s'agrandir pour former un "o" alors que je percutes. Je cherche le regard de la tête à claque. Mon sac à puce à décrété qu'il était l'heure de jouer. Son instinct de chasseur prend le dessus. Il cherche à provoquer l'autre daemon en duel, simplement pour tester leurs capacités mutuelles. Mahkha est comme ça. Quand on lui a promis une chasse, chasse il doit y avoir. Ce serait tout de même plus facile s'il daignait lui adresser la parole. Histoire d'être clair sur ses intentions. À peine cette pensée m'a-t-elle effleurée que mon daemon se coupe de moi. J'ignore s'il se sent vexé ou s'il ne souhaite simplement pas être dérangé dans son délire. Je soupire.

- Je suppose que ton daemon n'a pas pour habitude de refuser un défi. Je n'ai pas besoin de sa réponse. Je lève les yeux au ciel. Ce n'est pas ma journée. Vraiment pas !
  
MessageMar 29 Aoû - 1:23
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 52Nombre de RP : 8Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
Muirne s’adressait indifféremment au daemon et à sa daemonienne. Oui, parce que dans sa tête, c’était dans cet ordre là que les choses devaient être. Quant à moi, mon corps et mon esprit étaient encore engourdis par la décharge électrique que nous venions tous deux de nous prendre, j’avais encore du mal retrouver la pleine sensation de mes membres et à aligner deux pensées cohérentes, ce qui n’était pas le cas de mon daemon, visiblement. Elle cachait bien son jeu.

– C’est pas à toi que je parlais. C’est à lui !
renchérit le lynx des neiges en désignant le chacal du museau et en retroussant légèrement ses babines pour dévoiler ses crocs.
– T’es jalouse parce que lui, il ne peut pas en faire autant ! fanfaronna Muirne, trop fière de pouvoir changer de forme à souhait, ce qui me fit sourire.
Elle bomba le poitrail et gratifia le chacal de son regard le plus hautain et ce fut sans doute ce qui m’insuffla ce semblant de confiance en moi lorsque je décidai enfin de me décoller du tronc d’arbre qui m’avait servi de tuteur le temps de reprendre mes esprits, pour sortir de mon mutisme. Je n’avais pas vraiment fait face à la jeune fille jusqu’à maintenant et lorsque je me décidai enfin à entrer dans la danse et à la défier du regard, je rencontrai ses yeux courroucés d’un bleu électrique et profond. Je n’eus pas le temps de la détailler d’avantage qu’elle ripostait instantanément enchaînant les combos verbaux, m'entraînant aussitôt dans un jeu sur mon terrain de prédilection. Muirne grogna.

– Je ne vois pas ce que ma crédibilité vient faire dans l’histoire. C’est complètement hors de propos. dis-je en inspectant ma joue du bout des doigts. Maintenant qu’elle le disait, je percutais que la sensation cuisante que m’avait laissée cette maudite branche persistait. Ne constatant aucune goûte de sang sur mes doigts, j’en déduisis que ce n’était probablement qu’une égratignure et puis…
– Plait-il ? m’indignai-je en reportant mes prunelles azurée sur la jeune fille. Elle ne manquait pas de toupet ! Elle m’avait tellement soufflé que je du prendre une profonde inspiration avant d’ajouter : J’te demande pardon ? Moi ? Macho ? Alors que j’avais été élevé dans un foyer exclusivement féminin avec deux sœurs qui plus est ? C’était bien la meilleure de l’année ! Un sourire étira mes lèvres et je sentis que Muirne se retenait de pouffer de rire. J’ignorais cependant de qui elle se moquait. Mais son inquiétude à mon égard était en train de se dissiper. Je reprenais du poil de la bête tout comme mon air de premier de la classe suffisant sur le point de discourir.
– On n’a pas idée non plus d'invoquer une idéologie ibérique réductrice pour tenir des propos sexistes fondés sur de basses considérations dues, au mieux, à de la mesquinerie, au pire, à un esprit étriqué.
J’avais lâché ça d’un ton égal, comme si je venais de balancer innocemment un caillou dans une marre. Muirne tourna la tête vers moi et me regarda avec des yeux ronds, stupéfaite. Puis elle se détourna de nouveau pour regarder la daemonienne avant de reporter ses yeux ahuris sur moi, comme si elle regardait un match de tennis passionnant à Roland Garros. Si le frisson qui me parcourait était la résultante de l’outrage que j’avais subi et qui m’avait un soupçon irrité, Muirne, elle, jubilait et elle me communiquait son excitation. Je la sentais prête à en découdre avec le chacal.
– Non. coupai-je cours avant de gratifier la daemonienne d’une ébauche de sourire. Je ne me rendais pas compte et surtout, je ne comprenais pas.
– Pourquoi donc aurais-tu fait une chose pareille ?
Puisque cela semblait l’horrifier au moins autant que moi, je ne comprenais pas comment une chose pareille aurait pu se produire. Il était impensable que Muirne soit allée se frotter à elle, même par accident. Cette sensation désagréable, ni elle, ni moi ne l’avions oubliée et le simple fait d’y penser suffisait à nous faire froid dans le dos à tous les deux. Muirne frissonna et j’en eus la chair de poule. Une chance que nous nous trouvions dans la forêt. Ici au moins, je ne risquais pas de faire disjoncter un compteur électrique. Néanmoins, il n’était pas moins sûr que mon téléphone portable, resté dans mon sac à dos au pied de l’arbre fonctionne encore.

Il y avait quelque chose qui m'échappait et Muirne ne m'aidait pas sur ce coup là, car elle non plus n’avait pas compris d’où était sortie Lulla, trop préoccupée qu’elle avait été à se jouer de son poursuivant. D’ailleurs, elle avait baissé sa garde et le chacal en profita pour entrer dans son périmètre de sécurité. Elle cracha et se mit à bouger en arc de cercle également, en opposition à l’autre daemon, faisant le gros dos et se faisant la plus grosse possible. Elle me communiquait son exaltation et mon cœur fit une embardée malgré moi. Du coin de l’œil, j’observais leur petit manège avant que la jeune fille ne m’interpelle. Je gardai pour moi le « quel défi ? » qui me vint spontanément à la bouche. Ce n'était pas un défi, à nos yeux c'était simplement de la légitime défense ! Et je comptais bien obtenir des explications sur les raisons de cette agression. Mais au vu de ce que je ressentais, je compris que Muirne avait une idée derrière la tête. Je contournai les deux daemons qui se livraient à un affrontement visuel, pour me rapprocher de la jeune fille à qui j’adressai un sourire amusé.
– Tout dépend de ce qu'on entend par défi je présume.

Muirne avait calé ses mouvements sur ceux du chacal qu’elle observait avec la plus grande attention, attendant le timing parfait, le moment où il passerait à l’attaque. Car elle espérait qu’il le fasse. Et s’il ne le faisait pas, elle allait l’y contraindre, même si je restais convaincu que c’était une mauvaise idée. « Il a essayé de me bouffer je te rappelle » m’envoya-t-elle par télépathie. « Tais-toi tu me déconcentres. »

Je me rapprochai encore un peu de Lulla, sans détacher mon regard des deux daemons qui se faisaient front.
– J’ose espérer que le tien n’est pas trop susceptible. dis-je avec nonchalance, comme s’il s’agissait d’un jeu anodin.
Je flairais le coup fourré parce que je connaissais Muirne qui avait l'esprit aussi retord que moi. Elle comme moi, nous n’étions pas bagarreurs. Je savais qu’elle ne l’attaquerait pas la première. Elle allait pousser le chacal dans ses retranchement et se métamorphoser à la dernière minute, soit en quelque chose de beaucoup plus gros pour asseoir sa suprématie, soit en quelque chose de beaucoup plus petit pour lui filer entre les pattes, ce qui en soit, était plus dans son style et l’amuserait bien d’avantage. Mais se faisant, elle nous ferait prendre un risque à tous les deux. S’il la coinçait, il me coinçait moi. Et s’il la blessait…

Méfiant, je coulai un regard en coin à la jeune fille et ne pu m’empêcher de me demander quel genre de lien l’unissait à son daemon.

– Bah alors quoi ? Ça t'as pas suffit ? Tu veux quoi ? T’es muet ? Elle avait raison, tu te rapproches plus de l'animal que du daemon en fait ! aboya Muirne qui était prête à se métamorphoser si le chacal se montrait agressif.
  
MessageMar 29 Aoû - 19:19
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Comment ça ce n'est pas à moi qu'elle parle ? Aux dernières nouvelles, c'est MOI qui ait faillit en faire mon goûter ! Apparemment, elle est totalement inconsciente de ce qu'elle vient de risquer. Ou alors, la peur lui a provoquer des troubles psychiques. La pauvre doit être en état de choc ! C'est sûr, elle divague ! Comme si j'avais besoin d'un autre signe de son immaturité, là voilà qui utilise l'argument le plus minable que j'ai jamais entendu. Jalouse, moi ? Et de quoi, je te prie ? Elle n'a pas dû bien nous regarder, je lui conseille de recommencer. Pour qu'elle profère de telles inepties, je l'ai probablement piqué au vif. Je plisse les yeux face à cette petite écervelée tout juste sortie de la maternelle. Mahkha n'a peut-être plus la possibilité de faire la girouette mais, il est tout simplement superbe. Finalement, c'est peut-être elle qui l'envie. Quant au garçon qui accompagne cette petite peste ! N'en parlons pas ! On dirait un idiot enrobé d'un ruban rose, comme un œuf de Pâques. S'il croit qu'il va m'avoir en se la jouant petit prétentieux. Je riposte, acerbe et encore perturbée par la scène qui vient de se dérouler. Mes émotions sont si conflictuelles qu'elle m'empêchent de prendre conscience que j'ai touché juste. Je ne peux pas m'empêcher de prendre sa question rhétorique au pied de la lettre en affirmant: - Oui, effectivement, tu peux me demander pardon ! Nous voilà d'accord sur un point, au moins. Je suis encore trop furieuse pour savourer ma réplique. Je regrette d'ailleurs que ma voix soit partie dans les aigües. Ce que ça peut m'agacer de m'emporter si facilement ! Parfois, j'aimerais être aussi flegmatique que Mahkha ! J'en ferai d'ailleurs un meilleur usage.

Non mais je rêve ou quoi ? Ma bouche s'arrondit sous l'effet de la frustration. Avec le plus grand des calmes, il vient de m'insulter en me faisant un cours ! Tout ça sans hausser ne serait-ce qu'un tout petit peu le ton bien évidemment. Rendez-vous compte, ça aurait pu briser le côté hautain de la chose. Cette attitude arrogante ne le rend que plus pénible ! Pénible, c'est bien mot. Pénible comme un enfoiré de moustique qui bourdonne à mes oreilles avant de venir me piquer. Pénible comme un réveil qui sonne en plein week-end parce qu'on a oublié d'enlever l'alarme et qui, pour couronner le tout se trouve à l'autre bout de la pièce. Je cherche quelque chose à dire pour me défendre. Rien ne vient dans l'immédiat. Rien, exceptée une flopée d'insultes qui s'ébauchent dans mon esprit avant d'être remplacées par d'autres, tout aussi colorées. Quel petit... Rah ! Pour qui se prend-il ?! Personne ne me couple le sifflet de cette façon ! - Tu te prends pour une encyclopédie ? Redescends sur terre ! J'enchaîne donc sur la véritable raison de ma colère. Parce qu'il a pas l'air d'avoir bien saisi l'horreur de la situation. J'ai manqué de toucher sa daëmon ! Je m'offusque. Apparemment, Mahkha n'est pas le seul à prendre les choses avec philosophie puisque le blondinet me l'annonce clairement, non, il ne se rend pas compte. Je suis hors de moi. Je hurle presque : - Mais parce que je l'ai prise pour un simple lapin ! Ça fait tilt tout-à-coup. Je referme la bouche. Il n'a pas compris parce qu'il ne peut pas comprendre. Je pensais que sa daëmon lui aurait transmis les faits avec exactitude. - Laisse tomber, fais-je en secouant la tête, les lèvres pincées l'une contre l'autre.

C'est ce moment précis que choisit ma moitié pour n'en faire qu'à sa tête. Je crois que c'est la goutte qui fait déborder le vase. Je lève les yeux au ciel, vaincue. Blondinet se rapproche de moi alors que nos daëmons s'affrontent du regard, prêts à se sauter mutuellement à la gorge. Quand Mahkha se coupe de moi, j'ai l'impression de me retrouver seule contre trois idiots, d'autant plus que le troisième larron a l'air de s'amuser de la situation. Je déteste ce sentiment d'impuissance et de solitude. Il me rend vulnérable. Fragile. Sans la présence chaleureuse du chacal dans mon esprit, je suis comme amoindrie. Je fais claquer ma langue contre mon palais quand l'inconnu reprend la parole. À mon tour, j'adopte le ton calme de celle qui évoque un constat : - Il y a son prénom juste à côté de la définition du mot. Je manque probablement d'objectivité étant donné que je lui en veux de m'avoir abandonnée.

J'observe Mahkha qui grogne sans ressentir la moindre brèche pour me faufiler dans son esprit. Quand le lynx tente de le déstabiliser en l'attaquant sur son silence, je hausse les sourcils. - Ton daëmon est un peste mais, sa technique ne fonctionnera pas. Encore une fois, ce n'est qu'un fait. Il n'y a rien de personnel là-dedans. Le chacal me supporte tous les jours. Ce ne sont pas quelques brimades qui vont le faire sortir de ses gonds. En tout cas, pas quand on vit avec une personne aussi venimeuse que je suis capable de l'être. Je détourne les yeux du combat pour m'intéresser au profil du jeune homme. Je me fais des films où bien il s'amuse réellement de la situation ? Je plisse les yeux, prête à me détourner de lui dès qu'il sentira mon regard. Hors de question qu'il pense que je m'intéresse un tant soit peu à sa personne. Je veux juste récupérer mon daëmon, entier si possible, et... J'allais dire rentrer chez moi. Sauf qu'il en est toujours hors de question donc... Et après, j'aviserai. - Mahkha déteste parler aux autres, je poursuis, ressentant le besoin irrationnel de nous justifier. Je n'entre cependant pas dans les détails, estimant qu'il n'a pas besoin d'en savoir davantage.

De son côté, Mahkha s'est enfin décidé à agir. Il mime quelques coups de crocs dans le vent, désireux probablement de tester les réactions de son adversaire. Sans la lâcher du regard, toujours en lui tournant autour, il s'imprègne de l'environnement. Je le sais car il me l'a appris. Après quelques tentatives, je sens à sa posture qu'il est prêt à passer à l'attaque. Le chacal fend l'air, visant directement la gorge du lynx, non pas pour le blesser mais pour le soumettre. En un rien de temps, la bestiole a encore changé de forme et Mahkha se retrouve à terre. Je m'insurge : - C'est totalement déloyal ! Je me tourne vers la moitié humaine de ce duo de tricheur. - Elle n'avait aucune chance en maintenant sa forme ! Je croise les bras à nouveau, ignorant la brûlure dans ma main, et je relève le menton. Mon air revêche suffit sans doute à faire passer le message. Je veux un second round pour balayer l'offense qui nous a été faite.

Et cette phrase qui me revient en tête, d'un bouquin lue au lycée : I could easily forgive HIS pride, if he had not mortified MINE. (Orgueil et Préjugés, Jane Austen)

~*~*~*~



Ma truffe ne rencontre que de la terre, me déséquilibrant. Je me relève, ramassant ma dignité. Je m'ébroue pour éloigner la terre de mes poils. Puis, je m'installe sur mes pattes arrières et j'observe cette enfant stupide, qui ne m'a vaincu que par la ruse. Une part de moi la respecte, tandis qu'une autre souhaiterait me voir planter mes crocs dans sa chair et la déchirer. À mon grand regret, cette chose a plus de valeur que je ne le pensais. La fixant de mes yeux d'ambre, je daigne enfin lui adresser quelques mots. Qu'elle se gorge car, elle n'est pas prête de m'entendre à nouveau. Encore moins en présence de son humain stupide. Aussi stupide que Lulla.

- Tu fanfaronnes et, pourtant, je te sens incapable de te nourrir par toi-même. Tu m'appelles animal mais pourrais-tu seulement te nourrir sans ton humain ?

Ma voix est calme, grave et profonde dans et échange d'esprit à esprit. Presque enrouée par mes heures de silence. Je n'ai pas besoin d'hausser le ton. J'attends simplement le prochain défi.
  
MessageMer 30 Aoû - 0:53
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J’avais mis du temps à me réveiller mais désormais, tout allait trop vite. La brunette m’avait piqué au vif et après ma seconde d’indignation, je ne lui laissais pas le temps d’en placer une autre que ma répartie avait fusé par-dessus la sienne. Je terminai sur un léger sourire faussement innocent et vraiment amusé. Elle ne manquait pas d’air. Après m’avoir insulté de macho, voilà qu’elle voulait en plus des excuses ? Elle était gonflée, c’était indéniable. Mais à ce jeu là, nous allions être deux parce que je me défendais plutôt bien. La preuve.

Je pris sur moi pour ne pas sourire d’avantage, trop fier que j’étais de l’avoir mouchée, ce qui me conférait un air encore plus condescendant bien que pas particulièrement recherché. A son regard assassin, vint s’ajouter une moue contrariée et il ne fallait pas être bien docte pour décrypter son expression à cet instant. J’aurais peut-être écopé d’une gifle si je m’étais trouvé à sa portée. Il n’en était rien, fort heureusement, ce qui était d’autant plus plaisant et cette fois, lorsqu’elle m’envoya sur les roses, je ne pu retenir plus longtemps un sourire amusé.
– Non. répondis-je en riant ; en toute modestie. Elle n’avait pas besoin de savoir que "l’encyclopédie sur pattes" avait déjà été l’un de mes surnoms récurrent au lycée, tout comme le "moulin à paroles" parmi les sobriquets les plus sympathiques qu'on avait pu me donner.
– C’est bon, maintenant j’y suis, ajoutai-je sur un ton léger. Et la chute fut rude. Mes avants bras égratignés et ma joue pouvaient encore en témoigner.

Mais elle n’avait pas l’air d’humeur à plaisanter et je ne comprenais pas vraiment la raison de son hystérie. Ce fut donc de façon tout à fait pragmatique que je lui exposais mon point de vue. Sa réaction exacerbée ne fit qu’amplifier mon incompréhension. Oui, Muirne était un lapin…
– Et… ?
Mon sourire s’était légèrement estompé et je la dévisageai en attente d’une explication rationnelle. Qui ne vint pas. Je souris en secouant la tête à mon tour. C’était mal me connaître que de penser que j’allais laisser tomber. Ces simples mots avaient suffit à attiser le feu de ma curiosité. Je n’avais pas l’intention d’en rester là.

La tension entre les deux daemons prêts à s’affronter était bien plus palpable que celle qui m’opposait à la daemonienne pour l’instant. Le clash était imminent et je ne connaissais que trop bien Muirne pour savoir ce qu’elle était en train de faire. En somme, la même chose que moi, mais en pire. Si moi je prenais un malin plaisir à taquiner la bougonne, par jeu - parce que c’était bien plus marrant d’enquiquiner quelqu’un qui a du répondant - je ne recherchais pas particulièrement la confrontation musclée. Ce qui n’était pas le cas de Muirne qui s’était toujours montrée plus téméraire que moi. De ce fait, je ne pu m’empêcher d’ironiser sur la susceptibilité du chacal. La réponse de la jeune fille me tira un léger sourire.
– Dommage, dis-je en haussant les épaules.

Je sentais Muirne vibrer d’excitation d’ici et son enthousiasme débordant déteignait un peu sur moi, à moins que ce ne soit la réplique de ma voisine qui me fit de nouveau sourire. Traiter Muirne de peste, dans ce genre de moment était le plus beau compliment qu'elle puisse lui faire, et elle l'en remerciait mentalement.
De plus, je ne parierais pas là-dessus. Je n’en dis rien bien sûr, me contentant d’observer les deux daemons avec un sourire en coin flanqué sur mon visage. Elle comme moi, nous étions têtus et lorsque nous avions une idée en tête, peu de choses étaient susceptible de nous arrêter. Je savais qu’elle ne m’écouterait pas si je la rappelais. Et je ne voulais pas la rappeler. Pas encore. Je comprenais sa frustration et son envie de donner une leçon au chacal après la frousse qu'il lui avait collée.

Pressentant le regard de la jeune fille sur moi, je repris sur le ton de la conversation avant de tourner la tête dans sa direction pour tenter de croiser son regard :
– C’est ton daemon qui pourchassait Muirne et c’est toi qui…
Je laissai volontairement ma phrase en suspend pour l’inciter à la compléter. Non, je n’avais pas lâché le morceau et je comptais bien obtenir une réponse à ma question à peine voilée.

Muirne continuait de tourner autour du chacal et le fixant de ses yeux de lynx dépareillés. Elle se tendit pour se retenir de tressaillir lorsque l’autre la menaça à coup de crocs imaginaires mais elle répliqua aussitôt par la parole :
– Si tu crois que tu me fais peur !
Elle ralentit l’allure pour l’obliger à en faire de même, quitte à ce qu’il refuse et qu’il se retrouve à lui tourner carrément autour. C’était ce qu’elle voulait.

Si Mahkha, comme sa daemonienne le disait, détestait parler et bien...! Il n’avait pas finit d’entendre Muirne parce qu'elle allait le saouler jusqu'à ce qu'il lui dise de la fermer. Et moi, je trouvais cela plutôt risible.
– Muirne aussi, me moquai-je.
J’avais lancé la boutade pour détendre l’atmosphère car même si j’avais l’air de prendre la situation à la légère, j’avais peur pour Muirne. Je croyais en elle mais je savais que le risque zéro n’existait pas. Cependant, nous étions joueurs. Tous les deux.

– Tu peux te la jouer sous tes grands airs de prédateurs, mais tu n’fais pas le poids ! Laisse tomber !
A force de provocations, elle finit carrément par s’arrêter pour mimer ostensiblement une prise d’appui sur ses pattes, une feinte. Mais le chacal la pris de vitesse. Mon cœur cogna violemment dans ma poitrine lorsqu’elle s’élança à son tour. J’avais machinalement serré les poings, redoutant au mieux, l’humiliation au pire, une douleur atroce s'il la chopait. Je ne pu retenir un éclat de rire de soulagement en voyant le mulot filer entre les pattes du chacal, saint et sauf, tandis que ma voisine s’insurgeait.
– Que nenni ! Personne n’avait fixé de règles à ce que je sache ! dis-je en riant. C’est un des avantages d’avoir un daemon dont la forme est indéterminée. Ca fait partie des règles du jeu.
La voyant prendre son air de pimbêche outrée, je ne pu m’empêcher d’ajouter :
– Aller c’est bon. Un partout. Ils sont quittes maintenant.

Muirne avait fait demi-tour et s’était posée sur ses deux pattes arrière, à trois mètres de distance de Mahkha, tout en fixant le chacal vexé de ses yeux de rongeur globuleux et dépareillés. Seuls sont museau et ses moustaches bougeaient avec frénésie. Le dialogue entre les deux daemons était cette fois silencieux.
« Ah bah tu vois quand tu veux ! »
Elle continua d’agiter ses moustaches. Sa vue panoramique lui permettait de me voir et si elle avait été capable de lever les yeux au ciel, elle l’aurait sans doute fait, car elle me trouvait trop bruyant. En revanche, je resentis sa gratitude pour avoir pris sa défense, puis elle s’offusqua que je décide de mettre fin au jeu. Je pensais et à juste titre, qu’elle n’aurait pas deux fois la chance qu’elle venait d’avoir.
« Et oui, pour ta gouverne, je suis parfaitement capable de me nourrir seule ! Non parce que… si j’attends toujours après lui… »

« Et toi, t’es plutôt du genre, dévoreur d’âme ? »
  
MessageJeu 31 Aoû - 21:14
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Je détourne les yeux, feignant de me concentrer sur le combat. Est-ce qu'il insistera si je prétends de ne pas avoir perçu sa question dissimulée ? Qu'il le fasse ou non, il saura que j'ai entendu. Difficile de faire autrement. Avoir manqué de toucher son âme me met suffisamment mal à l'aise comme ça, j'aimerai autant ne pas m'étendre sur le sujet. Je réprime un frisson au souvenir qui s'impose. Il s'en ait manqué de peu. Je déteste qu'on me mette face à mes erreurs. J'ai l'impression d'être une gamine qu'on vient de surprendre en train de faire une bêtise. Ma seule façon de réagir à ça a toujours été la bravade. Aujourd'hui ne fait pas exception à la règle. - Oui. Je lâche ma réponse, qui n'en est pas vraiment une, d'un ton plus sec que je ne le souhaitais. Qu'il en fasse ce qu'il veut ! Je sais déjà, instinctivement, qu'il ne pourrait pas comprendre. La majorité des gens seraient dégoûtés à l'idée de chasser. Même pour moi, ce serait difficile à concevoir si je ne l'avais pas vécu de l'intérieur. Mahkha a eu le droit à ma plus belle moue d'écœurement la première fois qu'il a planté ses crocs dans un malheureux pigeon. Et puis, en dehors de ça, quelque part, ça n'appartient qu'à moi et mon daëmon. Un espace de liberté indomptable qu'il m'offre. Un peu comme un secret. L'un comme l'autre, nous avons toujours été jaloux du monde extérieur et de quiconque pouvait nous approcher. Nous n'avons jamais apprécié l'œil curieux du clan posé sur mon pouvoir. Le seul aspect positif de leur intérêt était cette certitude renouvelée que j'étais leur héritière. Jamais ils n'avaient vu un pouvoir aussi pur, selon leurs critères. La dernière chose dont j'ai besoin aujourd'hui, c'est que cet inconnu me prenne au mieux pour une psychopathe, au pire pour une cinglée bonne pour l'asile dont le délire est de torturer des animaux sans défenses. Vraiment, très peu pour moi.

Prenant soudainement conscience que mon silence risque de me desservir, je décide finalement d'accorder un regard au jeune homme. La voix sournoise de mon grand-père s'impose à mon esprit, m'assurant qu'il y a toujours une manière de tirer partie de toutes situations. L'important est de trouver comment se mettre à son avantage. Chose que je suis visiblement incapable d'appliquer, selon lui. Naïf vieux crouton. Je hausse les sourcils, joueuse, avant de lui offrir un sourire impénétrable. - Je te laisse faire fonctionner ton cerveau, Wikipédia, pour éclaircir ce mystère ! Amuse toi avec cette énigme, ça ne fera que me flatter. Moi, je ne compte pas t'aider. Juste te faire tourner en bourrique. Ça lui apprendra à sous-entendre que mon esprit est étriqué !

Mon méfait accompli, je reporte la conversation sur l'affrontement de nos âmes, précisant que Mahkha déteste parler. Sa remarque me tire un autre sourire. Il vient de me donner l'autorisation officielle d'être, moi aussi, moqueuse. J'en profite sans plus attendre. - Ça se voit, elle est incroyablement calme et silencieuse ! J'ai failli ne pas la remarquer, fais-je alors que le lynx provoque une nouvelle fois le chacal. Je dois admettre que l'insulte est plutôt réaliste, considérant que Mahkha a beaucoup, vraiment beaucoup, d'assurance. C'est ce qui fait son charme.

La scène qui se déroule ensuite coupe court à toute sympathie envers l'ennemi. Ils ont triché ! Fidèle à moi-même, je m'offusque, je m'insurge, et réagis au quart de tour. Le jeune homme nie, bien évidemment. Il ose même rire face à ma colère. Je me mords la lèvre, perdue entre l'envie de rire aussi et celle de le gifler. - Ce sont des règles tacites ! Visiblement, tu n'as jamais entendu parler du code d'honneur des daëmons ! Moi non plus, d'ailleurs. Mais ça, il n'est pas supposé le savoir. Le code d'honneur du clan, par contre oui. J'ai tant de fois été contrainte de le copier encore et encore que chaque mot est imprimé dans ma mémoire. Ils sont quitte, vraiment ? J'adopte une expression neutre en lui proposant. - Très bien, je t'invite à aller en informer Mahkha. J'agrémente mes mots d'une air innocent. - Mais, je ne pense pas qu'il va se montrer très coopératif, je préfère te prévenir. Mahkha a au moins aussi mauvais caractère que moi, à sa façon.

~*~*~*~

- Tu n'avais pas mérité que je t'adresse la parole. Le chacal énonce calmement son point de vue, comme si son attitude était la plus naturelle et raisonnable du monde. Il s'amuse de la réponse de l'autre daëmon. Alors l'humain est aussi inutile que les autres ? Il parierait que lui non plus ne sait pas chasser. Dévoreur d'âme ? Mahkha émet un grognement désapprobateur. Jamais, non jamais, il ne s'attaquerait un être de sa condition. Aussi agaçants et idiots puissent-il parfois être.
- Tu devrais t'estimer heureux que j'ai arrêté Lulla. Il marque un temps d'arrêt avant d'ajouter avec tout son sérieux. Et me remercier. Mais ce n'est pas exactement là où il veut en venir. Puisque l'autre semble avoir besoin d'un dessin, il se fera explicite. - Tu sais te nourrir ? Prouve le ! Que le premier qui chasse quelque chose revienne ici avec sa proie... Tu peux déclarer forfait si tu préfères. Son rire moqueur se dissipe peu à peu dans l'esprit de l'autre.


~*~*~*~

- Qu'est ce qu'ils font là, tu penses ? J'interroge mon compagnon d'infortune puisque ma moitié n'est visiblement pas décidée à rétablir le lien. Je n'aime vraiment pas ça. Ce sentiment de solitude me serre le ventre. Je lève les yeux au ciel, véritablement agacée à l'idée de m'expliquer davantage. S'expliquer revient à se révéler. Se révéler signifie toujours être vulnérable d'une certaine manière. Chose que je ne peux pas me permettre puisque je ne suis censée être une personne. Juste une image, un outil. - Mahkha a décidé de se couper de moi. Sous prétexte que je le dérange. Ou parce que je l'ai vexé. Ou encore parce qu'il essaie de me punir. Ou juste qu'actuellement, je n'intéresse pas son auguste personne. Peu importe sa raison, elle est mauvaise. Pour éviter de laisser transparaître ma merveilleuse humeur, je change de sujet. - En tout cas, j'espère que tu n'es pas pressé parce que quand il a une idée en tête, il est plus butée qu'un âne ! Je dois avoir des dons de visionnaire parce qu'à cet instant précis, j'aperçois mon daemon filer comme une flèche dans les bois. Il n'ira pas trop loin mais, ne plus l'avoir à vue renforce mon insécurité. Pour dissimuler mon humeur, je me concentre sur autre chose. - Qu'est-ce que j'avais dit ? Après une moue boudeuse, je me dirige vers la rivière histoire de nettoyer ma blessure à la main. Ce n'est pas le plus hygiénique possible mais ce sera toujours mieux que rien. Une fois fait, je décide de m'assoir dans l'herbe, au bord de l'eau. Je jette un regard au blondinet et tapote la terre à côté de moi. - À moins que tu préfères rester debout en attendant que leur délire leur passe.
  
MessageSam 2 Sep - 0:48
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Suspendu aux lèvres de la jeune fille, j’arquai un sourcil lorsqu’elle m’aboya littéralement une réponse par l’affirmative, et uniquement par l’affirmative, à question que j’avais volontairement laissée ouverte. Mon regard balaya son visage tandis que j’attendais patiemment la suite de la réponse, faisant fit de la sécheresse de son ton et de son air revêche. Puis, comme elle flirta rapidement avec les limites de ma patience, je ne pu m’empêcher de l’ouvrir à nouveau.
– Oui quoi ?
Cette fois, la remarque fusa et ma bouche forma un « o » silencieux avant de s’étirer en un nouveau sourire. Ok, mademoiselle était joueuse et rancunière. Voilà qui nous faisait un point commun.
– Ok ! Tu me mets au défi de mener l’enquête ! Très bien !
Je croisai les bras sur ma poitrine, faisant mine de réfléchir en coinçant mon menton entre mon pouce et mon index. J’en profitai pour garder un œil sur les deux daemons qui étaient eux aussi en train de se défier.
– Vous faites une fine équipe tous les deux ! Lui il joue le rôle de rabatteur pendant que toi tu attends patiemment dans ton coin qu’il t’amène sa proie… le lapin…
Je me tournai vers elle, l’index dressé comme si je venais d’avoir une illumination.
– Il y a des méthodes plus simple de choper un lapin tu sais. Vous ne saviez pas que ce n’était pas un lapin.
C’était la seule explication plausible que je pouvais entr’apercevoir. J’ignorais cependant ce que la jeune fille voulait faire d’un lapin et même si j’avais de la suite dans les idées, j’étais encore loin du compte.

Et pendant ce temps, Muirne qui était l’incarnation même de la timidité, continuait de provoquer Mahkha dont la susceptibilité n’était plus à prouver.
– N’est-ce pas !
Tout s’accéléra lorsque le chacal sauta sur Muirne, celle-ci s’esquiva sous la forme d’un mulot et je me fis enguirlander par la daemonienne qui s’offusqua de mon hilarité et je rêvais ou elle était en train de nous traiter de tricheurs ? Je pris une profonde inspiration pour retrouver un semblant de sérieux avant de me tourner vers la jeune fille à qui j’adressai une moue dubitative. Le code d’honneur des daemons ? Jamais entendu parler.
– Non. Ca n’existe pas. répondis-je avec aplomb, comme s’il s’agissait d’une certitude.
Je n’en savais rien en vérité. Mais de tout ce que j’avais pu lire sur les daemon, car dieu sait que j’avais creusé la question, je n’avais jamais rien lu de tel.
« Muirne ? Un code de l’honneur des daemon ça te parle ? » formulai-je mentalement à l’intention du mulot qui avait l’air d’être en grande conversation avec le chacal.
« Autant qu’un code de l’honneur des humain. »
Je souris.
– De toutes façons, les règles n’existent que pour être enfreintes, non ? dis-je avec un air mutin, qui illustrait parfaitement le fond de ma pensée. Même si cela m’avait de nombreuses fois causé du tort. C’était les risques du métier.

Je ne m’étais pas démonté et je préférais couper court aux conneries avant que ça ne dérape pour de bon. Muirne n’eut pas besoin de rétorquer quoi que ce soit pour que je sache exactement ce qu’elle en pense puisque sa frustration était telle que j’avais l’impression de m’être moi-même frustré en disant cela.
J’arquai de nouveau un sourcil à la remarque de la jeune fille que je pris pour une énième provocation. Comme s’il n’était pas déjà au courant. Ma relation avec Muirne était si fusionnelle que nous partagions également nos pensées. J’avais du mal à imaginer qu’il puisse en être autrement.
– Il le saura bien assez tôt !
Car Muirne s’en chargerait. Sauf si elle décidait de n’en faire qu’à sa tête. Mais ça, c’était un autre problème.

Muirne, du haut de ses quelques centimètres, tenait toujours tête à Mahkha. Même s’il était bien plus impressionnant, vu de si bas, elle savait avoir également de meilleurs réflexes pour pouvoir détaller en cas de besoin. Et quelque part, ça l’amusait de prendre une forme si insignifiante face à un être aussi imbu de sa personne.
« Oh pardonnez-moi votre altesse, j’ignorais que je faisais partie de la caste des manants ! » ironisa-t-elle avec l’envie irrésistible de se transformer en chat. C’était la forme qu’elle préférait pour se montrer condescendante. Mais elle s’abstint.
« Rien que ça ! Je m’estime surtout heureuse d’avoir de bon réflexes. Et d’ailleurs, c’était quoi votre tour de passe-passe là ? Elle est sortie d’où ta daemonienne ? »
Muirne était toute aussi curieuse que moi, et il était certain qu’elle allait aussi chercher à percer ce mystère.
Elle prenait aussi un malin plaisir à observer le chacal aux airs princiers et elle l’imagina avec un plumeau coloré à l’arrière train ce qui fit frétiller ses moustache tandis qu’elle réprimait un rire.
– Tu veux rire j’espère !
Muirne ? Déclarer forfait ? Jamais de la vie ! Hormis si cela mettait sa vie ou la mienne en danger.

Les bras toujours croisés, je tournai vers la jeune fille un regard surpris avant de détourner la tête, observant tour à tour Muirne et Mahkha et de déclarer d’un ton on ne pouvait plus sérieux, sans ciller :
– Oh c’est très simple ! Ils sont en train d’échanger des politesses pour savoir qui des deux finira par prendre le dessus et dans quelques minutes, ils vont se livrer à un duel.
J’étais complètement en train de la baratiner bien-sûr. Mais ce qu’elle m’avoua ensuite m’interpella.
– Comment-ça ?
Je pris cela comme « il boude ». Muirne le faisait bien, elle aussi. Mais jamais très longtemps.
– Et bien… si, justement, j’avais rendez-vous et… dis-je en décroisant les bras, réfléchissant dans le même temps au bâteau que j’allais monter, mais les daemons ne me laissèrent pas finir de jouer ma petite comédie.
Le chacal venait de partir comme une flèche laissant Muirne sur place, à qui j’adressai un regard interrogateur pour savoir ce qu’il en était. « Il est parti chasser » Je grimaçai d’incompréhension avant qu’elle ne disparaisse à son tour derrière le tronc d’un arbre. « Muirne ! Explique-moi ! »
« Il n’y a rien à expliquer. Monsieur veut se la péter. Ca te rappelle pas quelqu’un ? »
– Pff ! Je pouffai de rire en reportant mon attention sur la jeune fille qui venait de m’interpeller. Elle risquait encore de croire que je me foutais de sa gueule.
Et voilà qu’elle décidait de suivre son daemon, elle aussi. Je restai planté là quelques secondes avant de me décider à aller ramasser mon livre et à récupérer mon sac à dos laissé au pied de l’arbre. Puis, je la rejoignis au petit trot, près de la rivière. Je laissai choir mon sac dans l’herbe son loin de l’endroit où elle était assise et me posai à côté d’elle. J’avais toujours le livre du Happy Prince entre les mains et la couverture avait pris cher dans ma chute.
– Au moins, dans la forêt, ils ne risquent pas de se faire trop remarquer. Même si les choses tendaient à changer avec le temps, j'avais toujours des rémanences de cette appréhension qui revenait de temps à autres. Car c'était avec cette crainte que j'avais grandit.
Muirne avait un égo aussi démesuré que le mien et il semblait qu’elle s’était trouvé un nouveau camarade pour lui rendre la pareille à ce jeu là.

– Alors ? Tu ne m’as toujours pas dit… c’est quoi ton nom déjà ? demandai-je en toute innocence agrémenté d’un grand sourire.

Pendant que nous comptions fleurette, Muirne ne s’était pas trop éloignée et nous avait même suivis. Elle s’était transformée en aigle sitôt entrée dans la clairière afin de balayer l’endroit de son œil capable de repérer n’importe quoi à n’importe quelle distance. La chasse serait ainsi plus facile. Elle repéra plusieurs proies et attendit que le chacal revienne près de nous pour se fendre dans les hautes herbes. Elle avait jeté son dévolu sur quelques insectes qu’elle goûta, puis elle trouva plus amusant de se jeter dans la rivière, transformée en loutre pour essayer d’attraper un poisson.

Lancé de dé
Oui : elle attrape un poisson
Non : elle se foire

Je la regardai tourbillonner et batifoler dans l’eau aux prises avec sa proie qui lui échappa des pattes finalement. Ce qui n’eut pas l’air de la chagriner plus que cela. Elle remonta sur la rive et couru jusqu’à mes pieds. Je vis dans ses yeux vairons l’étincelle de la connerie.
– Non Muirne !
Je me protégeai de mes bras tandis qu’elle se transformait une nouvelle fois, en husky, avant de se secouer énergiquement.
– Aaaah ! Noooon ! râlai-je en riant.
M’est avis qu’elle éclaboussa Lulla au passage aussi ainsi que tout ce qui aurait pu se trouver dans le périmètre. J’essayai de la repousser, mais trop tard, mon t-shirt blanc était trempé.
– Putain Muirne ! Arrête !
Elle s’arrêta effectivement, d’un coup ; les oreilles dressées, la queue droite, les sens en alerte.

Elle s’avança à côté de Mahkha, le regard rivé sur la forêt :
– Toi aussi tu as entendu ?
  
MessageMer 6 Sep - 10:50
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 70Nombre de RP : 15Âge réel : 27Copyright : MojeAvatar daëmon :
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Bien joué, Lulla. Il a mordu à l'hameçon. J'esquisse un sourire énigmatique, sans pouvoir dissimuler ma fierté et mon amusement. Ça brille dans mes yeux comme un éclat magnétique, ravivant une malice innocente. Une vraie gamine à qui on vient d'accorder une sucrerie. Ce jeu m'amuse d'autant plus que mon adversaire semble enthousiaste à l'idée de mener à bien son investigation. Mon défi attise sa curiosité, et celle-ci flatte mon égo. J'en ronronnerais comme un chat ! Il suffit de ça pour attirer mon attention autant que mon regard. Je l'observe minutieusement comme on mesurerait un combattant. J'imagine les rouages de son esprits se mettre en marche. Ah, si j'avais pu avoir un don télépathie à cette instant ! Je crois que j'aurai adoré pouvoir me faufiler dans la tête des autres, savoir ce qu'ils peuvent bien penser. La première hypothèse ne tarde pas à tomber, je laisse échapper un rire, incapable de garder mon sérieux. Quelque chose de vrai, pour une fois, perdu au milieu de mes mensonges. Il m'imagine vraiment - moi, mes ongles parfaitement manucurés, et mes allures de filles à papa - préparer un feu de camp et dépecer un lapin ? Je lève les yeux au ciel avant de secouer la tête - Mais, pas du tout ! Je pouffe comme une idiote de quinze ans. J'ai, tout au fond du ventre, cette envie déraisonnable de lui proposer de chercher encore. De pousser le jeu plus loin, au risque qu'il découvre la vérité. Mahkha me coupe l'herbe sous le pied, désireux de redorer son image, mettant l'autre daëmon au défi.

Leur chamaillerie devient alors le centre de notre conversation autant que leur combat. Je m'insurge, mentant effrontément au sujet d'un code d'honneur. La répartie ne se fait pas attendre, égratignant mon égo. J'adopte une moue vexée, prête à défendre ma théorie fallacieuse avec autant de fougue que si elle avait été vraie. Je ne rendrai pas les armes avant d'avoir épuisé toutes les possibilités rhétoriques, hors de question ! Mon égo ne le supporterait pas. J'ouvre la bouche, sans avoir encore réfléchi à ma réplique, mue par un fort instinct de contradiction et... Je la referme. Mes yeux se plissent légèrement, comme si je réfléchissais. Les règles n'existent que pour être enfreintes, non ? Les mots dansent dans mon esprit. Il résonnent en écho en moi. Je connais le frémissement qui parcoure ma peau. Son sourire ne me paraît plus si angélique. A-t-il seulement conscience du fait qu'il me provoque ouvertement ? Du désastre imminent ? Ce garçon vient officiellement de piquer ma curiosité. Mes yeux fouillent au fond des siens, comme pour percer un mystère. Ça, je ne m'y attendais pas. Pas du tout. Avec son air de premier de la classe et son visage de poupon, je n'aurai jamais imaginé qu'il fasse parti de la tribu des têtes brûlées. Il ne faut pas me dire ce genre de trucs... Je sens au fond de moi cette chose , endormie depuis longtemps, qui s'éveille, ne demandant qu'à sortir. Elle s'agite, s'étire, tâte les barreaux de la cage dans laquelle je l'ai enfermée. Elle murmure. Jeu. Risque. Sensations. Et plus encore : Vie. Ça m'attire comme un papillon de nuit irait se brûler les ailes contre une lampe brûlante. Le vide m'a toujours paru tentant.

Non.

Un sursaut de raison me saisit. Non, non, non et non. Je ne vais pas me laisser avoir si facilement. Qu'il remballe ses attitudes de charmeur, je n'y serai pas sensible le moins du monde. C'est tentant, bien sûr, mais ce n'est pas moi. Ce n'est plus moi. Et ce n'est pas, Mahkha , aux abonnés absents depuis déjà quelques minutes, qui va jouer les garde-fous. Tiens, bonne échappatoire ! Je m'empresse de me composer une expression neutre avant de lui proposer simplement d'aller discuter de ça avec mon daëmon. Évidemment, je ne peux pas m'empêcher de frôler la limite, mimant l'innocence alors que je ne cherche finalement qu'à alimenter notre petite joute verbale. Bien décidée à résister à mes pulsions soudaines de stupidité profonde, je détourne le sujet sur nos moitiés respectives. D'ailleurs, la mienne me manque atrocement. Sa chaleur et sa force me permettrait sans doute de gagner en assurance, d'éviter aussi de foncer droit dans le mur, avec le sourire en prime. Le fait que mon interlocuteur soit capable de me décrire précisément ce qui se passe m'arrache une grimace. Il n'y que ma fierté qui m'empêche de geindre que ce n'est pas juste. - Il se coupe, je n'ai pas d'autres mots. La tienne ne fait jamais ça ? L'absence absolue, sans compromis, un peu comme une connexion perdue. En parler ne m'aide pas finalement pas. Je me sens agacée et abandonnée. Légèrement amère, je lui balance à demi-mot que le petit jeu de Mahkha risque d'être long.

Apparemment, le blondinet ne peut pas s'empêcher de fanfaronner et d'en faire des tonnes. Il tente un semblant d'explication avant de voir filer le chacal dans les sous-bois. De mon coté, je décide d'aller rincer l'égratignure sur ma paume. L'eau est étrangement fraîche malgré la chaleur ambiante. J'invite le jeune homme à me rejoindre. Histoire de passer le temps autant que pour réussir à définir s'il se contente de brasser du vent ou s'il a vraiment le goût de l'interdit. Il lance la conversation sur la tranquillité dont nous disposons ici. Je penche la tête sur le côté. - C'est ce que tu cherchais en venant ici ? Un endroit où ton daëmon puisse faire n'importe quoi en toute sécurité ? Aucun jugement ne perce dans ma voix. Je ne sais pas vraiment quoi en penser. Je n'ai jamais eu trop de soucis ici depuis que j'y vis. Enfin, entre l'université et mon adorable grand père, je n'y suis pas si souvent. Ceci dit, peut-être que la proximité de Merkeley les a rendu moins idiots, plus tolérants. Ou alors, j'ai simplement eu de la chance jusque là.

De son côté, Mahkha était revenu, se pavanant avec un mulot entre les crocs. Je n'avais pas besoin de l'entendre pour savoir qu'il était fier de lui. Le choix de sa proie n'avait pas été anodin. Il entreprend même de la dévorer. S'il n'a pas répondu à Miurne au sujet de notre don, c'était pour mieux la provoquer. Je crois qu'il n'a plus qu'une idée en tête : jouer. D'ailleurs, il surveille discrètement l'autre daëmon et filera le rejoindre dans la rivière dès que les regards seront ailleurs. Sa quête de poisson se soldera aussi par un échec.

Puisqu'il m'ignore, je fais de même. Je jette un œil sur la couverture du livre que mon inconnu tient, sans à parvenir à déchiffrer le titre. Je ne connais probablement pas, de toutes façons. Si j'aime les histoires sous toutes leurs formes, j'ai bien du mal à me canaliser et à tenir suffisamment en place pour me mettre à bouquiner. Un drame pour mon daëmon qui préfère la littérature à tous les arts auquel j'ai pu m'essayer. J'hésite à interroger M. Wikipédia sur le sujet. Ces quelques secondes de battement lui laisse l'occasion de me demander mon prénom, tout en revenant sur cette histoire de chasse, l'air de ne pas y toucher. Tenace, ce garçon. Je décide de le faire tourner bourrique, juste pour le plaisir. - Tu peux m'appeler "Votre Altesse" ou "Milady". Ou bien "Votre Grâce", parce que je trouve que ça en jette, si tu veux. Je fronce le nez, clairement fière de me bêtise. Je ne suis pas totalement dénuée d'autodérision. J'utilise cette capacité par petites touches ponctuelles, simplement. - Mais, Lulla, ça marche aussi. Et toi ?

À retard, je sens l'arnaque venir. C'est qu'il serait capable de monnayer son prénom contre des informations concernant mon petit secret ! Je m'en veux d'avoir agit avant de réfléchir. Dans ma tête, l'instant l'emporte toujours sur la réflexion. Il serait temps que j'apprenne à être plus méfiante. J'enchaîne : - Tu sais déjà qu'on la prise pour un lapin, sans savoir que c'était une âme. Pour le reste, tu es... Pause dramatique pour un effet moqueur. Vive les superlatif ! - Loin, vraiment très très loin, du compte ! Et ça, ça m'amuse beaucoup. Je suis partagée entre le plaisir d'être le centre de cette attention et l'inquiétude d'être percée à jour. Quoi que non... À chaque seconde qui s'éteint, mon angoisse s'assoupit comme un gros chat domestique, battue à plate couture par mes autres défauts.

Je pose alors mes coudes sur mes genoux, puis tourne la tête vers le jeune homme. - C'est quoi ton livre ? Autant le détourner de son enquête. Ça ne fera que faire durer le plaisir. Car oui, je sais déjà que ce petit jeu aura une fin. Soit il se lassera, me décevant au passage, soit il résoudra l'énigme et je perdrais, à coup sûr, tout intérêt. Les choses fonctionnent de cette manière. On brûle toujours les idoles désuètes. Sans être dupe, je peux pourtant pas m'empêcher de me prendre au jeu. De chercher à susciter sa curiosité. Un peu comme un artiste en mal de popularité multiplierait les coups d'éclat pour faire parler de lui. L'oubli est affreux pour les gens de cette trempe. Pour éviter d'en pâtir, je me fais actrice et metteur en scène de mon spectacle.

Muirne, de son côté, me vole ostensiblement la vedette en filant dans la rivière. Je l'entends qui s'approche avant que son humain n'essaie, plus ou moins, de la ramener à la raison. M'est avis que son ton manquait cruellement de conviction, au passage. Mes sourcils se froncent d'incompréhension jusqu'à ce que je me fasse allègrement arrosé par un chien qui s'ébroue. Preuve que je ne suis pas seulement une garce : j'éclate de rire tout en m'essuyant le visage avec mes mais. Un coup d'œil m'apprends que Benedict a plus souffert de l'attaque que moi. Son tee-shirt blanc frôle dangereusement la transparence et lui colle à la peau. Mes yeux s'égarent quelques secondes. Je suis irrécupérable.

Je paie cher mon manque d'attention ! Mahkha en profite pour lui aussi sortir de l'eau alors que je ne l'avais même pas vu y entrer ! Il vient s'ébrouer, lui aussi, juste entre Miurne et son humain avant de courir vers la clairière, visiblement ravi de son manque de respect. Je ne l'entends pas alpaguer la daëmone par esprit en riant . -
Effectivement, c'est amusant !

Alors que Benedict demande à sa daëmon de se stopper. Elle le fait net. Les mots vont plus vite que ma pensée. - Il faudra que tu me donnes ton truc pour qu'elle t'écoute. Je suis littéralement bouche bée. Dans la foulée, je sens déferler en moi une chaleur familière. Enfin ! Mahkha ne me laisse pas le temps d'en profiter alors que je me tourne instinctivement vers lui.

- Danger.
- Quoi ?
- Je ne sais pas. Reste ici avec l'autre. Je vais vérifier.


Le chacal n'aime pas ça. Ses oreilles pointus se dressent, à l'affût. Il échange un regard avec Miurne sans répondre. Il n'a pas besoin de lui dire ce qu'elle sait déjà. Dans leur conversation privée, il ajoute : - Je vais voir. Tu m'accompagnes ? Il part du principe que le bruit ne doit pas être à plus de 200 mètres et que l'un comme l'autre pourront supporter l'éloignement. Il n'attends pas plus pour se diriger à petit trot vers la source de son inquiétude, laissant ses sens prendre le dessus.

Envolé la légèreté d'un moment partagé. Bienvenue angoisse d'origine inconnue. Je ne souris plus du tout. Moi, je me tourne vers Benedict comme s'il allait pouvoir m'apporter la réponse. Je transmets tout de même les directives de Mahkha, y compris les sous-jacentes.
- Il ne veut pas qu'on vienne. Il pense qu'on serait trop bruyant. Pour avoir tenté une chasse sous ma forme humaine à ses côtés, je sais qu'il n'a pas tort. Mais, même... L'idée qu'il s'approche du danger sans que je puisse le protéger me fait peur. Ça, autant que le souvenir d'une rencontre lointaine et traumatisante avec des anti-daëmoniens. Instinctivement, je me rapproche de Benedict. S'il part, je ne resterai pas toute seule ici. C'est inenvisageable.
  
MessageSam 9 Sep - 14:08
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 52Nombre de RP : 8Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
Une barrière invisible venait de tomber entre la daemonienne et moi et je sentis que le contact était établit, malgré les grands airs de princesse qu’elle semblait se donner. Après tout, n’étais-je pas moi-même le prince de la duperie ? Même si je ne captais probablement pas tous les signaux, son regard brillait de la même lueur d’espièglerie que le mien. Ce qui m’encourageait à pousser plus loin mon petit jeu.
J’étais volontairement resté nébuleux dans la théorie que je lui avais exposée. Les insinuations avaient du bon pour amener les interlocuteurs à lâcher de précieuses informations. C’était ma technique indienne préférée. Vous allez sans doute vous imaginer que je suis un manipulateur, moi ? Je ne me définirais pas comme cela. Car je ne le faisais presque inconsciemment, sans aucune mauvaise arrière pensée. C’était un mécanisme inné. J’étais curieux de nature et tous les moyens étaient bons pour satisfaire ce besoin insatiable que j’avais. C’était pourquoi, tout en fanfaronnant, je n’avais pu m’empêcher de l’observer discrètement pour voir si son attitude coïncidait avec ses mots. J’enjoignis son rire franc par mimétisme. Ok, bon, ça n’allait pas être simple de la percer à jour. Mais j’avais réussi à rompre la glace. Et j’en étais fier. Je n’avais pas dit mon dernier mot.

Nos daemons avaient eux aussi décidé de s’affronter mais dans un autre registre. Et voilà que la miss venait de me parler de règles et de code d’honneur. Le genre de truc dont je me fichais comme de ma dernière paire de chaussettes ! Surtout pour les règles. L’honneur c’était autre chose. J’avais un code qui m’était propre. Ma réaction spontanée avait cloué le bec de la jeune fille, ce qui gonfla un peu plus mon ego. La grande duchesse pouvait se moquer de moi et de mon esprit rationnel, je savais ce qu’elle s’imaginait. Ou du moins, je pensais le savoir. Elle m’avait jugé un peu trop vite et je venais de la surprendre. Un point pour moi ! Je lui adressai un grand sourire.
J’avais conscience d’avoir dévoilé une de mes cartes maîtresse. Je n’étais pas si innocent que j’en avais l’air et Muirne était trop occupée pour me contredire. Cependant, j’étais parcouru de sentiments contradictoires. Un silence flotta entre nous après cette révélation et la fierté que je dégageais de mon effet de surprise aurait pu vite se muer en gêne si elle avait continué à me dévisager comme elle le faisait. Heureusement qu’elle reporta la conversation sur nos daemons ce qui me permis de rebondir avec fluidité sur autre chose. Je recouvrai mon masque d’assurance et d’arrogance, c’était plus confortable pour moi.
Je n’avais pas vraiment de certitude quand à ce que j’avançais. C’était du bluff Martoni ! Et par chance, j’avais vu juste. Je devais ma crédibilité à mon aplomb légendaire et je remerciais les daemons de m’avoir donné raison au final. C’est ça le talent ! Mon ego gonfla encore un coup.

En revanche, je n’étais pas bien certain d’avoir clairement saisi ce qu’elle entendait par « coupure », bien que tous le mot soient limpide.
– Oh, il lui arrive de bouder. Répondis-je. Mais ce n’est pas une coupure au sens ombilical du terme, si je puis dire. dis-je en souriant. Même si elle ne me parle pas, je ressens ce qu’elle ressent. Elle ne boude jamais bien longtemps.
Un peu comme moi quoi. Quoi que… Tout dépendait avec qui et pour quelle raison. J’avais déjà réussi à faire la gueule à Chris pendant dix longues minutes une fois ! Un exploit ! Il fallait dire que je causais tellement que lorsque je gardais le silence, cela devait être particulièrement inquiétant.
D’ailleurs, nous n’eûmes pas le loisir de poursuivre cette passionnante conversation que nos daemon nous entraînèrent ailleurs, près de la rivière.

Après m’être assis dans l’herbe, je lissais machinalement la couverture très abîmée de mon livre. Elle était tout écornée, un peu déchirée, et le vernis se barrait par endroit. Les pages quand à elles, rebiquaient dans les angles, étaient cornées elles aussi. Bref, ce livre possédait une longue histoire que venait d’étoffer la rencontre avec une mystérieuse inconnue dont je ne tarderais pas à découvrir le nom.
Ma réplique n’avait été que rhétorique, signe de ma résignation, car je savais qu’il était inutile de chercher à raisonner Muirne. Et puis, je ne la sentais pas en danger, je n’avais pas peur pour elle. Et, jusqu’à ce que la jeune fille me mette le nez dessus, je ne m’étais pas rendu compte du double sens inconscient de mes propos. J’avais parlé sans réfléchir. Comme souvent, parce qu’il fallait toujours que je trouve un truc à dire. Je bloquai un instant, les yeux rivés sur le cours d’eau qui s’écoulait devant nous. La question était profonde et touchait à des strates de mon subconscient que je n’avais guère envie d’aller dépoussiérer maintenant, et encore moins d'exposer à une parfaite inconnue. En d’autre terme, c’était trop personnel. Comme je le faisais tout le temps dès qu’une question me dérangeai, je choisi de l’éluder avec désinvolture.
– Non. Pas spécialement. J’aime bien venir lire à l’ombre des arbres. Je failli ajouter que cela me rappelait ma terre natale, mais je préférais garder pour moi mon excès de sentimentalisme. Surtout que des arbres, ce n’était pas ce qui manquait sur le campus ! Non. J’étais venu là pour faire passer ma contrariété. Chris aurait fini par s’en apercevoir, m’aurait cuisiné et je n’avais pas envie de lui parler de ça. Et comme j’avais entendu parler de l’œuvre des #freedaemonians, je devais avouer qu’une part de moi-même espérait leur tomber dessus par hasard, bien que personne ne sache vraiment où ils se planquaient. Même s’il y avait peu de chance qu’une bande de geeks se terrent dans la forêt. On ne savait jamais. J’y était bien, moi !
Je chassai ces pensées d’un rire.
– Comme si elle avait besoin de venir ici pour faire n’importe quoi ! C’est juste que Muirne est à la discrétion ce que Mahkha est à l’indifférence. dis-je en coulant un regard amusé à ma comparse.
Le chacal ne tarda pas à revenir avec un mulot entre les dents et mon sourire s’évanouit lorsque je le vis le dévorer. Je détournai les yeux sur autre chose avant que la nausée ne m'assaille. Muirne, si elle le faisait, avait la décence de faire ça ailleurs que sous mon nez. D’ailleurs, elle vint à ma rescousse en me fournissant le sujet d’attention approprié en sautant dans la rivière pour faire le pitre avec les poissons. Voilà qui me rendit le sourire. J’évitais soigneusement de regarder Mahkha, préférant me concentrer sur mon petit jeu d’enquête avec sa daemonienne.

Je ne cachais pas mon amusement lorsqu’elle m’énuméra ses titres de noblesse et je souris cette fois, de bon cœur.
– Oh, rien qu’ça ? Et je présume que vous êtes naturellement en possession de vos lettres de noblesses pour justifier votre rang ? répondis-je avec malice en arquant un sourcil. J’arrêtais de prendre mon air faussement supérieur lorsqu’elle me lâcha finalement son prénom, l’accueillant d’un sourire.

– Okay !
J’accusai tout d’abord sa moquerie au sujet de ma deuxième tentative de lui tirer les vers du nez.
– Lulla, quel joli prénom pour un être si diabolique ! fis-je remarquer en souriant.
– Moi, c’est…simplement… je marquai une pause, feintant la gêne et l’humilité avant de lâcher un mot qui phonétiquement ressemblait à « Ohme* » . Un mot prononcé avec l’accent irlandais. Puis je reportai les yeux sur la jeune fille, pour voir sa réaction. Il y avait peu de chance qu’elle connaisse ce nom si elle n’avait pas étudié la mythologie celtique. Je laissai volontairement planer quelques instants de silence, adoptant un air innocent comme si je venais vraiment de lui lâcher mon prénom.
Puis j’entendis « plouf » quand Muirne laissa échapper son poisson. Son hilarité me tira un sourire en coin. « Espèce de frimeur ! T’es chiant ! J’y étais presque ! » râla-t-elle par télépathie.
– Sinon Dieu fera l’affaire. dis-je en haussant les épaules avec désinvolture.
La loutre plongea, surprise d’être rejointe par le chacal. Puis elle commença à le taquiner et à l’éclabousser, nageant autour de lui avec aisance.

Nous étions joueurs. Et comme Lulla commençait délicieusement à m’agacer avec son secret puisque plus elle en rajoutait, plus j’avais envie de savoir… un sourire satisfait étira mes lèvres. J’avais quelque part une monnaie d’échange d’une information contre une autre. C’était une maigre consolation dont je me contentais pour l’instant.
– Tu chasses avec Mahkha. Lâchai-je de but en blanc. Car ça, c’était la seule certitude que j’avais ou presque. J’ignorais comment, j’ignorais pourquoi et cela n’allait pas tarder à sévèrement me turlupiner.
Je tournai la tête vers elle, la détaillant des pieds à la tête avec une plus grande attention cette fois-ci. J’étais têtu et borné. J’aurais le fin mot de cette histoire ! Mon observation plus poussée me fit réaliser que… déjà, c’était une fille. « Bravo Ben ! Quelle remarquable déduction ! » rétorqua mentalement Muirne en essayant de semer Mahkha. Une vraie fille ! « T’en as d’autres des comme ça ? » Mon regard s’arrêta sur ses mains manucurées, épousa ses courbes bien délicates pour une chasseuse, n’osa pas s’attarder sur… Merde, j’ai quand même regardé ! Muirne perdit de sa concentration et fut touchée par le chacal. Dans le même temps, je terminai mon examen par le visage de poupée aux traits délicats de Lulla et je cru me noyer dans son regard bleu profond tourné vers moi, comme Muirne buvait la tasse. Troublé et surtout pris en flagrant délit de… de... elle allait croire que j’étais en train de la mater. Alors que non ! Ce n’était pas ce que je… enfin si !… mais... enfin, pas pour… je sentis mon visage s’empourprer et je détournais aussitôt la tête.
– Tu n’as pourtant pas le profil d’une chasseuse. lâchai-je, quand-même pour ne pas qu’elle se méprenne. J'avais besoin de me justifier. Je n’étais pas ce genre de mec. Bien que je sois ce que d’aucun qualifierait de beau parleur, je n’avais jamais su y faire avec les filles. Je n’avais d’ailleurs jamais vraiment essayé. Je prônais le désintérêt, c’était plus commode; car la réalité était un peu plus complexe.
Mon égarement passager avait relégué sa question à la trappe tout comme mon analyse sémiotique. Oui, bon. Je ne suis pas simplement un génie. Je suis un mec aussi. Je virai mon livre par terre et me laissai négligemment basculer dans l’herbe, les mains croisées derrière la tête, les yeux rivés sur le ciel à la recherche d’un point de repère stable pour me calmer. Qu’est ce qui me prenait d’un coup, de m’emballer pour… Je sentis un nouvel afflux sanguin m’irradier alors je préférais éviter l'introspection pour l'instant. C’était déjà suffisamment gênant.

– Attends, j’ai une idée ! Tu vas voir !
Je fus contraint de vivement me redresser comme Muirne était venue me rafraîchir les idées. Je protestai pour la forme, mais je l’en remerciais intérieurement. Mon rire supplanta mes faibles injonctions, encouragé par la liesse de Lulla. Le husky était en train de se calmer, lançant un regard de défi à la daemonienne qu’elle était trop fière d’avoir arrosé au passage quand elle fut bousculée par Mahkha qui vint s’ébrouer à son tour. Elle jappa.
– P’tain, mais vous vous êtes ligués contre moi ou quoi !
Le chacal s’était enfuit. Muirne s’était arrêtée à ma dernière sommation et moi j’étais trempé. J’avisai mon t-shirt qui me collait à la peau avant de tourner la tête vers Lulla.
– C’est le talent. Répliquai-je sans réfléchir.
« Crétin ! » Muirne ne m’écoutait que quand ça l’arrangeait. Elle détala derrière Mahkha.
– A quel moment sont-ils devenus les meilleurs amis du monde ? J’ai loupé un épisode ou bien ?
Je me retournai pour voir ce qu’elle fabriquai.

Si Muirne pouvait sourire au chacal, elle l’aurait sans doute fait. Elle se contente d’une œillade complice, la langue pendante et la queue frémissante d’excitation.
– C’est ptêtre les free daemonians ! dit-elle avec enthousiasme.
Elle s’élança dans la clairière et se métamorphosa en écureuil pour se poster en haut d’un arbre. De là, elle aurait une meilleure visibilité sur les intrus qui osaient venir perturber leurs jeux badins.

Je soulevai un bout de mon t-shirt pour tenter de le décoller, pensant aussitôt à l’enlever pour le faire sécher. Avec la chaleur qu’il faisait, ça ne devrait pas prendre bien longtemps. Mais la présence de Lulla m’appela à la pudeur. Tant pis, je supporterais cette désagréable sensation le temps qu’il sèche. Je fourrai mon livre dans mon sac à dos que je jetai sur mon épaule tout en me redressant.
– Tss ! répondis-je à Lulla avec un sourire arrogant.
Muirne devait penser ça elle aussi.
– Que nous serions trop bruyants ? Je le prenais naturellement pour moi. Des fois, c’est rien. C’est juste un lapin. dis-je avec un air faussement innocent.
Lulla se rapprocha de moi alors que je m’apprêtai à rejoindre Muirne.
– Tu écoutes toujours ce qu’il te dit ? la provoquai-je avec un sourire en coin.

Muirne sauta de branches en branches et entendit de nouveau un craquement de branche, puis des pas, puis des voix au loin. Indistinctes pour l’instant.
– Il y a quelqu’un. Dit-elle à Mahkha
– Ils sont plusieurs on dirait. Je ne vois rien. Il faut que je me rapproche.
Elle sauta sur d’autres branches pour avancer plus loin et je sentis une tension désagréable dans ma poitrine. Je détournai les yeux de Lulla, saisi son poignet sans réfléchir et lui lançai, sur un ton sans équivoque :
– Viens !



*Ohme : à peu près en phonétique Irlandaise, correspond au dieu celte de l'éloquence : Ogme.
  
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