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Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi ! (J. Cocteau)

 
  
MessageDim 10 Sep - 17:44
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 126Nombre de RP : 26Âge réel : 27Copyright : MojeAvatar daëmon :
Lulla C. PietruNothing will be the same...
Je hausse les sourcils. Est-ce que la reine d'Angleterre se balade partout avec ses titres de noblesse ? Non, il ne me semble pas. Je décide donc de pousser le vice. - Allons, je n'ai pas à me justifier devant le petit peuple. Je lui balance ça avec un air aussi altier que possible. Mon sérieux s'effrite aussitôt. J'ai beau me mordre la lèvre pour ne pas rire, ça transparaît sur mon visage. Tout autant que ce sentiment étrange de fierté. S'il s'amuse à me renvoyer la balle systématiquement, la discussion promet d'être longue et riche en rebondissements. Ce n'est qu'un jeu enfantin. Immature et dénué de toute sagesse. Mais, c'est... Rafraîchissant. Toute cette situation a le mérite de me changer les idées, loin des conflits des adultes. Si ma vie pouvait n'être faite que d'instants volés sans notion d'avenir, ce serait le paradis. Poussée par cette impression de légèreté, je baisse suffisamment ma garde pour lui lâcher mon prénom.
Non, en soit, ça n'a rien de dramatique. Il paraît même que c'est logique de se présenter quand on tape la causette à quelqu'un. Sauf que je prends très rapidement conscience que je viens d'offrir à mon inconnu un moyen de pression. Il a désormais quelque chose à apporter à la table des négociations. Je pressens déjà qu'il ne va pas me lâcher son prénom comme ça. Il va falloir que je trouve une solution pour tourner les choses à ma faveur.

Je choisis donc d'enchaîner sur sa seconde hypothèse en la présentant comme absolument irréaliste. De façon surprenante, il accuse le coup sans broncher. Je m'attendais à plus qu'un simple acquiescement de sa part. Il doit préparer une riposte, j'en suis convaincue ! J'en cherche les premiers signes sur son visage, prête à me battre jusqu'au bout. Sauf que ce n'est pas un mot d'esprit, mais un compliment sort de sa bouche, me prenant au dépourvu. Oui, un compliment ! Mon oreille a accueilli ce "joli" en frétillant de plaisir, l'étendant à toute ma personne. Même son "diabolique" ne peut que me flatter. Les rumeurs murmurent que je suis une peste depuis bien des années. J'ai appris à en faire une force. La douceur, la gentillesse, tendre l'autre joue.... Qu'y a-t-il de vibrant là-dedans ? Qu'y a-t-il de grand ? Rien. Et, si j'en crois les propos du jeune homme sur les infractions aux règles, il partage mon opinion. Comme je sais qu'un plus un font deux, j'en tire rapidement la conclusion suivante : il flirte avec moi. Cette constatation me ravit autant qu'elle m'interroge. Lui répondre sur le même ton serait dangereux et idiot, n'est-ce pas ? D'autant plus maintenant qu'il est établi que lui non plus, n'a rien d'un gentil garçon, et qu'il n'a pas pour habitude de respecter les règles. Ce serait vraiment stupide de ma part de me laisser aller à de telles inclinaisons. Il est soudainement très attirant ce garçon maintenant que ma colère est passée.
Stupide est probablement mon deuxième prénom. Plutôt que de l'envoyer sur les roses, je l'observe. J'aime beaucoup l'étincelle que je discerne dans ses yeux clairs, le sourire espiègle qui étire ses lèvres. Tous ces détails font écho en moi. Ils m'appellent. Alors, jouer ou ne pas jouer, telle est la question ? Sans réfléchir plus, mon regard me trahit, se faisant enjôleur. Ma bouche est de connivence avec peau, répondant à l'impulsion presque électrique qui vient de chatouiller mon ventre. Comme si j'avais besoin de prouver que sur ce point aussi, je pouvais être une adversaire redoutable, je réponds, persuadée qu'il ne me contredira pas : - De toutes façons, les anges sont ennuyeux, tu ne trouves pas ? Moi aussi, vois-tu, je sais séduire. Je laisse passer quelques secondes pour lui laisser le temps d'encaisser mon sous-entendu, sans détourner le regard. Quitte à plonger dans le vide, autant le faire en courant. Étrangement, aucune peur ne m'habite, juste cette envie déraisonnable de faire grimper l'échelle du risque. Je frôle la limite du raisonnable, je souffle sur les braises .... Puis, je le relance sur un autre sujet : - Alors, nouvelle pause parfaitement étudiée, - ton prénom ?

Il se saisit de l'occasion offert par cette transition. Sa gêne pique ma curiosité. Je me penche un peu vers lui. Les spécialistes du langage corporel sauront que ceci n'est pas anodin, mais, je les emmerde, je fais ce que je veux. J'en ai assez de devoir museler chacune de mes impulsions sous prétexte que j'ai un avenir. Son prénom est-il aussi moisi que cela ? Peut-être qu'il s'appelle Gontrand ? Ou pire ! Même si le pire en question ne me vient pas immédiatement à l'esprit. Quand le couperet tombe, mon expression faciale doit ressembler à un mélange entre la surprise, l'envie de rire, et un soupçon de "est-ce qu'il serait pas un peu en train de me prendre pour une bille"? Dans les faits, ma bouche s'arrondit en un joli "o" avant de se refermer, mon nez se plisse une seconde et mes sourcils s'arquent. Mon incompréhension de traduit par un - Quoi ? qui manque particulièrement d'élégance. Par contre, même si je n'ai pas traduit le nom prononcé, j'ai bien noté un détail à ce sujet : irlandais ! Dans sa bouche à lui, l'accent me paraît d'ailleurs beaucoup plus intéressant. - Tu peux me le redire ? Je ne veux pas juste pour pouvoir entendre à nouveau cette mélodie, j'ai dans l'idée d'essayer moi aussi de le reproduire, quitte à me ridiculiser. Fidèle à moi-même, je m'emporte et tente l'expérience - Awmie ? Ça ne doit pas être ça du tout. Mon rire éclate dans l'air, sans préavis. Ma tentative d'imitation est purement pitoyable. S'il s'appelle vraiment comme ça, il va probablement m'en vouloir de me foutre de lui. Ce n'est pas tellement le but recherché. Il en rajoute une couche en me proposant ni plus ni moins de l'appeler Dieu ! Bien évidemment, ça ne calme pas mon hilarité. Je secoue la tête comme pour chasser une idée farfelue. Il n'a pas pu s'empêcher de surenchérir. Cette attitude, que le monde entier peut juger immature, m'amuse. Plus encore, ça me pousse à faire de même. J'ai l'impression qu'on s'influence mutuellement dans la connerie. - Alors là, je demande une preuve de ton ascendance divine ! Et maintenant, Ohme, comment tu te sors de ça ?

Tu chasses avec Mahkha. Cette parade est d'une efficacité glaçante. Je me fige net, bien incapable de discerner ce que je ressens. Je bénis ma facilité à mentir car elle me permet de conserver le sourire que j'avais jusque-là. Rien, ou presque, ne les différencie l'un de l'autre. Si ce n'est que le nouveau manque cruellement de vie et de sincérité. Il n'est plus qu'une façade derrière laquelle je dissimule ma contrariété. Je ne voulais pas qu'il le sache. Je n'ai pas envie que la partie s'arrête si vite ni qu'il me juge sur quelque chose qu'il ne pourrait pas comprendre. Là, tout de suite, il faudrait que je trouve une pirouette pour dévier la conversation. Tout plutôt que ce silence lourd de sens. Dans l'adversité, nous nous cachons tous derrière notre orgueil. Je n'échappe pas à la règle en la matière. - Tu te répètes, Dieu. Répondre sans répondre. Rejouer la carte de la légèreté. Maigre tentative pour raviver le jeu. - Ça doit être ton grand âge qui te rend sénile. Je fronce le nez, mutine. Allez, s'il te plaît, reviens sur un terrain plus agréable pour moi. La taquinerie, le flirt. C'est beaucoup plus plaisant que cette enquête, non ? Je tente même de l'interroger sur ce bouquin qu'il tient encore entre les mains. Aucune réponse. Aurais-je raté mon coup ?
Je sens son regard couler sur moi comme s'il cherchait à m'évaluer. Je n'y lis pas le dégoût auquel je m'attendais. Loin de là, d'ailleurs. Ma peau frémit, réagissant à un contact invisible. Ça me réchauffe toute entière. L'espace d'une seconde, je cherche à deviner ce qu'il peut penser, à m'observer. Je repousse finalement cette idée. Pas la peine d'essayer d'intellectualiser. Toute réflexion est parasitée par un cocktail d'émotions déroutantes. Je m'accroche à son regard quand il trouve le mien. Les battements de mon cœur s'accélèrent. Il était là, le risque, dans ce jeu. S'y prendre un peu trop. Heureusement qu'il tourne la tête parce que moi, j'étais à deux doigts de me perdre dans cet échange inaudible. J'inspire lentement. Discrètement, je remets de l'ordre dans mes sensations. Les mots qu'il prononce peinent à faire sens dans ma tête. Pour éviter un silence gênant, je réponds ce qui me vient à l'esprit -Tu ne devrais pas juger si facilement. Tu serais surpris. À saisir la première pensée qui m'est venu, je lui ai encore fourni des indices. Plus encore, j'ai presque avoué, à demi-mot qu'il a raison. Je chasse avec Mahkha. Je n'en ai pas honte. Le monde a honte pour moi. Merde. Je me suis laissée perturber trop facilement. Il faut que je me ressaisisse.

Miurne nous fait alors une entrée en scène digne d'elle, rapportant la légèreté qui me manquait tant. Mon rire est un soulagement. Je ne peux pas m'empêcher de constater les dégâts sur ... Ohme ? Ca me semble toujours bizarre. Et, quand mes yeux quittent sa personne, ils croisent ceux du Husky. Une alarme résonne dans ma tête. Grillée. Par habitude, je soutiens le regard énigmatique qu'elle me lance. Je suppose qu'elle n'a pas apprécié l'instant de trouble entre son humain et moi. Mahkha m'évite d'avoir à me poser plus de questions en s'empressant d'imiter la daëmone. Le jeune homme râle. Moi, je me fous ouvertement de lui en me marrant. Je lève les yeux au ciel à l'évocation de son talent, signifiant clairement que je n'y crois pas une seule seconde. - J'en sais rien. Je crois qu'ils se sont rendu compte qu'ils partagent un talent pour faire chier le monde, je me moque gentiment. Je m'abstiens d'ajouter que je préfère largement son tee-shirt comme il est maintenant. Non, je me contenterai de le penser. Et de me rincer l'œil à l'occasion. Il faudra juste que je veille à ne pas me faire repérer.

Mahkha s'ouvre à nouveau à moi. J'ai l'impression de pouvoir respirer plus facilement. Je n'ai pas le loisir d'en profiter, car il m'annonce un danger et m'intime l'ordre de rester ici. Je sens qu'il communique avec Muirne sans connaître la nature de leur échange. Free daëmoniens... Il n'y croit pas une seule seconde. Même si c'était le cas, il n'a de toutes façons pas envie de me mêler à cela. - Ou leur inverse. La voix du chacal est basse et menaçante. Elle invite à la prudence. Lui aussi, se souvient du soir où nous avons rencontré Ryan et Jay. Il ne s'est jamais pardonné de ne pas avoir pu me protéger.

Instinctivement, je me rapproche de... de celui qui ne m'a toujours pas donné son prénom. Il répond à mon inquiétude en fanfaronnant. - Ce n'est pas un lapin. J'affirme avec certitude. Mahkha n'aurait jamais paniqué pour une proie. Là, il a expressément employé le mot danger. Je lis le défi de son sourire. Ce type sait apparemment naturellement comment me parler pour me retourner le cerveau. - Bien sûr que non ! Je m'insurge. Il n'a pas l'air de comprendre. Je sais qu'il faut que j'écoute ma moitié. Je l'ai ressenti, viscéralement à son ton, à la couleur de sa voix. Ma bouche se change en un pli sérieux. Instinctivement, je tâte le lien avec Mahkha pour suivre ce qu'il fait. Il fait équipe avec Muirne sur ce coup-là. Dans les bois, il s'est rapidement rapproché de la source du bruit. - Fais attention, lance-t-il prudemment, à l'adresse de l'écureuil. Il sait qu'elle sera sans doute plus discrète que lui, grâce à la hauteur qu'elle a prise. Lui, se tapit contre la terre et avance à pas de loup maintenant qu'il se sent proche du danger. Ses babines se retroussent, découvrant ses crocs. Il veille à ne faire aucun bruit et à rester caché. Ses précautions ralentissent sa progression.

Je reviens à moi quand le jeune homme me saisit le poignet en m'enjoignant à le suivre. Dans d'autres circonstances, je me serais emportée contre le ton autoritaire qu'il a employé. Tout de suite, je trouve ça plutôt rassurant. Je ne me fais pas prier pour obéir. Il était, de toutes façons, hors de question que je reste seule. Je le suis silencieusement. J'essaie de me faire la plus discrète possible. - Qu'est ce que tu fais ? Je t'ai dit de rester là-bas ! Vous allez nous faire repérer ! grogne Mahkha dans mon esprit. Je l'ignore, mais, il prévient aussi Miurne. - Dis à ton humain de reculer ! Ils n'ont aucune discrétion ! On les entendrait à des kilomètres !

Je grimace sous les reproches. Je fais glisser ma main dans celle de mon compagnon et effectue une légère pression pour attirer son attention. J'avais l'intention de lui demander de faire demi-tour. Sincèrement. J'avais même prévu de lui démontrer en quoi son plan - qui n'en est même pas un - est mauvais. Mon objectif vient d'être atomisé. Quelque chose dans son regard m'empêche de m'y tenir, provoquant chez moi une pulsion d'idiotie profonde, communément appelée bravade. - Je passe devant, chuchoté-je avec un sourire en coin. C'est ça, Lulla, fais la maline ! Ma peur est parasitée par un je-ne-sais-quoi qui la relègue au second plan.
J'avance, feignant une assurance nouvelle. Au bout de quelques mètres encore, je m'arrête. Je me tourne vers mon compagnon et récupère ma main,. Mon index vient se plaquer sur ma bouche. Je fais glisser mon doigt jusqu'à mon oreille et tapote pour lui demander d'écouter. Comme de loin, nous parviennent plusieurs voix distinctes les unes des autres. On entend également des coups. Comme si quelqu'un creusait avec une pelle. Par contre, nous ne pouvons pas encore comprendre ce qu'ils se disent. Parfois, des rires fusent. J'essaie d'interroger Mahkha pour savoir s'il en sait plus, mais, il me repousse. Je sens qu'il se concentre pour écouter les trouble-fêtes sans se faire repérer. - Ils cachent quelque chose dans la terre. Ce sont des humains.

Je commets alors une erreur de débutante. Mon pied s'écrase sur un tas de brindilles sèche sous lesquelles se trouvaient quelque chose de glissant. Pour la deuxième fois en mois d'une heure, je vacille. Je tombe lourdement au sol, me rattrapant sur les mains. Je ravale un cri de surprise et de douleur. Je relève la tête. Plus aucun bruit. Je crois que mon daëmon avait raison. - Ils suspectent quelque chose ! Mahkha n'a pas confiance. Vite, je me remets debout. Il faut qu'on se cache ! Dans une forêt, je ne vois qu'un seul moyen. Je lève les yeux vers la cime des arbres avant de reporter mon attention sur mon acolyte. - On grimpe ? Je n'attends pas sa confirmation pour m'accrocher à la première branche accessible et m'y hisser. Assez souplement. Remercions mes quelques années de danse pour leur aimable participation.

  
MessageMer 13 Sep - 0:35
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 75Nombre de RP : 17Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
D’aucuns nous prendraient certainement pour des gamins tant notre conversation pouvait paraître complètement immature. Mais je n’en avais rien à cirer, car c’était effectivement ce que j’étais : un gamin. Dix neuf piges, mais toujours douze ans d’âge mental, n’en déplaise à mon père et à mon oncle. En plus, il fallait croire que j’avais le don de m’entourer de gens tout aussi puériles que moi.
Lulla me donnait le change et j’adorais ça. Cela ne rendait le jeu que plus intéressant et plus divertissant. Je ne renchéris pas cette fois-ci ; me contentant d’un sourire énigmatique tout en acquiesçant du chef ; signe que j’avais pris bonne note et que je n’avais bien-sûr pas l’intention de la laisser en reste. Je ne répliquai pas directement à sa réflexion, préférant la contre-attaque à la défense en la provoquant sur son prénom. Le regard qu’elle me coula brillait de ce que je pris pour de l’espièglerie à l’instar du jeu auquel nous nous adonnions. Je ne me laissai donc pas impressionner puisque je m’attendais exactement à ce qu’elle me renvoie dans ma zone de jeu. Car j’en étais convaincu, nous jouions le même jeu, elle et moi. Je souris.
– Je ne saurais dire, je n’en ai encore jamais rencontré. Mais selon ma grand-mère, n’est angélique que la frimousse sous laquelle se cache toujours un farfadet. J’avais eu la décence de l’énoncer en bon anglais, Grany me répétant cela en gaélique depuis ma plus tendre enfance. Méditez là-dessus, vous avez cinq heures ! plaisantai-je. Je lui ai toujours dit que ses dictons feraient de bons sujets de dissertation. Ma grand-mère est le pendant féminin (et irlandais, mais ça je me gardais de le dire) de Maître Yoda si tu veux mon avis. J’aurais du lui demander de m’enseigner la Force. Ça m’aurait d’avantage servi que ce surnom Púca qu’elle me donnait et que je détestais d’ailleurs : Púca, comme ce farfadet espiègle et un tantinet rebelle du folklore irlandais qui jouait des tours aux voyageurs. On ne la faisait pas à ma grand-mère !
Oui, parce qu’en plus d’être complètement passé à côté du sous-entendu de la jeune fille, prenant sa remarque au pied de la lettre dans ma grande naïveté, j’étais aussi ultra geek.
Ma grand-mère aurait mieux fait de m’offrir un bouquin intitulé les filles, mode d’emploi ou la drague pour les nuls. Je n’avais jamais été doué pour ces choses là, il n’était donc pas étonnant que je sois toujours étranger aux choses de l’amour à dix neuf ans. Et si je « flirtais », je n’en avais pas conscience et ce n’était pas du tout intentionnel. Je donnais d’avantage le change par goût du jeu et de la répartie.

Je du prendre sur moi pour ne pas éclater de rire en voyant la tête de Lulla lorsque je lui lâchai mon supposé prénom. Je répétai donc avec mon accent Irlandais, tout en gardant mon sérieux. Dix secondes. Sa tentative de répétition déclencha mon hilarité.
– Presque ! répondis-je en riant.
– Ogme si tu préfères, corrigeai-je avec un accent d’avantage british qu’américain qui ne m’était pas plus naturel. Ça n’allait pas changer grand-chose si elle n’avait pas la référence, de toutes façons. Il me coûta de prendre sur moi pour ne pas entrer tout de suite dans de grandes et passionnantes explications, ne voulant pas casser tout mon effet. C’est alors qu’intervint Muirne. Je retrouvais mon sérieux trente secondes, le temps d’en rajouter une couche sur mon essence divine, vue qu’elle n’avais semble-t-il pas compris. Puis je la laissai mijoter dans son jus mais elle continuait de se marrer. Je pris un air faussement outré avant de pouffer de rire à mon tour. J’étais tout de même fier de ma connerie qui plus est. Un vrai gamin ! Et je n’attendais qu’une seule chose, qu’elle surenchérisse. Mon regard l’y incitait. Mon sourire s’élargit comme elle me renvoyait la perche.
« Une preuve de ma divine ascendance ?
Cela frôle les limites de l’indécence.
Mais puisque vous insistez, Votre Altesse,
Je m’en vais vous exposer l’étendue de ma sagesse.
Je suis le digne fils de Dagda,
On me connaît aussi sous le nom d’Ogma.
Issu de la tribu Tuatha Dé Danann dont je suis le doyen,
Inventeur des Ogham comme les runes de la main d’Odin,
De mes ennemis, je ne crains point l’offense,
Puisque je suis « Ohme », dieu de la poésie et de l’éloquence. »
déclamai-je avec un sourire triomphant. Est-ce que cela te sied comme preuve ? Bon, ok, Muirne avait raison, je frimais un max. Mais c’était elle qui avait commencé en me prenant de haut avec son pedigree. Je n’avais pas su résister. Et comme j’aimais particulièrement avoir le dernier mot, avant qu’elle ne trouve une parade à mon magnifique coup d’esbroufe, je m’étais fendu d’un coup d’estoc presque sans transition. Sans crier gare, j’en avais profité pour revenir à la charge sur son fameux secret bien qu’elle soit très forte pour noyer le poisson. Oui, parce que comme dirait ma grand-mère, quand j’avais une idée en tête, je ne l’avais pas ailleurs, c’était bien connu.

L’instant d’éternité durant lequel elle hésita ne fit que renforcer ma quasi certitude et mon sourire angélique faisait écho au sien. Je saluai sa tentative pour me détourner du sujet en m’attaquant sur l’une de mes faiblesses. J’étais effectivement sensible à la flatterie, excepté lorsque ma curiosité prenait le pas sur tout le reste. J’étais alors capable de mettre mon ego en sourdine, lorsque le jeu en valait la chandelle, juste pour pouvoir parvenir à mes fins.
Mon regard redoubla d’espièglerie et mon sourire amusé était d’avantage celui d’un « cause toujours… ». Je n’avais pas l’intention de lâcher prise. Je laissai échapper un nouveau rire, sincère, lorsqu’elle me taquina sur mon grand âge cette fois-ci. Je m’amusais comme un gosse.
– Tu te rends compte ? Même pas trois poils sur le menton et déjà matcho, vieux et… je marquai un temps d’arrêt comme si je faisais mine de réfléchir. C’est moi qui suis sénile ?
Je secouai doucement la tête, toujours en souriant avant d’entreprendre mon observation très... déconcertante. Mon masque d’arrogance et d’assurance avait fondu comme neige au soleil dès que j’avais posé les yeux sur elle, cédant sa place à un calme inattendu comme une gêne manifeste me détournait de mon sujet d’observation, fuyant son regard. J’étais bien placé pour savoir que les apparences étaient souvent trompeuses. J’en étais l’exemple vivant, sans doute ne l’avait elle pas remarqué, mais je venais de le démontrer. Les yeux rivés sur le ciel, je souris.
– Je le suis.
J’étais en train de penser que je n’étais pas au bout de mes surprises, vue le trouble qu’elle avait fait naître chez moi, mais Muirne avait choisi ce moment pour venir m’éclabousser.
– Rah la barbe !
Après m’être redressé, j’essuyai mon visage avec ma main du menton jusque dans les cheveux, à défaut de pouvoir me sécher avec mon t-shirt, trempé, lui aussi. Fait chier !
– Ouais, j’vois ça ! dis-je de mauvaise grâce à la jeune fille à qui j’adressai un regard en coin faussement courroucé que venait contrebalancer un sourire amusé.

Muirne tourna ses yeux vairons de husky vers le chacal qui venait de lui pourrir son groove en brisant ses espoirs de croiser des free daemonians.
– Quel rabat joie ! grogna-t-elle avant de s’élancer vers l’arbre le plus proche.
– Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir de toutes façons !
Elle n’avait pas froid aux yeux, son excès de confiance résidait dans sa capacité à se métamorphoser en tout et n’importe quoi. L’écureuil qu’elle était devenue au contact de l’écorce, n’avait pas pensé au fait que Mahkha, lui, ne le pouvait plus. Mais comme il était bien moins gros que Ainsley, il y avait bien moins de risque qu’il se fasse repérer. Ce serait un jeu d’enfant !

Quant à moi, j’affichais un sourire malicieux après avoir saisi une nouvelle occasion de faire allusion à ce que je ne m’expliquais toujours pas. Je n’aurais peut-être pas encore le loisir de la voir à l’œuvre mais je commençais à me demander si son histoire de chasse n’avait pas quelque chose à voir avec un pouvoir qu’elle aurait développé. C’était une éventualité. Pouvait-elle se transformer en tigresse ou quelque chose comme ça ? L’idée m’amusait, mais paraissait peu plausible. Un seul prédateur avait pris Muirne en chasse et c’était Mahkha. Néanmoins, je n’avais le temps de pousser plus loin mon raisonnement pour l’instant, il y avait plus urgent.
La tentative de dissuasion de Lulla n’eut aucun effet et mon sourire en disait long. Bien que je ne comptais pas l’obliger à me suivre, je devais avouer que sa réaction me contenta. A contrario, j’aurais quand même fait ce que j’avais en tête.
Comme Muirne d’ailleurs. Elle était tellement sûre d’elle-même qu’elle occulta délibérément la mise en garde de Mahkha. Elle se rapprochait plus près, encore plus près, si bien que l’exercice devint difficile. Si elle s’arrêta c’était parce qu’elle savait qu’elle ne pourrait avancer plus avant sans moi.

Muirne tourna la tête dans notre direction et se réjouit à l’idée de me sentir arriver.
– Je n’peux pas. D’une, il ne m’écouterait pas et de deux… on improvisera s’ils nous font repérer. J’ai besoin de lui. avoua-t-elle sans aucune gêne.
– Et j’ai confiance en lui, dit elle, en s’avançant un peu plus près, aussi près que ma proximité nouvelle le lui permettait, sans que nous ayons tous deux à en souffrir.

Entraînant Lulla avec moi, je m’étais mis à courir. La jeune fille ne s’était pas faite prier et m’avait même devancé, ce qui n’était pour me déplaire. Par contre, niveau discrétion, nous pouvions repasser.
« Benedict ! Ils sont là ! Fait moins de bruit ! »
– Okay.
Je n’eus qu’une légère pression à exercer sur la main de Lulla pour qu’elle s’arrête.
– Ils ? marmonnais-je.
Je tendis l’oreille comme Lulla m’y invitait et un frisson désagréable me parcouru l’échine mêlé à un vif sentiment d’excitation.
« Muirne ? »
« Ils sont trois… »
Je ne perçu pas la suite de ses explications puisque mon attention fut retenue par Lulla qui glissait. Mon cœur fit une embardée conjointement avec celui de Muirne, aux premières loges. Nous étions tellement synchrones que je n’eus pas besoin d’un dessin pour savoir qu’on venait de se faire repérer.
Je m’étais penché sur Lulla à qui je tendais la main pour l’aider à se relever tout en mimant un « chut » silencieux du bout des lèvres. Dès qu’elle fut sur pied, je la poussai contre l’arbre le plus proche, cherchant un endroit où nous planquer. Levant les yeux vers la cime de l’arbre, j’avais eu la même idée qu’elle et elle m’ôta d’ailleurs les mots de la bouche. Comme elle se débrouillait plutôt bien, je la laissai se hisser sur la première branche tandis que je me plaquai dos au tronc. Ne pas se fier aux apparences, hein ? Je souris.

La branche sur laquelle se trouvait Muirne craqua et je laissai échapper un cri de douleur et de surprise. Muirne, perchée à quelques mètres des trois individus qui creusaient en vu d’enterrer une grosse boîte en carton dont elle n’avait pas eu le temps de lire les inscriptions, n’avait pas vu le faucon fondre sur elle. Il avait resserré ses serres autour de son petit corps d’écureuil. Elle tenta de se transformer en tout ce qui lui passait par la tête : rat, putois, fouine, genette, mais le faucon serrait trop fort pour qu’elle puisse se métamorphoser en quelque chose de plus gros. Elle se débattait tout ce qu’elle pouvait quand le faucon s'envola pour rejoindre son daemonien.
– Mais regardez ce qu’on a là ! lança le type à ses acolytes.
– Je l’ai entendu ! Il est pas loin ! dit le deuxième.
– Attend Mitch, regarde ! C’est un gosse ! dit le troisième en voyant Muirne se transformer encore.
A la surprise générale, la pelle lui échappa des mains et se coinça en travers des deux arbres les plus proches.
– Qu’est ce que tu fous bordel !
– Rien ! C’est pas moi !

Mon cœur tambourinait dans ma poitrine et ma respiration s’était accélérée. En plus d’avoir mal, j’étais submergé par la panique de Muirne, à l'origine de la violente vague magnétique qui avait probablement flingué mon téléphone dans mon sac à dos, si par miracle il fonctionnait encore, celui de Lulla, si elle avait le malheur d’en avoir un sur elle. Et pour couronner le tout, mon côté aimant sympathique attirait à moi le métal avec une force inouïe, proportionnelle à l'intensité de l’émotion et la douleur qui m’avaient submergé.
Une chance que ces arbres se soient trouvés sur la trajectoire de la pelle, qui retomba par terre une fois la vague magnétique passée. Quant à moi, je glissai le long du tronc et me retrouvai le cul par terre, un peu sonné et le corps douloureux.
  
MessageMer 13 Sep - 19:52
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Lulla C. PietruNothing will be the same...
C'est stupide et un peu fou, cette conversation qui sort de nulle part. Il y a quelque chose d'irréaliste dans notre conversation. D'une certaine manière, nous continuons à mesurer nos égos. Je sais bien qu'on se pousse l'un l'autre à la riposte. Que nous n'attendons que l'occasion de surenchérir. Qu'aucun de nous, c'est assez clair, ne veut céder le dernier mot, la dernière pirouette, l'occasion de briller par un trait d'esprit. Je sais également à quel point c'est vain. Mais c'est comme une bouffée d'oxygène dans ma monotonie. Imaginez de vous retrouver face à quelqu'un capable de vous donner le change avec au moins autant d'entêtement que vous. Mon adversaire semble en plus être doté l'option "farfelu". Parler de sa grand-mère à l'instant où je lui fais les yeux doux dénonce soit une incroyable naïveté, soit un talent véritable pour la répartie décalée. Peu importe au final, ça me fait rire. Encore. J'ai presque envie de le prendre au mot, de sortir une feuille et un crayon pour gribouiller un démonstration tout aussi absurde que sa proposition. Une chance que je n'ai aucun de ces objets à proximité. Je ne comprends pas bien d'où ça vient, cette facilité avec laquelle nous échangeons. Presque que comme deux gamins de sept ans qui se seraient simplement proposés : dis tu veux jouer avec moi ? Je sens juste quelque chose qui fait écho en moi, comme si on m'agitait un défi perpétuel sous les yeux. Comment pourrais je résister, moi, l'accro au challenge et à l'adrénaline ? La folie me semble infiniment plus intéressante que la sagesse. Tacitement, naturellement, instinctivement, le jeu est né.

Pour un œil non averti, tout ça passerait pour un interlude innocent. Mais, moi, je connais les risques que l'on encourt à repousser sans cesse les limites. Je suis consciente de ma capacité à m'emballer d'un rien, à m'enflammer et à faire n'importe quoi pourvu que ce soit toujours plus. Plus fort. Plus risqué. Plus inédit. Sauf que je balaie tout ça, d'un simple geste de la main. Je délaisse les règles élémentaires de prudence que j'ai dû me fixer. Peut-être à cause du contexte. Être à l'écart de mon quotidien, éloignée de la ville, me rend plus indisciplinée. Je laisse remonter à la surface mes vieux travers d'enfant terrible, ceux que je musèle d'ordinaire. Me voilà d'ailleurs tellement prise par le jeu, que je me lance dans une imitation ridicule qui me tord le ventre tant je m'esclaffe. J'ai les yeux qui brillent et le sourire aux lèvres. Encouragée par la lueur de défi dans les yeux de l'irlandais, je l'invite à me prouver son origine divine. À en croire l'expression de son visage, il n'attendait que ça. Le voilà parti dans une interprétation des plus théâtrales qui me fascine au moins autant qu'elle m'amuse ! Ça m'emmerde d'avoir à l'admettre mais je crois que son poème lui fait instantanément remporter le manche qui nous oppose. Je suis soufflée par son insolente - et justifiée cette fois - arrogance. Mes yeux s'arrondissent tandis qu'il aligne les vers, gagnant instantanément mon respect. Je viens de passer temporairement en mode groupie. Pendant ces quelques secondes qui me ravissent, je le trouverais presque irrésistible. Je suis admirative et ça se voit. Je pourrais presque lui balancer un "J'avoue, le classe." ou même "Ok, t'as gagné." synonyme de ma perte de cette bataille mais, il enchaîne sans me laisser l'occasion de flatter son égo. Tant pis pour lui.

Surtout que le sujet abordé ne m'enchante pas vraiment. On peut même dire qu'il me coupe dans mon élan en me ramenant à la réalité. Je tente une diversion maladroite dont le seul effet est de provoquer son rire, accompagné d'une riposte immédiate. Je lâche une protestation moqueuse face à son petit numéro d'acteur. - Rajoute rancunier à la liste ! Je plaisante sans autre arrière-pensée que celle d'alimenter notre débat sans fin. Si son esbroufe et ses fanfaronnades m'ont flattée jusque là, me donnant l'impression d'être au centre de son attention, ce n'était rien en comparaison de ce que provoque son regard. Je me perds au milieu de mes émotions. Je mentirai en prétendant que ce n'est pas agréable. Perturbant, inattendu, mais grisant. Je préfère rompre d'office le silence qui s'installe ensuite. Miurne achève de redonner de la légèreté à la situation. Mon rire ressurgit dans l'air, comme s'il n'était pas parti bien loin et n'avait attendu qu'une occasion pour se montrer à nouveau. J'aurai souhaité que ça ne s'arrête pas. Que rien ne vienne faire exploser cette bulle déraisonnable en train de se forger. C'est qu'il était agréable, ce cocon de taquinerie.

Je me fais docile pour suivre l'inconnu. Son assurance calme mes angoisses. Son regard me pousse par contre, à la stupidité. Moi, et mon besoin irréfléchi de prouver ma valeur. Parce que ce n'est que ça au fond : juste mon envie d'être audacieuse. Toujours plus que les autres. De susciter d'admiration. Je ne vis que pour être regardée.

De son côté, Mahkha écoute avec mauvaise grâce les justifications de Miurne. Les premières excuses ne trouvent pas grâce à ses yeux. Il n'a aucune confiance en ma discrétion naturelle - à peu près comparable à celle d'un éléphant en pleine force de l'âge - et n'a aucune confiance tout court en l'humain de sa comparse. Il émet un grognement désapprobateur. Pourtant, il comprend l'aveu de la daëmone. Il a encore en mémoire les exercices de distance qu'on a pu nous imposer. Il se rappelle l'inconfort, la gêne, puis la douleur nette. - Très bien mais qu'au moins, ils se taisent ! Il m'inclue bien évidemment dans le lot, comme si des deux, il ne sait pas bien qui est le pire.

Faisant fi du mauvais caractère de ma moitié, j'avance à pas mesuré, le cœur battant. Comme il est à présent clair que l'univers me déteste, je glisse maladroitement et me rétame sur le sol. Je viens très officiellement de nous faire repérer. Je ne panique pas, parce que ça briserait ma réputation mais, tout de même. L'angoisse me revient en pleine face, comme un boomerang lancé à grande allure. Je saisi la main du jeune homme sans me poser de question et acquiesce quand il me demande de me taire. Vu que je viens de tout faire foirer, une entière coopération est de mise. Des excuses aussi, sans doute. Mais, pour ça, je n'ai pas le temps. Je me hisse sur la première branche venue. Rapidement, j'essaie de me relever pour continuer mon ascension. J'en agrippe donc une deuxième, prête à me hisser à la force de mes bras. Je jette un coup d'œil vers mon partenaire, histoire de vérifier qu'il me suit de près pour se mettre en sécurité...

Non.

Le bracelet accroché à mon poignet me tire brusquement vers l'irlandais ! Quoi ? D'accord, cette fois, on peut parler de panique. Je me retrouve le ventre contre la branche, à la serrer de toutes mes forces et de tous mes membres. Le fermoir du bijou lâche en moins d'une seconde. Il se retrouve projeté, collé, aimanté, au jeune homme, sous mes yeux rond comme des billes. Les yeux de la nana qui n'a absolument rien compris à ce qui vient de se passer. - Ils ont Miurne ! rugit Mahkha dans mon esprit. - Quoi ? est la seule réponse qui me vient à l'esprit. Ça explique l'état dans lequel est son humain. Sans plus de palabre, je sens les deux parties de mon âmes se confondre et vibrer de la même façon. Je me laisse glisser au sol sans aucune précaution. De son côté, Mahkha file au plus proche des humains, les yeux rivés sur le faucon en approche. Je m'accroupis près du jeune homme. Ma main trouve naturellement sa joue tandis que je cherche son regard. - Hey. J'essaie d'attirer son attention en chuchotant. - Reste avec moi. Je ne vois pas quoi dire d'autre. Si Mahkha ne fait pas rapidement quelque chose, je sens que je vais encore gravir un échelon dans la stupidité.

- Non ! Il gronde dans mon esprit. Tu ne bouges pas !

Alors fais-le, toi ! La pensée se perd dans un mélange de colère et d'inquiétude. J'oublie que ma moitié ne tempête que par instinct de protection. J'ai beau savoir qu'à ses yeux, je passe avant tout et tout le monde, ce n'est pas le moment de chercher à me contrôler. Surtout quand rien de tout ça ne serait arrivé si je n'avais pas été une gourde de premier ordre ! De ma main libre, je prends celle du jeune homme et en caresse le dessus. J'essaie de lui faire garder un point d'ancrage avec la réalité, de le pousser à se concentrer sur autre chose. Je voudrais lui sourire. Vraiment. Je n'y arrive pas.

Le faucon, probablement fier de sa prise, se met à virevolter de plus en plus bas, en arc de cercle autour des trois hommes. Il commet l'impair de passer trop près d'un buisson. Puis, celui de s'arrêter, intrigué lui aussi par l'incident de la pelle. Mahkha s'élance, furieux. Sa mâchoire se referme directement sur le cou du volatile. Je ressens viscéralement son envie de serrer plus fort. De déchirer la chair. Il secoue sa gueule pour sonner la créature, la contraignant à relâcher Miurne par la même occasion. Un soupir de soulagement passe le seuil de mes lèvres. Avant que je ne comprenne qu'en agissant ainsi, mon propre daëmon vient de se dévoiler, lui aussi.

- Dis-leur que s'ils approchent, je romps le cou de sa bestiole ! peste Mahkha dans la tête de Miurne. Il observe les trois hommes, dont l'un est aussi sonné que son daëmon, l'air plus farouche est déterminé que jamais. La sauvagerie qu'on lit dans ses yeux d'ambre est loin d'être feinte. Il n'a pas toléré que le faucon s'en prenne à Miurne. Tout comme il ne tolèrera pas la moindre menace sur moi. Par chance, seul l'un d'eux est daëmonien, du moins de ce qu'il peut voir. - Tu pars avec ton humain tout de suite. On te rejoint.
Son ton ne supporte aucune négociation. Il a appris ça des hommes du clan. Je sais à quoi il pense. J'ignore juste si j'en serai véritablement capable. De mon côté, j'essaie d'aider l'irlandais à se remettre debout. Je capte son attention, ma main sur son avant-bras, avant de lui chuchoter. - Vous partez tous les deux. Tout de suite. J'essaie d'imiter le ton de ma moitié. Dans ma bouche, il se teinte d'une inquiétude encore mal estompée. J'insiste. - Qu'elle se transforme en cheval ou en ce qu'elle veut, mais, vous partez ! Vite ! On ne sera pas long. Je scrute ses yeux. Je mens. Je n'ai aucune certitude sur le temps que ça me prendre ni sur la réussite de mon plan. Je ne veux par contre, pas prendre le risque d'une confrontation directe. Ils sont trois, nous sommes deux. Et encore, je ne suis pas sûr qu'il soit en état de se rendre vraiment utile. Je lève les yeux au ciel, sentant Mahkha qui recule pas à pas, la daëmon toujours dans la gueule. Les autres l'observent d'un œil mauvais, ils l'injurient, le traite de sale cabot. Je rêverai, à cet instant, d'avoir un pouvoir offensif, juste pour le plaisir d'en faire de la pâté pour chien. Mon regard revient sur mon compagnon d'infortune. Je vais jouer ma meilleure carte. - Fais-moi confiance, s'il te plaît. De ma main, je presse sa peau dans une supplique silencieuse. Je coupe tout contact visuel et physique.

- Si vous comptez jouer les entêtés, sache que vous aurez moins d'une seconde pour décamper quand on partira.

Spoiler:
 

Sans plus lui prêter attention, je m'accroupis, ferme les yeux. J'essaie de faire le vide dans ma tête, de m'imaginer seule au monde. Seule avec Mahkha. Comme à mon habitude, je remonte le fil du lien qui nous unit. Lentement, précautionneusement. Je me fraie un chemin jusqu'à lui. Je serai presque capable de sentir son odeur. Mahkha recule autant qu'il le peut tout en gardant une visibilité sur les hommes. Il est à une dizaine de mètres d'eux. Le daëmon dans sa bouche n'a pas perdu connaissance mais, il est sévèrement sonné. Lui, au moins, ne pourra pas se lancer à notre poursuite de si tôt. Je tends ma main en avant. Dans le vide. Dans l'attente. Je suis prête. La chacal laisse sa proie retomber lourdement sur le sol. Il file vers moi avec l'agilité de sa race. Je sens ses poils sous ma main. C'est le signal. Je m'agrippe. Je disparais.

La seconde d'après, je soupire, exténuée. Je me tasse au fond de mon daëmon pour lui laisser toute la gestion de notre personne. Je m'enroule contre lui, fébrile. Fragile. J'ai besoin de sa chaleur comme d'une forteresse protectrice. Je me concentre sur nous. Ici, rien ne peut nous atteindre.

Le chacal n'a pas arrêté sa course. Il file à vive allure pour s'éloigner de ceux qui n'ont, à ses yeux, aucun honneur. S'ils en avaient eu, ils auraient naturellement relâcher Miurne. S'ils en avaient eu, le faucon se serait arrêté avant de s'en prendre à un autre daëmon. Tout à sa fuite, il ne se soucie pas de l'itinéraire. Sans détourner son attention de son objectif, il appelle Miurne. - Vous arrivez à suivre ? Moi, je suis tellement affaiblie que ma voix ne se mêle pas à la sienne. Je suis sûre que l'éclat azur de mes yeux seraient à peine perceptible dans le regard d'ambre de Mahkha. En conséquence, il se sent obligé de signaler. - Lulla va bien. Elle est avec moi.

Spoiler:
 

Je ne suis pas la seule d'ailleurs, à être là. Deux daëmons nous suivent de près : un hirondelle et un chat de gouttière. Il ne reste plus qu'à les semer en pariant sur le fait que leurs humains ne pourront pas tenir la distance.
  
MessageLun 18 Sep - 21:55
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 75Nombre de RP : 17Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
– J’ai bonne mémoire. rétorquais-je simplement, sur un ton léger. Bien que Lulla fit mouche en m’agitant l’un de mes plus gros défaut sous le nez que je ne pris même pas la peine de nier. Je me contentai de minimiser l’évidence en laissant couler, préférant me concentrer sur quelque chose de bien plus important : avoir le fin mot de l’histoire !

Mais il semblait que l’univers entier se soit ligué contre moi pour m’empêcher de savoir ! Fichtre !

***

Muirne paniquait, se débattait, essayait de mordre et de griffer, de se transformer encore et encore, mais en vain dans les serres trop serrées d’un volatile faisant plus de dix fois son envergure.
Quant à moi, mon heure de gloire était passée. Si j’avais brillé par mon grand esprit quelques minutes plus tôt, je venais de perdre de ma superbe avec le cri que je venais de pousser qui n’avait rien de viril et avait même tiré vers les aigus sous le coup de la surprise. Je m’étais ensuite mordu la lèvre pour prendre sur moi et surtout tenter de contenir mon champ magnétique. Trop tard.
Le bracelet de Lulla s’imprima sur ma joue encore intacte avant que je n’aie le réflexe de me couvrir le visage de mes bras pour le protéger d’autres projectiles métalliques. Je me flatterais plus tard d’être venu me perdre en forêt plutôt que d’être allé traîner ville où j’aurais pu provoquer d’avantage de dégâts, y compris sur ma propre personne.
La vague de champs magnétique dura à peine quelques secondes mais j’étais aussi crevé que si je venais de courir un marathon. J’attrapai machinalement le bijou qui s’était décollé de ma joue, laissant une belle emprunte rouge sang sur ma peau pâle. Au même moment, la pelle que les arbres avaient fort heureusement arrêtée, retomba dans un bruit sourd quelques mètres derrière nous, stupéfiant les trois pelleteurs.

Muirne dont le poil était tout hérissé avait cessé de bouger. Elle détalla se planquer derrière Mahkha lorsque ce dernier choppa le faucon au vol.

La tête me tournait et ce fut un regard vague que je posais sur Lulla qui tentait d’attirer mon attention.
– See…na ? marmonnais-je dans ma barbe, complètement à l’ouest. Cela faisait plus d’un an que je n’avais pas vu ma sœur : Seena, c’était donc d’une logique implacable que ce soit la première personne à laquelle je pense quand j’étais dans les vapes. A cause des yeux, sans doute. C’était le seul point commun qu’elle avait avec Lulla. Le côté revêche un peu aussi. Allez savoir.
Je retrouvais peu à peu mes esprits au contact de la main de la daemonienne. Non. Seena ne faisait jamais preuve de tant de douceur avec moi. Elle, elle m’aurait giflé. Mon cœur fit une embardée comme la confusion menaçait de s’emparer de moi. Au même moment, Muirne retrouvait sa liberté. Je fus pris d’un sursaut, tentant de me redresser d’un coup et je me retrouvais nez à nez avec Lulla. Son visage était trop grave pour que j’ai le temps d’éprouver une quelconque gêne à cause de sa trop grande proximité. J’étais submergé d’émotions et je me sentis aussitôt gagné par la panique.
– Muirne ! fut la seule chose que je parvins à articuler.
De surprise, je rebasculai sur les fesses en essayant de me relever. Je ne m’étais pas senti choir en perdant le contrôle de mon pouvoir. Et ma joue me brûlait. J’avisai la main de la jeune fille dont j’aurais juré qu’elle était posée sur la mienne quelques secondes plus tôt, puis je découvrais son bracelet au creux de ma main.
– Tu n’es pas blessée ? demandai-je à Lulla qui m’aidait à me relever.

– Quoi ? demanda Muirne à Mahkha qui secouait férocement le faucon par le cou.
Le daemonien se mit à hurler :
– Arrête ça !
Muirne se transforma en tigre et poussa un rugissement féroce.
– Ne vous approchez pas, sinon…
Muirne n’avait jamais eu de difficultés à proférer de veines menaces pour faire reculer des importuns, mais cette fois, elle n’était pas sereine. Elle tourna la tête vers le chacal qui n’avait décemment pas l’air de plaisanter et elle eu soudain peur pour moi.
– Tout doux minou ! Tout doux !
– Putain mais qu’est ce que tu fous ?
– C’est qu’un gosse ! Relax !
– Et sinon tu vas faire quoi ? Allez dis à ton pote le chien de lâcher Angie !
Muirne grogna et retroussa ses babines pour montrer ses crocs.
– Un gosse ça peut aller cafter aux flics ! Et l’autre, c’est quoi à ton avis ?
– Lui donne pas des idées toi ! Vos gueules et trouvez-les !
Muirne sentit l’adrénaline l’envahir à l’injonction de Mahkha et une crête de poils se forma sur son dos lorsqu’elle entendit du bruit dans les feuillages. Des daemons !
« Tu ne vaut pas mieux qu’eux si tu fais ça Mahkha ! »
Elle rugit encore une fois.

Dans le même temps… sitôt debout et rongé par l’impatience, je détachai mon regard de Lulla en entendant le rugissement de Muirne qui me tordit les entrailles. J’aurais fait fi de mon état fébrile et je me serais mis à courir comme un dératé si la main de Lulla sur mon avant bras ne m’avait retenu.
– Quoi ? demandais-je arquant un sourcil d’incompréhension.
Mon cœur battait la chamade et j’esquissai malgré moi un sourire trahissant mon impatience qui s’agrandit lorsqu’elle formula la suite. Je secouais la tête. Elle croyait vraiment que j’allai prendre la fuite ? Dans un tel état d’urgence ? C’était mal me connaître ! Même si je devais ramper j’étais déterminé à aller chercher mon daemon ! Pour le reste, j’aviserais. Comme je le faisais toujours.
Je soutenais le regard troublant de la jeune fille. Encore une fois, j’avais l’impression qu’elle vibrait sur la même corde que moi. Mais cette fois, ce n’était plus un jeu. Elle ne me laissa pas appréhender la suite qu’elle rompit le contact visuel, puis physique… Frustration !
Lui faire confiance ? Non ! Si ! « S’il te plait. » Je sentais encore le contact de sa main sur la mienne… mon cœur s’emballa. Elle avait réussi à me rendre dingue !
Je fis un tour sur moi-même, plaquant fortement ma main contre l’arbre, tiraillé par mes contradictions.

– Ouais, ouais, c’est ça !
Muirne commençait à s’agiter en voyant l’un des types prendre peu à peu ses distances. Il se doutait qu’elle n’attaquerait pas et elle savait pertinemment qu’elle ne ferait rien pour l’en empêcher. Elle tourna brusquement la tête vers Mahkha et ce qu’il lui lança sonna à ses oreilles comme un défi.
– Le dernier arrivé est une poule mouillée ! plaisanta-t-elle, mais à peine eut-elle le temps de fanfaronner que le chacal avait détalé tout comme Lulla venait de disparaître sous mon regard hébété. Elle leva les yeux sur les trois types et deux d’entre eux partirent en courant dans les fourrés tandis que le faucon retournait claudiquant vers son humain.
– Espèce de petite garce ! Tu vas nous le payer !
– Oups !
Elle ne demanda pas son reste et détalla à son tour.
– Mahkha espèce de chacal ! J’étais pas prête !

Je m’étais mis à courir dans sa direction et mon cœur fit un bond dans ma poitrine lorsque je vis le tigre blanc.
– Muirne ! On dégage !
– Là ! Il est là !
– Choppe-le ! râla Mitch. Le laisse pas filer !
– Hey ! Où tu courres comme ça ? Reviens ici !
– L’autre est parti par là !
– Où est le deuxième daemonien ?
– On s’en fout, choppe le mioche !

Je fis volte-face en voyant un type courir vers moi. L’adrénaline pris suffisamment le dessus sur ma fatigue pour me permettre de courir à toutes jambe à travers la forêt.
– Merde ! Pourquoi Chris n’est jamais là quand on a besoin de lui ?
– Tais-toi et courre !
– Qu’est ce que tu crois que je suis en train de faire à ton av…
« Ouais c’est bon, on va le semer ! » répond Muirne à Mahkha.
– Benedict ! La ra…Aïe !
Muirne fut contrainte d’arrêter sa course et moi je venais faire un magnifique vol plané en me prenant les pieds dans une grosse racine qui dépassait du chemin.
« Ou pas… »

L’hirondelle qui suivait Mahkha fit demi-tour en lançant joyeusement :
– Tom a choppé le gamin !
– Je m’occupe de celui là ! renchérit le chat.

– Benedict ! Relève-toi ! Grouille !
Putain ! C’était vraiment pas ma journée ! Je me retournai pour voir arriver sur moi un grand type dégingandé.
– Hey mais…
Il avait l’air stupéfait en me voyant.
– Surpris ? dis-je avec un sourire de défi.
Je n’étais sans doute pas le genre de mioche qu’il s’attendait à voir. Mais ce n’était pas vraiment le moment de faire de l’esprit, ce que Muirne ne se priva pas de me rappeler en me tirant le t-shirt puis en bondissant devant moi toutes griffes dehors. Elle était folle de rage.
– BEN ! DEGAGE ! rugit-elle.
Je ne me fis pas prier et me redressai pour reprendre ma course. Je me protégeai le visage pour éviter l’hirondelle qui nous fondait dessus et Muirne l’évita en se transformant en genette. Elle me rejoignit aussitôt et je courrai tout ce que je pouvais, à en perdre haleine.
Je ne pourrais pas courir comme ça très longtemps. Il me fallait une idée brillante pour semer le mec et son hirondelle.
– Ben ! Le panneau !
Un panneau d’indication d’itinéraire pour les randonneurs se dressait quelques mètres devant moi. Le pied était en métal.
– Ça va m’achever !
– Tant que c’est que toi ça va !
– Je te déteste !
Je fonçai droit sur le panneau afin de contraindre mon poursuivant à en faire de même.
– Muirne ?
Elle se métamorphosa en rat gris et me sauta sur l’épaule pour regarder derrière.
– Attends, encore trois mètres, deux… un… Maintenant !
Je fis volteface pour envoyer toute la charge magnétique contre le poteau en métal qui se tordit dans un grincement sourd, contre lequel mon poursuivant s’assomma.
– YES !!!!! dis-je en brandissant mon poing tout en sentant mes jambes vaciller sous mon poids.
« Mahkha ! Ben l'a eu... il a... sommeil... »

Je perdis connaissance.
  
MessageMar 19 Sep - 23:01
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 126Nombre de RP : 26Âge réel : 27Copyright : MojeAvatar daëmon :
Lulla C. PietruNothing will be the same...
- Comment ça, il s'endort ? peste Mahkha qui trouve inadmissible que, je cite, cet humain soit assez imbécile pour piquer un roupillon alors qu'eux, se débattent pour semer un chat de gouttière. Il espère qu'il a mal compris les propos de Miurne étant donné que leur conversation est mise à mal par la distance croissante. Tout de même, ce n'est pas l'heure de la sieste !
- Mahkha ! Je l'interpelle, toujours pelotonnée à l'intérieur. Quelque chose ne va pas...

Pour toute réponse, je sens nos muscles se raidir et se tendre tandis qu'il freine rageusement. Trois secondes. Trois petites secondes. C'est toute notre avance qui vient de s'envoler en fumée. Comme étouffée, la voix de l'hirondelle nous revient en mémoire, elle, qui piaillait joyeusement "Tom a choppé le gamin". Et si ledit gamin n'avait pas réussi à se tirer de ce mauvais pas ? S'il leur était arrivé malheur, à lui et à sa daemone ?

- Pas notre problème
, siffle le chacal, pragmatique. Nous les avions prévenus qu'ils devaient partir avant.
- Mahkha,
je plaide doucement.
- Je ne négocie pas, Lulla ! Ils n'avaient qu'à écouter !

Le chat nous a rattrapés, coupant court à la conversation. Il hérisse ses poils, gonfle sa queue et feule, les oreilles rabattues en arrière. Il essaie de se donner de l'ampleur pour paraître plus imposant qu'il ne l'est en réalité. Nos babines se retroussent sur nos crocs. Nous sentons l'air s'infiltrer sous notre palais, chargés des senteurs des pins, des hommes, et de leurs âmes. L'odeur toute féline nous empeste les narines. Dans ces conditions, j'ai du mal à me concentrer sur autre chose que ce combat imminent. Il m'est tout aussi difficile de distinguer ce que moi, en dehors des impressions que m'impulse l'esprit de chacal, je ressens. Mes pensées, volatiles, m'échappent les unes après les autres, bulles de savon qui éclatent dès qu'on les effleure. Je sais qu'il y a quelque chose que je voudrais dire, quelque chose d'important... Mais dès que j'essaie de formuler quoi que ce soit, je me retrouve muette et confuse. Ma perplexité en déroute ma moitié. Mahkha peine à se concentrer, tout occupé à ignorer les reflux de mes interrogations. Le gros chat se tapis contre le sol, juste devant nos yeux. Commence alors une danse entre nous, chacun cherchant une faille chez l'autre.

- S'il nous touche...
- Ça n'arrivera pas ! Nous allons partir.


Je suffoque. Il y a comme un soubresaut dans tout notre corps. Je me débats faiblement. Sa volonté m'écrase de toute sa puissance alors qu'il évite la première attaque en se jetant sur le côté, reprenant sa position. Je sens qu'il est satisfait. Pas d'avoir paré l'offensive, il aurait été humilié du contraire. Mais, il est parvenu à assurer sa propre manœuvre. Il a gagné quelques centimètres. Encore quelques uns et une ouverture sera à notre portée.

- Que crois-tu faire ? grogne Mahkha. Tu ne m'égales ni en puissance, ni en rapidité. Son ton est neutre, de celui d'un simple constat. Le chat crache hostilement. Pourtant, il maintient sa position. Soudain, l'évidence me frappe en plein visage. La daëmone, puisque c'est apparemment une femelle, elle n'a pas vraiment voulu toucher sa cible. Elle se sait déjà inférieure.
- Elle attend son humain ! Le temps nous est compté. Ça y'est, ça me revient. La chose importante que j'avais sur le bout des doigts. J'insiste. Est-ce que tu entends encore Miurne ? Pas de réponse. L'inquiétude remonte le long de ma gorge, s'enroulant autour comme une écharpe malveillante. Je m'emporte. - Est ce que tu les ...

Mon cri est assourdi par la réponse tonitruante de Mahkha.

- NON ! Il peut prétendre ce qu'il veut. Bien caché au fond du timbre de sa voix, je l'ai entendu très clairement. La même note de crainte que dans la mienne. Il se ressaisit vite, cependant. - Qu'ils se débrouillent, on s'en va Lulla, tant qu'on peut encore. C'est trop dangereux ! On ne sait rien d'eux !

Un vrai danger. Pas du type auquel on se frotte d'habitude. Pas de celui qui nous fait frémir de plaisir parce qu'il nous donne l'impression de le contrôler, de le surpasser. D'être, en somme, plus puissant et plus fort que le danger lui même. Le risque auquel Mahkha fait référence est de ceux qui ne se maîtrisent pas puisqu'il vient d'autrui. Il est du genre à vous tomber dessus sans prévenir avant de vous engloutir tout entier. Mahkha me laisse entrevoir les scénarios catastrophes qu'il s'est imaginé et l'état dans lequel j'y finis. Je dois admettre qu'ils m'effraient. Je me force même à fermer les yeux pour que ça ne me paralyse pas. Je m'accroche à ma propre réflexion. Si je ne le fais pas, si je me laisse engourdir par la présence de Mahkha, je pourrai oublier ce qui me révolte. Ma colère enfle. Je la cajole, je la nourris. Jusqu'à l'explosion.

Je m'agite, à l'intérieur. Je veux sortir ! - Lulla, me prévient-il, menaçant. Mais moi, je m'en moque de ces avertissements. Il n'a pas vu, lui, le regard de l'irlandais tout à l'heure. Il ne l'a pas non plus entendu me demander si, moi, je n'étais pas blessée alors qu'il tenait à peine debout ! Il n'a pas ressenti ce délicieux frisson du jeu. Et puis merde ! On s'est fourré tous les quatre dans la même galère !- Non ! L'humain n'a rien écouté ! Ce ne serait pas arrivé si vous étiez resté en arrière ! Mahkha grogne et se jette tout croc dehors, forçant le chat à tenter une échappée sur le côté. Sa colère est palpable. Il insiste, persiste et signe. - Tant que tu es avec moi, tu es en sécurité.

S'il est en colère, je suis furieuse ! De quel droit se croit-il permis de me retenir prisonnière de son propre corps ? Il n'en a pas les moyens ! Je m'échine à trouver le chemin de la sortie, luttant contre cette moitié de moi-même. Je n'arrive à rien. Mahkha n'a de cesse de me déséquilibrer et, je ne suis pas assez forte pour lui résister et reprendre le dessus. Je n'ai pas assez de contrôler pour provoquer une séparation. Il ne m'aura pas si facilement ! Ah ça, non ! Plus on m'interdit quelque chose que je veux faire, plus cela me semble extrêmement important. J'ai énormément de défaut, mais, je refuse d'agrandir la liste - déjà bien longue - de mes petites lâchetés. Puisque je ne peux pas retrouver ma forme initiale de façon naturelle alors...

- Ne fais pas ça ! LULLA !


Il hurle mon prénom comme une crierait celui d'une enfant sur le point de faire une connerie. Ce qui est évidemment, le cas. Je n'ai besoin que de ces quelques secondes pour reprendre le contrôle de notre corps et me jeter sur le chat, non pas pour l'effrayer, mais pour lui tomber littéralement dessus. Un simple contact me suffit. Me voilà, expulsée. Violemment. Douloureusement. Un miaulement atroce retentit, se répercute sur mes tympans. Résonne. Accompagne ma chute.

Mon corps heurte le sol dans une bruit sourd. L'air s'échappe d'un coup de mes poumons et refuse d'y entrer à nouveau. L'herbe tournoie sous mes yeux hébétés. J'ai commis un acte vraiment horrible. Je viens consciemment d'effleurer l'âme de quelqu'un d'autre. Quelque part, tout au fond de moi, je sais que ça finira par me revenir en pleine face. Mais, pour l'instant, je ne suis concentrée que sur le plan : nous sortir de là. Tous. J'ai froid....C'est horrible d'avoir si froid. J'en tremble presque, choquée quand je parviens enfin à inspirer une grande bouffée d'air. Je roule sur le dos. Mes yeux rencontrent le ciel. Si ma vision est claire, je n'entends pas nettement ce que me dit ma moitié. Ma tête bourdonne, engluée dans une douleur déplaisante. Migraine post-séparation. Il doit se répéter, encore et encore. Le plan ? Quel plan ? Je n'en avais esquissé que la première étape : retrouver mon entière et totale liberté de mouvement.

Je m'assois maladroitement, complètement sonnée. Qu'est-ce qui m'a pris de faire ça, putain ? Je savais que ce serait horriblement pénible ! Pas possible d'être aussi conne. S'infliger ça consciemment ! Du coin de l'œil, je distingue la silhouette recroquevillée du chat. La daëmone a l'air d'avoir mal vécu mon contact, aussi rapide qu'il ait été. Elle s'en remettra rapidement... En fait, elle commence déjà à rouvrir les yeux et à relever la tête pour la secouer. Mahkha fonce littéralement sur elle, sans lui laisser la moindre chance de se débattre. Il la saisit par le cou, bloquant dans sa gueule autant de chair qu'il le peut. Il l'immobilise totalement. Son regard se fixe sur moi. Je suis face à la rigidité de l'ambre sans avoir plus droit à sa chaleur. Sa colère est palpable, elle fourmille sur ma peau. Je sais que, lui aussi, a souffert de mon éjection. À moindre échelle, certes, je ne reste pas moins l'unique responsable de ce désastre, selon lui. Au moins, il ne se coupe pas de moi cette fois-ci.

J'acquiesce plusieurs fois d'affilées, cherchant à rassembler mes mots, mes idées... Une solution. il nous faut une idée rapide et efficace. Oui, mais, la tête pensante, c'est Mahkha ! Et, il n'est pas disposé à me laisser bénéficier de ses capacités de réflexion. Il veut clairement que je me démerde, estimant que c'est la meilleure façon de me punir. La bestiole est sonnée. Sauf que je ne sais pas si ce sera suffisant. Je ne sais pas. Je ne sais rien du tout ! Ma tête est désespérément vide. Poussée par l'adrénaline, portée par un instinct fou de survie, je me relève. Mes jambes me portent en chancelant. Qu'importe, elles me portent ! On va voir l'irlandais et Miurne. Tout de suite ! Le chat ne s'agite pas vraiment. Pas du tout, pour être honnête. Il se recroqueville sans émettre de résistance. Peut-être que sa position entrave trop ses mouvements. Peut-être que son humain est dans les vapes et qu'elle en ressent les effets. Peut-être que c'est à cause moi... J'ai la nausée. Je relève la tête. Mon corps doit se plier à ma volonté. Nous panserons nos blessures un autre jour. J'ai toujours horriblement froid, bien que la chaleur extérieure avoisine les 30°. Je tremble un peu. J'avance.

J'ai un plan : trouver Wikipédia et sa chieuse. Menacer si besoin le Daëmonien lié au chat roux. Au besoin, Mahkha restera en arrière, tenant sa position, raffermissant ses crocs. Il nous rattrapera facilement. On peut y arriver. On va y arriver. Nous sommes nés pour survivre. Cette pensée me rassure. J'essaie de la transmettre à Mahkha. Bien malgré lui, il n'y est pas insensible.

Je balaie régulièrement les alentours du regard jusqu'à ce que je repère enfin un élément étrange. Un panneau de signalisation littéralement plié. Et... un peu plus loin, un corps allongé. Putain ! Heureusement, dans le même temps, je repère le pelage blanc d'un tigre. Miurne ! Un soupir de soulagement m'échappe, me forçant à prendre conscience que j'avais retenu ma respiration. Ce qui n'est pas l'idée du siècle dans mon état. La tigresse a le regard vide... -Mahkha.... Comme si mon daëmon pouvait distordre la réalité pour qu'elle me plaise plus.

Il ne me répond pas. Il préfère s'adresser à Miurne et m'exclure de leur conversation. - Le lynx ne te suffisait pas ? Il te fallait faire plus imposant ? Humour grinçant sur fond d'amertume. Il s'inquiète pourtant. - Il faut que tu te réveilles. Que tu le réveilles. On doit partir, petite. Sa voix n'est pas aussi grondante que d'habitude. Le chacal a perdu de sa superbe. Il aurait presque l'air d'avoir des émotions.

Moi, je me traîne tant bien que mal jusqu'à ce type dont je ne connais même pas le nom. Mes genoux rencontrent un peu trop brusquement le sol. Des mèches de cheveux me collent au front. J'ai la lèvre inférieure qui tremble et les tempes qui pulsent douloureusement. Mes fesses se posent sur mes talons. J'inspire un grand coup. Si sa daëmone est là, c'est qu'il n'est pas mort. Règle de base. Ma main trouve une nouvelle fois sa joue. - Allez réveille-toi ! Ma fatigue déteint sur ma voix. Je tapote sa joue, beaucoup plus chaude que ma main. J'insiste. Je presse sa main. Pas très loin, j'avise soudainement le corps recroquevillé du daëmon au chat roux. Il semble prostré dans une position fœtale. Il ne fait aucun bruit. Un autre, pas très loin non plus, est complètement assommé. L'hirondelle qui l'accompagne n'est pas là. Deux corps inertes... Cette vision ne déclenche aucune empathie chez moi. Je me reconcentre et souffle lourdement. En rassemblant mes forces, je parviens à lui administrer quelques claques un peu plus vigoureuse. Ses paupières s'agitent. - Te rendors pas, putain ! Ho ! C'est moi ! Lulla ! Pas cette... Seena ! Même si je n'ai pas le moindre idée d'avec qui il a pu me confondre. Je suis trop mal en point pour m'en offusquer. En fait, je suis juste fatiguée et inquiète. Quand il ouvre complètement les yeux. je me laisse tomber quelques secondes contre son torse. Soulagée. Me fais pas flipper comme ça, crétin. - T'es pas très solide pour un dieu. Je souffle quelques mots moqueurs sans aucune vivacité. Quelle voix monocorde. Ennuyeuse et rauque. Je me relève à moitié, le libérant de mon poids. - Allez ! On se tire. T'as vraiment pas bonne mine. Lève toi, s'il te plaît.

L'hôpital se fout de la charité. La perspective de me lever me donne immédiatement envie de me laisser couler sur le sol. J'ai plus tellement la force de tenir debout. Je ne sais pas trop comment d'ailleurs, je finis par me tenir sur mes jambes. J'agrippe la main de cet inconnu, qui n'en est plus vraiment un. J'ai besoin de me raccrocher à quelque chose de concret pour éviter de donner libre court à cette affreuse migraine. Je plisse les yeux. Ils sont devenus sensibles à la lumière crue de ce soleil trop puissant. - Mahkha va nous emmener. On connaît un endroit.

Le chacal relève la tête vers moi. Il sait de quel endroit je parle. Plus loin en amont de la rivière, à une bonne demi-heure de marche, il y a un immense saule pleureur. Et derrière son feuillage touffu, l'entrée d'une grotte, aménagée il y a quelque temps, puis délaissée aussi subitement, par les rebelles. Ça fera l'affaire.... Le temps de récupérer des forces.

Mahkha se tourne vers Miurne. Elle lui a dit tout à l'heure de ne pas rompre le cou du faucon. Il se rappelle pourquoi il ne l'aurait pas écouté. C'est la même raison qui va le pousser à nous guider vers un espace sûr. Depuis toujours, il a toujours été le plus fort des deux. Il a dû assumer la part de noirceur que l'idiote que je suis, n'assume pas. Il a pris les responsabilités les plus lourdes, les défauts les plus contraignants, les décisions les plus pénibles. Pour me garder en sécurité. Pour que - ce sont ses mots - la timbrée suicidaire puisse rester la plus innocente possible. Il a l'impression d'avoir un peu failli à sa tâche aujourd'hui. Il se détourne subitement. C'est avec douceur qu'il vient déposer le chat roux à côté de son daëmonien. Il pousse l'empathie jusqu'à pousser le félin du museau pour le faire rouler contre le corps avachi de sa moitié. Puis, il s'élance à petit pas, invitant silencieusement Miurne. Il a dans l'idée de garder la tigresse à l'œil. Histoire que celle-là non plus, ne se mette pas dans le pétrin.
  
MessageVen 22 Sep - 1:29
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 75Nombre de RP : 17Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
– Ben…
Muirne vacilla à son tour. Elle eut la bonne idée de se retransformer en tigre blanc avant de venir se blottir contre moi et ainsi être repérée par Mahkha. Elle luttait pour ne pas s’endormir parce qu’il y avait des chances pour que notre poursuivant revienne à lui. Mais que pourrait-elle faire alors ?
Elle leva un regard vide sur la silhouette qui approchait. Elle retroussa à peine ses babines, voulant rugir mais n’en trouvant pas la force. « Non ! Le touche pas ! Laisse-le ! » Mais aucune de ses pensées ne pouvait atteindre Lulla. Elle bougea une de ses énorme pattes sur mon bras, puis lorsqu’elle reconnu la voix de Mahkha, elle se laissa aller à un soubresaut, sentant ses paupières lourdes se fermer. Sans s’en rendre compte, elle s’était transformée en genette et s’agrippait fermement à mon bras gauche, se raccrochant à la voix de Mahkha, qui étonnamment n’était teintée d’aucun reproche. « J’essaie. C’est de ma faute. » Elle culpabilisait de m’avoir incité à utiliser mon pouvoir tout en sachant pertinemment dans quel état cela nous plongerait. Mais malgré cela, la présence de Mahkha la rassurait. Celle de Lulla un peu moins. Nous n’étions plus seuls.

J’avais l’impression d’être dans un lit de coton. J’étais bien. A des années lumières d’ici. Voilà que Seena revenait me secouer. A moins que ce ne soit Chris. Les cours avaient déjà repris ? Merde tu fais chier ! Bien que j’eus envie d’ouvrir les yeux pour le lui dire à haute et intelligible voix, je n’arrivais pas à me réveiller. Puis j’entendis des paroles lointaines. Je n’étais pas certain d’avoir saisi le prénom, mais le « c’est moi » avait suffit à me mettre en confiance. C’était quelqu’un que je connaissais, forcément. Tandis qu’elle continuait de me secouer et je sentais peu à peu les griffes de Muirne s’enfoncer dans mon bras.
« Benedict réveille-toi ! » me dit-elle en remontant le long de mon épaule pour me chatouiller l’oreille avec ses moustaches frémissantes.
Je ne saurais dire au bout de combien de temps je réussi à me faire violence pour ouvrir les yeux. Mes deux épaules rencontrèrent le sol et Muirne vint se lover dans mon cou. Je posai machinalement la main sur la tête de Lulla qui venait de s’effondrer sur moi. J’étais las et je n’avais qu’une envie, fermer les yeux à nouveau, rouler sur le côté et m’enrouler dans la couette. Sauf que… j’avais un feuillage loin au dessus de ma tête. Hein ? Quoi ? Et une fille en partie affalée sur moi.
Le temps que son sarcasme me monte au cerveau, elle s’était déjà redressée et avec son visage me revenaient en mémoire la poursuite, ma tentative pour plier le panneau et… mon regard se fixa enfin sur son visage à l’air fatigué.
– C’est à cause de l’attraction… Muirne se redressa et me fixa de ses yeux ronds. …terrestre.
« N’importe quoi ! Qu'est ce qu'il ne faut pas entendre ! » Mon visage se fendit d’un sourire fatigué. Même à l’article de la mort, je ne pouvais m’empêcher d’avoir réponse à tout.
Je me frottai les yeux de l’index et du pouce que je ramenai à la naissance de mon nez en grimaçant. Je ne me sentais pas d’attaque pour me lever.
– J’sais pas. J’suis bien là. ironisai-je.
– On peut pas rester là ! S’ils se réveillent… et puis il y a toujours l’homme au faucon. J’pense que t’as pas trop envie qu’il vienne te botter le cul celui-là. Alors lève-toi ! dit Muirne. Fait un effort s’il te plait Ben. Me chuchota-t-elle à l’oreille.
Elle me communiqua son inquiétude. Aussi reposais-je les yeux sur Lulla.
– Toi non plus t’as pas bonne mine.
Mais la voyant lutter pour se lever, je ne rechignais pas d’avantage. Il me restait encore un minimum de fierté et de dignité. Je finis par me lever aussi dans un effort qui me paru encore plus surhumain que celui de me lever tous les matins. La course à travers les bois m’avait cassé et je redoutais les courbatures du lendemain. Mieux valait ne pas y penser. Pour le moment, ça allait, à peu près et mon t-shirt était presque sec. Youpi ! Plus très blanc par contre.
Lulla chancela et s’agrippa à ma main. J’avais spontanément posé l’autre sur le haut de son bras pour la retenir si elle venait à tomber, même si je n’étais pas sûr de pouvoir la rattraper sans m’écrouler avec elle. Mais peu importait. Je la dévisageai d’un air sincèrement inquiet.
– Ca va aller ?

Muirne avait sauté de mon épaule pour se planter à côté de Mahkha qu’elle interrogeait du regard au sujet de ce mystérieux endroit.
– Okay… dis-je d’un ton mal assuré, jetant un œil au chacal.
Je me raidis en découvrant le type et son daemon étalés par terre et je fus pris d’un frisson en voyant plus loin le corps inerte de celui que j’avais assommé à coup de panneau. J’étais trop loin pour pouvoir discerner son daemon et je ne pu m’empêcher d’espérer ne pas l’avoir tué.
Muirne frissonna puis emboîta le pas de Mahkha.

Je déglutis péniblement, partagé par la curiosité d’aller vérifier et mon bon sens qui me dictait qu’il fallait que je trouve un coin où me poser. Je n’aurais pas la force de rentrer jusqu’au campus dans cet état. Mon inquiétude face au teint livide de Lulla eut raison de ma curiosité. Ce qui surprit la genette qui jeta un rapide regard en arrière dans notre direction pour voir si on suivait, avant de courir se planter à côté du chacal.
– Je n’aime pas ça. lui dit-elle.

– On y va ? demandai-je avec douceur à la jeune fille, tout en resserrant ma main sur la sienne. Même si je n’étais pas en super forme, je me devais au moins d’être vaillant.
J’attendis son autorisation pour nous mettre en route et voyant qu’elle luttait vraiment pour garder les yeux ouverts, (j’ignorais tout de sa migraine) je passai son bras autour de mon cou et la saisis par la taille.
– C’est loin cet endroit ? commençai-je, bien décidé à faire la conversation tout le trajet durant car c’était ma façon à moi de faire passer le temps, de pallier à une situation pour le moins embarrassante puisque je me rendis compte après coup que mon initiative pour être serviable avait accru notre proximité et j’avais besoin de causer pour ne pas y penser.
Je conversai principalement sur les coins connus en forêt, évitant soigneusement tous les sujets qui fâchent et de parler trop de moi aussi, sauf en ce qui concernait mes escapades forestières. Elle eut même droit à un article wikipedia sur les types d’arbres que l’on pouvait trouver sans cette forêt et je ne lui épargnais pas les noms latins.

Muirne qui était tendue au début du trajet finit par se détendre et elle se risqua même à taquiner le bougon.
– T’es pas si terrible que tu en as l’air finalement. Quand on te regarde de près. J’veux dire… En tigre, je suis nettement plus impressionnante que toi !
Comment vous l’avez… sonné celui-là ?
demanda-t-elle en faisant allusion au type avec le chat roux. Tu crois qu’ils vont nous chercher ?... Tu lui aurais vraiment tordu le cou au faucon ?

Nous traînions les pieds en arrivant enfin devant le saule pleureur. Je m’étais tu. Muirne m’adressa un regard que je fus le seul à comprendre. C’était là qu’on s’était fait cueillir par les flics avec Chris deux ans plus tôt. Si mon oncle apprenait que j’étais revenu ici, il allait très certainement me tuer. Muirne suivit Mahkha sans rien dire. Quant à moi, je ne pu m'empêcher de demander :
– T'es sûr que c'est là ?


  
MessageSam 23 Sep - 14:36
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Lulla C. PietruNothing will be the same...
Le sourire que j'affiche est fragile, une ébauche mal dégrossie née de mon soulagement et la capacité incroyable que ce type possède à dire absolument n'importe quoi. Y-a-t'il seulement un filtre entre ses pensées et sa bouche ? Apparemment, il ne peut pas s'empêcher de plaisanter, ce qui a le mérite de dédramatiser un peu la situation. - Faux, je suis toujours super canon, fais-je, espérant que mon orgueil se lira davantage sur ma moue boudeuse que dans ma voix. Je lui balance ces quelques mots, l'air de rien, histoire de lui rabattre le caquet. Et puis, parler, c'est facile. Agir, par contre, est plus exigent. Je lutte pour me mettre debout. Le paysage danse quelques secondes autour de moi. Foutu pouvoir. Foutu Mahkha plus têtu qu'une bourrique ! Cette forme lui aurait encore mieux convenu que celle d'un chacal. Il a de la veine que je n'ai pas assez d'énergie pour me mettre en colère. Il m'est déjà suffisamment pénible de me stabiliser. Ma main trouve celle de l'irlandais, s'y agrippe. Du réel, du concret. C'est de ça dont j'ai le plus besoin pour tenir debout. Mon regard glisse sur le haut de mon bras, puis remonte vers le visage de l'irlandais. Je me fige tandis qu'une boule se forme dans ma gorge. Il n'y a aucune dureté dans sa voix, aucun reproche. Il s'inquiète vraiment de mon sort. La sincérité que je vois dans ses yeux me trouble parce qu'elle est pure. Je dois être plus fatiguée encore que je le pensais, car, ça m'émeut. Tellement d'ailleurs que mes mots m'échappent un instant. Une partie de moi a envie de me jeter à son cou pour y chercher du réconfort en pleurant de tout son soûl. Parce que j'ai eu peur. Parce que j'ai fait quelque chose que je juge vraiment horrible et stupide. Je voudrais qu'on me dise que ce n'est pas de ma faute, que ce n'est pas si grave. Que tout va bien maintenant. Je n'en fais rien... J'ai bien appris à camoufler mes émotions. Je me contente d'acquiescer doucement. Je suis plus solide que j'en ai l'air. De toutes façons, il est hors de question qu'on reste ici à attendre sagement que l'un des trois imbéciles retrouver l'usage de son cerveau et de son corps.

Je suis son regard quand il s'attarde sur les daëmoniens. Je sens une certaine contracture dans ses mouvements. Un élan de culpabilité cherche à m'ébranler, mais, je le repousse. Je ne veux pas y penser. Pas maintenant. - Ils s'en remettront. Ils sont juste sonnés, attesté-je d'une voix morne en espérant qu'il me fasse confiance. Je suis rassurée qu'il ne cherche pas à aller vérifier la véracité de mes propos, autant ne pas perdre de temps pour filer. - Ouai, ne traînons pas trop ici. Je plisse mes yeux, la lumière est trop intense. Je le laisse positionner mon bras autour de son cou et me saisir par la taille. Ce contact me réchauffe, aussi bien physiquement que plus étrangement. J'accroche ma main au niveau de sa clavicule. Bien malgré moi, je lui offre un regard où se mêle la surprise, la gratitude et, une forme d'admiration. J'ignorais qu'il pouvait jouer le chevalier servant en plus de l'encyclopédie humaine. - Va falloir marcher un peu... Je préfère ne pas lui annoncer tout de suite qu'une demi-heure de déambulation nous attend. Nous nous mettons en route.

Je n'ai pas besoin de fournir beaucoup d'efforts pour maintenir la conversation à flot. Une question par ci, un mot appréciateur par là. Je le laisse divaguer sur les arbres sans même me plaindre. Sa voix résonne un peu dans ma tête si bien que je finis par lui demander de chuchoter. Le plus difficile à gérer reste cet horrible soleil qui n'a l'air décidé à prendre tout son temps pour dévaler l'horizon. En attendant, il persiste à éclairer les yeux d'une lumière crue qui m'agresse. Par deux fois, je suis obligée de lui demander de s'arrêter pour reprendre mon souffle. Lutter contre cette migraine m'épuise considérablement. Même dans ces moments-là, je reste accrochée à lui. Je me concentre sur la chaleur de sa main sur ma taille et notre proximité. Je me convaincs que tout ira bien puisque je ne suis pas seule. L'un comme l'autre, nous évitons soigneusement de parler de ce qu'on vient de vivre. Je ne suis pas si pressée que ça change. De temps à autre, je jette un regard énigmatique vers Mahkha. Je sais qu'il est furieux.

Le chacal ne desserre pas les dents depuis que nous nous sommes mis en route, tout juste se retourne-t-il à l'occasion pour vérifier que nous suivons correctement. Il en veut incroyablement à l'irlandais de se tenir aussi près de ma personne. Ce n'est bien sûr qu'une ligne de plus sur la liste de ses rancœurs à son égard. Il essaie de se concentrer sur le chemin. Sauf que ça tourne en boucle dans son esprit. J'ai fait n'importe quoi, encore. Ça, il a du mal à l'avaler. Il évite soigneusement de regarder Miurne quand elle le bombarde de question. Il n'a pas envie de répondre, pas envie de parler. Pas même à elle. Il contracte sa mâchoire au souvenir de mon expulsion forcée. Apparemment, il n'a vraiment pas digéré le fait que j'ai repris le contrôle et fait... ça. Il n'aime pas non plus ses questions. Est-ce qu'il lui aurait vraiment tordu le cou ? Il en a eu tellement envie, engourdi par sa colère et ses instincts primitifs. Au lieu de répondre franchement, il finit par marmonner - Je fais ce qu'il faut pour protéger l'autre idiote. La rancune siffle entre ses mots qu'il me laisse volontairement entendre. Il grogne. - Elle n'écoute jamais rien. Je sens qu'une idée détestable vient de s'allumer dans son crâne à l'instant même où il décide de me cacher le reste de la conversation. - Tu devrais dire à ton humain de s'éloigner d'elle. Est-ce une menace ? Un avertissement ? De la jalousie simple ? Il ne compte pas s'expliquer davantage. Mahkha force sur son allure pour quitter les côtés de Miurne, espérant que le venin de ses propos sera suffisant pour tuer dans l'œuf n'importe quel rapprochement. Quelques mètres encore, et il passe sous les feuillages du saule-pleureur.

L'irlandais vient de s'arrêter lui aussi. Et, de se taire, piquant par la même occasion ma curiosité. Je fixe l'expression de son visage, à la recherche du moindre indice sur l'origine de sa réaction. Plutôt que de répondre directement à sa question, je l'interroge moi-même - Pourquoi ? Une idée étrange m'agite l'esprit. S'il connaît cet endroit... - Tu étais des leurs ? Ma question est légitime. S'il faisait partie des rebelles, il connaît déjà cet endroit, et probablement d'autre rebelles. Incluant Audrain. Cette possibilité m'inquiète, moi qui m'efforce depuis longtemps maintenant de me tenir à l'écart de ce type autant que des emmerdes. Je ne me laisse pas le loisir de continuer la conversation ici. J'initie un mouvement en direction de l'arbre pour qu'on aille se mettre à l'abri. Passé le premier rideau de feuilles tombantes, je tombe sur le regard doré de Mahkha. - Allez vous reposer, je monte la garde. Cet ordre, lancé d'esprit à esprit, s'adresse autant à Miurne qu'à ma personne qu'il fixe avec une froideur déconcertante. Je me crispe légèrement, me serrant instinctivement un peu plus à mon compagnon de route pour trouver du réconfort dans cette proximité. J'ai horreur de la façon dont mon daëmon vient de me parler. Je préfère éviter de faire éclater un conflit, cependant. Je n'ai ni la force ni l'envie de débattre sur le sujet qui nous oppose. Je presse ma main sur la clavicule du jeune homme, histoire de l'inviter à me suivre.

Nous passons le second rideau de verdure pour nous faufiler dans une ouverture à même la roche, ne laisse passer qu'une seule personne. J'ouvre le chemin sans pouvoir m'empêcher de glisser une nouvelle fois ma main dans la sienne. Il ne faut pas être très docte pour comprendre que cette ouverture autant que la petite grotte ne sont pas très naturelles. L'homme les a créées. L'espace ici est petit et sombre. Mes yeux peinent à s'habituer à l'obscurité ambiante. Loin d'être un immense repaire, je suppose personnellement qu'il s'agit d'une petite planque. Du passage des rebelles, il ne reste pas grand chose. De mon passage par contre... Un duvet à même le sol, une lampe d'appoint fonctionnant sur batterie que je m'empresse d'aller allumer (elle n'éclaire que faiblement l'espace), quelques bouteilles d'eau, deux paquets de biscuits secs, et tout au fond, les cendres de braises éteintes. Oui, j'ai déjà créché ici. Plus d'une fois, d'ailleurs.

Je m'empresse d'aller m'assoir sur le duvet, saisissant au passage une bouteille d'eau. J'en bois facilement le tiers avant de la tendre à l'irlandais. - Mahkha va surveiller que personne ne s'approche. Le temps qu'on se repose. Tu peux taper dans les gâteaux si t'as faim, c'est moi qui les ai ramené il y a peut-être deux semaines. Boire a eu le mérite de me requinquer un peu. Je me sens toujours aussi fébrile. J'ai toujours froid, mal à la tête, et des vertiges me menacent régulièrement. Mais, on est en sécurité. Au moins pour le moment.

J'espère simplement que nous n'avons pas laissé trop de traces derrière nous. Je me retourne pour m'emparer d'une couverture et la passer autour de mes épaules. Les quelques degrés perdus entre le monde extérieur et la grotte ont suffi à me faire frissonner. Assise sur le duvet,, les genoux légèrement remontés vers moi, je l'observe attentivement. - Tu as le droit de t'assoir aussi, tu sais. Je ne voudrais pas que tu nous fasses un malaise. Je le taquine avec un sourire joueur. Sauf qu'en vérité, c'est surtout que j'ai besoin d'être rassurée et que je ne le connais pas suffisamment pour faire un caprice et réclamer un câlin. Même pas la peine que j'en fasse la demande à Mahkha...
  
MessageMer 27 Sep - 0:46
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La remarque de Lulla étira mon sourire et je répondis du tac o tac sans réfléchir, juste pour le plaisir de surenchérir.
– Un canon fatigué.
Et maintenant qu’elle le disait… je devais admettre que je ne lui donnais pas tort. Je ne compris pas pourquoi Muirne m’avait donné un coup de tête dans la mâchoire, mais je ressentis un picotement étrange dans mes entrailles, sur mes pommettes et au sommet de mes oreilles.
Comme Lulla s’était levée et que j’avais ma dignité à préserver, je remis l’introspection à plus tard. Sauf que cette sensation se reproduisit, encore. Non, cette fois c’était une réelle inquiétude. Elle avait beau faire la maligne, elle n’avait pas l’air bien et elle ne me trompait pas. Son regard me vrilla le cœur.
– Hey ! T’inquiètes pas. J’suis là.
Ma main avait lâché trente secondes son épaule pour effleurer doucement l’arrête de sa mâchoire dans un geste réconfortant avant de retrouver sa place initiale. Si elle tombait, on ne sait jamais ! J’avais dit cela d’un air vraiment convaincu et bienveillant, même si je n’avais pas la moindre suite dans les idées sur ce coup là. J’étais en roue libre, en totale improvisation et fonctionnais au feeling, ce qui inquiétait Muirne qui devait faire un effort pour se concentrer sur sa non conversation avec Mahkha. Elle savait que j’étais imprévisible quand j’entrais dans ce mode là. Selon elle, mon côté chevalier au grand cœur avait tendance à me rendre stupide et à me faire prendre des risques inconsidérés. Elle préférait, et de loin, ma curiosité maladive qui était plus facile à gérer. Elle allait donc devoir me garder à l’œil.
– Génial ! ronchonna-t-elle en se tournant vers Mahkha.

Les propos de Lulla se voulaient rassurants, mais n’avaient pas endormi ma curiosité pour autant. J’avais besoin de m’en assurer par moi-même. Parce que c’était plus fort que moi. Mais par chance, comme j’avais un certain sens des priorités et je décidais de remettre cette vérification à plus tard. Je me contentais d’un sourire avant de prendre les choses en main. Son regard troublant me revigora quelque peu et ce fut bras dessus, bras dessous, en discutant de tout et de n’importe quoi que nous avançâmes pendant les trente minutes les plus crevantes de toute ma vie. Les quelques haltes que je lui concédais me coûtaient et je cru à chaque fois que je n’arriverais pas à repartir. Si j’avais été seul, je me serais laissé choir et j’aurais pris le risque de me taper la sieste contre un arbre. Mais je ne pouvais pas décemment imposer cela à Lulla.

Muirne avait l’impression de faire la conversation toute seule. Ce n’était pas qu’une impression. Même si elle n’était pas spécialement un moulin à parole, elle n’était pas mon daemon pour rien. Ne recevant aucune réponse de la part du chacal, elle finit par se taire. Et ce fut ce moment qu’il choisi pour répondre. Elle s’amusa de la ressemblance entre Lulla et moi, aussi têtus l’un que l’autre, puis elle pris la mouche à l’injonction de Mahkha de me dire de garder mes distances. Elle ne savait si elle était piquée parce qu’elle n’aimait pas le ton qu’il avait employé, ou parce qu’elle aussi ça la dérangeait, ou encore parce qu’elle savait pertinemment que ça ne servirait à rien, parce que je ne l’écouterais pas si elle n’avait pas de raison valable à m’exposer.
– Quelle bonne idée ! ironisa-t-elle.T’en as de bonnes ! Et qui portera Lulla ?
Elle aurait bien rajouté qu’il n’avait qu’à dire à sa daemonienne de garder ses distances mais elle savait cette remarque puérile et inutile. Elle-même n’aurait pas toléré que je laisse la jeune fille livrée à elle-même. Elle porta donc sa rancœur contre Mahkha à défaut de pouvoir le faire sur moi. Mais ça ne lui plaisait pas et elle aurait espéré un peu plus de soutien de la part du chacal.

Après avoir échangé un regard avec Muirne, je tournai la tête vers Lulla, surpris.
– Quoi ? Des leurs ?... Qui ça ?
Elle savait pour les rebelles ?
– Non ! dis-je en riant.
Je fus tout aussi surpris de voir Mahkha se faufiler entre les feuillages du saule et je percutais qu’il y avait une paroi rocheuse derrière.
– C’était donc ça !
Nous étions venus de nuit avec Chris et nous n’avions vu que l’arbre avant de nous faire intercepter. Le savon que j’avais pris ensuite m’avait passé l’envie de revenir fureter par ici. Et puis, lorsque la situation avait dégénéré, j’étais en Irlande.
– J’étais sûr que les rebelles avaient une planque par ici. C’est pas croyable ! dis-je en me laissant entraîner sous l’arbre.
Muirne passa devant Mahkha sans daigner lui accorder un regard. Elle ne savait si elle devait se montrer reconnaissante ou au contraire lui en vouloir. Pour chasser sa confusion, elle alla fureter un peu partout.

Le trouble de Muirne m’affectait dans une moindre mesure, mais suffisamment pour susciter mon incompréhension. Quant à ma confusion, elle s’accentua lorsque Lulla se pressa contre moi. Je l’interrogeai subrepticement du regard et la suivis à travers l’ouverture. Je baissai la tête pour me faufiler par la petite ouverture, entraîné par la jeune fille. Je sentis Muirne se faufiler dans mes pieds et je titubais à la sortie de l’étroit passage, me raccrochant à Lulla dont je tenais toujours la main.
– Désolé.
Je n’eus pas le temps d’essayer de m’habituer à l’obscurité qu’elle alluma une lampe et mon regard balaya avidement les lieux.
– Wow !
Puis je reportai mes yeux clairs sur la jeune fille qui s’était installée sur son duvet et me tendait une bouteille.
– Sympa le palace ! Laisse-moi deviner, c'est... la suite royale ? plaisantais-je. Ne me dis pas que tu vis ici quand même ! Si ?
Je me saisis de la bouteille pour en boire une gorgée puis je ne me fis pas prier pour la rejoindre sur le duvet, bien que j’eusse tout d’abord répondu à son sourire par mimétisme. Je me débarrassai de mon sac à dos que je laissai glisser derrière moi sur le sol et poussai un soupir de soulagement en posant mes fesses par terre. Malgré la dureté du sol, m’asseoir me faisait le plus grand bien.
– C’est fou que les mecs aient taillé cet abri dans la roche sans attirer l’attention ! Il y a d’autres salles ? demandai-je en me penchant légèrement vers Lulla pour regarder derrière. Mais d’où nous étions, je ne voyais strictement rien. La lumière éclairait un périmètre restreint et le reste n’était qu’obscurité. J’avais bien envie d’aller voir, mais maintenant que j’étais assis, j’avais trop la flemme de me relever. Je baillais.
– Ils faisaient quoi ces types à ton avis ? demandais-je en me reculant un peu contre la paroi rocheuse pour pouvoir m’y adosser. Tout s’est passé trop vite. J’ai pas tout compris. Dis-je en essayant de me remémorer le fil des évènements. Et je sentais la fatigue m’assaillir.
  
MessageLun 2 Oct - 22:05
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 126Nombre de RP : 26Âge réel : 27Copyright : MojeAvatar daëmon :
Lulla C. PietruNothing will be the same...
- Si, justement ! C'est chez moi, alors ne critique pas ! Je n'ai pas pu m'empêcher de répliquer sur le même ton, un sourire flottant toujours sur mes lèvres. Je me sens moins à fleur de peau désormais. D'autant plus qu'il a flatté mon égo avec ses exclamations admiratives et son intérêt marqué pour la petite planque. Ça a été comme une caresse boostant ma fierté, estompant ma fatigue. Et puis, je suis rassurée qu'il ne compte pas parmi les rebelles. Ça m'aurait franchement ennuyé qu'il puisse connaître Audrain, ou pire encore, être l'un de ses amis. Parce qu'alors, il n'aurait pas été possible qu'il devienne l'un des miens. Audrain se serait sûrement chargé de raconter avec exactitude le genre de garce que je suis. Bref, pas la peine d'y penser puisque la menace est écartée.

Par contre, il y a quelque chose qui m'échappe. Je n'arrive pas à trouver la logique dans ses réactions, notamment la raison qui l'a poussé à me sortir une tête façon "Eurêka !" quand on est arrivés. Sur le moment, j'étais trop tendue pour le questionner. Mais, maintenant qu'on est en sécurité, le sujet m'intrigue. Si le lieu a éveillé sa curiosité, lui, il a éveillé la mienne. Alors, je l'observe tandis qu'il s'anime. Qu'il s'enflamme. J'ai toujours aimé les gens vivants et lumineux parce qu'ils sont dotés d'une certaine fougue. C'est un peu comme assister à une pièce de théâtre sans avoir jamais lu l'œuvre au préalable. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. En revanche, on sait qu'il va se passer quelque chose. La prestance du comédien en question ne fait qu'ajouter au charme du moment. J'aime bien jouer les spectatrices.

J'esquisse un demi-sourire avant de répondre à sa question. Je suis sûre qu'il pourrait continuer à s'interroger, échafauder un millier de théories, et enfin, valider ou rejeter chacune de ses propres hypothèses. - Donc, si je résume, tu savais qu'il y avait un truc dans le coin, mais, t'étais pas un rebelle. Et, tu n'as jamais trouvé cet endroit. C'est quoi l'histoire ? Je l'interroge en ouvrant bien grand les yeux. - Non, y'a pas vraiment d'autres pièces, juste quelques étagères. J'imagine que c'était un genre d'avant-poste ou un coin pour se replier en cas de danger. Ou je ne sais pas. Je m'en fiche un peu, en plus. Je suis fatiguée, comme en atteste mon ostensible - et pas très classe - bâillement. Heureusement, ma bonne éducation me fait mettre ma main devant ma bouche. Ça me rassure qu'il soit là, ce type. Je l'imite en collant moi aussi mon dos à la roche. J'essaie de me concentrer malgré l'énergie que me demande le simple fait de garder les yeux ouverts.

L'irlandais continue avec ses questions. Moi, je lève la tête vers le plafond, moqueuse, avant de saisir la teneur de ses propos. Un frisson désagréable me remonte le long de l'échine. Je préfère regarder ailleurs, le temps de trouver une parade. - Ils étaient probablement en train d'enterrer les restes d'un mec qui posait trop de questions, je crois. Je plisse les yeux, malicieuse, tout en reportant mon attention sur mon interlocuteur. J'ai du mal à garder mon sérieux. - Il te ressemblait un peu d'ailleurs, ajouté-je en le gratifiant d'un coup d'épaule bon enfant. Je l'écoute distraitement revenir sur notre rencontre avec les trois types, en faisant semblant de réajuster la couverture sur mes épaules. Je n'ai pas tellement envie de repenser à ce que j'ai fait. J'ai déjà Mahkha qui me fait la gueule, je n'éprouve pas le besoin de me faire sermonner une deuxième fois. De toutes façons, si ce sale chacal m'avait écouté... Rah ! Je ne veux pas penser à ça ! Vraiment. C'est possible de changer de sujet ? - Moi je sais ! Je baille, je m'agite et peine à trouver une position confortable. - T'as révisé ton rôle pour la Belle au bois Dormant ! dis-je, en référence à son petit somme.- Sauf que ton prince charmant était en congé, donc j'ai dû le remplacer au pied levé pour te tirer de là. J'crois que j'ai mérité de faire une sieste, du coup ! Silence. - Et des félicitations pour mon incroyable prestation.

Comme je ne dispose d'aucun oreiller, je décide de poser ma tête contre son épaule. Oui, je pourrai tout aussi bien m'enroule sur le duvet et dormir sur mes bras. Peut-être même que ce serait plus ergonomique, mais, rien à faire. J'ai désespérément besoin de contact, d'être rassurée. Je ferme les yeux. - J'ai vraiment eu la trouille... Ma voix n'est plus qu'un murmure. Et, j'ai fait une bêtise. Ma méfiance doit être complètement endormie, car j'ai failli me confier sans détour. Une grosse erreur. Le genre de truc qu'il n'y a que moi qui fasse parce que je ne suis pas dotée de l'option "réfléchir avant d'agir". Ça craint vraiment. J'ai beau essayer de repousser la culpabilité, elle me revient en pleine tronche, sous forme d'inquiétude. Je relève un instant les yeux vers mon comparse. - Tu me préviendras, si tu décides de t'en aller ? Pas question de rester seule ici.

Au bout de quelques secondes, je gigote à nouveau, réajustant ma position. Ah voilà ! Comme ça, là, c'est plutôt confortable. Je suis tournée sur le côté, à moitié avachie contre lui. Ma tête est bien calée contre son épaule et j'ai rassemblé mes bras l'un contre l'autre en les collant au sien. J'inspire profondément. - Finalement, t'es pas aussi agaçant que ce que je croyais. Ce qui est plutôt un compliment considérant les premiers mots qu'on a pu s'échanger. L'esprit tout englué par ma migraine, je formule une pensée saisie en plein vol. - Hey ! Tu m'as toujours pas dit ton prénom... L'idée de chercher à le deviner me traverse, bien vite chassée par un besoin irrépressible de sommeil. J'ai tiré sur la corde avec mon pouvoir. Il était évident que je n'allais pas m'en sortir totalement indemne.

En quelques minutes seulement, le sommeil remporte la bataille. J'voudrais m'y abandonner totalement. Seulement, je sens, presqu'imperceptiblement, que Mahkha lui reste en alerte. Mahkha... Il est tellement fâché contre moi. Je m'endors avec cette impression de solitude qui me tord le ventre. Tout ça, parce que la moitié de mon âme est là sans l'être. Je ne rêve pas, pourtant, je m'agite régulièrement. Je finis par me laisser aller sur le duvet, je crois. Et, à un moment donné, je m'accroche à ce qu'il y a de plus près. Une source de chaleur réconfortante que j'entoure de mes bras, contre laquelle je me love, persuadée qu'il s'agit de ma bourrique de daëmon.
  
MessageMer 11 Oct - 0:49
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Date d'inscription : 18/08/2017Nombre de messages : 75Nombre de RP : 17Âge réel : 27Copyright : BibifocAvatar daëmon : Muirne
Benedict O'ConnellNothing will be the same...
Je terminais mon inspection des lieux sur le visage de la jeune fille qui soutint le fait d’habiter ici. Je croisai son regard en poussant mes lèvres en une moue incrédule, puis arquai les sourcils avec nonchalance.
– Oh non ! Je ne me permettrais pas. dis-je en haussant les épaules sur un air presque sérieux. J’aime bien la déco, c’est très… troglodyte… commentai-je avec un petit sourire en coin avant de fourrer mes mains dans mes poches.
Dans d’autres circonstances, je n’aurais jamais imaginé une seconde que Lulla puisse être ce genre de fille. Car elle avait d’avantage l’apparence du genre de fille que j’avais toujours pris soin d’éviter. Trop... féminine. Je ne me sentais pas toujours hyper à l’aise avec les filles, dont le comportement singulier de certaines, à l'adolescence relevait du mystère pour moi. Et ne parlons même pas de la sous-espèce « poule qui glousse » comme dirait Seena, qui relevait du summum de l’absurdité et qui me faisait carrément flipper. Si je trouvais ce jugement un peu réducteur, du fait de ma trop grande naïveté sans doute (bêtise, dirait ma soeur), Seena, elle, était sans pitié.
J’étais bien incapable de dire dans quelle catégorie classer Lulla, il me faudrait pousser plus loin l'étude sociologique pour cela, mais je devais admettre qu’elle me surprenait et qu'elle défiait toutes les lois de la relativité féminine que ma sœur avait tenté de m’inculquer. Je devais admettre elle piquait sérieusement ma curiosité.

Après m’être installé sur un coin de duvet, je souris en l’entendant me faire état de la situation.
– C’est une longue histoire, dis-je avec un sourire, d’apparence gêné. Si gêne il y avait effectivement, je brûlais tout de même de l’envie de tout déballer. Sentant son regard peser sur moi, je ne lui coulai qu’une œillade furtive avant de commencer mon récit.
– C’était il y a deux ans. Quand les rebelles étaient encore… rebelles. Quand le bruit a commencé à courir sur le fait qu’ils s’étaient retranchés dans la forêt. Il y a eu tous ces évènements horribles, tu sais. La faute a été rejetée sur les rebelles parce qu’il fallait bien désigner des coupables et des responsables au bordel qui se passait un peu partout. J’ai trouvé ça un peu facile d’accuser les opposants, sans preuve véritablement fondée. Enfin, de ce qu’on nous disait dans les médias à l’époque. Et j’ai voulu en savoir plus. Parce que quelque chose me dérangeait dans toute cette histoire. Du coup, j’ai mené mon enquête, décidé à me forger ma propre opinion sur la question et je me suis mis en tête de venir rencontrer les rebelles.
Je souris en haussant les épaules avant de baisser la tête. Si à l’époque, mon insouciance était à la hauteur de mes convictions inébranlables, aujourd’hui, j’avais pris conscience après coup, que cette folie stupide aurait pu me coûter d’avantage que la vie. J'aurais pu nous faire tuer. Et ça, même si Chris ne m'en avait jamais tenu rigueur, je ne me le pardonnais pas.
– C’était une idée de merde. dis-je, devançant le jugement de Lulla. Je m’efforçais de rester détaché à mesure que je racontais, mais j’avais toujours ce poids sur la conscience. Je souris pour chasser le malaise et poursuivre : « On est venus ici de nuit. On a suivi un type. Mais il s’est volatilisé quand on est arrivés à proximité d’ici… Du coup… on n’a jamais trouvé l’entrée.
Je jetai un rapide coup d’œil à Lulla pour essayer de déchiffrer sur son visage, les signes de ce qu’elle pouvait bien penser. Car même si j’affichais un air détaché, ce n’était qu’un leurre. Et je ne savais pas pourquoi d'ailleurs, j'accordais soudainement autant d'importance à son jugement.
J’avais évidement passé sous silence les risques inconsidérés que j’avais pris, le fait que j’avais mis mon meilleur ami en danger, et que si nous n’avions pas trouvé la planque, ce n’était pas faute de persévérance. Nous avions été cueillis par les flics. Mais ça, je préférais ne pas m’en vanter de peur de devoir me justifier sur le reste. L’interrogatoire au poste et la nuit au frais n’avait pas été une partie de plaisir. Et ne parlons même pas de l’intervention de mon oncle, toute providentielle qu’elle fut sur l’instant. Il m'avait passé un de ces savons ! Et à mon retour en Irlande, j'avais subi l'humiliation ultime. J'avais déçu mon père. C’était d'ailleurs la seule et unique fois qu'il leva la main sur moi. C’était mérité. Ma joue s'en rappelait encore. Mais bien plus que le coup, c'était ce la culpabilité qui m'avait marqué. Je m’en voulais toujours. Pas pour être allé fourrer mon nez là-bas. Mais pour avoir entraîné Chris avec moi et l’avoir mis en danger. Ca avait été les pires vacances de toutes ma vie.

Changer de sujet était un bon moyen d’éviter d’embarrassantes questions trop personnelles. Je ramenais donc la conversation aux faits présents, c'était plus commode. Appuyant ma tête contre la roche comme la lassitude et la fatigue s’emparaient de moi. Le bâillement de la jeune fille me fit bailler également. Sa réponse à ma question m’interrompit alors que j'étais près de me décrocher la machoîte et me stimula légèrement.
– Tu crois ? demandai-je avec un semblant de sérieux que la fatigue rendait tout à fait crédible.
– Peut-être que…
J'avais fait rouler ma tête contre la paroi pour me tourner vers elle avec une théorie aussi farfelue qu'improvisée mais Son coup d’épaule m’interrompit. Je masquai d’un sourire la gêne provoquée par ce papillonnement dans mon ventre et la chaleur que je sentis envahir mes joues.

Un bruit résonna dans la petite caverne et me fit sursauter. Puis j’entendis Muirne détaller. Je la cherchai du regard comme mon cœur battait la chamade. Je m’étais tendu et mon souffle s’était accéléré. Elle avait fait tomber un récipient en bois en sautant d'une cavité qui servait d’étagère au mur.
– Muirne ! soupirai-je de soulagement.
Je sentis pourtant ses petits yeux perçants dans l’obscurité et je me demandais si elle ne l’avait pas fait exprès. J’adressai un sourire crispé à Lulla qui enchaîna presque sans transition. Je me détendis. Enfin, j’entrepris de le faire. Mais mon cœur continuait de tambouriner sans raison. Je devais vraiment être fatigué pour être autant à cran.
– Ouais ! dis-je en riant pour dissiper ma gêne. Une chance que t’ai été là !
J’avais renchéri sur le même ton qu’elle, mais j’étais sincère dans mes propos.
– Vraiment.
Si elle n’avait pas été là, je serais sans doute encore étendu en pleine forêt. Si elle n’avait pas été là, mon poursuivant m’aurait sans doute rattrapé. Et qui sait ce qui se serait passé ensuite. Muirne avait pris la mouche et alla passer sa mauvaise humeur plus loin.
– Sans ton incroyable prestation, j’aurais peut-être rejoint mon autre moi trop … curieux…
Ma voix avait perdu en volume au fur et à mesure et n’était plus qu’un murmure si bien que le dernier mot était presque inaudible. Sans m’en rendre compte, j’avais fermé les yeux durant les quelques secondes de silence. Mon « Merci » croisa son « J’ai vraiment eu la trouille… » Ma main s'était posé sur la sienne en signe de réconfort, et j’étais trop las pour me rendre compte de sa tête sur mon épaule. La mienne me paraissait lourde d’ailleurs, et commençait à glisser vers elle lorsque sa voix me parvint.
– Hmmm hmm

Muirne n’était pas tranquille et après avoir renversé le bol de bois, elle était allée rejoindre Mahkha avec humeur. Après s’être transformée en renard roux, elle s’était plantée à côté de lui et lui glissait de temps à autre des regards en coin pour voir s’il avait remarqué sa présence et s’il était prédisposé à discuter. Mais elle ne savait même pas vraiment de quoi elle avait envie de discuter. Elle recherchait juste sa proximité. Son cœur s’emballait sans raison et elle n’aimait pas ça. Elle n’aimait pas le rapprochement qui s’opérait entre Lulla et moi et se sentant de trop, elle avait espéré trouver du réconfort auprès du chacal. Elle l’avait vu faire preuve d’empathie envers le daemon de nos poursuivants, elle savait donc que son cœur n’était pas de pierre. Lui aussi devait le sentir.
De plus, la fatigue la gagnait. Elle luttait pour garder sa prestance, mais peu à peu ses yeux se fermaient.
– Ca t’ennuie si je reste avec toi ? finit-elle par dire en se roulant en boule à côté de Mahkha, sans attendre de réponse de sa part.

J’étais en train de sombrer dans les bras de Morphée lorsque Lulla me ramena encore une fois dans le monde matériel en gigotant à côté de moi. Je du faire un effort considérable pour ouvrir un œil que je refermai aussitôt.
– Merci.
J’étais déjà en train de re-sombrer. Ma tête devenue trop lourde avait glissé lentement et avait trouvé naturellement appui au sommet de celle de Lulla. Le sommeil m’ayant fait abaisser ma garde, je répondis à la question sans réfléchir, dans un murmure : « Ben..é…dict. »

Je dormis d’un sommeil lourd et sans rêves, si bien que je ne me sentis pas glisser et même les mouvements de Lulla n’eurent aucun effet sur mon sommeil de plomb.

Muirne s’était mise à ronronner dans s’en rendre compte en glissant vers le sommeil, comme un animal esseulé qui cherche à se rassurer. Il était rare qu’elle s’endorme loin de moi.
Elle aussi dormit profondément.

***

Je ne sais combien de temps plus tard, lorsque je repris peu à peu conscience, je voulu de me tourner sur le côté, mais je sentis une entrave à mon mouvement. Je pris conscience d’un poids sur ma poitrine, puis d’un corps chaud lové contre moi, bien plus imposant qu’à l’ordinaire. J’essayai de bouger ma main et je constatai que mes doigts étaient entremêlés avec ceux de quelqu’un. Le temps que l’information remonte à mon esprit ensommeillé, il s’écoula quelques secondes encore avant qu’un frisson me parcoure l’échine tandis je commençais à rassembler mes derniers souvenirs. Je ne savais plus où j’étais, mais je fus brutalement éjecté de ma phase de réveil tandis que mon cœur faisait un bond dans ma poitrine. Je m’étais raidit, mais je n’osais bouger ni même ouvrir les yeux de peur de réveiller celle qui dormait contre moi. Je restai un moment immobile, osant à peine respirer, cherchant une explication rationnelle à cette gênante situation; et surtout, à comment me sortir de là, sans la réveiller.
« Muirne ! » Je m’étonnais de ne pas avoir mon daemon à côté de moi. Je ne devais pas me laisser aller à la panique. Muirne saurait quoi faire. Muirne savait toujours quoi faire. Mais où était-elle ?

Muirne se réveilla en sursaut, lovée contre Mahkha.

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